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BLUES – Par Baloo Kâa le 28 juillet 2015

Je n’sais pas ce qu’il adviendra dans les années à venir, mais rester au sein de cette Europe, c’est perdre chaque jour un peu plus de Liberté, d’Egalité, de Fraternité pour permettre à tous les plus riches de nous écraser un peu plus par l’intermédiaire de ces marionnettes politiciennes que nous mettons au pouvoir en croyant faire usage de la démocratie.

Tsipras et une partie de Syrisa nous ont fait mal, mal à tous ceux qui voulaient encore croire qu’une autre voie était possible.

Cette autre voie semble bien compliquée et certainement bien embrouillée pour bon nombre d’électeurs qui voient une gauche radicale se radicaliser encore plus pour appeler à sortir de l’Europe pour des raisons auxquelles j’adhère.

A l’opposé, ces mêmes électeurs voient l’extrême droite appeler aussi à sortir de l’Europe pour des raisons et surtout des solutions que je ne peux pas accepter.

Les électeurs sauront-ils s’y retrouver dans tout ce merdier ?

Qui aura le plus de talent, de bons arguments et de conviction pour faire pencher la balance de son côté ?

Voilà les deux questions que je me pose actuellement sans vraiment avoir de réponse au vu du peu de confiance que je peux accorder à la parole politicienne.

A la parole politicienne, je sais que je préférerai toujours la parole citoyenne portée par certains que je me plais à lire comme ce matin.

Même s’ils parlent de politique et que ça me plombe un peu le moral, j’ai l’impression que leur cerveau et leur esprit n’est pas pervertit par le pouvoir et c’est tout ce qui fait la différence aujourd’hui à mes yeux.

Changer de constitution et de régime ou sortir de l’Union européenne ? Il faut faire les deux camarades !

Il y a quelques mois, quand je faisais ardemment campagne pour la 6e République, à la fois sur Facebook et via un blog dédié, et que j’appelais, à ce titre, à ce que nous commencions à réfléchir à l’écriture COLLECTIVE d’une nouvelle constitution rendant le pouvoir souverain au peuple français et prévoyant toute une série de mécanismes juridiques (constitutionnels et administratifs), mais aussi politiques, pour le rendre possible, et pour qu’il ne puisse plus être contesté, je recevais pas mal de messages de gens (notamment de l’UPR, de DLR devenu DLF, du M’PEP ou du PRCF) me disant que c’était inutile de se battre pour une nouvelle constitution aussi longtemps que nous restions dans l’Union européenne.

Je répondais que, pour moi, le combat pour la 6e République était le plus important de tous car en rédigeant collectivement une constitution nouvelle, axée sur la démocratie et la souveraineté populaire, nous dirions inéluctablement que l’Union européenne est contraire à nos principes, à nos valeurs, à nos désirs, à nos exigences. Nous renverserions alors inévitablement la hiérarchie des normes. Et dès lors que le peuple français aurait adopté une nouvelle constitution ayant ces caractéristiques-là, nous ne pouvions manquer de remettre en cause l’appartenance de la République française refondée à l’Union Européenne. Vous me suivez jusqu’ici ?

En effet, en droit, la constitution actuelle prévoit que les traités régulièrement ratifiés prévalent sur la loi ; et la jurisprudence constitutionnelle française a, depuis longtemps, jugé que par « loi » il fallait aussi entendre « constitution ». Donc, c’est bien notre constitution actuelle qui permet que des traités prévalent sur elle, une fois qu’ils ont été RÉGULIÈREMENT ratifiés… Et là, la question se pose non ? Peut-on sérieusement soutenir que le Traité de Lisbonne a été RÉGULIÈREMENT ratifié ? Quand on sait comment les choses se sont passées, la réponse est clairement NON. N’importe quel esprit sensé et honnête, intellectuellement parlant, ne peut valablement considérer que le traité en question a été valablement ratifié. Certes, il a été considéré, par les instances compétentes, que ce traité a bien été valablement ratifié au plan juridique puisque le Parlement, réuni en Congrès, l’a adopté et que ce mode d’adoption est une des deux voies possibles de ratification prévues par notre constitution. Mais quand un traité est ratifié par le Congrès alors même qu’un texte quasi identique a été rejeté par le peuple souverain par référendum à peine deux ans plus tôt, même un juriste sait que cette situation ne saurait être jugée valable au plan juridique. C’est pourtant ce qui a été décidé par les institutions juridiques établies. Elles sont l’émanation du système et servies par des gens dont la mission est de maintenir ce système, voire de le renforcer encore davantage…

Donc, mon propos est de dire que déjà, sur ce seul point, le traité qui s’applique ne devrait pas s’appliquer car ce n’est que par un coup de force politique qu’il a été ratifié. Nous le savons et ce n’est pas mon sujet ce soir que d’insister sur ce point. Je considérais cependant que ce rappel était indispensable en préalable de ce que je voulais vous dire…

Je reviens donc à ce que je disais en introduction de ce billet. C’est notre constitution qui donne la primauté aux traités ratifiés. Mais notre constitution n’empêche pas le peuple souverain de la réformer, voire de l’abroger au profit d’une autre, qui serait partiellement ou totalement réécrite et repensée… Cela, aucun traité ne peut non plus l’interdire.

DONC, le peuple français, s’il décidait de changer sa constitution actuelle au profit d’une autre qui lui donne des armes puissantes pour reprendre son destin en mains, pourrait décider que, désormais, la République française ne fait plus partie de l’Union européenne. Rien n’empêche, s’il le décide, que cela soit expressément écrit dans la constitution nouvelle, auquel cas, l’exécution de cette décision s’appliquerait rapidement, dans les conditions et selon les modalités que définirait par exemple une loi organique intervenant peu après l’adoption et la mise en application de cette constitution nouvelle… Cela empêcherait aussi que de nouveaux gouvernants viennent un jour ramener la République française dans cette même Union européenne… La première constitution de la 5e République, celle adoptée en 1958, contenait par exemple un titre entier et plusieurs dispositions relatives à « l’Union française » qui englobait des « pays » que nous dominions et contrôlions par les liens de la colonisation.

Et, même si la constitution elle-même, ne prévoyait pas expressément, dans son texte, la sortie de la République française de l’Union européenne, elle pourrait, par différents moyens, la rendre inévitable à bref délai…ou, à tout le moins, envisager expressément qu’elle soit possible. Cette hypothèse se concrétiserait par l’organisation d’un référendum intervenant peu après le référendum d’adoption de la constitution, et après un débat sérieux et suffisamment long pour que le peuple se fasse une opinion éclairée sur la question. Ainsi, seraient dissociées les deux questions. Dans un premier temps, le peuple français déciderait d’approuver ou non le projet de nouvelle constitution, et, dans un second temps, il se prononcerait sur la sortie ou pas de la République française de l’Union européenne.

Quoi qu’il en soit, celles et ceux qui m’ont (presque toujours aimablement) opposé que débattre du nouveau régime constitutionnel et politique serait sans intérêt sur notre souveraineté populaire, parce que celle-ci est court-circuitée tant que nous restons dans l’Union européenne, ont tort. Ils ne saisissent pas les conséquences juridiques et politiques d’un changement de régime politique et de constitution… Si l’on écarte, comme je le fais encore pour l’instant, l’idée avancée par certain-e-s, que Jean-Luc Mélenchon serait en réalité un homme politique malhonnête, trompeur, cynique, dissimulateur, on peut penser que c’est précisément la raison qui le pousse à défendre la 6e République car il a sans doute compris qu’en réécrivant une nouvelle constitution, le peuple français se ressaisit de fait de tous les pouvoirs et que les interdictions résultant de l’Union européenne seraient alors, automatiquement, remises en cause.

Maintenant, depuis que je parle haut et fort pour une sortie de l’Union européenne, ce sont désormais certains de mes camarades du PG, du PCF, d’Ensemble et du Front de Gauche ou de la Gauche en général, qui me disent que la sortie de l’Union européenne ne sert à rien si l’on ne change pas aussi la constitution. Et beaucoup de ces camarades me rappellent l’existence du Mouvement pour la 6e République ou des actions sur ce sujet du Parti de Gauche, de certain-e-s responsables de ce parti, ou d’autres acteurs à gauche…

Sachez que je suis convaincu, depuis très longtemps, par la nécessité, que dis-je par le caractère indispensable que revêt le changement de régime et de constitution. J’avais cette conviction chevillée au corps bien avant que n’existe Facebook ou ce blog… Vous saisissez ?

Les partisans de la 6e République sont donc idéologiquement mes ami-e-s, pour autant que cette 6e République soit celle que nous défendons au Parti de Gauche, au Front de Gauche et parfois au-delà de ce parti et de ce Front…

Mais je trouve stupide et totalement anachronique d’opposer les deux thématiques : sortie de l’Union européenne et changement de régime. Les deux vont  ensemble. Les deux DOIVENT aller ensemble. Nous devons défendre les deux, et le faire simultanément.

Certain-e-s de mes ami-e-s et camarades politiques en sont convaincu-e-s comme moi, d’autres ne le sont pas. Parmi les seconds, il y en a qui veulent à tout prix changer de régime et passer à la 6e République mais qui n’envisagent pas ou qui refusent ou qui craignent (il y a bien des nuances entre les un-e-s et les autres) la sortie de l’Union européenne.

Mon avis est qu’ils se trompent et font une erreur stratégique majeure. Changer de régime et mettre en application une constitution nouvelle telle que nous la souhaitons sans sortir de l’Union européenne ne réglera pas les problèmes car il y aura toujours alors bien des contradictions entre les dispositions de cette constitution nouvelle et les dispositions des traités européens. Si notre constitution prévoit, comme certain-es le préconisent (j’en suis !) que les traités, fussent-ils « régulièrement ratifiés » (et, même si, cette fois, c’est au sens authentique et honnête du terme), il faudra continuellement se poser des questions juridiques et constitutionnelles et trancher des conflits et des controverses, car vous comprendrez tous et toutes très aisément qu’une telle constitution nouvelle, si elle est comme nous le voulons, s’opposera au régime juridique, politique, économique, géopolitique qu’incarne l’Union européenne. Et sauf à vouloir densifier à l’extrême la justice constitutionnelle française, et donner ainsi du travail, par millions d’heures, à des milliers de magistrats constitutionnels chargés de juger de tous ces conflits juridiques, une telle opposition est intenable. En droit, il est nécessaire qu’existe une certaine sécurité juridique. C’est même un principe général du droit. Il implique que les règles (prescriptives et prohibitives) soient assez claires pour régir les situations, et assez stables aussi !

Il faut donc trancher le dilemme sans s’en remettre uniquement à l’avis des juges. Et donc il faut décider entre deux alternatives  :
Soit on veut que le peuple français redevienne souverain – et on le prévoit avec une nouvelle constitution – alors, en cohérence avec ce choix, on doit prendre une décision très claire de sortie de la République française de l’Union européenne, sans finasser, sans tergiverser, sans nous limiter à prévoir une « désobéissance aux traités », hypothèse qui ne veut rien dire concrètement et souffre donc d’un déficit criant de crédibilité.
Soit on tient à l’Union européenne pour quelque raison que ce soit, et alors on ne saurait désirer que nous changions de régime et de constitution, surtout pas pour en mettre en place une autre qui serait démocratique, puisque le système de l’Union européenne, par essence, s’oppose à la démocratie voire à la logique même d’une constitution puisque au sens de l’article 16 de la déclaration française des droits de l’homme et du citoyen : « Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n’est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution. » Or, c’est une gageure que de soutenir que l’Union européenne « assure la garantie des droits » et « détermine la séparation des pouvoirs »…

Et oui, camarades ! Il faut réellement choisir entre deux alternatives radicalement différentes et mêmes opposées. Ce sont bien deux choix de société tout à fait antinomiques. On ne peut à la fois souhaiter – et appeler à – un changement de régime politique en France et défendre, dans cet esprit, un changement de constitution, et dans le même temps expliquer que sortir de l’Union européenne n’est pas souhaitable, ou n’est pas sérieux, ou n’est pas responsable, ou n’est pas conforme à nos aspirations et principes de gauche, ou je ne sais quoi encore… On ne peut avoir l’un et l’autre.

L’idée que je défends – et le raisonnement que je mets en avant pour lui donner force – est bien que nous devons À LA FOIS :
1/ changer de régime politique et donc substituer à la détestable et nuisible constitution de la 5e République, quasi monarchique et oligarchique,  une constitution nouvelle de la 6e République qui soit enfin celle de la PREMIÈRE VÉRITABLE DÉMOCRATIE,
2/ sortir de l’Union européenne et de quelques autres alliances et organisations d’essence atlantiste et capitaliste.

Et faire cela c’est tout autre chose que de nous renfermer sur nos frontières dans un esprit chauvin et nationaliste, raciste, xénophobe, quasi fasciste, contrairement à ce que disent certains crétins incultes ou bornés et à ce que répètent certains perroquets, larbins de nos ennemi-e-s et griots du capitalisme ou de l’atlantisme.

Si c’est un jour le FN, ou de vrais nationalistes, ou de vrais néofascistes, ou de vrais racistes, qui ont la main pour sortir la République française de l’Union européenne, alors oui, on peut craindre le pire, car ce qu’il en sortira ne sera vraiment pas bon. Leur dessein n’est pas de rendre le pouvoir au peuple, ni de faire son bonheur. Et il n’est pas de rendre le peuple français puissant pour que nous soyons de nouveau en mesure de parler au monde et d’aider le monde à aller mieux, en assistant les autres peuples ou en s’inspirant d’eux et en leur donnant une audience qu’ils n’ont pas forcément parce qu’ils sont moins puissants que nous.

Par contre, si c’est NOUS, la Gauche de combat, la Gauche qui se bat pour « la Sociale », la Gauche qui se bat pour la démocratie et la République, la Gauche qui se bat pour l’humanisme, la Gauche qui se bat pour la laïcité, la Gauche qui se bat pour la justice et la défense authentique des droits de l’être humain et de l’animal, la Gauche qui se bat pour que le monde opère la grande bifurcation écologique rendue indispensable à notre survie collective,  la Gauche qui se bat pour que soient universellement reconnues les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, la Gauche qui se bat pour la paix, non comme des pacifistes bêlants mais comme des responsables sérieux instruits de la géopolitique telle qu’elle est et telle qu’elle régit les relations internationales, si c’est NOUS, cette Gauche-là, qui avons les rênes du pouvoir constitutionnel dans l’État de la République française au moment où la question sera posée, alors il n’en sortira que du bien.

Car notre rêve n’est pas d’asservir mais de libérer et d’émanciper. Notre tâche n’est pas d’abrutir les citoyen-ne-s mais de les éduquer et de faire croître en eux l’esprit de citoyenneté. Notre aspiration n’est pas de défendre les intérêts particuliers, fussent-ils les nôtres, mais de servir l’intérêt général sans brimer l’individu et sans le contraindre au-delà de ce qui est acceptable aux yeux de tous. Notre souhait n’est pas de revenir au Moyen-Âge mais de rallumer les lumières. Il n’est pas de maintenir le système honni mais de le détruire au profit d’un autre acceptable par tous. Notre action ne sera pas d’imposer des lois scélérates et des régressions de civilisation permanentes contre la volonté générale mais de remettre le droit au bonheur de tous au sommet de la hiérarchie des obligations des pouvoirs publics.

Du débat Mélenchon-Zemmour, de la référence à Georges Marchais et au général De Gaulle, de la question de l’immigration et de l’économie…

Un de mes contacts sur Facebook a écrit :

« Le problème de MÉLENCHON est qu’il est internationaliste et pas communiste. Il est plus proche des positions libérales d’un COHN-BENDIT que les positions collectivistes de MARCHAIS. Aussi les patriotes communistes mexicains de 1964 grâce à leur positionnement idéologique ont une économie florissante alors que les anarchistes internationalistes ont traité MARCHAIS comme un chien galeux et un pestiféré. Résultat : le libéralisme pro UE. Moi je le dis VIVE MARCHAIS et même VIVE DE GAULLE. »

Et ceci : « Puis le jour où MÉLENCHON dira comme MARCHAIS, qu’il faut arrêter l’immigration on aura fait un grand pas. ZEMMOUR ne dit pas que des conneries, c’est même plutôt le contraire, il est très intelligent. »

Ces deux commentaires m’ont inspiré les réponses suivantes…

Quand tu dis que MÉLENCHON est plus proche des positions libérales d’un COHN-BENDIT que des positions collectivistes de MARCHAIS, c’est que tu ne l’as pas bien lu, écouté et compris car si l’on peut reprocher à MÉLENCHON certaines choses, ce n’est sans doute pas celle-là. Cette accusation est grotesque.

Quand tu dis « Vive MARCHAIS et même vive DE GAULLE », là je te suis. Ces deux personnalités-là, malgré leurs tares et leurs défauts, avaient un discours cohérent et, pour celui des deux qui fut un géant de notre Histoire, une pratique qui avait une dignité qu’aucun de ses successeurs n’a jamais ne serait-ce qu’approchée.

 En tant que partisan de la 6e, je suis logiquement un dénonciateur ardent de la 5e mais je n’ignore rien de la situation réelle qui veut que la 5e, dans sa version originelle, n’était pas la « 5e » actuelle.

 Moi, je considère que la 5e initiale, celle instituée par DE GAULLE, méritait déjà d’être dénoncée et critiquée, à la fois pour son contenu et pour les conditions, totalement scandaleuses, de son avènement (la crise du 13 mai, le quasi coup d’État suivi du coup de force politique, la rédaction de la nouvelle constitution contrôlée par seulement quelques personnes sans recours à ce qui aurait été légitime et démocratique : une Constituante, et bien d’autres raisons). Cela étant dit, le régime initial, même top autoritaire à mes yeux, n’avait pas tous les défauts qu’il a acquis par la suite. Notamment parce que celui qui était la « clé de voûte des institutions », formule chère au Général, exerçait le pouvoir dans un certain respect de la volonté populaire. Le peuple français a pu aller aux urnes tous les ans, pour une raison ou pour une autre, pendant la période où DE GAULLE était Président. Et le jour où le choix qu’il souhaitait voir approuvé fut désavoué, il s’en alla. Quelle dignité ! Aucun Président de la République française n’a jamais plus eu un tel panache. Donc je suis à la fois très critique de son œuvre sur certains sujets, mais aussi assez admiratif de l’homme, de son action comme chef de la France libre puis comme acteur de la restauration de notre grandeur, notamment dans sa lutte contre l’impérialisme de l’Empire états-unien.

Et si DE GAULLE n’était pas anticapitaliste, ce que je suis devenu moi-même et ce que sont mes camarades du PG et du Front de Gauche, en revanche, DE GAULLE avait une vision politique qui voulait que le politique commandait à l’économie et non pas l’inverse, ce qui le rapprochait un peu de MARCHAIS (puisque tu compares les deux, je le fais aussi). Le capitalisme est détestable mais le capitalisme enfermé dans un système d’économie mixte, comme c’était le cas alors, faisait bien moins de dégâts économiques et sociaux que celui, débridé, sans règle, sans principe humaniste, sans aucune décence, sans aucune rationalité économique et financière, que nous connaissons aujourd’hui, et ce, depuis désormais presque 45 ans. Il est facile de voir que c’est dès la fin de la période gaullienne que les choses ont mal tourné, avec POMPIDOU, le banquier de la banque Rothschild, qui était, en quelque sorte, un « ennemi de l’intérieur » en plus d’être un « allié objectif » de l’Empire états-unien. C’est lui qui a fait entrer le Royaume-Uni dans ce qui était alors la CEE. C’est lui qui a suivi la logique nixonienne du recours au marché pour financer l’État. Et peu à peu, tout le reste a suivi.

Quand tu dis que « ZEMMOUR ne dit pas que des conneries », qu’ « il est très intelligent », je suis presque d’accord. Presque car moi je ne dirais pas que ZEMMOUR est « très intelligent ». S’il était vraiment « très intelligent », à mon sens, il aurait choisi un autre chemin philosophique et politique. Mais passons car je ne dirais pas non plus qu’il ne dit « que des conneries ». Sans être « très intelligent », il n’est pas non plus un sot. Ce qu’il dit est en effet pensé, réfléchi. Il ne s’agit pas de propos stupides, de comptoir. Ce qu’il dit reflète une pensée, une idéologie, une vision, une lecture de l’Histoire et de la vie. Ce n’est pas la mienne. Ce n’est pas celle de MÉLENCHON . Ce n’est pas celle du PG ou du FdG. Et je ne crois pas que ce soit celle de la majorité des Français, malgré certaines apparences contraires.

Le problème avec ZEMMOUR, c’est qu’il manie, dans son raisonnement, des faits qui sont incontestables et des déductions qui, elles, ne le sont pas. Il a une vision de l’Histoire qui n’est pas rationnellement fondée. Il idéologise trop l’Histoire. Et nous analysons, nous-mêmes, certaines « vérités » historiques différemment de lui. Je ne vais pas ici disserter sur cela car ce n’est pas le lieu mais si je peux comprendre que certaines personnes, qui pensent à droite, ne se retrouvent pas dans la lecture que MÉLENCHON et nous, à gauche, faisons, il faut comprendre aussi que l’on ne saurait, nous, valider comme l’unique vérité absolue, la vision de ZEMMOUR et de la droite, ou plutôt d’une partie de cette droite. Si les faits peuvent être incontestables quand ils sont avérés, l’interprétation qu’on développe de ces faits, elle, est toujours susceptible d’être critiquée et soumise à des versions contraires.

Quand tu dis que « MÉLENCHON devrait, comme MARCHAIS, défendre l’arrêt de l’immigration », tu as tort, à mes yeux. Je sais que beaucoup de Français-e-s, si l’on écoute les medias mainstream qui ne cessent de le dire, voire si l’on discute avec les gens, ont cette idée-là. Nous n’ignorons pas, autour de MÉLENCHON et à gauche, qu’une partie des Français-e-s, souhaiteraient que l’on arrête d’accueillir chez nous des étrangers, voire qu’on en renvoie un certain nombre chez eux.

Nous n’avons pas cette vision. Quand on est à gauche, on a le sens de l’accueil et de la tolérance. Nous voulons une France ouverte aux autres, notamment à celles et ceux qui sont menacé-e-s dans leur pays, menacé-e-s dans leur vie, leur sécurité, leur liberté, leurs droits fondamentaux. Inutile de me ressortir la saillie célèbre de Michel ROCARD sur le sujet. Nous, nous refusons ce discours-là. Nous défendons un discours inverse. C’est ainsi. La démocratie impose que l’on puisse avoir une autre vision que la nôtre et que cette vision-là soit défendue, mais, à l’inverse, notre propre vision est tout aussi légitime.

Si, pour débattre sereinement de ce sujet hautement passionné, on écarte l’idée que celles et ceux qui refusent notre vision seraient simplement des racistes et des xénophobes, bien que ce soit aussi souvent le cas, mais qu’on leur reconnaît la dignité de fonder leur vision, non pas sur de tels ressentiments détestables, mais sur une logique économique, il y a alors matière à discuter.

L’idée qui est mise en avant, et qui n’est pas contraire à la vérité selon certains angles d’analyse, c’est que les immigrés conduisent à une régression du niveau des salaires de l’ensemble des Français, parce que cette population est moins exigeante que nous et qu’elle accepte donc de travailler à des conditions salariales et générales inférieures à celles que nous acceptons nous-mêmes et que nos lois garantissent encore quelque fois. Je dirais que :

1°/ Cela est vrai pour les immigrés clandestins beaucoup plus que pour les immigrés entrés légalement en France.

2°/ Il existe des moyens d’agir contre ce problème.

Sur le premier point, le problème est que des clandestins, pour pouvoir survivre, doivent à tout prix travailler et acceptent donc n’importe quel travail, dans n’importe quelles conditions. Comme ils sont clandestins, ils ne bénéficient pas des droits élémentaires des salarié-e-s et les employeurs indélicats (pour utiliser un terme poli car en fait ce sont de vrais salopards, exploiteurs, esclavagistes) font leur beurre sur leur misère. Il est possible et nécessaire de sanctionner pénalement et lourdement les patrons qui emploieraient ainsi illégalement et inhumainement des immigrés illégaux. Les sanctions devraient être suffisamment lourdes pour être dissuasives.

Au-delà, il y a la solution que NOUS préconisons depuis longtemps : la régularisation pour que ces immigrés, qui ont eu le courage de quitter leur pays pour trouver du travail et des moyens de vivre – et de faire vivre leur famille – décemment, puissent être armés légalement pour ne plus accepter de telles exploitations.

Alors on nous dit que de telles décisions seraient un appel à une immigration massive. Tous les exemples que nous connaissons disent le contraire. Là encore, je ne veux pas disserter des heures mais l’immigration ne dépend pas de la générosité ou de l’avarice du pays qui se trouve être le pays d’accueil. Ce qui amène les gens à immigrer, y compris clandestinement, repose sur d’autres fondations. Nous ne risquons pas d’être envahis mais par contre nous aurions la garantie de ne plus connaître l’exploitation honteuse des immigrés clandestins. Ceux-ci auraient les mêmes droits que nous.

Sur le second point, qui recoupe en partie la problématique du premier, le problème serait que les immigrés légaux viennent manger le pain des Français… Outre l’inanité d’une telle affirmation, il est utile de rappeler que si les patrons encouragent l’immigration, c’est justement parce qu’ils savent que les immigrés feront le travail aux conditions qu’eux, les employeurs, définissent. Mais il suffirait que la loi décide que les immigrés seront traités comme tout Français, qu’ils auront exactement les mêmes droits face à leurs patrons que tout Français, pour que les patrons n’aient plus envie de remplacer la main d’œuvre française par une main d’œuvre immigrée.

On entend souvent, chez les exploiteurs ou chez les réacs, ou chez les ignorants, ou chez les salopards, ou chez es crétins, que si par exemple le bâtiment ou la restauration recrutent autant d’étrangers, c’est que les Français, sont paresseux, tire-au-flanc, qu’ils ne veulent pas travailler, qu’ils refusent les emplois un peu pénibles, qu’ils préfèrent être payés par les assurances chômage… Ce discours-là, en plus d’être clairement idéologisé de manière détestable, est stupide et ne repose sur rien d’autres que sur quelques abus montés en épingle depuis des années, alors même que bien d’autres abus, dans d’autres domaines, d’ampleur sans commune mesure avec les précédents, ne sont pas, eux, pris en considération. Si les Français refusent en effet parfois de prendre les emplois disponibles, c’est parce qu’il est inacceptable, dans la situation économique de richesse de notre pays, que l’on doive travailler dans la peine, sur des amplitudes de durée trop longues, ou dans des conditions de travail inacceptables, pour des salaires ridicules. La solution n’est pas d’aller chercher des esclaves plus dociles et moins exigeants, mais d’élever les exigences que les employeurs doivent respecter quand ils salarient des gens. Nous pouvons le faire. C’est le rôle de la loi. Et s’agissant du coût économique de cela, il peut être couvert par une refondation totale de notre système de pensée économique et fiscal. On en vient alors à la question essentielle, fondamentale entre toutes, d’un autre partage des richesses, que nous défendons, nous, autour de Jean-Luc MÉLENCHON, nous au Parti de Gauche, nous au Front de Gauche, et je sais qu’il y a des Français, qui ne se définissent pourtant pas comme étant de gauche, qui pensent exactement comme nous, sur ce point.

L’économie est florissante quand les richesses créées par tous circulent. Elle dépérit quand une petite caste oligarchique confisque l’essentiel à son seul profit. Une économie est en développement stable et se trouve viable et saine quand les entreprises qui font des bénéfices réinvestissent largement leurs gains pour se développer et pour mieux payer leurs salariés, tous et pas les quelques personnes autour du N°1 de l’entreprise. Inutile d’expliquer longtemps que si les petits salariés voient leur rémunération croître, ils l’utiliseront, soit en consommant, soit en épargnant. Dans les deux cas, les gains seront remis immédiatement en circulation. Tandis que lorsque les plus gros gagnent encore davantage, non seulement ils ne réinvestissent pas ces gains dans l’économie réelle, mais en outre ils placent leurs fortunes dans des paradis fiscaux étrangers à la France. Ils volent donc purement et simplement le fruit du travail de tous et détournent la richesse collective du pays. Il s’agit là ni plus ni moins que de vol, d’escroquerie, de détournement de fonds. Ce pourrait être pénalement sanctionné en plus d’être politiquement discrédité.

C’est le système qui permet cela qui doit impérativement être revu et radicalement transformé. Ce sera à la loi de fixer en conséquence des salaires minimum beaucoup plus hauts qu’aujourd’hui, à l’inverse des salaires maximum beaucoup plus bas. Ensuite, par le biais de l’impôt, nous devrons tendre à une plus juste répartition des richesses. Devant ces engagements que nous prenons, certains hurlent comme des vierges qu’on effaroucherait ou des porcs qu’on violenterait. Mais il ne s’agit pas pour nous de mettre tout le monde au même niveau. Il demeurera des différences entre les uns et les autres. Les patrons et les salariés ne seront pas payés le même salaire. Les « grands » patrons gagneront toujours plus que les « petits ». Mais les écarts scandaleux que nous connaissons seront fortement réduits. Et nous reviendrons sans doute à des logiques plus raisonnables et plus humanistes. Il n’y aura plus, avec nous, de compétition pour gagner toujours plus, surtout si c’est au détriment des autres… Peut-être que le patron qui prendrait de véritables risques, non pas des risques contestables du genre de ceux qui jouent en bourse, mais des risques résultant de la tentative d’ouvrir de nouveaux chemins pour le développement de son entreprise et donc pour l’intérêt général à la fois de son entreprise, de ses salariés et de l’économie du pays tout entier, serait gratifié d’une « prime ». Mais les retraites-chapeaux, les stocks-options et autres exemples de confiscation insolente ne seront plus possibles, surtout quand ils sont au bénéfice de gens qui n’ont plus rien à voir ni avec des employeurs, ni avec des chefs d’entreprise, mais qui ne sont plus que des financiers traitant les êtres humains comme des choses.

La fiscalité française sera revue de fond en comble, aussi bien la fiscalité nationale que la fiscalité locale. Le principe qui la gouvernera sera l’égalité. Dans l’esprit de l’article 13 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, la contribution de chacun sera « également répartie entre les citoyens, en raison de leurs facultés ». Je rappelle que le président états-unien Franklin Delano ROOSEVELT, qui n’était pas un communiste, même s’il était sans doute plus à gauche que beaucoup de ceux qui l’avaient précédé et qui lui ont succédé, avait, pendant les années trente, élevé l’impôt de la tranche supérieure à 90%. Oui, 90% pour les plus riches. Aux États-Unis. Dans la vie réelle… Même en France, avant que François MITTERRAND ne soit élu en 1981, le taux d’impôt pour les plus riches était de l’ordre de 70% je crois. Or, nous étions sous la présidence de Valéry Giscard d’ESTAING qui n’était pas précisément un bolchévique…

Oui, nous reviendrons à cette logique qui veut que les très riches paient beaucoup car lorsqu’on ponctionne un petit salaire de 5 à 10%, c’est bien plus cruel et injuste que lorsqu’on ponctionne un multimillionnaire à 50/60/70/80 ou même 90 %. Et il lui en restera toujours beaucoup plus qu’au premier. Oui, nous estimons qu’il y a une décence humaniste qui impose que l’on décide d’un seuil maximal de rémunération. La vie ne se résume pas au fric. Le but d’une vie terrestre n’est pas seulement d’amasser des millions, des milliards dont on ne sait que faire ensuite et dont on prive, tous les autres. Alors même que des milliards de gens souffrent de pénurie, de misère, de faim, de mal-logement, de mal-nutrition, d’absence de soins…

Cette répartition nouvelles des richesses permettra de financer non seulement le coût de l’immigration mais bien d’autres politiques de progrès pour tous. Et cette nouvelle fiscalité empêchera aussi, ce qui est de salubrité publique, que des familles ne deviennent des dynasties qui, génération après génération, maintiennent des milliardaires oisifs, parasites, qui pèsent sur la vie publique du pays et tendent à l’influer fortement sans avoir la dignité ou les titres pour cela.

En République, il doit être possible de gagner plus demain qu’aujourd’hui. Il n’est pas antagoniste avec la République que l’on cherche à avoir une meilleure rémunération et il est assez noble que des personnes cherchent à offrir à leurs descendants les moyens de subsister en cas de coup dur ou un petit coup de pouce pour débuter. Mais ce petit pécule ou ce petit coup de pouce ne doit pas être une montagne d’or. Nous refusons qu’existe dans notre République une « noblesse d’argent » qui, sauf accident, se perpétuerait toujours, génération après génération, sans que les successeurs de ceux qui l’ont initiée, n’aient de mérites particuliers. Certes, il y a parmi les milliardaires, des gens dignes et nobles de cœur qui profitent de leur situation personnelle avantageuse pour être utiles à la collectivité mais c’est moins d’être une règle générale et même quand ils le font, ils ne le font pas assez. Nous, à gauche, ne tolérons pas que le monde soit constitué de personnes vivant dans de tels écarts de richesse. Nous corrigerons cela. Plutôt qu’un bouclier fiscal empêchant que l’on conteste aux uns le « droit » d’amasser des fortunes qui manquent ensuite à l’intérêt de tous, nous instituerons un « bouclier social ». Il y a divers procédés pour y parvenir. On y reviendra.

Nous entendons que l’on puisse ne pas être d’accord avec nous. Nous sommes démocrates et nous n’imposerons rien par la force. Nous débattrons. Nous convaincrons. Ce sera la loi, expression de la volonté générale qui imposera ce que le peuple français, dûment informé, après en avoir longuement débattu, aura décidé collectivement. Sur ce point comme sur tous les autres…

Une réforme des territoires qui dissout la République – Par Francis Daspe* – Copyright Marianne

nouvelle carte régionale réforme Hollande 2014

Francis Daspe est président de la Commission nationale Education du Parti de gauche et secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée (Association pour la gauche républicaine et sociale – Prométhée). 

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Pour Francis Daspe, membre du Parti de gauche, la réforme territoriale imaginée par François Hollande marque une rupture historique : « Depuis la Révolution française, la République s’est construite sur le triptyque commune / département / Etat. On veut lui substituer un autre triptyque : intercommunalités / métropoles / grandes régions ». Selon lui, cette « dissolution programmée de la République aura pour conséquence de transformer les citoyens en une masse de consommateurs de la chose publique ».

Hollande, la République pour cible, tel est le titre de l’ouvrage co-écrit avec François Cocq (1). Pour qui n’avait pas lu le contenu du livre, il pouvait apparaître comme le témoignage d’une surenchère verbale. Le projet de réforme territoriale dévoilé il y a quelques jours par le président de la République nous épargnera d’une telle caractérisation. Notre analyse était juste.En préalable, rappelons-le : ces propositions s’inscrivent dans la continuité de la réforme des collectivités territoriales voulue par son prédécesseur Nicolas Sarkozy. Les départements sont programmés à disparaître à très brève échéance. Les communes voient leurs compétences réduites à peau de chagrin. Depuis la Révolution française, la République s’est construite sur le triptyque commune / département / Etat, comme échelons de la démocratie de proximité et cadres de l’expression de la souveraineté et de la solidarité. On veut leur substituer un autre triptyque : des intercommunalités, des métropoles et des grandes régions, l’ensemble devant se conformer aux conditions d’airain définies par l’Union européenne.En effet, à travers le projet que portera le gouvernement Valls, transparaît très nettement la volonté de faire passer la France sous les fourches caudines des canons idéologiques édictés par l’UE. La mise en adéquation avec les dogmes européistes est présentée comme la seule voie possible : concurrence libre et non faussée, compétition systématique des territoires, primauté de la loi du marché, privatisation inéluctable des services publics, extension de la sphère de la marchandisation, rabot de la prétendue rationalisation. Les grandes absentes sont les compétences sociales : au mieux elles sont réduites à des coquilles vidées de leur substance. La nouvelle règle d’or des territoires ainsi reconfigurés devient toutes les formes de dumping. Exit les notions de solidarité ou de cohésion.François Hollande a au moins raison sur un point. Il s’agit bien d’un grand chamboulement de l’architecture institutionnelle du territoire français. Un projet de société en découle naturellement. Cette réforme doit être comprise, non pas comme le seul prolongement des actes de décentralisation précédents, mais plutôt comme l’application au champ administratif et territorial du tournant libéral de 1983. Pour reprendre l’expression de l’époque, le projet de démocratie socialiste était alors mis entre parenthèse. Aujourd’hui, c’est l’héritage républicain matricé par la Révolution qui est mis en congé. La République une et indivisible permettait à une masse de sujets de devenir pleinement citoyens. Sa dissolution programmée aura pour conséquence de transformer les citoyens en une masse inorganisée de consommateurs de la « chose publique ».Dans la tribune adressée par François Hollande à la presse régionale le processus est à l’œuvre de manière éclatante : on ne discerne plus d’intérêt général, mais une multitude d’intérêts particuliers arrimés à des territoires en concurrence, dépouillés qui plus est de toute conscience collective que les objectifs de cohésion et de solidarité, même insuffisamment réalisés, structuraient tant bien que mal par le passé.Ce meccano territorial est clairement d’essence contre-révolutionnaire au sens premier du terme. Il favorise la re-féodalisation de la France, ce dont témoigne le succès de quelques grands barons féodaux qui ont été en capacité de faire prévaloir leurs intérêts particuliers. Il institue un nouveau bréviaire, celui de la compétitivité et de la concurrence, toutes deux érigées en dogmes de l’action territoriale publique.En conséquence, la régression démocratique sera d’ampleur. Saint-Just avait parfaitement perçu le lien entre l’organisation administrative du territoire et la capacité d’expression de la démocratie. Devant la Convention, le 15 mai 1793, il expliquait les bases sur lesquelles doit reposer tout découpage territorial. La division ne pouvait pas être attachée au territoire comme sous la monarchie. Si tel était le cas, « le peuple est divisé, la force du gouvernement se concentre, et le souverain épars se rapproche difficilement ». Il plaidait au contraire pour une division attachée aux hommes en s’appuyant sur les communes et les départements : « Si la division est attachée au peuple, ou par tribus, ou par communes, cette division, n’ayant pour objet que l’exercice des suffrages et de la volonté générale, le souverain se forme alors, il se comprime, et la République véritablement existe ».

C’est l’exact contraire que préconise le Président de la République. La « République contractuelle » en ouvrait la voie. Dans ce cadre, des contrats négociés se substituent à la loi commune à tous et égale pour tous. Une tentative avait déjà échouée par référendum le 7 avril 2013 : les Alsaciens avaient rejeté le projet d’intégration / disparition des deux départements au sein d’une seule et nouvelle entité territoriale dotée du droit d’expérimentation législative.

Contre toutes les formes insidieuses de dissolution de la République, il existe une solution incontournable : l’instauration d’une VIe République. C’est la condition sine qua non pour que les citoyens soient reconnus membres d’un corps politique dont découle l’unité du peuple, et non pas réduits à s’identifier à un territoire avec pour seul horizon des intérêts particuliers. C’est en cela que réside l’idéal de la République ouvrant sur l’universel porté par la reconnaissance en tous domaines du primat de l’intérêt général.

(1) Hollande, la République pour cible, François Coc et Francis Daspe, Ed. Bruno Leprince, avril 2014