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Moi, gaulliste de gauche, je vote Jean-Luc Mélenchon – Par Maître Jonas le 08/04/2017

L’article est ici sur le blog de son auteur.

Moi, gaulliste de gauche, je vote Jean-Luc Mélenchon.

Contexte : 

Combien sommes-nous dans cette situation ? Profondément républicain, jacobin, gaulliste de gauche ou simplement attaché à la souveraineté nationale, nous nous sentons tiraillés. Marre de cette politique spectacle qui nous horripile, marre de ces candidats défendant la conservation du système (que ce soit B. Hamon, F. Fillon ou E. Macron). Des candidats qui n’ont que pour principal programme, la surenchère de promesses, bien – trop ? – souvent démagogiques… Leurs propos tournoient dans le vide. Après plus de trente ans de duperie, nous sommes cette catégorie de citoyens qui n’accepte pas l’éternelle moquerie qui nous est faite. Le discours « gauchiste » du Bourget, de 2012, du candidat François Hollande fut ce dernier coup d’épée de trahison. Personnellement et comme beaucoup d’entre vous, je n’étais point dupe. Je n’avais d’ailleurs pas voté François Hollande au premier tour…

Je suis un grand partisan d’un gouvernement de salut public. Ce rêve qui verrait les défenseurs de la souveraineté populaire à gauche et à droite se joindre autour d’un tronc commun : la défense d’une France souveraine, forte et fière de son modèle social. La défense d’une France où la démocratie, pour plagier Abraham Lincoln, serait réellement le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.

Après avoir dit cela, quelle option me reste-t-il ?

Et pourquoi pas l’idée N. Dupont-Aignan (Debout la France) ?

En 2012, j’ai fait le choix Nicolas Dupont-Aignan. Je salue son courage. Celui de s’être extirpé d’un parti (l’UMP) pour développer ses idées gaullistes, conformément à ses engagements passés et assumés (exemple : le « non » au traité constitutionnel européen de 2005).

Si, en 2017, je ne choisis pas Nicolas Dupont-Aignan, ce n’est point par rejet de l’homme. J’ai plus la désillusion de constater que son mouvement, Debout La France, s’est enterré, parfois, dans des stratégies gênantes (celle du soutien à Robert Ménard à Béziers, ou encore celle d’imposer une journée de travail gratuite pour tout allocataire du RSA). Avec ces positionnements, je regrette que l’union des deux rives ne puisse être possible. Elle est encore faisable – j’y crois – mais l’enracinement de DLF sur des terrains glissants et droitiers complique la tâche… Toutefois, je ne jette pas la pierre à Nicolas Dupont-Aignan. Le candidat a le mérite d’incarner des convictions profondes et sincères. Le non rapprochement avec l’autre rive du pôle des républicains n’est pas de sa seule faute, bien au contraire…

Ma décision a donc été prise. Et je constate que certains de mes amis ont également cette préférence : soutenir, au moins par le bulletin, si ce n’est sur le terrain, la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

Ce sera bien Jean-Luc Mélenchon ! Malgré quelques divergences…

Pourquoi ? Comme nombre de mes camarades, je ne partage pas sa vision sur la VIe République, pourtant centrale dans son projet. Alors oui, en tant que Républicain convaincu, rassembler une constituante ne me parait pas stupide. Simplement, je crois concrètement qu’une VIe République, parlementariste, calquée sur la IVe, serait une illusion. La Ve République a eu tout de même le don de préserver une stabilité politique, et ce, malgré les périodes de cohabitation. Car, finalement, les institutions sont ce que les élites en font. Une VIe, parasitée par les partis et les mêmes dinosaures politiques, pourrait aboutir à une instabilité et à une paralysie de l’action gouvernementale.

Autre point de divergence : l’énergie nucléaire. Aujourd’hui, la France est influente par son génie et sa force nucléaire. Nous pouvons encore la développer et rechercher à la faire évoluer, tout en développant les autres formes d’énergie décarbonée. J’y crois. Et rien n’empêche, en parallèle, de développer de nouvelles solutions énergétiques décarbonées, à travers l’investissement massif dans la recherche et développement.

Les convergences : recréer une nouvelle force dans le paysage politique.

Mais alors qu’est-ce qui me pousse tant, avec d’autres citoyens, à soutenir Jean-Luc Mélenchon ? Clairement, la gauche n’a plus de vie. Face à un Parti Socialiste qui a choisi le suicide politique depuis 2012, « la France insoumise » (nouveau mouvement de Jean-Luc Mélenchon) paraît le mieux incarner l’espérance et le rassemblement.

La nation, au cœur du discours mélenchoniste

Son discours a changé depuis sa première présidentielle, il y a cinq ans. Comparez les meetings, comparez avec ceux de l’autre gauche Benoit Hamon, les drapeaux français sont désormais de sortie ! Les couleurs des partis ? réduction au minimum. Comme si le candidat n’était plus au service d’un parti et de ses cadres – contrairement à la plupart des autres candidatures (illustration parfaite avec les rassemblements B. Hamon où les quelques « bleu blanc rouge » sont noyés par les drapeaux du PS, des écologistes, du PRG, d’associations). Comme si parler de la France et de la nation française ne serait pas simplement réservé à la droite et à l’extrême droite. Dans la voix, Jean-Luc Mélenchon se réfère donc à la nation, à sa force, à sa protection. Pour lui, le peuple ce n’est plus simplement la base ouvrière, c’est toute la composante de la société. On nait Français, que l’on soit riche ou pauvre et on fait tous partie de ce corps unique. Rien d’étonnant, on pourrait voir en lui quelques postures gaulliennes. Quitte, d’ailleurs, à embarrasser son allié, le Parti Communiste. Qu’à cela ne tienne, Jean-Luc Mélenchon ne veut pas simplement retrouver l’électorat populaire, il veut représenter la nation !

Combattre la fracture sociale dans un pays qui s’enrichit

Les lois Macron et El Khomri, du quinquennat Hollande, ont confirmé la politique sarkozyste : la France se mettant au service de l’enrichissement des plus hauts revenus, afin d’attendre d’eux un retour sur investissement. Conséquence : jamais les millionnaires et milliardaires se sont autant enrichis. Jamais les classes les plus faibles n’ont été aussi pauvres. Jamais la classe moyenne n’a autant financé les politiques publiques. Nous vivons dans une violence sociale telle que les emplois se précarisent. Pour que la pilule passe, les gouvernants (du PS aux ex-UMP/LR, en passant par E. Macron) n’emploient pratiquement plus les mots de précarité ou de licenciements. Ils utilisent principalement un vocabulaire bien choisi et guidé par le monde du grand patronat : flexibilité, souplesse, plans sociaux, restructuration… Pendant ce temps, les inégalités entre classes sociales ne font qu’empirer. Et dans les classes d’âge, qui paient ce lourd tribu ? Les jeunes ! Eux qui doivent être le poumon et l’avenir de notre République ! Et qui de mieux, dans les paroles, que J-L. Mélenchon pour affirmer une nouvelle voie. Pourquoi pas la troisième ? Celle d’une France capable de cultiver son propre modèle, sans faire dans le filet d’eau tiède. Quoi de plus juste que d’assurer un plafonnement des très hauts salaires (1 à 20). E. Macron et F. Fillon menacent : les riches partiront, et changeront de nationalité. Quelle tristesse de penser qu’un riche pense d’abord à sa fortune avant de penser à sa citoyenneté. Pour citer Jean-Luc Mélenchon : « Je fais le pari de penser (…) qu’on n’emmène pas la patrie à la semelle de ses souliers. » La France a des droits et des devoirs vis-à-vis de son peuple, riche ou pauvre, celui-ci a également des droits et des devoirs vis-à-vis de son pays.

Pour une France forte, dans une Europe faible

Rien d’étonnant, dès lors, que Jean-Luc Mélenchon ait évolué dans son idée européenne. Oui, l’Union Européenne doit être transformée ! Aller au bras de fer avec l’ordolibéralisme allemand ? Jean-Luc Mélenchon peut le faire. Il n’est ni le président faible, incarné par François Hollande, ni le fusible grec, Alexis Tsipras. La France est encore forte et il entend bien tout renégocier. L’Allemagne ne veut pas d’une refondation de la BCE et de l’Euro ? A bon entendeur, salut l’Euro ! Qui peut aujourd’hui dire que J-L. Mélenchon n’ira pas jusqu’au bout de cet engagement ? Vous conviendrez qu’il n’est pas homme de compromis quant à la violence sociale exercée par les lobbies, les multinationales, les délocalisations, le marché économique déloyal de la zone, les directives sur les travailleurs détachés, la concurrence des bas salaires des pays de l’est, etc.

Pour l’OTAN, là aussi, sa vision est clairement gaulliste et il ne s’en cache pas. Il veut sortir du commandement intégré. Cette politique de défense qui lie la France (et l’Union Européenne) avec la ligne américaine. Encore une fois, qui peut argüer que les Etats-Unis ont joué le gendarme de la justice sur la scène internationale ? Il n’y a qu’à voir le bourbier au Moyen et Proche-Orient. Et que dire de la coalition en Libye, où la France de Nicolas Sarkozy et de François Fillon a été complice d’une boucherie, laissant le pays aux mains de tribus, souvent islamistes.

La culture, l’école : qui en parle avec force, si ce n’est Jean-Luc Mélenchon ?

Cela peut paraître annexe dans un projet politique mais l’école est détruite. Détruite par les réformes « pédagogistes », en accord avec la stratégie de Lisbonne de 2000. Elles ont été mises en application une première fois par François Fillon en 2004 (avec la loi d’orientation) et confirmées brutalement par la réforme collège 2016. Cette école qui ne vise plus à éduquer des citoyens éclairés mais de laisser le soin aux parents, les plus fortunés, de payer des cours particuliers à leurs enfants, pour que ceux-ci puissent acquérir les savoirs fondamentaux. En effet, la réforme collège 2016 a entraîné la réduction d’heures pour l’histoire, les mathématiques et le français. Des matières fondamentales en partie remplacées par des cours d’animation, encore peu compris par la majorité des enseignants, les EPI. Ceci n’est qu’un aperçu de la destruction progressive de l’école. Ainsi, Jean-Luc Mélenchon propose logiquement d’abroger la réforme collège 2016.

Enfin, qui, de nos candidats, parle réellement de culture ?

Et bien, Jean-Luc Mélenchon est peut-être le seul à avoir compris l’enjeu d’une nouvelle forme de culture, de plus en plus convoitée, source de futurs emplois : les jeux vidéo. La France peut-être l’un des leaders dans le domaine. Aujourd’hui, elle subit encore les attaques de conservateurs qui voient, dans les jeux vidéo, un simple joujou. Je vous laisse apprécier les réalisations de certains studios : Half-Life, Mass Effect, Bioshock, Max Payne ou encore, pour prendre deux exemples français, Assassin’s Creed et Another World. Ces jeux, dignes de films, sont loin de la caricature généralement faite. A la Renaissance, le théâtre était moqué, au XXe siècle l’arrivée du cinéma parlant subissait les réticences de salles parisiennes et des intellectuels. Les jeux vidéo font partie d’une nouvelle forme de culture, à ne pas négliger.

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Juppé serait sur le point d’accepter de succéder à Fillon qui va se retirer, nous dit-on. Cela m’inspire quelques lignes acerbes à son sujet…

juppe-a-la-une-de-causeur-le-pire-dentre-nous
Alain, si tu prends la suite de François, attends-toi à une belle adversité, notamment de notre part, nous qui sommes militant-e-s de la France insoumise. Mais pas que…
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Pourquoi dis-je cela ? Parce que, vois-tu, nous n’avons RIEN oublié des deux ans que tu as passés comme Premier ministre, de 1995 à 1997. Cette courte période a beau être de l’histoire ancienne, nous l’avons toujours clairement ancrée en nous.
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 Et comme on le dit ailleurs, « Ni oubli, ni pardon » !

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Nous nous souvenons très bien de tout ce que tu as fait pendant ces deux années-là. Mais aussi de tout ce que tu n’as PAS fait, et que tu aurais pourtant dû faire pour rester fidèle au projet politique porté par Chirac lors de la campagne présidentielle et qui fut approuvé par les Français le 7 mai 1995. Or, ce projet, tu l’as allègrement saboté, en quelques semaines à peine, avant d’y porter le coup de grâce en septembre de cette année 1995, avec cette intervention à la télévision où tu as décidé de faire ton tournant de la rigueur et de mener une politique axée principalement sur la réduction des déficits et la dette, alors même que Chirac, pendant sa campagne du printemps, avait prétendu qu’il ferait l’inverse.

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Il nous avait dit que la lutte contre les déficits et la dette ne seraient efficace qu’avec un retour massif des gens au travail. Chirac disait aussi que « la feuille de paie n’était pas l’ennemie de l’emploi ». Il nous avait expliqué alors, reprenant une logique politique de gauche et s’opposant en cela à Balladur qui, lui, défendait la vision traditionnelle de la droite, que la dette et les déficits résultaient du chômage et non l’inverse. Il avait aussi promis de lutter pour « réduire la fracture sociale ».
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Tout cela, tu y étais opposé mais tu ne le disais pas, bien sûr. Toi, tu ne pensais le sujet que via l’idéologie habituelle de la droite et ça s’est vu très vite dès que tu fus à la tête du gouvernement. Tes premières décisions marquèrent les esprits. Tu ne serais pas le chef d’orchestre du retour à une politique « gaulliste » d’économie mixte. Tu serais le chantre du libéralisme qui commençait à imprégner toutes les têtes, même celles que l’on pensait impropres à être ainsi conditionnées.
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Sans compter par ailleurs ton attitude arrogante, hautaine, méprisante envers toute personne osant te contredire, et ton tempérament despotique à l’égard de toute personnalité, y compris de ton propre gouvernement, qui ne marchait pas sous tes diktats. De Madelin que tu viras sans ménagement dès juillet, pour des raisons officielles tout à fait différentes de celles qui guidaient ta décision, à toutes ces femmes que tu avais faites ministres en mai 1995 mais que tu as très rapidement évacuées du gouvernement, beaucoup se souviennent de toi comme de quelqu’un à qui on aurait envie de mettre des baffes par paquet de 12.
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Et je ne cause pas de l’affaire de l’appartement de ton fils qui t’a fait te raidir encore davantage que tu ne l’étais, toi qui te disait « droit dans tes bottes ». Te rends-tu compte de la symbolique martiale (pour ne pas dire plus) de cette saillie ? Et sur le fond de l’affaire, de ce que signifiait, pour les millions de Français qui galéraient, de découvrir les avantages indus dont toi et les tiens bénéficiaient ?
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Et, te souviens-tu de ce que tu as dit aussi à propos de Thomson que tu voulais donner pour un franc symbolique ?
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Et avec tout le reste de ton action pendant deux ans, on pourrait écrire plusieurs volumes sans réussir à être exhaustif sur les critiques que tu mérites.
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Jusqu’à présent, je te causais d’un point de vue que l’on peut dire « de gauche » mais vois-tu, Alain, tu as ceci de singulier qu’il n’y a pas que la gauche de l’époque – ni celle d’aujourd’hui d’ailleurs – qui a des raisons de t’en vouloir, notamment à cause de la « réforme » des retraites que tu as voulue imposer alors…
Il y a aussi une bonne partie de la droite (celle de l’époque comme celle d’aujourd’hui) qui se trouve dans le camp de tes adversaires. Notamment beaucoup de ces gens que l’on appelait « compagnons » dans votre camp. Ces gaullistes au sens propre du terme, qui te voyaient, à juste titre, comme l’un des principaux cerveaux de la destruction méthodique du gaullisme politique, un de ses fossoyeurs !
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Tout le temps où tu as conseillé, assisté, drivé, secondé Chirac, bien avant même que tu ne sois désigné par lui Premier ministre en mai 1995, tu étais déjà de ceux qui s’employaient à tuer le gaullisme depuis ta place de secrétaire général du RPR. Et tu as amplement réussi ta mission. Puisque les principaux idéaux du gaullisme furent abandonnés par la droite au point que Le Pen put reprendre à son compte la défense de la souveraineté et que, l’ayant reprise, plus personne n’osa plus la lui contester pendant deux décennies. Il faut dire que la gauche populaire aussi s’était mise à penser à la mode du temps : libéralisme et Union européenne…
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Ton principal rival d’alors n’était pas Édouard Balladur contrairement à ce que tu disais à mots couverts, mais bien Philippe Séguin. Car toi, tu étais bien alors un « balladurien » infiltré en « chiraquie » pour faire en sorte que Chirac en 1995 ne soit pas un candidat incarnant un retour au « gaullisme » mais plutôt un défenseur de la « réforme » comme on disait alors, et du « progrès » que devait permettre l’Union européenne.
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Oui, tu as été un traître de haut vol pour le gaullisme puisque la masse des soutiens de Chirac en 1995 voyaient en lui la garantie d’un retour à l’esprit gaulliste, aussi bien dans la politique internationale et européenne de la France (avec un autre discours à l’égard de la construction européenne et une autre géopolitique que celle qui commençait à être mise en oeuvre par la France), que dans la politique intérieure (où ils espéraient un retour à un capitalisme raisonnable, encadré par un puissant État régulateur) or ils virent, avec effarement, un Chirac basculant pleinement dans l’adoration du veau d’or européen et l’acceptation du nouvel âge du capitalisme. Oui, Chirac accepta sans broncher ce que TU lui as demandé : de renier ce qu’il avait dit, défendu et porté au cours de sa campagne électorale, laquelle était bien plus inspirée par la pensée de Philippe Séguin et celle d’Emmanuel Todd que par tes propres analyses. Mais eux étaient sincères, toi tu étais mystificateur !
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Ces « compagnons » qui ne virent pas venir la trahison politique que tu allais organiser, auraient dû être plus méfiants vu que dès septembre 1993, lors des universités d’été du RPR à Strasbourg, Chirac avait dit de toi, au milieu de son discours de clôture : « Juppé, le meilleur d’entre nous ».
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Cette formule avait une portée politique bien plus profonde qu’on ne le croyait et qu’on ne l’a dit alors. Ce n’était pas seulement, contrairement aux commentaires des observateurs, une marque de reconnaissance de Chirac pour celui qu’il voyait comme son fils spirituel ; c’était un aveu politique d’une tout autre ampleur. Chirac te donnait raison et désavouait ce faisant Philippe Séguin qui, lui, ramait à sens contraire par rapport à toi, et tentait de ramener Chirac vers le gaullisme dont tu l’éloignais. Lui prêchait le refus de la construction européenne telle qu’elle se faisait déjà quand toi tu l’approuvais. J’en veux pour preuve son discours magistral à l’Assemblée Nationale, en 1992, (2h25) contre le traité de Maastricht qu’il dénonçait et dont il avait compris quelles seraient les funestes conséquences quand toi, tu en chantais les louanges ! Il faut le réécouter aujourd’hui, ce discours de Philippe Séguin, pour se rendre compte combien il avait vu juste. S’il était encore vivant aujourd’hui, lui n’aurait pas à avoir honte de ce qu’il avait dit il y a maintenant 25 ans ! Et si Chirac avait préféré nommer Séguin plutôt que toi à Matignon, sans doute que le destin de la France en aurait été très différent.
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Le choix de Chirac fut donc d’évacuer Séguin et de rejeter cette « autre politique » qu’il défendait, et de faire de toi le principal acteur du destin de notre pays. Pour notre malheur !
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Or, toi, tu étais déjà un Européiste et un atlantiste convaincu, comme Balladur et Sarkozy d’ailleurs avec qui tu voulus très vite te rassembler une fois l’élection passée, ce qui, là encore, signifiait clairement combien tu  étais d’accord avec eux sur le fond, et donc, combien tu étais éloigné en réalité de la vision plus souverainiste et plus sociale que Chirac avait portée dans sa campagne, sous l’influence de Séguin.
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Toi, tu as soutenu tous les traités européens, notamment le TCE puis le scélérat Traité de Lisbonne qui le remplaça.
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Tu ne t’es pas opposé au retour dans l’OTAN voulu et décidé par Sarkozy, ce qui témoigne à quel point tu conchies le principe même de l’indépendance nationale qu’incarnait le gaullisme.
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Toi, prétendûment le « fils spirituel » de Chirac, tu n’as pas hésité à servir ensuite Sarkozy, son pire ennemi.
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Toi, prétendument l’ami politique le plus proche de Chirac et le plus loyal à son égard, tu l’as abandonné après que tu aies été condamné en justice. Et je me souviens même de plusieurs accusations que tu as proférées à son encontre dans la grande presse. Manifestement tu n’acceptais pas de subir cette condamnation à cause de lui.
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Mais s’il était coupable, tu l’étais aussi. Car ta fonction d’adjoint aux finances de la mairie de Paris ne pouvait faire de toi un innocent dans ce qui t’était reproché par la justice. Et tes fonctions éminentes au sommet du RPR ajoutaient à ta responsabilité première.
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Chirac n’a pas été condamné alors que tu l’as été ? Mais c’est le principe même de notre constitution qui le veut. Tu le savais et tu en as été le défenseur acharné. Alors tu dois l’être aussi pour cela.
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Et puis, alors que la justice de première instance t’avait infligé une peine de 10 ans d’inéligibilité que tu méritais, tu as bénéficié en appel d’une grande clémence puisque cette peine fut ramenée à un an et que tu as donc pu revenir assez vite au sommet du pouvoir : maire de Bordeaux, de nouveau à la tête du RPR devenu UMP, puis ministre de Sarkozy à des fonctions éminentes, puis finalement carrément candidat à la présidentielle… Tu es loin d’être un martyre politique parce que tu as pris un an d’inéligibilité. Tu es un des principaux acteurs politiques de ce pays depuis plus de 30 ans puisque tu as commencé ta « carrière » dans les années 80. Alors, de grâce, ne viens pas nous faire pleurer sur ton sort.

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Il y a une vérité, c’est que personne ne veut de toi. Si tu as été second à la primaire de ton camp, c’est parce que les gens de ton camp avaient à l’encontre de Sarkozy un ressentiment encore plus vif parce que son action à lui était plus récente et donc plus vive dans les têtes. Mais si Fillon a été choisi à ta place, ne crois pas un instant que ce soit parce que Fillon inspirait l’adhésion. Il était celui qui n’était ni Sarkozy, ni Juppé…

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Si Fillon finit pas dégager avant l’heure prévue, et que tu reviens en scène, tu vas, comme d’autres candidats, subir les conséquences dommageables de la colère du peuple français, qui va exprimer le 23 avril et le 7 mai, un message dégagiste !  Et il l’exprimera d’autant plus violemment qu’il aura l’impression qu’on veut lui imposer de force ce qu’il a déjà clairement exclu…

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Si le destin calamiteux de la droite actuelle te donne envie de revenir faire un tour de piste, réfléchis bien à ta décision avant de la prendre. Dis-toi bien que ce tour de piste-là sera le dernier. Et tu n’attraperas pas la queue de Mickey… Si tu auras peut-être le soutien de quelques centristes de l’UDI ou d’ailleurs, je doute fort que tu rassembles davantage à droite que Hamon ne le fera à gauche… Et la gauche n’est pas avec toi. Quand je dis la gauche, je parle de la gauche, pas de la 2ème droite de Valls et Macron !

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Pourquoi un tel rejet de ta personne ?

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Parce que tu es là depuis trop longtemps : pas loin de 40 ans. Il est un temps où il faut passer la main. Et si tu ne le comprends pas de toi-même, on te l’expliquera par le scrutin !

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Parce que tu ne peux inspirer confiance vu que toi, tu as déjà été condamné en justice. Et il n’est pas question pour nous d’élire Président un repris de justice ! Quand bien même tu ne t’es pas enrichi personnellement via les délits que tu as commis, tu n’en restes pas moins un délinquant de haut vol. Tu n’as plus ta place dans les institutions de la République. On ne peut inspirer la loi quand on est le premier à la violer ! On ne peut diriger les autres quand on ne sait pas se conduire soi-même !

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Parce que tu incarnes l’atlantisme et l’européisme !

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Parce que tu ne penses pas en-dehors du cadre capitaliste et anti-social !

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Parce que tu n’a pas les mots et le comportement à l’égard des Français qui pourraient nous inspirer des sentiments de respect et de bienveillance à ton égard. On récolte toujours ce qu’on sème, Alain !

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Ton heure de gloire est derrière toi maintenant. Ton temps est fini. Profite de ta mairie le temps que les Bordelais acceptent encore que tu sois le locataire du Palais de Rohan, car cela aussi pourrait bien prendre fin assez vite !

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Si tu veux éviter les affres de l’humiliation, reste loin, très loin, de cette élection présidentielle. Tu as dit plusieurs fois que tu ne prendrais pas la suite de Fillon. Honore ta parole pour une fois et montre que sur ce point, tu as un peu plus d’honneur et de dignité que ton rival de la primaire !

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Bientôt les « boys » de retour sur le sol français ?

Le Président de la République, François Hollande, s’apprête à autoriser les légions de l’Empire états-unien à revenir s’installer dans des bases militaires sur le sol de la République française alors que le général De Gaulle les en avait éjectées en 1966, dans une décision courageuse et géniale qui était en quelque sorte une déclaration d’indépendance.

De l’extrême gauche à la droite “gaulliste” en passant par presque toutes les nuances de la gauche et de la droite, nous savons à quel point les États-Unis sont un empire malfaisant, fauteur de guerres ouvertes et larvées au seul bénéfice de leur caste oligarchique et ce depuis plus de 200 ans qu’ils existent.

L’opinion du peuple français est très largement hostile à cette puissance belliciste. C’est pourquoi la décision de 1966 ne provoqua d’émoi que dans les sphères atlantistes, c’est-à-dire dans ces allées du pouvoir qui n’avaient pas été entièrement épurées après l’épisode de Vichy.

Cette puissance souvent ouvertement malfaisante est aussi, en coulisse, via sa CIA et la galaxie de l’État profond, l’organisateur, le facilitateur et le logisticien de centaines, voire de milliers, de coups d’État et d’assassinats de dirigeants dans le monde entier depuis au moins 70 ans !

Les guerres menées par les États-Unis, depuis les génocidaires “guerres indiennes”, ont causé la mort de dizaines, voire de centaines de millions de personnes depuis que cet État voyou et terroriste existe sur la scène mondiale.

En outre, l’alliance de poids et de longue date entre les États-Unis, Israël et l’Arabie Saoudite pour ne citer que ces deux alliés-là, font que ces trois puissances menacent en permanence la paix du monde. Mais ces menaces ne sont pas que des menaces puisque depuis des décennies, la guerre est permanente avec des conflits ouverts en tel ou tel endroit du monde.

De Gaulle savait pourquoi il avait exigé le départ des forces armées américaines de notre sol et le retrait simultané de la France du commandement intégré de l’OTAN. En faisant cela et en ayant doté notre pays d’une force de dissuasion nucléaire autonome, il nous a protégés de toute agression venue de l’Empire, comme il nous a protégés de toute vassalisation. Mais après son départ, dès Pompidou, la politique diplomatique française a recommencé à s’assouplir vis-à-vis des États-Unis et à être beaucoup plus accommodante avec les caprices et les folies guerrières et impériales des État-Unis.

Chirac sut maintenir, pendant sa présidence de 12 ans, une certaine flamme française autonome comme en témoignent deux décisions très mal vécues par les dirigeants états-uniens:

1/ d’une part le refus que Chirac (alors Premier ministre de la première cohabitation) a opposé au Président Reagan en 1986 quand le Président des États-Unis a demandé à la France de pouvoir survoler notre territoire à l’occasion de l’expédition punitive contre la Libye de Kadhafi.

2/ d’autre part, bien sûr, le refus de soutenir la guerre en Irak de Bush fils et le combat diplomatique que la France mena alors pour convaincre nombre de pays, notamment d’Afrique, de refuser de voter à l’ONU la résolution présentée par les États-Unis. On se souvient de la grandeur de notre pays incarné alors par le ministre des Affaires étrangères du moment, Dominique de Villepin.

Pendant ces années où la France disait “Non” aux États-Unis, toute une série de leaders défilaient à l’ambassade des États-Unis à Paris pour dire tout leur mépris de “l’arrogance française” et leur soutien aux positions des États-Unis. Parmi ces gens, il y en avait qui étaient dans des fonctions de pouvoir et cela fait que leurs actes sont donc constitutifs du crime de haute trahison (certes opportunément supprimé de la constitution française par Sarkozy devenu Président de la République en 2007). Lui, justement, fut de ces traîtres à la “patrie républicaine des Français” pour reprendre une expression chère à Jean-Luc Mélenchon. Mais il était un parmi beaucoup, beaucoup d’autres. Ces Atlantistes et ces traîtres pullulaient par exemple au P.S. Un certain Pierre Moscovici en fut avec pas mal d’autres “socialistes”…

Cette flamme française qui brûlait indépendamment des volontés impériales et guerrières états-uniennes, c’est Sarkozy devenu Président qui l’a éteinte.

Et c’est Hollande qui, après avoir fait, à son tour, acte de subordination dès le lendemain de son élection à la Présidence de la République française (on se souvient avec rage et dégoût de son voyage à Washington pour le sommet de l’OTAN), est sur le point d’effacer totalement l’indépendance française, déjà largement entamée tant sont nombreuses et béantes les entailles à notre souveraineté.

Quand on examine aujourd’hui la situation globale, avec ce que nous fait déjà subir l’Union européenne, et avec la menace de plus en plus proche de vivre l’immense régression qu’engendreront le TAFTA et les autres traités du même ordre en cours de discussion, si en plus les forces armées de l’Empire malfaisant reviennent durablement sur le sol français, cette fois, nous serons devenus pour de bon un simple dominion qui n’aura même plus les pouvoirs d’un État fédéré des États-Unis.

Là franchement je commence à avoir la trouille !

C’est le peuple français tout entier – et pas seulement une fraction, un parti ou un clan politique – qui va devoir se lever pour de bon ! L’heure est gravissime !

Il va vraiment falloir refonder un nouveau CONSEIL DE LA RÉSISTANCE ET DE LA RECONQUÊTE !

Post-scriptum: Nous sommes le peuple souverain et seul ce que nous avons adopté par référendum peut être valable. Tout ce que l’on nous impose depuis des années, fusse par des voies “légales”, sera, en son temps, déclaré comme “nul et non avenu” car ce que le peuple a décidé, seul le peuple peut décider de le défaire. Par exemple, bien que la constitution ait été expurgée du crime de “haute trahison”, comme le peuple français n’a pas eu à se prononcer sur ce point, il n’a pas autorisé cette suppression alors qu’en 1958 il avait très largement approuvé la constitution qui le prévoyait. Donc, nous considérons que cette disposition constitutionnelle d’ordre pénal vaut toujours. Je suis juriste et je n’ignore pas le principe fondamental de la légalité des délits et des peines selon lequel une personne ne peut être jugée et condamnée que pour un acte qui, au moment où il a été commis, était puni par la loi. Ce principe s’oppose donc, a priori, à la possibilité qu’aurait le peuple français de juger et de punir un dirigeant pour crime de haute trahison pour des faits commis depuis que cette incrimination a disparu de la constitution. Sauf qu’aucun principe, fut-il fondamental, ne saurait contraindre le peuple. Lui seul est souverain et si le principe en question s’oppose à sa volonté, c’est le principe qui sera écarté ou à tout le moins refondé.

Que les dirigeants d’hier, d’aujourd’hui et de demain (jusqu’à ce que nous ayons repris entièrement notre pouvoir souverain) sachent que rien ne les mettra à l’abri de notre courroux et du fait qu’ils auront à rendre compte, indépendamment de tous les artifices juridiques qu’ils peuvent mettre en oeuvre pour se protéger.

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Sources documentaires

Article dans RT

Article dans Causeur

Article dans le Figaro

Article dans L’Humanité

Article du PRCF* sur Agoravox (PRCF : Pôle de Renaissance Communiste en France ; leur site ; leur page Facebook)

Article d’Hélène Nouaille sur le blog de Lucien Pons

Article du parti UPR (Union Populaire Républicaine)

Pourquoi le FN ne passera pas par moi (2/2) – Par Laurent Pinsolle (Debout la République)

Après avoir étudié pourquoi je pense qu’il n’est ni paradoxal, ni contre-productif de s’opposer au FN quand on est gaulliste, du fait d’une différence fondamentale de philosophie politique, il faut ajouter un problème de personnes puisque la famille Le Pen est profondément extrémiste, démagogue et pas sérieuse.

Le FN, c’est l’extrême-droite

Attention, je tiens bien à préciser que cela ne signifie pas que les électeurs de ce parti sont d’extrême-droite. Pour paraphraser Todd, les électeurs du FN sont malheureux et en colère contre les dirigeants de notre pays. Et ceci est bien légitime. Le parti de la famille Le Pen n’est que le réceptacle du malheur et de la colère des Français, d’où le fait qu’il soit devenu un vote social et que son niveau soit si corrélé au niveau du chômage. D’ailleurs, il n’est pas inintéressant de constater ici que même les électeurs du FN ne sont pas fondamentalement convaincus qu’il ferait mieux que le PS et l’UMP… Mais la chance de ce parti (qui fait le malheur de notre pays), c’est le bilan absolument désastreux des deux grands partis qui se partagent le pouvoir depuis maintenant 40 ans. Le FN est le réceptacle du malheur et des espérances déçues des français, comme l’a également soutenu Gaël Brustier dans Figarovox.

Bien sûr, Marine Le Pen a mis en place une stratégie de dédiabolisation pour casser le plafond de verre auquel s’était heurté son père. Les années de crises lui apportent plus d’électeurs, d’autant plus que les médias véhiculent cette histoire, comme lors de la récente passe d’armes après la répugnante déclaration de son père sur Patrick Bruel. Sa réaction, ainsi qu’une purge superficielle, accrédite, pour certains, la normalisation du FN. Mais, il suffit de creuser un peu pour se rendre compte qu’il s’agit d’une pure fiction, au point que l’on peut se demander si les passes d’armes familiales ne sont pas sciemment organisées pour servir le développement du parti. Après tout, si Marine Le Pen était si choquée par les dérapages de son père, auxquels elle trouvait du charme il y a 4 ans, pourquoi lui confier la tête de liste dans le Sud-Est ? Car quel parti, sinon un parti extrémiste, pourrait continuer à arborer un logo (la flamme tricolore), hérité des nostalgiques de Mussolini ? L’hommage à Dominique Venner est tout aussi troublant, comme les comparaisons hasardeuses avec le nazisme, qui tendent à le trivialiser, le dernier exemple en date étant les déclarations de Marine Le Pen sur la comparaison entre le Coran et Mein Kampf.

Toute la philosophie du FN repose sur une pensée fondamentalement nationaliste (et non patriote), qui est le point commun de tous les mouvements d’extrême-droite depuis un siècle. Et on peut parler de xénophobie latente quand on constate les déclarations outrageuses sur les musulmans ou la proposition incroyablement anti-républicaine de n’accepter la binationalité que pour les personnes d’origine européenne, qu’avait faite Marine Le Pen. On peut également penser aux innombrables dérapages du père Le Pen (sur la tuerie en Norvège, la crise du porc attribuée au lobby musulman, l’ebola en Afrique, la fournée Patrick Bruel), mais aussi de la fille (sur l’Occupation des rues) et bien d’autres membres de ce parti (sur Christiane Taubira). Et quand on ajoute tous les liens de ce parti avec les mouvances les plus extrêmes, ou les hommages à Bastien Thiry, l’organisateur de l’attentat du Petit Clamart, publiés sur le site de Louis Aliot, comment nier aujourd’hui que le FN est bien un parti d’extrême-droite ?

D’ailleurs, il est symptomatique que Marine Le Pen voue une admiration répétée pour Vladimir Poutine. Car si le président de la Russie a raison de défendre les intérêts de son pays et de refuser une vision du monde qui tourne autour des Etats-Unis, il faut quand même reconnaître qu’il n’est pas un démocrate modèle, ce que le traitement de l’opposition et des médias dans son pays démontre. Marine Le Pen, comme bien des personnes d’extrême-droite avant elle, semble confondre l’autorité et l’autoritarisme, comme le montrent d’ailleurs les propos inquiétants qu’elle a tenus sur la façon dont elle traiterait l’opposition si elle venait à gagner le pouvoir. Je ne crois pas que les dirigeants du FN soient des démocrates sincères. Et soit dit en passant, il n’est pas inintéressant de constater que la fille a succédé à son père à la tête du mouvement, phénomène extrêmement rare, pour ne pas dire plus, dans des formations politiques démocratiques et qui renvoie bien davantage aux us et coutumes des régimes totalitaires.

Démagogues en chef

L’autre point qui pose problème avec les dirigeants du FN, c’est leur démagogie crasse. On peut être pour une réduction forte de l’immigration, viser un solde net proche de zéro, du fait des problèmes actuels, sans pour autant tomber dans la xénophobie et le mensonge. C’est la position que j’essaie de tenir (de même que celle de DLR et NDA, il faut le reconnaître). D’où la différence entre vouloir réduire les flux bruts d’entrée d’environ 50% ou de 95%… Mais si on admet que 10 000 entrées par an dans le territoire, cela signifie qu’il faudrait refuser plus de 80% des 60 000 étudiants étrangers qui viennent chaque année en France, et qui amènent argent et influence à notre pays. Mais surtout, pourquoi mentir de manière si outrageuse, quand Marine Le Pen soutient que la France est championne d’Europe de l’immigration alors que notre pays admet depuis 15 ans bien moins d’immigrés que nos voisins immédiats, Allemagne, Italie, Espagne ou Grande-Bretagne, dans un rapport allant en général d’1 à 3.

De même, Marine Le Pen évoque un coût de l’immigration de 35 à 70 milliards d’euros par an. Mais si on se base sur les travaux réalisés par Jean-Paul Gourévitch, dont le FN s’est plusieurs fois réclamé, on constate que le coût net de l’immigration est plutôt compris entre 10 et 15 milliards d’euros par an, ce qui est confirmé par les travaux récents de l’OCDE. Ce mensonge, dont on ne peut pas croire qu’il ne soit pas conscient tant il s’agit du sujet phare de ce parti, démontre que Marine Le Pen prend les Français pour des imbéciles, puis qu’elle ne recule devant rien pour stigmatiser les immigrés. Encore un trait caractéristique de l’extrême-droite, soit dit en passant. Pour moi, ceci montre qu’elle n’est qu’une politicienne comme ceux qui fourmillent au PS et à l’UMP, prêts à dire tout et n’importe pour arriver à leurs fins.

Enfin, comme l’a bien rappelé Natacha Polony, il faut bien noter que le FN a fait un 180° complet pour une partie de son programme, ce qui, étant donnée la démagogie de ses dirigeants, permet de questionner la sincérité d’un tel changement. En 2002 et en 2007, ce parti tenait un discours néolibéral de baisse drastique des dépenses publiques et de l’impôt sur le revenu ou de privatisation des services publics. Comment croire le virage récent, d’autant plus que Marine Le Pen montre une maîtrise plus que superficielle de ces sujets ? Si elle avait fait un travail d’aggiornamento intellectuel, elle serait capable de répondre avec robustesse à tous ceux qui questionnent certains éléments de son programme. Son manque de maîtrise de ces sujets créé un doute légitime sur la sincérité de ce changement. Ne vaut-il pas mieux faire confiance à ceux qui ont fait preuve d’une véritable droiture intellectuelle sur ces sujets ?

Bref, à tous ceux qui font mine de ne pas comprendre pourquoi je m’oppose au FN, voici deux papiers qui montrent que j’ai beaucoup de raisons de m’y opposer. Mon rejet repose sur une collection de faits et de déclarations consignés depuis des années et qui disqualifient ce parti pour l’exercice du pouvoir.

Face aux mutations de l’UMP et à l’importance grandissante du FN, quel positionnement pour DLR ? – Par « Cochin »

Ce billet a été publié en qualité d’invité sur le blog de Laurent Pinsolle (lien : http://www.gaullistelibre.com/2014/06/face-aux-mutations-de-lump-et.html)

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Les délires néolibéraux du châtelain Fillon

L’interview accordée récemment par François Fillon au Telegraph ne fait que tristement confirmer les craintes que l’on pouvait avoir sur les évolutions de l’UMP, dont des membres de plus en plus nombreux revendiquent un néolibéralisme décomplexé. Lors du même entretien, l’ancien premier ministre affirme ainsi tout d’abord que les universités françaises sont des « foyers de marxisme » avant de regretter que « la France n’ait jamais eu de révolution thatcherienne ».

François Fillon raisonne ici, comme bon nombre de néolibéraux, avec plusieurs décennies de retard. Pour que les universités françaises soient un foyer de marxisme, il faudrait que les étudiants d’aujourd’hui lisent encore Marx ou ceux qu’il a inspirés, ce qui n’est clairement plus le cas (je me rappelle encore à ce sujet l’étonnement de mon professeur de khâgne à Louis-le-Grand quand il s’était aperçu il y a quelques années que seule une petite poignée d’élèves avaient lu de manière un tant soit peu poussée les oeuvres de Marx).

Bref, François Fillon se contente ici de reprendre de vieux poncifs qui ne renvoient plus à aucune réalité – et l’on pourrait d’ailleurs le regretter car le marxisme, au-delà de tous les problèmes qu’il pose, avait au moins le mérite d’offrir à certains un cadre de pensée cohérent et rigoureux qui leur permettait de mener une réflexion qui ne soit pas simplement superficielle sur l’état de notre société.

L’ancien premier ministre a en réalité très probablement vu dans la dénonciation des « foyers de marxisme » une façon de s’attirer sans trop d’efforts les sympathies de la frange la plus à droite de l’électorat de l’UMP. Échouant depuis deux ans à obtenir la direction de son parti en se livrant à une véritable réflexion sur les causes de la crise française, le voilà bien décidé à s’en emparer en conquérant la notoriété de l’infamie.

C’est d’ailleurs bien ce que montre l’éloge obscène rendu à celle qui fut responsable de l’un des pires drames sociaux qu’ait connu un pays d’Europe occidentale depuis 1945, poussant dans la misère des millions d’ouvriers. Mais soyons tout de même bon joueur et admettons à la décharge du châtelain Fillon qu’un tel drame n’a pas touché l’ensemble des Britanniques : bien loin de pâtir des années Thatcher, la City, et plus généralement les classes les plus riches, virent leur pouvoir se renforcer. En clair, la rigueur à laquelle aspire l’ancien premier ministre ne concernera que les classes populaires et les classes moyennes.

Ces déclarations de François Fillon, qui s’ajoutent à bien d’autres et ont depuis été encore confirmées lors de sa dernière conférence de presse2, illustrent un mouvement global des principaux cadres de l’UMP, qui accentuent leurs penchants néolibéraux. Que n’entend-on pas à ce sujet sur le temps de travail ou sur la création d’un SMIC spécifique pour les jeunes ? Des hommes comme Laurent Wauquiez (le brillant politicien selon lequel le rejet du référendum de 2005 est dû à la volonté des Français de voir clairement affichées les racines chrétiennes de l’Europe dans la constitution3) participent depuis plusieurs années de cet infléchissement de la ligne de l’UMP vers un antiétatisme (s’appuyant en premier lieu sur le rejet de l’impôt) qui n’a pourtant pas toujours caractérisé l’ensemble de la droite française.

Pour ne pas se retrouver asphyxié entre l’UMP et le FN, DLR doit éviter le piège de la droitisation

Au moment où l’UMP accentue son libéralisme économique tout en se rapprochant de l’extrême-droite sur certaines questions, sous l’influence notamment de la Droite forte, il importe de s’interroger sur le positionnement politique actuel de Debout la République. Autant le dire clairement, si j’ai voté en mai dernier pour la liste soutenue par ce parti, ce ne fut pas avec un enthousiasme sans limite mais seulement parce qu’elle me semblait incarner la plus claire proposition de rupture avec l’Union européenne (c’est-à-dire la construction européenne, dans la forme néolibérale avancée qu’elle a prise depuis le début des années 1990).

Sympathisant de DLR depuis sa création, j’ai à chaque fois que cela était possible apporté ma voix à ce parti. Il y a plus d’un an, j’ai même choisi, après avoir longtemps hésité, d’en devenir adhérent. L’élément qui a poussé cette adhésion était un billet de Nicolas Dupont-Aignan publié au moment de la mort de Chavez, billet qui, tout en signalant les défauts du chavisme, rappelait que celui-ci avait incarné « une révolte contre le défaitisme d’Etat incapable de promettre à ses enfants autre chose que la misère »4. Un tel billet paraissait sur le coup témoigner d’une véritable pensée « gaulliste sociale » (l’emploi des guillemets s’impose parce que l’expression a aujourd’hui perdu en grande partie de son sens : s’en réclament aussi bien François Fillon que Laurent Wauquiez), par l’hommage rendu à un homme qui, s’il n’était sans doute pas parfait, avait au moins eu le mérite de soulager une partie de la pauvreté de ses concitoyens par la redistribution d’une part importante de la rente pétrolière (il faudra à ce sujet un jour se demander sérieusement pourquoi des journaux comme Le Monde ou Le Figaro, qui publiaient très régulièrement des articles pour critiquer l’état de démocratie dans le Venezuela chaviste, s’inquiétaient dans le même temps beaucoup moins des conditions de la vie politique dans les pétromonarchies du Golfe).

À mes yeux, un souverainisme qui concentrerait toute son attention à la seule question européenne en délaissant la question sociale est voué à l’échec. Toute réflexion politique sérieuse sur la crise de notre pays doit sans cesser articuler ces deux questions, qui tout en étant intimement liées du fait du caractère néolibéral de l’Union européenne, ne sont pas exactement les mêmes. Ceci est d’autant plus fondamental que ce sont bel et bien les classes qui souffrent le plus dans le contexte actuel qui sont celles auprès de qui le discours de Debout la République est le plus à même de porter.

Renforcer le caractère social de son discours, voilà ce que devrait faire Debout la République, au lieu de dénoncer, comme dans les tracts des dernières élections européennes, la « bureaucratie » et l’« assistanat ». Il faut d’ailleurs noter à ce sujet que : soit le chômage est principalement lié à l’euro et aux politiques économiques menées depuis trente ans et dans ce cas là dénoncer l’assistanat (qui est un phénomène marginal) est un contresens ; soit il est dû à la fainéantise de certains, mais dans ce cas on ne peut plus accuser l’euro ou les politiques néolibérales d’être la cause des maux dont souffre l’économie française.

À l’heure où l’UMP adopte un positionnement de plus en plus droitier et où le Front national voit son audience croître, Debout la République se retrouverait en réalité bien vite asphyxié entre ces deux partis s’il choisissait d’opter pour une ligne plus à droite que celle qu’il a suivie par le passé. Le mouvement prendrait par ailleurs le risque de se couper définitivement des souverainistes de partis plus à gauche, avec lesquels il devra pourtant un jour s’allier s’il veut rassembler une majorité de Français. Si à court terme, une telle ligne pourrait donc permettre de récupérer quelques électeurs, en profitant de la crise – provisoire – de l’UMP, elle condamnerait par la suite le parti à végéter à des niveaux qui furent ceux de l’ancien MPF.

Gageons que Nicolas Dupont-Aignan ne fera pas une telle erreur.

Réponse à l’article sur la participation gaullienne de Luc Bouchinet de DLR, du 22-12-2012

L’article de Luc Bouchinet auquel je réponds dans le billet ci-dessous, est accessible ici :

https://vivelasixiemerepublique.wordpress.com/2012/12/18/la-participation-une-ambition-sociale-et-morale-gaullienne-par-luc-bouchinet

Voici un article très intéressant pour le Républicain que je suis. Tellement intéressant, tellement raisonnant aussi à mes oreilles, à mon esprit au regard de l’époque que nous vivons, que j’ai décidé d’y répondre.

Bien que je sois un militant du Parti de Gauche (depuis près de quatre ans), ou plutôt peut-être même, paradoxalement, parce que je suis un militant du Parti de Gauche, je me retrouve dans l’essentiel de ce texte. À quelques nuances plus ou moins importantes près que je vais présenter plus loin…

Il ne me surprend pas de constater de telles convergences  entre les « Gaullistes », j’entends les vrais, pas les guignols actuels de l’UMP qui osent encore, pour certains tout du moins, se dire « gaullistes » et qui sont parfois définis comme tels par les médias. Ce n’est pas aux fossoyeurs du gaullisme que furent les principaux leaders du RPR des années 90 (Philippe SÉGUIN et deux ou trois autres mis à part évidemment) que je pense. Ce n’est pas aux traîtres du gaullisme que sont les leaders de l’UMP des années 2000 que je pense. Non, je parle bien des gaullistes authentiques, ceux de Debout La République, ceux qui ont choisi de suivre et de soutenir Nicolas DUPONT-AIGNAN. Je pense aux gaullistes du type de ceux qui, à l’instar de Laurent PINSOLLE, savent être modernes tout en étant gaullistes car seuls les ignorants croient que ces deux termes sont antinomiques. C’est à ceux qui savent aimer et défendre la nation française sans haïr les autres, dans l’esprit de cette belle plume d’Ernest RENAN qui expliquait que « le patriotisme était l’amour des siens quand le nationalisme était la haine des autres » que je pense… Ces gaullistes-là, je les lis, je les suis, avec intérêt, et je ne cesse pas de constater de nombreuses convergences. Ce qui ne signifie pas que je me définisse comme gaulliste, même pas comme « gaulliste de gauche » car il existe aussi bien sûr pas mal de sujets de divergences, de points de désaccord, de terrains de mésentente. Ceux-ci sont suffisants pour écarter l’étiquette « gaulliste » pour me présenter. Ce qui ne signifie pas non plus que j’hésite entre deux orientations politiques. J’ai fait mon choix il y a des années et jamais je n’ai eu, depuis quatre ans, de raison d’en avoir honte ou de vouloir me déjuger. Si j’ai choisi le PG, ce n’est pas par caprice ou par humeur d’un jour mais suite à une longue et intense réflexion nourrie de bien des lectures. Mais on peut être déterminé, sûr de ses choix, bien en phase avec soi-même si j’ose dire, et être également ouvert aux autres, curieux de ce qui se dit ailleurs, voire intéressé par les discours et les actes de ceux qui se rapprochent de nous quand bien même ils ne font pas partie de nos alliés politiques… Ca a toujours été mon état d’esprit et ça le restera.

Donc, sans aller jusqu’à dire que les désaccords entre vous et moi, sont anecdotiques ou sans importance, je suis très souvent heureux de constater que sur ce qui est le plus fondamental à mes yeux, eh bien, nous ne sommes pas si éloignés les uns des autres que cela. Je dis « nous » mais ce n’est qu’une façon de parler car je n’engage personne d’autre que moi quand je parle et que j’écris. Je suis du PG mais mon parti ne saurait se trouver engagé d’une quelconque manière par mes « amitiés », mes affinités, mes proximités philosophiques, idéologiques, politiques. Je suis un citoyen libre et je parle comme j’écris en cette qualité. Libre et engagé, ce qui n’est pas antinomique.

Je ne suis pas « gaulliste » dans la mesure où je suis politiquement épanoui au sein du Parti de Gauche. Il n’en demeure pas moins que je conserve un profond respect envers la personne et l’œuvre du Général. Ce respect ne m’empêche pas de critiquer une partie de son œuvre dans laquelle je ne me retrouve pas ou ne me retrouve plus maintenant que j’ai goûté à d’autres plaisirs (je pense par exemple, mais pas exclusivement, à la question des institutions de notre République). Mais bien que je sache faire preuve de sens critique à l’encontre de cette auguste personne de notre Histoire, je lui conserve, une certaine admiration. Pour ce qu’il a apporté à notre pays et pour la manière, noble, qui fut la sienne d’exercer le pouvoir.

Oui, il ne fut pas pour rien, même s’il ne fut pas le seul, à contribuer à sauver l’honneur de la France et de notre peuple, à lui maintenir – ou plutôt à lui restaurer – sa place et son rang dans l’Histoire, à lui rendre son indépendance et sa souveraineté d’abord, à la maintenir ensuite, face à tous nos adversaires qui auraient tant voulu voir la France devenir durablement – pour ne pas dire définitivement – vassale d’autres puissances. Il ne fut pas pour rien non plus, même s’il ne fut pas le seul, à participer au « redressement » de notre pays d’abord, à faire de lui une grande puissance ensuite, et même, à le faire, par certains aspects, l’égal des plus grands. Comment ne pas nous souvenir, en ces temps qui perdurent depuis trois décennies où la « crise » est devenue une caractéristique permanente de notre vie économique, sociale, politique, morale… que, lorsque DE GAULLE fut Président de la République française, la France connut un essor remarquable et retrouva un prestige peut-être inégalé, et ce en quelques années à peine. Comme le dit celui que je peux qualifier de « camarade » sans le connaître personnellement, à savoir Jacques GÉNÉREUX, l’économiste-anthropologue du Parti de Gauche (mais qui a une autorité dépassant très largement les frontières de ce mouvement politique) NOUS ON PEUT ! Et quand il dit cela, il signifie bien sûr que NOUS, le Parti de Gauche, NOUS, le Front de Gauche, nous pouvons, mais ces propos ont une portée bien supérieure car il dit aussi en même temps que NOUS, le peuple français, nous pouvons car nous avons déjà montré au monde que nous pouvions…sous les années DE GAULLE notamment, et parce que NOUS LE VOULONS! Le sous-titre de son livre était « Pourquoi et comment un pays peut toujours faire ce qu’il veut face aux marchés, face aux banques, face aux crises, face à la BCE, face au FMI… ». Le Général ne dirait pas autre chose aujourd’hui, et d’ailleurs n’a pas dit autre chose hier quand lui était à la tête de notre pays… « La politique de la France ne se fait pas à la corbeille », ce célébrissime extrait d’une de ses conférences « à » la presse, illustre à peu de mots toute cette indépendance d’esprit et de politique quand tant d’autres se couchent sans combattre, soit que la soumission constitue une des caractéristiques de leur patrimoine génétique, soit que les volontés de nos ennemis ne les servent que trop bien eux-mêmes…

Outre ce profond respect, dont je parlais plus haut, en raison de son oeuvre, je le respecte aussi du fait de l’honorabilité de sa conduite, de sa tenue en public, quand, en son temps déjà, tant de ses contemporains, mais surtout, depuis sa disparition, tant de ses successeurs ou de ceux qui aspirent à le devenir, ne sont que de vulgaires arrivistes, intéressés personnellement au « gâteau » politique, peu estimables pour certains, méprisables pour d’autres, « des politiciens au rencart qui ne pèsent pas plus que leur poids qui n’est pas lourd » comme il le dit lui-même à l’occasion d’un de ses discours  les plus enflammés!  Sur le premier aspect de ce sujet, me vient à l’esprit ce que l’on sait par exemple quant aux dépenses personnelles de la Présidence de la République. Quand un DE GAULLE payait lui-même, sur ses ressources personnelles, certains frais de fonctionnement, certains de ses successeurs à moins que ce ne soit tous, se gobergent très chèrement aux frais de la République. Quand au second aspect de ce sujet, on pourra constater à quel point on a dévissé lorsqu’on regarde un DE GAULLE puis un CHIRAC en tenue d’Adam au fort de Brégançon ou un SARKOZY au salon de l’agriculture, sur la dalle d’Argenteuil, à la tribune du Congrès des États-Unis ou dans la datcha de POUTINE… En cherchant bien, je trouverais sans doute sans trop de peine, de nouveaux exemples relatifs au Président actuel.

Ce qui va suivre est une contribution, toute personnelle, d’un militant de base de la Gauche, qui n’en a pas moins, chevillée au corps comme vous, l’amour de sa « patrie républicaine » comme le dit Jean-Luc MÉLENCHON. Je suis aussi internationaliste sans que cela ne me fasse « désaimer » la nation française…

nfin, je ne suis pas « communiste ». Peut-être parce que je « n’ai pas eu la chance d’avoir des parents communistes » ( :-D). Mais si je crois connaître et comprendre l’Histoire, je ne vois pas le PCF aujourd’hui, et plus largement le « communisme », comme des forces dangereuses. Bien au contraire. Là encore, avec des yeux ouverts, de l’honnêteté intellectuelle et une intelligence politique, on ne peut pas assimiler les drames historiques qu’ont porté ailleurs ce que l’on a appelé, bien à tort, les expériences du « communisme ». Ces expériences tragiques-là étaient aussi éloignées du communisme philosophique, qui n’était qu’un humanisme, que le néo-libéralisme de notre temps est éloigné de l’essence même du libéralisme philosophique. Je ne suis donc pas communiste. Pourtant, je regarde le communisme avec bienveillance, avec intérêt, avec inspiration. Et à quelques exceptions près, je regarde les communistes de ce 21ème siècle comme de vrais humanistes, pas comme de potentiels fossoyeurs de la liberté et des droits de l’Homme. Je ne suis en rien dérangé par le fait que PG et PCF travaillent ensemble alors même qu’on nous reproche parfois d’avoir œuvré pour créer puis développer ce rassemblement des forces de la Gauche anticapitaliste. Au-delà de nos divergences, nous avons un objectif commun et bien des voies pour y parvenir se réunissent. Connaissant les communistes du terrain pour les avoir rencontrés et pour avoir milité avec eux, à Nice notamment, je sais que, à quelques rares exceptions près, ce sont d’ardents patriotes, d’ardents républicains, d’ardents démocrates, d’ardents « partageux ». Il n’y a rien à craindre d’eux…à part pour les « casseurs de France », à part pour les « charognards » qui se nourrissent et se repaissent des malheurs de la France, à part pour les exilés fiscaux qui, après avoir fait leur richesse grâce à nous, s’en vont mettre « notre » argent devenu le leur dans des lieux où il ne nous est plus accessible. Il n’y a rien à craindre d’eux, à part pour les destructeurs de services publics, à part pour les « diviseurs de peuple » ! Si, en son temps, gaullistes et communistes ont travaillé ensemble, ce n’est pas QUE le fruit de l’Histoire… C’est parce que, au-delà de leurs différences, ils avaient beaucoup de positions communes et celles-ci étaient d’autant plus éclatantes qu’elles s’opposaient à celles de tous les autres, qui étaient eux aussi ensemble mais ensemble contre la France. Rappelons-nous qu’en 1940, si, comme l’écrivit Henri AMOUROUX, « 40 millions de Français étaient pétainistes », ce chiffre englobait tous les corps constitués, toutes les institutions, tous les pouvoirs de l’État, tous les symboles, tous les « établis », tous les « sachants »… Oh qu’elle était belle pour eux cette « divine surprise » de 1940….

C’est donc bien sûr ce contexte historique qui a donné la base de l’alliance entre communistes et gaullistes et qui a édifié le modèle social du CNR lequel a vécu pendant trois décennies. Et qui, sans aller dire qu’il a rendu «heureux » le peuple français, a au moins offert à celui-ci un vrai progrès, à la fois puissant, continu et partagé. Parce que, pour faire simple, tous ceux qui, en France, avaient du pouvoir sinon « le » pouvoir, et de l’influence, en 1939 et 1940, puis de 1940 à 1944, se sont corrompus et soumis à l’ennemi, et que, pour cette raison, ils ont été éjectés, à la Libération, du paysage politique, économique et social français, nous avons pu édifier, grâce au compromis qui s’est noué lors de cette libération, les bases de ce qui allait être une des gloires de notre peuple, travail inachevé qui aurait dû être parachevé dans les décennies suivantes mais qui, tout au contraire, a été peu à peu démantelé par un de ces cruels retours en arrière que l’histoire connaît de temps en temps.

Mais nous savons comment et pourquoi ces heures de gloire et de progrès ont pris fin. Nous n’ignorons plus pourquoi et comment ce modèle social est devenu cette fiction qu’il est aujourd’hui. Nous sommes conscients des raisons profondes qui sont à la base de son démantèlement. Et c’est bien parce que nous avons tout cela à l’esprit que tant d’entre-nous rêvons d’un nouveau CNR… Ou disons plutôt que tant d’entre-nous rêvons de voir renaître l’esprit du CNR et rêvons de reconstruire cette œuvre politique qui a été si cruellement frappée et si méticuleusement déconstruite.

Pour en venir au fond

La participation. Oui, incontestablement, une grande idée du Général. Sans doute même une des plus fulgurantes qu’il ait eue. Une prescience ! Une intuition géniale ! Une autre preuve que cet homme qui était déjà un géant de notre Histoire, n’était pas un politique ordinaire…

Nous pensons très souvent en fonction de nos pré-requis. Je veux dire que nos raisonnements reposent presque toujours sur notre éducation, sur ce que l’on a appris, sur ce qu’on a lu, entendu, accepté ou rejeté, digéré, recyclé, intériorisé ou au contraire évacué au gré des étapes de notre vie. Et il est préférable d’avoir été ouvert et curieux jusques et y compris aux thèses de nos adversaires, ne serait-ce que par esprit « scientifique », bien connaître pour mieux critiquer, pour cibler avec plus de précision et donc plus d’efficacité. Autant une  pensée fulgurante peut-elle s’exprimer en partie ex nihilo, autant elle ne peut vraiment être fulgurante que si elle connaît l’existant et en tire une analyse pour le dépasser ou créer du neuf. La fulgurance résulte justement de cette apparente contradiction.

DE GAULLE fut donc intellectuellement et politiquement construit, comme vous le dîtes, par ces auteurs à la fois catholiques sociaux et socialistes non marxistes. C’est bien ce qui l’amena à être un puissant théoricien et metteur en pratique de l’inaccessible 3ème voie…mais qui ne fut pas aussi inaccessible que cela quand lui-même présida aux destinées de la France.

Ceci dit, je ne me situe pas vraiment moi-même dans cette mythique 3ème voie car, inspiré notamment (largement mais pas exclusivement) de Jacques GÉNÉREUX que je citais plus haut, je crois, avec lui, à l’indispensable rejet du capitalisme et de l’étatisme bureaucratique, mais aussi au nécessaire dépassement de cette 3ème voie pour rechercher une 4ème voie, ce qu’il appelle lui-même la voie du progrès humain et qu’il a si brillamment développé dans sa trilogie littéraire : La Dissociété – L’Autre  Société – La Grande Régression-À la recherche du progrès humain.

Vous écrivez que DE GAULLE reprochait au capitalisme et au communisme de « diviser la nation ». Nous sommes d’accord, vous et moi, sur cette fondamentale caractéristique du capitalisme. En revanche, je ne vous suis pas sur l’assimilation que vous faîtes, après lui, sur ce point entre capitalisme et communisme. Je pense même que c’est une grosse erreur que d’estimer que le communisme « entretient » la lutte des classes. La lutte des classes est un fait que DE GAULLE lui-même, et vous le rappelez, a constaté et dont il a pu dénoncer les causes et les effets. Mais affirmer que le communisme l’entretient, c’est un peu, voire beaucoup, faire reproche à la victime de se défendre un tant soit peu face à son ennemi qui la méprise après l’avoir opprimée, martyrisée, exploitée, esclavagisée… Ce n’est pas le communisme qui entretient cette lutte à son profit (j’aimerais que vous me disiez alors lequel ?), mais bien ceux qui l’organisent. Or ceux qui l’organisent justement me semblent être les capitalistes et, cette fois, c’est vraiment à leur profit à eux seuls… Vous n’ignorez sans doute pas la saillie de Warren BUFFET sur ce sujet précisément… Ce n’est pas parce qu’il l’a dit que c’est vrai mais tout le monde voit bien que ce qu’il a dit est vrai et il a eu, lui, l’honnêteté de reconnaître qu’ « il y a bien une lutte des classes » et que « c’est la sienne, celle des riches et des puissants, qui est en train de la gagner »…

Vous dîtes, comme DE GAULLE, que ce concept est « dépassé ». Il a pu l’être en son temps car l’économie qui était alors celle de la France et de bien d’autres pays d’Europe et du monde, était une économie capitaliste largement tempérée de « socialisme ». Certains pouvaient alors dire qu’on bénéficiait des apports fructueux à la fois du libéralisme et du communisme, le tout mixé dans un système qui en aurait fait la synthèse… HOLLANDE faisait-il alors ses armes idéologiques avec sa chère synthèse? Non, je plaisante évidemment… Moi-même, je ne suis pas loin de penser que cette période dite des Trente Glorieuses exprimait assez bien ce compromis ou cette synthèse entre deux forces philosophiques et politiques contraires. Nous avons connu alors un vrai progrès continu et partagé si j’ose dire.

Mais il ne vous aura pas échappé que les temps ont changé ! Ce que nous vivons aujourd’hui, depuis presque trois décennies, a changé de sens et les analyses d’alors ne sont plus valables pour qualifier « notre aujourd’hui ». La lutte des classes qui avait été, sinon enterrée, du moins très largement contenue, a repris une acuité inimaginable. Ce n’est pas le peuple, ce n’est pas la « classe laborieuse » qui l’a fait renaître, c’est bel et bien la classe dominante qui a décidé de sortir de la case contrainte dans laquelle l’Histoire des années 30 et 40 l’avait enfermée. Nous avons cru, naïvement, que cela perdurerait. Nous avons détourné le regard de certains signes avant-coureurs de ce retour en force des capitalistes ou plutôt des pires capitalistes. Nous avons très longtemps nié ce nouveau cours de l’Histoire. Nous avons refusé de contre-braquer  pour rétablir le bon cap. Nous avons laissé, peu à peu, ces capitalistes reprendre pied partout, dans les entreprises bien sûr, mais aussi dans l’État, dans les collectivités locales, dans les medias, dans les contre-pouvoirs, dans les corps constitués d’où ils avaient été évacués avec force à la Libération suite à leurs compromissions avec l’occupant nazi. Et une fois dans la place, ils ont commencé à œuvrer pour « rétablir leurs droits » et donc à saper notre modèle social, notre démocratie, notre République. La lutte des classes est de nouveau brûlante d’actualité. Il serait idiot de le nier. En revanche, sans doute pouvons-nous être intelligents dans notre manière de réagir et dans les choix à mettre en œuvre pour « reprendre le pouvoir » et pour le rendre au peuple.

Vous dîtes ensuite que cette lutte des classes est néfaste. Évidemment qu’elle l’est puisque elle divise le corps social et que, ce faisant, elle empêche son « harmonie ». Mais au-delà de cet aspect « macropolitique » ou « macrosocial » qui est très dommageable à notre pays et à notre peuple, la lutte des classes est néfaste du fait même des souffrances individuelles immenses qu’elle entraîne. Mais est-ce la lutte des classes en elle-même qui est un danger ? Ne sont-ce pas plutôt les causes de celle-ci qui sont à mettre en accusation ? La lutte des classes est, à mes yeux, bien davantage la qualification d’un  état de fait qu’une des deux parties à la lutte subit de la part de l’autre que le nom d’un combat que chacun des deux « camps » se plairait à mener, sauf, là encore, à expliquer que le camp principalement victime de cette guerre des uns contre les autres serait coupable parce qu’il refuserait de se faire massacrer. Nous avons eu bien des martyres parmi nous au sens où tant et tant d’êtres humains ont souffert et ont succombé aux coups de nos ennemis mais il n’a pas été fréquent pour autant que ces victimes se soient offertes à l’ennemi. Même si nous avons, ça et là, des exemples de cette bravoure : des combattants qui ont marché devant et pris des coups avant de tomber sous le feu nourri de l’ennemi, afin de servir l’intérêt général, en ayant porté un peu plus loin notre parole et nos espoirs, parfois aussi nos positions.

 Donc, nous pouvons nous rejoindre peut-être sur l’idée qu’il est urgent de mettre un terme à cette lutte des classes. Mais tout dépend de savoir comment ! Et je dirais à titre de réponse, et pour filer la métaphore juridico-militaire, si et seulement si, l’armistice, puis le traité de paix entre les deux classes, se fait avec des conditions qui ne soient pas scélérates. Si les clauses de ces accords posent des règles justes, si ces clauses inscrivent dans le marbre puis se donnent les moyens juridiques de défendre la liberté, l’égalité, la fraternité, la justice, la laïcité de l’État et des institutions publiques, la souveraineté du peuple, la concorde civile, l’esprit de paix, alors oui, nous serons pléthore à signer ces accords puis à les appliquer, à les défendre. Mais si, au contraire, se trouvent insérées dans ces accords, des clauses léonines, des armes de guerre des puissants contre le peuple, alors nous ne pourrons accepter de faire taire nos armes.

Le communisme a eu cette intelligence de trouver que la meilleure voie d’une paix durable entre les classes était dans le partage, dans la justice, dans l’humanisme, dans la socialisation des richesses et des moyens de production. Car après tout, une « entreprise » est une relation tripartite entre celui ou ceux qui amènent du capital, celui ou ceux qui dirigent (et qui peuvent aussi parfois être ceux qui, en partie ou en totalité, ont apporté le capital) et ceux qui font fonctionner concrètement cette entreprise. Il n’y a donc aucune raison valable à ce que l’une de ces trois parties domine les deux autres ou plutôt que deux de ces trois parties ne s’accordent ensemble pour dominer la troisième, voire, pour le dire encore autrement – et pour bien mieux qualifier l’entreprise d’aujourd’hui, en tout cas la grande entreprise – pour que l’une des trois parties (la direction) ne soit que l’exécutant docile, discipliné, robotisé et parfois très intéressé lui-même, de celle des trois (l’apporteur de capital) qui, de loin, impose toujours plus de sacrifices et de souffrances à la troisième, la masse laborieuse qui donne vie chaque jour à cette entreprise. Les chefs nous disent que sans eux, l’entreprise ne survivrait pas. Nous disons que l’on peut très bien faire sans eux mais qu’en revanche eux ne peuvent rien faire sans nous !

Alors une forme de pensée très généralisée fait sienne la thèse selon laquelle le communisme, chaque fois et partout où il fut appliqué, s’est révélé nocif pour les droits et libertés, « omniprésent et bureaucratique, niant l’initiative individuelle » comme vous le relevez vous-même. Je ne ferai pas ici la démonstration que ces expériences tragiques n’étaient pas du « communisme » mais bien un détournement de celui-ci. Ce n’est pas parce que ces expérimentateurs de malheur ont prétendu eux-mêmes être des communistes que cela était la réalité. Ce n’est même pas parce que leurs suiveurs, leurs soutiens et leur soldatesque croyaient, de plus ou moins bonne foi,  servir la cause communiste que leurs turpitudes devenaient de facto les actes du « communisme » appliqué. Bien des auteurs ont écrit sur ce sujet, à charge et à décharge. Il n’est pas ici dans mon propos de relativiser les fautes des uns et l’aveuglement des autres. Mais de rappeler que l’essence du communisme ne réside pas dans ces expériences-là. Il est pour moi – et je m’inscris dans une longue lignée d’auteurs – aussi impropre de soutenir que le communisme, en tant que pensée philosophique, économique, politique, sociologique,  porte en lui la tragédie soviétique et toutes ses copies plus ou moins fidèles, que d’affirmer que le libéralisme tel qu’il a été pensé par les philosophes des Lumières porte en lui les drames du capitalisme.

« Le communisme rejette l’idée nationale au profit d’un internationalisme prolétarien » affirmez-vous. Je ne le crois pas. Vous confondez esprit internationaliste et rejet de l’idée nationale alors même que ces deux idées, loin de s’opposer, se conjuguent en ce sens que l’une nourrit l’autre et chacune empêche l’autre de perdre pied. L’internationalisme permet à « l’idée nationale » de ne pas dériver vers le nationalisme. L’idée nationale, pour sa part, permet à l’internationalisme de ne pas se muer en une forme de religion, sans doute très belle en ce sens qu’elle serait celle de l’être humain, mais qui ne reposerait pas sur des bases sociales autres que fictives, en tout cas de nos jours. Là encore, je vois bien plus une synthèse qu’une confrontation.

 « L’État bureaucratique et omniprésent » que vous dénoncez fut hélas une réalité et je la dénonce vivement. Mes camarades du PG également. Bien des communistes de notre temps ne sont pas les moins offensifs dans cette critique. Si vous écoutez ce que nous disons, si vous lisez ce que nous écrivons les uns et les autres, vous constaterez sans peine que nous ne visons pas à reproduire les schémas antérieurs. La « bureaucratie » n’est pas notre opium. Nous recherchons et aspirons à une démocratie pleine et entière qui s’exerce toujours et partout, dans la vie politique il va sans dire mais également dans la vie sociale, culturelle, économique. C’est par le biais de cette démocratie que l’État sera jugé digne de mettre en œuvre la force de la loi et légitime à user de la contrainte publique. Parce que dans la démocratie telle que nous la concevons, celle de la 6ème République, nous en reviendrons à ROUSSEAU. La loi sera bien, enfin !, pas seulement en théorie juridique, mais aussi dans la réalité concrète, « l’expression de la volonté générale ». Nous en reviendrons aussi à la philosophie de ces auteurs qui avaient pensé le « contrat social » sans avoir jamais vraiment pu le constater conclu dans la réalité.

« Le collectivisme nie l’initiative individuelle » dîtes-vous. Il est indéniable que vous avez raison si l’on en juge par les expériences du communisme à la soviétique. Mais, là encore, notre collectivisme à nous n’a plus grand chose à voir avec ce qu’il fut en URSS. Le Gosplan, ça n’est pas exactement notre ligne de conduite. Nous parlons d’ailleurs plutôt de socialisation pour dire que nous n’aspirons pas tant à une prise de contrôle par l’État perçu comme un « Léviathan » qu’à l’État comme un puissant outil au service de tous, géré dans l’intérêt général, sous le contrôle permanent du souverain, le peuple, seul détenteur de la légitimité, en démocratie, à fixer des règles qui s’imposent à tous, selon puissants ou misérables, pour démentir enfin à la fois et LA FONTAINE et Michel SARDOU !

Quant à l’aspect bureaucratique, il est insupportable pour le citoyen quand il s’apparente à un système technocratique froid, inhumain, inaccessible, incompréhensible pour la masse des citoyens. Il est incompréhensible quand il impose à tous des obligations, qu’il fixe des interdictions, qu’il met des situations sous le joug de normes que le peuple ne comprend pas, dont on cherche parfois l’intelligence, la pertinence, l’utilité, dont on perçoit  assez communément aussi, trop souvent, la stupidité, l’innocuité voire la nocivité. Mais quand ces règles, prescriptives ou prohibitives, répondent à un besoin commun, qu’elles ont pour objet et pour nature de satisfaire l’intérêt général, qu’elles sont conçues, adoptées, puis mises en œuvre, avec intelligence, avec souplesse ou au contraire avec fermeté lorsque c’est nécessaire, lorsqu’elles sont expliquées à tous avec la pédagogie requise, lorsqu’elles ne sont pas seulement l’outil permettant à quelques-uns d’imposer leur loi à tous les autres, alors ces règles sont utiles, indispensables même. Et le monde étant ce qu’il est, la démocratie directe au sens où elle se pratiquait dans la Grèce et dans la Rome antique, cette démocratie de l’agora, n’étant plus envisageable de nos jours, l’existence d’une bureaucratie et d’une technostructure ne peuvent être évitées. Mais celles-ci ne doivent pouvoir agir qu’en accord avec le pouvoir politique et surtout avec le peuple. Ceci entraîne un certain nombre de conséquences pratiques. Nous y reviendrons abondamment dans les temps à venir.

Il est satisfaisant de constater qu’une fraction du peuple que vous représentez et incarnez considère, comme nous, que vous avez bien conscience que « le capitalisme livre l’État aux féodalités, aux puissances d’argent », que ce système honni par DE GAULLE « ne profite qu’à un tout petit nombre détenant les moyens de production au détriment de l’intérêt général », qu’il « aliène les travailleurs et leur ôte toute dignité ». Nous ne disons pas autre chose.

Vous expliquez que la participation telle que la concevait le général DE GAULLE, en « associant les travailleurs à la marche de l’entreprise est avant tout une remise en cause du salariat tout autant que de la condition de prolétaire ». Nous voici donc très proches les uns des autres, si ce n’est dans les moyens de parvenir à un objectif, du moins dans un but commun. Il ne vous aura pas échappé en effet que dit comme vous l’avez exprimé ci-dessus, vous et nous caressons le même dessein mais divergeons sans doute sur les voies qui permettront d’atteindre cet objectif. J’aurais tendance à penser que cette divergence d’options n’a pas beaucoup d’importance quand les finalités, elles, sont partagées. Cette pensée participative que vous reprenez à votre compte, en rappelant l’apport de René CAPITANT, qui était un de ces « gaulliste de gauche », n’est peut-être finalement qu’une autre dénomination d’une politique semblable, à ceci près toutefois que lorsque vous aspirez à ce que « la collectivité des travailleurs se confonde avec celle des employeurs de telle sorte que chacun dépende, en définitive, de lui-même tout en se trouvant associé à une œuvre collective », nous souhaitons nous, non pas « confondre » les uns et les autres mais libérer, émanciper complètement, ceux qui, de tout temps, ont été les serviteurs et les exploités, quand d’autres ont été les maîtres et les exploiteurs. La nuance n’est pas anecdotique ni accessoire. Il ne s’agit pas pour nous de substituer une nouvelle oppression à une ancienne, en inversant simplement les rôles et les positions des uns et des autres, mais de faire en sorte que les puissants d’hier ne soient plus les maîtres mais seulement une des parties dont les droits en effet soient égaux à ceux des autres parties. Alors nous pourrions dire, comme vous le faîtes, que les « apporteurs de travail » auraient des droits égaux à ceux des « apporteurs de capitaux » et nous pourrions sans doute nous rassembler sur cet objectif que vous évoquez de « transformer les travailleurs en co-gestionnaires et co-propriétaires » de l’entreprise. Car lorsque nous développons l’idée selon laquelle les salarié-e-s doivent se voir reconnaître un droit de veto aux décisions du conseil d’administration, nous proposons un début de « participation ». Lorsque nous appelons à réformer les institutions sociales pour que désormais les salarié-e-s ne soient plus comme des mineurs sous tutelle de parents autoritaires, injustes, égoïstes, bien peu prévenants, nous participons de cette logique de libération et d’émancipation de l’être humain dans l’entreprise. C’est la participation mais dans une version poussée plus loin. Je ne doute pas que vous pourriez soutenir vous-même ce genre de propositions.

D’ailleurs, lorsque poursuivant votre argumentation, vous expliquez que « les mérites d’une telle organisation du travail sont nombreux puisque la participation n’ôte pas aux travailleurs le goût de se battre dans la mesure où elle consiste notamment à partager aussi bien les responsabilités que les bénéfices ou les pertes éventuelles »,  nous pouvons relever qu’il en irait de même avec notre propre logique plus radicale. Par ailleurs, je ferais remarquer que les travailleurs sont très souvent compétents dans leur domaine d’activité, qu’ils sont très souvent responsables, contrairement à ce que d’aucuns prétendent et répètent à l’envi, qu’ils ne craignent pas, lorsque c’est nécessaire, de prendre leurs responsabilités quitte à assumer eux-mêmes, collectivement, la direction de leur entreprise. Nous voyons se multiplier ces dernières années ce genre d’initiatives responsables lorsque les capitalistes se comportent, eux, en voyous irresponsables. Les exemples abondent jusque dans l’actualité la plus récente… Qui soupçonne ou accuse les travailleurs d’être irresponsables ? Qui prétend que ces derniers ne cherchent que la facilité, le confort, les situations acquises ? Qui ne cesse de dire, en contradiction avec la réalité la plus criante, que les travailleurs n’ont pas le goût de se battre ? Pas les gaullistes je le sais bien. Mais les capitalistes, toujours eux, encore et encore ce discours des bien nés, des gavés, des repus, de ceux qui, selon la formule de BEAUMARCHAIS dans sa jouissante et insolentissime pièce Le Mariage de Figaro, « s’étaient donné la peine de naître » sans avoir aucun mérite à offrir. Trop souvent, on nous fait la leçon en nous expliquant, avec dédain, avec mépris, avec morgue, avec arrogance, que l’effort doit payer, que le travail mérite récompense, que ceux qui gagnent beaucoup ont beaucoup travaillé. Mais ces principes-là ne valent toujours que dans un seul sens. De qui se moque-t-on ? Lorsqu’il s’agit de récompenser par millions, voire par dizaines ou centaines de millions annuels, les quelques-uns qui ont « bien » dirigé une entreprise, qu’ils lui ont fait gagner beaucoup, il est légitime de les récompenser à la hauteur de ces gains. Voilà le discours bien connu. Or ce discours-là souffre de deux défauts rédhibitoires :

–          d’une part, seuls ceux d’en haut touchent, en pratique, les « fruits » de leur « travail ». Ceux d’en bas, comme d’ailleurs ceux « du milieu » n’en voient jamais, ne serait-ce que la couleur. Pourquoi donc ? Qu’est-ce qui justifie que le travail des uns soit récompensé et pas celui des autres ?  Nous le savons. C’est que ceux d’en haut ne sont pas tant récompensés pour leur « travail » ou pour leurs « efforts » que pour l’argent qu’ils ont fait gagner à « l’entreprise » comme ils disent. Mais, ce n’est pas l’entreprise qui a, dans leur pratique, gagné de l’argent, beaucoup d’argent, mais les actionnaires et patrons seuls. Les salarié-e-s n’ont jamais, ou si peu souvent, trouvé dans leur rémunération une quote-part de leurs propres efforts, de leur propre travail, ou infinitésimale. Des miettes microscopiques pour la masse quand ceux d’en haut obtiennent plusieurs très gros gâteaux. Il y a donc tromperie sur les mots et escroquerie sur la répartition de ces fruits pourtant si murs.

 –          D’autre part, la question mérite d’être posée de savoir d’où vient cet argent qui coule à très très gros flots ? Vient-il exclusivement du « travail » et des « efforts » de quelques-uns ? Ne vient-il pas du « travail » et des « efforts » de tous ? Par ailleurs, cet argent n’est-il que le résultat du « travail » et des « efforts » de l’entreprise pour se développer, pour « vendre plus » ? Ne vient-il pas aussi, largement des allègements massifs des impôts sur les sociétés, de la multiplication des aides financières et des avantages fiscaux de toute nature que l’État a concédés, ces dernières années, aux grandes entreprises ? N’a-t-il pas aussi pour source principale la réduction massive de la masse salariale ? Poser la question, c’est déjà y répondre dirait l’autre…

Pour revenir à votre texte, je suis assez étonné de lire chez vous ces clichés sur le communisme, qui serait « à l’état de ruine, délaissé par les ouvriers, ne survivant que par le vote de bobos en mal d’excitations ». Il semble là que vous vous êtes laissé allé à reprendre, sans avoir vérifié la justesse du propos, des accusations sans fondement de la « bulle », d’une certaine droite et de la pensée unique des puissants. Non, je suis au regret de vous dire que vous vous égarez. Le communisme, français tout au moins, n’est pas en ruine. Bien au contraire ! Il renaît. Il est même en plein développement comme en témoigne la vigueur du PCF depuis quelques mois. Revigoré en partie par le score de Jean-Luc MÉLENCHON candidat à l’élection présidentielle au nom du Front de Gauche avec le soutien du PCF mais renforcé aussi par son cheminement dans le Front de Gauche et par son afflux de nouveaux militants par dizaines de milliers, jeunes, actifs, associatifs, il est en pleine mutation. Sans doute qu’extérieur à lui, probablement peu intéressé par son avenir, vous n’avez pas perçu ces puissantes évolutions qui se dessinent quoique, je vous le concède, elles ne soient pas encore forcément perceptibles aux yeux de tous. Mais croyez-moi et n’hésitez pas à vérifier sur pièces et sur place par vous-même, en vous instruisant sur la question, le PCF ne ressemble pas du tout à l’image que vous dressez de lui. Ou alors il fait plus que bouger encore pour un parti que vous dîtes moribond.

Non, le PCF n’est pas non plus « délaissé par les ouvriers » même si quelques-uns ont peut-être choisi de se laisser mystifier par d’autres de l’extrême-droite ou d’ailleurs. Cela s’est toujours produit. Il y a toujours eu des ouvriers, des gens du peuple, pour voter contre leurs propres intérêts. Ces gens-là existent toujours. Ils sont en partie fautifs de ne pas être assez attentifs aux réalités. Mais je veux bien également reconnaître que la Gauche en général, la Gauche que nous incarnons au Parti de Gauche et dans les différentes composantes du Front de Gauche ou de la Gauche anticapitaliste en particulier, n’avons pas toujours su leur parler ou les convaincre. Ne pensez pas pour autant que les choix d’hier ou d’aujourd’hui de cette partie du peuple ouvrier demeureront toujours les mêmes. Nous oeuvrons pour les convaincre de revenir vers nous. Nous y arriverons sans doute dans l’avenir.

Enfin, si vous ne voulez pas être accusé de proférer de grosses bêtises, ne dîtes plus que le PCF ne « survit que par le vote de bobos en mal d’excitations ».  Peut-être bien que quelques bobos, en effet, se sont donné le mot de soutenir, dans telle ou telle élection, le PCF, le NPA, LO, pour des raisons qui ne tiennent en rien à leur souhait de voir mise en œuvre la politique préconisée par ces partis. Mais si tant est que cela existe, le phénomène doit être des plus anecdotiques. Il ne saurait être tenu pour règle générale. Ce genre de discours est une manière de tenir pour inexistantes les forces qui se réclament de ces partis. C’est non seulement insultant pour elles mais en outre tellement faux ! Les militants du PCF, comme ceux du Parti de Gauche dont je suis, pourront vous dire qu’il est ridicule et totalement à côté de la plaque de soutenir de telles affirmations. Pensez par vous-même, comme vous le faîtes assez bien par ailleurs. Etudiez la question en vous abreuvant à d’autres sources que celles qui prêchent ce genre de jugements si éloignés de la réalité.

Le dernier paragraphe de votre texte conclut sur une note lucide et optimiste. Vous estimez comme nous, que le capitalisme, outre qu’il est « impuissant à méconnaître les crises » (mais ne serait-il pas lui-même une crise en soi ?) « et à se réformer », emporte des « méfaits désormais connus de tout un chacun ». Vous citez entre autres exemples « les dégâts environnementaux et l’esclavage humain » en précisant bien que vous avez pleinement conscience qu’ « il ne s’agit que de la partie émergée de l’iceberg capitaliste » et que ce capitalisme se révèle « incapable de se moraliser ». Vous en tirez la conséquence que « toutes les conditions sont désormais favorables pour que la participation s’impose comme seule alternative sérieuse au capitalisme ». Vous avez, à mon sens, à la fois raison et tort. Vous avez raison quand vous considérez que le contexte actuel est propice à un abandon du capitalisme pour toutes les raisons que vous avez dîtes, et pour bien d’autres encore que vous n’avez pas eu, dans le court texte  que vous avez publié, le loisir d’évoquer mais que vous n’en avez pas moins à l’esprit, j’en suis certain, et qui doivent très largement recouper notre propre vision de la question. À l’inverse, vous avez tort, me semble-t-il, et je le dis sans arrogance comme sans acrimonie, lorsque vous dîtes que « le communisme est une impasse ». Ou vous avez raison si par communisme, vous entendez la pratique mise en œuvre dans les pays dits communistes. Mais vous avez tort si vous voyez du communisme du type de celui-là dans le projet « L’Humain d’abord » porté par le Front de Gauche à l’élection présidentielle de 2012 et par chacune des organisations constitutives de ce front à l’heure actuelle. Oh, certes, ce projet est incomplet. Il est sans doute imparfait. Il mérite incontestablement d’être amélioré, modifié, densifié, actualisé quelque peu. Mais il reste à mes yeux et aux yeux de presque tous les militants et sympathisants du Front de gauche, une des meilleures bases de travail pour avancer dans la voie que nous nous sommes fixée. Il semble aussi être perçu comme tel par quelques 4 millions de citoyens électeurs… Et ce nombre ne va cesser d’aller croissant, vous le verrez.

La participation, une ambition sociale et morale gaullienne – Par Luc Bouchinet*

* Luc Bouchinet est délégué Jeunes de Debout la République pour les Bouches du Rhône

La participation est un des thèmes essentiels de la pensée du général de Gaulle. C’est son ambition sociale et morale. Exprimée publiquement pour la première fois en 1941, celle-ci est néanmoins le fruit d’une longue maturation intellectuelle, nourrie de nombreuses influences, à commencer par le catholicisme social d’un Albert de Mun, mais également des théories des socialistes français non marxistes, tels que Fourier, Proudhon, ou encore Jaurès. Cette réflexion l’a conduit à vouloir explorer une troisième voie, entre les deux principales idéologies de son temps : le libéralisme et le communisme.

Un rejet du capitalisme et du communisme

Le premier reproche que De Gaulle a à leur faire, sans aucun doute le plus important, est celui de diviser la nation. Quand le capitalisme dresse les classes les unes contre les autres et menace ainsi la cohésion nationale, le communisme, lui, entretient la lutte de ces mêmes classes à son profit et rejette l’idée nationale au profit d’un internationalisme prolétarien. Au contraire, De Gaulle estime que la lutte des classes est un concept dépassé et néfaste, qui interdit l’harmonie du corps social.

En outre, il reproche au capitalisme de livrer l’Etat aux féodalités, aux puissances d’argent. De Gaulle abhorre ce système que ne profite qu’au petit nombre détenant les moyens de production au détriment de l’intérêt général. Ce capitalisme aliène les travailleurs et leur ôte toute dignité. Enfin, il reproche au capitalisme et au communisme de ne frayer que dans le champ balisé du matérialisme. S’il convient que le collectivisme que les marxistes lui opposent n’a pas à subir les féodalités, car flanqué d’un Etat fort, il lui reproche d’être omniprésent et bureaucratique. De plus, le collectivitisme nie l’initiative individuelle et menace les libertés.

La participation, troisième voie « entre les loups et les moutons »

De Gaulle leur oppose la participation, qui consiste en l’association des travailleurs à la marche de l’entreprise. Cela signifie que la participation est avant tout une remise en question du salariat (qui se caractérise par un lien de subordination entre l’employeur et le travailleur, ce dernier vendant sa force de travail au premier contre rémunération), tout autant que de la condition de prolétaire, qui ne fait qu’entretenir une stérile lutte des classes. La pensée participative est ainsi parfaitement résumée par René Capitant, qui écrira en 1964 que « dans la coopérative de production, la collectivité des travailleurs se confond avec la collectivité des employeurs, de telle sorte que chacun dépend en définitive de lui-même tout en se trouvant associé à une oeuvre collective ». Ainsi, la troisième voie a pour but de doter les « apporteurs de travail » de droits égaux à ceux des apporteurs de capitaux, et transformer les travailleurs en cogestionnaires et copropriétaires est leur ambition finale.

Les mérites d’une telle organisation du travail sont nombreux. D’une part, elle permet aux travailleurs d’allier à leur force productive leur sens des responsabilités. Le travailleur, propriétaire en partage des moyens de production, n’est en cela pas aliéné. Et bien que propriétaire, il est associé aux autres, de telle sorte que personne n’est écrasé. En outre, la participation, bien qu’elle exige une profonde transformation de la société, n’ôte pas aux travailleurs le goût de se battre, puisque celle-ci implique la participation, en plus des responsabilités, aux bénéfices et aux pertes éventuelles.

Dans l’esprit du Général, la participation, c’est également la sanction des puissances d’argent, qui président au destinées de la France et qui ont joué sa défaite, contrairement au peuple travailleur et patriote.

En sus de la dignité retrouvée et des féodalités brisées, la participation permet le maintien de l’unité de la nation. Le « capitalisme de papa » ayant vécu, il n’est plus question de lutte des classes, puisqu’il n’est plus question de classes. La communauté des prolétaires se confondra à la communauté des capitalistes. « L’esprit et le fait de l’association remplaceront peu à peu l’esprit et le fait de la lutte des classes », dira de Gaulle. L’harmonie sociale régnera à nouveau, à la division succédera l’unité.

Il va sans dire qu’une telle réforme ne peut aboutir du jour au lendemain. D’où l’importance du syndicat, qui doit passer de la contestation à la représentation véritable des travailleurs, et à la participation sereine et fructueuse.

La participation, un combat d’avant-garde

Si le Général a bien tenté de mettre en application sa pensée participative, on ne peut que constater son échec relatif, dû principalement à l’hostilité des « politichiens » de tous bords, y compris du sien, et des professionnels du syndicalisme (CGT et CNPF – ancêtre du Medef -, même combat !). Le 7 juin 1968, répondant à Michel Droit qui lui demandait pourquoi il n’avait pas accompli cette réforme plus tôt, le Général dira « qu’une pareille réforme, personne et moi non plus ne peut la faire tout seul. Il faut qu’elle soit suffisamment consentie et il faut que les circonstances s’y prêtent ».

Si le Général lui-même n’est pas parvenu à accomplir cette réforme, il peut sembler présomptueux de se demander si aujourd’hui elle est réalisable. Pourtant, le contexte a radicalement changé depuis les années 60. Il nous est autrement plus favorable. Le rôle de l’alternative officielle au capitalisme était alors préempté par le communisme, et le PCF était tout puissant. Aujourd’hui, il est à l’état de ruines, délaissé par les ouvriers, ne survivant que par le vote de bobos en mal d’excitations.

Mais la défaite du communisme ne devrait pas nous inciter à penser que le capitalisme a remporté la victoire définitive. Les années 90 ont sans doute pu être bercées par cette illusion, mais les différentes crises économiques et financières depuis nous ramènent à la réalité. En sus de constater l’impuissance du capitalisme à méconnaître les crises, et à se réformer, ses méfaits sont désormais connus de tout un chacun. Les dégâts environnementaux et l’esclavage humain que nous constatons par le biais des reportages audiovisuels depuis quelques années n’étant que la partie émergée de l’iceberg capitaliste. Incapable de se moraliser (le capitalisme n’obéissant pas aux contraintes métaphysiques, mais aux lois du Marché), privé d’adversaire, toutes les conditions sont donc favorables pour que la participation s’impose comme seule alternative sérieuse au capitalisme. La première voie laisse les plus faibles sur le bord de la route, la seconde est une impasse, alors osons la troisième voie. Et avec Bergson, faisons de cette phrase notre credo : « Il n’y a pas d’obstacles, que des volontés tendues ne puissent briser si elles s’y prennent à temps ».

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Cet article de Luc Bouchinet sur la participation gaullienne m’a inspiré une réponse accessible ici :

https://vivelasixiemerepublique.wordpress.com/2012/12/23/reponse-a-larticle-sur-la-participation-gaullienne-de-luc-bouchinet-de-dlr-du-22-12-2012