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L’évangile selon Gattaz – Par Bob Solo le 15/03/2016

Séparation du Medef et de l'État
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Séparation du MEDEF et de l’État !
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Particulièrement bien trouvé, le slogan fait mouche et illustre au poil la situation. C’est évidemment un clin d’œil au combat mené contre l’influence et le pouvoir des Églises, qui aboutit à la loi de 1905, proclamant et garantissant notamment “la liberté de conscience” : le droit d’être croyant, et surtout de ne pas l’être.
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Mais la référence va bien au-delà du mot d’ordre un peu goguenard visant à dénoncer la soumission criante et pitoyable du pouvoir politique hexagonal actuel à un patronat actionnarial multinational qui dicte ses conditions. Parce qu’en y regardant de plus près, ce capitalisme financier tend en effet à s’imposer comme une religion, d’un nouveau genre, certes, mais utilisant les mêmes ressorts et recettes que les autres. Et pour le même but : une hégémonie. On ne vous demande pas de réfléchir, on vous demande de croire. Or, une classe n’est dirigeante que si ceux qu’elle domine adhèrent à son récit du réel.
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Ainsi est fabriquée et diffusée une doxa, un système de significations, de représentations, cherchant à s’imposer comme seule vérité (il n’y a pas d’alternative). On ne prend plus la peine de l’expliquer ou la démontrer : c’est un dogme, incontestable. Et parce qu’il est incontestable, il faut neutraliser toute contestation qui subsiste.
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Les économistes sont désormais classés en deux catégories opposées : orthodoxes et hétérodoxes. Vocabulaire directement puisé dans le lexique religieux : l’orthodoxe seul « est dans la foi droite” et « pense dans la bonne voie ». Les tenants d’un ordre économique différent se planteraient, seraient des « archaïques », ou pire : des agents masqués d’une idéologie, l’ultime accusation, celle qui vous vaut l’excommunication des temples télévisuels. Comme si le capitalisme lui n’était en rien une idéologie. Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage, mais bien plus, on réfute tout soupçon de contamination pour soi-même.
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L’économiste et sociologue Bernard Friot expose plus clairement le phénomène : le pouvoir politique en place s’appuie sur des croyances pour maintenir sa domination et empêcher la souveraineté populaire. Ces croyances d’essence religieuse assurent le maintien du capitalisme. Religieuses parce que dépourvues de fondements réels, parce que présentées comme des vérités absolues, parce que matraquées comme un catéchisme.
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Un exemple ? On sait maintenant d’où vient la bien plus fumeuse que fameuse « règle des 3% » (de déficit public par rapport au PIB). Le 28 septembre 2012, l’économiste Guy Abeille en révèle la genèse au quotidien Le Parisien : « On a imaginé ce chiffre de 3 % en moins d’une heure, sur un coin de table, sans aucune réflexion théorique. En 81 Mitterrand voulait qu’on lui fournisse rapidement une règle facile, qui sonne économiste et puisse être opposée aux ministres qui défilaient dans son bureau pour lui réclamer de l’argent. On allait vers les 100 milliards de francs de déficit, soit plus de 2 %. Alors, 1 % ? Impossible à atteindre. 2 % ? Ça mettait trop la pression. 3 % ? C’est un bon chiffre, qui a traversé les époques, ça fait penser à la Sainte Trinité. Plus tard, cette référence sera théorisée par des économistes et reprise dans le traité de Maastricht, devenant un des critères pour pouvoir intégrer la zone euro. A l’époque, c’était quelque chose d’anodin. Mais la bête est sortie de sa boîte et ça nous a échappé. »
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Cette règle balancée ex nihilo devenue dogmatique ne repose donc sur aucun critère économique sérieux, aucune étude, aucune preuve de quoi que ce soit. Elle a pourtant traversé les décennies et justifie depuis les pires politiques d’austérité imposées à toute l’UE. Or les preuves de son inefficacité vis à vis des buts qu’elle prétend poursuivre sont maintenant flagrantes, démontrées par les faits objectifs, “grandeur nature”. Mais elles sont niées, escamotées, décrédibilisées, pour empêcher leur diffusion. C’est la définition de l’obscurantisme. La pente moyenâgeuse semble t-il inhérente à toute religion. Et celle du Capital n’y échappe pas. Avec son lot de superstitions bien débiles : allez toucher les grosses couilles dorées du taureau de Wall Street, ça vous apportera la fortune.
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Seul antidote, nous dit Friot, la laïcité comme outil d’émancipation sociale, économique et intellectuelle : « Nous exerçons une violence inouïe sur nos enfants pour qu’ils se conforment « aux exigences du marché du travail ». Qu’est-ce que cela si ce n’est un Dieu ? Nos sociétés sont soi-disant laïques quand il s’agit d’interdire le voile, mais contre les vraies divinités qui nous emmerdent et nous gouvernent, aucune contestation. »
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Pour lui, il faut en finir avec les évêques fanatisés du MEDEF, les prélats extrémistes du CAC40, les curés radicalisés du 6/9 radiophonique qui nous rabâchent quotidiennement le sermon néo-libéral. Et évidemment, avec les cardinaux tout-puissants de la Commission (ou Congrégation?) Européenne, non seulement premiers prêcheurs de la Sainte Parole, mais aussi désormais Grands Inquisiteurs : on sait quels bûchers purificateurs ils ont allumés, à Chypre d’abord puis en Grèce, pour châtier les infidèles et chasser les hérétiques.
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Un des Papes de ce clergé du fric l’a déclaré à cette occasion : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. » Amen. Ce pontife non élu, arborant pas moins de quinze distinctions internationales de Chevalier de Ceci, Commandeur de Cela et Grand Croix de Mes Deux, est par ailleurs mouillé jusqu’à l’os dans un système d’évasion fiscale à grande échelle. Mais toujours en poste et en réalité aux manettes de l’Union. Il est issu d’un parti « démocrate-chrétien ». Traduisons : qui pense que Dieu a crée le Ciel et la Terre en sept jours chrono, qui pense que son Dieu à lui est le seul authentique, mais qui s’abstient désormais de brûler vif pour de vrai les gens qui pensent autrement – sauf en cas de bombardements massifs pour la victoire du Camp de la Liberté. Quant à la raison de la présence de l’adjectif « démocrate » dans l’intitulé, on cherche encore.
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Le titre de cet article fait bien sûr référence à l’actualité franco-française, mais on sait que Les Évangiles du Saint Profit s’écrivent aussi ailleurs. Des places boursières à Davos en passant par le FMI, l’OMC, le système bancaire et les agences de notations, les missionnaires de la Nouvelle Bible sont nombreux. On pourra largement s’approprier la citation de Jomo Kenyatta, président de la République kényane de 64 à 78 : « Quand les blancs sont venus, nous avions la terre et ils avaient la Bible. Ils nous ont appris à prier avec nos yeux fermés. Quand nous les avons ouverts, ils avaient nos terres et nous avions leur Bible ». Il suffira de remplacer « blancs » par « capitalistes », bien qu’ils soient eux aussi blancs en majorité, dominants historiques rêvant désormais à une domination absolue. Tout ça sur la base d’une fumisterie. Alléluia.
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Pour aller plus loin :
Promoteur du salaire à vie, Bernard Friot développe les principales croyances capitalistes, devenues des institutions tant nous les avons acceptées comme vérités.
Lien 1: Le salaire à vie (partie 1/2)
Lien 2 : Religion capitaliste et laïcité

Face aux mutations de l’UMP et à l’importance grandissante du FN, quel positionnement pour DLR ? – Par « Cochin »

Ce billet a été publié en qualité d’invité sur le blog de Laurent Pinsolle (lien : http://www.gaullistelibre.com/2014/06/face-aux-mutations-de-lump-et.html)

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Les délires néolibéraux du châtelain Fillon

L’interview accordée récemment par François Fillon au Telegraph ne fait que tristement confirmer les craintes que l’on pouvait avoir sur les évolutions de l’UMP, dont des membres de plus en plus nombreux revendiquent un néolibéralisme décomplexé. Lors du même entretien, l’ancien premier ministre affirme ainsi tout d’abord que les universités françaises sont des « foyers de marxisme » avant de regretter que « la France n’ait jamais eu de révolution thatcherienne ».

François Fillon raisonne ici, comme bon nombre de néolibéraux, avec plusieurs décennies de retard. Pour que les universités françaises soient un foyer de marxisme, il faudrait que les étudiants d’aujourd’hui lisent encore Marx ou ceux qu’il a inspirés, ce qui n’est clairement plus le cas (je me rappelle encore à ce sujet l’étonnement de mon professeur de khâgne à Louis-le-Grand quand il s’était aperçu il y a quelques années que seule une petite poignée d’élèves avaient lu de manière un tant soit peu poussée les oeuvres de Marx).

Bref, François Fillon se contente ici de reprendre de vieux poncifs qui ne renvoient plus à aucune réalité – et l’on pourrait d’ailleurs le regretter car le marxisme, au-delà de tous les problèmes qu’il pose, avait au moins le mérite d’offrir à certains un cadre de pensée cohérent et rigoureux qui leur permettait de mener une réflexion qui ne soit pas simplement superficielle sur l’état de notre société.

L’ancien premier ministre a en réalité très probablement vu dans la dénonciation des « foyers de marxisme » une façon de s’attirer sans trop d’efforts les sympathies de la frange la plus à droite de l’électorat de l’UMP. Échouant depuis deux ans à obtenir la direction de son parti en se livrant à une véritable réflexion sur les causes de la crise française, le voilà bien décidé à s’en emparer en conquérant la notoriété de l’infamie.

C’est d’ailleurs bien ce que montre l’éloge obscène rendu à celle qui fut responsable de l’un des pires drames sociaux qu’ait connu un pays d’Europe occidentale depuis 1945, poussant dans la misère des millions d’ouvriers. Mais soyons tout de même bon joueur et admettons à la décharge du châtelain Fillon qu’un tel drame n’a pas touché l’ensemble des Britanniques : bien loin de pâtir des années Thatcher, la City, et plus généralement les classes les plus riches, virent leur pouvoir se renforcer. En clair, la rigueur à laquelle aspire l’ancien premier ministre ne concernera que les classes populaires et les classes moyennes.

Ces déclarations de François Fillon, qui s’ajoutent à bien d’autres et ont depuis été encore confirmées lors de sa dernière conférence de presse2, illustrent un mouvement global des principaux cadres de l’UMP, qui accentuent leurs penchants néolibéraux. Que n’entend-on pas à ce sujet sur le temps de travail ou sur la création d’un SMIC spécifique pour les jeunes ? Des hommes comme Laurent Wauquiez (le brillant politicien selon lequel le rejet du référendum de 2005 est dû à la volonté des Français de voir clairement affichées les racines chrétiennes de l’Europe dans la constitution3) participent depuis plusieurs années de cet infléchissement de la ligne de l’UMP vers un antiétatisme (s’appuyant en premier lieu sur le rejet de l’impôt) qui n’a pourtant pas toujours caractérisé l’ensemble de la droite française.

Pour ne pas se retrouver asphyxié entre l’UMP et le FN, DLR doit éviter le piège de la droitisation

Au moment où l’UMP accentue son libéralisme économique tout en se rapprochant de l’extrême-droite sur certaines questions, sous l’influence notamment de la Droite forte, il importe de s’interroger sur le positionnement politique actuel de Debout la République. Autant le dire clairement, si j’ai voté en mai dernier pour la liste soutenue par ce parti, ce ne fut pas avec un enthousiasme sans limite mais seulement parce qu’elle me semblait incarner la plus claire proposition de rupture avec l’Union européenne (c’est-à-dire la construction européenne, dans la forme néolibérale avancée qu’elle a prise depuis le début des années 1990).

Sympathisant de DLR depuis sa création, j’ai à chaque fois que cela était possible apporté ma voix à ce parti. Il y a plus d’un an, j’ai même choisi, après avoir longtemps hésité, d’en devenir adhérent. L’élément qui a poussé cette adhésion était un billet de Nicolas Dupont-Aignan publié au moment de la mort de Chavez, billet qui, tout en signalant les défauts du chavisme, rappelait que celui-ci avait incarné « une révolte contre le défaitisme d’Etat incapable de promettre à ses enfants autre chose que la misère »4. Un tel billet paraissait sur le coup témoigner d’une véritable pensée « gaulliste sociale » (l’emploi des guillemets s’impose parce que l’expression a aujourd’hui perdu en grande partie de son sens : s’en réclament aussi bien François Fillon que Laurent Wauquiez), par l’hommage rendu à un homme qui, s’il n’était sans doute pas parfait, avait au moins eu le mérite de soulager une partie de la pauvreté de ses concitoyens par la redistribution d’une part importante de la rente pétrolière (il faudra à ce sujet un jour se demander sérieusement pourquoi des journaux comme Le Monde ou Le Figaro, qui publiaient très régulièrement des articles pour critiquer l’état de démocratie dans le Venezuela chaviste, s’inquiétaient dans le même temps beaucoup moins des conditions de la vie politique dans les pétromonarchies du Golfe).

À mes yeux, un souverainisme qui concentrerait toute son attention à la seule question européenne en délaissant la question sociale est voué à l’échec. Toute réflexion politique sérieuse sur la crise de notre pays doit sans cesser articuler ces deux questions, qui tout en étant intimement liées du fait du caractère néolibéral de l’Union européenne, ne sont pas exactement les mêmes. Ceci est d’autant plus fondamental que ce sont bel et bien les classes qui souffrent le plus dans le contexte actuel qui sont celles auprès de qui le discours de Debout la République est le plus à même de porter.

Renforcer le caractère social de son discours, voilà ce que devrait faire Debout la République, au lieu de dénoncer, comme dans les tracts des dernières élections européennes, la « bureaucratie » et l’« assistanat ». Il faut d’ailleurs noter à ce sujet que : soit le chômage est principalement lié à l’euro et aux politiques économiques menées depuis trente ans et dans ce cas là dénoncer l’assistanat (qui est un phénomène marginal) est un contresens ; soit il est dû à la fainéantise de certains, mais dans ce cas on ne peut plus accuser l’euro ou les politiques néolibérales d’être la cause des maux dont souffre l’économie française.

À l’heure où l’UMP adopte un positionnement de plus en plus droitier et où le Front national voit son audience croître, Debout la République se retrouverait en réalité bien vite asphyxié entre ces deux partis s’il choisissait d’opter pour une ligne plus à droite que celle qu’il a suivie par le passé. Le mouvement prendrait par ailleurs le risque de se couper définitivement des souverainistes de partis plus à gauche, avec lesquels il devra pourtant un jour s’allier s’il veut rassembler une majorité de Français. Si à court terme, une telle ligne pourrait donc permettre de récupérer quelques électeurs, en profitant de la crise – provisoire – de l’UMP, elle condamnerait par la suite le parti à végéter à des niveaux qui furent ceux de l’ancien MPF.

Gageons que Nicolas Dupont-Aignan ne fera pas une telle erreur.