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Entre espoir et crainte, mon esprit et ma raison s’égarent, cher Jean-Luc !

Jean-Luc, depuis des années que je te suis, j’ai appris, grâce à toi, à ne plus baisser la tête, à parler parfois (souvent) « cru et dru ». Moi qui, enfant et adolescent voire jeune adulte, étais timide, réservé, « gentil et docile », j’ai évolué dans le sens opposé pour être en phase avec « le bruit et la fureur », « le tumulte et le fracas » du temps que nous vivons que tu avais si bien décrits.
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Et une large part de mon évolution « comportementale » ou de mon expression (écrite ou orale) résulte des heures passées en ta compagnie virtuelle. Oui, c’est en t’écoutant attentivement, en te lisant énormément (livres, blog, articles de presse), en retranscrivant parfois tes discours que, comme tant d’autres, j’ai fini, moi aussi, par adopter une certaine insolence dans laquelle certains croient déceler une arrogance qui n’en est pas une. Je l’avoue volontiers, je fais un peu le fier parfois, non pas eu égard à ce que je suis ou à ce que je dis mais plutôt à propos de ce que je défends ou des gens qui constituent ma vie ou mon « Panthéon ». Et sans doute ne suis-je pas toujours aussi « fin » que je le voudrais. J’y consens et j’ai toujours accepté les critiques aussi longtemps qu’elles ne dissimulaient pas une noirceur, ou qu’elles ne prenaient pas le masque de l’insulte ou de l’outrage.

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Vois-tu, je pense que j’ai été à bonne école même si tu n’as été mon professeur qu’à ton insu. Comme c’est le cas pour toi aussi, il y a un peu de « jeu » dans notre expression. C’est bien toi qui a appris à un nombre inimaginable d’entre-nous à être ces « fortes têtes » que tous, nous n’étions pas forcément, voire pas du tout, il y a quelques années.

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Et ce caractère bien trempé que nous avons aujourd’hui ne dit pas tout de nous qui, au fond, sommes des gens « sympas » rêvant d’un monde pacifié, paisible, où les peuples seraient heureux et entretiendraient entre eux des relations harmonieuses.
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Pour ma part, depuis près de huit ans maintenant, au PG d’abord (pendant près de six ans), puis avec la France Insoumise depuis plus d’un an, je t’ai suivi et accompagné. J’ai espéré, pendant toutes ces années te voir entreprendre l’évolution stratégique que tu as enfin amorcée au second semestre 2015 et que tu as confirmée avec ta déclaration de candidature au début de 2016. Comme tant d’autres, je t’y avais appelé plusieurs fois, notamment dans deux lettres ouvertes, celle-ci et celle-là et dans les billets dont les liens figurent en notes à la fin de celui-ci. Toujours avec toi et avec nos camarades et ami-e-s, et malgré parfois certains désaccords, j’ai cheminé dans ton sillage. Et j’ai espéré que tu puisses un peu pousser toi aussi la roue de l’Histoire pour qu’elle se remette à tourner dans le sens du progrès au lieu de faire des mouvements nous faisant sans cesse régresser davantage. Ainsi que tu le « soupires » souvent toi-même, « Histoire, que tu es longue et cruelle » me dis-je bien souvent !

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Ce soir, une nouvelle fois, après tant de fois précédentes déjà depuis des années, tu as donné le meilleur de toi-même dans ton discours-fleuve de près de deux heures à Strasbourg.

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Tu as enflammé nos coeurs et nos âmes citoyennes. Nous vibrons d’autant plus que nous saisissons l’urgence et la gravité du moment comme son caractère exceptionnel. Tous ensemble, nous sommes en train de faire l’Histoire.

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Je ne veux pas te paraître dithyrambique, mais il y a des choses que tu as dites ce soir qui résonnent comme jamais à nos oreilles. Des idées enthousiasmantes comme presque toujours, parce que innovantes, progressistes, humanistes, intelligentes, ambitieuses et tellement raisonnables en même temps. Mais surtout, cette capacité que tu as à nous donner la conviction que tu as la ferme résolution d’agir demain en conformité avec tes paroles et tes discours d’aujourd’hui.

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Ceci nous donne à tous du coeur à l’ouvrage, maintient voire augmente le feu qui couve en chacun de nous. Voilà que le magma incandescent remonte de quelques mètres voire dizaines de mètres de plus. Tiens ! C’est là encore une image que tu aimes utiliser parfois, toi qui dis que le peuple français est un volcan.

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Pourtant, ce soir, bien que je me sois laissé aller à jubiler en t’entendant, puis à m’amuser quelques minutes à écrire un nouveau billet d’humour un peu sarcastique, je me sens aussi affreusement balancé entre une joie intérieure profonde, une forme de confiance irrésistible dans l’avenir, et en même temps, ce qui est tout à fait antinomique, une inquiétude qui tend à devenir un effroi quand je vois la course du monde vers l’abîme.

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Cet abîme, c’est celui que la folie de nos gouvernants et de nos semblables donnent l’impression de vouloir atteindre avant l’heure dite. Cette folie nous fait tous participer, parfois certes malgré nous, à la destruction de l’écosystème. Mais pas seulement !

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Cet abîme, c’est aussi celui qui se rapproche de nous du fait de nos choix géopolitiques. On assiste à une forme nouvelle de montée des tensions et des périls comme on l’a déjà vu dans le passé, pour le plus grand désastre et le plus grand malheur de l’Europe.

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Et comme si ça ne suffisait pas à noircir suffisamment le tableau, tu as relevé ces derniers jours, et encore ce soir, le pressentiment que nous commençons à avoir tous que notre propre pays, poussé par des forces occultes qui semblent bien s’être donné le mot pour souffler sur les mauvaises braises, n’entre non pas en « révolution citoyenne », mais en guerre civile.

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Et au-delà de tout cela, une autre peur commence vraiment à m’assaillir : que les tenants du système ne se laissent pas chasser par une simple séquence électorale.

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On est quelques-uns à percevoir des signaux qui se rapprochent de plus en plus depuis quelques années, depuis quelques mois et depuis quelques semaines. Je pourrais aussi dire depuis quelques jours.

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Et ces signaux ne sont vraiment pas encourageants. Pour ne pas dire qu’ils me terrifient !

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Certes nous t’avons toi, et nous avons aussi les valeureux combattant-te-s qui sont autour de toi, dans le premier cercle, dans le second, le troisième et les suivants… Et comme tu l’as si magnifiquement exprimé ce soir, nous avons aussi et surtout ce peuple français si ardent, si prêt à se retrousser les manches pour participer à l’oeuvre historique qui nous attend si on le prend par la main au lieu de le mépriser, de le négliger, de l’ignorer, voire de le contraindre à faire ce qu’il refuse.

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Mais contre nous, nous avons aussi des ennemis résolus à ne jamais perdre le pouvoir. Je ne parle pas spécialement de tel ou tel pantin du « circus politicus » prenant la suite de ceux qui les ont précédés dans ce rôle. Je parle plutôt des forces plus discrètes mais ô combien plus puissantes qui tiennent le monde.

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Je connais un peu l’Histoire et je sais combien elle est cruelle.

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Deux dates disent beaucoup pour qui a étudié tout ce qui tourne autour d’elles : le 22 novembre 1963 et le 11 septembre 2001. J’aurais pu en citer bien d’autres mais ces deux-là sont pour moi les plus fondamentales pour dire que le mal existe !

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Voilà pourquoi j’ai peur Jean-Luc.

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Je ne pense pas que cette peur soit irrationnelle. Et elle ne m’empêche ni de penser, ni d’agir. Je ne me terrerai pas plus demain qu’hier pour éviter tout risque potentiel. Mais je voulais exprimer ce soir cette angoisse sourde que beaucoup de mes camarades et ami-e-s partagent.

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Peut-être qu’un jour prochain, à l’occasion d’un nouveau discours que tu prononceras ou d’un nouveau billet de blog que tu publieras, tu auras des mots pour nous rassurer. Car si je parle en mon seul nom vu que je ne suis rien d’autre qu’un militant ordinaire, je sais que je pourrais parler au nom de beaucoup.

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Je t’adresse, Jean-Luc, un salut très fraternel et je t’abjure de prendre garde à toi.
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Quelques liens vers des billets que j’ai écrits à ton sujet ou à ton attention

Manifeste du groupe « Quittons l’Union €uropéenne pour reprendre le pouvoir sur nos vies ! »

« L’Union €uropéenne », c’est du capitalisme pur depuis ses origines alors que « l’Europe », c’est tout autre chose.

« L’Europe » est un continent, une entité géographique, historique, culturelle. C’est une donnée à la fois scientifique et culturelle. C’est une idée en même temps qu’une réalité mais une réalité fuyante, évolutive, instable qui a aussi, pourtant, ses permanences sur le temps long. « L’Europe » ne préjuge en soi d’aucun choix politique ou géopolitique.

« L’Union européenne », en revanche, est une réalité institutionnelle, politique et géopolitique, d’essence humaine donc relative, pouvant en soi offrir aux Européens qui la peuplent le meilleur comme le pire.

Durant des années, l’Union européenne était souvent perçue comme plus bénéfique que nuisible, même si, déjà, depuis très longtemps, certains nous mettaient en garde, ayant constaté bien des choses n’entrant pas dans la logique valeureuse et humaniste que ses créateurs ou ses laudateurs mettaient sans cesse en avant.

L’Union européenne, préfigurée par la Communauté économique européenne en 1957, et quelque part aussi par la Communauté européenne du charbon et de l’acier (la « CECA ») mise en place en 1951, s’est construite par avancées régulières, selon la méthode annoncée par la déclaration Schuman du 9 mai 1950 : « L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble. Elle se fera par des réalisations concrètes, créant d’abord une solidarité de fait. »

La première de ces « réalisations concrètes » est la CECA créée par le traité de Paris du 18 avril 1951. La Communauté européenne du charbon et de l’acier regroupait six pays fondateurs : France, Allemagne de l’Ouest, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas et Italie. Cette « communauté » était en fait déjà une quasi-fédération puisque un organisme supra-national, la « Haute Autorité » était investie de pouvoirs transférés par les États. Dans cette logique supra-nationale très clairement affirmée, les pères fondateurs et leurs amis et relais tentèrent, en 1954, de fonder la Communauté européenne de défense mais en France, les gaullistes et les communistes refusèrent de voter pour et le projet fut donc enterré.

Trois ans plus tard, ce sont deux nouvelles communautés thématiques qui virent le jour entre les six pays fondateurs de la CECA. Ces deux communautés furent créées par les deux traités de Rome du 20 mars 1957 : d’une part la Communauté européenne pour l’énergie atomique (C.E.E.A., appelée aussi « Euratom ») et d’autre part la Communauté économique européenne (C.E.E.).

L’arrivée du général de Gaulle à la présidence de la République française, l’année suivante, en 1958, va ralentir fortement la construction européenne car il considérait que cette intégration européenne, faite sur le mode de la supra-nationalité en vue de créer une fédération, était un danger majeur pour la survie des nations européennes et que l’on était sûr de voir cette Communauté européenne finir par dériver pour devenir un outil de plus entre les mains des États-Uniens. Il avait raison !

Il fallut attendre le départ du général de Gaulle pour que la construction européenne redémarre. Avec notamment l’entrée de trois nouveaux membres en 1972 (Royaume-Uni, Irlande et Danemark).

L’autre évolution vraiment importante des années 70 est qu’eurent lieu les premières élections européenne, en juin 1979.

Les années 80 furent marquées par l’adhésion de la Grèce en 1981 et de l’Espagne en 1986 et par l’Acte Unique qui relança l’intégration européenne en lui faisant faire un grand pas en avant. Ce traité de 1986 préfigurait et préparait le traité suivant : le traité sur l’Union européenne ou traité de Maastricht en 1992.

Ces deux traités contenaient toute une série de caractéristiques « régressives » s’agissant de la démocratie et de la politique économique et sociale que l’on voit aujourd’hui à l’oeuvre.

Les plus fins des analystes, des politiques et des citoyen-ne-s éveillé-e-s avaient déjà compris alors que, loin de constituer une « union économique », ce que les concepteurs prétendaient faire, ce qui était institué était un système centralisé et autoritaire sous les ordres de technocrates indépendants de tout pouvoir politique démocratiquement pensé et mis en oeuvre. On voyait bien que l’objectif était clairement d’exclure les peuples souverains de la décision. En outre, on était loin de rendre possible cette « union économique » que l‘on prétendait instituer, puisque rien n’était fait pour permettre une véritable convergence des économies nationales. Les seuls principes, les seules règles, les seules exigences normatives avaient une essence financière bien plus qu’économique.

La décennie des années 90, en matière d’intégration européenne, a pris fin avec le traité d’Amsterdam en 1999 tandis que la décennie suivante, celle des années 2000, a commencé avec le traité de Nice en 2001.

Ces deux nouveaux traités adoptés par les Parlements seuls, sans que les peuples ne puissent se prononcer, traduisaient déjà, de manière on ne peut plus claire, les intentions des oligarchies qui dirigeaient les pays membres : extorquer tous les pouvoirs et retirer aux peuples leurs droits souverains de décider de leur avenir par le biais de leurs « représentants » dans les Parlements. L’augmentation très conséquente du nombre de sujets transférés à l’Union, et qui dorénavant pouvaient être tranchés à la majorité et non plus selon la règle de l’unanimité, signifiait que les institutions européennes, et ceux qui ont adopté les modifications en ce sens, ne se souciaient plus que les peuples suivent. Qu’ils le veuillent ou non, les décisions s’imposeraient à eux.

Puisque personne ne s’opposait réellement à leur montée en puissance, les appétits de ces oligarchies ne cessèrent de grandir et avec eux, s’affermirent et s’institutionnalisèrent les principes anti-démocratiques. Et c’est la raison pour laquelle, en 2005, ces oligarchies proposèrent un nouveau traité. Un de plus pourrait-on dire ! Certes, mais ce traité-là portait en lui une caractéristique dangereuse que les précédents n’avaient encore jamais osé défendre : la constitutionalisation de la politique économique et sociale et de diverses autres politiques publiques. Il était donc clair que l’objet de ce traité n’était pas de faire progresser un peu plus la « construction de l’Union européenne », mais bien de quasi-sacraliser des choix politiques souvent rejetés par les peuples et donc de rendre impossible désormais toute alternance politique. Les élections qui, dans nos démocraties étaient sensées définir les choix, n’auraient plus aucun sens et se verraient totalement vidées de leur raison d’être. Elles ne serviraient plus qu’à choisir des exécutants « dociles » et « conformes » de politiques conçues et de décisions prises sans eux. La démocratie était là attaquée frontalement et si ce traité avait été adopté, la mort de la démocratie aurait été actée sur le champ. Car, une autre mesure avait été retenue dans le texte afin que toute modification de cette « constitution de l’Europe » ne soit plus jamais possible : la règle de l’unanimité était indispensable pour la moindre évolution. Or avec l’augmentation du nombre de pays membres et la différenciation de plus en plus nette des attentes et des projets de ces pays par rapport aux pays fondateurs, il était acquis que jamais la moindre modification ne serait possible. Donc le traité serait sans doute en vigueur pour des décennies. C’est d’ailleurs ce que Valéry Giscard d’Estaing, ancien Président de la République française et principal rédacteur de ce traité constitutionnel avait fait remarquer, en étant très fier de ce point précis. Beaucoup de capitalistes qui s’assument comme tels et qui assument le combat avec leurs ennemis de gauche, dirent d’ailleurs, à cette époque, que ce traité serait l’arme de destruction massive de la gauche et des politiques de gauche ! Mais bien peu les entendirent alors !

Nous avons cru éviter le pire puisque le peuple français ayant décidé de rejeter ce traité à une nette majorité, ce traité fut abandonné. Rappelons que le peuple français fut suivi par le peuple néerlandais qui vota dans le même sens la semaine suivante. Aucun autre peuple européen ne put avoir l’opportunité de se prononcer lui-même. Dans tous les autres États-membres, ce sont les parlements qui se sont prononcés au nom de leurs peuples et comme ils ont tous adopté très largement le texte, il est toujours affiché depuis que « les peuples européens sont favorables à l’Union européenne ».

C’est une prétention tout à fait extravagante. Sans que nous ne puissions l’affirmer avec certitude, nous pouvons penser que c’est une présomption crédible, solide, rationnelle, que de dire que bien des peuples n’auraient pas approuvé le texte du traité de 2005 si on le leur avait demandé directement. Il faudra bien un jour que les peuples disent eux-mêmes ce qu’ils en pensent et ce qu’ils veulent. Pas par des sondages mais par des référendums !

Le refus de ces deux peuples aboutit à l’abandon du traité. Pourtant, l’essentiel du texte dudit traité s’est retrouvé dans un nouveau traité élaboré principalement par Nicolas Sarkozy devenu Président de la République française. Et ce traité, signé en décembre 2007, fut largement adopté le 4 février 2008 par le Parlement français qui, ce faisant, commis un acte de haute trahison. Certains parlèrent de « coup d’État simplifié » (Nicolas Dupont-Aignan), d’autres de « forfaiture » (Jean-Luc Mélenchon et bien d’autres à gauche). Oui, quels que soient les termes que l’on préfère pour désigner ce choix, il est radicalement opposé à la volonté générale du peuple français, très clairement exprimée en 2005, et toutes celles et tous ceux, qui ont permis au traité de Lisbonne d’être adopté, sont donc des traitres de la nation française, coupables de « haute trahison ».

Alors je n’ignore pas que le crime constitutionnel de « haute trahison » a été supprimé de la constitution lors de la réforme constitutionnelle adoptée par le Parlement réuni en congrès, sur la demande du président CHIRAC, en février 2007. Et je n’ignore pas non plus qu’il existe un principe fondamental du droit, le principe de la légalité des délits et des peines, qui veut que pour que l’on puisse appliquer une sanction pénale à un acte délictueux ou criminel, il faut qu’au moment où cet acte a été commis, un texte ait prévu ladite sanction pour ledit acte.

Cependant, la suppression de ce crime quelques mois à peine avant que les dirigeants et parlementaires français ne commettent ce crime, constitue elle aussi un crime de haute-trahison puisqu’elle constitue, par anticipation machiavélique, une disculpation de toutes celles et de tous ceux qui s’apprêtaient à se rendre coupables d’un tel crime. En février 2007, nous savions en effet ce qui se tramait. Sarkozy avait annoncé la couleur et son élection ne fait pas disparaître le crime. Ces gens devront tous rendre compte d’un tel choix violant ouvertement la décision souveraine du peuple français. Nous rétablirons dans la constitution le crime de haute trahison et nous nous en servirons pour juger et condamner les coupables.

Le refus du peuple français d’approuver le traité constitutionnel de 2005 laisse clairement présager que le peuple français serait aujourd’hui très clairement en faveur de la sortie de l’Union européenne, contrairement à ce que disent tant de gens. En effet, le traité de 2005 regroupait en son sein tous les traités antérieurs et donc, au plan juridique, rejeter ce traité signifiait rejeter à la fois le nouveau traité et l’ensemble des traités antérieurs du système de l’Union européenne telle qu’elle existait. La légitimité démocratique de la sortie peut reposer sur cette décision référendaire du peuple français qui s’est clairement exprimé alors.

Pour autant, dix ans c’est long et ce qu’un peuple a décidé un jour, il peut décider de le réformer un autre jour. Il ne s’agit donc pas d’exiger aujourd’hui une sortie de l’Union européenne sur la base du référendum de 2005. Il s’agit d’exiger un nouveau référendum qui, cette fois, pose clairement LES deux questions fondamentales qui ouvriront une autre histoire :

« 1°/ Souhaitez-vous que la République française quitte l’Union européenne dans les plus brefs délais ?

2°/ Si vous répondez oui à la question précédente, donnez-vous mandat impératif au Président de la République et au gouvernement français de commencer à mettre en œuvre le plan de sortie et de prendre les contacts nécessaires pour rendre possible la mise en place rapide de nouvelles solidarités entre les peuples européens au lendemain de la prise d’effet de la décision de sortie ? »

Ce plan de sortie ne peut être improvisé en quelques jours ou quelques semaines. Il doit être préparé avec le plus grand sérieux. Nous pouvons – et nous devons – chacun à notre place, participer à ce projet de libération de notre peuple et, autant que possible, tisser, dès aujourd’hui, des liens étroits avec les peuples européens, c’est-à-dire avec les citoyen-ne-s de ces pays, avec leurs partis politiques, leurs syndicats, leurs associations, leurs regroupements quelle qu’en soit la forme.

Dans notre vision, il ne s’agit pas en effet pour le peuple français de sortir de l’Union européenne pour se renfermer entre ses frontières, dans une vision nationaliste. L’objectif est de rendre possible une libération globale, une émancipation universelle de tous les peuples européens qui sont, comme nous le sommes nous-mêmes et parfois bien plus cruellement que nous-mêmes, sous le joug oppresseur des institutions européennes.

Il n’est donc aucunement question de défendre une « renationalisation » définitive de la diplomatie et de la géopolitique comme de la politique économique ou d’autres politiques publiques.

Les membres de ce groupe ont une vision internationaliste et donc ouverte au monde et aux peuples étrangers. Notre rêve et notre raison d’être et de lutter est bel et bien que s’établissent des relations internationales pacifiques et harmonieuses. Notre rêve et notre raison d’être et de lutter est que naisse un monde où les forts n’imposent plus leur loi aux faibles, où la justice est préservée et où le progrès pour tous est une réalité quotidienne.

Nous sommes internationalistes mais l’internationalisme ne saurait signifier la fin des nations qui sont, à ce jour, le seul périmètre où la démocratie peut avoir une chance de renaître et de prospérer. La démocratie au plan européen est pour l’instant inatteignable. Il faut donc commencer par la reconstruire à l’intérieur de notre pays et poursuivre nos efforts pour lui permettre de se développer au-delà.

Après la séquence du traité constitutionnel de 2005, nous sommes entrés dans un cycle de crise économique s’ajoutant à la crise politique et cette crise économique a conduit les oligarchies à exacerber leur pression anti-démocratique pour imposer leur loi économique, une loi à leur seul profit puisque leur politique n’a fait que plonger dans la misère, la précarité, la pauvreté, des dizaines de millions d’Européen-ne-s.

Et il nous faut aussi prendre en compte le fait que non contents de dévaster les économies et les sociétés des pays européens membres de l’Union, les institutions de cette Union mettent en œuvre, en Afrique, des politiques qui rendent inéluctable l’exode massif des populations africaines vers notre territoire européen. Mais cet exode est aussi une histoire immensément tragique puisque des milliers de ces Africain-ne-s sont déjà morts quand ils arrivent sur nos côtes.

Les institutions de l’Union européennes sont donc des machines de mort et celles et ceux qui les incarnent et les font fonctionner, à quelque niveau de responsabilité que ce soit, sont coupables de crimes massifs. Même le plus petit agent public au service de cette Union européenne est coupable comme l’était celui qui, sous le régime nazi, accomplissait son travail en sachant qui étaient ceux qui lui donnaient les ordres.

Quant aux Africain-e-s qui arrivent vivants chez nous, un grand nombre est immédiatement renvoyé dans leur pays après avoir parfois passé des jours ou des semaines en camp de rétention. Ceux qui réussissent à passer à travers les mailles du filet deviennent alors des travailleurs sans droits, exploités et maltraités. Ces politiques européennes désastreuses doivent être stoppées et c’est une véritable coopération qui doit s’initier en faveur du développement du continent africain.

L’Union européenne voyait depuis très longtemps s’agiter quelques opposants à son « empire » mais ceux-ci étaient souvent marginalisés, discrédités, traités avec mépris ou pire relégués parmi un groupe informe de gens détestables à différents égards. Pourtant, malgré le blitzkrieg médiatique permanent à l’encontre des citoyen-ne-s de plus en plus sceptiques vis-à-vis de l’Union européenne, voire ouvertement contestataires, leur nombre n’a cessé de croître. Ces dernières années en général, et ces dernières semaines en particulier, avec le cas des évènements de la Grèce, le taux de détestation a sans doute explosé et le nombre de personnes déterminées à sa libérer de l’Union européenne a sans aucun doute été multiplié par un facteur 2, 3 ou 4.

Il y a fort à parier que depuis quelques semaines – et surtout depuis quelques jours – les choix faits par les institutions de cette Union européenne, et par celles et ceux qui les instrumentent, ont permis à beaucoup d’Européen-ne-s d’ouvrir les yeux sur ce qu’est vraiment cette Union. Non seulement les opposants traditionnels sont désormais plus convaincants puisque chacun peut s’apercevoir que ce qu’ils ne cessaient de dire se révèle désormais au grand jour comme ayant été la vérité, mais en outre ce sont, à coup sûr, des centaines de milliers, voire des millions, d’Européen-ne-s qui sont en train de basculer dans le camp de l’hostilité franche, assumée, radicale, à cette Union.

La folie destructrice, l’avidité prédatrice, la perversité morale des acteurs de l’Union européenne se sont révélées au grand jour avec l’affaire grecque. De même que l’on a pris conscience que cette Union européenne est bien un outil très largement maîtrisé et contrôlé par un seul pays membre, l’Allemagne, tandis que certains pays-membres sont considérés avec mépris et sont ignorés, pendant que d’autres ne se comportent que comme des vassaux d’un puissant suzerain.

La « crise » est en fait une escroquerie. C’est une véritable guerre économique et politique qui est en cours. Et le dogme de l’austérité est un autre nom de la lutte des classes, puisque les politiques mises en œuvre partout en Europe, loin de conduire à la sortie de crise et à la prospérité retrouvée après le sang et les larmes, ne font qu’enfoncer un peu plus davantage chaque jour, les peuples dans la souffrance et les privations quand, dans le même temps, quelques-uns, très peu nombreux, confisquent la quasi-totalité des richesses produites et les mettent à l’abri dans des paradis fiscaux où les gouvernements ne peuvent ou ne veulent aller les reprendre pour s’en servir au profit des peuples.

Ce n’est donc pas d’un appauvrissement généralisé des États européens dont il est question mais d’une gigantesque escroquerie intellectuelle rendant possible un colossal détournement de fonds vers quelques paradis fiscaux gérés dans l’intérêt de ce fameux 1% regroupant les plus riches d’entre les riches.

En conclusion :

Constatant ce que l’Union européenne est aujourd’hui,

N’oubliant pas ce qu’elle a été hier,

Connaissant les conditions dans lesquelles elle a été fondée,

N’ignorant pas que ses pères fondateurs étaient tout sauf des gens humanistes et désintéressés, qui auraient été épris de liberté et désireux d’offrir aux peuples européens un avenir radieux en leur permettant de se gouverner eux-mêmes souverainement,

Comprenant ce à quoi nous nous exposons si nous refusons de briser les chaines qui nous entravent,

NOUS, citoyen-ne-s français-e-s, mais aussi citoyen-ne-s européen-ne-s, et êtres humains égaux en droits à tous les autres êtres humains de cette planète où que nous vivions, avons décidé de lutter par tous moyens – pacifiques et démocratiques – pour que soient rompus les liens entre la République française et l’Union européenne, et que se substituent à ces liens de dépendance, de contrainte et de subjugation, des liens de coopération et de solidarités entre les peuples qui constituent l’Europe.

P.S. : Afin de ne plus contribuer nous-mêmes à la confusion du discours et afin de faire oeuvre de pédagogie, nous devons cessez d’assimiler « Europe » et « Union européenne » dans le vocabulaire que nous utilisons. Dirigeons nos coups contre « l’Union européenne », pas contre « l’Europe » qui a existé avant l’Union européenne et qui lui perdurera.

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Pour mémoire :

Le groupe « Quittons l’Union €uropéenne pour reprendre le contrôle de nos vies ! » a été créé le vendredi 17 juillet 2015 par Vincent Christophe Le Roux. Plusieurs administrateurs et administratrices de diverses tendances politiques ont déjà été désigné-e-s.

I – L’objectif de ce groupe est :

1/ d’informer sur le caractère nuisible de l’Union européenne : elle détruit les nations, elle viole ou ignore totalement la démocratie, elle impose la loi d’airain du capitalisme exacerbé qu’elle tente d’instiller dans tous les rouages de la société,

2/ de convaincre de l’inanité des propositions visant soit à obtenir l’Europe sociale, soit à subvertir les institutions européennes depuis l’intérieur, soit à désobéir aux traités européens,

3/ de nous préparer intellectuellement pour affronter et surmonter avec succès cette rupture géopolitique et géostratégique fondamentale,

4/ de nous organiser matériellement pour, d’une part, augmenter sans cesse la pression populaire en faveur de la réalisation de cette rupture et, d’autre part, contribuer à ce que le nouveau cycle historique qui succèdera à cette rupture soit un nouveau temps de joie pour tous les peuples,

5/ de tisser les liens nécessaires entre nous, en France et en Europe, pour commencer à construire les solidarités européennes de demain qui se substitueront à la tyrannique Union européenne.

II – Ce groupe n’a ni pour essence, ni pour pour vocation à accueillir les partisans du repli sur soi nationaliste. Nous voulons nous libérer de l’Union €uropéenne afin de reprendre le pouvoir sur nos vies, sur notre destin collectif, sur notre avenir, ceci en vue de rendre possible demain des choix politiques de nature à rassembler les peuples autour de la défense de l’intérêt général et de l’amélioration constante des conditions de vie de tous et pour tous.

III – Ce groupe se veut ouvert et rassembleur sur des valeurs fondamentales :

– la première de ces valeurs fondamentale est la démocratie authentique, la démocratie jusqu’au bout, et c’est pour la restaurer d’abord, et la faire progresser chaque jour davantage ensuite, que nous défendons l’idée que nous devons impérativement nous libérer de l’oppression qu’exerce de plus en plus l’Union européenne sur les peuples ; pour nous libérer de cette oppression, nous défendons l’idée de l’inéluctable sortie de l’Union européenne ;

– la seconde valeur fondamentale est une conception humaniste de la vie ce qui signifie qu’au-delà des divergences inévitables de nos visions et de nos attentes sur tel ou tel sujet particulier, nous nous respectons dans le débat, et nous prônons, tous et toutes, des politiques de nature à faire progresser le droit des peuples et des citoyen-ne-s au bonheur et au bien-vivre.

Changer de constitution et de régime ou sortir de l’Union européenne ? Il faut faire les deux camarades !

Il y a quelques mois, quand je faisais ardemment campagne pour la 6e République, à la fois sur Facebook et via un blog dédié, et que j’appelais, à ce titre, à ce que nous commencions à réfléchir à l’écriture COLLECTIVE d’une nouvelle constitution rendant le pouvoir souverain au peuple français et prévoyant toute une série de mécanismes juridiques (constitutionnels et administratifs), mais aussi politiques, pour le rendre possible, et pour qu’il ne puisse plus être contesté, je recevais pas mal de messages de gens (notamment de l’UPR, de DLR devenu DLF, du M’PEP ou du PRCF) me disant que c’était inutile de se battre pour une nouvelle constitution aussi longtemps que nous restions dans l’Union européenne.

Je répondais que, pour moi, le combat pour la 6e République était le plus important de tous car en rédigeant collectivement une constitution nouvelle, axée sur la démocratie et la souveraineté populaire, nous dirions inéluctablement que l’Union européenne est contraire à nos principes, à nos valeurs, à nos désirs, à nos exigences. Nous renverserions alors inévitablement la hiérarchie des normes. Et dès lors que le peuple français aurait adopté une nouvelle constitution ayant ces caractéristiques-là, nous ne pouvions manquer de remettre en cause l’appartenance de la République française refondée à l’Union Européenne. Vous me suivez jusqu’ici ?

En effet, en droit, la constitution actuelle prévoit que les traités régulièrement ratifiés prévalent sur la loi ; et la jurisprudence constitutionnelle française a, depuis longtemps, jugé que par « loi » il fallait aussi entendre « constitution ». Donc, c’est bien notre constitution actuelle qui permet que des traités prévalent sur elle, une fois qu’ils ont été RÉGULIÈREMENT ratifiés… Et là, la question se pose non ? Peut-on sérieusement soutenir que le Traité de Lisbonne a été RÉGULIÈREMENT ratifié ? Quand on sait comment les choses se sont passées, la réponse est clairement NON. N’importe quel esprit sensé et honnête, intellectuellement parlant, ne peut valablement considérer que le traité en question a été valablement ratifié. Certes, il a été considéré, par les instances compétentes, que ce traité a bien été valablement ratifié au plan juridique puisque le Parlement, réuni en Congrès, l’a adopté et que ce mode d’adoption est une des deux voies possibles de ratification prévues par notre constitution. Mais quand un traité est ratifié par le Congrès alors même qu’un texte quasi identique a été rejeté par le peuple souverain par référendum à peine deux ans plus tôt, même un juriste sait que cette situation ne saurait être jugée valable au plan juridique. C’est pourtant ce qui a été décidé par les institutions juridiques établies. Elles sont l’émanation du système et servies par des gens dont la mission est de maintenir ce système, voire de le renforcer encore davantage…

Donc, mon propos est de dire que déjà, sur ce seul point, le traité qui s’applique ne devrait pas s’appliquer car ce n’est que par un coup de force politique qu’il a été ratifié. Nous le savons et ce n’est pas mon sujet ce soir que d’insister sur ce point. Je considérais cependant que ce rappel était indispensable en préalable de ce que je voulais vous dire…

Je reviens donc à ce que je disais en introduction de ce billet. C’est notre constitution qui donne la primauté aux traités ratifiés. Mais notre constitution n’empêche pas le peuple souverain de la réformer, voire de l’abroger au profit d’une autre, qui serait partiellement ou totalement réécrite et repensée… Cela, aucun traité ne peut non plus l’interdire.

DONC, le peuple français, s’il décidait de changer sa constitution actuelle au profit d’une autre qui lui donne des armes puissantes pour reprendre son destin en mains, pourrait décider que, désormais, la République française ne fait plus partie de l’Union européenne. Rien n’empêche, s’il le décide, que cela soit expressément écrit dans la constitution nouvelle, auquel cas, l’exécution de cette décision s’appliquerait rapidement, dans les conditions et selon les modalités que définirait par exemple une loi organique intervenant peu après l’adoption et la mise en application de cette constitution nouvelle… Cela empêcherait aussi que de nouveaux gouvernants viennent un jour ramener la République française dans cette même Union européenne… La première constitution de la 5e République, celle adoptée en 1958, contenait par exemple un titre entier et plusieurs dispositions relatives à « l’Union française » qui englobait des « pays » que nous dominions et contrôlions par les liens de la colonisation.

Et, même si la constitution elle-même, ne prévoyait pas expressément, dans son texte, la sortie de la République française de l’Union européenne, elle pourrait, par différents moyens, la rendre inévitable à bref délai…ou, à tout le moins, envisager expressément qu’elle soit possible. Cette hypothèse se concrétiserait par l’organisation d’un référendum intervenant peu après le référendum d’adoption de la constitution, et après un débat sérieux et suffisamment long pour que le peuple se fasse une opinion éclairée sur la question. Ainsi, seraient dissociées les deux questions. Dans un premier temps, le peuple français déciderait d’approuver ou non le projet de nouvelle constitution, et, dans un second temps, il se prononcerait sur la sortie ou pas de la République française de l’Union européenne.

Quoi qu’il en soit, celles et ceux qui m’ont (presque toujours aimablement) opposé que débattre du nouveau régime constitutionnel et politique serait sans intérêt sur notre souveraineté populaire, parce que celle-ci est court-circuitée tant que nous restons dans l’Union européenne, ont tort. Ils ne saisissent pas les conséquences juridiques et politiques d’un changement de régime politique et de constitution… Si l’on écarte, comme je le fais encore pour l’instant, l’idée avancée par certain-e-s, que Jean-Luc Mélenchon serait en réalité un homme politique malhonnête, trompeur, cynique, dissimulateur, on peut penser que c’est précisément la raison qui le pousse à défendre la 6e République car il a sans doute compris qu’en réécrivant une nouvelle constitution, le peuple français se ressaisit de fait de tous les pouvoirs et que les interdictions résultant de l’Union européenne seraient alors, automatiquement, remises en cause.

Maintenant, depuis que je parle haut et fort pour une sortie de l’Union européenne, ce sont désormais certains de mes camarades du PG, du PCF, d’Ensemble et du Front de Gauche ou de la Gauche en général, qui me disent que la sortie de l’Union européenne ne sert à rien si l’on ne change pas aussi la constitution. Et beaucoup de ces camarades me rappellent l’existence du Mouvement pour la 6e République ou des actions sur ce sujet du Parti de Gauche, de certain-e-s responsables de ce parti, ou d’autres acteurs à gauche…

Sachez que je suis convaincu, depuis très longtemps, par la nécessité, que dis-je par le caractère indispensable que revêt le changement de régime et de constitution. J’avais cette conviction chevillée au corps bien avant que n’existe Facebook ou ce blog… Vous saisissez ?

Les partisans de la 6e République sont donc idéologiquement mes ami-e-s, pour autant que cette 6e République soit celle que nous défendons au Parti de Gauche, au Front de Gauche et parfois au-delà de ce parti et de ce Front…

Mais je trouve stupide et totalement anachronique d’opposer les deux thématiques : sortie de l’Union européenne et changement de régime. Les deux vont  ensemble. Les deux DOIVENT aller ensemble. Nous devons défendre les deux, et le faire simultanément.

Certain-e-s de mes ami-e-s et camarades politiques en sont convaincu-e-s comme moi, d’autres ne le sont pas. Parmi les seconds, il y en a qui veulent à tout prix changer de régime et passer à la 6e République mais qui n’envisagent pas ou qui refusent ou qui craignent (il y a bien des nuances entre les un-e-s et les autres) la sortie de l’Union européenne.

Mon avis est qu’ils se trompent et font une erreur stratégique majeure. Changer de régime et mettre en application une constitution nouvelle telle que nous la souhaitons sans sortir de l’Union européenne ne réglera pas les problèmes car il y aura toujours alors bien des contradictions entre les dispositions de cette constitution nouvelle et les dispositions des traités européens. Si notre constitution prévoit, comme certain-es le préconisent (j’en suis !) que les traités, fussent-ils « régulièrement ratifiés » (et, même si, cette fois, c’est au sens authentique et honnête du terme), il faudra continuellement se poser des questions juridiques et constitutionnelles et trancher des conflits et des controverses, car vous comprendrez tous et toutes très aisément qu’une telle constitution nouvelle, si elle est comme nous le voulons, s’opposera au régime juridique, politique, économique, géopolitique qu’incarne l’Union européenne. Et sauf à vouloir densifier à l’extrême la justice constitutionnelle française, et donner ainsi du travail, par millions d’heures, à des milliers de magistrats constitutionnels chargés de juger de tous ces conflits juridiques, une telle opposition est intenable. En droit, il est nécessaire qu’existe une certaine sécurité juridique. C’est même un principe général du droit. Il implique que les règles (prescriptives et prohibitives) soient assez claires pour régir les situations, et assez stables aussi !

Il faut donc trancher le dilemme sans s’en remettre uniquement à l’avis des juges. Et donc il faut décider entre deux alternatives  :
Soit on veut que le peuple français redevienne souverain – et on le prévoit avec une nouvelle constitution – alors, en cohérence avec ce choix, on doit prendre une décision très claire de sortie de la République française de l’Union européenne, sans finasser, sans tergiverser, sans nous limiter à prévoir une « désobéissance aux traités », hypothèse qui ne veut rien dire concrètement et souffre donc d’un déficit criant de crédibilité.
Soit on tient à l’Union européenne pour quelque raison que ce soit, et alors on ne saurait désirer que nous changions de régime et de constitution, surtout pas pour en mettre en place une autre qui serait démocratique, puisque le système de l’Union européenne, par essence, s’oppose à la démocratie voire à la logique même d’une constitution puisque au sens de l’article 16 de la déclaration française des droits de l’homme et du citoyen : « Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n’est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution. » Or, c’est une gageure que de soutenir que l’Union européenne « assure la garantie des droits » et « détermine la séparation des pouvoirs »…

Et oui, camarades ! Il faut réellement choisir entre deux alternatives radicalement différentes et mêmes opposées. Ce sont bien deux choix de société tout à fait antinomiques. On ne peut à la fois souhaiter – et appeler à – un changement de régime politique en France et défendre, dans cet esprit, un changement de constitution, et dans le même temps expliquer que sortir de l’Union européenne n’est pas souhaitable, ou n’est pas sérieux, ou n’est pas responsable, ou n’est pas conforme à nos aspirations et principes de gauche, ou je ne sais quoi encore… On ne peut avoir l’un et l’autre.

L’idée que je défends – et le raisonnement que je mets en avant pour lui donner force – est bien que nous devons À LA FOIS :
1/ changer de régime politique et donc substituer à la détestable et nuisible constitution de la 5e République, quasi monarchique et oligarchique,  une constitution nouvelle de la 6e République qui soit enfin celle de la PREMIÈRE VÉRITABLE DÉMOCRATIE,
2/ sortir de l’Union européenne et de quelques autres alliances et organisations d’essence atlantiste et capitaliste.

Et faire cela c’est tout autre chose que de nous renfermer sur nos frontières dans un esprit chauvin et nationaliste, raciste, xénophobe, quasi fasciste, contrairement à ce que disent certains crétins incultes ou bornés et à ce que répètent certains perroquets, larbins de nos ennemi-e-s et griots du capitalisme ou de l’atlantisme.

Si c’est un jour le FN, ou de vrais nationalistes, ou de vrais néofascistes, ou de vrais racistes, qui ont la main pour sortir la République française de l’Union européenne, alors oui, on peut craindre le pire, car ce qu’il en sortira ne sera vraiment pas bon. Leur dessein n’est pas de rendre le pouvoir au peuple, ni de faire son bonheur. Et il n’est pas de rendre le peuple français puissant pour que nous soyons de nouveau en mesure de parler au monde et d’aider le monde à aller mieux, en assistant les autres peuples ou en s’inspirant d’eux et en leur donnant une audience qu’ils n’ont pas forcément parce qu’ils sont moins puissants que nous.

Par contre, si c’est NOUS, la Gauche de combat, la Gauche qui se bat pour « la Sociale », la Gauche qui se bat pour la démocratie et la République, la Gauche qui se bat pour l’humanisme, la Gauche qui se bat pour la laïcité, la Gauche qui se bat pour la justice et la défense authentique des droits de l’être humain et de l’animal, la Gauche qui se bat pour que le monde opère la grande bifurcation écologique rendue indispensable à notre survie collective,  la Gauche qui se bat pour que soient universellement reconnues les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, la Gauche qui se bat pour la paix, non comme des pacifistes bêlants mais comme des responsables sérieux instruits de la géopolitique telle qu’elle est et telle qu’elle régit les relations internationales, si c’est NOUS, cette Gauche-là, qui avons les rênes du pouvoir constitutionnel dans l’État de la République française au moment où la question sera posée, alors il n’en sortira que du bien.

Car notre rêve n’est pas d’asservir mais de libérer et d’émanciper. Notre tâche n’est pas d’abrutir les citoyen-ne-s mais de les éduquer et de faire croître en eux l’esprit de citoyenneté. Notre aspiration n’est pas de défendre les intérêts particuliers, fussent-ils les nôtres, mais de servir l’intérêt général sans brimer l’individu et sans le contraindre au-delà de ce qui est acceptable aux yeux de tous. Notre souhait n’est pas de revenir au Moyen-Âge mais de rallumer les lumières. Il n’est pas de maintenir le système honni mais de le détruire au profit d’un autre acceptable par tous. Notre action ne sera pas d’imposer des lois scélérates et des régressions de civilisation permanentes contre la volonté générale mais de remettre le droit au bonheur de tous au sommet de la hiérarchie des obligations des pouvoirs publics.

Du débat Mélenchon-Zemmour, de la référence à Georges Marchais et au général De Gaulle, de la question de l’immigration et de l’économie…

Un de mes contacts sur Facebook a écrit :

« Le problème de MÉLENCHON est qu’il est internationaliste et pas communiste. Il est plus proche des positions libérales d’un COHN-BENDIT que les positions collectivistes de MARCHAIS. Aussi les patriotes communistes mexicains de 1964 grâce à leur positionnement idéologique ont une économie florissante alors que les anarchistes internationalistes ont traité MARCHAIS comme un chien galeux et un pestiféré. Résultat : le libéralisme pro UE. Moi je le dis VIVE MARCHAIS et même VIVE DE GAULLE. »

Et ceci : « Puis le jour où MÉLENCHON dira comme MARCHAIS, qu’il faut arrêter l’immigration on aura fait un grand pas. ZEMMOUR ne dit pas que des conneries, c’est même plutôt le contraire, il est très intelligent. »

Ces deux commentaires m’ont inspiré les réponses suivantes…

Quand tu dis que MÉLENCHON est plus proche des positions libérales d’un COHN-BENDIT que des positions collectivistes de MARCHAIS, c’est que tu ne l’as pas bien lu, écouté et compris car si l’on peut reprocher à MÉLENCHON certaines choses, ce n’est sans doute pas celle-là. Cette accusation est grotesque.

Quand tu dis « Vive MARCHAIS et même vive DE GAULLE », là je te suis. Ces deux personnalités-là, malgré leurs tares et leurs défauts, avaient un discours cohérent et, pour celui des deux qui fut un géant de notre Histoire, une pratique qui avait une dignité qu’aucun de ses successeurs n’a jamais ne serait-ce qu’approchée.

 En tant que partisan de la 6e, je suis logiquement un dénonciateur ardent de la 5e mais je n’ignore rien de la situation réelle qui veut que la 5e, dans sa version originelle, n’était pas la « 5e » actuelle.

 Moi, je considère que la 5e initiale, celle instituée par DE GAULLE, méritait déjà d’être dénoncée et critiquée, à la fois pour son contenu et pour les conditions, totalement scandaleuses, de son avènement (la crise du 13 mai, le quasi coup d’État suivi du coup de force politique, la rédaction de la nouvelle constitution contrôlée par seulement quelques personnes sans recours à ce qui aurait été légitime et démocratique : une Constituante, et bien d’autres raisons). Cela étant dit, le régime initial, même top autoritaire à mes yeux, n’avait pas tous les défauts qu’il a acquis par la suite. Notamment parce que celui qui était la « clé de voûte des institutions », formule chère au Général, exerçait le pouvoir dans un certain respect de la volonté populaire. Le peuple français a pu aller aux urnes tous les ans, pour une raison ou pour une autre, pendant la période où DE GAULLE était Président. Et le jour où le choix qu’il souhaitait voir approuvé fut désavoué, il s’en alla. Quelle dignité ! Aucun Président de la République française n’a jamais plus eu un tel panache. Donc je suis à la fois très critique de son œuvre sur certains sujets, mais aussi assez admiratif de l’homme, de son action comme chef de la France libre puis comme acteur de la restauration de notre grandeur, notamment dans sa lutte contre l’impérialisme de l’Empire états-unien.

Et si DE GAULLE n’était pas anticapitaliste, ce que je suis devenu moi-même et ce que sont mes camarades du PG et du Front de Gauche, en revanche, DE GAULLE avait une vision politique qui voulait que le politique commandait à l’économie et non pas l’inverse, ce qui le rapprochait un peu de MARCHAIS (puisque tu compares les deux, je le fais aussi). Le capitalisme est détestable mais le capitalisme enfermé dans un système d’économie mixte, comme c’était le cas alors, faisait bien moins de dégâts économiques et sociaux que celui, débridé, sans règle, sans principe humaniste, sans aucune décence, sans aucune rationalité économique et financière, que nous connaissons aujourd’hui, et ce, depuis désormais presque 45 ans. Il est facile de voir que c’est dès la fin de la période gaullienne que les choses ont mal tourné, avec POMPIDOU, le banquier de la banque Rothschild, qui était, en quelque sorte, un « ennemi de l’intérieur » en plus d’être un « allié objectif » de l’Empire états-unien. C’est lui qui a fait entrer le Royaume-Uni dans ce qui était alors la CEE. C’est lui qui a suivi la logique nixonienne du recours au marché pour financer l’État. Et peu à peu, tout le reste a suivi.

Quand tu dis que « ZEMMOUR ne dit pas que des conneries », qu’ « il est très intelligent », je suis presque d’accord. Presque car moi je ne dirais pas que ZEMMOUR est « très intelligent ». S’il était vraiment « très intelligent », à mon sens, il aurait choisi un autre chemin philosophique et politique. Mais passons car je ne dirais pas non plus qu’il ne dit « que des conneries ». Sans être « très intelligent », il n’est pas non plus un sot. Ce qu’il dit est en effet pensé, réfléchi. Il ne s’agit pas de propos stupides, de comptoir. Ce qu’il dit reflète une pensée, une idéologie, une vision, une lecture de l’Histoire et de la vie. Ce n’est pas la mienne. Ce n’est pas celle de MÉLENCHON . Ce n’est pas celle du PG ou du FdG. Et je ne crois pas que ce soit celle de la majorité des Français, malgré certaines apparences contraires.

Le problème avec ZEMMOUR, c’est qu’il manie, dans son raisonnement, des faits qui sont incontestables et des déductions qui, elles, ne le sont pas. Il a une vision de l’Histoire qui n’est pas rationnellement fondée. Il idéologise trop l’Histoire. Et nous analysons, nous-mêmes, certaines « vérités » historiques différemment de lui. Je ne vais pas ici disserter sur cela car ce n’est pas le lieu mais si je peux comprendre que certaines personnes, qui pensent à droite, ne se retrouvent pas dans la lecture que MÉLENCHON et nous, à gauche, faisons, il faut comprendre aussi que l’on ne saurait, nous, valider comme l’unique vérité absolue, la vision de ZEMMOUR et de la droite, ou plutôt d’une partie de cette droite. Si les faits peuvent être incontestables quand ils sont avérés, l’interprétation qu’on développe de ces faits, elle, est toujours susceptible d’être critiquée et soumise à des versions contraires.

Quand tu dis que « MÉLENCHON devrait, comme MARCHAIS, défendre l’arrêt de l’immigration », tu as tort, à mes yeux. Je sais que beaucoup de Français-e-s, si l’on écoute les medias mainstream qui ne cessent de le dire, voire si l’on discute avec les gens, ont cette idée-là. Nous n’ignorons pas, autour de MÉLENCHON et à gauche, qu’une partie des Français-e-s, souhaiteraient que l’on arrête d’accueillir chez nous des étrangers, voire qu’on en renvoie un certain nombre chez eux.

Nous n’avons pas cette vision. Quand on est à gauche, on a le sens de l’accueil et de la tolérance. Nous voulons une France ouverte aux autres, notamment à celles et ceux qui sont menacé-e-s dans leur pays, menacé-e-s dans leur vie, leur sécurité, leur liberté, leurs droits fondamentaux. Inutile de me ressortir la saillie célèbre de Michel ROCARD sur le sujet. Nous, nous refusons ce discours-là. Nous défendons un discours inverse. C’est ainsi. La démocratie impose que l’on puisse avoir une autre vision que la nôtre et que cette vision-là soit défendue, mais, à l’inverse, notre propre vision est tout aussi légitime.

Si, pour débattre sereinement de ce sujet hautement passionné, on écarte l’idée que celles et ceux qui refusent notre vision seraient simplement des racistes et des xénophobes, bien que ce soit aussi souvent le cas, mais qu’on leur reconnaît la dignité de fonder leur vision, non pas sur de tels ressentiments détestables, mais sur une logique économique, il y a alors matière à discuter.

L’idée qui est mise en avant, et qui n’est pas contraire à la vérité selon certains angles d’analyse, c’est que les immigrés conduisent à une régression du niveau des salaires de l’ensemble des Français, parce que cette population est moins exigeante que nous et qu’elle accepte donc de travailler à des conditions salariales et générales inférieures à celles que nous acceptons nous-mêmes et que nos lois garantissent encore quelque fois. Je dirais que :

1°/ Cela est vrai pour les immigrés clandestins beaucoup plus que pour les immigrés entrés légalement en France.

2°/ Il existe des moyens d’agir contre ce problème.

Sur le premier point, le problème est que des clandestins, pour pouvoir survivre, doivent à tout prix travailler et acceptent donc n’importe quel travail, dans n’importe quelles conditions. Comme ils sont clandestins, ils ne bénéficient pas des droits élémentaires des salarié-e-s et les employeurs indélicats (pour utiliser un terme poli car en fait ce sont de vrais salopards, exploiteurs, esclavagistes) font leur beurre sur leur misère. Il est possible et nécessaire de sanctionner pénalement et lourdement les patrons qui emploieraient ainsi illégalement et inhumainement des immigrés illégaux. Les sanctions devraient être suffisamment lourdes pour être dissuasives.

Au-delà, il y a la solution que NOUS préconisons depuis longtemps : la régularisation pour que ces immigrés, qui ont eu le courage de quitter leur pays pour trouver du travail et des moyens de vivre – et de faire vivre leur famille – décemment, puissent être armés légalement pour ne plus accepter de telles exploitations.

Alors on nous dit que de telles décisions seraient un appel à une immigration massive. Tous les exemples que nous connaissons disent le contraire. Là encore, je ne veux pas disserter des heures mais l’immigration ne dépend pas de la générosité ou de l’avarice du pays qui se trouve être le pays d’accueil. Ce qui amène les gens à immigrer, y compris clandestinement, repose sur d’autres fondations. Nous ne risquons pas d’être envahis mais par contre nous aurions la garantie de ne plus connaître l’exploitation honteuse des immigrés clandestins. Ceux-ci auraient les mêmes droits que nous.

Sur le second point, qui recoupe en partie la problématique du premier, le problème serait que les immigrés légaux viennent manger le pain des Français… Outre l’inanité d’une telle affirmation, il est utile de rappeler que si les patrons encouragent l’immigration, c’est justement parce qu’ils savent que les immigrés feront le travail aux conditions qu’eux, les employeurs, définissent. Mais il suffirait que la loi décide que les immigrés seront traités comme tout Français, qu’ils auront exactement les mêmes droits face à leurs patrons que tout Français, pour que les patrons n’aient plus envie de remplacer la main d’œuvre française par une main d’œuvre immigrée.

On entend souvent, chez les exploiteurs ou chez les réacs, ou chez les ignorants, ou chez les salopards, ou chez es crétins, que si par exemple le bâtiment ou la restauration recrutent autant d’étrangers, c’est que les Français, sont paresseux, tire-au-flanc, qu’ils ne veulent pas travailler, qu’ils refusent les emplois un peu pénibles, qu’ils préfèrent être payés par les assurances chômage… Ce discours-là, en plus d’être clairement idéologisé de manière détestable, est stupide et ne repose sur rien d’autres que sur quelques abus montés en épingle depuis des années, alors même que bien d’autres abus, dans d’autres domaines, d’ampleur sans commune mesure avec les précédents, ne sont pas, eux, pris en considération. Si les Français refusent en effet parfois de prendre les emplois disponibles, c’est parce qu’il est inacceptable, dans la situation économique de richesse de notre pays, que l’on doive travailler dans la peine, sur des amplitudes de durée trop longues, ou dans des conditions de travail inacceptables, pour des salaires ridicules. La solution n’est pas d’aller chercher des esclaves plus dociles et moins exigeants, mais d’élever les exigences que les employeurs doivent respecter quand ils salarient des gens. Nous pouvons le faire. C’est le rôle de la loi. Et s’agissant du coût économique de cela, il peut être couvert par une refondation totale de notre système de pensée économique et fiscal. On en vient alors à la question essentielle, fondamentale entre toutes, d’un autre partage des richesses, que nous défendons, nous, autour de Jean-Luc MÉLENCHON, nous au Parti de Gauche, nous au Front de Gauche, et je sais qu’il y a des Français, qui ne se définissent pourtant pas comme étant de gauche, qui pensent exactement comme nous, sur ce point.

L’économie est florissante quand les richesses créées par tous circulent. Elle dépérit quand une petite caste oligarchique confisque l’essentiel à son seul profit. Une économie est en développement stable et se trouve viable et saine quand les entreprises qui font des bénéfices réinvestissent largement leurs gains pour se développer et pour mieux payer leurs salariés, tous et pas les quelques personnes autour du N°1 de l’entreprise. Inutile d’expliquer longtemps que si les petits salariés voient leur rémunération croître, ils l’utiliseront, soit en consommant, soit en épargnant. Dans les deux cas, les gains seront remis immédiatement en circulation. Tandis que lorsque les plus gros gagnent encore davantage, non seulement ils ne réinvestissent pas ces gains dans l’économie réelle, mais en outre ils placent leurs fortunes dans des paradis fiscaux étrangers à la France. Ils volent donc purement et simplement le fruit du travail de tous et détournent la richesse collective du pays. Il s’agit là ni plus ni moins que de vol, d’escroquerie, de détournement de fonds. Ce pourrait être pénalement sanctionné en plus d’être politiquement discrédité.

C’est le système qui permet cela qui doit impérativement être revu et radicalement transformé. Ce sera à la loi de fixer en conséquence des salaires minimum beaucoup plus hauts qu’aujourd’hui, à l’inverse des salaires maximum beaucoup plus bas. Ensuite, par le biais de l’impôt, nous devrons tendre à une plus juste répartition des richesses. Devant ces engagements que nous prenons, certains hurlent comme des vierges qu’on effaroucherait ou des porcs qu’on violenterait. Mais il ne s’agit pas pour nous de mettre tout le monde au même niveau. Il demeurera des différences entre les uns et les autres. Les patrons et les salariés ne seront pas payés le même salaire. Les « grands » patrons gagneront toujours plus que les « petits ». Mais les écarts scandaleux que nous connaissons seront fortement réduits. Et nous reviendrons sans doute à des logiques plus raisonnables et plus humanistes. Il n’y aura plus, avec nous, de compétition pour gagner toujours plus, surtout si c’est au détriment des autres… Peut-être que le patron qui prendrait de véritables risques, non pas des risques contestables du genre de ceux qui jouent en bourse, mais des risques résultant de la tentative d’ouvrir de nouveaux chemins pour le développement de son entreprise et donc pour l’intérêt général à la fois de son entreprise, de ses salariés et de l’économie du pays tout entier, serait gratifié d’une « prime ». Mais les retraites-chapeaux, les stocks-options et autres exemples de confiscation insolente ne seront plus possibles, surtout quand ils sont au bénéfice de gens qui n’ont plus rien à voir ni avec des employeurs, ni avec des chefs d’entreprise, mais qui ne sont plus que des financiers traitant les êtres humains comme des choses.

La fiscalité française sera revue de fond en comble, aussi bien la fiscalité nationale que la fiscalité locale. Le principe qui la gouvernera sera l’égalité. Dans l’esprit de l’article 13 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, la contribution de chacun sera « également répartie entre les citoyens, en raison de leurs facultés ». Je rappelle que le président états-unien Franklin Delano ROOSEVELT, qui n’était pas un communiste, même s’il était sans doute plus à gauche que beaucoup de ceux qui l’avaient précédé et qui lui ont succédé, avait, pendant les années trente, élevé l’impôt de la tranche supérieure à 90%. Oui, 90% pour les plus riches. Aux États-Unis. Dans la vie réelle… Même en France, avant que François MITTERRAND ne soit élu en 1981, le taux d’impôt pour les plus riches était de l’ordre de 70% je crois. Or, nous étions sous la présidence de Valéry Giscard d’ESTAING qui n’était pas précisément un bolchévique…

Oui, nous reviendrons à cette logique qui veut que les très riches paient beaucoup car lorsqu’on ponctionne un petit salaire de 5 à 10%, c’est bien plus cruel et injuste que lorsqu’on ponctionne un multimillionnaire à 50/60/70/80 ou même 90 %. Et il lui en restera toujours beaucoup plus qu’au premier. Oui, nous estimons qu’il y a une décence humaniste qui impose que l’on décide d’un seuil maximal de rémunération. La vie ne se résume pas au fric. Le but d’une vie terrestre n’est pas seulement d’amasser des millions, des milliards dont on ne sait que faire ensuite et dont on prive, tous les autres. Alors même que des milliards de gens souffrent de pénurie, de misère, de faim, de mal-logement, de mal-nutrition, d’absence de soins…

Cette répartition nouvelles des richesses permettra de financer non seulement le coût de l’immigration mais bien d’autres politiques de progrès pour tous. Et cette nouvelle fiscalité empêchera aussi, ce qui est de salubrité publique, que des familles ne deviennent des dynasties qui, génération après génération, maintiennent des milliardaires oisifs, parasites, qui pèsent sur la vie publique du pays et tendent à l’influer fortement sans avoir la dignité ou les titres pour cela.

En République, il doit être possible de gagner plus demain qu’aujourd’hui. Il n’est pas antagoniste avec la République que l’on cherche à avoir une meilleure rémunération et il est assez noble que des personnes cherchent à offrir à leurs descendants les moyens de subsister en cas de coup dur ou un petit coup de pouce pour débuter. Mais ce petit pécule ou ce petit coup de pouce ne doit pas être une montagne d’or. Nous refusons qu’existe dans notre République une « noblesse d’argent » qui, sauf accident, se perpétuerait toujours, génération après génération, sans que les successeurs de ceux qui l’ont initiée, n’aient de mérites particuliers. Certes, il y a parmi les milliardaires, des gens dignes et nobles de cœur qui profitent de leur situation personnelle avantageuse pour être utiles à la collectivité mais c’est moins d’être une règle générale et même quand ils le font, ils ne le font pas assez. Nous, à gauche, ne tolérons pas que le monde soit constitué de personnes vivant dans de tels écarts de richesse. Nous corrigerons cela. Plutôt qu’un bouclier fiscal empêchant que l’on conteste aux uns le « droit » d’amasser des fortunes qui manquent ensuite à l’intérêt de tous, nous instituerons un « bouclier social ». Il y a divers procédés pour y parvenir. On y reviendra.

Nous entendons que l’on puisse ne pas être d’accord avec nous. Nous sommes démocrates et nous n’imposerons rien par la force. Nous débattrons. Nous convaincrons. Ce sera la loi, expression de la volonté générale qui imposera ce que le peuple français, dûment informé, après en avoir longuement débattu, aura décidé collectivement. Sur ce point comme sur tous les autres…

Un très beau texte relayé par une camarade du nom d’Armelle Bégué : « Vouloir un monde meilleur, souhaiter un monde plus juste, est une chose ; se donner les moyens de le construire en est une autre »

Vouloir un monde meilleur, souhaiter un monde plus juste, est une chose ; se donner les moyens de le construire en est une autre. Et force est de constater que chez tous ceux qui expriment ce vœu, ce souhait, qui pensent agir en ce sens, un sentiment d’impuissance domine. Nous sommes nombreux à penser œuvrer pour un monde meilleur en manifestant, en pétitionnant, en militant, en votant… Nombreux à persister à emprunter ces voies qui ne mènent pourtant jamais très loin. Nombreux à croire qu’exprimer le vœu de changer les choses, et à attendre sagement que d’autres le réalisent, suffirait à changer les choses.

Nous n’y arrivons pas parce que nous ne mettons pas dans la balance le seul élément qui pourrait la faire pencher en notre faveur : nos vies. Nous n’y arrivons pas parce que nos actes, loin de suivre nos paroles, persistent à nourrir et assister ce monde dont nous ne voulons plus. Nous n’y arrivons pas parce que nous ne nous attaquons qu’aux effets, jamais aux causes. Nous n’y arrivons pas parce que nous sommes, pour tout dire, passifs, irresponsables, inconséquents – là est la cause de tous nos malheurs.

Ce qu’il faut faire ? Etre enfin responsable. Vivre enfin conformément à ses idéaux. Etre enfin dans sa vie, dans le moindre de ses gestes digne et conforme à ce monde que l’on souhaite voir advenir. Se comporter comme si le sort du monde tout entier reposait entre nos mains.

Il s’agit de faire concrètement le bien ; donc de ne plus participer, de ne plus collaborer à ce que l’on a identifié comme étant le mal (l’oppression, l’esclavage, la misère, l’injustice, la destruction de notre santé et de notre environnement, etc.), de rompre avec ce qui le permet (notre servitude consentie, notre irresponsabilité, notre inconséquence, notre indifférence, notre égoïsme), pour désarmer ce mal et ses légions qui n’ont de force que celle que nous leur accordons ; de ne plus faire son bien sur la souffrance et le malheur d’autrui ; de ne plus reproduire les mauvaises actions qui ajoutées les unes aux autres font de notre monde cet enfer que nous abhorrons. Il s’agit, pour ainsi dire, de désobéir à des ordres énoncés ou non. De faire dissidence. De faire objection à l’abjection. De faire objection de conscience, comme on disait au temps du service militaire obligatoire, mais objection aujourd’hui à toutes les contraintes et obligations injustes que cette société nous impose et qui provoquent bien plus d’atrocités encore que celles commises par le militarisme en action.

C’est ainsi que nous devons élever notre niveau de conscience. Afin tout d’abord d’identifier précisément ce qui nous dévaste, nous conditionne, nous emprisonne ; bref les causes de notre malheur et de notre impuissance à y mettre un terme.

Ainsi faut-il prendre conscience que l’obsession permanente et sans fin de consommer, de posséder, cette obsession encouragée et organisée, est ce qui fonde ce monde et en même temps ce qui nous y incarcère, nous y subordonne le plus profondément ; et ce qui provoque, autorise et maintient la plupart de ses violences et de ses crimes : exploitation, guerres de prédation, misère, pollution, etc. dont l’intensité, le degré d’infamie est toujours proportionnel à celui de nos besoins matériels – quand bien même nous nous exprimerions ardemment contre. Nous devons bien comprendre que nous n’obtiendrons aucune diminution de ces horreurs trop ordinaires si nous ne sommes pas d’abord capables de nous extraire de l’illusion du bonheur par la consommation et de réviser et modérer nos besoins matériels – nous sommes toujours possédés par ce que nous possédons et voulons posséder. Désobéir, aujourd’hui, c’est d’abord désobéir aux injonctions invisibles mais bien réelles du Moloch consumériste.

Elever son niveau de conscience, c’est comprendre qu’il n’y a aucun acte dans notre vie quotidienne qui soit neutre, indifférent. Comprendre que notre ennemi est moins un sujet qui nous fait face qu’un rapport qui nous tient et dont nous sommes partie prenante. Comprendre que les pouvoirs n’ont de pouvoir que celui que nous leur concédons ; que ce monde n’est jamais que ce nous en faisons, qu’il n’est jamais que celui que nous créons et déterminons par chacun de nos actes, même les plus apparemment anodins, ou de nos non-actes – et qui ont bien davantage de poids que de dérisoires bulletins de vote glissés dans l’urne une fois tous les cinq ans.

Élever son niveau de conscience, c’est appréhender tout ce qu’implique le fait que je fasse ceci ou cela ; que je vis dans tel ou tel niveau de confort ; que je travaille dans tel ou tel secteur d’activité, dans tel ou tel établissement ; que j’achète tel ou tel produit, que j’achète ici ou là-bas ; que j’utilise tel ou tel service.

Nous devons poser la question du coût humain et environnemental de notre mode de vie. Nous devons poser la question de la moralité de notre comportement. Est-il ainsi possible d’accumuler sans fin argent et superflus pendant que tant d’autres n’ont même pas de quoi combler leurs besoins élémentaires – et de ne pas y voir de rapport ? Peut-on continuer à acheter et jouir de tout produit fabriqué dans des conditions épouvantables – qui relèvent ni plus ni moins de l’esclavage- (cf. le fameux « made in china » et le récent incendie meurtrier au Bangladesh), à acheter et jouir de tout produit fabriqué et acheminé à bas prix chez nous au prix de dévastations, de massacres, de guerres (cf. le rôle de notre usage massif de téléphones portables dans la guerre civile au Congo et la disparition des abeilles) ? Peut-on continuer à payer des impôts et ainsi cautionner toutes les horreurs et infamies qu’ils contribuent à financer – ainsi les trop ordinaires expéditions guerrières ? Peut-on continuer à rouler en voiture quand on connaît tous les dégâts que l’automobile provoque – pillages et guerres pour le pétrole, destruction de notre santé, de notre cadre de vie, du climat ? Peut-on continuer à travailler dans une usine générant une énorme pollution, et plus généralement à occuper un travail nuisible à la société telle qu’on la voudrait ? Peut-on continuer à se fournir en électricité auprès d’EDF quand celle-ci est produite essentiellement par la si nocive énergie nucléaire – véritable bombe à retardement et elle aussi cause de guerre (cf. rôle de l’uranium dans l’intervention française au Mali)? Peut-on continuer à fréquenter les super et hypermarchés et ainsi cautionner le fait qu’ils sous-paient les agriculteurs et les acculent à la misère et parfois même au suicide ? Peut-on continuer à acheter des aliments industriels trafiqués, et ainsi mettre en danger notre santé et contribuer à dévaster l’agriculture paysanne ? Peut-on continuer à utiliser Google, Facebook quand nous savons désormais jusqu’à quel point ils sont les bras armés d’un immense réseau de surveillance ? Et caetera.

On ne peut assurément pas s’en tenir à la protestation et à des vœux pieux, et croire que les saloperies que nous nourrissons finiront par être anéantis par je ne sais quel pétition ou action d’un quelconque gouvernement de changement. Personne ne construira cette société meilleure à notre place.

Nous devons, comme Gandhi, cesser de croire aux « rêveries de systèmes si parfaits que plus personne n’a besoin d’être bon », cesser de croire que l’on pourrait construire un monde juste avec des moyens injustes, et prendre nos responsabilités.

Nous voulons une société juste ? Une société solidaire ? Alors soyons justes, soyons bons, soyons bienveillants, dès maintenant et sans repos. Alors comportons-nous avec les autres comme nous voudrions qu’ils se comportent avec nous. Alors rompons radicalement avec notre satané égoïsme, « vivons simplement pour que chacun puisse simplement vivre » (Gandhi) et renonçons à tout confort, toute jouissance bâti sur la souffrance, l’esclavage et le vol d’autrui. Alors prenons comme principe que « mon morceau de pain ne m’appartient que si je sais que chacun a le sien » (Tolstoï) et profanons l’argent – ce passeport pour l’universelle rapacité – par le don et le partage ; dans un monde miné par l’égoïsme et l’indifférence, le moindre comportement altruiste est mille fois plus révolutionnaire que n’importe quel discours ou proclamation d’un professionnel de la révolution.

Nous voulons une société sans violence ni domination ? Alors soyons résolument non-violent, sachons désobéir, y compris à notre propre tentation de vouloir imposer nos volontés aux autres

Nous voulons une société respectueuse de l’environnement – du vivant ? Alors cessons incessamment de participer à sa destruction et renonçons à notre « confort » matériel – n’utilisons plus de téléphone portable, ne roulons plus en voiture, ne prenons plus l’avion, etc.

Cette non-collaboration au mal implique aussi de s’organiser en marge, individuellement et collectivement, de conquérir son autonomie, afin de ne plus alimenter un régime économique aussi absurde que criminel – de ne plus vivre de l’esclavage d’autrui et de la dévastation de la Création, de ne plus avoir à passer par la médiation aliénante de l’argent, d’enrayer la machinerie qui permet le vol des fruits de notre travail par une minorité de parasites et institue leur toute-puissance, de ne plus avoir à dépendre de ces industries, services, monopoles qui nous dépossèdent et nous déshumanisent toujours plus ; afin de nous libérer de cette mainmise étatique – dont la puissance est toujours égale à notre passivité – et de reprendre cette maîtrise sur nos vies qui seule nous rendra notre humanité – afin de pouvoir créer, inventer de nouveaux modes d’existence, d’enfin faire vivre cet autre monde. (« Il n’y a qu’une façon de liquider les dirigeants, c’est de briser la machinerie qui les rend nécessaires » disait Ivan Illich)

Bien entendu, il ne s’agit pas ici de s’illusionner et de croire que nous pourrions tout contrôler, que nous pourrions accéder à une quelconque perfection : nous ne sommes évidemment que des êtres humains, avec nos faiblesses et notre inéluctable cortège d’erreurs. Il n’en reste pas moins que nous sommes tous capables, en faisant appel à notre réflexion et à ce qui a de meilleur en nous, d’éliminer tous ces réflexes et habitudes qui nous perdent et de faire évoluer positivement notre comportement.

Il n’y a de révolution qu’intérieure. Et cette révolution, nous pouvons réellement la commencer dès maintenant, si nous en avons la volonté et le courage.

* * * * *

Complété par ces lignes-là :

« C’est à nous de faire pencher la balance pour un Monde meilleur….
Beaucoup d’entre nous, bien que favorables à ce changement de monde, pensent que nous ne sommes pas assez nombreux pour avoir un quelconque impact. Cependant, on peut se rendre compte, à travers l’histoire, que toutes les « révolutions » sont nées d’un homme ou d’un petit groupe de citoyens déterminés. Alors, par le principe, en accord avec la physique quantique, que nous sommes tous reliés les uns aux autres, il est possible de « faire pencher la balance »

Proverbe chinois :« Un flocon de neige ne pèse rien, mais quand des milliers de flocons de neige s’abattent sur une branche de cerisier, alors la branche plie et casse ».

L’Humanité ne peut s’épanouir et survivre en détruisant son environnement. C’est pourquoi le chemin d’un monde meilleur passe absolument par des démarches environnementales vertueuses. Sauvegardons ce qu’il nous reste de notre nature, faune et flore. Préservons nos ressources non renouvelables. Bâtissons notre vie autour d’une consommation responsable et pérenne.

Il s’agit de totalement révolutionner notre mode de vie. Cela paraît insurmontable aux yeux de la majorité des Hommes. Il ne faut cependant pas oublié que notre civilisation a connu de multiples révolutions depuis des millénaires. Engageons dès aujourd’hui la prochaine révolution de l’Humanité.

Alternative pour le changement « 

Réponse à l’article sur la participation gaullienne de Luc Bouchinet de DLR, du 22-12-2012

L’article de Luc Bouchinet auquel je réponds dans le billet ci-dessous, est accessible ici :

https://vivelasixiemerepublique.wordpress.com/2012/12/18/la-participation-une-ambition-sociale-et-morale-gaullienne-par-luc-bouchinet

Voici un article très intéressant pour le Républicain que je suis. Tellement intéressant, tellement raisonnant aussi à mes oreilles, à mon esprit au regard de l’époque que nous vivons, que j’ai décidé d’y répondre.

Bien que je sois un militant du Parti de Gauche (depuis près de quatre ans), ou plutôt peut-être même, paradoxalement, parce que je suis un militant du Parti de Gauche, je me retrouve dans l’essentiel de ce texte. À quelques nuances plus ou moins importantes près que je vais présenter plus loin…

Il ne me surprend pas de constater de telles convergences  entre les « Gaullistes », j’entends les vrais, pas les guignols actuels de l’UMP qui osent encore, pour certains tout du moins, se dire « gaullistes » et qui sont parfois définis comme tels par les médias. Ce n’est pas aux fossoyeurs du gaullisme que furent les principaux leaders du RPR des années 90 (Philippe SÉGUIN et deux ou trois autres mis à part évidemment) que je pense. Ce n’est pas aux traîtres du gaullisme que sont les leaders de l’UMP des années 2000 que je pense. Non, je parle bien des gaullistes authentiques, ceux de Debout La République, ceux qui ont choisi de suivre et de soutenir Nicolas DUPONT-AIGNAN. Je pense aux gaullistes du type de ceux qui, à l’instar de Laurent PINSOLLE, savent être modernes tout en étant gaullistes car seuls les ignorants croient que ces deux termes sont antinomiques. C’est à ceux qui savent aimer et défendre la nation française sans haïr les autres, dans l’esprit de cette belle plume d’Ernest RENAN qui expliquait que « le patriotisme était l’amour des siens quand le nationalisme était la haine des autres » que je pense… Ces gaullistes-là, je les lis, je les suis, avec intérêt, et je ne cesse pas de constater de nombreuses convergences. Ce qui ne signifie pas que je me définisse comme gaulliste, même pas comme « gaulliste de gauche » car il existe aussi bien sûr pas mal de sujets de divergences, de points de désaccord, de terrains de mésentente. Ceux-ci sont suffisants pour écarter l’étiquette « gaulliste » pour me présenter. Ce qui ne signifie pas non plus que j’hésite entre deux orientations politiques. J’ai fait mon choix il y a des années et jamais je n’ai eu, depuis quatre ans, de raison d’en avoir honte ou de vouloir me déjuger. Si j’ai choisi le PG, ce n’est pas par caprice ou par humeur d’un jour mais suite à une longue et intense réflexion nourrie de bien des lectures. Mais on peut être déterminé, sûr de ses choix, bien en phase avec soi-même si j’ose dire, et être également ouvert aux autres, curieux de ce qui se dit ailleurs, voire intéressé par les discours et les actes de ceux qui se rapprochent de nous quand bien même ils ne font pas partie de nos alliés politiques… Ca a toujours été mon état d’esprit et ça le restera.

Donc, sans aller jusqu’à dire que les désaccords entre vous et moi, sont anecdotiques ou sans importance, je suis très souvent heureux de constater que sur ce qui est le plus fondamental à mes yeux, eh bien, nous ne sommes pas si éloignés les uns des autres que cela. Je dis « nous » mais ce n’est qu’une façon de parler car je n’engage personne d’autre que moi quand je parle et que j’écris. Je suis du PG mais mon parti ne saurait se trouver engagé d’une quelconque manière par mes « amitiés », mes affinités, mes proximités philosophiques, idéologiques, politiques. Je suis un citoyen libre et je parle comme j’écris en cette qualité. Libre et engagé, ce qui n’est pas antinomique.

Je ne suis pas « gaulliste » dans la mesure où je suis politiquement épanoui au sein du Parti de Gauche. Il n’en demeure pas moins que je conserve un profond respect envers la personne et l’œuvre du Général. Ce respect ne m’empêche pas de critiquer une partie de son œuvre dans laquelle je ne me retrouve pas ou ne me retrouve plus maintenant que j’ai goûté à d’autres plaisirs (je pense par exemple, mais pas exclusivement, à la question des institutions de notre République). Mais bien que je sache faire preuve de sens critique à l’encontre de cette auguste personne de notre Histoire, je lui conserve, une certaine admiration. Pour ce qu’il a apporté à notre pays et pour la manière, noble, qui fut la sienne d’exercer le pouvoir.

Oui, il ne fut pas pour rien, même s’il ne fut pas le seul, à contribuer à sauver l’honneur de la France et de notre peuple, à lui maintenir – ou plutôt à lui restaurer – sa place et son rang dans l’Histoire, à lui rendre son indépendance et sa souveraineté d’abord, à la maintenir ensuite, face à tous nos adversaires qui auraient tant voulu voir la France devenir durablement – pour ne pas dire définitivement – vassale d’autres puissances. Il ne fut pas pour rien non plus, même s’il ne fut pas le seul, à participer au « redressement » de notre pays d’abord, à faire de lui une grande puissance ensuite, et même, à le faire, par certains aspects, l’égal des plus grands. Comment ne pas nous souvenir, en ces temps qui perdurent depuis trois décennies où la « crise » est devenue une caractéristique permanente de notre vie économique, sociale, politique, morale… que, lorsque DE GAULLE fut Président de la République française, la France connut un essor remarquable et retrouva un prestige peut-être inégalé, et ce en quelques années à peine. Comme le dit celui que je peux qualifier de « camarade » sans le connaître personnellement, à savoir Jacques GÉNÉREUX, l’économiste-anthropologue du Parti de Gauche (mais qui a une autorité dépassant très largement les frontières de ce mouvement politique) NOUS ON PEUT ! Et quand il dit cela, il signifie bien sûr que NOUS, le Parti de Gauche, NOUS, le Front de Gauche, nous pouvons, mais ces propos ont une portée bien supérieure car il dit aussi en même temps que NOUS, le peuple français, nous pouvons car nous avons déjà montré au monde que nous pouvions…sous les années DE GAULLE notamment, et parce que NOUS LE VOULONS! Le sous-titre de son livre était « Pourquoi et comment un pays peut toujours faire ce qu’il veut face aux marchés, face aux banques, face aux crises, face à la BCE, face au FMI… ». Le Général ne dirait pas autre chose aujourd’hui, et d’ailleurs n’a pas dit autre chose hier quand lui était à la tête de notre pays… « La politique de la France ne se fait pas à la corbeille », ce célébrissime extrait d’une de ses conférences « à » la presse, illustre à peu de mots toute cette indépendance d’esprit et de politique quand tant d’autres se couchent sans combattre, soit que la soumission constitue une des caractéristiques de leur patrimoine génétique, soit que les volontés de nos ennemis ne les servent que trop bien eux-mêmes…

Outre ce profond respect, dont je parlais plus haut, en raison de son oeuvre, je le respecte aussi du fait de l’honorabilité de sa conduite, de sa tenue en public, quand, en son temps déjà, tant de ses contemporains, mais surtout, depuis sa disparition, tant de ses successeurs ou de ceux qui aspirent à le devenir, ne sont que de vulgaires arrivistes, intéressés personnellement au « gâteau » politique, peu estimables pour certains, méprisables pour d’autres, « des politiciens au rencart qui ne pèsent pas plus que leur poids qui n’est pas lourd » comme il le dit lui-même à l’occasion d’un de ses discours  les plus enflammés!  Sur le premier aspect de ce sujet, me vient à l’esprit ce que l’on sait par exemple quant aux dépenses personnelles de la Présidence de la République. Quand un DE GAULLE payait lui-même, sur ses ressources personnelles, certains frais de fonctionnement, certains de ses successeurs à moins que ce ne soit tous, se gobergent très chèrement aux frais de la République. Quand au second aspect de ce sujet, on pourra constater à quel point on a dévissé lorsqu’on regarde un DE GAULLE puis un CHIRAC en tenue d’Adam au fort de Brégançon ou un SARKOZY au salon de l’agriculture, sur la dalle d’Argenteuil, à la tribune du Congrès des États-Unis ou dans la datcha de POUTINE… En cherchant bien, je trouverais sans doute sans trop de peine, de nouveaux exemples relatifs au Président actuel.

Ce qui va suivre est une contribution, toute personnelle, d’un militant de base de la Gauche, qui n’en a pas moins, chevillée au corps comme vous, l’amour de sa « patrie républicaine » comme le dit Jean-Luc MÉLENCHON. Je suis aussi internationaliste sans que cela ne me fasse « désaimer » la nation française…

nfin, je ne suis pas « communiste ». Peut-être parce que je « n’ai pas eu la chance d’avoir des parents communistes » ( :-D). Mais si je crois connaître et comprendre l’Histoire, je ne vois pas le PCF aujourd’hui, et plus largement le « communisme », comme des forces dangereuses. Bien au contraire. Là encore, avec des yeux ouverts, de l’honnêteté intellectuelle et une intelligence politique, on ne peut pas assimiler les drames historiques qu’ont porté ailleurs ce que l’on a appelé, bien à tort, les expériences du « communisme ». Ces expériences tragiques-là étaient aussi éloignées du communisme philosophique, qui n’était qu’un humanisme, que le néo-libéralisme de notre temps est éloigné de l’essence même du libéralisme philosophique. Je ne suis donc pas communiste. Pourtant, je regarde le communisme avec bienveillance, avec intérêt, avec inspiration. Et à quelques exceptions près, je regarde les communistes de ce 21ème siècle comme de vrais humanistes, pas comme de potentiels fossoyeurs de la liberté et des droits de l’Homme. Je ne suis en rien dérangé par le fait que PG et PCF travaillent ensemble alors même qu’on nous reproche parfois d’avoir œuvré pour créer puis développer ce rassemblement des forces de la Gauche anticapitaliste. Au-delà de nos divergences, nous avons un objectif commun et bien des voies pour y parvenir se réunissent. Connaissant les communistes du terrain pour les avoir rencontrés et pour avoir milité avec eux, à Nice notamment, je sais que, à quelques rares exceptions près, ce sont d’ardents patriotes, d’ardents républicains, d’ardents démocrates, d’ardents « partageux ». Il n’y a rien à craindre d’eux…à part pour les « casseurs de France », à part pour les « charognards » qui se nourrissent et se repaissent des malheurs de la France, à part pour les exilés fiscaux qui, après avoir fait leur richesse grâce à nous, s’en vont mettre « notre » argent devenu le leur dans des lieux où il ne nous est plus accessible. Il n’y a rien à craindre d’eux, à part pour les destructeurs de services publics, à part pour les « diviseurs de peuple » ! Si, en son temps, gaullistes et communistes ont travaillé ensemble, ce n’est pas QUE le fruit de l’Histoire… C’est parce que, au-delà de leurs différences, ils avaient beaucoup de positions communes et celles-ci étaient d’autant plus éclatantes qu’elles s’opposaient à celles de tous les autres, qui étaient eux aussi ensemble mais ensemble contre la France. Rappelons-nous qu’en 1940, si, comme l’écrivit Henri AMOUROUX, « 40 millions de Français étaient pétainistes », ce chiffre englobait tous les corps constitués, toutes les institutions, tous les pouvoirs de l’État, tous les symboles, tous les « établis », tous les « sachants »… Oh qu’elle était belle pour eux cette « divine surprise » de 1940….

C’est donc bien sûr ce contexte historique qui a donné la base de l’alliance entre communistes et gaullistes et qui a édifié le modèle social du CNR lequel a vécu pendant trois décennies. Et qui, sans aller dire qu’il a rendu «heureux » le peuple français, a au moins offert à celui-ci un vrai progrès, à la fois puissant, continu et partagé. Parce que, pour faire simple, tous ceux qui, en France, avaient du pouvoir sinon « le » pouvoir, et de l’influence, en 1939 et 1940, puis de 1940 à 1944, se sont corrompus et soumis à l’ennemi, et que, pour cette raison, ils ont été éjectés, à la Libération, du paysage politique, économique et social français, nous avons pu édifier, grâce au compromis qui s’est noué lors de cette libération, les bases de ce qui allait être une des gloires de notre peuple, travail inachevé qui aurait dû être parachevé dans les décennies suivantes mais qui, tout au contraire, a été peu à peu démantelé par un de ces cruels retours en arrière que l’histoire connaît de temps en temps.

Mais nous savons comment et pourquoi ces heures de gloire et de progrès ont pris fin. Nous n’ignorons plus pourquoi et comment ce modèle social est devenu cette fiction qu’il est aujourd’hui. Nous sommes conscients des raisons profondes qui sont à la base de son démantèlement. Et c’est bien parce que nous avons tout cela à l’esprit que tant d’entre-nous rêvons d’un nouveau CNR… Ou disons plutôt que tant d’entre-nous rêvons de voir renaître l’esprit du CNR et rêvons de reconstruire cette œuvre politique qui a été si cruellement frappée et si méticuleusement déconstruite.

Pour en venir au fond

La participation. Oui, incontestablement, une grande idée du Général. Sans doute même une des plus fulgurantes qu’il ait eue. Une prescience ! Une intuition géniale ! Une autre preuve que cet homme qui était déjà un géant de notre Histoire, n’était pas un politique ordinaire…

Nous pensons très souvent en fonction de nos pré-requis. Je veux dire que nos raisonnements reposent presque toujours sur notre éducation, sur ce que l’on a appris, sur ce qu’on a lu, entendu, accepté ou rejeté, digéré, recyclé, intériorisé ou au contraire évacué au gré des étapes de notre vie. Et il est préférable d’avoir été ouvert et curieux jusques et y compris aux thèses de nos adversaires, ne serait-ce que par esprit « scientifique », bien connaître pour mieux critiquer, pour cibler avec plus de précision et donc plus d’efficacité. Autant une  pensée fulgurante peut-elle s’exprimer en partie ex nihilo, autant elle ne peut vraiment être fulgurante que si elle connaît l’existant et en tire une analyse pour le dépasser ou créer du neuf. La fulgurance résulte justement de cette apparente contradiction.

DE GAULLE fut donc intellectuellement et politiquement construit, comme vous le dîtes, par ces auteurs à la fois catholiques sociaux et socialistes non marxistes. C’est bien ce qui l’amena à être un puissant théoricien et metteur en pratique de l’inaccessible 3ème voie…mais qui ne fut pas aussi inaccessible que cela quand lui-même présida aux destinées de la France.

Ceci dit, je ne me situe pas vraiment moi-même dans cette mythique 3ème voie car, inspiré notamment (largement mais pas exclusivement) de Jacques GÉNÉREUX que je citais plus haut, je crois, avec lui, à l’indispensable rejet du capitalisme et de l’étatisme bureaucratique, mais aussi au nécessaire dépassement de cette 3ème voie pour rechercher une 4ème voie, ce qu’il appelle lui-même la voie du progrès humain et qu’il a si brillamment développé dans sa trilogie littéraire : La Dissociété – L’Autre  Société – La Grande Régression-À la recherche du progrès humain.

Vous écrivez que DE GAULLE reprochait au capitalisme et au communisme de « diviser la nation ». Nous sommes d’accord, vous et moi, sur cette fondamentale caractéristique du capitalisme. En revanche, je ne vous suis pas sur l’assimilation que vous faîtes, après lui, sur ce point entre capitalisme et communisme. Je pense même que c’est une grosse erreur que d’estimer que le communisme « entretient » la lutte des classes. La lutte des classes est un fait que DE GAULLE lui-même, et vous le rappelez, a constaté et dont il a pu dénoncer les causes et les effets. Mais affirmer que le communisme l’entretient, c’est un peu, voire beaucoup, faire reproche à la victime de se défendre un tant soit peu face à son ennemi qui la méprise après l’avoir opprimée, martyrisée, exploitée, esclavagisée… Ce n’est pas le communisme qui entretient cette lutte à son profit (j’aimerais que vous me disiez alors lequel ?), mais bien ceux qui l’organisent. Or ceux qui l’organisent justement me semblent être les capitalistes et, cette fois, c’est vraiment à leur profit à eux seuls… Vous n’ignorez sans doute pas la saillie de Warren BUFFET sur ce sujet précisément… Ce n’est pas parce qu’il l’a dit que c’est vrai mais tout le monde voit bien que ce qu’il a dit est vrai et il a eu, lui, l’honnêteté de reconnaître qu’ « il y a bien une lutte des classes » et que « c’est la sienne, celle des riches et des puissants, qui est en train de la gagner »…

Vous dîtes, comme DE GAULLE, que ce concept est « dépassé ». Il a pu l’être en son temps car l’économie qui était alors celle de la France et de bien d’autres pays d’Europe et du monde, était une économie capitaliste largement tempérée de « socialisme ». Certains pouvaient alors dire qu’on bénéficiait des apports fructueux à la fois du libéralisme et du communisme, le tout mixé dans un système qui en aurait fait la synthèse… HOLLANDE faisait-il alors ses armes idéologiques avec sa chère synthèse? Non, je plaisante évidemment… Moi-même, je ne suis pas loin de penser que cette période dite des Trente Glorieuses exprimait assez bien ce compromis ou cette synthèse entre deux forces philosophiques et politiques contraires. Nous avons connu alors un vrai progrès continu et partagé si j’ose dire.

Mais il ne vous aura pas échappé que les temps ont changé ! Ce que nous vivons aujourd’hui, depuis presque trois décennies, a changé de sens et les analyses d’alors ne sont plus valables pour qualifier « notre aujourd’hui ». La lutte des classes qui avait été, sinon enterrée, du moins très largement contenue, a repris une acuité inimaginable. Ce n’est pas le peuple, ce n’est pas la « classe laborieuse » qui l’a fait renaître, c’est bel et bien la classe dominante qui a décidé de sortir de la case contrainte dans laquelle l’Histoire des années 30 et 40 l’avait enfermée. Nous avons cru, naïvement, que cela perdurerait. Nous avons détourné le regard de certains signes avant-coureurs de ce retour en force des capitalistes ou plutôt des pires capitalistes. Nous avons très longtemps nié ce nouveau cours de l’Histoire. Nous avons refusé de contre-braquer  pour rétablir le bon cap. Nous avons laissé, peu à peu, ces capitalistes reprendre pied partout, dans les entreprises bien sûr, mais aussi dans l’État, dans les collectivités locales, dans les medias, dans les contre-pouvoirs, dans les corps constitués d’où ils avaient été évacués avec force à la Libération suite à leurs compromissions avec l’occupant nazi. Et une fois dans la place, ils ont commencé à œuvrer pour « rétablir leurs droits » et donc à saper notre modèle social, notre démocratie, notre République. La lutte des classes est de nouveau brûlante d’actualité. Il serait idiot de le nier. En revanche, sans doute pouvons-nous être intelligents dans notre manière de réagir et dans les choix à mettre en œuvre pour « reprendre le pouvoir » et pour le rendre au peuple.

Vous dîtes ensuite que cette lutte des classes est néfaste. Évidemment qu’elle l’est puisque elle divise le corps social et que, ce faisant, elle empêche son « harmonie ». Mais au-delà de cet aspect « macropolitique » ou « macrosocial » qui est très dommageable à notre pays et à notre peuple, la lutte des classes est néfaste du fait même des souffrances individuelles immenses qu’elle entraîne. Mais est-ce la lutte des classes en elle-même qui est un danger ? Ne sont-ce pas plutôt les causes de celle-ci qui sont à mettre en accusation ? La lutte des classes est, à mes yeux, bien davantage la qualification d’un  état de fait qu’une des deux parties à la lutte subit de la part de l’autre que le nom d’un combat que chacun des deux « camps » se plairait à mener, sauf, là encore, à expliquer que le camp principalement victime de cette guerre des uns contre les autres serait coupable parce qu’il refuserait de se faire massacrer. Nous avons eu bien des martyres parmi nous au sens où tant et tant d’êtres humains ont souffert et ont succombé aux coups de nos ennemis mais il n’a pas été fréquent pour autant que ces victimes se soient offertes à l’ennemi. Même si nous avons, ça et là, des exemples de cette bravoure : des combattants qui ont marché devant et pris des coups avant de tomber sous le feu nourri de l’ennemi, afin de servir l’intérêt général, en ayant porté un peu plus loin notre parole et nos espoirs, parfois aussi nos positions.

 Donc, nous pouvons nous rejoindre peut-être sur l’idée qu’il est urgent de mettre un terme à cette lutte des classes. Mais tout dépend de savoir comment ! Et je dirais à titre de réponse, et pour filer la métaphore juridico-militaire, si et seulement si, l’armistice, puis le traité de paix entre les deux classes, se fait avec des conditions qui ne soient pas scélérates. Si les clauses de ces accords posent des règles justes, si ces clauses inscrivent dans le marbre puis se donnent les moyens juridiques de défendre la liberté, l’égalité, la fraternité, la justice, la laïcité de l’État et des institutions publiques, la souveraineté du peuple, la concorde civile, l’esprit de paix, alors oui, nous serons pléthore à signer ces accords puis à les appliquer, à les défendre. Mais si, au contraire, se trouvent insérées dans ces accords, des clauses léonines, des armes de guerre des puissants contre le peuple, alors nous ne pourrons accepter de faire taire nos armes.

Le communisme a eu cette intelligence de trouver que la meilleure voie d’une paix durable entre les classes était dans le partage, dans la justice, dans l’humanisme, dans la socialisation des richesses et des moyens de production. Car après tout, une « entreprise » est une relation tripartite entre celui ou ceux qui amènent du capital, celui ou ceux qui dirigent (et qui peuvent aussi parfois être ceux qui, en partie ou en totalité, ont apporté le capital) et ceux qui font fonctionner concrètement cette entreprise. Il n’y a donc aucune raison valable à ce que l’une de ces trois parties domine les deux autres ou plutôt que deux de ces trois parties ne s’accordent ensemble pour dominer la troisième, voire, pour le dire encore autrement – et pour bien mieux qualifier l’entreprise d’aujourd’hui, en tout cas la grande entreprise – pour que l’une des trois parties (la direction) ne soit que l’exécutant docile, discipliné, robotisé et parfois très intéressé lui-même, de celle des trois (l’apporteur de capital) qui, de loin, impose toujours plus de sacrifices et de souffrances à la troisième, la masse laborieuse qui donne vie chaque jour à cette entreprise. Les chefs nous disent que sans eux, l’entreprise ne survivrait pas. Nous disons que l’on peut très bien faire sans eux mais qu’en revanche eux ne peuvent rien faire sans nous !

Alors une forme de pensée très généralisée fait sienne la thèse selon laquelle le communisme, chaque fois et partout où il fut appliqué, s’est révélé nocif pour les droits et libertés, « omniprésent et bureaucratique, niant l’initiative individuelle » comme vous le relevez vous-même. Je ne ferai pas ici la démonstration que ces expériences tragiques n’étaient pas du « communisme » mais bien un détournement de celui-ci. Ce n’est pas parce que ces expérimentateurs de malheur ont prétendu eux-mêmes être des communistes que cela était la réalité. Ce n’est même pas parce que leurs suiveurs, leurs soutiens et leur soldatesque croyaient, de plus ou moins bonne foi,  servir la cause communiste que leurs turpitudes devenaient de facto les actes du « communisme » appliqué. Bien des auteurs ont écrit sur ce sujet, à charge et à décharge. Il n’est pas ici dans mon propos de relativiser les fautes des uns et l’aveuglement des autres. Mais de rappeler que l’essence du communisme ne réside pas dans ces expériences-là. Il est pour moi – et je m’inscris dans une longue lignée d’auteurs – aussi impropre de soutenir que le communisme, en tant que pensée philosophique, économique, politique, sociologique,  porte en lui la tragédie soviétique et toutes ses copies plus ou moins fidèles, que d’affirmer que le libéralisme tel qu’il a été pensé par les philosophes des Lumières porte en lui les drames du capitalisme.

« Le communisme rejette l’idée nationale au profit d’un internationalisme prolétarien » affirmez-vous. Je ne le crois pas. Vous confondez esprit internationaliste et rejet de l’idée nationale alors même que ces deux idées, loin de s’opposer, se conjuguent en ce sens que l’une nourrit l’autre et chacune empêche l’autre de perdre pied. L’internationalisme permet à « l’idée nationale » de ne pas dériver vers le nationalisme. L’idée nationale, pour sa part, permet à l’internationalisme de ne pas se muer en une forme de religion, sans doute très belle en ce sens qu’elle serait celle de l’être humain, mais qui ne reposerait pas sur des bases sociales autres que fictives, en tout cas de nos jours. Là encore, je vois bien plus une synthèse qu’une confrontation.

 « L’État bureaucratique et omniprésent » que vous dénoncez fut hélas une réalité et je la dénonce vivement. Mes camarades du PG également. Bien des communistes de notre temps ne sont pas les moins offensifs dans cette critique. Si vous écoutez ce que nous disons, si vous lisez ce que nous écrivons les uns et les autres, vous constaterez sans peine que nous ne visons pas à reproduire les schémas antérieurs. La « bureaucratie » n’est pas notre opium. Nous recherchons et aspirons à une démocratie pleine et entière qui s’exerce toujours et partout, dans la vie politique il va sans dire mais également dans la vie sociale, culturelle, économique. C’est par le biais de cette démocratie que l’État sera jugé digne de mettre en œuvre la force de la loi et légitime à user de la contrainte publique. Parce que dans la démocratie telle que nous la concevons, celle de la 6ème République, nous en reviendrons à ROUSSEAU. La loi sera bien, enfin !, pas seulement en théorie juridique, mais aussi dans la réalité concrète, « l’expression de la volonté générale ». Nous en reviendrons aussi à la philosophie de ces auteurs qui avaient pensé le « contrat social » sans avoir jamais vraiment pu le constater conclu dans la réalité.

« Le collectivisme nie l’initiative individuelle » dîtes-vous. Il est indéniable que vous avez raison si l’on en juge par les expériences du communisme à la soviétique. Mais, là encore, notre collectivisme à nous n’a plus grand chose à voir avec ce qu’il fut en URSS. Le Gosplan, ça n’est pas exactement notre ligne de conduite. Nous parlons d’ailleurs plutôt de socialisation pour dire que nous n’aspirons pas tant à une prise de contrôle par l’État perçu comme un « Léviathan » qu’à l’État comme un puissant outil au service de tous, géré dans l’intérêt général, sous le contrôle permanent du souverain, le peuple, seul détenteur de la légitimité, en démocratie, à fixer des règles qui s’imposent à tous, selon puissants ou misérables, pour démentir enfin à la fois et LA FONTAINE et Michel SARDOU !

Quant à l’aspect bureaucratique, il est insupportable pour le citoyen quand il s’apparente à un système technocratique froid, inhumain, inaccessible, incompréhensible pour la masse des citoyens. Il est incompréhensible quand il impose à tous des obligations, qu’il fixe des interdictions, qu’il met des situations sous le joug de normes que le peuple ne comprend pas, dont on cherche parfois l’intelligence, la pertinence, l’utilité, dont on perçoit  assez communément aussi, trop souvent, la stupidité, l’innocuité voire la nocivité. Mais quand ces règles, prescriptives ou prohibitives, répondent à un besoin commun, qu’elles ont pour objet et pour nature de satisfaire l’intérêt général, qu’elles sont conçues, adoptées, puis mises en œuvre, avec intelligence, avec souplesse ou au contraire avec fermeté lorsque c’est nécessaire, lorsqu’elles sont expliquées à tous avec la pédagogie requise, lorsqu’elles ne sont pas seulement l’outil permettant à quelques-uns d’imposer leur loi à tous les autres, alors ces règles sont utiles, indispensables même. Et le monde étant ce qu’il est, la démocratie directe au sens où elle se pratiquait dans la Grèce et dans la Rome antique, cette démocratie de l’agora, n’étant plus envisageable de nos jours, l’existence d’une bureaucratie et d’une technostructure ne peuvent être évitées. Mais celles-ci ne doivent pouvoir agir qu’en accord avec le pouvoir politique et surtout avec le peuple. Ceci entraîne un certain nombre de conséquences pratiques. Nous y reviendrons abondamment dans les temps à venir.

Il est satisfaisant de constater qu’une fraction du peuple que vous représentez et incarnez considère, comme nous, que vous avez bien conscience que « le capitalisme livre l’État aux féodalités, aux puissances d’argent », que ce système honni par DE GAULLE « ne profite qu’à un tout petit nombre détenant les moyens de production au détriment de l’intérêt général », qu’il « aliène les travailleurs et leur ôte toute dignité ». Nous ne disons pas autre chose.

Vous expliquez que la participation telle que la concevait le général DE GAULLE, en « associant les travailleurs à la marche de l’entreprise est avant tout une remise en cause du salariat tout autant que de la condition de prolétaire ». Nous voici donc très proches les uns des autres, si ce n’est dans les moyens de parvenir à un objectif, du moins dans un but commun. Il ne vous aura pas échappé en effet que dit comme vous l’avez exprimé ci-dessus, vous et nous caressons le même dessein mais divergeons sans doute sur les voies qui permettront d’atteindre cet objectif. J’aurais tendance à penser que cette divergence d’options n’a pas beaucoup d’importance quand les finalités, elles, sont partagées. Cette pensée participative que vous reprenez à votre compte, en rappelant l’apport de René CAPITANT, qui était un de ces « gaulliste de gauche », n’est peut-être finalement qu’une autre dénomination d’une politique semblable, à ceci près toutefois que lorsque vous aspirez à ce que « la collectivité des travailleurs se confonde avec celle des employeurs de telle sorte que chacun dépende, en définitive, de lui-même tout en se trouvant associé à une œuvre collective », nous souhaitons nous, non pas « confondre » les uns et les autres mais libérer, émanciper complètement, ceux qui, de tout temps, ont été les serviteurs et les exploités, quand d’autres ont été les maîtres et les exploiteurs. La nuance n’est pas anecdotique ni accessoire. Il ne s’agit pas pour nous de substituer une nouvelle oppression à une ancienne, en inversant simplement les rôles et les positions des uns et des autres, mais de faire en sorte que les puissants d’hier ne soient plus les maîtres mais seulement une des parties dont les droits en effet soient égaux à ceux des autres parties. Alors nous pourrions dire, comme vous le faîtes, que les « apporteurs de travail » auraient des droits égaux à ceux des « apporteurs de capitaux » et nous pourrions sans doute nous rassembler sur cet objectif que vous évoquez de « transformer les travailleurs en co-gestionnaires et co-propriétaires » de l’entreprise. Car lorsque nous développons l’idée selon laquelle les salarié-e-s doivent se voir reconnaître un droit de veto aux décisions du conseil d’administration, nous proposons un début de « participation ». Lorsque nous appelons à réformer les institutions sociales pour que désormais les salarié-e-s ne soient plus comme des mineurs sous tutelle de parents autoritaires, injustes, égoïstes, bien peu prévenants, nous participons de cette logique de libération et d’émancipation de l’être humain dans l’entreprise. C’est la participation mais dans une version poussée plus loin. Je ne doute pas que vous pourriez soutenir vous-même ce genre de propositions.

D’ailleurs, lorsque poursuivant votre argumentation, vous expliquez que « les mérites d’une telle organisation du travail sont nombreux puisque la participation n’ôte pas aux travailleurs le goût de se battre dans la mesure où elle consiste notamment à partager aussi bien les responsabilités que les bénéfices ou les pertes éventuelles »,  nous pouvons relever qu’il en irait de même avec notre propre logique plus radicale. Par ailleurs, je ferais remarquer que les travailleurs sont très souvent compétents dans leur domaine d’activité, qu’ils sont très souvent responsables, contrairement à ce que d’aucuns prétendent et répètent à l’envi, qu’ils ne craignent pas, lorsque c’est nécessaire, de prendre leurs responsabilités quitte à assumer eux-mêmes, collectivement, la direction de leur entreprise. Nous voyons se multiplier ces dernières années ce genre d’initiatives responsables lorsque les capitalistes se comportent, eux, en voyous irresponsables. Les exemples abondent jusque dans l’actualité la plus récente… Qui soupçonne ou accuse les travailleurs d’être irresponsables ? Qui prétend que ces derniers ne cherchent que la facilité, le confort, les situations acquises ? Qui ne cesse de dire, en contradiction avec la réalité la plus criante, que les travailleurs n’ont pas le goût de se battre ? Pas les gaullistes je le sais bien. Mais les capitalistes, toujours eux, encore et encore ce discours des bien nés, des gavés, des repus, de ceux qui, selon la formule de BEAUMARCHAIS dans sa jouissante et insolentissime pièce Le Mariage de Figaro, « s’étaient donné la peine de naître » sans avoir aucun mérite à offrir. Trop souvent, on nous fait la leçon en nous expliquant, avec dédain, avec mépris, avec morgue, avec arrogance, que l’effort doit payer, que le travail mérite récompense, que ceux qui gagnent beaucoup ont beaucoup travaillé. Mais ces principes-là ne valent toujours que dans un seul sens. De qui se moque-t-on ? Lorsqu’il s’agit de récompenser par millions, voire par dizaines ou centaines de millions annuels, les quelques-uns qui ont « bien » dirigé une entreprise, qu’ils lui ont fait gagner beaucoup, il est légitime de les récompenser à la hauteur de ces gains. Voilà le discours bien connu. Or ce discours-là souffre de deux défauts rédhibitoires :

–          d’une part, seuls ceux d’en haut touchent, en pratique, les « fruits » de leur « travail ». Ceux d’en bas, comme d’ailleurs ceux « du milieu » n’en voient jamais, ne serait-ce que la couleur. Pourquoi donc ? Qu’est-ce qui justifie que le travail des uns soit récompensé et pas celui des autres ?  Nous le savons. C’est que ceux d’en haut ne sont pas tant récompensés pour leur « travail » ou pour leurs « efforts » que pour l’argent qu’ils ont fait gagner à « l’entreprise » comme ils disent. Mais, ce n’est pas l’entreprise qui a, dans leur pratique, gagné de l’argent, beaucoup d’argent, mais les actionnaires et patrons seuls. Les salarié-e-s n’ont jamais, ou si peu souvent, trouvé dans leur rémunération une quote-part de leurs propres efforts, de leur propre travail, ou infinitésimale. Des miettes microscopiques pour la masse quand ceux d’en haut obtiennent plusieurs très gros gâteaux. Il y a donc tromperie sur les mots et escroquerie sur la répartition de ces fruits pourtant si murs.

 –          D’autre part, la question mérite d’être posée de savoir d’où vient cet argent qui coule à très très gros flots ? Vient-il exclusivement du « travail » et des « efforts » de quelques-uns ? Ne vient-il pas du « travail » et des « efforts » de tous ? Par ailleurs, cet argent n’est-il que le résultat du « travail » et des « efforts » de l’entreprise pour se développer, pour « vendre plus » ? Ne vient-il pas aussi, largement des allègements massifs des impôts sur les sociétés, de la multiplication des aides financières et des avantages fiscaux de toute nature que l’État a concédés, ces dernières années, aux grandes entreprises ? N’a-t-il pas aussi pour source principale la réduction massive de la masse salariale ? Poser la question, c’est déjà y répondre dirait l’autre…

Pour revenir à votre texte, je suis assez étonné de lire chez vous ces clichés sur le communisme, qui serait « à l’état de ruine, délaissé par les ouvriers, ne survivant que par le vote de bobos en mal d’excitations ». Il semble là que vous vous êtes laissé allé à reprendre, sans avoir vérifié la justesse du propos, des accusations sans fondement de la « bulle », d’une certaine droite et de la pensée unique des puissants. Non, je suis au regret de vous dire que vous vous égarez. Le communisme, français tout au moins, n’est pas en ruine. Bien au contraire ! Il renaît. Il est même en plein développement comme en témoigne la vigueur du PCF depuis quelques mois. Revigoré en partie par le score de Jean-Luc MÉLENCHON candidat à l’élection présidentielle au nom du Front de Gauche avec le soutien du PCF mais renforcé aussi par son cheminement dans le Front de Gauche et par son afflux de nouveaux militants par dizaines de milliers, jeunes, actifs, associatifs, il est en pleine mutation. Sans doute qu’extérieur à lui, probablement peu intéressé par son avenir, vous n’avez pas perçu ces puissantes évolutions qui se dessinent quoique, je vous le concède, elles ne soient pas encore forcément perceptibles aux yeux de tous. Mais croyez-moi et n’hésitez pas à vérifier sur pièces et sur place par vous-même, en vous instruisant sur la question, le PCF ne ressemble pas du tout à l’image que vous dressez de lui. Ou alors il fait plus que bouger encore pour un parti que vous dîtes moribond.

Non, le PCF n’est pas non plus « délaissé par les ouvriers » même si quelques-uns ont peut-être choisi de se laisser mystifier par d’autres de l’extrême-droite ou d’ailleurs. Cela s’est toujours produit. Il y a toujours eu des ouvriers, des gens du peuple, pour voter contre leurs propres intérêts. Ces gens-là existent toujours. Ils sont en partie fautifs de ne pas être assez attentifs aux réalités. Mais je veux bien également reconnaître que la Gauche en général, la Gauche que nous incarnons au Parti de Gauche et dans les différentes composantes du Front de Gauche ou de la Gauche anticapitaliste en particulier, n’avons pas toujours su leur parler ou les convaincre. Ne pensez pas pour autant que les choix d’hier ou d’aujourd’hui de cette partie du peuple ouvrier demeureront toujours les mêmes. Nous oeuvrons pour les convaincre de revenir vers nous. Nous y arriverons sans doute dans l’avenir.

Enfin, si vous ne voulez pas être accusé de proférer de grosses bêtises, ne dîtes plus que le PCF ne « survit que par le vote de bobos en mal d’excitations ».  Peut-être bien que quelques bobos, en effet, se sont donné le mot de soutenir, dans telle ou telle élection, le PCF, le NPA, LO, pour des raisons qui ne tiennent en rien à leur souhait de voir mise en œuvre la politique préconisée par ces partis. Mais si tant est que cela existe, le phénomène doit être des plus anecdotiques. Il ne saurait être tenu pour règle générale. Ce genre de discours est une manière de tenir pour inexistantes les forces qui se réclament de ces partis. C’est non seulement insultant pour elles mais en outre tellement faux ! Les militants du PCF, comme ceux du Parti de Gauche dont je suis, pourront vous dire qu’il est ridicule et totalement à côté de la plaque de soutenir de telles affirmations. Pensez par vous-même, comme vous le faîtes assez bien par ailleurs. Etudiez la question en vous abreuvant à d’autres sources que celles qui prêchent ce genre de jugements si éloignés de la réalité.

Le dernier paragraphe de votre texte conclut sur une note lucide et optimiste. Vous estimez comme nous, que le capitalisme, outre qu’il est « impuissant à méconnaître les crises » (mais ne serait-il pas lui-même une crise en soi ?) « et à se réformer », emporte des « méfaits désormais connus de tout un chacun ». Vous citez entre autres exemples « les dégâts environnementaux et l’esclavage humain » en précisant bien que vous avez pleinement conscience qu’ « il ne s’agit que de la partie émergée de l’iceberg capitaliste » et que ce capitalisme se révèle « incapable de se moraliser ». Vous en tirez la conséquence que « toutes les conditions sont désormais favorables pour que la participation s’impose comme seule alternative sérieuse au capitalisme ». Vous avez, à mon sens, à la fois raison et tort. Vous avez raison quand vous considérez que le contexte actuel est propice à un abandon du capitalisme pour toutes les raisons que vous avez dîtes, et pour bien d’autres encore que vous n’avez pas eu, dans le court texte  que vous avez publié, le loisir d’évoquer mais que vous n’en avez pas moins à l’esprit, j’en suis certain, et qui doivent très largement recouper notre propre vision de la question. À l’inverse, vous avez tort, me semble-t-il, et je le dis sans arrogance comme sans acrimonie, lorsque vous dîtes que « le communisme est une impasse ». Ou vous avez raison si par communisme, vous entendez la pratique mise en œuvre dans les pays dits communistes. Mais vous avez tort si vous voyez du communisme du type de celui-là dans le projet « L’Humain d’abord » porté par le Front de Gauche à l’élection présidentielle de 2012 et par chacune des organisations constitutives de ce front à l’heure actuelle. Oh, certes, ce projet est incomplet. Il est sans doute imparfait. Il mérite incontestablement d’être amélioré, modifié, densifié, actualisé quelque peu. Mais il reste à mes yeux et aux yeux de presque tous les militants et sympathisants du Front de gauche, une des meilleures bases de travail pour avancer dans la voie que nous nous sommes fixée. Il semble aussi être perçu comme tel par quelques 4 millions de citoyens électeurs… Et ce nombre ne va cesser d’aller croissant, vous le verrez.

La participation, une ambition sociale et morale gaullienne – Par Luc Bouchinet*

* Luc Bouchinet est délégué Jeunes de Debout la République pour les Bouches du Rhône

La participation est un des thèmes essentiels de la pensée du général de Gaulle. C’est son ambition sociale et morale. Exprimée publiquement pour la première fois en 1941, celle-ci est néanmoins le fruit d’une longue maturation intellectuelle, nourrie de nombreuses influences, à commencer par le catholicisme social d’un Albert de Mun, mais également des théories des socialistes français non marxistes, tels que Fourier, Proudhon, ou encore Jaurès. Cette réflexion l’a conduit à vouloir explorer une troisième voie, entre les deux principales idéologies de son temps : le libéralisme et le communisme.

Un rejet du capitalisme et du communisme

Le premier reproche que De Gaulle a à leur faire, sans aucun doute le plus important, est celui de diviser la nation. Quand le capitalisme dresse les classes les unes contre les autres et menace ainsi la cohésion nationale, le communisme, lui, entretient la lutte de ces mêmes classes à son profit et rejette l’idée nationale au profit d’un internationalisme prolétarien. Au contraire, De Gaulle estime que la lutte des classes est un concept dépassé et néfaste, qui interdit l’harmonie du corps social.

En outre, il reproche au capitalisme de livrer l’Etat aux féodalités, aux puissances d’argent. De Gaulle abhorre ce système que ne profite qu’au petit nombre détenant les moyens de production au détriment de l’intérêt général. Ce capitalisme aliène les travailleurs et leur ôte toute dignité. Enfin, il reproche au capitalisme et au communisme de ne frayer que dans le champ balisé du matérialisme. S’il convient que le collectivisme que les marxistes lui opposent n’a pas à subir les féodalités, car flanqué d’un Etat fort, il lui reproche d’être omniprésent et bureaucratique. De plus, le collectivitisme nie l’initiative individuelle et menace les libertés.

La participation, troisième voie « entre les loups et les moutons »

De Gaulle leur oppose la participation, qui consiste en l’association des travailleurs à la marche de l’entreprise. Cela signifie que la participation est avant tout une remise en question du salariat (qui se caractérise par un lien de subordination entre l’employeur et le travailleur, ce dernier vendant sa force de travail au premier contre rémunération), tout autant que de la condition de prolétaire, qui ne fait qu’entretenir une stérile lutte des classes. La pensée participative est ainsi parfaitement résumée par René Capitant, qui écrira en 1964 que « dans la coopérative de production, la collectivité des travailleurs se confond avec la collectivité des employeurs, de telle sorte que chacun dépend en définitive de lui-même tout en se trouvant associé à une oeuvre collective ». Ainsi, la troisième voie a pour but de doter les « apporteurs de travail » de droits égaux à ceux des apporteurs de capitaux, et transformer les travailleurs en cogestionnaires et copropriétaires est leur ambition finale.

Les mérites d’une telle organisation du travail sont nombreux. D’une part, elle permet aux travailleurs d’allier à leur force productive leur sens des responsabilités. Le travailleur, propriétaire en partage des moyens de production, n’est en cela pas aliéné. Et bien que propriétaire, il est associé aux autres, de telle sorte que personne n’est écrasé. En outre, la participation, bien qu’elle exige une profonde transformation de la société, n’ôte pas aux travailleurs le goût de se battre, puisque celle-ci implique la participation, en plus des responsabilités, aux bénéfices et aux pertes éventuelles.

Dans l’esprit du Général, la participation, c’est également la sanction des puissances d’argent, qui président au destinées de la France et qui ont joué sa défaite, contrairement au peuple travailleur et patriote.

En sus de la dignité retrouvée et des féodalités brisées, la participation permet le maintien de l’unité de la nation. Le « capitalisme de papa » ayant vécu, il n’est plus question de lutte des classes, puisqu’il n’est plus question de classes. La communauté des prolétaires se confondra à la communauté des capitalistes. « L’esprit et le fait de l’association remplaceront peu à peu l’esprit et le fait de la lutte des classes », dira de Gaulle. L’harmonie sociale régnera à nouveau, à la division succédera l’unité.

Il va sans dire qu’une telle réforme ne peut aboutir du jour au lendemain. D’où l’importance du syndicat, qui doit passer de la contestation à la représentation véritable des travailleurs, et à la participation sereine et fructueuse.

La participation, un combat d’avant-garde

Si le Général a bien tenté de mettre en application sa pensée participative, on ne peut que constater son échec relatif, dû principalement à l’hostilité des « politichiens » de tous bords, y compris du sien, et des professionnels du syndicalisme (CGT et CNPF – ancêtre du Medef -, même combat !). Le 7 juin 1968, répondant à Michel Droit qui lui demandait pourquoi il n’avait pas accompli cette réforme plus tôt, le Général dira « qu’une pareille réforme, personne et moi non plus ne peut la faire tout seul. Il faut qu’elle soit suffisamment consentie et il faut que les circonstances s’y prêtent ».

Si le Général lui-même n’est pas parvenu à accomplir cette réforme, il peut sembler présomptueux de se demander si aujourd’hui elle est réalisable. Pourtant, le contexte a radicalement changé depuis les années 60. Il nous est autrement plus favorable. Le rôle de l’alternative officielle au capitalisme était alors préempté par le communisme, et le PCF était tout puissant. Aujourd’hui, il est à l’état de ruines, délaissé par les ouvriers, ne survivant que par le vote de bobos en mal d’excitations.

Mais la défaite du communisme ne devrait pas nous inciter à penser que le capitalisme a remporté la victoire définitive. Les années 90 ont sans doute pu être bercées par cette illusion, mais les différentes crises économiques et financières depuis nous ramènent à la réalité. En sus de constater l’impuissance du capitalisme à méconnaître les crises, et à se réformer, ses méfaits sont désormais connus de tout un chacun. Les dégâts environnementaux et l’esclavage humain que nous constatons par le biais des reportages audiovisuels depuis quelques années n’étant que la partie émergée de l’iceberg capitaliste. Incapable de se moraliser (le capitalisme n’obéissant pas aux contraintes métaphysiques, mais aux lois du Marché), privé d’adversaire, toutes les conditions sont donc favorables pour que la participation s’impose comme seule alternative sérieuse au capitalisme. La première voie laisse les plus faibles sur le bord de la route, la seconde est une impasse, alors osons la troisième voie. Et avec Bergson, faisons de cette phrase notre credo : « Il n’y a pas d’obstacles, que des volontés tendues ne puissent briser si elles s’y prennent à temps ».

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Cet article de Luc Bouchinet sur la participation gaullienne m’a inspiré une réponse accessible ici :

https://vivelasixiemerepublique.wordpress.com/2012/12/23/reponse-a-larticle-sur-la-participation-gaullienne-de-luc-bouchinet-de-dlr-du-22-12-2012