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De 1995 à 2017… L’histoire serait-elle sur le point de rejouer une pièce similaire ? Sans doute en partie, mais en partie seulement j’espère…

Je crois depuis longtemps que ce que personne n’attend (à part NOUS les insoumis) va se produire…

Je me rappelle très bien de l’année 1995 où Chirac a devancé le candidat dont tous les medias disaient qu’il pouvait « être élu dès le 1er tour » et que Chirac devait « se retirer » pour rendre cette victoire possible, parce que Chirac « n’avait aucune chance de figurer au second tour ».

Chirac, comme Mélenchon jusqu’à janvier dernier, était donné à plus ou moins 10% jusqu’en janvier 1995 (il s’était déclaré candidat le 4 novembre 1994 via une interview dans La Voix du Nord).

Selon les medias, qui étaient alors en pâmoison devant Jacques Delors (avant que celui-ci ne décide finalement de ne pas être candidat et le dise lors de l’émission 7/7 d’Anne Sinclair le 11 décembre 1994, provoquant le désarroi, la détresse, la déprime de presque tous les mediacrates) «Chirac n’avait aucune chance ». Tout se jouerait forcément, selon eux, entre Delors et Balladur, deux candidats « responsables », « réalistes », « raisonnables », « modérés »… Vous connaissez leur vocabulaire, n’est-ce pas ! 😉 Tous les sondages disaient la même chose…

Selon ces medias, Chirac « allait faire perdre la droite » incarnée, naturellement selon eux, par Balladur. Et il ne cherchait là qu’à « se mettre en valeur » et à « perturber » le jeu électoral normal. À les entendre, Chirac aurait eu un « ego » surdimensionné et ce n’est que par « malveillance » envers son « ami de trente ans » qu’il agissait, pour ne pas rendre possible qu’un autre que lui l’emportât… N’avez-vous pas le sentiment d’avoir entendu à peu près le même genre d’arguments ces derniers mois à l’encontre de Mélenchon ? 😉

Pour le « cercle de la raison » de l’époque, Balladur était le dirigeant qu’il fallait à la France. Et Alain Minc, qui parla le premier de ce « cercle de la raison », était d’ailleurs un de ses principaux soutiens. Comme c’est curieux !

Or, pour Chirac, pour les chiraquiens, et pour beaucoup d’autres au-delà, Balladur incarnait, jusqu’à la caricature, la droite libérale et atlantiste, le système oligarchique, la caste, le grand patronat, et tout ce qui était détestable aux yeux des Français.

Vous avez peut-être oublié – ou les plus jeunes l’ignorent car c’est de l’histoire ancienne (et pas le genre de trucs qui font la grande histoire…) – mais Sarkozy, déjà, était son principal soutien… Et, déjà, il était tel que celui qu’on aura à subir une décennie plus tard ! Même aux yeux d’une partie de la droite, il était une tête à claques ! Et même dans le camp Balladur, il y avait beaucoup de gens qui ne pouvaient pas le voir en peinture ! Pourtant, ils ont dû se le fader !

Le candidat Chirac d’alors, comme son projet (lequel était largement inspiré par Philippe Séguin et par Emmanuel Todd) était de nature « gaullisme social » et « indépendantisme ». Ce qu’il avait défendu dans sa campagne n’avait pas grand-chose à voir avec l’action de Balladur comme Premier ministre et le projet que ce dernier portait pour l’avenir. Il incarnait une autre droite, beaucoup moins détestable que celle rangée derrière Balladur. Je trouve, sur ce point, matière à comparaison en ce sens que Mélenchon incarne, depuis des années, une autre gauche que celle qui a été au pouvoir, une gauche moins détestable précisément, une gauche moins atlantiste, moins libérale…

Nous connaissons la fin de cette histoire : Balladur finit 3ème et ne fut donc même pas présent au second tour ! Les medias avaient eu raison sur un point mais un seul : Chirac avait bien empêché Balladur d’accéder au pouvoir suprême ! Mais ils avaient eu tort de penser et de répéter, sur tous les tons, y compris les plus insultants et les plus odieux, que Chirac n’avait qu’une seule chose à faire : se retirer, se soumettre, se rallier. 😉

Or Chirac avait eu raison de tenir tête, de ne pas plier, de ne pas se rallier, de défendre ce en quoi il croyait (qui était d’ailleurs très différent de ce que portait Balladur, aussi bien sur l’économie, la société que la géopolitique…). 😉

Les seuls combats que l’on est sûr de perdre sont ceux qu’on ne mène pas.

Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu.

Chirac commença à grimper dans les sondages en janvier 1995, à la suite de ses discours qui attiraient de plus en plus de monde… Tiens, tiens… 😉

Dès qu’il se déclara officiellement candidat, en janvier 1995, Balladur commença, lui, à dégringoler de son piédestal. Dans une séquence télé absolument inimaginable tellement elle incarnait l’esprit monarchique (il faut revoir cette vidéo où Balladur, Premier ministre, parle, assis à son bureau de Matignon, l’air grave, comme un dauphin qui considère que devenir Président de la République est naturel pour lui, que c’est même un dû, et que faire campagne ne sert à rien vu qu’il est déjà élu, à écouter les medias et les sondages). Tiens, tiens… 😉

C’est pourtant lui qui fut désavoué par le peuple et c’est Chirac, que tout le monde ou presque voyait et décrivait comme le « nul » qui ne pouvait gagner, qui lui passa devant, avant de l’emporter au 2nd tour…

J’ai bien le sentiment que cette histoire est sur le point de se répéter. D’ailleurs, le phénomène a déjà commencé. Tout le monde le voit… Sauf que, cette fois, en lieu et place de Balladur, on a Macron, et que Chirac est à trouver en Mélenchon… Tandis que Hamon joue un peu – mais un peu seulement – le rôle de Jospin en 1995. Oui, un peu seulement car Jospin finit en tête au 1er tour de 1995 et ne perdit qu’au second tour, ce que Hamon ne réitèrera pas.

Les guignols de l’info en faisaient des tonnes alors sur la montée de Chirac dès le début de 1995 et le tassement – puis la descente – de Balladur, jusqu’au jour de février où l’on assista au croisement des courbes entre les deux candidats de la droite… Ceci se produisit d’ailleurs très peu de temps après la déclaration de candidature de Sa Courtoise Suffisance (surnom qui était donné à Balladur par le Canard enchaîné) comme quoi les Français avaient bien saisi qui était Balladur, ce qu’il voulait, ce (et ceux) qu’il représentait…

Je me souviens notamment de cette « discussion » entre les marionnettes de Philippe Alexandre et de Serge July, tous deux hallucinés par pareille situation politique, totalement inattendue, totalement anachronique à leurs yeux… On était dix ans avant 2005 et déjà ils affûtaient leurs arguments contre les « populistes » et les « démagogues » menaçant de détrôner les seuls candidats « acceptables » à leurs yeux !

Je me souviens aussi de certains commentaires du genre : « l’hypothèse d’un Chirac se hissant au second tour cesse d’être jugée ridicule et impossible pour devenir envisageable et crédible ».

Et oui ! Comme pour Mélenchon aujourd’hui, finalement ! 😉

Et, comme en 1995, je pense que la fin de l’Histoire en 2017 sera favorable à celui qui ne pouvait que « perdre » et « empêcher son camp de gagner »…

Certes, en 1995, le FN n’exerçait pas la même pression qu’aujourd’hui. Mais tout de même, il finit 4ème à 15% des voix (4 571 000 suffrages). Beaucoup de commentateurs expliquèrent alors  que c’est grâce à la candidature de Philippe de Villiers (qui obtint presque 1,5 million de voix soit 4,74% des suffrages exprimés) que Le Pen fut privé du 2nd tour. Il est délicat de l’affirmer avec certitude car on ne peut dire exactement comment se seraient répartis les électeurs de De Villiers s’il n’avait pas été candidat. Un certain nombre auraient sans doute choisi Le Pen mais pas tous. Certains seraient allés avec Chirac, d’autres avec Balladur ou un autre candidat, et d’autres encore se seraient réfugiés dans l’abstention ou le vote blanc et nul.

Mais cette force du FN en 2017, bien que supérieure aujourd’hui à celle qu’elle était alors en 1995, ne me semble pas de nature à empêcher le surgissement de Mélenchon au second tour.

Je pense même, de plus en plus, que le second tour fera s’affronter Le Pen et Mélenchon. Parce que les deux candidats que sont Macron et Fillon qui, aujourd’hui, dépassent Mélenchon dans les sondages, vont s’effondrer ou en tout cas s’effriter suffisamment pour que Mélenchon crée la surprise. Macron parce que c’est une bulle mediatique sans aucune assise populaire comme on commence à s’en rendre compte, y compris en haut lieu, et Fillon parce que ses affaires le plombent aux yeux des siens et que son projet ultra-réactionnaire a bien été perçu comme tel par les Français. Fillon, le croque-mort ne peut susciter l’adhésion.

En outre, je crois vraiment, et de plus en plus, que cette partie de l’électorat du FN qui choisissait Le Pen à défaut de trouver à gauche une vraie parole de rébellion, et de vraies propositions de révolution citoyenne, vont désormais se tourner vers Mélenchon, ce qui réduira d’autant l’assise de Le Pen. Parce que l’essentiel de l’électorat de Le Pen est composé de gens qui votent avec leurs pieds, et qui expriment un message de colère. Or il semble que ces temps-ci, Mélenchon incarne mieux que personne, et surtout bien mieux que Le Pen, la volonté irréductible de pratiquer le dégagisme !

Le positionnement de Mélenchon, désormais hors parti, parlant à tous, ne représentant plus seulement la gauche, ne se souciant plus des étiquettes ou des affinités mais des idées, et le fond de son projet (l’intérêt général humain) comme son esprit (l’insoumission et l’indépendantisme) parlent de plus en plus – et de mieux en mieux – à certains Français plutôt classés à droite et à beaucoup de ces gaullistes sociaux dont nous nous rapprochons sur bien des sujets. Cela a déjà commencé. Nous le constatons.

Enfin, je crois aussi que Mélenchon va attirer à lui des millions de nouveaux électeurs venus de nulle part sinon de l’abstention de longue durée. Cela a déjà commencé. Nous le voyons. Nous rejoignent déjà, ou nous disent qu’ils voteront pour Mélenchon, de plus en plus de citoyens écoeurés par la politique mise en œuvre depuis des années et par ceux qui la font.

Une fois que Mélenchon aura été élu, à la surprise de beaucoup, je tiens par contre à ce que la suite de l’histoire de 1995 ne se répète pas… Et que le nouveau Président de la République tienne ses engagements, contrairement à celui élu en 1995.

Je tiens à ce que le Président Mélenchon ne nomme pas à Matignon une personne qui le conduira – et le convaincra – à changer de discours et à remettre en cause ses engagements de campagne parce que « maintenant qu’on est au pouvoir, on ne peut plus ni parler, ni agir comme avant », parce que « il faut du temps pour que les choses se fassent », parce que « nous ne pouvons brusquer nos partenaires européens » etc. etc. etc. bref tous ces arguments bidons que l’on nous sert toujours pour justifier une reddition sans jamais la reconnaître…

C’est bien ce qui s’est produit en 1995 avec un Premier ministre Juppé qui a décidé que sa politique ne respecterait pas l’esprit – et encore moins la lettre – du projet chiraquien, parce que « le déficit du budget était calamiteux », parce qu’il fallait « d’abord réduire la dette », parce qu’il fallait d’abord « créer des richesses avant de les partager » etc. etc. etc. tous ces arguments que l’on connait si bien mais qui étaient précisément ceux que le candidat Chirac avait violemment dénoncés pendant sa campagne quand c’est Balladur qui les utilisait…

Ah ! Si Chirac, au lieu de nommer Juppé – le fils prodigue qui n’avait rien apporté en termes d’idées à la campagne – avait choisi Séguin – qui lui en était un pilier – tout aurait été différent !

Mais embarqué sur le navire piloté par Juppé, et manifestement sous l’emprise affective ou intellectuelle de celui que certains appelaient « Amstrad » (du nom de très anciens ordinateurs…), Chirac ne pouvait qu’aller à l’écueil !

Le navire sombra en 1997. Juppé voulut la dissolution de l’Assemblée Nationale, il l’a eue ! Chirac lui fit ce plaisir. Mais en fait de dissolution de l’Assemblée Nationale, c’est le gouvernement Juppé, et Juppé lui-même, qui furent dissous… Je me suis souvent amusé à dire que Chirac avait dissous Juppé en 1997. Beaucoup pensent qu’il ne vit rien venir… Si ce « il » est Juppé, c’est évident ! Par contre, je ne m’aventurerais pas à affirmer que Chirac était inconscient de ce qui se tramait… Je pense même que l’animal politique qu’était Chirac (ce que n’était pas Juppé) a eu conscience que le peuple rejetait massivement la politique de Juppé et que, ne pouvant peut-être pas, pour nombre de raisons, se défaire de lui de sa propre volonté, il remit aux Français le soin de l’y contraindre… Comme en plus Juppé la voulait sa dissolution, ça tombait à pic !

Bref, j’espère que nous ne rééditerons pas ce genre « d’expérience hasardeuse » pour reprendre les termes ironiques de Jospin au sujet de la dissolution ! Le prochain Premier ministre devra impérativement être une personne du premier cercle de Mélenchon, et une personne qui aura une volonté politique en tous points égale à la sienne. La moindre différence entre eux sera évidemment utilisée contre nous tous. Nous savons d’expérience que tous les binômes de l’Exécutif de la 5e République (je parle hors périodes de cohabitation) ont fini par se contredire, se concurrencer, se défier ou s’opposer.

C’est dans les gênes mêmes de ce régime qui était bancal dès le 1er jour puisque le Président était désigné comme un simple arbitre alors que celui qui l’était alors était un personnage exceptionnel ne pouvant évidemment pas se contenter d’un tel rôle secondaire… Et la constitution répartissant les pouvoirs entre les deux têtes de l’Exécutif n’avait pas séparé clairement les choses, donnant par exemple au président la qualité de chef des armées mais au Premier ministre la responsabilité de diriger la politique de défense de la nation. Et qui était le chef du gouvernement ? Le Premier ministre bien sûr. C’est ce que dit le texte de la constitution qui ajoute que c’est lui (et donc pas le Président de la République) qui fixe la politique de la nation. Mais le chef du gouvernement, n’est-ce pas d’abord le Président de la République puisque c’est lui qui nomme le Premier ministre et les ministres, que c’est lui qui donne les grandes orientations, que c’est lui qui peut dissoudre l’Assemblée, que c’est lui qui peut recourir au référendum ?

Bref, en raison du contexte dans lequel ce texte a été élaboré, et en raison aussi et surtout des contradictions entre les rédacteurs, eh bien il fut choisi un compromis. De Gaulle se disait qu’il ne prendrait pas grand risque à concéder certains pouvoirs au Premier ministre puisque tant que lui serait à la tête de l’État, n’importe quel Premier ministre devrait être à ses ordres, sinon en droit, du moins dans les faits. Et c’est bien ce qui s’est passé…

Et pas que sous De Gaulle d’ailleurs ! En effet, ce principe fut valable sous tous les Présidents de la République, à tel point que la relation entre les deux têtes de l’Exécutif fut parfois des plus orageuses… Doit-on rappeler la relation entre le président Pompidou et le Premier ministre Chaban-Delmas ? Ou celle entre le président Giscard et son Premier ministre Chirac ? Ou encore celle entre le Président Mitterrand et son Premier ministre Rocard ?

Et même quand l’orage n’était pas là, on peut dire au minimum que le système mediatique ou politique a tout fait, parfois avec succès, pour saboter la confiance qui pouvait exister à l’origine entre le Président et son Premier ministre. Cela s’est produit entre De Gaulle et Michel Debré, puis entre De Gaulle et Pompidou, puis entre Giscard et Barre, puis entre Mitterrand et Fabius, puis entre Chirac et Juppé. Inutile que je cause ici de la relation entre Sarkozy et Fillon… Même Hollande et Valls ont alimenté cette histoire éternelle…

On ne peut avoir deux têtes à l’Exécutif. Soit on en a une seule, soit on a une collégialité, mais mettre deux personnes au sommet du pouvoir et leur conférer des pouvoirs « croisés » voire contradictoires, c’est mettre d’entrée de jeu la discorde dans la maison commune. Or, ainsi que l’a dit le président Lincoln, certes en d’autres circonstances (à savoir celles qui précédaient la guerre de Sécession) « une maison dans laquelle règne la discorde ne peut pas tenir debout ».

J’ai pleine confiance en Mélenchon pour choisir la bonne personne pour Matignon. Mais j’ai aussi quelques inquiétudes quand je suis depuis des années tel ou telle de son entourage direct… Je crains fort qu’il n’y ait, dans cet entourage, quelques Yannis Varoufakis,  ou autres du genre de ceux qui, à Syriza, ont amené Tsipras à renier ses engagements pour rester dans l’UE…