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Quelques mots à Jacques GÉNÉREUX – Par Vincent Christophe LE ROUX le 10/03/2017

Jacques Généreux m’a fait l’immense honneur, en ce vendredi 10 mars 2017, d’accepter l’invitation que je lui avais adressée (via Facebook) il y a un certain temps déjà…
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Je lui ai écrit ces quelques lignes pour le saluer et pour lui dire deux ou trois choses…
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Jacques, je suis très honoré que tu aies accepté mon invitation, camarade.
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Je suis un lecteur assidu de tes ouvrages, même si certains m’ont échappé à ce jour. Mais à 42 ans, j’espère avoir encore quelques années à vivre et donc le temps de les découvrir dans les mois et années à venir…
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Évidemment la « trilogie » était une oeuvre à marquer les esprits. J’ai beaucoup apprécié aussi le « socialisme néomoderne » parce qu’on y trouve d’autres développements que l’économie pure, fusse-t-elle, grâce à toi, expliquée en termes accessibles à tous. Et tout ce qui est dit sur les aspects humains, sociaux, relationnels dans ce livre-là m’a beaucoup fait réfléchir. Un grand moment !
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« Nous on peut » fut aussi un ouvrage explosif pour moi, dans le bon sens du terme !
Le tout dernier que tu as publié il y a quelques jours (Les bonnes raisons de voter Mélenchon) que j’ai pu acheter avant même le 1er mars, date officielle de sa sortie (merci à mon libraire préféré, la Librairie Durance à Nantes) est purement génial… J’ai particulièrement savouré l’intro et le chapitre sur l’UE…
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Je vais te dire quelque chose : je suis, depuis désormais deux ans au moins, partisan de la sortie de l’UE et donc du plan B. Car, à l’instar de Lordon, je pense que nous y parviendrons de toute façon inéluctablement. Je fais partie de ceux qui, au PG, se sont battus pour le texte « alternatif » lors du dernier congrès. Je sais que tu n’y étais pas du tout favorable. Je ne t’en veux pas. Tu avais une stratégie et elle ne correspondait pas à la nôtre puisque nous considérions que nous devions accélérer et parler plus clairement que nous ne le faisions alors.
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Je ne te cache pas ma joie profonde de vous voir – Jean-Luc, toi et les autres – vous rapprocher autant de nos positions d’alors, depuis un an… Parce que mes camarades et moi pensons que pour convaincre une majorité de Français le 23 avril et le 7 mai, nous devons avoir un discours clair sur l’UE or nous ne l’avions pas il y a plus d’un an. Entre autre cause, à cause de qui on sait… Ce problème est réglé depuis que Jean-Luc a choisi de ne plus avoir de comptes à rendre à ces alliés d’hier…
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Jacques, si mes camarades et moi sommes partisans du plan B (c’est-à-dire avant même le plan A en quelque sorte), nous ne sommes pas pour autant butés et nous ne rejetons pas votre stratégie duale qui a aussi sa finesse, parce que non seulement nous en comprenons les tenants et aboutissants, mais parce que, depuis quelques temps, vous lui avez donné plus de consistance et de crédibilité.
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Le plan A, tel qu’il était exposé il y a encore quelques mois, était tout à fait insuffisant à nos yeux car il se limitait à prévoir une négociation avec nos partenaires et nous savons tous quel est le contexte politique dans chacun des pays de l’UE, nous connaissons tous les règles qui conditionnent les évolutions des traités même si le fait politique peut parfois brusquer, voire contrer, certaines règles et certains principes.
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Mais se contenter de dire que nous allions « désobéir » sans expliquer à quoi nous allions désobéir, ni dire comment et quelles seraient les suites de cette désobéissance, cela ne permettait pas de comprendre ce que vous aviez vraiment en tête, et donc cela n’était pas de nature à convaincre de vous suivre sur cette voie.
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Depuis quelques mois, Jean-Luc a réorienté son discours pour ne plus parler de « désobéissance » mais de « sortie des traités ». La différence est énorme car nous envisageons donc de sortir de l’UE et le plan B est là pour ça. Très bien.
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Dans ton livre, le chapitre 5 expose très bien la question et tu as eu l’occasion, avec Sophie Rauszer il y a quelques jours, lors de l’université populaire sur la question européenne, de dire clairement quelle était la stratégie, de la détailler, et de montrer que nous avons bien l’intention de ne pas nous laisser faire.
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Ce qui nous donne du poids et de la crédibilité, ce qui fait qu’aujourd’hui (contrairement à il y a encore quelques mois) je vous trouve – Jean-Luc, toi et les autres – bien plus crédibles et convaincants, c’est que tu n’hésites plus à expliquer que nous n’attendrons pas l’éventuelle mise en oeuvre du plan B pour prendre les mesures conservatoires nécessaires, y compris en désobéissant chaque fois que nécessaire aux dispositions contraires à notre projet.
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Cela, c’est percutant, incisif et ça fait pencher la balance du bon côté. Grâce à cette détermination que vous avez annoncée de ne plus tolérer ce qui est intolérable, et d’appliquer d’office, avant même que soit engagée toute discussion avec nos partenaires, les mesures que vous jugerez nécessaires, eh bien je crois que vous allez enfin convaincre pas mal de sceptiques qui ne croient pas que Jean-Luc soit vraiment déterminé à bousculer l’UE.
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C’est cela qui m’importe au plus haut point et qui importe aux yeux de mes principaux camarades, nous qui oeuvrons depuis deux ans pour obtenir de nos représentants principaux (Jean-Luc, toi et les personnalités qui vous entourent) que vous disiez enfin ce que nous jugions indispensable de dire.
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Nous savons qu’il y a des gens qui ont peur des perspectives qu’entraînerait la sortie de l’UE, et le système et la grande presse font tout pour alimenter ces peurs au lieu de faire une oeuvre utile d’information et d’éducation. Heureusement que nous avons Frédéric Lordon et Aurélien Bernier pour faire ce travail pédagogique. Je pourrais aussi citer Sapir qui, depuis plus d’un an, publie des billets plutôt sympas et en soutien de Jean-Luc.
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Si les « inquiets » existent, ils sont, à nos yeux, bien moins nombreux que les autres, je veux dire que ceux qui n’ont pas peur de la sortie, qui ont compris à quel point l’UE est détestable et pourquoi et comment elle empêche tout progrès économique, social et géopolitique.

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Si, en 2005, 55% des Français ont dit non au TCE, cela signifie clairement que le peuple a compris, lui ! Et ce faisant, c’est à l’UE dans son ensemble qu’il a dit NON puisque le TCE reprenait tous les traités qu’il regroupait en un seul. On ne peut valablement dire que le peuple qui a dit NON n’a dit NON qu’à tel ou tel aspect du traité. Le NON est exclusif. Le traité a été rejeté en bloc et donc, sur un plan juridique, il n’a plus aucune valeur. Le fait qu’il ait été rhabillé autrement ne change rien à cela.

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Donc tout ce qui a été fait depuis est une « forfaiture » comme cela a été dit. On pourrait d’ailleurs tout rayer d’un seul trait de plume et considérer tout ce qui s’est fait depuis (Traité de Lisbonne, TSCG, MSE…) comme nul et non avenu puisque constitutionnellement c’est illégal vu que nous avons dit NON et que nos dirigeants sont passés outre pour aller plus loin, plus vite, plus fort.

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Je pense donc que la priorité n’est pas de vouloir rassurer les inquiets par un discours de modération. Ce n’est pas eux qui nous feront gagner. 2005 est la preuve concrète que le peuple a compris depuis longtemps, qu’il est en avance sur ses représentants…

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Ce sont donc les millions de gens qui veulent que l’on règle la question de l’UE qu’il faut attacher à nous et donc par exemple détacher du FN ou de l’UPR.

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Aurélien Bernier, Frédéric Lordon et d’autres sont convaincus que le FN vit de cela, de nos insuffisances pendant si longtemps sur le sujet de l’UE. Et je suis certain qu’ils visent juste !

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Si l’on veut dévitaliser le FN, c’est NOUS qui devons porter le fer contre l’UE. À notre façon. Nous devons le faire avec notre vision et notre philosophie humaniste, internationaliste, mais nous devons montrer que Jean-Luc ne sera pas un nouveau Tsipras et que la France insoumise ne sera pas une nouvelle Syriza.

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Je vous dis donc merci, en particulier à toi, à Jean-Luc et à Sophie, d’avoir le discours que vous avez aujourd’hui.

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La question européenne, c’est le nerf de la guerre. C’est ce sujet qui nous fera gagner ou perdre l’élection, puisque selon ce que nous dirons et ferons sur ce sujet, nous pourrons faire tout le reste…ou pas ! Notre crédibilité se joue là.

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Un dernier point, à propos de ton livre « La déconnomie ». Je ne l’ai pas encore lu. Je le ferai sous peu. Par contre, je t’ai écouté en parler ici ou là sur quelques vidéos (ici, ici, ici, ici et encore ici) et je ne pense pas que la ligne d’attaque que tu as choisie dise tout de cette situation folle que tu décris et dénonces.

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Certes, il y a sans aucun doute une part d’erreur, de bêtise, d’illusion, d’égarement (quels que soient les qualificatifs qu’on donne à la chose que tu étudies), mais je crois qu’il n’y a pas QUE cela. Ce que ne dit pas le titre que tu as choisi, et qui apparemment ne figure pas dans le livre puisque, lorsque tu l’as commenté ici ou là, tu ne l’as pas évoqué et que tu en es resté à l’aspect « déconnant » de l’économie mondiale, c’est l’explication qui passerait par dire que ce qui se produit est aussi largement le résultat de choix faits en conscience et non par erreur, de choix faits par quelques-uns pour aboutir précisément à la situation que nous connaissons où un tout petit nombre a tout et l’immense masse des humains rien ou si peu !

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Les années que nous vivons ne sont pas QUE le résultat d’erreurs de politique économique ou d’un aveuglement des dirigeants pour des théories insensées. Mon avis, c’est que les dirigeants de nos pays savaient ce qu’il adviendrait et qu’ils l’ont voulu car loin de défendre NOS intérêts, ils servent les intérêts des dominants. On est comme au temps des « patrons voleurs » aux États-Unis dans les années de la fin du XIXe siècle où le capitalisme triomphant avait rendu multi-milliardaires quelques-uns et miséreux tous les autres, ce qui conduisit, en quelques décennies, au krak de 1929, à la Grande Dépression puis finalement à la Seconde guerre mondiale, aubaine des capitalistes…

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Ce n’était pas plus une « erreur » de diagnostic ou de remède qu’aujourd’hui. L’accaparement des richesses, la captation du « sang » de l’économie par ce 1% au détriment des 99%, était non pas seulement le résultat inéluctable d’une politique mais bien l’objectif poursuivi.

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Il est dommage que tu n’aies pas aussi abordé cet aspect. Parce que à critiquer les « erreurs » sans jamais oser dire qu’elles dissimulent en fait des volontés très conscientes de ceux qui nous dirigent, on prête le flanc à être perçu, soi-même, comme quelqu’un s’arrangeant avec la réalité…

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Merci de m’avoir lu jusqu’ici. Je t’adresse un salut insoumis !

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Liens vidéos vers débats, conférences, documentaires et films

Cet article ressource sera régulièrement complété et mis à jour.

Dernière mise à jour : le 26 avril 2015

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Cet article ressource sera régulièrement complété et mis à jour.

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1/ Discours, débats et conférences

« Le capitalisme mérite-t-il une bonne correction ? »

dans Ce soir ou jamais du 17 avril 2015, débat avec Thomas Piketty et Frédéric Lordon

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Discours de la députée allemande Sahra Wagenknecht, vice-présidente de Die Linke, au Bundestag, le 19 mars 2015.

Elle y critique la politique étrangère de Madame Merkel à l’égard de la Russie et son alignement sur les intérêts de l’OTAN et des États-Unis d’Amérique. Sahra Wagenknecht critique également les négociations sur le Grand Marché Transatlantique, contraire à la démocratie, et critique fortement la politique économique de Madame Merkel. Enfin, elle explique que le gouvernement d’Alexis Tsipras ne peut être jugé responsable de la dette grecque. Elle montre enfin que l’oligarchie a profité de la crise grecque pour s’enrichir davantage.

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« De l’économie barbare à l’économie humaine – Penser et agir autrement » avec Jacques Généreux

Conférence a été organisée dans le cadre des Chapiteaux du livre de Béziers le 27 septembre 2014, en partenariat avec la MAIF.

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Conférence »Faut-il faire sauter Bruxelles ? »

Avec François Ruffin, Jacques Généreux et Emmanuel Todd, le 30 avril 2014 à Normale Sup’ (École Normale Supérieure, rue d’Ulm à Paris) : http://www.dailymotion.com/video/x1uf0pk_faut-il-faire-sauter-bruxelles_webcam

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Débat « Faut-il sortir de l’euro ? »

Avec Jean-Luc Mélenchon et Jacques Sapir – Débat animé par Daniel Schneidermann sur Arrêts sur images le 4 juillet 2013

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« Journée Défense » du Parti de Gauche le 1er février 2014 à l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques présidé par Pascal Boniface)

Intervention de Jean-Luc Mélenchon (Introduction) :http://www.dailymotion.com/video/x1bjtf0_jean-luc-melenchon-introduction-a-la-journee-defense-du-parti-de-gauche_news

Intervention de Pascal Boniface : http://www.dailymotion.com/video/x1bhpks_pascal-boniface-la-place-de-la-france-dans-le-monde_news

Intervention de Chloé Maurel : http://www.dailymotion.com/video/x1c47fz_chloe-maurel-la-place-de-la-france-dans-le-monde_news

Intervention de Jean-Charles Hourcade : http://www.dailymotion.com/video/x1c48bp_jean-charles-hourcade-objectifs-strategiques-et-moyens_news

Intervention de Benoist Bihan : http://www.dailymotion.com/video/x1bn2fq_benoist-bihan-la-place-de-la-france-dans-le-monde_news

Intervention d’Alain Joxe : http://www.dailymotion.com/video/x1c47uh_alain-joxe-l-armee-et-les-citoyens_news

Intervention de Yann Le Pollotoec : http://www.dailymotion.com/video/x1c481l_yann-le-pollotec-l-armee-et-les-citoyens_news

Intervention du général Vincent Desportes :http://www.dailymotion.com/video/x1c4899_general-vincent-desportes-objectifs-strategiques-et-moyens_news

Intervention de l’amiral Jean Dufourcq : http://www.dailymotion.com/video/x1bowuq_amiral-jean-dufourcq-la-place-de-la-france-dans-le-monde_news

Intervention de Djordje Kuzmanovic (Responsable de la commission Défense au PG) :http://www.dailymotion.com/video/x1c486u_djordje-kuzmanovic-l-armee-et-les-citoyens_news

Intervention de Jean-Luc Mélenchon (conclusion) : http://www.dailymotion.com/video/x1ctrir_jean-luc-melenchon-conclusion-a-la-journee-defense-du-parti-de-gauche_news

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« Lutter contre la montée de l’extrême-droite, notamment dans le monde ouvrier » – le 18 mai 2013 au plateau des Glières

Avec Annie LACROIX-RIZ, Alexis CORBIÈRE, Jean-Paul Ravaux et Thierry Leclere

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« Faut-il sortir de l’euro ? » Débat lors du Remue-Méninges du Parti de Gauche de l’été 2011

Intervention de Jacques Généreux (de 19’47 à 1h03) : http://www.dailymotion.com/video/xlm018_rm-faut-il-sortir-de-l-euro_news

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« Gouverner contre les banques » – Conférence du Parti de Gauche le 10 juin 2010

Intervention de Jean-Luc Mélenchon :http://www.dailymotion.com/video/xdq7g0_jean-luc-melenchon-gouverner-face-a_news

Intervention de Jacques Généreux : https://www.youtube.com/watch?v=8oBQ3b-1hn8

Intervention de François Morin : https://www.youtube.com/watch?v=2v4YS3z9UL8

Intervention de Raquel Garrido :http://www.dailymotion.com/video/xdq8iz_raquel-garrido-gouverner-face-aux-b_news

Intervention de Dominique Pilhon : https://www.youtube.com/watch?v=doZrKUcETUY

Intervention de Bernard Cassen :http://www.dailymotion.com/video/xdqb35_bernard-cassen-gouverner-face-aux-b_news

Intervention de Laurent Cordonnier : https://www.youtube.com/watch?v=V1jM2pzhw28

Intervention de Christophe Rameaux :http://www.dailymotion.com/video/xdxr7f_christophe-ramaux-gouverner-face-au_news

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« Mélenchon-Todd compatibles ? »

Débat animé par Daniel Schneidermann sur Arrêts sur images le 15 avril 2011

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Conférences de Naomi Klein

« Tout peut changer » – le 30 mars 2015 à Paris

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« La stratégie du choc »

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Conférences de Annie LACROIX-RIZ

« Partages et repartages du monde à l’époque des Première et Deuxième guerres mondiales »

Intervention dans le cadre de la conférence « Marx au 21e siècle » le 14 février 2015 à l’université Paris Sorbonne

« De la crise des années 30 à la crise d’aujourd’hui » – le 11 octobre 2014 à l’université populaire de Saint-Dizier

https://www.youtube.com/watch?v=0Lf7PrN_LUw

« Aux origines de l’Europe » – Grenoble le 20 mai 2014

« Le Conseil National de la Résistance » – Saint-Maximin (60 – Oise) le 15 novembre 2013

« Le fascisme dans l’Entre deux-guerres » – le 14 mai 2013 à l’université Paris X Nanterre

partie 1/2 : https://www.youtube.com/watch?v=nIjbVOlpcIg

partie 2/2 : https://www.youtube.com/watch?v=yQiFSXKsxd0

« Patronat et financiers français sous l’Occupation » – le 6 avril 2013 à Lyon

« L’Histoire contemporaine toujours sous influence » le 6 octobre 2012 sur Radio Libertaire

« La stratégie du choc » – le 29 juin 2012 à Metz (conférence avec Attac)

« Le choix de la défaite » – le 5 juin 2010 à Paris dans le cadre de l’émission de France Inter « Là-bas si j’y suis »

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« Propagande de guerre, propagande de paix » avec Annie LACROIX-RIZ, Jean BRICQMONT, Anne MORELLI, le général FORGET et la journaliste Diana JOHNSTONE

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Conférences de Noam Chomsky

« La fabrication du consentement »

partie 1/2 : https://www.youtube.com/watch?v=waUIPMXuHV0

partie 2/2 : https://www.youtube.com/watch?v=ri3opfLaQpU

« Les principes du pouvoir : l’Empire le film »

« Contours de l’ordre mondial. Continuités, changements et défis »

Conférence organisée par Le Monde Diplomatique avec Serge Halimi et Daniel Mermet, le 29 mai 2010 à la Mutualité, Paris

partie 1/3 : https://www.youtube.com/watch?v=7y_spxHmBZI&list=PLhVH6hJxBHEF4QoxX5_J4K_d71ha3yNv0

partie 2/3 : https://www.youtube.com/watch?v=Ttl4RNDLnfo

partie 3/3 : https://www.youtube.com/watch?v=Uaj7Tg-pLkU

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Conférences de Serge Halimi (Le Monde Diplomatique)

« Les nouveaux chiens de garde »

Dans le cadre de l’émission « Là-bas si j’y suis » diffusée le 15 décembre 2005 sur France Inter.

« Le grand bond en arrière. Comment l’ordre libéral s’est imposé au monde »

Dans le cadre de l’émission Là-bas si j’y suis le 2 juillet 2004

« L’ère des restaurations »

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Conférences de Michel Étiévent

« Guy Mocquet » – octobre 2012

« Ambroise Croizat et Marcel Paul – chemins croisés de l’innovation sociale » – octobre 2011

« Ambroise Croizat » – octobre 2011

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Conférence de Jean Ziegler le 26 septembre 2013 à Strasbourg

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« La fabrication du consentement »

Conférence de Hugue Le Paige (journaliste, réalisateur et rédacteur de la revue Politique) le 25 février 2014, Bruxelles (organisée par Attac)

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« Corruption, ça suffit » intervention de Roberto Scarpinato

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« Les pirates du vivant » par Marie-Monique ROBIN

Le 15 janvier 2014, dans le cadre de journées normaliennes du développement durable, ENS Rennes

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2°/ Films politiques et sociétaux

2.1- Films de Yannick Bovy

2.1.1- « Marinaleda, les insoumis » – Mars 2015

Émissionde la FGTB* walonne réalisée et produite par le CEPAG*, avec la collaborationdu GSARA* asbl et le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles

FGTB :Fédération Générale du Travail de Belgique (selon Wikipedia : c’est le 2è syndicatbelge par le nombre de ses membres, environ 1,5 million de personnes et ilserait de tendance socialiste)

CEPAG :Centre d’éducation populaire André Genot (mouvement d’éducation permanente prochede la FGTB)

GSARA :« Né avec l’apparition de la vidéo en Belgique en 1976, le Gsara seprésente aujourd’hui comme une plate-forme sur tout ce qui touche àl’audiovisuel » (Auto-présentation sur Twiter)

2.1.2- « Des canaris dans la mine » – Octobre 2013

Voici quelques canaris aux cris stridents. Des canaris de Belgique et de Grèce qui sifflent l’alerte depuis le fond de la mine et s’agitent pour nous prévenir : c’est un terrible coup de grisou qui s’annonce sur nos droits, notre santé, nos vies, l’avenir de nos enfants. Un coup de grisou sur les peuples et la démocratie, et des coups de bâton pour ceux qui osent résister. Regardez ce reportage, prêtez l’oreille aux canaris : vous comprendrez qu’il est temps de sortir de la mine. Et vite.

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2.2- Films de Yannis Youlountas

2.2.1- « Je lutte donc je suis » – À paraître bientôt

2.2.2- « Ne vivons plus comme des esclaves » – Septembre 2013

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2.3- Films de Marie-Monique Robin

2.3.1- « Notre poison quotidien »  par Marie-Monique ROBIN

2.3.2- « Le monde selon Monsanto » par Marie-Monique ROBIN

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3.4- Films divers

2.4.1- « Solutions locales pour un désordre global » – Film de Coline Serreau, avril 2010

2.4.2- « L’île aux fleurs » – Court-métrage du Brésilien Jorge Furtado, 1989

2.4.3- « Le grand bond en arrière »

Que reste-t-il du modèle social français après trente ans de néolibéralisme? Cette question oriente le voyage dans leur pays natal de quatre Français installés depuis plusieurs années au Venezuela. Pour y répondre, le documentaire mêle des données statistiques, journalistiques et des interviews de sociologues, intellectuels, militants, réfugiés politiques, artistes, citoyens, travailleurs sociaux des banlieues, sans-papiers

2.4.4- « La révolution ne sera pas télévisée »
Ce film retrace les événements qui amenèrent au coup d’Etat qui renversa le Président Hugo Chavez, le 11 avril 2002, ainsi que sa remise au pouvoir par le peuple deux jours plus tard, le 13 avril 2002.

2.4.5- « Les nouveaux chiens de garde »

2.4.6- « La guerre contre la démocratie »

Documentaire de John Pilger. Sous-titres français. Titre original: « The War on Democracy ». « La Guerre contre la Démocratie » fut le premier documentaire de John Pilger à être diffusé dans les salles de cinéma. Ce documentaire explore la relation actuelle et passée de Washington avec les pays d’Amérique latine tels que le Venezuela, la Bolivie et le Chili.

https://www.youtube.com/watch?v=mPQkaIHDmXk

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2.4.7- « Les jours heureux » du CNR
Documentaire de Gilles Perret sur la Résistance et sur l’oeuvre du CNR

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3°/ Argumentaires militants

3.1- Les topo-citoyens du Parti de Gauche avec Danielle Simonnet du PG

3.1.1- Topo-citoyen n°1 : La dette est un prétexte

3.1.2- Topo-citoyen n°2 : Gouverner face aux banques

3.1.3- Topo-citoyen n°3 : La planification écologique

3.1.4- Topo-citoyen n°4 : Le traité Sarkozy-Merkel

3.2- On va leur faire un dessin du Parti Communiste Français

3.2.1- La vie chère : http://www.dailymotion.com/video/xkkuta_ep-1-la-vie-chere_news

3.2.2- Le Front de Gauche : http://www.dailymotion.com/video/xlgq8k_ep-2-le-front-de-gauche_news

3.2.3- La crise financière : http://www.dailymotion.com/video/xlxapt_ep-3-la-crise-financiere_news

3.2.4- Justice au pays de l’or noir : http://www.dailymotion.com/video/xmilql_ep-4-justice-au-pays-de-l-or-noir_news

3.2.5- Marine Le Pen amène le pire :  http://www.dailymotion.com/video/xngeur_ep-5-marine-le-pen-amene-le-pire_news

3.2.6- L’austérité ou la vie, il faut choisir : http://www.dailymotion.com/video/xonem9_ep-6-l-austerite-ou-la-vie-il-faut-choisir_news

3.2.7- Le mécanisme infernal européen : http://www.dailymotion.com/video/xpscqk_ep-7-le-mecanisme-infernal-europeen_news

3.2.8- La vie sans Sarkozy : http://www.dailymotion.com/video/xq2vkp_ep-8-la-vie-sans-sarkozy_news

3.2.9- Spécial Législatives : http://www.dailymotion.com/video/xr788u_ep-9-special-legislatives-non-censure_news

3.2.10- Compétitivité ? : http://www.dailymotion.com/video/xtom7p_ep-10-competitivite_news

3.2.11- Bienvenue dans l’austérité ! : http://www.dailymotion.com/video/xua5k0_ep-11-bienvenue-dans-l-austerite_news

3.2.12- La bataille de l’emploi : http://www.dailymotion.com/video/xupjwq_ep-12-la-bataille-de-l-emploi_news

3.2.13- La droite décomplexée : http://www.dailymotion.com/video/xvr08m_ep-13-la-droite-decomplexee_news

3.2.14- À ta santé ! : http://www.dailymotion.com/video/xvwezt_ep-14-a-ta-sante_news

3.2.15- ANI : Devenez souples ! : http://www.dailymotion.com/video/xyb8vc_ep-15-ani-devenez-souples_news

3.2.16- École en danger : http://www.dailymotion.com/video/xz8sw1_ep-16-ecole-en-danger_news

3.2.17- Un an de changement ? : http://www.dailymotion.com/video/xzw226_ep-17-un-an-de-changement_news

3.2.18- La grande évasion : http://www.dailymotion.com/video/x110kao_ep-18-la-grande-evasion_news

3.2.19- Retraitement de choc : http://www.dailymotion.com/video/x129rw3_ep-19-retraitement-de-choc_news

2.2.20- Travail versus Capital : http://www.dailymotion.com/video/x15q71w_ep-20-travail-vs-capital_news

3.2.21- Le coût du capital : http://www.dailymotion.com/video/x173jv1_ep-21-le-cout-du-capital_news

3.2.22- Révolution fiscale : http://www.dailymotion.com/video/x18l6d5_ep-22-revolution-fiscale_news

3.2.23- Pour l’égalité femmes-hommes : http://www.dailymotion.com/video/x18l6d5_ep-22-revolution-fiscale_news

3.2.24- Aux urnes, citoyens ! : http://www.dailymotion.com/video/x1vb7h5_ep-24-europe-aux-urnes-citoyens_news

3.2.25- Le hold-up démocratique : http://www.dailymotion.com/video/x2a077c_ep-25-le-hold-up-democratique_news

3.2.26- En 2015… : http://www.dailymotion.com/video/x2ej8ls_ep-26-en-2015_news

3.3- Petites vidéos courtes sur la dette

3.3.1- La dette, c’est chouette ! : http://www.dailymotion.com/video/xmv5ob_la-dette-c-est-chouette_creation

3.3.2- La dette, c’est quoi ? : https://www.youtube.com/watch?v=V5NMavzVsOA

3.3.3- Le mécanisme de la dette souveraine : https://www.youtube.com/watch?v=-NcDZQhbIbw

3.3.4- La crise de la dette expliquée en 5 minutes : https://www.youtube.com/watch?v=mrxUUz3TAdk

Jacques GÉNÉREUX et Jean-Luc MÉLENCHON évoquant à mots couverts une sortie de l’euro, voilà qui m’inspire quelques réflexions

Jacques GÉNÉREUX et Jean-Luc MÉLENCHON évoquent la sortie de l’euro. Voilà qui m’inspire quelques rapides réflexions…

Bon c’est pas tout ça mais on avance, malgré les difficultés, les boulets et les chaines…

Opération concertée de Jacques GÉNÉREUX et de Jean-Luc MÉLENCHON ce week-end après plusieurs tentatives avortées ces dernières semaines, pour exprimer notre radicalité anti-Union européenne. Certains toussent, gloussent, jouent les pleureuses, s’inquiètent, s’interrogent. D’autres se rassurent, se réjouissent, boivent du petit lait, s’interrogent également.

Je fais partie des premiers. D’une part, parce que ne connaissant pas grand chose moi-même à la science économique, je me fie à plus informé et plus futé que moi et connaissant les ouvrages de GÉNÉREUX, j’ai pleine confiance en lui. D’autant que je bois aussi à d’autres sources et que depuis des années, je suis en contact avec des partisans républicains de la sortie de l’euro. Maintenant que mon propre parti vient sur ce terrain, je me dis que ces autres sources avaient raison… D’autre part, j’ai pleine confiance dans celui qui est le seul et unique leader digne de nous conduire à la tête de la République française. Et s’il change un peu son habituel discours sur ce sujet, comme on pouvait s’y attendre depuis quelques mois vu les nombreux indices qu’on en avait eu, c’est bien qu’il doit y avoir des raisons profondes.

D’une part, nous avons compris désormais que l’euro n’était pas fait pour le bonheur des peuples. D’autre part, les institutions de l’Union européenne n’ont pas pour dessin de garantir une démocratie sans cesse perfectionnée ni le droit au bonheur des peuples.

Nous, peuples souverains des États membres de l’Union européenne, ce machin qui ressemble tant à une Union Soviétique inversée des ultras-libéraux, avons donc le droit sacré et le devoir indispensable de résister à l’oppression, de nous insurger, et de renverser le « gouvernement » qui viole les droits du peuple.

Pour cela, il nous faut commencer par désobéir avant de déconstruire le système européen pour en refonder un tout autre sur des bases radicalement différentes. Et pour oser désobéir à l’ordre établi, il nous faut commencer par comprendre qui nous oppresse et quels outils sont utilisés par nos maîtres pour nous asservir. L’euro semble en être un de tout premier choix. Donc, nous disons clairement que nous allons remédier à ce problème.

Depuis des mois, nous, les militants du PG, avons perçu cette évolution politique dans les grandes réunions de notre parti. Lors du dernier conseil national du PG, cela fut assez clair. Je l’avais d’ailleurs écrit ici même. J’avais dit que le PG allait créer la surprise et émettre des propositions inattendues. L’image bandeau de mon profil le dit à sa manière en portant le message « Révolutionnons l’Europe ».

L’Histoire nous donne, par certains aspects, le sentiment de hoqueter dangereusement, de balbutier également. Bien des évènements tragiques nous attristent et nous inquiètent, voire nous écoeurent et nous désespèrent. Mais heureusement, dans le même temps, il y a aussi bien des raisons de ne pas désespérer. Il y a quelques rayons de soleil dans le ciel globalement gris et chargé de lourds nuages. Selon les jours, chacun de nous passe par divers états, du spleen à l’idéal, de l’optimisme inébranlable à la désespérance « à-quoi-boniste ». Mais finalement, nous savons que nous devons résister, toujours et partout, à tout ce qui est intolérable. Et nous nous y employons, avec des fortunes certes diverses, mais avec une volonté de fer sinon une « foi » intactes. Et de même que si quelqu’un tombe, on se fait fort de le relever, de même que lorsque l’un de nous entre dans une période plus trouble, plus terne, ou plus triste, les camarades sont là pour lui redonner le sourire et l’envie de se battre, nous ne perdons pas de vue l’objectif, répété à l’envi par notre meneur, Jean-Luc MÉLENCHON, quand il parle de la République qui est, selon ses termes, ce régime où chacun de nous doit dire ce qui est bon pour tous et non pas ce qui, seulement, serait bon pour nous-mêmes.

Quand on s’oublie un peu soi-même et qu’on en revient à l’essentiel, l’intérêt général, il arrive souvent qu’on se dépasse et qu’on devienne alors meilleur ou, au minimum, qu’on retrouve la force qui nous avait provisoirement quitté, pour lutter pour ces jours meilleurs.

2014 offre de belles perspectives. La lumière ne se substituera pas aux ténèbres sans difficultés, sans engagement sans cesse renouvelé, sans souffrances et sans dommages. Mais à cœur vaillant, rien d’impossible !

Alors soyez convaincu-e-s, camarades, ami-e-s, militant-e-s du progrès humain, de la pertinence de cette maxime de BERGSON, le philosophe, qui écrivait : « l’avenir n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons en faire ».

Quelques autres citations en conclusion qui aident à espérer…

« L’utopie n’est pas l’irréalisable, mais l’irréalisé » – Theodore MONOD

 « L’utopie est la vérité de demain » – Victor HUGO

 « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux » – Étienne de LA BOÉTIE

 « Certaines personnes voient les choses comme elles sont se demandent « pourquoi? « . Moi, je rêve de l’impossible et je me dis « pourquoi pas? » » – George Bernard SHAW (poète irlandais)

 « Ceux qui luttent ne sont pas sûrs de gagner mais ceux qui ne luttent pas ont déjà perdu » – Berthold BRECHT

 « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait » – Mark TWAIN

Interview de Jacques GÉNÉREUX à Rue 89: « la priorité, c’est de sauver l’Europe, pas l’euro » le 16/11/2013

Rue 89

LE GRAND ENTRETIEN

16/11/2013 à 12h05

Dans ces interviews au long cours avec des intellectuels, des artistes, des politiques ou des journalistes, Rue89 prend le temps de réfléchir à froid sur les évènements qui ont marqué l’actualité, les évolutions de la société, les crises…

Topic piloté par Pascal Riché

Jacques Généreux : la priorité, c’est de sauver l’Europe, pas l’euro

« Hollande va à la catastrophe », dit l’économiste du Parti de Gauche qui raconte à Rue89 ce qui se passerait « si Mélenchon était Président », et lui Premier ministre.

1/ « La gauche a tué l’Europe »

Rue89 : Certains parlent d’un « suicide » de la gauche européenne qui aurait, en acceptant un « carcan » européen, renoncé à politique de redistribution, de régulation, de relance…

Jacques Généreux : Ce n’est pas l’Europe qui a tué la gauche, mais l’inverse : la gauche a tué l’Europe. Elle n’a pas « accepté un carcan », elle l’a mis en place. En 1997, lors de la discussion du traité d’Amsterdam, treize pays sur quinze sont gouvernés par des social-démocrates ou des socialistes. Il existait alors un rapport de force politique qui aurait pu permettre de réorienter le projet européen vers plus de coopération, de solidarité…

La coopération, la solidarité, c’était justement l’argument principal des partisans de la monnaie unique en 1992 – dont j’étais. A l’époque, il s’agissait de mettre fin à la spéculation sur les taux de change. Et on pensait que la monnaie unique forcerait les pays membres à aller vers plus d’harmonisation fiscale et sociale et plus de solidarité budgétaire. Le pari des progressistes était que la gauche, lorsqu’elle disposerait d’un rapport de force favorable, pourrait engager l’Europe vers cette nouvelle étape.

Mais la réalité a été différente. Parce que dans le même temps, la nature de la gauche dans les grands partis socialistes et sociaux-démocrates s’est radicalement transformée. Le Labour en Grande-Bretagne est devenu libéral, le SPD [Parti social-démocrate d’Allemagne, ndlr] aussi, le PS en France s’est mué en parti centriste.

Dès lors, quand la gauche se retrouve au pouvoir en 1997, il ne se passe rien : elle accepte la logique de la concurrence fiscale et sociale, la logique de la compétitivité, seule à pouvoir, selon ces partis, créer de la croissance et permettre de résister à la mondialisation.

Ils valident la logique de Maastricht, le pacte de stabilité et le processus d’élargissement sans approfondissement préalable du fonctionnement européen – c’est-à-dire la création d’une grande zone de concurrence sauvage.

En faisant entrer des pays avec des salaires trois ou quatre fois inférieurs, on créait un espace de compétition très dur. C’est la gauche qui a fait cela, au nom de ce qu’elle appelait « l’impératif de compétitivité ».

Rue89 : Les difficultés économiques et sociales actuelles sont-elles la résultante directe de ce choix européen ?

Jacques Généreux : Oui, mais c’est un choix assumé par ce gouvernement. Quel est le grand sujet de réflexion qu’il a ouvert à son arrivée ? Le renforcement des services publics ? La lutte contre les inégalités ? Non, il a mis en place une grande commission sur la compétitivité des entreprises ! Tout est dit.

On a là un gouvernement qui considère que dans le contexte difficile où on est, la seule marge de manœuvre fondamentale est la restauration des marges de compétitivité. C’est une approche d’une stupidité crasse : si tout le monde est compétitif, on est bien avancés.

Rue89 : Ce n’est pas une stratégie coopérative, mais elle peut fonctionner si votre pays est l’un des seuls à la suivre…

Jacques Généreux : Il faut aussi être convaincu que vous allez prendre de vitesse les Brésiliens, les Indiens et les Chinois, ce qui n’est guère réaliste.

Rue89 : Cela a réussi à l’Allemagne...

Jacques Généreux : Oui, mais comment a-t-elle fait ? La France ne peut pas sous-traiter une partie de sa production en Europe centrale… L’Allemagne profite à la fois de sa technologie et de leurs bas coûts de production.

Croire qu’avec cette politique de compétitivité l’on va, en quelques mois, regagner des parts de marchés et que cela va permettre de créer des emplois est une illusion. Et si vous pensez que cela va mettre plus de temps, que faites-vous pendant ce temps-là ? Laissez-vous les boîtes fermer et les gens devenir chômeurs ? Vous enfoncez-vous dans la dépression ?

Rue89 : L’autre choix du gouvernement, c’est le « sérieux budgétaire »…

Jacques Généreux : La politique de François Hollande est conforme à ses choix européens : il était en 2005 favorable au traité constitutionnel européen et farouchement opposé à ceux qui pensaient alors qu’il était temps de réorienter l’Union européenne. Il avait promis pendant sa campagne d’ajouter un volet croissance au Pacte budgétaire européen, cette couche supplémentaire de discipline européenne décidée contre la souveraineté nationale. On sait bien ce qu’il est advenu : on a ajouté le mot « croissance », validé quelques éléments de relance qui étaient déjà dans les tuyaux. Et on a ratifié un traité qui interdit de mener une politique de croissance de long terme.

En effet, ce traité, en imposant l’équilibre structurel des finances publiques, interdit le recours à la dette pour investir. C’est à la fois une atteinte à la démocratie et une aberration économique. François Hollande pouvait refuser ce traité, mais il l’a fait ratifier.

A partir du moment où on se place dans ce cadre-là, eh bien, c’est foutu. François Hollande ne peut pas recourir au déficit budgétaire à court terme, comme l’ont fait les Chinois, les Américains et bien d’autres, pour soutenir l’activité dans un premier temps, en attendant de faire des réformes structurelles à plus long terme. Pas question pour lui non plus de désobéir aux règles économiques en faisant financer la dette publique par des banques publiques. Il ne peut ni régler le problème de la croissance et de l’emploi, ni régler le problème des finances publiques [voir schéma, ndlr] : il va à la catastrophe.

Economistes, FMI, OCDE, tout le monde le dit : si des pays formant un ensemble sont plongés dans un ralentissement économique et sont victimes d’un excès de dette publique, ils n’ont pas intérêt à utiliser tous l’assomoir de l’austérité, sauf à prendre le risque d’entrer dans un processus de dépression.

2/ Il faut changer les traités européens

Rue89 : Comment proposez-vous de changer la donne ?

Jacques Généreux : On ne peut pas changer la donne sans changer les traités européens. Le seul moyen de sortir de cette situation est de se débarrasser du fardeau de la dette excessive, mais sans sacrifier les dépenses publiques (car il faut aussi soutenir l’activité et l’emploi). L’équation a l’air compliquée, elle ne l’est pas.

D’abord, il faut dépenser plus, mais sans aggraver les déficits. Comment ? En trouvant des ressources inutilisées. Il en existe : on peut ainsi récupérer l’argent oisif accumulé dans des patrimoines et autres biens de luxe, qui sont alimentés par les niches fiscales. Selon l’Inspection générale des finances, sur les 150 milliards d’euros de niches fiscales, 70 milliards n’ont pas d’effet réel positif sur l’économie…

Pour les récupérer, il suffit de restaurer la norme fiscale. Plus globalement, au lieu de créer des impôts ici et là, d’une semaine à l’autre, il aurait fallu faire une grande réforme fiscale, claire, débattue. Si l’on appliquait déjà simplement le barême de l’impôt sur les revenus du début des années 90, cela rapporterait 17 milliards d’euros…

La lutte contre la fraude fiscale est également un gisement possible. Il suffit de s’en donner les moyens : les Italiens ont récupéré 10 milliards en traquant les fraudeurs. En France, l’exploitation d’une seule liste, celle des clients de HSBC, a permis de récupérer 1,5 milliard. Des dizaines de milliards d’euros peuvent être récupérés en créant un service fiscal sérieux.

Rue89 : Il est très possible de faire tout cela dans le cadre de la zone euro.

Jacques Généreux : Ce cadre rend impossible une politique de relance, qui commence toujours par grever les déficits publics. Les Américains nous en donnent l’exemple régulièrement. On se fiche, quand il s’agit de sortir un pays de l’ornière, que le déficit monte à 6 ou à 7% du PIB. La seule question valable est de savoir de quel déficit il s’agit : si c’est un déficit qui est là parce qu’on se porte mal depuis des années, qu’on fait trop de cadeaux fiscaux aux plus hauts revenus, qu’on mène une politique d’austérité contreproductive, il n’est pas souhaitable.

Mais un déficit que vous créez pour investir et générer de la croissance future, n’est pas un mauvais déficit. Croyez-vous que la génération suivante vous reprochera de vous être endetté à court terme pour rendre l’habitat écologique, doter le pays d’énergies renouvelables ? Elle trouvera qu’on a été intelligent.

Rue89 : Le problème, c’est que la classe politique ne croit plus au raisonnement keynésien selon lequel une relance budgétaire crée les conditions de son propre financement… Cela fait vingt ans qu’on creuse des déficits sans résultat.

Jacques Généreux : Non, cela fait vingt ans qu’on a abandonné ! On baisse les impôts pour ceux qui sont censés créer les richesses, au nom d’une politique de l’offre : les soi-disant investisseurs. Le résultat, c’est que la part des dividendes augmente, mais l’investissement productif lui, stagne.

La classe politique n’y « croit » plus, dites-vous, et c’est vrai : elle est dans le registre de la « croyance », pas de l’analyse. Ce sont des incompétents, qui écoutent l’air du temps, la doctrine dominante : le néolibéralisme, l’économie de l’offre, etc.

Les Américains sont de vrais libéraux, mais lorsque l’intérêt supérieur de la nation est en jeu, ils n’hésitent pas à mobiliser la puissance de l’Etat pour défendre l’économie et soutenir l’emploi. Cela fait partie du contrat social de ce pays : les gens acceptent d’être soumis à la dureté du marché parce que l’Etat fait en sorte que l’économie fonctionne. Quand elle ne marche pas, il intervient massivement pour qu’il y ait du boulot pour les Américains.

En Europe, nos élites n’ont compris que la moitié de la formule : ils ont adopté la culture néolibérale anglosaxonne, mais ils ont oublié l’autre volet, la nécessité d’avoir un pays qui soutient ses intérêts.

Rue89 : La différence, c’est que l’Union européenne n’est pas un pays…

Jacques Généreux : Eh bien voilà ! En Europe, on a détruit les capacités d’action des pays. Pour être bien sûrs que la loi du marché fonctionne, et que les Etats n’aient plus les moyens de contrecarrer la logique de ce marché ! Les vrais néolibéraux ne sont pas américains, ils sont européens.

3/ La monnaie contre la dette

Jacques Généreux : L’autre piste, totalement fermée, c’est la piste monétaire. Les Américains l’ont utilisée en achetant immédiatement, en créant de la monnaie, de la dette publique. On a vu le temps qu’il a fallu pour qu’on bouge, en Europe, sur ce plan-là.

Rue89 : A la décharge de la Banque centrale européenne (BCE), les Américains étaient entrés en crise avant nous…

Jacques Généreux : Ils étaient en crise en 2008, nous en 2009. Mais on n’a pas utilisé l’instrument monétaire, cela nous était interdit. Qu’a-t-on fait ? Après des petits plans de relance, on est passés à la rigueur dans toute l’Europe en clamant tout d’un coup que le principal danger, c’était la dette publique.

On aurait pu acheter une partie de la dette grecque et des pays surendettés, qu’on aurait mise à la poubelle. On en aurait annulé une autre partie, et on jugulait ainsi immédiatement cette crise. On aurait alors été dans un cadre sain pour réfléchir à la suite.

Rue89 : Le niveau des dettes dans les pays du Sud ou en France est-il devenu incontrôlable ?

Jacques Généreux : En France, ce n’est pas le cas. Un grand psychodrame qui a été monté en sauce par le gouvernement précédent autour de la dette publique française. Il s’agissait de mettre dans la tête des Français qu’on vivait au-dessus de nos moyens et qu’il faudrait réduire les dépenses publiques. On a instrumentalisé la crise pour faire croire que la dette de l’Etat était une catastrophe. Mais l’histoire nous apprend que, pour ce qui est des dettes publiques, ce n’est jamais une catastrophe pour une raison simple : quand on ne peut plus les payer, on ne les paye pas. On finit toujours par s’en sortir en arrêtant d’en payer une partie et en en transformant une autre partie en monnaie-papier.

Rue89 : Ce qui crée du même coup de l’inflation…

Jacques Généreux : On serait bien content qu’il y ait de l’inflation en Europe : même la Banque centrale s’inquiète du fait qu’il n’y en ait plus. Elle craint plutôt la déflation. Elle n’exclut pas d’avoir des taux d’intérêts négatifs : elle donnerait alors de l’argent aux banques pour qu’elles empruntent auprès d’elle ! C’est dire la trouille qui l’a prise face au processus de dépression potentielle. Un processus a été causé à la fois par son refus initial de financer de la dette publique et par les politiques d’austérité suivies par les pays européens.

Rue89 : Dans les pays du Sud, comment régler le problème de la dette ?

Jacques Généreux : Des Etats comme la Grèce, le Portugal, l’Italie ne sont pas sortis d’affaire, l’austérité les ayant maintenus dans le marasme économique. Si on ne les autorise pas à « monétiser » leur dette [la financer par création monétaire, ndlr], la seule issue qu’ils auront, lors de la prochaine vague de spéculation, ce sera de le faire de manière unilatérale, ce qui, selon les traités actuels, les obligeraient à sortir du Système européen de banques centrales. Le système éclaterait alors sous la pression.

 4/ Ne pas faire de l’euro un bouc émissaire

Rue89 : Ne faut-il pas, en France, remettre en cause ouvertement ce système de l’euro, que vous considérez comme une source de blocage ?

Jacques Généreux : La crise actuelle ne vient pas de l’euro. Elle a deux détonateurs :

  • la dérèglementation de la finance, qui a conduit à une débauche de spéculation et produits toxiques ;
  • un mauvais partage des richesses depuis plus 30 ans : on n’a cessé de comprimer la rémunération du travail, au profit des hautes rémunérations et revenus financiers (qui nourrissent eux-même la spéculation). Comme nos systèmes reposent sur la consommation de masse, on s’en est sortis par l’endettement : surendettement des ménages aux Etats-Unis, très fort endettement public dans d’autres pays.

Si vous ne remettez pas la finance au service de l’économie réelle, si vous ne ramenez pas le taux de rémunération du capital au strict nécessaire pour le fonctionnement des entreprises et que vous continuez d’accepter que les détenteurs du capital prélèvent 12 à 15% de la valeur créée, vous n’avez rien réglé. Que vous ayiez comme monnaie l’euro, la livre sterling, ou des coquillages phéniciens ne change rien à l’affaire : les Anglais, qui n’ont pas l’euro, ont été frappés par la même crise que nous.

De même, les politiques d’austérité ne sont pas imposées par l’euro. Si collectivement les gouvernements européens avaient décidé, au nom des circonstances exceptionnelles (et du bon sens économique) de mettre entre parenthèses nos normes budgétaires, on ne serait pas dans cette situation. Il ne faut pas faire de l’euro un bouc émissaire.

5/ « Si tout le monde dévalue, le gain est où ? »

Rue89 : L’euro, par définition, prive les pays en difficulté d’un outil, la dévaluation…

Jacques Généreux : Oui. Les pays en proie d’une crise de la dette s’en sont souvent tirés par la dévaluation, qui permet de booster les économies ouvertes aux échanges. Si vous retournez aux monnaies nationales, vous retrouvez cette marge de manœuvre.

Rue89 : Une sortie de l’euro et de ses règles ne permettrait-elle pas à un pays de retrouver aussi des marges de manœuvre budgétaires et de gestion de la dette ?

Jacques Généreux : Pour un petit pays, qui n’a pas le poids politique et économique de la France et qui est acculé à une situation de crise, la réponse est probablement oui. Si on ne trouve pas de solution collective pour des pays comme la Grèce, c’est ce qui va finir par arriver, sous la pression populaire. Cela n’est pas ma voie préférée, mais c’est celle vers laquelle on risque fort de s’engager.

On risque alors d’assister à des sorties en cascade : Grèce, puis Portugal, Espagne, Italie, et même France : celle-ci ne pourra pas faire face à la fois à la compétitivité allemande et à la compétitivité retrouvée – par la dévaluation – des pays du Sud. Ce serait alors l’éclatement dans le désordre de la zone euro. Et si tout le monde dévalue, le gain est où ? On entre alors dans une logique de guerre économique.

Rue89 : Est-ce qu’il faut sauver l’euro ?

Jacques Généreux : La question doit être posée sereinement. On peut se dire, après tout : pourquoi s’enquiquiner avec un truc qui fonctionne mal, qui crée des contraintes ? Si sa suppression nous donne des marges de manœuvre supplémentaires, pourquoi s’en priver ?

Je ne fais donc pas partie de ceux qui veulent absolument garder l’euro. Mais il faut bien évaluer les avantages et les inconvénients d’un tel choix.

L’euro a quelques avantages résiduels. Sur le long terme, l’euro est un facteur de rapprochement et d’unité politique qui certes est symbolique, mais les relations fondamentales entre les êtres humains sont symboliques avant d’être matérielles. C’est un des éléments, parmi d’autres, qui font qu’il ne peut plus y avoir de guerre en Europe.

Par ailleurs, si on évite par la réglementation les débordements financiers dont nous avons parlé, l’euro peut être un des éléments de maîtrise du marché. Multiplier les taux de change, c’est multiplier les occasions de spéculation.

Ce qui faudrait donc, idéalement, c’est compléter l’euro, en apportant à cette zone monétaire ce qui lui manque pour devenir une zone de progrès. Nous avons besoin d’une vraie négociation sur l’arrêt de la compétition sociale et fiscale dans cette zone. La monnaie unique ne doit servir à mener, comme l’a fait l’Allemagne, des politiques commerciales agressives tout en étant protégé par l’absence de possibilité de dévaluation de ses voisins. Face à de telles politique agressives, le seul moyen de résister est de faire baisser les salaires, de renoncer à respecter de normes écologiques, etc.

6/ Sortir de la crise, mode d’emploi

Rue89 : Dans le contexte européen actuel, comment espérez-vous pouvoir compléter l’euro par des normes fiscales, sociales et écologiques ?

Jacques Généreux : Un pays comme la France peut y contribuer. Parce qu’elle est un des pays fondateur de l’Union européenne et parce qu’elle est la deuxième puissance économique d’Europe, elle peut tenter un coup de force. Un nouveau gouvernement – dirigé par exemple par Jean-Luc Mélenchon – proposerait un deal à ses partenaires européens : nous ne pouvons plus mener en Europe ces politiques qui mènent à la catastrophe sociale et financière ; nous ne pouvons pas agir parce que des traités nous empêchent toute atteinte à la liberté de mouvements de capitaux ; nous ne pouvons pas sortir de la crise sans changer le statut de la Banque centrale européenne et sans pouvoir utiliser la création monétaire dans des règles à définir ensemble ; la zone euro ne sera durable que si l’on s’entend sur des règles empêchant le dumping social et fiscal.

Ou bien vous acceptez immédiatement d’ouvrir ce chantier, ou bien nous prendrons, en désobéissance aux traités, des mesures unilatérales de contrôle des mouvements de capitaux et d’intervention monétaire. Nous réquisitionnons la Banque de France et nous lui donnons, moyennant changement de la Constitution et de la loi française, la possibilité de créer des euros.

Rue89 : C’est une façon de sortir de l’euro…

Jacques Généreux : Non, justement : nous affirmons que nous restons dans l’euro. Notre message n’est pas de faire voler l’euro en éclat. Nous pouvons être éjectés, bien sûr, mais ce n’est pas nous qui prenons l’initiative d’un départ. Ce qu’on revendique, c’est une exception permettant à la Banque de France de participer au financement des déficits publics.

Rue89 : Vous savez que cela déclencherait une crise majeure, ce qui revient au même que de claquer la porte.

Jacques Généreux : Le but est bien de créer un choc majeur. Il peut conduire à une crise si en face, vous rencontrez un blocage. Mais qu’est-ce qui se passe, dans ce cas de figure ?

Techniquement, ce sont les banques centrales nationales qui font fonctionner le système monétaire : ce n’est pas la Banque à Francfort qui définit la politique et contrôle. La Banque de France peut donc créer des euros.

Si, sur ordre du législateur national, elle sort du cadre des directives fixées par la BCE, cette dernière peut l’exclure du système d’échange entre banques centrales. La Banque de France ne pouvant plus échanger de liquidités avec les autres banques centrales européennes, la France serait alors exclue, de fait, de l’euro. Et si la France continue à créer des euros, ils deviennent des « eurofrancs » distincts de l’euro. Un marché euro-eurofrancs serait créé…

Rue89 : On imagine mal la BCE prendre seule la décision d’exclure la France…

Jacques Généreux : Effectivement, on voit mal Mario Draghi [président de la BCE, ndlr] prendre seul la décision de foutre en l’air l’union monétaire. Car si la France est poussée dehors et s’affranchit des contraintes, les autres pays, Italie, Espagne, Portugal ne resteraient pas une seconde dans une zone où ils sont déjà contraints de partout…

Mais cette approche du coup de force préserve le message pro-européen : l’idée n’est pas de détruire l’Europe ou de prôner un repli national – ça c’est l’approche nationaliste du FN. On reconnaîtrait les acquis de la construction européenne, on en déplorerait les travers accumulés depuis vingt ans. Mais on proposerait de sauver ce projet européen et de le réorienter à l’occasion de ce moment de crise.

Rue89 : Cela ne revient-il pas au même ? Je désobéis aux règles, en sachant que cela fera tout exploser…

Jacques Généreux : Non, le but c’est de rester dans l’euro et de négocier. Et si cela finit par éclater quand même, la France, en gardant un discours pro-européen, reste un pilier de reconstruction d’autre chose.

Rue89 : Autre chose ?

Jacques Généreux : Par exemple, un système de coopération monétaire entre les pays qui le veulent, avec des monnaies nationales et, pour les échanges avec les pays hors de cette zone, une monnaie commune… Elle pourrait s’appeler la zone « eurosol », comme « euro solidaire », pour marquer la volonté de donner la priorité non pas à la compétition, mais à la coopération…

Rue89 : Sans l’Allemagne ?

Jacques Généreux : On peut imaginer que dans, un premier temps, le reste de l’ancienne zone euro continue à exister.

Rue89 : Un euro entre l’Allemagne et les Pays-Bas, cela n’a pas grand sens…

Jacques Généreux : Je ne vois pas trop quel serait l’intérêt de l’Allemagne, en effet.

Rue89 : C’est de la politique fiction.

Jacques Généreux : Si c’était Jean-Luc Mélenchon le président de la République et Jacques Généreux le Premier ministre, cela n’en serait pas : c’est ce qui se passerait.

Dans le pire des cas, la France serait exclue par les autres : où est le drame ? Tant pis pour l’Allemagne. Notre eurofranc est dévalué, les entreprises françaises exportatrices se frottent les mains et on reconstruit quelque chose avec d’autres pays. Dans le meilleur des cas, l’Allemagne et les autres pays n’oseraient pas exclure la France et, craignant la contagion, ouvriraient le chantier de la refondation du projet européen sur de nouvelles bases.

7/ Une autre politique au risque de sortir de l’euro

Rue89 : Il y a un petit côté « saut sans parachute » dans votre scénario. Le risque étant une crise majeure qui enfonce encore plus l’ensemble des économies dans la dépression… Si les marchés anticipaient un retour de l’inflation, les taux d’intérêts s’envoleraient.

Jacques Généreux : On verra bien : ma conviction, c’est qu’il n’y aura pas d’inflation car on est plutôt en situation de déflation. Je pense que la réaction des marchés sera plutôt positive. Voir des pays se débarrasser à la fois de leur crise d’endettement et de l’austérité sera une excellente nouvelle. Les marchés sauront que la France n’aura plus aucun problème pour financer ses biens publics et pour rembourser ses créanciers en monnaie sonnante et trébuchante, puisque la banque centrale aura le pouvoir de financer ces remboursements en dernier ressort.

Le problème, c’est que ce scénario ne va pas arriver.

Il est sérieux et crédible, mais il n’y a pas de majorité pour le porter. Pendant que cela ne se produit pas, ce sont les mouvements néoconservateurs, nationalistes (comme le FN en France) voire néonazis (comme Aube dorée en Grèce), qui récupèrent le mécontentement en Europe et prônent le repli.

L’autre gauche existe en Europe – Syriza en Grèce, Die Linke en Allemagne, le Front de Gauche en France, etc. – mais elle ne progresse pas. Cette gauche progressiste n’a pas été en mesure d’assumer pleinement une position suffisamment claire par rapport à l’euro.

Avant la crise, on pouvait dire aux électeurs : « Nous sommes des proeuropéens, nous voulons refonder l’Europe, créer un rapport de force »… C’était audible. Mais plus maintenant. Pendant quatre années, les Européens ont eu le spectacle d’une Europe du chacun pour soi, une Europe qui a attendu trois ans avant d’admettre qu’il fallait annuler une partie de la dette grecque, avec une Allemagne égoïste, qui fait du dumping social et fiscal et freine des quatre fers dès qu’il s’agit de solidarité avec les pays qui ont « fauté ».

Les Européens ont subi directement, pour certains d’entre eux, des politiques d’austérité imposées. Cette violence est directement imputée à l’Europe et dans le même temps, rien n’a été fait contre la spéculation financière, sinon des colloques. La plupart des produits toxiques qui ont servi à la spéculation lors de la crise grecque sont toujours en service. L’UE n’a engagé aucune action contre les principaux fauteurs de la crise : son urgence a été de baisser les salaires et les pensions…

Aujourd’hui, il est donc compliqué de se présenter comme proeuropéen : les gens vous rigolent au nez et vous disent : « Soit vous voulez sortir de ce truc, ce système épouvantable, et on vous écoute, y compris vos idées de refondation ; sinon, on ne vous écoute pas : le violon de l’Europe, on le connaît, on l’a entendu depuis vingt ans. »

Les nationalistes, comme le FN en France, ont un discours beaucoup plus simple et compréhensible : « Cette Europe est inutile et vous fait souffrir, retrouvons notre souveraineté nationale. Il y a un problème, supprimons-le. »

Rue89 : N’est-il pas possible à cette gauche de retrouver un discours simple ?

Jacques Généreux : C’est la difficulté. Il faut assumer clairement le fait qu’au bout de notre scénario du coup de force politique, si les autres pays le refusent, il y aura une sortie de l’euro. On sera dehors. Ce n’est pas jusque-là le programme du Front de Gauche, car le Parti communiste n’était pas prêt à aller jusque-là dans la désobéissance aux règles européennes.

C’est pourtant la condition de la crédibilité de ce propos. Il faut sortir de l’ambiguïté : la priorité, ce doit être la mise en place d’une autre politique. Il vaut mieux sortir de l’euro pour mener une autre politique que renoncer à une autre politique pour sauver l’euro. Car au final, nous ne voulons pas sauver l’euro, mais l’Europe.