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Le Front de gauche peut retrouver le chemin du peuple – par « La Gauche d’opposition* » – Copyright Marianne

JLM en ombre chinoise sur fond drapeau FdG

* « La Gauche d’opposition » est un groupe de réflexion s’appuyant notamment sur les travaux de Jacques Sapir et Aurélien Bernier et visant à « aider le Front de gauche à rompre avec ses tabous » comme la question de la sortie de l’euro. Retrouvez ici leur site. 

Pour le groupe de réflexion « La Gauche d’opposition », le Front de gauche a commis l’erreur, pendant ces européennes, de jouer la même musique de « l’Europe sociale » que le PS. Pour ses membres, les solutions avancées par « les Sapir, les Todd, les Bernier, les Lordon », notamment la sortie de l’euro, sont rejetées à tort par la gauche radicale. D’autant que, écrivent-ils, « le FN gagne en reprenant ce qui, pendant longtemps, a été nos propositions pour le socialisme républicain ».   

Les résultats des élections de dimanche ne sont pas une surprise. Pourtant, comme nous pouvions l’imaginer, beaucoup, notamment à gauche, poussent des cris d’orfraies, comme si l’étonnement était tel qu’il pouvait nous exonérer d’une analyse de la réalité.

Cela est dur à admettre, mais le vote de dimanche n’est malheureusement plus un vote de protestation, mais bien d’adhésion ! Alors, qui peut croire que le peuple français veuille revivre les heures les plus sombres de son histoire ? Serait-il prêt, bêtement, à s’offrir, corps et âme, à la bête brune ?

Certains le pensent et ne voient rien de mieux que de sonner le tocsin de l’union républicaine. Le FN, même s’il s’est construit sur la haine de l’autre, ne fait pourtant plus propagande sur son vieil ADN. Cela ne veut pas dire qu’il n’est plus en lui, mais que son succès ne s’est aucunement construit sur la haine de l’autre. Pendant cette campagne, il a plus parlé que nous de l’État-nation, seul levier apparent pour résister au libéralisme financier.

Ainsi, le FN gagne en reprenant ce qui, pendant longtemps, a été nos propositions pour le socialisme républicain. Les Français ne cherchent pas aujourd’hui un état policier, mais bien un état qui saurait faire la police dans les échanges financiers, contre la délinquance bruxelloise qui brise les liens sociaux et contre les criminels qui détruisent nos services sociaux.

Le Front de gauche a su créer l’espoir en 2012 en constituant cette force de résistance et de conquête. L’élan populaire, le soutien d’intellectuels, nous offraient une crédibilité toute nouvelle depuis l’effondrement du bloc de l’Est. Pourtant, aujourd’hui, nous ne sommes plus une force qui attire. Nous perdons des voix et des soutiens.

Le Front de gauche rejoue le procès en « populisme » qu’il subit si souvent

Les Sapir, les Todd, les Bernier, les Lordon, pourtant proches de nous, défendent la sortie de l’euro et de l’Union européenne. Au lieu de chercher à comprendre leur radicalité, nous les rejetons. Non pas parce que nous sommes en désaccord avec eux. Cela se comprendrait et nous n’aurions rien à dire. Mais nous les rejetons uniquement parce que le FN tire les mêmes conclusions. Ainsi, pour élaborer notre discours, nous ne cherchons plus l’intérêt du peuple, mais nous fixons l’objectif de ne pas être identifiables au FN.

Le Front de gauche, sans s’en rendre, rejoue le procès en « populisme » qu’il subit si souvent. Il alimente ainsi l’idée que les fronts se retrouvent toujours et il annihile la réalité de différences profondes.

Le Front de gauche a donc décidé d’abandonner l’idée de la nation française, de la souveraineté populaire, de la lutte contre les flux financiers qui nécessite un protectionnisme. Il préfère « rompre et refonder » l’Europe. Nous jouons le même morceau que « l’Europe sociale » des socialistes. Seule la méthode change. Mais, le peuple français se refuse à écouter à nouveau cette mélodie qui lui a déjà tant couté en qualité de vie.

Défendre la souveraineté populaire, la France, ce n’est pas vouloir des défilés de chemises noires dans nos rues, mais c’est le résultat de l’analyse que la démocratie nécessite une conscientisation d’un intérêt général commun. Et, c’est parce que les citoyens se retrouvent dedans qu’ils peuvent accepter la règle du plus grand nombre. Croire que ce sentiment ou que cette discipline peut exister en Europe est un doux rêve. Mais un rêve qui se transforme en cauchemar à force de tout construire autour.

Défendre la sortie de l’euro et revenir à un régime de souveraineté populaire en France peut permettre de redécouvrir le chemin du peuple et du progrès social. Et en le retrouvant, en défendant un programme légalement et politiquement crédible, alors nous pouvons faire fructifier le feu révolutionnaire qui vit en chacun de nous.

Chez la Gauche d’opposition, nous avons la sensation de voir chez une partie du Front de gauche qui partage l’idée de révolutionner l’Union européenne, la même bêtise que chez ceux qui croyaient possible la monarchie constitutionnelle. Comme eux, ils savent que le monde change et qu’il faut aller de l’avant. Comme eux, il rêve d’un monde plus juste, de progrès et de solidarité. Pourtant, comme eux, ils ne voient pas que le roi était mort dès le 14 juillet 1789.

Nous, nous ne disons rien d’autre. L’Union européenne est morte lors du referendum en 2005. Le peuple attend de la gauche radicale qu’elle fasse tomber sa tête. Pour cela, la Gauche d’opposition croit en la nécessité de réunir toutes les bonnes volontés à gauche dans des Assises qui permettraient enfin de rompre une bonne fois pour toutes avec les vieilles lunes européennes et revenir à ce que nous savons faire, changer la France. Et enfin, en libérant la voix du peuple français, d’autres, partout en Europe et dans le monde, pourront entendre les vibrations de nos cris de désir insatiable de liberté, d’égalité et de fraternité.

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