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Quand…

Avant-propos de Vincent Christophe Le Roux
Je vous propose ci-dessous quelques lignes dans l’esprit de celles qu’avait écrites Martin Niemöller qui, elles, sont à lire au bas de ce document.
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Quand ils ont violenté et parqué les migrants dans des camps, je n’ai rien dit, je n’étais pas migrant…
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Quand ils ont condamné à de la prison ferme des syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste…

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Quand ils ont contraint les lanceurs d’alerte à vivre dans la peur d’être réveillés au petit matin par une armée de Robocops, je n’ai rien dit, je n’étais pas lanceur d’alerte…
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Quand ils ont imposé aux salarié-e-s un retour aux conditions du XIXe siècle, je n’ai rien dit, j’étais fonctionnaire…
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Quand ils ont supprimé le statut de la fonction publique, je n’ai rien dit, je travaillais dans le privé…
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Quand ils ont imposé aux chômeurs d’accepter n’importe quel emploi à n’importe quel salaire, je n’ai rien dit, j’avais un travail…
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Quand ils ont montré du doigt et harcelé les fraudeurs aux aides sociales, je n’ai rien dit car ces gens-là abusaient du système…
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Quand ils ont laissé tranquilles les fraudeurs fiscaux, les évadés fiscaux et les professionnels de l’optimisation fiscale, je n’ai rien dit, ces gens-là sont intouchables et puis moi je ne les connais pas alors que je connais quelques chômeurs parasites…
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Quand ils ont soumis la politique à l’économie, je n’ai rien dit, les économistes à la télé disaient que c’était cela qui nous sauverait…
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Quand ils ont transformé le régime d’économie mixte appliqué en France depuis la Libération en économie financière et de casino, je n’ai rien dit, le capitalisme était le seul système viable puisque l’alternative communiste avait échoué…
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Quand ils ont assimilé tous les “Arabes” aux terroristes islamistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas “Arabe” ou musulman…
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Quand ils ont transformé l’état d’urgence provisoire en état permanent, je n’ai rien dit, j’avais peur des terroristes…
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Quand ils ont imposé des restrictions massives des droits et libertés, je n’ai rien dit, j’ai toujours pensé que la sécurité était la première des libertés et que pour la garantir, il fallait accepter des restrictions…
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Quand ils ont effacé les frontières pour imposer la mondialisation, je n’ai rien dit, je n’étais pas nationaliste…
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Quand ils ont vassalisé la France, je n’ai rien dit, je me foutais de “l’Hexagone”…
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Quand ils ont vendu à la découpe l’industrie de défense, je n’ai rien dit, j’étais antimilitariste…
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Quand ils ont transféré le contrôle de la force de dissuasion française au commandant en chef de l’OTAN, je n’ai rien dit, j’étais hostile à cette arme de destruction massive…
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Quand ils ont remplacé le franc par l’euro, je n’ai rien dit et je me suis même réjoui car ça allait simplifier mes achats lorsque j’irais à l’étranger…
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Lorsqu’ils ont fondé l’Union européenne, je n‘ai rien dit, j’étais pour la paix en Europe…
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Lorsqu’ils ont réintégré la France dans l’OTAN, je n’ai rien dit car à la télé, à la radio et dans la presse, ils disaient que les Russes nous menaçaient…
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Lorsqu’ils ont fait revenir les forces armées des États-Unis dans des bases militaires sur notre territoire, je n’ai rien dit, on a une trop grosse dette envers les Américains depuis 1944…
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Lorsqu’ils ont mis en application le TAFTA et le TISA, je n’ai rien dit, car il paraît que seuls des anti-Américains primaires et des fossiles gauchistes s’y opposaient…
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Quand ils ont transféré à Bruxelles les derniers pouvoirs régaliens de la France (Affaires étrangères, Défense et justice), je n’ai rien dit, la France est un trop petit pays pour survivre dans la mondialisation…
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Quand ils ont prorogé de dix ans le fonctionnement des centrales nucléaires françaises, je n’ai rien dit, je ne voulais pas revenir au temps de la bougie…
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Etc. etc.
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Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait personne pour protester

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Éléments de biographie issus du Huffington Post

Martin Niemöller (14 janvier 1892 – 6 mars 1984) est un pasteur et théologien allemand. Il combat lors de la Première Guerre mondiale.
Après celle-ci, bouleversé par les horreurs qu’il a vécu, il s’oriente vers la théologie et devient pasteur.
Il admire le régime hitlérien à ses débuts, mais quand celui-ci veut soumettre l’église allemande, Martin Niemöller demande à tous les pasteurs qui ne veulent pas accepter l’idéologie nazie de se rassembler afin de créer le Pfarrernotbund (Ligue d’urgence des pasteurs).
Cette organisation respecte et défend la profession de foi de l’Église Réformée et les principes de tolérance de la Bible.
À la fin de 1933, six mille pasteurs (plus d’un tiers des pasteurs protestants) ont rejoint l’organisation. Le Pfarrernotbund reçoit également le soutien de protestants de l’étranger.
L’organisation adresse alors au synode une lettre dénonçant les persécutions dont sont victimes les juifs et les pasteurs qui ne veulent pas se plier aux ordres des nazis.
En représailles, Martin Niemöller est déchu de ses fonctions de pasteur. La plupart de ses paroissiens lui restant fidèles, il continue d’assurer son ministère.
Arrêté en 1937, il est interné au camp de concentration de Sachsenhausen. En 1941 il est transféré au camp de Dachau. Libéré en 1945, il devient militant pacifiste et consacre le reste de sa vie à la reconstruction de l’Église protestante d’Allemagne.

Une 6e République, pourquoi ? Vidéos de Besançon, l’insoumise

 

Épisode 1 du 20/02/2016 : La Ve a raison de nos vies

Épisode 2 du 21/02/2016 : La Ve une monarchie présidentielle

Épisode 3  à venir

Jacques SAPIR a-t-il pété les plombs ou bien tombe-t-il le masque à son tour ?

Depuis plusieurs jours, je relaie régulièrement les billets de Jacques SAPIR. Car j’y trouve bien des arguments intéressants et pertinents à opposer à nos ennemi-e-s. En réalité, je suis les écrits de cet homme depuis très longtemps mais il n’y a que depuis quelques semaines qu’ils résonnent vraiment en moi.

Il nous a gratifié, en effet, ces dernières semaines, de billets quasi-quotidiens d’une grande qualité, et d’une grande profondeur, que j’ai relayés abondement sur Facebook, en même temps que je relayais bien d’autres personnes.

J’étais même sur le point de publier un billet – que j’avais commencé à écrire hier – pour le défendre contre certains « antifascistes » le décrivant, avec des mots infamants, comme étant lui-même un quasi-fasciste ou n’ayant aucun scrupule à s’afficher avec des néofascistes et toute une série de gens détestables (cf le billet de « Gauche de combat » ).

Hélas, ce soir, je ne me sens plus du tout en phase depuis que j’ai lu le dernier billet de Jacques SAPIR.

Cette fois-ci, Jacques SAPIR déconne dans les grandes largeurs… Il donne du grain à moudre à ses opposants en suggérant rien moins que la mise en oeuvre des pleins pouvoirs de l’article 16 de notre constitution pour gérer le conflit avec l’Union européenne qui sera certain et violent dès que nous tenterions de mettre en oeuvre notre projet politique.

Jacques SAPIR, dans son billet du jour, rappelle le texte de cet article 16 de notre constitution. Le voici :

« Lorsque les institutions de la République, l’indépendance de la Nation, l’intégrité de son territoire ou l’exécution de ses engagements internationaux sont menacés d’une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des Présidents des Assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel.

Il en informe la Nation par un message.

Ces mesures doivent être inspirées par la volonté d’assurer aux pouvoirs publics constitutionnels, dans les moindres délais, les moyens d’accomplir leur mission. Le Conseil constitutionnel est consulté à leur sujet.

Le Parlement se réunit de plein droit.

L’Assemblée nationale ne peut être dissoute pendant l’exercice des pouvoirs exceptionnels.

Après trente jours d’exercice des pouvoirs exceptionnels, le Conseil constitutionnel peut être saisi par le Président de l’Assemblée nationale, le Président du Sénat, soixante députés ou soixante sénateurs, aux fins d’examiner si les conditions énoncées au premier alinéa demeurent réunies. Il se prononce dans les délais les plus brefs par un avis public. Il procède de plein droit à cet examen et se prononce dans les mêmes conditions au terme de soixante jours d’exercice des pouvoirs exceptionnels et à tout moment au-delà de cette durée. »

Vous comprendrez donc que cet article 16 de notre constitution, c’est celui qui donne au Président de la République tous les pouvoirs : aussi bien celui de faire des lois tout seul, que celui de prendre les décrets de son choix, également tout seul, et même celui de rendre la justice (via des tribunaux spéciaux qui pourraient être créés à cette occasion). De Gaulle en usa une seule fois, suite au putsch des généraux d’Alger, le fameux « quarteron de généraux en retraite ». Et cet usage fut violemment critiqué, notamment par la Gauche, et à juste titre.

Nous, la Gauche de combat, savons ce à quoi nous devons nous attendre de la part de nos ennemis… Je ne cesse de l’écrire depuis des mois. Coïncidence : c’est il y a une heure environ que j’ai publié sur Facebook ces quelques mots sur le sujet :

« Ce n’est pas dans la douceur et l’euphorie générale que les choses vont se faire… Nos ennemis feront comme ils ont toujours fait quand ils perdent le contrôle de la situation : ils feront couler notre sang. Mieux vaut le savoir et ne pas être naïf à leur sujet, ni compter sur leur pitié. La police, l’armée, les forces de sécurité, c’est eux qui les contrôlent…»

Nous ne nous illusionnons pas. Nous savons ce que nous allons affronter : un monstre froid et sanguinaire dès qu’il risque de perdre son pouvoir. Mais nous sommes prêts à l’affronter, en gouvernant contre tous nos ennemis avec la force qui convient. Nous rendrons coup pour coup et nous nous battrons avec détermination, courage et honneur.

Mais nous nous battrons avec les règles de la démocratie et de la République, en demandant sans cesse l’appui du peuple sur les décisions que nous aurons à prendre. Car le peuple, nous en sommes convaincus, nous soutiendra. Les peuples soutiennent largement les pouvoirs révolutionnaires d’Amérique du Sud.

En, Grèce, même si la situation vécue n’est pas encore tout à fait comparable à celle des pays sud- et centre-américains, on voit bien que le peuple est prêt à aller beaucoup plus loin que ne le disent les grands medias, et que ne le veulent les « timides » que sont Tsipras et ses ami-e-s de l’aile droite de Syriza. C’est le peuple qui, en votant très souvent, soutient la révolution en cours en Équateur, en Bolivie, au Venezuela… C’est le peuple qui a permis l’échec du putsch anti-Chavez en 2002 (Revoyez à cet égard le film « La révolution ne sera pas télévisée »).

Et avec le soutien massif du peuple, nous serons forts et on ne pourra que nous donner des coups, peut-être violents et cruels mais pas mortels. On ne pourra pas nous vaincre ! Si le peuple s’en mêle, c’est nous qui aurons le dernier mot. Aujourd’hui, comme hier. Quand nous avons échoué, c’est parce que le peuple ne s’est pas levé.

Donc, je dis solennellement, comme démocrate, comme Républicain, comme militant engagé dans la Gauche de combat, comme citoyen, que c’est NOUS, le peuple, qui serons l’arme de destruction massive du capitalisme et de l’Union européenne. Il faudrait seulement que nous ayons devant nous des leaders de densité historique pour assumer le combat qui va devoir être mené, pour ne pas avoir peur d’anticiper sur la conscience du peuple, pour tenter même de la faire progresser un peu plus vite, pour oser !

MAIS IL EST ABSOLUMENT HORS DE QUESTION QUE NOUS ADMETTIONS UN RECOURS À LA DICTATURE LÉGALE QUE PERMET L’ARTICLE 16 DE NOTRE CONSTITUTION, ET CE, QUAND BIEN MÊME CE SERAIT UN OU UNE DES NÔTRES QUI SERAIT PRÉSIDENT-E DE LA RÉPUBLIQUE !

NOUS VOULONS ET PRÔNONS LA 6e RÉPUBLIQUE ET DONC LA DÉMOCRATIE JUSQU’AU BOUT, EN TOUTES CIRCONSTANCES.

QUELLE INCONSÉQUENCE MAJEURE CE SERAIT DE PRATIQUER LA DICTATURE DE L’ARTICLE 16,  MÊME SI C’ÉTAIT POUR UNE BONNE RAISON ! IL N’Y A QUE LES FASCISTES QUI CONSIDÈRENT QUE LA FIN JUSTIFIE LES MOYENS.

Changer de constitution et de régime ou sortir de l’Union européenne ? Il faut faire les deux camarades !

Il y a quelques mois, quand je faisais ardemment campagne pour la 6e République, à la fois sur Facebook et via un blog dédié, et que j’appelais, à ce titre, à ce que nous commencions à réfléchir à l’écriture COLLECTIVE d’une nouvelle constitution rendant le pouvoir souverain au peuple français et prévoyant toute une série de mécanismes juridiques (constitutionnels et administratifs), mais aussi politiques, pour le rendre possible, et pour qu’il ne puisse plus être contesté, je recevais pas mal de messages de gens (notamment de l’UPR, de DLR devenu DLF, du M’PEP ou du PRCF) me disant que c’était inutile de se battre pour une nouvelle constitution aussi longtemps que nous restions dans l’Union européenne.

Je répondais que, pour moi, le combat pour la 6e République était le plus important de tous car en rédigeant collectivement une constitution nouvelle, axée sur la démocratie et la souveraineté populaire, nous dirions inéluctablement que l’Union européenne est contraire à nos principes, à nos valeurs, à nos désirs, à nos exigences. Nous renverserions alors inévitablement la hiérarchie des normes. Et dès lors que le peuple français aurait adopté une nouvelle constitution ayant ces caractéristiques-là, nous ne pouvions manquer de remettre en cause l’appartenance de la République française refondée à l’Union Européenne. Vous me suivez jusqu’ici ?

En effet, en droit, la constitution actuelle prévoit que les traités régulièrement ratifiés prévalent sur la loi ; et la jurisprudence constitutionnelle française a, depuis longtemps, jugé que par « loi » il fallait aussi entendre « constitution ». Donc, c’est bien notre constitution actuelle qui permet que des traités prévalent sur elle, une fois qu’ils ont été RÉGULIÈREMENT ratifiés… Et là, la question se pose non ? Peut-on sérieusement soutenir que le Traité de Lisbonne a été RÉGULIÈREMENT ratifié ? Quand on sait comment les choses se sont passées, la réponse est clairement NON. N’importe quel esprit sensé et honnête, intellectuellement parlant, ne peut valablement considérer que le traité en question a été valablement ratifié. Certes, il a été considéré, par les instances compétentes, que ce traité a bien été valablement ratifié au plan juridique puisque le Parlement, réuni en Congrès, l’a adopté et que ce mode d’adoption est une des deux voies possibles de ratification prévues par notre constitution. Mais quand un traité est ratifié par le Congrès alors même qu’un texte quasi identique a été rejeté par le peuple souverain par référendum à peine deux ans plus tôt, même un juriste sait que cette situation ne saurait être jugée valable au plan juridique. C’est pourtant ce qui a été décidé par les institutions juridiques établies. Elles sont l’émanation du système et servies par des gens dont la mission est de maintenir ce système, voire de le renforcer encore davantage…

Donc, mon propos est de dire que déjà, sur ce seul point, le traité qui s’applique ne devrait pas s’appliquer car ce n’est que par un coup de force politique qu’il a été ratifié. Nous le savons et ce n’est pas mon sujet ce soir que d’insister sur ce point. Je considérais cependant que ce rappel était indispensable en préalable de ce que je voulais vous dire…

Je reviens donc à ce que je disais en introduction de ce billet. C’est notre constitution qui donne la primauté aux traités ratifiés. Mais notre constitution n’empêche pas le peuple souverain de la réformer, voire de l’abroger au profit d’une autre, qui serait partiellement ou totalement réécrite et repensée… Cela, aucun traité ne peut non plus l’interdire.

DONC, le peuple français, s’il décidait de changer sa constitution actuelle au profit d’une autre qui lui donne des armes puissantes pour reprendre son destin en mains, pourrait décider que, désormais, la République française ne fait plus partie de l’Union européenne. Rien n’empêche, s’il le décide, que cela soit expressément écrit dans la constitution nouvelle, auquel cas, l’exécution de cette décision s’appliquerait rapidement, dans les conditions et selon les modalités que définirait par exemple une loi organique intervenant peu après l’adoption et la mise en application de cette constitution nouvelle… Cela empêcherait aussi que de nouveaux gouvernants viennent un jour ramener la République française dans cette même Union européenne… La première constitution de la 5e République, celle adoptée en 1958, contenait par exemple un titre entier et plusieurs dispositions relatives à « l’Union française » qui englobait des « pays » que nous dominions et contrôlions par les liens de la colonisation.

Et, même si la constitution elle-même, ne prévoyait pas expressément, dans son texte, la sortie de la République française de l’Union européenne, elle pourrait, par différents moyens, la rendre inévitable à bref délai…ou, à tout le moins, envisager expressément qu’elle soit possible. Cette hypothèse se concrétiserait par l’organisation d’un référendum intervenant peu après le référendum d’adoption de la constitution, et après un débat sérieux et suffisamment long pour que le peuple se fasse une opinion éclairée sur la question. Ainsi, seraient dissociées les deux questions. Dans un premier temps, le peuple français déciderait d’approuver ou non le projet de nouvelle constitution, et, dans un second temps, il se prononcerait sur la sortie ou pas de la République française de l’Union européenne.

Quoi qu’il en soit, celles et ceux qui m’ont (presque toujours aimablement) opposé que débattre du nouveau régime constitutionnel et politique serait sans intérêt sur notre souveraineté populaire, parce que celle-ci est court-circuitée tant que nous restons dans l’Union européenne, ont tort. Ils ne saisissent pas les conséquences juridiques et politiques d’un changement de régime politique et de constitution… Si l’on écarte, comme je le fais encore pour l’instant, l’idée avancée par certain-e-s, que Jean-Luc Mélenchon serait en réalité un homme politique malhonnête, trompeur, cynique, dissimulateur, on peut penser que c’est précisément la raison qui le pousse à défendre la 6e République car il a sans doute compris qu’en réécrivant une nouvelle constitution, le peuple français se ressaisit de fait de tous les pouvoirs et que les interdictions résultant de l’Union européenne seraient alors, automatiquement, remises en cause.

Maintenant, depuis que je parle haut et fort pour une sortie de l’Union européenne, ce sont désormais certains de mes camarades du PG, du PCF, d’Ensemble et du Front de Gauche ou de la Gauche en général, qui me disent que la sortie de l’Union européenne ne sert à rien si l’on ne change pas aussi la constitution. Et beaucoup de ces camarades me rappellent l’existence du Mouvement pour la 6e République ou des actions sur ce sujet du Parti de Gauche, de certain-e-s responsables de ce parti, ou d’autres acteurs à gauche…

Sachez que je suis convaincu, depuis très longtemps, par la nécessité, que dis-je par le caractère indispensable que revêt le changement de régime et de constitution. J’avais cette conviction chevillée au corps bien avant que n’existe Facebook ou ce blog… Vous saisissez ?

Les partisans de la 6e République sont donc idéologiquement mes ami-e-s, pour autant que cette 6e République soit celle que nous défendons au Parti de Gauche, au Front de Gauche et parfois au-delà de ce parti et de ce Front…

Mais je trouve stupide et totalement anachronique d’opposer les deux thématiques : sortie de l’Union européenne et changement de régime. Les deux vont  ensemble. Les deux DOIVENT aller ensemble. Nous devons défendre les deux, et le faire simultanément.

Certain-e-s de mes ami-e-s et camarades politiques en sont convaincu-e-s comme moi, d’autres ne le sont pas. Parmi les seconds, il y en a qui veulent à tout prix changer de régime et passer à la 6e République mais qui n’envisagent pas ou qui refusent ou qui craignent (il y a bien des nuances entre les un-e-s et les autres) la sortie de l’Union européenne.

Mon avis est qu’ils se trompent et font une erreur stratégique majeure. Changer de régime et mettre en application une constitution nouvelle telle que nous la souhaitons sans sortir de l’Union européenne ne réglera pas les problèmes car il y aura toujours alors bien des contradictions entre les dispositions de cette constitution nouvelle et les dispositions des traités européens. Si notre constitution prévoit, comme certain-es le préconisent (j’en suis !) que les traités, fussent-ils « régulièrement ratifiés » (et, même si, cette fois, c’est au sens authentique et honnête du terme), il faudra continuellement se poser des questions juridiques et constitutionnelles et trancher des conflits et des controverses, car vous comprendrez tous et toutes très aisément qu’une telle constitution nouvelle, si elle est comme nous le voulons, s’opposera au régime juridique, politique, économique, géopolitique qu’incarne l’Union européenne. Et sauf à vouloir densifier à l’extrême la justice constitutionnelle française, et donner ainsi du travail, par millions d’heures, à des milliers de magistrats constitutionnels chargés de juger de tous ces conflits juridiques, une telle opposition est intenable. En droit, il est nécessaire qu’existe une certaine sécurité juridique. C’est même un principe général du droit. Il implique que les règles (prescriptives et prohibitives) soient assez claires pour régir les situations, et assez stables aussi !

Il faut donc trancher le dilemme sans s’en remettre uniquement à l’avis des juges. Et donc il faut décider entre deux alternatives  :
Soit on veut que le peuple français redevienne souverain – et on le prévoit avec une nouvelle constitution – alors, en cohérence avec ce choix, on doit prendre une décision très claire de sortie de la République française de l’Union européenne, sans finasser, sans tergiverser, sans nous limiter à prévoir une « désobéissance aux traités », hypothèse qui ne veut rien dire concrètement et souffre donc d’un déficit criant de crédibilité.
Soit on tient à l’Union européenne pour quelque raison que ce soit, et alors on ne saurait désirer que nous changions de régime et de constitution, surtout pas pour en mettre en place une autre qui serait démocratique, puisque le système de l’Union européenne, par essence, s’oppose à la démocratie voire à la logique même d’une constitution puisque au sens de l’article 16 de la déclaration française des droits de l’homme et du citoyen : « Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n’est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution. » Or, c’est une gageure que de soutenir que l’Union européenne « assure la garantie des droits » et « détermine la séparation des pouvoirs »…

Et oui, camarades ! Il faut réellement choisir entre deux alternatives radicalement différentes et mêmes opposées. Ce sont bien deux choix de société tout à fait antinomiques. On ne peut à la fois souhaiter – et appeler à – un changement de régime politique en France et défendre, dans cet esprit, un changement de constitution, et dans le même temps expliquer que sortir de l’Union européenne n’est pas souhaitable, ou n’est pas sérieux, ou n’est pas responsable, ou n’est pas conforme à nos aspirations et principes de gauche, ou je ne sais quoi encore… On ne peut avoir l’un et l’autre.

L’idée que je défends – et le raisonnement que je mets en avant pour lui donner force – est bien que nous devons À LA FOIS :
1/ changer de régime politique et donc substituer à la détestable et nuisible constitution de la 5e République, quasi monarchique et oligarchique,  une constitution nouvelle de la 6e République qui soit enfin celle de la PREMIÈRE VÉRITABLE DÉMOCRATIE,
2/ sortir de l’Union européenne et de quelques autres alliances et organisations d’essence atlantiste et capitaliste.

Et faire cela c’est tout autre chose que de nous renfermer sur nos frontières dans un esprit chauvin et nationaliste, raciste, xénophobe, quasi fasciste, contrairement à ce que disent certains crétins incultes ou bornés et à ce que répètent certains perroquets, larbins de nos ennemi-e-s et griots du capitalisme ou de l’atlantisme.

Si c’est un jour le FN, ou de vrais nationalistes, ou de vrais néofascistes, ou de vrais racistes, qui ont la main pour sortir la République française de l’Union européenne, alors oui, on peut craindre le pire, car ce qu’il en sortira ne sera vraiment pas bon. Leur dessein n’est pas de rendre le pouvoir au peuple, ni de faire son bonheur. Et il n’est pas de rendre le peuple français puissant pour que nous soyons de nouveau en mesure de parler au monde et d’aider le monde à aller mieux, en assistant les autres peuples ou en s’inspirant d’eux et en leur donnant une audience qu’ils n’ont pas forcément parce qu’ils sont moins puissants que nous.

Par contre, si c’est NOUS, la Gauche de combat, la Gauche qui se bat pour « la Sociale », la Gauche qui se bat pour la démocratie et la République, la Gauche qui se bat pour l’humanisme, la Gauche qui se bat pour la laïcité, la Gauche qui se bat pour la justice et la défense authentique des droits de l’être humain et de l’animal, la Gauche qui se bat pour que le monde opère la grande bifurcation écologique rendue indispensable à notre survie collective,  la Gauche qui se bat pour que soient universellement reconnues les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, la Gauche qui se bat pour la paix, non comme des pacifistes bêlants mais comme des responsables sérieux instruits de la géopolitique telle qu’elle est et telle qu’elle régit les relations internationales, si c’est NOUS, cette Gauche-là, qui avons les rênes du pouvoir constitutionnel dans l’État de la République française au moment où la question sera posée, alors il n’en sortira que du bien.

Car notre rêve n’est pas d’asservir mais de libérer et d’émanciper. Notre tâche n’est pas d’abrutir les citoyen-ne-s mais de les éduquer et de faire croître en eux l’esprit de citoyenneté. Notre aspiration n’est pas de défendre les intérêts particuliers, fussent-ils les nôtres, mais de servir l’intérêt général sans brimer l’individu et sans le contraindre au-delà de ce qui est acceptable aux yeux de tous. Notre souhait n’est pas de revenir au Moyen-Âge mais de rallumer les lumières. Il n’est pas de maintenir le système honni mais de le détruire au profit d’un autre acceptable par tous. Notre action ne sera pas d’imposer des lois scélérates et des régressions de civilisation permanentes contre la volonté générale mais de remettre le droit au bonheur de tous au sommet de la hiérarchie des obligations des pouvoirs publics.

Vous qui aspirez à succéder au Président de la République actuel, surtout si vous êtes de gauche…

Si vous voulez que le peuple vous fasse confiance de nouveau, il y a, me semble-t-il, quelques préalables absolus :

1/ Annoncer avec la plus grande fermeté et avec la solennité la plus éloquente, que le peuple français sera appelé à décider, lui-même, par référendum, s’il veut que la République française reste membre de l’Union européenne ou s’en retire, et que ce référendum sera organisé dans les 100 jours de l’arrivée au pouvoir de celui ou de celle qui serait élu-e à la Présidence de la République. En plus de la réponse « OUI » ou « NON » à cette première question, seraient proposés divers scénarii pour l’organisation concrète de la sortie entre lesquels le peuple aurait à trancher. Nous avons déjà des personnalités sérieuses du monde économique et politique qui ont réfléchi à la question de la sortie de la France de l’euro et/ou de l’UE et ont des propositions crédibles. On ne part pas de zéro. Il n’y a pas que ceux qui limitent leurs propositions à vouloir désobéir aux traités qui ont travaillé le sujet…

2/ Annoncer, avec la même fermeté et la même solennité, que le peuple français sera également appelé à décider, par référendum, s’il veut entamer un processus constituant de nature à transformer radicalement le régime politique de la République française pour améliorer fortement son caractère démocratique et républicain. En plus de la réponse « OUI » ou « NON » à cette première question, seraient proposés divers scénarii pour l’organisation concrète de ce processus constituant entre lesquels le peuple aurait à trancher. Par exemple, un premier choix serait d’élire une Assemblée Constituante unique au niveau national qui aurait alors une compétence exclusive ; un deuxième choix possible serait de décomposer territorialement le processus constituant, avec élection d’assemblées constituantes locales, qui auraient la mission d’élaborer, par étapes successives, les propositions de révolution constitutionnelle qui remonteraient ensuite à une Assemblée Constituante nationale chargée de finaliser le projet de nouvelle constitution ainsi que d’autres textes annexes éventuels (déclarations de droits, chartes…) ; on pourrait aussi envisager d’autres options que les deux ci-dessus.

3/ Annoncer, avec la même fermeté et la même solennité, que le peuple français sera également appelé à décider, par référendum, si la République française doit demeurer dans l’OTAN ainsi que dans diverses autres organisations internationales d’essence atlantiste. Je pense évidemment en premier lieu à l’O.M.C. et au F.M.I. mais il y en a d’autres. Pour chacune de ces organisations, le peuple choisirait « OUI » ou « NON » afin de ne pas faire un paquet imposant un choix unique pour toutes. Là encore, en plus de la réponse « OUI » ou « NON » à ces questions, seraient proposés divers scénarii pour que le peuple français se prononce, en répondant par exemple, aux questions suivantes :

– Souhaitez-vous que la République française se rapproche des BRICS en vue d’une prochaine adhésion à cette alliance alternative : OUI ou NON ?

– Souhaitez-vous que la République française agisse au plan international pour que soient mises en place d’autres alliances inédites : OUI ou NON ?

– Souhaitez-vous que la République française agisse au plan international en faveur d’une réorganisation profonde de l’ONU : OUI ou NON ? On pourrait aussi, sur ce sujet précis, proposer divers scénarii de réforme de l’ONU…

Si le peuple français donnait ainsi de la voix, pour dire sa volonté que des valeurs authentiquement humanistes, et que des principes reposant sur la démocratie, la loyauté des échanges, l’équité et l’harmonie des relations internationales, gouvernent le monde, nos dirigeants seraient dotés de puissantes armes politiques pour agir sur la scène internationale.

Voici trois domaines éminemment fondamentaux. Certes, ils ne peuvent résumer toute la politique d’une nation, d’un État, d’un gouvernement et d’un peuple. Bien d’autres questions sont importantes : l’économie, la culture, l’écologie et d’autres encore. Mais mon avis est que ces trois domaines conditionnent le succès de tous les autres d’une part. D’autre part, si déjà ces trois engagements géopolitiques étaient pris publiquement par une personnalité de la Gauche de combat aspirant à devenir demain candidat-e à l’élection présidentielle pour y être élu-e et non pas seulement pour y faire un tour de piste de figuration pour la gloire d’avoir combattu, et enfin appeler au gouvernement de notre pays une équipe de combat contre le capitalisme et l’impérialisme états-uniens, organisés et relayés par ses différents exécutants européens, eh bien sans doute que le peuple tendrait l’oreille dans un premier temps… et serait séduit dans un second !

Premières interrogations à propos du travail constituant à mener…

Il n’est pas question de réserver l’écriture de la constitution aux juristes et aux constitutionnalistes. Ceux-là prendront leur place mais c’est le peuple qui décidera de l’essentiel…

Sur les questions qui se posent et qui devront être posées, tous les citoyens n’ont peut-être pas un avis à ce jour mais pourront en avoir un demain. Il y aura une phase d’éducation populaire qui permettra aux ignorants d’apprendre l’essentiel à savoir pour comprendre les débats. Mais je suis convaincu que tout le monde peut et dit avoir un avis sur les questions qui se posent.

 Qui gouverne ? Comment ? Par quels procédés ?

 Quelle architecture institutionnelle ? Fau-il que notre régime dispose d’un Président de la République ou pas ? D’un Premier ministre ou pas ?

 Quel pouvoir le Président doit-il avoir s’il est maintenu ? Quel pouvoir aurait le Premier ministre ?

 Quel pouvoir aurait le gouvernement ? Quels moyens d’action doit-il avoir face au peuple et face aux autres pouvoirs ?

 Faut-il un Parlement à une seule ou à deux chambres ? Doit-on garde-t-on le Sénat tel qu’il est ? Doit-on le supprimer sans le remplacer ? Doit-on plutôt le transformer radicalement ? Dans le sens souhaité en son temps par le général de Gaulle ou selon d’autres modalités ? Lesquelles ?

 Quels pouvoirs donner aux parlementaires ?

 Le Parlement doit-il redevenir le centre du pouvoir politique en France ? Si oui, de quelle manière ? Si non, quelle doit être sa place face aux autres pouvoirs ?

 Le parlementarisme doit-il être refondé dans une vision moderne où l’intervention du peuple souverain serait rendue plus effective et où il pourrait agir beaucoup plus fréquemment ? Quels pouvoirs le peuple souverain doit-il avoir face au Parlement ?

 Les parlementaires doivent-ils être les seuls législateurs ? Sinon qui d’autre ? Dans quelles conditions ?

 Qui peut et qui doit contrôler le gouvernement et les différents pouvoirs publics ? Comment ? Par quels procédés politiques, administratifs, juridiques et citoyens ?

 Doit-on pouvoir révoquer les élu-e-s ? Comment ? Quand ? Dans quelles conditions ?

 Peut-on imposer la discussion de tel ou tel sujet ? Au sein de quelle instance ? Dans quelles conditions ?

 Doit-on reconnaître au peuple un droit d’initiative électorale (droit de provoquer de nouvelles élections partielles ou générales avant leur date prévue) ? Doit-on reconnaître au peuple le droit de dissolution du Parlement ? Ou de la seule Assemblée Nationale ? Dans quelles conditions ?

 Doit-on reconnaître un droit de veto citoyen et populaire, sur les lois adoptées, notamment quand celles-ci sont contraires aux volontés du peuple (il y a pléthore d’exemples) ? Dans quelles conditions ?

Doit-on reconnaître un droit d’initiative référendaire (permettre au peuple d’imposer l’organisation d’un référendum local ou national sur un ou plusieurs sujets) ? Dans quelles conditions ?

 Quelle architecture pour l’organisation territoriale de la France ?

 Combien de niveaux d’administration locale ? Lesquels ?

 Doit-on garder accepter la réforme régionale en cours ou la refuser en bloc ? Doit-on garder les régions, les supprimer ou revoir la carte régionale ?

 Doit-on garder les départements tels qu’ils sont ? Doit-on inventer une autre carte départementale ?

 Doit-on garder la carte communale telle qu’elle existe ? Doit-on réduire le nombre de communes ou inventer une autre carte communale ?

Que faire des intercommunalités ? Doivent-elles remplacer les communes ou demeurer à côté d’elles ? Ou au-dessus d’elles ? Doivent-elles être élevées au statut de collectivités locales à part entière ?

Doit-on fusionner les communes qui sont liées par l’intercommunalité ou pas ?

Quelles compétences donner à chaque niveau d’administration locale ?

Quelles relations tisser entre elles ?

Quelle légitimité politique offrir à ces échelons de pouvoir local ?

Quel mode d’élection pour chacun ?

Quelle architecture politique pour les institutions locales ?

Doit-on conserver la logique présidentielle avec un maire ou un président de conseil général, régional ou d’intercommunalité surpuissant face à un conseil municipal, général, régional ou communautaire souvent croupion ou simple chambre d’enregistrement des décisions de l’Exécutif local ?

Faut-il, et si oui comment, enlever du pouvoir aux structures exécutives locales pour renforcer le pouvoir des assemblées locales et ainsi dé-présidentialiser et re-parlementariser le pouvoir local ?

Quels pouvoirs directs d’intervention donner au peuple souverain face aux institutions locales  et dans la décision publique locale quotidienne ? Le peuple souverain doit-il être mieux informé ? Comment ? Le peuple souverain doit-il être davantage et mieux impliqué en amont, dès la phase de préparation des décisions ? Comment ? Quels pouvoirs doit-il face à la prise de décision ? Après adoption de la décision, quels pouvoirs reconnaitre au peuple pour contester la décision ?

Quelle place pour les institutions judiciaires en France ? Quel pouvoir leur reconnaître ? Quelles limites fixer à leur pouvoir ? Comment considérer leurs décisions ? Doivent-elles être susceptibles de recours ? De quel genre ? Dans quelles conditions ?

Sur quelles bases investir les juges et les magistrats ? Quel rôle doivent-ils jouer ? Quelles immunités leur accorder ? Quels moyens d’action reconnaître au peuple face aux juges ?

Quel pouvoir et quels droits reconnaître aux salarié-e-s dans leur entreprise ? Quel pouvoir et quels droits reconnaître aux citoyen-ne-s face aux entreprises ? Le peuple peut-il, doit-il, et comment, pouvoir influer sur la vie économique du pays ? Quels pouvoirs reconnaître aux entreprises face aux citoyens et à ses salarié-e-s ?

Comment penser et comment mettre en œuvre la liberté du commerce et de l’industrie ? Cette liberté doit-elle avoir des limites ? Lesquelles ?

Quelle place pour la laïcité en France ? Comment penser la laïcité aujourd’hui ? Quelles conséquences en tirer ? Quels effets juridiques et politiques doit-elle avoir ? Faut-il établir des limites à la laïcité ? Si oui, lesquelles ? Comment la laïcité se pense-t-elle face à la liberté de conscience et d’expression ? Quels conflits entre elles ? Comment régler pacifiquement les conflits ?

Quelle place donner dans la constitution à l’exigence de la transition écologique ? Comment imposer démocratiquement la règle verte et la nécessaire bifurcation de notre modèle économique ? Comment mener puis trancher les grands débats qi agitent le pays et le monde sur la question écologique ? Jusqu’où aller dans la constitution en matière de prescriptions écologiques ?

Comment penser ou repenser le droit de propriété ? Doit-il demeurer « sacré » comme cela est expressément indiqué dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ? Doit-on lui assigner des limites ? Lesquelles ? Qui en décide et comment ?

La constitution doit-elle déterminer certains principes en matière de diplomatie et de relations internationales ? Lesquels ? Jusqu’où la constitution doit-elle aller en la matière ?

Quels pouvoirs donner au peuple souverain et aux citoyen-ne-s face aux diplomates, aux agents publics chargés de la diplomatie et de la défense, face aux militaires et aux forces de l’ordre ?

Quels pouvoirs donner au peuple souverain face aux traités, accords internationaux et conventions internationales que négocieraient nos dirigeants ? Le peuple doit-il être le seul à pouvoir les ratifier ? Si oui, dans quelles conditions ? Sinon, quelle répartition définir entre les textes qui doivent relever de l’approbation du peuple et ceux qui relèveraient de pouvoirs institués ?

La constitution doit-elle traiter de questions culturelles, artistiques, patrimoniales ? Comment ? Pour dire quoi ?

Doit-on conserver tels quels les textes de déclarations de droits et les préambules de constitutions précédentes auxquels l’actuelle constitution de la 5e République fait référence ? Doit-on les intégrer à la prochaine ? Comment ? Doit-on contester ou remettre en débat certaines dispositions de ces textes ? Doit-on inventer d’autres droits ? Lesquels ? Doit-on s’inspirer de textes étrangers et internationaux ? Ne serait-il pas utile d’intégrer à notre constitution ou à notre « bloc de constitutionnalité » des textes tels que la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, les pactes des Nations-Unies de 1966 sur les droits civils et politiques, les conventions sur les droits des enfants, la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et tant d’autres ?

De la 6e République, d’Arnaud MONTEBOURG et de Jean-Luc MÉLENCHON, du PG et du peuple souverain de France !

Propos liminaire : ce billet est le texte – revu et corrigé – d’une réponse que j’avais publiée en mai 2013 à l’attention d’un camarade militant du PS après que ce dernier ait publié, sur Mediapart, un billet très critique sur le projet de 6e République de Jean-Luc MÉLENCHON : « Hold-up sur la VIe République – Ne Mélenchon pas tout » (aisément accessible via Google). Le billet original de ce militant du PS et ma réplique sont accessibles sur ce blog, ainsi que sur Mediapart.

Aujourd’hui, au regard de l’actualité de ces derniers jours qui a vu, d’une part, Jean-Luc MÉLENCHON annoncer, dimanche 24 août 2014,  que le Parti de Gauche modifiait son dispositif organisationnel et que lui, désormais, allait mener le combat pour un mouvement pour la 6e République sans être à la tête du PG, et, d’autre part, Arnaud MONTEBOURG être la cause de la démission du premier gouvernement de Manuel Valls, lundi 25 août 2014, le débat est plus que jamais relancé sur la 6e République. Et la joute politique de l’an dernier entre mon camarade socialiste et moi-même sur la question de la 6e République est donc d’un grand intérêt pour le débat qui s’ouvre en ce que nos échanges d’alors mettaient en débat de nombreux aspects de la question. Je vous propose donc de prendre connaissance de ce billet que j’ai réécrit, après en avoir supprimé et/ou modifié certains passages afin que le texte que je publie ce jour apparaisse comme ce que je veux qu’il soit : directement utilisable aujourd’hui, et qu’il ne soit plus perçu comme une réplique à quelqu’un mais plus comme un argumentaire que chaque militant peut faire sien s’il se retrouve en lui.

* * * * *

Je vais vous parler d’Arnaud MONTEBOURG puisqu’il se retrouve, une fois de plus, sous les feux de l’actualité…

En ce qui me concerne, il fut un temps où je m’intéressais à lui, enfin pas à lui en tant que personne mais plutôt à ce qu’il disait, au message qu’il portait, aux propositions, notamment de « révolution » institutionnelle qu’il défendait. Ce temps fut celui où, à la fin des années 90, il se fit entendre sur le sujet. Avocat de formation, Arnaud MONTEBOURG ne vint à la politique qu’avec « l’expérience hasardeuse » (pour reprendre la formule sarcastique de Lionel JOSPIN) que fut la dissolution chiraquienne ratée de 1997 où la majorité sortante RPR-UDF fut battue par la « Gauche plurielle ». Cet évènement était a priori tout à fait inattendu pour les hautes sphères politiques et médiatiques alors qu’à la base tout le monde savait que les choses allaient tourner ainsi. Arnaud MONTEBOURG fut élu député à ces élections et ce député donna assez vite de la voix. Il se situait à la gauche du PS et ce qu’il disait, déjà, me paraissait très intéressant.

Arnaud MONTEBOURG publia ensuite, en 2000, un livre réquisitoire contre la 5e République, intitulé « La Machine à trahir – Rapport sur le délabrement de nos institutions » (publié aux éditions Denoël, collection Impacts en novembre 2000). Ce bouquin est, comme son titre le laisse présager, un réquisitoire solide, convaincant, violent pourrais-je même dire mais ô combien fondé, du régime issu de la constitution de 1958. Je me retrouvais très largement dans ce diagnostic très critique. De même que je formais alors bien des espoirs devant les quelques propositions de réforme constitutionnelle que dessinait Arnaud MONTEBOURG dans cet ouvrage à charge contre notre monarchie républicaine.

J’invite, d’ailleurs, les lecteurs de ces lignes à consulter, eux-mêmes, cet ouvrage même s’il est ancien. Il est une contribution des plus utiles dans le débat institutionnel. Notamment parce qu’il est intéressant de voir combien certains socialistes étaient, depuis longtemps, conscients des réalités institutionnelles et désireux de les transformer, dans l’esprit de la critique du « coup d’état permanent » faite par François MITTERRAND, lui-même, en son temps, mais critique restée, hélas, sans suite. Ouvrage intéressant ensuite et surtout quand au contenu de la critique dressée du régime actuel et des propositions faites pour en sortir.

Arnaud MONTEBOUG, sans doute informé très vite que ce premier livre avait éveillé l’intérêt de beaucoup, voire même conscient peut-être, dès le temps de l’écriture de ce premier livre, que cet ouvrage en appelait un second le prolongeant, en co-écrivit un autre quelques années plus tard avec un constitutionnaliste, Bastien FRANÇOIS. Ce deuxième ouvrage intitulé « La Constitution de la 6ème République – Réconcilier les Français avec la démocratie » (publié aux éditions Odile Jacob en septembre 2005), partait logiquement de ce qui figurait dans « La machine à trahir » pour proposer un nouveau texte constitutionnel clés en mains. Ce second ouvrage, que j’avais étudié en détail, me paraissait une excellente base de départ pour le travail de rénovation institutionnelle que serait amené à prendre en charge un Parlement de gauche élu en 2007.

Hélas, alors même que Ségolène ROYAL, candidate du P.S. à l’élection présidentielle de 2007, avait intégré, dans son projet, une proposition de 6ème République, largement influencée sans doute qu’elle était par la présence, à ses côtés, d’Arnaud MONTEBOURG, principal porteur de cette réforme fondamentale, ne remporta pas l’élection présidentielle et, de ce fait, la réforme ne put être mise en œuvre. On aurait pu penser qu’Arnaud MONTEBOURG allait continuer, lui-même, à la porter haut et fort. Car si Ségolène ROYAL avait échoué à devenir Présidente de la République, il n’en demeure pas moins que plusieurs autres candidats avaient eux aussi porté un projet de changement plus ou moins profond de nos institutions, certains allant même jusqu’à évoquer une 6ème République. Celle-ci n’avait certes pas forcément la même physionomie selon les candidats mais il était clair que le peuple français, par le biais des candidats qui se présentaient à lui, témoignait de sa volonté de changer la donne et ce, bien plus profondément que par simplement quelques réformes à dose homéopathique.

Or, Arnaud MONTEBOURG a quelque peu modéré ses transports en la matière. Autant il avait été, publiquement, un ardent défenseur de la 6ème République dans la période 2000-2007, autant il a été relativement discret ensuite. Peut-être était-il davantage en pointe sur ce sujet au sein des instances internes du P.S. mais n’étant pas militant de ce parti, je ne peux en juger moi-même. Et je ne me souviens pas l’avoir entendu défendre cette idée de changement de régime au cours des interventions publiques qu’il put faire après 2007. À une exception près cependant, qui n’est pas négligeable, loin de là : le congrès de Reims en novembre 2008 qui aurait pu envoyer Ségolène ROYAL et Arnaud MONTEBOURG, son principal adjoint, à la tête de ce parti et, peut-être, contribuer ainsi à ce que le P.S. porte cette réforme comme une des plus fondamentales à mettre en œuvre le jour où la Gauche serait revenue au pouvoir.

Là encore, nous savons que ces deux-là ont été défaits. La suite allait montrer que Ségolène ROYAL n’était plus une personnalité dominante de la vie du P.S. Quant à Arnaud MONTEBOURG, après avoir défendu ses idées lors de la primaire mais sans succès, il avala son chapeau en même temps que plusieurs couleuvres pour finir par soutenir le candidat François HOLLANDE et devenir un des ses ministres.

Depuis, certes, Arnaud MONTEBOURG a fait parler de lui. Certaines de ses interventions publiques ne sont pas pour nous déplaire. Nous avons toujours dit que nous le soutiendrions quand il porterait des propositions de nature à faire avancer nos idées et nous l’avons fait. Mais hélas, mis à part quelques mots cruels à l’encontre des dirigeants actuels et quelques rares actions d’éclat qui n’ont abouti à rien, le compte n’y est pas comme l’a dit Jean-Luc MÉLENCHON le 5 mai 2013, place de la Bastille, en parlant du bilan de la première année de gouvernement HOLLANDE-AYRAULT. Aussi bien s’agissant des choix politiques en général que pour la question des institutions en particulier.

Et aujourd’hui, en août 2014, nous ne pouvons que constater, avec effarement, combien ce que nous disions alors était juste.

Et pour revenir précisément au sujet qui nous anime, la question de la 6ème République, force est de constater qu’Arnaud MONTEBOURG est pour le moins discret sur le sujet.

*

Certaines personnes expliquent qu’Arnaud MONTEBOURG a l’avantage, notamment sur Jean-Luc MÉLENCHON, d’avoir la primeur du combat pour la 6e République. C’est faux ! Oui, c’est faux !

Jean-Luc MÉLENCHON défend, depuis des années, en fait plus de deux décennies, l’idée d’un tel changement de régime. Jean-Luc MÉLENCHON n’est pas un perdreau de l’année. Ce n’est pas au cours des derniers mois qu’il est venu sur ce sujet. Il n’a pas copié-collé Arnaud MONTEBOURG. Il n’a pas plagié Arnaud MONTEBOURG. Il n’a pas davantage volé les idées d’Arnaud MONTEBOURG. Jean-Luc MÉLENCHON a été un des principaux  fondateurs de la « convention pour la 6ème République » dès 1992, au côté de Marie-Noëlle LIENEMANN et de Julien DRAY. À cette époque, Arnaud MONTEBOURG était avocat et n’était pas encore entré au Parti Socialiste. Il n’y adhèrera qu’en 1997 et c’est en 2000, je l’ai dit plus haut, qu’il publia son premier livre sur la question des institutions. Selon Wikipedia, « la Convention pour la 6e République (C6R) fut fondée en avril 2001 suite au succès de La machine à trahir ». Tiens, tiens… Plagiat pur et simple ?

Arnaud MONTEBOURG reprenait textuellement le nom qui avait été choisi, en 1992, par le trio formé de Marie-Noëlle LIENEMANN – qui était alors ministre du Logement du Président de la République François MITTERRAND et de la Première Ministre Édith CRESSON – de Jean-Luc MÉLENCHON, qui était alors sénateur, et de Julien DRAY, « le trio infernal de l’Essonne » selon les termes insultants utilisés par la journaliste d’Antenne 2 présentant cette démarche, pour discréditer, déjà, la volonté de certains Socialistes de changer la donne institutionnelle. Ces termes devaient d’ailleurs résulter de ces « éléments de langage » que distille la rue de Solférino dont Laurent FABIUS était alors le premier secrétaire (voir sur ce point la vidéo de l’INA dont le lien est donné en note de fin).

Je ne ferai pas le reproche à Arnaud MONTEBOURG de n’avoir pas été du premier train en 1992 puisque, à cette époque-là, je l’ai dit plus haut, il n’était pas au P.S.

Mais cette réponse devait être faite afin que personne n’ignore la réalité de la vie politique française et que, d’autre part, les nouveaux venus ne croient pas être les seuls à avoir de bonnes idées, pas plus qu’ils ne sont les premiers à avoir porté des combats nobles.

Pourtant, s’il n’est pas inutile de savoir qui a eu certaines intuitions fulgurantes et qui s’est rallié ensuite à une bonne idée, le principal n’est pas de décerner une palme de l’intuition première mais de rallier à une réforme indispensable le maximum de citoyens.

Ceci m’amène à un deuxième argument.

L’objectif de 6ème République n’appartient à personne. Il n’est soumis à aucun droit ou « marque déposée ». C’est bien pour cette raison d’ailleurs qu’Arnaud MONTEBOURG et ses ami-e-s n’ont jamais été accusés par les précurseurs Marie-Noëlle LIENEMANN, Jean-Luc MÉLENCHON et Julien DRAY, d’avoir commis un « hold-up » sur un discours politique dont on peut voir, au regard du rappel historique que j’ai fait ci-dessus, qu’ils avaient pourtant bel et bien la primeur au sein du P.S. Et l’on pourrait même dire que certaines personnalités plus anciennes encore auraient des titres à faire valoir en la matière car même si ces personnalités ne parlaient pas de « 6e République » en tant que telle, les propositions de révision constitutionnelle qu’elles portaient n’en dessinaient pas moins, déjà, une « théorie » de la 6e République en train de se constituer.

*

Un des reproches qui sont adressés aux partisans de la 6e République est que nous appelons à la 6e République sans jamais définir celle-ci. Ces critiques devraient s’intéresser davantage à ce que disent les divers porte-parole du Parti de Gauche. Ils devraient consulter les écrits des différents porte-parole de notre mouvement. Car si nos leaders ne lisent pas dans leurs discours des textes constitutionnels de 6ème République entièrement rédigés – qui le ferait ? – il n’en demeure pas moins que bien des éléments sont expliqués de ce que nous disons. Cette 6è République était partiellement décrite dans le programme du Front de Gauche de 2012.

*

Un autre point de critique est parfois relevé : notre volonté de mettre en oeuvre une assemblée constituante. Or l’Assemblée constituante est un outil juridique qui peut être contesté mais sur la base d’arguments rationnels.

Ont été questionnées  parfois la pertinence du recours à la Constituante et l’utilisation politique de son invocation.

La question nous a été posée sur ce que l’on ferait dans le cas où le texte élaboré par la dite Assemblée constituante serait rejeté lors du référendum d’approbation. Recommencerait-on à l’infini à révoquer les membres de l’Assemblée constituante ayant rédigé un projet de constitution rejeté par le peuple, à en élire de nouveaux, à réécrire un autre projet de constitution, à le soumettre de nouveau au peuple etc. etc.

Ces questions sont en effet importantes et méritent d’être posées. Elles le seront. Je suis même convaincu qu’elles l’ont déjà été dans les débats internes entre celles et ceux qui ont réfléchi à la question. Je suis certain que beaucoup ont déjà des idées de réponse. Ce n’est donc pas en soi un obstacle absolu. D’ailleurs, à l’époque des discussions avant la mise en place de la 4è République, il y eut d’abord un premier texte qui fut présenté au peuple qui le rejeta. Cela ne fut pas un drame. On poursuivit les discussions jusqu’à ce qu’un texte nouveau soit proposé au peuple qui, cette fois, l’approuva. Je concède que les conditions d’élaboration de ce texte ne correspondent pas tout à fait à celles que nous souhaitons voir mises en œuvre, mais ce rappel n’est pas inutile car il montre bien que le peuple étant souverain, il est libre de refuser ce qu’on lui propose… aussi longtemps qu’il ne juge pas un projet de constitution digne d’être adopté. Si l’Histoire constitutionnelle de la France fait état de nombreuses expériences, contrairement à d’autres pays réputés plus stables sur ce sujet, nous n’avons pas, à ma connaissance, connu d’exemple de crise majeure due à une absence de loi fondamentale qui ait perduré très longtemps, pas plus que de situations où le peuple aurait, plusieurs fois d’affilée, refusé d’approuver une constitution. On peut certes imaginer toute une série de risques potentiels, on doit même le faire, mais sans tomber dans la paranoïa pour autant. Le fait est que le peuple n’a pas eu très souvent à se prononcer et, à nos yeux, le problème réside bien davantage dans cette carence à interroger le peuple que dans le risque de voir celui-ci refuser successivement plusieurs projets de constitution. Quand le peuple eut l’occasion de se prononcer, ce fut souvent avec une liberté pour le moins encadrée. Or, nous avons une autre vision, laisser le peuple beaucoup plus maître de définir la loi fondamentale qu’il veut se donner. Et si le risque évoqué ne doit pas être négligé, il ne me semble pas qu’il soit tel que nous devions être tétanisés par lui et refuser pour cela d’abord l’idée de la Constituante et ensuite celle de l’approbation populaire.

Une autre question-critique qui nous est adressée est comment s’assurer que le résultat de la Constituante sera une véritable 6è République ?

Il y a plusieurs éléments dans cette question. D’abord, j’évoquerai la question liée à ce que la Constituante aboutirait – ou pas – à une « véritable » 6ème République. Il va sans dire que la 6ème République est un concept multiforme. Quand bien même ses précurseurs en ont une vision assez claire, on sait que tous les défenseurs d’un changement de régime ne partagent pas les mêmes objectifs et ne développent pas les mêmes propositions de réforme. Parler de « la 6ème République » ne suffit donc pas à dire tout ce que nous exprimons au Parti de Gauche quand nous mettons en avant ce projet. Mais nous ne nous contentons pas de cette formule. Nous en avons expliqué déjà certains traits fondamentaux, certaines lignes de force. « Notre » 6ème République a donc sa spécificité par rapport à la 6ème République proposée, en son temps, par d’autres que nous. Mais « notre » 6ème République a également bien des similitudes avec celle pensée par d’autres que nous. C’est précisément le débat constitutionnel qui permettra de rapprocher nos positions des uns ou de les différencier de celles des autres et au final c’est le peuple qui tranchera. « Notre » 6ème République sera-t-elle la « véritable » 6ème République ? Pour y répondre, cela impliquerait de définir quelle 6ème République serait « véritable » et quelle autre 6ème République ne le serait pas ?

Or je ne crois que l’on puisse décemment prétendre être dépositaire soi-même des clés de la « véritable » 6ème République. Il y a des projets de 6ème République plus ou moins proches, plus ou moins éloignés, mais personne n’a le monopole de l’authenticité. Sous-entendre que la « véritable » 6ème République serait uniquement le projet que telle personne ou tel groupe de personnes chérit, serait faire preuve d’une certaine prétention assez malvenue. Il n’y a pas, sur ce sujet comme sur bien d’autres, d’un côté ceux qui savent et qui ont la légitimité pour décerner des blancs-seings d’authenticité, et, de l’autre côté, des ignorants ou des plagiaires coupables de hold-up… Non, il y a des projets différents et chacun a sa légitimité puisque, au final, c’est le peuple qui tranchera le débat. En démocratie, le débat doit rester ouvert entre les différentes visions et options. En démocratie, il ne saurait exister des personnalités, des groupes, des militant-e-s qui seraient plus égaux que d’autres. La seule loi est celle de la majorité qui impose sa loi à la minorité après le vote et à la condition que ce vote soit intervenu après un débat sérieux et ouvert. Et cet aspect-là de la démocratie peut même paraître particulièrement daté, et très éloigné de l’idée d’une véritable démocratie. J’invite mes lecteurs à consulter les publications de mon camarade Nicolas Poitier sur ce point. Son blog est à cette adresse : http://desmotscrassestiquent.wordpress.com

Au-delà de ces discussions sur l’existence ou pas d’une « véritable » 6ème République, certain-e-s se demandent comment on peut être certain d’aboutir, via la Constituante, à une 6ème République. Mais en démocratie, nous ne sommes jamais sûrs de la volonté et des choix du peuple souverain. Il faut accepter cela. Il dépend de nous de l’informer des enjeux, de mettre en avant, honnêtement et de manière fouillée, les arguments rationnels de nature à lui faire comprendre la question qui est posée, à lui faire connaître les conséquences possibles ou probables d’un choix ou d’un autre et de le convaincre que le discours que l’on porte est le plus adapté à ce que nous croyons juste de faire.  Et c’est lui qui tranche. Il ne faut pas craindre le peuple même si, hélas, nous pouvons tous juger qu’il se trompe parfois, qu’il s’égare souvent. Mais il dépend de nous de faire en sorte que cela ne se produise pas, même s’il est vrai que nous ne sommes pas les seuls, hélas, à pouvoir influer sur le choix du peuple. Et quand je dis «nous » c’est un « nous » qui est très englobant. D’un parti politique à un autre, il est évident que le jugement selon lequel le peuple s’est trompé dans un de ses choix n’est pas basé sur les mêmes raisons. Mais surtout, au-delà des partis politiques, il y a d’autres forces, nous le savons très bien, qui ont une forte influence sur le choix du peuple.

À celles et ceux qui semblent s’inquiéter de ce que la Constituante pourrait aboutir à autre chose qu’une 6è République « véritable », je dirais que c’est à nous, les militants politiques, et à nous le peuple souverain, de guider les choix qui seront faits. Nous sommes des démocrates et des Républicains. On ne peut tolérer de passer à un régime « aristocratique » où les uns savent ce qu’il faut faire et pourraient donc définir eux-mêmes ce que le peuple veut ou juge bon de faire, et n’accepteraient de se soumettre au verdict populaire que par le biais de l’approbation finale du peuple sur un texte entièrement ficelé sans lui.

Ce type de système est précisément celui que nous dénonçons et c’est pour cette raison que nous préférons l’idée d’une Constituante à celle, que nous avons trop souvent expérimentée dans le passé et que certain-e-s semblent clairement préférer quand ils expliquent que d’avoir été dans l’opposition leur a offert le temps d’y réfléchir », que d’avoir des juristes, des constitutionnalistes dans nos partis », garantit « d’être en capacité de présenter aux Français un texte réfléchi, cohérent, minutieusement préparé ».

Oui, tout cela est vrai. Nous savons ce qu’il faut faire ou plutôt nous avons des idées très claires sur ce qu’il convient de faire.

La différence majeure entre cette position de « sages » qui décideraient pour nous, et la nôtre, c’est que justement, nous ne voulons plus agir ainsi. Nous ne voulons plus que la question constitutionnelle soit la chasse gardée des professionnels du Droit et de la politique. Pour nous, le peuple doit pouvoir s’emparer de cette question.  L’élite qui débat en son sein, l’élite qui réfléchit coupée du peuple souverain, l’élite qui rédige le texte idéal en petit comité, l’élite qui soumet ensuite sa grande œuvre au peuple qui ne peut que l’approuver puisque cette œuvre, ayant été le fruit du travail des meilleurs, est forcément la meilleure possible… Si le peuple la rejette, c’est qu’il se trompe forcément, qu’il n’a rien compris… Ce discours n’est pas le nôtre ou il ne l’est plus si tant est qu’il l’ait été un jour.

La pratique gaullienne, mitterrandienne ou sarkozyste des commissions de sages chargées de réfléchir et de proposer ensemble un texte clés en mains, nous paraît inadéquate dans une démocratie « véritable ». Le peuple n’est pas forcément ignare ou inculte. Le peuple n’est pas forcément désintéressé de ces questions. Le peuple n’est pas forcément irresponsable. Le peuple est capable de comprendre, d’analyser, de réfléchir et de décider en conscience après qu’il ait été informé et autorisé à débattre. L’exemple du référendum de 2005 en atteste, n’est-ce pas ?

Nous tenons à ce que l’élaboration du projet de texte constitutionnel de la 6ème République repose sur les mêmes méthodes d’implication populaire directe. Pour cela il faut du temps et il faut que le peuple soit en mesure de débattre, de faire des propositions, de dire son désaccord sur certaines idées ou au contraire son approbation sur d’autres. Il faut que le peuple puisse contraindre les rédacteurs du texte à incorporer dans ce dernier des éléments auxquels les élites n’auraient pas pensé ou que celles-ci n’auraient pas voulu. Et le meilleur moyen pour aboutir à cela, c’est une assemblée constituante qui travaillerait pendant des mois, voire quelques années, en liaison directe et permanente avec le peuple souverain. Sans être tenue par d’autres missions que celle de travailler à cette tâche si fondamentale de rédiger le projet de nouvelle loi fondamentale. D’où notre volonté de ne pas rendre possible l’accès à la Constituante à des sortants et d’empêcher ces constituants d’accéder ensuite à d’autres fonctions politiques. C’est une garantie d’indépendance très forte que cela. En outre, le peuple français dispose en son sein des personnes dignes et compétentes pour assumer cette tache sans que l’on doive toujours s’en remettre à  nos seules élites. Et puis ce sera une preuve de notre attachement viscéral au non cumul des mandats, à la fois dans le temps et dans l’espace. Les élites, qu’elles soient politiques ou autres, ne seront pas écartées du débat. Les parlementaires, par exemple, pourront évidemment exprimer librement, individuellement et/ou collectivement, leurs souhaits, leurs craintes, leurs analyses. Mais disons que leur voix ne sera qu’une parmi d’autres. Il nous paraît indispensable de ne pas donner aux sortants le pouvoir de tout cadrer, de tout régenter. Là encore, l’expérience des conditions de préparation des 4ème et 5ème Républiques nous ont conduit à tirer des leçons.

On nous dit aussi : « il y a, pour Jean-Luc Mélenchon, une contradiction évidente à dire, en parlant de la constitution de la 6e République : « ce n’est pas à moi de dire ce qu’elle doit contenir »…tout en décrivant ensuite son fonctionnement. De deux choses l’une : soit on fera en sorte que la Constituante aille là où l’on souhaite qu’elle aille, et les dés sont visiblement pipés, soit elle sera libre de proposer ce qu’elle veut, et l’on n’est absolument pas certain qu’une VIè République en sortira ! »

Pourtant, il n’y a aucune contradiction. Comme je l’ai expliqué plus haut, nous savons où nous voulons aller. Nous le disons. Nous nous expliquerons. Nous conseillerons. Le cas échéant, nous adresserons des mises en garde. Mais nous avons aussi le respect du peuple souverain chevillé au corps. En revanche, nous pensons judicieux et souhaitable – que dis-je, in-dis-pen-sa-ble ! – d’impliquer le peuple souverain dès le temps de l’élaboration du texte constitutionnel et pas seulement de lui permettre de valider ou de rejeter le projet finalisé. Ce sont deux options différentes. Aucune n’est indigne. Je ne pense pas que l’idée de « sages » qui élaboreraient une constitution nouvelle soit contraire à la démocratie. Elle incarne, d’une certaine manière, le principe de la démocratie représentative qui est un de nos principes essentiels jusqu’à présent. Je dis jusqu’à présent car ce principe-là, précisément, pourra et devra être discuté. La différence entre les deux visions réside dans ce que, prenant acte des évolutions que notre pays a connues ces dernières décennies en général et ces dernières années en particulier, prenant acte du fait que le peuple français est bien plus informé et éveillé sur les questions politiques qu’il ne pouvait l’être en 1946 ou 1958 pour ne citer que les deux derniers moments de refondation constitutionnelle, nous souhaitons désormais, sans aller jusqu’à forcément contester de manière totale et absolue le principe de la démocratie représentative, le mâtiner très largement de démocratie participative. Pour nous le temps doit être révolu où les élites pensent sans nous et décident sans nous. Pour nous le temps doit être révolu où le peuple ne peut qu’accepter ou refuser en bloc une loi aussi fondamentale que peut l’être une constitution. Pour nous, le peuple souverain, parce que précisément il es souverain, doit intervenir à tous les stades de son élaboration. Et ceci justifie – et même implique – d’en passer par une assemblée constituante, c’est-à-dire une assemblée dédiée à cette seule mission, élaborer, en liaison directe et permanente avec le peuple, un texte constitutionnel nouveau.

En disant cela, je réponds aussi à ce que l’on nous dit quand on nous explique : « Pourquoi recourir à la Constituante si ce processus est incertain et son résultat hasardeux ? Je ne vois, à cela, qu’une seule explication : le recours à la Constituante constitue un dénigrement des élites (le renouvellement de tous les élus), une prétendue participation du Peuple et donne l’impression d’un renouveau démocratique. Du passé faisons table rase ! « Qu’ils s’en aillent tous », « Coup de balais », tout se passe comme si Jean-Luc Mélenchon réitérait les formules pour incarner le changement radical. La Constituante résonne dans la bouche comme une formule magique. Abracadabra, et la 6e République est là ! »

Je ne répondrai pas sur l’accusation tenant à la « formule magique » car cette affirmation ne contient en elle aucun argument rationnel. En revanche, je veux dire que nous ne dénigrons pas les élites. Nous voulons seulement les remettre à leur place. Dans notre esprit, elles ne sauraient être les seules légitimes à exprimer ce qui est bon, et encore moins à en décider seules. Elles ont leur mot à dire. Elles ont leur rôle d’éclaireur à jouer. Dans une démocratie entièrement basée sur le mandat représentatif, elles seules décident et c’est justement un des éléments majeurs que nous voulons changer. Ce n’est pas dénigrer les élites que de vouloir restreindre leur rôle sauf à opposer les élites au peuple. Jusqu’à présent, l’opposition existe précisément dans la réalité juridique. Nous voulons la faire disparaître et mettre en place un régime nouveau où les élites collaborent avec le peuple. L’esprit de coopération nous semble préférable de beaucoup à celui de la compétition. En des temps où le décalage ne cesse de grandir entre les élites et le peuple, un des meilleurs remèdes, à nos yeux, pour soigner ce mal, est de revivifier nos institutions et notre pratique du pouvoir en y associant directement le peuple. Cela passe par la Constituante mais pas seulement. Cela passe aussi par divers procédés et droits nouveaux reconnus au peuple.

Personnellement voici quelques idées de droits nouveaux que je souhaite voir reconnus au peuple français :

–          Un droit de révocation populaire des élu-e-s : le référendum révocatoire dont Jean-Luc MÉLENCHON et le PG parlent depuis deux ans. Dans des conditions sérieuses évidemment. Par exemple, on pourrait imaginer, comme il le suggère lui-même, que sur la base d’une pétition signée par un nombre – à définir – d’électeurs (par exemple 10% du corps électoral mais ce chiffre sera à discuter), un référendum révocatoire puisse être organisé pour mettre un terme anticipé au mandat de tout élu, je dis bien de tout élu ;

–          Un droit de veto populaire consistant à donner au peuple souverain le droit d’empêcher une loi, pourtant votée par le Parlement, d’entrer en vigueur. Ce droit serait déclenché dans les mêmes conditions que celles précitées pour le droit de révocation populaire. Par exemple si 10% du corps électoral signait une pétition en ce sens, une loi votée  pourrait être soumise à référendum. Si ce doit avait existé sous la 5e République, bien des lois « scélérates » ne seraient jamais entrées en vigueur. S’agissant des dernières années, je pense par exemple aux textes sur l’ANI, sur le MES, sur les retraites et combien d’autres… Le Parlement n’a pas toujours raison. Il ne faut pas avoir de lui une vision sacrée, quasi mystique. C’est une assemblée de gens qui ont des intérêts qui ne collent pas toujours avec ceux des gens qu’ils sont sensés représenter et dont ils doivent théoriquement défendre les intérêts.

–          Un droit d’initiative populaire aussi bien en matière législative que règlementaire ou constitutionnelle. Ce droit consisterait à offrir au peuple souverain la possibilité, toujours sous réserve qu’un certain nombre d’électeurs accepte de signer une pétition en ce sens, de mettre en discussion au Parlement, puis de soumettre au référendum ou, pourquoi pas, de soumettre directement au référendum sans passer préalablement par la discussion parlementaire, pour les questions non techniques, toute proposition de loi, de révision constitutionnelle ou de règlement que le peuple jugerait opportun de voir débattue.

–          Un droit d’initiative électorale qui consisterait à forcer les gouvernants à anticiper l’organisation de nouvelles élections générales, aussi bien législatives que régionales, municipales ou cantonales si un certain nombre d’électeurs accepte de signer une pétition en ce sens. Nous savons que dans les vrais régimes parlementaires tels que le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie ou Israël entre autres, les gouvernants peuvent décider d’anticiper les élections législatives et ils le font souvent. La France n’est pas un véritable régime parlementaire puisque son système à elle mêle des éléments du régime présidentiel et des éléments du régime parlementaire. Je pense qu’il serait bon pour notre pays de donner ce droit au peuple. Ce serait en quelque sorte un droit de dissolution offert au peuple souverain.

Ce ne sont là que quelques-unes des propositions de démocratie directe que nous pourrions incorporer à notre constitution pour la rendre plus démocratique. Il ne s’agit pas de faire disparaître immédiatement et définitivement la démocratie représentative mais de commencer à cheminer sur la route d’une souveraineté populaire qui ne soit pas un vain mot. Et disposer de telles procédures constitutionnelles permettrait de revitaliser notre démocratie et de rendre au peuple souverain ses doits de décideur en dernier recours.

On nous dit aussi : « on évoque l’Amérique Latine, même si les situations sont ne sont pas comparables et les solutions non transposables automatiquement en France. On invoque la Révolution française, comme dans une incantation, même si les époques sont si différentes ! »

Je ne perçois pas le message subliminal qui se cache derrière ces mots. Ignorons-nous les différences de contexte entre l’Amérique Latine et la France ? Laisserions-nous penser que le temps de la Révolution et celui que nous vivons aujourd’hui sont en tous points identiques ? Alors à quoi bon exprimer de telles idées si ce n’est pour discréditer, encore une fois, ET ce qui se passe en Amérique Latine, ET ce qui s’est passé lors de la Révolution française, ET les bases de notre discours ?

Libre à nos critiques, bien sûr, de ne pas avoir envie de fonder leur propre raisonnement sur les prémisses que nous avons retenues nous-mêmes. Libre à eux de ne pas juger aussi fondamentales que nous le faisons ce qui s’est passé précisément en Amérique Latine ces dernières années ou ce qui ressort de la grande révolution de 1789. Mais il me semble que ces contradicteurs ont tort de négliger ces facteurs. L’Histoire nous montre que bien souvent les mêmes faits conduisent aux mêmes conséquences. L’Histoire se répète souvent. Et il n’est pas inutile de la connaître et de la comprendre dans ses lignes de force. D’autant plus que jusqu’à présent, l’analyse que nous faisons au Parti de Gauche avec Jean-Luc MÉLENCHON ne cesse de nous donner raison. Jean-Luc MÉLENCHON et bien d’autres ont étudié avec sérieux, au cours des dernières années, la situation vécue par les Latino-Américains. Jean-Luc MÉLENCHON et bien d’autres, alors qu’ils étaient encore au P.S., ont rencontré des Latino-Américains, des leaders, des gouvernants, des citoyens. Ils sont donc informés et éveillés sur ce qui se passe dans ces pays. Contrairement à bien des Socialistes français qui ont toujours méprisé ces peuples et leurs dirigeants. Jean-Luc MÉLENCHON et bien d’autres ont également étudié de manière approfondie, et ce depuis longtemps, la vie politique des pays qui étaient des modèles à suivre aux yeux des socialistes et « sociaux-démocrates » français. C’est la logique d’ensemble qui donne une force à notre conviction et qui fait de notre discours un raisonnement des plus solides.

*

Peut-on et doit-on – ou pas – nous focaliser sur le combat contre la 5e République et pour la 6e ? Ne doit-on pas plutôt y voir un combat de techniciens du Droit et de la politique dont le peuple se désintéresserait ? Ne vaudrait-il mieux pas centrer notre énergie sur d’autres combats politiques tout aussi légitimes et fondamentaux tels que le « pouvoir d’achat » ?

Notre vision au PG est que la question de la 6ème République est la plus fondamentale entre toutes à nos yeux. Elle ne saurait être détachée de toutes les autres. Nous combattons la 5e République bien sûr pour ce qu’elle est, sur un plan institutionnel. Mais nous la combattons aussi pour ce qu’elle diffuse dans les esprits des gouvernants et dans ceux de tous les élu-e-s, à tous les échelons, comme pour ce qu’elle tend à diffuser dans la tête des citoyens. Nous combattons la 5e République parce qu’elle fait système. Et bien des dérives constatées dans les autres champs de la politique s’expliquent, à nos yeux, par la 5e République. C’est pourquoi nous ne saurions dissocier l’un et l’autre.

Certes la question des choix économiques et sociaux n’est pas forcément liée directement au type de régime institutionnel. Un régime parlementaire peut très bien mettre en œuvre une politique néfaste pour le peuple comme on l’a vu au Royaume-Uni sous les gouvernements qui se sont succédé depuis Margaret THATCHER, ou en Espagne sous les différents gouvernements de la droite et de la gauche, au Portugal, en Italie, en Allemagne… À l’inverse, un régime présidentiel, peut mettre en œuvre une politique d’intérêt général bénéfique pour le peuple. Ce fut le cas hier au Venezuela avec Hugo CHAVEZ, comme c’est le cas aujourd’hui en Équateur avec Rafael CORREA, en Bolivie avec Evo MORALES, ou dans d’autres pays d’Amérique Latine, l’Uruguay de José MUJICA, le Brésil de LULA puis de Dilma ROUSSEF, l’Argentine de Cristina KIRCHNER.

Ce n’est donc pas en soi le type de régime politique qui définit, de facto, le type de politique qui sera suivi. Mais les hommes étant ce qu’ils sont, la meilleure garantie de voir un peuple respecté dans ses droits et ses volontés, est sans aucun doute à nos yeux un régime parlementaire dans lequel le peuple dispose de larges pouvoirs d’intervention directe (cf ce que j’ai dit plus haut).

Et, les choses étant ce qu’elles sont en France, où la politique d’austérité, comme bien d’autres « choix » de politiques publiques nous étant imposés contre notre gré, il nous est apparu évident que pour changer la donne, il ne suffisait plus de changer les hommes qui font ces politiques publiques. Cela fait des décennies que nous pratiquons l’alternance, à tous les échelons de la carte politique française. Et cela fait pourtant plusieurs décennies que les candidats se font élire sur des projets et, une fois élus, mettent en œuvre des programmes assez différents. Pour ne parler que de ce que j’ai vécu moi-même comme citoyen en âge de voter, je constate cette fracture, ce fossé, depuis 1995, quand CHIRAC se fit élire sur la volonté de lutter contre la fracture sociale et changea de politique trois mois après son élection. Ce revirement rappelait douloureusement celui, mitterrandien, de 1983. Mais récemment, on ne saurait oublier l’expérience sarkozyste puis la dernière en date, celle que nous connaissons depuis deux ans avec le Président HOLLANDE. Cette dernière expérience dépasse en ignominie toutes les précédentes, faisant passer leurs auteurs pour des enfants de cœur en comparaison ! L’étendue de la distance entre ce que Hollande avait proposé de faire et ce qu’il fait est telle qu’il bat tous les records de parjure, de provocation et d’impopularité qui en découle.

C’est cette déception immense de millions de Français qui pensaient que HOLLANDE était de bonne fois et qu’il mettrait en œuvre un changement de politique par rapport à celle que nous avions sanctionné en écartant le Président SARKOZY, qui explique la virulence de nos propos. Au Parti de Gauche, nous savions que ce changement annoncé ne se ferait pas. Ce n’était pas une accusation sans fondement. Ce n’était pas un procès d’intention. Notre conviction reposait sur la connaissance que nous avions ET de François HOLLANDE, ET de son entourage, ET du Parti Socialiste. Les faits nous donnent raison…

Si notre critique est donc virulente à son égard, c’est bien parce que nous avons été trompés et que la politique mise en œuvre aboutit non seulement à un échec mais à des souffrances terribles totalement inutiles. Si nous sommes si durs dans la critique de ce Président, de ce gouvernement et de ce pouvoir, c’est que nous voyons à quelle vitesse les dirigeants actuels se mettent au service de nos ennemis. Nous en sommes effarés, écoeurés et exaspérés. Ces derniers jours dépassent tout ce que nous avions imaginé.

Que SARKOZY mène une telle politique, je dirais que c’est naturel puisqu’il incarnait cette droite-là, décomplexée. Mais qu’un gouvernement socialiste, fut-il largement social-démocrate, fasse de même voire accélère sur la même voie, c’est intolérable.

Eh bien, nous, au Parti de Gauche, mais surtout nous, membres du PEUPLE de France, avec Jean-Luc MÉLENCHON et toutes celles et tous ceux qui voudront participer à ce gigantesque mouvement pour la 6e République, nous avons comme objectif de rendre au peuple souverain ses pouvoirs mais aussi  son droit au bonheur, avec lui et pas seulement comme une avant-garde éclairée.

 

Notes

http://www.ina.fr/contenus-editoriaux/articles-editoriaux/ils-veulent-une-6eme-republique

Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du Remue-Méninges édition 2014 du Parti de Gauche

Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du Remue-méninges du Parti de Gauche

Le 24 août 2014. Campus de Saint-Martin d’Hères (Grenoble)

JLM au RM 2014 par Thierry Montchartre

Photo prise par Thierry Monchatre au Remue-Méninges 2014. Merci à lui pour ce très beau cliché.

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Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du Remue-méninges du Parti de Gauche

Le 24 août 2014. Campus de Saint-Martin d’Hères (Grenoble)

Retranscription faite par Vincent Christophe LE ROUX (PG 44, Comité de St-Nazaire)

Mon cœur se tourne vers ceux des nôtres qui sont absents et, en particulier, Bruno Leprince, notre éditeur, notre ami et camarade qui, en venant ici, a perdu la vie.

L’esprit est toujours le plus fort. Et l’esprit se transmet. Et sa vision, qui porte loin, illumine les cœurs et les esprits en sorte que jamais, jamais, le fil que nous portons ne sera rompu dans l’Histoire. Et, en tout cas, par moi moins que par n’importe quel autre.

Non, je ne pars pas en retraite ! Je suis un être humain doté d’un cerveau sous ses cheveux. Et, avec ce cerveau, j’ai assez appris de la vie pour savoir que, parfois, à l’issue de la mêlée, il faut savoir prendre du recul.

J’ai pris du recul, quelle nouvelle ! Et on m’a déclaré en retraire et dépressif. Je ne le suis pas. Je n’en dirai rien car après tout, il y a déjà longtemps que j’ai pu mesurer à quel point l’industrie de l’information et [celle] du spectacle avaient fusionné profondément. Néanmoins je me permets, un peu ironiquement, de dire que j’ai été fort surpris de découvrir tant de pages consacrées à mon « blues » et à mes « états d’âme » alors que d’habitude je n’ai droit à rien quant à mes idées. Si l’on voulait se préoccuper davantage de mes idées et moins de ma personne, comme je serais content et comme vous-mêmes vous le seriez !

Et, enfin, [applaudissements] je ne peux m’empêcher de m’amuser d’apprendre, de l’aveu du rédacteur en chef du site internet du site d’Hexagones – auquel j’avais donné une interview d’une heure ; qui en avait tiré une bande-son et une bande écrite – que ceux qui ont commenté mes états d’âme… – vous savez que l’avantage du net est que l’on sait exactement qui a consulté et qui n’a pas consulté l’interview – n’est-il pas frappant que ceux qui m’ont commenté ne m’aient ni écouté, ni lu ?

Eh bien vous découvrez là une autre forme de pratique de l’information qui ne consiste pas à donner à connaître, mais à inventer. Pourquoi pas ! Moi, j’ai toujours été ami de la poésie ! [rires dans le public] Mais je voudrais qu’on aille à d’autres qu’à moi pour cet exercice. D’autant que je crois que nos idées – je ne veux pas dire impunément « mes » idées, ce sont les nôtres ! – ont fait leur chemin. Et le constat politique que nous avions fait, l’indication – oserais-je dire l’injonction – que nous faisions s’est trouvée entièrement vérifiée par les faits.

Les politiques d’austérité, que les scrogneugneu de toute l’Europe nous vendent comme un courage – qu’ils s’appliquent d’ailleurs rarement à eux-mêmes ! – sont en fait une obstination aveuglée dont le seul but est que les comptes des grands établissements bancaires du vieux continent restent en ordre et en équilibre. Et le reste, l’immense souffrance humaine qui s’accumule, les indiffère.

Je suis obligé de souligner que nous avons eu raison quand nous avons dit que ce n’est pas une politique que de faire des coupes budgétaires ; qu’en réduisant la présence de l’État dans la société, en désorganisant les administrations publiques par des coupes sauvages, en réduisant sans cesse la masse de liquidités mises en circulation par la consommation populaire, en réduisant les investissements qui résultent de l’incapacité qu’ont les collectivités locales à intervenir – puisque leurs budgets sont en régression – on ne fait rien d’autre que de creuser le déficit puisqu’on ralentit l’activité et, donc, on diminue la ressource fiscale, on augmente le chômage donc on diminue tout ce que le travail de chacun peut apporter de richesse à tous.

Eh bien, c’est ce pronostic – hélas, hélas, mille fois hélas – qui s’est vérifié. Et c’est cela qui, maintenant, conduit à cette situation inouïe – que je vais décrire dans un instant – qui est le paysage politique auquel vous êtes confrontés vous autres, citoyens dignes et humbles, qui vous donnez le mal de penser l’avenir de votre pays et voyez ces gesticulations sans signification qui se déroulent sur le devant de la scène politique.

Mais le peuple a été consulté. La société française a été assommée, mise à contribution d’une manière inouïe, comme jamais elle ne l’avait été. Un plan d’austérité qui, au total, transvase 90 milliards de l’économie réelle, des biens des Français, vers la petite caste, prétentieuse et arrogante, qui prétend savoir, mieux que tout le monde, comment l’économie de la patrie peut se développer et qui, au bout du compte, à peine six mois après qu’aient commencé les versements de l’État vers leurs poches, n’ont montré qu’une chose : l’investissement dans notre pays a reculé ; c’est-à-dire la projection vers le futur, les machines à changer… Rien n’a été fait ! Mais, cependant, ils ont augmenté la part qu’ils se sont versée, par les profits et la part de dividendes, de 30%. Quelle impudence scandaleuse ! Il faut qu’il y en ait qui portent haut et fort cette parole.

Regardez, Français, pendant que vous souffrez, pendant que vous vous acharnez au travail, regardez ! Eux se gavent, vous méprisent, vous ignorent. Et alors que vous avez fait un geste si puissant dans la direction de ceux dont on vous avait dit que votre avenir était dans leurs mains, eux ont saisi ce que vous avez donné pour le mettre dans leurs poches ! C’est une honte ! [applaudissements]

Le peuple a parlé. Deux élections ont eu lieu. Le peuple a parlé. Eh bien moi, je ne suis pas un homme politique comme les autres. Et vous n’êtes pas des citoyens comme les autres. Lorsqu’un tel désastre s’avance, je ne passe pas ma soirée à faire des commentaires sur la victoire que je serais sensé avoir remportée. Je pourrais, comme un petit boutiquier, avoir dit, le soir des élections municipales : « je suis heureux parce qu’à Grenoble, nous avons fait la démonstration que notre ligne était la bonne. » J’aurais pu dire, le soir des élections européennes : « Oui, j’ai eu un meilleur score, dans ma circonscription, que la fois d’avant. Oui, nous sommes la seule force de gauche qui n’a pas reculé en voix au milieu de toutes les autres. » Mais c’eut été indigne de penser le futur de cette façon. À partir de sa boutique, sa popote, son petit supermarché politique où l’on range les rayons d’une manière ou d’une autre pour les rendre plus affriolants aux consommateurs. Non, il fallait montrer ce que nous ressentions ! La peine, le chagrin, de voir la France, notre bien aimée, montrée de cette façon et présenter ce visage au monde.

60% d’abstention ! C’est-à-dire le peuple qui, massivement, fait une insurrection froide et, revenant peut-être à ce qui s’est passé, en l’an 400 avant notre ère, lorsque le peuple décide de ne plus participer à rien et se retire sur l’Aventin jusqu’à ce que les patriciens cèdent et finissent par lui reconnaître ce qui est le plus important, le pouvoir et, en particulier, le droit de veto sur les décisions que les puissants prenaient.

60% d’abstention ! Alors que sur tous les tons, des medias, parfois fort complaisants, avaient mis en scène la poussée de l’extrême droite, l’avaient annoncée et, pour ainsi dire encouragée, et même cajolée, le peuple français s’est dit : « puisque c’est comme ça, nous ne nous en mêlons pas. Débrouillez-vous ! » Si bien que le peuple, se mettant en grève civique, a laissé l’extrême droite s’installer en tête de la représentation politique de notre pays. Et devant un évènement d’une portée pareille, aucun faux semblant n’est acceptable. Il faut d’abord montrer, avec autant d’énergie qu’on le peut, qu’aucun d’entre nous n’acceptera que continue ce jeu glauque, pervers et dangereux pour la République, qui consiste à encourager l’extrême droite, à faciliter sa percée en rêvant d’un deuxième tour aux élections présidentielles où qui que ce soit qui se trouverait en face serait élu automatiquement, sans avoir besoin de rien dire ni de rien faire. Y’en a par-dessus la tête du vote utile et du chantage qui nous prend pour des animaux alors que nous sommes équipés d’un cerveau ! [applaudissements]

La leçon, il faut l’entendre ! On me dit : « Ah, vous autres, du Parti de Gauche, vous devez enfin comprendre qu’il faut rassembler la Gauche. » Je vais vous dire que si nous suivions ce conseil, nous aggraverions le mal. Pourquoi ?

Nous n’avons aucune intention de nous rassembler avec Manuel Valls et Monsieur Hollande ! [applaudissements] Ni aujourd’hui, ni demain ! [les applaudissements continuent] Ce n’est pas leur personne qui est en cause, c’est leur politique. Leur politique a déjà conduit à un désastre civique. Ce qui s’est passé aux élections européennes est d’une gravité exceptionnelle dont l’entière responsabilité revient au Président de la République et à Manuel Valls. Non seulement pour avoir mis en place cette politique qui ne mène nulle part, sinon à la souffrance, à la destruction des grandes et des petites choses, des petites choses qui font le bonheur de tous les jours : la possibilité de prévoir qu’on part en vacances et puis devoir constater qu’on ne peut pas partir en vacances ; prévoir l’année qui vient et, soudain, se voir fauché dans ses projets parce que le chômage est là.

Il l’est comme jamais ! Cinq millions de chômeurs ! Puisque vous savez qu’ils retirent ses statistiques ceux qui ont travaillé 72 heures dans un mois. Savez-vous, Mesdames, Messieurs les puissants ce que rapportent 72 heures au SMIC ? Croyez-vous que l’on puisse vivre de cela ? Croyez-vous que l’on puisse organisez sa vie de famille, élever ses enfants dans la dignité avec de tels moyens ? Eh bien, pourtant, des millions de nos compatriotes, aujourd’hui, s’efforcent de le faire avec si peu de moyens. Mais eux sont indifférents à tout cela. Si bien qu’ils ne peuvent rien comprendre à la colère du grand nombre. Non seulement cette politique irresponsable nous mène dans le mur mais cette manière inouïe de vous regarder dans les yeux pour vous dire : « eh bien dorénavant, ce sera comme auparavant ! » Et voilà pourquoi, quoi que vous votiez, ils s’en fichent !

Quel est le régime absurde qui rend possible une telle attitude, que même les monarques n’avaient pas sous l‘Ancien régime ? Et quand ils l’avaient, il leur en cuisait ! Eh bien, il va leur en cuire, c’est le souhait que je fais.

Mais les critiques que j’ai adressées, en votre nom, si souvent ont valu qu’on me jette tant de pierres, ou que l’on dénonce mon ton excessif, mes manières trop brutales, car, dans ce monde-là, voyez-vous, on doit parler à mi-voix, sans bouger trop les traits. Il ne faut pas être trop méditerranéen dans leur monde !

Et maintenant, voilà que la critique vient de l’intérieur, si bien que nous avons le paysage suivant. Le Président de la République s’est engagé sur un programme et il nous dit ouvertement qu’il n’en tiendra pas une ligne. Vous le sanctionnez, il vous dit qu’il a très bien reçu le message, la preuve, il va continuer ! [rires et applaudissements mêlés]. Et il en choisit un pire que l’autre ! Après quoi vous dîtes : « eh bien si c’est comme ça, nous nous en allons. » La majorité gouvernementale a explosé ; les Verts ont quitté le gouvernement ; quarante députés n’ont pas voté la confiance au Premier Ministre ; toute une série d’entre eux n’ont pas voté le budget. Et ainsi va la France, quarante députés nous refusent la confiance mais il ne se passe rien. Et ce sont des députés de la majorité. La moitié de la coalition fiche le camp et que se passe-t-il ? Rien ! Le chômage explose, que va-t-il faire ? Rien non plus ! C’est-à-dire la même chose qu’avant ! Il a donc divisé la Gauche, divisé sa majorité et voilà maintenant qu’il aura réussi à diviser son gouvernement !

Mme Duflot a-t-elle dit autre chose de l’intérieur que ce que nous disions de l’extérieur ? Mais c’est ici même, à Grenoble, voilà tantôt deux ans, que vous avez crié tous, en cadence, « pas de muselière et nous en sommes fiers ! »[1] Eh bien Madame Duflot a retiré sa muselière. Nous la félicitons ! [applaudissements]

Je ne voudrais surtout pas qu’on dise que je suis revenu à mes excès de langage puisque, paraît-il, dire la vérité est excessif. Je vais me contenter de dire, à propos de François Hollande, juste ce que disent ses amis ministres, actuels ou anciens. Voici ce que dit Cécile Duflot : « Il n’a su être le Président de personne. » En effet, on n’en est pas loin ! « Ce n’est pas une question de tempérament, c’est la conséquence d’une succession de choix souvent inattendus et, parfois » – elle est aimable – « incohérents entre eux ». Elle ajoute que « le récit de la lutte sans fin contre la dette est un discours d’affichage non suivi d’effet » – en effet, si vous réduisez la dépense publique et que vous coupez, forcément la dette augmente – « on devait tenir le 3% de déficits, on ne l’a pas fait et François Hollande passe son temps à fixer des objectifs qu’il ne peut pas tenir ». « L’effet » dit-elle – elle, pas nous qui sommes plus modérés – « est dévastateur ! » [rires dans le public]

Là-dessus, voici maintenant deux ministres, et non des moindres, qui vont se réunir cet après-midi pour tailler en pièces la politique du gouvernement auquel ils participent [rires dans le public], notamment le ministre de l’économie qui a dit : « Aujourd’hui, la réduction à marche forcée des déficits est une aberration économique. » Vous voyez ? Ce n’est pas moi qui parle, ce serait excessif ! Là, c’est modéré. [rires dans le public] « Car elle aggrave le chômage [applaudissements] ; une absurdité financière, une absurdité financière car elle rend impossible le rétablissement des comptes publics et un sinistre politique car elle jette les Européens dans les bras des partis extrémistes. » Par conséquent, il accuse la politique du Premier ministre du gouvernement dont il est membre d’aggraver le chômage, d’être une absurdité financière, de rendre impossible le redressement des comptes publics, de jeter les Français dans les bras des extrémistes et il qualifie la politique du Président de la République de sinistre politique. Mais qu’est-ce que vous voulez que j’ajoute à ça moi ? [rires dans le public]

Et même, triomphe total que je savoure avec gourmandise, le quotidien du Parti Socialiste, Libération, et son hebdomadaire, Le Nouvel Observateur, qui, après m’avoir couvert d’opprobre, se convertit enfin à son métier, c’est-à-dire observer les faits et en rendre compte, si bien que voici Monsieur Joffrin qui est le pape du socialisme modéré et l’organisateur du bal, voilà ce qu’il dit cet homme : « Une saine colère populaire sanctionnera un jour la politique aberrante » [Mélenchon : aaaah ! ] « imposée depuis bientôt sept ans » [Mélenchon : mais que ne l’avez-vous dit plus tôt ?] « par la classe dirigeante européenne. Sept ans d’austérité, sept ans de malheur ! ». Et attention, maintenant c’est du pur mélenchonisme, c’est dire la violence de la conversion ! [rires dans le public]. Moi, je ne parle plus comme ça, je trouve ça trop… vous allez voir ! Il dit, Laurent Joffrin, « par dogmatisme, par avidité, l’oligarchie continentale a passé outre, jugeant que les intérêts de la finance, c’est-à-dire les siens, devaient l’emporter sur ceux du peuple. » [applaudissements]

Alors vous voyez qu’il n’est pas vrai que le Parti de Gauche est hostile aux journalistes, nous les acclamons ! [rires et applaudissements mêlés]

Ah mes amis, vous voyez ? Pourquoi j’ai commencé par dire à quel point nous avons besoin d’éducation, d’élever le niveau de confiance et d’abord le nôtre même ! Il faut avoir les nerfs, la patience mais jamais renoncer au travail intellectuel qui nous permet de voir juste dans la confusion des faits car l’heure vient toujours où la lumière est plus forte que l’ombre, où l’idée avance, passant d’un cerveau à l’autre, jusqu’au plus réticent, comme vous le voyez ! [rires dans le public] pour ne rien dire de ceux qui, n’ayant jamais eu de cerveau, n’ont pas changé d’avis ! [rires et applaudissements mêlés].

Je le dis parce que tel n’est pas notre cas. On me dit « Rassembler la Gauche », j’ai répondu « Je ne crois pas que ce soit la bonne idée ». Alors que faut-il faire ? Car si nous ne faisons rien, si nous nous contentons de faire notre petite soupe et que nous allons d’un colloque à l’autre parmi ceux qui pensent un peu comme nous, qui ne votent pas comme nous dans les assemblées mais quand même, et celui-ci et celle-là, si sympathique – c’est vrai ! – que faisons-nous ? Rien ! Absolument rien. Nous étalons le spectacle de l’impuissance et de l’incapacité à penser le futur. Nous étalons le spectacle de gens qui ne sont bons qu’à parler. La question ce n’est pas de parler, c’est d’agir ! Et si on parle, il faut que la parole soit une action. Et c’est ce que j’essaie de faire en ce moment en m’adressant à vous et à ceux qui nous écoutent.

Mon discours n’est pas celui d’un homme qui se met à la retraite ni qui est déprimé. C’est un appel au combat ! Peuple français, il faut te mêler de cette affaire ! Il faut te mêler de cette affaire ! Car sinon, que va-t-il se passer ? Alors évidemment parmi vous, il y a tant de naïfs ! Comme je m’inquiète ! Il pourrait se passer quelque chose de surprenant ! Que François Hollande tienne une de ses promesses ! [rires dans le public] Évènement qui serait d’une portée considérable ! Ou ou ou ou qu’il respecte sa propre pensée ! Je ne veux pas lui suggérer mais juste lui rappeler qu’en 2006, dans son livre « Devoir de vérité »… « Devoir de vérité »… écrit avec Edwy Plenel, voici ce qu’il disait : « Je préconise un exercice de vérification démocratique au milieu de la législature. [dans le public on entend des applaudissements mais aussi des « hein hein » ou des « excellent ! »] Si, d’aventure, à l’occasion de cette vérification, une crise profonde se produisait où des élections interviendraient contredisant l’élection présidentielle, nous en tirerions toutes les conséquences en quittant la présidence. » [applaudissements nourris dans le public].

Bon, compte tenu de ce que nous savons, il est vraisemblable que l’on va titrer partout que j’appelle à la démission de François Hollande. Mais vous, qui êtes plus subtils, vous avez entendu que je vous ai rappelé que FRANÇOIS HOLLANDE envisageait la démission du titulaire de la fonction, pas moi !

Mais, allons au bout de cette affaire. Si nous disions que notre projet est de rassembler la Gauche, ce serait une formule creuse qui ferait plaisir à cette génération qui a connu les efforts pour la rassembler, mais c’était sur une ligne de rupture. Et ce n’est pas moi qui vais vous dire qu’il ne faut rassembler personne. Enfin quand même ! Nous en avons rassemblé quatre millions dans une élection et puis surtout nous avons rassemblé la plus grande partie de l’autre Gauche, je dis « la plus grande partie » dans le respect de ceux qui n‘ont pas voulu mais qui voudront peut-être la prochaine fois se joindre à nos efforts. Par conséquent, ce n’est pas nous qui allons défaire le Front de Gauche. Mes ami-e-s, c’est nous qui l’avons créé ! C’est notre œuvre ! Je vous rappelle qu’il a fallu du temps pour que l’idée du Front de Gauche avance assez pour être acceptée. Mais ce n’était pas le cas au début. Je vous rappelle qu’on faisait semblant. Vous le savez bien vous autres. Le Front de Gauche, c’est une réalité, c’est un point d’appui. Pour des milliers de gens, c’est l’unique bien commun qu’ils ont, ils n’appartiennent à aucun parti. Ils ne sont ni au Parti Communiste ni au Parti de Gauche. Ils ne sont dans aucun parti. Pour eux, le seul repère, c’est le Front de Gauche ! Ils se disent Front de Gauche. Ils vont voter Front de Gauche. Ils ont des drapeaux Front de Gauche. C’est leur espoir. On ne va pas aller leur dire « tout cela est fini ». Non ! Il y a une discussion. Il faut être grand garçon, grande fille. Il faut accepter qu’il y ait des discussions. Il ne faut pas faire que chaque fois qu’on a une discussion sérieuse, on dise « c’est une bisbille », « c’est une querelle de chefs », mais chef de quoi ? Ou c’est une lutte pour les places. Quelles places ? Jusqu’à la victoire, il n’y aura que des coups à prendre ! Je préviens tout le monde. Par conséquent ceux qui se seraient trompés et seraient venus pour des places se sont trompés de porte. Y’a que des coups à prendre ! C’est la lutte ! Y’a pas de lutte de places. A plus forte raison dans notre petit parti. Ce n’est pas ça le sujet ! Respectez la dignité d’un débat politique. Nous sommes dans une situation dangereuse. Il est important de discuter avec sérieux, jusqu’au bout, des questions de la stratégie. Nous avons eu cette discussion aux élections municipales. Ce n’est pas se complaire dans la dispute mais essayer d’en tirer l’enseignement.

Mes ami-e-s, le problème qui nous est posé N’EST PAS de rassembler la Gauche, c’est de fédérer le peuple ! [applaudissements] car le peuple, à l’heure actuelle, à l’heure actuelle, le peuple se désintéresse de la Gauche et de la Droite. Ce que vous entendez tous les jours, autour de vous, qui vous fait saigner le cœur, c’est quand on vous dit : « la Gauche et la Droite c’est pareil ! » Parce que vous, vous savez ce qu’il nous en a coûté d’être de Gauche, fidèles à nos valeurs, dans nos communes, dans nos entreprises. Et cette ignominie qui consiste à être assimilés à François Hollande, c’est à lui que nous la devons. Non ! Nous continuons à être les héritiers de cette tradition. Nous sommes les héritiers de la Gauche. Nous n’en sommes pas les gestionnaires.

Et maintenant, il s’agit de projeter l’ambition à un autre niveau en sachant par où commencer. Si nous ne faisons rien, en 2017, prochaine élection présidentielle si François Hollande ne s’en va pas avant, comme il avait imaginé de le faire dès 2006, s’il ne s’en va pas avant, il y aura une élection. Alors ça suffit l’hypocrisie qui consiste à dire « je ne m’occupe pas des élections ». Eh bien en démocratie, on doit s’occuper des élections. Et c’est un devoir de penser à ce qui va se passer. Parce que le cycle de cinq ans est très court. Il faut penser à ce que l’on va faire. Parce que, dîtes, ça va déjà être assez pénible de supporter ça encore deux ans et demi, avec des gens qui se battent comme s’ils étaient seuls au monde pour allonger l’âge de départ à la retraite – alors Nicolas Sarkozy avait dit 62 ans, François Hollande met ça à 66 ans, arrivent M. Fillon, M. Juppé, tous les autres de l’UMP, alors ceux-là ils ont trouvé, encore plus loin, 65 ans [il y a ici manifestement une erreur car l’affirmation est incohérente] ; et quelles idées ils ont à proposer à la France ? Encore plus de coupes budgétaires, c’est-à-dire la même chose, parce qu’ils font entre eux une sorte d’escalade pour savoir lequel va être le plus scrogneugneu, le plus coupeur de budgets, le plus coupeur d’avantages sociaux. Que va-t-il se passer ? Alors il pourrait se passer ce qui s’est passé aux Européennes c’est-à-dire que ne voyant rien venir qui puisse changer le cours de la vie, une masse immense du peuple dise « nous nous en désintéressons ». C’est pourquoi je dis notre projet n’est PAS de rassembler notre famille politique mais de fédérer le grand nombre. Comment pouvons-nous faire ? Par quel bout commencer ?

Eh bien le bout le plus important est celui qui consiste à dire « Prenez le pouvoir ». On ne peut régler aucun des problèmes de notre temps sans la participation populaire de masse. Le régime de la monarchie présidentielle ne peut plus durer. C’est une aberration qui écarte de la scène politique des millions de personnes. Il faut reprendre le pouvoir pour décider de ce qu’on fait de notre vie. Pour décider, nous-mêmes, si, oui ou non, on décide de supprimer les communes, les départements, l’essentiel des régions qu’on connaît aujourd’hui, pour décider quels sont les droits qui sont reconnus au peuple. C’est le moment de le faire ! Est-ce que nous sommes vraiment tous égaux ? Est-ce que nous avons un devoir de solidarité ou est-ce que nous décidons que la règle de vie, c’est chacun pour soi comme l’impose le régime néo-libéral ? Eh bien les Français pourraient décider que c’est chacun pour soi mais que du moins on puisse avoir cette discussion et qu’on puisse trancher. Pour ça, il faut changer la règle du jeu. Il faut changer la règle du jeu c’est-à-dire la constitution.

Qu’on ne vienne pas me dire que c’est une question trop technique. Vous avez vu, on me reproche d’être trop intellectuel pour le peuple ! Parce que ceux qui parlent méprisent tellement les gens les prennent pour des buses. Ils pensent que les Français ne comprennent pas les grands sujets. C’est le peuple le plus politique du monde que le peuple français ! Il comprend tout, tout ! Y’a aucun sujet hors de sa portée. [applaudissements]

Il faut changer la règle du jeu. C’est le plus grand commun dénominateur que nous pouvons avoir avec TOUS les Français, TOUTES les Françaises, quelle que soit leur opinion. De leur dire, maintenant le moment est venu de faire nous-mêmes, ce qui a été fait sans cesse sans nous. La constitution de la 5e République, qui n’a plus de 5e République que le nom, a été changée vingt fois, vingt-et-une même je crois, dont les dix-huit dernières fois sans l’avis du peuple français. Ça suffit ces méthodes-là ! Il est temps d’en passer à une autre étape où le peuple, se saisissant de lui-même pour se définir, dire quels sont ses droits, quelle est l’organisation des pouvoirs publics, devient le maître et le souverain dans sa propre patrie.

Voilà pourquoi nous avons changé notre dispositif. Non parce que je serais déprimé. Ni parce que Martine Billard en aurait marre de la tâche qu’elle accomplissait avec tant de brio. Mais parce qu’il faut adapter sans cesse la forme de l’organisation à la forme du combat politique. Nous ne gérons pas une bureaucratie. Le Parti de Gauche est un instrument de combat et rien d’autre ! Et ni elle, ni moi n’avons de plans de carrière. C’est fait. Merci ! Donc, ce n’est pas le sujet pour nous. Le sujet, c’est sortir de la nasse. Pas nous personnellement, sortir le pays de la nasse.

La France doit mettre sa puissance, celle de son peuple éduqué, celle de ses moyens matériels gigantesques, au service des grands défis qui accablent la civilisation humaine. Ça va mal tourner si on laisse faire ! Ça va mal tourner en Europe, parce que le risque de la guerre généralisée existe du fait de l’irresponsabilité de la politique agressive des États-Unis d’Amérique qui ont étendu l’OTAN et son armada jusqu’aux frontières de la Russie et s’étonne que celle-ci ne se laisse pas faire, provoquant une escalade que l’on n’avait pas connue du temps où c’était l’Union soviétique et qu’on est en train de connaître aujourd’hui depuis que, paraît-il, c’est le paradis démocratique en Russie. Faut-il être stupide pour aller soutenir un gouvernement dans lequel il y a des néonazis ? C’est une aberration ! Ce n’est pas la politique de la France de faire ça ! La politique de la France, c’est de s’avancer sur la scène, de parler aux Russes et de leur dire : « Bien, quelles sont les conditions auxquelles vous seriez prêts à souscrire du moment que votre sécurité serait garantie pour que les peuples qui se trouvent dans cette région du monde, eux aussi, aient le droit à s’autodéterminer ? » C’est une discussion où l’on met la vérité sur la table. Quelle autre méthode que celle du dialogue ? La force et la violence. Nous sommes pour le dialogue. Contre la guerre. Contre la violence. Contre les néonazis dans les gouvernements, de même qu’on est contre les gouvernements qui envahissent leurs voisins.

Eh bien, où est passée la « Communauté internationale » pendant ce temps ? Où est-elle passée pendant qu’était martyrisée la population de Gaza ? [applaudissements] Je veux dire mes félicitations, je veux dire mes félicitations, à la jeunesse de ma patrie qui a su se mobiliser en défense des malheureux victimes de crimes de guerre à Gaza. Ils l’ont fait avec une discipline parfaite alors que, de tous côtés, on les poussait aux excès. Ils ont su se tenir dignes et incarner, mieux que personne, les valeurs fondatrices de la République française. Ces valeurs sont que nous sommes toujours du côté du faible et de l’humilié parce que nos valeurs sont Liberté-Égalité-Fraternité, pas la paix aux uns, la guerre aux autres [applaudissements]. Nous ne croyons pas aux peuples supérieurs aux autres. Nous croyons que les droits de tous les êtres humains sont égaux. Ceux qui ont incarné la France républicaine, c’est ceux qui défendaient, en mémoire du passé où déjà nous avons vu de petites communautés humaines être massacrées du seul fait de leur appartenance à une communauté, en fidélité à ces combats du passé, en souvenir des meurtres de masse qui ont été commis dans le passé, en fidélité, nous nous sommes portés aux avant-postes, oui, du soutien à cette malheureuse population et nous avons dénoncé les crimes commis contre elle. Et nous avons le cœur soulevé de voir des écoles bombardées, des hôpitaux détruits, des ports, des aéroports et tous les moyens qui permettraient à cette population de se redéployer vers le futur. Oui, nous le dénonçons ! Oui, nous le dénonçons ! Nous n’avons peur de personne. N’essayez pas de nous faire baisser les yeux ! Peine perdue !

Si nous avons quelque chose à dénoncer, c’est ceux de nos compatriotes qui ont cru bien inspiré d’aller manifester devant l’ambassade d’un pays étranger ou d’aller servir sous ses couleurs, les armes à la main. Si nous avons quelque chose à dénoncer, c’est cela. La France a un devoir de militer pour la paix. Elle doit s’engager de toute sa force pour la paix. Et non pas voter des blancs-seings à la violence et à la brutalité ! Nous ne baisserons pas les yeux.

Je voudrais dire au CRIF que ça commence à bien faire les balayages avec le rayon paralysant qui consiste à traiter tout le monde d’antisémite dès qu’on a l’audace de critiquer l’action d’un gouvernement. Il n’y aurait donc qu’un seul et unique gouvernement au monde. Qu’il soit de gauche ou d’extrême droite, aucun d’entre nous n’aurait le droit de le critiquer sans être aussitôt accusé de racisme. C’est insupportable ! Nous en avons assez ! Je veux vous le dire. J’en ai assez de voir que vous m‘accusiez d’antisémitisme. J’en ai assez de voir que vous écrivez dans vos documents que le Parti de Gauche aurait manifesté sa « haine de l’Occident » – s’il vous plaît ! –, « des Juifs » – incroyable ! – Mais vous savez qui est là ? Vous savez qui parle à cette tribune ? – et enfin, pour terminer, « de la République ». Non ! La République, c’est le contraire des communautés agressives qui font la leçon au reste du pays. La patrie est à égalité à tous ses membres, tous ses enfants. Nous ne permettrons pas, nous ne permettrons pas, qu’à la faveur de quelques excès de quelques énergumènes, tous les musulmans de France soient montrés du doigt. De la même manière que nous n’avons jamais permis que l’on montre du doigt les juifs, les catholiques, les protestants et, surtout, la masse de ceux qui n’ont aucune religion et demandent aux autres de bien vouloir leur ficher la paix à un moment ! [applaudissements]

Pourquoi la France doit-elle se ressaisir ? Parce que, je viens de le dire, on voit que la puissance dominante – les États-Unis d’Amérique qui ont des raisons très profondes de craindre le futur – c’est-à-dire le moment où le dollar cesserait d’être la monnaie de réserve universelle et que viendrait à se percer, d’un seul coup, la bulle de ces milliards de milliards de milliards de dollars qui circulent et qui servent aux transactions internationales. C’est de ça dont ils ont peur ! Et c’est pourquoi ils préfèreraient la guerre généralisée à une paix qui viendrait à mettre en cause leur hégémonie et leur empire. Le dire, ce n’est pas être belliqueux avec les belliqueux, contre les belliqueux. C’est dire la vérité de ce qui est en cours. Les États-Unis d’Amérique sont préoccupés d’avoir vu surgir, dans la zone où se produit le 25% de la richesse du monde – l’Europe – une monnaie commune qui pouvait contrebattre sa puissance. Ils en étaient là, cherchant à affaiblir l’économie européenne de toutes les manières possibles. Et ils y sont parvenus. Y compris avec cette politique stupide de sanctions économiques contre la Russie dont les premières victimes sont les pays européens. Et ils pensaient, par ce moyen de la pression, intimider ces puissances émergentes que l’on voit dans le monde.

Eh bien, cet été, il s’est produit un grand évènement, un très grand évènement passé inaperçu. Les pays que l’on nomme BRICS – c’est-à-dire le Brésil, l’Inde, la Russie, la Chine et l’Afrique du Sud – qui représentent presque 50% du total de l’humanité, et 28% de la richesse totale du monde – mais la richesse réelle, car dans la richesse on compte les maniements de monnaie qui n’ont aucune contrepartie matérielle – qui produisent donc bien plus, si l’on regarde ce que les êtres humains consomment et utilisent, eh bien ces cinq pays ont décidé de constituer l’équivalent du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale. Si bien que ce jour-là, à Fortaleza, au Brésil, les États-Unis viennent de perdre, pour la deuxième fois, un de ses instruments les plus puissants qu’est [l’ensemble] FMI et Banque mondiale. C’est pourquoi le monde est en danger. Comment la grande puissance va-t-elle réagir ? Et nous, nous devons, plus que jamais, être la France qui porte une parole de paix, d’égalité. Une nouvelle alliance mondiale, altermondialiste – c’est-à-dire pour un autre ordre du monde – qui permette à notre pays de faire valoir ce qu’il est vraiment, c’est-à-dire présent sur les cinq continents, ou, en tout cas, dans les mers qui servent les cinq continents, notre pays qui a sa plus longue frontière commune avec le Brésil, et qui, de toutes les façons possibles, partage avec les BRICS davantage qu’avec les États-Unis d’Amérique, notamment la passion du futur, le goût de régler les problèmes du quotidien, et ainsi de suite. Mais par-dessus tout, l’idée de l’égalité.

Voilà ce que la France devrait être en train de faire à cette heure ! Une France indépendante, une France souveraine, une France qui n’est pas à la remorque des États-Unis d’Amérique, où l’on ne voit pas son monarque qui décide tout seul, un mois après avoir été élu, d’aller signer, à Chicago, un texte inepte où il donne à l’OTAN le système de la dissuasion nucléaire française et la démantèle ! Mes ami-e-s et camarades, vous pensez ce que vous voulez de la dissuasion, mais la chose la plus incroyable n’est-elle pas que le Président de la République, en signant l’accord pour qu’il y ait des batteries anti-missiles en Europe, décide que dorénavant les Français accepteraient des agressions partielles sans que la réplique soit totale. Mes ami-e-s, c’est la fin de la dissuasion ! On n’en a pas parlé une seconde dans ce pays, c’est incroyable !

Mais, par-dessus tout, il faut que j’aille à ce qui est le plus important, le plus fondamental, notre responsabilité d’êtres humains, notre responsabilité d’êtres humains. Maintenant, nous comprenons tragiquement que nous sommes tous semblables puisque nous dépendons tous du même écosystème, le seul qui permette notre vie. Ainsi, l’intuition des biens communs du communisme, du socialisme qui dit que c’est avec les autres qu’on se débrouille, du républicanisme qui dit que c’est tous ensemble qu’il faut penser ce qui est bon pour tous, est confirmé. Mais il ne faudrait pas que ce soit confirmé juste avant le désastre total !

Mes ami-e-s, cette année – ça tombe toujours au mois d’août maintenant ! – depuis le 19 août, date d’heureuse mémoire [anniversaire de JLM], il se trouve que notre terre est entrée en dette écologique. C’est-à-dire que dorénavant, nous consommons et nous jetons plus que ce que la planète peut recycler et reproduire. C’est une tragédie ! L’arrivée du jour du remplacement est de plus en plus éloignée dans l’année. Dans les années 70, c’était à la mi-décembre. Maintenant, nous en sommes à la mi-août ! Et la conséquence, vous la voyez ! Ce productivisme effréné a une conséquence sur le dérèglement du climat.

Savez-vous que, cet été, s’est tenu un congrès de météorologistes et que ceux-ci nous disent, de la manière la plus claire qui est : « dorénavant le changement climatique est commencé ! ». Ce n’est pas une menace, quelque chose qui pourrait se produire. Non, c’est quelque chose qui est commencé ! Et les effets du changement climatique ne sont pas proportionnels au niveau du réchauffement. C’est-à-dire que les conséquences sont mille fois plus étendues que le degré de réchauffement. Chaque fois que l’atmosphère se réchauffe d’un degré, l’évaporation progresse de sept points. Cela signifie que le mouvement de l’eau vers l’air, puis de l’eau dans l’air vers l’eau, s’accélère. Et ce cycle s’accélère, provoquant des phénomènes climatiques extrêmes. Ah ! Ceux qui disent « Après nous, le déluge ! » ne croient pas si bien dire ! Il va beaucoup pleuvoir, lamentablement au même endroit, tandis que d’autres n’en verront plus la couleur. Nous sommes entrés dans ce cycle. Eh bien, dans ce cycle, il faut que l’on ouvre une issue. En 2015, il y aura un sommet sur le climat en France. Françaises, Français, je vous appelle à vous impliquer dans les débats que les partis, les associations, les organisations vont lancer, pour que vous preniez pleinement conscience de ce qui est en train de se faire. Nous ne pouvons pas agir si tout le monde ne comprend pas bien ce qui est en cause [applaudissements]. Souvent, les gens ne comprennent pas de quoi il est question et pourquoi les évènements pourraient être extrêmes.

Voyez-vous, cette réunion des météorologues dit : « Autrefois, les marins croisaient, de manière exceptionnelle, des vagues de vingt mètres. Aujourd’hui les marins croisent, d’une manière moins exceptionnelle, des vagues de quarante mètres. »

Mes chers ami-e-s, des vagues, il y en a toujours eu. Des tremblements de terre, il y en a toujours eu. Des tsunamis, il y en a toujours eu. Mais, autrefois, les vagues du tsunami passaient sur des cabanes de pêcheurs. Dorénavant, elles passent sur des centrales nucléaires. 75% de la population habite à moins de 100 km d’une côte. Si la mer monte d’1,40 mètre comme on le prévoit d’ici la fin du siècle dans les évaluations optimistes, optimistes, cela signifie que 200 millions de personnes vont devoir se déplacer, sans oublier les installations qui vont avec. Voilà le défi qui est lancé à toute l’humanité. Et c’est là que vous voyez la classe dirigeante irresponsable que nous avons. À l’échelle du monde comme à l’échelle du pays. À l’échelle du monde, que font-ils ? Rien. Piller. Vous savez quoi ? Il y en a qui ont trouvé une bonne idée. Peut-être qu’en entendant mon discours, ils vont dire « Ah, tiens ! C’est pas mal ce que dit Mélenchon. On va acheter des actions dans les sociétés de parapluie. » [rires dans le public]. D’autres diront : « Mmmhhh, si on vendait des bouées de sauvetage, ça serait pas mal ! ». Eh bien, ce que je vais vous dire, c’est presque aussi ridicule. L’élévation du niveau de la mer augmente la pression sur les fonds marins. Cela provoque la remontée de la glace qui s’y trouve et qui contient, en quantité extrêmement importante, des gaz à effet de serre, du méthane. Les glaçons remontent, ils flottent et ensuite ils fondent. Et le méthane part dans l’effet de serre. Eh bien, il y en a qui ont dit : « y’a du méthane ? On va le ramasser pour le vendre. » Voilà ce qu’ils ont décidé. Et en Europe, qu’a-t-on décidé ? De tout reporter à 2030. Le reste ? Cosmétique.

Et on a inventé les droits à polluer. C’est-à-dire un trafic, un commerce, qui engendre toutes sortes de spéculations, qui consiste à vendre le droit de polluer. Et si on pollue moins on a donc des droits qu’on peut vendre à d’autres pour qu’ils polluent plus. Et ainsi de suite. Irresponsabilité des classes dirigeantes.

C’est pourquoi le coup de balai dont nous avons parlé doit être aaaaaample, laaaarge, profoooooond. Tous dehors ! Chassez-les tous ! Ils sont bons à rien. Ils ont mené l’économie à la catastrophe, la planète au désastre. Et regardez-les ! À peine leur donne-t-on quelque chose qu’ils se le prennent pour eux. Leur cupidité est sans fin, je vous l’ai dit tout à l’heure. Quand, vous, vous tirez la langue parce que vos salaires diminuent, eux ont augmenté de 30% le leur ! Vous savez, ceux qui vous disent sans arrêt : « regardez vous ne travaillez pas assez ! » – si, si, record du monde pour ce qui est du travail – «  il faut travailler plus longtemps » – ah bon ? Vous voulez qu’on ait la productivité de la Grèce ? Eh ben, donnez-nous le rythme de vie qu’ils avaient ! Tout était renversé. Combien de fois nous a-t-on parlé de ces travailleurs allemands si sérieux tandis que nous ne faisons rien ! C’est bien connu hein ? Combien de fois a-t-on comparé la France pour la traîner dans la boue, la montrer du doigt ? Toujours la France « à la traîne ». La France « lanterne rouge ». La France « dernier wagon ». Toujours des mots méprisants pour le pays. Pourquoi ils font ça ? Pour vous briser les reins. Pour que vous doutiez de vous. Pour que vous vous disiez : « Eh bien on ne peut rien faire, on est déjà si mal ! » Non ! Ce n’est pas vrai. Mais EUX, ils se gavent plus que les autres. Le patronat du CAC40 s’est gavé plus que celui d’Allemagne et d’Angleterre. Alors, nous commençons à nous dire, nous autres, Français, puisque vous trouvez toujours des ouvriers qui coûtent moins cher, nous allons commencer à essayer de trouver des patrons qui nous coûtent moins cher. [applaudissements]

C’est trop ! C’est irresponsable ! Pourquoi ? Parce que cette masse d’argent qui est donnée à quelques-uns, qui en font des usages souvent tout à fait déraisonnables, comme de le placer dans des objets financiers tellement compliqués qu’eux-mêmes ne savent plus ce qu’il y a dedans, cette masse considérable de richesses qui est le résultat du travail de tant de monde, elle devrait pouvoir être affectée aux investissements pour changer le modèle de production.

Mes ami-e-s, pour faire la planification écologique, c’est-à-dire pour réorganiser la production et l’échange, dans des conditions telles que la date de la dette écologique puisse être retardée dans l’année progressivement jusqu’au moment où nous respecterons la capacité de la planète à se reconstituer, il faut des investissements considérables. Et il faut donc choisir où va l’argent. Ou bien dans la poche de quelques-uns, ou bien dans le bien commun. Chaque fois qu’on investira, ce sera du travail, de l’invention, de l’imagination et nous pourrons, de cette façon-là, concilier la relance de l’activité sans sombrer dans le productivisme. C’est-à-dire faire exactement le contraire de ce que fait François Hollande qui donne quarante milliards à des gens qui n’en ont pas besoin en leur disant « produisez n’importe quoi, n’importe comment, n’importe où, du moment que ce n’est pas cher et que, grâce à la publicité, vous aurez créé des besoins bidon ». C’est ça le productivisme ! [applaudissements]

Et nous, c’est le contraire. Nous nous adressons aux jeunes qui ont envie de mettre leur immense imagination au service du pays. Et à tous les autres ! Ingénieurs, techniciens, tous ces gens avec qui nous pourrons dire, si le peuple le décide, et notamment s’il décide de l’inscrire dans sa nouvelle constitution, que la règle verte est dorénavant la règle des Français.

La règle verte, c’est : « on ne produit plus rien, on ne fait plus rien qui ne soit, en même temps, un acte par lequel nous permettons à la nature de reconstituer ce qu’on lui aura pris. » Les techniciens de notre pays sont capables d’inventer les machines et les process de production qui permettent de tenir cet objectif. Ils ont relevé TOUS les défis techniques. Par conséquent, c’est à leur imagination que nous nous adressons. Et quand nous dénonçons le patronat cupide et incapable du CAC40 qui a amené le pays dans l’état où il est, nous ne le confondons PAS avec ces milliers de gens à qui on a dit, parce qu’ils étaient auto-entrepreneurs – c’est-à-dire auto-esclaves – qu’ils seraient des patrons. Nous ne les confondons pas avec ces équipes d’artisans ou de petites entreprises. Nous savons très bien que ce n’est pas la même chose. Mais comme d’habitude, comme dans le monde paysan, les gros sa cachent derrière les petits. Et c’est d’ailleurs souvent comme ça dans la vie !

C’est pourquoi le discours que je suis en train de faire vous permet de voir comment, si nous changions la règle du jeu en changeant la constitution, plus personne n’aurait ce droit magique de n’en faire qu’à sa tête pendant cinq ans, en méprisant tout le monde, y compris sa propre majorité.

Deuxièmement, que si, par hasard, celui ou elle que vous auriez désigné-e à telle ou telle fonction, se croyait autorisé-e à faire ce qui lui passe par la tête, vous pourriez le sanctionnant en faisant, comme c’est le cas au Venezuela, comme c’est le cas dans plusieurs pays d’Amérique Latine, des référendums révocatoires [applaudissements]. C’est-à-dire qu’au lieu d’attendre de savoir si François Hollande estime qu’il a été suffisamment démenti par les votes populaires, eh bien vous en auriez l’initiative. Mais ça vaudrait aussi pour le maire, ça vaudrait aussi pour le député, ça vaudrait aussi pour les sénateurs. Ça vaudrait pour tout le monde !

Pour tout pouvoir qui vient du peuple, il faut concilier la stabilité des institutions – il faut qu’il y en ait car la démocratie, c’est de l’organisation du débat, ce n’est pas l’assemblée générale permanente, c’est une organisation qui doit déboucher sur la mise en œuvre des décisions – mais en même temps il faut que la capacité d’intervention révolutionnaire du peuple soit à tout moment préservée. Le référendum révocatoire, c’est dire quand un tant de % – je ne sais pas %, 3%, 10% – des électeurs inscrits le demandent en marquant leur nom et leur numéro d’électeur, eh bien un référendum révocatoire est convoqué et on décide si celui ou celle à qui la demande est adressée doit garder sa fonction ou pas.

Voilà UNE idée – parmi combien d’autres ! – mais qui montre qu’on peut parfaitement concilier, d’une manière responsable et sérieuse, l’initiative populaire et la stabilité des institutions.

De la même manière, il faut dire, dans l’entreprise, pourquoi certains ont tous les droits et d’autres aucun. Pourquoi Alsthom peut être dépecé et vendu, Alcatel quasiment mis dans la main de Goldman Sachs, et combien d’autres entreprises qui mettent en cause l’indépendance technique de la France ! Et même son indépendance militaire quand on voit que ce gouvernement a vendu une part des actions de la société qui produit le char Leclerc – vous pensez ce que vous voulez du char Leclerc mais moi je préfère qu’on décide quand on en produit ou quand on n’en produit pas, plutôt que d’y mettre des actionnaires privés, comme ça vient d’’être décidé, notamment une famille de capitalistes allemands, il fallait y penser !, qui, elle, va maintenant avoir intérêt à vendre des chars. Tandis que quand c’est la propriété de l’État, figurez-vous qu’on est plus mesuré dans leur usage ! [applaudissements] D’abord, parce que ça coûte à tout le monde. Donc la défense nationale et ses instruments de fonctionnement doivent appartenir à la patrie et au peuple et à personne d’autre ! On ne peut pas faire un commerce privé des armes et de la mort. [applaudissements]

Pourquoi tout cela est-il possible sans que jamais le peuple n’ait son mot à dire ? Êtes-vous d’accord pour qu’on vende le câble qui permet de faire les liaisons internet, comme cela est en train de se faire ? Parce qu’Alcatel a déposé 27 000 brevets à Goldman Sachs en garantie d’un emprunt d’un milliard et demi que l’État aurait dû consentir à cette entreprise, Alcatel, parce qu’elle vient d’entreprises qui avaient été nationalisées auparavant et qui sont donc le fruit du travail des Français, de leurs ingénieurs, de leurs chercheurs, de leurs travailleurs qui n’appartiennent PAS à cette petite caste qui fait de l’argent avec tout et finira par vider le pays de toute sa capacité de production et d’invention.

Voilà mes ami-e-s ce qui ne peut plus durer ! Et voilà pourquoi, quand on change la règle du jeu c’est-à-dire la constitution, ou quand on élit une assemblée constituante, quand on décide de tout ça – oui, il faut élire une assemblée constituante avec des gens qui ne sont pas déjà élus dans une autre assemblée et qui ne seront ensuite élus nulle part, comme ça, ils font le travail et ils rentrent à la maison comme Cincinnatus. Voilà !

Alors comment va-t-on s’y prendre ?

Il fallait, pour pouvoir mener cette tâche et y mettre toute l’énergie dont on a besoin, qu’on voit bien que ce n’est pas une affaire de parti. C’est-à-dire que ce n’est pas une occasion dont se saisirait le Parti de Gauche pour s’emparer d’un thème. Nous savons que nombreux sont ceux qui pensent comme nous, qu’il faut une 6e République parce que celle-ci est un bricolage inepte qui ne fonctionne pas ! Et peut-être qu’il y a des débats pour savoir si elle doit être parlementaire ou présidentielle. Mais nous pensons une chose en commun, je crois. C’est le peuple qui doit décider. Je ne dis pas que toute la bataille politique doive se résumer à la bataille pour la constituante. Mais c’est une bataille révolutionnaire, centrale ! Y a-t-il plus révolutionnaire que de changer de fond en comble les institutions et l’énoncé des droits du peuple ?

C’est pourquoi je pense que nombreux seront ceux qui voudront s’associer dans ce combat. C’est pourquoi j’ai dit, après en avoir longuement discuté avec les camarades, qui voyaient bien combien il y a d’inconvénients à changer notre dispositif… D’abord c’est nouveau donc on change et deuxièmement, ils préfèreraient que je sois le co-président du parti même si la réalité n’est pas tout à fait celle-là. Nous sommes un collectif comme vous le savez et ça se voit. Mais c’est mieux. Néanmoins, je ne serais pas, et nous ne serions pas, à la hauteur du moment politique si nous ne nous avancions pas. Il faut s’avancer et il faut fédérer le peuple. Donc, pour ça, il faut mettre en débat, en MOUVEMENT le peuple lui-même. C’est-à-dire que je ne vous propose pas d’organiser des colloques sur la 6e République – il y en aura – mais nous allons faire plus ! Nous allons faire plus grand si nous pouvons. Nous allons nous inspirer des méthodes de travail de nos camarades espagnols. C’est au peuple lui-même qu’on va demander de faire le travail.

Pendant quelques temps, chacun, peut-être, mettra dans sa poche sa carte de parti auquel il est légitimement fier d’appartenir et se projettera dans un mouvement plus grand que nous tous, plus grand que chacun d’entre nous, dans un mouvement où il n’y aura pas de président, qui pourrait avoir un comité d’initiatives et qui, ensuite, se propagerait dans tout le pays, et où tous ceux qui le voudraient pourraient s’associer directement, personnellement et s’impliquer directement et personnellement pour cette grande tâche.

On me dit « ah c’est une façon que vous avez trouvée pour parler de 2017 ». Oui, en effet, je le reconnais ! En 2017, ce ne sera pas une élection, ce sera une insurrection. Et nous allons y travailler. [applaudissements] Et comme nous avons vu que le cratère pouvait s’ouvrir du mauvais côté du volcan, nous allons travailler à ce que l’énergie passe du bon côté. Et après, le peuple français décidera.

Et puis, oui, nous avons un candidat : la 6e République ! [applaudissements] Sur cette base, on peut s’entendre. Moi, j’avais déjà dit, pendant la dernière campagne que je le ferai. Bon, je n’ai pas été élu ; il s’en est fallu de pas beaucoup [rires]. Oui mais, attendez les ami-e-s. Vous êtes terribles parce que vous avez été déçu-e-s. Moi j’en revenais pas qu’on fasse quatre millions de voix. Au début, je me disais : « mais ils sont fous, qu’est-ce qui leur prend ? » Mais non, c’est eux qu’ont raison ! C’est comme ça qu’il faut voir la vie. Il faut aller de l’avant. Et je me dis : Regardez ! En 2002, vous vous souvenez ? Le jour de l’année de naissance du vote utile [rires]. Là, bon appétit avec ce qu’ils vous annoncent ! La dernière fois, c’était Chirac ou l’extrême droite. La prochaine fois il paraît que ça va être l’extrême droite ou la quasi-extrême droite. Alors ouf ! Bon, Monsieur Hollande pense qu’il va se faufiler, là, au milieu. Mais je reviens sur 2002. Mes ami-e-s, l’extrême droite a été présente au deuxième tour avec combien de voix à votre avis ? 4,8 millions ! Nous on a déjà trouvé les quatre premiers millions. Il faut être capable de les fédérer de nouveau. Et combien d’autres en plus !

Je vous parle avec le plus grand sérieux. Si nous n’agissons pas, si nous ne nous mettons pas en mouvement, vous ne pourrez pas dire « je ne sais pas », « je ne savais pas ». Nous autres, qui sommes ici dans cette salle, nous parlons aux dizaines de milliers qui sont en train de nous écouter et nous leur disons : « Nous, nous marchons devant. Nous ouvrons la voie, nous prenons toutes les peines, nous prenons toutes les charges. Nous sommes dévoués. Nous vous épuiserons, comme disait Jaurès, par notre dévouement. Nous vous épuiserons par notre dévouement. Mais mettez-vous en mouvement ! Occupez-vous-en ! Saisissez-vous de cette situation ! Ou sinon, en France, rouera le pire. Comme c’est en train de se dessiner en Europe. Mais cette situation n’a rien d’inéluctable. Nous pouvons la retourner. Les jours heureux sont à portée de main du fait de notre immense capacité à imaginer et à inventer.

Regardez, vous êtes à Grenoble. Y’a pas meilleur endroit pour parler de ça ! À Grenoble, la révolution a commencé un an avant la Révolution. En 1788, le peuple est monté sur les toits pour empêcher les gardes du roi de disperser les élus du Parlement qui avaient, auparavant, fait fusionner les ordres. Tout ça aura lieu un an après. Et les députés qui étaient là, comme d’aucuns que je connais et que ne veux pas nommer, quand le roi leur a dit « bon, tout ça, ça suffit maintenant, tout le monde rentre à la maison ». Bon, ils s’en sentaient pas trop d’aller affronter la troupe. C’est le peuple qui, en montant sur les toits, jette des tuiles sur la troupe et aussi font un signe aux députés pour leur dire « vous avez intérêt à continuer à faire ce pourquoi vous êtes là et pas vous sauver ».

Je ne vous invite pas à monter sur les toits pour jeter des tuiles mais c’est un exemple à méditer [rires et applaudissements].

Au demeurant, c’est ci qu’il y a eu la capitale de la résistance armée des Français contre les Allemands et les Nazis. Quatre mille hommes et femmes sur le plateau voisin [le Vercors]. Toute l’armée allemande s’était concentrée pour exterminer les nôtres. Et la bataille a été rude entre des gens, pour une bonne part, quasi désarmés, en face d’une armée suréquipée. Les Nazis prirent otage la population qui était rendue responsable et pilonnèrent les villages, massacrant la population. Comme le font, chaque fois, les très puissants qui se sentent les mains libres. Mais la résistance, inébranlable, a tenu le choc. Et Grenoble s’est libérée par elle-même. Ce sont les résistants, francs-tireurs et partisans, qui ont libéré Grenoble. [applaudissements] C’est vrai, c’est vrai qu’ils ont eu l’appui du premier régiment, bataillon de choc, des parachutistes qui avait été créé où s’il vous plait ? En Afrique du Nord et qui est parti de Staoueli, village à côté d’Alger où était ma famille. [applaudissements]

Grenoble est restée fidèle tranquillement, à cette tradition et, dans les années 60, c’est ici qu’on a commencé à inventer une autre façon de vivre en ville, une autre manière de répartir, une autre manière de faire vivre le lien de la population au pouvoir local. Dois-je prolonger le trait ? Oui ! C’est ici, à Grenoble, qu’une nouvelle page de la gauche a été ouverte. Une gauche, en tout cas un mouvement citoyen puissant s’est levé. Regardez les détails.

Au premier tour, on n’était pas si bien placés dans les quartiers populaires. Et puis nos ami-e-s font leurs beaux résultats. Et à ce moment, es ami-e-s, mes camarades, voilà le moment de bonheur. Soudain, partout, ceux qui ne s’intéressaient plus à rien, dont on disait : « Pff, ils ne comprennent rien ! Rien ne les intéresse !» Ce n’est pas vrai. Aussitôt, ils se sont dit « on a vu la faille, on passe ». Ils venaient, par centaines, au local, demander tout, n’importe quoi, un autocollant, un tract, un foulard, quelque chose. Qu’est-ce que je peux faire demandaient-ils à nos camarades ? Et nos ami-e-s ne savaient que dire. Eh ben nous distribuons des tracts, nous faisons du porte-à-porte. Du porte-à-porte, on en fait ; et ça ne paie pas toujours ! Et là, soudain, le feu a pris de tout côté. Des milliers de braves gens ont montré, en quelques heures, qu’ils avaient tout compris, tout suivi, tout entendu, et qu’ils voulaient en être !

Voici la glorieuse révolution citoyenne à laquelle j’espère que les Français vont se décider. Les Françaises et les Français n’ont pas d’autre issue que celle-là ! Sinon une souffrance interminable. Et une souffrance sans objet. Car la dette en Europe ne sera PAS remboursée. Jamais ! Je vous le dis pour la raison suivante : elle est inremboursable. Parce qu’il y faudrait plusieurs générations. Elle ne sera pas remboursée. Les gens souffrent pour rien. Leur énergie serait bien plus utilement appliquée à produire autrement autre chose.

Bref, à Grenoble, alors que tous les états-majors s’étaient conjurés contre « l’araignée rouge » parce que vous savez qu’ils sont toujours très élégants dans les rapports avec les personnes. Moi, vous connaissez le sort auquel je suis soumis, les ami-e-s, et les adjectifs auxquels j’ai droit, mais alors les femmes, c’est deux fois pire ! Alors, elle, Élisa MARTIN, c’était « l’araignée rouge » et puis PIOLLE, c’était une sorte de bolchévique déguisé en vert ; ah moins, ah moins, ah moins… que ce ne soit un agent des paradis fiscaux ! Et, navigant d’une calomnie à l’autre, d’une caricature à l’autre, à quoi sont-ils arrivés les uns et les autres ? À rien !

J’ai noté que ceux qui nous faisaient des leçons de regroupement pour le second tour ne se sont pas regroupés. Eh bien, nous nous sommes passés d’eux ! Et vous avez vu que nous l’avons emporté de cette façon. Non pas en rassemblant la gauche, ce qui eut été totalement piteux, mais en fédérant le peuple. Grenoble a apporté la démonstration concrète de ce que ça veut dire. Des équipes de citoyens politisés qui se mettent au service du pays et de leurs semblables pour prendre le pouvoir ensemble. C’est cette tâche que je vous propose.

Nous ne sommes pas résignés. Nous ne coulerons pas avec François Hollande. La France républicaine, et l’idéal républicain et progressiste, ne seront pas enterrés avec François Hollande et sa bande de copains de promotion. Ni avec les occupants lamentables de la rue de Solférino. Ni avec aucun de ceux qui nous injurient au lieu d’essayer de répondre et de penser aux signaux d’alarme que nous leur envoyons. Aussi bien, comme nos camarades de Podemos, nous faisons notre une formule qui, dorénavant, est notre ligne stratégique. Nous avons bien compris le message des élections européennes et des élections municipales. Le message qui vient du PEUPLE qui en a par-dessus la tête du système, de la caste, de l’oligarchie. Et ce PEUPLE nous a dit : le système n’a pas peur de la Gauche parce que la Gauche lui mange dans la main, le système a peur du peuple et c’est pourquoi NOUS décidons de mettre le peuple en mouvement.

[1] On peut réentendre ce passage de la muselière en allant sur le lien ci-après. C’est de la 19ème minute passée de 25 secondes jusqu’à la 20è minute passée de 20 secondes :

http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/08/24/meeting-de-cloture-du-remue-meninges-du-parti-de-gauche/

& http://www.dailymotion.com/video/xt3a2o_meeting-de-cloture-du-remue-me-ninges-2012-du-parti-de-gauche_news#from=embediframe

 

 

Réplique au billet « Hold up sur la VIème République : ne Mélenchon pas tout !  » de David NAKACHE du 12 mai 2013

Le billet de David NAKACHE est là: http://blogs.mediapart.fr/blog/david-nakache/120513/hold-sur-la-vieme-republique-ne-melenchon-pas-tout?onglet=commentaires#comment-3453199

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Et voici le mien, en réponse…

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Avant toute chose, je veux dire que je connais personnellement David NAKACHE. J’ai eu divers échanges avec lui, par le biais d’internet ou lors de rencontres directes, lorsque je militais, moi-même, au Parti de Gauche à Nice ces dernières années. Il m’est arrivé de manifester avec lui et j’ai indirectement soutenu son champion, Arnaud MONTEBOURG, lors des primaires du Parti Socialiste en vue de l’élection présidentielle de 2012, considérant qu’un candidat tel qu’Arnaud MONTEBOURG aurait été de bien meilleure facture que celui qui finit par l’emporter, aussi bien en raison de son histoire politique personnelle au sein du P.S. (il a été un des leaders de la Gauche de ce parti), qu’en raison de ce qu’il proposait.

Je respecte donc David NAKACHE. J’ai toujours considéré que l’on peut être en désaccord et se respecter. C’est ainsi que je conçois la politique dans un pays civilisé, dans une République démocratique et a fortiori quand on défend, comme je le fais, « L’Humain d’abord ». Pour nous, au Parti de Gauche et au Front de Gauche, ceci n’est pas qu’un slogan contre la finance. C’est une règle de conduite générale. C’est ainsi, en tout cas, que je conçois ce slogan.

Cette réponse que je fais David NAKACHE n’est donc pas acrimonieuse. Que ceux qui se réjouiraient de voir un militant du Parti de Gauche se déchainer contre un militant du Parti Socialiste passent leur chemin. Ce n’est pas ce qui m’anime ici. Je veux seulement proposer ma propre réflexion sur la question qu’il a mise en avant afin d’apporter ma pierre au débat relatif aux institutions en général et à la 6ème République en particulier. Et si je commence avec ces aimables propos liminaires, ce n’est pas pour finir, comme un vulgaire Jacques ATTALI, à sortir une ignominie juste avant de filer.

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Pour faire les présentations…

L’auteur à qui je réponds par le biais de ce billet en forme de lettre ouverte, David NAKACHE, est un militant du P.S. à Nice, soutien d’Arnaud MONTEBOURG et cadre du mouvement « Des idées et des rêves » initié à l’occasion des primaires socialistes en vue de l’élection présidentielle de 2012.

Je suis moi-même militant du Parti de Gauche depuis décembre 2009. Lorsque j’étais installé à Nice, je fus, un temps, co-secrétaire du comité du Parti de Gauche de Nice. J’ai déménagé en Loire-Atlantique en avril 2012. Je suis désormais installé à Saint-Nazaire mais je garde un intérêt et un œil sur la vie politique niçoise et, plus largement, azuréenne. Les camarades que j’ai rencontrés pendant cette page de ma vie en terre azuréenne restent des camarades malgré la distance qui nous sépare.

Il ne fait aucun doute que ce qui nous a rapprochés, David NAKACHE et moi, fut la personne et les idées d’Arnaud MONTEBOURG. En ce qui me concerne, l’intérêt pour Arnaud MONTEBOURG n’est pas nouveau. Je suis Arnaud MONTEBOURG depuis que j’ai eu l’occasion de lire son livre anti intitulé « La Machine à trahir – Rapport sur le délabrement de nos institutions » (publié aux éditions Denoël, collection Impacts en novembre 2000). Ce bouquin est, comme son titre le laisse présager, un réquisitoire solide, convaincant, violent pourrais-je même dire mais ô combien fondé, du régime issu de la constitution de 1958. Je me retrouvais très largement dans ce diagnostic très critique. De même que je formais alors bien des espoirs devant les quelques propositions de réforme constitutionnelle que dessinait Arnaud MONTEBOURG dans cet ouvrage à charge contre notre monarchie républicaine.

J’invite, d’ailleurs, les lecteurs de ces lignes à consulter, eux-mêmes, cet ouvrage même s’il est ancien. Il est une contribution des plus utiles dans le débat institutionnel. Notamment parce qu’il est intéressant de voir combien certains socialistes étaient, depuis longtemps, conscients des réalités institutionnelles et désireux de les transformer, dans l’esprit de la critique du « coup d’état permanent » faite par François MITTERRAND, lui-même, en son temps, mais critique restée, hélas, sans suite. Ouvrage intéressant ensuite et surtout quand au contenu de la critique dressée du régime actuel et des propositions faites pour en sortir.

Arnaud MONTEBOUG, sans doute informé très vite que ce premier livre avait éveillé l’intérêt de beaucoup, voire même conscient peut-être, dès le temps de l’écriture de ce premier livre, que cet ouvrage en appelait un second le prolongeant, en co-écrivit un autre quelques années plus tard avec un constitutionnaliste, Bastien FRANçOIS. Ce deuxième ouvrage intitulé « La Constitution de la 6ème République – Réconcilier les Français avec la démocratie » (publié aux éditions Odile Jacob en septembre 2005), partait logiquement de ce qui figurait dans « La machine à trahir » pour proposer un nouveau texte constitutionnel clés en mains. Ce second ouvrage, que j’avais étudié en détail, me paraissait une excellente base de départ pour le travail de rénovation institutionnelle que serait amené à prendre en charge un Parlement de gauche élu en 2007.

Hélas, alors même que Ségolène ROYAL, candidate du P.S. à l’élection présidentielle de 2007, avait intégré, dans son projet, une proposition de 6ème République, largement influencée sans doute qu’elle était par la présence, à ses côtés, d’Arnaud MONTEBOURG, principal porteur de cette réforme fondamentale, ne remporta pas l’élection présidentielle et, de ce fait, la réforme ne put être mise en œuvre. On aurait pu penser qu’Arnaud MONTEBOURG allait continuer, lui-même, à la porter haut et fort. Car si Ségolène ROYAL avait échoué à devenir Présidente de la République, il n’en demeure pas moins que plusieurs autres candidats avaient eux aussi porté un projet de changement plus ou moins profond de nos institutions, certains allant même jusqu’à évoquer une 6ème République. Celle-ci n’avait certes pas forcément la même physionomie selon les candidats mais il était clair que le peuple français, par le biais des candidats qui se présentaient à lui, témoignait de sa volonté de changer la donne et ce, bien plus profondément que par simplement quelque réforme à dose homéopathique.

Or, Arnaud MONTEBOURG a quelque peu modéré ses transports en la matière. Autant il avait été, publiquement, un ardent défenseur de la 6ème République dans la période 2000-2007, autant il a été relativement discret ensuite. Peut-être était-il davantage en pointe sur ce sujet au sein des instances internes du P.S. mais n’étant pas militant de ce parti, je ne peux en juger moi-même. Et je ne me souviens pas l’avoir entendu défendre cette idée de changement de régime au cours des interventions publiques qu’il put faire après 2007. À une exception près cependant, qui n’est pas négligeable, loin de là : le congrès de Reims en novembre 2008 qui aurait pu envoyer Ségolène ROYAL et Arnaud MONTEBOURG, son principal adjoint, à la tête de ce parti et, peut-être, contribuer ainsi à ce que le P.S. porte cette réforme comme une des plus fondamentales à mettre en œuvre le jour où la Gauche serait revenue au pouvoir.

Là encore, nous savons que ces deux-là ont été défaits. La suite allait montrer que Ségolène ROYAL n’était plus une personnalité dominante de la vie du P.S. Quant à Arnaud MONTEBOURG, après avoir défendu ses idées lors de la primaire mais sans succès, il avala son chapeau en même temps que plusieurs couleuvres pour finir par soutenir le candidat François HOLLANDE et devenir un des ses ministres.

Depuis, certes, Arnaud MONTEBOURG a fait parler de lui. Certaines de ses interventions publiques ne sont pas pour nous déplaire. Nous avons toujours dit que nous le soutiendrions quand il porterait des propositions de nature à faire avancer nos idées et nous l’avons fait. Mais hélas, mis à part quelques mots cruels à l’encontre des dirigeants actuels et quelques rares actions d’éclat qui n’ont abouti à rien, le compte n’y est pas comme l’a dit Jean-Luc MÉLENCHON le 5 mai dernier, place de la Bastille, en parlant du bilan de la première année de gouvernement HOLLANDE-AYRAULT. Aussi bien s’agissant des choix politiques en général que pour la question des institutions en particulier.

Et pour revenir précisément au sujet qui nous anime, la question de la 6ème République, force est de constater qu’Arnaud MONTEBOURG est pour le moins discret sur le sujet.

*

Tu as tort, David, quand tu évoques un « hold-up sur la VIè République » dont seraient coupables Jean-Luc MÉLENCHON, le Parti de Gauche et plus largement le Front de Gauche. Pour deux raisons majeures.

1°/ Peut-on être accusé de commettre un « hold-up » lorsqu’on défend, depuis des années, en fait plus de deux décennies, l’idée d’un tel changement de régime ? Jean-Luc MÉLENCHON n’est pas un perdreau de l’année. Ce n’est pas au cours des derniers mois qu’il est venu sur ce sujet. Il n’a pas copié-collé Arnaud MONTEBOURG. Il n’a pas plagié Arnaud MONTEBOURG. Il n’a pas davantage volé les idées d’Arnaud MONTEBOURG. Jean-Luc MÉLENCHON a été un des principaux  fondateurs de la « convention pour la 6ème République » dès 1992, au côté de Marie-Noëlle LIENEMANN et de Julien DRAY. À cette époque, Arnaud MONTEBOURG était avocat et n’était pas encore entré au Parti Socialiste. Il n’y adhèrera qu’en 1997 et c’est en 2000, je l’ai dit plus haut, qu’il publia son premier livre sur la question des institutions. Selon Wikipedia, « la Convention pour la 6e République (C6R) fut fondée en avril 2001 suite au succès de La machine à trahir ». Tiens, tiens… Ne vois-tu pas quelque chose de curieux ? Arnaud MONTEBOURG reprenait textuellement le nom qui avait été choisi en 1992 par Marie-Noëlle LIENEMANN, qui était alors ministre du Logement du Président de la République François MITTERRAND et de la Première Ministre Édith CRESSON, Jean-Luc MÉLENCHON, qui était alors sénateur, et Julien DRAY, « le trio infernal de l’Essonne » selon les termes insultants utilisés par la journaliste d’Antenne 2 présentant cette démarche, pour discréditer, déjà, la volonté de certains Socialistes de changer la donne institutionnelle. Ces termes devaient d’ailleurs résulter de ces « éléments de langage » que distille la rue de Solférino dont Laurent FABIUS était alors le premier secrétaire (voir sur ce point la vidéo de l’INA dont le lien est donné en note de fin).

Ce n’est pas mon but que de nous disputer ici sur la question de savoir qui a eu, historiquement, la primauté de la proposition de changer de République. Mais au minimum, peut-on espérer, de la part de ceux qui ne sont venus que plus tard à l’idée de la 6ème République, de ne pas ignorer, de manière aussi notable, l’histoire politique de leur parti ou de ne pas témoigner d’une telle malhonnêteté intellectuelle en la dissimulant. Je ne ferai pas le reproche à Arnaud MONTEBOURG de n’avoir pas été du premier train en 1992 puisque, à cette époque-là, je l’ai dit plus haut, il n’était pas au P.S. Toi non plus, a fortiori… Mais ce que je peux en revanche te reprocher, David, c’est d’ignorer ton histoire politique ou de la dissimuler, ce qui serait plus grave…

« Convention pour la 6ème République » fondée par Marie-Noëlle LIENNEMAN, Jean-Luc MÉLENCHON et Julien DRAY en 1992, « C6R » c’est-à-dire « Convention pour la 6ème République » fondée par Arnaud MONTEBOURG en 2001… Où est le plagiat ? Et où est le « hold-up » à ton avis si « hold-up » il y a eu ?

Cette réponse devait être faite afin de rétablir une vérité que, par ignorance ou par volonté de nuire, tu n’as pas dite, voire que tu as cachée en allant jusqu’à accuser l’un de ceux qui avaient été pourtant les précurseurs de la 6ème République, d’avoir commis un « hold-up » sur des idées qu’ils avaient défendu eux-mêmes bien avant Monsieur MONTEBOURG.

Cette réponse devait être faite afin que personne n’ignore la réalité de la vie politique française et que, d’autre part, les nouveaux venus ne croient pas être les seuls à avoir de bonnes idées, pas plus qu’ils ne sont les premiers à avoir porté des combats nobles.

Pourtant, s’il n’est pas inutile de savoir qui a eu certaines intuitions fulgurantes et qui s’est rallié ensuite à une bonne idée, le principal n’est pas de décerner une palme de l’intuition première mais de rallier à une réforme indispensable le maximum de citoyens. Tu le reconnais d’ailleurs toi-même, achevant ta note en disant que « la VIè République, si elle n’est pas reprise par différents partis de différents bords politiques, ne sera jamais mise en œuvre ».

Dont acte !

Ceci m’amène à un deuxième argument.

2°/ L’objectif de 6ème République n’appartient à personne. Il n’est soumis à aucun droit ou « marque déposée » selon tes propres termes dans le dernier paragraphe de ton billet. C’est bien pour cette raison d’ailleurs qu’Arnaud MONTEBOURG et ses ami-e-s n’ont jamais été accusés par les précurseurs Marie-Noëlle LIENEMANN, Jean-Luc MÉLENCHON et Julien DRAY, d’avoir commis un « hold-up » sur un discours politique dont on peut voir, au regard du rappel historique que j’ai fait ci-dessus, qu’ils avaient la primeur au sein du P.S.

D’ailleurs n’y-a-t-il pas quelque incohérence à titrer sur un « hold-up » pour finir par conclure en disant « Il ne s’agit pas de dire que la VIè République est une « marque déposée » par Arnaud Montebourg et ses soutiens » ?

À quoi bon alors avoir publié un article basé sur une telle accusation assez infamante et témoignant d’un esprit assez fermé pour finir par des propos révélant un esprit bien plus ouvert ?

J’ai comme l’impression que tu nous révèles un certain malaise dont tu serais victime. Ce malaise ne serait-il pas le résultat du constat que Jean-Luc MÉLENCHON, le Parti de Gauche et le Front de Gauche, sont en train  de réussir à convaincre le peuple français que le changement de régime est indispensable et qu’Arnaud MONTEBOURG qui fut également, il faut le reconnaître, un ardent défenseur en son temps de cette idée, n’y prend plus aucune part aujourd’hui ?

Ce billet ne serait-il pas révélateur d’une immense déception que tu ressentirais de constater que ton champion a déserté le champ de bataille sur une thématique qui pourtant n’était pas pour rien dans sa notoriété et dans l’estime qu’on pouvait lui porter ?

Outre les arguments précédents qui invalident à mes yeux la légitimité du terme de « hold-up », il y a un troisième argument que je veux avancer. En plus d’être totalement inapproprié comme je m’en suis expliqué, ce mot  porte en lui une accusation assez infamante. Il est insultant. Les mots ont un sens et ne peuvent être utilisés sans réflexion. Si tu as employé ce terme-là, c’est que tu l’as pesé. Car je ne te ferai pas l’insulte de prétendre que tu écris sans réfléchir, d’autant plus que ce billet avait pour objectif d’être publié dans Mediapart qui, chacun en conviendra, n’est pas un journal comme un autre et qui a une certaine audience. Ce billet n’est pas seulement un billet de blog ou une contribution interne à un parti d’audience limitée. Il est non seulement public mais publié dans un journal sérieux qui défend des débats de haute tenue et qui a une audience immense, sans cesse croissante. Il est même en tête des propositions avancées par Google ce dimanche 12 mai 2013 quand on fait une recherche sur le mot « Mélenchon ». Ce n’est pas innocent. Or ce billet est basé sur des prémisses erronées. Au-delà de l’erreur factuelle, le mot choisi pour le titre est blessant.

En effet, dois-je rappeler que commettre un hold-up est un acte de délinquance parmi les plus graves de notre code pénal? Accuses-tu donc Jean-Luc MÉLENCHON d’être un délinquant. Réalises-tu la portée de l’accusation au-delà d’un « bon mot » qui n’en est pas un ?  Il y aurait matière à répondre sur ce point. Mais ce n’est pas cela qui m’intéresse.

Je préfère poursuivre ma réponse sur les autres éléments de fond que tu as avancés.

*

Tu accuses Jean-Luc MÉLENCHON d’ « appeler à la VIè République sans jamais définir » celle-ci. Tu devrais l’écouter plus attentivement. Tu devrais t’intéresser à ce que disent d’autres responsables du Parti de Gauche et du Front de Gauche. Tu devrais consulter les écrits des différents porte-paroles de nos mouvements. Car si nos leaders ne lisent pas dans leurs discours des textes entièrement rédigés de 6ème République – qui le ferait ? – il n’en demeure pas moins que bien des éléments sont expliqués de ce que nous avons à l’esprit. Tu le sais d’ailleurs puisque toi-même le reconnais dans ton billet écrivant « Ils décrivent d’ailleurs cette VIème République dans le programme du Front de Gauche de 2012 ». Et oui, le projet que nous avons porté à la présidentielle de 2012 n’était pas un document destiné à finir dans les armoires. Il reste notre projet, quand bien même il ne s’agit pas d’une œuvre achevée. Nous ne cesserons pas de l’améliorer, de la compléter, de la moderniser. Mais ce projet existe et son contenu explique clairement notre vision institutionnelle et décrit les principales réformes que nous souhaitons voir mises en œuvre. David, tu as donc tort  d’affirmer que jamais nous ne définissons la VIème République à laquelle nous appelons.

*

Tu viens ensuite sur un autre point de critique : notre volonté de mettre en oeuvre une assemblée constituante. Dans ta critique, tu utilises des arguments qui alimentent un débat rationnel mais tu emploies aussi des termes plus contestables quand tu expliques que « dans la bouche » de Jean-Luc MÉLENCHON, l’Assemblée constituante « opère comme une formule magique ». Non, David, nous ne sommes pas des magiciens. Nous n’usons pas de formules magiques, pas plus que de mantras ou autres prières. L’Assemblée constituante n’est pas une formule magique. C’est mal connaître ton histoire. C’est mal prendre en compte le respect dû au peuple souverain. Ce n’est pas une formule magique mais un outil juridique qui peut être contesté mais sur la base d’arguments rationnels, plutôt que sur de telles formules à l’emporte-pièce. Justement, venons-en aux arguments rationnels que tu avances.

Tu questionnes   à la fois « la pertinence du recours à la Constituante » et « l’utilisation politique de son invocation ».

Tu t’interroges sur ce que l’on ferait dans le cas où le texte élaboré par la dite Assemblée constituante serait rejeté lors du référendum d’approbation. Tu enchaînes les questions liées à cette éventualité en te demandant si « on recommencerait à l’infini » à révoquer les membres de l’Assemblée constituante ayant rédigé un projet de constitution rejeté par le peuple, à en élire de nouveaux, à réécrire un autre projet de constitution, à le soumettre de nouveau au peuple etc. etc. Ces questions sont en effet importantes et méritent d’être posées. Elles le seront. Je suis même convaincu qu’elles l’ont déjà été dans les débats internes entre celles et ceux qui ont réfléchi à la question. Je suis certain que beaucoup ont déjà des idées de réponse. Ce n’est donc pas en soi un obstacle absolu contrairement à ce que tu laisses entendre. D’ailleurs, te souviens-tu de l’époque des discussions avant la mise en place de la IVè République ? Il y eut un premier texte qui fut présenté au peuple qui le rejeta. Cela ne fut pas un drame. On poursuivit les discussions jusqu’à ce qu’un texte nouveau soit proposé au peuple qui cette fois l’approuva. Je concède que les conditions d’élaboration de ce texte ne correspondent pas tout à fait à celles que nous souhaitons voir mises en œuvre, mais ce rappel n’est pas inutile car il montre bien que le peuple étant souverain, il est libre de refuser ce qu’on lui propose. Aussi longtemps qu’il ne juge pas un projet de constitution digne d’être adopté. Si l’Histoire constitutionnelle de la France fait état de nombreuses expériences, contrairement à d’autres pays réputés plus stables sur ce sujet, nous n’avons pas, à ma connaissance, connu d’exemple de crise majeure due à une absence de loi fondamentale qui ait perduré très longtemps, pas plus que de situations où le peuple aurait, plusieurs fois d’affilée, refusé d’approuver une constitution. On peut certes imaginer toute une série de risques potentiels, on doit même le faire, mais sans tomber dans la paranoïa pour autant. Le fait est que le peuple n’a pas eu très souvent à se prononcer et, à nos yeux, le problème réside bien davantage dans cette carence à interroger le peuple que dans le risque de voir celui-ci refuser successivement plusieurs projets de constitution. Quand le peuple eut l’occasion de se prononcer, ce fut souvent avec une liberté pour le moins encadrée. Or, nous avons une autre vision, laisser le peuple beaucoup plus maître de définir la loi fondamentale qu’il veut se donner. Et si le risque que tu évoques ne doit pas être négligé, il ne me semble pas qu’il soit tel que nous devions être tétanisés par lui et refuser pour cela d’abord l’idée de la Constituante et ensuite celle de l’approbation populaire.

Tu te demandes ensuite « comment s’assurer que le résultat de la Constituante sera une véritable VIè République ? »

Il y a plusieurs éléments dans cette question. D’abord, j’évoquerai la question liée à ce que la Constituante aboutirait – ou pas – à une « véritable » 6ème République. Il va sans dire que la 6ème République est un concept multiforme. Quand bien même ses précurseurs en ont une vision assez claire, on sait que tous les défenseurs d’un changement de régime ne partagent pas les mêmes objectifs et ne développent pas les mêmes propositions de réforme. Parler de « la 6ème République » ne suffit donc pas à dire tout ce que nous exprimons au Parti de Gauche et au Front de Gauche quand nous mettons en avant ce projet. Mais nous ne nous contentons pas de cette formule. Nous en avons expliqué déjà certains traits fondamentaux, certaines lignes de force. « Notre » 6ème République a donc sa spécificité par rapport à la 6ème République proposée, en son temps, par d’autres que nous. Mais « notre » 6ème République a également bien des similitudes avec celle pensée par d’autres que nous. C’est précisément le débat constitutionnel qui permettra de rapprocher nos positions des uns ou de les différencier de celles des autres et au final c’est le peuple qui tranchera. « Notre » 6ème République sera-t-elle la « véritable » 6ème République ? Pour y répondre, cela impliquerait de définir quelle 6ème République serait « véritable » et quelle autre 6ème République ne le serait pas ?

Or je ne crois que l’on puisse décemment prétendre être dépositaire soi-même des clés de la « véritable » 6ème République. Il y a des projets de 6ème République plus ou moins proches, plus ou moins éloignés, mais personne n’a le monopole de l’authenticité. Si tu sous-entends que la « véritable » 6ème République serait uniquement le projet que tu chéris, celui d’Arnaud MONTEBOURG sans doute, tu ferais preuve d’une certaine prétention assez désagréable voire d’une forfanterie qui ne devrait pas être de mise entre nous. Il n’y a pas, sur ce sujet comme sur bien d’autres, d’un côté ceux qui savent et qui ont la légitimité pour décerner des blancs-seings d’authenticité, et, de l’autre côté, des ignorants ou des plagiaires coupables de hold-up… C’est amusant comme ton raisonnement que j’ai disséqué plus haut se retrouve ici. Non, il y a des projets différents et chacun a sa légitimité puisque, au final, le peuple tranchera. En démocratie, le débat doit rester ouvert entre les différentes visions et options. En démocratie, il ne saurait exister des personnalités, des groupes, des militants qui seraient plus égaux que d’autres. La seule loi est celle de la majorité qui impose sa loi à la minorité après le vote et à la condition que ce vote soit intervenu après un débat sérieux et ouvert.

Au-delà de ces discussions sur l’existence ou pas d’une « véritable » 6ème République, tu te demandes comment on peut être certain d’aboutir, via la Constituante, à une 6ème République. Mais en démocratie, nous ne sommes jamais sûrs de la volonté et des choix du peuple souverain. Il faut accepter cela. Il dépend de nous de l’informer des enjeux, de mettre en avant, honnêtement et de manière fouillée, les arguments rationnels de nature à lui faire comprendre la question qui est posée, à lui faire connaître les conséquences possibles ou probables d’un choix ou d’un autre et de le convaincre que le discours que l’on porte est le plus adapté à ce que nous croyons juste de faire.  Et c’est lui qui tranche. Il ne faut pas craindre le peuple même si, hélas, nous pouvons tous juger qu’il se trompe parfois, qu’il s’égare souvent. Mais il dépend de nous de faire en sorte que cela ne se produise pas même s’il est vrai que nous ne sommes pas les seuls, hélas, à pouvoir influer sur le choix du peuple. Et quand je dis «nous » c’est un « nous » qui est très englobant. D’un parti politique à un autre, il est évident que le jugement selon lequel le peuple s’est trompé dans un de ses choix n’est pas basé sur les mêmes raisons. Mais surtout, au-delà des partis politiques, il y a d’autres forces, nous le savons très bien, qui ont une forte influence sur le choix du peuple.

Donc tu sembles t’inquiéter de ce que la Constituante pourrait aboutir à autre chose qu’une VIè République « véritable » telle que tu la conçois. Mais c’est à nous, les militants politiques, à nous le peuple souverain, de guider les choix qui seront faits et nous devrons accepter la loi de la majorité aussi longtemps que nous serons en démocratie, quand bien même la loi de la majorité nous déplaît. Dans ce cas, il nous faudra être plus convaincants la fois suivante. Nous sommes des démocrates et des Républicains. On ne peut tolérer de passer à un régime « aristocratique » où les uns savent ce qu’il faut faire et pourraient donc définir eux-mêmes ce que le peuple veut ou juge bon de faire, en ne se soumettant au verdict populaire que par le biais de l’approbation finale du peuple sur un texte entièrement ficelé sans lui.

Ce type de système est précisément celui que nous dénonçons et c’est pour cette raison que nous préférons l’idée d’une Constituante à celle, que nous avons trop souvent expérimentée dans le passé et que tu sembles clairement préférer quand tu expliques que « Nous avons été pendant plus de 15 ans dans l’opposition » et que « nous avons bien eu le temps d’y réfléchir », que « nous avons des juristes, des constitutionnalistes dans nos partis », que « nous sommes donc en capacité de présenter aux Français un texte réfléchi, cohérent, minutieusement préparé ». Oui, tout cela est vrai. Nous savons ce qu’il faut faire ou plutôt nous avons des idées très claires sur ce qu’il convient de faire. En partie pour les raisons que tu as évoquées, en partie pour d’autres.

La différence majeure entre ta position et la nôtre, c’est que justement, nous ne voulons plus agir ainsi. Nous ne voulons plus que la question constitutionnelle soit la chasse gardée des professionnels du Droit et de la politique. Pour nous, le peuple doit pouvoir s’emparer de cette question.  L’élite qui débat en son sein, l’élite qui réfléchit coupée du peuple souverain, l’élite qui rédige le texte idéal en petit comité, l’élite qui soumet ensuite sa grande œuvre au peuple qui ne peut que l’approuver puisque cette œuvre, ayant été le fruit du travail des meilleurs, est forcément la meilleure possible. Si le peuple la rejette, c’est qu’il se trompe forcément, qu’il n’a rien compris… Ce discours n’est pas le nôtre ou il ne l’est plus si tant est qu’il l’ait été un jour. La pratique gaullienne, mitterrandienne ou sarkozyste des commissions de sages chargées de réfléchir et de proposer ensemble un texte clés en mains, nous paraît inadéquate dans une démocratie « véritable » pour reprendre tes mots. Le peuple n’est pas forcément ignare ou inculte. Le peuple n’est pas forcément désintéressé de ces questions. Le peuple n’est pas forcément irresponsable. Le peuple est capable de comprendre, d’analyser, de réfléchir et de décider en conscience après qu’il ait été informé et autorisé à débattre. L’exemple du référendum de 2005 en atteste, n’est-ce pas ?

Nous tenons à ce que l’élaboration du projet de texte constitutionnel de la 6ème République repose sur les mêmes méthodes d’implication populaire directe. Pour cela il faut du temps et il faut que le peuple soit en mesure de débattre, de faire des propositions, de dire son désaccord sur certaines idées ou au contraire son approbation sur d’autres. Il faut que le peuple puisse contraindre les rédacteurs du texte à incorporer dans ce dernier des éléments auxquels les élites n’auraient pas pensé ou que celles-ci n’auraient pas voulu. Et le meilleur moyen pour aboutir à cela, c’est une assemblée constituante qui travaillerait pendant des mois, voire quelques années, en liaison directe et permanente avec le peuple souverain. Sans être tenue par d’autres missions que celle de travailler à cette tache si fondamentale que de rédiger le projet de nouvelle loi fondamentale. D’où notre volonté de ne pas rendre possible l’accès à la Constituante à des sortants et d’empêcher ces constituants d’accéder ensuite à d’autres fonctions politiques. C’est une garantie d’indépendance très forte que cela. En outre, le peuple français dispose en son sein des personnes dignes et compétentes pour assumer cette tache sans que l’on doive toujours s’en remettre à  nos seules élites. Et puis ce sera une preuve de notre attachement viscéral au non cumul des mandats, à la fois dans le temps et dans l’espace. Les élites, qu’elles soient politiques ou autres, n’en seront pas moins écartées du débat. Les parlementaires, par exemple, pourront évidemment exprimer librement, individuellement et/ou collectivement, leurs souhaits, leurs craintes, leurs analyses. Mais disons que leur voix ne sera qu’une parmi d’autres. Il nous paraît indispensable de ne pas donner aux sortants le pouvoir de tout cadrer, de tout régenter. Là encore, l’expérience des conditions de préparation des 4ème et 5ème Républiques nous ont conduit à tirer des leçons.

Tu dis par ailleurs : « il y a une contradiction évidente à dire, dans le discours de Jean-Luc Mélenchon le 5 mai 2013, en parlant de la constitution de la VIè République à laquelle aboutira l’Assemblée constituante : « ce n’est pas à moi de dire ce qu’elle doit contenir » tout en décrivant ensuite son fonctionnement. De deux choses l’une : soit on fera en sorte que la Constituante aille là où l’on souhaite qu’elle aille, et les dés sont visiblement pipés, soit elle sera libre de proposer ce qu’elle veut, et l’on n’est absolument pas certain qu’une VIè République en sortira ! »

Non, David, il n’y a aucune contradiction. Comme je l’ai expliqué plus haut, nous savons où nous voulons aller. Nous le dirons. Nous nous expliquerons. Nous conseillerons. Le cas échéant, nous adresserons des mises en garde. Mais nous avons aussi le respect du peuple souverain chevillé au corps. Toi aussi, vous aussi, je n’en doute pas. Ce n’est donc pas sur ce point que je vais argumenter. En revanche, à la différence de ce que tu souhaites, nous pensons judicieux et souhaitable d’impliquer le peuple souverain dès le temps de l’élaboration du texte constitutionnel et pas seulement de lui permettre de valider ou de rejeter le projet finalisé. Ce sont deux options différentes. Aucune n’est indigne. Je ne pense pas que l’idée que tu défends soit contraire à la démocratie. Elle incarne, d’une certaine manière, le principe de la démocratie représentative qui est un de nos principes essentiels. La différence entre nous réside dans ce que, prenant acte des évolutions que notre pays a connu ces dernières décennies en général et ces dernières années en particulier, prenant acte du fait que le peuple français est bien plus informé et éveillé sur les questions politiques qu’il ne pouvait l’être en 1946 ou 1958 pour ne citer que les deux derniers moments de refondation constitutionnelle, nous souhaitons désormais, sans aller jusqu’à contester le principe de la démocratie représentative, le mâtiner très largement de démocratie participative. Pour nous le temps est révolu où les élites pensent sans nous et décident sans nous. Pour nous le temps est révolu où le peuple ne saurait qu’accepter ou refuser en bloc une loi aussi fondamentale que peut l’être une constitution. Il doit intervenir à tous les stades de son élaboration. Et ceci justifie – et même implique – d’en passer par une assemblée constituante, c’est-à-dire une assemblée dédiée à cette seule mission, élaborer, en liaison directe et permanente avec le peuple, un texte constitutionnel nouveau.

En disant cela, je réponds aussi à ce que tu dis quand tu expliques : « Pourquoi recourir à la Constituante si ce processus est incertain et son résultat hasardeux ? Je ne vois, à cela, qu’une seule explication : le recours à la Constituante constitue un dénigrement des élites (le renouvellement de tous les élus), une prétendue participation du Peuple et donne l’impression d’un renouveau démocratique. Du passé faisons table rase ! « Qu’ils s’en aillent tous », « Coup de balais », tout se passe comme si Jean-Luc Mélenchon réitérait les formules pour incarner le changement radical. La Constituante résonne dans la bouche comme une formule magique. Abracadabra, et la VIème République est là ! »

J’ai déjà abordé plus haut la question de la « formule magique ». Je n’y reviens donc pas. En revanche, je veux dire que tu te trompes quand tu parles de « dénigrement des élites » dont nous serions coupables. Nous ne dénigrons pas les élites. Nous voulons seulement les remettre à leur place. Dans notre esprit, elles ne sauraient être les seules légitimes à exprimer ce qui est bon, et encore moins à en décider seules. Elles ont leur mot à dire. Elles ont leur rôle d’éclaireur à jouer. Dans une démocratie entièrement basée sur le mandat représentatif, elles seules décident et c’est justement un des éléments majeurs que nous voulons changer. Ce n’est pas dénigrer les élites que de vouloir restreindre leur rôle sauf à opposer les élites au peuple. Jusqu’à présent, l’opposition existe précisément dans la réalité juridique. Nous voulons la faire disparaître et mettre en place un régime nouveau où les élites collaborent avec le peuple. L’esprit de coopération nous semble préférable de beaucoup à celui de la compétition. En des temps où le décalage ne cesse de grandir entre les élites et le peuple, un des meilleurs remèdes, à nos yeux, pour soigner ce mal, est de revivifier nos institutions et notre pratique du pouvoir en y associant directement le peuple. Cela passe par la Constituante mais pas seulement. Cela passe aussi par divers procédés et droits nouveaux reconnus au peuple.

Personnellement, et je n’engage que moi en avançant ces idées concrètes, car la discussion institutionnelle est loin d’avoir atteint son terme au sein du Parti de Gauche ou du Front de Gauche, précisément parce que ce terme n’interviendra que le jour où un projet de texte constitutionnel aura été présenté au peuple souverain, voici quelques idées de droits nouveaux que je souhaite voir reconnus au peuple français :

–          Un droit de révocation populaire des élu-e-s comme cela est expliqué depuis quelques semaines par Jean-Luc MÉLENCHON. Dans des conditions sérieuses évidemment. Par exemple, on pourrait imaginer, comme il le suggère lui-même, que sur la base d’une pétition signée par un nombre – à définir – d’électeurs (par exemple 10% du corps électoral mais ce chiffre sera à discuter), un référendum révocatoire puisse être organisé pour mettre un terme anticipé au mandat de tout élu, je dis bien de tout élu ;

–          Un droit de veto populaire consistant à donner au peuple souverain le droit d’empêcher une loi votée par le Parlement d’entrer en vigueur. Ce droit serait déclenché dans les mêmes conditions que celles précitées pour le droit de révocation populaire. Par exemple si 10% du corps électoral signait une pétition en ce sens, une loi votée  pourrait être soumise à référendum. Si ce doit avait existé sous la Vè République, bien des lois « scélérates » ne seraient jamais entrées en vigueur. S’agissant des dernières années, je pense par exemple aux textes sur l’ANI, sur le MES, sur les retraites et combien d’autres… Le Parlement n’a pas toujours raison.

–          Un droit d’initiative populaire aussi bien en matière législative que règlementaire ou constitutionnelle. Ce droit consisterait à offrir au peuple souverain la possibilité, toujours sous réserve qu’un certain nombre d’électeurs accepte de signer une pétition en ce sens, de mettre en discussion au Parlement, puis de soumettre au référendum ou, pourquoi pas, de soumettre directement au référendum sans passer préalablement par la discussion parlementaire, pour les questions non techniques, toute proposition de loi, de révision constitutionnelle ou de règlement que le peuple jugerait opportun de voir débattue.

–          Un droit d’initiative électorale qui consisterait à forcer les gouvernants à anticiper l’organisation de nouvelles élections générales, aussi bien législatives que régionales, municipales ou cantonales si un certain nombre d’électeurs accepte de signer une pétition en ce sens. Nous savons que dans les vrais régimes parlementaires tels que le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie ou Israël entre autres, les gouvernants peuvent décider d’anticiper les élections législatives et ils le font souvent. La France n’est pas un véritable régime parlementaire puisque son système à elle mêle des éléments du régime présidentiel et des éléments du régime parlementaire. Je pense qu’il serait bon pour notre pays de donner ce droit au peuple. Ce serait en quelque sorte un droit de dissolution offert au peuple souverain.

Ce ne sont là que quelques-unes des propositions de démocratie directe que nous pourrions incorporer à notre constitution pour la rendre plus démocratique. Il ne s’agit pas de faire disparaître la démocratie représentative car personne n’ignore qu’une démocratie intégralement directe est impossible. Toutefois, disposer de telles procédures constitutionnelles permettrait de revitaliser notre démocratie et de rendre au peuple souverain ses doits de décideur en dernier recours.

Je n’ai pas envie de polémiquer avec toi sur ce que tu dis quand tu expliques : « on évoque l’Amérique Latine, même si les situations sont ne sont pas comparables et les solutions non transposables automatiquement en France. On invoque la Révolution française, comme dans une incantation, même si les époques sont si différentes ! »

Mais j’ai envie de dire au minimum que je ne perçois pas le message subliminal qui se cache derrière ces mots. Crois-tu que nous ignorons les différences de contexte entre l’Amérique Latine et la France ? Penses-tu sérieusement que nous sommes convaincus que le temps de la Révolution et celui que nous vivons aujourd’hui sont en tous points identiques ? Alors à quoi bon exprimer de telles idées si ce n’est pour discréditer, encore une fois, ET ce qui se passe en Amérique Latine, ET ce qui s’est passé lors de la Révolution française, ET les bases de notre discours ?

Libre à toi de ne pas avoir envie de fonder ton propre raisonnement sur les prémisses que nous avons retenues. Libre à toi de ne pas juger aussi fondamentales que nous le faisons ce qui s’est passé précisément en Amérique Latine ces dernières années comme ce qui ressort de la grande révolution de 1789. Mais il me semble que tu as tort de négliger ces facteurs. L’Histoire nous montre que bien souvent les mêmes faits conduisent aux mêmes conséquences. L’Histoire se répète souvent. Et il n’est pas inutile de la connaître et de la comprendre dans ses lignes de force. D’autant plus que jusqu’à présent, l’analyse que nous faisons au Parti de Gauche avec Jean-Luc MÉLENCHON et plus largement au Front de Gauche, ne cesse de nous donner raison. Jean-Luc MÉLENCHON et bien d’autres ont étudié avec sérieux, au cours des dernières années, la situation vécue par les Latino-Américains. Jean-Luc MÉLENCHON et bien d’autres, alors qu’ils étaient encore au P.S., ont rencontré des Latino-Américains, des leaders, des gouvernants, des citoyens. Ils sont donc informés et éveillés sur ce qui se passe dans ces pays. Contrairement à bien des Socialistes français qui ont toujours méprisé ces peuples et leurs dirigeants. Même si tune parles pas des pays d’Europe du Nord, j’ajouterais que Jean-Luc MÉLENCHON et bien d’autres ont également étudié de manière approfondie, et ce depuis longtemps, la vie politique de ces pays qui étaient des modèles à suivre aux yeux des socialistes-sociaux-démocrates français. C’est la logique d’ensemble qui donne une force à notre conviction et qui fait de notre discours un raisonnement des plus solides. David, tu ferais bien de t’ouvrir à d’autres horizons car cela te permettrait d’avoir une vision plus large et sans doute que ton raisonnement en serait plus convaincant.

*

Dernière partie de cette réponse, je veux revenir sur l’idée que tu as développée selon laquelle Jean-Luc MÉLENCHON aurait tort de mêler à la critique institutionnelle qu’il fait de la Vè République, la critique simultanée de l’austérité et du Président HOLLANDE.

Selon toi, « à vouloir en l’état lier discours anti austérité, anti Hollande et réforme constitutionnelle, Mélenchon risque de disqualifier la si belle idée de VIè République ».

C’est peut-être une vision qui a sa légitimité en ce sens que l’on peut admettre que l’on est plus fort, plus certain d’atteindre son but, en procédant petit bout par petit bout, en avançant pas à pas, une étape après l’autre. En rassemblant des majorités d’idées sur des sujets distincts. Prises individuellement, bien des propositions pourraient, a priori, recevoir l’assentiment de gens différents, issus d’origines et de partis différents, ayant des idées différentes sur d’autres sujets. Ce discours existe et n’a rien en soi de choquant. Il fut un temps d’ailleurs où je le faisais mien. Quand on a comme objectif d’avancer pas à pas, en élevant la prudence au rang de ligne de conduite, on peut se dire que pour faire passer une réforme ponctuelle, qu’elle soit de portée secondaire ou fondamentale, il est préférable de segmenter les débats. Ceci ayant pour effet, pour celles et ceux qui défendent cette façon de faire, de permettre de débattre et de s’accorder entre gens responsables sans que les différences caractérisant ces personnes ne surgissent et n’empêchent, pour des raisons futiles, politiciennes, des gens d’accord entre eux, de s’accorder. Ce discours est celui du Centre depuis des décennies. François BAYROU le porte depuis plus de trente ans. J’en sais quelque chose pour avoir pensé de même pendant des années, comme je l’ai reconnu ci-dessus. D’ailleurs tu ne dissimules pas ton intention puisque tu expliques toi-même : « A titre d’exemple, nous nous retrouvons avec François Bayrou et ses soutiens sur plusieurs réformes institutionnelles alors que nos visions économiques sont différentes ».

Alors toute la question est de savoir si un tel choix stratégique est viable et porteur d’espoir. François BAYROU le croit manifestement. Toi aussi. Et vous n’êtes pas les seuls. Au P.S. comme dans ce qui reste du Modem ou à l’UDI de BORLOO et peut-être même au sein de l’UMP, des gens ont le même raisonnement. Le concept en vogue depuis quelques jours de « gouvernement d’union nationale » ne repose pas sur d’autres fondements que celui-là, même si un tel gouvernement est une étape plus avancée que la simple majorité d’idées que tu évoques permettant de faire adopter une réforme qui serait largement approuvée. Mais pour autant, la logique profonde est la même et elle nous déplaît. Je m’explique.

De prime abord, cela peut paraître satisfaisant, raisonnable, responsable, non politicien, de s’accorder avec des concurrents voire avec des adversaires, pour ne pas dire avec des ennemis, sur un sujet qui ne fait pas débat. Et l’on pourrait espérer d’ailleurs que cela soit déjà une ligne de conduite générale de nos parlementaires, décider en fonction de ce qu’ils jugent bon pour le pays, pour le peuple français, et non pas seulement raisonner et voter en étant contraints par des logiques partisanes si celles-ci, comme c’est le cas parfois, s’opposent à l’intérêt général.

Cependant,  cette idée est aussi très dangereuse en vérité. Là encore, l’Histoire récente a montré combien ces expériences de gouvernements d’union nationale, se sont révélées attentatoires à la démocratie. Le cas de l’Autriche, il y a quelques années, a permis de faire prendre conscience que lorsque tous les partis ou presque, représentant normalement des visions différentes du peuple, s’accordaient entre eux, il ne restait plus beaucoup d’alternatives possibles au peuple en cas d’échec de ce gouvernement, que l’échec soit entendu au sens premier ou que ce gouvernement ait fini par décevoir pour avoir oublié le message du peuple souverain. L’avènement du gouvernement d’extrême droite de Jorg HAIDER par exemple est largement la conséquence de ce gouvernement d’union nationale.

Donc, nous ne sommes pas enclins à pratiquer ce genre de combinaison. Chaque parti présente des candidats aux élections sur un projet et celui qui est majoritaire, seul ou avec des alliés, entre au gouvernement pour mettre en œuvre le projet qui a été, de fait, approuvé par le peuple lors de l’élection. Il est évident qu’au-delà des différences parfois fondamentales entre les partis, certains sujets font l’unanimité. Des lois sont votées chaque année à l’unanimité. Mais si on ne peut – ni ne doit – considérer cela comme attentatoire à la démocratie, nous ne pensons pas qu’il soit souhaitable d’agir de cette manière car cela trouble l’opinion et atténue les frontières entre les partis.

Il y a une raison supplémentaire qui justifie cette façon de voir les choses. C’est que la question de la 6ème République est la plus fondamentale entre toutes à nos yeux. Elle ne saurait être détachée de toutes les autres. Nous combattons la Vè République bien sûr pour ce qu’elle est, sur un plan institutionnel. Mais nous la combattons aussi pour ce qu’elle diffuse dans les esprits des gouvernants et dans ceux de tous les élu-e-s, à tous les échelons, comme pour ce qu’elle tend à diffuser dans la tête des citoyens. Nous combattons la Vè République parce qu’elle fait système. Et bien des dérives constatées dans les autres champs de la politique s’expliquent, à nos yeux, par la Vè République. C’est pourquoi nous ne saurions dissocier l’un et l’autre. Certes la question des choix économiques et sociaux n’est pas forcément liée directement au type de régime institutionnel. Un régime parlementaire peut très bien mettre en œuvre une politique néfaste pour le peuple comme on l’a vu au Royaume-Uni sous les gouvernements qui se sont succédé depuis Margaret THATCHER, ou en Espagne sous les différents gouvernements de la droite et de la gauche, au Portugal, en Italie, en Allemagne… À l’inverse, un régime présidentiel, peut mettre en œuvre une politique d’intérêt général bénéfique pour le peuple. Ce fut le cas hier au Venezuela avec Hugo CHAVEZ, comme c’est le cas aujourd’hui en Équateur avec Rafael CORREA, en Bolivie avec Evo MORALES, ou dans d’autres pays d’Amérique Latine, l’Uruguay de José MUJICA, le Brésil de LULA puis de Dilma ROUSSEF, l’Argentine de Cristina KIRCHNER.

Ce n’est donc pas en soi le type de régime politique qui définit, de facto, le type de politique qui sera suivi. Mais les hommes étant ce qu’ils sont, la meilleure garantie de voir un peuple respecté dans ses droits et ses volontés, est sans aucun doute à nos yeux un régime parlementaire dans lequel le peuple dispose de larges pouvoirs d’intervention directe (cf ce que j’ai dit plus haut).

Et, les choses étant ce qu’elles sont en France, où la politique d’austérité, comme bien d’autres « choix » de politiques publiques nous étant imposés contre notre gré, il nous est apparu évident que pour changer la donne, il ne suffisait plus de changer les hommes qui font ces politiques publiques. Cela fait des décennies que nous pratiquons l’alternance, à tous les échelons de la carte politique française. Et cela fait pourtant plusieurs décennies que les candidats se font élire sur des projets et, une fois élus, mettent en œuvre des programmes assez différents. Pour ne parler que de ce que j’ai vécu moi-même comme citoyen en âge de voter, je constate cette fracture, ce fossé, depuis 1995, quand CHIRAC se fit élire sur la volonté de lutter contre la fracture sociale et changea de politique trois mois après son élection. Ce revirement rappelait douloureusement celui de 1983. Mais récemment, on ne saurait oublier l’expérience sarkozyste puis la dernière en date, celle que nous connaissons depuis l’an dernier avec le Président HOLLANDE.

C’est cette déception immense de millions de Français qui pensaient que HOLLANDE était de bonne fois et qu’il mettrait en œuvre un changement de politique par rapport à celle que nous avions sanctionné en écartant le Président SARKOZY, qui explique la virulence de nos propos. Au Parti de Gauche, nous savions que ce changement annoncé ne se ferait pas. Ce n’était pas une accusation sans fondement. Ce n’était pas un procès d’intention. Notre conviction reposait sur la connaissance que nous avions ET de François HOLLANDE, ET de son entourage, ET du Parti Socialiste. Les faits nous donnent raison…

Si notre critique est donc virulente à son égard, c’est bien parce que nous avons été trompés et que la politique mise en œuvre aboutit non seulement à un échec mais à des souffrances terribles totalement inutiles. Si nous sommes si durs dans la critique de ce Président, de ce gouvernement et de ce pouvoir, c’est que nous voyons à quelle vitesse les dirigeants actuels se mettent au service de nos ennemis. Nous en sommes effarés, écoeurés et exaspérés.

Que SARKOZY mène une telle politique, je dirais que c’est naturel puisqu’il incarnait cette droite-là, décomplexée. Mais qu’un gouvernement socialiste, fut-il largement social-démocrate, fasse de même voire accélère sur la même voie, c’est intolérable.

David, tu es un socialiste. Tu es l’un de ceux que l’on peut classer à gauche du P.S. Tu es un soutien d’Arnaud MONTEBOURG. Tu n’es donc pas un ennemi pour moi, pas davantage sans doute pour le Parti de Gauche ou le Front de Gauche. Je rechigne même à voir en toi un adversaire. Tout au plus es-tu un concurrent ayant un discours différent du nôtre et tu as bien le droit de le porter. Je ne souhaite pas que la Gauche soit monolithique. Les débats doivent perdurer entre nous du moment qu’ils sont honnêtes et respectueux. Mais ces débats ne peuvent pas seulement être tranchés entre gens de bonne compagnie. Le peuple doit s’en mêler. Lui seul est souverain. On a eu tendance à l’oublier quelque peu depuis son irruption sur la scène politique en 1789.

Eh bien, nous, au Parti de Gauche avec Jean-Luc MÉLENCHON, avec l’équipe à ses côtés, avec nos cadres dans toutes les régions de France, avec nos militants et nos sympathisants, plus largement nous au Front de Gauche, avec nos porte-paroles, nos leaders connus ou anonymes, nos militants, sympathisants, amis-e-s proches ou moins proches, membres ou pas d’une des organisations du Front de Gauche, avec notre projet l’Humain d’abord, avec notre fanal de combat qui est la 6ème République, avec nos propositions diverses sur chacune des thématiques du projet que nous avons élaboré pour l’élection présidentielle de 2012 et que nous allons perfectionner, compléter, populariser, nous avons comme objectif de rendre au peuple souverain ses pouvoirs mais aussi  son droit au bonheur, avec lui et pas seulement comme une avant-garde éclairée.

Notes

http://www.ina.fr/contenus-editoriaux/articles-editoriaux/ils-veulent-une-6eme-republique