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La France Insoumise est l’espoir de l’Europe – Par Olivier TONNEAU –

Cet article a été publié ici (dans les blogs de Mediapart). Par Olivier TONNEAU.

A quelques jours des élections présidentielles, la France hésite, oscille, un frémissement la parcourt. Une étrange sensation lui revient : celle qui accompagne l’exercice de la conscience. Sclérosées par les logiques comptables, les imaginations s’ébrouent. Atrophiés par le réalisme tautologique du monde tel qu’il est, les esprits se reprennent à penser. L’éthique fait retour en politique et la politique redevient exaltante. C’est un moment rare, le moment d’espérer. Signe de cette renaissance, on voit vaciller le totem au pied duquel nous devions étrangler nos cœurs : l’Union Européenne.

L’Union Européenne et non bien sûr l’Europe. Distinction fondamentale car c’est en les confondant qu’on sombre dans un aveuglement mortel. Nous sommes sommés de tout sacrifier pour préserver, dit-on, le dernier idéal de notre temps : celui d’un continent délivré des rivalités nationales d’où naissent les ivresses nationalistes et enfin les guerres. Comment ne pas y souscrire ? Mais c’est la beauté même de l’idée qui a permis qu’en soient faits des usages profondément pervers : c’est parce que l’Europe devait à tout prix être sauvée que l’Union Européenne a pu faire consentir à ce que soient enfreints tous les principes, ruinées toutes les solidarités. Les pays mis en concurrence, les travailleurs transbahutés comme des choses au gré des flux de marchandises et de capitaux, enfin l’Espagne, l’Irlande, le Portugal saignés à blanc et la Grèce condamnée à un martyr sans fin, ses vieillards volés, ses îles vendues, sa jeunesse exilée. Tout cela nous devons l’accepter, et pourquoi ? Pour sauver l’Europe !

La « crise grecque », c’est-à-dire le pillage de la Grèce, a été un tournant dans ma vie politique : ce fut la prise de conscience de l’iniquité de l’Union Européenne. La stratégie, bien naïve, de Syriza était de mobiliser l’opinion internationale. On organisait des manifestations en Italie, en France, au Royaume-Uni, en Allemagne. Sans grand succès : quelques centaines de personnes à peine pour dénoncer les crimes commis par leurs gouvernants. Ce fut pour moi un de ces moments terribles où le mal se banalise et les peuples s’avilissent. Ils s’avilissent sans même le savoir puisque c’est au nom d’un idéal qu’ils consentent à la violence. Quand le regretté François Delapierre dénonçait « les dix-sept salopards » de l’Eurogroupe, on se scandalisait de l’écart de langage : comme l’imbécile auquel on montre la lune et qui regarde le doigt, les europhiles hallucinés préféraient flétrir l’accusateur plutôt que dénoncer le crime.

S’il n’y a pas de coupables, il n’y a pas de victimes. On insultait donc, au prix de toutes les contre-vérités, les grecs paresseux et fraudeurs et avec eux les Espagnols, les Italiens, les Portugais, les Irlandais : ceux que l’Union Européenne appelle les PIIGS. Mais puisqu’il y a bien des victimes, il faut nommer les coupables.

 Hollande, Moscovici, Djisselbloem, Verhofstadt, Merkel, Schaüble, Draghi, Junker…

 A l’aube de la campagne présidentielle, je craignais que les consciences ne soient si racornies qu’à la barbarie européenne ne vienne répondre que la barbarie nationale. Car il faut dire nettement, nonobstant les déclamations bouffies des Valls ou des Macron, que les europhiles sont solidaires des xénophobes. On ne peut pas traiter les peuples du Sud de bons à rien, construire des murs en Hongrie, stipendier Erdogan pour faire le service d’ordre aux frontières de l’Europe, et s’étonner que les mêmes pratiques soient préconisées par les xénophobes. Le mépris, l’exploitation et la peur de l’autre ne changent pas de nature en changeant d’échelle.

Je craignais donc une campagne sordide où nulle parole généreuse ne pourrait être entendue ; où l’Union Européenne ne serait attaquée que pour les maux qu’elle inflige à nos travailleurs, nos agriculteurs, notre industrie. Eh bien non. Il restait encore quelque chose en France de vivant, de généreux – d’insoumis. Nul ne pourra dénier à Jean-Luc Mélenchon le courage d’avoir osé, dans l’atmosphère pestilentielle où nous vivons, dire des mots d’amour, de partage et de paix. Sur le vieux port de Marseille, il a promis aux Grecs, s’il était élu, que la France se porterait à leur secours ; soixante-dix mille voix ont crié leur soutien. Soixante-dix mille voix dont je n’étais plus sûr qu’elles existaient ; soixante-dix mille voix auxquelles je mêle la mienne.

Soixante-dix mille voix à Marseille et des millions d’autres dans toute la France. Voix insoumises qui ne suivent pas un chef mais qui avaient besoin que leur parole soit portée pour se connaître et découvrir qu’il existe encore en France un sentiment puissant de solidarité entre les peuples ; cette solidarité peut seule être le fondement d’une Europe véritable. La France Insoumise est l’espoir de l’Europe.

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Quand…

Avant-propos de Vincent Christophe Le Roux
Je vous propose ci-dessous quelques lignes dans l’esprit de celles qu’avait écrites Martin Niemöller qui, elles, sont à lire au bas de ce document.
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Quand ils ont violenté et parqué les migrants dans des camps, je n’ai rien dit, je n’étais pas migrant…
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Quand ils ont condamné à de la prison ferme des syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste…

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Quand ils ont contraint les lanceurs d’alerte à vivre dans la peur d’être réveillés au petit matin par une armée de Robocops, je n’ai rien dit, je n’étais pas lanceur d’alerte…
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Quand ils ont imposé aux salarié-e-s un retour aux conditions du XIXe siècle, je n’ai rien dit, j’étais fonctionnaire…
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Quand ils ont supprimé le statut de la fonction publique, je n’ai rien dit, je travaillais dans le privé…
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Quand ils ont imposé aux chômeurs d’accepter n’importe quel emploi à n’importe quel salaire, je n’ai rien dit, j’avais un travail…
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Quand ils ont montré du doigt et harcelé les fraudeurs aux aides sociales, je n’ai rien dit car ces gens-là abusaient du système…
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Quand ils ont laissé tranquilles les fraudeurs fiscaux, les évadés fiscaux et les professionnels de l’optimisation fiscale, je n’ai rien dit, ces gens-là sont intouchables et puis moi je ne les connais pas alors que je connais quelques chômeurs parasites…
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Quand ils ont soumis la politique à l’économie, je n’ai rien dit, les économistes à la télé disaient que c’était cela qui nous sauverait…
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Quand ils ont transformé le régime d’économie mixte appliqué en France depuis la Libération en économie financière et de casino, je n’ai rien dit, le capitalisme était le seul système viable puisque l’alternative communiste avait échoué…
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Quand ils ont assimilé tous les “Arabes” aux terroristes islamistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas “Arabe” ou musulman…
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Quand ils ont transformé l’état d’urgence provisoire en état permanent, je n’ai rien dit, j’avais peur des terroristes…
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Quand ils ont imposé des restrictions massives des droits et libertés, je n’ai rien dit, j’ai toujours pensé que la sécurité était la première des libertés et que pour la garantir, il fallait accepter des restrictions…
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Quand ils ont effacé les frontières pour imposer la mondialisation, je n’ai rien dit, je n’étais pas nationaliste…
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Quand ils ont vassalisé la France, je n’ai rien dit, je me foutais de “l’Hexagone”…
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Quand ils ont vendu à la découpe l’industrie de défense, je n’ai rien dit, j’étais antimilitariste…
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Quand ils ont transféré le contrôle de la force de dissuasion française au commandant en chef de l’OTAN, je n’ai rien dit, j’étais hostile à cette arme de destruction massive…
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Quand ils ont remplacé le franc par l’euro, je n’ai rien dit et je me suis même réjoui car ça allait simplifier mes achats lorsque j’irais à l’étranger…
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Lorsqu’ils ont fondé l’Union européenne, je n‘ai rien dit, j’étais pour la paix en Europe…
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Lorsqu’ils ont réintégré la France dans l’OTAN, je n’ai rien dit car à la télé, à la radio et dans la presse, ils disaient que les Russes nous menaçaient…
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Lorsqu’ils ont fait revenir les forces armées des États-Unis dans des bases militaires sur notre territoire, je n’ai rien dit, on a une trop grosse dette envers les Américains depuis 1944…
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Lorsqu’ils ont mis en application le TAFTA et le TISA, je n’ai rien dit, car il paraît que seuls des anti-Américains primaires et des fossiles gauchistes s’y opposaient…
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Quand ils ont transféré à Bruxelles les derniers pouvoirs régaliens de la France (Affaires étrangères, Défense et justice), je n’ai rien dit, la France est un trop petit pays pour survivre dans la mondialisation…
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Quand ils ont prorogé de dix ans le fonctionnement des centrales nucléaires françaises, je n’ai rien dit, je ne voulais pas revenir au temps de la bougie…
*
Etc. etc.
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Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait personne pour protester

*

Éléments de biographie issus du Huffington Post

Martin Niemöller (14 janvier 1892 – 6 mars 1984) est un pasteur et théologien allemand. Il combat lors de la Première Guerre mondiale.
Après celle-ci, bouleversé par les horreurs qu’il a vécu, il s’oriente vers la théologie et devient pasteur.
Il admire le régime hitlérien à ses débuts, mais quand celui-ci veut soumettre l’église allemande, Martin Niemöller demande à tous les pasteurs qui ne veulent pas accepter l’idéologie nazie de se rassembler afin de créer le Pfarrernotbund (Ligue d’urgence des pasteurs).
Cette organisation respecte et défend la profession de foi de l’Église Réformée et les principes de tolérance de la Bible.
À la fin de 1933, six mille pasteurs (plus d’un tiers des pasteurs protestants) ont rejoint l’organisation. Le Pfarrernotbund reçoit également le soutien de protestants de l’étranger.
L’organisation adresse alors au synode une lettre dénonçant les persécutions dont sont victimes les juifs et les pasteurs qui ne veulent pas se plier aux ordres des nazis.
En représailles, Martin Niemöller est déchu de ses fonctions de pasteur. La plupart de ses paroissiens lui restant fidèles, il continue d’assurer son ministère.
Arrêté en 1937, il est interné au camp de concentration de Sachsenhausen. En 1941 il est transféré au camp de Dachau. Libéré en 1945, il devient militant pacifiste et consacre le reste de sa vie à la reconstruction de l’Église protestante d’Allemagne.

Souveraineté, souveraineté populaire (ou du peuple), souveraineté nationale, souveraineté de la nation… De l’ambiguïté de certains mots et des discours qui les utilisent…

Pour nous, militant-e-s et sympathisant-e-s de la Gauche de combat, ou simples citoyen-ne-s politiquement engagé-e-s de ce côté-là de l’échiquier politique, que nous soyons ou pas affilié-e-s à un parti, à une association, à un syndicat ou à une organisation politique ou sociale quelconque, la souveraineté dont il est question de plus en plus ces temps-ci, ne peut être que populaire. Je répète: la souveraineté ne peut être que populaire.

Ceci signifie que c’est le peuple qui est souverain. C’est le peuple qui a le dernier mot. C’est le peuple qui doit décider en dernier recours.

Alors, encore faudrait-il définir le « peuple » me diront certain-e-s. Car la notion même de « peuple », elle aussi, est ambiguë. Je me réfère à la définition communément admise, c’est-à-dire à la population vivant dans un territoire donné ou à l’extérieur de celui-ci, dont les membres ont la « nationalité » de l’État en question. Ceci ne recoupe pas la question des conditions d’accès à la nationalité en question. Ce n’est absolument pas une façon de promouvoir le droit du sang. Car même en défendant l’idée d’un droit du sol ou plutôt d’un droit de la volonté consciente – que par exemple Jean-Luc Mélenchon résume parfois en disant : « Tu penses Liberté-Égalité-Fraternité ? Tu es Français » – il y a un moment où l’on est obligé de parler d’État de rattachement, et donc de nationalité.

Cette souveraineté « du peuple » ou cette souveraineté « populaire » est forcément « nationale » puisque un peuple, à ce stade d’évolution des civilisations humaines, je l’ai dit plus haut, est la population d’un État « national » existant, ou d’un État national qui, bien qu’inexistant ou non reconnu universellement par les autres États, est bel et bien pensé et ressenti comme tel par celles et ceux qui se reconnaissent en lui.

Le terme « national » ici utilisé doit ainsi être compris comme « repère géographique territorial ».

Donc la souveraineté ne peut être que populaire et elle est alors forcément « nationale ». En revanche, l’inverse n’est pas vrai. La souveraineté « nationale » n’est pas forcément la souveraineté « populaire » ou la souveraineté « du peuple ». Tout dépend d’autres éléments pris en compte.

Ne défendre que la souveraineté « nationale » (avec toujours ici le terme « national » entendu comme « repère géographique territorial ») ne garantit pas la démocratie, et peut même se satisfaire de la dictature interne, puisque cela peut signifier simplement que les dirigeants « nationaux » sont indépendants et donc souverains par rapport aux autres puissances étrangères, mais aussi par rapport à leur peuple, leur imposant des lois et un mode de vie que ce peuple refuse.

C’est bien pour cela que nous défendons la souveraineté « populaire » en premier lieu, plutôt que la souveraineté « nationale » qui est interprétée traditionnellement en France comme le pouvoir des représentants de la nation de décider librement face aux puissances étrangères. On est toujours dans le même critère géographique, opposant la France aux autres pays.

Pourtant, la souveraineté « populaire » que nous défendons sera également « nationale » aussi longtemps que nous ne pourrons instaurer une démocratie réelle dans un périmètre plus grand que l’espace « national ». Jusqu’à présent, les tentatives de créer une démocratie dans un espace plus grand que les États a toujours été un échec ou pire, a dissimulé en fait la volonté de quelques-uns de dynamiter la démocratie nationale au profit d’une autorité supra-nationale bien peu démocratique. Il va sans dire que l’expérience européenne est lourde de signification à cet égard, en particulier dans l’exemple que nous donne l’expérience grecque.

Il y a, malgré tout, un moyen de considérer les deux aspects en un seul. Je veux dire qu’il est possible de considérer que la souveraineté « nationale » est forcément « populaire » c’est-à-dire celle « du peuple ». C’est de ne plus entendre le terme « national » comme seulement « repère géographique territorial » mais comme lien unissant la « nation », qu’Ernest Renan décrivait comme un « vouloir-vivre ensemble ». C’est le fameux « contrat social » de Rousseau, que la République française résume en son triptyque « Liberté-Égalité-Fraternité ».

Et signalons au passage que ce « vouloir-vivre ensemble » n’est pas très éloigné de la conception que s’en fait Jean-Luc Mélenchon, ainsi que je l’ai dit plus haut. En effet, on peut juger que dès qu’un individu, quelle que soit sa nationalité d’origine (et évidemment quels que soient sa couleur de peau, sa religion s’il en a une, ou son absence de religion, sous toutes les formes possibles de cette philosophie « libertaire », ses choix personnels de vie…) adhère à ce contrat social républicain, il est – de facto – Français, parce que, pour nous, la France, c’est un ensemble de citoyen-ne-s pensant ensemble « Liberté-Égalité-Fraternité ». Je dis « de facto » mais bien sûr, cette idée philosophique et politique n’a aucun effet concret si le droit ne la transpose pas par le biais de règles permettant justement que tel individu non français d’origine le devienne s’il le souhaite dès lors qu’il a adhéré à ce contrat social.

Donc, je disais que si l’on n’entend plus le terme « national » comme seulement un « repère géographique territorial » mais comme le « lien » unissant la « nation », on réconcilie deux concepts qui semblaient sinon opposés, du moins assez différents pour être pensés sur des bases et avec des conséquences non semblables.

Vu sous cet angle, et au regard de la conception que nous avons du « peuple » (que nous avons décrite plus haut), la « nation », c’est le « peuple », et donc la souveraineté « de la nation » équivaut à la souveraineté « du peuple ».

D’ailleurs, on parle souvent d’État-nation pour dire que tel État est le territoire où vit telle nation. Mais cet État n’est pas qu’un territoire. C’est aussi une construction, tout aussi immatérielle que la nation, mais qui, contrairement à elle, a une existence juridique et donc prend des décisions par le biais d’organes immatériels et de personnes physiques (lesquelles peuvent incarner parfois des personnes morales), ces décisions ayant des effets sur la vie de la nation en tant que telle et sur chacun des membres de celle-ci.

Tous ces concepts sont philosophiques, juridiques et politiques et ils sont polysémiques. Ils n’ont pas qu’une signification unique, d’où leur ambiguïté. Les personnes qui les utilisent ne veulent pas forcément dire toutes la même chose. Il faut donc parfois éclairer le lecteur et dire de manière plus claire, plus précise, ce que l’on a à l’esprit.

Il est inexact de prétendre, comme certain-e-s le font régulièrement, que toute personne défendant l’idée de la souveraineté « nationale » a forcément un esprit influencé par la droite extrême ou l’extrême droite et est gagnée par les thèses « fascistoïdes » ou « nationalistes » (encore que ce terme soit, lui aussi, très ambigu, avec un sens neutre et un sens péjoratif ; or c’est ce dernier que l’on entend le plus souvent quand on use de ce mot). Peut-être que certain-e-s adeptes de la souveraineté « nationale » ont des penchants, des tendances, des inclinations pour les thèses en vogue dans les mouvements très à droite. Je ne le nie pas, mais c’est loin d’être une règle générale. La souveraineté « nationale » est historiquement une valeur cardinale des premiers temps de la Gauche française.  C’est la Gauche née lors de la révolution française qui a incarné, face au roi, et face aux puissances étrangères, elles aussi gouvernées par des monarchies, la souveraineté de la nation. La droite ne s’en est saisie que bien plus tard et pour de toutes autres raisons confinant, elles, au racisme et à l’esprit de supériorité du blanc sur les autres hommes.

Et quand celles et ceux qui parlent de souveraineté « nationale » et/ou « populaire » se disent de gauche, républicains, démocrates, humanistes, (ce qui, au passage, est normalement – ou devrait être – une série de caractéristiques fondamentales et inéluctables à gauche), les présenter comme de vulgaires « nationalistes » (au sens commun c’est-à-dire adeptes du repli-sur-soi et hostiles aux autres) est infamant, en plus d’être stupide ou pire, volontairement mensonger et manipulatoire.

La démocratie, dans le monde dans lequel nous vivons, est très imparfaite. Dans le passé, elle était également inachevée. Nous avons l’ambition de la perfectionner toujours davantage. Cela passera aussi par des efforts déterminés pour qu’une démocratie puisse exister dans des espaces dépassant le cadre « national ». Mais le monde étant ce qu’il est, la seule démocratisation possible et envisageable rapidement et assez facilement, c’est dans le périmètre des nations, des États. C’est pour cette raison que nous défendons la sortie de l’Union européenne qui viole la démocratie d’une manière terrifiante, et sans cesse plus agressive chaque jour qui passe.

Il ne s’agit pas de nous renfermer sur nous-mêmes. Nous savons bien que même sur un territoire national, la démocratie n’est pas garantie et le droit au bonheur ou le bien-vivre non plus.

Il ne s’agit pas davantage d’un comportement de fuite.

Il s’agit de tirer la leçon, certes amère, mais inéluctable de la situation que nous vivons depuis des années, voire depuis des décennies, mais à laquelle l’expérience actuelle du martyre grec donne une force à nulle autre pareille.

Continuer à croire que l’on peut changer l’Europe, la transformer dans le sens que nous souhaitons, est un non-sens. C’est la preuve en même temps d’une innocence et d’une naïveté puériles et d’une ignorance crasse aussi bien des textes tels qu’ils sont et des institutions qui ont été construites depuis 1957, que des réalités géopolitiques européennes.

Il y a beaucoup d’adultes qui sont restés des enfants parmi les personnes qui discutent de la question européenne sur Facebook, et ailleurs. Car croire que l’on peut changer l’UE est une ineptie. Certains prétendent que la France a un poids bien plus conséquent que la Grèce et que pour cette raison, les conséquences de sa désobéissance à elle seraient d’une tout autre portée que le refus d’obtempérer de la Grèce. On ne peut nier cette réalité objective mais par contre, c’est encore s’égarer que de croire que la France imposerait un ordre différent à la construction européenne, quand bien même elle serait suivie par d’autres pays membres. La construction est telle, elle a été si bien façonnée que l’on ne peut la déconstruire qu’en la détruisant. Parce que jamais, en tout cas, dans nos vies à nous, l’ensemble des peuples européens ne parviendront sans doute à agir de concert pour décider ensemble de créer un nouvel espace de solidarités européennes totalement repensé, refondé, rebâti.

Il revient donc à quelques nations, à quelques États de commencer le travail. On peut refaire une « Europe » qui soit cette fois une Europe des peuples mais qui ne recoupera sans doute pas les frontières actuelles. L’idée de construire des grands ensembles étatiques ou supra-étatiques est nuisible et dangereuse car plus un État est grand et puissant, plus il est susceptible d’être menaçant pour ses voisins et pour le monde. Une nouvelle Europe qui commencerait à prendre forme, pourrait, par exemple, être une « Europe du Sud » et se faire avec des pays comme la France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie et la Grèce, auxquels – pourquoi pas – viendraient s’ajouter, peut-être selon des modalités d’union différentes de celles rassemblant les nations précitées du continent européen, certains pays du Maghreb : Maroc, Algérie, Tunisie pour commencer. Les autres États se regrouperaient comme ils l’entendent. Cela ne signifie pas que l’on couperait les ponts entre nous mais que nous ne serions plus tous sous le même cadre politique uniformisé. En effet, les pays du Nord ou les pays de l’Est n’ont pas forcément les mêmes attentes, les mêmes besoins, les mêmes contraintes, les mêmes modes de vie, que les pays du Sud. Ce que j’esquisse ici, ce n’est qu’un exemple. Ce sera à chacun des peuples de réfléchir à la question et de se prononcer sur ce qu’il souhaite fonder comme regroupement. On a si peu souvent demandé aux peuples européens ce qu’ils voulaient s’agissant de la construction européenne, qui leur a toujours été imposée aussi bien dans son principe même, que dans son contenu, ses modalités, ses institutions, ses règles, ses politiques…

Au-delà de la question des relations entre nous, Européen-ne-s, il y a aussi la question de la diplomatie mondiale, des relations internationales. Un État indépendant est libre de sa diplomatie. Il entretient des relations avec qui il veut et comme il veut. En revanche, nous, en Europe, même si la diplomatie reste en théorie une compétence de chaque État, nous savons bien qu’elle est de plus en plus partagée avec les institutions européennes chargées de la question. Parfois, ce n’est plus seulement un partage mais une inféodation, sinon en droit, du moins dans la pratique. Et cela est d’autant plus vrai quand l’État membre n’est pas une grande puissance ou que celui-ci est totalement chapeauté, chaperonné, dompté, contrôlé, par l’OTAN ou par une grande puissance agissant ou pas via l’OTAN.

En reprenant notre souveraineté pleine et entière, nous sortirons de l’OTAN, ce que nous ne pouvons pas faire en tant que membres de l’UE puisque, depuis le scélérat traité de Lisbonne, les États-membres de l’UE doivent être membres de l’OTAN, à tel point que les derniers à être entrés ont d’abord dû intégrer l’OTAN avant de pouvoir intégrer l’UE. Ce fut une des conditions absolues à leur intégration à l’UE. Et, en application du traité de Lisbonne, tout État qui se retirerait de l’OTAN ne respecterait plus une des conditions pour être membre de l’UE et donc, se mettrait de facto hors de l’UE, sauf à considérer que les autres États membres accepteraient cette sortie de l’OTAN mais n’avaliseraient pas qu’elle implique sortie de l’UE… Sauf que là on entre dans le domaine des hypothèses impossibles à démontrer.

Une fois que l’on aura repris ainsi notre souveraineté et que l’on sera sorti de l’OTAN, nous pourrons reparler au monde différemment. Nous ne serons plus un des petits soldats dociles de l’empire états-unien, mais nous serons redevenus une grande puissance, membre du conseil de sécurité de l’ONU et qui peut y retrouver une grande influence sur le cours du monde, titulaire d’une force de dissuasion, ayant, via la francophonie, un outil somptueux pour parler aux cinq continents, et pour être un artisan au service non seulement de la paix mais aussi de la justice et du progrès. Et il y a tant à faire dans notre monde !

La France redevenue souveraine, serait suivie par beaucoup d’autres actuellement inféodés comme nous le sommes à une UE qui nous dévitalise et nous détruit peu à peu dans ce que nous sommes, en nous américanisant, en nous « impérialisant », en nous rendant esclaves des modes de vie et de pensée du capitalisme.

Ces « autres » qui se libèreraient bien vite en suivant notre exemple, comme l’histoire a souvent montré que c’était le cas, formeraient alors avec nous une autre « Europe ». Il faudra trouver une autre façon de dénommer ce regroupement refondé car les termes « Union européenne » sont définitivement, irrémédiablement, salis et discrédités. La richesse du langage dans toutes les langues permettra aisément de nous « rebaptiser ».

En conclusion, souveraineté « populaire » et « nationale » vont de pair et peuvent être perçues comme synonymes si on les appréhende d’une certaine manière. Et cette récupération de la souveraineté par nous, les citoyen-ne-s, que nous préférions nous dénommer « peuple » ou « nation », n’est que le préalable pour rendre possible un autre monde, celui dont nous rêvons.

Contrairement aux accusations qui fleurissent ces temps-ci, ce n’est pas une fin en soi. Celles et ceux qui répètent cette stupidité doivent se faire soigner d’un mal qui d’habitude ne touche que les perroquets et autres psittacidés. Ou bien, ils doivent apprendre, se renseigner, se cultiver, pour cesser de dire et de répéter des stupidités et des contre-vérités. Là, je parle de celles et ceux qui s’expriment de bonne foi mais qui se trompent. Les autres, qui mentent, le font en conscience. Eux savent pourquoi ils déforment la réalité. Eux savent pourquoi ils cherchent à tromper, à manipuler. Et ceux-là ne méritent que l’opprobre. Leurs mensonges, leurs duperies, leurs caricatures, leurs affabulations, leurs manipulations doivent être décrits et présentés pour ce qu’ils sont.

Nous savons au nom de qui ils parlent, ou plutôt pour le compte de qui. Nous le dirons. Nous savons quelles sont leurs arrière-pensées. Nous les mettrons sous la lumière quand eux, bien sûr, les dissimulent. Nous connaissons la faiblesse de certains de leurs raisonnements et nous ne nous priverons pas de les discréditer en rappelant uniquement leurs propres incohérences et inconséquences.

Ce combat politique ne fait que commencer…

BLUES – Par Baloo Kâa le 28 juillet 2015

Je n’sais pas ce qu’il adviendra dans les années à venir, mais rester au sein de cette Europe, c’est perdre chaque jour un peu plus de Liberté, d’Egalité, de Fraternité pour permettre à tous les plus riches de nous écraser un peu plus par l’intermédiaire de ces marionnettes politiciennes que nous mettons au pouvoir en croyant faire usage de la démocratie.

Tsipras et une partie de Syrisa nous ont fait mal, mal à tous ceux qui voulaient encore croire qu’une autre voie était possible.

Cette autre voie semble bien compliquée et certainement bien embrouillée pour bon nombre d’électeurs qui voient une gauche radicale se radicaliser encore plus pour appeler à sortir de l’Europe pour des raisons auxquelles j’adhère.

A l’opposé, ces mêmes électeurs voient l’extrême droite appeler aussi à sortir de l’Europe pour des raisons et surtout des solutions que je ne peux pas accepter.

Les électeurs sauront-ils s’y retrouver dans tout ce merdier ?

Qui aura le plus de talent, de bons arguments et de conviction pour faire pencher la balance de son côté ?

Voilà les deux questions que je me pose actuellement sans vraiment avoir de réponse au vu du peu de confiance que je peux accorder à la parole politicienne.

A la parole politicienne, je sais que je préférerai toujours la parole citoyenne portée par certains que je me plais à lire comme ce matin.

Même s’ils parlent de politique et que ça me plombe un peu le moral, j’ai l’impression que leur cerveau et leur esprit n’est pas pervertit par le pouvoir et c’est tout ce qui fait la différence aujourd’hui à mes yeux.

Manifeste du groupe « Quittons l’Union €uropéenne pour reprendre le pouvoir sur nos vies ! »

« L’Union €uropéenne », c’est du capitalisme pur depuis ses origines alors que « l’Europe », c’est tout autre chose.

« L’Europe » est un continent, une entité géographique, historique, culturelle. C’est une donnée à la fois scientifique et culturelle. C’est une idée en même temps qu’une réalité mais une réalité fuyante, évolutive, instable qui a aussi, pourtant, ses permanences sur le temps long. « L’Europe » ne préjuge en soi d’aucun choix politique ou géopolitique.

« L’Union européenne », en revanche, est une réalité institutionnelle, politique et géopolitique, d’essence humaine donc relative, pouvant en soi offrir aux Européens qui la peuplent le meilleur comme le pire.

Durant des années, l’Union européenne était souvent perçue comme plus bénéfique que nuisible, même si, déjà, depuis très longtemps, certains nous mettaient en garde, ayant constaté bien des choses n’entrant pas dans la logique valeureuse et humaniste que ses créateurs ou ses laudateurs mettaient sans cesse en avant.

L’Union européenne, préfigurée par la Communauté économique européenne en 1957, et quelque part aussi par la Communauté européenne du charbon et de l’acier (la « CECA ») mise en place en 1951, s’est construite par avancées régulières, selon la méthode annoncée par la déclaration Schuman du 9 mai 1950 : « L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble. Elle se fera par des réalisations concrètes, créant d’abord une solidarité de fait. »

La première de ces « réalisations concrètes » est la CECA créée par le traité de Paris du 18 avril 1951. La Communauté européenne du charbon et de l’acier regroupait six pays fondateurs : France, Allemagne de l’Ouest, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas et Italie. Cette « communauté » était en fait déjà une quasi-fédération puisque un organisme supra-national, la « Haute Autorité » était investie de pouvoirs transférés par les États. Dans cette logique supra-nationale très clairement affirmée, les pères fondateurs et leurs amis et relais tentèrent, en 1954, de fonder la Communauté européenne de défense mais en France, les gaullistes et les communistes refusèrent de voter pour et le projet fut donc enterré.

Trois ans plus tard, ce sont deux nouvelles communautés thématiques qui virent le jour entre les six pays fondateurs de la CECA. Ces deux communautés furent créées par les deux traités de Rome du 20 mars 1957 : d’une part la Communauté européenne pour l’énergie atomique (C.E.E.A., appelée aussi « Euratom ») et d’autre part la Communauté économique européenne (C.E.E.).

L’arrivée du général de Gaulle à la présidence de la République française, l’année suivante, en 1958, va ralentir fortement la construction européenne car il considérait que cette intégration européenne, faite sur le mode de la supra-nationalité en vue de créer une fédération, était un danger majeur pour la survie des nations européennes et que l’on était sûr de voir cette Communauté européenne finir par dériver pour devenir un outil de plus entre les mains des États-Uniens. Il avait raison !

Il fallut attendre le départ du général de Gaulle pour que la construction européenne redémarre. Avec notamment l’entrée de trois nouveaux membres en 1972 (Royaume-Uni, Irlande et Danemark).

L’autre évolution vraiment importante des années 70 est qu’eurent lieu les premières élections européenne, en juin 1979.

Les années 80 furent marquées par l’adhésion de la Grèce en 1981 et de l’Espagne en 1986 et par l’Acte Unique qui relança l’intégration européenne en lui faisant faire un grand pas en avant. Ce traité de 1986 préfigurait et préparait le traité suivant : le traité sur l’Union européenne ou traité de Maastricht en 1992.

Ces deux traités contenaient toute une série de caractéristiques « régressives » s’agissant de la démocratie et de la politique économique et sociale que l’on voit aujourd’hui à l’oeuvre.

Les plus fins des analystes, des politiques et des citoyen-ne-s éveillé-e-s avaient déjà compris alors que, loin de constituer une « union économique », ce que les concepteurs prétendaient faire, ce qui était institué était un système centralisé et autoritaire sous les ordres de technocrates indépendants de tout pouvoir politique démocratiquement pensé et mis en oeuvre. On voyait bien que l’objectif était clairement d’exclure les peuples souverains de la décision. En outre, on était loin de rendre possible cette « union économique » que l‘on prétendait instituer, puisque rien n’était fait pour permettre une véritable convergence des économies nationales. Les seuls principes, les seules règles, les seules exigences normatives avaient une essence financière bien plus qu’économique.

La décennie des années 90, en matière d’intégration européenne, a pris fin avec le traité d’Amsterdam en 1999 tandis que la décennie suivante, celle des années 2000, a commencé avec le traité de Nice en 2001.

Ces deux nouveaux traités adoptés par les Parlements seuls, sans que les peuples ne puissent se prononcer, traduisaient déjà, de manière on ne peut plus claire, les intentions des oligarchies qui dirigeaient les pays membres : extorquer tous les pouvoirs et retirer aux peuples leurs droits souverains de décider de leur avenir par le biais de leurs « représentants » dans les Parlements. L’augmentation très conséquente du nombre de sujets transférés à l’Union, et qui dorénavant pouvaient être tranchés à la majorité et non plus selon la règle de l’unanimité, signifiait que les institutions européennes, et ceux qui ont adopté les modifications en ce sens, ne se souciaient plus que les peuples suivent. Qu’ils le veuillent ou non, les décisions s’imposeraient à eux.

Puisque personne ne s’opposait réellement à leur montée en puissance, les appétits de ces oligarchies ne cessèrent de grandir et avec eux, s’affermirent et s’institutionnalisèrent les principes anti-démocratiques. Et c’est la raison pour laquelle, en 2005, ces oligarchies proposèrent un nouveau traité. Un de plus pourrait-on dire ! Certes, mais ce traité-là portait en lui une caractéristique dangereuse que les précédents n’avaient encore jamais osé défendre : la constitutionalisation de la politique économique et sociale et de diverses autres politiques publiques. Il était donc clair que l’objet de ce traité n’était pas de faire progresser un peu plus la « construction de l’Union européenne », mais bien de quasi-sacraliser des choix politiques souvent rejetés par les peuples et donc de rendre impossible désormais toute alternance politique. Les élections qui, dans nos démocraties étaient sensées définir les choix, n’auraient plus aucun sens et se verraient totalement vidées de leur raison d’être. Elles ne serviraient plus qu’à choisir des exécutants « dociles » et « conformes » de politiques conçues et de décisions prises sans eux. La démocratie était là attaquée frontalement et si ce traité avait été adopté, la mort de la démocratie aurait été actée sur le champ. Car, une autre mesure avait été retenue dans le texte afin que toute modification de cette « constitution de l’Europe » ne soit plus jamais possible : la règle de l’unanimité était indispensable pour la moindre évolution. Or avec l’augmentation du nombre de pays membres et la différenciation de plus en plus nette des attentes et des projets de ces pays par rapport aux pays fondateurs, il était acquis que jamais la moindre modification ne serait possible. Donc le traité serait sans doute en vigueur pour des décennies. C’est d’ailleurs ce que Valéry Giscard d’Estaing, ancien Président de la République française et principal rédacteur de ce traité constitutionnel avait fait remarquer, en étant très fier de ce point précis. Beaucoup de capitalistes qui s’assument comme tels et qui assument le combat avec leurs ennemis de gauche, dirent d’ailleurs, à cette époque, que ce traité serait l’arme de destruction massive de la gauche et des politiques de gauche ! Mais bien peu les entendirent alors !

Nous avons cru éviter le pire puisque le peuple français ayant décidé de rejeter ce traité à une nette majorité, ce traité fut abandonné. Rappelons que le peuple français fut suivi par le peuple néerlandais qui vota dans le même sens la semaine suivante. Aucun autre peuple européen ne put avoir l’opportunité de se prononcer lui-même. Dans tous les autres États-membres, ce sont les parlements qui se sont prononcés au nom de leurs peuples et comme ils ont tous adopté très largement le texte, il est toujours affiché depuis que « les peuples européens sont favorables à l’Union européenne ».

C’est une prétention tout à fait extravagante. Sans que nous ne puissions l’affirmer avec certitude, nous pouvons penser que c’est une présomption crédible, solide, rationnelle, que de dire que bien des peuples n’auraient pas approuvé le texte du traité de 2005 si on le leur avait demandé directement. Il faudra bien un jour que les peuples disent eux-mêmes ce qu’ils en pensent et ce qu’ils veulent. Pas par des sondages mais par des référendums !

Le refus de ces deux peuples aboutit à l’abandon du traité. Pourtant, l’essentiel du texte dudit traité s’est retrouvé dans un nouveau traité élaboré principalement par Nicolas Sarkozy devenu Président de la République française. Et ce traité, signé en décembre 2007, fut largement adopté le 4 février 2008 par le Parlement français qui, ce faisant, commis un acte de haute trahison. Certains parlèrent de « coup d’État simplifié » (Nicolas Dupont-Aignan), d’autres de « forfaiture » (Jean-Luc Mélenchon et bien d’autres à gauche). Oui, quels que soient les termes que l’on préfère pour désigner ce choix, il est radicalement opposé à la volonté générale du peuple français, très clairement exprimée en 2005, et toutes celles et tous ceux, qui ont permis au traité de Lisbonne d’être adopté, sont donc des traitres de la nation française, coupables de « haute trahison ».

Alors je n’ignore pas que le crime constitutionnel de « haute trahison » a été supprimé de la constitution lors de la réforme constitutionnelle adoptée par le Parlement réuni en congrès, sur la demande du président CHIRAC, en février 2007. Et je n’ignore pas non plus qu’il existe un principe fondamental du droit, le principe de la légalité des délits et des peines, qui veut que pour que l’on puisse appliquer une sanction pénale à un acte délictueux ou criminel, il faut qu’au moment où cet acte a été commis, un texte ait prévu ladite sanction pour ledit acte.

Cependant, la suppression de ce crime quelques mois à peine avant que les dirigeants et parlementaires français ne commettent ce crime, constitue elle aussi un crime de haute-trahison puisqu’elle constitue, par anticipation machiavélique, une disculpation de toutes celles et de tous ceux qui s’apprêtaient à se rendre coupables d’un tel crime. En février 2007, nous savions en effet ce qui se tramait. Sarkozy avait annoncé la couleur et son élection ne fait pas disparaître le crime. Ces gens devront tous rendre compte d’un tel choix violant ouvertement la décision souveraine du peuple français. Nous rétablirons dans la constitution le crime de haute trahison et nous nous en servirons pour juger et condamner les coupables.

Le refus du peuple français d’approuver le traité constitutionnel de 2005 laisse clairement présager que le peuple français serait aujourd’hui très clairement en faveur de la sortie de l’Union européenne, contrairement à ce que disent tant de gens. En effet, le traité de 2005 regroupait en son sein tous les traités antérieurs et donc, au plan juridique, rejeter ce traité signifiait rejeter à la fois le nouveau traité et l’ensemble des traités antérieurs du système de l’Union européenne telle qu’elle existait. La légitimité démocratique de la sortie peut reposer sur cette décision référendaire du peuple français qui s’est clairement exprimé alors.

Pour autant, dix ans c’est long et ce qu’un peuple a décidé un jour, il peut décider de le réformer un autre jour. Il ne s’agit donc pas d’exiger aujourd’hui une sortie de l’Union européenne sur la base du référendum de 2005. Il s’agit d’exiger un nouveau référendum qui, cette fois, pose clairement LES deux questions fondamentales qui ouvriront une autre histoire :

« 1°/ Souhaitez-vous que la République française quitte l’Union européenne dans les plus brefs délais ?

2°/ Si vous répondez oui à la question précédente, donnez-vous mandat impératif au Président de la République et au gouvernement français de commencer à mettre en œuvre le plan de sortie et de prendre les contacts nécessaires pour rendre possible la mise en place rapide de nouvelles solidarités entre les peuples européens au lendemain de la prise d’effet de la décision de sortie ? »

Ce plan de sortie ne peut être improvisé en quelques jours ou quelques semaines. Il doit être préparé avec le plus grand sérieux. Nous pouvons – et nous devons – chacun à notre place, participer à ce projet de libération de notre peuple et, autant que possible, tisser, dès aujourd’hui, des liens étroits avec les peuples européens, c’est-à-dire avec les citoyen-ne-s de ces pays, avec leurs partis politiques, leurs syndicats, leurs associations, leurs regroupements quelle qu’en soit la forme.

Dans notre vision, il ne s’agit pas en effet pour le peuple français de sortir de l’Union européenne pour se renfermer entre ses frontières, dans une vision nationaliste. L’objectif est de rendre possible une libération globale, une émancipation universelle de tous les peuples européens qui sont, comme nous le sommes nous-mêmes et parfois bien plus cruellement que nous-mêmes, sous le joug oppresseur des institutions européennes.

Il n’est donc aucunement question de défendre une « renationalisation » définitive de la diplomatie et de la géopolitique comme de la politique économique ou d’autres politiques publiques.

Les membres de ce groupe ont une vision internationaliste et donc ouverte au monde et aux peuples étrangers. Notre rêve et notre raison d’être et de lutter est bel et bien que s’établissent des relations internationales pacifiques et harmonieuses. Notre rêve et notre raison d’être et de lutter est que naisse un monde où les forts n’imposent plus leur loi aux faibles, où la justice est préservée et où le progrès pour tous est une réalité quotidienne.

Nous sommes internationalistes mais l’internationalisme ne saurait signifier la fin des nations qui sont, à ce jour, le seul périmètre où la démocratie peut avoir une chance de renaître et de prospérer. La démocratie au plan européen est pour l’instant inatteignable. Il faut donc commencer par la reconstruire à l’intérieur de notre pays et poursuivre nos efforts pour lui permettre de se développer au-delà.

Après la séquence du traité constitutionnel de 2005, nous sommes entrés dans un cycle de crise économique s’ajoutant à la crise politique et cette crise économique a conduit les oligarchies à exacerber leur pression anti-démocratique pour imposer leur loi économique, une loi à leur seul profit puisque leur politique n’a fait que plonger dans la misère, la précarité, la pauvreté, des dizaines de millions d’Européen-ne-s.

Et il nous faut aussi prendre en compte le fait que non contents de dévaster les économies et les sociétés des pays européens membres de l’Union, les institutions de cette Union mettent en œuvre, en Afrique, des politiques qui rendent inéluctable l’exode massif des populations africaines vers notre territoire européen. Mais cet exode est aussi une histoire immensément tragique puisque des milliers de ces Africain-ne-s sont déjà morts quand ils arrivent sur nos côtes.

Les institutions de l’Union européennes sont donc des machines de mort et celles et ceux qui les incarnent et les font fonctionner, à quelque niveau de responsabilité que ce soit, sont coupables de crimes massifs. Même le plus petit agent public au service de cette Union européenne est coupable comme l’était celui qui, sous le régime nazi, accomplissait son travail en sachant qui étaient ceux qui lui donnaient les ordres.

Quant aux Africain-e-s qui arrivent vivants chez nous, un grand nombre est immédiatement renvoyé dans leur pays après avoir parfois passé des jours ou des semaines en camp de rétention. Ceux qui réussissent à passer à travers les mailles du filet deviennent alors des travailleurs sans droits, exploités et maltraités. Ces politiques européennes désastreuses doivent être stoppées et c’est une véritable coopération qui doit s’initier en faveur du développement du continent africain.

L’Union européenne voyait depuis très longtemps s’agiter quelques opposants à son « empire » mais ceux-ci étaient souvent marginalisés, discrédités, traités avec mépris ou pire relégués parmi un groupe informe de gens détestables à différents égards. Pourtant, malgré le blitzkrieg médiatique permanent à l’encontre des citoyen-ne-s de plus en plus sceptiques vis-à-vis de l’Union européenne, voire ouvertement contestataires, leur nombre n’a cessé de croître. Ces dernières années en général, et ces dernières semaines en particulier, avec le cas des évènements de la Grèce, le taux de détestation a sans doute explosé et le nombre de personnes déterminées à sa libérer de l’Union européenne a sans aucun doute été multiplié par un facteur 2, 3 ou 4.

Il y a fort à parier que depuis quelques semaines – et surtout depuis quelques jours – les choix faits par les institutions de cette Union européenne, et par celles et ceux qui les instrumentent, ont permis à beaucoup d’Européen-ne-s d’ouvrir les yeux sur ce qu’est vraiment cette Union. Non seulement les opposants traditionnels sont désormais plus convaincants puisque chacun peut s’apercevoir que ce qu’ils ne cessaient de dire se révèle désormais au grand jour comme ayant été la vérité, mais en outre ce sont, à coup sûr, des centaines de milliers, voire des millions, d’Européen-ne-s qui sont en train de basculer dans le camp de l’hostilité franche, assumée, radicale, à cette Union.

La folie destructrice, l’avidité prédatrice, la perversité morale des acteurs de l’Union européenne se sont révélées au grand jour avec l’affaire grecque. De même que l’on a pris conscience que cette Union européenne est bien un outil très largement maîtrisé et contrôlé par un seul pays membre, l’Allemagne, tandis que certains pays-membres sont considérés avec mépris et sont ignorés, pendant que d’autres ne se comportent que comme des vassaux d’un puissant suzerain.

La « crise » est en fait une escroquerie. C’est une véritable guerre économique et politique qui est en cours. Et le dogme de l’austérité est un autre nom de la lutte des classes, puisque les politiques mises en œuvre partout en Europe, loin de conduire à la sortie de crise et à la prospérité retrouvée après le sang et les larmes, ne font qu’enfoncer un peu plus davantage chaque jour, les peuples dans la souffrance et les privations quand, dans le même temps, quelques-uns, très peu nombreux, confisquent la quasi-totalité des richesses produites et les mettent à l’abri dans des paradis fiscaux où les gouvernements ne peuvent ou ne veulent aller les reprendre pour s’en servir au profit des peuples.

Ce n’est donc pas d’un appauvrissement généralisé des États européens dont il est question mais d’une gigantesque escroquerie intellectuelle rendant possible un colossal détournement de fonds vers quelques paradis fiscaux gérés dans l’intérêt de ce fameux 1% regroupant les plus riches d’entre les riches.

En conclusion :

Constatant ce que l’Union européenne est aujourd’hui,

N’oubliant pas ce qu’elle a été hier,

Connaissant les conditions dans lesquelles elle a été fondée,

N’ignorant pas que ses pères fondateurs étaient tout sauf des gens humanistes et désintéressés, qui auraient été épris de liberté et désireux d’offrir aux peuples européens un avenir radieux en leur permettant de se gouverner eux-mêmes souverainement,

Comprenant ce à quoi nous nous exposons si nous refusons de briser les chaines qui nous entravent,

NOUS, citoyen-ne-s français-e-s, mais aussi citoyen-ne-s européen-ne-s, et êtres humains égaux en droits à tous les autres êtres humains de cette planète où que nous vivions, avons décidé de lutter par tous moyens – pacifiques et démocratiques – pour que soient rompus les liens entre la République française et l’Union européenne, et que se substituent à ces liens de dépendance, de contrainte et de subjugation, des liens de coopération et de solidarités entre les peuples qui constituent l’Europe.

P.S. : Afin de ne plus contribuer nous-mêmes à la confusion du discours et afin de faire oeuvre de pédagogie, nous devons cessez d’assimiler « Europe » et « Union européenne » dans le vocabulaire que nous utilisons. Dirigeons nos coups contre « l’Union européenne », pas contre « l’Europe » qui a existé avant l’Union européenne et qui lui perdurera.

*   *   *   *   *
Pour mémoire :

Le groupe « Quittons l’Union €uropéenne pour reprendre le contrôle de nos vies ! » a été créé le vendredi 17 juillet 2015 par Vincent Christophe Le Roux. Plusieurs administrateurs et administratrices de diverses tendances politiques ont déjà été désigné-e-s.

I – L’objectif de ce groupe est :

1/ d’informer sur le caractère nuisible de l’Union européenne : elle détruit les nations, elle viole ou ignore totalement la démocratie, elle impose la loi d’airain du capitalisme exacerbé qu’elle tente d’instiller dans tous les rouages de la société,

2/ de convaincre de l’inanité des propositions visant soit à obtenir l’Europe sociale, soit à subvertir les institutions européennes depuis l’intérieur, soit à désobéir aux traités européens,

3/ de nous préparer intellectuellement pour affronter et surmonter avec succès cette rupture géopolitique et géostratégique fondamentale,

4/ de nous organiser matériellement pour, d’une part, augmenter sans cesse la pression populaire en faveur de la réalisation de cette rupture et, d’autre part, contribuer à ce que le nouveau cycle historique qui succèdera à cette rupture soit un nouveau temps de joie pour tous les peuples,

5/ de tisser les liens nécessaires entre nous, en France et en Europe, pour commencer à construire les solidarités européennes de demain qui se substitueront à la tyrannique Union européenne.

II – Ce groupe n’a ni pour essence, ni pour pour vocation à accueillir les partisans du repli sur soi nationaliste. Nous voulons nous libérer de l’Union €uropéenne afin de reprendre le pouvoir sur nos vies, sur notre destin collectif, sur notre avenir, ceci en vue de rendre possible demain des choix politiques de nature à rassembler les peuples autour de la défense de l’intérêt général et de l’amélioration constante des conditions de vie de tous et pour tous.

III – Ce groupe se veut ouvert et rassembleur sur des valeurs fondamentales :

– la première de ces valeurs fondamentale est la démocratie authentique, la démocratie jusqu’au bout, et c’est pour la restaurer d’abord, et la faire progresser chaque jour davantage ensuite, que nous défendons l’idée que nous devons impérativement nous libérer de l’oppression qu’exerce de plus en plus l’Union européenne sur les peuples ; pour nous libérer de cette oppression, nous défendons l’idée de l’inéluctable sortie de l’Union européenne ;

– la seconde valeur fondamentale est une conception humaniste de la vie ce qui signifie qu’au-delà des divergences inévitables de nos visions et de nos attentes sur tel ou tel sujet particulier, nous nous respectons dans le débat, et nous prônons, tous et toutes, des politiques de nature à faire progresser le droit des peuples et des citoyen-ne-s au bonheur et au bien-vivre.