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Démission d’EELV – Par Enzo POULTRENIEZ – Le 23/02/2017

Avant-propos de Vincent Christophe Le Roux : Je relaie ici ce billet d’un désormais ex-acteur d’EELV. Ce militant et responsable du parti écologiste claque la porte et explique pourquoi en un billet court mais bien ciselé. On perçoit la déception, ‘amertume, la colère, la tristesse et en même temps la grandeur d’âme de ce citoyen engagé.
VOus pouvez trouver son billet sur sa page Facebook. C’est ici.
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« On est aisément dupé par ce qu’on aime » (Molière, Tartuffe)

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En novembre 2010, j’avais franchi le pas après de long mois de réflexion. Une nouvelle force politique émergeait, novatrice, ouverte, foisonnante d’idées. Pleine de défauts certes, mais aussi bourrée de sincérités, de bonnes volontés, d’envies de construire un chemin.

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Ce parti, c’était l’héritier d’un mouvement politique mondial, d’une histoire, d’innombrables luttes environnementales, sociales, culturelles, démocratiques.

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J’avais 20 ans quand j’ai commencé à écrire ce chapitre de ma vie. Cet engagement n’était ni cynique, ni vaniteux. Il me prenait aux tripes. J’y consacrais mes soirées, mes week-ends. Plus que de raison. Parce que pour changer la vie, on ne peut pas être raisonnable.

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En un peu plus de six ans, j’ai rencontré à EELV des personnes formidables. Des petites mains qui agissent avec humilité et patience. Des grandes gueules qui savent trouver l’énergie de faire bouger les lignes. Des esprits vifs qui vous bluffent par la finesse et la fulgurance de leurs idées. J’y ai noué des amitiés fidèles et durables. J’y ai aussi trouvé l’amour. Pour tout cela, je ne dirai jamais assez merci.

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Bien sûr j’ai aussi croisé le chemin de quelques cyniques. Ces tartufes de l’écologie qui pérorent dans les gazettes aux cris de « responsabilité », « écologie positive », « pragmatisme ». Des opportunistes, il y en a dans toute organisation. Le tout c’est de savoir contrôler la gangrène, et agir à temps.

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Pendant cinq ans, j’ai exploré tous les recoins de cet engagement. J’ai endossé des responsabilités internes qui m’ont amenées à toucher du doigt l’élaboration d’une doctrine politique et la construction de rapports de force. J’ai accompagné des élus-es dans la construction de politiques publiques innovantes, dans des batailles épuisantes face aux inerties et aux conservatismes. J’ai dirigé des campagnes pour tenter de convaincre les citoyennes et citoyens de l’importance de ce en quoi je croyais. Ce en quoi je crois toujours. Même si tout n’a pas toujours été à la hauteur de mes espérances, je suis fier d’avoir essayé et d’avoir mis du sens dans ce que je faisais.

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Si je me sens obligé d’écrire tout ça ce soir, c’est que cet engagement a été trahi. Ces heures sacrifiées, ces pompes usées, ces montagnes russes de sentiments, on vient de leur cracher au visage.

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Depuis quelques mois, je m’étais éloigné, sans trop rien dire. J’avais ressenti un besoin de prendre le temps de respirer, après cinq années d’engagement total. Totalitaire parfois aussi.
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J’avais de gros doutes sur certaines orientations prises, et une méfiance solide vis-à-vis du candidat désigné. Mais je restais convaincu que l’organisation respecterait l’héritage de l’écologie politique, et nos engagements. Les temps étaient durs, mais il serait temps de reconstruire sur l’intelligence collective plus tard. Après tout l’écologie, c’est le temps long.

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Ce soir, ce candidat a décidé de se saborder lui-même, en direct, sans attendre le vote de celles et ceux qui l’avaient désigné. Sans même leur accorder la primeur de son annonce.

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Ce soir, je pense à celles et ceux qui se sont se engagés-es dans une campagne compliquée, qui y ont cru avec sincérité. Celles et ceux qui ont voté Jadot pour affirmer l’autonomie de l’écologie politique. Celles et ceux qui ont cru qu’en votant pour l’ouverture de discussions avec Hamon et Mélenchon, il y aurait des discussions avec Hamon ET Mélenchon. On est aisément dupé par ce qu’on aime.

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Je pense aussi à mes amis-es qui se sont battus-es de l’intérieur pour garder la tête haute, et qui connaisse pour la deuxième fois, quelques mois après Cosse, une nouvelle forfaiture. J’ai du respect pour leur tristesse et leur désarroi sincère, autant que j’ai du mépris pour les tartufes qui viennent d’immoler l’écologie politique, sans cérémonial.

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S’engueuler ou se réconcilier, perdre ou gagner, être minoritaire ou être majoritaire, ce sont des choses que l’on peut attendre et accepter d’un engagement politique. Se faire humilier, mépriser, cracher au visage, non.

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C’est ce qui m’amène aujourd’hui à clore le chapitre commencé il y a six ans et demi. Avec de la peine et des regrets, parce que démissionner c’est aussi renoncer. Mais sans remords. Je ne peux supporter que l’on dévoie mon engagement. C’est une question de dignité. D’orgueil peut-être aussi.

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Je souhaite à toutes celles et tous ceux qui resteront pour se battre de l’intérieur de garder la tête haute et les yeux ouverts, et de ne jamais oublier le sens de leur engagement. C’est essentiel.

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J’espère que nos chemins se recroiseront, s’il reste un chemin.

Mon coup de gueule du jour suite à la saillie « vallso-gattazo-macronienne » d’Emmanuelle COSSE

C’est bien avec le parti d’Emmanuelle Cosse que, depuis des mois, le Parti de Gauche* veut absolument faire alliance ?
* mon ancien parti, dans lequel j’ai milité pendant plus de 5 ans mais que j’ai quitté en mai dernier et dont chaque jour qui passe me fait prendre conscience à quel point j’ai eu raison de tailler la zone…
Je ne suis plus adhérent et ne peux donc pas participer à la décision du PG. Je ne le regrette vraiment pas car depuis mon départ, j’ai constaté des dizaines de casus belli. Mais je suis un citoyen et j’ai donc une opinion et je l’exprime. Et ma vie au PG pendant cinq ans me donne un droit d’expression sur ce qu’il décide aujourd’hui.
Ces alliances-là, surtout dans les conditions dans lesquelles elles se font parfois (je vis en Loire-Atlantique…), ne me conviennent pas du tout !
Car si nous avons avec EELV quelques terrains d’entente (il faudrait dire, avec précision, lesquels et ne pas en rester à des généralités qui ne disent rien !), nous avons aussi des oppositions majeures sur des sujets majeurs… Sur le fond (le projet) et sur la forme (comment combattre ?).
Et si on reproche (à très juste titre) au PCF bien des choses, on ne saurait les admettre ou en admettre d’équivalentes de la part d’EELV. C’est clair ? Ça s’appelle la COHÉRENCE politique. Et j’ajoute l’HONNÊTETÉ INTELLECTUELLE ! Je ne suis pas un « politicien » donc je peux rester fidèle à ces deux principes. Mais je voudrais que les politicien-ne-s y soient fidèles également.
Le PG prétend souvent être le parti du peuple et donc des « sans-dents », des « sans-grade », des ouvrières et ouvriers, des employé-e-s, des salariés qui ne gagnent pas de quoi vivre décemment ou à peine, de toutes celles et tous ceux qui sont exploité-e-s ou que le « destin » n’a pas fait naitre dans des familles aisées et que la vie a pu violenter, sans que les institutions ne s’en émeuvent vraiment et n’agissent volontairement pour changer cette vie calamiteuse qu’on leur impose…
Nous (cette fois je ne parle plus du PG mais de la force encore indéterminée qui se prépare) voulons rassembler le peuple mais pas à n’importe quel prix, pas à n’importe quelle condition, pas dans le cadre de n’importe quelle alliance politique, ni avec n’importe qui. Car une fois qu’on est rassemblé-e-s, encore faut-il avoir un projet cohérent et la détermination de le mettre en œuvre. Il ne suffit pas de s’allier pour gagner si après on se divise sur ce qu’il faut faire face aux résistances du système (cf. l’exemple grec).
Rassembler oui ! Mais s’il faut choisir un camp, parce que les circonstances l’imposent, nous savons dans lequel nous nous situons.
Comme l’a dit un jour Jean-Luc Mélenchon​ (dans le discours donné place de la Bastille à Paris, le 18 mars 2012) :
Nous sommes le cri du peuple, des ouvrières et des ouvriers précarisés, méprisés, humiliés, abandonnés! Nous sommes le cri du peuple, celui de la femme qui met au monde un enfant dans un camp de rétention! Nous sommes le cri du peuple, celui de l’enfant qui n’a pas de toit et qui n’a pas d’instituteur quand il va a l’école ! Nous sommes le cri du peuple, de tous ceux qui, prêts à apporter le concours de leur intelligence, de leur créativité, qui, parfois menant bonne vie, refusent pourtant d’appliquer la morale de l’égoïsme qui dit « profite et tais-toi ! » .
La plupart des leaders d’EELV – comme une bonne partie de ses troupes – seront de l’autre côté de la barricade le jour où elles réapparaîtront.
La saillie du jour d’Emmanuelle Cosse – qui est juste la Numéro 1 d’EELV, excusez du peu ! – clarifie les choses on ne peut plus clairement.
Continuer à s’allier à ces gens-là, c’est œuvrer contre son camp et par « camp » je n’entends ni le PG, ni la Gauche, ni l’Autre Gauche, ni la Gauche radicale ni je ne sais quelle dénomination enfermant les gens dans des cases, mais le camp du peuple.
Pour ma part, je DÉSAPPROUVE RADICALEMENT toute alliance avec le parti politique EELV. Peut-être peut-on s’entendre avec des militant-e-s d’EELV s’ils défendent le même projet que nous mais j’attends que l’on me prouve que des militant-e-s d’EELV sont convaincus par les grandes lignes de force de ce projet qui est le nôtre…
Pour mémoire :
Twit d’Emmanuelle Cosse : « AirFrance – La violence de certains salariés condamne leur colère et condamne toute possibilité de dialogue ».
Pour paraphraser un peu Mme Cosse, je dirais que la violence du désaveu, par certains leaders de partis, de la souffrance sociale des salarié-e-s martyrisés par leur employeur, condamne toute possibilité de dialogue avec de tels leaders comme avec les partis qu’ils représentent… du moins aussi longtemps que ces leaders et leurs positionnements ne sont pas clairement, officiellement, solennellement désavoués par leur parti. Ce qui ne se produira jamais ! Donc rideau !
Dans un autre registre, pour d’autres raisons, ça vaut aussi pour le PCF et pour Pierre Laurent !