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Monsieur le Premier ministre de Grèce, prenez au mot Jean-Claude Juncker…

Jean-Claude Juncker, Président de la Commission européenne et membre de la fameuse Troïka a exprimé ce lundi la supplique suivante : « Je demande au peuple grec de voter oui, quelle que soit la question. »

C’est ce que rapporte l’agence de presse Reuters (voir ici : http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRL5N0ZF2I020150629).

Moi ça m’inspire et je pense que l’on devrait prendre au mot cet €uromonarque… Du coup, voici un appel que nous pourrions adresser, à notre tour, à Alexis Tsipras…

* * *

Monsieur le Premier ministre de Grèce, camarade Alexis Tsipras,

Puisque M. JUNCKER appelle votre peuple à voter OUI « quelle que soit la question », je pense que vous devriez profiter de cet appel solennel de sa part pour interroger votre peuple, par exemple, sur une ou plusieurs des 10 questions ci-dessous. Bien sûr, ce ne sont que des suggestions… 😉 😀

1/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras ignore totalement les diktats de la troïka ?

2/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras considère comme nulle et non avenue la partie illégitime de la dette qu’on nous réclame, sur la base du rapport d’audit de la dette qui a été publié récemment ?

3/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras taxe massivement les plus hauts revenus ?

4/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras impose fiscalement tous les capitaux qui bénéficient d’exemptions fiscales (par exemple les armateurs et l’Église) selon le principe énoncé à l’article 13 de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen de 1789, à savoir une contribution également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés contributives ?

5/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras sorte totalement notre pays de l’OTAN ?

6/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras prépare activement, notamment avec ses partenaires les plus proches, la sortie de la Grèce de l’Union européenne ?

7/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras prépare activement, notamment avec ses partenaires les plus proches, la sortie de la Grèce de l’OMC ?

8/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras entame des pourparlers avec ses partenaires les plus proches, notamment sud-européens (Espagne, Portugal, Italie et France) en vue d’élaborer de nouvelles solidarités entre les peuples qui se substitueront à l’Union européenne et aux liens de dépendance et de vassalisation en résultant, dans le périmètre des pays dont les peuples auront approuvé le principe ?

9/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras entame les pourparlers diplomatiques nécessaires en vue de faire se lever un puissant mouvement international des peuples libres en faveur de la paix et du désarmement global ?

10/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras entame un processus constituant de nature à sauvegarder et à perfectionner notre démocratie ?

Il y a toutes les raisons de penser que le pyromane Jean-Claude Juncker sera brûlé dans les flammes qu’il a lui-même allumées…

Breaking News : Le dernier compte-rendu des écoutes de la N.S.A.

Avant-propos

Nous avons reçu ce texte il y a quelques heures, de la part d’une source anonyme. Cette source nous dit qu’il s’agit de la retranscription des écoutes que la N.S.A. a organisées cette nuit à la B.C.E. La N.S.A. aurait ainsi enregistré la conversation qui s’est tenue au sommet entre les trois membres directeurs de la « Troïka » : le Président de la B.C.E. Mario Draghi, la directrice du F.M.I. Christine Lagarde, et le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Ces trois dirigeants européens se sont enfermés dans la salle de réunion sécurisée de la B.C.E. dans les minutes qui ont suivi l’annonce qu’a faite Alexis Tsipras. Le Premier ministre grec a en effet annoncé publiquement qu’il allait organiser, dès dimanche 5 juillet, un référendum pour demander au peuple Grec s’il approuvait les demandes exprimées par la Troïka. Après avoir procédé à quelques vérifications d’usage, nous jugeons cette retranscription authentique. Et c’est pourquoi nous avons décidé de la publier in extenso.

L’une des preuves solides et convaincantes de l’authenticité de cette conversation est l’adresse IP avec laquelle notre source nous l’a fait parvenir. Comme cette source réclame l’anonymat – et on peut le comprendre ! -, nous respectons sa demande et ne divulguerons pas son nom. Mais sachez que nous le connaissons. Car l’adresse IP trace l’envoi et est comme une signature. Sauf à imaginer – ce qui est toujours possible – qu’un autre ait utilisé l’ordinateur de notre source pour lui porter tort. Sur ce point précis, le doute subsiste. Mais si c’est bien le propriétaire de l’ordinateur utilisé qui a envoyé le courriel qui nous a été adressé, alors cela témoigne de quelques frictions au plus haut niveau des « institutions européennes » pour reprendre la formule chère à Alexis Tsipras, alors que l’Europe est sur le point de vivre des évènements historiques… Jugez par vous-même. Au milieu d’une joute verbale parfois feutrée, parfois plus vive, toujours faite d’insolence et de provocations, souvent mâtinée d’un esprit libertin, on perçoit – si ce qui est dit est vrai bien sûr – que des évènements de portée historique sont  déjà en cours et que l’Histoire va encore s’accélérer dans les prochains jours.

*   *   *

Jean-Claude Juncker : Si Tsipras réussit son coup, on est morts !

Christine Lagarde : Tu crois que j’ai une chance d’éviter la taule ?

Mario Draghi : Oui, si tu es gentille avec eux…

Christine Lagarde : Oh, tu me prends pour qui ? Tu crois que je passe sous la table aussi facilement ?

Jean-Claude Juncker : Allez, Christine, ce n’est pas à nous que tu vas la faire, celle-là ! Nous savons bien que tu as déjà offert quelques gourmandises à Nicolas Sarkozy…

Christine Lagarde : Oui, mais c‘était pour prendre la tête du FMI et pouvoir ensuite avancer nos pions. Vous savez bien que DSK était un sale gauchiste pervers et sexomanique dont il fallait se libérer…

Jean-Claude Juncker : Si l’on pouvait revenir au sujet du moment… Donc, vous avez quelle idée pour qu’on se sorte de ce merdier dans lequel Tsipras vient de nous mettre ?

Silence…

Jean-Claude Juncker : Oh, oh ! Vous m’avez entendu ? J’ai parlé là ! Y’a quelqu’un dans l’avion ?

Mario Draghi : Mais mon pauvre Jean-Claude, tu ne te rends pas compte que cette fois, tout fout le camp ? Tu ne vois donc pas que notre règne touche à sa fin ? Tu n’as pas compris que tout le monde va s’apercevoir très vite que nous ne pilotons pas l’avion, que ce n’est pas nous qui décidons. Nous ne sommes que des exécutants. Et comme dans la mafia ceux qui échouent finissent mal, notre sort à nous est désormais scellé. Chacun va toucher du doigt que nous ne sommes que des tigres de papier. Si nous avons pu en imposer depuis quelques années aux chefs d’État et de gouvernement ainsi qu’aux ministres des pays membres de notre Union, notamment des PIGS du Club Méd’, ce n’est que parce que nous avons eu à affronter des lâches, des traîtres à leur peuple et des amis dévoués aux nôtres… Mais maintenant que nous avons un ennemi en fonction, cela va se voir que nous ne sommes que des pantins. Donc, je repose la question : que faire maintenant ? Vous avez une idée ? C’est le moment car notre maison €uropéenne brûle !

Christine Lagarde : Vous voulez que je change d’attitude avec Alexis ?

Mario Draghi : Que veux-tu dire Christine ?

Jean-Claude Juncker : Qu’elle veut se mettre au grec… Non, en fait qu’elle va se faire le Grec. Ou plutôt qu’elle va s’envoyer le Grec…

Christine Lagarde : Et alors, t’es jaloux ? Tu as toujours refusé que je te le fasse… Alors pourquoi tu la ramènes ? Il faut qu’on amène Alexis à revenir dans notre camp. Parce que je te signale que si on organise un nouveau putsch en Grèce, ça va se voir cette fois ! Et au cas où tu l’aurais oublié, je te rappelle, en passant, que maintenant Alexis et Vladimir sont des potes. Si on s’attaque à Alexis, on s’attaque à Vladimir. Tu te sens les épaules assez larges pour cela ? Pas moi !

Et puis, j’ai toujours détesté la vodka et le froid sibérien tandis que l’ouzo, le raki, le retsina, les olives, les maisons blanchies à la chaux et aux volets bleus des îles grecques, la grande Bleue partout, tout cela me fait rêver depuis que j’étais une jeune fille innocente. Et il se trouve que c’est un Grec qui m’a déniaisée et j’en garde un souvenir gourmand, surtout après tous les nuls et les beaufs que je me suis envoyés depuis. Tu sais, les golden boys qui pullulent au FMI, ils se la jouent tous comme Beckam ou George Clooney mais ce sont de vrais lapins… Aussi inaptes à l’amour qu’ils sont inaptes à comprendre autre chose que des chiffres… Ils montent en tension aussi vite que leurs actions grimpent en bourse les jours de spéculation maximale, mais ils retombent aussi vite également, comme lors d’un krach ! Et chaque fois je suis restée sur ma faim. À quoi bon avoir un dieu grec sur soi si on l’a déjà perdu après trois minutes… Vu ce que je subis depuis des mois, j’ai besoin de me détendre et Alexis, c’est quand même autre chose que le nabot français que j’ai dû m’avaler pour être là où je suis… Oui, désolé pour le jeu de mots un peu vulgaire mais c’est passé tellement mal que je n’ai pas envie de jouer à la prude que je ne suis pas ! Je peux être une bourgeoise, je ne suis pas pour autant une coincée du bas-ventre…

Mario Draghi : Mais putain, vous m’entendez ou pas tous les deux ? Christine, je n’en ai rien à cirer de tes histoires de fesses ; on n’est pas dans un salon libertin ici. On n’est pas là pour causer de nos conquêtes sexuelles ou de je ne sais quelle nuit d’amour succédant à des agapes orgiaques… Et toi, Jean-Claude, tu crois qu’ils te réservent un sort heureux si tu tombes dans leurs mains ? Tu crois que l’on viendra nous sauver ? Tu penses sérieusement que nos amis américains viendront nous exfiltrer ? Tu ne connais donc rien à l’histoire… Qu’est-ce qu’on fout maintenant pour sauver notre cul ?

Jean-Claude Juncker : Ecoute Mario, n’ai-je pas bien mérité leur reconnaissance avec la sortie que j’ai faite sur la démocratie qui ne peut jouer contre les traités européens ? Ne me suis-je pas engagé totalement envers leur cause quand j’ai dirigé le Luxembourg et permis à leurs milliards de rester bien à l’abri et hors de tout contrôle des peuples ? Je suis un de leurs plus fidèles et plus dévoués serviteurs. Et plus que cela, je ne suis pas un simple caniche, j’ai bossé dur et j’ai réussi à remporter la plupart des batailles que j’ai menées pour eux. Les missions qu’ils m’ont confiées, je les ai menées à bien, presque toutes. Je n’ai pas à rougir et je suis convaincu qu’ils me sauveront, moi…

Mario Draghi : Parce que nous, on était des plantes vertes décoratives à ton avis ? Qui a permis de saigner la Grèce depuis des années ? Qui a le plus violé la souveraineté populaire en Grèce, en Espagne, en Italie, au Portugal, à Chypre, en France… ? Qui a le plus agi dans l’ombre pour désamorcer les révoltes populaires ? Qui a tenu d’une main de fer les noyaux des quelques banquiers centraux qui avaient des velléités de faire sécession ? Désolé, Monsieur le Président du paradis fiscal luxembourgeois mais moi non plus je n’ai pas démérité… Et je mérite autant que toi la considération de nos maîtres. Sauf que je suis peut-être un peu plus lucide que toi sur leurs intentions à notre égard. Tu as déjà vu le film « La firme » ? Tu sais avec le beau gosse scientologue qui te fait tant rêver à de délicieuses nuits d’amour ? Non ? Tu devrais, crois-moi !

Christine Lagarde : Arrêtez les copains ! On ne va quand même s’engueuler entre nous ! Ce n’est vraiment pas le moment qu’on se foute sur la gueule ! Nous devons décider d’un plan de riposte. J’ai pris les devants pour une fois.

J’ai déjà parlé à Manuel Valls. Il me prête son Falcon. Demain, je file à Athènes et je vais faire vivre quelques jours de délice à notre jeune premier de Grèce… Je m’en vais te le déniaiser et en faire un capitaliste atlantiste comme on les aime… Je vous le promets. Et pendant que je lui ferai passer ces heures agréables, il vous revient à vous de préparer la suite. Pendant son absence, vous devez renverser le pouvoir en place. Méfiez-vous surtout de Zoé Constantopoulou qui est à la tête de la Vouli car c’est une Margaret Thatcher de gauche. Aussi déterminée que l’était notre chère Miss Maggie et aussi brute de décoffrage, sauf qu’avec elle, c’est nous qui sommes les cibles !

Mario Draghi : Ok. Tu veux bien t’occuper du jeune kouros grec. Mais es-tu certaine de tes charmes ? Crois-tu vraiment qu’il risque de se laisser corrompre ? Tu as vu son épouse ? Je ne veux pas te blesser mais je doute qu’il soit prêt à se laisser griser. Tu en imposes habillée et perlée mais une fois dévêtue…

Christine Lagarde : C‘est parce que tu ne connais rien aux femmes Mario !

Mario Draghi : Oui, ça doit être ça ! Sophia Loren, Ornella Muti, Claudia Cardinale, Caterina Murino, Stefania Sandrelli , Isabella Rossellini, Monica Bellucci, Gina Lollobrigida, ne doivent pas incarner la féminité telle que tu t’en fais l’idée sans doute…

Christine Lagarde : Parce que tu les as toutes connues de près ?

Mario Draghi : Quand on le C.V. qui est le mien, on réussit toujours à séduire. Et puis, j’ai quand même plus d’atouts que le nabot auquel tu as goûté, ou que l’ectoplasme actuel de l’Élysée qui a fait passer sous la table la belle Julie Gayet après quelques autres …

Jean-Claude Juncker : Bon, Mario, je croyais que tu te foutais des histoires de fesses de Christine !

Mario Draghi : Quand on me cherche on me trouve mais oui, je confirme que je m’en bas les ouïes. Donc, si elle réussit à lui faire boire le filtre magique et qu’Alexis Tsipras lui tombe dans les bras, pendant ces quelques heures où il sera, de fait, en situation d’empêchement de gouverner, nous devons en profiter pour reprendre le contrôle de la Grèce, et nous méfier en effet de la madone de la Vouli. Ok, on connaît l’objectif. La question, c’est comment fait-on ?

Jean-Claude Juncker : On rapatrie en Grèce quelques-unes de nos forces actuellement en Ukraine et en Syrie ?

Mario Draghi : Non, mais tu as fumé quoi, toi ? « Nos » forces ? Ce n’est pas nous qui les commandons. Tu as oublié le deal qu’on a passé avec Joe Biden ?

Jean-Claude Juncker : De quel deal causes-tu là ?

Mario Draghi : Tu t’es encore endormi pendant la réunion ce jour-là ?

Jean-Claude Juncker : Pfff ! Tu m’as plutôt mis sur la touche, oui. Ta réunion, tu as dû la faire sans moi…

Christine Lagarde : Moi, je m’en souviens très bien Jean-Claude. Tu n’es pas venu car tu nous as dit que tu refusais de parler à un autre qu’au Président des États-Unis. Tu disais que le Vice-Président Biden n’était qu’un pot de fleurs. Pour toi, seul Barack Obama était en situation de décider pour son pays. Ça te revient maintenant ?

Jean-Claude Juncker : Oui, c’est vrai. J’ai bien fait d’ailleurs. Biden est absent de la scène politique et stratégique mondiale. Par contre, Obama… (il est interrompu)

Mario Draghi : C’est bien ce que je pensais. T’es vraiment toujours aussi con ! Combien de fois devra-t-on te réexpliquer la chose ? Le Président des États-Unis n’est qu’un pantin qui s’agite pour la galerie, qui fait croire à tout le monde que c’est lui qui dirige, mais en réalité, il ne fait que signer les parapheurs et tout est rédigé par d’autres. Il n’a même pas le droit de déplacer un mot ou de rajouter une virgule. Par contre, le Vice-Président des États-Unis, lui, est aux commandes. Ça n’a pas toujours été vrai dans l’histoire américaine, je te le concède ; certains vice-présidents ont été de vrais pantins (sous Roosevelt par exemple). Mais au début des années 80, tout a changé. C’est bien George Bush père qui dirigeait le pays que le clown Ronald Reagan faisait semblant de commander. Bon il est vrai aussi que sous Clinton, puis quand Bush père fut président, on en revint à un rôle négligeable du Vice-Président qui avait pour seule mission de présider à certaines réceptions du samedi après-midi, là où les épouses des dirigeants économiques et politiques cuisinent des cookies… Très célèbres ces réceptions aux États-Unis… Sauf qu’avec Bush fils, le monde a changé. C’est bien le Vice-Président Cheney qui tenait le pays, avec tous ses amis. Et il en est de même depuis que Barack Obama occupe la Maison-Blanche. Ce n’est pas lui qui gouverne, c’est bien Joe Biden. C’est pratique car le Vice-Président, aux États-Unis n’ayant officiellement aucun pouvoir, n’est pas limité par les textes constitutionnels. Tout ce que le Vice-Président fait, le Président le valide, le signe et donc en endosse la responsabilité sans pouvoir jamais se défausser par la suite… Génial comme verrouillage ! Et très bon système de chantage sur le Président qui voudrait un jour mener une politique différente de celle pour  laquelle on l’a mis là où il est… Les amis de JFK le savent bien… De toute façon, il y a quelques actes constitutionnels secrets, validés par la Cour suprême qui s’est réunie à huit-clos après le 11 Septembre, qui autorisent à peu près tout ce que le Vice-Président juge utile de faire… C’est donc Joe Biden qui peut seul décider des missions de « nos » forces… Et c’est donc à lui seul qu’il faut adresser notre demande si l’on veut que nos « conseillers pour l’instauration d’un régime démocratique » quittent le terrain où ils agissent aujourd’hui pour venir restaurer la démocratie en Grèce. Et moi, en tant que N°1 de la B.C.E., j’ai une certaine capacité à le convaincre… Tu as pigé cette fois, camarade ?

Jean-Claude Juncker : D’accord ! Bon et sinon, je dois faire quoi moi, maintenant ?

Christine Lagarde : Faire comme d’habitude. Tu fais très bien ton job. Tu continues à agir comme si c’est toi qui présidait la Commission. Peu importe que de plus en plus d’Européens aient compris que ce n’est qu’une illusion. On n’a pas le temps d’inventer un nouveau scénario pour jouer une nouvelle pièce de théâtre. Nous devons agir en Grèce. L’Espagne est déjà perdue pour nous et le Portugal va suivre son voisin. Quant à la France, je ne sais pas si elle n’est pas en voie de faire sécession. Il faut agir sur la Grèce. C’est là que tout se joue. C’est là que nous pouvons encore empêcher l’irréparable de survenir : que le peuple grec saisisse qu’il n’a pas besoin de nous… Salvador Allende avait commencé comme Alexis Tsipras et nos amis américains ont réagi avec conviction pour empêcher que nous perdions le Chili. Sauf qu’on ne peut plus réitérer cette expérience. Il faut agir plus finement. Le Chili était seul. La Grèce a des alliés et la Russie ne nous laissera pas renverser Tsipras… C’est pour ça que la seule solution, c’est d’amener Tsipras à faire son chemin de Damas… au sens de l’expression biblique !

Jean-Claude Juncker : Mais on tourne en rond là ! Toi, tu as ta mission. On a entendu ton dévouement à la cause… Mais Mario et moi, on joue quel jeu dans la partie en cours ?

Mario Draghi : Je pense que je devrais couper immédiatement les liquidités à la Grèce, comme je l’ai fait à Chypre. Sauf que si je fais cela, dans les heures qui suivent, ce sera la révolution en Grèce et elle ne nous sera sans doute pas favorable. Donc il faut jouer plus fin comme le dit Christine. Et puis, il y a le problème russe. Sans le soutien de Poutine à Tsipras, on pourrait faire parler la force mais là, on ne peut que se faire défoncer si on tente le coup. Il faudrait donc retourner Vladimir. Si je m’engageais à lever toutes les sanctions économiques que nous avons décidées il y a quelques mois  ?

Christine Lagarde : Mario, là c’est toi qui fait ton Juncker… Tu sais très bien, mieux que personne même, à quel point la Russie se moque de ces sanctions qui n’affaiblissent que l’Europe… Et si tu les levais, c’est à nos amis américains que tu devrais l’expliquer, car eux seuls ont un intérêt à ces sanctions…

Mario Draghi : Oui, c’est pas faux ! Je vais trouver autre chose…

Christine Lagarde : Et si on laissait tout simplement nos amis insurgés jeter leurs sauvages à Athènes et faire sauter quelques lieux emblématiques ? En général, ça marche à tous les coups. On ne parle plus politique mais sécurité et répression… (elle est interrompue)

Mario Draghi : Oui, quand le gouvernement en place est des nôtres… Il ne t’aura pas échappé que ce n’est plus le cas à Athènes !

Jean-Claude Juncker : Oui, mais nous avons notre petit Samaras qui est prêt à reprendre la chancellerie. Et le président de la Banque de Grèce qui fait du bon boulot depuis quelques temps pour rassembler les partisans et les acteurs du changement que nous voulons… Il faut que nous les aidions tous les deux.

Mario Draghi : Samaras n’est pas intéressé par notre cause. Il s’en moque. Tout ce qu’il veut, c’est le pouvoir pour lui, pour sa famille, pour son clan. Il n’est pas fiable.

Christine Lagarde : Justement, c’est mieux d’avoir un type comme lui. On le manœuvre assez facilement puisqu’il est transparent. On le paye et il dit – ou il fait – ce que nous lui ordonnons. Il n’a même pas d’orgueil. Il accepte les ordres comme un vulgaire petit employé obéissant docilement à son supérieur hiérarchique. La seule chose qu’il respecte, c’est la valise de billets qu’il recevra à chaque fois qu’il aura servi nos intérêts. C’est un bon gars à mes yeux !

Mario Draghi : Non, je ne suis pas d’accord. Il nous faut un type fiable dans les circonstances présentes. Nous allons à la catastrophe si nous comptons sur un Samaras qui se donnera toujours au plus offrant. Il nous faut un homme de paille… mais qui soit constitué d’ébène ! Si on mettait DSK à la tête d’un nouveau gouvernement grec ? Lui, au moins, on le connaît bien ; lui on sait qu’il est un dévot du capitalisme ; lui au moins ne nous trahira pas.

Christine Lagarde : T’es dingue ? Il passera 95% de son temps à forniquer avec tout ce qui lui passera sous les yeux. Ce n’est pas lui qui pourra remettre la Grèce dans le droit chemin. Je verrais plutôt un Georges Soros. Il est Grec, il est banquier, il est un mentor du président Obama…

Jean-Claude Juncker : Oui, mais il ne m’aime pas… (il est interrompu)

Mario Draghi : Non, mais ça, excuse-moi de te le dire aussi abruptement Jean-Claude, on s’en tape ! Ce n’est pas toi qui compte, c’est la firme ! Si tu dois subir Soros, tu le subiras… Il est vrai que ce choix-là serait particulièrement ingénieux. Décidément, Christine, tu me surprendras toujours !

Christine Lagarde (lui faisant un clin d’œil mutin) : Tu vois qu’il me reste aussi d’autres talents que ceux que tu refuses obstinément de connaître toi aussi…

Mario Draghi : Écoute, ma belle Christine, je te fais une promesse. Si nous gagnons la bataille que nous engageons, je t’honorerai le soir même. Ça te va ?

Christine Lagarde : À condition que ce soit avant la cuite que tu prendras et pas après…

Mario Draghi : Marché conclu ! Mais il faut quand même que l’on réussisse et ce n’est pas gagné…

Jean-Claude Juncker : Bon, je ne voudrais pas venir perturber vos gouleyants projets d’ébats amoureux, chère marquise Lagarde de Merteuil et cher vicomte Draghi de Valmont, mais ne comptez pas sur moi pour être votre Danceny…

Christine Lagarde : Sois rassurée mon chou. Il ne m’est jamais venu pareille idée à l’esprit. Car Danceny avait réussi à séduire Merteuil, si tu vois ce que je veux dire… L’esprit de la marquise était enivré à l’idée de déniaiser ce jeune puceau et tout son corps était enfiévré devant la perspective de l’étreinte avec lui. Qu’il y a-t-il de commun entre leur histoire et la nôtre ? Tu as 40 ans de plus que lui, tu as perdu ta virginité il y a un demi-siècle et crois-moi, ni mon esprit ni mon corps ne sont fébriles en te voyant…

Jean-Claude Juncker (s’adressant à Mario Draghi) : Elle est encore plus garce que je ne le pensais…

Mario Draghi : Tu l’as bien cherché mon ami ! Allez, je propose une trêve. Enfin, nous sommes comme les trois mousquetaires et nous avions prêté le serment de nos illustres ancêtres : un pour tous et tous pour un ! Alors ne ruinons pas ce bel engagement. Restons soudés contre les populistes qui veulent nous retirer le pouvoir que nous avons depuis toujours pour la seule raison que nous sommes les seuls à en être dignes !

Jean-Claude Juncker : L’histoire des mousquetaires veut qu’il y en ait quatre. Qui est le 4ème ?

Christine Lagarde : L’histoire s’écrit en marchant mon chou… Il sera bientôt là, le 4ème… Je vous l’amène dans quelques jours. Je vais lui faire oublier sa Constance, là encore sans jeu de mots ! Et lui faire renier sa reine, le peuple grec qu’il dit vouloir défendre jusqu’à la mort. Je lui promets un avenir plus doux… L’histoire voulut que ce fut un Gascon intrépide, têtu et fine lame qui jouât le rôle du 4ème mousquetaire et qui devînt même le plus illustre des 4. Je vous avoue que je ne contemplerais pas avec déplaisir que l’histoire se rejouât… Mon Alexis est de la trempe du comte Charles de Batz de Montesquiou.

Jean-Claude Juncker : Ah, parce qu’il est déjà « ton » Alexis ? Avant même que tu aies réussi à le mettre dans ton lit ?

Christine Lagarde : Aujourd’hui, il est encore « mon » Alexis en effet mais la semaine prochaine, il sera celui de vous tous, vous verrez !

Jean-Claude Juncker : Moi, je pense que tes neurones approchent vraiment le seuil de la fusion. Tu devrais prendre garde…

Mario Draghi : On parle, on parle mais on n’a toujours pas décidé ce que nous devons faire Jean-Claude et moi !

Jean-Claude Juncker : J’ai une idée, qui, vois-tu cher Mario, m’a été inspirée aussi par l’histoire de France, puisque tu nous en as rappelé une page. On garde Alexis au frais, loin du monde, loin d’Athènes, loin du pouvoir, et on met à sa place un sosie. J’ai déniché un gars qui pourrait faire l’affaire.

Mario Draghi : C’est qui ton type ? Il est connu ?

Jean-Claude Juncker : Non mais, là, j’déconne Mario ! C’était pour détendre car l’ambiance entre nous était un peu électrique je trouve ! Tu ne crois quand même pas que j’ai un sosie du jeune Premier sous la main. Et si je l’avais, ça ne suffirait pas. Il ne suffit pas d’avoir les traits de son visage et d’être capable de reproduire sa voix. Il faut aussi qu’il puisse être reconnu par ses proches…

Mario Draghi : Ok, t’as raison, c’est le moment de faire des vannes ! Sinon, quelque chose d’utile à proposer ?

Jean-Claude Juncker : Pas plus que toi cher confrère !

Mario Draghi : Eh bien si, justement. J’ai une idée qui va vous scotcher. Accrochez-vous !

Jean-Claude Juncker et Christine Lagarde moqueurs : Vas-y maître, on t’écoute…

Mario Draghi : Voilà ! En fait, ce n’est pas tant une idée qu’une information que je vous donne… Je ne vous l’avais pas dit mais j’ai eu une visio-conférence tout à l’heure avec John O Brennan, le directeur de la C.I.A., le général Philip Breedlove, commandant suprême de l’OTAN, et quelques autres types qui dirigent des commandos divers. Quelque chose est en train d’être organisé. Quelque chose de gros, de très gros. Quelque chose qui sera de nature à faire revenir le tumultueux fleuve grec dans son lit et à donner encore un avenir à notre Europe, l’Europe capitaliste et atlantiste, seule viable pour nos maîtres. Ils ne m’en ont pas dit beaucoup plus. Et vous savez qu’il est inutile de les interroger. Ils souhaitaient juste savoir si nous étions prêts, nous-mêmes, à Bruxelles et à Francfort, pour gérer les lendemains. Ils voulaient la certitude de pouvoir se reposer sur nos amis, présents dans tous les pays d’Europe, et connaître le stade de leur préparation. Sont-ils prêts à prendre la relève des gouvernements en place qui ne réussiraient pas à tenir leurs populations ? m’ont-ils demandé. Je leur ai répondu que oui, que nous y avons ardemment travaillé depuis des mois, et que nous sommes prêts pour le grand saut. Nous n’attendons que leur signal. Lorsque sera diffusé par les medias le message suivant « Nous avons commencé à gravir le Mont Olympe », sachez que les opérations auront commencé sur le terrain à Athènes et dans les grandes villes de la Grèce. Pour notre part, nous devrons attendre un autre message avant de passer à l’action dans les autres pays. Ce second message est celui-ci : « La Pythie de Delphes a parlé. Faisons s’accomplir son oracle ».

Jean-Claude Juncker : En clair, c’est la guerre en Europe que tu nous annonces ?

Christine Lagarde : Mais aurais-je le temps de passer quelques nuits d’amour avec mon Apollon ou est-ce pour demain ?

Mario Draghi : A priori, le feu d’artifice ne sera pas tiré avant quelques jours. Tu as donc tout le temps de t’enivrer avec ton Ulysse. D’ailleurs ils ont parlé de toi et ont dit que rien ne serait fait avant que la dinde ne fasse entendre son dernier chant… J’ai demandé de quel volatile de notre basse-cour ils parlaient et je fus peiné d’entendre alors ton nom…

Christine Lagarde : Oui, oui, chante beau merle !

Mario Draghi : Je ne suis pour rien dans ce qualificatif, tu sais. Je compatis à ta peine de te faire ainsi malmener, ma chère Christine. Mais je sais que tu es assez forte pour ne pas être touchée par leurs mots qu’ils voulaient blessants.

Christine Lagarde : Tu sais Mario, ce ne sont que des nuls. Qu’ils chantent donc les petits coqs de Washington et leurs galonnés de l’OTAN ! Quand je leur amènerai la tête d’Alexis Tsipras sur un plateau, ils verront qu’ils se sont trompés à mon sujet. Je vais leur rafraichir la mémoire et leur rejouer Agrippine !

Mario Draghi : Elle a mal fini tu sais !

Christine Lagarde : Je ne l’ignore pas mais je n’ai pas l’intention de rejouer chaque épisode de sa vie. Je vais adapter le remake à ma façon… Ce sera plutôt une fin à la manière de Cléopâtre s’en allant rejoindre son Antoine, qu’elle aura préalablement fait passer au 8ème ciel, après l’avoir transporté au 7ème !

Jean-Claude Juncker : Donc tout est en place pour la nouvelle partie sur le point de commencer ? Je ne sers donc définitivement à rien moi, c’est ça ?

Christine Lagarde : C’est ça ! Mais tu le savais déjà ! De peur que tu l’oublies, on te le répète tous les jours…

Mario Draghi : Non, Jean-Claude, non Christine, on ne peut pas dire ça, ce n’est pas exact. Toi aussi, Jean-Claude, tu as un rôle dans la partie qui s’annonce. Ce n’est pas un rôle de figurant. C’est un premier rôle car il faut un immense talent pour donner le sentiment à tous de sa propre médiocrité sans qu’elle existe vraiment. Tu es comme un gardien qui, par sa sérénité, et la reproduction fidèle de ses habitudes quotidiennes, permet qu’aucun soupçon ne s’éveille sur une action prochaine de notre part. Ta mission – que, contrairement à la série télévisée, tu n’as pas la possibilité de refuser – est de faire comme avant, sans rien changer à ton discours, ni à tes actes. C’est comme ça que tu permettras que personne ne se doute de quoi que ce soit… C’est un rôle de composition et toi seul peut le jouer.

Jean-Claude Juncker : Et toi, tu joues quel rôle dans le scénario que Washington a écrit ?

Mario Draghi : Tu connais le film Les tontons flingueurs ?

Jean-Claude Juncker : Bien sûr !

Mario Draghi : Bon, ben disons que je suis « Monsieur Fernand ».

Jean-Claude Juncker : Et qui jouera Raoul Volfoni ?

Mario Draghi : Tu veux vraiment que je te le dise ?

Jean-Claude Juncker : Du moment que tu ne me donnes pas de bourre-pif… Je te rappelle au passage que, aussi corniaud que je puisse te paraître, je ne suis pas l’idiot que tu crois. Moi aussi les dingues, j’les soigne. Moi aussi je suis capable de leur faire une ordonnance, et une sévère. Moi aussi je peux les éparpiller aux quat’coins d’Bruxelles, par petits bouts, façon puzzle ; parce que moi aussi, quand on m’en fait trop, j’correctionne plus, j’dynamite, j’disperse et j’ventile… Tu vois, je connais mes classiques !

Christine Lagarde : Alors tu sais aussi qu’il ne suffit pas de jouer les gros bras pour en imposer… Alors, tu sais aussi que « le terminus des prétentieux » pourrait bien t’accueillir les bras ouverts. Ta place y est déjà réservée d’ailleurs. Tu as de la chance car le séjour y sera plus doux qu’à la « maison mère »… Et oui, moi aussi, je connais mes classiques. Je n’ai pas appris que la finance à l’ENA.

Mario Draghi : Bon, je crois que nous nous sommes tout dit ?

Christine Lagarde : Pour ce soir. Mais on reste en contact et on se fait une bouffe bientôt, d’accord ?

Jean-Claude Juncker : Mais je croyais que tu devais faire comme Cléopâtre ?

Christine Lagarde : J’aviserai en fonction de l’évolution de la situation…

Jean-Claude Juncker : Alors, si on se donnait rendez-vous dans dix jours ?

Mario Draghi : Méfie-toi ! Patrick Bruel a des droits sur le titre de sa chanson d’ado attardé…

Jean-Claude Juncker : Je sais, mais je les lui ai achetés. Il avait besoin de liquidités depuis qu’il s’est fait soutirer, lors de sa dernière partie de poker, qu’il a encore perdue, les derniers dollars qu’il possédait… Tu veux que je les dépose dans tes coffres ?

Mario Draghi : Heu, comment te dire, Jean-Claude ? OXI ! Je crois qu’on va beaucoup l’entendre, ce mot, dans les prochains jours !

Christine Lagarde : Bon, allez, ciao la compagnie. Je file. Faut que je m’apprête moi, pour rendre irrépressible le désir de mon spartiate préféré… Et il y a du boulot. Je vais être en travaux pendant quelques heures. J’vous raconterai… Ou pas !

Jean-Claude Juncker : Ok, moi je vais à ma conf’ de presse habituelle du matin.

Mario Draghi : Ok, salut à vous les guerriers du capitalisme. Moi, je supervise depuis ma salle de contrôle à la B.C.E. Ces cons-là, ils croient tous que la B.C.E. est une banque… Ils ignorent tous que ce sigle cache en fait une tout autre signification : Bureau de Contrôle des Européens ! Je me marre !

Ci-dessous : de haut en bas : Mario Draghi (Président de la B.C.E.), Christine Lagarde (Directrice du F.M.I.), Jean-Claude Juncker (Président de la Commission européenne)

Mario Draghi

Christine Lagarde

Juncker halluciné

Lettre ouverte d’un militant de base du Parti de Gauche à Nicolas Dupont-Aignan, Président de Debout la France

Avant-propos

Au lendemain de sa victoire aux élections législatives en Grèce, Syriza, la « Coalition de la Gauche radicale », a conclu un  accord de gouvernement avec le parti « ANEL » (« les Grecs indépendants ») de Panos Kamménos. Ce parti est défini comme « souverainiste » et est classé à droite. D’où des réactions très vives de certains…

Pourquoi un tel accord a priori contre nature ? Cet accord permet à Syriza d’obtenir une majorité absolue des sièges au Parlement, alors qu’il lui en manquait deux pour atteindre le seuil fatidique de 151 sièges et que ni le PASOK (le parti socialiste grec), ni le KKE (le parti communiste grec), ne voulaient permettre à Alexis Tsipras, le leader de Syriza et nouveau Premier ministre grec, et à Syriza elle-même, d’atteindre, grâce à l’apport de leurs députés, ce seul fatidique des 151 sièges.  Le nouveau Premier ministre grec a alors cherché avec qui il pouvait s’entendre, ne serait-ce que partiellement, pour pouvoir obtenir cette majorité absolue, sans donner le signe d’un afadissemnt de sa volonté de lutter contre ceux qui humilient son pays et martyrisent son peuple. Et de fait, malgré de grandes différences, voire de profondes oppositions entre Syriza et Panos Kamménos sur beaucoup de sujets de politique intérieure, ces deux partis se rejoignaient sur la nécessaire rupture avec l’austérité, et l’indispensable bras de fer à engager avec l’UE et avec le gouvernement d’Angela Merkel. Alexis Tsipras ,et sans doute l’état-major de Syriza avec lui, ont donc jugé possible et utile de s’accorder avec ce petit parti souverainiste de droite car, en l’état des forces politiques au sortir de ces élections, l’ANEL et son leader Panos Kamménos ne seront pas en situation de peser sur les principaux choix de Syriza et de Tsipras mais ils pourront, ensemble, opposer un front solide face à leurs ennemis communs. Je considère donc, pour ma part, que c’est la moins mauvaise des solutions, au regard des réalités actuelles. Certes, il aurait été préférable de passer un accord avec le KKE, parti communiste grec, qui est plus proche de Syriza que ANEL de Panos Kamménos. Mais la fin de non recevoir du KKE mettait un terme à cette éventualité. Et négocier avec les centristes de To Potami aurait été mettre un doigt dans la gueule du crocodile vu qu’ils sont européistes et, si j’ai bien saisi, pas si hostiles que ça à l’austérité…

Nicolas Dupont-Aignan, Président de Debout la France étant l’invité, ce lundi 26 janvier 2015, de Jean-Jacques Bourdin, dans le cadre de la Matinale de RMC, l’animateur a saisi l’occasion de poser à son invité une question politicienne sur ce sujet. Il a ainsi demandé à Nicolas Dupont-Aignan, dont le parti Debout la France est le plus proche parent de l’allié inattendu de Syriza, si « politiquement, [il] pourrait passer un accord avec le Front de gauche de Mélenchon ». Et Nicolas Dupont-Aignan répondit : « Si c’est pour sauver la France et si c’est sur un programme intelligent de création de richesses, pourquoi pas ? »

Voici une réponse que j’adresse à Nicolas Dupont-Aignan suite à sa main tendue. Elle n’engage que moi, militant très ordinaire du PG et sans responsabilité particulière au sein de mon parti. Elle ne représente que ma vision et n’engage en rien mon parti. Si j’emploie le « nous », c’est parce que je crois, malgré tout que d’autres que moi pourraient se retrouver dans ce que j’écris. D’où aussi mon choix de recourir à une lettre ouverte car si cette réaction est personnelle, je suis convaincu que beaucoup de militants et de citoyens pourraient avoir envie de dire leur propre sentiment sur la question qui a justifié cette lettre.

* * * * *

Monsieur Dupont-Aignan,

Vous avez émis, ce lundi, une proposition de partager le gouvernement de la France avec le Front de Gauche. C’est une proposition inédite, mais que l’on peut comprendre, quand on étudie votre parcours,  quand on connaît votre philosophie politique et que l’on suit de près l’actualité.

Mais s’il est possible de la comprendre, il est très difficile, pour ne pas dire impossible, aujourd’hui, d’y donner suite. Je vais essayer de vous expliquer pourquoi.

Cela va vous paraître paradoxal mais je dirais qu’il y a un préalable nécessaire, indispensable. Non pas que vous viriez à gauche, car ce serait une demande insensée de notre part, vu que vous avez toujours été de droite. En outre, il n’est pas dans notre habitude de réclamer de nos « alliés » qu’ils nient ou remettent en cause ce qu’ils sont. Bon, si vous décidiez de vous rallier à nous, nous vous accueillerions et nous vous ferions une place. Mais en général, nos alliés sont naturellement, politiquement parlant, très proches de nous, même si l’on peut parfois se disputer sur tel ou tel sujet. Il ne viendrait par exemple à l’idée de personne d’envisager de nous allier avec, par exmple, l’UMP en leur demandant de renier ce qu’ils sont et de communier civilement avec nous dans l’écosocialisme, d’exprimer la volonté de mettre à bas le capitalisme et d’embrasser notre objectif de substituer une 6e République du peuple à cette 5e République devenue celle des oligarques. Nous choisissons de nous allier avec celles et ceux avec qui nous partageons quand même, d’entrée de jeu, l’essentiel et avec qui il est possible de passer des compromis acceptables sans compromission.

Pourtant, certains d’entre nous voient plus grand. Certains d’entre nous aspirent à un « rassemblement du peuple ». Ceci devrait vous parler n’est-ce pas ? Le « rassemblement du peuple  a toujours été aussi la volonté du général de Gaulle, puis de ceux qui se sont prétendus, à tort ou à raison, ses héritiers. Mais c’est aussi tout autant l’objectif des révolutionnaires, qui aspirent à ce que le peuple se dresse, uni, contre les oligarques, contre les maîtres, contre les tyrans. En fait, que l’on parle de « rassemblement du peuple » ou de « lutte des classes », on parle en fait de la même chose : les 99% contre les 1%. L’intérêt général contre les intérêts particuliers. C’est ainsi que personnellement je vois les choses.

Donc, si certains à droite et à gauche, un peu moins au centre, refusent, par principe, de parler avec leurs adversaires, et refusent toute hypothèse d’action commune, il y a aussi des militants et des citoyens, à gauche, à droite, au centre ou ailleurs, qui pensent que se parler est utile à tous et que parfois, agir ensemble, pourrait mieux faire avancer l’intérêt général.  Comme ce fut le cas sous l’Occupation et la Résistance avec le CNR. Je vais y revenir plus loin.

Ces propos liminaires avaient pour but de vous montrer que je ne fais pas partie des gauchistes sectaires, bien que je sois de gauche. Je ne rejette pas, par principe, l’idée de débattre, de discuter, d’échanger, voire même d’agir avec des militants ou des personnalités qui ne partageraient pas ma vision, mes analyses, mes rêves et mes projets. Sinon, nous resterions en vase clos, au risque de nous scléroser. La contradiction, le clivage, le débat même, et surtout avec ceux qui défendent des convictions et des propositions opposées aux vôtres, sont utiles à tous. J’ai appris de Jean-Luc Mélenchon que le clivage favorise bien plus la démocratie que le consensus.  Mais à l’inverse, s’il y a un temps pour le clivage, il y en a un aussi pour le rassemblement. Et je ne parle pas ici de cette « unité nationale » qui est soit une fumisterie, soit une escroquerie pour attraper les gogos, soit pire, un ferment de dictature et de pensée unique sacralisée.

Si débattre, échanger, se contredire, argumenter et contre-argumenter est toujours possible et est même nécessaire entre adversaires ou concurrents, en revanche, gouverner ensemble, c’est tout autre chose, vous en conviendrez. Il est indispensable de partager les mêmes valeurs et les mêmes dégoûts. Il est nécessaire d’être prêts à appliquer les mêmes principes fondamentaux même si l’on peut se différencier sur les mesures d’application de ces principes. Il est plus que préférable de caresser les mêmes rêves. Et là, je ne suis pas convaincu, malgré quelques proximités entre vous et nous, que ce minimum existe pour que nous puissions envisager un gouvernement commun entre vous et le Front de gauche.

Je pourrais dire, sur le ton de la boutade, et usant du paradoxe : « Redevenez un authentique gaulliste et on pourra discuter… »

Curieux comme suggestion non ? L’homme de gauche, le démocrate exigeant et ambitieux que je suis, qui a bien des raisons de critiquer le général de Gaulle et son oeuvre, vous appelle à redevenir « gaulliste ». Il y a deux idées derrière cette suggestion.

D’une part, il y a l’idée que le gaullisme authentique, ou l’idée que je m’en fais sur la base de mon éducation, de ma culture et de mon expérience politique,  n’était pas le mal absolu que certains décrivent. Certes il y a beaucoup à dire de la personne et de l’oeuvre du Général, et nous le faisons, au Parti de Gauche et au Front de Gauche. Nous ne nous privons pas, au Front de Gauche, de dénoncer ce qui nous semble devoir l’être : « sa » constitution, par exemple, qui permet toutes les déviances antidémocratiques que nous connaissons. Sur ce point, nous n’ignorons pourtant pas que le texte initial a été si souvent modifié que l’oeuvre même du Général ne peut être seule en cause. La pratique des hommes qui lui ont succédé a eu ses impacts nuisibles. Les nombreuses révisions ont dénaturé cette loi fondamentale. Cela est vrai. Mais nous pensons aussi que le texte initial, dans ses grands principes, portait en lui-même tous les risques que François Mitterrand a brillamment décrits dans « Le coup d’état permanent », avant hélas d’oublier son génial réquisitoire et de se complaire, à son tour, dans ces jeux de pouvoir et cette forme d’autoritarisme que la loi fondamentale de notre pays rendait possible. Certes le Général lui-même, bien qu’ayant gouverné avec autoritarisme, a toujours respecté la volonté populaire exprimée électoralement, puisque nous savons tous qu’il démissionna le jour même où, pour la première fois, il fut désavoué. Ses successeurs n’eurent pas les mêmes préventions. Le système est donc pernicieux puisqu’il permet les abus. Montesquieu disait « Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser » et c’est pourquoi il ajoutait peu après que pour conjurer ce risque, il fallait « que le pouvoir arrête le pouvoir ». C’est-à-dire qu’il était indispensable, selon lui, de créer des contrepouvoirs et des contrepoids. On en est très loin avec cette constitution. D’où notre volonté de la changer.

Le Général est aussi critiquable pour bien d’autres raisons mais cette lettre n’a pas pour objet de dresser  un réquisitoire contre lui. Car à l’inverse des critiques que je peux lui faire, et que mon parti ou mes camarades peuvent lui adresser, j’ai aussi, personnellement, envers lui, une certaine admiration pour une bonne partie de sa vie ou de son oeuvre. De son action pendant la Résistance, de son bref passage au gouvernement provisoire en 1944, de sa présidence de 1958 à 1969, il nous reste des trésors, surtout quand on compare cette époque à notre temps, à tout ce que lui, et d’autres avec lui, avaient rendu possible, qui a été détruit, dévasté, annulé depuis. Au temps du général de Gaulle, nous étions libres, indépendants, souverains. Au temps du général de Gaulle, nous étions écoutés, respectés, pris pour exemple. Au temps du général de Gaulle, nous parlions au monde entier, à toutes les puissances, Ouest et Est, mais aussi aux Non-alignés.  Nous parlions d’égal à égal avec l’Allemagne et même avec l’URSS et les Etats-Unis. Au temps du général de Gaulle, la Communauté européenne ne nous imposait rien qu’on n’ait voulu et clairement accepté. Au temps du général de Gaulle, notre politique étrangère n’était pas conditionnée à celle de l’Empire états-unien. Au temps du général de Gaulle, nous étions d’ailleurs sortis du commandement militaire intégré de l’OTAN et avions dit aux forces armées états-uniennes installées sur notre sol de rentrer chez elles. Au temps du général de Gaulle, nous osions exprimer notre désaccord avec le bellicisme d’Israël. Et oui, à l’époque, nous le faisions… Au temps du général de Gaulle, nous avions une politique économique et sociale, sans doute imparfaite, mais bien plus conforme à l’intérêt général et aux intérêts des Français ordinaires que celle qui nous est imposée, contre notre gré, depuis les années 70. Au temps du général de Gaulle, nous n’obéissions pas aux marchés et nous n’allions pas prendre nos instructions auprès de la chancellerie d’Allemagne. Le général avait eu cette formule savoureuse : « la politique de la France ne se fait pas à la corbeille ». Bref, nous savons bien ce que nous avons perdu depuis son départ.

Nous savons donc bien ce que nous devons au général de Gaulle et à ceux qui l’ont assisté pendant qu’il était à la tête de notre pays. Nous savons aussi ce que nous devons au CNR qui ne fut pas que l’œuvre du Général. Le CNR fut aussi très largement inspiré par la gauche, et en particulier par les communistes. Aussi éloignés qu’ils pouvaient êtres les uns des autres, ils travaillèrent ensemble. Certes, l’heure était exceptionnelle et justifiait que l’on néglige certains désaccords pour œuvrer ensemble à l’essentiel. Nous n’en sommes pas encore à un tel degré de gravité. Aussi cruel que puisse être notre temps, il n’est évidemment pas comparable aux années de la seconde guerre mondiale. Et l’idée d’un gouvernement de « rassemblement populaire » n’est sans doute pas d’actualité. Peut-être le sera-t-elle un jour prochain. Chacun avisera et adaptera ses choix et son discours à cette situation si elle se présente.

D’autre part, il y a l’idée que vous devriez revenir à ce « gaullisme » dont j’évoquais ci-dessus quelques traits saillants, ce qui sous-entend que vous l’auriez abandonné. C’est en effet ma conviction attristée. Je m’en explique maintenant.

Depuis deux ans, vous avez choisi de vous situer plus à droite que jamais. Depuis deux ans au moins, vous avez cherché à concurrencer le FN, pour soi-disant le réduire, mais tout démontre que, pour l’instant, vous avez échoué. C’est le FN qui se développe et c’est Debout la France qui végète et qui ne connaît pas plus de succès que Debout la République.

Mon avis est que de pratiquer la surenchère avec le FN et sa représentante, aussi bien dans le langage que vous employez parfois, que dans certaines des propositions que vous présentez, ne vous sert pas. Non seulement, vous n’y gagnez rien, mais vous y avez perdu beaucoup. C’est toujours le même problème en politique. Quand on réforme sa « ligne » et qu’on se décale vers un bord, pour des raisons politiciennes et pas pour des convictions sincères, on gagne peut-être un peu auprès de ces électeurs de qui on se rapproche, mais on perd aussi beaucoup parmi ceux qui vous avaient choisi pour ce que vous étiez et ce que vous disiez AVANT. Or, ce que l’on gagne d’un côté, ne surpasse jamais ce que l’on perd de l’autre. Pour la bonne raison que les nouvelles « cibles » de la droite extrême que vous cherchez à convaincre douteront toujours de la sincérité de votre évolution et vous trouveront toujours trop « gauchiste », trop « républicain », trop « démocrate », trop « immigrationniste », trop « droits-de-l’hommiste » tandis que celles et ceux, dont vous avez décidé de vous éloigner, ou que vous croyiez pouvoir maintenir auprès de vous malgré votre évolution contraire à leurs principes et à leur philosophie, se sentent floués, trompés et en tirent les conséquences en vous quittant. C’est bien ce qui s’est passé dans votre parti depuis des mois, voire depuis un à deux ans. Je vais y revenir plus loin.

Vous avez aussi adopté certains des raisonnements du FN et emprunté certains de ses mots. Vous avez tendu la main à Marine Le Pen et n’avez pas été convaincant du tout quand vous avez expliqué ensuite que c’était pour la piéger. Du coup, vous vous êtes éloigné des valeurs de la République en rendant possible, au moins dans vos paroles, une telle alliance anti-républicaine. Il ne s’agit pas de parler avec Marine Le Pen mais à ses électeurs. Ce n’est pas du tout la même chose !

Vous avez usé, de plus en plus souvent ces derniers mois, ce que vous ne faisiez pas hier, d’un vocabulaire de réactionnaire qui ne vous ressemble pas. Vous avez, par exemple, agressé la laïcité en décembre dernier dans votre diatribe en faveur des crèches dans les lieux publics, et vous avez heurté de front la fraternité de notre devise républicaine en ayant, plusieurs fois de suite, en 2014, prononcé des mots qui lui sont étrangers, notamment quand vous avez stigmatisé les populations Rom et dit que leur destin était de repartir en Roumanie. Honte à vous qui vous prétendez Républicain social !

Je disais que vous aviez perdu pas mal de militants ces derniers mois. Oui, bien des militants de Debout la République vous avaient demandé de ne pas changer le nom de votre parti, de ne pas faire cette erreur stratégique, de ne pas le droitiser, mais au contraire de faire en sorte de le situer au coeur d’un rassemblement du peuple encore à construire. Au mieux, vous les avez ignorés. Mais parfois, vous ou vos cadres, les ont violentés par des mots et par des menaces. Beaucoup qui vous avaient exhorté à ne pas vous engager sur cette voie périlleuse et sans issue, et qui avaient menacé de quitter votre famille si vous refusiez de les entendre, ont fini par concrétiser leurs menaces puisque au lieu de les entendre, vous vous êtes enfermé dans vos certitudes de faire le bon choix. Vous deviez pourtant savoir que beaucoup de vos militants étaient des gens qui ne se sentaient pas de droite, et qui vous avaient rejoint parce que, bien qu’étant originaire de la droite, vous aviez su, tel De Gaulle, vous dépasser et parler à tous. Debout la République incarnait cela, ce rassemblement du peuple au-delà des étiquettes et du clivage droite-gauche. Le changement de Debout la République en Debout la France est très lourd de sens. Et vous ne pouvez pas l’ignorer. Certes un Républicain défend aussi la France mais ne parler que de « la France » et effacer le terme « République », c’est exprimer très clairement un message. Car si la France est certes millénaire, les Républicains considèrent que la grande révolution de 1789 constitue la césure qui symbolise l’essence même du peuple français. La France existait bien avant la République mais il n’y avait pas de peuple, juste des sujets. C’est la France républicaine qui a engendré la nation française et c’est la France républicaine qui est aujourd’hui la fierté de son peuple. Les gigantesques manifestations suite aux tragiques évènements des 7 et 8 janvier derniers en attestent. Le peuple français est républicain, au-delà de ses divergences habituelles. Il n’y a que quelques nostalgiques de la monarchie et de la dictature pour penser autrement…

Donc effacer du nom de votre parti le mot « République » était un très mauvais présage. Car il ne s’agissait pas que du changement d’un mot. Cela ne faisait qu’entériner de fait une course à droite amorcée il y a deux ans !

Et ce message a été entendu aussi bien par les militants les plus à droite de DLR, qui poussaient en ce sens depuis longtemps, et qui se sont sentis ragaillardis et renforcés, face aux militants dont le cœur penchait à gauche qui, logiquement, se trouvaient, eux, comme des étrangers dans leur propre famille. Je le sais parce que je connais des militants de ce qui était DLR. Je connais pas mal de militants de gauche qui vous avaient rejoint pour ce que vous disiez notamment sur l’Europe et sur l’euro, quand nous, au Front de Gauche, ne les attirions pas à cause de notre difficulté à assumer certaines ruptures en matière européenne.

Il y a même une importante personnalité de DLR qui, à plusieurs occasions, a éveillé votre attention sur l’inopportunité, la dangerosité, la nocivité, de droitiser DLR. Cet homme était un militant et un cadre très précieux pour vous et pour votre parti. Il était suivi et écouté très au-delà de DLR. Il a d’abord pris ses distances en vous conservant son respect. Sans doute espérait-il que vous reviendriez à ce que vous incarniez auparavant. Mais il a été déçu. Parce que vous l’avez déçu, come vous avez déçu une cohorte de gens. Il en a alors tiré les conséquences en s’éloignant davantage. Comme vous avez accentué peu à peu cette droitisation dénoncée par certains des vôtres, la rupture de ces militants avec vous et avec le nouveau parti que vous avez créé devenait inéluctable. Peut-être que certains militants de votre mouvement, les plus à droite, se sont félicité de ces départs. Peut-être même ont-ils eu alors le même jugement que celui prêté à un certain Lénine : « le parti se renforce en s’épurant ». C’es parfois vrai mais pas ici. Quelle bêtise dans ce cas ! Quelle erreur fondamentale !

Vous avez alors connu une vague de départs importante de militants, notamment de ces « républicains sociaux » de DLR qui refusèrent de cautionner cette droitisation, qui refusèrent de se retrouver dans un parti droitisé à outrance. Debout la France qui succédait à Debout la République, c’était anciennement le mouvement de Charles Pasqua et de Philippe de Villiers, soit un représentant de la droite dure et un monarchiste catholique quasi intégriste. Déjà, rien que ça, c’est tout à fait symbolique, ça pose un parti… C’est en fait un puissant révélateur de la profonde mutation que vous avez portée.  Même le RPR, voyez-vous, pourrait être perçu comme plus attaché que vous à la République puisque lui avait décidé d’inscrire ce terme de « République » dans son appellation, à la suite d’ailleurs des partis gaullistes qui l’avaient précédé.

Vous me direz que choisir d’avoir le mot de « République » dans le nom de son parti ne suffit pas pour faire de ce parti un mouvement authentiquement républicain, et vous aurez raison. Le RPR d’ailleurs abandonna bien vite l’idée de la République puisqu’il cautionna sa disparition ou sa mise en servitude dans l’Union européenne. Et le Parti socialiste, autre exemple, n’a plus rien de socialiste depuis une date antédiluvienne, à tel point que le Général lui-même, en faisait déjà le constat pour s’en plaindre quand il affirmait « ne pas aimer les socialistes parce qu’ils ne sont pas socialistes ! » Mais cela étant dit, les symboles ont une certaine utilité car quand ils ne sont pas foulés aux pieds, ils disent beaucoup.

Or vous avez choisi d’effacer le terme « République » du nom de votre parti. Vous auriez pu, si vous teniez absolument à ce que le mot de « France » apparaisse désormais dans le nom de votre parti, choisir par exemple « Debout la République française ». Les critiques auraient sans doute été bien moins nombreuses et les départs de militants beaucoup plus exceptionnels. Car la symbolique n’aurait pas été forcément mauvaise. Mais vous avez choisi de faire disparaître ce terme, pourtant si essentiel à ce que nous sommes, nous le peuple français : une République. Vous avez fait un calcul stratégique, politicien, mais c’est la plus grave erreur que vous ayez faite. Elle vous emportera, vous et votre nouveau parti. Car si la France sera sans doute, un jour prochain, gouvernée par une forme de CNR remis au goût du jour, ce ne sera pas sous la direction d’un parti de droite tel que le vôtre. Le CNR n’était pas à droite, même si le général de Gaulle, lui, était un homme de droite. Sauf qu’il sut s’extraire de sa condition pour rassembler le peuple jusqu’aux communistes. Le projet du CNR reposait, je ne vous l’apprendrai pas, sur une nature transpartisane et son essence était l’intérêt général du peuple, pas l’intérêt particulier de la droite ou de la gauche. Encore moins un fond de commerce réactionnaire et quasi raciste, ce que vous tendez à devenir, sinon dans la réalité, du moins dans la signification de certains de vos discours.

« Redevenir gaulliste » ainsi que je le disais ci-dessus, implique donc que vous reveniez à l’esprit et à la lettre du programme du CNR. Vous en étiez assez proche il y a quelques années mais vous vous en êtes éloigné en frayant avec le FN. A croire que ce parti néofasciste, raciste et xénophobe, peuplé d’égoïstes, de réactionnaires en tout genre et de personnages sordides (nervis, miliciens, jeunes et moins jeunes souvent décérébrés et déculturés, parfois incapables même de s’exprimer correctement et d’user de la raison dans leurs arguments mais addicts à la baston de ceux qu’ils n’aiment pas) vous a contaminé.

Et malgré ce discours aujourd’hui très hostile à votre encontre, je ne fus pas toujours un adversaire. Je vous ai suivi pendant des années, de loin certes, mais je m’intéressais à vous, à votre mouvement politique, à votre discours, à vos livres, et j’avais quelques relations avec certains des vôtres. Je pensais qu’un jour, le peuple se rassemblerait sur l’essentiel et que vous et votre parti, vous pourriez être de ce rassemblement, avec d’autres, dans la logique d’un nouveau CNR. Je ne voix plus cela possible aujourd’hui, prenant acte de votre cheminement personnel qui vous a attiré dans une case dont vous aurez le plus grand mal à sortir.

Vous comprendrez, au terme de cette lettre ouverte, que vous avez bien du chemin à faire pour revenir vers la République, son esprit, son essence et sa philosophie, avant qu’il soit possible d’envisager un chemin commun entre vous et nous.

Ce n’est pas du sectarisme de notre part mais la mise en oeuvre d’une exigence inflexible, celle que le rassemblement, s’il doit se faire un jour, se fasse sur des bases claires, républicaines, démocratiques, humanistes. Nous sommes de gauche alors nous portons l’exigence d’une République sociale. Mais une telle exigence n’est pas réservée à la Gauche. Bien des gens de droite et du centre ou de nulle part la font leur. La constitution elle-même dispose, en son article 1er que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Avec notre devise nationale, voilà qui constitue l’esprit de la République française, par delà les préférences partisanes des uns et des autres.

 Voyez-vous, je disais plus haut que vous ne deviez pas voir du sectarisme dans notre refus de répondre positivement à votre proposition de gouverner avec nous. En effet, nous ne faisons que constater qu’au regard de vos prises de position depuis des mois, nous ne saurions trouver un terrain d’entente.

Or, comme sous la Résistance, un certain nombre de militants du Front de Gauche, dont je suis, sont prêts à travailler sincèrement au rassemblement des Français, par delà les étiquettes, mais c’est à la condition que l’on s’entende sur un projet de progrès économique, social, républicain, démocratique, dans la droite ligne du CNR. Or ce n’est pas cela, ce n’est plus cela, que vous défendez vous-même aujourd’hui. Et si vous vous en rapprochez parfois sur certains aspects, vous vous en éloignez aussi beaucoup trop, à nos yeux, sur certains sujets, ceux-là mêmes qui vous ont fait précisément vous droitiser.

Un autre homme originaire de la droite, qui plus est ancien proche de Charles Pasqua, ce qui devrait le condamner définitivement et irrémédiablement à mes yeux, à savoir François Asselineau, est pourtant beaucoup plus fidèle que vous à l’esprit et à la lettre du CNR. En témoigne son projet présidentiel pour l’élection de 2012 qui, en adaptant formidablement bien cette œuvre à notre temps, lui reste fidèle. Vous devriez vous en inspirer car cela vous permettrait de « redevenir gaulliste » Cet homme, François Asselineau, me semble en effet bien plus sincèrement gaulliste que vous. Tant par tout ce qu’il dénonce que par l’ampleur des révolutions qu’il propose par rapport à ce que nous connaissons de notre système économique, social, financier, politique, diplomatique, culturel actuel.

Et puis, je vous invite également à vous intéresser à l’un des combats majeurs de notre époque, que François Asselineau, pour sa part, ignore complètement : l’indispensable bifurcation écologique dont, sauf erreur, jamais je ne vous ai entendu parler. Nous-mêmes l’appelons « écosocialisme ». Alors je veux bien admettre que ce terme-là ne soit pas le plus apte à vous séduire mais oubliez-le un instant car derrière ce mot – et c’est bien là l’essentiel – il y a toute une philosophie reposant sur la raison et sur la conscience des dangers pesant sur notre écosystème, et il y a tout un projet de révolution positive, un projet ambitieux pour notre pays, de nature à faire repartir son économie, son activité, un projet de nature à refaire de notre pays un exemple à suivre pour un « développement durable » diront les uns, les écologistes de droite, pour rendre possible le « bien vivre » préfèreront dire les autres, de la Gauche qui ne se renie pas, dont nous faisons partie. Voici un immense, un magnifique projet de société à cinquante ans au moins, de nature à faire de notre pays un phare pour le monde, et ça des gaullistes authentiques pourraient l’embrasser avec enthousiasme et le porter avec nous…

Monsieur Dupont-Aignan, puissent ces lignes vous inspirer.

Je vous prie d’agréer…