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Mea culpa, Jean-Luc ! Par Claire BOUTHILLON le 05/03/2016

Avant-propos par l’auteur de ce blog (Vincent Christophe Le Roux)

Je reproduis ci-dessous un texte intitulé « Mea culpa, Jean-Luc ! » que ma camarade Claire BOUTHILLON a rédigé et publié sur Facebook le 05/03/2016.

Claire a, comme moi, milité des années au Parti de Gauche et, comme moi, a décidé de le quitter ; elle lui a dit « au-revoir » il y a quelques mois; pour ma part, le départ fut en mai 2015. Il se trouve que sans nous connaître alors, nous avions tous deux été sensibles au mouvement et aux idées exprimées en son temps par Ségolène ROYAL quand elle menait la campagne en vue de se faire élire Présidente de la République en 2007. Claire avait, comme moi, rejoint « Désirs d’avenir ». Claire venait du PS, je venais d’ailleurs. Nous croyions naïvement que Ségolène incarnait vraiment une alternative, et pas seulement à cause ou grâce à sa féminité. Claire et moi, et des milliers, voire des dizaines de milliers d’autres, avons été déçus, c’est un euphémisme. Pour ma part, je dirais même que je me suis senti floué car la chose était bien plus grave qu’une simple déception. Mais ce n’est pas le propos ici que de développer cela.

Nous avons donc choisi de militer au PG et nous l’avons fait des années durant, avant de rompre les rangs, et nous nous en sommes expliqués alors.

Puis nous avons, avec enthousiasme, décidé de soutenir Jean-Luc Mélenchon dans la mère de toutes les batailles électorales, la campagne pour l’élection présidentielle. Nous l’avons fait avec une détermination à nous engager aussi intensément que nous le pouvons mais aussi avec une vigilance et beaucoup d’exigence. Je veux dire par là que nous sommes très attentifs à ce qu’on ne nous la refasse pas ! Et nous sommes excessivement exigeants sur ce que nous attendons de notre candidat, en termes aussi bien de contenu programmatique, que de discours public, de comportement et de choix stratégiques. Claire comme moi, et comme beaucoup, beaucoup d’autres militant-e-s et citoyen-ne-s, exerçons une pression forte sur Jean-Luc Mélenchon pour qu’il corresponde à celui que nous voulons. Certes, il restera libre de ses choix et n’obéira à personne. C’est bien ainsi ! S’il nous déçoit, s’il ne correspond plus à nos exigences, nous en tirerons les conséquences car nous sommes des insoumis. Celles et ceux qui nous voient comme des groupies ne sont que des andouilles. Fortes têtes, avec un caractère bien trempé, sachant ce que nous voulons – et aussi ce que nous ne voulons pas, ce que nous ne voulons plus – nous continuerons à exercer ce « lobbying » politique pour tenter, non pas de contraindre Jean-Luc à faire ce que NOUS jugeons nécessaire, mais à le convaincre. Lui aussi est un insoumis et il fera ce qu’il jugera utile de faire.

Ce qui est très réjouissant ces dernières semaines, depuis qu’il a rendu publique sa candidature à l’élection présidentielle de 2017, et ces derniers jours notamment, au fur et à mesure qu’il distille son message et exprime les changements qui sont en train d’infuser en lui, c’est que, ainsi que je l’ai déjà dit ici, ou que ma camarade Claire l’exprime dans le billet ci-dessous, Jean-Luc est vraiment en train de s’autonomiser de tout  ce qui le limitait, de tout ce qui le restreignait à une petite case de géographie politique, de tout ce qui l’empêchait de parler au peuple tout entier et d’être entendu par lui ! Claire, dans les lignes ci-dessous, décrit, avec emphase et poésie, ce phénomène auquel nous assistons. Oui, Jean-Luc Mélenchon est en train de devenir un autre car on voit de mieux en mieux que tout en conservant ce qui faisait sa force, son talent et son intérêt jusqu’ici, il remplace certains vieux oripeaux par d’autres, autrement plus beaux à nos yeux. Et il semble même ne plus s’appartenir, comme s’il était habité par cet intérêt général humain qu’il tente de conjuguer.

Alors il y en a toujours, parmi les éternels ronchons, parmi  les éternels sceptiques, parmi les éternels moqueurs, parmi les éternels insatisfaits, parmi les éternels « peine-à-jouïr » qui diront que tout cela n’est qu’une image qu’il se donne, qu’il n’y a rien de sérieux, rien d’authentique, rien d’honnête dans cette conversion.Peut-être auront-ils raison en fin de course. Car ni Claire, ni moi, ni aucun de celles et ceux, anonymes ou illustres, qui soutiennent Jean-Luc Mélenchon, ne peuvent lire dans sa tête et dans son coeur. Et comme il est vrai qu’il est doté d’un immense talent oratoire, il n’est pas impossible que nous soyons, une nouvelle fois, en train de nous faire mystifier. Oui, je conçois que ça puisse être une issue possible. Mais il est souvent facile de jouer les Cassandre car on reste ainsi sur son aventin, on ne s’engage pas, on critique sans agir et s’il s’avère qu’on avait raison, on pourra toujours dire : « vous voyez, je vous l’avais dit ! ». Mais cette position du Cassandre fait-elle avancer la cause commune que nous défendons par-delà la personne de tel ou tel candidat ? Je ne le crois pas. Et c’est pourquoi, je préfère m’engager auprès de Jean-Luc Mélenchon, en conservant, chaque jour, ma liberté absolue de faire un autre choix si ce candidat devait dévier du mauvais côté de la barricade, plutôt que de grogner sur mon aventin.

Maintenant, si l’on considère le cas de celles et ceux qui furent si souvent déçu-e-s, trompé-e-s, ou floué-e-s dans le passé, on peut comprendre qu’il y ait de la méfiance et du scepticisme et qu’il faille bien plus de temps pour que la confiance et l’enthousiasme reviennent. On peut comprendre qu’il faudra bien plus que quelques mots, aussi pertinents soient-ils, ou quelques inflexions stratégiques, aussi opportunes soient-elles, pour que ces derniers s’engagent de nouveau. Je ne les blâmerai pas. Je leur demanderai seulement, comme le dit une maxime populaire : « Ceux qui ne croient pas à l’impossible sont priés de ne pas décourager ceux qui sont en train de le faire. »


Mea culpa, Jean-Luc ! Par Claire BOUTHILLON

J’ai honte et je vais dire pourquoi. Un reste judéo-chrétien sans doute, inscrit dans mon éducation.

Je viens de boucler le visionnage de la conférence de Jean-Luc Mélenchon à l’école de commerce Audencia de Nantes qui s’est déroulée devant la valeur de deux salles d’étudiants en business… Qui sont aussi nos jeunes d’avenir.

Mettons de côté le profond respect que j’ai pour l’ intelligence de l’homme, pour la force puissante de sa pensée si transparente, si visionnaire. Qui se lit sur plusieurs niveaux à la fois. D’autant qu’il n’habille pas sa diatribe d’artifices. On pourrait dire qu’il a surtout une énorme capacité d’assimilation et de mémoire de synthèse, d’abord à l’écoute des multiples experts qu’il consulte. Il a certainement un don mémo technique effarant. Reste le fait qu’il se met spontanément à la portée de tout un chacun. En tant que com, c’est pour moi la première des qualités après l’écoute. Une négociation avec autrui, c’est d’abord cela avant tout : l’écoute. Puis s’adapter à la compréhension de l’autre et l’emmener dans sa vision du projet. Je partage ce pouvoir de concentration et de conviction avec l’intéressé, pas sa mémoire ni sa fulgurance.

Je mesure avoir beaucoup douté de sa sincérité et le regrette profondément. La raison en est d’abord, comme il le dit lui-même en quelque sorte, qu’il est le produit d’un monde politique révolu qui a profité d’une Constitution aujourd’hui corrompue et très corruptible à ses semblables. Le fait ensuite d’avoir souffert de ce monde politique cruel, jusqu’à voir la déchéance d’une femme qui s’est couchée devant le pouvoir actuel, que j’aie suivie et admirée quelques années dans son projet de l’écologie sociale… Mais ce n’est pas une circonstance atténuante à mon injustice envers celui pour qui je m’engage aujourd’hui. D’autant que j’ai toujours dit dans la découverte de l’autre, l’empathie venue, que je ne lui ferais jamais payer mes trahisons précédentes. J’en ai une galerie nécrologique énorme jusque dans ma famille, jusque dans mes ascendants, sans espoir de pardon car la chose est entendue. Et j’ai toujours su me protéger des coups du sort. Pourtant, je pose toujours l’à priori de confiance à mes nouvelles rencontres, sous réserve de contrôle, en bonne journaliste par ailleurs formée à recouper les informations. Je me rends compte que les réflexes traumatiques vécus dans une vie politique antérieure, ou dans mes rencontres humaines tout simplement, ont mis sur lui, sur cet homme pas mal accablé, mais Ségolène Royal l’a été aussi par ses pairs, une peur irraisonnée de me tromper à nouveau. Je l’ai crue arrivée, cette terrible erreur, au moment de ses choix de soutiens aux Régionales. A tel point que j’ai continué à douter de la sincérité de son revirement ensuite dans le lâcher prise. J’ai dû établir à son avantage qu’il vivait un deuil profond de mille choses pas seulement intimement humaines, également de ses amitiés politiques déçues et irrécupérables et je pense maintenant qu’il se rend à l’évidence qu’elles le sont, irrécupérables – pour moi, elles sont impardonnables – dont il a émergé à l’image d’un papillon qui déchire la dernière peau de sa chrysalide à coups de larmes de douleur et de dents contre sa propre chair. Ce moment où ivre à trop d’extrêmes éprouvés, on est en même temps lavé par ses larmes et son propre sang pour libérer le mauvais fluide. On se retrouve tout à coup purifié. Hébété par cette seconde renaissance. On vit plusieurs morts dans sa vie qui deviennent des époques, sans pour autant forcément s’améliorer. Lui si, c’est même une résurrection.

Ce miracle de mise en cause de soi unique, comme on le dit de certaines conversions, est arrivé à cet homme. A se demander s’il n’a pas eu une révélation finalement de l’au-delà, bien après l’adieu terrestre. J’ai observé la métamorphose. Mais j’ai gardé mes réflexes traumatiques cependant jusqu’à aujourd’hui.

Et pourtant. Là, ce soir, dans le silence de la nuit, avec toute l’objectivité à laquelle je me contrains à part de mes émotions énormes d’entendre ce que j’ai toujours rêvé, répété devant des oreilles neufs, à peine celles-ci révélées à la vie et à l’ordre du monde ici très bousculée dans ses idées reçues ; je constate à l’issue de cette conférence et de deux réponses terriblement sincères au débat, où affleurait encore cette accusation de bonapartisme : que cet homme a réussi à se déconditionner de tout cela, à l’âge qu’il a où on commence à se détacher des contingences matérielles du monde, à réaliser l’extrême relativité de ce qui faisait son univers alors qu’on est face à l’ultime vérité de soi,et que l’on s’engage dans une croisade en connaissance de cause, dans ce qui est un vrai don à la multitude des autres à qui l’on se propose. Et c’est vrai que finalement l’âge ne fait rien à l’affaire, à ne retenir en soi-même que l’épure nécessaire pour lancer la course vers la victoire au détriment de son propre confort, de sa vie privée, et ensuite passer le témoin, de préférence à des personnes qui n’ont jamais été élues… Intention que je lui ai découverte ce soir dans la dernière inconnue de mes questions.

Il y a du Gandhi en cet homme. Plus que du Che Guevarra. Pour cela, il va être incommensurablement haï, car il ramène ses pairs à leur propre petitesse.

Il a levé le dernier doute que j’avais des conditions que je voyais pour réussir cette souveraineté. En même temps, par rapport à la dureté des forces qui nous entourent, vu comment il s’est construit, lui qui se fiche d’avoir à flatter son égo dans Le pouvoir de plus à sa main qu’il se propose de relever, je me dis maintenant : qui d’autre peut ensuite consolider la stabilité de cette souveraineté à l’œuvre, face à ces forces qu’il connait si bien et qui légitiment sa mise en candidature ? Dans les balbutiements d’une gouvernance qui a pris Syriza de court, avec des dirigeants ignorants des ficelles du pouvoir aussi naïfs que des bébés face au cynisme le plus absolu, écrasés sans pitié par un rouleau compresseur financier des plus définitifs : doit-il partir tout de suite dès la nouvelle Constituante assurée ? Puis-je négocier qu’il reste le temps d’un rodage à préparer sa suite avant sa transmission de témoin ?

Car tout à coup j’ai presque là, à l’avoir entendu enseigner l’irrémédiable lâcher prise à tous les superflus que notre planète ne peut plus supporter de donner, j’ai presque oui, eu peur pour sa vie… Alors les débutants du pouvoir de la Nouvelle Constituante, je ne leur donne pas les six mois de Tsipras avant de s’effondrer. Mais je ne sais sans doute pas tout de ce qui se prévoit !

Respect en tout cas Monsieur Mélenchon, car j’ai maintenant honte d’avoir douté,

Franche accolade à mon camarade de lutte Jean-Luc,

Grosse tendresse à l’homme pluriel sur le visage duquel, dans le regard indulgent qu’il porte à toute cette jeunesse, dans la tristesse fugace qu’il laisse encore passer de l’héritier perdu, je vois tout l’amour qu’il porte à son prochain.

Comment pourrais-je douter qu’il se met face à ma conscience, à nu ?

Car en définitive, c’est le moteur qui nous engage en politique que lui a toujours gardé en gardant le fil… de sa liberté de conscience. Et j’ai vu ce soir, devant la vidéo, qu’elle est bien là : intacte.