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Jean-Luc Mélenchon

« Si le populisme de gauche n’assume pas de briser le mur européen, il raconte des histoires aux enfants » – Entretien avec Christophe VENTURA* – Le Vent Se Lève

* Christophe VENTURA anime Mémoire des luttes

Source : ici (blog Le Vent Se Lève)

Christophe Ventura

Construire un peuple par Chantal Mouffe et Iñigo ErrejónDans le cadre de la sortie de l’édition française du livre Construire un peuple (en librairie le 7 avril), dialogue entre Chantal Mouffe (philosophe théoricienne du populisme de gauche) et Íñigo Errejón (co-fondateur et stratège de Podemos), nous nous sommes entretenus avec Christophe Ventura, qui a mené la publication de cette édition. Christophe Ventura est animateur de l’association Mémoire des Luttes et l’un des fondateurs du groupe de réflexion politique et intellectuel Chapitre 2. Qu’est ce que le populisme de gauche ? Quelle est sa stratégie ? Quelles sont les différences entre Bernie Sanders, Jeremy Corbyn, Jean-Luc Mélenchon et Podemos ? Comment comptent-ils contrer l’hégémonie du populisme de droite ? Emmanuel Macron est-il populiste ? Ces mouvements ont-ils un tabou sur la question européenne ? Doivent-ils prôner la sortie de l’UE ? Nous lui avons posé toutes ces questions.

LVSL : Vous vous intéressez de près à la question du populisme en Europe. Et plus particulièrement au « populisme de gauche », théorisé par Chantal Mouffe. Pourquoi ce concept vous semble-t-il pertinent aujourd’hui ?

Christophe Ventura : Je pense qu’il faut s’intéresser à ce terme de « populisme de gauche » car, d’une manière générale, la notion de populisme est utile pour comprendre ce qui se joue, dans une séquence historique donnée, au sein d’une société. Le populisme est avant toute chose un « moment » dans la vie d’une démocratie devenue totalement oligarchique, et qui entre en crise. Ainsi, ce « moment » annonce l’arrivée ou l’éclatement d’une crise de régime. Sur ce point, je converge beaucoup avec Chantal Mouffe. Nous sommes dans un « moment » populiste. A quoi correspond-il ? Pour résumer : à l’activation d’un vaste mouvement d’opinion et de mobilisation destituant dans la société, à une désaffiliation de la population avec ses organisations et institutions de représentation habituelles. Il s’agit d’une dynamique qui, plus que de se situer dans le cadre des références politiques du moment antérieur, cherche à destituer les pouvoirs en place, leurs représentants et leurs symboles : classes politiques et institutions notamment.

Chantal Mouffe, JLM et autresChantal Mouffe, juste à gauche de Jean-Luc Mélenchon, et Christophe Ventura, celui qui attire leur regard avec son téléphone portable, lors de la marche pour la VIe République du 18 mars 2017.

Ce phénomène nous oblige à concevoir l’action politique, mais aussi intellectuelle et sociale, différemment, à rechercher des stratégies distinctes par rapport à nos habitudes d’organisation. Car, en effet, ce type de dynamique contestataire n’appartient ni au camp de la gauche, ni à celui de la droite a priori. Elle devient en revanche l’objet d’une bataille hégémonique entre ces deux familles pour l’orienter vers la gauche – et à ce moment contribuer à re-signifier cette gauche auprès d’une masse de gens pour qui elle ne veut plus rien dire parce que, pour eux, elle est associée aux mêmes politiques économiques et sociales que la droite – ou vers la droite – et à ce moment-là renforcer le sentiment de rejet de l’autre dans la société, et protéger dans le même temps les intérêts des puissants. Un exemple pour illustrer : le Brésil. En 2013-2014, c’est exactement ce type de phénomène qui a fini par éclater – avec une captation par la droite de la rue – contre le gouvernement de centre gauche de Dilma Roussefftandis que se préparaient les festivités onéreuses de la Coupe du monde de football (2014) et que l’onde de choc de la crise économique et financière mondiale commençait à se faire sentir dans le pays (chômage, montée de la précarité, des inégalités). Je me souviens d’une analyse du journaliste uruguayen Raúl Zibechi dans laquelle il décrit avec minutie comment, « pour la première fois depuis cinquante ans, l’hégémonie dans les rues brésiliennes appartient aujourd’hui à la droite » [1].

Là-bas, la gauche a perdu la bataille. Empêtrée dans la gestion du pouvoir, confrontée à la crise économique, affectée par des scandales de corruption, significativement bureaucratisée et ayant perdu son lien avec les mouvements sociaux, elle a pensé qu’il suffirait de faire valoir son bilan – pourtant le meilleur pour le pays depuis des décennies – et de proclamer ses valeurs pour gagner un sujet alors en construction dans la rue qui se mobilisait initialement contre la cherté de la vie, l’augmentation du prix des transports, les gâchis financiers et la corruption en période de restriction économique. C’était une erreur.

« Emmanuel Macron n’est jamais autre chose que le candidat du libéralisme économique en France. »

L’emploi du terme « populisme » peut faire sursauter à gauche. En effet, beaucoup y voient un concept vide, voire méprisant vis-à-vis du peuple, utilisé par les élites pour discréditer les candidats de gauche radicale qui s’adressent aux catégories populaires. Par exemple, Jean-Luc Mélenchon refusait cette étiquette en 2012, car pour lui c’était alors une façon de l’assimiler au FN. Ça ne semble plus être le cas aujourd’hui : il se montre plus ouvert à cette appellation, même s’il ne l’endosse pas directement. Pourquoi, selon vous, ce terme à autant de mal à être assumé à gauche ?

Il y a trois raisons à cela.

Premièrement, si certains à gauche refusent d’employer le terme, c’est parce que ce mot est plastique, élastique, qu’on peut tout mettre dedans. De fait, comme vous le dites, il est repris par le système pour disqualifier tous ceux qui le contestent… et ce système le fait en utilisant lui-même une stratégie populiste, comme l’explique par exemple Emmanuel Macron lorsqu’il affirme « Si être populiste, c’est parler au peuple de manière compréhensible sans passer par le truchement des appareils, je veux bien être populiste » [2](Journal du dimanche, 19 mars 2017).

Donc, cela pose un problème à gauche. En gros, si toi-même tu utilises le mot que les médias utilisent pour te disqualifier, tu passes tes journées à expliquer que tu as une autre acception du mot mais tu es incompréhensible pour le commun des mortels. Ça c’est une première critique. Par exemple, celle de Jean-Luc Mélenchon.

PlantuIl faudrait ajouter une troisième critique venue de la gauche. Celle consistant à souligner que le peuple, en tant que catégorie, n’existe pas  – ce que disent en fait Laclau et Mouffe qui rappellent qu’il est toujours une construction – et qu’il n’est jamais majoritairement de gauche, mais largement en faveur de la conservation de l’ordre économique et social – même s’il peut dans le même temps souhaiter un coup de balai de sa classe politique – du fait de ses structures sociologiques (paysans et classes populaires attachées aux logiques de propriété, classes moyennes désireuses de mobilité et d’ascension, aspiration au mode de vie bourgeois, etc.) et religieuses (poids ou résilience culturelle de ces dernières dans les classes populaires notamment).La seconde critique consiste à dire que le populisme, même de gauche, est toujours, in fine, un autoritarisme parce qu’il se construit contre les institutions, les corps intermédiaires, et reconnait le rôle d’individus leaders et de stratégies discursives (c’est-à-dire le fait de construire un type de discours qui va articuler des demandes au départ hétérogènes dans la société, puis identifier un adversaire, pour ensuite engendrer la formulation d’une nouvelle frontière politique dans cette dernière entre un « nous » et un « eux » [3]) comme médiations pour la (re)construction du politique. En effet, dans sa dimension théorique, le populisme, selon les travaux de Chantal Mouffe ou d’Ernesto Laclau, postule que les stratégies discursives et le rôle des individus –  ou d’une lutte singulière – coagulent et orientent le sens de la dynamique populiste vers le progrès ou la réaction, vers la construction d’un peuple de gauche ou de droite au sein de la population.

Dialogue entre Chantal Mouffe et Jean-Luc Mélenchon le 21 octobre 2016 à la Maison de l’Amérique latine, animé par Christophe Ventura, et où il est notamment question du populisme de gauche.

Que répondez-vous à ces critiques ?

Ce sont des débats très sérieux et les arguments ne manquent pas mais, de mon point de vue, le populisme est, au fond, la méthode par laquelle se reconstruit le politique à partir d’une crise de la politique. Au bout du processus se trouve la formation d’une volonté collective, d’un peuple mobilisé en politique. Il peut être de droite, de gauche, du centre. Symptôme initial d’un dysfonctionnement de la démocratie, le populisme contribue à la revivifier, à réinstaller un équilibre entre la société et cette dernière, à « reloader » la démocratie représentative en y imposant ou ré-imposant une présence et une représentation des classes populaires et de leurs exigences. Plus qu’un projet idéologique ou politique de long terme, c’est peut-être ici sa véritable fonction.

Bien sûr, il ne s’agit pas d’adopter des interprétations mécanistes ou maximalistes de la théorie populiste. Chaque société est différente et même dans les phases de mouvement destituant, les structures sociales et institutionnelles conservent plus ou moins de légitimité, de résilience, de fonction auprès des populations. Ainsi, le scénario français n’est pas celui de l’Espagne, de la Suède ou de l’Amérique latine.

Christophe Ventura lors de notre entretien, dans les locaux de l’association Mémoire des Luttes.

Christophe Ventuta lors de l'entretienUne fois tout cela posé, le populisme n’est, effectivement, pas en soi progressiste. S’il n’insuffle pas ou ne s’appuie pas sur des aspirations existantes dans la société qui visent la transformation de la structure sociale, il servira les groupes dominants. Passer par l’étape du populisme de gauche en France aujourd’hui, c’est se demander comment inclure dans la mobilisation politique et intellectuelle des tas de gens, en particulier dans les nouvelles générations, qui ne se retrouvent pas dans les organisations, pour faire un chemin qui, à la fin, nous amène à redécouvrir la gauche, en quelque sorte. Donc moi je n’oppose pas non plus, de ce point de vue-là, ceux qui se disent juste de gauche par rapport à ceux qui se disent populistes de gauche. Je pense que ce sont des dynamiques qui permettent de se retrouver in fine.

Je pense que la grille populiste doit être envisagée comme une boîte à outils utile pour notre travail politique et qu’on ne peut pas nier l’existence du phénomène. Pour toutes ces raisons, je pense qu’il faut assumer la notion de populisme et ne pas laisser ce mot à la définition que veulent en imposer les dominants.

Outre Jean-Luc Mélenchon, un autre candidat a décidé de se présenter à la présidentielle sans se baser sur un appareil partisan, en allant directement au contact du peuple : il s’agit d’Emmanuel Macron. Pour le politologue Gaël Brustier, Emmanuel Macron incarne « le populisme des élites » [4]. Comment analysez-vous le « phénomène Macron » dans le cadre du populisme ?

Je pense que Gaël Brustier fait une analyse extrêmement pertinente de ce qu’est le « macronisme ». Macron, c’est le populisme des élites, le transformisme, ou alors, pour le dire encore autrement, un populisme de « l’extrême-centre ». C’est l’inverse d’un trou noir. Il aspire la non-matière pour en faire de la matière. C’est un candidat du vide, au départ, qui aspire de tous les côtés du système qui veut survivre. Il est populiste dans ce sens-là. Il incarne la stratégie, la méthode, la médiation pour tous ces courants-là. Il mène une mission de sauvetage du système et de repositionnement des élites au centre du pouvoir. Emmanuel Macron est celui que le système choisit pour recréer du consentement dans la société  – notamment ses parties les plus intégrées économiquement et socialement – autour du consensus du système.

Macron correspond tout à fait à ce qui s’est passé avec Mauricio Macri en Argentine [Cela sera détaillé dans un entretien avec Christophe Ventura au sujet de l’Amérique latine à paraître très prochainement sur LVSL, NDLR]. Il y a du Macri dans le Macron ! Macri, en Argentine, c’est le prototype du macronisme. C’est exactement le même genre : l’attitude, le positionnement, le discours. Un candidat sans programme. Ou plus exactement si, un programme : le candidat.

MacronS’il fallait résumer le cas Macron, on pourrait dire qu’il fait l’opération suivante : il offre –  c’est ce qu’il a dit dans son discours du 4 février à Lyon –  à différents courants en France, qui vont du gaullisme jusqu’aux sociaux-démocrates, en passant par le centre gauche, le centre droit, les chrétiens-démocrates, etc., la promesse d’être le point d’équilibre pour garantir la continuité de la démocratie-libérale, au sens politique du terme. C’est ce qu’il offre de manière visible à ces courants-là. Mais ce qu’il ne dit pas, et qui est en réalité le coagulant de tout ça, c’est en réalité le libéralisme économique, et son approfondissement. Même s’il ne fait pas campagne là-dessus, il n’est jamais autre chose que le continuateur de son mentor François Hollande. Il n’est jamais autre chose que le candidat du libéralisme économique en France, de l’actualisation de son modèle de société  – l’ubérisation  -, dans une version moins brutale que ce que propose Fillon.

Au-delà de ses démêlés, Fillon fait peur à une partie de ses propres troupes, y compris du patronat, à la différence de Macron. Il fait peur parce qu’il promet au pays l’affrontement ; avec les syndicats, la gauche, le monde du travail, etc. C’est tellement brutal : 500 000 fonctionnaires à la poubelle. Macron ça n’est pas ça. Il temporise. Donc même une partie de la droite et du patronat préfère Macron parce qu’il est le garant d’une sorte de stabilité molle et qu’il est un modernisateur du libéralisme dans la société. Fillon est trop dur pour eux.

Il y a donc aujourd’hui dans la campagne présidentielle française trois populismes qui s’affrontent. Il y a le populisme de droite : Le Pen (nationaux contre mondialistes) ; le populisme de l’extrême centre : Macron (les libéraux des deux rives du système contre les ennemis du système) ; et le populisme de gauche (Mélenchon). Et pour la première fois dans l’histoire de la Vè République, il devient tout à fait probable que l’un de ces candidats – y compris Marine Le Pen –  devienne président en lieu et place des candidats des grands partis de gouvernement traditionnels issus du bipartisme. C’est inédit !

Aujourd’hui, la forme que prend en France la crise du centre du système politique et de ses organisations (les partis), celle que prend leur effritement et leur éloignement des classes populaires confirment l’émergence, à la périphérie de ce système, de mouvements qui vont tenter de devenir de plus en plus centraux. De ce point de vue-là, chacun dans leur genre est populiste. Ils sont des produits de ce « moment » populiste.

« Aujourd’hui, ce qui l’emporte en Europe, c’est l’effondrement des valeurs de solidarité. (…) Mais, plus se mettent en place des politiques qui sanctionnent les marchés financiers et les puissants, et plus se recréent les conditions d’un retour à la solidarité dans la société. »

On voit qu’il y a une approche différente entre le populisme de gauche anglo-saxon, incarné par Jeremy Corbyn et Bernie Sanders, qui s’appuie sur les appareils partisans de la gauche traditionnelle, et celui de Podemos et de Jean-Luc Mélenchon qui, quant à eux, ont décidé d’agir en dehors du cadre des partis, et ont tendance à délaisser le mot « gauche » pour le mot « peuple ». Comment analysez-vous cette différence de stratégie ?

Est-ce qu’il s’agit vraiment de différences de stratégie ou sommes-nous en présence de variantes d’un même phénomène qui pousse dans des engrais différents ? Je pense que c’est plutôt ça. Le populisme anglo-saxon de gauche émerge au sein et contre des structures qui n’ont pas disparues : les Démocrates et le Labour.

En ce qui concerne Jeremy Corbyn, je pense qu’il fait du populisme de gauche au sens de la méthode, d’ailleurs son entourage le revendique depuis peu. C’est assez clair lorsqu’il mobilise et organise un « peuple de gauche » contre l’appareil du parti. A l’intérieur, à travers son appel aux adhésions individuelles massives et à l’extérieur, avec le mouvement « Momentum » qu’il a inspiré et qui lui est directement lié. Mais il le fait d’un point de vue assez singulier, qui n’a pas d’équivalent, puisqu’il a été propulsé à la tête de ce qu’il y a de plus traditionnel comme parti social-démocrate européen : le Labour. C’est tout à fait nouveau. Il a été envoyé au quartier général d’une structure qui est tout sauf une force populiste et qui, malgré son arrivée, n’a pas été encore transformée. Il faut attendre pour en savoir plus dans son cas.

Colère du peupleDans les sociétés plus latines (en Espagne par exemple), qui sont aussi plus brutalement affectées par les effets de la crise économique et sociale, et où il y a des crises de régime politique, ce phénomène prend corps en dehors du système des partis établis, du centre du système politique.

Podemos s’est beaucoup intéressé au populisme pour savoir comment construire une méthode, une stratégie, qui permette de sortir une gauche en crise de la confidentialité politique. « Comment forger des instruments permettant de reconstruire une base sociale qui, en expansion permanente, doit devenir majoritaire politiquement et investir une nouvelle identité politique ? » C’est ça qu’ils appellent populisme. Et la réponse, à travers les outils de Laclau et de Mouffe, c’est construire une stratégie discursive qui va privilégier la construction d’un discours sur des thématiques rassembleuses et fédératrices plutôt que sur des mots d’ordre d’organisation qui font référence à des habitus politiques prédéterminés, en particulier ceux de la gauche. Par exemple la question de la reconquête, de la récupération des droits. Ce sont des thématiques larges, mais qui vont permettre d’agglomérer des populations dont l’affiliation au clivage droite-gauche ne suffit pas ou ne suffit plus. Ça permet donc de construire ce bloc socio-politique offensif.

Le groupe fondateur de Podemos a beaucoup travaillé ces questions à partir d’expériences latino-américaines de terrain, puisque, pour la plupart, ils ont fait les campagnes de Bolivie, du Venezuela, etc. Mais ils n’ont jamais décidé de s’auto-définir comme « populistes de gauche », même si dans les faits, ils en font. Il y a dans Podemos un intérêt pour le sujet, mais l’adhésion au concept est l’objet d’un débat intense, en particulier entre Pablo Iglesias et Íñigo Errejón. Errejón est plutôt contre l’emploi de ce concept – « populisme » oui, mais pas « de gauche » – tandis qu’Iglesias est plutôt pour. C’est d’ailleurs l’un des objets du livre Construire un peuple [5].

En France, nous sommes un peu entre les deux scénarios. Jean-Luc Mélenchon pense qu’au-delà de la gauche, il faut fédérer le peuple, dont de larges pans sont touchés par les mêmes maux. Selon lui, le référent « gauche » est brouillé car ceux qui s’en réclament font, lorsqu’ils arrivent au pouvoir, des politiques nocives contre les intérêts populaires et ressemblent à ceux qu’ils prétendent combattre (les riches, les importants, les dominants, les détenteurs du bon goût, les tricheurs, etc.).

ImpressionDe gauche à droite : Jeremy Corbyn, Pablo Iglesias, Jean-Luc Mélenchon et Bernie Sanders.

Lorsqu’on regarde la victoire de Donald Trump et du Brexit, ainsi que les scores de l’extrême-droite en Europe qui augmentent continuellement, tandis que le populisme de gauche n’a pas encore réussi à prendre le pouvoir ou à gagner une élection, cela vous fait-il penser que le populisme de droite est en train de l’emporter sur son versant de gauche ou bien pensez-vous que le populisme de gauche a juste un train de retard à rattraper ?

Je pense qu’aujourd’hui l’hégémonie du populisme est à droite. C’est indéniable. On ne peut pas se cacher derrière son petit doigt. Aujourd’hui, ce qui l’emporte en Europe, ce sont des logiques d’ultra-concurrence entre tous. Ce qui l’emporte en Europe, c’est l’effondrement des valeurs de solidarité. Tout ce qui renvoie à l’idée de solidarité entre les gens s’effondre. Et, j’ai envie de dire, c’est un peu « Dieu pour tous ». Donc le populisme de gauche part avec cet inconvénient.

Mais la question est de savoir si le populisme de gauche peut être un instrument utile pour fissurer cette hégémonie-là. Parce que la réponse de la gauche social-démocrate, par rapport à ce problème, est un échec cuisant. Toute la stratégie d’une gauche d’accompagnement, qui consiste à dire « ce système est comme il est, mais on va lui donner un visage humain », est ruineuse. C’est ça qui ruine la gauche. Donc le populisme de gauche peut intervenir comme une tentative pour essayer de déjouer l’hégémonie du populisme de droite, notamment sur une question qui est essentielle et qui n’est pas simple à régler : comment constituer la communauté politique ?

Au fond, la différence entre populisme de gauche et populisme de droite est là. Le populisme de droite affirme que ce qui fonde le peuple, c’est l’ethnie. Il développe une vision essentialisée et statique du peuple tandis que ce que propose le populisme de gauche comme principe fondateur, c’est le politique et les logiques dynamiques, conflictuelles, indéterminées et transformatrices que cela induit.

Trump et Farage          Donald Trump et Nigel Farage, le leader de l’UKIP,                            le parti britannique pro-Brexit,                     le 12 novembre 2016 à la Trump Tower.

Aujourd’hui, la version de droite est hégémonique, parce que notre difficulté c’est aussi la question économique. Plus le mal-être économique se propage dans toutes les couches de la société et plus il est difficile d’affirmer et de construire la solidarité entre elles. Le malheur ne rend pas plus aimant… Mais, plus se mettent en place des politiques qui sanctionnent les marchés financiers et les puissants, et plus se recréent les conditions d’un retour à la solidarité dans la société.

« La bataille culturelle hégémonique au sein de la gauche sur l’Europe ne fait que commencer. »

Il existe peut-être un tabou qui pourrait expliquer le piétinement du populisme de gauche : le fait que malgré l’échec de Syriza en Grèce, les tenants de cette stratégie peinent à tenir un discours de vraie rupture vis-à-vis de l’Union européenne ; Jeremy Corbyn a même fait campagne pour leRemain au Royaume-Uni. L’échec actuel du populisme de gauche en Europe ne vient-il pas du fait qu’il existe dans ses rangs un tabou sur la question de l’Union européenne ?

Si, indéniablement. Cela fait partie des tabous de ce courant-là. Pourtant, si des forces populistes de gauche – auxquelles ne se réfère pas Syriza explicitement –  n’assument pas de briser le mur européen, alors elles racontent des histoires aux enfants car les propositions qu’elles portent –  égalité, justice sociale, souveraineté politique – ne sont pas applicables dans le cadre du système européen. Ce faisant, elles laissent ainsi le champ libre aux populistes de droite qui ont bâti une cohérence retorde dans leur rejet de l’UE, à partir de la question de l’immigration et en promettant plus de social pour les seuls nationaux. Ils disent « L’Europe et l’euro nous privent de souveraineté et nous appauvrissent, l’UE promeut la mobilité du travail intra-européen et l’immigration qui minent notre Etat social. Sauver notre Etat social passe par la sortie de l’euro, la fermeture des frontières, l’arrêt des migrations, la préférence nationale ».

Aux forces populistes de gauche de montrer la « roublardise » de ces positions qui cherchent à récupérer de la souveraineté pour ensuite mieux la contrôler et la réduire dans la société, renforcer le patronat national dans la concurrence internationale et discipliner le salariat en lui offrant quelques miettes sur le dos des immigrés et des plus pauvres réprimés. Mais en maintenant toujours plus exploité ce salariat, par des patrons nationaux revigorés ! Une sorte de modèle d’« exploitation patriote » en somme ! Car l’histoire est là pour le montrer. Chaque fois que ces forces ont pris le pouvoir, le discours social a servi à capter les masses populaires durant la phase de conquête de l’État. Chaque fois qu’elles ont gouverné, elles ont servi de chiens de garde au capital et écrasé les revendications populaires.

TsiprasAlexis Tsipras, le premier ministre grec qui a échoué dans son bras de fer avec l’Union européenne.

Et je passe sur l’État social dont le manque de ressources provient, avant toute chose, et de manière massive et surdéterminante, des politiques d’austérité, de la montée des inégalités sociales et fiscales.

Sur l’Europe donc, aux forces populistes de gauche de montrer le chemin d’un autre modèle, de prouver que l’Union européenne n’a pas le monopole de l’Europe.

C’est dans cet esprit que vous avez lancé Chapitre 2, un groupe de réflexion et d’action politique et intellectuelle qui « se donne comme objectif stratégique de gagner la bataille hégémonique au sein de la gauche sur les questions européennes ». Vous affirmez justement que « l’Union européenne n’a pas le monopole de l’Europe et qu’elle est désormais incapable de mener à bien sa propre démocratisation ». Faut-il donc un Frexit (sortie de la France de l’UE) ?

Effectivement. On a fondé Chapitre 2 pour cela. Partant du constat que j’ai développé juste avant, la bataille culturelle hégémonique au sein de la gauche sur l’Europe ne fait que commencer. Donc, il faut avoir des outils pour le faire et c’est à ça qu’on veut se consacrer. Concernant le Frexit, la question est de savoir dans quelles conditions il interviendrait, dans le cadre de quelle coalition politico-sociale et pour servir quel projet ? En soi, un Frexit ne répond à rien, ce n’est pas un fétiche. Un Frexit peut tout à fait – et ce serait hélas le cas aujourd’hui en fonction du rapport de forces actuel dans la société – déboucher sur un projet réactionnaire et dangereux pour les classes populaires. Un Frexit n’offrirait des perspectives que s’il était conduit par une certaine France, celle qui va puiser dans le meilleur de son histoire. Celle qu’il faut, c’est le moins que l’on puisse dire, réanimer tandis que dominent plutôt ses forces les plus sombres. Il n’y a pas que l’Europe qui va mal. C’est la double peine. Pour moi, l’affrontement et la rupture – qu’il faut assumer –  doivent s’inscrire dans la construction de nouvelles bases authentiquement coopératives pour une construction continentale.

C’est ce à quoi il faut travailler, se préparer. Il faut inclure un maximum de gens dans un raisonnement : un gouvernement minimalement progressiste ne pourra pas mettre en place ses propositions dans le cadre de l’UE. Pour le faire, il devra s’affranchir de facto de l’UE, de son système.

A partir de là, nos forces doivent progressivement articuler un maximum de demandes démocratiques, sociales, économiques et écologiques existantes dans la société pour construire un rapport de forces permettant d’imposer un pouvoir transformateur et d’orienter l’inéluctable et nécessaire rupture vers une perspective positive.

Christophe Ventura2Europe, année zéro. C’est là où nous en sommes. Chapitre 2 veut contribuer à la reconstruction, à tous les niveaux où il faut le faire. Admettons que la tâche est rude et incertaine. C’est pour cela qu’elle vaut la peine d’être relevée.

Propos recueillis par Flavien Ramonet.

[1] : « La nouvelle droite brésilienne », Mémoire des luttes, 19 avril 2016.

[2] : « Macron : « Appelez-moi populiste si vous voulez » », Journal du dimanche, 19 mars 2017.

[3] : Peuple/caste ; 99%/1% ; souverainistes/mondialistes ou « partisans d’une société ouverte » selon qu’on soit au FN ou François Hollande et Emmanuel Macron.

[4] : Gaël Brustier, « Emmanuel Macron, le signe que nous approchons du stade terminal de la crise de régime », Slate, 20 janvier 2017

[5] : Chantal Mouffe et Íñigo Errejón, Construire un peuple. Pour une radicalisation de la démocratie, Éditions du Cerf, Paris, 2017.

Crédits :

  • photo d’Emmanuel Macron : Eric Feferberg / AFP
  • dessin des quatre leaders populistes de gauche : Arnaud Tracol pour l’Obs
  • photo de l’homme qui brandit une pancarte : Charles Platiau/Reuters

Renversez la table, M. Mélenchon, ou résignez-vous à la défaite ! – Par Bruno GUIGUE le 24/04/2017

Je signe ce billet en forme de lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon écrit par Bruno Guigue

*

On vous dira que ce n’est pas vrai, mais vous pouvez, si vous le voulez, créer la surprise le 23 avril. Vous pouvez, si vous vous en donnez les moyens, porter très haut la “France insoumise” et contribuer à bâtir cette force dont la vraie gauche, celle qui défend le peuple sous les crachats, a tant besoin dans un pays ravagé par l’égoïsme des nantis et miné par la résignation des humbles.

Mais pour y parvenir, il faut faire des choix clairs, compris de tous. C’est le moment ou jamais ! Vous pouvez représenter, demain, la principale force de gauche, reléguant un parti socialiste vermoulu à la place subalterne qu’il mérite, comme la SFIO des années 60. Si vous laissez passer cette occasion historique, en revanche, la classe qui se croit supérieure parce qu’elle détient le capital continuera de tenir le haut du pavé avec le concours de ses larbins de la vraie droite et de la fausse gauche.

Alors, allez droit au but, et tapez fort ! Vous n’y échapperez pas. L’enjeu essentiel, c’est la restauration de la souveraineté nationale, sans laquelle la révolution citoyenne que vous appelez de vos vœux restera lettre morte. Allez jusqu’au bout de vos idées, ne décevez pas les espoirs que vous suscitez, levez les équivoques dont souffre encore votre campagne. Parlez au peuple, et parlez peuple. Dites que, si vous êtes élu, vous proposerez aux Français, par référendum, la sortie de l’Union européenne.

Cette mystification supranationale, cette supercherie néolibérale n’a que trop duré. C’est un carcan imposé aux peuples par une oligarchie cupide, et vous le savez. Ne faites pas semblant de croire qu’elle est réformable, car elle ne l’est pas. N’accréditez pas l’idée qu’on puisse la changer, car c’est impossible. Ne laissez pas au Front national le privilège de l’avoir compris avant les autres et d’être presque seul à le dire. Ne lui faites pas ce cadeau !

Ce n’est pas pour rien que les dogmes libéraux sont inscrits dans le marbre des traités européens. Pour s’en débarrasser, il faut quitter l’UE. On ne peut restaurer la souveraineté populaire qu’en restaurant la souveraineté nationale. Mais on ne peut restaurer la souveraineté nationale qu’en rompant les amarres avec une institution supranationale dont la fonction est de soustraire l’essentiel à la délibération démocratique.

En jetant aux orties l’Europe des banquiers, vous provoquerez un tsunami idéologique, vous scellerez la réconciliation entre la gauche et la souveraineté. Ce faisant, vous sauverez la gauche et vous sauverez la souveraineté. Mais si vous refusez de le faire, vous tuerez la gauche en la livrant aux socialistes qui pourrissent tout ce qu’ils touchent, et vous livrerez la souveraineté au FN qui en fera un usage conforme à son ADN droitier.

Manifestez donc, face au carcan européiste, la même intransigeance que celle dont vous faites preuve face au carcan atlantiste. Pour restaurer la souveraineté de la France, vous voulez que la France quitte l’OTAN. Contrairement à Marine Le Pen, vous ne voulez pas seulement quitter le commandement intégré, mais l’alliance atlantique elle-même. Vous avez raison, et vous êtes l’un des rares, avec François Asselineau, à le dire haut et fort.

En consommant cette rupture, vous mettrez fin au scandaleux alignement de la France. Vous ferez entendre une voix indépendante sur la scène mondiale. Vous conduirez cette diplomatie souveraine, élargie aux cinq continents, qui est la vocation de notre pays. Ce défi lancé à l’impérialisme vous honore, mais si vous voulez qu’on prenne votre ambition au sérieux, montrez la même radicalité face à cette Union européenne qui est le temple de l’ordolibéralisme.

L’expérience grecque a montré qu’un compromis avec les Pères Fouettard de l’oligarchie se solde toujours par une capitulation du faible devant le fort. Ne laissez pas ces rapaces miner tout espoir de changement, coupez-leur l’herbe sous le pied en annonçant qu’il n’y aura aucune négociation, aucun compromis, que la France veut recouvrer sa liberté et qu’elle nouera ensuite, avec qui elle veut, les coopérations qu’elle jugera utiles.

Vous voulez relancer l’économie, redistribuer les revenus, rétablir les droits sociaux, réformer la fiscalité, réguler la finance. Ce beau projet a un prix qui est celui de la rupture avec le système oligarchique, la déconnexion avec ses instruments privilégiés que sont l’UE et l’OTAN.

Renversez la table, M. Mélenchon, ou résignez-vous à la défaite !

 

Pourquoi Mélenchon a toutes ses chances de gagner l’élection présidentielle ? Par Filip Mediapart le 21/03/2017

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On entend régulièrement des voix, peu importe leur camp politique, s’exclamer de l’impossibilité du candidat de la France Insoumise de remporter l’élection présidentielle. La tendance est au défaitisme, au déclinisme. Pourtant, bon nombre de camarades, citoyens et moi-même sommes dans une logique victorieuse car nous croyons cette campagne unique en son genre, oui, victorieuse.

La « sondocratie » a prouvé qu’elle perdait de son influence sur le choix de vote des électeurs, en témoigne le vote américain aussi bien pour Trump que pour Bernie Sanders, ou encore la primaire de la droite ou du PS dans notre pays. Des résultats totalement contraires aux « prévisions » des instituts de sondages bienveillants montrent enfin les limites d’un système qui ne sait plus comment se préserver de la colère populaire qui semble se déchaîner crescendo contre lui.

Dans cette perspective, contrairement à l’idée communément admise par la plupart des médias ou voir même par certains intellectuels progressistes, il est possible d’admettre que le bulletin de vote Jean-Luc Mélenchon est tout à fait capable d’être en mesure de se qualifier pour le second tour et remporter l’élection présidentielle.

Alors avant de développer, je précise ici la prudence avec laquelle j’écris ces lignes puisque nous sommes dans une campagne électorale extrêmement changeante et instable. Je dirais même que comme prévu, rien ne s’est passé et rien ne se passera comme prévu. Qui aurait pu prédire la situation dans laquelle on est il y a de cela un an ? Personne.

Ou alors qu’on me montre celui qui avait fait un pronostic avec Fillon vainqueur de la primaire de la droite (empêtré dans des scandales jusqu’au cou), Macron candidat hors-parti (soutenu par des protagonistes de la droite comme du PS), Hamon vainqueur de la primaire du PS avec Jadot de EELV qui se désiste pour lui en échange de sièges, et Le Pen qui n’a pas une si grande dynamique que ça derrière elle (sauf dans les médias) puisque elle aussi a des problèmes avec la justice et fait une campagne assez molle. (Attention : je sais pertinemment que Le Pen a un potentiel électoral très fort et que son niveau électoral est légitimement inquiétant, je ne le nie pas, mais sa campagne ce n’est pas la folie attendue, je m’en explique plus loin)

I. L’imposture d’une alliance gagnante à gauche qui n’est en vérité qu’une alliance perdante

L’atmosphère qui règne majoritairement dans le paysage mediatico-politique aujourd’hui est celui d’une défaite quasiment certaine de « la gauche » le 23 avril prochain. C’est vrai, pourquoi faire campagne si l’on est assuré de notre défaite ? Je me le demande bien. Après tout, ce ne sont pas les 10 milliardaires possédant 90% des médias dans ce pays qui vont tout faire pour encourager le progressisme afin qu’il arrive au pouvoir.

Alors quelle est la raison de cette défaite selon eux ? La division. Mon dieu, la division ! Si Mélenchon et Hamon ne s’allient pas (même si leur programme ne sont pas compatibles sur la question fondamentale de la construction européenne, et d’autres aspects encore), la gauche va perdre à coup sûr. Et c’est malheureusement un discours que l’on retrouve également chez bon nombre de responsables politiques de gauche allant du PS au PCF. Pourquoi cette théorie de la « division destructrice » n’est-elle en réalité que son contraire, la « cohérence fédératrice »?

Ce que je nomme « cohérence fédératrice » est le moteur de la campagne de la France Insoumise et son candidat Jean-Luc Mélenchon. Ce qui fait de cette campagne, une campagne unique et porteuse d’espoir, c’est sa cohérence.

Le programme de la France Insoumise est un programme qui ne s’adresse pas qu’aux gens « de gauche » mais à l’ensemble de la population de ce pays. Il en appelle à la raison de chacun, par-delà le clivage idéologique classique. Peut-on continuer avec le nucléaire ? avec la 5ème République ? le changement climatique ? etc. etc. Le programme pose des questions rationnelles et y répond de façon rationnelle, c’est ce qui donne cette cohérence à la campagne. Peut-on rester sur le modèle européen actuel pour répondre aux urgences écologiques, sociales et démocratiques ? Non. Que doit-on faire ? Renégocier les traités pour permettre de répondre à ces urgences.

Je ne prends pas cet exemple au hasard puisque justement la question européenne est le sujet FONDAMENTAL de la discorde entre Hamon et Mélenchon. L’un pense pouvoir faire quelque chose avec l’Europe actuelle (comme Hollande et on a vu ce que ça a donné), l’autre pense le contraire et souhaite en changer. Je respecte le point de vue de M. Hamon mais qu’on ne vienne pas me dire que c’est juste un détail du programme, non ! L’Avenir en Commun n’est pas réalisable sans revenir sur la construction européenne. Point final.

Alors que doit-on faire ? 130 000 personnes étaient réunies pour la 6ème République samedi dernier, presque 300 000 personnes appuient la candidature de Jean-Luc Mélenchon, des millions d’autres sont prêts à voter pour celui-ci, et tous sont convaincus par cette cohérence. Le programme a fédéré et fédère encore énormément de monde autour de problématiques et de solutions rationnelles. Donc voici que M. Hamon a gagné la primaire du PS (dont les réels résultats sont encore attendus à ce jour) et que nous devons absolument nous allier avec lui sous peine…de mourir et de laisser champ libre à l’extrême-droite. S’allier avec M. Hamon fera peut-être plaisir aux quelques électeurs socialistes qui restent dans ce pays, mais enlèvera toute cette cohérence programmatique autour de laquelle des millions de personnes (dont des électeurs socialistes déçus) se sont retrouvés jusqu’à aujourd’hui. Mélenchon, l’insoumis qui veut réellement changer les choses se retrouve allié à Hamon, l’ancien ministre de Hollande qui veut abroger la loi El Kohmri avec…Myriam El Kohmri comme députée ! Non ce n’est pas sérieux. Les gens ne sont plus dupes, quiconque est, ne serait-ce qu’un peu sur le terrain, constatera que le mot d’ordre général c’est : « Plus jamais PS ! »

Enfin bon, tout ça se résume en une phrase. Aucun candidat n’est propriétaire de son électorat et une élection ne marche donc pas en additionnant deux pourcentages du genre « 15%+15%=30%, génial on a gagné les élections ! »

Tout ça n’est pas sérieux et on le sait. Je finis sur cette alliance miraculeuse sans parler de Jadot qui s’est désisté pour Hamon en échange de sièges par-ci par-là. Bizarre que personne ne leur demande quels ont été les accords effectués sur le programme…

II. Un ras-le-bol général de la caste représentée par Fillon et Macron (et Hamon, héritier de Hollande bien sûr)

Bien, maintenant que nous sommes débarrassés de cette question de « l’alliance de gauche » qui est pour moi tranchée catégoriquement, voyons dans quelle ambiance politique se trouvent nos concitoyens.

Nous sommes aujourd’hui dans une ère politique que beaucoup d’entre nous s’accordent à qualifier de « dégagiste », c’est-à-dire qu’il y a un mouvement populaire très fort qui ne se nomme pas lui-même et qui consiste à vouloir faire dégager tous ceux qui sont responsables de la situation actuelle et qui ont tous gouverné pendant des années sans rien changer et même en empirant les choses. De Sarkozy à Hollande, tous ceux qui ont participé de près ou de loin à la mascarade du « changement » dans ces deux gouvernements respectifs sont disqualifiés aux yeux du plus grand nombre. Il ne faut pas avoir peur de les citer :

– Emmanuel Macron, ministre de l’économie sous Hollande, ex-banquier chez Rothschild qui a sous-évalué son patrimoine, auteur de la Loi Macron et défenseur de la loi El Kohmri

– Benoît Hamon, ministre de Hollande pendant plus d’un an, n’a pas voté contre les budgets d’austérité, a déclaré qu’il « assure à Hollande le flanc gauche [du PS] qui évite que certains électeurs se tournent vers Mélenchon »

– François Fillon, premier ministre sous l’ère Sarkozy, dont je passe les détails que vous connaissez déjà

Pour ce qui est de Benoît Hamon et François Fillon, je n’ai pas à revenir dessus. En revanche j’y vais peut-être un peu fort en déclarant que Macron est disqualifié c’est vrai. Les sondages n’étant pas fiables, nul ne sait si les gens tomberont dans le panneau du candidat « en marche ». Beaucoup ne seront pas dupes j’en suis persuadé, espérons-le…

III. Une Le Pen qui fait une campagne molle et qui permet à certains de se tourner vers nous plutôt qu’elle

Le troisième et dernier point sur lequel je vais venir va peut-être en étonner certains mais je trouve que l’on n’attire pas assez l’attention sur celle qui est unanimement déclarée qualifiée d’office pour le second tour. Madame Le Pen.

Je le répète encore une fois, le FN n’a jamais été aussi haut électoralement, jamais aussi proche du pouvoir, je veux le préciser et qu’on ne vienne pas dire que je sous-estime la menace, j’en suis conscient. Pourtant je constate que la campagne électorale frontiste n’est pas très dynamique. On le constate d’abord dans les meetings, qui ne font pas très sensation, le dernier ayant réuni 3000 personnes. Mais je ne vais pas accentuer ce point puisque l’on sait que l’électorat frontiste est un électorat qui n’aime pas à se montrer et se cache, j’en suis d’accord. Mais on constate cette faible dynamique sur les réseaux sociaux avant tout, haut lieu de l’anonymat qui permet aux électeurs favorables à Le Pen de se montrer sans gêne.

La campagne de la France Insoumise a incontestablement surclassé celle du FN ce qui est nouveau dans le paysage numérique. Tandis que Philippot et Le Pen se ridiculisent eux-mêmes sur leur chaîne YouTube, Jean-Luc Mélenchon fait un carton incontestable sur Facebook, Twitter et YouTube avec des vidéos pouvant atteindre plusieurs millions de vues. Un bon nombre de jeunes ou moins jeunes considérant jusqu’ici le FN comme le seul parti soi-disant antisystème se rendent compte de la supercherie et découvrent une autre véritable force antisystème qu’est la France Insoumise avec Jean-Luc Mélenchon.

Je vois deux raisons à cette campagne que je qualifie de « molle » du Front National. La première étant le sentiment chez eux qu’ils ont gagné d’avance et que leur victoire est assurée, en témoignent les médias qui relaient leurs sujets et thématiques en quasi-permanence. La seconde étant évidemment le profil bas de certains alors que des affaires judiciaires éclaboussent également le Front National. Alors quoi que l’on puisse penser, force est de constater que le FN ne domine pas partout et cela aussi joue en notre faveur.

En résumé, la cohérence fédératrice, la vague « dégagiste » et la supercherie en partie démasquée du FN me semblent un climat politique plus que favorable à l’élection du dernier président de la Vème République. Quoi que l’on pense de cette analyse, le mot d’ordre de la fin de cet article est clair :

AUX URNES CITOYENS !

La France insoumise de Mélenchon doit rompre avec le fantôme de « l’Europe sociale » – Par Coralie DELAUME et Aurélien BERNIER – Marianne le 23/03/2017

Article accessible ici
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Coralie Delaume est essayiste. Elle anime notamment le blog l’Arène nue. Elle a publié avec David Cayla l’essai La fin de l’Union européenne, Michalon (janvier 2017).
Aurélien Bernier est essayiste. Il a publié publié plusieurs ouvrages dont La gauche radicale et ses tabous : pourquoi le Front de gauche échoue face au Front national (Seuil, 2014) et plus récemment La démondialisation ou le chaos (Utopia, octobre 2016).

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Coralie Delaume et Aurélien Bernier interpellent Jean-Luc Mélenchon sur la question européenne et sa radicalité « euro-compatible » qui rappelle selon eux « l’Europe sociale » des socialistes.

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Il y a eu la crise grecque de 2015. Elle est d’ailleurs sur le point de refaire surface puisque les créanciers du pays sont en désaccord sur presque tout, en particulier sur ce qu’il convient de faire de la dette – insoutenable – de ce pays. Il y aura bientôt le Brexit, dont le déclenchement officiel est prévu le 29 mars, et dont on n’a aucune idée de la manière dont la France s’y prépare. Pourtant, notre pays a d’énormes intérêts dans l’affaire, lui qui dégage avec le Royaume-Uni son excédent commercial le plus élevé (12 milliards d’euros en 2015). Il y a bien sûr les conséquences de la « crises des dettes souveraines » et de la crise de l’euro du début des années 2010 qui n’en finissent pas de ricocher. Il y a enfin l’entêtement de la bruxellocratie, qui n’envisage, face à cela, que de renforcer indéfiniment l’austérité, quand elle n’est pas occupée à avouer son impuissance (« Merde, que voulez-vous que nous fassions ? », disait Jean-Claude Junker au Parlement européen le 1er mars) ou à insulter les pays d’Europe du Sud ( « On ne peut pas dépenser tous l’argent dans l’alcool et les femmes, et ensuite appeler à l’aide », affirmait Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe le 21 mars).

Dans ce contexte, nous imaginions que la question de l’Union européenne serait naturellement centrale dans la campagne présidentielle, d’autant plus que l’UE est le carcan à l’intérieur duquel se dessinent toutes les politiques économiques des États membres. Les traités en vigueur forment en effet une véritable « constitution économique de l’Europe » de l’aveu de nombreux spécialistes.

Par ailleurs, après l’échec spectaculaire d’un gouvernement de gauche radicale, celui d’Alexis Tsipras en Grèce, et la démonstration faite à son corps défendant par Syriza qu’on ne reforme pas l’Europe « de l’intérieur », nous espérions que la France insoumise oserait prendre à son compte la contestation de l’austérité constitutionnalisée, et éviterait d’offrir au Front national le monopole de la radicalité en matière de rupture avec l’Union européenne.

Jean-Luc Mélenchon laisse le champ libre à Marine Le Pen

Pour l’instant, il semble que nous nous soyons en partie fourvoyés. Lors du débat télévisé du 20 mars entre cinq candidats à l’élection présidentielle, c’est Marine Le Pen qui s’en est prise avec le plus de vigueur au libre-échange et aux politiques antisociales de l’Union européenne. C’est elle qui a évoqué la problématique de la désindustrialisation du pays. C’est elle encore qui a évoqué la probable délocalisation de l’usine Whirlpool d’Amiens en Pologne, et donc, en filigrane, la problématique du dumping social au sein du Marché unique. Brillant sur bien des sujets, Jean-Luc Mélenchon lui a laissé le champ libre sur celui-ci, pourtant primordial.

Mais il y a pire. La campagne de la France insoumise avait débuté sur l’air de « l’Europe, on la change ou on la quitte ». Or, en l’espace de quelques jours, des porte-paroles de Jean-Luc Mélenchon ont multiplié les déclarations alambiquées dans les médias et contribué à renforcer le flou autour sur la stratégie « plan A – plan B ».

Ce fut d’abord le cas du responsable des questions économiques, Liem Hoang Ngoc. Invité de la matinale sur France Inter le 13 mars 2017, ce dernier a cru bon d’affirmer que le programme du mouvement avait été élaboré « dans un cadre euro-compatible ». On se croirait revenus vingt ans en arrière, lorsque Robert Hue déclarait le Parti communiste français « euro-constructif ».

Voilà en tout cas de quoi rassurer ceux qui ont pu craindre un tournant anti-Union européenne de la France insoumise. A ceux-là, l’économiste rappelle certes que les traités « sont inapplicables en l’état ». Mais il les rassure aussitôt en affirmant qu’il respectera peu ou prou critères de Maastricht. Mieux, il rompra avec le hollandisme tout en faisant – c’est là le tour de force – du hollandisme ! Liem Hoang Ngoc dit en effet prévoir « un déficit moyen de 3,5 % du PIB au cours du quinquennat c’est à dire pas plus que ce qu’Hollande a fait » au cours du sien. Enfin, il vend la mèche : « en fin de quinquennat, nous prévoyons un désendettement à 2,5 % du PIB. Les marchés n’ont aucune raison de spéculer contre notre politique ». C’est plus clair ! Il s’agit donc, une fois de plus, de « rassurer les marchés » auprès desquels on continuera d’emprunter. Et pour demeurer un emprunteur solvable, on œuvrera à se désendetter. On est ébouriffé par tant d’audace…

Quatre jours plus tard, c’est au tour de Jacques Généreux de s’exprimer à l’occasion d’un débat avec Thomas Piketty, soutien de Benoît Hamon, organisé par le journal Politis. Face à un public manifestement ravi des convergences entre les deux économistes, il introduit en ces termes la stratégie « plan A – plan B » : « L’intention de la France n’est pas de détruire l’Union européenne, n’est pas de sortir de l’Union européenne, c’est de sauver l’Union européenne dont nous sommes absolument persuadés que si elle continue telle qu’elle est là, elle est condamnée non seulement à l’échec (…) mais surtout à l’explosion de la pire des manières ». D’emblée, on est saisi d’un doute affreux. Car l’Union européenne, ce n’est pas l’Europe. Si l’Europe est un ensemble de pays situés sur un même continent, l’Union est un ensemble de règles, un montage juridique. Dès lors, pourquoi fétichiser à ce point un édifice institutionnel connu pour être intrinsèquement porteur d’une grave érosion démocratique ?

L’impossible « réorientation » européenne

Comment les choses se passeront-elles si Jean-Luc Mélenchon est élu ? Simplement nous dit Jacques Généreux. Tout d’abord, la France insoumise au pouvoir prendra des mesures unilatérales qui désobéiront aux traités comme, par exemple, le contrôle des capitaux. Tout en continuant à financer sa dette sur les marchés, donc, ainsi qu’on l’a vu avec Liem Hoang Ngoc. Voilà qui promet d’être compliqué.

Pendant ce temps là, la France demandera l’ouverture de négociations avec les pays de l’Union pour refondre les textes européens, tout en continuant à désobéir. Car selon l’économiste « personne ne peut nous mettre dehors […] et donc on peut rester autant qu’on veut en n’appliquant plus les dispositions des traités ». On resterait dans les traités tout en sortant des traités. On désobéirait à des règles tout en restant dans l’Union européenne, qui n’est elle-même qu’un ensemble règles. Les mystère s’épaissit, et l’on souhaite bien du courage pour convaincre les électeurs.

Au mois de juin dernier, nous avions été conjointement auditionnés par la France insoumise dans le cadre de l’élaboration du programme de Jean-Luc Mélenchon pour 2017. Jacques Généreux nous avait présenté ce scénario, et nous lui avions déjà fait plusieurs objections qui rendent cette présentation du « plan A – plan B » très complexe à appréhender. Nous avions en particulier soulevé le caractère central de la question juridique, alors que le droit européen prime actuellement sur les droits nationaux, et que l’ordre juridique communautaire est inscrit au cœur de la Constitution française. Nous avions ensuite fait observer qu’il est inenvisageable que l’Allemagne et d’autres pays du Nord et de l’Est (Finlande, Pays Baltes…) acceptent une « réorientation » dans le sens d’un surcroît de « solidarité » communautaire. Plutôt que de mettre en place une union de transferts, ils préféreront rompre. Y compris si le social-démocrate Martin Schultz remplace Angela Merkel à Berlin puisqu’il gouvernerait probablement en « Grand coalition » avec la CDU, comme le SPD le fait depuis des années.

Politiquement, on comprend que le problème soit délicat. Une rupture décidée par la France serait un tsunami, alors même que notre pays a longtemps dominé l’Europe et s’est trouvé à l’avant-garde du processus d’intégration. Il existe sans doute, dans l’esprit des dirigeants de la France insoumise, le souci de se laisser le temps de démontrer à la population l’inanité de tout projet de réorientation de l’Europe, ne serait-ce que pour légitimer la rupture. On peut même supposer qu’existe le désir tacite de pousser d’autres pays à rompre les premiers pour n’avoir pas à assumer la responsabilité historique de la fin de l’Union.

Mais à ce stade ce calcul nous semble dangereux, car il risque de décrédibiliser toutes les promesses économiques ambitieuses portées par Jean-Luc Mélenchon. Comment fait-on pour relancer une économie intégrée au Marché unique et dotée de l’euro alors qu’on ne peut plus avoir de politique monétaire (c’est la Banque centrale européenne qui la conduit), ni de politique de change, ni de politique budgétaire (en raison de l’existence du Pacte de stabilité, du TSCG, du Two Pack, du Six Pack etc.), ni de politique industrielle (les règles relatives à la concurrence non faussée figurant dans les traités l’interdisent), ni de politique commerciale (puisque c’est une compétence exclusive de l’Union) ? En désobéissant sans pouvoir s’appuyer sur une base juridique solide ? Comment croire qu’une telle stratégie puisse s’inscrire dans le temps nécessaire aux négociations souhaitées avec les « partenaires européens » ? Comment penser que les fameux marchés continueront comme si de rien n’était à accorder leur confiance ?

Malgré la détermination de la France insoumise que nous ne remettons pas en cause, la radicalité « euro-compatible », rappelle décidément trop « l’Europe sociale », cette stratégie éculée du Parti socialiste pour justifier ses pires renoncements : on peut l’évoquer en boucle, elle n’adviendra pas avant des décennies. Ce plan n’est pas plus crédible que la réaffirmation de la « souveraineté populaire » sans récupération d’une part substantielle de la souveraineté nationale, qui n’est que l’autre nom, après tout, de la liberté d’un peuple à disposer de lui-même, en somme de la démocratie. Tout cela, si la gauche ne le dit pas, Marine Le Pen le dira. Hélas d’ailleurs, elle le fait déjà, avec le succès que l’on sait.

L’iceberg du 23 avril – Par Baloo

Benoit Hamon et son formidable meeting (de gauche) 🙂 du 19 mars à Bercy pendant lequel il aura quand même trouvé l’occasion de demander à son public militant et sympathisant de saluer l’action de François Hollande, de Bernard Cazeneuve et de Jean Luc Le Drian.

Il est beau Benoit le frondeur social démocrate, non ?

Il faudrait juste lui rappeler que Cazeneuve et Hollande seront à tout jamais responsables de la mort de Rémi Fraisse. Responsables aussi de toutes les violences policières commises sur les militants qui s’opposaient à loi El Khomri, et à l’aéroport de Notre Dame Des Landes.

Il faudrait juste lui rappeler également que Le Drian appelle à voter Macron. Mais bon, il a fait un beau meeting Benoit, il a bien lu son prompteur qui lui donnait l’apparence d’un bon tribun et les gens étaient heureux en imaginant ce « futur désirable ».

Ça leur rappelait sûrement le beau discours du Bourget de 2012 où Hollande le candidat normal leur promettait tant de belles choses de gauche évidemment puisqu’il se disait socialiste à ce moment là.

Eh oui, ce n’est que deux ans plus tard qu’il allait confesser qu’il était un social démocrate comme DSK et tant d’autres au PS.

Benoit Hamon, lui, se déclare sans aucun complexe comme un social-démocrate capable de mener malgré tout une politique de gauche et il y a encore des électeurs de gauche qui veulent y croire ou qui donnent du crédit à sa parole.

Cinq années ne leur auront donc pas suffi pour comprendre l’escroquerie socialiste, ils en redemandent.

Elle est pourtant tellement énorme cette arnaque Hamon, que normalement tout le monde devrait la voir venir à des kilomètres.

Apparemment non. Il doit faire plus socialiste que Hollande, il fait moins plouc que son chef, il a une bonne gueule, il fait jeune mais derrière l’apparence, il restera toujours la sociale démocratie comme pilier politique avec quelques variantes pour faire croire qu’avec lui, c’est la gauche qui est de retour.

Que dire, sinon que ça me désespère de constater que pour beaucoup, les belles paroles bien enrobées de politiciens professionnels auront toujours plus d’importance que leurs actes réels.

Allez, c’est pas bien grave, tous ces électeurs qui s’apprêtent encore à voter socialiste le 23 avril prochain, ont déjà anticipé le naufrage programmé en se rapprochant des canots de sauvetage Macron qui pourrait devenir socialiste pour quelques jours le temps de récupérer les voix des naufragés.

Mais pour ça, il faudrait que ce dernier soit au second tour.

Sincèrement, je n’aimerai pas être à leur place si en déjouant tous les sondages quotidiens, le mouvement de la France Insoumise se retrouvait au second tour face au FN.

Vous vous imaginez le tableau d’un Valls appelant à barrer la route à la Le Pen et à voter pour JLM alors qu’il ne veut pas soutenir Hamon comme il s’y était engagé au moment des primaires s’il perdait cette même primaire.

Vous vous imaginez cette soirée du 23 avril où ce gros con de Cohn-Bendit au côté de Hollande et de tant d’autres se verraient obligés d’appeler à voter Mélenchon comme ils l’avaient fait avec Chirac en 2002 quand le FN n’était pourtant à ce moment-là qu’une menace de façade.

Ah, si seulement les abstentionnistes et les indécis, pouvaient juste une fois venir balayer avec nous pour faire place nette à la France Insoumise.

Message de Gérard Miller lors de la marche pour la 6e République, place de la République à Paris le 18/03/2017

Retranscription faite par Vincent Christophe Le Roux
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Pour écouter et voir ce message, c’est ici.
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Quand en 1889, on a voulu interdire aux enfants de moins de 12 ans de travailler dans les mines, des voix se sont élevées pour dire : « Vous n’y pensez pas ! On va manquer de charbon ! »
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Quand en 1936 on a demandé si on ne pouvait pas envisager de passer à la semaine de 40 heures, des voix nombreuses, très nombreuses, se sont élevées pour dire : « Ah non, pas question ! Ou c’est tout notre système économique qui va s’écrouler ! »

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Et quand en 1982 on a décidé d’instaurer la 5ème semaine de congés payés, des voix, les mêmes, toujours les mêmes, se sont, une nouvelle fois, insurgées : « Ah non, là vraiment, avec cinq semaines de congés payés, la France ne pourra plus être compétitive ! »

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Et tout ça, tout ça, affirmé, à chaque fois, avec un ton d’évidence. Parce que les réactionnaires sont comme ça ! Ils passent la moitié de leur vie à se tromper et le reste du temps à ne pas corriger leurs erreurs. Mais ils croient, dur comme fer, que le bon sens est de leur côté. Ils sont convaincus d’avoir les pieds sur terre tandis que les autres, les révolutionnaires, les gauchistes, les insoumis auraient la tête dans les étoiles. Et pourtant, et pourtant, il n’y a pas une seule avancée sociale que tout le monde trouve aujourd’hui parfaitement normale. Même Fillon ne souhaite pas que les enfants redescendent dans la mine et d’après ce que j’ai compris, il ne remet pas en cause les congés payés.

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Il n’y a pas une seule avancée sociale qui n’ait pas été arrachée à tous ceux qui considéraient que le monde dans lequel on vit est le seul possible !

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L’actuelle campagne électorale ne déroge pas à la règle. Combien de fois n’avons-nous pas entendu, ces dernières semaines, les tenants du libéralisme affirmer :

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« Ce que propose Mélenchon, c’est bien beau mais ce n’est pas réaliste ! Bien beau la 6e République, ou l’augmentation du SMIC, ou la revalorisation des minima sociaux, ou le retour à la retraite à 60 ans, ou le remboursement à 100% des frais de santé, ou la gratuité progressive de l’eau et de l’énergie, tout ça c’est bien beau mais ça n’est pas réaliste. »

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Je vous pose la question. Les tenants du libéralisme ont plongé le monde dans une crise économique qu’eux-mêmes reconnaissent comme invraisemblable. Est-ce qu’ils sont vraiment bien placés pour nous expliquer ce qui est réaliste ou pas ?

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Quant aux électeurs de gauche, sincères, qui aimeraient voter pour Jean-Luc Mélenchon et qui écoutent la voix de ses sirènes en se demandant : est-ce que le programme de la France insoumise n’est pas un peu utopique ? il faut leur rappeler que tout au long de l’histoire de France, la droite n’a pas cessé de dire à la gauche qu’elle n’était pas réaliste. Et heureusement, la gauche ne l’a pas entendue sinon nous n’en serions pas là où nous en sommes aujourd’hui !

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Ne tombons pas dans le piège du « combien ça coûte ? ». Demandons-nous d’abord ce qui est juste. Demandons-nous d’abord ce qui est souhaitable. Et ensuite seulement, réfléchissons, comme la France insoumise l’a fait, à la façon de financer tout ça ! Parce que l’argent ne manque pas. Il n’a jamais manqué !

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Pour terminer, je vous dirai un mot de ce qu’on appelle aujourd’hui le vote utile. C’est un piège de même nature.

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Les Socialistes qui nous exhortent aujourd’hui à voter, dès le premier tour, pour Emmanuel Macron, pour barrer la route au second tour à Marine Le Pen, oublient un petit détail : ils ont eu cinq ans pour détourner de l’extrême droite les électeurs. Cinq ans pour préférer au « vote utile » la politique utile ! Cette politique utile, ils ne l’ont pas faite et ils nous demandent maintenant de réparer les pots qu’ils ont eux-mêmes cassés !

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Le vote utile, c’est le degré zéro de la politique ! On ne s’intéresse plus aux programmes, on ne s’intéresse plus aux idées, on se s’intéresse plus aux propositions, on considère que la cause est perdue d’avance alors que la seule cause qui est perdue d’avance, c’est quand on décide à l’avance de ne pas se battre !

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Je termine en vous disant que ce billard à trois bandes – il aurait fallu voter, à la primaire de la droite, Juppé pour battre Sarkozy et maintenant il faudrait voter Macron pour battre Le Pen – ce n’est pas notre conception de la politique !

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Et je vais vous dire une dernière chose et c’est là un des objectifs de la 5e République : nous dégoûter de la politique, nous faire croire qu’on ne peut pas se battre pour des convictions. Alors c’est simple. Moi, je termine en disant : Vivement la 6e République ! Et en attendant, soyons tous réalistes : votons pour Jean-Luc Mélenchon !
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Message de Sam Karmann (comédien, acteur) lors de la marche pour la 6e République, place de la République à Paris le 18/03/2017

Pour l’écouter, c’est ici
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Retranscription faite par Vincent Christophe Le Roux
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Et voilà, je monte et je regarde. Et je vous assure que c’est quelque chose de voir ces gens, tous ces visages, qui regardent vers cette 6e République, qui regardent vers ce programme que l’on croit possible, le seul possible, c’est-à-dire cette révolution à la fois institutionnelle et écologique. Et je voudrais dire, pour ceux qui doutent que l’on puisse toucher à cette constitution, l’article 28 de cette première constitution de la République, le 24 juin 1793, il est dit : « un peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer la constitution. Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures. »
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De la même façon, le spectacle des politiques de droite qui nous mettent la honte, eux ils disent… Ils montent les gens les uns contre les autres, contre les institutions, contre la justice. Leur slogan, c’est : « et alors ? ». Vous vous rendez compte ? La justice, et alors ?

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[on entend dans la foule : dégagez – dégagez – dégagez…]

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Savez-vous que dans le programme de Monsieur Fillon la justice c’était la simplicité, indépendance, efficacité ? Il a repris les termes, il a enlevé « indépendance ». Ce n’est plus que la simplicité et l’efficacité. Je vous laisse à comprendre ce que ça signifie de retirer le mot « indépendance de la justice » !

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Assez des autres ! Je voudrais venir maintenant au point qui me tient le plus à cœur parce que avant toute cette campagne, avant le programme, moi je fais partie de ceux qui ont cru en 2012 au discours du Bourget et qui n’en peuvent plus ! Et quand on voit maintenant que la trahison se passe au PS, il faut accepter que le PS n’est plus un parti de gauche ! Je n’ai pas de leçon à donner à Monsieur Hamon mais Hamon, le PS te lâche, lâche le PS !

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Je demande au million 100 000 personnes qui ont voté Hamon [à la primaire] de bien réfléchir. Je ne mets pas en cause l’homme, je le respecte infiniment, je le crois sincère mais en tout cas le programme, on le retrouve dans la France insoumise. Réfléchissez bien ! Le PS ne veut pas de cette politique de gauche ! C’est du centre-droit au mieux ! Au mieux ! Et à force de berner les gens, on se retrouve comme le 18 mars 1871, premier jour de la Commune, et là je vous cite le texte de Victor Hugo, qui a écrit pendant cette Commune, un texte admirable, un poème, où il prévient les hommes politiques, ou plutôt il leur donne le constat de leurs actions, et il dit… Ah, attention, c’est Hugo qui parle ! :

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« Hélas ! Combien de temps faudra-t-il vous redire à vous tous, que c’était à vous de les conduire, qu’il fallait leur donner leur part de la cité, que votre aveuglement produit leur cécité. D’une tutelle avare, on recueille les suites, et le mal qu’ils vous font, c’est VOUS qui le leur fîtes ! Vous ne les avez pas guidés, pris par la main, et renseignés sur l’ombre et sur le vrai chemin. Vous les avez laissés en proie au labyrinthe. Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte. »

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Voilà, merci Victor !

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Je ne peux pas partir sans cette phrase de Camus qui s’adresse à tous ceux d’en face qui méprisent le peuple, avec leurs arrangements, avec leurs mensonges, leurs parjures, leur déni, leurs reniements. C’est du mépris ! Et Camus disait : « Le fascisme, c’est le mépris ! Inversement, toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme. »

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Levons-nous contre ce fascisme !
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