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Le Front de Gauche étant mort, quelle stratégie politique adopter désormais ?

Il n’est pas opportun de raisonner en termes d’appareils et de militant-e-s à convaincre parce que pour cela, il faut se couper du peuple et même le défier puisque l’appareil du PC a fait ses choix et que les militant-e-s du PC ne mouftent pas…

On me dit que c’est folie que de soutenir l’idée que le Front de Gauche est mort parce qu’il n’y a rien d’autre. Qu’il n’y a pas de plan B.

Mais si, il existe et il est simplissime.

Il ne s’agit pas de créer un autre parti, une autre orga, mais de parler au peuple, directement, de l’impliquer largement dans le débat, de lui donner la parole, de lui permettre de poser des questions, d’interpeller les cadres des partis qui aspirent à gouverner le pays, les régions, les départements, les communes, les intercommunalités…

Il faut organiser des ASSISES mais cette fois-ci je ne dis plus du Front de Gauche… Plutôt des ASSISES de la révolution citoyenne ! Ou des ÉTATS GÉNÉRAUX de la révolution citoyenne. Et ce, partout en France, sur une durée de plusieurs semaines…

Les partis ne doivent être que des facilitateurs, des organisateurs, des animateurs et des financeurs mais ils doivent laisser le peuple prendre le pouvoir.

Il nous faut débattre de tout : du régime politique, de l’Union européenne, de l’économie, de la bifurcation écosocialiste…

Il faut réélaborer, conjointement avec le peuple, notre projet pour les prochaines échéances qui vont venir très vite et qui pourraient même être anticipées.

Il faut initier la logique « Podemos » en France et le faire par la base, non par le sommet.

Il faut donner enfin envie à tous ceux qui nous fuient depuis si longtemps (syndicalistes, associatifs, citoyen-ne-s non encartés mais  engagé-e-s dans de multiples luttes, causes et combats), ou encore celles et ceux qui nous ont abandonné depuis deux ans, de revenir et de s’impliquer de nouveau et ce, plus fortement encore.

Parmi eux les Communistes auront un rôle à jouer. Contrairement aux élucubrations des un-e-s et aux persiflages des autres, je ne suis pas anticommunistre primaire. Je dénonce seulement les faux communistes, ceux qui font honte à leurs illustres prédécesseurs, qui furent des résistant-e-s à un ordre établi odieux. Mais ces communistes doivent comprendre qu’on ne peut plus attendre. C’est maintenant qu’ils doivent prendre les bonnes décisions. Celles qui contribueront à nous libérer tous du carcan qui nous emprisonne. Ils doivent donc accepter de s’émanciper de leur parti. Sinon rien ne sera possible.

Voilà ce que je crois et comment je vois les choses. Il ne s’agit pas de détruire le FdG car le FdG est déjà mort dans l’esprit du peuple français. Il ne survit que dans la tête de quelques militant-e-s chez qui la naïveté l’emporte sur la lucidité.

Il s’agit bien de reconstruire mais autrement…

 

 

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Motion adoptée par la Gauche Anticapitaliste le 14 juin 2014

Intro de Vincent Christophe Le Roux

Depuis que la Gauche Anticapitaliste est née, je suis ce mouvement avec le plus grand intérêt. Et sa principale porte-parole, Myriam Martin, ne m’a jamais déçu. Le discours de la GA, comme son positionnement stratégique me permettent de dire depuis des années que j’y trouve ceux qui me sont le plus proche, après mon propre parti. Parfois, Myriam Martin et la GA, représentent même mieux que le PG ou ses leaders, ce que je crois, ce que je veux.

Dans cette motion, hormis deux ou trois points d’importance très secondaire, je retrouve mes interrogations, les craintes, mes espérances et ma vision.

Le diagnostic qui est fait me paraît fondé et les pistes pour sortir de l’impasse qui sont évoquées me semblent de nature à être victorieuses.

Le PCF est ciblé pour ce que nous ne cessons de lui reprocher. Le PG est aussi visé et je ne trouve pas matière à redire à ce qui est écrit.

Une fois de plus, je juge que ce discours est très proche de celui du PG si ce dernier accepte d’entendre les critiques qui lui sont aimablement et respectueusement adressées.

* * * *

Lien : https://www.ensemble-fdg.org/content/motion-adopte-par-la-gauche-anticapitaliste-le-14-juin-2014

Les militant-es de la Gauche anticapitaliste, réuni-es le 14 juin 2014, approuvent l’orientation générale du texte qui leur a été proposé (voir ci-dessous).

La GA est pleinement engagée dans la construction d’Ensemble ! comme nouvelle force politique.

Dans la perspective du futur congrès de fondation, l’orientation anticapitaliste et écosocialiste proposée par la GA a pour objectif :

– De favoriser un fonctionnement plus efficace, plus démocratique, plus à l’écoute des choix des adhérent.es et davantage tourné vers l’action ;

– De créer les conditions d’orientation d’une force politique délimitée, indépendante et unifiée ;

– De préserver l’autonomie du Fdg à l’égard du PS et de ses alliés comme élément fondamental de son orientation et de sa stratégie ;

– De consolider et développer une opposition de gauche au gouvernement et à sa politique ;

– De permettre et d’organiser l’adhésion directe au Fdg et sa transformation.

Afin de faire le point sur la situation d’Ensemble !, de préparer son congrès fondateur et d’envisager les modalités de dépassement de la GA, nous convoquerons deux réunions nationales de la GA, l’une avant le congrès d’Ensemble (qui aura lieu en janvier 2015), l’autre après.

 

Adopté à l’unanimité des présent-es.

 

Texte proposé à la discution de tou-tes les militant-es GA avant la réunion nationale :

Nous avons fait le choix d’un texte centré sur les problèmes de recomposition de la gauche, le Front de Gauche, Ensemble ! et la GA. Le même week-end se tient, dans la continuité de notre réunion, un CN d’Ensemble ! où toutes les autres questions d’intervention pourront être traitées ou se recouperont inévitablement avec notre réunion.

 

1) Retour sur l’évolution des rapports de forces :

Les élections du 25 mai accélèrent après les municipales la crise politique, et exacerbent les mêmes tendances de fond : un score du FN élevé et extrêmement préoccupant, une abstention massive, une sanction contre le PS, qui ne se traduit pas par une poussée de liste de la gauche radicale comme dans d’autres pays européens. En ajoutant de nouvelles affaires qui frappent l’UMP, tous les éléments sont réunis pour une nouvelle étape de la crise politique qui frappe le pays.

Depuis 2010, il n’y a plus eu de mobilisation sociale massive contre un projet     d’austérité porté par le gouvernement et le patronat sur le terrain à l’exception notable de la lutte de NDDL. Seul le FDG a appelé à des manifestations plus ou moins portées également par le mouvement social. Cette atonie pèse fortement sur la situation d’ensemble du pays. Au contraire de ce qui s’était produit depuis 1995, la droite et l’extrême droite occupent davantage la rue sur différents terrains. Et gagnent les élections.

  • La mobilisation du 12 avril, et le cadre finalement unitaire qui l’a préparée, augure on l’espère d’une modification de cette situation délétère. Il faut pour cela réussir l’initiative de rebond du 21 juin mais surtout parvenir à construire un ancrage et des relais locaux.
  • Cette détérioration des rapports touche la plupart des pays européens : nulle part le mouvement social et la gauche radicale n’ont réussi à enrayer, à ce stade, les politiques d’austérité qui ont produit des effondrements de niveau de vie inédits dans le continent depuis les années trente. Ce qui ne signifie pas l’absence de résistances mais l’impossibilité jusqu’ici de rompre la chaîne des politiques régressives.
  • Depuis 2008, la crise du capitalisme, loin de remettre en cause les politiques libérales, les a au contraire accélérées dans leurs mises en œuvre. Tous les éléments pour une nouvelle crise financière sont donc encore présents, en particulier en Europe. N’hésitant pas à mettre en place des gouvernements « d’union libérale » qui sont désormais la dominante sur le continent, contribuant à affaiblir encore la base sociale de ces politiques à gauche et renforçant le rejet du politique de la part des populations.
  • La gauche libérale poursuit son évolution accélérée en France par l’arrivée au pouvoir de Hollande puis de Valls. Jamais un gouvernement de « gauche » n’a mené une politique aussi droitière et n’a plongé la gauche dans une crise générale de perspective historique aussi profonde. Il reprend les discours et thèses de la droite à la fois sur le plan économique et social, même s’il s’en distingue encore sur les questions sociétales. Les reculs idéologiques produisent des effets sur le niveau de conscience et renforcent encore la nécessité d’une contre-offensive sur le terrain de l’alternative.
  • Ces deux éléments sont en apparence contradictoires : comment s’orienter face à des mobilisations fortes de la droite réactionnaire et un danger de plus en plus en présent du FN ? Comment se déterminer face à un pouvoir socialiste qui mène une politique totalement en faveur du patronat ?… Ces questions sont à la racine des difficultés de la situation et de la crise d’orientation du Front de Gauche.

2) Les défis qui sont posés :

  1. Confirmer la perspective stratégique de construction de fronts politico-sociaux indépendants du social-libéralisme face à la crise et comme cadre permettant de refonder un projet émancipateur
  2. Comprendre les racines de la crise du FDG :
  • Les municipales : les choix faits par le PCF au détriment de la cohérence politique du FdG ont contribué à brouiller son message et sa crédibilité. Ils ont également provoqué une expression publique conflictuelle. Mais les choix du PCF traduisent aussi le fait que le FdG en tant que tel ne suffisait pas à sauver une partie significative de l’implantation municipale du PCF. D’un certain point de vue, le PCF a joué les pompiers pyromanes, empêchant d’évaluer si oui ou non le FdG aurait été en mesure d’avoir une force d’attraction sur les déçus du PS.
  • La dissymétrie de forces dans le FdG
  • La faible activité des assemblées citoyennes et l’évolution à la baisse de l’engagement des animateurs du mouvement syndical et social   dans le FDG, les fronts thématiques et le Cn du FDG en berne
  • Le maintien d’une logique de cartel (les listes européennes auront de ce point de vue été l’exemple d’un rebond possible mais manqué, avec des campagnes séparées et, c’est un euphémisme – hormis dans le Grand Ouest – peu inclusives)
  • Le refus du PCF de penser son dépassement politique dans un cadre plus large et pluraliste, le maintien au contraire de l’idée d’un possible redressement du PCF par ses seules forces, l’enlisement institutionnel d’une partie substantielle de son appareil
  • Le PG, comme beaucoup d’autres expériences récentes, n’a pas réussi à se transformer en parti creuset… Au contraire, une vision ultra optimiste et ultra volontariste de la situation mêlée à des tendances autoritaires met ses équipes militantes en situation d’échec
  • Les désaccords politiques internes au Front de Gauche : écologie/nucléaire ; l’impérialisme français, rapport à l’Etat et à la transformation sociale…
  • La stratégie de communication de Mélenchon faite de coups jamais discutés et souvent discutables.

3) Comment relancer le Front de Gauche et un front politico-social large contre l’austérité :

Il est possible que les décantations récentes au sein de la gauche, les effets des chocs électoraux, le rassemblement politico-social, limité mais réel, opéré autour de la préparation du 12 avril, ouvrent de nouvelles perspectives d’alliance large contre l’austérité et la politique du gouvernement.

L’apparition d’un courant frondeur de députés PS, la sortie du gouvernement d’EELV, sont des éléments importants dont il faut savoir saisir toutes les opportunités à condition que la trajectoire d’opposition soit confirmée. A noter également les évolutions récentes d’une partie du NPA qui cherche les

moyens de sortir de son isolement, effort que nous devons, comme l’a défendu Ensemble, favoriser.

Dans ces conditions, l’articulation entre un Front de Gauche en difficulté et la possibilité d’une alliance plus large ne va pas manquer d’être extrêmement problématique. Il s’agit pour nous de ne pas opposer la construction d’une alliance large conte la politique du gouvernement, avec tous les problèmes d’orientation posés par le fait qu’une telle alliance serait nécessairement moins à gauche que le FdG lui-même, et la défense de l’acquis du Front de Gauche en terme de programmes, d’accumulation de forces et d’expériences, alors même qu’il est en profonde panne stratégique, avec un PC et un PG à la recherche d’autres formules ou modalité d’alliance.

En ce sens, défendre la perspective d’assises de la gauche anti-austérité, de nouvelles initiatives de rue, de construire des convergences programmatiques permettant de tester la possibilité de reconstruire une gauche de reconquête de ses positions dans la société, est une tâche déterminante. L’expression « construire une majorité alternative » peut être utilisée pédagogiquement mais sans raccourci concernant les rapports de force réels et le travail à accomplir pour reconstruire une hégémonie dans la société. Sur le plan parlementaire, une telle formule est évidemment une vue de l’esprit.

Dans le même temps, il s’agit également de relancer le Front de Gauche, de ne pas se satisfaire d’un constat de crise sans se donner les moyens de tenter de dépasser la situation de crise actuelle. Ce qui passe essentiellement par une relance de l’activité par des campagnes régulières (faire prendre au Front de Gauche toutes ses responsabilités dans la construction de campagnes unitaires comme TAFTA, prendre en tant que FdG l’initiative pour des assises de la gauche anti-austérité) et la construction d’un espace démocratique au sein du Front de Gauche : des associations locales, des conférences thématiques, des choix électoraux où les non membres des partis peuvent faire entendre leur voix… Le cartel c’est la mort annoncée. Ce message ,qu’Ensemble ! est bien profilé pour porter, doit faire l’objet d’une volonté politique déterminée : des discussions au sein des instances du Front de Gauche (coordination, CN, fronts thématiques), des rencontres avec la direction des composantes, un appel de militants et de regroupements locaux en cas de surdité nationale…

Profiter du répit offert par le report des élections régionales pour préparer les régionales de 2016 tant sur le contenu que sur les alliances et l’indépendance vis-à-vis du gouvernement. Une réédition du scénario des municipales serait évidemment mortifère.

 

4) Une responsabilité forte pour Ensemble !

La constitution d’Ensemble ! représente une des rares bonnes nouvelles de l’année. Elle contrecarre la tendance à l’émiettement de la gauche radicale et constitue au sein et à l’extérieur du Front de Gauche un repère qui progressivement s’installe dans les milieux militants.

Ensemble ! se transforme progressivement en mouvement politique agissant sur l’ensemble des terrains de mobilisation, de recomposition, de confrontations d’idées.

Elle propose une orientation au FdG et sa transformation.

Elle s’inscrit dans la nouvelle donne à gauche depuis les municipales en ouvrant un débat stratégique en son sein.

Les commissions de travail sont mises en place et le Conseil national s’est réuni deux fois dans de bonnes conditions.

Elle prépare une université d’été fin août.

Elle se profile à la fois pour faire le pont avec le mouvement social, comme une passerelle avec courants de gauche d’EELV (textes en cours de rédaction) et un des laboratoires d’une refondation programmatique de la gauche radicale.

Des points faibles, au-delà de certaines difficultés locales, qu’il faut autant que possible œuvrer à résorber : une féminisation très insuffisante, la place des jeunes, une réactivité souvent trop lente, des rythmes et modalités de structuration variables, avec à la clé le risque d’une faible appropriation des militants à la base, et/ou d’une tendance à fonctionner localement en vase clos

Comment transformer cette situation ?

  • Aller au bout de la transformation d’une coordination de courants, d’individus, et de collectifs en un mouvement politique d’adhérents.
  • Construire une force politique démocratique avec concertation régulière des adhérents
  • Rechercher le consensus mais rendre possible des votes, lorsque le processus de discussion est allé au bout de ses possibilités, avec des majorités qualifiées
  • Se doter d’une orientation propre qui ne peut se résumer à l’objectif de l’unité du FdG, impulser des activités propres
  • Élire l’équipe d’animation nationale et des coordinations locales
  • Soigner la visibilité (en progrès) du mouvement.

5) Les conséquences pour la GA et les composantes d’Ensemble !

  • La logique est de dissoudre les composantes dans leur forme actuelle après les prochaines assises nationales pour permettre aux non membres de prendre leur place et de faire apparaître des sensibilités, des courants nouveaux sur des problèmes d’appréciation, d’orientation
  • Maintenir sous une forme adéquate les trois courants historiques fondateurs d’Ensemble !: PSU autogestionnaire ; militants issus du PCF ; et « marxiste révolutionnaire » (ex LCR/NPA), nous permettant de conserver la richesse de notre courant (et pour ceux qui le souhaitent leurs liens avec la 4). Ce qui implique de prendre une initiative de regroupement visant à formaliser un courant d’idées porteur d’une histoire, (un site, une revue, des conférences ou journées d’étude sur des thèmes particuliers…)

Ce qui implique d’annoncer dès maintenant un calendrier de dissolution conditionnelle de la GA début 2015 dans le cas le plus probable d’une réussite des assises nationales d’Ensemble ! en fin d’année.

À propos du regroupement ENSEMBLE, du Parti de Gauche et du Front de Gauche

Depuis des mois, je relaie ici et ailleurs mon enthousiasme devant le travail qui a été entrepris depuis des mois par la FASE, la Gauche Anticapitaliste, une partie de la Gauche Unitaire, les Alternatifs, Convergences et Alternatives. Ces organisations et militants, en se regroupant, « nous montrent la voie à suivre », dis-je de manière constante.

Je rappelle alors souvent que Jean-Luc Mélenchon et le Parti de Gauche avaient, dès l’origine du Front de Gauche, souhaité ne faire qu’une seule famille politique rassemblée et unie en un seul parti. Le PC ne voulait pas et ça ne s’est donc pas fait. Le Front de Gauche fondé par trois organisations, le PG, le PCF et la GU, fut ensuite rejoint, par phases, par six autres organisations. Et voilà que plusieurs d’entre elles, que certains hélas méprisent parce qu’ils sont « petits », se regroupent. Je vois cela d’un oeil très bienveillant et je ressens curiosité et gourmandise.

Je dis depuis des semaines que je souhaite voir mon parti, le PG, s’intéresser de très près à ce regroupement et à travailler avec lui et avec celles et ceux qui l’ont rendu possible afin, le moment venu, de nous y intégrer pleinement.

Avec d’autres ici, je dis que le Front de Gauche doit se dépasser largement et ne plus être une collection de partis mais une organisation unifiée. Le regroupement en cours va nous y aider.

J’ai lu les textes élaborés par ces partis dans la démarche qu’ils ont entreprise et je constate que notre proximité idéologique est saisissante. Certes, nous n’avons pas tout à fait la même vision de la forme institutionnelle du parti ou de la famille politique mais à mon avis cela n’est pas un obstacle définitif à l’objectif que je caresse.

Ces mouvements sont très attachés à ne pas reproduire chez eux ou dans la forme de regroupement qu’ils viennent de mettre sur pied une structure partidaire classique. Je les comprends. Un parti est aussi parfois un peu un carcan. Et certaines pratiques peuvent être détestables. La démocratie n’y est pas toujours souveraine. De vrais progrès sont à accomplir et je ne parle pas qu’en généralité…

Cela étant dit, pour ce qui concerne mon parti, le PG, je suis convaincu que travailler quotidiennement avec ces organisations et ce nouveau mouvement « ENSEMBLE », aussi bien nationalement et à Paris que localement, ne peut qu’être utile à nous tous. Les uns s’inspireront des autres et chacun donnera à l’autre quelque chose d’utile.

Vous comprendrez que je suis heureux de voir que cette idée qui est la mienne est également celle de Jean-Luc Mélenchon, le coprésident de mon parti.

Rien ne m’étonne puisque, ainsi que je l’ai rappelé au début de ces lignes, il fut de ceux qui ont, en son temps, défendu la fusion. Je savais bien qu’il n’avait pas abandonné cette idée mais qu’il attendait que les circonstances soient propices et qu’une fenêtre de tir s’ouvre de nouveau. Voilà ce qu’il écrit à ce sujet dans son dernier billet, daté de lundi 25 novembre:

« Le matin j’étais invité à la réunion qui a jeté les bases publiques de l’unification de plusieurs composantes du Front de gauche. Ce n’est pas un événement qui retiendra l’attention car il est d’apparence modeste. Mais je le crois de grande portée. Un certain cycle de dispersion dans l’autre gauche est peut-être en train de s’achever. C’est pour moi un très grand espoir. Car c’est notre devoir que de nous unir. Si nous voulons être une alternative crédible et durable à l’actuelle hégémonie institutionnelle du Parti Socialiste, nous devons aussi être capables de proposer aux Français un outil à la hauteur des tâches qu’il faut accomplir. »

*

Puis, après avoir évoqué d’autre sujets, Jean-Luc Mélenchon y revient de nouveau :

« Ensemble », un beau début

Plusieurs composantes du Front de Gauche ont décidé ce samedi de se rassembler en une formation unique nommée « Ensemble ». Je sais bien que le processus ne fait que commencer, mais il vient de franchir une étape décisive. Les trois cent présents dans la salle comble de Saint-Denis n’étaient pas seuls concernés. Je nous sens tous impliqués, et peut-être même mis au défi, au sein du Front de Gauche, par cet événement. La création de ce nouveau mouvement marque peut-être le début d’une période où s’achèverait l’émiettement de l’autre gauche. Je sais bien que cet émiettement n’a pas été entièrement négatif. Je ne reprocherai pas aux courants unitaires du NPA de l’avoir quitté, même si ce fut en trois vagues. Parfois, il a bien fallu commencer par se séparer des uns pour se retrouver avec les autres. La dialectique de la rupture et du rassemblement d’une part, de l’unité et de l’indépendance d’autre part, sont au cœur de la démarche du Front de Gauche. Il en est ainsi depuis sa création en 2008 entre le Parti communiste et le Parti de Gauche, tout nouvellement créé, bientôt rejoints par la Gauche Unitaire. Et c’est bien grâce à ce noyau initial et parce qu’il existait qu’on on a pu ensuite regrouper tous ceux qui voulaient partager ce choix de l’unité et de l’indépendance. Utile occasion de rappeler que le Front de Gauche est une stratégie et non une étiquette. Personne n’est jamais venu au Front de Gauche pour négocier des places avec les socialistes, mais au contraire pour les leur disputer. A commencer par moi, qui étais sénateur socialiste et qui suis allé arracher un siège aux européennes dans le grand sud-ouest avec toute la fougue des camarades qui savaient que le succès ou l’échec dessinerait la suite du projet. J’aurais pu rester dans le confort de ma situation. Elle était reconductible par accord avec le PS comme l’a prouvé l’accord conclu par le PCF à Paris aux sénatoriales suivantes. C’est le conseil que je donne à ceux qui me succéderont : si vous voulez être libres, ne devez jamais rien personnellement à ceux avec qui vous êtes en compétition.

Dans cet état d’esprit, à mes yeux, le mouvement qui conduit vers une organisation comme « Ensemble », ne fait que commencer. Tous les partisans de l’indépendance politique à l’égard du PS doivent pouvoir se retrouver pour ne plus avoir à craindre à chaque étape ces retournements d’alliance de dernière minute, si dur à surmonter, comme celui que nous venons de connaître à Paris ou comme en plein milieu de campagne des élections régionales en Pays de Loire en 2010. Je pense que les innombrables communistes qui veulent maintenir fermement le cap de cette autonomie trouveront un bon point d’appui avec ce regroupement, comme c’est déjà le cas pour nous. Car évidemment il n’y a pas d’avenir pour le Front de Gauche sans ces communistes et leur parti. Ils sont nos camarades les plus dévoués au combat commun. C’est pourquoi je ne cesse de protester contre les paroles aigres et globalisantes que je lis trop souvent et jusque sur ce blog. Je le rappelle : les partisans de l’alliance avec le PS sont une minorité au PC, et c’est servir la soupe aux Solfériniens que de refuser de l’admettre.

La méthode des petits pas qui anime « Ensemble » devrait donc être bénéfique pour nous tous. Plus ce regroupement parviendra à formaliser une cohérence doctrinale, pour peu qu’elle reste ouverte, mieux il sera disponible pour de nouveaux regroupements. Je veux dire par là que le Parti de Gauche est très directement intéressé. Le parti fusionné que nous voulions faire avec le parti communiste et dont il n’a pas voulu, ce qui est bien son droit, nous pouvons l’imaginer avec « Ensemble ». Bien sur, ce sera le moment venu et sous la forme que les circonstances vont dégager au fur et à mesure de l’action commune du Front de Gauche. L’important n’est pas de le faire dans l’urgence mais de ne pas se l’interdire et d’y travailler. »

*

Je n’ai donc jamais été aussi en phase avec mon parti et mon coprésident mais chacun aura compris que de ce fait, précisément, je n’ai jamais été aussi en phase avec la nécessité impérieuse de nous dépasser et de ne pas raisonner en termes étroits liés à notre parti.