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Debout la République (ancien nom du parti politique présidé par Nicolas Dupont-Aignan, devenu Debout la France en 2014)

Lettre ouverte d’un militant de base du Parti de Gauche à Nicolas Dupont-Aignan, Président de Debout la France

Avant-propos

Au lendemain de sa victoire aux élections législatives en Grèce, Syriza, la « Coalition de la Gauche radicale », a conclu un  accord de gouvernement avec le parti « ANEL » (« les Grecs indépendants ») de Panos Kamménos. Ce parti est défini comme « souverainiste » et est classé à droite. D’où des réactions très vives de certains…

Pourquoi un tel accord a priori contre nature ? Cet accord permet à Syriza d’obtenir une majorité absolue des sièges au Parlement, alors qu’il lui en manquait deux pour atteindre le seuil fatidique de 151 sièges et que ni le PASOK (le parti socialiste grec), ni le KKE (le parti communiste grec), ne voulaient permettre à Alexis Tsipras, le leader de Syriza et nouveau Premier ministre grec, et à Syriza elle-même, d’atteindre, grâce à l’apport de leurs députés, ce seul fatidique des 151 sièges.  Le nouveau Premier ministre grec a alors cherché avec qui il pouvait s’entendre, ne serait-ce que partiellement, pour pouvoir obtenir cette majorité absolue, sans donner le signe d’un afadissemnt de sa volonté de lutter contre ceux qui humilient son pays et martyrisent son peuple. Et de fait, malgré de grandes différences, voire de profondes oppositions entre Syriza et Panos Kamménos sur beaucoup de sujets de politique intérieure, ces deux partis se rejoignaient sur la nécessaire rupture avec l’austérité, et l’indispensable bras de fer à engager avec l’UE et avec le gouvernement d’Angela Merkel. Alexis Tsipras ,et sans doute l’état-major de Syriza avec lui, ont donc jugé possible et utile de s’accorder avec ce petit parti souverainiste de droite car, en l’état des forces politiques au sortir de ces élections, l’ANEL et son leader Panos Kamménos ne seront pas en situation de peser sur les principaux choix de Syriza et de Tsipras mais ils pourront, ensemble, opposer un front solide face à leurs ennemis communs. Je considère donc, pour ma part, que c’est la moins mauvaise des solutions, au regard des réalités actuelles. Certes, il aurait été préférable de passer un accord avec le KKE, parti communiste grec, qui est plus proche de Syriza que ANEL de Panos Kamménos. Mais la fin de non recevoir du KKE mettait un terme à cette éventualité. Et négocier avec les centristes de To Potami aurait été mettre un doigt dans la gueule du crocodile vu qu’ils sont européistes et, si j’ai bien saisi, pas si hostiles que ça à l’austérité…

Nicolas Dupont-Aignan, Président de Debout la France étant l’invité, ce lundi 26 janvier 2015, de Jean-Jacques Bourdin, dans le cadre de la Matinale de RMC, l’animateur a saisi l’occasion de poser à son invité une question politicienne sur ce sujet. Il a ainsi demandé à Nicolas Dupont-Aignan, dont le parti Debout la France est le plus proche parent de l’allié inattendu de Syriza, si « politiquement, [il] pourrait passer un accord avec le Front de gauche de Mélenchon ». Et Nicolas Dupont-Aignan répondit : « Si c’est pour sauver la France et si c’est sur un programme intelligent de création de richesses, pourquoi pas ? »

Voici une réponse que j’adresse à Nicolas Dupont-Aignan suite à sa main tendue. Elle n’engage que moi, militant très ordinaire du PG et sans responsabilité particulière au sein de mon parti. Elle ne représente que ma vision et n’engage en rien mon parti. Si j’emploie le « nous », c’est parce que je crois, malgré tout que d’autres que moi pourraient se retrouver dans ce que j’écris. D’où aussi mon choix de recourir à une lettre ouverte car si cette réaction est personnelle, je suis convaincu que beaucoup de militants et de citoyens pourraient avoir envie de dire leur propre sentiment sur la question qui a justifié cette lettre.

* * * * *

Monsieur Dupont-Aignan,

Vous avez émis, ce lundi, une proposition de partager le gouvernement de la France avec le Front de Gauche. C’est une proposition inédite, mais que l’on peut comprendre, quand on étudie votre parcours,  quand on connaît votre philosophie politique et que l’on suit de près l’actualité.

Mais s’il est possible de la comprendre, il est très difficile, pour ne pas dire impossible, aujourd’hui, d’y donner suite. Je vais essayer de vous expliquer pourquoi.

Cela va vous paraître paradoxal mais je dirais qu’il y a un préalable nécessaire, indispensable. Non pas que vous viriez à gauche, car ce serait une demande insensée de notre part, vu que vous avez toujours été de droite. En outre, il n’est pas dans notre habitude de réclamer de nos « alliés » qu’ils nient ou remettent en cause ce qu’ils sont. Bon, si vous décidiez de vous rallier à nous, nous vous accueillerions et nous vous ferions une place. Mais en général, nos alliés sont naturellement, politiquement parlant, très proches de nous, même si l’on peut parfois se disputer sur tel ou tel sujet. Il ne viendrait par exemple à l’idée de personne d’envisager de nous allier avec, par exmple, l’UMP en leur demandant de renier ce qu’ils sont et de communier civilement avec nous dans l’écosocialisme, d’exprimer la volonté de mettre à bas le capitalisme et d’embrasser notre objectif de substituer une 6e République du peuple à cette 5e République devenue celle des oligarques. Nous choisissons de nous allier avec celles et ceux avec qui nous partageons quand même, d’entrée de jeu, l’essentiel et avec qui il est possible de passer des compromis acceptables sans compromission.

Pourtant, certains d’entre nous voient plus grand. Certains d’entre nous aspirent à un « rassemblement du peuple ». Ceci devrait vous parler n’est-ce pas ? Le « rassemblement du peuple  a toujours été aussi la volonté du général de Gaulle, puis de ceux qui se sont prétendus, à tort ou à raison, ses héritiers. Mais c’est aussi tout autant l’objectif des révolutionnaires, qui aspirent à ce que le peuple se dresse, uni, contre les oligarques, contre les maîtres, contre les tyrans. En fait, que l’on parle de « rassemblement du peuple » ou de « lutte des classes », on parle en fait de la même chose : les 99% contre les 1%. L’intérêt général contre les intérêts particuliers. C’est ainsi que personnellement je vois les choses.

Donc, si certains à droite et à gauche, un peu moins au centre, refusent, par principe, de parler avec leurs adversaires, et refusent toute hypothèse d’action commune, il y a aussi des militants et des citoyens, à gauche, à droite, au centre ou ailleurs, qui pensent que se parler est utile à tous et que parfois, agir ensemble, pourrait mieux faire avancer l’intérêt général.  Comme ce fut le cas sous l’Occupation et la Résistance avec le CNR. Je vais y revenir plus loin.

Ces propos liminaires avaient pour but de vous montrer que je ne fais pas partie des gauchistes sectaires, bien que je sois de gauche. Je ne rejette pas, par principe, l’idée de débattre, de discuter, d’échanger, voire même d’agir avec des militants ou des personnalités qui ne partageraient pas ma vision, mes analyses, mes rêves et mes projets. Sinon, nous resterions en vase clos, au risque de nous scléroser. La contradiction, le clivage, le débat même, et surtout avec ceux qui défendent des convictions et des propositions opposées aux vôtres, sont utiles à tous. J’ai appris de Jean-Luc Mélenchon que le clivage favorise bien plus la démocratie que le consensus.  Mais à l’inverse, s’il y a un temps pour le clivage, il y en a un aussi pour le rassemblement. Et je ne parle pas ici de cette « unité nationale » qui est soit une fumisterie, soit une escroquerie pour attraper les gogos, soit pire, un ferment de dictature et de pensée unique sacralisée.

Si débattre, échanger, se contredire, argumenter et contre-argumenter est toujours possible et est même nécessaire entre adversaires ou concurrents, en revanche, gouverner ensemble, c’est tout autre chose, vous en conviendrez. Il est indispensable de partager les mêmes valeurs et les mêmes dégoûts. Il est nécessaire d’être prêts à appliquer les mêmes principes fondamentaux même si l’on peut se différencier sur les mesures d’application de ces principes. Il est plus que préférable de caresser les mêmes rêves. Et là, je ne suis pas convaincu, malgré quelques proximités entre vous et nous, que ce minimum existe pour que nous puissions envisager un gouvernement commun entre vous et le Front de gauche.

Je pourrais dire, sur le ton de la boutade, et usant du paradoxe : « Redevenez un authentique gaulliste et on pourra discuter… »

Curieux comme suggestion non ? L’homme de gauche, le démocrate exigeant et ambitieux que je suis, qui a bien des raisons de critiquer le général de Gaulle et son oeuvre, vous appelle à redevenir « gaulliste ». Il y a deux idées derrière cette suggestion.

D’une part, il y a l’idée que le gaullisme authentique, ou l’idée que je m’en fais sur la base de mon éducation, de ma culture et de mon expérience politique,  n’était pas le mal absolu que certains décrivent. Certes il y a beaucoup à dire de la personne et de l’oeuvre du Général, et nous le faisons, au Parti de Gauche et au Front de Gauche. Nous ne nous privons pas, au Front de Gauche, de dénoncer ce qui nous semble devoir l’être : « sa » constitution, par exemple, qui permet toutes les déviances antidémocratiques que nous connaissons. Sur ce point, nous n’ignorons pourtant pas que le texte initial a été si souvent modifié que l’oeuvre même du Général ne peut être seule en cause. La pratique des hommes qui lui ont succédé a eu ses impacts nuisibles. Les nombreuses révisions ont dénaturé cette loi fondamentale. Cela est vrai. Mais nous pensons aussi que le texte initial, dans ses grands principes, portait en lui-même tous les risques que François Mitterrand a brillamment décrits dans « Le coup d’état permanent », avant hélas d’oublier son génial réquisitoire et de se complaire, à son tour, dans ces jeux de pouvoir et cette forme d’autoritarisme que la loi fondamentale de notre pays rendait possible. Certes le Général lui-même, bien qu’ayant gouverné avec autoritarisme, a toujours respecté la volonté populaire exprimée électoralement, puisque nous savons tous qu’il démissionna le jour même où, pour la première fois, il fut désavoué. Ses successeurs n’eurent pas les mêmes préventions. Le système est donc pernicieux puisqu’il permet les abus. Montesquieu disait « Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser » et c’est pourquoi il ajoutait peu après que pour conjurer ce risque, il fallait « que le pouvoir arrête le pouvoir ». C’est-à-dire qu’il était indispensable, selon lui, de créer des contrepouvoirs et des contrepoids. On en est très loin avec cette constitution. D’où notre volonté de la changer.

Le Général est aussi critiquable pour bien d’autres raisons mais cette lettre n’a pas pour objet de dresser  un réquisitoire contre lui. Car à l’inverse des critiques que je peux lui faire, et que mon parti ou mes camarades peuvent lui adresser, j’ai aussi, personnellement, envers lui, une certaine admiration pour une bonne partie de sa vie ou de son oeuvre. De son action pendant la Résistance, de son bref passage au gouvernement provisoire en 1944, de sa présidence de 1958 à 1969, il nous reste des trésors, surtout quand on compare cette époque à notre temps, à tout ce que lui, et d’autres avec lui, avaient rendu possible, qui a été détruit, dévasté, annulé depuis. Au temps du général de Gaulle, nous étions libres, indépendants, souverains. Au temps du général de Gaulle, nous étions écoutés, respectés, pris pour exemple. Au temps du général de Gaulle, nous parlions au monde entier, à toutes les puissances, Ouest et Est, mais aussi aux Non-alignés.  Nous parlions d’égal à égal avec l’Allemagne et même avec l’URSS et les Etats-Unis. Au temps du général de Gaulle, la Communauté européenne ne nous imposait rien qu’on n’ait voulu et clairement accepté. Au temps du général de Gaulle, notre politique étrangère n’était pas conditionnée à celle de l’Empire états-unien. Au temps du général de Gaulle, nous étions d’ailleurs sortis du commandement militaire intégré de l’OTAN et avions dit aux forces armées états-uniennes installées sur notre sol de rentrer chez elles. Au temps du général de Gaulle, nous osions exprimer notre désaccord avec le bellicisme d’Israël. Et oui, à l’époque, nous le faisions… Au temps du général de Gaulle, nous avions une politique économique et sociale, sans doute imparfaite, mais bien plus conforme à l’intérêt général et aux intérêts des Français ordinaires que celle qui nous est imposée, contre notre gré, depuis les années 70. Au temps du général de Gaulle, nous n’obéissions pas aux marchés et nous n’allions pas prendre nos instructions auprès de la chancellerie d’Allemagne. Le général avait eu cette formule savoureuse : « la politique de la France ne se fait pas à la corbeille ». Bref, nous savons bien ce que nous avons perdu depuis son départ.

Nous savons donc bien ce que nous devons au général de Gaulle et à ceux qui l’ont assisté pendant qu’il était à la tête de notre pays. Nous savons aussi ce que nous devons au CNR qui ne fut pas que l’œuvre du Général. Le CNR fut aussi très largement inspiré par la gauche, et en particulier par les communistes. Aussi éloignés qu’ils pouvaient êtres les uns des autres, ils travaillèrent ensemble. Certes, l’heure était exceptionnelle et justifiait que l’on néglige certains désaccords pour œuvrer ensemble à l’essentiel. Nous n’en sommes pas encore à un tel degré de gravité. Aussi cruel que puisse être notre temps, il n’est évidemment pas comparable aux années de la seconde guerre mondiale. Et l’idée d’un gouvernement de « rassemblement populaire » n’est sans doute pas d’actualité. Peut-être le sera-t-elle un jour prochain. Chacun avisera et adaptera ses choix et son discours à cette situation si elle se présente.

D’autre part, il y a l’idée que vous devriez revenir à ce « gaullisme » dont j’évoquais ci-dessus quelques traits saillants, ce qui sous-entend que vous l’auriez abandonné. C’est en effet ma conviction attristée. Je m’en explique maintenant.

Depuis deux ans, vous avez choisi de vous situer plus à droite que jamais. Depuis deux ans au moins, vous avez cherché à concurrencer le FN, pour soi-disant le réduire, mais tout démontre que, pour l’instant, vous avez échoué. C’est le FN qui se développe et c’est Debout la France qui végète et qui ne connaît pas plus de succès que Debout la République.

Mon avis est que de pratiquer la surenchère avec le FN et sa représentante, aussi bien dans le langage que vous employez parfois, que dans certaines des propositions que vous présentez, ne vous sert pas. Non seulement, vous n’y gagnez rien, mais vous y avez perdu beaucoup. C’est toujours le même problème en politique. Quand on réforme sa « ligne » et qu’on se décale vers un bord, pour des raisons politiciennes et pas pour des convictions sincères, on gagne peut-être un peu auprès de ces électeurs de qui on se rapproche, mais on perd aussi beaucoup parmi ceux qui vous avaient choisi pour ce que vous étiez et ce que vous disiez AVANT. Or, ce que l’on gagne d’un côté, ne surpasse jamais ce que l’on perd de l’autre. Pour la bonne raison que les nouvelles « cibles » de la droite extrême que vous cherchez à convaincre douteront toujours de la sincérité de votre évolution et vous trouveront toujours trop « gauchiste », trop « républicain », trop « démocrate », trop « immigrationniste », trop « droits-de-l’hommiste » tandis que celles et ceux, dont vous avez décidé de vous éloigner, ou que vous croyiez pouvoir maintenir auprès de vous malgré votre évolution contraire à leurs principes et à leur philosophie, se sentent floués, trompés et en tirent les conséquences en vous quittant. C’est bien ce qui s’est passé dans votre parti depuis des mois, voire depuis un à deux ans. Je vais y revenir plus loin.

Vous avez aussi adopté certains des raisonnements du FN et emprunté certains de ses mots. Vous avez tendu la main à Marine Le Pen et n’avez pas été convaincant du tout quand vous avez expliqué ensuite que c’était pour la piéger. Du coup, vous vous êtes éloigné des valeurs de la République en rendant possible, au moins dans vos paroles, une telle alliance anti-républicaine. Il ne s’agit pas de parler avec Marine Le Pen mais à ses électeurs. Ce n’est pas du tout la même chose !

Vous avez usé, de plus en plus souvent ces derniers mois, ce que vous ne faisiez pas hier, d’un vocabulaire de réactionnaire qui ne vous ressemble pas. Vous avez, par exemple, agressé la laïcité en décembre dernier dans votre diatribe en faveur des crèches dans les lieux publics, et vous avez heurté de front la fraternité de notre devise républicaine en ayant, plusieurs fois de suite, en 2014, prononcé des mots qui lui sont étrangers, notamment quand vous avez stigmatisé les populations Rom et dit que leur destin était de repartir en Roumanie. Honte à vous qui vous prétendez Républicain social !

Je disais que vous aviez perdu pas mal de militants ces derniers mois. Oui, bien des militants de Debout la République vous avaient demandé de ne pas changer le nom de votre parti, de ne pas faire cette erreur stratégique, de ne pas le droitiser, mais au contraire de faire en sorte de le situer au coeur d’un rassemblement du peuple encore à construire. Au mieux, vous les avez ignorés. Mais parfois, vous ou vos cadres, les ont violentés par des mots et par des menaces. Beaucoup qui vous avaient exhorté à ne pas vous engager sur cette voie périlleuse et sans issue, et qui avaient menacé de quitter votre famille si vous refusiez de les entendre, ont fini par concrétiser leurs menaces puisque au lieu de les entendre, vous vous êtes enfermé dans vos certitudes de faire le bon choix. Vous deviez pourtant savoir que beaucoup de vos militants étaient des gens qui ne se sentaient pas de droite, et qui vous avaient rejoint parce que, bien qu’étant originaire de la droite, vous aviez su, tel De Gaulle, vous dépasser et parler à tous. Debout la République incarnait cela, ce rassemblement du peuple au-delà des étiquettes et du clivage droite-gauche. Le changement de Debout la République en Debout la France est très lourd de sens. Et vous ne pouvez pas l’ignorer. Certes un Républicain défend aussi la France mais ne parler que de « la France » et effacer le terme « République », c’est exprimer très clairement un message. Car si la France est certes millénaire, les Républicains considèrent que la grande révolution de 1789 constitue la césure qui symbolise l’essence même du peuple français. La France existait bien avant la République mais il n’y avait pas de peuple, juste des sujets. C’est la France républicaine qui a engendré la nation française et c’est la France républicaine qui est aujourd’hui la fierté de son peuple. Les gigantesques manifestations suite aux tragiques évènements des 7 et 8 janvier derniers en attestent. Le peuple français est républicain, au-delà de ses divergences habituelles. Il n’y a que quelques nostalgiques de la monarchie et de la dictature pour penser autrement…

Donc effacer du nom de votre parti le mot « République » était un très mauvais présage. Car il ne s’agissait pas que du changement d’un mot. Cela ne faisait qu’entériner de fait une course à droite amorcée il y a deux ans !

Et ce message a été entendu aussi bien par les militants les plus à droite de DLR, qui poussaient en ce sens depuis longtemps, et qui se sont sentis ragaillardis et renforcés, face aux militants dont le cœur penchait à gauche qui, logiquement, se trouvaient, eux, comme des étrangers dans leur propre famille. Je le sais parce que je connais des militants de ce qui était DLR. Je connais pas mal de militants de gauche qui vous avaient rejoint pour ce que vous disiez notamment sur l’Europe et sur l’euro, quand nous, au Front de Gauche, ne les attirions pas à cause de notre difficulté à assumer certaines ruptures en matière européenne.

Il y a même une importante personnalité de DLR qui, à plusieurs occasions, a éveillé votre attention sur l’inopportunité, la dangerosité, la nocivité, de droitiser DLR. Cet homme était un militant et un cadre très précieux pour vous et pour votre parti. Il était suivi et écouté très au-delà de DLR. Il a d’abord pris ses distances en vous conservant son respect. Sans doute espérait-il que vous reviendriez à ce que vous incarniez auparavant. Mais il a été déçu. Parce que vous l’avez déçu, come vous avez déçu une cohorte de gens. Il en a alors tiré les conséquences en s’éloignant davantage. Comme vous avez accentué peu à peu cette droitisation dénoncée par certains des vôtres, la rupture de ces militants avec vous et avec le nouveau parti que vous avez créé devenait inéluctable. Peut-être que certains militants de votre mouvement, les plus à droite, se sont félicité de ces départs. Peut-être même ont-ils eu alors le même jugement que celui prêté à un certain Lénine : « le parti se renforce en s’épurant ». C’es parfois vrai mais pas ici. Quelle bêtise dans ce cas ! Quelle erreur fondamentale !

Vous avez alors connu une vague de départs importante de militants, notamment de ces « républicains sociaux » de DLR qui refusèrent de cautionner cette droitisation, qui refusèrent de se retrouver dans un parti droitisé à outrance. Debout la France qui succédait à Debout la République, c’était anciennement le mouvement de Charles Pasqua et de Philippe de Villiers, soit un représentant de la droite dure et un monarchiste catholique quasi intégriste. Déjà, rien que ça, c’est tout à fait symbolique, ça pose un parti… C’est en fait un puissant révélateur de la profonde mutation que vous avez portée.  Même le RPR, voyez-vous, pourrait être perçu comme plus attaché que vous à la République puisque lui avait décidé d’inscrire ce terme de « République » dans son appellation, à la suite d’ailleurs des partis gaullistes qui l’avaient précédé.

Vous me direz que choisir d’avoir le mot de « République » dans le nom de son parti ne suffit pas pour faire de ce parti un mouvement authentiquement républicain, et vous aurez raison. Le RPR d’ailleurs abandonna bien vite l’idée de la République puisqu’il cautionna sa disparition ou sa mise en servitude dans l’Union européenne. Et le Parti socialiste, autre exemple, n’a plus rien de socialiste depuis une date antédiluvienne, à tel point que le Général lui-même, en faisait déjà le constat pour s’en plaindre quand il affirmait « ne pas aimer les socialistes parce qu’ils ne sont pas socialistes ! » Mais cela étant dit, les symboles ont une certaine utilité car quand ils ne sont pas foulés aux pieds, ils disent beaucoup.

Or vous avez choisi d’effacer le terme « République » du nom de votre parti. Vous auriez pu, si vous teniez absolument à ce que le mot de « France » apparaisse désormais dans le nom de votre parti, choisir par exemple « Debout la République française ». Les critiques auraient sans doute été bien moins nombreuses et les départs de militants beaucoup plus exceptionnels. Car la symbolique n’aurait pas été forcément mauvaise. Mais vous avez choisi de faire disparaître ce terme, pourtant si essentiel à ce que nous sommes, nous le peuple français : une République. Vous avez fait un calcul stratégique, politicien, mais c’est la plus grave erreur que vous ayez faite. Elle vous emportera, vous et votre nouveau parti. Car si la France sera sans doute, un jour prochain, gouvernée par une forme de CNR remis au goût du jour, ce ne sera pas sous la direction d’un parti de droite tel que le vôtre. Le CNR n’était pas à droite, même si le général de Gaulle, lui, était un homme de droite. Sauf qu’il sut s’extraire de sa condition pour rassembler le peuple jusqu’aux communistes. Le projet du CNR reposait, je ne vous l’apprendrai pas, sur une nature transpartisane et son essence était l’intérêt général du peuple, pas l’intérêt particulier de la droite ou de la gauche. Encore moins un fond de commerce réactionnaire et quasi raciste, ce que vous tendez à devenir, sinon dans la réalité, du moins dans la signification de certains de vos discours.

« Redevenir gaulliste » ainsi que je le disais ci-dessus, implique donc que vous reveniez à l’esprit et à la lettre du programme du CNR. Vous en étiez assez proche il y a quelques années mais vous vous en êtes éloigné en frayant avec le FN. A croire que ce parti néofasciste, raciste et xénophobe, peuplé d’égoïstes, de réactionnaires en tout genre et de personnages sordides (nervis, miliciens, jeunes et moins jeunes souvent décérébrés et déculturés, parfois incapables même de s’exprimer correctement et d’user de la raison dans leurs arguments mais addicts à la baston de ceux qu’ils n’aiment pas) vous a contaminé.

Et malgré ce discours aujourd’hui très hostile à votre encontre, je ne fus pas toujours un adversaire. Je vous ai suivi pendant des années, de loin certes, mais je m’intéressais à vous, à votre mouvement politique, à votre discours, à vos livres, et j’avais quelques relations avec certains des vôtres. Je pensais qu’un jour, le peuple se rassemblerait sur l’essentiel et que vous et votre parti, vous pourriez être de ce rassemblement, avec d’autres, dans la logique d’un nouveau CNR. Je ne voix plus cela possible aujourd’hui, prenant acte de votre cheminement personnel qui vous a attiré dans une case dont vous aurez le plus grand mal à sortir.

Vous comprendrez, au terme de cette lettre ouverte, que vous avez bien du chemin à faire pour revenir vers la République, son esprit, son essence et sa philosophie, avant qu’il soit possible d’envisager un chemin commun entre vous et nous.

Ce n’est pas du sectarisme de notre part mais la mise en oeuvre d’une exigence inflexible, celle que le rassemblement, s’il doit se faire un jour, se fasse sur des bases claires, républicaines, démocratiques, humanistes. Nous sommes de gauche alors nous portons l’exigence d’une République sociale. Mais une telle exigence n’est pas réservée à la Gauche. Bien des gens de droite et du centre ou de nulle part la font leur. La constitution elle-même dispose, en son article 1er que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Avec notre devise nationale, voilà qui constitue l’esprit de la République française, par delà les préférences partisanes des uns et des autres.

 Voyez-vous, je disais plus haut que vous ne deviez pas voir du sectarisme dans notre refus de répondre positivement à votre proposition de gouverner avec nous. En effet, nous ne faisons que constater qu’au regard de vos prises de position depuis des mois, nous ne saurions trouver un terrain d’entente.

Or, comme sous la Résistance, un certain nombre de militants du Front de Gauche, dont je suis, sont prêts à travailler sincèrement au rassemblement des Français, par delà les étiquettes, mais c’est à la condition que l’on s’entende sur un projet de progrès économique, social, républicain, démocratique, dans la droite ligne du CNR. Or ce n’est pas cela, ce n’est plus cela, que vous défendez vous-même aujourd’hui. Et si vous vous en rapprochez parfois sur certains aspects, vous vous en éloignez aussi beaucoup trop, à nos yeux, sur certains sujets, ceux-là mêmes qui vous ont fait précisément vous droitiser.

Un autre homme originaire de la droite, qui plus est ancien proche de Charles Pasqua, ce qui devrait le condamner définitivement et irrémédiablement à mes yeux, à savoir François Asselineau, est pourtant beaucoup plus fidèle que vous à l’esprit et à la lettre du CNR. En témoigne son projet présidentiel pour l’élection de 2012 qui, en adaptant formidablement bien cette œuvre à notre temps, lui reste fidèle. Vous devriez vous en inspirer car cela vous permettrait de « redevenir gaulliste » Cet homme, François Asselineau, me semble en effet bien plus sincèrement gaulliste que vous. Tant par tout ce qu’il dénonce que par l’ampleur des révolutions qu’il propose par rapport à ce que nous connaissons de notre système économique, social, financier, politique, diplomatique, culturel actuel.

Et puis, je vous invite également à vous intéresser à l’un des combats majeurs de notre époque, que François Asselineau, pour sa part, ignore complètement : l’indispensable bifurcation écologique dont, sauf erreur, jamais je ne vous ai entendu parler. Nous-mêmes l’appelons « écosocialisme ». Alors je veux bien admettre que ce terme-là ne soit pas le plus apte à vous séduire mais oubliez-le un instant car derrière ce mot – et c’est bien là l’essentiel – il y a toute une philosophie reposant sur la raison et sur la conscience des dangers pesant sur notre écosystème, et il y a tout un projet de révolution positive, un projet ambitieux pour notre pays, de nature à faire repartir son économie, son activité, un projet de nature à refaire de notre pays un exemple à suivre pour un « développement durable » diront les uns, les écologistes de droite, pour rendre possible le « bien vivre » préfèreront dire les autres, de la Gauche qui ne se renie pas, dont nous faisons partie. Voici un immense, un magnifique projet de société à cinquante ans au moins, de nature à faire de notre pays un phare pour le monde, et ça des gaullistes authentiques pourraient l’embrasser avec enthousiasme et le porter avec nous…

Monsieur Dupont-Aignan, puissent ces lignes vous inspirer.

Je vous prie d’agréer…

Pourquoi le FN ne passera pas par moi (2/2) – Par Laurent Pinsolle (Debout la République)

Après avoir étudié pourquoi je pense qu’il n’est ni paradoxal, ni contre-productif de s’opposer au FN quand on est gaulliste, du fait d’une différence fondamentale de philosophie politique, il faut ajouter un problème de personnes puisque la famille Le Pen est profondément extrémiste, démagogue et pas sérieuse.

Le FN, c’est l’extrême-droite

Attention, je tiens bien à préciser que cela ne signifie pas que les électeurs de ce parti sont d’extrême-droite. Pour paraphraser Todd, les électeurs du FN sont malheureux et en colère contre les dirigeants de notre pays. Et ceci est bien légitime. Le parti de la famille Le Pen n’est que le réceptacle du malheur et de la colère des Français, d’où le fait qu’il soit devenu un vote social et que son niveau soit si corrélé au niveau du chômage. D’ailleurs, il n’est pas inintéressant de constater ici que même les électeurs du FN ne sont pas fondamentalement convaincus qu’il ferait mieux que le PS et l’UMP… Mais la chance de ce parti (qui fait le malheur de notre pays), c’est le bilan absolument désastreux des deux grands partis qui se partagent le pouvoir depuis maintenant 40 ans. Le FN est le réceptacle du malheur et des espérances déçues des français, comme l’a également soutenu Gaël Brustier dans Figarovox.

Bien sûr, Marine Le Pen a mis en place une stratégie de dédiabolisation pour casser le plafond de verre auquel s’était heurté son père. Les années de crises lui apportent plus d’électeurs, d’autant plus que les médias véhiculent cette histoire, comme lors de la récente passe d’armes après la répugnante déclaration de son père sur Patrick Bruel. Sa réaction, ainsi qu’une purge superficielle, accrédite, pour certains, la normalisation du FN. Mais, il suffit de creuser un peu pour se rendre compte qu’il s’agit d’une pure fiction, au point que l’on peut se demander si les passes d’armes familiales ne sont pas sciemment organisées pour servir le développement du parti. Après tout, si Marine Le Pen était si choquée par les dérapages de son père, auxquels elle trouvait du charme il y a 4 ans, pourquoi lui confier la tête de liste dans le Sud-Est ? Car quel parti, sinon un parti extrémiste, pourrait continuer à arborer un logo (la flamme tricolore), hérité des nostalgiques de Mussolini ? L’hommage à Dominique Venner est tout aussi troublant, comme les comparaisons hasardeuses avec le nazisme, qui tendent à le trivialiser, le dernier exemple en date étant les déclarations de Marine Le Pen sur la comparaison entre le Coran et Mein Kampf.

Toute la philosophie du FN repose sur une pensée fondamentalement nationaliste (et non patriote), qui est le point commun de tous les mouvements d’extrême-droite depuis un siècle. Et on peut parler de xénophobie latente quand on constate les déclarations outrageuses sur les musulmans ou la proposition incroyablement anti-républicaine de n’accepter la binationalité que pour les personnes d’origine européenne, qu’avait faite Marine Le Pen. On peut également penser aux innombrables dérapages du père Le Pen (sur la tuerie en Norvège, la crise du porc attribuée au lobby musulman, l’ebola en Afrique, la fournée Patrick Bruel), mais aussi de la fille (sur l’Occupation des rues) et bien d’autres membres de ce parti (sur Christiane Taubira). Et quand on ajoute tous les liens de ce parti avec les mouvances les plus extrêmes, ou les hommages à Bastien Thiry, l’organisateur de l’attentat du Petit Clamart, publiés sur le site de Louis Aliot, comment nier aujourd’hui que le FN est bien un parti d’extrême-droite ?

D’ailleurs, il est symptomatique que Marine Le Pen voue une admiration répétée pour Vladimir Poutine. Car si le président de la Russie a raison de défendre les intérêts de son pays et de refuser une vision du monde qui tourne autour des Etats-Unis, il faut quand même reconnaître qu’il n’est pas un démocrate modèle, ce que le traitement de l’opposition et des médias dans son pays démontre. Marine Le Pen, comme bien des personnes d’extrême-droite avant elle, semble confondre l’autorité et l’autoritarisme, comme le montrent d’ailleurs les propos inquiétants qu’elle a tenus sur la façon dont elle traiterait l’opposition si elle venait à gagner le pouvoir. Je ne crois pas que les dirigeants du FN soient des démocrates sincères. Et soit dit en passant, il n’est pas inintéressant de constater que la fille a succédé à son père à la tête du mouvement, phénomène extrêmement rare, pour ne pas dire plus, dans des formations politiques démocratiques et qui renvoie bien davantage aux us et coutumes des régimes totalitaires.

Démagogues en chef

L’autre point qui pose problème avec les dirigeants du FN, c’est leur démagogie crasse. On peut être pour une réduction forte de l’immigration, viser un solde net proche de zéro, du fait des problèmes actuels, sans pour autant tomber dans la xénophobie et le mensonge. C’est la position que j’essaie de tenir (de même que celle de DLR et NDA, il faut le reconnaître). D’où la différence entre vouloir réduire les flux bruts d’entrée d’environ 50% ou de 95%… Mais si on admet que 10 000 entrées par an dans le territoire, cela signifie qu’il faudrait refuser plus de 80% des 60 000 étudiants étrangers qui viennent chaque année en France, et qui amènent argent et influence à notre pays. Mais surtout, pourquoi mentir de manière si outrageuse, quand Marine Le Pen soutient que la France est championne d’Europe de l’immigration alors que notre pays admet depuis 15 ans bien moins d’immigrés que nos voisins immédiats, Allemagne, Italie, Espagne ou Grande-Bretagne, dans un rapport allant en général d’1 à 3.

De même, Marine Le Pen évoque un coût de l’immigration de 35 à 70 milliards d’euros par an. Mais si on se base sur les travaux réalisés par Jean-Paul Gourévitch, dont le FN s’est plusieurs fois réclamé, on constate que le coût net de l’immigration est plutôt compris entre 10 et 15 milliards d’euros par an, ce qui est confirmé par les travaux récents de l’OCDE. Ce mensonge, dont on ne peut pas croire qu’il ne soit pas conscient tant il s’agit du sujet phare de ce parti, démontre que Marine Le Pen prend les Français pour des imbéciles, puis qu’elle ne recule devant rien pour stigmatiser les immigrés. Encore un trait caractéristique de l’extrême-droite, soit dit en passant. Pour moi, ceci montre qu’elle n’est qu’une politicienne comme ceux qui fourmillent au PS et à l’UMP, prêts à dire tout et n’importe pour arriver à leurs fins.

Enfin, comme l’a bien rappelé Natacha Polony, il faut bien noter que le FN a fait un 180° complet pour une partie de son programme, ce qui, étant donnée la démagogie de ses dirigeants, permet de questionner la sincérité d’un tel changement. En 2002 et en 2007, ce parti tenait un discours néolibéral de baisse drastique des dépenses publiques et de l’impôt sur le revenu ou de privatisation des services publics. Comment croire le virage récent, d’autant plus que Marine Le Pen montre une maîtrise plus que superficielle de ces sujets ? Si elle avait fait un travail d’aggiornamento intellectuel, elle serait capable de répondre avec robustesse à tous ceux qui questionnent certains éléments de son programme. Son manque de maîtrise de ces sujets créé un doute légitime sur la sincérité de ce changement. Ne vaut-il pas mieux faire confiance à ceux qui ont fait preuve d’une véritable droiture intellectuelle sur ces sujets ?

Bref, à tous ceux qui font mine de ne pas comprendre pourquoi je m’oppose au FN, voici deux papiers qui montrent que j’ai beaucoup de raisons de m’y opposer. Mon rejet repose sur une collection de faits et de déclarations consignés depuis des années et qui disqualifient ce parti pour l’exercice du pouvoir.

Face aux mutations de l’UMP et à l’importance grandissante du FN, quel positionnement pour DLR ? – Par « Cochin »

Ce billet a été publié en qualité d’invité sur le blog de Laurent Pinsolle (lien : http://www.gaullistelibre.com/2014/06/face-aux-mutations-de-lump-et.html)

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Les délires néolibéraux du châtelain Fillon

L’interview accordée récemment par François Fillon au Telegraph ne fait que tristement confirmer les craintes que l’on pouvait avoir sur les évolutions de l’UMP, dont des membres de plus en plus nombreux revendiquent un néolibéralisme décomplexé. Lors du même entretien, l’ancien premier ministre affirme ainsi tout d’abord que les universités françaises sont des « foyers de marxisme » avant de regretter que « la France n’ait jamais eu de révolution thatcherienne ».

François Fillon raisonne ici, comme bon nombre de néolibéraux, avec plusieurs décennies de retard. Pour que les universités françaises soient un foyer de marxisme, il faudrait que les étudiants d’aujourd’hui lisent encore Marx ou ceux qu’il a inspirés, ce qui n’est clairement plus le cas (je me rappelle encore à ce sujet l’étonnement de mon professeur de khâgne à Louis-le-Grand quand il s’était aperçu il y a quelques années que seule une petite poignée d’élèves avaient lu de manière un tant soit peu poussée les oeuvres de Marx).

Bref, François Fillon se contente ici de reprendre de vieux poncifs qui ne renvoient plus à aucune réalité – et l’on pourrait d’ailleurs le regretter car le marxisme, au-delà de tous les problèmes qu’il pose, avait au moins le mérite d’offrir à certains un cadre de pensée cohérent et rigoureux qui leur permettait de mener une réflexion qui ne soit pas simplement superficielle sur l’état de notre société.

L’ancien premier ministre a en réalité très probablement vu dans la dénonciation des « foyers de marxisme » une façon de s’attirer sans trop d’efforts les sympathies de la frange la plus à droite de l’électorat de l’UMP. Échouant depuis deux ans à obtenir la direction de son parti en se livrant à une véritable réflexion sur les causes de la crise française, le voilà bien décidé à s’en emparer en conquérant la notoriété de l’infamie.

C’est d’ailleurs bien ce que montre l’éloge obscène rendu à celle qui fut responsable de l’un des pires drames sociaux qu’ait connu un pays d’Europe occidentale depuis 1945, poussant dans la misère des millions d’ouvriers. Mais soyons tout de même bon joueur et admettons à la décharge du châtelain Fillon qu’un tel drame n’a pas touché l’ensemble des Britanniques : bien loin de pâtir des années Thatcher, la City, et plus généralement les classes les plus riches, virent leur pouvoir se renforcer. En clair, la rigueur à laquelle aspire l’ancien premier ministre ne concernera que les classes populaires et les classes moyennes.

Ces déclarations de François Fillon, qui s’ajoutent à bien d’autres et ont depuis été encore confirmées lors de sa dernière conférence de presse2, illustrent un mouvement global des principaux cadres de l’UMP, qui accentuent leurs penchants néolibéraux. Que n’entend-on pas à ce sujet sur le temps de travail ou sur la création d’un SMIC spécifique pour les jeunes ? Des hommes comme Laurent Wauquiez (le brillant politicien selon lequel le rejet du référendum de 2005 est dû à la volonté des Français de voir clairement affichées les racines chrétiennes de l’Europe dans la constitution3) participent depuis plusieurs années de cet infléchissement de la ligne de l’UMP vers un antiétatisme (s’appuyant en premier lieu sur le rejet de l’impôt) qui n’a pourtant pas toujours caractérisé l’ensemble de la droite française.

Pour ne pas se retrouver asphyxié entre l’UMP et le FN, DLR doit éviter le piège de la droitisation

Au moment où l’UMP accentue son libéralisme économique tout en se rapprochant de l’extrême-droite sur certaines questions, sous l’influence notamment de la Droite forte, il importe de s’interroger sur le positionnement politique actuel de Debout la République. Autant le dire clairement, si j’ai voté en mai dernier pour la liste soutenue par ce parti, ce ne fut pas avec un enthousiasme sans limite mais seulement parce qu’elle me semblait incarner la plus claire proposition de rupture avec l’Union européenne (c’est-à-dire la construction européenne, dans la forme néolibérale avancée qu’elle a prise depuis le début des années 1990).

Sympathisant de DLR depuis sa création, j’ai à chaque fois que cela était possible apporté ma voix à ce parti. Il y a plus d’un an, j’ai même choisi, après avoir longtemps hésité, d’en devenir adhérent. L’élément qui a poussé cette adhésion était un billet de Nicolas Dupont-Aignan publié au moment de la mort de Chavez, billet qui, tout en signalant les défauts du chavisme, rappelait que celui-ci avait incarné « une révolte contre le défaitisme d’Etat incapable de promettre à ses enfants autre chose que la misère »4. Un tel billet paraissait sur le coup témoigner d’une véritable pensée « gaulliste sociale » (l’emploi des guillemets s’impose parce que l’expression a aujourd’hui perdu en grande partie de son sens : s’en réclament aussi bien François Fillon que Laurent Wauquiez), par l’hommage rendu à un homme qui, s’il n’était sans doute pas parfait, avait au moins eu le mérite de soulager une partie de la pauvreté de ses concitoyens par la redistribution d’une part importante de la rente pétrolière (il faudra à ce sujet un jour se demander sérieusement pourquoi des journaux comme Le Monde ou Le Figaro, qui publiaient très régulièrement des articles pour critiquer l’état de démocratie dans le Venezuela chaviste, s’inquiétaient dans le même temps beaucoup moins des conditions de la vie politique dans les pétromonarchies du Golfe).

À mes yeux, un souverainisme qui concentrerait toute son attention à la seule question européenne en délaissant la question sociale est voué à l’échec. Toute réflexion politique sérieuse sur la crise de notre pays doit sans cesser articuler ces deux questions, qui tout en étant intimement liées du fait du caractère néolibéral de l’Union européenne, ne sont pas exactement les mêmes. Ceci est d’autant plus fondamental que ce sont bel et bien les classes qui souffrent le plus dans le contexte actuel qui sont celles auprès de qui le discours de Debout la République est le plus à même de porter.

Renforcer le caractère social de son discours, voilà ce que devrait faire Debout la République, au lieu de dénoncer, comme dans les tracts des dernières élections européennes, la « bureaucratie » et l’« assistanat ». Il faut d’ailleurs noter à ce sujet que : soit le chômage est principalement lié à l’euro et aux politiques économiques menées depuis trente ans et dans ce cas là dénoncer l’assistanat (qui est un phénomène marginal) est un contresens ; soit il est dû à la fainéantise de certains, mais dans ce cas on ne peut plus accuser l’euro ou les politiques néolibérales d’être la cause des maux dont souffre l’économie française.

À l’heure où l’UMP adopte un positionnement de plus en plus droitier et où le Front national voit son audience croître, Debout la République se retrouverait en réalité bien vite asphyxié entre ces deux partis s’il choisissait d’opter pour une ligne plus à droite que celle qu’il a suivie par le passé. Le mouvement prendrait par ailleurs le risque de se couper définitivement des souverainistes de partis plus à gauche, avec lesquels il devra pourtant un jour s’allier s’il veut rassembler une majorité de Français. Si à court terme, une telle ligne pourrait donc permettre de récupérer quelques électeurs, en profitant de la crise – provisoire – de l’UMP, elle condamnerait par la suite le parti à végéter à des niveaux qui furent ceux de l’ancien MPF.

Gageons que Nicolas Dupont-Aignan ne fera pas une telle erreur.

Pour rejeter l’Europe néolibérale, les souverainistes de tous les partis devront s’unir – Par « Cochin »

Ce billet a été publié, en tant qu’invité, sur le blog de Laurent Pinsolle (Lien : http://www.gaullistelibre.com/2014/06/pour-rejeter-leurope-neoliberale-les.html)

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Près d’un mois après les élections européennes, il est possible de dresser un premier bilan de leur incidence sur la vie politique française. Comme beaucoup l’ont noté, le vote des Français montre une défiance croissante de ceux-ci à l’égard à la fois des deux grands partis traditionnels, qui obtiennent à eux deux à peine un tiers des suffrages exprimés, et des deux formations les plus favorables à l’Union européenne (les Verts et les centristes), qui ne recueillent que 20 % des voix. D’aucuns ont donc pu voir dans ces élections une victoire des eurosceptiques de tous bords (Front de gauche, Debout la République et Front national), laissant espérer à terme une rupture avec les politiques mortifères menées depuis au moins trente ans par les élites politiques de notre pays.

L’impasse Front national

Un tel constat doit cependant – hélas – être fortement nuancé, et ce pour plusieurs raisons. La première d’entre elles tient au fait que l’électorat eurosceptique s’est porté principalement sur le Front national, c’est-à-dire sur un parti qui, par son passé mais aussi par les régulières prises de position pour le moins ignobles de certains de ses principaux dirigeants, reste en dehors du cadre républicain.

Si l’on peut comprendre que nombre d’électeurs désirant une véritable rupture avec les politiques menées alternativement par l’UMP et par le PS aient accordé leurs suffrages au mouvement qui leur semblait le mieux incarner l’opposition aux anciens partis, un tel choix est cependant regrettable, étant donné qu’il ne permet en rien d’espérer un meilleur avenir. Du fait de son positionnement politique, le Front national, s’il a de grandes chances de se retrouver au second tour de la prochaine élection présidentielle, n’a en effet quasiment aucune chance de l’emporter à la fin, en raison du fait qu’il ne dispose d’aucun allié potentiel au sein des autres grands mouvements politiques et qu’il suscite même largement leur hostilité.

Paradoxalement, parmi les formations eurosceptiques, c’est donc celle qui a le plus de chance de passer le premier tour qui est aussi celle qui a le moins de chance de remporter le second, à cause de l’isolement dans lequel le laissent les autres partis souhaitant rompre avec l’Union européenne – selon nous à raison, mais là n’est pas la question. À l’inverse, Front de gauche, Mouvement républicain et citoyen et Debout la République – qui sont tous trois des partis dont la présence au second tour reste aujourd’hui plus qu’improbable – auraient sans doute toutes les chances de l’emporter dans un face à face avec le PS ou l’UMP, grâce à un efficace report des voix souverainistes (l’auteur de ces lignes, adhérent de Debout la République, n’hésiterait pas un seul instant à voter pour Jean-Luc Mélenchon ou pour Jean-Pierre Chevènement si l’un d’entre eux se retrouvait un jour opposé à un membre de l’UMP ou du PS).

Récapitulons donc : le FN a de fortes chances de passer le premier tour de la prochaine élection présidentielle mais n’a presque aucune chance de l’emporter au second et l’on peut donc dire qu’il stérilise une bonne partie des voix souverainistes, en engageant plusieurs millions d’électeurs dans une voie sans issue (à ce titre, ceux qui accusent ce parti d’être un allié objectif du PS et de l’UMP n’ont pas tort). Les autres partis de rupture semblent quant à eux incapables de passer le premier tour alors même qu’ils pourraient l’emporter au second.

Des souverainistes républicains affaiblis par leurs divisions

La situation n’est donc guère encourageante ; et elle l’est encore moins si l’on considère les débats qui agitent aujourd’hui aussi bien le Front de Gauche que le Mouvement républicain et citoyen et Debout la République.

En ce qui concerne le Front de Gauche, celui-ci reste aujourd’hui incapable de porter un discours unique et cohérent de rupture avec l’Union européenne, ce qui explique sans doute d’ailleurs en grande partie le score relativement faible de ses listes lors des dernières élections. Les nombreuses tribunes publiées depuis sur le site internet de Marianne par des membres des différentes tendances qui le composent illustrent bien tristement cet état de fait, au point que l’on en vient à se demander si le Parti de Gauche ne ferait pas mieux de se séparer de ceux de ses alliés qui sont les plus farouchement arc-boutés dans la défense d’une Union européenne dont ils refusent de comprendre que le néolibéralisme n’est pas quelque chose d’accidentel mais bel et bien de consubstantiel (les analyses de Frédéric Lordon dans son dernier livre sont à cet égard particulièrement éclairantes).

En ce qui concerne le Mouvement républicain et citoyen et Debout la République, on peut regretter que ces deux mouvements, qui portent tous deux depuis plusieurs années des projets réfléchis et cohérents de rupture avec l’Union européenne et le néolibéralisme dominant, n’aient pas été capables de s’accorder pour présenter aux Français des listes communes pour les élections européennes, dont tout laisse à penser qu’elles auraient été en mesure de remporter plusieurs sièges au Parlement européen.

S’unir pour ne plus subir

Face aux partis installés du système et à un FN qui a réussi à se faire passer pour la seule alternative au PS et à l’UMP, les souverainistes républicains n’ont pourtant sans doute pas d’autre alternative que de s’unir pour exister.

Entendons-nous bien : il ne s’agit en aucun cas ici d’affirmer que Front de Gauche, Mouvement républicain et citoyen et Debout la République devraient s’allier lors des prochains scrutins. Des différences de fond existent entre ces partis et il est normal, dans le cadre de notre démocratie, que celles-ci subsistent. Seulement, au delà de ces différences, il faut également faire le constat de nombreux points d’accord, qui sont en réalité bien plus nombreux que ne le pensent beaucoup et qui, surtout, portent sur des questions fondamentales. Du fait de l’existence de ces convergences de vue, des rapprochements de circonstance doivent se faire entre les sympathisants et adhérents de chacune de ces formations (de tels projets ne pourront sans doute pas à l’heure actuelle, pour des raisons diverses, partir des appareils politiques et doivent donc émaner de la base).

Au mois d’avril dernier, au cours de la campagne européenne, l’auteur de ces lignes avait participé à une initiative de ce genre. En publiant sur le site internet de Marianne une tribune cosignée par des adhérents et sympathisants des trois principaux mouvements eurosceptiques républicains, nous avons montré la proximité qui existe de fait entre les électeurs de ces formations.

Les discussions autour du Grand marché transatlantique offriront dans les mois à venir une occasion de poursuivre ces rapprochements inter-partisans. Si nous voulons exister dans le débat publique et ne pas laisser les médias présenter le Front national comme la seule force d’opposition à un libre-échange fou, nous n’avons en effet pas d’autres choix que de nous unir pour peser davantage. Si Front de Gauche, Mouvement républicain et citoyen et Debout la République s’engagent séparément dans cette bataille, ils risquent d’échouer à fédérer l’opinion antilibérale pour la constituer en un vaste mouvement de masse capable de provoquer l’échec du projet. Pour cette raison, seules des discussions ainsi que des manifestations communes de tous les souverainistes républicains pourront permettre de montrer l’enracinement des idées qu’ils défendent dans le pays.

Pourquoi le FN ne passera pas par moi (1/2) – Par Laurent Pinsolle (Debout la République)

La victoire du Front National lors des élections européennes a été l’occasion de nouveaux débats enflammés sur les raisons de cette victoire et sur l’attitude à avoir vis-à-vis de ce parti. Voilà pourquoi je souhaite revenir sur ce sujet, dans une série de deux papiers.

Une opposition paradoxale ?

Un certain nombre de frontistes, quelques uns semblant encore me lire malgré des prises de positions, affirment qu’il serait paradoxal que j’exprime une position aussi radicalement hostile à l’encontre de leur parti. Ils affirment que les positions de DLR seraient très proches, quand ils ne disent pas que ce sont les mêmes. Certains vont même jusqu’à évoquer une attitude politicienne de ma part, le fait que je ne ferai que défendre ma boutique politique par rapport à la leur. Cet argument est assez difficilement recevable étant donnée ma prise de position de septembre 2012 ou ma récente décision de m’éloigner de DLR. Néanmoins, il faut bien reconnaître que je partage bon nombre de motivations des électeurs de ce mouvement, à savoir un ras-le-bol des grands partis traditionnels ainsi qu’un refus de cette mondialisation anarchique qui mène à une loi de la jungle destructrice de notre modèle social et de notre identité.

Mais ce n’est pas parce que je partage une partie des motivations des électeurs du Front National que cela doit me pousser dans les bras du parti de la famille Le Pen. Si je respecte leur vote et les ai même défendus par occasion (quand Sophia Aram les a traités de cons ou en disant que ce vote est, logiquement, social, dès 2011), cela ne change pas mon jugement à l’égard du parti pour lequel ils votent, et dont les scores actuels doivent principalement à la crise terrible que nous traversons et à la décomposition du PS et de l’UMP, dont le bilan au pouvoir est tout simplement calamiteux. Mais même si j’ai un jugement très dur à l’égard des partis qui se partagent le pouvoir (que je critique au moins aussi souvent que le FN), mon opposition au Front National ne me semble absolument pas paradoxale. D’abord se pose un problème de personnes. Comme je le soutiens depuis le début, la famille Le Pen me semble extrémiste, pas sérieuse et démagogue (ce sur quoi je reviendrai précisément demain).

Et au final, le paradoxe est levé par le rapport au gaullisme. Devant les professions de gaullisme de Florian Philippot, Marine Le Pen a cru bon de rassurer une partie de ses militants en précisant bien qu’il était un cas isolé. Si l’on rapproche l’extrême-droite nationaliste du gaullisme, du fait de l’attachement à la nation, toute l’histoire montre qu’il y a une différence profonde entre ces deux mouvements de pensée. Quand l’extrême-droite a une vision de la nation identitaire, xénophobe, voir isolationniste, le gaullisme a une vision de la nation plus ouverte et surtout bien plus progressiste qu’identitaire, quoiqu’en disent ceux qui rapportent de temps en temps une phrase non officielle du Général, en oubliant tout le reste. C’est ce que j’avais théorisé en parlant des deux familles de l’ordo-souverainisme. En outre, il y a de nombreuses différences, sur la peine de mort, l’IVG, l’immigration, les immigrés présents en France, ou même les questions économiques, traitées avec bien moins de cohérence et de sérieux. Ce n’est pas parce que l’on est attaché à la France que toutes les différences sont gommées du jour au lendemain.

Le vote utile souverainiste ?

L’autre reproche traditionnel, c’est de dire que nous diviserions le camp patriote et que de toutes les façons, pour changer le cours des choses, il n’y a que le FN qui pourra y arriver. Comme je l’ai rappelé, ce n’est pas parce que l’on est attaché à la France que toutes les différences sont effacées. Pour paraphraser Romain Gary, « le patriotisme, c’est l’amour des siens, le nationalisme, c’est la haine des autres », ce qui fait toute la différence entre le gaullisme et l’extrême-droite et aujourd’hui entre DLR et le FN à mon sens. De même que le camp des adorateurs de l’UE compte plusieurs partis, celui de ceux qui pensent que la nation doit rester l’épine dorsale de notre organisation politique peut tout aussi bien rester divers étant donné qu’il y a des interprétations très différentes de cette idée. Pourquoi faudrait-il donc avoir un choix binaire. Ce n’est pas comme cela que notre vie politique s’est organisée depuis des décennies.

Sur la question de la capacité à changer les choses, les partisans du FN soulignent que ce parti a réuni un quart des électeurs fin mai et que le chemin qui pourrait le mener au pouvoir semble bien plus court que celui des autres partis dits souverainistes. Néanmoins, on ne peut pas juger au seul score d’un instant T la capacité d’un parti à arriver au pouvoir. Dans le passé, les communistes n’ont pas su transformer leur importance politique en capacité à prendre les rênes du pouvoir, malgré des scores encore supérieurs à ceux du FN en mai. Certes, ils ont été des partenaires au sein de coalition, mais ils n’ont jamais été à la tête de ces coalitions et ont souvent été contraints d’avaler leur chapeau pour y rester. En outre, il faut bien constater que le FN est un vieux parti de 42 ans, qui pèse lourd dans la vie politique française depuis 30 ans, donc on peut questionner sérieusement sa capacité à prendre le pouvoir démocratiquement étant donnée l’hostilité qu’il suscite dans une large majorité de la population.

Bien sûr, les partisans du FN peuvent dire que Marine Le Pen a changé les choses, qu’elle a dédiabolisé son parti, ce que pourrait montrer le score du 25 mai. Néanmoins, il faut rappeler qu’il y a perdu plus d’un million et demi de voix de moins qu’en 2012 et que ces élections sont souvent des défouloirs et qu’elles se sont tenues dans des circonstances incroyablement favorables (6 ans de crise économique, un PS très impopulaire et une UMP inepte). Ce n’est qu’en 2017 que l’on pourra statuer sérieusement si autre chose qu’une opposition radicale et stérile au système ressort de ce parti, ce qui me semble tout sauf évident étant donnés les dérapages récurrents de ses dirigeants et de ses membres, qui cantonnent légitimement ce parti dans des extrêmes inéligibles. Si le Général de Gaulle a réussi à balayer la Quatrième République, c’est parce qu’il occupait une position beaucoup plus centrale et donc rassembleuse sur l’échiquier politique, chose qui me semble totalement impossible pour le FN.

Bref, ce sont pour des raisons de fond (différends programmatiques, qui perdurent, et plus encore, une différence fondamentale de philosophie globale) qui font que je m’oppose à ce parti, dont je persiste à croire qu’il ne sera pas le mouvement qui redonnera à la nation ses lettres de noblesse. Demain, je reviendrai également sur les questions de personnes.

Pourquoi j’ai voté Mélenchon en 2012 et Debout la République en 2014 – Par jauresist – le 31 mai 2014

Note de VCLR : Je relaie ce billet de blog parce qu’il a été écrit par un ancien militant du PG que je connais pour avoir échangé avec lui et parce qu’il mérite d’être entendu, quand bien même sa vision ne serait pas largement partagée. Il faut accepter la contradiction et la critique, surtout quand elle émane de gens qui ont été des nôtres, surtout quand elle est respectueuse et argumentée. Son choix de vote n’est pas le mien qui suis resté fidèle au PG et au FdG, mais je le comprends et si vous lisez ce billet, vous constaterez que ce militant a des arguments à faire valoir. Et que ces arguments ne sont pas loin de ressembler à ceux que je mets en avant moi-même

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J’ai 31 ans. Depuis mon plus jeune âge, je m’intéresse à la politique. J’ai toujours été sensible aux valeurs d’égalité, de justice sociale et à celle encore neuve d’écologie.

Dès lors, je me suis identifié spontanément à la gauche altermondialiste. Je me suis forgé ma culture politique à travers son prisme antilibéral et écologiste.

 En 2005, je me suis mobilisé fortement contre le TCE. L’enjeu symbolique était alors très fort car on demandait aux peuples de valider leur  dessaisissement complet de souveraineté. La campagne autour de ce référendum a mis en évidence la nature technocratique de la construction européenne où quand on consulte les peuples, c’est pour les sommer d’acquiescer. Elle a aussi éclairé à la fois la convergence ultime entre les partis de gouvernement sensés incarner l’alternance et leur complicité responsable dans ce vaste dessein néolibéral de neutralisation de la volonté populaire.

 La ratification par le Congrès du traité de Lisbonne, bafouant le résultat même du référendum, a signé la faillite de notre système républicain et validé magistralement le discours d’alerte démocratique des opposants au Traité sur le niveau de soumission de nos responsables politiques aux lobbies financiers.

 Depuis 2005, il m’est donc apparu  clairement que la première urgence politique est de rétablir l’essence même de la République, le respect de l’expression souveraine du Peuple, qui est morte avec ce vote du Congrès. Et que ce rétablissement de la démocratie ne pourrait se faire qu’en mettant conjointement à la porte du pouvoir UMP et PS, ceux-ci ne formant plus qu’un seul et même parti, celui du système néolibéral autoritaire et absurde.

 Je ne pense pas être le seul à avoir ressenti cette claque parlementaire comme une rupture définitive et  un appel à la rébellion. Je pense que ce référendum bafoué de 2005 reste la toile de fond de la défiance politique actuelle.

 C’est lors de cette mobilisation pour le Non au TCE que j’ai découvert Jean-Luc Mélenchon d’un côté, Nicolas Dupont-Aignan de l’autre.

 J’ai apprécié le socialiste au verbe haut qui manifestait-là sa rectitude et son absence de carriérisme, une attitude bien peu commune parmi ses confrères de parti.

Quant à Dupont-Aignan, j’avoue sans problème que j’ai été surpris d’entendre une voix dissonante et de reconnaître une conscience sincèrement républicaine à l’UMP, que je perçois toujours comme étant un parti de cyniques acquis au pouvoir de l’argent.

 J’ai donc ensuite gardé une attention bienveillante à l’évolution de ces deux personnalités.

 En 2011, j’ai adhéré au Parti de Gauche pour soutenir la candidature alors probable de JL Mélenchon à la présidentielle.

 Je me suis trouvé alors complètement en phase avec sa ligne d’attaque du système politico-médiatique, dont la connivence d’intérêts a été flagrante en 2005. J’ai goûté particulièrement la sortie de son livre « Qu’ils s’en aillent tous ! » et espéré que ce slogan reste au cœur de sa campagne. C’était reprendre le fil inabouti mais prometteur de la victoire populaire au référendum. C’était aussi occuper le champ laissé libre au FN et le meilleur moyen de lui faire concurrence. Peu importe les caricatures dérisoires de Plantu…

 J’ai regretté que ce message, touchant à coup sûr les classes populaires au premier rang du Non au TCE, se dilue ensuite et qu’il finisse par être éclipsé par cette fabrication maladroite d’un duel aux accents surannés contre Marine Le Pen.

 J’ai constaté que Nicolas Dupont-Aignan, sans parvenir au même succès médiatique que Mélenchon, s’est lui aussi inscrit dans la continuité de son combat de 2005. Il a dénoncé le rôle des journalistes en vue dans le verrouillage idéologique en faveur du libéralisme.

 A l’heure du premier tour, je suis finalement resté sur mon choix de voter Mélenchon. En raison de son plus fort engagement sur la question écologique, thème majeur pour l’avenir, et aussi pour donner un maximum de poids à celui le plus visible pour porter le combat « anti-système » pour une refondation démocratique.

 Cependant, déjà je percevais les limites du personnage et derrière lui du Front de Gauche tout entier, dont la stratégie de « gauche maximale » et la posture grossièrement antifasciste vis-à-vis du Front National sont en décalage avec l’opinion des classes populaires, et même creusent le fossé vis-à-vis de celles-ci insidieusement méprisées.

 Le Front de Gauche se trouve dans une impasse électorale, dans l’incapacité patente de réviser sa stratégie pour l’adapter à l’état de l’opinion, et donc voué à ne rassembler que la gauche radicale et non une majorité du Peuple.

 Les citoyens français dans leur majorité ne rentrent plus aujourd’hui dans les cases du 20ème siècle correspondant à la droite et à la gauche et sont de plus en plus désorientés dans le jeu des partis qui eux, à l’exception du Front National, continuent de jouer sur les mêmes clivages.

 Notre peuple est à la fois opposé au libéralisme, bien identifié comme responsable de la crise économique qui mine notre pays depuis des décennies maintenant. Il est inquiet et révolté par la montée des inégalités sociales et est clairement demandeur de plus de justice sociale. En cela, il est potentiellement ouvert aux idées venant de gauche.

 Il est aussi inquiet de la fragilisation du corps social, à travers la détérioration manifeste du civisme, de la montée des atteintes aux personnes. Il est très préoccupé de la situation tendue des banlieues et attend sur la violence systémique qui s’y développe non seulement des mesures de long terme mais une fermeté immédiate qui rappelle la loi. Il est demandeur d’affirmation des valeurs républicaines et culturelles qui réaffirment le modèle français d’assimilation et améliorent la cohésion nationale.

En cela, il est clairement réceptif aux discours venant de droite.

 Le rassemblement de notre peuple pour rétablir la démocratie ne peut donc s’opérer que sur une synthèse qui dépasse le vieux schéma droite/gauche. C’est selon moi ce qui explique le succès du Front National qui a su faire en toute démagogie sa mutation antilibérale en pompant le discours altermondialiste.

C’est dans cet esprit de conciliation que  j’ai décidé de voter aux européennes pour Debout la République, conscient qu’il faut faire progresser en visibilité cette droite antilibérale et authentiquement républicaine.

 J’ai fait aussi ce choix, loin d’être évident pour un militant qui s’identifie à gauche, en me souvenant de la démarche volontariste de Dupont-Aignan pendant la présidentielle appelant les différentes formations antilibérales à travailler ensemble pour défaire le système oligarchique.

 Je ne pense pas que le FN ait aujourd’hui donné la preuve de son attachement authentique à la cohésion nationale et à la démocratie républicaine. Je ne pense donc pas que malgré son succès éclatant, il faille chercher à l’associer à une quelconque démarche de rassemblement.

 Il s’agit plutôt de construire une alternative souverainiste au Front National qui soit authentiquement républicaine. Seule une alternative faisant cette synthèse à l’image du peuple d’aujourd’hui a une chance de concurrencer la large audience du FN.

J’invite donc les camarades du Front de Gauche qui s’interrogent à l’issue de cette cuisante déception électorale à une réelle remise en cause stratégique et à plus d’ouverture républicaine.

 J’invite également Nicolas Dupont-Aignan et les militants gaullistes de Debout la République à renouveler avec plus de vigueur la politique de la main tendue et à créer les conditions concrètes d’un rassemblement des bonnes volontés pour refonder notre République malade de l’UMPS. Pourquoi pas en initiant la mise en place d’une association d’ouverture.

 J’invite bien évidemment tous ceux partageant l’esprit de ce texte à manifester leur soutien et à le relayer.

Les contours d’une alternative majoritaire – Par jauresist – le 13 avril 2014

Mélenchon se leurre: malgré son coup de force de remobiliser en coeur la gauche militante antilibérale, le discours de la « gauche décomplexée » ne rencontre pas un formidable écho parmi le peuple français. Malgré le réjouissement forcé, les scores des candidats FG mêmes alliés à EELV restent souvent mitigés, en tout cas loin de signifier une adhésion massive des électeurs. L’explication de fond, c’est que la grande majorité du Peuple français n’est pas séduite par le paquet « 100% de gauche » avancé par le Front de Gauche. C’est l’alternative du tout ou rien. Là est l’erreur politique qui empêche, au delà de la sourdine médiatique indéniable, le Front de Gauche de faire recette.

Il y a là une forme d’immaturité politique à d’un côté jouer les Cassandre, agiter la gravité de l’urgence sociale, de la détresse populaire, et de l’autre s’entêter à proposer une alternative toute partisane, dont le caractère idéologique est si tranché qu’il ne s’adresse qu’à un camp bien circonscrit et non au Peuple tout entier.

Il y a une faiblesse stratégique béante à afficher son ambition de rallier une majorité électorale dans l’objectif de gouverner et en même temps de faire de l’adversité gauche-droite l’alpha et l’omega de sa vision politique.

Au delà il y a une incohérence flagrante à se faire le chantre d’une 6ème République, d’une démocratie renouvelée et de proposer dans les faits un projet politique global où nombre de mesures qui s’imposeraient sont celles d’un camp idéologique minoritaire.

La solution majoritaire passe FORCEMENT par un positionnement de compromis. Compromis ne veut pas forcément dire compromission. Du moment que l’on ne se trompe pas de combat, on ne se trompe pas d’adversaire. Il faut absolument pour défaire l’oligarchie et rétablir une vraie démocratie emmener avec soi le Peuple dans son ensemble. C’est-à-dire dans sa diversité d’opinions. Avoir une attitude conciliante, c’est simplement avoir compris qu’il faut savoir s’entendre sur l’essentiel et trouver des solutions d’équilibre.

Notre peuple est donc actuellement en désarroi, laissé sans solution, pris au piège entre d’un côté l’UMPS bien identifiés comme le fruit pourri et de l’autre des options rugissantes mais dont la radicalité clivante laisse entrevoir le fiasco.

Je parle là du Front de Gauche, mais Debout la République, autrement dit Dupont-Aignan qui y occupe toute la (petite) place, peine à ne pas échouer de la même manière. Il semble disputer à Marine Le Pen son petit fond de commerce nauséabond sur les Roms, les immigrés, la légitime défense (dans le dos) et s’égare même à lui faire de l’oeil.

Il y a donc un vide pour un mouvement à créer. Pas un énième groupuscule dont l’ambition serait d’exprimer des nuances subtiles d’opinion par rapport à l’existant. Mais bel et bien un mouvement animé de l’esprit de rassemblement du Peuple, dans l’objectif clair et premier de se débarrasser de l’UMPS et de mener le combat pour la reconquête de la souveraineté populaire face à l’oligarchie aux manettes en France et en Europe.

Le retour à la souveraineté nationale peut-être dans ce cas envisagé s’il s’agit bien d’un moyen pour en définitive en amendant sérieusement les institutions garantir enfin la démocratie, la prépondérance de l’Intérêt Général.

Réponse à l’article sur la participation gaullienne de Luc Bouchinet de DLR, du 22-12-2012

L’article de Luc Bouchinet auquel je réponds dans le billet ci-dessous, est accessible ici :

https://vivelasixiemerepublique.wordpress.com/2012/12/18/la-participation-une-ambition-sociale-et-morale-gaullienne-par-luc-bouchinet

Voici un article très intéressant pour le Républicain que je suis. Tellement intéressant, tellement raisonnant aussi à mes oreilles, à mon esprit au regard de l’époque que nous vivons, que j’ai décidé d’y répondre.

Bien que je sois un militant du Parti de Gauche (depuis près de quatre ans), ou plutôt peut-être même, paradoxalement, parce que je suis un militant du Parti de Gauche, je me retrouve dans l’essentiel de ce texte. À quelques nuances plus ou moins importantes près que je vais présenter plus loin…

Il ne me surprend pas de constater de telles convergences  entre les « Gaullistes », j’entends les vrais, pas les guignols actuels de l’UMP qui osent encore, pour certains tout du moins, se dire « gaullistes » et qui sont parfois définis comme tels par les médias. Ce n’est pas aux fossoyeurs du gaullisme que furent les principaux leaders du RPR des années 90 (Philippe SÉGUIN et deux ou trois autres mis à part évidemment) que je pense. Ce n’est pas aux traîtres du gaullisme que sont les leaders de l’UMP des années 2000 que je pense. Non, je parle bien des gaullistes authentiques, ceux de Debout La République, ceux qui ont choisi de suivre et de soutenir Nicolas DUPONT-AIGNAN. Je pense aux gaullistes du type de ceux qui, à l’instar de Laurent PINSOLLE, savent être modernes tout en étant gaullistes car seuls les ignorants croient que ces deux termes sont antinomiques. C’est à ceux qui savent aimer et défendre la nation française sans haïr les autres, dans l’esprit de cette belle plume d’Ernest RENAN qui expliquait que « le patriotisme était l’amour des siens quand le nationalisme était la haine des autres » que je pense… Ces gaullistes-là, je les lis, je les suis, avec intérêt, et je ne cesse pas de constater de nombreuses convergences. Ce qui ne signifie pas que je me définisse comme gaulliste, même pas comme « gaulliste de gauche » car il existe aussi bien sûr pas mal de sujets de divergences, de points de désaccord, de terrains de mésentente. Ceux-ci sont suffisants pour écarter l’étiquette « gaulliste » pour me présenter. Ce qui ne signifie pas non plus que j’hésite entre deux orientations politiques. J’ai fait mon choix il y a des années et jamais je n’ai eu, depuis quatre ans, de raison d’en avoir honte ou de vouloir me déjuger. Si j’ai choisi le PG, ce n’est pas par caprice ou par humeur d’un jour mais suite à une longue et intense réflexion nourrie de bien des lectures. Mais on peut être déterminé, sûr de ses choix, bien en phase avec soi-même si j’ose dire, et être également ouvert aux autres, curieux de ce qui se dit ailleurs, voire intéressé par les discours et les actes de ceux qui se rapprochent de nous quand bien même ils ne font pas partie de nos alliés politiques… Ca a toujours été mon état d’esprit et ça le restera.

Donc, sans aller jusqu’à dire que les désaccords entre vous et moi, sont anecdotiques ou sans importance, je suis très souvent heureux de constater que sur ce qui est le plus fondamental à mes yeux, eh bien, nous ne sommes pas si éloignés les uns des autres que cela. Je dis « nous » mais ce n’est qu’une façon de parler car je n’engage personne d’autre que moi quand je parle et que j’écris. Je suis du PG mais mon parti ne saurait se trouver engagé d’une quelconque manière par mes « amitiés », mes affinités, mes proximités philosophiques, idéologiques, politiques. Je suis un citoyen libre et je parle comme j’écris en cette qualité. Libre et engagé, ce qui n’est pas antinomique.

Je ne suis pas « gaulliste » dans la mesure où je suis politiquement épanoui au sein du Parti de Gauche. Il n’en demeure pas moins que je conserve un profond respect envers la personne et l’œuvre du Général. Ce respect ne m’empêche pas de critiquer une partie de son œuvre dans laquelle je ne me retrouve pas ou ne me retrouve plus maintenant que j’ai goûté à d’autres plaisirs (je pense par exemple, mais pas exclusivement, à la question des institutions de notre République). Mais bien que je sache faire preuve de sens critique à l’encontre de cette auguste personne de notre Histoire, je lui conserve, une certaine admiration. Pour ce qu’il a apporté à notre pays et pour la manière, noble, qui fut la sienne d’exercer le pouvoir.

Oui, il ne fut pas pour rien, même s’il ne fut pas le seul, à contribuer à sauver l’honneur de la France et de notre peuple, à lui maintenir – ou plutôt à lui restaurer – sa place et son rang dans l’Histoire, à lui rendre son indépendance et sa souveraineté d’abord, à la maintenir ensuite, face à tous nos adversaires qui auraient tant voulu voir la France devenir durablement – pour ne pas dire définitivement – vassale d’autres puissances. Il ne fut pas pour rien non plus, même s’il ne fut pas le seul, à participer au « redressement » de notre pays d’abord, à faire de lui une grande puissance ensuite, et même, à le faire, par certains aspects, l’égal des plus grands. Comment ne pas nous souvenir, en ces temps qui perdurent depuis trois décennies où la « crise » est devenue une caractéristique permanente de notre vie économique, sociale, politique, morale… que, lorsque DE GAULLE fut Président de la République française, la France connut un essor remarquable et retrouva un prestige peut-être inégalé, et ce en quelques années à peine. Comme le dit celui que je peux qualifier de « camarade » sans le connaître personnellement, à savoir Jacques GÉNÉREUX, l’économiste-anthropologue du Parti de Gauche (mais qui a une autorité dépassant très largement les frontières de ce mouvement politique) NOUS ON PEUT ! Et quand il dit cela, il signifie bien sûr que NOUS, le Parti de Gauche, NOUS, le Front de Gauche, nous pouvons, mais ces propos ont une portée bien supérieure car il dit aussi en même temps que NOUS, le peuple français, nous pouvons car nous avons déjà montré au monde que nous pouvions…sous les années DE GAULLE notamment, et parce que NOUS LE VOULONS! Le sous-titre de son livre était « Pourquoi et comment un pays peut toujours faire ce qu’il veut face aux marchés, face aux banques, face aux crises, face à la BCE, face au FMI… ». Le Général ne dirait pas autre chose aujourd’hui, et d’ailleurs n’a pas dit autre chose hier quand lui était à la tête de notre pays… « La politique de la France ne se fait pas à la corbeille », ce célébrissime extrait d’une de ses conférences « à » la presse, illustre à peu de mots toute cette indépendance d’esprit et de politique quand tant d’autres se couchent sans combattre, soit que la soumission constitue une des caractéristiques de leur patrimoine génétique, soit que les volontés de nos ennemis ne les servent que trop bien eux-mêmes…

Outre ce profond respect, dont je parlais plus haut, en raison de son oeuvre, je le respecte aussi du fait de l’honorabilité de sa conduite, de sa tenue en public, quand, en son temps déjà, tant de ses contemporains, mais surtout, depuis sa disparition, tant de ses successeurs ou de ceux qui aspirent à le devenir, ne sont que de vulgaires arrivistes, intéressés personnellement au « gâteau » politique, peu estimables pour certains, méprisables pour d’autres, « des politiciens au rencart qui ne pèsent pas plus que leur poids qui n’est pas lourd » comme il le dit lui-même à l’occasion d’un de ses discours  les plus enflammés!  Sur le premier aspect de ce sujet, me vient à l’esprit ce que l’on sait par exemple quant aux dépenses personnelles de la Présidence de la République. Quand un DE GAULLE payait lui-même, sur ses ressources personnelles, certains frais de fonctionnement, certains de ses successeurs à moins que ce ne soit tous, se gobergent très chèrement aux frais de la République. Quand au second aspect de ce sujet, on pourra constater à quel point on a dévissé lorsqu’on regarde un DE GAULLE puis un CHIRAC en tenue d’Adam au fort de Brégançon ou un SARKOZY au salon de l’agriculture, sur la dalle d’Argenteuil, à la tribune du Congrès des États-Unis ou dans la datcha de POUTINE… En cherchant bien, je trouverais sans doute sans trop de peine, de nouveaux exemples relatifs au Président actuel.

Ce qui va suivre est une contribution, toute personnelle, d’un militant de base de la Gauche, qui n’en a pas moins, chevillée au corps comme vous, l’amour de sa « patrie républicaine » comme le dit Jean-Luc MÉLENCHON. Je suis aussi internationaliste sans que cela ne me fasse « désaimer » la nation française…

nfin, je ne suis pas « communiste ». Peut-être parce que je « n’ai pas eu la chance d’avoir des parents communistes » ( :-D). Mais si je crois connaître et comprendre l’Histoire, je ne vois pas le PCF aujourd’hui, et plus largement le « communisme », comme des forces dangereuses. Bien au contraire. Là encore, avec des yeux ouverts, de l’honnêteté intellectuelle et une intelligence politique, on ne peut pas assimiler les drames historiques qu’ont porté ailleurs ce que l’on a appelé, bien à tort, les expériences du « communisme ». Ces expériences tragiques-là étaient aussi éloignées du communisme philosophique, qui n’était qu’un humanisme, que le néo-libéralisme de notre temps est éloigné de l’essence même du libéralisme philosophique. Je ne suis donc pas communiste. Pourtant, je regarde le communisme avec bienveillance, avec intérêt, avec inspiration. Et à quelques exceptions près, je regarde les communistes de ce 21ème siècle comme de vrais humanistes, pas comme de potentiels fossoyeurs de la liberté et des droits de l’Homme. Je ne suis en rien dérangé par le fait que PG et PCF travaillent ensemble alors même qu’on nous reproche parfois d’avoir œuvré pour créer puis développer ce rassemblement des forces de la Gauche anticapitaliste. Au-delà de nos divergences, nous avons un objectif commun et bien des voies pour y parvenir se réunissent. Connaissant les communistes du terrain pour les avoir rencontrés et pour avoir milité avec eux, à Nice notamment, je sais que, à quelques rares exceptions près, ce sont d’ardents patriotes, d’ardents républicains, d’ardents démocrates, d’ardents « partageux ». Il n’y a rien à craindre d’eux…à part pour les « casseurs de France », à part pour les « charognards » qui se nourrissent et se repaissent des malheurs de la France, à part pour les exilés fiscaux qui, après avoir fait leur richesse grâce à nous, s’en vont mettre « notre » argent devenu le leur dans des lieux où il ne nous est plus accessible. Il n’y a rien à craindre d’eux, à part pour les destructeurs de services publics, à part pour les « diviseurs de peuple » ! Si, en son temps, gaullistes et communistes ont travaillé ensemble, ce n’est pas QUE le fruit de l’Histoire… C’est parce que, au-delà de leurs différences, ils avaient beaucoup de positions communes et celles-ci étaient d’autant plus éclatantes qu’elles s’opposaient à celles de tous les autres, qui étaient eux aussi ensemble mais ensemble contre la France. Rappelons-nous qu’en 1940, si, comme l’écrivit Henri AMOUROUX, « 40 millions de Français étaient pétainistes », ce chiffre englobait tous les corps constitués, toutes les institutions, tous les pouvoirs de l’État, tous les symboles, tous les « établis », tous les « sachants »… Oh qu’elle était belle pour eux cette « divine surprise » de 1940….

C’est donc bien sûr ce contexte historique qui a donné la base de l’alliance entre communistes et gaullistes et qui a édifié le modèle social du CNR lequel a vécu pendant trois décennies. Et qui, sans aller dire qu’il a rendu «heureux » le peuple français, a au moins offert à celui-ci un vrai progrès, à la fois puissant, continu et partagé. Parce que, pour faire simple, tous ceux qui, en France, avaient du pouvoir sinon « le » pouvoir, et de l’influence, en 1939 et 1940, puis de 1940 à 1944, se sont corrompus et soumis à l’ennemi, et que, pour cette raison, ils ont été éjectés, à la Libération, du paysage politique, économique et social français, nous avons pu édifier, grâce au compromis qui s’est noué lors de cette libération, les bases de ce qui allait être une des gloires de notre peuple, travail inachevé qui aurait dû être parachevé dans les décennies suivantes mais qui, tout au contraire, a été peu à peu démantelé par un de ces cruels retours en arrière que l’histoire connaît de temps en temps.

Mais nous savons comment et pourquoi ces heures de gloire et de progrès ont pris fin. Nous n’ignorons plus pourquoi et comment ce modèle social est devenu cette fiction qu’il est aujourd’hui. Nous sommes conscients des raisons profondes qui sont à la base de son démantèlement. Et c’est bien parce que nous avons tout cela à l’esprit que tant d’entre-nous rêvons d’un nouveau CNR… Ou disons plutôt que tant d’entre-nous rêvons de voir renaître l’esprit du CNR et rêvons de reconstruire cette œuvre politique qui a été si cruellement frappée et si méticuleusement déconstruite.

Pour en venir au fond

La participation. Oui, incontestablement, une grande idée du Général. Sans doute même une des plus fulgurantes qu’il ait eue. Une prescience ! Une intuition géniale ! Une autre preuve que cet homme qui était déjà un géant de notre Histoire, n’était pas un politique ordinaire…

Nous pensons très souvent en fonction de nos pré-requis. Je veux dire que nos raisonnements reposent presque toujours sur notre éducation, sur ce que l’on a appris, sur ce qu’on a lu, entendu, accepté ou rejeté, digéré, recyclé, intériorisé ou au contraire évacué au gré des étapes de notre vie. Et il est préférable d’avoir été ouvert et curieux jusques et y compris aux thèses de nos adversaires, ne serait-ce que par esprit « scientifique », bien connaître pour mieux critiquer, pour cibler avec plus de précision et donc plus d’efficacité. Autant une  pensée fulgurante peut-elle s’exprimer en partie ex nihilo, autant elle ne peut vraiment être fulgurante que si elle connaît l’existant et en tire une analyse pour le dépasser ou créer du neuf. La fulgurance résulte justement de cette apparente contradiction.

DE GAULLE fut donc intellectuellement et politiquement construit, comme vous le dîtes, par ces auteurs à la fois catholiques sociaux et socialistes non marxistes. C’est bien ce qui l’amena à être un puissant théoricien et metteur en pratique de l’inaccessible 3ème voie…mais qui ne fut pas aussi inaccessible que cela quand lui-même présida aux destinées de la France.

Ceci dit, je ne me situe pas vraiment moi-même dans cette mythique 3ème voie car, inspiré notamment (largement mais pas exclusivement) de Jacques GÉNÉREUX que je citais plus haut, je crois, avec lui, à l’indispensable rejet du capitalisme et de l’étatisme bureaucratique, mais aussi au nécessaire dépassement de cette 3ème voie pour rechercher une 4ème voie, ce qu’il appelle lui-même la voie du progrès humain et qu’il a si brillamment développé dans sa trilogie littéraire : La Dissociété – L’Autre  Société – La Grande Régression-À la recherche du progrès humain.

Vous écrivez que DE GAULLE reprochait au capitalisme et au communisme de « diviser la nation ». Nous sommes d’accord, vous et moi, sur cette fondamentale caractéristique du capitalisme. En revanche, je ne vous suis pas sur l’assimilation que vous faîtes, après lui, sur ce point entre capitalisme et communisme. Je pense même que c’est une grosse erreur que d’estimer que le communisme « entretient » la lutte des classes. La lutte des classes est un fait que DE GAULLE lui-même, et vous le rappelez, a constaté et dont il a pu dénoncer les causes et les effets. Mais affirmer que le communisme l’entretient, c’est un peu, voire beaucoup, faire reproche à la victime de se défendre un tant soit peu face à son ennemi qui la méprise après l’avoir opprimée, martyrisée, exploitée, esclavagisée… Ce n’est pas le communisme qui entretient cette lutte à son profit (j’aimerais que vous me disiez alors lequel ?), mais bien ceux qui l’organisent. Or ceux qui l’organisent justement me semblent être les capitalistes et, cette fois, c’est vraiment à leur profit à eux seuls… Vous n’ignorez sans doute pas la saillie de Warren BUFFET sur ce sujet précisément… Ce n’est pas parce qu’il l’a dit que c’est vrai mais tout le monde voit bien que ce qu’il a dit est vrai et il a eu, lui, l’honnêteté de reconnaître qu’ « il y a bien une lutte des classes » et que « c’est la sienne, celle des riches et des puissants, qui est en train de la gagner »…

Vous dîtes, comme DE GAULLE, que ce concept est « dépassé ». Il a pu l’être en son temps car l’économie qui était alors celle de la France et de bien d’autres pays d’Europe et du monde, était une économie capitaliste largement tempérée de « socialisme ». Certains pouvaient alors dire qu’on bénéficiait des apports fructueux à la fois du libéralisme et du communisme, le tout mixé dans un système qui en aurait fait la synthèse… HOLLANDE faisait-il alors ses armes idéologiques avec sa chère synthèse? Non, je plaisante évidemment… Moi-même, je ne suis pas loin de penser que cette période dite des Trente Glorieuses exprimait assez bien ce compromis ou cette synthèse entre deux forces philosophiques et politiques contraires. Nous avons connu alors un vrai progrès continu et partagé si j’ose dire.

Mais il ne vous aura pas échappé que les temps ont changé ! Ce que nous vivons aujourd’hui, depuis presque trois décennies, a changé de sens et les analyses d’alors ne sont plus valables pour qualifier « notre aujourd’hui ». La lutte des classes qui avait été, sinon enterrée, du moins très largement contenue, a repris une acuité inimaginable. Ce n’est pas le peuple, ce n’est pas la « classe laborieuse » qui l’a fait renaître, c’est bel et bien la classe dominante qui a décidé de sortir de la case contrainte dans laquelle l’Histoire des années 30 et 40 l’avait enfermée. Nous avons cru, naïvement, que cela perdurerait. Nous avons détourné le regard de certains signes avant-coureurs de ce retour en force des capitalistes ou plutôt des pires capitalistes. Nous avons très longtemps nié ce nouveau cours de l’Histoire. Nous avons refusé de contre-braquer  pour rétablir le bon cap. Nous avons laissé, peu à peu, ces capitalistes reprendre pied partout, dans les entreprises bien sûr, mais aussi dans l’État, dans les collectivités locales, dans les medias, dans les contre-pouvoirs, dans les corps constitués d’où ils avaient été évacués avec force à la Libération suite à leurs compromissions avec l’occupant nazi. Et une fois dans la place, ils ont commencé à œuvrer pour « rétablir leurs droits » et donc à saper notre modèle social, notre démocratie, notre République. La lutte des classes est de nouveau brûlante d’actualité. Il serait idiot de le nier. En revanche, sans doute pouvons-nous être intelligents dans notre manière de réagir et dans les choix à mettre en œuvre pour « reprendre le pouvoir » et pour le rendre au peuple.

Vous dîtes ensuite que cette lutte des classes est néfaste. Évidemment qu’elle l’est puisque elle divise le corps social et que, ce faisant, elle empêche son « harmonie ». Mais au-delà de cet aspect « macropolitique » ou « macrosocial » qui est très dommageable à notre pays et à notre peuple, la lutte des classes est néfaste du fait même des souffrances individuelles immenses qu’elle entraîne. Mais est-ce la lutte des classes en elle-même qui est un danger ? Ne sont-ce pas plutôt les causes de celle-ci qui sont à mettre en accusation ? La lutte des classes est, à mes yeux, bien davantage la qualification d’un  état de fait qu’une des deux parties à la lutte subit de la part de l’autre que le nom d’un combat que chacun des deux « camps » se plairait à mener, sauf, là encore, à expliquer que le camp principalement victime de cette guerre des uns contre les autres serait coupable parce qu’il refuserait de se faire massacrer. Nous avons eu bien des martyres parmi nous au sens où tant et tant d’êtres humains ont souffert et ont succombé aux coups de nos ennemis mais il n’a pas été fréquent pour autant que ces victimes se soient offertes à l’ennemi. Même si nous avons, ça et là, des exemples de cette bravoure : des combattants qui ont marché devant et pris des coups avant de tomber sous le feu nourri de l’ennemi, afin de servir l’intérêt général, en ayant porté un peu plus loin notre parole et nos espoirs, parfois aussi nos positions.

 Donc, nous pouvons nous rejoindre peut-être sur l’idée qu’il est urgent de mettre un terme à cette lutte des classes. Mais tout dépend de savoir comment ! Et je dirais à titre de réponse, et pour filer la métaphore juridico-militaire, si et seulement si, l’armistice, puis le traité de paix entre les deux classes, se fait avec des conditions qui ne soient pas scélérates. Si les clauses de ces accords posent des règles justes, si ces clauses inscrivent dans le marbre puis se donnent les moyens juridiques de défendre la liberté, l’égalité, la fraternité, la justice, la laïcité de l’État et des institutions publiques, la souveraineté du peuple, la concorde civile, l’esprit de paix, alors oui, nous serons pléthore à signer ces accords puis à les appliquer, à les défendre. Mais si, au contraire, se trouvent insérées dans ces accords, des clauses léonines, des armes de guerre des puissants contre le peuple, alors nous ne pourrons accepter de faire taire nos armes.

Le communisme a eu cette intelligence de trouver que la meilleure voie d’une paix durable entre les classes était dans le partage, dans la justice, dans l’humanisme, dans la socialisation des richesses et des moyens de production. Car après tout, une « entreprise » est une relation tripartite entre celui ou ceux qui amènent du capital, celui ou ceux qui dirigent (et qui peuvent aussi parfois être ceux qui, en partie ou en totalité, ont apporté le capital) et ceux qui font fonctionner concrètement cette entreprise. Il n’y a donc aucune raison valable à ce que l’une de ces trois parties domine les deux autres ou plutôt que deux de ces trois parties ne s’accordent ensemble pour dominer la troisième, voire, pour le dire encore autrement – et pour bien mieux qualifier l’entreprise d’aujourd’hui, en tout cas la grande entreprise – pour que l’une des trois parties (la direction) ne soit que l’exécutant docile, discipliné, robotisé et parfois très intéressé lui-même, de celle des trois (l’apporteur de capital) qui, de loin, impose toujours plus de sacrifices et de souffrances à la troisième, la masse laborieuse qui donne vie chaque jour à cette entreprise. Les chefs nous disent que sans eux, l’entreprise ne survivrait pas. Nous disons que l’on peut très bien faire sans eux mais qu’en revanche eux ne peuvent rien faire sans nous !

Alors une forme de pensée très généralisée fait sienne la thèse selon laquelle le communisme, chaque fois et partout où il fut appliqué, s’est révélé nocif pour les droits et libertés, « omniprésent et bureaucratique, niant l’initiative individuelle » comme vous le relevez vous-même. Je ne ferai pas ici la démonstration que ces expériences tragiques n’étaient pas du « communisme » mais bien un détournement de celui-ci. Ce n’est pas parce que ces expérimentateurs de malheur ont prétendu eux-mêmes être des communistes que cela était la réalité. Ce n’est même pas parce que leurs suiveurs, leurs soutiens et leur soldatesque croyaient, de plus ou moins bonne foi,  servir la cause communiste que leurs turpitudes devenaient de facto les actes du « communisme » appliqué. Bien des auteurs ont écrit sur ce sujet, à charge et à décharge. Il n’est pas ici dans mon propos de relativiser les fautes des uns et l’aveuglement des autres. Mais de rappeler que l’essence du communisme ne réside pas dans ces expériences-là. Il est pour moi – et je m’inscris dans une longue lignée d’auteurs – aussi impropre de soutenir que le communisme, en tant que pensée philosophique, économique, politique, sociologique,  porte en lui la tragédie soviétique et toutes ses copies plus ou moins fidèles, que d’affirmer que le libéralisme tel qu’il a été pensé par les philosophes des Lumières porte en lui les drames du capitalisme.

« Le communisme rejette l’idée nationale au profit d’un internationalisme prolétarien » affirmez-vous. Je ne le crois pas. Vous confondez esprit internationaliste et rejet de l’idée nationale alors même que ces deux idées, loin de s’opposer, se conjuguent en ce sens que l’une nourrit l’autre et chacune empêche l’autre de perdre pied. L’internationalisme permet à « l’idée nationale » de ne pas dériver vers le nationalisme. L’idée nationale, pour sa part, permet à l’internationalisme de ne pas se muer en une forme de religion, sans doute très belle en ce sens qu’elle serait celle de l’être humain, mais qui ne reposerait pas sur des bases sociales autres que fictives, en tout cas de nos jours. Là encore, je vois bien plus une synthèse qu’une confrontation.

 « L’État bureaucratique et omniprésent » que vous dénoncez fut hélas une réalité et je la dénonce vivement. Mes camarades du PG également. Bien des communistes de notre temps ne sont pas les moins offensifs dans cette critique. Si vous écoutez ce que nous disons, si vous lisez ce que nous écrivons les uns et les autres, vous constaterez sans peine que nous ne visons pas à reproduire les schémas antérieurs. La « bureaucratie » n’est pas notre opium. Nous recherchons et aspirons à une démocratie pleine et entière qui s’exerce toujours et partout, dans la vie politique il va sans dire mais également dans la vie sociale, culturelle, économique. C’est par le biais de cette démocratie que l’État sera jugé digne de mettre en œuvre la force de la loi et légitime à user de la contrainte publique. Parce que dans la démocratie telle que nous la concevons, celle de la 6ème République, nous en reviendrons à ROUSSEAU. La loi sera bien, enfin !, pas seulement en théorie juridique, mais aussi dans la réalité concrète, « l’expression de la volonté générale ». Nous en reviendrons aussi à la philosophie de ces auteurs qui avaient pensé le « contrat social » sans avoir jamais vraiment pu le constater conclu dans la réalité.

« Le collectivisme nie l’initiative individuelle » dîtes-vous. Il est indéniable que vous avez raison si l’on en juge par les expériences du communisme à la soviétique. Mais, là encore, notre collectivisme à nous n’a plus grand chose à voir avec ce qu’il fut en URSS. Le Gosplan, ça n’est pas exactement notre ligne de conduite. Nous parlons d’ailleurs plutôt de socialisation pour dire que nous n’aspirons pas tant à une prise de contrôle par l’État perçu comme un « Léviathan » qu’à l’État comme un puissant outil au service de tous, géré dans l’intérêt général, sous le contrôle permanent du souverain, le peuple, seul détenteur de la légitimité, en démocratie, à fixer des règles qui s’imposent à tous, selon puissants ou misérables, pour démentir enfin à la fois et LA FONTAINE et Michel SARDOU !

Quant à l’aspect bureaucratique, il est insupportable pour le citoyen quand il s’apparente à un système technocratique froid, inhumain, inaccessible, incompréhensible pour la masse des citoyens. Il est incompréhensible quand il impose à tous des obligations, qu’il fixe des interdictions, qu’il met des situations sous le joug de normes que le peuple ne comprend pas, dont on cherche parfois l’intelligence, la pertinence, l’utilité, dont on perçoit  assez communément aussi, trop souvent, la stupidité, l’innocuité voire la nocivité. Mais quand ces règles, prescriptives ou prohibitives, répondent à un besoin commun, qu’elles ont pour objet et pour nature de satisfaire l’intérêt général, qu’elles sont conçues, adoptées, puis mises en œuvre, avec intelligence, avec souplesse ou au contraire avec fermeté lorsque c’est nécessaire, lorsqu’elles sont expliquées à tous avec la pédagogie requise, lorsqu’elles ne sont pas seulement l’outil permettant à quelques-uns d’imposer leur loi à tous les autres, alors ces règles sont utiles, indispensables même. Et le monde étant ce qu’il est, la démocratie directe au sens où elle se pratiquait dans la Grèce et dans la Rome antique, cette démocratie de l’agora, n’étant plus envisageable de nos jours, l’existence d’une bureaucratie et d’une technostructure ne peuvent être évitées. Mais celles-ci ne doivent pouvoir agir qu’en accord avec le pouvoir politique et surtout avec le peuple. Ceci entraîne un certain nombre de conséquences pratiques. Nous y reviendrons abondamment dans les temps à venir.

Il est satisfaisant de constater qu’une fraction du peuple que vous représentez et incarnez considère, comme nous, que vous avez bien conscience que « le capitalisme livre l’État aux féodalités, aux puissances d’argent », que ce système honni par DE GAULLE « ne profite qu’à un tout petit nombre détenant les moyens de production au détriment de l’intérêt général », qu’il « aliène les travailleurs et leur ôte toute dignité ». Nous ne disons pas autre chose.

Vous expliquez que la participation telle que la concevait le général DE GAULLE, en « associant les travailleurs à la marche de l’entreprise est avant tout une remise en cause du salariat tout autant que de la condition de prolétaire ». Nous voici donc très proches les uns des autres, si ce n’est dans les moyens de parvenir à un objectif, du moins dans un but commun. Il ne vous aura pas échappé en effet que dit comme vous l’avez exprimé ci-dessus, vous et nous caressons le même dessein mais divergeons sans doute sur les voies qui permettront d’atteindre cet objectif. J’aurais tendance à penser que cette divergence d’options n’a pas beaucoup d’importance quand les finalités, elles, sont partagées. Cette pensée participative que vous reprenez à votre compte, en rappelant l’apport de René CAPITANT, qui était un de ces « gaulliste de gauche », n’est peut-être finalement qu’une autre dénomination d’une politique semblable, à ceci près toutefois que lorsque vous aspirez à ce que « la collectivité des travailleurs se confonde avec celle des employeurs de telle sorte que chacun dépende, en définitive, de lui-même tout en se trouvant associé à une œuvre collective », nous souhaitons nous, non pas « confondre » les uns et les autres mais libérer, émanciper complètement, ceux qui, de tout temps, ont été les serviteurs et les exploités, quand d’autres ont été les maîtres et les exploiteurs. La nuance n’est pas anecdotique ni accessoire. Il ne s’agit pas pour nous de substituer une nouvelle oppression à une ancienne, en inversant simplement les rôles et les positions des uns et des autres, mais de faire en sorte que les puissants d’hier ne soient plus les maîtres mais seulement une des parties dont les droits en effet soient égaux à ceux des autres parties. Alors nous pourrions dire, comme vous le faîtes, que les « apporteurs de travail » auraient des droits égaux à ceux des « apporteurs de capitaux » et nous pourrions sans doute nous rassembler sur cet objectif que vous évoquez de « transformer les travailleurs en co-gestionnaires et co-propriétaires » de l’entreprise. Car lorsque nous développons l’idée selon laquelle les salarié-e-s doivent se voir reconnaître un droit de veto aux décisions du conseil d’administration, nous proposons un début de « participation ». Lorsque nous appelons à réformer les institutions sociales pour que désormais les salarié-e-s ne soient plus comme des mineurs sous tutelle de parents autoritaires, injustes, égoïstes, bien peu prévenants, nous participons de cette logique de libération et d’émancipation de l’être humain dans l’entreprise. C’est la participation mais dans une version poussée plus loin. Je ne doute pas que vous pourriez soutenir vous-même ce genre de propositions.

D’ailleurs, lorsque poursuivant votre argumentation, vous expliquez que « les mérites d’une telle organisation du travail sont nombreux puisque la participation n’ôte pas aux travailleurs le goût de se battre dans la mesure où elle consiste notamment à partager aussi bien les responsabilités que les bénéfices ou les pertes éventuelles »,  nous pouvons relever qu’il en irait de même avec notre propre logique plus radicale. Par ailleurs, je ferais remarquer que les travailleurs sont très souvent compétents dans leur domaine d’activité, qu’ils sont très souvent responsables, contrairement à ce que d’aucuns prétendent et répètent à l’envi, qu’ils ne craignent pas, lorsque c’est nécessaire, de prendre leurs responsabilités quitte à assumer eux-mêmes, collectivement, la direction de leur entreprise. Nous voyons se multiplier ces dernières années ce genre d’initiatives responsables lorsque les capitalistes se comportent, eux, en voyous irresponsables. Les exemples abondent jusque dans l’actualité la plus récente… Qui soupçonne ou accuse les travailleurs d’être irresponsables ? Qui prétend que ces derniers ne cherchent que la facilité, le confort, les situations acquises ? Qui ne cesse de dire, en contradiction avec la réalité la plus criante, que les travailleurs n’ont pas le goût de se battre ? Pas les gaullistes je le sais bien. Mais les capitalistes, toujours eux, encore et encore ce discours des bien nés, des gavés, des repus, de ceux qui, selon la formule de BEAUMARCHAIS dans sa jouissante et insolentissime pièce Le Mariage de Figaro, « s’étaient donné la peine de naître » sans avoir aucun mérite à offrir. Trop souvent, on nous fait la leçon en nous expliquant, avec dédain, avec mépris, avec morgue, avec arrogance, que l’effort doit payer, que le travail mérite récompense, que ceux qui gagnent beaucoup ont beaucoup travaillé. Mais ces principes-là ne valent toujours que dans un seul sens. De qui se moque-t-on ? Lorsqu’il s’agit de récompenser par millions, voire par dizaines ou centaines de millions annuels, les quelques-uns qui ont « bien » dirigé une entreprise, qu’ils lui ont fait gagner beaucoup, il est légitime de les récompenser à la hauteur de ces gains. Voilà le discours bien connu. Or ce discours-là souffre de deux défauts rédhibitoires :

–          d’une part, seuls ceux d’en haut touchent, en pratique, les « fruits » de leur « travail ». Ceux d’en bas, comme d’ailleurs ceux « du milieu » n’en voient jamais, ne serait-ce que la couleur. Pourquoi donc ? Qu’est-ce qui justifie que le travail des uns soit récompensé et pas celui des autres ?  Nous le savons. C’est que ceux d’en haut ne sont pas tant récompensés pour leur « travail » ou pour leurs « efforts » que pour l’argent qu’ils ont fait gagner à « l’entreprise » comme ils disent. Mais, ce n’est pas l’entreprise qui a, dans leur pratique, gagné de l’argent, beaucoup d’argent, mais les actionnaires et patrons seuls. Les salarié-e-s n’ont jamais, ou si peu souvent, trouvé dans leur rémunération une quote-part de leurs propres efforts, de leur propre travail, ou infinitésimale. Des miettes microscopiques pour la masse quand ceux d’en haut obtiennent plusieurs très gros gâteaux. Il y a donc tromperie sur les mots et escroquerie sur la répartition de ces fruits pourtant si murs.

 –          D’autre part, la question mérite d’être posée de savoir d’où vient cet argent qui coule à très très gros flots ? Vient-il exclusivement du « travail » et des « efforts » de quelques-uns ? Ne vient-il pas du « travail » et des « efforts » de tous ? Par ailleurs, cet argent n’est-il que le résultat du « travail » et des « efforts » de l’entreprise pour se développer, pour « vendre plus » ? Ne vient-il pas aussi, largement des allègements massifs des impôts sur les sociétés, de la multiplication des aides financières et des avantages fiscaux de toute nature que l’État a concédés, ces dernières années, aux grandes entreprises ? N’a-t-il pas aussi pour source principale la réduction massive de la masse salariale ? Poser la question, c’est déjà y répondre dirait l’autre…

Pour revenir à votre texte, je suis assez étonné de lire chez vous ces clichés sur le communisme, qui serait « à l’état de ruine, délaissé par les ouvriers, ne survivant que par le vote de bobos en mal d’excitations ». Il semble là que vous vous êtes laissé allé à reprendre, sans avoir vérifié la justesse du propos, des accusations sans fondement de la « bulle », d’une certaine droite et de la pensée unique des puissants. Non, je suis au regret de vous dire que vous vous égarez. Le communisme, français tout au moins, n’est pas en ruine. Bien au contraire ! Il renaît. Il est même en plein développement comme en témoigne la vigueur du PCF depuis quelques mois. Revigoré en partie par le score de Jean-Luc MÉLENCHON candidat à l’élection présidentielle au nom du Front de Gauche avec le soutien du PCF mais renforcé aussi par son cheminement dans le Front de Gauche et par son afflux de nouveaux militants par dizaines de milliers, jeunes, actifs, associatifs, il est en pleine mutation. Sans doute qu’extérieur à lui, probablement peu intéressé par son avenir, vous n’avez pas perçu ces puissantes évolutions qui se dessinent quoique, je vous le concède, elles ne soient pas encore forcément perceptibles aux yeux de tous. Mais croyez-moi et n’hésitez pas à vérifier sur pièces et sur place par vous-même, en vous instruisant sur la question, le PCF ne ressemble pas du tout à l’image que vous dressez de lui. Ou alors il fait plus que bouger encore pour un parti que vous dîtes moribond.

Non, le PCF n’est pas non plus « délaissé par les ouvriers » même si quelques-uns ont peut-être choisi de se laisser mystifier par d’autres de l’extrême-droite ou d’ailleurs. Cela s’est toujours produit. Il y a toujours eu des ouvriers, des gens du peuple, pour voter contre leurs propres intérêts. Ces gens-là existent toujours. Ils sont en partie fautifs de ne pas être assez attentifs aux réalités. Mais je veux bien également reconnaître que la Gauche en général, la Gauche que nous incarnons au Parti de Gauche et dans les différentes composantes du Front de Gauche ou de la Gauche anticapitaliste en particulier, n’avons pas toujours su leur parler ou les convaincre. Ne pensez pas pour autant que les choix d’hier ou d’aujourd’hui de cette partie du peuple ouvrier demeureront toujours les mêmes. Nous oeuvrons pour les convaincre de revenir vers nous. Nous y arriverons sans doute dans l’avenir.

Enfin, si vous ne voulez pas être accusé de proférer de grosses bêtises, ne dîtes plus que le PCF ne « survit que par le vote de bobos en mal d’excitations ».  Peut-être bien que quelques bobos, en effet, se sont donné le mot de soutenir, dans telle ou telle élection, le PCF, le NPA, LO, pour des raisons qui ne tiennent en rien à leur souhait de voir mise en œuvre la politique préconisée par ces partis. Mais si tant est que cela existe, le phénomène doit être des plus anecdotiques. Il ne saurait être tenu pour règle générale. Ce genre de discours est une manière de tenir pour inexistantes les forces qui se réclament de ces partis. C’est non seulement insultant pour elles mais en outre tellement faux ! Les militants du PCF, comme ceux du Parti de Gauche dont je suis, pourront vous dire qu’il est ridicule et totalement à côté de la plaque de soutenir de telles affirmations. Pensez par vous-même, comme vous le faîtes assez bien par ailleurs. Etudiez la question en vous abreuvant à d’autres sources que celles qui prêchent ce genre de jugements si éloignés de la réalité.

Le dernier paragraphe de votre texte conclut sur une note lucide et optimiste. Vous estimez comme nous, que le capitalisme, outre qu’il est « impuissant à méconnaître les crises » (mais ne serait-il pas lui-même une crise en soi ?) « et à se réformer », emporte des « méfaits désormais connus de tout un chacun ». Vous citez entre autres exemples « les dégâts environnementaux et l’esclavage humain » en précisant bien que vous avez pleinement conscience qu’ « il ne s’agit que de la partie émergée de l’iceberg capitaliste » et que ce capitalisme se révèle « incapable de se moraliser ». Vous en tirez la conséquence que « toutes les conditions sont désormais favorables pour que la participation s’impose comme seule alternative sérieuse au capitalisme ». Vous avez, à mon sens, à la fois raison et tort. Vous avez raison quand vous considérez que le contexte actuel est propice à un abandon du capitalisme pour toutes les raisons que vous avez dîtes, et pour bien d’autres encore que vous n’avez pas eu, dans le court texte  que vous avez publié, le loisir d’évoquer mais que vous n’en avez pas moins à l’esprit, j’en suis certain, et qui doivent très largement recouper notre propre vision de la question. À l’inverse, vous avez tort, me semble-t-il, et je le dis sans arrogance comme sans acrimonie, lorsque vous dîtes que « le communisme est une impasse ». Ou vous avez raison si par communisme, vous entendez la pratique mise en œuvre dans les pays dits communistes. Mais vous avez tort si vous voyez du communisme du type de celui-là dans le projet « L’Humain d’abord » porté par le Front de Gauche à l’élection présidentielle de 2012 et par chacune des organisations constitutives de ce front à l’heure actuelle. Oh, certes, ce projet est incomplet. Il est sans doute imparfait. Il mérite incontestablement d’être amélioré, modifié, densifié, actualisé quelque peu. Mais il reste à mes yeux et aux yeux de presque tous les militants et sympathisants du Front de gauche, une des meilleures bases de travail pour avancer dans la voie que nous nous sommes fixée. Il semble aussi être perçu comme tel par quelques 4 millions de citoyens électeurs… Et ce nombre ne va cesser d’aller croissant, vous le verrez.

La participation, une ambition sociale et morale gaullienne – Par Luc Bouchinet*

* Luc Bouchinet est délégué Jeunes de Debout la République pour les Bouches du Rhône

La participation est un des thèmes essentiels de la pensée du général de Gaulle. C’est son ambition sociale et morale. Exprimée publiquement pour la première fois en 1941, celle-ci est néanmoins le fruit d’une longue maturation intellectuelle, nourrie de nombreuses influences, à commencer par le catholicisme social d’un Albert de Mun, mais également des théories des socialistes français non marxistes, tels que Fourier, Proudhon, ou encore Jaurès. Cette réflexion l’a conduit à vouloir explorer une troisième voie, entre les deux principales idéologies de son temps : le libéralisme et le communisme.

Un rejet du capitalisme et du communisme

Le premier reproche que De Gaulle a à leur faire, sans aucun doute le plus important, est celui de diviser la nation. Quand le capitalisme dresse les classes les unes contre les autres et menace ainsi la cohésion nationale, le communisme, lui, entretient la lutte de ces mêmes classes à son profit et rejette l’idée nationale au profit d’un internationalisme prolétarien. Au contraire, De Gaulle estime que la lutte des classes est un concept dépassé et néfaste, qui interdit l’harmonie du corps social.

En outre, il reproche au capitalisme de livrer l’Etat aux féodalités, aux puissances d’argent. De Gaulle abhorre ce système que ne profite qu’au petit nombre détenant les moyens de production au détriment de l’intérêt général. Ce capitalisme aliène les travailleurs et leur ôte toute dignité. Enfin, il reproche au capitalisme et au communisme de ne frayer que dans le champ balisé du matérialisme. S’il convient que le collectivisme que les marxistes lui opposent n’a pas à subir les féodalités, car flanqué d’un Etat fort, il lui reproche d’être omniprésent et bureaucratique. De plus, le collectivitisme nie l’initiative individuelle et menace les libertés.

La participation, troisième voie « entre les loups et les moutons »

De Gaulle leur oppose la participation, qui consiste en l’association des travailleurs à la marche de l’entreprise. Cela signifie que la participation est avant tout une remise en question du salariat (qui se caractérise par un lien de subordination entre l’employeur et le travailleur, ce dernier vendant sa force de travail au premier contre rémunération), tout autant que de la condition de prolétaire, qui ne fait qu’entretenir une stérile lutte des classes. La pensée participative est ainsi parfaitement résumée par René Capitant, qui écrira en 1964 que « dans la coopérative de production, la collectivité des travailleurs se confond avec la collectivité des employeurs, de telle sorte que chacun dépend en définitive de lui-même tout en se trouvant associé à une oeuvre collective ». Ainsi, la troisième voie a pour but de doter les « apporteurs de travail » de droits égaux à ceux des apporteurs de capitaux, et transformer les travailleurs en cogestionnaires et copropriétaires est leur ambition finale.

Les mérites d’une telle organisation du travail sont nombreux. D’une part, elle permet aux travailleurs d’allier à leur force productive leur sens des responsabilités. Le travailleur, propriétaire en partage des moyens de production, n’est en cela pas aliéné. Et bien que propriétaire, il est associé aux autres, de telle sorte que personne n’est écrasé. En outre, la participation, bien qu’elle exige une profonde transformation de la société, n’ôte pas aux travailleurs le goût de se battre, puisque celle-ci implique la participation, en plus des responsabilités, aux bénéfices et aux pertes éventuelles.

Dans l’esprit du Général, la participation, c’est également la sanction des puissances d’argent, qui président au destinées de la France et qui ont joué sa défaite, contrairement au peuple travailleur et patriote.

En sus de la dignité retrouvée et des féodalités brisées, la participation permet le maintien de l’unité de la nation. Le « capitalisme de papa » ayant vécu, il n’est plus question de lutte des classes, puisqu’il n’est plus question de classes. La communauté des prolétaires se confondra à la communauté des capitalistes. « L’esprit et le fait de l’association remplaceront peu à peu l’esprit et le fait de la lutte des classes », dira de Gaulle. L’harmonie sociale régnera à nouveau, à la division succédera l’unité.

Il va sans dire qu’une telle réforme ne peut aboutir du jour au lendemain. D’où l’importance du syndicat, qui doit passer de la contestation à la représentation véritable des travailleurs, et à la participation sereine et fructueuse.

La participation, un combat d’avant-garde

Si le Général a bien tenté de mettre en application sa pensée participative, on ne peut que constater son échec relatif, dû principalement à l’hostilité des « politichiens » de tous bords, y compris du sien, et des professionnels du syndicalisme (CGT et CNPF – ancêtre du Medef -, même combat !). Le 7 juin 1968, répondant à Michel Droit qui lui demandait pourquoi il n’avait pas accompli cette réforme plus tôt, le Général dira « qu’une pareille réforme, personne et moi non plus ne peut la faire tout seul. Il faut qu’elle soit suffisamment consentie et il faut que les circonstances s’y prêtent ».

Si le Général lui-même n’est pas parvenu à accomplir cette réforme, il peut sembler présomptueux de se demander si aujourd’hui elle est réalisable. Pourtant, le contexte a radicalement changé depuis les années 60. Il nous est autrement plus favorable. Le rôle de l’alternative officielle au capitalisme était alors préempté par le communisme, et le PCF était tout puissant. Aujourd’hui, il est à l’état de ruines, délaissé par les ouvriers, ne survivant que par le vote de bobos en mal d’excitations.

Mais la défaite du communisme ne devrait pas nous inciter à penser que le capitalisme a remporté la victoire définitive. Les années 90 ont sans doute pu être bercées par cette illusion, mais les différentes crises économiques et financières depuis nous ramènent à la réalité. En sus de constater l’impuissance du capitalisme à méconnaître les crises, et à se réformer, ses méfaits sont désormais connus de tout un chacun. Les dégâts environnementaux et l’esclavage humain que nous constatons par le biais des reportages audiovisuels depuis quelques années n’étant que la partie émergée de l’iceberg capitaliste. Incapable de se moraliser (le capitalisme n’obéissant pas aux contraintes métaphysiques, mais aux lois du Marché), privé d’adversaire, toutes les conditions sont donc favorables pour que la participation s’impose comme seule alternative sérieuse au capitalisme. La première voie laisse les plus faibles sur le bord de la route, la seconde est une impasse, alors osons la troisième voie. Et avec Bergson, faisons de cette phrase notre credo : « Il n’y a pas d’obstacles, que des volontés tendues ne puissent briser si elles s’y prennent à temps ».

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Cet article de Luc Bouchinet sur la participation gaullienne m’a inspiré une réponse accessible ici :

https://vivelasixiemerepublique.wordpress.com/2012/12/23/reponse-a-larticle-sur-la-participation-gaullienne-de-luc-bouchinet-de-dlr-du-22-12-2012