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La victoire de Benoît Hamon à la primaire socialiste ne change rien pour nous ! Par Ramzi Kebaïli- Le 30/01/2017

Pour nous citoyens insoumis de la 1ère heure, le nom du candidat PS ne change rien. Si nous soutenons Jean-Luc Mélenchon, en y dépensant toute notre énergie militante, c’est pour construire ce pôle de radicalité citoyenne et souveraine qui est le seul à même de sauver la France du système PS-LR-FN.

Nous revendiquons notamment la sécurité sociale intégrale, la constituante, la règle verte, et en préalable la sortie de l’OTAN et des traités européens qui est la condition indispensable pour mener toute politique alternative.

Nous avons fait le deuil du PS depuis bien longtemps car nous savons que le PS est un parti de menteurs qui une fois au pouvoir mène la politique dictée par l’UE, point barre.

Si il y a un « problème Hamon », ce n’est donc pas le nôtre, nous les insoumis de base. C’est uniquement un problème pour tous ces apparatchiks qui croyaient acquise l’implosion du PS et qui n’ont rejoint Mélenchon que pour obtenir des postes. Et ce, en bafouant systématiquement les règles de la France insoumise, y compris au plus haut niveau, et en tentant d’infléchir la ligne de notre mouvement pour en faire une « nouvelle gauche socialiste » promettant une « Europe sociale » qui n’a jamais existé et n’existera jamais. Ces tristes sires vont à présent quitter le navire, et chercher des postes chez Hamon. Bon débarras ! Nous allons pouvoir reprendre notre campagne pour la souveraineté nationale, populaire et citoyenne incarnée uniquement par Jean-Luc Mélenchon. En avant !

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Soutenir Mélenchon ? Entretien avec Frédéric Lordon – Là-bas si j’y suis – Le 27/01/2017

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Pour écouter la vidéo, c’est ici.
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Note de Vincent Christophe Le Roux : Ma camarade Christine Duplaissy, est comme moi, une inconditionnelle de Frédéric Lordon. On peut dire, je crois, que nous sommes comme des élèves du maître… Et à ce titre, nous nous efforçons : 1/ de ne rien louper des écrits et des interventions mediatiques de Frédéric Lordon, 2/ d’en bien comprendre le sens et la portée (je pense que nous ne nous débrouillons pas mal), 3/ d’en proposer les retranscriptions écrites lorsqu’elles n’existent pas, afin que tout le monde puisse prendre connaissance de la pensée de cet intellectuel à nulle autre pareille.
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Une nouvelle fois, Christine Duplaissy a fait ce travail de retranscription à partir de l’entretien d’hier, vendredi 27 janvier 2017 organisé par l’équipe de Là-bas si j’y suis de Daniel Mermet. La question qui a été posée à Frédéric Lordon était “Soutenir Mélenchon ?”
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Il ne s’agit pas encore d’un soutien au sens où on l’entend d’ordinaire. Frédéric Lordon a toujours souhaité rester en dehors des alliances politiques. Il a toujours cherché à rester libre, y compris à l’égard de celles et ceux dont il pouvait peut-être, se sentir proche.
Ce qu’il dit dans cet entretien est donc d’autant plus important et ses paroles contiennent une force gigantesque pour celles et ceux qui en discernent le sens et la portée. J’espère que Jean-Luc Mélenchon lui-même saura en apprécier la saveur…et les conséquences positives pour lui, à condition toutefois qu’il se rapproche encore davantage de la pensée de Frédéric Lordon, ce qui serait, pour lui, la garantie d’un succès électoral.
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Je signale que Frédéric Lordon achève l’entretien sur cette idée fondamentale aux yeux de Christine Duplaissy, de moi-même et de beaucoup d’autres : à savoir que même si Mélenchon était élu Président de la République, nous devrions tenir la rue, et nous mobiliser massivement à la fois pour exprimer notre soutien, et pour exercer une pression très forte sur le nouveau pouvoir sorti des urnes…
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Je laisse la parole à Frédéric Lordon.
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Frédéric Lordon : Alors, les prochaines élections… Je dois dire que, les années passant – et ça fait un moment que j’ai arrêté de voter pour ce qui me concerne – j’en suis venu, vraiment, à considérer que la pantomime électorale, dans le cadre des institutions de la 5ème République, était une affaire nulle et non avenue ! Et, d’un certain point de vue, ce qui s’est passé sur « Nuit Debout » était l’expression de cette disposition d’esprit. Jouer le jeu, dans ces institutions, est une affaire, soit perdue d’avance, soit entièrement privée de sens…
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Daniel Mermet : Comme une caution, en fait ?
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Frédéric Lordon : Oui, voilà, c’est ça ! Mais la seule question politique vraiment pertinente à poser, c’est la transformation des institutions politiques en cessant immédiatement de les cautionner par notre participation.
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Et puis, contradictoirement…
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Daniel Mermet : Ah ?
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Frédéric Lordon : Oui ! Contradictoirement, je pense que c’est une élection à nulle autre pareille. Je pense que cette élection soulève des enjeux politiques d’une intensité que l’on n’a pas vue depuis 1981, et peut-être même supérieure, et que, par là, d’ailleurs, elle s’annonce d’une redoutable violence !
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Alors, où sont localisés ces enjeux, qui font, peut-être, la singularité de cette élection ? Pour l’instant, je vais essayer de rester aussi analytique que possible.
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Là où un enjeu surgit, c’est autour de la candidature de Mélenchon ! Bon ! Voilà ! Alors, on peut avoir toutes les réserves du monde vis-à-vis de Mélenchon, de sa personnalité ou de ses orientations politiques, etc. et on en discutera éventuellement tout-à-l’heure. Mais, il y a au moins une chose, si l’on regarde le paysage avec un tant soit peu de distance, qu’on ne peut pas ne pas reconnaître : c’est qu’il est le porteur, pour la première fois depuis très longtemps – bon, allez, y’a eu 2012 évidemment – mais pour la première fois depuis très longtemps, il est porteur d’une différence significative de gauche dans le paysage de l’offre politique, et ça, ça n’est pas RIEN !
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Qu’il y ait une différence significative installée dans le paysage politique, cela, on le sait depuis longtemps : c’est le F.N. ! Bon ! Mais c’était la seule, qui prospérait, évidemment, sur l’indifférenciation générale, cela va sans dire !
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Mais là, pour une fois, il y a une différence qui peut retenir notre attention, et retenir l’attention de tous les gens qui se reconnaissent authentiquement de gauche.
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Et nous voyons bien que nous vivons une conjoncture très particulière dans laquelle précisément l’arrivée de cette différence peut, peut-être, produire des effets.
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Cette conjoncture très particulière, elle se signale par un symptôme caractéristique qui est la confusion générale. On peut en donner plein de signes :
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des électeurs de gauche se mettent le cervelet au court-bouillon pour savoir s’ils vont aller voter à la primaire de droite. Là, c’est qu’il y a un truc qui ne va pas !
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– Les médias eux-mêmes sont sujet à cette très grande confusion, parce que, à force de prendre baffe sur baffe, le niveau de contestation monte, et ils ne peuvent pas ne pas l’intégrer d’une certaine manière ! Ils se rendent compte que tout ce qu’ils disent est voué au démenti, que tous les candidats qu’ils portent sont menacés de finir dans le talus, que les vainqueurs des sondages finiront comme les perdants, etc, etc.
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Et les médias eux-mêmes commencent à tenir un discours sur les médias qui disent « Oh là-là, mais on n’arrête pas de se tromper ! Alors là, [Frédéric Lordon s’adresse à Daniel Mermet] je voudrais que tu m’accordes une minute « d’universitaire ». Très rapidement, je vais faire un petit tour par un paradoxe qui est connu depuis la philosophie antique et qui a traversé les siècles et qui est une grande question pour la logique : c’est le « paradoxe d’Épiménide ».
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Alors Épiménide est un bon gars, c’est un Crétois ! C’est important, hein, qu’il soit Crétois !
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Daniel Mermet : C’est un bon gars ?
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Frédéric Lordon : Oui, c’est des bons gars !
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[Rires dans le public]
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Épiménide se pointe, et il dit : « Moi, Épiménide, Crétois, je dis : tous les Crétois sont des menteurs ! Et puis, il se taille ! Alors là, tu vois, les gens, qui voudraient savoir si les Crétois mentent ou disent la vérité, commencent à se mettre les méninges en surchauffe et alors, ils vont de mal en pis, parce que, écoute-moi : si Épiménide n’a pas menti, alors, tous les Crétois sont des menteurs, c’est vrai ! Donc tous les Crétois mentent ! Donc Épiménide, qui est Crétois, ment aussi ! Donc, s’il n’a pas menti : il a menti !
Mais s’il a menti, alors, la proposition « tous les Crétois sont des menteurs  » est un mensonge, donc tous les Crétois disent la vérité ! Et Épiménide, qui est Crétois, dit la vérité aussi ! Donc : s’il n’a pas menti, il a dit la vérité !
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Alors là, tu sais : on peut rester comme une poule devant un couteau 107 ans, hein, devant ce truc-là : on n’en sortira pas !
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La logique a fini par trancher et elle dit : là, on a un type d’énoncé dont la propriété est très caractéristique, qui est d’être auto-référentielle, c’est-à-dire : c’est un « dire » qui prend pour objet ce qu’il dit. Eh bien, ce type d’énoncé auto-référentiel donne lieu à des propositions qui sont indécidables : on ne peut ni dire si elles sont vraies, ni dire si elles sont fausses ; ce qui, par parenthèses, est embêtant pour les fact-checkers ! Je referme la parenthèse.
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Eh bien voilà : les médias, si tu veux, sont dans un « devenir Épiménide » ! Parce que les médias viennent et ils disent : « nous nous trompons ! Donc : s’ils ne se trompent pas, c’est qu’ils se trompent…
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[Rires généreux dans le public]
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Et s’ils se trompent, c’est qu’ils ne se trompent pas !
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[Rires généreux dans le public]
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Alors, évidemment, là, si tu veux, le paradoxe n’est pas formulé avec ce degré de clarté dans les têtes médiatiques, mais ça les travaille souterrainement ! [Daniel Mermet rit] Et ça les laissent tout « neuneus » !
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[Rires généreux dans le public]
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Alors, ils disent : « Oh là-là : bon, si on soutient Valls, il va perdre, puisque nous nous trompons !
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[Rires généreux dans le public]
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Mais si jamais nous disons que nous nous trompons, est-ce que ça peut le faire remonter, déjà ?
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[Rires généreux dans le public]
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Bon, tu vois : dans ces têtes, c’est un merdier à n’en plus finir ! Bon voilà !
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Là-dessus passe Macron : alors, un autre signe de confusion, quoi : le gars qui se dit « anti-système » qui a toutes les étiquettes du système, qui écrit un livre qui s’appelle « Révolution », et qui se présente comme « le Chantre du progressisme » ! Bon ben là, c’est bon, quoi : le filet est garni !
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Donc, dans cette situation-là, avec des degrés de liberté qui se rouvrent de partout, des idées qui sombrent, d’autres qui se mettent en torches, etc… Il peut, peut-être, se passer quelque chose !
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Daniel Mermet : C’est-à-dire ?
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Frédéric Lordon : Moi, je ne sais pas, parce que je n’ai pas de boule de cristal, je ne vais pas prendre le risque de me tromper, tu comprends, dans ces conditions…
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[Daniel Mermet rit généreusement]
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Frédéric Lordon : Et j’suis pas totalement idiot ! Bon, on ne va pas parler du parti socialiste, parce que, ça, si tu veux, virtuellement, ça n’existe plus ! Là, ça s’agite à la télé, tout ça, mais moi, ça me fait vraiment penser, tu sais quand les astronomes nous disent qu’on reçoit de la lumière qui a voyagé si longtemps qu’elle a été émise par un astre qui est déjà mort. [Rires généreux dans le public] Je pense que l’on est typiquement dans ce type de situation.
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Daniel Mermet : Il y a encore de la lumière qui arrive ?
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[Applaudissements nourris dans le public]
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Frédéric Lordon : Tu vois, ça fait un petit peu scintiller nos écrans, mais je t’annonce la mire pour bientôt ! Et puis la neige ! [Daniel Mermet rit généreusement] Et c’est quand même la bonne nouvelle de la période ! C’est la bonne nouvelle de la période…
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Daniel Mermet : Benoît Hamon n’a aucune grâce à tes yeux ?
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Frédéric Lordon : Pffffffff….
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Daniel Mermet : Moi, j’lai trouvé pas mal avec ses p’tits objets.
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Frédéric Lordon : Ouais…
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Daniel Mermet : On a fait un p’tit pot en grès… On a fait un petit abat-jour en macramé… Là, y’a l’atelier. Non ? Ça ne t’a pas ému un peu ? Des p’tits objets politiques qui n’ont pas trop de liens entre eux mais il est plein de bonne volonté….
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Frédéric Lordon : Pfff ! Ben… Il est ému comme un p’tit animal qui va disparaître ! [Daniel Mermet rit généreusement] Mais moi, je n’ai pas de limite à la compassion, hein ! [Daniel Mermet rit généreusement] Bon, non mais il faut dire les chose, non j’suis peut-être un peu vache, mais bon, pffff à peine !
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Si tu veux, ça fait très longtemps que je pense que l’un des grands enjeux pour la gauche, c’est de parvenir à opérer cette conversion symbolique qui réussisse à priver ENFIN le parti socialiste de l’étiquette « gauche » ! Et il me semble que nous avons vécu un quinquennat Hollande qui, à défaut d’être révolutionnaire, aura été réellement historique ! Je pense réellement que ce quinquennat-là est historique. Il est historique parce que précisément, il aura réussi cette performance de convaincre un nombre de plus en plus important de personnes que qualifier ce personnel politique-là de gauche était une erreur majeure, et que, maintenant il faut travailler, presque psychologiquement pour ceux qui y ont cru, à s’en débarrasser !
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Et tu vois, moi je pense que, sur cette histoire de Hollande, du hollandisme, j’ai toujours pensé que le lexique de la « trahison » était inadéquat ! On a beaucoup dit : Hollande a trahi, il a trahi le discours du Bourget, etc. Mais non, je ne crois pas ! Je ne pense pas qu’ils aient trahi, en fait ! Moi, ma thèse, c’est plutôt qu’ils sont fidèles à eux-mêmes !
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Alors, je complète la thèse : évidemment, quand on remonte le fil des ans, il leur arrivait, jadis, dans le passé, de faire un petit truc de gauche, tu vois, une verroterie par ci, par là ! Mais, en réalité, depuis toujours, c’étaient des hommes de droite, mais c’étaient des hommes de droite contrariés. [Rires dans le public] Eh oui ! Ils étaient contrariés par une histoire, éventuellement quelques médias qui continuaient de les taquiner etc. etc. Mais cela fait TRÈS longtemps qu’ils sont de droite ! Simplement, ce qu’il s’est passé, c’est que, les années s’écoulant, de plus en plus, ils se sont déboutonnés, ils ont fini par envoyer toute contention à la rivière, et sous Hollande, ENFIN, ils ont pu être eux-mêmes ! Voilà : il y a là, tu vois, un effet de révélation très puissant !!!
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Je voudrais te lire une petite chose que j’ai dégotée dans un bouquin, que je recommande, qui s’appelle : Le Concert des Puissants – dernière production de Raisons d’Agir, collection Bourdieu, ça a été fait par François Denord et Paul Lagneau-Ymonet – il y a un encadré sur des documents que publiait le parti socialiste, et notamment ceux du parti socialiste que l’on appelait « les trans-courants » dont Hollande était un représentant notoire. Tu vas voir, ça « décoiffe », hein, ça annonce TOUT ! Quand t’as lu ça, t’as tout compris aux trente années qui suivent, parce que ça date de 1985. Alors, accrochez-vous, voilà ce qu’écrivent les fameux « trans-courants » :
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–  » Le toujours plus, et le besoin d’assistance ne sont pas l’apanage d’un groupe social mais semblent faire l’objet d’un certain consensus. L’excès de réglementation et de bureaucratisation ne sont pas toujours le symptôme d’un socialisme rampant mais correspondent plus souvent à des demandes catégorielles, un souci de protection des rentes et des privilèges.
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Bureaucratisation et corporatisme même combat. Dans un tel contexte – et c’est là, donc, qu’est le point crucial – dans un tel contexte, la déréglementation change de camp. La généralisation des pratiques concurrentielles devient une exigence pour la gauche afin d’assurer une plus grande mobilité sociale » etc. etc.
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Donc, tu vois, là, dès le milieu des années 80, la matrice idéologique est formée ! Alors, évidemment, crier des choses comme ça sur les toits en 1985, c’est un peu compliqué, donc ce sont des documents internes au PS, un peu publiés mais pas trop lus, etc. etc. Trente ans plus tard : nous avons la Loi Macron. Et nous avons le gouvernement Valls/Hollande ! Voilà : le grand cycle est accompli et il est temps de le refermer !
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Daniel Mermet : Oui, je crois entendre les sifflets qui accompagnaient l’arrivée de François Mitterrand à Charléty, en juin 1968. Ils ont toujours trahi ! Ces gens-là ont toujours trahi ! C’est une coutume, chez eux ! Et là, ils viennent de le faire à nouveau, voilà, quoi ! Et alors, ta confiance en Mélenchon ? Lui, c’est la gauche ?
Frédéric Lordon : Écoute…
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Daniel Mermet : Parce que je me souviens d’un Lordon disant : « Ah non, non, on ne peut rien faire dans ce cadre-là, il faut changer le cadre, il faut renverser la table, etc. Et puis là, tu dis : mais non : peut-être que, dans ce cadre-là, on peut faire quelque chose, et puis alors après… Parce que j’ai aussi entendu cela en 2012 de la part de nos amis, qui disaient : aujourd’hui dans les urnes, et demain dans la rue. Hollande, on va lui mettre la pression après. Votons Hollande contre Sarkozy et après on va lui mettre la pression ! Même certains amis ont parlé de hollandisme révolutionnaire ! C’était du deuxième degré mais ça a quand même été dit ! Est-ce que tu ne crains pas, aujourd’hui, d’être devenu un Lordon un peu moins radical que d’habitude ?

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Frédéric Lordon : Non, non, ne t’en fais pas. Je suis toujours aussi méfiant. Et cependant, je maintiens ce que j’ai dit tout-à-l’heure. Je pense que, pour la première fois, nous avons une différence significative, qui est émise, qui a pris sa place dans l’offre politique et que l’on ne peut pas complètement faire l’impasse dessus !
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Alors, ne pas faire l’impasse, cela ne veut pas dire se rendre avec armes et bagages ! Moi, je n’ai pas le goût du ralliement inconditionnel, et particulièrement en l’occurrence. Bon, dans le programme de Mélenchon, y’a « prendre le pouvoir pour nous le rendre ». C’est le genre de promesse avec lequel il y a lieu d’être méthodologiquement précautionneux.
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Daniel Mermet : Voilà !

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Frédéric Lordon : Un petit plaisantin a, sur Internet, a dégoté une affiche de Mitterrand, lors de la campagne de 1981, dont c’était exactement les mots : « je veux vous rendre le pouvoir » Ben : on l’attend toujours au Bureau des Objets trouvés, hein !
Daniel Mermet : C’est ce que Trump a dit !
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Frédéric Lordon : Oui, voilà, c’est ça ! Alors, moi, j’ai toujours une très grande méfiance vis-à-vis des stratégies qui se proposent de passer par les institutions pour changer les institutions. Donc regardons mais regardons précautionneusement !
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Et ceci d’autant plus que – comment le dire sans être inutilement blessant ? – les institutions de la 5ème République correspondent bien à la personnalité de Mélenchon, je pense qu’il ne s’y trouverait pas mal, tu vois !
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Et puis, voilà : après, on sait comment ça se passe, hein : on arrive au pouvoir, on a un agenda dont, moi, j’admets qu’il comporte des choses intéressantes, alors, on commence à le mettre en oeuvre etc. Et on dit : Ouh là : attendez, la Constituante, oui, bien sûr, refaire les institutions, bien sûr, mais c’est pas la priorité, on a des grosses réformes à faire, il faut nous donner le temps, puis après que nous lui ayons donné le temps de faire les réformes, il faut le temps que ça paye, et puis, les temps changent, et puis cinq ans sont passés… Voilà : alors ça, c’est un problème !
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La question, c’est comment on fait pour sortir de ce genre de contradiction ? Tu l’as dit, d’une manière un peu plaisante et moqueuse, et pourtant, je crois qu’il n’y en a pas d’autre : c’est que, en effet, je ne vois pas d’autre solution à ce genre de difficulté que de reconnaître que, contrairement à ce qui se passerait pour n’importe quel autre Président élu, une élection de Mélenchon ne serait pas la fin du processus mais le début ! Et le début d’un processus qui passerait – nécessairement – par des mobilisations de rues extrêmement intenses !
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Alors, tu disais, oui, « on vote Hollande, et après, on lui mettra la pression dans la rue ! » Mais il fallait avoir un moral d’acier pour descendre dans la rue avec Hollande Président ! Parce qu’il n’y avait rien à défendre, en réalité, tu vois : y’avait juste à essayer de ne pas se laisser dépouiller d’un certain nombre de choses qui nous restent.
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Et je ne sais pas si tu te souviens, d’ailleurs, ben, voilà, je vais faire mon autocritique : y’a trois ans de ça, j’avais dit : Hollande, c’est pire que Sarkozy parce que c’est la même politique que Sarkozy mais avec l’anesthésie en plus ! Eh bien, tu vois : nous avons vaincu la malédiction du penthotal, ce printemps ! Et ça aussi, c’est un signe d’un quinquennat historique. C’est la première fois qu’on a un mouvement social de cette ampleur , sous un gouvernement de gauche, qui, d’habitude, tue radicalement toutes les mobilisations autres que sectorielles…
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Bon, alors, voilà, si tu veux, je pense que le camarade Mélenchon, s’il se retrouve au pouvoir et qu’il a VRAIMENT l’intention de joindre le geste à la parole, va se retrouver confronté à une adversité formidable. C’est que le Capital, en trente ans, a pris ses aises, et qu’il n’a pas du tout l’intention de se laisser raboter toutes les libertés qu’il a conquises et toutes les aises qu’il a prises !
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Il faut bien se rendre compte de ce que c’est, hein, de rentrer en confrontation avec le Capital ! C’est vraiment des batailles politiques épiques !
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Daniel Mermet : Tu as bossé sur Syriza, tu as bossé sur Podemos…
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Frédéric Lordon : Oui. Il faut imaginer le ministre des finances de Mélenchon qui se tape la Direction du Trésor et les inspecteurs des finances, c’est-à-dire toute une technostructure hostile ! C’est VRAIMENT quelque chose ! Et ça, tout seul… On le sait bien, d’ailleurs, les institutions sont souvent beaucoup plus fortes que les individus : elles les absorbent par phagocytose, et elles les re-normalisent. En deux années, c’est fait !
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Alors voilà ! Aussi bien pour le protéger que pour le surveiller, il faudra que l’élection ne soit que le début d’un processus politique d’une toute autre ampleur, qui passera nécessairement par des mobilisations populaires.
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Alors, est-ce qu’il s’agit de réveiller les vieux souvenir du Front pop’ ou je ne sais pas quoi, voire…
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Daniel Mermet : Ça a marché !
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Frédéric Lordon : Ça a marché. Là, si tu veux, mon espoir serait que nous soyons d’autant plus incités aux mobilisations que nous pourrions avoir le sentiment que là, il se passe quelque chose, et qu’il nous appartient aussi de le défendre pour qu’il soit accompli !

Tomber dans le piège HAMON ou s’engager dans la révolution MÉLENCHON ? C’est vous qui voyez…

Vous qui envisagez de voter pour HAMON, prenez garde : si vous faîtes les moutons, vous serez tondus ! (Maxime chère à Jean-Luc Mélenchon).
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La candidature de Benoît HAMON est une véritable ARNAQUE ! Du même type que celle de HOLLANDE en 2012 !
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La candidature de Benoît HAMON, une arnaque
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Vous êtes nombreux à avoir cru à la bonhomie et à la sincérité de François HOLLANDE, n’est-ce pas ? Du coup, vous portez une part de la responsabilité de ce pouvoir car c’est grâce à vous qu’il a pu être en situation de gouverner. C’est sans doute un peu abrupt de vous le dire mais c’est la vérité. Votre ignorance ou votre naïveté d’alors nous a coûté très cher à tous ! Or il était assez facile de cerner le loustic pour peu qu’on se soit intéressé à lui, à son passé, à ses “oeuvres” !

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Chacun a le droit, bien sûr, de se tromper, de s’égarer, de se faire avoir, hélas ! Mais comme le dit un proverbe berbère que MÉLENCHON aime citer : “La seconde fois où tu te fais avoir, c’est de ta faute !

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Donc, sauf si, vous avez été plongé, depuis cinq ans, dans un état d’hibernation bien plus long que celui prévu par la nature pour certains mammifères, vous avez pu constater, depuis ce jour glorieux de 2012 où le candidat qui avait décrit la finance comme son “adversaire” a été élu, combien ce combattant s’est opposé à cette finance, et comment il s’y est pris pour la domestiquer !

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Et vous souhaitez pourtant, aujourd’hui, voter pour HAMON ? Vous envisagez donc de réitérer la même bévue que celle qui nous a fait avoir tant de cendres dans la bouche depuis cinq ans ?

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Tout ça pour quoi ?

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Parce que, pour certains d’entre-vous, HAMON, lui, est vraiment de gauche ? Vous y croyez vraiment ? Vous avez perdu la raison ? Ou bien croyez-vous, tel des enfants immatures ou des ados encore innocents, que ses promesses l’engagent aussi peu que ce soit ? Croyez-vous que ses nouvelles propositions les plus à gauche viennent de sa propre volonté ? Croyez-vous que son désir ardent de rester dans l’UE actuelle soit cohérent avec un projet de gauche ? Croyez-vous vraiment que sa proposition de revenu universel soit un mieux alors que c’est une réforme suggérée depuis bien longtemps par le patronat qui se réjouirait de la mise en application d’une telle mesure puisque ce serait faire payer par l’État, et donc par nous tous, ce qui devrait être payé par les entreprises en salaire ? En outre, avez-vous entendu le montant qu’il propose ? On serait très loin du “minimum syndical” d’autant plus que ce revenu universel remplacerait toutes les autres allocations… Et, cerise sur le gâteau, comme il serait universel, les plus aisés le percevraient aussi ! Chapeau bas M’sieur HAMON. Le capital et le MEDEF vont vous adorer vous aussi, même s’ils ne le diront pas publiquement pour ne pas rendre jaloux leur poulain MACRON et son rival FILLON !

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Parmi vous, il y en a d’autres pour qui voter HAMON se justifierait parce que cela nous éviterait LE PEN ou FILLON ou MACRON.

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C’est une blague ! Voilà encore une preuve que vous êtes victime du syndrome de Stockholm, vous savez ce mal qui fait que les victimes finissent par rechercher l’affection ou la reconnaissance de leurs bourreaux… Et encore, je n’ai pas dit le syndrome du larbin bien qu’à étudier certains, ce soit davantage ce mal-là qui les ronge…

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Pensez enfin par vous-mêmes. Ne vous laissez plus affoler par les faux bergers qui crient au loup pour que vous mainteniez au pouvoir les bons pasteurs. N’oubliez pas toutes leurs turpitudes, et toutes les violences qu’ils ont causées eux-mêmes, ou cautionnées en ne se levant pas contre elles et contre ceux qui les organisaient. Ne forgez plus vos opinions en écoutant les marchands du Temple. Heu, je voulais dire les MeRdias !

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Comme le dit encore MÉLENCHON : “Si vous abandonnez vos convictions dans le bureau de vote, ne vous étonnez pas ensuite de ne plus les retrouver à la sortie !” On vote pour ses convictions, pas pour le moindre mal.

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Aux naïfs de gauche qui donneraient la moindre sincérité à HAMON dans son discours de « gôche », je suggère ceci : si vous souffrez des mêmes handicaps que les poissons rouges, si vous avez une tendance à oublier ce qui a été dit – et fait – hier et avant-hier, vous pouvez vous rafraîchir la mémoire en étudiant, non pas seulement ses paroles, mais ses actes depuis des années. Étudiez par exemple ses votes à l’Assemblée Nationale depuis cinq ans, notamment ceux sur les textes les plus odieux, les plus régressif… Voyez qui il a soutenu dans les choix qui ont sali notre pays et dévasté nos acquis sociaux. Observez son courage politique quand il a préféré si souvent s’abstenir ou jouer les “frondeurs” de pacotille. Réalisez que lorsqu’on entre dans un gouvernement comme il l’a fait, c’est qu’on en cautionne la politique, TOUTE la politique et pas seulement celle que le Président et le Premier ministre vous laissent mener vous-même dans votre ministère… C’est un bloc. On ne trie pas et on ne peut dire ensuite : ça j’approuve et ça je rejette. S’il avait été sincère, il aurait démissionné bien avant le jour où il a quitté le gouvernement. Car bien des horreurs avaient déjà étaient accomplies par les gouvernements auxquels il a appartenu. Prenez conscience que quelques miettes de mieux qu’il a pu obtenir dans son secteur ministériel (par exemple la loi sur l’économie sociale et solidaire) ne sauraient compenser les immenses régressions menées par ses collègues du gouvernement et de l’Exécutif !

Sachez que cela aussi est une stratégie des dominants, et pas qu’en France. Pour faire passer une loi inacceptable, nos maîtres se résolvent, assez souvent, à insérer, dans le texte scélérat, quelques menus progrès. Et vous demandent ensuite de vous prononcer en bloc sur le texte en vous faisant miroiter les miettes d’améliorations et en occultant tout le reste. Et si vous rejetez le texte comme violemment régressif, ils vous reprochent de refuser les quelques améliorations qu’ils vous ont concédées.  Ou pour de nombreux textes régressifs adoptés, ils vous concéderont un texte qui l’est moins… C’est ce qu’on peut dire de la “loi HAMON” sur l’économie sociale et solidaire. Qu’a-t-il dû accepter pour pouvoir la faire passer ? Eh bien tout le reste… Tout ce qui a été fait depuis 2012… Quand vous en arrivez au bilan, vous ressentez de fortes douleurs au bas du dos !

Et puis, constatez qu’HAMON affiche le même européisme habituel de ces « élites” qui disent travailler pour notre bien, fut-ce contre notre gré, en voulant l’Europe sociale, ce mantra étant sans cesse repris depuis la première élection du parlement européen en 1979 et qui, JAMAIS, n’eut le moindre début de commencement en pratique ! En fait d’Europe sociale, ces “élites” nous ont ramené au XIXe siècle, elles ont réduit à presque néant ET notre souveraineté populaire ET notre indépendance géopolitique. Et maintenant, elles semblent clairement vouloir franchir une étape supplémentaire : une nouvelle guerre avec la Russie ! NOUS N’EN VOULONS PAS ! CECI NE SE FERA PAS EN NOTRE NOM ! Et tous ceux qui ne s’élèveront pas, on ne peut plus clairement contre ce risque-là, seront violemment rejetés par le peuple français !

HAMON n’a qu’un objectif : mystifier une fois de plus un nombre suffisant d’électeurs de « gauche », faire en sorte que ceux-ci ne votent pas cette fois pour MÉLENCHON. HAMON a exprimé en 2012 son rôle : constituer un pilier gauche pour le PS en vue d’éviter une fuite des électeurs vers MÉLENCHON. “On assure à Hollande le flanc gauche qui évite que certains électeurs se tournent vers Mélenchon” a-t-il dit au Figaro (voir cet article).

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Vous avez pigé ou ce n’est pas assez clair ? Et ne venez pas me dire que ça c’était avant ! Rien n’indique qu’il ait changé !
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Non ! HAMON n’est pas un « gentil » de l’aile gauche du PS. Il est un outil du système destiné à tromper et à empêcher le basculement de la France dans une forme de résistance mondiale à l’ordre capitaliste. HAMON a été choisi pour jouer le même rôle qu’OBAMA en 2008, quand le peuple américain menaçait d’entrer en révolution après les deux mandats calamiteux de BUSH le petit.
HAMON s‘est vu confier une mission qu’il a acceptée : tout faire pour que MÉLENCHON n’atteigne pas le second tour. HAMON sait très bien que lui perdra. Car il ne peut ignorer le désaveu massif que le PS, et le pouvoir actuel, inspirent dans les têtes de TOUS les Français, quels qu’ils soient, de droite, de gauche, du centre, ou de nulle part ! Le peuple français réserve un châtiment impitoyable à ceux qui se sont joués de lui ! Le PS va connaître l’épuration !
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In fine, c’est l’élection de MACRON ou de FILLON que prépare HAMON ! Peut-être se voit-il comme le principal opposant d’un Président qui serait MACRON ou FILLON pour la période 2017-2022. Ainsi, avec HAMON principal opposant au nouveau pouvoir, on aurait le candidat “naturel” pour l’élection de 2022.

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En votant HAMON au premier tour de cette élection, vous remettriez une pièce de plus dans la machine de la 5e République. Pour faire tourner le manège encore une fois… Sauf qu’avec cinq ans de MACRON ou de FILLON, où en serons-nous en 2022 ? Que restera-t-il au peuple français ? Dans quel état serons-nous plongés ? J’ai froid dans le dos à y penser. Pas vous ?

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Le moment est historique. Sachons en mesurer l’importance

Le moment que nous vivons est historique. Plus qu’aucune élection ne l’a jamais été depuis l’avènement du Conseil National de la Résistance. Si on ne saisit pas cette occasion de commencer à sortir MAINTENANT, TOUT DE SUITE, SANS ATTENDRE CINQ ANS DE PLUS, du système et de la société capitalistes, si on ne commence pas dès le 8 mai prochain (lendemain du second tour de la présidentielle) à mettre en oeuvre la libération de notre pays de l’oligarchie qui le dirige depuis trente ans, si on ne met pas en oeuvre, dès le 8 mai prochain (date symbolique s’il en est !) les mesures pour reprendre notre pleine et entière SOUVERAINETÉ – à la fois populaire et nationale -, si on ne rend pas très vite le pouvoir – TOUT le pouvoir – au peuple souverain, alors nous vivrons collectivement de biens cruels moments ; car tous, autant que nous sommes, et quelles que soient nos vies, nous subirons le pire. En tant qu’individus, en tant que peuple, en tant que nation !

FILLON ou MACRON, ce sera l’accomplissement du grand projet des oligarchies mondiales : la France sera transformée en vulgaire « région » d’une superstructure européenne qui aura encore affermi sa puissance et son autoritarisme, aux ordres et pour le seul intérêt des multinationales ; et à l’intérieur du « pays », le peuple français redeviendra ce Tiers-État qui souffrait tant des caprices des « Grands » et des “Princes”avant la Révolution, sans avoir son mot à dire sur quoi que ce soit, et ce peuple sera toujours plus contraint de se tuer au « travail » pour le plaisir de quelques-uns et pour n’avoir pas le temps ni la force de se rebeller.

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Imaginez une seconde ce que serait la force de frappe de la République française (je ne parle pas ici de la force de dissuasion nucléaire…) si son prochain Président de la République était Jean-Luc MÉLENCHON !

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Imaginez le message que le peuple français, en l’élisant lui, enverrait au monde ! Nous deviendrions un pôle de résistance à l’ordre capitaliste mondial et à son vecteur impérialiste.

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John Fitzgerald KENNEDY, dans son discours inaugural prononcé le 20 janvier 1961, a dit ces mots :   “L’énergie, la confiance, le dévouement que nous allons offrir pour rendre possible cet avenir éclaireront notre pays et tous ceux qui le servent et l’éclat de ce feu est de nature à illuminer le monde.

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Ces paroles lyriques, Jean-Luc MÉLENCHON, j’en suis certain, pourrait les faire siennes. Il les a d’ailleurs déjà dites – autrement – à de multiples reprises ces derniers mois. Et, comme lui, je ne doute pas que son élection réveillerait des millions de gens en France, des millions de gens qui seraient prêts à prendre leur part du combat à mener et des changements à mettre en oeuvre. Je dis cela sans ignorer ni négliger que cette élection éveillerait aussi des sentiments bien peu amicaux à notre encontre, et déclencherait contre lui, contre ses ministres, contre nos ambassadeurs, contre les nouveaux responsables supérieurs des administrations de l’État et contre nous tous, des réactions très violentes de la part du système et de ceux qui le servent. Car les “collabos” ne se déclareront pas vaincus sans avoir lutté pied à pied contre nous. Qui sait ce qui peut nous arriver ! La stratégie du choc est leur stratégie de lutte contre les peuples qui ont des volontés rebelles ! Tenez-vous le pour dit et préparez-vous-y !

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Cela ne doit pas nous faire mettre un genou à terre pour autant. Car je crois aussi qu’aucun pouvoir, aussi despotique soit-il, ne peut rien contre un peuple qui a décidé de prendre – ou de reprendre – son destin en mains ! “Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux” disait LA BOÉTIE qui ajoutait : “ Un tyran n’a de pouvoir de nuire qu’autant que les hommes veulent bien l’endurer”.  “La plus grande force des tyrans est l’inertie des peuples” disait pour sa part Nicolas MACHIAVEL, tandis que Dimitris PAPACHRISTOS a écrit très justement que “Celui qui attend qu’on le libère restera un esclave toute sa vie”. Louise MICHEL avait fait sienne cette maxime : “Le peuple n’obtient que ce qu’il prend” et dans le même esprit :  “Les libertés ne se donnent pas, elles se prennent” avait reconnu Pierre KROPOTKINE.

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Un autre extrait, célébrissime, du discours inaugural de JFK disait : “Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous mais ce que VOUS pouvez faire pour votre pays !

Ce que VOUS pouvez faire pour votre pays – et donc pour notre peuple – c’est déjà de ne pas vous tromper le 23 avril et, si MÉLENCHON parvient au second tour, le 7 mai !

Ensuite, quoi qu’il arrive, c’est de rester mobilisé et éveillé. Même si MÉLENCHON est élu Président de la République, NOUS devrons TOUS rester sur le pont car il ne fera pas tout, tout seul. Son gouvernement ne pourra tout faire de ce que nous envisageons de faire si le peuple tout entier n’exerce pas une pression très forte pour, d’une part, pousser au cul les “timides”, et, d’autre part et en même temps, jouer le rôle de “garde prétorienne” du nouveau pouvoir sur lequel les coups ne cesseront de pleuvoir, à verse !

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Il ne s’agit pas – ou il ne s’agit plus – en 2017 de simplement voter pour un Président et lui donner carte blanche. Il faut passer à une autre ère de la démocratie, et cela sans même attendre le temps où sera rédigée collectivement puis mise en oeuvre une nouvelle constitution. Dans notre façon d’appréhender le pouvoir, le principe représentatif et la délégation, nous devons devenir des adultes et donc être instruits de ce qui se fait pour bien “conseiller” et orienter celles et ceux qui décideront pour nous, en notre nom. Nous devons exiger une pratique constante de la démocratie participative en attendant que la future constitution de la 6e République nous rende TOUT “le” pouvoir, TOUS “les” pouvoirs !

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Et le peuple français, s’il se comporte ainsi chez lui, redeviendrait un exemple pour le monde. Bien plus encore : si ce nouveau pouvoir, exercé au sommet par Jean-Luc MÉLENCHON, son gouvernement, l’administration, nos ambassadeurs et leurs services, accomplissaient l’oeuvre  que nous aurions légitimée par l’élection de ce candidat-là, donc si le Président MÉLENCHON et les pouvoirs publics français entamaient, dès le 8 mai, un dialogue nouveau avec ces États européens, africains, asiatiques, sud-américains qui sont nos alliés naturels, bien plus que d’autres avec qui nous sommes actuellement liés, et si la France commençait à parler au monde au nom des peuples insoumis, des peuples opprimés et des nations dont le vocable officiel dit qu’elles n’ont pas encore “émergé”,  peut-être même que la France ne serait plus seulement un “exemple” comme je l’ai dit ci-dessus, mais un véritable “phare”, dans l’esprit kennedyen du premier extrait que j’ai cité plus haut !

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D’autres pays dans le monde ont amorcé cette résistance et cette reconquête. Et même si nous ne nous retrouvons pas entièrement en eux, il serait utile et profitable à tous que nous travaillions de concert avec eux pour vaincre ces oligarchies capitalistes qui ont repris le contrôle du monde, alors qu’au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, les peuples étaient entrés, pour certains d’entre-eux, notamment en Europe, dans une ère de progrès, progrès qui a été interrompu dans les années 70 et qui n’a cessé d’être déconstruit, pierre après pierre, les pouvoirs politiques de nos pays se dessaisissant de leurs prérogatives au profit soit des entreprises, soit de structures politiques et juridiques illégitimes, tout ceci bien sûr en violation constante des volontés populaires si souvent exprimées.

Mélenchon n’est pas le candidat idéal ? Faudrait-il qu’il le soit pour que nous le soutenions ?

Alors, il est vrai que certains d’entre vous pensez que MÉLENCHON n’est pas le candidat idéal. Sans doute n’est-il pas parfait. Sans doute défend-il parfois des positions qui ne sont pas les vôtres. Nous sommes un peuple divers et il est donc logique que nous ne pensions pas tous la même chose sur tous les sujets. Moi-même, je ne suis pas le doigt sur la couture du pantalon vis-à-vis de MÉLENCHON quand je le trouve trop timide sur la question européenne ou sur certains thèmes économiques et sociaux.

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Pour autant, et j’insiste sur ce point, quelle alternative avons-nous ? Je n’en vois aucune. TOUS les autres candidats en situation de parvenir au second tour sont détestables, soit par leur projet, soit par leur passif.

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Alors, certains me disent que ce genre de discours, c’est finalement appeler à soutenir « le moindre mal ». Je ne suis pas d’accord ! MÉLENCHON , ce n’est pas le moindre mal ! C’est un bien ! Ce n’est peut-être pas « LE » bien, mais c’est un plus grand bien, comparé à ce que nous vivons depuis le début de la mise en oeuvre de la stratégie du choc. 

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MÉLENCHON – ce n’est pas rien, d’autant qu’il est le seul à le proposer parmi les « grands » candidats – s’engage à organiser une Constituante, c’est-à-dire à rendre au peuple son pouvoir constituant. Via des représentants élus et tirés au sort (selon des conditions et modalités à définir), NOUS, LE PEUPLE FRANÇAIS, réécrirons notre constitution et ainsi nous déciderons du type de régime que nous voulons, des droits nouveaux que nous nous reconnaissons, des obligations que nous acceptons, et de celles que nous imposerons à tous nos représentants et à tous les détenteurs d’une parcelle de pouvoir dans l’État, les collectivités locales, les entreprises… 

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MÉLENCHON est le seul à s’engager à cela et c’est ce qui est le plus fondamental pour moi, au-delà de l’accord que je peux avoir avec lui sur une très large partie de son projet. Aussi longtemps qu’une révolution au sens traditionnel n’éclate pas pour que le peuple reprenne par la force le pouvoir qui lui a été enlevé par la loi, il n’y a que la loi pour défaire la loi et la refaire, à commencer par la loi fondamentale, la constitution ! Et donc les urnes ! Pour que celui qui présidera le régime, et celles et ceux qui seront envoyés dans nos institutions pour faire la loi, soient les bonnes personnes… Au-delà de la question du projet, d’autres paramètres seront à prendre en compte, avec la plus grande attention. Car si, dans les prochaines semaines, se confirme la montée en puissance et en crédibilité du candidat MÉLENCHON, ne doutez pas que se rallieront à lui les amis du dernier jour, ceux qui n’en sont pas, et qui se rapprochent seulement d’une force de nature à sauvegarder leurs propres intérêts ! Ceux-là, nous les repérerons aisément. D’ailleurs, ici ou là, il y en a déjà qui se font remarquer… Il est si facile de les reconnaître…

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Cet engagement de faire la Constituante et tout ce qui a été dit par MÉLENCHON à ce sujet, de même que certaines déclarations, plusieurs fois répétées, quant à ce qu’il envisage de faire lui-même, indiquent – sauf à l’accuser de mensonge – qu’il sera fidèle à l’esprit nouveau qu’il essaie, depuis deux ans au moins, de faire souffler sur le pays. Ce nouvel esprit non pas tant des lois que du pouvoir, est en phase avec son temps. MÉLENCHON, sur ce sujet comme sur bien d’autres, a saisi ce qui fait notre temps et essaie d’y adapter la manière de gouverner et de traiter avec le peuple. Qui d’autre que lui, aujourd’hui, parmi les “grands” candidats susceptibles de parvenir au second tour dans notre inique système électoral de monarchie présidentielle, a choisi d’adopter la même ligne de conduite ? Cherchez bien, vous ne trouverez personne !

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Le système politique que propose MÉLENCHON et la France insoumise dans le projet L’AVENIR EN COMMUN, c’est notamment que chaque citoyen-ne, quelles que soient ses opinions, ses préférences, ses affinités, ou à l’inverse ses aversions… pourra prendre sa part dans le débat politique de la nation ou de son territoire, et participer à la prise de décision juridique. Et sur cette base, les politiques menées seront alors de nouveau le reflet de la volonté populaire et nos lois (comme les délibérations de nos assemblées locales) deviendront vraiment l’expression de la volonté générale dans l’esprit de Jean-Jacques Rousseau.

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En conséquence, sauf si vous êtes partisans du système actuel de confiscation du pouvoir par quelques-uns, je pense que vous devriez appuyer Jean-Luc MÉLENCHON, quel que soit votre sentiment à son sujet, car il vous donnera, à vous aussi, la possibilité concrète de vous exprimer et de prendre votre part, quand bien même vos opinions politiques ne seraient pas les siennes. Vous pourrez, grâce à lui, peser sur la décision après que de larges débats aient été organisés et souvent des votes directs car, il l’a souvent répété, “Nous voterons beaucoup désormais”. Réfléchissez à cela.

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Enfin, pour conclure, je dirais que ses opinions à lui, comme les miennes, et comme celles de toute la France insoumise, opinions qui sont aussi partagées très au-delà de ce mouvement citoyen qu’est la France insoumise, c’est de rendre le peuple français libre, indépendant, souverain, à l’intérieur du pays, comme à l’égard des autres pays du monde. Or redevenir ainsi, libres, indépendants et souverains, nécessite des ruptures géopolitiques et géostratégiques majeures (telles que sortir de l’OTAN et de l’UE mais aussi de la Banque Mondiale, de l’OMC et du FMI par exemple, tout en renforçant l’ONU, contrairement aux velléités du nouveau Président et du Congrès des États-Unis dont il est fait mention dans la presse depuis quelques jours) et aussi des ruptures avec la trame économique, politique et culturelle qui guide notre pays depuis trois décennies, ce qui nous impose de restaurer le plein pouvoir économique et monétaire de nos institutions nationales et le plein pouvoir du peuple dans tous les domaines de la vie publique, sans oublier le plein pouvoir des travailleurs dans l’entreprise, afin que nous puissions mettre en oeuvre notre projet de progrès pour tous, cet “Avenir en commun” que nous proposons comme ferment national et républicain pour les 5 ans à venir.

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Mise à jour du 1er février 2017 : J’ai l’immense fierté d’être aussi publié dans Le Grand Soir. Mon billet est ici.

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Mea culpa, Jean-Luc ! Par Claire BOUTHILLON le 05/03/2016

Avant-propos par l’auteur de ce blog (Vincent Christophe Le Roux)

Je reproduis ci-dessous un texte intitulé « Mea culpa, Jean-Luc ! » que ma camarade Claire BOUTHILLON a rédigé et publié sur Facebook le 05/03/2016.

Claire a, comme moi, milité des années au Parti de Gauche et, comme moi, a décidé de le quitter ; elle lui a dit « au-revoir » il y a quelques mois; pour ma part, le départ fut en mai 2015. Il se trouve que sans nous connaître alors, nous avions tous deux été sensibles au mouvement et aux idées exprimées en son temps par Ségolène ROYAL quand elle menait la campagne en vue de se faire élire Présidente de la République en 2007. Claire avait, comme moi, rejoint « Désirs d’avenir ». Claire venait du PS, je venais d’ailleurs. Nous croyions naïvement que Ségolène incarnait vraiment une alternative, et pas seulement à cause ou grâce à sa féminité. Claire et moi, et des milliers, voire des dizaines de milliers d’autres, avons été déçus, c’est un euphémisme. Pour ma part, je dirais même que je me suis senti floué car la chose était bien plus grave qu’une simple déception. Mais ce n’est pas le propos ici que de développer cela.

Nous avons donc choisi de militer au PG et nous l’avons fait des années durant, avant de rompre les rangs, et nous nous en sommes expliqués alors.

Puis nous avons, avec enthousiasme, décidé de soutenir Jean-Luc Mélenchon dans la mère de toutes les batailles électorales, la campagne pour l’élection présidentielle. Nous l’avons fait avec une détermination à nous engager aussi intensément que nous le pouvons mais aussi avec une vigilance et beaucoup d’exigence. Je veux dire par là que nous sommes très attentifs à ce qu’on ne nous la refasse pas ! Et nous sommes excessivement exigeants sur ce que nous attendons de notre candidat, en termes aussi bien de contenu programmatique, que de discours public, de comportement et de choix stratégiques. Claire comme moi, et comme beaucoup, beaucoup d’autres militant-e-s et citoyen-ne-s, exerçons une pression forte sur Jean-Luc Mélenchon pour qu’il corresponde à celui que nous voulons. Certes, il restera libre de ses choix et n’obéira à personne. C’est bien ainsi ! S’il nous déçoit, s’il ne correspond plus à nos exigences, nous en tirerons les conséquences car nous sommes des insoumis. Celles et ceux qui nous voient comme des groupies ne sont que des andouilles. Fortes têtes, avec un caractère bien trempé, sachant ce que nous voulons – et aussi ce que nous ne voulons pas, ce que nous ne voulons plus – nous continuerons à exercer ce « lobbying » politique pour tenter, non pas de contraindre Jean-Luc à faire ce que NOUS jugeons nécessaire, mais à le convaincre. Lui aussi est un insoumis et il fera ce qu’il jugera utile de faire.

Ce qui est très réjouissant ces dernières semaines, depuis qu’il a rendu publique sa candidature à l’élection présidentielle de 2017, et ces derniers jours notamment, au fur et à mesure qu’il distille son message et exprime les changements qui sont en train d’infuser en lui, c’est que, ainsi que je l’ai déjà dit ici, ou que ma camarade Claire l’exprime dans le billet ci-dessous, Jean-Luc est vraiment en train de s’autonomiser de tout  ce qui le limitait, de tout ce qui le restreignait à une petite case de géographie politique, de tout ce qui l’empêchait de parler au peuple tout entier et d’être entendu par lui ! Claire, dans les lignes ci-dessous, décrit, avec emphase et poésie, ce phénomène auquel nous assistons. Oui, Jean-Luc Mélenchon est en train de devenir un autre car on voit de mieux en mieux que tout en conservant ce qui faisait sa force, son talent et son intérêt jusqu’ici, il remplace certains vieux oripeaux par d’autres, autrement plus beaux à nos yeux. Et il semble même ne plus s’appartenir, comme s’il était habité par cet intérêt général humain qu’il tente de conjuguer.

Alors il y en a toujours, parmi les éternels ronchons, parmi  les éternels sceptiques, parmi les éternels moqueurs, parmi les éternels insatisfaits, parmi les éternels « peine-à-jouïr » qui diront que tout cela n’est qu’une image qu’il se donne, qu’il n’y a rien de sérieux, rien d’authentique, rien d’honnête dans cette conversion.Peut-être auront-ils raison en fin de course. Car ni Claire, ni moi, ni aucun de celles et ceux, anonymes ou illustres, qui soutiennent Jean-Luc Mélenchon, ne peuvent lire dans sa tête et dans son coeur. Et comme il est vrai qu’il est doté d’un immense talent oratoire, il n’est pas impossible que nous soyons, une nouvelle fois, en train de nous faire mystifier. Oui, je conçois que ça puisse être une issue possible. Mais il est souvent facile de jouer les Cassandre car on reste ainsi sur son aventin, on ne s’engage pas, on critique sans agir et s’il s’avère qu’on avait raison, on pourra toujours dire : « vous voyez, je vous l’avais dit ! ». Mais cette position du Cassandre fait-elle avancer la cause commune que nous défendons par-delà la personne de tel ou tel candidat ? Je ne le crois pas. Et c’est pourquoi, je préfère m’engager auprès de Jean-Luc Mélenchon, en conservant, chaque jour, ma liberté absolue de faire un autre choix si ce candidat devait dévier du mauvais côté de la barricade, plutôt que de grogner sur mon aventin.

Maintenant, si l’on considère le cas de celles et ceux qui furent si souvent déçu-e-s, trompé-e-s, ou floué-e-s dans le passé, on peut comprendre qu’il y ait de la méfiance et du scepticisme et qu’il faille bien plus de temps pour que la confiance et l’enthousiasme reviennent. On peut comprendre qu’il faudra bien plus que quelques mots, aussi pertinents soient-ils, ou quelques inflexions stratégiques, aussi opportunes soient-elles, pour que ces derniers s’engagent de nouveau. Je ne les blâmerai pas. Je leur demanderai seulement, comme le dit une maxime populaire : « Ceux qui ne croient pas à l’impossible sont priés de ne pas décourager ceux qui sont en train de le faire. »


Mea culpa, Jean-Luc ! Par Claire BOUTHILLON

J’ai honte et je vais dire pourquoi. Un reste judéo-chrétien sans doute, inscrit dans mon éducation.

Je viens de boucler le visionnage de la conférence de Jean-Luc Mélenchon à l’école de commerce Audencia de Nantes qui s’est déroulée devant la valeur de deux salles d’étudiants en business… Qui sont aussi nos jeunes d’avenir.

Mettons de côté le profond respect que j’ai pour l’ intelligence de l’homme, pour la force puissante de sa pensée si transparente, si visionnaire. Qui se lit sur plusieurs niveaux à la fois. D’autant qu’il n’habille pas sa diatribe d’artifices. On pourrait dire qu’il a surtout une énorme capacité d’assimilation et de mémoire de synthèse, d’abord à l’écoute des multiples experts qu’il consulte. Il a certainement un don mémo technique effarant. Reste le fait qu’il se met spontanément à la portée de tout un chacun. En tant que com, c’est pour moi la première des qualités après l’écoute. Une négociation avec autrui, c’est d’abord cela avant tout : l’écoute. Puis s’adapter à la compréhension de l’autre et l’emmener dans sa vision du projet. Je partage ce pouvoir de concentration et de conviction avec l’intéressé, pas sa mémoire ni sa fulgurance.

Je mesure avoir beaucoup douté de sa sincérité et le regrette profondément. La raison en est d’abord, comme il le dit lui-même en quelque sorte, qu’il est le produit d’un monde politique révolu qui a profité d’une Constitution aujourd’hui corrompue et très corruptible à ses semblables. Le fait ensuite d’avoir souffert de ce monde politique cruel, jusqu’à voir la déchéance d’une femme qui s’est couchée devant le pouvoir actuel, que j’aie suivie et admirée quelques années dans son projet de l’écologie sociale… Mais ce n’est pas une circonstance atténuante à mon injustice envers celui pour qui je m’engage aujourd’hui. D’autant que j’ai toujours dit dans la découverte de l’autre, l’empathie venue, que je ne lui ferais jamais payer mes trahisons précédentes. J’en ai une galerie nécrologique énorme jusque dans ma famille, jusque dans mes ascendants, sans espoir de pardon car la chose est entendue. Et j’ai toujours su me protéger des coups du sort. Pourtant, je pose toujours l’à priori de confiance à mes nouvelles rencontres, sous réserve de contrôle, en bonne journaliste par ailleurs formée à recouper les informations. Je me rends compte que les réflexes traumatiques vécus dans une vie politique antérieure, ou dans mes rencontres humaines tout simplement, ont mis sur lui, sur cet homme pas mal accablé, mais Ségolène Royal l’a été aussi par ses pairs, une peur irraisonnée de me tromper à nouveau. Je l’ai crue arrivée, cette terrible erreur, au moment de ses choix de soutiens aux Régionales. A tel point que j’ai continué à douter de la sincérité de son revirement ensuite dans le lâcher prise. J’ai dû établir à son avantage qu’il vivait un deuil profond de mille choses pas seulement intimement humaines, également de ses amitiés politiques déçues et irrécupérables et je pense maintenant qu’il se rend à l’évidence qu’elles le sont, irrécupérables – pour moi, elles sont impardonnables – dont il a émergé à l’image d’un papillon qui déchire la dernière peau de sa chrysalide à coups de larmes de douleur et de dents contre sa propre chair. Ce moment où ivre à trop d’extrêmes éprouvés, on est en même temps lavé par ses larmes et son propre sang pour libérer le mauvais fluide. On se retrouve tout à coup purifié. Hébété par cette seconde renaissance. On vit plusieurs morts dans sa vie qui deviennent des époques, sans pour autant forcément s’améliorer. Lui si, c’est même une résurrection.

Ce miracle de mise en cause de soi unique, comme on le dit de certaines conversions, est arrivé à cet homme. A se demander s’il n’a pas eu une révélation finalement de l’au-delà, bien après l’adieu terrestre. J’ai observé la métamorphose. Mais j’ai gardé mes réflexes traumatiques cependant jusqu’à aujourd’hui.

Et pourtant. Là, ce soir, dans le silence de la nuit, avec toute l’objectivité à laquelle je me contrains à part de mes émotions énormes d’entendre ce que j’ai toujours rêvé, répété devant des oreilles neufs, à peine celles-ci révélées à la vie et à l’ordre du monde ici très bousculée dans ses idées reçues ; je constate à l’issue de cette conférence et de deux réponses terriblement sincères au débat, où affleurait encore cette accusation de bonapartisme : que cet homme a réussi à se déconditionner de tout cela, à l’âge qu’il a où on commence à se détacher des contingences matérielles du monde, à réaliser l’extrême relativité de ce qui faisait son univers alors qu’on est face à l’ultime vérité de soi,et que l’on s’engage dans une croisade en connaissance de cause, dans ce qui est un vrai don à la multitude des autres à qui l’on se propose. Et c’est vrai que finalement l’âge ne fait rien à l’affaire, à ne retenir en soi-même que l’épure nécessaire pour lancer la course vers la victoire au détriment de son propre confort, de sa vie privée, et ensuite passer le témoin, de préférence à des personnes qui n’ont jamais été élues… Intention que je lui ai découverte ce soir dans la dernière inconnue de mes questions.

Il y a du Gandhi en cet homme. Plus que du Che Guevarra. Pour cela, il va être incommensurablement haï, car il ramène ses pairs à leur propre petitesse.

Il a levé le dernier doute que j’avais des conditions que je voyais pour réussir cette souveraineté. En même temps, par rapport à la dureté des forces qui nous entourent, vu comment il s’est construit, lui qui se fiche d’avoir à flatter son égo dans Le pouvoir de plus à sa main qu’il se propose de relever, je me dis maintenant : qui d’autre peut ensuite consolider la stabilité de cette souveraineté à l’œuvre, face à ces forces qu’il connait si bien et qui légitiment sa mise en candidature ? Dans les balbutiements d’une gouvernance qui a pris Syriza de court, avec des dirigeants ignorants des ficelles du pouvoir aussi naïfs que des bébés face au cynisme le plus absolu, écrasés sans pitié par un rouleau compresseur financier des plus définitifs : doit-il partir tout de suite dès la nouvelle Constituante assurée ? Puis-je négocier qu’il reste le temps d’un rodage à préparer sa suite avant sa transmission de témoin ?

Car tout à coup j’ai presque là, à l’avoir entendu enseigner l’irrémédiable lâcher prise à tous les superflus que notre planète ne peut plus supporter de donner, j’ai presque oui, eu peur pour sa vie… Alors les débutants du pouvoir de la Nouvelle Constituante, je ne leur donne pas les six mois de Tsipras avant de s’effondrer. Mais je ne sais sans doute pas tout de ce qui se prévoit !

Respect en tout cas Monsieur Mélenchon, car j’ai maintenant honte d’avoir douté,

Franche accolade à mon camarade de lutte Jean-Luc,

Grosse tendresse à l’homme pluriel sur le visage duquel, dans le regard indulgent qu’il porte à toute cette jeunesse, dans la tristesse fugace qu’il laisse encore passer de l’héritier perdu, je vois tout l’amour qu’il porte à son prochain.

Comment pourrais-je douter qu’il se met face à ma conscience, à nu ?

Car en définitive, c’est le moteur qui nous engage en politique que lui a toujours gardé en gardant le fil… de sa liberté de conscience. Et j’ai vu ce soir, devant la vidéo, qu’elle est bien là : intacte.

Jean-Luc Mélenchon lâche ce qu’il a sur le coeur – le 22/02/2016

Grand débats » et « collectif » bidon

Ceux qui me connaissent comme homme savent que je suis sensible aux bassesses et volte-face de ceux en qui j’avais cru voir des amis. Mais je ne m’y arrête pas. Je sais que ce sont seulement des marionnettes tenues par le fil des postes à pourvoir. Je reconnais les doigts des tireurs de ficelle. Je sais que le but des dirigeants PS, selon les termes de Julien Dray, est de profiter de la circonstance pour essayer une fois de plus de « m’isoler » et me « sectariser ». À leurs yeux, les Verts sont détruits, les communistes n’ont jamais vraiment compté. Reste votre serviteur. Le PS sait y faire et qui activer. Tous les jaloux, les aigris, les professeurs cyclotrons de la stratégie en chambre, les bureaucrates tétanisés par tout ce qui menace leur petit pouvoir sont d’accord. Ils font la queue pour me donner chacun leur coup de stylet. En toute irresponsabilité, car à quoi et à qui sert de me frapper de la sorte ? Mais nombreux sont ceux qui pensent qu’il y a mieux à faire que de me démolir. Nombreux dont ceux qui sentent l’arnaque derrière les numéros de feintes indignations des importants de la cour des miracles de la « gôche ».

En toute hypothèse, l’effet bashing est raté. 60 000 appuis en dix jours, des centaines de comité d’appui, mille syndicalistes sont déjà en place. Une armée surgit de l’ombre, narquoise, rebelle, imperméable aux glapissements des appareillons et aux gémissements des vieilles gloires. Quiconque s’y oppose est pris à revers par les insoumis de ses propres rangs !!!! À l’heure où le code du travail va exploser sous les coups du gouvernement « de gôche » il était temps qu’existe une alternative politique indépendante.

Le point de départ d’un bon plan de marche est la visée stratégique. Il faut avoir les idées bien claires non seulement sur le but que l’on veut atteindre mais sur le chemin pour le faire ! Sinon, il est impossible de choisir les bons outils à utiliser. Car les moyens préfigurent la fin et ils la préfigurent souvent tout simplement. Ces choix-là n’ont rien d’arbitraire. Il faut réduire la part du pifomètre autant qu’on peut pour que là où il s’applique ce soit en toute connaissance de cause, sans avoir dispersé l’intuition dans des dizaines d’autres supputations intermédiaires. Le bilan de l’entrée en pré-campagne est bon. Le moment était le bon, en général, entre l’annonce de la candidature de Marine Le Pen et le remaniement. Cet encadrement surligne le sens de la démarche et beaucoup de gens ont reçu de cette façon un signal amplifié par l’illustration qu’en donne le contexte. La part de chance : tomber dans un JT où passe le report du procès Cahuzac montrant une face visible et concrète de la caste. Et, passer à l’antenne avant un reportage sur Fukushima qui me simplifie le retour sur la nécessaire sortie du nucléaire…

Pour le reste il n’y avait pas besoin d’être un génie de la tactique pour repérer la fenêtre de tir. Il suffisait de travailler l’info qui circule. Nous étions certains que le remaniement verrait un ralliement du type Emma Cosse. Je n’entre pas dans les détails de mon raisonnement à ce sujet car c’est ici un point secondaire. Le reniement d’une ardente partisane des « primaires pour éviter Hollande », assises au premier rang de la réunion de la Bellevilloise, passant sans transition au gouvernement Hollande jette une lumière démoralisante sur la sincérité du processus. Le risque est de voir s’aggraver la débandade des dévouements et des militants. Je devinais aussi qu’à la sortie de son séminaire Marine le Pen communiquerait pour rendre compte des changements de ligne décidés et déjà annoncés partout dans la presse. Je n’ai pas eu besoin de faire le lien avec sa candidature puisqu’elle l’a fait elle-même. Dès lors la nécessité d’un signal fort, d’une parole claire sur les enjeux du combat politique actuel s’imposait.

Car le temps politique s’est considérablement accéléré quand quatre candidats à la primaire de droite déjà extrêmement actifs et Madame Le Pen sont déjà entrés en campagne. Les livres, les interviews, les grandes émissions des porte-paroles de la droite saturent l’ambiance. Eux font leur travail. De son côté le gouvernement agit avec constance pour légitimer lui aussi l’essentiel des bases du discours traditionnel de la droite : attaque contre le code du travail, destruction des normes sociales, et discours sur la nationalité emprunté à l’extrême droite. Notre voix politique avait disparu. Et nous sommes menacés d’être paralysés  par une « primaire de toute la gauche » dont le dénouement est reporté à novembre prochain, dans le meilleur des cas, décembre ou janvier si Cambadélis le décide. C’est-à-dire après huit mois de bagarre interne et de querelle de personnes.

En coulisse, personne ne croit que cette primaire aura jamais lieu. Mais tous font semblant du contraire en public. Le fond du tableau est totalement tordu. Beaucoup se rêvent candidat à la primaire pour pouvoir enfin exister et ensuite perdre avec les honneurs médiatiques pour n’avoir aucune responsabilité financière ou politique à endosser. Avec l’arrivée en force du PS, toute la machinerie médiatique de cette primaire fonctionne comme un appareil à tout embrouiller et à augmenter la confusion. En dépit d’efforts inouïs (mais il est vrai que « la France s’ennuie ») la mayonnaise ne prend que dans des petits cénacles confidentiels de militants en déroute et de colonnes de réfugiés de la guerre du Hollandisme contre les fondamentaux de la gauche. Précieuses personnes ! Sur quarante signataires de l’appel aux primaires 38 firent campagne pour Hollande en 2012 et donc contre la candidature du Front de Gauche. Dix jours après son lancement, l’initiative piétinait à 12000 signatures jusqu’à ce que l’organisation du travail moyennant finance par l’entreprise de pétition « change.org » augmente la cueillette en plus de trois semaines !

Pour donner le change, le bulletin quotidien Libération, déjà connu dans le passé pour les manipulations de titres et de sondages ouvre sa « une » sur un sondage pipeau de première grandeur. La une annonce 81 % des électeurs de gauche partisan de la primaire. Politis fait vite la démonstration que « l’enquête » porte en fait sur… 277 personnes…

Le ras le bol des coups montés par Joffrin, Cohn-Bendit et consort est aussi une des raisons pour lesquelles je suis passé à l’action. Je suis un déclencheur. Je propose l’action drapeaux déployés et musique en tête. Je m’avance donc sans avoir demandé la permission à personne. J’appelle les gens, sans leur demander s’ils ont une carte de parti, à se rassembler pour agir, grâce au site jlm2017.fr. C’est la manière de faire la plus collective. Pour recueillir les 500 signatures de parrainage, je compte sur les 300 groupes d’appui et les 60 000 personnes qui nous ont déjà rejoints en dix jours et dont le nombre ne cesse d’augmenter. Si nous n’y arrivons pas, sur qui sera la honte ? Pas sur moi, mais sur ceux qui se seront acharnés à me barrer la route. L’insoumission est un combat, pas une rente.

Comme la mode semble être à comparer avec 2012 souvent au prix de quelques arrangements féroces avec la réalité, je crois utile de faire des rappels pour ceux de mes lecteurs qui seraient réellement inquiets. En fait, le déroulement actuel de mon agenda est l’exacte réplique de 2011. Je m’étais déclaré le 21 janvier 2011. J’avais déjà « proposé » ma candidature. Les mêmes qu’aujourd’hui, personnalités, journaux et directions politiques diverses avaient fait exactement les mêmes critiques venimeuses qu’aujourd’hui. À l’époque, la direction PCF en solo, sans crier gare et contrairement à nos accords d’alors, décida d’organiser un vote interne avec pluralité de candidatures. Rien de nouveau sous le soleil. Les communistes votèrent le 18 juin et m’investirent. Ils le firent sans aucun « grand débat » car on ne me permit pas d’approcher pour expliquer ma candidature.

Il n’y eut pas, à l’époque, de « programme d’abord », car la rédaction de celui-ci ne fut engagée qu’ensuite, à partir de la fin juin et jusqu’au mois d’août. C’est François Delapierre qui tenait le stylo. Le PG avait travaillé trois mois sous sa houlette pour préparer mille fiches programmatiques avant la rencontre avec les responsables communistes. Jacques Généreux qui participait au premier rang de la délégation pourra raconter s’il le souhaite ce qu’il faut savoir sur le refus du « revenu maximum » par nos interlocuteurs. Les mêmes s’alarment sur leur blog de l’amoindrissement qu’ils croient voir du contenu anticapitaliste de ma présentation du programme ! De son côté Martine Billard dans sa note de blog a parfaitement décrit quel alibi sans consistance est cette histoire du « programme d’abord » et autres sornettes sur les « grands débats » et autres « mille initiatives » qui n’existent que le temps du communiqué de presse qui les annonce.

Pour finir, la rédaction de L’Humain d’abord fut achevée en plein mois d’août ! Il fut présenté en public sans aucune consultation militante à la fête de l’Huma de septembre 2011. Il y fut mis directement en vente sans autre forme de procès. Je l’ai brandi sur la scène centrale, mais j’étais seul à l’avoir en main ! L’ensemble de la négociation sur les circonscriptions avait été réglée dès juin, après le vote des adhérents communistes, par une négociation directe entre les mandataires de chaque parti sans autre forme de consultation.

Telle est la version réelle du « collectif » tel que le pratiquaient les grands basistes qui m’accablent aujourd’hui. Personne à l’époque ne se plaignit que cette méthode n’était pas assez « collective ». Il y avait une raison à cela. Nous pensions, tous, que la désignation du candidat n’est pas le résultat mais le préalable qui permet de libérer tout le reste du travail politique à faire. Sinon tout reste prisonnier d’une compétition et de postures qui paralysent tout. Oui : le préalable. Car tout le monde avait le souvenir très vif des épisodes calamiteux de 2007 et de la débandade qui s’en est suivi ! La seule différence est donc pour l’instant que cette fois ci je n’ai pas eu au téléphone Pierre Laurent pour lui dire le jour et l’heure de ma déclaration. Lui-même ne m’a prévenu ni du jour ni de l’heure de la réunion collective où il a décidé d’être candidat en Île-de-France sans autre forme de consultation qu’un chantage à l’explosion du Front de Gauche. Il m’a obligé à intervenir pour l’appuyer face à des camarades survoltés et écœurés par ces méthodes venant après la honteuse réédition des municipales à Paris.

Mais quoiqu’il en soit, pour ce qui me concerne, tout le reste était su de lui. Tout. Je propose donc qu’on cesse les querelles de forme subsidiaires. Il ne sert à rien de me montrer du doigt comme le vilain « solo » de la couvée pour essayer de mieux vendre le « collectif » que représenterait la merveilleuse primaire de toute la gauche et son dessous de table crapoteux du partage des circonscriptions législatives. Car il ne faut jamais oublier cette dimension invisible de l’univers des primaires. J’ai entendu comme tout le monde Yannick Jadot dire que les circonscriptions seront réparties à l’exacte proportionnelle des résultats de la primaire. Ben oui, après avoir dû voter pour le vainqueur de la primaire, il faudra en plus faire campagne pour ses candidats locaux ou ceux des autres complices. Une véritable autodissolution de notre force.

La danse du ventre des injures, doublée de pathétiques appels à « Jean-Luc » au « collectif » dans le bulletin paroissial de la deuxième gauche qu’est Libération pour que je rejoigne la tambouille de la primaire rebaptisée « cadre collectif » ne m’impressionne nullement. Tant que ce cadre est celui de Hollande, tout est dit. Je sais que toutes ces gesticulations sont destinées à créer une rupture irrémédiable avec moi qui servira ensuite à justifier de nouvelles compromissions. Si la direction communiste choisit cette rupture avec moi, qu’y puis-je ? Une chose est sure : cette fois-ci, je ne pactise pas avec la ligne du compromis tous azimuts. Et je n’attends pas la fin de l’habituelle interminable séquence des tergiversations se concluant par les mêmes mélimélos incompréhensibles et illisibles. Je ne signerai pas la « charte minimum » à laquelle des milliers de communistes vont devoir se plier comme les y invite Pierre Laurent.

Le fond de l’affaire n’est donc pas dans la dialectique du solo et du « collectif », cette grossière mise en scène rhétorique. Il y a vraiment entre nous une divergence sérieuse sur cette primaire et sur la voie à construire. D’un côté la ligne du « rassemblement de la gauche » avec ses primaires de « Macron à Mélenchon » de l’autre, l’objectif de « fédérer le peuple ». La seconde est impossible dans le cadre de la première aussi longtemps qu’il s’agira de réunir sous une même étiquette des gens comme Valls, Macron, Hollande et leurs victimes chez les salariés. Dès lors, la formule « fédérer le peuple » se décline comme une ligne d’action globale. Elle doit se doter d’un instrument d’action et d’un programme.

Voilà pourquoi j’ai proposé à la coordination du Front de Gauche, avec d’autres et sans jamais avoir eu l’honneur d’une réponse, depuis janvier 2015 la construction d’un mouvement qui dépasse les anciennes structures et mette fin au système du cartel des partis qui a étouffé le Front de Gauche. Je n’ai pas réussi à convaincre de cette idée ni pour les départementales ni pour les régionales. Ensuite, comme tout le monde, j’ai été mis au pied du mur de la déclaration de « mort clinique » du Front de Gauche par le porte-parole national du PCF, en solo. Puis j’ai dû découvrir par la presse le ralliement sans condition ni délibération collective aux « primaires de toute la gauche ». Puis j’ai appris à la télé la non candidature « à l’heure actuelle » de Pierre Laurent et de celle « qui peut s’envisager » de Clémentine Autain, sans oublier la prise de position parmi tant d’autres inamicales et souvent blessantes d’André Chassaigne s’enthousiasmant pour la candidature de Christiane Taubira. J’ai donc compris que l’illisibilité des précédents épisodes était repartie de plus belle. Et j’ai pris mes responsabilités.

Je règle dans la forme comme dans les moyens toutes les questions que des centaines d’heures de discussion et trois séries d’élections perdues n’ont pas permis de régler. Je propose ma candidature, à tout le monde, j’impulse un mouvement d’action citoyenne, « la France insoumise », auquel tout le monde peut participer, je mets la réécriture du programme L’Humain d’abord en débat publiquement et ouvert à tous. Je dis « je » parce que je ne me réfugie pas derrière d’énigmatiques «  nous » cache sexe, de fumeux « le collectif » pour désigner des petits cénacles qui se répartissent des rentes. Le mythe des grands appareils verticaux donnant des consignes à des armées de robots est mort. Nous avons fait vivre autre chose en 2012. La campagne a été accomplie par des dizaines de milliers d’anonymes non encartés. Je crois en l’auto-organisation et aux réseaux sociaux.

Et en même temps, j’assume mes responsabilités. Je les exerce avec l’amicale camaraderie de toute sorte de membres du Parti de gauche et des autres partis du Front de Gauche, de socialistes et de verts dissidents, de toutes sortes de cercles de militants sans carte et de très nombreux amis et camarades communistes, de syndicalistes et associatifs qui ne se sentent pas obligés de se pousser du col. Mais surtout avec des milliers de gens que toute organisation laisse indifférents et qui n’ont pas envie d’y être encartés pour agir. Dans les trois mois, je proposerai la convocation d’une assemblée représentative des signataires, des personnalités insoumises et des organisations politiques partie prenante de la démarche. J’ouvre la marche, bien entouré, bien accompagné. Je ne lis aucune des tribunes désormais quotidiennes des dirigeants communistes et satellite qui par leurs excès et leur agressivité condescendante cherchent à créer avec moi un fossé irrémédiable. Peine perdue : leurs bases ne suivent pas. Mais ils confirment ainsi à quel point le monde depuis lequel ils pérorent est loin de la réalité simple et populaire à laquelle je m’adresse et qui m’entoure. Les rebelles et résistants qui se joignent au mouvement de la France insoumise m’importent davantage et je suis fier d’avoir mérité leur confiance si tôt, si fort.

La liste des insoumis syndicalistes actifs dans les principaux récents conflits du travail actuels m’enthousiasme. Ils viennent parce qu’ils savent que moi je ne vais pas m’arranger avec ceux qui les ont persécutés. Cette semaine, ceux qui voient la destruction du code du travail sont heureux de ne plus rien avoir à faire avec les auteurs de cette incroyables régression. Ils savent que je ne suis pas allé rue de Solferino mendier mon strapontin dans les primaires. Ils savent comme moi que cette primaire finira en eau de boudin couvrant de ridicule tous ceux qui auront fait semblant d’y croire. Cambadélis a fixé au mois de décembre ou janvier la tenue des primaires. Qui a noté que les investitures internes pour les législatives du PS sont fixées au 17 décembre. Je fais un dessin ?

La marche des insoumis – Par Jean-Luc Mélenchon le 22/02/2016

La ligne stratégique que j’applique repose sur la force propulsive dans la société de ce que j’ai appelé la « France insoumise ». De qui s’agit-il ? De quiconque ne s’est pas résigné à subir et passe à l’action. La France insoumise, c’est toute personne qui, dans sa vie, résiste à l’abaissement. Et ce sont bien sûr les lanceurs d’alerte, les syndicalistes qui se battent pour défendre leur emploi, les écologistes qui combattent les grands travaux inutiles ou l’acharnement nucléaire. Mais c’est aussi notre pays face au monde et à ceux qui le dominent. La France insoumise va de l’individu à la nation. C’est le point d’appui de tout changement pour le futur. Le PS et LR sont d’accord, avec madame Le Pen, pour « apaiser » la juste colère contre la caste et faire durer le système.

Dès lors, il faut donner à voir la diversité, la force et la dignité de la France insoumise. Telle est l’ambition du premier « appel des insoumis » lancé par plus de cinquante syndicalistes et lanceurs d’alerte qui ont décidé d’appuyer ma proposition de candidature. Cet appel est coordonné par Philippe Juraver, ardent syndicaliste de la ligne B du RER, qui a mené de nombreuses luttes de solidarité ouvrière et professionnelle.

Ces insoumis ont mené et ils mènent des luttes emblématiques pour l’emploi et le maintien d’activités en France : Arcelor Mittal (Lionel Buriello de Florange, Jean-Paul Bussi), Continental à Clairoix (Pierre Sommé), Air France (Karine Monségu, François Hamant, Mehdi Kemoune, Jean-Luc Vilala), Nexcis (Nathalie Camborde), Mory-Ducros (Jean-Claude Hacquard), Moulins Maurel à Marseille (Philippe Lavocat), Sanofi (Laurent Ziegelmeyer), Nexter (Dominique Flachat).

Ils viennent de branches et secteurs variés : industrie (Jérôme Flament d’Air Liquide, Florent Beauvais), métallurgie (Bruno Thorel de Thyssen Krupp, Aurélien Motte de Sambre et Meuse, Sébastien Migliore), aéronautique, éducation, agro-alimentaire (Gilles Sevilla de Sodexo), textile (David Thomas), énergie, transports (Teddy Martinache), santé, action sociale, finance, médias etc.

Ils s’illustrent dans la défense de services publics de qualité dans la santé (Catherine Fayet, Annie Tison), les hôpitaux (Marc Brun de l’Hôpital de Leyme, David Fremiot, de l’Hôtel-Dieu), l’éducation nationale (Faustin Aissi, Marilou Struilou, Claudio Capparelli, Christelle Hunault, Marlène Noygues, Ghislaine Zaparty), l’énergie (Jérôme Schmitt), le rail (Laurent Courtois, Damien Février, Laurent Flandrin, Christophe Joly, Kevin Kijko, Dominique Tison, David Volkaert), la Poste (Sophie Nayac), l’action sociale (Fabrice Preux), les institutions médico-sociales, les égoûts (Emmanuel Olivard), les douanes (Morvan Burel, Olivier Balzer), les collectivités locales (Farida Amrani, Alain Martin), l’action de l’État en mer (Nicolas Mayer), les finances publiques (Alain Maury), le service public audiovisuel (Luc Deleglise de France Télévision).

Beaucoup sont délégués syndicaux, élus du personnel ou secrétaire de leur syndicat. Ils sont en première ligne de la lutte contre la précarité, les maladies professionnelles et les accidents du travail, par exemple dans la sous-traitance du nucléaire (Gilles Reynaud). Leur engagement pour appuyer ma candidature est donc pour eux autant un acte civique que social. Ils m’appuient comme je les appuie de toutes mes forces pour être déclencheurs du mouvement citoyen dont le peuple a besoin pour reconquérir sa souveraineté sur tous les compartiments de nos vies. Dès lors, on comprend mieux que ma liste de 60 000 appuis comporte d’ors et déjà plus de mille syndicalistes se déclarant comme tels, fait exceptionnel en France depuis de nombreuses années.

En tête de notre marche se trouvent les lanceurs d’alerte, à la fois vigies de l’intérêt général et héros du quotidien : lanceurs d’alerte dans le handicap (Sylvia Garcia, Gilles Mendes) et valeureux insoumis de l’établissement médico-social de Moussaron dans le Gers (Céline Boussié, Sabrina Serre) qui se sont levés pour défendre la dignité des enfants autistes.

Un autre de ces insoumis est enfin annonciateur d’autres appels en préparation dans les luttes écologiques et paysannes. C’est le scientifique Christian Vélot, ardent pionnier de la lutte contre les OGM. Je suis certain qu’il sera bientôt rejoint par nombre d’autres.

Vous aussi, fiers de vos luttes où que vous soyez, vous pouvez faire grandir cette marche des insoumis en signant à votre tour l’appel.

La tambouille des intellectuels, une vraie sinécure ! Par Claire BOUTHILLON, le 23/02/2016

Paul Jorion avait publié sur son blog, le 11 février dernier, un billet intitulé « Jean-Luc Mélenchon saborde officiellement l’initiative de primaire pour la gauche » pour dire pourquoi il ne croyait pas en l’avenir d’une candidature de Jean-Luc Mélenchon et pourquoi il préférait soutenir un Thomas Piketty.

Hier, lundi 22 février, Paul Jorion a publié cette fois, sur son blog, un billet « invité » écrit par François Fièvre. Cet auteur, lui, n’est pas d’accord avec ce choix de Jorion. Il défend, au contraire, la pertinence de la candidature de Mélenchon. Ce dernier billet a été inspiré notamment par le passage de Jean-Luc Mélenchon dans l’émission « On n’est pas couchés » de Laurent Ruquier, ce samedi 20 février 2016. Il est intitulé « Mélenchon, Piketty et l’Europe« . La lecture de ce billet et de celui antérieur de Jorion a fait réagir ma camarade Claire Bouthillon…

Et oui, passer ainsi à côté d’une tactique foudroyante pour rassembler à sa façon, c’est ce qui a fait dire à certain que Jean-Luc Mélenchon est « un Pôv’ con » !

On en est encore aux arrangements de l’entre soi…

Je constate une fois de plus que le chemin est difficile pour atteindre la lucidité de l’évidence souveraine en prémices des temps nouveaux.

N’est pas stratège qui veut mais cela se permet de juger et de préjuger façon « Corée du Nord » pour conjurer le vide, dans le sarcasme facile et la caricature…, ou l’insulte. J’espère seulement que cela soulage leurs auteurs, sinon laissons-les à leur macération.

Venons-en à l’usine à gaz :

« Enfin, la perspective d’une candidature de Piketty à côté des candidatures de Mélenchon et de Hollande est celle d’une défaite assurée, par simple éparpillement des voix au premier tour qui empêchera la gauche d’être au second tour. Sans compter bien sûr le fait qu’il y aura très certainement une candidature du PCF, voire d’EELV et du NPA, pour contribuer à diviser l’électorat. En clair : maintenant que Mélenchon a proposé sa candidature, il n’existe qu’une seule solution d’éventuellement arriver à passer au second tour devant les socio-démocrates (au mieux Hollande – argh ! –, au pire Valls ou Macron) : lui apporter son soutien, sans quoi les voix s’éparpilleront nécessairement, et on risque bien d’avoir droit à un second tour Les Républicains / Front national. »

Et revoilà la menace Lepen que Pierre Laurent en bon factotum, continue à porter en bandoulière. Outre le fait que je ne vois pas de candidature Piketty parce qu’il n’est pas assez fou pour s’engager en outsider inconnu du grand public, qu’il n’y aura que des votes symboliques à la marge pour EELV, le NPA et le PCF pour ne pas dire insignifiants quand leurs bases militantes nous rejoignent déjà. Ces appareils ne veulent pas aller au pouvoir. Ils se contentent des miettes de la table et ne considèrent pas la prise de risque. Le grand public sait qu’ils ne veulent pas aller au pouvoir mais en récolter les miettes qui tombent de sa table, même pour ceux et celles qui participent à la Primaire de Gôche du bout des lèvres. Mélenchon n’aura en face de lui de toutes façons que Hollande.

Il est effectivement plus probable que Piketty se rapproche de Mélenchon quoique… Piketty fait un peu comme Hulot, qui pourrait aussi se présenter et qui est bien plus charismatique que lui, mais tous deux picorent là où le vent les portent à se faire voir, un peu comme Varoufakis en ce moment dans un bougisme dérisoire, de ce qui est la gauche molle, plutôt d’ailleurs du côté réformiste, histoire de bien s’éparpiller dans l’espoir d’une vaine reconnaissance publique. Il est plus pertinent d’édifier une dynamique citoyenne qui trace sa propre voie sur l’objectif, claire, identifiable, sans attaches. Là est essentiellement sa force, nourrie de son bon sens populaire en connexion avec un peuple qui sait très exactement ce qu’il veut. Qui en a d’ailleurs certainement plus que marre des hypothèse vaseuses et masturbatoires qui les « envoient au mur ». Il veut du concret.

« Donc oui, Paul Jorion, au risque de vous déplaire, je ne crois pas que Mélenchon soit incapable de gagner. Ou plutôt, je ne pense pas, comme vous en effet, qu’il puisse gagner, à moins que bien des gens, dont Piketty, ne le rejoignent. « 

Pfffft ! Il y a déjà une cohorte d’économistes qui l’ont rejoint qui font un beau bouquet, plus un « maison » avec Jacques généreux qui je l’espère se radicalisera à un moment donné en admettant le Plan B, car je le trouve assez timoré. Il passe à côté des multiples association, collectifs et mouvements qui labourent le terrain et apportent leurs solutions concrètes. Autrement plus efficaces. L’ingénierie me parait plus probable à l’épreuve des faits.

Par ailleurs, on en est maintenant à environ 60.000 adhésions à une proposition de candidature, adhésions qui composent, somme toute, un ratio incroyable à quelques jours du lancement de la campagne virtuelle d’une projection de masse, socle grandissant sur lequel se démultiplieront nos forces jusqu’au moindre village, au moindre quartier, au travers de multiples comités décentralisés en Province en train de se monter. Je ne comprends pas que l’on ne considère que les « experts » et les partis, pour transformer le tir jusqu’aux 500 signatures ? L’effet de levier des syndicalistes qui ont déjà rejoint la marche populaire des insoumis, me parait par ailleurs 100 fois plus mobilisateur qu’une poignée de spécialistes de l’entre soi.

Là encore, n’a pas l’esprit bolivarien qui veut !

Qui en appelle à ces élites de l’intelligence que révolution faite, pour servir ensuite les besoins d’éducation populaire et idéologique et si possible des prospectives inédites ? Car il n’est plus question de reproduire les échecs institutionnelles antérieures, entretenues par les anciennes oligarchies.

Beaucoup de mal à admettre a, ce François Fièvre, parmi ces intellectuels patentés ou autoproclamés, que les élites ne font pas la France, qu’elles se trompent par trop souvent, dépendant d’un système que nous voulons faire sauter. Pas un seul pour rattraper l’autre, même dans la gauche radicale quand on sait qu’elle n’ira jamais au pouvoir, comme le NPA. Dans la liste du « Bal des Faux-culs », il oublie en outre Nouvelle Donne et Ensemble. Il ne voit surtout pas que tout repose sur l’influence et la force de proposition par la bouche de Jean-Luc Mélenchon, qui lui, est parfaitement identifié. Car je viens de remarquer qu’il a acquis une parfaite maitrise comportementale qui ne correspond pas aux adjectifs qui servent à le faire passer pour un excité. Il est devenu imperméable aux provocations (ONPC). Il a « fait son cuir » dans le temps et les douleurs répétées, c’est évident, et il gagnera tout simplement parce que son propre camp n’ayant pas réussi à le tuer, il en est ressorti plus fort ; qu’en portant le deuil de « lui » et des alliances au plus profond de lui, je vois qu’il y a puisé, comme lavé par ses souffrances, une faculté de transcendance réelle, plus émaciée voire dépouillée de ses envies terrestres, plus essentielle, plus idéalement projetée, qui emmène nos consciences dans une vision positiviste, avec tout l’héritage commun qu’il a reçu et qu’il s’apprête à transmettre. Il est devenu… Zen.

C’est dans l’épure que l’on touche à la vérité… Il y est.