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Alain Juppé

Juppé serait sur le point d’accepter de succéder à Fillon qui va se retirer, nous dit-on. Cela m’inspire quelques lignes acerbes à son sujet…

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Alain, si tu prends la suite de François, attends-toi à une belle adversité, notamment de notre part, nous qui sommes militant-e-s de la France insoumise. Mais pas que…
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Pourquoi dis-je cela ? Parce que, vois-tu, nous n’avons RIEN oublié des deux ans que tu as passés comme Premier ministre, de 1995 à 1997. Cette courte période a beau être de l’histoire ancienne, nous l’avons toujours clairement ancrée en nous.
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 Et comme on le dit ailleurs, « Ni oubli, ni pardon » !

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Nous nous souvenons très bien de tout ce que tu as fait pendant ces deux années-là. Mais aussi de tout ce que tu n’as PAS fait, et que tu aurais pourtant dû faire pour rester fidèle au projet politique porté par Chirac lors de la campagne présidentielle et qui fut approuvé par les Français le 7 mai 1995. Or, ce projet, tu l’as allègrement saboté, en quelques semaines à peine, avant d’y porter le coup de grâce en septembre de cette année 1995, avec cette intervention à la télévision où tu as décidé de faire ton tournant de la rigueur et de mener une politique axée principalement sur la réduction des déficits et la dette, alors même que Chirac, pendant sa campagne du printemps, avait prétendu qu’il ferait l’inverse.

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Il nous avait dit que la lutte contre les déficits et la dette ne seraient efficace qu’avec un retour massif des gens au travail. Chirac disait aussi que « la feuille de paie n’était pas l’ennemie de l’emploi ». Il nous avait expliqué alors, reprenant une logique politique de gauche et s’opposant en cela à Balladur qui, lui, défendait la vision traditionnelle de la droite, que la dette et les déficits résultaient du chômage et non l’inverse. Il avait aussi promis de lutter pour « réduire la fracture sociale ».
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Tout cela, tu y étais opposé mais tu ne le disais pas, bien sûr. Toi, tu ne pensais le sujet que via l’idéologie habituelle de la droite et ça s’est vu très vite dès que tu fus à la tête du gouvernement. Tes premières décisions marquèrent les esprits. Tu ne serais pas le chef d’orchestre du retour à une politique « gaulliste » d’économie mixte. Tu serais le chantre du libéralisme qui commençait à imprégner toutes les têtes, même celles que l’on pensait impropres à être ainsi conditionnées.
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Sans compter par ailleurs ton attitude arrogante, hautaine, méprisante envers toute personne osant te contredire, et ton tempérament despotique à l’égard de toute personnalité, y compris de ton propre gouvernement, qui ne marchait pas sous tes diktats. De Madelin que tu viras sans ménagement dès juillet, pour des raisons officielles tout à fait différentes de celles qui guidaient ta décision, à toutes ces femmes que tu avais faites ministres en mai 1995 mais que tu as très rapidement évacuées du gouvernement, beaucoup se souviennent de toi comme de quelqu’un à qui on aurait envie de mettre des baffes par paquet de 12.
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Et je ne cause pas de l’affaire de l’appartement de ton fils qui t’a fait te raidir encore davantage que tu ne l’étais, toi qui te disait « droit dans tes bottes ». Te rends-tu compte de la symbolique martiale (pour ne pas dire plus) de cette saillie ? Et sur le fond de l’affaire, de ce que signifiait, pour les millions de Français qui galéraient, de découvrir les avantages indus dont toi et les tiens bénéficiaient ?
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Et, te souviens-tu de ce que tu as dit aussi à propos de Thomson que tu voulais donner pour un franc symbolique ?
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Et avec tout le reste de ton action pendant deux ans, on pourrait écrire plusieurs volumes sans réussir à être exhaustif sur les critiques que tu mérites.
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Jusqu’à présent, je te causais d’un point de vue que l’on peut dire « de gauche » mais vois-tu, Alain, tu as ceci de singulier qu’il n’y a pas que la gauche de l’époque – ni celle d’aujourd’hui d’ailleurs – qui a des raisons de t’en vouloir, notamment à cause de la « réforme » des retraites que tu as voulue imposer alors…
Il y a aussi une bonne partie de la droite (celle de l’époque comme celle d’aujourd’hui) qui se trouve dans le camp de tes adversaires. Notamment beaucoup de ces gens que l’on appelait « compagnons » dans votre camp. Ces gaullistes au sens propre du terme, qui te voyaient, à juste titre, comme l’un des principaux cerveaux de la destruction méthodique du gaullisme politique, un de ses fossoyeurs !
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Tout le temps où tu as conseillé, assisté, drivé, secondé Chirac, bien avant même que tu ne sois désigné par lui Premier ministre en mai 1995, tu étais déjà de ceux qui s’employaient à tuer le gaullisme depuis ta place de secrétaire général du RPR. Et tu as amplement réussi ta mission. Puisque les principaux idéaux du gaullisme furent abandonnés par la droite au point que Le Pen put reprendre à son compte la défense de la souveraineté et que, l’ayant reprise, plus personne n’osa plus la lui contester pendant deux décennies. Il faut dire que la gauche populaire aussi s’était mise à penser à la mode du temps : libéralisme et Union européenne…
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Ton principal rival d’alors n’était pas Édouard Balladur contrairement à ce que tu disais à mots couverts, mais bien Philippe Séguin. Car toi, tu étais bien alors un « balladurien » infiltré en « chiraquie » pour faire en sorte que Chirac en 1995 ne soit pas un candidat incarnant un retour au « gaullisme » mais plutôt un défenseur de la « réforme » comme on disait alors, et du « progrès » que devait permettre l’Union européenne.
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Oui, tu as été un traître de haut vol pour le gaullisme puisque la masse des soutiens de Chirac en 1995 voyaient en lui la garantie d’un retour à l’esprit gaulliste, aussi bien dans la politique internationale et européenne de la France (avec un autre discours à l’égard de la construction européenne et une autre géopolitique que celle qui commençait à être mise en oeuvre par la France), que dans la politique intérieure (où ils espéraient un retour à un capitalisme raisonnable, encadré par un puissant État régulateur) or ils virent, avec effarement, un Chirac basculant pleinement dans l’adoration du veau d’or européen et l’acceptation du nouvel âge du capitalisme. Oui, Chirac accepta sans broncher ce que TU lui as demandé : de renier ce qu’il avait dit, défendu et porté au cours de sa campagne électorale, laquelle était bien plus inspirée par la pensée de Philippe Séguin et celle d’Emmanuel Todd que par tes propres analyses. Mais eux étaient sincères, toi tu étais mystificateur !
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Ces « compagnons » qui ne virent pas venir la trahison politique que tu allais organiser, auraient dû être plus méfiants vu que dès septembre 1993, lors des universités d’été du RPR à Strasbourg, Chirac avait dit de toi, au milieu de son discours de clôture : « Juppé, le meilleur d’entre nous ».
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Cette formule avait une portée politique bien plus profonde qu’on ne le croyait et qu’on ne l’a dit alors. Ce n’était pas seulement, contrairement aux commentaires des observateurs, une marque de reconnaissance de Chirac pour celui qu’il voyait comme son fils spirituel ; c’était un aveu politique d’une tout autre ampleur. Chirac te donnait raison et désavouait ce faisant Philippe Séguin qui, lui, ramait à sens contraire par rapport à toi, et tentait de ramener Chirac vers le gaullisme dont tu l’éloignais. Lui prêchait le refus de la construction européenne telle qu’elle se faisait déjà quand toi tu l’approuvais. J’en veux pour preuve son discours magistral à l’Assemblée Nationale, en 1992, (2h25) contre le traité de Maastricht qu’il dénonçait et dont il avait compris quelles seraient les funestes conséquences quand toi, tu en chantais les louanges ! Il faut le réécouter aujourd’hui, ce discours de Philippe Séguin, pour se rendre compte combien il avait vu juste. S’il était encore vivant aujourd’hui, lui n’aurait pas à avoir honte de ce qu’il avait dit il y a maintenant 25 ans ! Et si Chirac avait préféré nommer Séguin plutôt que toi à Matignon, sans doute que le destin de la France en aurait été très différent.
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Le choix de Chirac fut donc d’évacuer Séguin et de rejeter cette « autre politique » qu’il défendait, et de faire de toi le principal acteur du destin de notre pays. Pour notre malheur !
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Or, toi, tu étais déjà un Européiste et un atlantiste convaincu, comme Balladur et Sarkozy d’ailleurs avec qui tu voulus très vite te rassembler une fois l’élection passée, ce qui, là encore, signifiait clairement combien tu  étais d’accord avec eux sur le fond, et donc, combien tu étais éloigné en réalité de la vision plus souverainiste et plus sociale que Chirac avait portée dans sa campagne, sous l’influence de Séguin.
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Toi, tu as soutenu tous les traités européens, notamment le TCE puis le scélérat Traité de Lisbonne qui le remplaça.
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Tu ne t’es pas opposé au retour dans l’OTAN voulu et décidé par Sarkozy, ce qui témoigne à quel point tu conchies le principe même de l’indépendance nationale qu’incarnait le gaullisme.
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Toi, prétendûment le « fils spirituel » de Chirac, tu n’as pas hésité à servir ensuite Sarkozy, son pire ennemi.
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Toi, prétendument l’ami politique le plus proche de Chirac et le plus loyal à son égard, tu l’as abandonné après que tu aies été condamné en justice. Et je me souviens même de plusieurs accusations que tu as proférées à son encontre dans la grande presse. Manifestement tu n’acceptais pas de subir cette condamnation à cause de lui.
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Mais s’il était coupable, tu l’étais aussi. Car ta fonction d’adjoint aux finances de la mairie de Paris ne pouvait faire de toi un innocent dans ce qui t’était reproché par la justice. Et tes fonctions éminentes au sommet du RPR ajoutaient à ta responsabilité première.
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Chirac n’a pas été condamné alors que tu l’as été ? Mais c’est le principe même de notre constitution qui le veut. Tu le savais et tu en as été le défenseur acharné. Alors tu dois l’être aussi pour cela.
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Et puis, alors que la justice de première instance t’avait infligé une peine de 10 ans d’inéligibilité que tu méritais, tu as bénéficié en appel d’une grande clémence puisque cette peine fut ramenée à un an et que tu as donc pu revenir assez vite au sommet du pouvoir : maire de Bordeaux, de nouveau à la tête du RPR devenu UMP, puis ministre de Sarkozy à des fonctions éminentes, puis finalement carrément candidat à la présidentielle… Tu es loin d’être un martyre politique parce que tu as pris un an d’inéligibilité. Tu es un des principaux acteurs politiques de ce pays depuis plus de 30 ans puisque tu as commencé ta « carrière » dans les années 80. Alors, de grâce, ne viens pas nous faire pleurer sur ton sort.

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Il y a une vérité, c’est que personne ne veut de toi. Si tu as été second à la primaire de ton camp, c’est parce que les gens de ton camp avaient à l’encontre de Sarkozy un ressentiment encore plus vif parce que son action à lui était plus récente et donc plus vive dans les têtes. Mais si Fillon a été choisi à ta place, ne crois pas un instant que ce soit parce que Fillon inspirait l’adhésion. Il était celui qui n’était ni Sarkozy, ni Juppé…

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Si Fillon finit pas dégager avant l’heure prévue, et que tu reviens en scène, tu vas, comme d’autres candidats, subir les conséquences dommageables de la colère du peuple français, qui va exprimer le 23 avril et le 7 mai, un message dégagiste !  Et il l’exprimera d’autant plus violemment qu’il aura l’impression qu’on veut lui imposer de force ce qu’il a déjà clairement exclu…

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Si le destin calamiteux de la droite actuelle te donne envie de revenir faire un tour de piste, réfléchis bien à ta décision avant de la prendre. Dis-toi bien que ce tour de piste-là sera le dernier. Et tu n’attraperas pas la queue de Mickey… Si tu auras peut-être le soutien de quelques centristes de l’UDI ou d’ailleurs, je doute fort que tu rassembles davantage à droite que Hamon ne le fera à gauche… Et la gauche n’est pas avec toi. Quand je dis la gauche, je parle de la gauche, pas de la 2ème droite de Valls et Macron !

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Pourquoi un tel rejet de ta personne ?

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Parce que tu es là depuis trop longtemps : pas loin de 40 ans. Il est un temps où il faut passer la main. Et si tu ne le comprends pas de toi-même, on te l’expliquera par le scrutin !

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Parce que tu ne peux inspirer confiance vu que toi, tu as déjà été condamné en justice. Et il n’est pas question pour nous d’élire Président un repris de justice ! Quand bien même tu ne t’es pas enrichi personnellement via les délits que tu as commis, tu n’en restes pas moins un délinquant de haut vol. Tu n’as plus ta place dans les institutions de la République. On ne peut inspirer la loi quand on est le premier à la violer ! On ne peut diriger les autres quand on ne sait pas se conduire soi-même !

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Parce que tu incarnes l’atlantisme et l’européisme !

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Parce que tu ne penses pas en-dehors du cadre capitaliste et anti-social !

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Parce que tu n’a pas les mots et le comportement à l’égard des Français qui pourraient nous inspirer des sentiments de respect et de bienveillance à ton égard. On récolte toujours ce qu’on sème, Alain !

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Ton heure de gloire est derrière toi maintenant. Ton temps est fini. Profite de ta mairie le temps que les Bordelais acceptent encore que tu sois le locataire du Palais de Rohan, car cela aussi pourrait bien prendre fin assez vite !

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Si tu veux éviter les affres de l’humiliation, reste loin, très loin, de cette élection présidentielle. Tu as dit plusieurs fois que tu ne prendrais pas la suite de Fillon. Honore ta parole pour une fois et montre que sur ce point, tu as un peu plus d’honneur et de dignité que ton rival de la primaire !

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