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Front National

Pourquoi le FN ne passera pas par moi (2/2) – Par Laurent Pinsolle (Debout la République)

Après avoir étudié pourquoi je pense qu’il n’est ni paradoxal, ni contre-productif de s’opposer au FN quand on est gaulliste, du fait d’une différence fondamentale de philosophie politique, il faut ajouter un problème de personnes puisque la famille Le Pen est profondément extrémiste, démagogue et pas sérieuse.

Le FN, c’est l’extrême-droite

Attention, je tiens bien à préciser que cela ne signifie pas que les électeurs de ce parti sont d’extrême-droite. Pour paraphraser Todd, les électeurs du FN sont malheureux et en colère contre les dirigeants de notre pays. Et ceci est bien légitime. Le parti de la famille Le Pen n’est que le réceptacle du malheur et de la colère des Français, d’où le fait qu’il soit devenu un vote social et que son niveau soit si corrélé au niveau du chômage. D’ailleurs, il n’est pas inintéressant de constater ici que même les électeurs du FN ne sont pas fondamentalement convaincus qu’il ferait mieux que le PS et l’UMP… Mais la chance de ce parti (qui fait le malheur de notre pays), c’est le bilan absolument désastreux des deux grands partis qui se partagent le pouvoir depuis maintenant 40 ans. Le FN est le réceptacle du malheur et des espérances déçues des français, comme l’a également soutenu Gaël Brustier dans Figarovox.

Bien sûr, Marine Le Pen a mis en place une stratégie de dédiabolisation pour casser le plafond de verre auquel s’était heurté son père. Les années de crises lui apportent plus d’électeurs, d’autant plus que les médias véhiculent cette histoire, comme lors de la récente passe d’armes après la répugnante déclaration de son père sur Patrick Bruel. Sa réaction, ainsi qu’une purge superficielle, accrédite, pour certains, la normalisation du FN. Mais, il suffit de creuser un peu pour se rendre compte qu’il s’agit d’une pure fiction, au point que l’on peut se demander si les passes d’armes familiales ne sont pas sciemment organisées pour servir le développement du parti. Après tout, si Marine Le Pen était si choquée par les dérapages de son père, auxquels elle trouvait du charme il y a 4 ans, pourquoi lui confier la tête de liste dans le Sud-Est ? Car quel parti, sinon un parti extrémiste, pourrait continuer à arborer un logo (la flamme tricolore), hérité des nostalgiques de Mussolini ? L’hommage à Dominique Venner est tout aussi troublant, comme les comparaisons hasardeuses avec le nazisme, qui tendent à le trivialiser, le dernier exemple en date étant les déclarations de Marine Le Pen sur la comparaison entre le Coran et Mein Kampf.

Toute la philosophie du FN repose sur une pensée fondamentalement nationaliste (et non patriote), qui est le point commun de tous les mouvements d’extrême-droite depuis un siècle. Et on peut parler de xénophobie latente quand on constate les déclarations outrageuses sur les musulmans ou la proposition incroyablement anti-républicaine de n’accepter la binationalité que pour les personnes d’origine européenne, qu’avait faite Marine Le Pen. On peut également penser aux innombrables dérapages du père Le Pen (sur la tuerie en Norvège, la crise du porc attribuée au lobby musulman, l’ebola en Afrique, la fournée Patrick Bruel), mais aussi de la fille (sur l’Occupation des rues) et bien d’autres membres de ce parti (sur Christiane Taubira). Et quand on ajoute tous les liens de ce parti avec les mouvances les plus extrêmes, ou les hommages à Bastien Thiry, l’organisateur de l’attentat du Petit Clamart, publiés sur le site de Louis Aliot, comment nier aujourd’hui que le FN est bien un parti d’extrême-droite ?

D’ailleurs, il est symptomatique que Marine Le Pen voue une admiration répétée pour Vladimir Poutine. Car si le président de la Russie a raison de défendre les intérêts de son pays et de refuser une vision du monde qui tourne autour des Etats-Unis, il faut quand même reconnaître qu’il n’est pas un démocrate modèle, ce que le traitement de l’opposition et des médias dans son pays démontre. Marine Le Pen, comme bien des personnes d’extrême-droite avant elle, semble confondre l’autorité et l’autoritarisme, comme le montrent d’ailleurs les propos inquiétants qu’elle a tenus sur la façon dont elle traiterait l’opposition si elle venait à gagner le pouvoir. Je ne crois pas que les dirigeants du FN soient des démocrates sincères. Et soit dit en passant, il n’est pas inintéressant de constater que la fille a succédé à son père à la tête du mouvement, phénomène extrêmement rare, pour ne pas dire plus, dans des formations politiques démocratiques et qui renvoie bien davantage aux us et coutumes des régimes totalitaires.

Démagogues en chef

L’autre point qui pose problème avec les dirigeants du FN, c’est leur démagogie crasse. On peut être pour une réduction forte de l’immigration, viser un solde net proche de zéro, du fait des problèmes actuels, sans pour autant tomber dans la xénophobie et le mensonge. C’est la position que j’essaie de tenir (de même que celle de DLR et NDA, il faut le reconnaître). D’où la différence entre vouloir réduire les flux bruts d’entrée d’environ 50% ou de 95%… Mais si on admet que 10 000 entrées par an dans le territoire, cela signifie qu’il faudrait refuser plus de 80% des 60 000 étudiants étrangers qui viennent chaque année en France, et qui amènent argent et influence à notre pays. Mais surtout, pourquoi mentir de manière si outrageuse, quand Marine Le Pen soutient que la France est championne d’Europe de l’immigration alors que notre pays admet depuis 15 ans bien moins d’immigrés que nos voisins immédiats, Allemagne, Italie, Espagne ou Grande-Bretagne, dans un rapport allant en général d’1 à 3.

De même, Marine Le Pen évoque un coût de l’immigration de 35 à 70 milliards d’euros par an. Mais si on se base sur les travaux réalisés par Jean-Paul Gourévitch, dont le FN s’est plusieurs fois réclamé, on constate que le coût net de l’immigration est plutôt compris entre 10 et 15 milliards d’euros par an, ce qui est confirmé par les travaux récents de l’OCDE. Ce mensonge, dont on ne peut pas croire qu’il ne soit pas conscient tant il s’agit du sujet phare de ce parti, démontre que Marine Le Pen prend les Français pour des imbéciles, puis qu’elle ne recule devant rien pour stigmatiser les immigrés. Encore un trait caractéristique de l’extrême-droite, soit dit en passant. Pour moi, ceci montre qu’elle n’est qu’une politicienne comme ceux qui fourmillent au PS et à l’UMP, prêts à dire tout et n’importe pour arriver à leurs fins.

Enfin, comme l’a bien rappelé Natacha Polony, il faut bien noter que le FN a fait un 180° complet pour une partie de son programme, ce qui, étant donnée la démagogie de ses dirigeants, permet de questionner la sincérité d’un tel changement. En 2002 et en 2007, ce parti tenait un discours néolibéral de baisse drastique des dépenses publiques et de l’impôt sur le revenu ou de privatisation des services publics. Comment croire le virage récent, d’autant plus que Marine Le Pen montre une maîtrise plus que superficielle de ces sujets ? Si elle avait fait un travail d’aggiornamento intellectuel, elle serait capable de répondre avec robustesse à tous ceux qui questionnent certains éléments de son programme. Son manque de maîtrise de ces sujets créé un doute légitime sur la sincérité de ce changement. Ne vaut-il pas mieux faire confiance à ceux qui ont fait preuve d’une véritable droiture intellectuelle sur ces sujets ?

Bref, à tous ceux qui font mine de ne pas comprendre pourquoi je m’oppose au FN, voici deux papiers qui montrent que j’ai beaucoup de raisons de m’y opposer. Mon rejet repose sur une collection de faits et de déclarations consignés depuis des années et qui disqualifient ce parti pour l’exercice du pouvoir.

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Face aux mutations de l’UMP et à l’importance grandissante du FN, quel positionnement pour DLR ? – Par « Cochin »

Ce billet a été publié en qualité d’invité sur le blog de Laurent Pinsolle (lien : http://www.gaullistelibre.com/2014/06/face-aux-mutations-de-lump-et.html)

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Les délires néolibéraux du châtelain Fillon

L’interview accordée récemment par François Fillon au Telegraph ne fait que tristement confirmer les craintes que l’on pouvait avoir sur les évolutions de l’UMP, dont des membres de plus en plus nombreux revendiquent un néolibéralisme décomplexé. Lors du même entretien, l’ancien premier ministre affirme ainsi tout d’abord que les universités françaises sont des « foyers de marxisme » avant de regretter que « la France n’ait jamais eu de révolution thatcherienne ».

François Fillon raisonne ici, comme bon nombre de néolibéraux, avec plusieurs décennies de retard. Pour que les universités françaises soient un foyer de marxisme, il faudrait que les étudiants d’aujourd’hui lisent encore Marx ou ceux qu’il a inspirés, ce qui n’est clairement plus le cas (je me rappelle encore à ce sujet l’étonnement de mon professeur de khâgne à Louis-le-Grand quand il s’était aperçu il y a quelques années que seule une petite poignée d’élèves avaient lu de manière un tant soit peu poussée les oeuvres de Marx).

Bref, François Fillon se contente ici de reprendre de vieux poncifs qui ne renvoient plus à aucune réalité – et l’on pourrait d’ailleurs le regretter car le marxisme, au-delà de tous les problèmes qu’il pose, avait au moins le mérite d’offrir à certains un cadre de pensée cohérent et rigoureux qui leur permettait de mener une réflexion qui ne soit pas simplement superficielle sur l’état de notre société.

L’ancien premier ministre a en réalité très probablement vu dans la dénonciation des « foyers de marxisme » une façon de s’attirer sans trop d’efforts les sympathies de la frange la plus à droite de l’électorat de l’UMP. Échouant depuis deux ans à obtenir la direction de son parti en se livrant à une véritable réflexion sur les causes de la crise française, le voilà bien décidé à s’en emparer en conquérant la notoriété de l’infamie.

C’est d’ailleurs bien ce que montre l’éloge obscène rendu à celle qui fut responsable de l’un des pires drames sociaux qu’ait connu un pays d’Europe occidentale depuis 1945, poussant dans la misère des millions d’ouvriers. Mais soyons tout de même bon joueur et admettons à la décharge du châtelain Fillon qu’un tel drame n’a pas touché l’ensemble des Britanniques : bien loin de pâtir des années Thatcher, la City, et plus généralement les classes les plus riches, virent leur pouvoir se renforcer. En clair, la rigueur à laquelle aspire l’ancien premier ministre ne concernera que les classes populaires et les classes moyennes.

Ces déclarations de François Fillon, qui s’ajoutent à bien d’autres et ont depuis été encore confirmées lors de sa dernière conférence de presse2, illustrent un mouvement global des principaux cadres de l’UMP, qui accentuent leurs penchants néolibéraux. Que n’entend-on pas à ce sujet sur le temps de travail ou sur la création d’un SMIC spécifique pour les jeunes ? Des hommes comme Laurent Wauquiez (le brillant politicien selon lequel le rejet du référendum de 2005 est dû à la volonté des Français de voir clairement affichées les racines chrétiennes de l’Europe dans la constitution3) participent depuis plusieurs années de cet infléchissement de la ligne de l’UMP vers un antiétatisme (s’appuyant en premier lieu sur le rejet de l’impôt) qui n’a pourtant pas toujours caractérisé l’ensemble de la droite française.

Pour ne pas se retrouver asphyxié entre l’UMP et le FN, DLR doit éviter le piège de la droitisation

Au moment où l’UMP accentue son libéralisme économique tout en se rapprochant de l’extrême-droite sur certaines questions, sous l’influence notamment de la Droite forte, il importe de s’interroger sur le positionnement politique actuel de Debout la République. Autant le dire clairement, si j’ai voté en mai dernier pour la liste soutenue par ce parti, ce ne fut pas avec un enthousiasme sans limite mais seulement parce qu’elle me semblait incarner la plus claire proposition de rupture avec l’Union européenne (c’est-à-dire la construction européenne, dans la forme néolibérale avancée qu’elle a prise depuis le début des années 1990).

Sympathisant de DLR depuis sa création, j’ai à chaque fois que cela était possible apporté ma voix à ce parti. Il y a plus d’un an, j’ai même choisi, après avoir longtemps hésité, d’en devenir adhérent. L’élément qui a poussé cette adhésion était un billet de Nicolas Dupont-Aignan publié au moment de la mort de Chavez, billet qui, tout en signalant les défauts du chavisme, rappelait que celui-ci avait incarné « une révolte contre le défaitisme d’Etat incapable de promettre à ses enfants autre chose que la misère »4. Un tel billet paraissait sur le coup témoigner d’une véritable pensée « gaulliste sociale » (l’emploi des guillemets s’impose parce que l’expression a aujourd’hui perdu en grande partie de son sens : s’en réclament aussi bien François Fillon que Laurent Wauquiez), par l’hommage rendu à un homme qui, s’il n’était sans doute pas parfait, avait au moins eu le mérite de soulager une partie de la pauvreté de ses concitoyens par la redistribution d’une part importante de la rente pétrolière (il faudra à ce sujet un jour se demander sérieusement pourquoi des journaux comme Le Monde ou Le Figaro, qui publiaient très régulièrement des articles pour critiquer l’état de démocratie dans le Venezuela chaviste, s’inquiétaient dans le même temps beaucoup moins des conditions de la vie politique dans les pétromonarchies du Golfe).

À mes yeux, un souverainisme qui concentrerait toute son attention à la seule question européenne en délaissant la question sociale est voué à l’échec. Toute réflexion politique sérieuse sur la crise de notre pays doit sans cesser articuler ces deux questions, qui tout en étant intimement liées du fait du caractère néolibéral de l’Union européenne, ne sont pas exactement les mêmes. Ceci est d’autant plus fondamental que ce sont bel et bien les classes qui souffrent le plus dans le contexte actuel qui sont celles auprès de qui le discours de Debout la République est le plus à même de porter.

Renforcer le caractère social de son discours, voilà ce que devrait faire Debout la République, au lieu de dénoncer, comme dans les tracts des dernières élections européennes, la « bureaucratie » et l’« assistanat ». Il faut d’ailleurs noter à ce sujet que : soit le chômage est principalement lié à l’euro et aux politiques économiques menées depuis trente ans et dans ce cas là dénoncer l’assistanat (qui est un phénomène marginal) est un contresens ; soit il est dû à la fainéantise de certains, mais dans ce cas on ne peut plus accuser l’euro ou les politiques néolibérales d’être la cause des maux dont souffre l’économie française.

À l’heure où l’UMP adopte un positionnement de plus en plus droitier et où le Front national voit son audience croître, Debout la République se retrouverait en réalité bien vite asphyxié entre ces deux partis s’il choisissait d’opter pour une ligne plus à droite que celle qu’il a suivie par le passé. Le mouvement prendrait par ailleurs le risque de se couper définitivement des souverainistes de partis plus à gauche, avec lesquels il devra pourtant un jour s’allier s’il veut rassembler une majorité de Français. Si à court terme, une telle ligne pourrait donc permettre de récupérer quelques électeurs, en profitant de la crise – provisoire – de l’UMP, elle condamnerait par la suite le parti à végéter à des niveaux qui furent ceux de l’ancien MPF.

Gageons que Nicolas Dupont-Aignan ne fera pas une telle erreur.

Pourquoi le FN ne passera pas par moi (1/2) – Par Laurent Pinsolle (Debout la République)

La victoire du Front National lors des élections européennes a été l’occasion de nouveaux débats enflammés sur les raisons de cette victoire et sur l’attitude à avoir vis-à-vis de ce parti. Voilà pourquoi je souhaite revenir sur ce sujet, dans une série de deux papiers.

Une opposition paradoxale ?

Un certain nombre de frontistes, quelques uns semblant encore me lire malgré des prises de positions, affirment qu’il serait paradoxal que j’exprime une position aussi radicalement hostile à l’encontre de leur parti. Ils affirment que les positions de DLR seraient très proches, quand ils ne disent pas que ce sont les mêmes. Certains vont même jusqu’à évoquer une attitude politicienne de ma part, le fait que je ne ferai que défendre ma boutique politique par rapport à la leur. Cet argument est assez difficilement recevable étant donnée ma prise de position de septembre 2012 ou ma récente décision de m’éloigner de DLR. Néanmoins, il faut bien reconnaître que je partage bon nombre de motivations des électeurs de ce mouvement, à savoir un ras-le-bol des grands partis traditionnels ainsi qu’un refus de cette mondialisation anarchique qui mène à une loi de la jungle destructrice de notre modèle social et de notre identité.

Mais ce n’est pas parce que je partage une partie des motivations des électeurs du Front National que cela doit me pousser dans les bras du parti de la famille Le Pen. Si je respecte leur vote et les ai même défendus par occasion (quand Sophia Aram les a traités de cons ou en disant que ce vote est, logiquement, social, dès 2011), cela ne change pas mon jugement à l’égard du parti pour lequel ils votent, et dont les scores actuels doivent principalement à la crise terrible que nous traversons et à la décomposition du PS et de l’UMP, dont le bilan au pouvoir est tout simplement calamiteux. Mais même si j’ai un jugement très dur à l’égard des partis qui se partagent le pouvoir (que je critique au moins aussi souvent que le FN), mon opposition au Front National ne me semble absolument pas paradoxale. D’abord se pose un problème de personnes. Comme je le soutiens depuis le début, la famille Le Pen me semble extrémiste, pas sérieuse et démagogue (ce sur quoi je reviendrai précisément demain).

Et au final, le paradoxe est levé par le rapport au gaullisme. Devant les professions de gaullisme de Florian Philippot, Marine Le Pen a cru bon de rassurer une partie de ses militants en précisant bien qu’il était un cas isolé. Si l’on rapproche l’extrême-droite nationaliste du gaullisme, du fait de l’attachement à la nation, toute l’histoire montre qu’il y a une différence profonde entre ces deux mouvements de pensée. Quand l’extrême-droite a une vision de la nation identitaire, xénophobe, voir isolationniste, le gaullisme a une vision de la nation plus ouverte et surtout bien plus progressiste qu’identitaire, quoiqu’en disent ceux qui rapportent de temps en temps une phrase non officielle du Général, en oubliant tout le reste. C’est ce que j’avais théorisé en parlant des deux familles de l’ordo-souverainisme. En outre, il y a de nombreuses différences, sur la peine de mort, l’IVG, l’immigration, les immigrés présents en France, ou même les questions économiques, traitées avec bien moins de cohérence et de sérieux. Ce n’est pas parce que l’on est attaché à la France que toutes les différences sont gommées du jour au lendemain.

Le vote utile souverainiste ?

L’autre reproche traditionnel, c’est de dire que nous diviserions le camp patriote et que de toutes les façons, pour changer le cours des choses, il n’y a que le FN qui pourra y arriver. Comme je l’ai rappelé, ce n’est pas parce que l’on est attaché à la France que toutes les différences sont effacées. Pour paraphraser Romain Gary, « le patriotisme, c’est l’amour des siens, le nationalisme, c’est la haine des autres », ce qui fait toute la différence entre le gaullisme et l’extrême-droite et aujourd’hui entre DLR et le FN à mon sens. De même que le camp des adorateurs de l’UE compte plusieurs partis, celui de ceux qui pensent que la nation doit rester l’épine dorsale de notre organisation politique peut tout aussi bien rester divers étant donné qu’il y a des interprétations très différentes de cette idée. Pourquoi faudrait-il donc avoir un choix binaire. Ce n’est pas comme cela que notre vie politique s’est organisée depuis des décennies.

Sur la question de la capacité à changer les choses, les partisans du FN soulignent que ce parti a réuni un quart des électeurs fin mai et que le chemin qui pourrait le mener au pouvoir semble bien plus court que celui des autres partis dits souverainistes. Néanmoins, on ne peut pas juger au seul score d’un instant T la capacité d’un parti à arriver au pouvoir. Dans le passé, les communistes n’ont pas su transformer leur importance politique en capacité à prendre les rênes du pouvoir, malgré des scores encore supérieurs à ceux du FN en mai. Certes, ils ont été des partenaires au sein de coalition, mais ils n’ont jamais été à la tête de ces coalitions et ont souvent été contraints d’avaler leur chapeau pour y rester. En outre, il faut bien constater que le FN est un vieux parti de 42 ans, qui pèse lourd dans la vie politique française depuis 30 ans, donc on peut questionner sérieusement sa capacité à prendre le pouvoir démocratiquement étant donnée l’hostilité qu’il suscite dans une large majorité de la population.

Bien sûr, les partisans du FN peuvent dire que Marine Le Pen a changé les choses, qu’elle a dédiabolisé son parti, ce que pourrait montrer le score du 25 mai. Néanmoins, il faut rappeler qu’il y a perdu plus d’un million et demi de voix de moins qu’en 2012 et que ces élections sont souvent des défouloirs et qu’elles se sont tenues dans des circonstances incroyablement favorables (6 ans de crise économique, un PS très impopulaire et une UMP inepte). Ce n’est qu’en 2017 que l’on pourra statuer sérieusement si autre chose qu’une opposition radicale et stérile au système ressort de ce parti, ce qui me semble tout sauf évident étant donnés les dérapages récurrents de ses dirigeants et de ses membres, qui cantonnent légitimement ce parti dans des extrêmes inéligibles. Si le Général de Gaulle a réussi à balayer la Quatrième République, c’est parce qu’il occupait une position beaucoup plus centrale et donc rassembleuse sur l’échiquier politique, chose qui me semble totalement impossible pour le FN.

Bref, ce sont pour des raisons de fond (différends programmatiques, qui perdurent, et plus encore, une différence fondamentale de philosophie globale) qui font que je m’oppose à ce parti, dont je persiste à croire qu’il ne sera pas le mouvement qui redonnera à la nation ses lettres de noblesse. Demain, je reviendrai également sur les questions de personnes.

Lutter contre le FN… Comment faire ? Commencer par ne pas nous tromper de chemin

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Face à ce que le Front national est en train de réussir…

Gilles Alfonsi le 30 mai 2014

Lien : http://www.cerisesenligne.fr/article/?id=4513

Démasquer le FN en dénonçant son idéologie raciste ne suffit pas. Il faut mieux comprendre sa stratégie et en avancer une autre.

Le FN réussit à s’adresser à toutes les classes sociales. Il agrège de fait une diversité de motivations qui, au lieu de s’opposer, se nourrissent et convergent. On trouve dans son électorat aussi bien des petits commerçants, habitués à exprimer par leur vote leur haine de l’impôt, que des ouvriers et des employés désireux de sanctionner l’austérité – telle ou telle motivation n’excluant pas les autres. Tous veulent penser mettre ainsi en cause le système, croyant que le FN serait hors système alors même qu’il est de longue date une des pièces d’un système politique qui l’a utilisé comme repoussoir de la République.

On peut comprendre le travail idéologique réalisé par le FN en lisant les professions de foi lepénistes. On y trouve des idées de gauche, et même des idées du Front de gauche : « s’opposer à la politique d’austérité généralisée », « défendre nos services publics » ou encore « réindustrialiser notre pays »… et la mise en cause des traités européens et le rappel de la victoire du Non au référendum de 2005, jusqu’à la dénonciation du traité transatlantique. On y trouve des idées prises à l’écologie politique : « assurer la sécurité sanitaire et alimentaire », « respecter l’environnement » et même la référence au « bien être animal ». On y trouve des idées travaillées par une partie de la droite souverainiste : « protectionnisme intelligent », « patriotisme économique ». On y trouve les dimensions sociales et souverainistes associées : « relance de la croissance et de l’emploi en retrouvant une monnaie nationale au service de notre économie et non des banques ». Et on y trouve bien sûr le fond de commerce de l’extrême-droite, appauvri des expressions les plus ouvertement racistes et des aspects les plus scandaleux. Il prend cette forme : « maîtriser nos frontières afin de stopper une immigration anarchique », « défendre nos modes de vie » face au « magma européiste et multiculturel ». Bien sûr, la logique reste la même : existerait le risque d’une vague d’immigration dite de substitution au bon peuple de France, menaçant la sécurité et l’identité. Mais chaque formule, chaque mot est pesé, et l’ensemble est au total plus difficile à combattre car, comme l’écrit Roger Martelli, cela « développe un récit sur la France ».

Combattre autrement l’orientation nationale-raciste

Il est certes assez cocasse de constater ainsi que bien des idées précédemment citées ne sont que des copiés-collés des programmes des partis « du système » : n’y a-t-il pas là une contradiction, et une faiblesse potentielle du néo-lepénisme ? On peut pour le moment penser plutôt l’inverse : qu’il y a dans cette stratégie attrape-tout une force. De fait, le FN s’adresse directement à tous les électorats en même temps, c’est-à-dire qu’il ne se situe pas seulement, ni même principalement, dans une logique de récupération de l’électorat de droite radicalisé. Il radicalise d’ailleurs l’ensemble des idées qu’il affiche, car il tisse des liens entre la xénophobie et le social, contre toute visée d’émancipation.

Voilà donc un gros problème pour la gauche d’alternative : le FN siphonne une partie de ses thèmes de prédilection… et que l’on y voit une supercherie ne change rien à l’affaire. De fait, un raisonnement tient et tiendra de moins en moins : celui qui consiste à assimiler l’avancée du FN seulement a une victoire de l’approche national-raciste sur l’approche sociale qu’incarnerait le Front de gauche. On peut faire l’hypothèse que le FN version Marine Le Pen tente une synthèse (détestable), et qu’il ne s’agit pas seulement d’une stratégie de communication.

Dès lors, comment la gauche d’alternative peut-elle réagir ? Elle devrait bien sûr exclure de s’aligner sur le FN, comme le fait ouvertement l’ancien député André Gérin, dénonçant « l’establishement UMPS », soulignant « la perte de l’identité de la France » et la « dépossession culturelle et morale de la Nation française »… et affirmant que le FN « a obtenu le quasi monopole de la défense de la Nation française ». Reprendre ainsi les mots du FN (qui, au passage, emploie maintenant plus souvent le mot nation que le mot patrie), c’est assurément contribuer à renforcer son emprise idéologique.

Certes, on devrait tout à fait continuer à dénoncer les contradictions du FN, dont les élus n’hésitent pas à voter contre des mesures sociales, et qui se placent généralement du côté des nantis ; mais sans sous-estimer la plasticité idéologique de sa stratégie. Surtout, on ne peut plus en rester à la manière de s’opposer au FN des années 80 (« F comme fasciste, N comme nazis »). Il s’agit de s’opposer autrement, et à la fois, à son racisme explicite ou latent et à la véritable imposture que constitue sa négation des intérêts et de la lutte des classes. Cela appelle à assumer pleinement une autre conception de la société, faisant droit à la diversité des cultures, associant analyse de classes et reconnaissance des communautés, portant la solidarité entre Français et étrangers, combattant toutes les discriminations…

Trois axes de combat

Si l’on se situe dans l’idée de déconstruire le jeu mortel – mortel pour la démocratie et pour l’égalité – du FN, trois axes au moins peuvent être mobilisés. Le premier consiste à assumer beaucoup plus clairement la rupture avec le système politique et institutionnel en crise. De fait, jusqu’à présent, le Front de gauche en est largement considéré comme partie prenante. Et l’histoire du PCF et celle du PG vont dans le même sens de ce point de vue car les deux ont (eu) partie liée avec le système politique qui périclite. Cet axe là va dans le sens et prolonge l’idée de désobéissance aux traités européens, à peine esquissée lors de la campagne des Européennes. Il pourrait se concrétiser par des évènements qui expriment clairement la rupture, ce qui va au-delà de la simple reprise des textes fondateurs du Front de gauche sur la VIe République (proposition importante mais qui ne fait pas le compte par rapport aux enjeux précédemment évoqués, ni par rapport aux actions concrètes nécessaires immédiatement pour signifier la rupture avec le système actuel).

Le second axe est justement la formulation de propositions manifestant non plus seulement un refus des politiques en oeuvre mais l’émergence d’une nouvelle conception, alternative à la fuite en avant libérale et antidémocratique, et à la régression nationale-raciste. Il pourrait s’agir de concevoir une série de campagnes citoyennes et de « mots obus », susceptibles d’être déclinés et implantés dans le débat public. Il s’agirait que ces mots soient irrécupérables et par les partis de gouvernement, et par l’extrême-droite : gratuité, diminution du temps de travail, biens communs, appropriation des entreprises, droits des migrants, lutte contre les discriminations et pour l’égalité… tous éléments qui participent d’un choix de société et qui peuvent se raccorder à un projet d’émancipation (émancipation : mot et projet qui n’intéresse ni le PS, ni l’UMP, ni le FN).

Le troisième axe concerne le raccordement entre mouvement social et politique. Sur ce champ, un scénario s’écrit aujourd’hui devant nous : le FN est en mesure de récupérer les mécontentements et les luttes qu’animeraient des syndicats qui continueraient de ne pas de soucier de l’enjeu que s’affirme une alternative politique. En résumé : aux syndicats la résistance aux politiques libérales ; et au FN l’alternative sociale-raciste. Soulignons, au passage, que les directions syndicales se tromperaient lourdement si elles pensaient que leurs sympathisants sont imperméables aux idées racistes. La polémique consécutive à la publication par L’Humanité (1) d’une étude sur le vote FN parmi les sympathisants des syndicats de salariés ne doit pas conduire au déni à ce sujet : alors que le FN risque désormais de devenir le débouché politique de tous les mécontentements sociaux, les directions syndicales peuvent-elles continuer à refuser d’investir la question de l’alternative politique ?

Comme l’écrit le Parti de gauche, l’enjeu de la période actuelle est « de mettre en mouvement la société elle-même ». Cela appelle, comme l’évoquent depuis quelques années les Communistes unitaires et d’autres, désormais réunis dans Ensemble !, à déplacer le curseur de la vie politique vers l’implication citoyenne, en rompant avec les formes politiques dépassées des partis-guides. Cela veut dire faire enfin le pari de soutenir l’émergence d’une nouvelle conception de la politique, aujourd’hui brimée par le Front de gauche. Pierre Laurent (PCF) est aussi allé dans ce sens en affirmant la nécessité de « mettre le Front de gauche à disposition des citoyens ». Chiche, cette fois, vraiment ?

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1/ Terminer ce riche billet par une citation de Pierre Laurent est une quasi imposture… Il peut dire ce qu’il veut aujourd’hui, il a conduits tout le monde au désaveu. Et ce n’était pas il y a plusieurs années mais il y a deux mois ! Qu’on ne compte pas sur moi pour passer un drap sur cette histoire et faire comme si elle n’existait pas.

2/ Je désapprouve l’idée ambiguë qui se dégage de ce paragraphe : « Dès lors, comment la gauche d’alternative peut-elle réagir ? Elle devrait bien sûr exclure de s’aligner sur le FN, comme le fait ouvertement l’ancien député André Gérin, dénonçant « l’establishement UMPS », soulignant « la perte de l’identité de la France » et la « dépossession culturelle et morale de la Nation française »… et affirmant que le FN « a obtenu le quasi monopole de la défense de la Nation française ». Reprendre ainsi les mots du FN (qui, au passage, emploie maintenant plus souvent le mot nation que le mot patrie), c’est assurément contribuer à renforcer son emprise idéologique. »

En effet, il est évident qu’il ne s’agit pas de reprendre le discours du FN pour plaire aux électeurs qui manifestent leur soutien à ce parti.  Mais comme l’auteur le dit lui-même, au paragraphe précédant celui-là, « le FN siphonne une partie de ses thèmes de prédilection » [ceux du Front de Gauche]. Donc il ne me paraît pas opportun de les leur abandonner. C’est ce que nous faisons si souvent depuis vingt à trente ans et ça n’a pour effet que de nous conduire peu à peu vers des scores groupusculaires. Quand un thème est naturellement de gauche, nous devons en parler, mais en parler avec notre propre vocabulaire et avec nos propres propositions. ET c’est là que la différence se fera, toute la différence.

S’agissant de la nation dont il est question dans le paragraphe que j’incrimine, justement c’est une folie que de laisser cela au FN. La nation est un thème la gauche. C’est la nation française qui s’est libérée du roi et des rois. C’est la nation française qui a donné l’exemple de la révolution au monde, et ce, plusieurs fois. Pas seulement en 1789. Mais aussi en 1830 et en 1848. En mai 1968 également. La nation française n’est pas « nationaliste »; elle n’est pas impérialiste mais universaliste, internationaliste. Elle ne veut de guerre avec et contre personne; elle défend la paix et des relations internationales pacifiques et harmonieuses.  La nation est notre seul cadre démocratique viable pour le moment. Lutter contre la souveraineté de la nation, c’est lutter contre la souveraineté du peuple. Ceux qui, à gauche, n’ont pas compris cela, sont aussi dangereux que ceux qui, de l’autre côté, ou dans tous les partis, estiment que la France doit être gouvernée par d’autres qu’elle, que le peuple français doit être tenu en laisse par des pouvoirs suffisamment puissants pour lui imposer chaque jour sa ligne de conduite, fut-elle destructrice de notre contrat social et de notre vouloir-vivre ensemble.

3/ Dans le paragraphe « Cela appelle à assumer pleinement une autre conception de la société, faisant droit à la diversité des cultures, associant analyse de classes et reconnaissance des communautés, portant la solidarité entre Français et étrangers, combattant toutes les discriminations…« , un mot me dérange extrêmement, celui de « reconnaissance des communautés ». Si tout le reste de ce paragraphe correspond à ma philosophie humaniste, je ne me résous pas à l’idée que nous devions « reconnaître les communautés » car cela est contraire au principe même de la nation française. Nous ne sommes pas comme le sont les Américains, un peuple fait de communautés qui s’opposent, plus ou moins ouvertement, les unes aux autres. Nous sommes, nous voulons être, et donc nous agissons dans notre discours national, comme un peuple unitaire, malgré ses différences. Il ne s’agit pas de les nier, encore moins de les mépriser. Elles doivent être respectées mais on ne doit pas évoluer vers un pays constitué de communautés. Ce serait, à coup sûr, la fin définitive de notre « unité » nationale et républicaine. Une République est un régime qui assure à tous les mêmes droits et impose les mêmes devoirs tandis qu’un pays régi par le principes des communautés est tout autre chose. Et nous n’en voulons pas. Jamais, nous n’en avons voulu.

Ces trois points du texte sont sinon fondamentaux du moins très importants et ils ne sauraient être passés sous pertes et profits sous prétexte que le reste du texte me convient tout à fait. De la même manière que je refuse toujours d’avaler  une loi nouvelle apportant des améliorations alors même qu’elle contient aussi des régressions. Ceci est une pratique détestable et on sait pourquoi elle existe. Moi, je ne me ferai pas prendre.

Cette façon de tromper les gens, et d’imposer d’avaler un cafard au milieu d’un beau gâteau, est une pratique habituelle de tous nos gouvernants, et pas qu’en France. Ainsi, le sénateur Edward Kennedy, le troisième frère survivant de Jack et Bobby, décédé en 2008 peu après l’élection d’Obama, , après 40 années de Sénat, l’a expliqué dans son livre « America back on track ». Il ne faut donc pas nous laisser avoir. Il ne faut pas accepter un texte contenant des ferments régressifs sous prétexte qu’il serait par ailleurs progressiste.

Ce discours-là, on nous l’a fait à chaque fois qu’il a fallu avaler un des traités européens et on voit où nous en sommes arrivés… Donc méfiance face à ce type de comportement.

Cela dit, je ne pense pas que ce mauvais sentiment que je dénonce fonde la pensée de l’auteur qui a écrit ce billet. Il a d’ailleurs bien le droit de penser autrement que moi sur les questions que j’ai mises en évidence. Je respecte son droit, ça va sans dire. Et je ne lui fais aucun procès d’intention malveillante. Là n’est pas mon propos. Je voulais juste, en rappelant que c’est parfois ainsi que certains agissent, appeler chacun-e à la vigilance.

Ce texte est très largement positif. Il dresse un bon bilan de la situation et avance bien des pistes intéressantes.

Je tenais, malgré tout, à m’élever contre les quelques éléments, quantitativement négligeables, mais qualitativement très importants, que j’ai perçus comme par trop différents de ce que je crois être le discours que nous devons adopter et les choix que nous devons faire.

Évidemment, ces points de divergence font partie du débat à gauche. Et depuis très très longtemps.

C’est à chaque génération de les trancher, la génération suivante pouvant librement décider de ne pas reproduire les choix de la génération passée.

Affrontons la réalité avant qu’elle ne nous donne le coup fatal ! Sur le Front de Gauche, sur le FN, sur l’Union Européenne…

Je relaie ici un billet qui n’est pas de moi mais auquel je souscris. Il dresse le bilan le plus cruel mais aussi le plus juste de nos difficultés. Ne vous arrêtez pas au titre polémique. Le fond est méritoire.

* * * * *

Quand le PCF va-t-il sanctionner Pierre Laurent ? par Ariane Walter, le 31 mai 2014

L’UMP, par la bouche de François Fillon, aurait dit à Copé :  » Barre-toi ! », ce qui aurait usé la résistance de ce politicard acharné.

Certes, la faute de Copé n’est pas reluisante, il faut surtout voir s’il n’y a pas eu enrichissement personnel à la Balkany, mais l’on peut dire du moins, si l’on s’en tient à ses dires, qu’il a ainsi agi pour sauver son parti.

La faute de Pierre Laurent est autrement grave. Certes, lui aussi a voulu sauver son parti, consolider des bastions PC en s’alliant avec le PS, mais le PCF est aussi, depuis 2005, une des composantes du FDG.

En s’alliant au PS lors des municipales, en particulier à Paris, malgré toutes les fautes contre la démocratie que ce parti avait et allait commettre, Pierre Laurent a complètement décrédibilisé le FDG.

Je l’ai déjà écrit en septembre 2013, mais, chante beau merle, j’ai été taxée d’anti-communisme primaire.

Il faut croire, au vu du résultat des élections, qu’il y a beaucoup d’électeurs français qui sont anti-communistes primaires…

L’attitude de Mélenchon, dans cette affaire, n’en est pas moins critiquable. Après avoir, pendant plusieurs mois, traité Laurent de tous les noms d’oiseaux, après avoir parlé de coup de couteau dans le dos, après avoir maintenu une ligne ferme pour les municipales, le voilà, pour les européennes, à deux doigts de la rupture, avant d’en arriver à un accord : liste commune PC/PG ! Ainsi en Île de France où, lors des municipales, PC et PG avaient passé leur temps à déchirer leurs affiches respectives, désormais étaient placardés les sourires rabibochés de Le Hyaric et de Garrido !

On touche le summun de l’absurde ! Et il faudrait que les militants et les électeurs avalent ça ? « Oui, il y a eu baston, un peu, mais bon, on se retrouve, c’est merveilleux. »

Non.

On se demande pourquoi le FDG est en rade ?

 Où est le FDG que nous présentait Mélenchon lors des présidentielles ? La parole qui représentait enfin la vraie gauche, sans compromissions, le Mélenchon disant à la. Bastille  » Nous nous sommes enfin retrouvés ! » ?

Hé bien on peut dire, après les municipales et les Européennes, que la vraie gauche est complètement perdue ! Ce n’est plus le temps des cerises, c’est le temps des prunes. On s’est battu pour des prunes. Ah ! C’est bien beau de lever le poing en criant  » Résistance » pour se mettre à quatre pattes devant le pire gouvernement libéral que la France ait jamais connu !

 Et il faudrait ne plus en parler, passer ce petit écart dans la catégorie profits et pertes et repartir main dans la main !

Non.

Tout l’esprit des présidentielles, qui a fait passer le FDG de 4 à 11%, est définitivement sali. Voilà pourquoi la faute de Pierre Laurent, dénoncée par bien des communistes, les vrais , est fatale, inacceptable. On le revoit encore, souriant , serrant la main à Harlem Désir. Il venait de vendre les voix du FDG pour des postes. Il en réclamait plus, puisque Mélenchon avait obtenu plus de voix ! Mais quel cynisme !

Lorsque Mélenchon, récemment et à plusieurs reprises, parle de  » mon ami Pierre Laurent », il accepte la faute. Il l’absout. Lui . Mais beaucoup au FDG ne l’acceptent pas et il y en aura de moins en moins.

Mais si nous en sommes à parler de ce qui empêche le FDG de progresser, continuons.

Les dirigeants du FDG ont une conception du fascisme, complètement démodée. Pour eux, le fascisme, c’est Marine Le Pen, c’est le FN. Le FN n’est que l’épouvantail que tient à bout de bras , grâce à ses medias, le PS. Défiler contre le FN quand Rebsamen, en douce, entend démolir une nouvelle fois le code du travail, c’est vraiment se tromper d’adversaire. C’est travailler main dans la main avec le PS pour préparer cette confrontation PS/FN dont il rêve pour 2017.

A ce sujet, que les socialistes se méfient, car il y aura un moment, qui se rapproche très vite, où le FN paraîtra plus acceptable que le PS ! Car il faut tout de même être lucide et voir les raisons pour lesquelles certains Français, qui ne sont pas tous fachos, votent FN. – Pour une dénonciation de l’UMPS qui tombe on ne peut mieux vu les dernières affaires. – Pour une dénonciation du FDG, voiture balai du PS. Ben…Comment dire…Ça y ressemble un peu quand même grâce à notre ami Pierre Laurent. ! – Pour un grand  » Non » à l’Union Européenne. – Pour un grand  » Non » ( après un vote différent, certes, mais tout le monde peut changer d’avis) à TAFTA . – Pour une affirmation de la supériorité de la Nation et la nécessité de retrouver son indépendance.(Vu l’évolution de l’UE, ce n’est plus une si mauvaise idée que ça.) – Pour une immigration régulée, une sortie de Schengen et un protectionnisme économique aux frontières.

On le sait Le Pen a volé beaucoup de ces idées à la gauche qui ne sait comment faire pour les reprendre, en particulier celle de Nation qui est de gauche par excellence. Souvenons-nous de Valmy.

Voilà le programme du FN. Que ce soit un programme politicien qui ne sera jamais appliqué, peut-être, mais c’est pour ce programme que les Français ont voté.

 Pourquoi plus pour Le FN que pour le FDG ? Parce que le FN ne s’est jamais allié à l’UMPS ! (Ils sont donc un peu gauchistes aussi ! ) En ce qui concerne Jean-Luc Mélenchon, j’ai fait partie de ceux qui ont admiré sa campagne des présidentielles. Certains disent qu’il a un langage trop alambiqué. Non. Il a le langage à la fois le plus direct et le plus noble. Il touche au coeur. En quelques mois, il a arraché à l’abstention des millions de votants. Il a redonné espoir en la politique.

Malheureusement, malgré le fameux serment où l’on ne devait signer sur aucun coin de table, alors que lui-même a cédé à ce travers, il a été noyé par les contradictions du FDG qui porte en lui une faute originelle. Comment se dresser contre le PS quand on dépend financièrement de son allié le PC ? La quadrature du cercle… Il n’y a pas eu plus attaqué que Mélenchon, le saint Sébastien de ce temps. Démoli par le FN, normal, par le PS, logique, mais plus encore, là est la tragédie, par un clan PC qui a voulu voler les bénéfices des présidentielles en le jetant par terre à un coin de rue.  » Mon ami, Pierre Laurent…. ». Sans compter Chassaigne qui, il y a une semaine encore, le dénonçait avec virulence ! Mais, plus encore, par des membres du PG qui, au moment des élections, voulaient des postes et critiquaient, voulant s’allier au PS, son parler cru et dru.

 Lui-même a donc cédé. Quand on voit le résultat et le nombre de ces fameux postes, on pleure…

 De tout ceci Mélenchon est conscient, écrivant sur son blog un résumé impitoyable de la situation.

 » Dès lors, les petits arrangements et alliances à géométrie variable, au-delà même de leur légitimité locale ou non, nous ont directement associés au spectacle des poisons et dentelles du système. Dès lors, nous nous sommes rendus illisibles ou, pour dire plus vrai, nous avons été rendus suspects dans un moment ou les suspects subissent, à juste titre, très vite un mauvais sort ! En une campagne électorale, tout le travail d’autonomisation a été détruit aux yeux du grand nombre. » 

Mais ce ne sont que des mots. JLM veut aller au combat avec ceux-là même qu’il dénonce. Impossible. Les électeurs ne suivent pas. Certains réclament des assises du FDG pour aborder tous ces problèmes. A mon avis, elles n’auront pas lieu car le PG, rabiboché avec le PC dont il a financièrement besoin, ne voit pas plus loin que le bout de sa survie.

 Mélenchon a raté le coche en septembre dernier quand Laurent a trahi. Il fallait rompre. Il fallait montrer qu’il était celui qui ne s’abaisse pas à négocier avec l’ennemi. Celui en qui on peut avoir confiance. Vu les résultats, il ne risquait pas grand chose. Ceci dit, si le FDG veut perdurer il faut qu’il se débarrasse de trois croyances nuisibles :

1- Sa phobie de l’unité de la gauche politicienne. Seul moyen, croit-il, de prendre le pouvoir. Les Filoche, Lienemann, (sans parler de la clique PS), la Duflot, la Cosse, qui se fiche de la France et qui est fédéraliste dans l’âme, qu’est-ce qu’on va faire avec ça ? Ce sont les millions d’abstentionnistes qu’il faut viser et qui suivront, comme lors des présidentielles, un programme sans compromissions.

2- Sa phobie du FN facho car Le Pen est plus habile qu’eux et bouge sans cesse ses lignes quand eux en restent toujours à la dernière guerre. Ce qui arrange le PS. L’éternel parrain de l’éternelle mafia.

Au sujet du PS , je vous propose cet extrait de Raoul-Marc Jennar :

Qu’a fait le PS français depuis 1983, si ce n’est d’être en France, en Europe et sur la scène internationale (OMC) à la pointe des attaques contre les acquis sociaux ? Faut-il refaire l’inventaire de toutes les lois françaises, de tous les traités européens, de toutes les directives européennes initiés par des personnalités issues du PS français qui ont renforcé la dictature des marchés, mis à mal les services publics et le droit du travail, consolidé des institutions européennes oligarchiques ? Le PS depuis 1983, c’est avant tout Delors, Fabius, Rocard, Strauss-Khann, Pascal Lamy, des gens qui ont initié et défendu les politiques néo-libérales de démantèlement des acquis démocratiques et sociaux. Des gens qui ont négocié les accords de l’OMC, instruments de la mondialisation néo-libérale qu’ils nous ont présentée par la suite comme le bouleversement auquel il fallait absolument s’adapter. Des gens qui, comme Delors et son Acte unique européen, ont érigé le primat de la concurrence en dogme incontournable. Qu’a fait Jospin, si ce n’est davantage privatiser que les gouvernements Balladur et Juppé réunis ? Qu’a fait la social-démocratie européenne lorsqu’elle était à la tête ou présente dans 13 gouvernements sur 15, si ce n’est de soutenir tous les projets qu’elle aurait du normalement combattre ? Que fait le PS depuis 2012 en adoptant le Pacte budgétaire Merckel-Sarkozy, en imposant l’ANI, en faisant délibérément le choix des politiques de droite, en soutenant un projet de partenariat transatlantique qui va aligner les normes sociales, sanitaires et environnementales sur celles des USA et va transférer à des structures privées le soin de trancher les conflits sur ces normes entre firmes privées et pouvoirs publics ?

 3- Sa phobie de « l’Europe des peuples ». Une majorité de Français de gauche et de droite veulent sauver la France, leur France. Rachel Garrido, répondant à Bernier, écrivait qu’il n’était pas question de coller aux idées du FN mais qu’il fallait  » réenchanter l’Europe ». Avec ça , on ira loin…. Il faut donc savoir si un nouveau parti, échappant aux erreurs ingérables du projet FDG , peut se créer affirmant : – Son rejet du PS. – Son rejet de l’UE et de Tafta. – Son désir de retrouver la souveraineté de la France. Mais ça me rappelle quelque chose…. Il faut faire vite. La gauche politicienne est un égout. Dans cet effondrement des anciens partis qui ont la morale aux semelles, un peuple citoyen veut reprendre la parole.

Alors ne pleurez pas si vos électeurs, que vous trompez allègrement, vous assènent le seul coup auquel ils ont droit : s’abstenir ou voter là où ça fait mal.

7 techniques de mensonge du FN – Par Thomas Guénolé (politologue) – Copyright Le Huffington Post

Technique de mensonge n°1: manipuler les chiffres

C’est en particulier sur l’immigration que le FN argumente en présentant des chiffres faux, des constats que les chiffres avérés contredisent, ou des chiffres objectivement manipulés. Par exemple, Marine Le Pen a dit en mars 2013 sur France 3 que « l’immigration coûte 70 milliards d’euros par an ». Elle a omis de mentionner que l’immigration rapporte également de l’argent à la France. Or, en faisant le solde entre ce que l’immigration coûte et rapporte à la France, il est positif de près de 4 milliards d’euros pour la France.

Technique de mensonge n°2: confondre une corrélation avec une causalité

C’est en particulier sur la criminalité et la délinquance que le FN argumente en confondant une corrélation (« A s’accompagne de B ») avec une causalité (« A est la cause de B »). Par exemple, Marine Le Pen a recommandé à ses sympathisants la lecture de La France orange mécanique de Laurent Obertone. Ce livre recense des actes criminels barbares commis en France par des personnes par ailleurs issues de telle ou telle culture (« A s’accompagne de B »). Il déduit de ces origines culturelles que leur barbarie provient de leur culture (« A est la cause de B »): d’où sa théorie de « l’ensauvagement ». Cette technique permet au FN de soutenir que l’immigration est une source d’insécurité. Or, le raisonnement est absurde : appliqué au fait que 97% des détenus de France sont des hommes, il aboutirait à la conclusion qu’un grand plan national d’opérations massives de changement de sexe réduirait la criminalité.

Technique de mensonge n°3: l’amalgame

C’est probablement la technique la plus couramment employée par le FN pour mentir aux électeurs. Que des élus de gauche ou de droite soient condamnés pour corruption, et le FN parle de « tous pourris ». Qu’un islamiste commette des attentats, et l’islam n’est pas compatible avec la République. Que des immigrés commettent des délits, et l’immigration est une cause d’insécurité. Sur tous ces points, l’amalgame est statistiquement indéfendable: par exemple, sur l’insécurité, même si l’on supposait que la totalité des détenus de France sont des immigrés maghrébins (ce qui est faux), cela représenterait alors un taux minuscule de 0,44% de la population totale d’immigrés maghrébins en France.

Technique de mensonge n°4: le sous-entendu

Encore lors des débats des élections européennes, Marine Le Pen a déclaré que les gens voient bien qu’il y a trop d’immigrés. Affirmer qu’ils le voient, c’est un sous-entendu raciste. En effet, il est évidemment impossible de distinguer à l’œil nu un immigré d’une personne née en France. Donc, en réalité, dire que les gens voient qu’il y a trop d’immigrés, c’est sous-entendre qu’ils voient qu’il y a trop de personnes qui n’ont pas la peau blanche. Cela permet d’envoyer un message raciste à l’électorat, tout en préservant la possibilité de nier ce racisme. Au demeurant, dans son programme de 2012, le FN prend explicitement la défense des « hommes blancs ».

Technique de mensonge n°5: l’usurpation de la rhétorique républicaine

C’est en particulier une méthode très courante de la part de Florian Philippot, soldat perdu du chevènementisme devenu bras droit de Marine Le Pen. La technique consiste à employer la sémantique républicaine pour recouvrir un argumentaire qui, sur le fond, reste d’extrême droite. Par exemple, le FN prétend être grand défenseur de la laïcité, valeur républicaine par excellence. Cependant, sur le fond, lorsqu’il parle de laïcité, c’est généralement pour s’attaquer à l’islam. Autre exemple: le FN revendique d’être opposé au communautarisme, par essence incompatible avec l’individualisme républicain. Cependant, sur le fond, lorsqu’il parle de communautarisme, c’est en réalité pour être lui-même défenseur d’un communautarisme blanc. Corollairement, le FN est sélectif lorsqu’il prétend défendre les « racines » de la France. Typiquement, il met en avant les « racines chrétiennes » mais jamais ses racines gréco-romaines. Or, en se fondant sur les racines gréco-romaines, tous les pays méditerranéens ont les mêmes racines que nous…

Technique de mensonge n°6: prétendre ne plus être d’extrême droite

Le FN alterne sur ce point entre deux lignes contradictoires. Tantôt il prétend n’avoir jamais été d’extrême droite, tantôt il élude mais précise que ses idées ont changé avec le temps. Pourtant, non seulement le FN est toujours d’extrême droite, mais plus précisément, il est pétainiste. De fait, comme le régime pétainiste, il préconise notamment une hiérarchie sociale fondée sur le sang français, un Etat fort protecteur des artisans et petits commerçants, une politique nataliste et anti-IVG, et la liberté de faire de la propagande antisémite. Par ailleurs, comme le régime pétainiste, il s’est choisi Jeanne d’Arc pour icône. En outre, il compte parmi ses fondateurs des anciens collabos: par exemple, son tout premier trésorier, Pierre Bousquet, est un ancien caporal SS, et François Brigneau, ancien vice-président du FN, servit dans la Milice du régime de Vichy.

Technique de mensonge n°7: la frappe ciblée

C’est une ligne de défense quasiment systématique du FN lorsqu’une de ses idées est identifiée comme étant d’extrême droite. Il riposte en citant une personne qui défend la même idée, ou un gouvernement étranger qui l’a appliquée, et qui n’est pas d’extrême droite. Par exemple, lorsque dans un débat sur France 2, en octobre 2013, Martine Billard a identifié comme pétainiste l’expression « redressement national » employée par Florian Philippot, ce dernier a répliqué qu’Arnaud Montebourg était ministre du « redressement » productif sans être pour autant pétainiste. En réalité, à l’échelle de la planète, presque aucune des propositions du FN n’est une position uniquement défendue par l’extrême droite française. C’est la combinaison spécifique de propositions qui est caractéristique de l’extrême droite française, et plus précisément, du pétainisme.

L’effondrement – par Denis COLLIN & Jacques COTTA

Après les élections municipales, Pour la deuxième fois en deux mois avec les européennes du 25 mai, le parti socialiste et la « gauche » dans son ensemble connaissent un véritable effondrement électoral, signe d’un désaveu profond du pays et singulièrement des électeurs de Hollande en 2012. Cet échec sans précédent pour le président de la république, le gouvernement Valls, le parti socialiste qui avec 14% des suffrages exprimés ne représentent que 6,5% du corps électoral, constitue un point d’aboutissement, une conséquence logique que nous avions prévue il y a maintenant plus de dix ans.

Tirant quelques mois avant l’élection présidentielle de 2002 le bilan du gouvernement de la « Gauche plurielle », nous écrivions :

Le plus probable est que les bases populaires du PS, mais plus généralement de toute la gauche, vont continuer à s’effriter, les électeurs, las de servir de masse de manœuvre pour décider des carrières de ces messieurs, se réfugiant dans l’abstentionnisme ou le “ vote protestataire ” – entre Arlette et Le Pen. Auquel cas, le PS devrait compenser à droite ce qu’il perd à gauche. Il l’a déjà fait partiellement, comme nous l’avons montré. Mais c’est une base extrêmement instable. Il n’est donc pas improbable qu’il finisse par perdre des deux côtés et que la réorientation du PS ne soit le prélude à la fin de la gauche comme force politique. L’exemple italien et les mésaventures du PCI-PDS-DS de Berlinguer à d’Alema pourraient servir ici d’exemple à méditer.On sait, depuis le XVIIe siècle, que le vieux principe aristotélicien, “ la nature a horreur du vide ”, est faux. Il est possible qu’il en soit de même de la nature politique. L’effondrement politique, moral et idéologique du socialisme, parachevant celui du “ communisme ” pourrait très bien ouvrir la voie au … rien ! Au rien, c’est-à-dire à une lente décomposition politique, à une vie publique privée de toute substance et à une déshérence des milieux populaires, classés par les grands de ce monde dans “ l’humanité surnuméraire ”, cette immense partie de l’humanité qui n’a pas sa place dans la nouvelle économie, ni dans le monde mondialisé et dont il faut seulement gérer les imprévisibles soubresauts. (Denis Collin & Jacques Cotta, L’illusion plurielle, JC Lattès 2001)

Ce pronostic a été largement validé au cours de la dernière décennie. L’élection européenne de dimanche 25 mai en est une nouvelle confirmation : une abstention massive, singulièrement chez les ouvriers et les jeunes, et une montée corrélative du FN qui finit la course largement en tête, laissant le PS à moins de 14%. « Choc », « séisme », « tremblement de terre », « heures les plus sombres », etc. : les dirigeants et les commentateurs ne sont pas avares de grands mots. La machine spectaculaire continue de tourner à plein régime pour culpabiliser les uns, exonérer les autres de leurs fautes, enfumer tout le monde et interdire un véritable débat. Les comparaisons avec les années 30 du siècle passé sont hors de propos. L’antifascisme de pacotille, si bien porté à gauche et à l’extrême gauche depuis qu’il n’y a plus aucun programme, aucune stratégie de transformation sociale et pour tout dire aucune idée un tant soit peu sensée de la situation réelle, a porté ses fruits ! En intronisant le FN de M. Le Pen père et Mme Le Pen fille comme seul opposant sérieux au « machin » qu’est l’UE, les « antifascistes » des beaux quartiers lui ont offert sur un plateau une « victoire » qu’il ne doit pas à ses propres forces mais à la bêtise, à la lâcheté et l’aveuglement volontaire de toute la « classe politique ». Cet « antifascisme » de circonstance exprime d’autre part une incompréhension profonde des relations politiques qui existent au sein de la société. Les électeurs du FN sont certes composés pour un petit noyau de militants d’extrême droite. Mais pour leur majorité, ils sont composés de salariés, d’ouvriers et de jeunes qui n’en peuvent plus de la politique menée et qui se sont servis du FN pour crier leur dégoût d’une politique et de partis qui les révulsent. Ce phénomène n’est pas français. Là où le boycott a été massif, comme aux pays bas par exemple, l’extrême droite perd des voix et des sièges. Là où le vote a été plus fort, il profite à ces partis comme le FN en France. Le FN électoralement est ainsi le produit de l’UE et de tous ceux qui à force d’un matraquage médiatique digne de la bataille pour le OUI en 2005 ont asséné la consigne « votez, votez pour n’importe qui, mais votez ! ».

De ces résultats se dégagent quelques leçons politiques :

A/ Commençons par le point le plus fondamental : dans toute l’UE et en France (bien dans la moyenne pour le coup), 6 électeurs sur 10 ou peu s’en faut ont ostensiblement boudé un scrutin sans enjeu, sinon celui de revêtir d’un voile démocratique un parlement bidon, une assemblée de bavards sans pouvoir (heureusement!) destinée à donner le change quand la réalité du pouvoir est assumée par les gouvernements (y compris, dans les coulisses le gouvernement des États-Unis), les grandes banques, les institutions financières de la mondialisation, tous ceux qui sont si bien représentés par les tueurs de la troïka qui officient en Grèce, mais aussi au Portugal et en Espagne. Certes, on peut dire, comme les méprisants des beaux salons qu’il s’agit d’une dépolitisation des peuples. Comme à son habitude l’élite ne manque pas une occasion de cracher son mépris. Il s’agit en vérité et pour une large fraction des abstentionnistes non d’une dépolitisation mais d’une prise de conscience dirigée contre la politique des classes dirigeantes, la prise de conscience que le vote n’a absolument aucune importance quant au sort des peuples. Entre le PPE et le PSE, il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette, comme l’ont montré les débats entre Schultz et Junker et comme le montrent les politiques nationales suivies par les partis qu’on appelle encore par habitude « sociaux démocrates » et les partis de droite. La propagande mensongère des « socialistes » (sic) affirmant que nous allions pouvoir choisir enfin le président de la commission européenne n’a pas marché. On ne peut pas mentir à tout le monde tout le temps ! Plus fondamentalement fait son chemin l’idée que la prétendue démocratie n’en est pas une mais qu’elle n’est que le faux nez de la domination totale de l’oligarchie capitaliste et que seul un « grand retour au commencement », comme l’aurait dit Machiavel, peut régénérer la démocratie.

B/ En second lieu, il faut ici mettre en garde contre les illusions ou les mensonges habilement distillés. La « menace fasciste » est un épouvantail à moineaux. Le fascisme est né entre les deux guerres d’un côté de la crise sociale et de l’autre de la volonté d’une fraction des classes dominantes de se lancer dans la guerre civile contre le danger bolchévik. Il n’y a rien de tel aujourd’hui. Les Krupp et autres Siemens finançaient Hitler ; aucune fraction significative du grand capital ne finance le FN. La classe capitaliste transnationale, celle qui détient les cordons de la bourse et contrôle les médias n’a aucune envie de mettre un coup d’arrêt à la mondialisation, de liquider l’euro et de retourner au protectionnisme. Le FN lui-même est un des partis de la « société du spectacle » politique. Il n’est nullement prêt à se lancer dans la guerre civile. À quelques groupuscules d’excités près – dont on parle beaucoup pour se faire peur – les troupes du FN ne se disposent pas à monter à l’assaut des syndicats, à faire avaler de l’huile de ricin aux délégués et à casser leurs journaux. Mais comme on a propulsé Mme Le Pen au rang de seule opposante sérieuse à l’UE, son parti a récolté les fruits de la politique et de la propagande de ses prétendus adversaires. Elle a d’ailleurs bénéficié des largesses des médias qui lui ont fait la courte échelle et versent ensuite des larmes de crocodile. Le FN, « premier parti de France », c’est une grosse blague – mais, après tout, au royaume des aveugles, le borgne est roi !

C/ La gauche radicale a été incapable de capitaliser le mécontentement anti-UE. Il y a, certes, le cas grec, un peu particulier où Syriza a récupéré une partie des restes d’un PASOK en voie de disparition pure et simple. Le Front de Gauche en France obtient un résultat identique à celui du PCF seul en 2004. Un mauvais résultat autour de 6,3 %. La raison première en est que le Front de Gauche est précisément marqué comme un appendice de la gauche et que sa participation à ces élections s’est faite sur des objectifs très flous. Pendant que Mélenchon menait une critique radicale de l’UE en puisant parfois dans le répertoire souverainiste, la direction du PCF réaffirmait son attachement à l’UE et à l’euro, en parfaite cohérence avec son soutien de 2e tour au PS lors des municipales de mars 2014. Les responsables du PCF sont allés à revendiquer « un euro social » et à affirmer leur « attachement indélébile à l’UE ». La campagne qu’ils ont menée les met d’ores et déjà sur orbite pour s’aligner dans la prochaine présidentielle sur le candidat socialiste en contrepartie d’un « sauvetage des meubles » qui est à la fois médiocre, désespéré et pathétique. Si Mélenchon sauve l’honneur en obtenant dans sa circonscription du Sud-Ouest le meilleur résultat du FdG (8,9%), il le doit à sa notoriété nationale, les sections locales du PCF lui ayant souvent savonné la planche… Il reste que lorsqu’un vrai mouvement social apparaît, comme celui des « bonnets rouges », Mélenchon lui fait la leçon au nom des énoncés politiquement corrects qu’il a sortis de son chapeau. Nous l’avons dit dès la constitution du parti de gauche, en 2008, la stratégie du front de gauche est une impasse, parce qu’elle ne permet pas d’offrir une alternative crédible à la décomposition du PS : les résultats de dimanche le confirment. On trouvera d’ailleurs sur notre site les lettres que nous avions alors envoyées à JLM et à Marc Dolez auxquelles ils n’avaient pas jugé bon répondre. (mettre le lien).

D/ Enfin, la dégringolade du PS continue. Ceux qui avaient mis leurs espoirs dans l’énergique M. Valls en sont pour leurs frais ! Le « parti du président » paye et ce n’est que justice le prix de sa politique hostile aux travailleurs et aux classes populaires, le prix de sa soumission à la « finance » et de l’austérité qu’il fait subir d’abord aux couches sociales qui lui avaient fait confiance en 2012. Le gouvernement de Manuel Valls qui a fait du « pacte de responsabilité » l’axe central de sa politique, qui multiplie tous les coups contre les services publics, les fonctionnaires, qui se prépare à défaire la république dans un nouvel acte de « décentralisation » s’affirme comme le bras armé de l’UE en France comme la Troïka l’est par exemple en Grèce. Même dans le grand Ouest jusqu’à présent bastion du PS et singulièrement rétif à Mme Le Pen, le FN devance le PS. Les premières réactions confirment ce qu’on pouvait deviner : Hollande, son gouvernement et son parti continueront la politique qui les a menés au bord du gouffre. Alors que les négociations du TAFTA restent secrètes, que les dirigeants font semblant de ne pas être courant, l’Assemblée de godillots socialistes a refusé de voter une motion qui demandait l’arrêt de ces négociations dont le but est d’intégrer complètement l’UE dans l’empire américain. Jadis la gauche rêvait des « États-Unis d’Europe » ; aujourd’hui elle s’active à construire l’Europe des États-Unis…

Comment sortir de ce véritable effondrement politique ? Dans le livre de 2001 déjà cité, nous écrivions :

Reste une dernière solution. Que les hommes condamnés à une existence insignifiante par le système n’acceptent pas ce sort, que ceux que la “ nouvelle économie ” condamne à mort refusent de mourir, bref que les choses ne se passent pas tranquillement comme les experts l’ont prévu et planifié. On peut imaginer que dans la confusion, dans la dispersion, dans les contradictions, soit en train de germer un nouveau mouvement digne successeur du mouvement ouvrier du XIXe siècle et que, dans ce mouvement, les courants ou fractions à l’intérieur du PS ou au sein de la gauche plurielle qui déplorent le cours pris par la gauche dans son ensemble décident de mettre leurs efforts en commun pour reconstruire une force politique qui soit l’expression authentique des aspirations du peuple, de cette masses immense des “ petites gens ” qui ne bénéficient pas des “ stock options ”, qui attendent des fins de mois qui se font toujours trop attendre, qui n’appartiendront jamais au cercle distingué des “ élites mondialisées ”, comme dirait Chevènement. Bref, une force politique qui pourrait reprendre et prolonger l’effort émancipateur du mouvement ouvrier traditionnel. Un tel mouvement pourrait entraîner avec lui ceux des intellectuels qui refusent l’écrasement de la culture sous le poids de la marchandisation, ceux qui veulent défendre la souveraineté nationale sans tomber dans le nationalisme, une large part des classes moyennes laborieuses qui aujourd’hui servent de masse de manœuvre aux grandes firmes capitalistes. “ Populisme ” nous rétorquera-t-on. Mais la haine du “ populisme ” n’est plus aujourd’hui que l’expression de la révolte des élites autoproclamées contre le peuple.Un tel mouvement ne pourrait se construire qu’en rompant avec la mythologie du progrès à tout prix, avec l’idée absurde que, puisque c’est nouveau, c’est nécessairement mieux. Non pour retourner en arrière, mais pour restaurer sa valeur au seul progrès compte, le progrès moral, social et politique.Un large accord pourrait se faire pour limiter drastiquement la marchandisation du monde. (…) Si le marché est, sans doute, un bon moyen d’allocations des biens de consommation, un fort service public, non soumis aux critères marchands, peut être un moyen pour rétablir l’égalité des citoyens, l’égalité entre la ville et la campagne, entre ceux qui ont les moyens d’accéder au transport, aux télécommunications, à l’instruction et ceux qui ne les ont pas.Qui pourrait s’opposer à la défense et l’extension des droits sociaux qui sont garantis par la Constitution ? Qui pourrait défendre les monstrueuses inégalités qu’engendre la mécanique néolibérale ? Qui ne comprend pas que l’égalité politique suppose que la vie publique soit soustraite au contrôle des puissances financières ? Le renouveau de l’égalitarisme républicain pourrait ainsi être le ciment qui transforme des aspirations populaires en force politique.Une nouvelle République : voilà l’horizon qui pourrait s’ouvrir.

Sur la perspective, il n’y a rien à changer. Mais le temps passe. Les forces « saines » issues du « vieux mouvement ouvrier » sont en voie de disparition – ne serait-ce qu’en raison du vieillissement biologique ! Et personne ne sait trouver le chemin d’une jeunesse coincée entre l’intoxication de la société marchande et l’angoisse devant les lendemains qui ne chanteront pas. Encore une fois, ce qui s’impose, c’est une radicale remise à plat, sans concession, préalable indispensable pour reconstruire une perspective émancipatrice. Cela suppose à la fois un travail théorique – car « sans théorie révolutionnaire pas de mouvement révolutionnaire » comme le disait Lénine – et une résistance pied à pied contre l’agression brutale des classes dominantes. Cela suppose :

  • la défense des acquis sociaux, sécurité sociale, retraite, conventions collectives dont le gouvernement Hollande poursuit le démontage systématique ;
  • la défense de la démocratie locale contre le système corporatiste que veut instituer la réforme annoncée des régions, la suppression des conseils départementaux et la mise en coupe réglée des communes dissoutes dans des machins du type « métropole » ;
  • la défense et la reconstruction de l’école républicaine, de l’égalité de tous devant l’instruction publique laïque et gratuite ;
  • la remise en cause des traités européens qu’il faut dénoncer ;
  • la lutte pour une Europe des nations souveraines contre l’UE au service du capital financier.

Un Rassemblement unitaire sans exclusive sur cette base, voilà qui pourrait au lendemain des élections européennes offrir un cadre de regroupement pour organiser la résistance nécessaire et passer à l’offensive républicaine….