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Jean-Marie Le Pen
Marine Le Pen

Entre peur, raison et détermination

1/ Mon billet écrit ce 28 avril, avant l’intervention de Jean-Luc Mélenchon dans le numéro 26 de la Revue de la semaine

Je suis de plus en plus inquiet. J’ai peur. Oui, je vous l’avoue : j’ai peur. Mais je ne suis pas gouverné par elle. Je réfléchis, j’analyse et je m’interroge. Et surtout, je me prépare à résister et surtout oui surtout à contre-attaquer. La France insoumise est notre plus précieux outil de reconquête.

En attendant d’aller plus avant dans cette reconquête que nous avons déjà bien entamée, je vais vous dire ce qui me fait si peur aujourd’hui.

D’un côté on a, avec Macron, le symbole, la caricature, le summum, le point paroxystique de tout ce que les Insoumis abhorrent, de tout ce contre quoi nous ne cessons de lutter depuis des décennies, voire depuis des siècles. Certains parlent de lutte des classes, d’autres de lutte du peuple contre les oligarchies.

De l’autre, on a, avec Le Pen, la représentante d’idées parfois nauséabondes faites de racisme, d’égoïsme, de xénophobie et de préférence exacerbée pour les Français, surtout s’ils sont blancs et catholiques. Elle attise la haine des Français contre d’autres Français et contre les étrangers présents sur notre sol ou pouvant y arriver. Tout ceci, à nos yeux, fait d’elle non pas une adversaire mais une ennemie. C’est le discours officiel de notre camp et nous y adhérons.

Mais pour autant, depuis que Marine Le Pen a pris la responsabilité de son parti, elle l’a fait quelque peu évoluer. Le FN de Marine n’est plus le FN de Jean-Marie. En tout cas pour la vitrine. Et c’est tout le problème. Nous, nous savons ce qu’il y a derrière. Nous savons que le FN officiel dissimule dans ses arrière-boutiques le pire de la France : les milices armées qui n’attendent que le jour J pour défiler dans nos villes et y faire “leur” nettoyage (depuis le temps qu’ils attendent ce jour…), les gros cons lobotomisés qui n’ont aucun esprit et aucun coeur, qui ne voient l’autre (que celui-ci soit noir, arabe, chinois, musulman ou je ne sais quoi) que comme un ennemi de l’intérieur contre lequel il faudrait mettre en oeuvre une attaque préventive afin d’éviter qu’il ne “détruise” la France, la “civilisation occidentale”, “nos valeurs”… Tout cela, nous le savons et nous le craignons.

De même, nous savons aussi, parce que le FN a dirigé des communes dans les années 90 et 2000 et qu’il en dirige aujourd’hui, qu’il n’y a pas que les étrangers ou les Français non blancs et non catholiques qui sont leurs cibles. Tout ce qui concourt à la culture, à l’éducation, au vivre-ensemble est suspect à leurs yeux. Et ils adoptent donc toujours des décisions réactionnaires car ils ne tolèrent pas l’évolution de la civilisation au plan des moeurs comme ils ne tolèrent pas non plus l’avènement de droits nouveaux pour les citoyens. Quant au respect des droits de l’homme (au sens d’être humain), ils méprisent cette philosophie qu’ils désignent comme droit-de-l’hommisme signifiant que pour eux ce n’est pas quelque chose qui mérite d’être pris en considération. Le féminisme est absent de leur idéologie. De même que la conscience environnementale ou celle du respect que l’on devrait aux animaux.

Tout cela étant dit, il y a bien d’autres sujets, fondamentaux, sur lesquels le discours de Marine Le Pen et de certains de ses proches paraît bien plus républicain qu’on ne le dit. J’ai bien dit “paraît”. Ne venez pas me faire un mauvais procès… Je ne fais pas la propagande du FN. Mais je dis ma peur que son discours porte bien plus loin qu’on ne le croit, surtout quand il faut choisir entre lui et celui de Macron et de son monde…

Dans cette vidéo, Marine Le Pen joue sur le rassemblement du peuple contre l’oligarchie et ce discours étayé, truffé d’exemples concrets, est un discours qui ne peut que porter, hélas !

Les sondeurs nous assurent d’une victoire écrasante de Macron. Et pourtant, dans le même temps, on nous presse de toutes parts de ne pas faire un autre choix que celui de voter pour Macron. N’y aurait-il pas comme une incohérence ? Si Macron est en situation de gagner à coup sûr, à quoi bon voter pour lui ? Ne serait-ce pas parce que sa victoire ne peut être acquise que si l’immense majorité des électrices et électeurs de Mélenchon se reportent sur lui ?

Cruelle question, n’est-ce pas pour nos ennemis ? Parce que oui, je considère Macron et son monde comme nos ennemis… de classe mais pas que. Par leur action atlantiste et européiste à outrance, lui et son monde pourraient être dénoncés comme une “anti-France” mais fort heureusement cette expression n’est pas des nôtres donc je ne l’utiliserai pas. Mais d’autres que moi ont pu évoquer certaines décisions de Macron qui seraient de nature à être regardées comme des actes de haute trahison…si l’incrimination de ce crime suprême contre l’État et contre le peuple français n’avait pas été supprimée par Sarkozy il y a quelques années…

Et ce crime pourrait aussi être établi par d’autres décisions stratégiques du Président Hollande, de ses deux Premiers ministres Ayrault et Valls, et de pas mal de ses ministres ou conseillers…

Jusqu’à preuve du contraire, Marine Le Pen n’est pas coupable de crime de ce genre. On dit, depuis deux décennies, que son parti est anti-Républicain et qu’il est un danger majeur pour la République. On le dit aussi “fasciste” mais alors pourquoi ne l’a-t-on jamais interdit et dissout comme on a dissout les ligues fascistes dans les années 30 ? Soit parce qu’on n’a aucune preuve concrète d’une telle accusation, soit parce que ce parti sert l’oligarchie comme épouvantail. Sauf que les moineaux ont de moins en moins peur. Ils se sont tellement habitués à sa présence que certains y ont fait leur nid…

Comme ceux qui hurlent au danger FN depuis des années non seulement l‘ont laissé en vie mais en outre ont nourri la bête avec leurs politiques anti-sociales d’une part, et leurs calomnies contre les alternatives populaires républicaines d’autre part, ils n’ont plus aucune crédibilité aujourd’hui pour crier une nouvelle fois “au feu”. Si la maison brûle, c’est à cause d’eux, et d’eux seuls !

Je me range au côté de celles et ceux qui refusent de voir dans le FN un parti “fasciste”. les mots ont un sens et tous ceux qui utilisent ce terme à contre-temps ou à mauvais escient devraient retourner étudier l’Histoire des fascismes…

Sans doute le FN est-il un parti détestable mais je ne crois plus qu’il menace la République. Il existe depuis des décennies et jamais il n’a intenté quoi que ce soit contre elle. Quand il a accédé au pouvoir, ce fut par les urnes. Et chaque fois qu’il fut battu, il se plia à la démocratie.

Quant à certaines de ses propositions politiques les plus détestables, ce sont des Républicains du RPR ou de l’UMP puis des “Socialistes” qui les ont mises en oeuvre. Jamais on ne les a pour autant définis eux comme des fascistes ou comme des menaces contre la République.

Je ne défends pas le FN mais une certaine raison qui semble s’être égarée dans quelques esprits fébriles ces derniers jours.

Si l’on ne voulait pas se retrouver dans la situation qui est celle où le FN est aux portes du pouvoir, il fallait agir pour améliorer la vie des Français ordinaires, faire progresser leurs salaires, améliorer leurs conditions de vie, perfectionner la démocratie, défendre la souveraineté nationale et populaire, refuser d’être le nouveau caniche des États-Unis, refuser l’hostilité ouverte à la Russie, défendre la voix de la France dans la monde.

Au lieu de tout cela, nos gouvernants, depuis 2002, n’ont eu de cesse de libéraliser l’économie et la société et donc de jeter de plus en plus de Français dans la pauvreté ou la précarité tout en laissant un tout petit nombre s’enrichir chaque jour davantage. Les politiques mises en place ont contribué à ce que des gens déjà fragilisés affrontent d’autres gens encore plus malheureux. Si les idées d’extrême droite font s’opposer les nationaux aux étrangers et les nationaux entre eux quel que soit le pays en cause, les politiques libérales ont exactement le même effet. Comment peut-on aujourd’hui convaincre que Le Pen serait pire que Macron ? C’est impossible. Personne ne peut plus gober les éternelles mises en garde.

En outre, aujourd’hui, je regrette de constater que c’est Macron qui nous menace d’une guerre civile et d’une guerre générale bien plus que Marine Le Pen.

Et nous qui soutenons Mélenchon et la France insoumise avons été très sensibles en particulier à son discours sur la paix. Nous sommes tous effrayés de la menace de guerre généralisée que l’OTAN fait peser sur l’Europe et sur le monde.

Plus encore que les questions économiques qui nous divisent, la question géopolitique est la plus fondamentale entre toutes car si la guerre éclate pour de bon en Europe, à cause de nouvelles provocations contre la Russie, ou parce que la Russie finirait par réagir une bonne fois pour toutes aux menaces de plus en plus ouvertes que l’OTAN fait peser sur elle, plus rien d’autre ne compterait et nous serions tous décimés par milliers, par dizaines de milliers, peut-être même dans des proportions bien plus grandes encore. Personne n’ignore les dévastations des conflits mondiaux précédents.

Or Marine Le Pen, depuis des années, s’est engagée à nous sortir de l’OTAN. Et elle ne cesse de dénoncer le bellicisme états-unien et otanien. On peut lui reprocher, et nous l’avons fait à juste titre, d’être allée rencontrer Poutine mais cela a une signification puissante en termes de géopolitique. Elle a fait passer un message : elle ne sera pas le larbin, le caniche des États-Unis et de l’OTAN. Et elle apaisera la relation entre la France et la Russie. Quels que puissent être nos convictions personnelles, aussi bien quant au FN, que quant à ce qu’il faut faire en France, ou encore quant à notre diplomatie, nous tous avons intérêt à la paix et à une relation apaisée avec la Russie. Mélenchon n’a cessé de le dire lui-même !

Enfin, quand elle parle de souveraineté, elle vient au coeur du problème politique, celui-là même qui, selon de nombreux intellectuels, explique pour l’essentiel les raisons de la montée du FN depuis des années et son maintien à un très haut niveau.

Le FN a, pour une large part, endossé à lui seul, le discours “souverainiste”. Il ne fut, pendant de longues années, contesté par personne. Tout le monde, de gauche à droite, était pro-européen et donc pro-Union européenne. Alors même que le peuple ne cessait de subir, chaque jour davantage, les ravages de l’action de l’UE. Les politiques mises en oeuvre dans le cadre de l’UE ont détruit nos emplois, démantelé notre industrie, sinistré notre démocratie, instillé la haine entre les peuples et voilà maintenant qu’elles menacent même la paix.

Il est plus que temps – il y a urgence – à en sortir. Jean-Luc Mélenchon, très vite après avoir déclaré sa candidature début 2016, a décidé de faire évoluer son discours sur le sujet et plutôt que de “changer l’Europe”, sempiternel slogan devenu complètement creux et perçu comme une véritable escroquerie, il a choisi d’abord de prôner la “désobéissance” aux traités puis carrément la “sortie” de ceux-ci.

C’est dès lors qu’il a commencé à être entendu par le peuple français. Ce n’est pas seulement à cause de l’intérêt de ses propositions économiques et sociales, ou des nouvelles idées révolutionnaires en termes d’écologie, qu’il a gagné le plus de soutiens selon moi. C’est parce qu’il a changé le discours que nous portions sur l’UE. Nous avons enfin osé assumer de dire que l’UE était devenue néfaste. Qu’elle nous opprimait en plus de nous martyriser. Evidemment les expériences chypriote d’abord, grecque ensuite, ont aidé à ce que le discours soit compris. Et puis 2005 résonnait de plus en plus fortement dans toutes nos têtes, surtout depuis que 2005 avait été “concrétisée” par le scélérat Traité de Lisbonne puis par la duperie de Hollande. Après le scélérat Traité de Lisbonne, plusieurs autres accords tout aussi scélérats furent adoptés. Et le président de la Commission européenne, ancien Chancelier du paradis fiscal Luxembourgeois, avec sa fameuse saillie, a ouvertement dit au monde ce que c’était que cette construction européenne. Dès lors, l’immense majorité des yeux se sont dessillés. Il n’y a plus que quelques naïfs indécrottables (j’aurais pu dire “idiots”) pour croire encore que l’UE est bienfaitrice.

Jean-Luc Mélenchon a adopté un discours sans doute habile pour gérer la contradiction qui demeurait entre ceux qui voulaient se libérer de l’UE et ceux qui craignaient encore les conséquences d’une sortie. En outre, ce discours basé sur une stratégie en deux temps, permettait de discuter avec nos partenaires, et plusieurs sommets du plan B nous ont permis de faire se rapprocher les uns et les autres au plan des mouvements de gauche européens.

Certains auraient préféré un discours assumé de sortie. J’en étais et pourtant j’ai adhéré aussi au discours de Mélenchon. Car il avait notamment le mérite de nous faire gagner du temps et de ne pas dévoiler tout notre jeu. Je suis convaincu que Mélenchon avait des cartes à jouer et certaines stratégies à mettre en oeuvre qu’il n’avait pas rendues publiques.

Et puis les partisans acharnés de la sortie avaient un candidat en la personne d’Asselineau. Ils ont pu le choisir. Hélas pour lui, en plus de tout ce qu’on peut lui reprocher, sa stratégie de sortie par l’article 50 était peu convaincante.

Jean-Luc Mélenchon, avec le plan B, avait annoncé la couleur. Soit on nous entend, soit nous sortons de l’UE. Et si nous sortons, nous ne sortirons sans doute pas seuls !

Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon est un des non qualifiés pour le second tour. On a manqué de peu de réussir ce défi. Mais l’Histoire ne s’arrête pas au 23 avril, ni au 7 mai, quel que soit le résultat final. Je m’en suis déjà expliqué dans plusieurs billets publiés depuis lundi auxquels je renvoie.

Aujourd’hui, je voulais vous parler de ma crainte quant au résultat final du 7 mai. Oui, j’ai un puissant pressentiment que le candidat donné gagnant de longue date risque, au final, de subir le même rejet massif que Clinton il y a quelques mois.

Nous savons ce que représente Le Pen. Nous savons combien elle dissimule sans doute ses véritables intentions. Mais avec un discours tel que celui que l’on entend dans le message qu’elle a diffusé à l’intention des Insoumis, et son habileté à se présenter du côté du peuple et des salariés, quand l’autre a choisi son camp (les banques, le CAC40, les membres de la caste oligarchique), qu’il a derrière lui tout le musée des horreurs du PS, des medias, du show-bizz, sans oublier que c’est le favori de Merkel, de Juncker et de tous les pouvoirs extérieurs à notre pays qui nous subjuguent depuis tant d’années, à le voir et à l’entendre multiplier les provocations, convaincu qu’il est de sa victoire certaine, je pense de plus en plus que Marine Le Pen peut tout à fait finir par lui passer devant, sinon dans les sondages, du moins dans les urnes.

Si j’avais envie de voter pour elle – ce qui n’est pas le cas puisque je choisis l’abstention – je ne le dirais à personne pour que les sondeurs et les medias ne voient pas venir la chose, mais je mettrais son bulletin à elle dans l’urne le 7 mai. Je crois bien que c’est ce qui nous guette. Que la même surprise qui a joué aux États-Unis joue cette fois en France, parce que les mêmes causes ont toutes les chances de produire les mêmes effets.

Macron est trop détesté par le peuple pour qu’il puisse être élu. Sauf à truquer massivement les opérations électorales !

Le “front républicain” a trop l’apparence d’un sauve-qui-peut du système pour que la majorité du peuple joue encore ce jeu-là. Sauf à truquer massivement les opérations électorales !

Entre l’abstention qui sera forcément massive, sans aucun doute record pour une présidentielle, le nombre de bulletins blancs et nuls qui va exploser, et le vote pour Le Pen qui va inévitablement progresser nettement, je commence à discerner que dimanche 7 mai au soir les résultats ne seront pas ceux que l’on dit aujourd’hui.

Je crois cela d’autant plus que les discours de ces derniers jours ne peuvent que donner la rage à un nombre inestimable d’électrices et d’électeurs tout à fait Républicains, et démocrates, tout à fait humanistes, tout à fait étrangers au racisme, mais qui perçoivent bien que Macron est celui qui nous infligera sans doute les pires souffrances en plus de nous menacer comme jamais de nous entraîner dans la ou les prochaines guerres de l’OTAN et des Etats-Unis. Il a été très clair aussi bien sur les questions économiques et sociales, que sur la question démocratique ou sur la géopolitique. La seule différence avec la “blitzkrieg” que promettait Fillon, c’est que Macron a dissimulé ses véritables intentions. Mais il fera ni plus ni moins ce que Gattaz, Parisot, tout le CAC40, les lobbys de Bruxelles lui commanderont de faire. Et contrairement à Fillon qui semblait vouloir desserrer l’étau atlantiste (j’ai bien dit encore “semblait”), Macron, lui, assume d’avoir un projet qui s’inscrit totalement dans l’UE, dans l’OTAN et dans “l’amitié avec les Etats-Unis” comme ils disent. On a bien compris ! Là aussi, Macron fera exactement ce que les puissances impérialistes « occidentales », USA en tête, lui commanderont de faire. Ce ne sera plus le Président de la République mais le “gouverneur” d’une nouvelle province des États-Unis.

C’est ça que vous voulez ?

Alors, Macron, bien moins pire que Le Pen ? Bien plus démocrate ? Bien plus Républicain ?

Permettez-moi d’avoir les plus gros doutes sur le sujet.

On sait d’où il vient. On sait qui il est. On sait qui il représente. On sait quels intérêts il sert.

“Le Pen est notre ennemi” disait-on tandis que Macron n’est qu’un adversaire. Là aussi j’ai de gros doutes. Et je crains fort qu’à vouloir nous donner à Macron, pour éviter Le Pen à coup sûr, on ne précipite, voyez-vous, sa victoire à elle !

Alors que faire ? Je l’ignore hélas. Notre choix entre deux destins aussi sombres ne peut être un choix. Comment choisir entre deux bourreaux ?

Je ne changerai donc pas mon vote. Ce sera l’abstention. Car je refuse d’avoir participé si peu que ce soit à l’avènement de Macron en me soumettant au prétendu “barrage” au FN qui risque de prendre l’eau de toutes parts.

Et je ne peux me résoudre à soutenir Marine Le Pen, même si je pourrais considérer que certaines de ses propositions sont bien plus proches de ma philosophie que celles de Macron. Alors on me reproche de faire le jeu du FN en refusant de prendre part au vote.

Ainsi pour éviter Le Pen, il faudrait donner le maximum de légitimité à Macron ? Celui qui ne va pas manquer de nous renvoyer au XIXe siècle ?

Non, désolé. Je ne peux pas. Ni l’une, ni l’autre.

Ce système constitutionnel est pourri, vérolé, honteusement confiscatoire. Car quelle que soit la personne qui sortira des urnes le 7 mai, l’élu-e ne le sera qu’avec au maximum 24% des suffrages exprimés au 1er tour et 18,19% des électeurs inscrits. Il / Elle n’aura donc aucune légitimité pour présider la France. Celle que lui offrira le second tour sera purement fictive.

Quand on subit un système électoral aussi inique, on ne peut le cautionner d’une quelconque manière en votant au second tour. On le rejette violemment et pour cela, seule l’abstention est admissible à mes yeux. Car même le bulletin blanc n’a pas l’effet escompté de délégitimation. D’une part, parce que il n’est pas un suffrage exprimé et n’a donc aucun effet ni juridique, ni politique ; d’autre part, parce que voter, quel que soit le contenu de l’enveloppe, c’est participer au processus électoral et donc le légitimer.

Pour moi, la 5e République n’est plus légitime. L’élection présidentielle n’est plus légitime. Le mode de scrutin n’est plus légitime. Donc j’en tire la conséquence en refusant de m’impliquer dans ce système inique.

Que ce soit Le Pen ou Macron qui sorte des urnes le 7 mai, de toute façon, on est certain d’en prendre plein la tronche. A ceci près que Macron a une petite chance d’avoir une majorité en juin alors que je ne vois pas la possibilité que Le Pen en obtienne une car, à cette date, chacun retournera dans son camp, et soutiendra les candidats de son parti préféré. Et qui sait ce que seront devenus mi juin le PS et Les Républicains…

Et en ce qui nous concerne à la France insoumise, pèse sur nos épaules la mission historique de sauver la République et la paix. C’est un défi gigantesque. Mais si on échoue…

2/ Mise à jour de 18h00 suite à l’intervention de Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon est intervenu dans le cadre du numéro 26 de la revue de la semaine. Il a dit pratiquement tout ce que je voulais entendre. Je ne vais pas commenter autrement que par un remerciement et une gratitude très appuyés.

J’ai particulièrement vibré à la conclusion :

« Ça va bien. Ma santé est bonne. Je ne me retire pas de la vie politique. Je ne pars pas en retraite. Je ne suis pas dépressif. Je suis au combat et j’y reste. Et je crois que je vais encore diriger la manoeuvre pour les élections législatives qui arrivent parce qu’il faut encore transformer tout ça en une force conquérante. Je compte sur vous. À bientôt.« 

Il sera donc des nôtres (ce dont je ne doutais pas) mais surtout il sera à la tête de la campagne et candidat lui-même (ce dont je n’étais pas certain).

Il nous regonfle d’espoir et de motivation. Notre détermination n’a jamais été aussi forte.

J’en reparlerai prochainement…

3/ Mise à jour de 20h35 suite à l’intervention de Nicolas Dupont-Aignan

Ce soir, Nicolas Dupont-Aignan, ancien Président de Debout la République qu’il a transformé en Debout la France il y a quelques années, a annoncé officiellement, au JT de 20h sur France 2 avoir conclu un accord de gouvernement avec Marine Le Pen. Il n’en a pas donné les détails mais il s’est engagé à la soutenir et à faire campagne avec elle pour ce second tour de la présidentielle. Il annonce que, pour lui, elle n’est pas d’extrême-droite et que, grâce à lui, elle va faire évoluer son projet et y intégrer certaines idées de son propre projet à lui. Il a, par la même occasion, appelé la droite et donc les électrices et électeurs des “Républicains” à voter pour cette “nouvelle alliance” (selon ses propres termes).

Cette situation nouvelle pourrait bien, selon moi, faire basculer le scrutin. Certes le score de Nicolas Dupont-Aignan est faible mais les presque deux millions de personnes qui l’ont choisi ne peuvent se trouver surpris par le choix annoncé ce soir. Quiconque a suivi NDA depuis des années, et quiconque a suivi notamment la transformation de son parti Debout la République en Debout la France n’a pu manquer de constater la droitisation de son discours et de ses propositions. De la même manière, le rapprochement entre DLF et le FN était de plus en plus évident. Ce soir, il est confirmé officiellement et solennellement. Les instances dirigeantes de DLF ont, dit-il, validé cet accord entre Marine Le Pen et lui.

À noter : NDA a cité nommément “Marine Le Pen” avec qui il s’était entendu et avec qui il a conclu cet accord de gouvernement et n’a jamais, dans son intervention de ce soir, évoqué le “Front national”. Il semble vouloir faire la distinction. Sans doute s’imagine-t-il le Premier ministre naturel de Marine Le Pen si elle est élue le 7 mai. Et sans aucun doute, si cette élection intervenait, Marine Le Pen la devrait pour beaucoup à NDA et serait donc contrainte de nommer NDA à Matignon en vue de préparer les élections législatives.

Ce qui semble incohérent, c’est qu’à la question de Laurent Delahousse pour savoir si aux Législatives il y aurait des candidatures communes entre le FN et DLF, NDA a clairement dit non et a expliqué que les Français auraient alors à choisir entre les deux projets.

Il est clair que tout cela n’est pas clair… Il faudra suivre de près ce qui va être rendu public dans les prochains jours. Notamment le contenu précis de l’accord de gouvernement.

Mais il me semble que cette situation, inattendue pour les uns mais prévisible pour les autres, pourrait être de nature à convaincre de nombreux “Républicains” (je parle du parti LR) de basculer dans le camp Le Pen – Dupont-Aignan.

Cela donne encore plus de chances à Marine Le Pen de l’emporter le 7 mai.

Macron va avoir de plus en plus de mal à s’en sortir…

Je ne peux que m’en réjouir. Mais si vous avez bien compris tout ce que j’ai dit dans ce billet, je ne peux en conséquence que voir mes craintes renforcées que Le Pen réussisse son coup cette fois-ci !

Je ne me résoudrai pas à voter Macron pour autant.

Ce second tour est vraiment la pire des saloperies de l’histoire de la 5e République.

 

Quelques réflexions suite aux propos de Jacques Sapir le 05/04/2017 : « Mélenchon, le meilleur pour affronter Le Pen »

Dans cette vidéo, Jacques Sapir est interrogé par RT France sur la question de l’élection présidentielle. Je vous invite à l’écouter en entier (elle dure une quinzaine de minutes).

Manifestement, Jacques Sapir ne croit pas encore que Mélenchon puisse se qualifier pour le second tour. Il le répète deux ou trois fois et s’en explique. Mais il dit aussi qu’une telle hypothèse est envisageable tellement les Français sont indécis (il rappelle qu’un sur deux n’a pas encore fait son choix).

Il affirme très clairement, et là encore à deux reprises, que si Mélenchon se hissait au second tour, il serait « le meilleur adversaire possible pour affronter Marine Le Pen« . C’est à 11 minutes et 55 secondes…

À 12 minutes et 45 secondes, Sapir ajoute que Mélenchon « est le seul candidat qui pourrait, programmatiquement, tenir face à Marine Le Pen » parce qu’il est le candidat « qui a le programme le plus élaboré et le plus à même d’affronter celui de Le Pen.« 

Dans l’hypothèse où le second tour verrait ainsi un affrontement entre Le Pen et Mélenchon, Sapir pose la question de savoir qui des deux saura reprendre et incarner le discours « souverainiste » et « renvoyer l’autre à ses contradictions ». Il met le doigt exactement là où il faut…

Pour ma part, je vais préciser la problématique avant d’exprimer ce qu’elle m’inspire comme réflexions :

Dans l’hypothèse d’un tel second tour Le Pen – Mélenchon, est-ce que ce sera Jean-Luc Mélenchon qui saura incarner la défense de la souveraineté du peuple, donc la restauration pleine et entière de sa liberté, de sa démocratie, et de son indépendance géopolitique, auquel cas Marine Le Pen ne serait plus que la candidate de la France rance, raciste et xénophobe… ou est-ce Marine Le Pen qui saura le mieux incarner ce « souverainisme », renvoyant Mélenchon dans une case de « gauchiste », « d’ex-socialiste », de « révolutionnaire rouge »….

Quand on connaît le projet de Mélenchon, on se dit qu’il est bien placé pour être beaucoup plus convaincant que Le Pen. En effet, son projet repose très largement sur la volonté de rendre le pouvoir au peuple et cela se manifeste de deux façons :

d’une part, la souveraineté du peuple à l’égard de ses dirigeants sera restaurée grâce à l’avènement d’une assemblée Constituante qui sera instituée par référendum populaire et sera chargée de rédiger une nouvelle constitution fondant un nouveau régime, étant entendu que cette nouvelle constitution, principalement écrite par les délégués à la Constituante,  le sera aussi par le peuple qui pourra largement faire connaître ses avis, ses souhaits, ses doléances auprès des délégués à cette Constituante. Et in fine, au terme du processus, ce sera encore lui, le peuple, qui approuvera ou non le projet de nouvelle constitution, par un second référendum. Il n’aura donc ni à plébisciter un Président de la République, ni à se limiter à dire OUI ou NON, à la fin puisqu’il sera intervenu en amont et pendant tout le processus.

d’autre part, la souveraineté du peuple à l’égard des pays étrangers se manifestera par une géopolitique radicalement alternative à celle que nous connaissons depuis des décennies, et en particulier depuis dix ans. C’est non seulement la fin de l’Union européenne telle qu’elle existe aujourd’hui qui adviendra, puisque d’une façon ou d’une autre, soit via le plan A, soit au moyen du plan B (et aussi sans aucun doute de ce que Mélenchon et ses proches ne peuvent dire publiquement mais qu’ils préparent activement), on sortira définitivement des traités européens (Lisbonne-MES-TSCG…) et internationaux (TAFTA-CETA) qui nous oppressent, nous tyrannisent, nous emprisonnent, nous détruisent, mais c’est aussi la fin de l’atlantisme français vu que le Président Mélenchon mettrait en oeuvre une révolution diplomatique et réorienterait la politique étrangère de la France vers le non-alignement, la paix, la loyauté des échanges et l’harmonie des relations internationales. À ce sujet, Mélenchon a dit et écrit plusieurs fois quelle était sa vision géopolitique et le projet qui en découle. Je vous renvoie notamment au texte « Le nouvel indépendantisme français » publié dans un cahier de la revue de la défense nationale, ou au colloque du 31 mars dernier à l’IRIS. Voyez divers liens utiles dans ce document.

Marine Le Pen propose, elle aussi, de défendre la « souveraineté française » mais hélas, elle la voit sous un prisme très différent du nôtre puisque sa souveraineté à elle est bien plus « nationale » que « populaire », même si l’opposition entre ces deux termes n’est pas si opérante que cela (cf ce billet dans lequel je m’en étais expliqué). La souveraineté nationale signifie surtout la souveraineté du gouvernement français face aux pays étrangers, mais elle ne suffit pas à garantir la souveraineté du peuple car il peut s’agir seulement d’une souveraineté d’oligarques français et non d’une souveraineté des citoyens. La souveraineté nationale n’offre aucune liberté supplémentaire au peuple si le système constitutionnel ne donne pas le pouvoir suprême à ce peuple. Certains gouvernements dictatoriaux et tyranniques peuvent respecter la souveraineté nationale, celle de leur pays, tout en opprimant leurs concitoyens et en se réservant le pouvoir de décider de ce qui doit être fait au nom du pays. C’est bien cette souveraineté-là, la souveraineté nationale, que Marine Le Pen défend au premier chef. Or elle se satisfait entièrement de l’actuelle constitution qui tient le peuple très éloigné du pouvoir, le réduisant au droit de suffrage une fois tous les cinq ans. Avec Marine Le Pen, le peuple ne serait pas souverain. Seuls les dirigeants le seraient. Et cela est une différence majeure entre Le Pen et Mélenchon !

Maintenant, à l’occasion d’un second tour Le Pen – Mélenchon, il pourrait être envisagé par Mélenchon de revoir son positionnement et, pour rassembler tous ceux qui n’auraient plus de candidat acceptable, d’en rabattre largement sur la défense de la souveraineté puisque cela constitue précisément aujourd’hui une ligne de démarcation irréductible entre lui et les autres…  Il se présenterait ainsi comme le « modéré » face à « l’enragée », il serait le « rassembleur » face à celle qui instillerait la « division ».

S’il se positionnait ainsi, il perdrait à coup sûr. Car tous les citoyens qui n’en peuvent plus de subir la loi des autres (que ces « autres » soient ceux qui se succèdent au pouvoir en France depuis le départ de De Gaulle, ou qu’ils soient l’UE, les multinationales ou l’Empire états-unien) donneraient raison, j’en suis certain, à Jacques Sapir, et choisiraient Le Pen pour mettre une raclée mémorable au « système ». Et voyez-vous, je suis porté à penser que même au sein de la France insoumise, nombreux seraient celles et ceux qui le feraient aussi. Parce que l’élection « surprise » de Marine Le Pen emporterait forcément le régime à très bref délai.

Sapir pense ainsi qu’il est possible qu’en cas de second tour où Le Pen affronterait Fillon ou Macron, les électeurs puissent, cette fois, choisir Le Pen. Et je viens de dire que je crois aussi que cela est tout à fait envisageable aujourd’hui. Contrairement à ce que semble croire Mélenchon (cf sa saillie prononcée lors de son discours de Châteauroux le 2 avril dernier), je ne crois pas du tout qu’il soit garanti que « même une chaise serait élue face à Marine Le Pen« . Cette fois-ci, les choses pourraient fort mal tourner ! Car avec les deux autres (Fillon ou Macron), ce serait encore et toujours la saignée ! Mais cette fois, elle serait encore plus violente que celles que l’on a connues jusqu’à présent. Les Français le savent et je pense qu’ils feront tout pour l’éviter, je dis bien « tout » jusques et y compris faire élire Le Pen.

Parce que l’élection de Le Pen serait le dernier coup fatal infligé au régime. Réfléchissez : ce que ne dit pas Sapir, mais que je crois moi-même, c’est que Le Pen élue le 7 mai n’aurait aucune chance d’obtenir une majorité parlementaire en juin. Parce que si elle était élue, ce serait en raison d’un vote de rejet massif de l’autre, et aucunement par un vote d’adhésion pour sa personne ou son projet. La maxime bien connue « au second tour on élimine » se mettrait en oeuvre une nouvelle fois mais, cette fois-ci, ce ne serait probablement pas dans le même sens qu’en 2002…

Comme il n’y a aucune chance qu’elle gagne une majorité en juin, il y aurait donc de fait cohabitation dès l’origine de sa présidence. Et quelle majorité se dégagerait donc d’un tel désordre politique ? Nous ne pouvons l’imaginer car si le Président élu le 7 mai l’a été par volonté expresse, il aura une majorité en juin, c’est une certitude. Jamais, depuis 1958, il n’en a été autrement. Quand il y a eu cohabitation, c’est parce que des élections législatives sont intervenues après plusieurs années de mandat du Président en exercice, même si Chirac réussit l’exploit de se faire désavouer deux ans à peine après avoir été élu (et assez bien élu) le 7 mai 1995. Il faut dire que son Premier ministre Juppé avait tout fait pour plaire aux Français… Et si on étudie un peu les résultats (ce que j’avais fait à l’époque), on constate rapidement que ce sont les nombreuse triangulaires avec presque une centaine de circonscriptions dans lesquelles des candidats FN ont pu se maintenir au second tour, qui ont fait perdre la droite d’alors. La gauche plurielle n’avait gagné que pour cette raison-là ! Si le FN n’avait pas été en situation de se maintenir, sans doute que Juppé aurait gagné son droit de rempiler ! C’est le FN qui a fait battre la droite, ce n’est pas la gauche plurielle !

Ce rappel historique étant fait, si Le Pen était élue le 7 mai, je vous laisse imaginer combien la France entrerait alors en révolution ouverte. Rappelez-vous ce qu’il advint entre les deux tours en 2002 du fait que Jean-Marie Le Pen était au second tour. Alors imaginez si Marine Le Pen était élue…

Malgré l’état d’urgence, qui sera alors, en toute légalité, à la disposition de la nouvelle Présidente sans qu’elle ait besoin de le faire voter elle-même – ce qu’elle ne réussirait jamais à faire (merci Hollande et Valls, merci le PS, merci les frondeurs, merci les députés du Front de Gauche qui ont accepté sa mise en place et son renouvellement plusieurs fois de suite) – le peuple entrerait à coup sûr dans une éruption volcanique d’ampleur biblique…

Je ne crois pas que l’état d’urgence, et les menaces que celui-ci fait peser sur les libertés, suffiraient pas à dissuader le peuple de se rebeller ouvertement contre le nouveau pouvoir sorti des urnes si c’est Le Pen qui en était la bénéficiaire. Parce qu’il vient toujours un temps où le pouvoir des dirigeants perd toute légitimité et même toute autorité lorsqu’il advient dans de pareilles circonstances.

« Un tyran n’a de pouvoir de nuire qu’autant que les hommes veulent bien l’endurer » a écrit Étienne de LA BOÉTIE dans le Discours de la servitude volontaire.

Et je ne pense pas que notre peuple accepterait « d’endurer » une présidence de Marine Le Pen. Ni ne se résoudrait à une cohabitation entre elle et une majorité quelconque. Et je reviens à la question : quelle majorité accepterait de la servir ? Aucune !

Si le peuple français élisait finalement Le Pen, ce serait par refus absolu de rempiler avec les adeptes de la saignée, de l’européisme et de l’atlantisme. Pour rien d’autre ! Ils l’auraient fait pour mettre par terre le système et le régime. Et élire Le Pen, bien que l’on puisse interpréter cette décision collective comme une politique de la terre brûlée, serait une garantie de faire imploser et exploser en même temps tout le système !

*

Ayant tout cela à l’esprit, je suis convaincu que les Français conjureront ce sort funeste pour notre pays et mettront Jean-Luc Mélenchon au second tour, pour éviter le désastre et pour que que demain soit une révolution citoyenne et non une révolution nationaliste et ethnique !

 

Lutter contre le FN… Comment faire ? Commencer par ne pas nous tromper de chemin

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Face à ce que le Front national est en train de réussir…

Gilles Alfonsi le 30 mai 2014

Lien : http://www.cerisesenligne.fr/article/?id=4513

Démasquer le FN en dénonçant son idéologie raciste ne suffit pas. Il faut mieux comprendre sa stratégie et en avancer une autre.

Le FN réussit à s’adresser à toutes les classes sociales. Il agrège de fait une diversité de motivations qui, au lieu de s’opposer, se nourrissent et convergent. On trouve dans son électorat aussi bien des petits commerçants, habitués à exprimer par leur vote leur haine de l’impôt, que des ouvriers et des employés désireux de sanctionner l’austérité – telle ou telle motivation n’excluant pas les autres. Tous veulent penser mettre ainsi en cause le système, croyant que le FN serait hors système alors même qu’il est de longue date une des pièces d’un système politique qui l’a utilisé comme repoussoir de la République.

On peut comprendre le travail idéologique réalisé par le FN en lisant les professions de foi lepénistes. On y trouve des idées de gauche, et même des idées du Front de gauche : « s’opposer à la politique d’austérité généralisée », « défendre nos services publics » ou encore « réindustrialiser notre pays »… et la mise en cause des traités européens et le rappel de la victoire du Non au référendum de 2005, jusqu’à la dénonciation du traité transatlantique. On y trouve des idées prises à l’écologie politique : « assurer la sécurité sanitaire et alimentaire », « respecter l’environnement » et même la référence au « bien être animal ». On y trouve des idées travaillées par une partie de la droite souverainiste : « protectionnisme intelligent », « patriotisme économique ». On y trouve les dimensions sociales et souverainistes associées : « relance de la croissance et de l’emploi en retrouvant une monnaie nationale au service de notre économie et non des banques ». Et on y trouve bien sûr le fond de commerce de l’extrême-droite, appauvri des expressions les plus ouvertement racistes et des aspects les plus scandaleux. Il prend cette forme : « maîtriser nos frontières afin de stopper une immigration anarchique », « défendre nos modes de vie » face au « magma européiste et multiculturel ». Bien sûr, la logique reste la même : existerait le risque d’une vague d’immigration dite de substitution au bon peuple de France, menaçant la sécurité et l’identité. Mais chaque formule, chaque mot est pesé, et l’ensemble est au total plus difficile à combattre car, comme l’écrit Roger Martelli, cela « développe un récit sur la France ».

Combattre autrement l’orientation nationale-raciste

Il est certes assez cocasse de constater ainsi que bien des idées précédemment citées ne sont que des copiés-collés des programmes des partis « du système » : n’y a-t-il pas là une contradiction, et une faiblesse potentielle du néo-lepénisme ? On peut pour le moment penser plutôt l’inverse : qu’il y a dans cette stratégie attrape-tout une force. De fait, le FN s’adresse directement à tous les électorats en même temps, c’est-à-dire qu’il ne se situe pas seulement, ni même principalement, dans une logique de récupération de l’électorat de droite radicalisé. Il radicalise d’ailleurs l’ensemble des idées qu’il affiche, car il tisse des liens entre la xénophobie et le social, contre toute visée d’émancipation.

Voilà donc un gros problème pour la gauche d’alternative : le FN siphonne une partie de ses thèmes de prédilection… et que l’on y voit une supercherie ne change rien à l’affaire. De fait, un raisonnement tient et tiendra de moins en moins : celui qui consiste à assimiler l’avancée du FN seulement a une victoire de l’approche national-raciste sur l’approche sociale qu’incarnerait le Front de gauche. On peut faire l’hypothèse que le FN version Marine Le Pen tente une synthèse (détestable), et qu’il ne s’agit pas seulement d’une stratégie de communication.

Dès lors, comment la gauche d’alternative peut-elle réagir ? Elle devrait bien sûr exclure de s’aligner sur le FN, comme le fait ouvertement l’ancien député André Gérin, dénonçant « l’establishement UMPS », soulignant « la perte de l’identité de la France » et la « dépossession culturelle et morale de la Nation française »… et affirmant que le FN « a obtenu le quasi monopole de la défense de la Nation française ». Reprendre ainsi les mots du FN (qui, au passage, emploie maintenant plus souvent le mot nation que le mot patrie), c’est assurément contribuer à renforcer son emprise idéologique.

Certes, on devrait tout à fait continuer à dénoncer les contradictions du FN, dont les élus n’hésitent pas à voter contre des mesures sociales, et qui se placent généralement du côté des nantis ; mais sans sous-estimer la plasticité idéologique de sa stratégie. Surtout, on ne peut plus en rester à la manière de s’opposer au FN des années 80 (« F comme fasciste, N comme nazis »). Il s’agit de s’opposer autrement, et à la fois, à son racisme explicite ou latent et à la véritable imposture que constitue sa négation des intérêts et de la lutte des classes. Cela appelle à assumer pleinement une autre conception de la société, faisant droit à la diversité des cultures, associant analyse de classes et reconnaissance des communautés, portant la solidarité entre Français et étrangers, combattant toutes les discriminations…

Trois axes de combat

Si l’on se situe dans l’idée de déconstruire le jeu mortel – mortel pour la démocratie et pour l’égalité – du FN, trois axes au moins peuvent être mobilisés. Le premier consiste à assumer beaucoup plus clairement la rupture avec le système politique et institutionnel en crise. De fait, jusqu’à présent, le Front de gauche en est largement considéré comme partie prenante. Et l’histoire du PCF et celle du PG vont dans le même sens de ce point de vue car les deux ont (eu) partie liée avec le système politique qui périclite. Cet axe là va dans le sens et prolonge l’idée de désobéissance aux traités européens, à peine esquissée lors de la campagne des Européennes. Il pourrait se concrétiser par des évènements qui expriment clairement la rupture, ce qui va au-delà de la simple reprise des textes fondateurs du Front de gauche sur la VIe République (proposition importante mais qui ne fait pas le compte par rapport aux enjeux précédemment évoqués, ni par rapport aux actions concrètes nécessaires immédiatement pour signifier la rupture avec le système actuel).

Le second axe est justement la formulation de propositions manifestant non plus seulement un refus des politiques en oeuvre mais l’émergence d’une nouvelle conception, alternative à la fuite en avant libérale et antidémocratique, et à la régression nationale-raciste. Il pourrait s’agir de concevoir une série de campagnes citoyennes et de « mots obus », susceptibles d’être déclinés et implantés dans le débat public. Il s’agirait que ces mots soient irrécupérables et par les partis de gouvernement, et par l’extrême-droite : gratuité, diminution du temps de travail, biens communs, appropriation des entreprises, droits des migrants, lutte contre les discriminations et pour l’égalité… tous éléments qui participent d’un choix de société et qui peuvent se raccorder à un projet d’émancipation (émancipation : mot et projet qui n’intéresse ni le PS, ni l’UMP, ni le FN).

Le troisième axe concerne le raccordement entre mouvement social et politique. Sur ce champ, un scénario s’écrit aujourd’hui devant nous : le FN est en mesure de récupérer les mécontentements et les luttes qu’animeraient des syndicats qui continueraient de ne pas de soucier de l’enjeu que s’affirme une alternative politique. En résumé : aux syndicats la résistance aux politiques libérales ; et au FN l’alternative sociale-raciste. Soulignons, au passage, que les directions syndicales se tromperaient lourdement si elles pensaient que leurs sympathisants sont imperméables aux idées racistes. La polémique consécutive à la publication par L’Humanité (1) d’une étude sur le vote FN parmi les sympathisants des syndicats de salariés ne doit pas conduire au déni à ce sujet : alors que le FN risque désormais de devenir le débouché politique de tous les mécontentements sociaux, les directions syndicales peuvent-elles continuer à refuser d’investir la question de l’alternative politique ?

Comme l’écrit le Parti de gauche, l’enjeu de la période actuelle est « de mettre en mouvement la société elle-même ». Cela appelle, comme l’évoquent depuis quelques années les Communistes unitaires et d’autres, désormais réunis dans Ensemble !, à déplacer le curseur de la vie politique vers l’implication citoyenne, en rompant avec les formes politiques dépassées des partis-guides. Cela veut dire faire enfin le pari de soutenir l’émergence d’une nouvelle conception de la politique, aujourd’hui brimée par le Front de gauche. Pierre Laurent (PCF) est aussi allé dans ce sens en affirmant la nécessité de « mettre le Front de gauche à disposition des citoyens ». Chiche, cette fois, vraiment ?

* * * * *

1/ Terminer ce riche billet par une citation de Pierre Laurent est une quasi imposture… Il peut dire ce qu’il veut aujourd’hui, il a conduits tout le monde au désaveu. Et ce n’était pas il y a plusieurs années mais il y a deux mois ! Qu’on ne compte pas sur moi pour passer un drap sur cette histoire et faire comme si elle n’existait pas.

2/ Je désapprouve l’idée ambiguë qui se dégage de ce paragraphe : « Dès lors, comment la gauche d’alternative peut-elle réagir ? Elle devrait bien sûr exclure de s’aligner sur le FN, comme le fait ouvertement l’ancien député André Gérin, dénonçant « l’establishement UMPS », soulignant « la perte de l’identité de la France » et la « dépossession culturelle et morale de la Nation française »… et affirmant que le FN « a obtenu le quasi monopole de la défense de la Nation française ». Reprendre ainsi les mots du FN (qui, au passage, emploie maintenant plus souvent le mot nation que le mot patrie), c’est assurément contribuer à renforcer son emprise idéologique. »

En effet, il est évident qu’il ne s’agit pas de reprendre le discours du FN pour plaire aux électeurs qui manifestent leur soutien à ce parti.  Mais comme l’auteur le dit lui-même, au paragraphe précédant celui-là, « le FN siphonne une partie de ses thèmes de prédilection » [ceux du Front de Gauche]. Donc il ne me paraît pas opportun de les leur abandonner. C’est ce que nous faisons si souvent depuis vingt à trente ans et ça n’a pour effet que de nous conduire peu à peu vers des scores groupusculaires. Quand un thème est naturellement de gauche, nous devons en parler, mais en parler avec notre propre vocabulaire et avec nos propres propositions. ET c’est là que la différence se fera, toute la différence.

S’agissant de la nation dont il est question dans le paragraphe que j’incrimine, justement c’est une folie que de laisser cela au FN. La nation est un thème la gauche. C’est la nation française qui s’est libérée du roi et des rois. C’est la nation française qui a donné l’exemple de la révolution au monde, et ce, plusieurs fois. Pas seulement en 1789. Mais aussi en 1830 et en 1848. En mai 1968 également. La nation française n’est pas « nationaliste »; elle n’est pas impérialiste mais universaliste, internationaliste. Elle ne veut de guerre avec et contre personne; elle défend la paix et des relations internationales pacifiques et harmonieuses.  La nation est notre seul cadre démocratique viable pour le moment. Lutter contre la souveraineté de la nation, c’est lutter contre la souveraineté du peuple. Ceux qui, à gauche, n’ont pas compris cela, sont aussi dangereux que ceux qui, de l’autre côté, ou dans tous les partis, estiment que la France doit être gouvernée par d’autres qu’elle, que le peuple français doit être tenu en laisse par des pouvoirs suffisamment puissants pour lui imposer chaque jour sa ligne de conduite, fut-elle destructrice de notre contrat social et de notre vouloir-vivre ensemble.

3/ Dans le paragraphe « Cela appelle à assumer pleinement une autre conception de la société, faisant droit à la diversité des cultures, associant analyse de classes et reconnaissance des communautés, portant la solidarité entre Français et étrangers, combattant toutes les discriminations…« , un mot me dérange extrêmement, celui de « reconnaissance des communautés ». Si tout le reste de ce paragraphe correspond à ma philosophie humaniste, je ne me résous pas à l’idée que nous devions « reconnaître les communautés » car cela est contraire au principe même de la nation française. Nous ne sommes pas comme le sont les Américains, un peuple fait de communautés qui s’opposent, plus ou moins ouvertement, les unes aux autres. Nous sommes, nous voulons être, et donc nous agissons dans notre discours national, comme un peuple unitaire, malgré ses différences. Il ne s’agit pas de les nier, encore moins de les mépriser. Elles doivent être respectées mais on ne doit pas évoluer vers un pays constitué de communautés. Ce serait, à coup sûr, la fin définitive de notre « unité » nationale et républicaine. Une République est un régime qui assure à tous les mêmes droits et impose les mêmes devoirs tandis qu’un pays régi par le principes des communautés est tout autre chose. Et nous n’en voulons pas. Jamais, nous n’en avons voulu.

Ces trois points du texte sont sinon fondamentaux du moins très importants et ils ne sauraient être passés sous pertes et profits sous prétexte que le reste du texte me convient tout à fait. De la même manière que je refuse toujours d’avaler  une loi nouvelle apportant des améliorations alors même qu’elle contient aussi des régressions. Ceci est une pratique détestable et on sait pourquoi elle existe. Moi, je ne me ferai pas prendre.

Cette façon de tromper les gens, et d’imposer d’avaler un cafard au milieu d’un beau gâteau, est une pratique habituelle de tous nos gouvernants, et pas qu’en France. Ainsi, le sénateur Edward Kennedy, le troisième frère survivant de Jack et Bobby, décédé en 2008 peu après l’élection d’Obama, , après 40 années de Sénat, l’a expliqué dans son livre « America back on track ». Il ne faut donc pas nous laisser avoir. Il ne faut pas accepter un texte contenant des ferments régressifs sous prétexte qu’il serait par ailleurs progressiste.

Ce discours-là, on nous l’a fait à chaque fois qu’il a fallu avaler un des traités européens et on voit où nous en sommes arrivés… Donc méfiance face à ce type de comportement.

Cela dit, je ne pense pas que ce mauvais sentiment que je dénonce fonde la pensée de l’auteur qui a écrit ce billet. Il a d’ailleurs bien le droit de penser autrement que moi sur les questions que j’ai mises en évidence. Je respecte son droit, ça va sans dire. Et je ne lui fais aucun procès d’intention malveillante. Là n’est pas mon propos. Je voulais juste, en rappelant que c’est parfois ainsi que certains agissent, appeler chacun-e à la vigilance.

Ce texte est très largement positif. Il dresse un bon bilan de la situation et avance bien des pistes intéressantes.

Je tenais, malgré tout, à m’élever contre les quelques éléments, quantitativement négligeables, mais qualitativement très importants, que j’ai perçus comme par trop différents de ce que je crois être le discours que nous devons adopter et les choix que nous devons faire.

Évidemment, ces points de divergence font partie du débat à gauche. Et depuis très très longtemps.

C’est à chaque génération de les trancher, la génération suivante pouvant librement décider de ne pas reproduire les choix de la génération passée.

7 techniques de mensonge du FN – Par Thomas Guénolé (politologue) – Copyright Le Huffington Post

Technique de mensonge n°1: manipuler les chiffres

C’est en particulier sur l’immigration que le FN argumente en présentant des chiffres faux, des constats que les chiffres avérés contredisent, ou des chiffres objectivement manipulés. Par exemple, Marine Le Pen a dit en mars 2013 sur France 3 que « l’immigration coûte 70 milliards d’euros par an ». Elle a omis de mentionner que l’immigration rapporte également de l’argent à la France. Or, en faisant le solde entre ce que l’immigration coûte et rapporte à la France, il est positif de près de 4 milliards d’euros pour la France.

Technique de mensonge n°2: confondre une corrélation avec une causalité

C’est en particulier sur la criminalité et la délinquance que le FN argumente en confondant une corrélation (« A s’accompagne de B ») avec une causalité (« A est la cause de B »). Par exemple, Marine Le Pen a recommandé à ses sympathisants la lecture de La France orange mécanique de Laurent Obertone. Ce livre recense des actes criminels barbares commis en France par des personnes par ailleurs issues de telle ou telle culture (« A s’accompagne de B »). Il déduit de ces origines culturelles que leur barbarie provient de leur culture (« A est la cause de B »): d’où sa théorie de « l’ensauvagement ». Cette technique permet au FN de soutenir que l’immigration est une source d’insécurité. Or, le raisonnement est absurde : appliqué au fait que 97% des détenus de France sont des hommes, il aboutirait à la conclusion qu’un grand plan national d’opérations massives de changement de sexe réduirait la criminalité.

Technique de mensonge n°3: l’amalgame

C’est probablement la technique la plus couramment employée par le FN pour mentir aux électeurs. Que des élus de gauche ou de droite soient condamnés pour corruption, et le FN parle de « tous pourris ». Qu’un islamiste commette des attentats, et l’islam n’est pas compatible avec la République. Que des immigrés commettent des délits, et l’immigration est une cause d’insécurité. Sur tous ces points, l’amalgame est statistiquement indéfendable: par exemple, sur l’insécurité, même si l’on supposait que la totalité des détenus de France sont des immigrés maghrébins (ce qui est faux), cela représenterait alors un taux minuscule de 0,44% de la population totale d’immigrés maghrébins en France.

Technique de mensonge n°4: le sous-entendu

Encore lors des débats des élections européennes, Marine Le Pen a déclaré que les gens voient bien qu’il y a trop d’immigrés. Affirmer qu’ils le voient, c’est un sous-entendu raciste. En effet, il est évidemment impossible de distinguer à l’œil nu un immigré d’une personne née en France. Donc, en réalité, dire que les gens voient qu’il y a trop d’immigrés, c’est sous-entendre qu’ils voient qu’il y a trop de personnes qui n’ont pas la peau blanche. Cela permet d’envoyer un message raciste à l’électorat, tout en préservant la possibilité de nier ce racisme. Au demeurant, dans son programme de 2012, le FN prend explicitement la défense des « hommes blancs ».

Technique de mensonge n°5: l’usurpation de la rhétorique républicaine

C’est en particulier une méthode très courante de la part de Florian Philippot, soldat perdu du chevènementisme devenu bras droit de Marine Le Pen. La technique consiste à employer la sémantique républicaine pour recouvrir un argumentaire qui, sur le fond, reste d’extrême droite. Par exemple, le FN prétend être grand défenseur de la laïcité, valeur républicaine par excellence. Cependant, sur le fond, lorsqu’il parle de laïcité, c’est généralement pour s’attaquer à l’islam. Autre exemple: le FN revendique d’être opposé au communautarisme, par essence incompatible avec l’individualisme républicain. Cependant, sur le fond, lorsqu’il parle de communautarisme, c’est en réalité pour être lui-même défenseur d’un communautarisme blanc. Corollairement, le FN est sélectif lorsqu’il prétend défendre les « racines » de la France. Typiquement, il met en avant les « racines chrétiennes » mais jamais ses racines gréco-romaines. Or, en se fondant sur les racines gréco-romaines, tous les pays méditerranéens ont les mêmes racines que nous…

Technique de mensonge n°6: prétendre ne plus être d’extrême droite

Le FN alterne sur ce point entre deux lignes contradictoires. Tantôt il prétend n’avoir jamais été d’extrême droite, tantôt il élude mais précise que ses idées ont changé avec le temps. Pourtant, non seulement le FN est toujours d’extrême droite, mais plus précisément, il est pétainiste. De fait, comme le régime pétainiste, il préconise notamment une hiérarchie sociale fondée sur le sang français, un Etat fort protecteur des artisans et petits commerçants, une politique nataliste et anti-IVG, et la liberté de faire de la propagande antisémite. Par ailleurs, comme le régime pétainiste, il s’est choisi Jeanne d’Arc pour icône. En outre, il compte parmi ses fondateurs des anciens collabos: par exemple, son tout premier trésorier, Pierre Bousquet, est un ancien caporal SS, et François Brigneau, ancien vice-président du FN, servit dans la Milice du régime de Vichy.

Technique de mensonge n°7: la frappe ciblée

C’est une ligne de défense quasiment systématique du FN lorsqu’une de ses idées est identifiée comme étant d’extrême droite. Il riposte en citant une personne qui défend la même idée, ou un gouvernement étranger qui l’a appliquée, et qui n’est pas d’extrême droite. Par exemple, lorsque dans un débat sur France 2, en octobre 2013, Martine Billard a identifié comme pétainiste l’expression « redressement national » employée par Florian Philippot, ce dernier a répliqué qu’Arnaud Montebourg était ministre du « redressement » productif sans être pour autant pétainiste. En réalité, à l’échelle de la planète, presque aucune des propositions du FN n’est une position uniquement défendue par l’extrême droite française. C’est la combinaison spécifique de propositions qui est caractéristique de l’extrême droite française, et plus précisément, du pétainisme.

Le FN est CONTRE le peuple et ses intérêts. Pour preuve…

Article d’après  » Rappel salutaire, publié sur le blog « Pensée Libre. Liberté, Egalité, Fraternité, Solidarité « 

Les députés FN à l’Assemblée Nationale, de 1986 à 1988 : rappel de leurs votes antisociaux

L’héritière Le Pen prétend envoyer à l’Assemblée Nationale des députés FN qui, nous assure-t-elle, se feront les  « avocats des oubliés « . (comprenez  avocats des « français de souche », les vrais français, victimes des faux français et de tous les autres, les étrangers). Le pseudo-virage social du FN, on l’a déjà vu à l’oeuvre.

Les votes des députés du Front National à l’Assemblée Nationale de 1986 à 1988

Le Front National a eu 35 députés aux législatives du 16 mars 1986 ( à la faveur de scrutin proportionnel ) jusqu’à la réélection de Mitterrand qui a dissous l’Assemblée, le vote des 5 et 12 juin 1988 n’en n’ayant réélu aucun. Il est intéressant de savoir comment ces députés ont voté, et pour quelles lois, Marine Le Pen et ses amis disant qu’elle veut le bien des Français, ne précisant jamais de quels Français elle parle. En examinant les votes ont comprend mieux :

    – L’institution d’une cotisation sociale au taux de 12,6 % sur les revenus du capital : CONTRE

    – Prélèvement sur les revenus du capital pour le financement de la Sécurité sociale : CONTRE

    – Rétablissement de l’impôt sur les grandes fortunes : CONTRE

    – Fixation à 50 % du taux de l’impôt sur le bénéfice des sociétés : CONTRE

    – Suppression du forfait hospitalier : CONTRE

    – Privatisations : POUR

Donc, Marine Le Pen veut donner du travail, augmenter les salaires, rendre au peuple sa dignité perdue ? Tout cela en refusant de s’en prendre aux capitalistes qui défendent farouchement les centaines de milliards accumulés. C’est pourquoi le FN soutient et a toujours soutenu les puissances de l’argent comme celles du CAC 40, tout en ayant l’air de les combattre.

En 2009 il proposait une solution à la crise :  « conserver le modèle du capitalisme » en utilisant « de manière équilibrée le capital humain et le capital financier » !

En 2010, en pleine action pour la défense des retraites, le FN préconisait la liberté de choix du départ à la retraite (en clair plus de date limite), la constitution d’une épargne retraite personnelle ( une étape marquante vers la disparition du système collectif de retraite actuel ).

Et, naturellement, pas un seul mot sur la nécessité de faire payer les employeurs ! Il ne s’agit là que d’un aperçu mais combien éloquent de ce qu’est le FN : un parti au service du capitalisme.

La souffrance du lepéniste – 29 avril 2012 – Pierre TEVANIAN, philosophe, co-animateur du collectif « Les mots sont importants »

C’est entendu : l’électeur lepéniste souffre. De Rachida Dati à Ségolène Royal, De Hollande à Sarkozy, tout le monde le dit, partout : la France qui vote FN, c’est la France qui souffre, et il faut entendre cette souffrance. Et en un sens c’est vrai. Oui, les électeurs du FN sont des gens qui souffrent, et oui, leur souffrance doit être entendue. Elle doit, cela dit, être entendue pour ce qu’elle est. Car ce n’est pas du chômage, de la précarité, de la misère économique et sociale que souffrent ces électeurs – du moins pas tous (loin de là), et pas plus (bien au contraire) que les autres électorats ou que les abstentionnistes.

Toutes les enquêtes statistiques le confirment, depuis des années : ces électeurs-qui-souffrent se répartissent sur toute l’échelle sociale, des plus bas aux plus hauts revenus, dans des proportions à peu près équivalentes à celles de la société dans son ensemble, et les catégories sociales sur-représentées dans cet électorat ne sont pas tant les chômeurs ou les ouvriers que les fonctionnaires de police et les artisans-commerçants-chefs d’entreprise (les scores impressionnants du FN chez les ouvriers et les chômeurs étant dans une large mesure un effet d’optique lié à l’abstention : les ouvriers et les chômeurs ne votent pas toujours plus que la moyenne pour le FN, mais ils votent nettement moins que la moyenne pour les autres candidats, et sont sur-représentés chez les abstentionnistes et les non-inscrits).

Cet électorat-qui-souffre est aussi est un électorat masculin beaucoup plus que féminin, dans un pays où les hommes sont nettement moins exposés que les femmes à la précarité et aux bas salaires – sans parler des viols, des violences conjugales, du harcèlement sexuel et des tâches ménagères. Cet électorat souffrant est enfin un électorat quasi-intégralement blanc, dans un pays où les Blancs sont nettement moins exposés que les Noirs et les Arabes à la précarité et aux bas salaires – sans parler des contrôles au faciès, des violences policières et de la discrimination dans l’emploi ou le logement. Tout cela, répétons-le, est attesté par d’innombrables données chiffrées.

De quoi souffrent-ils donc, ces pauvres lepénistes, si ce n’est pas de la misère ? Il se trouve que depuis des années, la question leur est posée, par sondages « sortie des urnes », et que les résultats n’ont pas varié, y compris en 2012 : riches ou pauvres, chômeurs ou patrons, hommes ou femmes, nos électeurs-qui-souffrent mettent en avant un seul et même souci, une seule et même souffrance, « l’immigration ». Ils souffrent, ces électeurs, parce qu’ils voient, dans leurs rues ou dans leurs téléviseurs, des femmes musulmanes qui portent un foulard. Ils souffrent parce qu’ils voient, dans leur rue ou dans leurs téléviseurs, des attroupements de musulmans priant sur la chaussée – mais ils souffrent plus encore à l’idée qu’une mosquée puisse être construite pour libérer ladite chaussée. Ils souffrent de voir des minarets – ou, le plus souvent, ils souffrent à l’idée qu’ils en verront un jour. Ils souffrent à l’idée qu’ils ont pu ingérer, à l’insu de leur plein gré, de la viande dite halal. Ils souffrent de croiser des Noirs au volant d’une belle voiture, ils souffrent d’entendre des airs de rap sortir de ces voitures. Ils souffrent d’entendre des airs de raï, ils souffrent de voir un présentateur, un élu ou un écrivain noir, arabe, musulman, pénétrer l’enceinte sacrée de leur téléviseur. Ils souffrent d’entendre dire, encore rarement mais moins rarement qu’avant, que la France a été esclavagiste et colonialiste, et que cette œuvre n’a pas été positive. Ils souffrent en somme de voir la France comme elle est et non comme ils la rêvent – blanche et immaculée, catho-laïque, patriarcale, hétérosexuelle.

Ils souffrent enfin, ces pauvres électeurs, parce que même après quarante ans de fermeture des frontières et de lois Pasqua-Debré-Chevènement-Sarkozy-Hortefeux-Guéant, il subsiste quelques droits pour les étrangers – au travail, au logement, à la santé… Ils souffrent à l’idée que des étrangers puissent un jour voter. Ils souffrent en somme à l’idée de perdre leurs privilèges de Français et de Blancs. Ils souffrent d’une maladie bien connue mais dont le nom, bizarrement, n’a pas été prononcé une seule fois par les représentants du PS ou de l’UMP lors de la soirée électorale du 22 avril : le racisme.

Ils jouent à se faire peur mais cette peur, comparée aux inquiétudes et aux souffrances des sans-papiers, immigrés, musulmans, « racailles » et autres « assistés », est un délicieux frisson. Ils souffrent d’un mal qui se nomme le racisme et qui se soigne très bien – à l’aide d’une once de probité intellectuelle, d’intégrité morale, de dignité humaine. Ils souffrent d’un mal dont on ne meurt pas mais qui fait mourir les autres, non-français, non-autochtones, non-blancs, non-catholaïques – à coups de « ratonades » ou de crimes « sécuritaires », de « bavures » ou de « chasse aux sans-papiers »… De Brahim Bouaram, jeté à la Seine par des lepénistes, à Mahamadou Maréga, tué par des policiers, la liste est longue des victimes de ce mal dont « souffrent », entre autres, ces électeurs si courtisés – sans parler des millions d’étrangers et de Français non-blancs, écrasés quotidiennement par une discrimination systémique, notamment à l’embauche et au logement, ou de ces millions de musulmans, quotidiennement insultés par une propagande islamophobe tous azimuts.

La souffrance du lepéniste doit donc être entendue, mais une fois entendue, elle n’appelle aucune réponse. Car compatir avec le racisme, c’est devenir soi-même raciste. Satisfaire une demande raciste, c’est devenir soi-même l’agent de ce racisme – ce que fait au demeurant la droite, mais aussi la gauche de gouvernement, depuis près de trois décennies. « De mauvaises réponses à de bonnes questions », tranchait un Premier ministre socialiste il y a trois décennies – et l’on sait ce que cette analyse a produit en termes de banalisation, de légitimation, et de progression quasi-ininterrompue du Front National. Il est plus que temps, pour stopper cette progression, d’oser reconnaître que non, l’immigration, l’invasion ou l’islamisation ne sont pas des bonnes questions. Il est temps de dire franchement aux électeurs lepénistes qu’on ne va rien faire pour calmer leur souffrance, bien au contraire. Il est temps de faire vivre enfin les principes de notre constitution, de combattre enfin les discriminations, et de faire par conséquent cette promesse aux électeurs lepénistes : si c’est l’égalité qui vous fait souffrir, vos tourments ne font que commencer !