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Front de Gauche

Le rassemblement, « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup » ! Par Laure ZUDAS, le 09/02/2017

Page de Laure Zudas.

Article publié sur son mur Facebook, à consulter ici.

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En préambule à ce qui suit, notez que cet article ne reflète que mon avis personnel, qu’il n’a pas prétention à être autre chose qu’une contribution portée au débat pour ceux qui le liront. A ce titre il n’engage donc que moi.
Ainsi le voilà revenu le temps du “dialogue” et du “grand rassemblement de la gauche”, cette Arlésienne qui refait surface à chaque élection, aussi ponctuelle qu’un coucou Suisse. Et l’on voit donc fleurir, très en avance sur le printemps, des pétitions et des tribunes qui en appellent à notre responsabilité, agitent l’épouvantail FN, prophétisent la mort de la gauche, s’effraient d’un risque majeur pour la France, etc…
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Entendez-vous, discutez entre-vous, rassemblez-vous”, nous dit-on sur tous les tons.

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Alors discutons… puisqu’on fait mine de nous le demander.

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J’espère que vous ne m’en voudrez pas de commencer cette discussion en pointant d’abord ce qui l’obère. Parce que discuter des sujets sur lesquels nous sommes d’accord, pardonnez-moi, je n’en vois pas l’utilité.

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Passez-moi la rhubarbe, je vous passerai le séné…

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Merci pour ce moment…

“ – Je suis totalement d’accord avec vous, mon cher.

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– Vous êtes bien aimable mon bon ami et je tiens à vous signaler que je ne le suis pas moins. D’ailleurs j’approuve totalement ce que vous dites.

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– Comme vous êtes obligeant ! Laissez moi vous dire, à mon tour, à quel point votre avis rejoint le mien.

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– Dites, dites, je vous en prie, mais permettez-moi, avant toute chose, de préciser que vous avez raison… etc, etc…”

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Sauf à mettre artificiellement en scène le mythe de “la gauche rassemblée”, en balayant sous le tapis les désaccords de fond et de forme (les deux vont toujours ensemble et ne sont pas anecdotiques), on sait où cela mène, on a déjà donné avec le Front de Gauche. Et là, ne comptez plus sur moi.

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Le “rassemblement de la gauche”, ceux qui me connaissent savent déjà ce que j’en pense : inutile, pas d’actualité, incapable de renverser la table, mais surtout, surtout, une mauvaise réponse à la question posée par un nombre croissant de personnes : comment fait-on pour sortir du merdier dans lequel “la gauche” et la droite, ont contribué à nous mettre ?

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Adonc, le grand rassemblement serait la solution à nos problèmes !

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Puisque la droite du PS nous a mis dans la mouise, avec la complicité -à minima- passive de la gauche du PS, que Macron -ni de groiche ni de drauche- y a participé activement, que le PCF balance et qu’EELV, complice actif, ne fanfaronne plus depuis que les parrainages tardent à tomber, agrégeons le tout. “Mélenchons-nous” avec La France Insoumise, agitons bien fort le bocal et nous en sortirons tous neufs !

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Que l’on ne compte pas non plus sur moi pour participer à cet enfumage qui nous ferait passer pour des inconsistants qui soutiennent un candidat qui se présente à la présidentielle, alors même qu’un autre proposerait les mêmes solutions, aurait les mêmes convictions et des chance de l’emporter. C’est faux !

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Il y a bien, entre Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon et Yannick Jadot (et je ne parle même pas d’Emmanuel Macron) des divergences programmatiques, dont celles sur l’UE, la planification écologique, l’OTAN, la politique internationale, pour ne citer que celles-ci, qui sont déjà, à mon avis, fondamentales.

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Les faire passer à la trappe, ou dans “l’aplanisseuse” à divergences qu’impose tout “rassemblement”, ne reviendrait qu’à rendre invisibles les idées que nous défendons, nous conduirait dans le mur, encore une fois et il est déjà proche.

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Pour solder ces désaccords, il n’y a pas 36 solutions :

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– Batailler avec les uns et les autres pour démontrer que le programme de l’un est LA solution et que les autres s’y rallient (je suis au regret de dire que je n’y crois guère),

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– Piocher dans les programmes des uns et des autres -quand ils en ont- ce qui fait “consensus” et oublier le reste (“l’aplanisseuse” à divergences),

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– Engager, à grand renforts de bourrage de crâne médiatico-sondagier, un concours de « qui à la plus belle » dynamique, chance, voix, tête, cravate (rayez la mention inutile), ce qui est déjà commencé,

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– Ou laisser braire et s’adresser aux principaux concernés : le peuple.

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C’est cette option là que nous avons choisie, il y a presqu’un an, déjà et quiconque souhaite s’y coller avec nous est le bienvenu !

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Et je précise, n’en déplaise à ceux qui nous dépeignent en fantoches décérébrés, que nous ne participons pas à un casting d’”Incroyable talent”. Notre soutien ne se mesure pas à la faveur des sondages et nos convictions, elles, ne souffrent aucun “critère de redressement”.

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Nous militons pour nos idées, celles qui nous paraissent être indispensables pour notre pays, notre avenir, celui de la planète. Et donc pour faire en sorte que celui qui les porte et que nous avons choisi pour nous représenter, arrive à l’Elysée et les mette en oeuvre. Je parle ici de Jean-Luc Mélenchon.

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Petite incidente à l’attention des malotrus de tous poils et de toutes formes : Je profite de cette occasion pour vous dire combien c’est « agaçant » d’être systématiquement réduits à des « fans », des « groupies », des « adeptes » et de devoir endosser tous les costumes miteux dont on affuble les militant.e.s de la France Insoumise, nous déniant de fait notre intelligence, notre capacité de penser, tout en piétinant nos espoirs et nos idéaux. Inutile et vexatoire, c’est en outre une drôle de façon de procéder s’il s’agissait de nous convaincre de vous rejoindre.

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C’’est donc bien de nos désaccords dont il convient de parler et du chemin à parcourir pour arriver à ce dialogue (puisqu’il paraît qu’on nous le demande).

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A l’instar de Jean-Luc Mélenchon et de beaucoup d’autres, je pense que ce chemin passe d’abord par la case « clarté ».

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Celle que l’on doit à toutes celles et ceux qui se sont engagé.e.s dans la France Insoumise, mais plus encore et bien plus largement, à toutes celles et ceux qui n’ont pas renoncé à voir le monde changé par autre chose que le chambardement climatique qui s’annonce.

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Abstentionnistes, électeurs, militants, déçus, révoltés, idéalistes, rêveurs, désespérés, chômeurs indemnisés, précaires sans aide, salariés à découvert le 10 du mois, actifs, retraités, fonctionnaires, handicapés, malades, bien-portants, jeunes, vieux, enfants, adultes, femmes, hommes, amoureux de la nature, des animaux, à toutes et tous, dans notre diversité : bref, à nous, les gens.

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La clarté, ce n’est pas une posture, c’est une nécessité.

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Et c’est même un préalable au dialogue parce qu’à moins d’être amnésique, tout nous montre que chaque fois que l’on transige sur la clarté on (c’est à dire nous, les gens) se fait avoir dans les grandes largeurs.

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« Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup« , disait Mme Aubry. On sait aujourd’hui à quel point.

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Ainsi, il n’est pas possible d’imaginer se retrouver côte à côte avec des Valls, El Khomry et consorts, pour faire campagne pour les présidentielles et les législatives. En découvrant, sur le site du PS, la liste des investitures déjà actées, il en est d’autres, comptables du bilan de ce quinquennat, avec lesquels ce n’est pas possible.

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Ce n’est pas « demander leurs têtes » que de le dire. C’est être clair et c’est demander, en retour, la clarté. Celle qui revient à dire et à assumer que ce qu’ils ont imposé au pays n’est pas possible, pas acceptable et qu’à ce titre, il est exclu d’envisager de les remettre dans le circuit décisionnaire, où que ce soit.

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Et donc, si c’est exclu, il convient de ne pas cautionner qu’ils soient candidats sur les listes d’un parti avec le candidat duquel on nous demande de nous rassembler, fusse au prétexte des “statuts” dudit parti, dont je rappelle obligeamment que nous ne sommes pas membres.

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Cela revient aussi à pointer les contradictions du “rassemblement” que l’on nous veut nous vendre et refuser de s’y engluer.

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Yannick Jadot y voyait lui aussi un écueil, tant qu’il se sentait encore candidat. “(…) si l’enjeu de Benoît Hamon c’est de faire le compromis avec Manuel Valls, Jean-Marie Le Guen, Stéphane Le Foll, tous ceux qui malheureusement dans ce quinquennat ont organisé un énorme gâchis (…), il n’y aura pas de grande dynamique”.

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Pourtant à lui on ne dit pas qu’il “demande des têtes”…

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Tout le monde a bien ri (jaune) lorsque M. Valls, en campagne, à annoncé qu’il abrogerait le 49.3. Et bien vous savez quoi ? Cela me fait le même effet quand j’entends Benoît Hamon dire qu’il abrogerait la loi El Khomry sans remettre en question la candidature de l’ex-ministre qui l’a portée. Désavouer une loi, c’est aussi désavouer ceux qui l’ont élaborée, portée, défendue, imposée. C’est cela être clair !

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Qui comprendrait qu’après avoir lutté pied à pied contre les idées et les lois odieuses qu’on nous a fourguées à grand renfort de 49.3, on se retrouve demain, bras dessus, bras dessous, pour “construire une majorité gouvernementale cohérente et durable” avec celles et ceux qui les ont pondues et nous les ont faites avaler de force ? Pas moi en tout cas…

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Renoncule à feuille d’ophioglosse

En outre, je n’oublie aucun œil crevé, aucun coup de matraque (où qu’elle se retrouve placée, involontairement, à l’insu du plein gré de celui qui la tient) et encore moins la mort de Rémi Fraisse, comme vous j’en suis sûre.

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Ce n’est pas non plus possible d’accepter qu’au nom du “rassemblement” avec le courant droitier du PS (!), nous nous retrouvions à porter leurs idées, dont Benoît Hamon devra ingérer et régurgiter une partie comme “gage du rassemblement de sa famille”.

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Que l’on m’explique encore comment le programme de Benoît Hamon pourra être mis en oeuvre avec les ex-ministres dont il prétendait combattre les idées et positions quand ils étaient pilotes de l’avion. La discipline de parti ? La discipline du groupe parlementaire ? Les “frondeurs” d’hier demanderont aux députés de demain une discipline qu’ils se vantent de n’avoir pas respectée eux-même ?

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Sérieusement ? On voit bien que c’est intenable…

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Que reste-t-il alors ?

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Compter sur les député.e.s de la France Insoumise pour soutenir le programme du candidat Hamon, une fois qu’il aurait été élu ? Sérieusement…?

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Vous imaginez réellement, si Hamon était élu, que les candidat.e.s de la France Insoumise, qui auront fait campagne sur notre programme, seront les points d’appui de votre candidat et de votre programme ? Tss, tss, tss…

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« Du passé faisons table rase »… ?

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Oui, mais… non, justement.

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Je sais bien que certains socialistes sincères encore au PS (aussi surprenant que cela paraisse, il y en a), ne partagent pas mon point de vue sur le fait que Benoît Hamon et les “frondeurs” sont comptables du bilan de ce quinquennat. Et pourtant…

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Il y a eu des occasions de s’opposer réellement à ce gouvernement et même des occasions que certaines de ces lois odieuses ne passent pas. Elles n’ont jamais abouti.

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Que ce soit par « loyauté envers le parti » ou par « discipline de parti » (irrecevable pour moi), ou pire, par « stratégie interne », certaines abstentions sont des renoncements inacceptables.

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Tout comme le fait de n’avoir pas censuré ce gouvernement quand cela pouvait être fait. Les deux voix qui ont manqué pour une motion de censure de « gauche », me restent en travers de la gorge.

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Il y avait urgence absolue à les sortir. Parce que ce qu’ils ont fait a plongé encore plus de gens dans la précarité et la misère. Cela n’a pas été fait !

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Il y avait urgence absolue à s’opposer à Valls, Hollande et ses affidés sur le sort abominable réservé aux réfugié.e.s. C’était inacceptable. Cela n’a pas été fait non plus !

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Urgence absolue à s’opposer à la loi El Khomry et au traitement indigne infligé aux manifestants. Cela n’a pas été fait !

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Place de la République, 15 septembre. Photo Samuel Boivin

A ceux qui me rétorquent que la censure n’était pas possible parce que cela revenait à voter une motion de la droite (oubliant au passage le nombre de mesures de droite qui ont été adoptées sous ce quinquennat de drauche), je dis d’aller dire cela aux éborgnés, aux mutilés, aux matraqués des manifestations contre la Loi travail !

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Je ne vote pas pour des gens qui s’abritent derrière une étiquette quand la maison brûle, et si leurs convictions les démangeaient à ce point, alors il fallait quitter “la majorité” et assumer la rupture !

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C’est précisément ce que j’appelle la clarté. Elle a certes un coût politique et humain, mais c’est à ce prix là que se juge la consistance des convictions que l’on porte.

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Cela n’a pas été fait. Dont acte !

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A ceux qui me disent qu’ils sont restés pour lutter de l’intérieur, je demande en retour qu’ils me disent en quoi le fait que “les frondeurs” soient restés dans la majorité a, ne serait-ce qu’une seule fois, permis que les mesures insanes qui ont été prises soient repoussées ? Quand cela est-il arrivé ?

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A quoi pourrions-nous nous accrocher, nous, les gens qui subissons de plein fouet la politique absurde de ce quinquennat à laquelle “les frondeurs” ont participé, pour soutenir aujourd’hui ces demandes de dialogue et de rassemblement ?

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Je sais que je vais faire grincer des dents en écrivant cela -au moins celles de ceux qui en on encore- mais à mon sens, la candidature de Benoît Hamon est le contraire de ce qui est annoncé. Elle n’a pas plus vocation à “faire gagner la gauche”, qu’à “rassembler”. Elle entend tordre, avec l’injonction du “rassemblement” sur fond d’épouvantail FN, encore et toujours, avec la complicité des médias et de leurs sondages bidons.

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Sinon, pourquoi être allé jusqu’aux primaires ? Pourquoi n’avoir pas saisi la main tendue, depuis le premier jour, pour participer, en partenaire, à la construction du projet l’Avenir en commun ? Pourquoi maintenant ?

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N’était-il pas plus simple et plus efficace, si nos programmes sont « si proches », si ce “rassemblement” était bien l’objectif final, d’entamer les discussions sur le fond, comme sur la forme, il y a un an, lorsque Jean-Luc Mélenchon a proposé sa candidature au soutien populaire ?

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Avant le second tour de la primaire, Hamon déclarait : « Je ne pose pas comme préalable que ma candidature soit celle du rassemblement« . Pour annoncer ensuite, galvanisé par un sondage qui sort opportunément le “bon” jour (allez-donc voir de prés les « critères de redressement » utilisés pour ce sondage, vous allez rire -ou pleurer-), qu’il y aurait, quoi qu’il arrive, « un bulletin Hamon à la présidentielle ».

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Ce n’est donc pas de “rassemblement” qu’il est question ici, mais bien d’un ralliement, d’une reddition pure et simple !

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Non mais allo, quoi ? C’est BVA qui va choisir pour moi ? Et il suffit d’un sondage pour déterminer qui doit porter nos idées ?

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Alors chiche !

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Que dites-vous de celui-là, publié le 8/02/2017, qui donne 18% à Jean-Luc Mélenchon et 8% à Benoît Hamon ?

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Alors, les ami.e.s, on se rassemble toujours ?

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Pour finir dans un tout autre registre, mais que j’assume totalement, il y a la confiance que j’accorde à Jean-Luc Mélenchon et que je n’accorde pas à Benoît Hamon (pour les raisons évoquées plus haut notamment).

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Je milite aux côtés du premier, mais j’étais déjà, avant cela, l’une de ses observatrices attentives. Et la somme de mes accords, de ses positions publiques, de sa constance et le vécu militant partagé, fondent cette confiance.

Ma réaction coup de gueule à l’appel destiné à rallumer l’étincelle du Front de Gauche…

FdG cassé
Je crois que le succès du soutien citoyen et populaire à Jean-Luc Mélenchon, qui ne se dément pas, qui grossit chaque jour, lentement mais sûrement (plus de 70 000 soutiens exprimés en 20 jours, environ 3500 signatures nouvelles tous les jours) a déclenché une panique générale dans les états-majors des partis de feu le Front de Gauche, PCF en tête, mais pas que… Je suis convaincu qu’il y a bien aussi des cadres du PG et d’Ensemble à la manœuvre…
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Les partis perçoivent en effet que leur temps est fini et que la force citoyenne et populaire en construction qui soutient Jean-Luc Mélenchon n’a pas besoin d’eux. Pire ! Ils pressentent que nous les jugeons, eux les partis, comme des forces désormais hostiles et donc nuisibles aux changements radicaux auxquels nous aspirons. Il faut dire que nous ne nous en cachons pas. Nous ne dissimulons rien de nos intentions tandis qu’eux ne savent user que de duperies, de contrainte et de manipulations en tout genre.

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Y’a basta !

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Cet appel pour ressusciter un cadavre qui porte bien plus d’échecs que de réussites est une énorme manipulation et du foutage de gueule dans les grandes largeurs ! Le succès du Front de Gauche ce fut d’avoir réussi un temps (avant la présidentielle de 2012) à construire un mouvement crédible mais ce mouvement a été tué par la suite par qui on sait et avec le silence des autres…

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Le seul succès connu par les combattants du Front de Gauche, ce fut le premier tour de l’élection présidentielle de 2012 et cela, ce n’est pas le Front de Gauche qui l’a obtenu mais la personne de Jean-Luc Mélenchon, pour ce qu’il était, pour ce qu’il disait, pour ce qu’il incarnait, pour les idées qu’il défendait et pour l’avenir qu’il proposait de rendre possible. Dès que le Front de Gauche fut lui-même à la manoeuvre, donc dès les élections législatives de juin 2012, on s’est vautré ! Faut-il le rappeler ? Faut-il rappeler les raisons qui ont conduit à cette contre-performance où l’on obtint deux fois moins de suffrages que lors du 1er tour, deux mois plus tôt à peine ?

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Puis, on s’est vautré une deuxième fois aux Municipales de mars 2014. Faut-il le rappeler ? Faut-il rappeler les raisons qui ont conduit à cette décrépitude ? Faut-il rappeler les choix de certains ?

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Puis on s’est vautré une troisième fois aux Européennes de mai 2014. Faut-il le rappeler ? Faut-il rappeler la nullité de notre projet qui donnait envie de fuir à la seule lecture de son titre ? Faut-il rappeler pourquoi nous fumes alors incapables de parler clair ?

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Puis on s’est vautré une quatrième fois aux Départementales de mars 2015 pour les mêmes raisons, à cause des mêmes coupables qui délégitimaient le Front de Gauche et contribuaient à le saborder.

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Puis on s’est vautré une cinquième fois aux Régionales, là encore pour les mêmes raisons et avec, cette fois, des coupables qu’on m’imaginait pas trouver là où ils étaient !

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Et doit-on rappeler les résultats calamiteux des élections partielles depuis trois ans ? De véritables désastres électoraux. Et puis, le Front de Gauche, c’est aussi ce qui rassemble les députés à l’Assemblée Nationale dont on sait qu’ils ont voté des textes qu’il n’aurait jamais fallu voter. Le Front de Gauche, c’est donc comme un revolver dont le canon serait dirigé vers nous….

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Passer de l’enfance à l’âge adulte, c’est accepter que certaines choses ne reviendront plus. Agir en personne sensée, c’est comprendre la réalité telle qu’elle est et ne pas s’enfermer dans un monde virtuel en se fabriquant sa propre réalité.

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S’enferrer à vouloir faire renaître de ses cendres le Front de Gauche est une preuve d’immaturité totale et ce n’est pas avec des immatures de cette espèce que l’on pourra gouverner la France lorsqu’il s’agira de s’opposer aux puissances capitalistes et impérialistes que nous connaissons… S’enferrer à vouloir agir avec cette étiquette partisane qu’est le Front de Gauche, c’est, à coup sûr, échouer in fine car avec elle on rejette d’office non seulement tous ceux qui bien qu’étant de gauche ont la nausée face à ce que le Front de Gauche est devenu par la faute de qui on sait, mais aussi et surtout tous ceux qui ne se reconnaissent pas en lui. Ce n’est pas avec une nouvelle mouture de ce Front de Gauche que l’on amènera à nous les dizaines de millions d’abstentionnistes dont nous avons pourtant besoin pour l’emporter, pour rassembler le peuple, pour constituer une force citoyenne et populaire irrépressible.

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Quand entendrez-vous que ceux contre qui nous nous battons ne craignent nullement la Gauche ? Le texte même de cet appel, dans sa forme, dans son vocabulaire, est celui d’apparatchiks de partis que le peuple conchie.

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Il y a pourtant déjà des naïfs et des couillons qui se font prendre, qui croient à la bonne foi des appelants, qui présupposent qu’ils ont de belles et nobles intentions, qui ne voient rien de ce que cet appel représente en réalité. Bien sûr que les volontés réelles ne sont pas dites alors faîtes fonctionner votre intelligence… Il y a bientôt un congrès du PCF et la guerre est ouverte entre les fractions de ce parti… Cet appel s’inscrit directement dan cette logique de congrès et fait suite à diverses interventions lues ici ou là…

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C’est donc encore une œuvre partisane qui ne peut qu’enfermer ceux qui s’y rallieront au moment où ce qu’il faut faire, c’est rassembler le peuple tout entier pour gagner la présidentielle, puis les Législatives à suivre, en vue de gouverner. Il ne s’agit pas de témoigner pour la Gauche mais d’offrir une alternative radicale au peuple tout entier et pour cela il faut aller chercher les millions de citoyen-ne-s qui conchient la Gauche… Sans nous renier, avec nos propres idées, mais sans nous situer dans un camp traditionnel. Car si on se présente libres de toute attache, nous pourrons, même avec nos idées, rallier une majorité car nos idées sont celles qui défendent le mieux l’intérêt général du peuple. Mais si, une nouvelle fois, nous nous enfermons à gauche et dans une partie de la Gauche, nous prendrons une sixième raclée et cette fois nous en mourrons définitivement !

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C’est ce que vous souhaitez ? Alors, allez-y ! Signez cet appel et continuez à défendre le Front de Gauche.Si vous souhaitez un autre avenir que celui de l’échec assuré, soutenez Jean-Luc Mélenchon et la force citoyenne et populaire qui est en train de se constituer autour de lui.

Se réécrire… Par Bob Solo

En tant qu’abstentionniste obtus temporairement repenti (pour moi c’est clairement « Mélenchon ou rien ») et non encarté chronique, j’incite vivement à continuer dans la ligne qui semble tracée par JLM : se démarquer, notamment au niveau du discours et jusqu’au choix des mots, se tenir loin des partis, de la tambouille politicienne, des sigles et des étiquettes, y compris même celle de « gauche », non pour renier quoi que ce soit mais pour faire passer et incarner ce message d’ouverture à tous, de rassemblement large, de différence avec « l’ancien monde ».

Comme j’incite, plutôt que brûler son énergie à répondre aux attaques (nombreuses) d’anciens « alliés », à s’intéresser de près (et à relayer) aux mouvements « citoyens » et autres « alternatifs » (les ZAD en sont un parfait exemple), bref là où ça cogite, ça invente, ça renouvelle, ça fait autrement, ça pense différemment, ça change d’approche globale, de point de vue, de lexique, de pratiques démocratiques.

J’enfonce peut-être des portes ouvertes, tout ceci vous parait peut-être déjà évident et inutile à redire. Si c’est le cas tant mieux et désolé de paraitre vouloir « donner des leçons »(je n’ai aucune prétention dans ce sens), mais je dis ça parce que, c’est un fait que je peux nier, chaque fois que je tombe sur un post ressemblant de près ou de loin à un « règlement de comptes » (toute proportion gardée et sans faire de procès d’intention à qui que soit) avec d’autres composantes de feu le FDG, ça provoque en moi un recul, ça me refroidit, bien malgré moi mais c’est comme ça.

Au fond je crains plus que tout que la dynamique lancée s’enraye à cause d’anciennes habitudes de langage, de perception, de réflexion, qui l’assimileraient à ce qui se fait ailleurs et depuis des décennies, tout ce mauvais carnaval politicien dont trop de gens sont déçus, dégoutés et ne veulent plus entendre parler. J’espère que j’arrive à me faire comprendre sans froisser personne ici, c’est tout sauf mon but (en revanche, y aller à boulets rouges contre le PS, ça me pose aucun problème au contraire ! )

Enfin, je me dis que si le projet c’est de changer la société, je peux sans doute commencer par me changer moi-même. Réécrire ma propre « constitution » en quelque sorte, modifier mes « institutions » ( ce qui s’est institué en moi), penser différemment, renouveler mon « logiciel » et mon propre bagage intellectuel (y a du boulot !).

Voilà c’était ma modeste contribution du jour. Elle vaut ce qu’elle vaut, ni plus ni moins, et j’espère avoir pris toutes les précautions sémantiques nécessaire pour qu’elle ne soit pas cause de polémique entre nous mais au contraire franchement constructive. Merci, et banzaï !

L’unitééééé est-elle l’unique solution à appliquer pour empêcher le désastre ?

La Gauche menacée en Ile de France, en Nord-Pas de Calais et ailleurs…

Déjà on entend la petite musique lancinante de la nécessaire « unitéééééééé de la gauche » pour empêcher que les régions ne basculent à droite.

C’est curieux mais moi j’ai le sentiment – très prégnant et très désagréable – que la « droite » gouverne déjà presque toutes les régions, même si elle le fait sous diverses étiquettes et avec différents prête-noms…

Il n’y a qu’à voir ce que font les régions dites de « gauche »…. Les mêmes solutions, les mêmes remèdes, les mêmes mesures qui nous enferment dans un capitalisme dévastateur des équilibres naturels et nous éloigne chaque jour davantage de relations humanistes entre les êtres humains.

Le fascisme menace nous dit-on. Il est à nos portes. En France et ailleurs dans le monde. Déjà, certains territoires ont basculé. D’autres menacent de basculer à leur tour. La guerre est encore larvée mais pourrait éclater pour de bon car les causes de celle de 1914-1918 sont bien présentes en 2015.

Alors on nous serine la réaction nécessaire : taisons nos différences. Entendons-nous. Faisons front commun. Nous nous entendons à gauche sur l’essentiel nous dit-on…

Je veux bien tolérer une « unitééééééé » de la Gauche mais à une condition, une seule : que l’on s’accorde sur ce que l’on va faire dans cette « unitéééééééé ». Et là, voyez-vous, j’ai quelques doutes sur la possibilité d’un tel accord sur le fond !

D’autres nous appellent à une union nationale qui ne tienne aucun compte des aspirations contraires des un-e-s et des autres.

Beaucoup confondent l’unité populaire nécessaire et qui, aussi étrange que cela puisse paraître, serait assez facile à obtenir si l’on sortait des schémas politiciens traditionnels, et l’union nationale qui est une forme de dictature du système avec une prétendue onction ou caution populaire.

Moi, je suis partisan de l’unité populaire (ce n’est pas pour rien que je soutiens Laïki Enotita en Grèce) qui suppose seulement que le peuple approuve un projet commun.

Je pense que quiconque proposerait en France un tel projet serait largement soutenu… pour peu qu’il n’ait pas trempé auparavant dans des combines politiciennes ou ne se soit pas rendu coupable d’avoir pris des décisions contraires à l’intérêt général…

Or c’est là que le bas blesse. C’est là notre grande difficulté du moment. Celles et ceux qui semblent proposer une alternative intéressante sont loin d’être des néophytes (à la limite tant mieux !) mais ils sont loin aussi d’être exempts de critiques.

Personne n’est parfait me répondra-t-on ! En effet ! Ce n’est pas tant que tel ou tel défaut puisse être constaté chez tel leader, tel parti, telle organisation, qui soit rédhibitoire à mes yeux, précisément parce que je suis assez tolérant pour admettre que l’on peut se tromper, s’égarer et revenir du bon côté du combat. Le problème, c’est une question de crédibilité…

Quand on dit des choses intéressantes, quand on défend un projet qui semble vraiment alternatif, mais qu’on reste uni à des gens qui, de près ou de loin, directement ou indirectement, de manière assumée ou dissimulée, restent malgré tout alliés à celles et ceux qu’on combat, on n’est pas crédible !

Quand on prétend faire autre chose mais que si on échoue à convaincre, on rejoindra celles et ceux qui font depuis toujours ce qu’on conteste, on n’est pas crédible !

Quand pour combattre un mal, on choisit d’appuyer un autre mal, on n’est pas crédible !

Quand on prétend vouloir rendre le peuple souverain sans vouloir briser les liens de la servitude, on n’est pas crédible !

Quand on prétend rassembler le peuple mais qu’on reste enfermé dans la cuisine politicienne de la Gauche, on n’est pas crédible !

Dans notre système électoral, pour l’emporter, il faut obtenir une majorité absolue au premier tour, ou une majorité relative au second et pour obtenir cela, il faut se rassembler et faire l’unitéééé de son camp.

Si vous faîtes cette unité dans la clarté, la cohérence et la fidélité aux valeurs de ce camp, vous réussissez assez bien à convaincre même celles et ceux qui n’y croyaient plus depuis longtemps car il y a un effet dynamique. On l’a vu aux présidentielles de 2012 pour le camp du Front de Gauche qui a fait le plein de ses voix et en a même sans doute gagnées ailleurs, très au-delà de son camp…

À l’inverse, quand on revient aux jeux politiciens, on se prend des vestes. La raclée s’annonce mémorable pour la gauche en général aux Régionales de décembre. Mais feu le Front de Gauche va également ramasser de violents coups dans la gueule ! Ce sera mérité quand on voit le spectacle affligeant qu’a donné, depuis juin 2012, le Front de Gauche ou plutôt celles et ceux qui l’animaient..

L’unité n’est donc source de succès que lorsqu’elle reflète un accord réel et sincère sur un projet et que les intérêts personnels s’effacent ou sont domptés et tenus en respect au profit de la promotion de l’intérêt général.

Mais faire l’unitééééééé juste pour peser plus lourdement que les autres concurrents ne peut aboutir qu’à un échec si cette unité ne repose pas sur un projet clair et enthousiasmant pour le peuple – et pas seulement pour les militant-e-s ou les cadres des organisations qui l’ont bâtie…

Si l’on accepte tous un projet clairement d’intérêt général, donc un projet qui mettra en oeuvre des décisions tout à fait différentes de celles que la droite officielle, ou le PS et ses bagages accompagnés, ont mis en oeuvre ces dernières décennies, alors oui, allons ensemble. Mais si cette condition n’est pas remplie, une large « unitéééééé » est hors de question.

La condition que je pose est évidemment une clause de style car celles et ceux que l’on combat ne sauraient renier ce qui les a toujours fait agir…

Fanchement…

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un projet du style  « L’Humain d’abord » ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un projet déterminé à renverser la 5e République pour rendre possible un régime où le peuple aura vraiment pleine souveraineté ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un projet radicalement anticapitaliste ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un projet qui nous libère de la servitude que nous impose l’Union européenne ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un projet qui tourne le dos à nos modes de vie consuméristes et dévastateurs des équilibres naturels pour rendre possible un autre monde sain et juste ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver une géopolitique anti-impérialiste et internationaliste ?

Voyez-vous la droite ou le PS et ses bagages accompagnés approuver un véritable partage des richesses produites par tous destiné à faire disparaître pauvreté et précarité alimentaire, sanitaire, intellectuelle ?

Je pourrais poursuivre longtemps ce genre de questions…

L’unitéééé avec le PS et ses bagages accompagnés est IMPOSSIBLE désormais !

L’unitéééé avec les « modérés » de la droite et du centre est IMPOSSIBLE désormais !

JAMAIS PLUS – vous entendez ? JAMAIS PLUS – je ne voterai pour un-e candidat-e du PS, quelles que soient les circonstances ! Le FN a grossi – et nous menace – largement À CAUSE de l’action du PS depuis des décennies. Alors PLUS JAMAIS je ne serai ce citoyen affolé, halluciné, qui choisit le cancer pour ne pas subir la peste…

Et PAS QUESTION non plus pour moi d’appuyer in fine un Alain JUPPÉ parce qu’il serait moins détestable qu’un HOLLANDE, qu’un SARKOZY, qu’une LE PEN ou que je ne sais qui d’autre…

Soit il y a en lice, au premier tour, un, une ou des candidat-e-s qui portent nos espoirs et notre détermination pour rebâtir un monde de liberté, d’égalité et de fraternité donc de partage, de justice et de paix, et qui gardent une crédibilité, et je voterai encore pour eux. Soit il n’y a que des arrivistes, des carriéristes, des politicien-ne-s madré-e-s, aussi détestables que ceux ou celles qu’ils disent affronter, qui se sont employés depuis des mois à fabriquer des alliances parfois indignes (indignes parce que ne reposant pas sur autre chose que des intérêts personnels, très éloignés d’un projet de reconstruction politique au sens noble du terme), et alors je ne me déplacerai même pas.

Comme je n’ai aucune illusion et que je crois être assez conscient de la réalité que nous vivons, en décembre pour les Régionales, j’agirai comme je l’ai déjà fait en 2014 pour les Départementales. Au second tour, je serai un abstentionniste puisque le vote blanc ne sert à rien.

Inutile de venir me faire la leçon. J’ai toujours voté à toutes les élections sans exception depuis que j’ai l’âge de le faire. J’ai 40 ans. J’avais souvent à l’esprit moi-même les arguments qu’on oppose aux abstentionnistes et cela me motivait parfois pour préférer voter « blanc ». Mais aux Départementales, pour la première fois, j’ai préféré m’abstenir au second tour. S’abstenir est aussi un choix et porte un message. Parmi les abstentionnistes, il y a bien sûr celles et ceux qui se contrefoutent de la politique depuis toujours mais leur nombre est résiduel. L’immense majorité des abstentionnistes sont des citoyen-ne-s éveillé-e-s mais très contrarié-e-s et qui hurlent ainsi un message très clair.

Cette fois, aux Régionales, c’est dès le premier tour que je m’abstiendrai car ce que je vois, ce que je lis et ce que j’entends est très loin de correspondre aux idées que je me fais de l’avenir dont nous avons besoin. Alors faute de pouvoir influer moi-même sur les évènements, je me retire sur l’Aventin… avec une cohorte de citoyen-ne-s désabusé-e-s, écoeuré-e-s, extrêmement contrarié-e-s MAIS PAS DÉSESPÉRÉ-E-S !

Nous ne sommes pas seulement des victimes de forces contre lesquelles nous ne pouvons rien. Nous sommes aussi des victimes de notre refus de nous libérer. Le principe de la servitude volontaire….

C’est à nous de prendre désormais notre vie en mains, malgré le système qui tend à nous dissuader de le faire, malgré les contraintes qu’on nous impose et les coups de fouet qu’on nous inflige.

Des milliers de gens ont abandonné la politique qui se fait sur la « scène » politique mais n’ont pas abandonné la politique pour autant, la politique au sens noble. Ils en font aussi en repensant le monde et en menant des alternatives radicales et concrètes chaque jour, dans leur vie, dans leur entourage.

Je l’ai déjà dit, je le répète. Ce n’est pas au niveau macro-politique que nous inverserons la course fatale. C’est au niveau le plus local, quand nous serons des millions à avoir compris et à avoir commencé à changer nos modes de vie, notre façon d’habiter la terre et réussi à faire en sorte que nos pratiques quotidiennes soient en résonance avec le diagnostic que nous avons fait et que nous aurons essaimé.

Ce n’est pas le PG, le PCF, le Front de Gauche qui changeront le monde.
Ce n’est pas davantage l’UPR, le M’PEP, le PRCF, le NPA ou je ne sais qui d’autre dans la galaxie institutionnelle des partis.

C’est NOUS !

Demain nous attend ! Hissez la grand-voile et hardi camarades !

Je suis fier d’avoir choisi l’abstention et de ne pas avoir cédé aux sirènes ou aux diktats des donneurs de leçons en tout genre.

Ayant écouté  et réécouté Jean-Luc Mélenchon ce soir, je trouve qu’il a eu les mots justes et le ton ferme, déterminé, qu’il fallait. On connaît mon sentiment sur les alliances à géométrie variable que j’ai dénoncées, sur le Front de Gauche que je juge moribond depuis un an, sur Petit Larbin que je conchie. On connaît mes exigences d’inflexibilité sur le principes mais aussi de volonté de rassemblement sur un projet politique.

Alors, ce soir si je suis contrarié de voir l’UMP reprendre ses positions perdues et annoncer la couleur de la réaction pour demain, si je suis enragé de voir le gnome se prendre pour un général triomphant, si j’ai mal à la France d’entendre e voir grandir le nombre d’élu-e-s FN et d’entendre Marine Le Pen se présenter comme celle qui défend le mieux la République et la justice sociale, je sais aussi que la chute de la Maison PS va rendre certaines reconstructions plus faciles désormais.

Et je ne doute plus que bientôt prendra fin l’ère de Pierre Laurent. Je ne doute plus que ce qui reste du P$ va se déchirer jusqu’à la fin ultime. Nous ne sommes pas encore dominants avec nos résultats mais le PS et EELV ne sont plus en situation, non plus, de jouer les leaders. Tout est à reconstruire mais nous avons déjà des bases.

J’espère et je crois que dans les prochains jours, nous saurons, nous, les militant-e-s du Parti de Gauche​, prendre la mesure des évènements et avoir pleine conscience de la gravité de l’heure. Certains signes me paraissent encourageants, nationalement et localement, malgré aussi des signes contraires.

J’ai envie de dire que nous ne devons plus attendre que d’autres disent ou fassent les choses à notre place. Nous ne sommes pas des oisillons attendant la becquée. Alors prenons notre vie, notre destin, notre Histoire en mains et avançons.

Hardi camarades ! Demain nous attend ! Demain ne se fera pas sans nous si nous surgissons sur la scène et que nous prenons notre place. N’attendons pas que l’on nous donne la parole. Prenons-là ! N’attendons pas que le pouvoir nous tombe dans les mains. Allons le chercher ! En nouant avec le peuple français une nouvelle alliance et en trouvant les voies d’un nouveau Conseil National de la Résistance et de la Reconquête !

Le Front de Gauche est mort, vive le peuple !

Pour moi, le FdG est mort aux Municipales. Ceux qui me suivent savent que je ne crois plus en lui depuis lors.

Mais pour autant je sais que sont de bonne volonté les militant-e-s qui ne se résolvent pas à la disparition de la force citoyenne que nous représentions ensemble.

Parfois il faut savoir terminer une histoire pour en écrire une autre, plutôt que de se morfondre et de s’enfermer dans hier quand hier est révolu.

Le M6R est une des pistes mais pas la seule, loin de là. Il faut que le peuple s’en mêle.

Tant que les partis, y compris le mien (le PG) ne font pas ce qui devrait être fait, c’est aux citoyen-ne-s de prendre le pouvoir, de débattre entre eux et de décider, sans attendre aucun ordre, aucune instruction, ni craindre aucune interdiction venue de qui que ce soit.

Les « leaders » feront leur job en temps et en heures, s’ils veulent bien le faire, et nous les suivrons si nous les jugeons dignes de nous. Mais, dans tous les cas, nous conservons toujours notre liberté de les soutenir ou de les contester, de les louanger ou de les critiquer. Et, dans tous le cas, c’est à nous qu’il revient de nous organiser.

De même que l’on disait autrefois « le roi est mort, vive le roi » pour dire qu’au-delà de la personne mortelle du monarque, le pouvoir demeurait entre les mains de ceux qui en étaient titulaires, eh bien, aujourd’hui, nous devons dire « Le FdG est mort, vive le peuple », même si cette notion de « peuple » est ambiguë, et que nous devons le construire, ce peuple éveillé et prenant en mains son avenir.

Chez moi, à St-Nazaire, le PG est petit et le PC, bien qu’ayant été avec nous à ces élections départementales, reste aussi allié au P$ à la mairie de St-Nazaire, comme à la CARENE (Communauté d’agglo de la région nazairienne et de l’estuaire), comme à la mairie de Nantes et comme à Nantes Métropole. Autrement dit, il a toujours le cul entre deux chaises… Il fait le grand écart au risque de s’exploser les noyaux… Mais tous les communistes n’approuvent pas. Le problème, c’est que s’ils grognent un peu, ils finissent vite par plier devant leurs cadres.

Pourtant, les lignes bougent un peu ces temps-ci. Il est question justement de créer une assoc’ du FdG, destinée à rassembler, sans inféodation à quelque parti que ce soit, mais avec une existence juridique, afin d’être visibles et d’exister, justement, toutes celles et tous ceux qui se reconnaissaient dans le FdG.

« Aussi noire que soit la nuit, jamais la lumière ne s’éteint et si ténue que soit la braise, c’est elle qui, le jour venu, remet le feu à la plaine…« . C’est Mélenchon qui nous rappelait cette citation de Victor Hugo (extraite des Misérables) dans son discours de Clermont-Ferrand du 14 mars 2012.

Eh bien, cette braise couve encore en chacun de nous, quand bien même nous avons le sentiment parfois de ne pas être à la hauteur, quand bien même nous échouons, quand bien même la désespérance et l’envie de tout abandonner nous envahissent parfois.

Oui, nous sommes le peuple de gauche ou le peuple tout court d’ailleurs et nous sommes des combattants. Nous pouvons avoir des baisses de régime mais nous revenons sans cesse à cette idée, exprimée par le cinéaste grec Nikos KAZANTZAKIS en 1946 dans son film « Zorba le Grec » qui veut que « La seule façon de te sauver toi-même, c’est de lutter pour sauver tous les autres. »

Hardi compagnons et camarades ! L’heure est triste mais le monde nous appelle…même si tout est fait pour dissimuler ce fait, jusques et y compris au sein même de nos appareils politiques.

Le pouvoir auquel nous aspirons ne nous sera pas donné sans que nous combattions rudement. Le « peuple » ne nous appellera pas au pouvoir sans que nous fassions de gros efforts pour entendre ses ambitions, ses exigences, ses doléances et que nous lui proposions la voie qu’il pourra décider d’emprunter.

Il ne s’agit pas de renier ce que nous sommes ni là d’où nous venons ; il ne s’agit pas davantage de dire forcément ce que le « peuple » a envie d’entendre (ou ce qu’il croit avoir envie d’entendre). Il s’agit par contre de lui prouver que nous ne sommes pas enfermés entre nous à ne débattre que de sujets accessoires ou de nous disputer pour des querelles futiles à ses yeux, mais que nous avons une conscience pleine et entière de l’époque dans laquelle nous vivons, en étant instruits de l’Histoire et avertis des expériences qui se déroulent ailleurs que chez nous.

Pour reprendre un slogan publicitaire (des années 90 lancé par la firme Hugo Boss) qui m’avait marqué (alors que je hais en général la publicité car je n’y vois qu’une forme d’abrutissement ; rappelez-vous la formule d’Orwell qui disait que « Faire de la pub, c’est agiter un bâton dans l’auge à cochons« ), j’ai envie de dire que nous ne devons pas imiter mais innover, en étant pétris de ce que nous sommes et de ce que nous savons.

DEMAIN NOUS ATTEND camarades !

Sept mois après la première, deuxième lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon

Le 21 juin 2014, il y a donc sept mois, je publiais une amicale lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon dans laquelle, après avoir dit beaucoup d’autres choses, je l’appelais à devenir le rassembleur du peuple et non pas à demeurer le chef d’un parti. Sept mois plus tard, je pourrais réécrire presque tout ce que j’avais écrit alors ! Je vous invite à lire ou relire cette première lettre avant d’attaquer celle-ci.

*

Quelques semaines à peine après la publication de cette lettre ouverte, vous annonciez, lors du Remue-Méninges de septembre 2014, votre décision de quitter la co-présidence du PG. Martine Billard, l’autre titulaire de la fonction, faisait de même.

Je me suis alors réjoui ayant eu le sentiment d’avoir été entendu même si je n’ai pas la forfanterie de croire que l’expression de mes espérances, dans la lettre ouverte de juin, y soit pour quoi que ce soit…

Dans la foulée, vous avez créé le M6R qui est parti très fort. Depuis il a tendance à stagner. Ce n’est pas mon propos ici que d’en examiner les raisons. On le fera ailleurs et en d’autres temps.

Non, ce soir, je veux donner une suite à cette première lettre ouverte. Car depuis quelques mois, j’ai la désagréable impression que vous vous êtes remis dans la peau d’un chef de parti. Or ce n’est pas cela que les militants du PG, à mon sens, attendent de vous. Et ce n’est pas cela non plus, je crois, que le peuple français attend de vous. Vous aviez été très bien inspiré en septembre dernier. Vous vous devez, à mon sens, de revenir à cette inspiration-là.

*

Je me plains, ces derniers temps, que vous ne cessiez de parler de votre « ami » Pierre Laurent en qui vous dîtes trouver du « talent ». Pas une seule parole désobligeante à son encontre ne sort de votre bouche. Jamais. Alors que lui ne rate pas une occasion, et depuis déjà bien longtemps, d’être au mieux désagréable… au pire de faire preuve de muflerie, sinon dans les mots qu’il emploie, du moins dans le sens du message qu’il diffuse à votre encontre.

Jean-Luc, arrêtez donc les mots aimables envers ce fourbe qui n’a pas tout à fait le même projet que vous – quel euphémisme ! – qui a déjà trahi le FdG il n’y a pas si longtemps, et le retrahira… Pire, il prend un plaisir sadique à vous défier ou à vous désavouer immédiatement après que vous ayez parlé. Ce n’est pas une saine concurrence, ça ressemble davantage à l’élève qui veut surpasser le maître mais qui n’en a pas les talents et qui, le sachant, se montre sous les traits détestables du frustré, du jaloux, de l’envieux.

Quand je vois cette lutte à fleurets mouchetés entre vous et lui, il me revient en mémoire un autre duel politique que j’ai bien connu : celui qui opposa entre 1993 et 1995, Jacques Chirac et Édouard Balladur.

Le premier était, a priori, le « gentil » de l’histoire, celui qui était abusé  par le second, censé être pourtant son « ami de trente ans », lequel « ami » remplissait à merveille son rôle de traître, cornaqué qu’il était par tous les requins et apprentis salopards de sa cour des miracles, notamment « les deux Nicolas », Bazire et Sarkozy, l’éminence grise du Cardinal et le nain hydrocéphale.

Il serait préférable que vous ne soyez pas le Chirac de l’histoire et que Pierre Laurent ne soit pas le Balladur…  Encore que, à bien y réfléchir, vu comment l’histoire a fini pour ces deux-là, vous auriez peut-être intérêt finalement à être ce « Chirac » envoyant « Balladur » mordre la poussière…

Savez-vous que certains disent que Chirac a en fait manipulé Balladur ? Ceux qui avancent cette thèse – que je fais mienne – prétendent que Chirac, connaissant bien son « ami », l’ayant vu à l’oeuvre dans différentes responsabilités depuis les années 60, avait eu la prescience que Balladur, ce grand bourgeois attiré irrésistiblement, comme tant d’autres, par le prestige et l’autorité que vous confère le pouvoir institutionnel, ne résisterait pas à l’appel de ce pouvoir en mars 1993. Les mêmes ajoutent que Chirac ayant été candidat deux fois à l’élection présidentielle et ayant échoué deux fois à cette élection après avoir gouverné, avait compris que l’on ne peut rassembler le peuple à une telle élection après avoir forcément déplu à une partie importante de ce peuple au cours des années de gouvernement. Selon eux, Chirac avait donc intégré la leçon et savait qu’ayant gouverné deux ans pour les seuls intérêts de la classe privilégiée, Balladur ne pourrait que perdre l’élection présidentielle deux ans plus tard… Chirac a été présenté partout comme le gars qui fut « trahi » par tous ses « amis » et y compris par ceux qui lui devaient tout. Et il n’y avait pas que Balladur qui devait sa carrière à Chirac ! Chirac a effectivement été « trahi » ! Mais ce qui est intéressant, c’est que la probabilité est grande que cet animal politique qu’était Chirac ait joué une partie d’échecs avec son « ami de trente ans » et qu’il réussit l’échec et mat ! En lui « laissant » Matignon après qu’il ait mené lui-même, bien plus que Balladur, la campagne victorieuse des élections législatives de mars 1993, il permit au stratagème de se réaliser. Balladur sauta à pieds joints dans le piège machiavélique que Chirac lui avait préparé. Trop heureux et trop fier de redevenir un gouvernant de premier plan, convaincu que lui serait bien meilleur et plus aimé par les Français que Chirac, étant sans cesse adulé par sa cour et par les medias (rappelez-vous cette époque de « Balladuromania » médiatique), il s’imaginait pouvoir passer sans difficulté de Matignon à l’Élysée… Raté ! Pendant ce temps, le prétendu « naïf », le prétendu « trahi » par les siens, le prétendu « abandonné de tous », le prétendu « candidat pour l’éternité », réputé « seul » dans son hôtel de ville, ne rongeait peut-être pas son frein tant que ça. Il n’est pas si irréaliste de penser que bien au contraire, Chirac se fendait la gueule ! Ravi de voir le piège se refermer sur « Sa Courtoise Suffisance », surnom que Le Canard Enchaîné avait donné au Premier ministre rival de Chirac !

Bref, cette histoire a un peu de sel aujourd’hui, vous ne trouvez pas ?

Pourquoi ai-je rappelé cet épisode de notre histoire politique ? Parce que je vois en vous un animal politique sans doute aussi malin, rusé et intrépide que pouvait l’être Chirac. Que cette analogie ne vous soit pas désobligeante car j’ai pour vous bien plus d’estime que je n’en ai pour Chirac. Mais je veux dire par là, en comparant la concurrence entre Chirac et Balladur à celle qui transparaît de votre relation avec Pierre Laurent, que vous êtes, sans aucun doute, bien plus malin que votre « ami » qui, lui, n’est pas « de trente ans »…

J’ai donc idée que vous saurez gérer cette concurrence. Voyez, j’ai usé du verbe « gérer », qui est neutre et ne contient aucune connotation agressive ou méprisante envers votre « ami »… En fait, j’aurais tout aussi bien pu dire « désamorcer » ou « court-circuiter », ou même, pourquoi pas, « liquider » si j’avais voulu me faire plus piquant !

Pierre Laurent, en effet, me fait penser à la grenouille de la fable de La Fontaine, celle qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf et qui en creva. Par contre, l’analogie s’arrête là car je n’aurai pas l’indélicatesse de vous comparer à un boeuf…

Pierre Laurent ne sera JAMAIS élu Président de la République. Il pourrait peut-être être nommé à Matignon si le capitaine de pédalo devenait un Machiavel en herbe. Car un tel coup de Jarnac, sans aucun doute, déstabiliserait toute l’Autre Gauche qui deviendrait un champ de bataille, tant Pierre Laurent inspire, au gré de ses interventions et goujateries, le dégoût, le mépris, le désaveu, la colère, l’exaspération, la défiance…

Lui et d’autres vous reprochent d’être trop « clivant » et pour cette raison, il se croit plus à même de rassembler le peuple que vous. Mais veut-il vraiment rassembler le peuple ou ne cherche-t-il pas seulement à rassembler la Gauche ? La question mérite d’être posée car voilà une autre différence entre vous et lui, me semble-t-il !

Quant au clivage dont il vous accuse, c’est assez amusant car lui aussi clive… N’en a-t-il pas conscience ? Il a, comme vous, ses amis mais il a aussi, comme vous, ses adversaires et ses ennemis résolus. Et puis, malgré ce trait de votre personnalité qu’il dénonce une nouvelle fois, vous avez su rassembler presque quatre millions de suffrages il y a deux ans, vous ! Pierre Laurent aurait-il fait mieux en clivant moins ? Voilà une autre question qui mérite d’être posée puisqu’il y revient… Je crains fort pour lui que la réponse ne lui soit pas très favorable…

Non ! Pas plus que Pierre Laurent, aucun communiste ne sera jamais élu Président de la République car jamais il ne franchirait le premier tour. Les Français ne voteront jamais majoritairement pour un ou une candidat-e de ce parti. Plus vite, nous aurons intégré cette réalité et mieux armés nous serons pour l’affronter.

Et il en va de même des seconds couteaux et des troisièmes larrons qui s’y voient déjà… Je ne citerai aucun nom pour ne blesser personne…

Il ne s’agit pas d’élire un représentant falot ou un simple mandataire des volontés du peuple, mais un combattant, un guerrier, car c’est bien une guerre qu’il faudra mener contre la finance, contre les oligarchies coaliséées, contre l’Empire, ses suppôts, ses vassaux et ses porte-flingues. Pour assumer cette responsabilité, il est préférable d’être solidement expérimenté, pour ne pas être pris de court le jour venu. Il est indispensable aussi d’être suffisamment intelligent, malin, rusé pour savoir s’opposer à tous ceux, très puissants, qui se mettront en travers de notre chemin. Il est également utile d’avoir le talent pour faire passer les idées. Et il est plus adapté à la situation d’avoir quelqu’un qui se dit, depuis des années, déterminé à déplacer les montagnes et qui a montré des preuves de sa vaillance et de sa témérité, plutôt qu’un autre qui, au contraire, a prouvé qu’il avait d’autres exigences, d’autres références, d’autres valeurs que celles de servir l’intérêt général. Quand on préfère défendre ses intérêts particuliers, on n’est pas crédible ensuite quand on prétend vouloir défendre l’intérêt général. Et quand on n’a pas su dire non au PS, on ne saura pas dire non à l’Empire… On transigera. On négociera. On capitulera pourvu qu’on sauve quelques élus et le parti…

Et imaginez-vous le peuple français supporter plus que quelques secondes les discours de cet homme ?

« Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde » disait Camus. Moi j’assume de dire que Pierre Laurent est un boulet. Peut-être serait-il excellent pour une responsabilité secondaire mais en aucun cas pour celle de chef de l’État.

Il nous faut un caractère bien trempé, comme le vôtre ! Pour cela, il nous faut quelqu’un qui a su rompre les rangs, à temps, avec les Solfériniens. Il nous faut quelqu’un qui n’a pas, à son passif récent, d’avoir préféré sauver ses élus au prix d’alliances avec ceux que nous combattions, plutôt que de se battre à nos côtés.

Pierre Laurent peut dire ce qu’il veut mais non seulement c’est un nain à côté de vous, mais en outre c’est un handicap pour nous tous, pas un talent. Puisqu’il ne le sait pas, ou qu’il feint de l’ignorer, il faut le lui rappeler, chaque jour qui passe…

Je ne vous demande pas de vous déchirer publiquement avec lui, car ce serait du plus mauvais effet, et totalement contre-productif. Mais quand il vous gifle, il faut que des militants qui vous soutiennent lui rendent coup pour coup. Vous serez vous-même, et resterez, au-dessus de la mêlée. Nous, en revanche, nous pouvons assumer cette sale besogne. Vous paraîtrez ainsi tel « le roi de France ignorant les querelles du duc d’Orléans »… pour reprendre une autre formule célèbre.

Par contre, s’il est plus intelligent de ne pas répliquer vous-même et de laisser d’autres s’en charger pour vous, j’insiste pour que vous cessiez les mots doux à son sujet. Je pense que la bonne conduite à tenir est de l’ignorer, de vous libérer de lui et du PCF, de tailler la route en suivant VOTRE intuition et en écoutant VOS amis les plus sincères, qui ne sont pas forcément ceux qui vous cajolent le plus ou vous dressent des couronnes chaque jour…

Les Français ne sont pas tous ignares, idiots ou irréfléchis et vous le savez. D’ailleurs, c’est ce que vous commencez à dire ces derniers temps dans vos passages médiatiques. Ils voient le spectacle politique. Ils savent qui est digne des hautes responsabilités et qui ne l’est pas. Certes, on a le sentiment, aujourd’hui, qu’ils ont davantage au coeur la rage et la défiance généralisée que la confiance et la bienveillance. Mais peut-on les en blâmer ?

Les Français hurlent, différemment certes, mais de manière répétée depuis trente ans au moins, leur soif de progrès et ne le voient jamais venir. Quant à celles et ceux qui le leur proposent, ils ne sont pas jugés crédibles. Nous avons de bonnes raisons de comprendre pourquoi. Nous-mêmes, le PG, n’avons pas géré au mieux les évènements de ces deux dernières années. Et je ne dirai rien du Front de Gauche…

Si nous végétons à un étiage oscillant entre un score à moins de 5% (cf les résultats de la toute récente élection législative partielle dans le Doubs hier dimanche 1er février 2015) à plus ou moins 10% quand il s’agit d’évaluer les intentions de vote en votre faveur,  ce n’est sans doute pas du fait de l’insuffisance ou de l’inopportunité de notre projet, mais beaucoup plus en raison de l’indigestion que notre alliance avec le PCF, parti de l’establishment,  engendre chez les Français.

On pourrait aussi causer de l’attitude et de certains votes des députés du Front de Gauche, tous communistes…

Jean-Luc, je suis de  ceux qui pensent – et je suis loin d’être le seul ! – que votre destin est de dépasser le PG et le Front de Gauche, fut-il élargi prochainement à une partie d’EELV et de la gauche du PS. Votre rôle, quand bien même certains le refusent, est de demeurer celui qui marche devant. C’est d’être la locomotive qui tire le train.

Que des journalistes ou de faux amis, du PCF ou d’ailleurs, tentent de vous discréditer, de vous tenir en laisse, de vous empêcher d’exister à la hauteur du rôle que l’Histoire pourrait vous confier, cela ne doit pas vous intimider et vous amener à rentrer dans le rang. Or, quand vous affirmez que « votre personne ne sera jamais un obstacle« , c’est ce que vous donnez le sentiment de faire… Accepter de ne pas être celui que vous êtes pourtant bel et bien depuis 2012 aux yeux de la majorité, à savoir notre représentant naturel pour l’élection présidentielle à venir, c’est « désespérer Billancourt », pour user à nouveau d’une formule célèbre…

Ce n’est pas parce que je suis au PG et que vous en avez été le co-président que je dis ça. Si j’avais été dans un autre parti, j’aurais dit exactement la même chose dans les mêmes circonstances. Et si une personnalité de « mon » parti n’était pas à la hauteur mais tentait de concurrencer une autre personnalité d’ailleurs que j’aurais jugé plus apte, j’aurais, sans le moindre doute, sans la moindre hésitation, soutenu la seconde plutôt que la première… La fidélité doit être offerte à des idées plus qu’à des personnes. Les personnes en bénéficieront aussi longtemps qu’elles-mêmes seront fidèles à ces idées…

Aujourd’hui, en 2015, comme c’était déjà le cas en 2012, aucune autre personnalité ne peut rivaliser avec vous. Si elle existe, elle ne s’est pas encore fait connaître du public, ni des militants…

Donc c’est vous ! Certes, ce n’est peut-être pas votre souhait de repartir au feu car je veux bien croire que s’il y a des joies et des satisfactions à être le candidat du peuple, et peut-être demain le Président de la République, il y a aussi bien des contraintes à souffrir, bien des souffrances à endurer, bien des risques à courir, bien des privations à accepter, et donc bien des raisons de refuser d’y retourner. Mais quand on a la possibilité de faire l’Histoire, on ne le refuse pas !

C’est votre devoir de combattant politique d’assumer ce rôle. Vous nous avez fait espérer en 2012 et vous ne pouvez plus nous abandonner en chemin. D’ailleurs, je ne crois pas vraiment que vous soyez dans cet état d’esprit. Je ne crois pas que vous vous battiez comme vous le faîtes, comme un lion pourrait-on dire, pour ensuite céder la place à un « zèbre », aussi gracieux que soit cet animal… Après avoir fait le plus gros travail depuis des années, vous laisseriez la place à un second couteau ? M’enfin ! Ce ne serait pas conforme à la volonté populaire. Car si vous êtes loin devant dans les sondages de bonnes opinions, ce n’est pas du seul fait de votre volonté. C’est aussi le résultat de la nôtre… C’est parce que c’est vous que l’on veut, parce que il n’y a que vous qui nous paraissez suffisamment déterminé, suffisamment informé, suffisamment « rugueux » pour défier toutes les puissances internes et extérieures, et en même temps, j’en suis convaincu, capable de devenir le rassembleur du peuple sur un projet ambitieux qui pourrait être une adaptation à notre époque du programme du Conseil National de la Résistance. Le mouvement qui vous portera à la Présidence de la République devra, de toute façon, rassembler très au-delà de la Gauche. Ce devra être un « CNR 2.0 » pour parler le langage contemporain tout en ayant à l’esprit cette maxime « les pieds sur terre et la tête dans les étoiles ».

Car le peuple français jugera aussi, le jour J, les capacités à gouverner, à résister, à répliquer et, pour paraphraser une citation de Marcel Sembat (en en changeant juste quelques termes), à « introduire l’idée de progrès par effraction dans le cerveau de ceux qui ne savent pas le concevoir ».

Notre projet est, sinon le meilleur dans l’absolu (il mérite, selon les cas, d’être précisé, réorienté, réaffirmé) mais au moins la base la plus solide et la plus crédible à partir de laquelle nos pourrons passer de la résistance à la reconquête.

Alors, je vous en conjure, plutôt que de discuter dans des arrières-cours, ou dans les bureaux feutrés des sièges des partis politiques, d’alliances électorales avec tel ou tel parti, telle ou telle organisation politique, syndicale, associative, reprenez votre rôle qui n’est pas d’être le chef d’un parti, d’un clan, pas même d’une coalition.

Votre rôle n’est pas d’incarner la Gauche mais de représenter le peuple. Je ne doute pas que vous en ayez et l’étoffe et les épaules… Vous en avez déjà le talent. Reste à en avoir l’envie et à le montrer, donc à l’assumer publiquement ! Dès maintenant. Sans attendre 2017 ou 2016 ! Plus de fausse pudeur vis-à-vis de ces autres « talents » que vous dîtes voir autour de vous. Certes, il en existe mais pour des seconds rôles, pas pour l’auguste responsabilité qui vous échoit à nos yeux de militants de la Sixième République et de la révolution citoyenne.

« L’ennemi n’est pas celui qui te fait face, l’épée à la main, ça c’est l’adversaire. L’ennemi c’est celui qui est derrière toi, un couteau dans le dos ». Thomas Sankara

Cher Jean-Luc, je vous adresse un chaleureux salut militant et plein d’encouragements pour la suite…

Lettre ouverte d’un militant de base du Parti de Gauche à Nicolas Dupont-Aignan, Président de Debout la France

Avant-propos

Au lendemain de sa victoire aux élections législatives en Grèce, Syriza, la « Coalition de la Gauche radicale », a conclu un  accord de gouvernement avec le parti « ANEL » (« les Grecs indépendants ») de Panos Kamménos. Ce parti est défini comme « souverainiste » et est classé à droite. D’où des réactions très vives de certains…

Pourquoi un tel accord a priori contre nature ? Cet accord permet à Syriza d’obtenir une majorité absolue des sièges au Parlement, alors qu’il lui en manquait deux pour atteindre le seuil fatidique de 151 sièges et que ni le PASOK (le parti socialiste grec), ni le KKE (le parti communiste grec), ne voulaient permettre à Alexis Tsipras, le leader de Syriza et nouveau Premier ministre grec, et à Syriza elle-même, d’atteindre, grâce à l’apport de leurs députés, ce seul fatidique des 151 sièges.  Le nouveau Premier ministre grec a alors cherché avec qui il pouvait s’entendre, ne serait-ce que partiellement, pour pouvoir obtenir cette majorité absolue, sans donner le signe d’un afadissemnt de sa volonté de lutter contre ceux qui humilient son pays et martyrisent son peuple. Et de fait, malgré de grandes différences, voire de profondes oppositions entre Syriza et Panos Kamménos sur beaucoup de sujets de politique intérieure, ces deux partis se rejoignaient sur la nécessaire rupture avec l’austérité, et l’indispensable bras de fer à engager avec l’UE et avec le gouvernement d’Angela Merkel. Alexis Tsipras ,et sans doute l’état-major de Syriza avec lui, ont donc jugé possible et utile de s’accorder avec ce petit parti souverainiste de droite car, en l’état des forces politiques au sortir de ces élections, l’ANEL et son leader Panos Kamménos ne seront pas en situation de peser sur les principaux choix de Syriza et de Tsipras mais ils pourront, ensemble, opposer un front solide face à leurs ennemis communs. Je considère donc, pour ma part, que c’est la moins mauvaise des solutions, au regard des réalités actuelles. Certes, il aurait été préférable de passer un accord avec le KKE, parti communiste grec, qui est plus proche de Syriza que ANEL de Panos Kamménos. Mais la fin de non recevoir du KKE mettait un terme à cette éventualité. Et négocier avec les centristes de To Potami aurait été mettre un doigt dans la gueule du crocodile vu qu’ils sont européistes et, si j’ai bien saisi, pas si hostiles que ça à l’austérité…

Nicolas Dupont-Aignan, Président de Debout la France étant l’invité, ce lundi 26 janvier 2015, de Jean-Jacques Bourdin, dans le cadre de la Matinale de RMC, l’animateur a saisi l’occasion de poser à son invité une question politicienne sur ce sujet. Il a ainsi demandé à Nicolas Dupont-Aignan, dont le parti Debout la France est le plus proche parent de l’allié inattendu de Syriza, si « politiquement, [il] pourrait passer un accord avec le Front de gauche de Mélenchon ». Et Nicolas Dupont-Aignan répondit : « Si c’est pour sauver la France et si c’est sur un programme intelligent de création de richesses, pourquoi pas ? »

Voici une réponse que j’adresse à Nicolas Dupont-Aignan suite à sa main tendue. Elle n’engage que moi, militant très ordinaire du PG et sans responsabilité particulière au sein de mon parti. Elle ne représente que ma vision et n’engage en rien mon parti. Si j’emploie le « nous », c’est parce que je crois, malgré tout que d’autres que moi pourraient se retrouver dans ce que j’écris. D’où aussi mon choix de recourir à une lettre ouverte car si cette réaction est personnelle, je suis convaincu que beaucoup de militants et de citoyens pourraient avoir envie de dire leur propre sentiment sur la question qui a justifié cette lettre.

* * * * *

Monsieur Dupont-Aignan,

Vous avez émis, ce lundi, une proposition de partager le gouvernement de la France avec le Front de Gauche. C’est une proposition inédite, mais que l’on peut comprendre, quand on étudie votre parcours,  quand on connaît votre philosophie politique et que l’on suit de près l’actualité.

Mais s’il est possible de la comprendre, il est très difficile, pour ne pas dire impossible, aujourd’hui, d’y donner suite. Je vais essayer de vous expliquer pourquoi.

Cela va vous paraître paradoxal mais je dirais qu’il y a un préalable nécessaire, indispensable. Non pas que vous viriez à gauche, car ce serait une demande insensée de notre part, vu que vous avez toujours été de droite. En outre, il n’est pas dans notre habitude de réclamer de nos « alliés » qu’ils nient ou remettent en cause ce qu’ils sont. Bon, si vous décidiez de vous rallier à nous, nous vous accueillerions et nous vous ferions une place. Mais en général, nos alliés sont naturellement, politiquement parlant, très proches de nous, même si l’on peut parfois se disputer sur tel ou tel sujet. Il ne viendrait par exemple à l’idée de personne d’envisager de nous allier avec, par exmple, l’UMP en leur demandant de renier ce qu’ils sont et de communier civilement avec nous dans l’écosocialisme, d’exprimer la volonté de mettre à bas le capitalisme et d’embrasser notre objectif de substituer une 6e République du peuple à cette 5e République devenue celle des oligarques. Nous choisissons de nous allier avec celles et ceux avec qui nous partageons quand même, d’entrée de jeu, l’essentiel et avec qui il est possible de passer des compromis acceptables sans compromission.

Pourtant, certains d’entre nous voient plus grand. Certains d’entre nous aspirent à un « rassemblement du peuple ». Ceci devrait vous parler n’est-ce pas ? Le « rassemblement du peuple  a toujours été aussi la volonté du général de Gaulle, puis de ceux qui se sont prétendus, à tort ou à raison, ses héritiers. Mais c’est aussi tout autant l’objectif des révolutionnaires, qui aspirent à ce que le peuple se dresse, uni, contre les oligarques, contre les maîtres, contre les tyrans. En fait, que l’on parle de « rassemblement du peuple » ou de « lutte des classes », on parle en fait de la même chose : les 99% contre les 1%. L’intérêt général contre les intérêts particuliers. C’est ainsi que personnellement je vois les choses.

Donc, si certains à droite et à gauche, un peu moins au centre, refusent, par principe, de parler avec leurs adversaires, et refusent toute hypothèse d’action commune, il y a aussi des militants et des citoyens, à gauche, à droite, au centre ou ailleurs, qui pensent que se parler est utile à tous et que parfois, agir ensemble, pourrait mieux faire avancer l’intérêt général.  Comme ce fut le cas sous l’Occupation et la Résistance avec le CNR. Je vais y revenir plus loin.

Ces propos liminaires avaient pour but de vous montrer que je ne fais pas partie des gauchistes sectaires, bien que je sois de gauche. Je ne rejette pas, par principe, l’idée de débattre, de discuter, d’échanger, voire même d’agir avec des militants ou des personnalités qui ne partageraient pas ma vision, mes analyses, mes rêves et mes projets. Sinon, nous resterions en vase clos, au risque de nous scléroser. La contradiction, le clivage, le débat même, et surtout avec ceux qui défendent des convictions et des propositions opposées aux vôtres, sont utiles à tous. J’ai appris de Jean-Luc Mélenchon que le clivage favorise bien plus la démocratie que le consensus.  Mais à l’inverse, s’il y a un temps pour le clivage, il y en a un aussi pour le rassemblement. Et je ne parle pas ici de cette « unité nationale » qui est soit une fumisterie, soit une escroquerie pour attraper les gogos, soit pire, un ferment de dictature et de pensée unique sacralisée.

Si débattre, échanger, se contredire, argumenter et contre-argumenter est toujours possible et est même nécessaire entre adversaires ou concurrents, en revanche, gouverner ensemble, c’est tout autre chose, vous en conviendrez. Il est indispensable de partager les mêmes valeurs et les mêmes dégoûts. Il est nécessaire d’être prêts à appliquer les mêmes principes fondamentaux même si l’on peut se différencier sur les mesures d’application de ces principes. Il est plus que préférable de caresser les mêmes rêves. Et là, je ne suis pas convaincu, malgré quelques proximités entre vous et nous, que ce minimum existe pour que nous puissions envisager un gouvernement commun entre vous et le Front de gauche.

Je pourrais dire, sur le ton de la boutade, et usant du paradoxe : « Redevenez un authentique gaulliste et on pourra discuter… »

Curieux comme suggestion non ? L’homme de gauche, le démocrate exigeant et ambitieux que je suis, qui a bien des raisons de critiquer le général de Gaulle et son oeuvre, vous appelle à redevenir « gaulliste ». Il y a deux idées derrière cette suggestion.

D’une part, il y a l’idée que le gaullisme authentique, ou l’idée que je m’en fais sur la base de mon éducation, de ma culture et de mon expérience politique,  n’était pas le mal absolu que certains décrivent. Certes il y a beaucoup à dire de la personne et de l’oeuvre du Général, et nous le faisons, au Parti de Gauche et au Front de Gauche. Nous ne nous privons pas, au Front de Gauche, de dénoncer ce qui nous semble devoir l’être : « sa » constitution, par exemple, qui permet toutes les déviances antidémocratiques que nous connaissons. Sur ce point, nous n’ignorons pourtant pas que le texte initial a été si souvent modifié que l’oeuvre même du Général ne peut être seule en cause. La pratique des hommes qui lui ont succédé a eu ses impacts nuisibles. Les nombreuses révisions ont dénaturé cette loi fondamentale. Cela est vrai. Mais nous pensons aussi que le texte initial, dans ses grands principes, portait en lui-même tous les risques que François Mitterrand a brillamment décrits dans « Le coup d’état permanent », avant hélas d’oublier son génial réquisitoire et de se complaire, à son tour, dans ces jeux de pouvoir et cette forme d’autoritarisme que la loi fondamentale de notre pays rendait possible. Certes le Général lui-même, bien qu’ayant gouverné avec autoritarisme, a toujours respecté la volonté populaire exprimée électoralement, puisque nous savons tous qu’il démissionna le jour même où, pour la première fois, il fut désavoué. Ses successeurs n’eurent pas les mêmes préventions. Le système est donc pernicieux puisqu’il permet les abus. Montesquieu disait « Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser » et c’est pourquoi il ajoutait peu après que pour conjurer ce risque, il fallait « que le pouvoir arrête le pouvoir ». C’est-à-dire qu’il était indispensable, selon lui, de créer des contrepouvoirs et des contrepoids. On en est très loin avec cette constitution. D’où notre volonté de la changer.

Le Général est aussi critiquable pour bien d’autres raisons mais cette lettre n’a pas pour objet de dresser  un réquisitoire contre lui. Car à l’inverse des critiques que je peux lui faire, et que mon parti ou mes camarades peuvent lui adresser, j’ai aussi, personnellement, envers lui, une certaine admiration pour une bonne partie de sa vie ou de son oeuvre. De son action pendant la Résistance, de son bref passage au gouvernement provisoire en 1944, de sa présidence de 1958 à 1969, il nous reste des trésors, surtout quand on compare cette époque à notre temps, à tout ce que lui, et d’autres avec lui, avaient rendu possible, qui a été détruit, dévasté, annulé depuis. Au temps du général de Gaulle, nous étions libres, indépendants, souverains. Au temps du général de Gaulle, nous étions écoutés, respectés, pris pour exemple. Au temps du général de Gaulle, nous parlions au monde entier, à toutes les puissances, Ouest et Est, mais aussi aux Non-alignés.  Nous parlions d’égal à égal avec l’Allemagne et même avec l’URSS et les Etats-Unis. Au temps du général de Gaulle, la Communauté européenne ne nous imposait rien qu’on n’ait voulu et clairement accepté. Au temps du général de Gaulle, notre politique étrangère n’était pas conditionnée à celle de l’Empire états-unien. Au temps du général de Gaulle, nous étions d’ailleurs sortis du commandement militaire intégré de l’OTAN et avions dit aux forces armées états-uniennes installées sur notre sol de rentrer chez elles. Au temps du général de Gaulle, nous osions exprimer notre désaccord avec le bellicisme d’Israël. Et oui, à l’époque, nous le faisions… Au temps du général de Gaulle, nous avions une politique économique et sociale, sans doute imparfaite, mais bien plus conforme à l’intérêt général et aux intérêts des Français ordinaires que celle qui nous est imposée, contre notre gré, depuis les années 70. Au temps du général de Gaulle, nous n’obéissions pas aux marchés et nous n’allions pas prendre nos instructions auprès de la chancellerie d’Allemagne. Le général avait eu cette formule savoureuse : « la politique de la France ne se fait pas à la corbeille ». Bref, nous savons bien ce que nous avons perdu depuis son départ.

Nous savons donc bien ce que nous devons au général de Gaulle et à ceux qui l’ont assisté pendant qu’il était à la tête de notre pays. Nous savons aussi ce que nous devons au CNR qui ne fut pas que l’œuvre du Général. Le CNR fut aussi très largement inspiré par la gauche, et en particulier par les communistes. Aussi éloignés qu’ils pouvaient êtres les uns des autres, ils travaillèrent ensemble. Certes, l’heure était exceptionnelle et justifiait que l’on néglige certains désaccords pour œuvrer ensemble à l’essentiel. Nous n’en sommes pas encore à un tel degré de gravité. Aussi cruel que puisse être notre temps, il n’est évidemment pas comparable aux années de la seconde guerre mondiale. Et l’idée d’un gouvernement de « rassemblement populaire » n’est sans doute pas d’actualité. Peut-être le sera-t-elle un jour prochain. Chacun avisera et adaptera ses choix et son discours à cette situation si elle se présente.

D’autre part, il y a l’idée que vous devriez revenir à ce « gaullisme » dont j’évoquais ci-dessus quelques traits saillants, ce qui sous-entend que vous l’auriez abandonné. C’est en effet ma conviction attristée. Je m’en explique maintenant.

Depuis deux ans, vous avez choisi de vous situer plus à droite que jamais. Depuis deux ans au moins, vous avez cherché à concurrencer le FN, pour soi-disant le réduire, mais tout démontre que, pour l’instant, vous avez échoué. C’est le FN qui se développe et c’est Debout la France qui végète et qui ne connaît pas plus de succès que Debout la République.

Mon avis est que de pratiquer la surenchère avec le FN et sa représentante, aussi bien dans le langage que vous employez parfois, que dans certaines des propositions que vous présentez, ne vous sert pas. Non seulement, vous n’y gagnez rien, mais vous y avez perdu beaucoup. C’est toujours le même problème en politique. Quand on réforme sa « ligne » et qu’on se décale vers un bord, pour des raisons politiciennes et pas pour des convictions sincères, on gagne peut-être un peu auprès de ces électeurs de qui on se rapproche, mais on perd aussi beaucoup parmi ceux qui vous avaient choisi pour ce que vous étiez et ce que vous disiez AVANT. Or, ce que l’on gagne d’un côté, ne surpasse jamais ce que l’on perd de l’autre. Pour la bonne raison que les nouvelles « cibles » de la droite extrême que vous cherchez à convaincre douteront toujours de la sincérité de votre évolution et vous trouveront toujours trop « gauchiste », trop « républicain », trop « démocrate », trop « immigrationniste », trop « droits-de-l’hommiste » tandis que celles et ceux, dont vous avez décidé de vous éloigner, ou que vous croyiez pouvoir maintenir auprès de vous malgré votre évolution contraire à leurs principes et à leur philosophie, se sentent floués, trompés et en tirent les conséquences en vous quittant. C’est bien ce qui s’est passé dans votre parti depuis des mois, voire depuis un à deux ans. Je vais y revenir plus loin.

Vous avez aussi adopté certains des raisonnements du FN et emprunté certains de ses mots. Vous avez tendu la main à Marine Le Pen et n’avez pas été convaincant du tout quand vous avez expliqué ensuite que c’était pour la piéger. Du coup, vous vous êtes éloigné des valeurs de la République en rendant possible, au moins dans vos paroles, une telle alliance anti-républicaine. Il ne s’agit pas de parler avec Marine Le Pen mais à ses électeurs. Ce n’est pas du tout la même chose !

Vous avez usé, de plus en plus souvent ces derniers mois, ce que vous ne faisiez pas hier, d’un vocabulaire de réactionnaire qui ne vous ressemble pas. Vous avez, par exemple, agressé la laïcité en décembre dernier dans votre diatribe en faveur des crèches dans les lieux publics, et vous avez heurté de front la fraternité de notre devise républicaine en ayant, plusieurs fois de suite, en 2014, prononcé des mots qui lui sont étrangers, notamment quand vous avez stigmatisé les populations Rom et dit que leur destin était de repartir en Roumanie. Honte à vous qui vous prétendez Républicain social !

Je disais que vous aviez perdu pas mal de militants ces derniers mois. Oui, bien des militants de Debout la République vous avaient demandé de ne pas changer le nom de votre parti, de ne pas faire cette erreur stratégique, de ne pas le droitiser, mais au contraire de faire en sorte de le situer au coeur d’un rassemblement du peuple encore à construire. Au mieux, vous les avez ignorés. Mais parfois, vous ou vos cadres, les ont violentés par des mots et par des menaces. Beaucoup qui vous avaient exhorté à ne pas vous engager sur cette voie périlleuse et sans issue, et qui avaient menacé de quitter votre famille si vous refusiez de les entendre, ont fini par concrétiser leurs menaces puisque au lieu de les entendre, vous vous êtes enfermé dans vos certitudes de faire le bon choix. Vous deviez pourtant savoir que beaucoup de vos militants étaient des gens qui ne se sentaient pas de droite, et qui vous avaient rejoint parce que, bien qu’étant originaire de la droite, vous aviez su, tel De Gaulle, vous dépasser et parler à tous. Debout la République incarnait cela, ce rassemblement du peuple au-delà des étiquettes et du clivage droite-gauche. Le changement de Debout la République en Debout la France est très lourd de sens. Et vous ne pouvez pas l’ignorer. Certes un Républicain défend aussi la France mais ne parler que de « la France » et effacer le terme « République », c’est exprimer très clairement un message. Car si la France est certes millénaire, les Républicains considèrent que la grande révolution de 1789 constitue la césure qui symbolise l’essence même du peuple français. La France existait bien avant la République mais il n’y avait pas de peuple, juste des sujets. C’est la France républicaine qui a engendré la nation française et c’est la France républicaine qui est aujourd’hui la fierté de son peuple. Les gigantesques manifestations suite aux tragiques évènements des 7 et 8 janvier derniers en attestent. Le peuple français est républicain, au-delà de ses divergences habituelles. Il n’y a que quelques nostalgiques de la monarchie et de la dictature pour penser autrement…

Donc effacer du nom de votre parti le mot « République » était un très mauvais présage. Car il ne s’agissait pas que du changement d’un mot. Cela ne faisait qu’entériner de fait une course à droite amorcée il y a deux ans !

Et ce message a été entendu aussi bien par les militants les plus à droite de DLR, qui poussaient en ce sens depuis longtemps, et qui se sont sentis ragaillardis et renforcés, face aux militants dont le cœur penchait à gauche qui, logiquement, se trouvaient, eux, comme des étrangers dans leur propre famille. Je le sais parce que je connais des militants de ce qui était DLR. Je connais pas mal de militants de gauche qui vous avaient rejoint pour ce que vous disiez notamment sur l’Europe et sur l’euro, quand nous, au Front de Gauche, ne les attirions pas à cause de notre difficulté à assumer certaines ruptures en matière européenne.

Il y a même une importante personnalité de DLR qui, à plusieurs occasions, a éveillé votre attention sur l’inopportunité, la dangerosité, la nocivité, de droitiser DLR. Cet homme était un militant et un cadre très précieux pour vous et pour votre parti. Il était suivi et écouté très au-delà de DLR. Il a d’abord pris ses distances en vous conservant son respect. Sans doute espérait-il que vous reviendriez à ce que vous incarniez auparavant. Mais il a été déçu. Parce que vous l’avez déçu, come vous avez déçu une cohorte de gens. Il en a alors tiré les conséquences en s’éloignant davantage. Comme vous avez accentué peu à peu cette droitisation dénoncée par certains des vôtres, la rupture de ces militants avec vous et avec le nouveau parti que vous avez créé devenait inéluctable. Peut-être que certains militants de votre mouvement, les plus à droite, se sont félicité de ces départs. Peut-être même ont-ils eu alors le même jugement que celui prêté à un certain Lénine : « le parti se renforce en s’épurant ». C’es parfois vrai mais pas ici. Quelle bêtise dans ce cas ! Quelle erreur fondamentale !

Vous avez alors connu une vague de départs importante de militants, notamment de ces « républicains sociaux » de DLR qui refusèrent de cautionner cette droitisation, qui refusèrent de se retrouver dans un parti droitisé à outrance. Debout la France qui succédait à Debout la République, c’était anciennement le mouvement de Charles Pasqua et de Philippe de Villiers, soit un représentant de la droite dure et un monarchiste catholique quasi intégriste. Déjà, rien que ça, c’est tout à fait symbolique, ça pose un parti… C’est en fait un puissant révélateur de la profonde mutation que vous avez portée.  Même le RPR, voyez-vous, pourrait être perçu comme plus attaché que vous à la République puisque lui avait décidé d’inscrire ce terme de « République » dans son appellation, à la suite d’ailleurs des partis gaullistes qui l’avaient précédé.

Vous me direz que choisir d’avoir le mot de « République » dans le nom de son parti ne suffit pas pour faire de ce parti un mouvement authentiquement républicain, et vous aurez raison. Le RPR d’ailleurs abandonna bien vite l’idée de la République puisqu’il cautionna sa disparition ou sa mise en servitude dans l’Union européenne. Et le Parti socialiste, autre exemple, n’a plus rien de socialiste depuis une date antédiluvienne, à tel point que le Général lui-même, en faisait déjà le constat pour s’en plaindre quand il affirmait « ne pas aimer les socialistes parce qu’ils ne sont pas socialistes ! » Mais cela étant dit, les symboles ont une certaine utilité car quand ils ne sont pas foulés aux pieds, ils disent beaucoup.

Or vous avez choisi d’effacer le terme « République » du nom de votre parti. Vous auriez pu, si vous teniez absolument à ce que le mot de « France » apparaisse désormais dans le nom de votre parti, choisir par exemple « Debout la République française ». Les critiques auraient sans doute été bien moins nombreuses et les départs de militants beaucoup plus exceptionnels. Car la symbolique n’aurait pas été forcément mauvaise. Mais vous avez choisi de faire disparaître ce terme, pourtant si essentiel à ce que nous sommes, nous le peuple français : une République. Vous avez fait un calcul stratégique, politicien, mais c’est la plus grave erreur que vous ayez faite. Elle vous emportera, vous et votre nouveau parti. Car si la France sera sans doute, un jour prochain, gouvernée par une forme de CNR remis au goût du jour, ce ne sera pas sous la direction d’un parti de droite tel que le vôtre. Le CNR n’était pas à droite, même si le général de Gaulle, lui, était un homme de droite. Sauf qu’il sut s’extraire de sa condition pour rassembler le peuple jusqu’aux communistes. Le projet du CNR reposait, je ne vous l’apprendrai pas, sur une nature transpartisane et son essence était l’intérêt général du peuple, pas l’intérêt particulier de la droite ou de la gauche. Encore moins un fond de commerce réactionnaire et quasi raciste, ce que vous tendez à devenir, sinon dans la réalité, du moins dans la signification de certains de vos discours.

« Redevenir gaulliste » ainsi que je le disais ci-dessus, implique donc que vous reveniez à l’esprit et à la lettre du programme du CNR. Vous en étiez assez proche il y a quelques années mais vous vous en êtes éloigné en frayant avec le FN. A croire que ce parti néofasciste, raciste et xénophobe, peuplé d’égoïstes, de réactionnaires en tout genre et de personnages sordides (nervis, miliciens, jeunes et moins jeunes souvent décérébrés et déculturés, parfois incapables même de s’exprimer correctement et d’user de la raison dans leurs arguments mais addicts à la baston de ceux qu’ils n’aiment pas) vous a contaminé.

Et malgré ce discours aujourd’hui très hostile à votre encontre, je ne fus pas toujours un adversaire. Je vous ai suivi pendant des années, de loin certes, mais je m’intéressais à vous, à votre mouvement politique, à votre discours, à vos livres, et j’avais quelques relations avec certains des vôtres. Je pensais qu’un jour, le peuple se rassemblerait sur l’essentiel et que vous et votre parti, vous pourriez être de ce rassemblement, avec d’autres, dans la logique d’un nouveau CNR. Je ne voix plus cela possible aujourd’hui, prenant acte de votre cheminement personnel qui vous a attiré dans une case dont vous aurez le plus grand mal à sortir.

Vous comprendrez, au terme de cette lettre ouverte, que vous avez bien du chemin à faire pour revenir vers la République, son esprit, son essence et sa philosophie, avant qu’il soit possible d’envisager un chemin commun entre vous et nous.

Ce n’est pas du sectarisme de notre part mais la mise en oeuvre d’une exigence inflexible, celle que le rassemblement, s’il doit se faire un jour, se fasse sur des bases claires, républicaines, démocratiques, humanistes. Nous sommes de gauche alors nous portons l’exigence d’une République sociale. Mais une telle exigence n’est pas réservée à la Gauche. Bien des gens de droite et du centre ou de nulle part la font leur. La constitution elle-même dispose, en son article 1er que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Avec notre devise nationale, voilà qui constitue l’esprit de la République française, par delà les préférences partisanes des uns et des autres.

 Voyez-vous, je disais plus haut que vous ne deviez pas voir du sectarisme dans notre refus de répondre positivement à votre proposition de gouverner avec nous. En effet, nous ne faisons que constater qu’au regard de vos prises de position depuis des mois, nous ne saurions trouver un terrain d’entente.

Or, comme sous la Résistance, un certain nombre de militants du Front de Gauche, dont je suis, sont prêts à travailler sincèrement au rassemblement des Français, par delà les étiquettes, mais c’est à la condition que l’on s’entende sur un projet de progrès économique, social, républicain, démocratique, dans la droite ligne du CNR. Or ce n’est pas cela, ce n’est plus cela, que vous défendez vous-même aujourd’hui. Et si vous vous en rapprochez parfois sur certains aspects, vous vous en éloignez aussi beaucoup trop, à nos yeux, sur certains sujets, ceux-là mêmes qui vous ont fait précisément vous droitiser.

Un autre homme originaire de la droite, qui plus est ancien proche de Charles Pasqua, ce qui devrait le condamner définitivement et irrémédiablement à mes yeux, à savoir François Asselineau, est pourtant beaucoup plus fidèle que vous à l’esprit et à la lettre du CNR. En témoigne son projet présidentiel pour l’élection de 2012 qui, en adaptant formidablement bien cette œuvre à notre temps, lui reste fidèle. Vous devriez vous en inspirer car cela vous permettrait de « redevenir gaulliste » Cet homme, François Asselineau, me semble en effet bien plus sincèrement gaulliste que vous. Tant par tout ce qu’il dénonce que par l’ampleur des révolutions qu’il propose par rapport à ce que nous connaissons de notre système économique, social, financier, politique, diplomatique, culturel actuel.

Et puis, je vous invite également à vous intéresser à l’un des combats majeurs de notre époque, que François Asselineau, pour sa part, ignore complètement : l’indispensable bifurcation écologique dont, sauf erreur, jamais je ne vous ai entendu parler. Nous-mêmes l’appelons « écosocialisme ». Alors je veux bien admettre que ce terme-là ne soit pas le plus apte à vous séduire mais oubliez-le un instant car derrière ce mot – et c’est bien là l’essentiel – il y a toute une philosophie reposant sur la raison et sur la conscience des dangers pesant sur notre écosystème, et il y a tout un projet de révolution positive, un projet ambitieux pour notre pays, de nature à faire repartir son économie, son activité, un projet de nature à refaire de notre pays un exemple à suivre pour un « développement durable » diront les uns, les écologistes de droite, pour rendre possible le « bien vivre » préfèreront dire les autres, de la Gauche qui ne se renie pas, dont nous faisons partie. Voici un immense, un magnifique projet de société à cinquante ans au moins, de nature à faire de notre pays un phare pour le monde, et ça des gaullistes authentiques pourraient l’embrasser avec enthousiasme et le porter avec nous…

Monsieur Dupont-Aignan, puissent ces lignes vous inspirer.

Je vous prie d’agréer…

Des « Assises » du Front de Gauche du 6 septembre et de ce que Jean-Luc Mélenchon peut en penser…

Des gens s’interrogent sur ce que pense Jean-Luc Mélenchon de la réunion du Front de Gauche du 6 septembre? Je vais vous en dire un mot. Mais, auparavant, je vais exprimer mon désaveu de cette journée qui s’annonce sans intérêt.

Pourquoi un désaveu ? Parce que notamment, « on » ose appeler « Assises » ce qui n’est en fait qu’une nouvelle réunion de quelques personnes des partis cooptées et titulaires de mandat ou de fonctions. Alors que les « Assises » qui ont été réclamées par les uns et par les autres (et j’en fus) n’ont rien à voir avec ce raout de personnes conviées sur invitation. Il s’agissait d’organiser des débats À LA BASE, avec le peuple, pas entre VIP de plus ou moins haut calibre. Les Assises n’avaient pas pour vocation d’être un cénacle des décideurs d’en haut du Front de Gauche. Les Assises n’avaient pas pour vocation à être le « déjeuner du siècle » du Front de Gauche…

Quant à ce que peut penser JLM de cette journée, lui seul peut le dire mais il a déjà donné publiquement quelques éléments de langage à ce sujet il me semble…dans son discours du 24 août en clôture du Remue-Méninges… Voici le paragraphe :

« Si nous nous contentons de faire notre petite soupe et que nous allons d’un colloque à l’autre parmi ceux qui pensent un peu comme nous, qui ne votent pas comme nous dans les assemblées mais quand même, et celui-ci et celle-là, si sympathique – c’est vrai ! – que faisons-nous ? Rien ! Absolument rien. Nous étalons le spectacle de l’impuissance et de l’incapacité à penser le futur. Nous étalons le spectacle de gens qui ne sont bons qu’à parler. La question ce n’est pas de parler, c’est d’agir ! Et si on parle, il faut que la parole soit une action. »

Le Front de Gauche étant mort, quelle stratégie politique adopter désormais ?

Il n’est pas opportun de raisonner en termes d’appareils et de militant-e-s à convaincre parce que pour cela, il faut se couper du peuple et même le défier puisque l’appareil du PC a fait ses choix et que les militant-e-s du PC ne mouftent pas…

On me dit que c’est folie que de soutenir l’idée que le Front de Gauche est mort parce qu’il n’y a rien d’autre. Qu’il n’y a pas de plan B.

Mais si, il existe et il est simplissime.

Il ne s’agit pas de créer un autre parti, une autre orga, mais de parler au peuple, directement, de l’impliquer largement dans le débat, de lui donner la parole, de lui permettre de poser des questions, d’interpeller les cadres des partis qui aspirent à gouverner le pays, les régions, les départements, les communes, les intercommunalités…

Il faut organiser des ASSISES mais cette fois-ci je ne dis plus du Front de Gauche… Plutôt des ASSISES de la révolution citoyenne ! Ou des ÉTATS GÉNÉRAUX de la révolution citoyenne. Et ce, partout en France, sur une durée de plusieurs semaines…

Les partis ne doivent être que des facilitateurs, des organisateurs, des animateurs et des financeurs mais ils doivent laisser le peuple prendre le pouvoir.

Il nous faut débattre de tout : du régime politique, de l’Union européenne, de l’économie, de la bifurcation écosocialiste…

Il faut réélaborer, conjointement avec le peuple, notre projet pour les prochaines échéances qui vont venir très vite et qui pourraient même être anticipées.

Il faut initier la logique « Podemos » en France et le faire par la base, non par le sommet.

Il faut donner enfin envie à tous ceux qui nous fuient depuis si longtemps (syndicalistes, associatifs, citoyen-ne-s non encartés mais  engagé-e-s dans de multiples luttes, causes et combats), ou encore celles et ceux qui nous ont abandonné depuis deux ans, de revenir et de s’impliquer de nouveau et ce, plus fortement encore.

Parmi eux les Communistes auront un rôle à jouer. Contrairement aux élucubrations des un-e-s et aux persiflages des autres, je ne suis pas anticommunistre primaire. Je dénonce seulement les faux communistes, ceux qui font honte à leurs illustres prédécesseurs, qui furent des résistant-e-s à un ordre établi odieux. Mais ces communistes doivent comprendre qu’on ne peut plus attendre. C’est maintenant qu’ils doivent prendre les bonnes décisions. Celles qui contribueront à nous libérer tous du carcan qui nous emprisonne. Ils doivent donc accepter de s’émanciper de leur parti. Sinon rien ne sera possible.

Voilà ce que je crois et comment je vois les choses. Il ne s’agit pas de détruire le FdG car le FdG est déjà mort dans l’esprit du peuple français. Il ne survit que dans la tête de quelques militant-e-s chez qui la naïveté l’emporte sur la lucidité.

Il s’agit bien de reconstruire mais autrement…