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Quand…

Avant-propos de Vincent Christophe Le Roux
Je vous propose ci-dessous quelques lignes dans l’esprit de celles qu’avait écrites Martin Niemöller qui, elles, sont à lire au bas de ce document.
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Quand ils ont violenté et parqué les migrants dans des camps, je n’ai rien dit, je n’étais pas migrant…
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Quand ils ont condamné à de la prison ferme des syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste…

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Quand ils ont contraint les lanceurs d’alerte à vivre dans la peur d’être réveillés au petit matin par une armée de Robocops, je n’ai rien dit, je n’étais pas lanceur d’alerte…
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Quand ils ont imposé aux salarié-e-s un retour aux conditions du XIXe siècle, je n’ai rien dit, j’étais fonctionnaire…
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Quand ils ont supprimé le statut de la fonction publique, je n’ai rien dit, je travaillais dans le privé…
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Quand ils ont imposé aux chômeurs d’accepter n’importe quel emploi à n’importe quel salaire, je n’ai rien dit, j’avais un travail…
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Quand ils ont montré du doigt et harcelé les fraudeurs aux aides sociales, je n’ai rien dit car ces gens-là abusaient du système…
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Quand ils ont laissé tranquilles les fraudeurs fiscaux, les évadés fiscaux et les professionnels de l’optimisation fiscale, je n’ai rien dit, ces gens-là sont intouchables et puis moi je ne les connais pas alors que je connais quelques chômeurs parasites…
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Quand ils ont soumis la politique à l’économie, je n’ai rien dit, les économistes à la télé disaient que c’était cela qui nous sauverait…
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Quand ils ont transformé le régime d’économie mixte appliqué en France depuis la Libération en économie financière et de casino, je n’ai rien dit, le capitalisme était le seul système viable puisque l’alternative communiste avait échoué…
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Quand ils ont assimilé tous les “Arabes” aux terroristes islamistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas “Arabe” ou musulman…
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Quand ils ont transformé l’état d’urgence provisoire en état permanent, je n’ai rien dit, j’avais peur des terroristes…
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Quand ils ont imposé des restrictions massives des droits et libertés, je n’ai rien dit, j’ai toujours pensé que la sécurité était la première des libertés et que pour la garantir, il fallait accepter des restrictions…
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Quand ils ont effacé les frontières pour imposer la mondialisation, je n’ai rien dit, je n’étais pas nationaliste…
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Quand ils ont vassalisé la France, je n’ai rien dit, je me foutais de “l’Hexagone”…
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Quand ils ont vendu à la découpe l’industrie de défense, je n’ai rien dit, j’étais antimilitariste…
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Quand ils ont transféré le contrôle de la force de dissuasion française au commandant en chef de l’OTAN, je n’ai rien dit, j’étais hostile à cette arme de destruction massive…
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Quand ils ont remplacé le franc par l’euro, je n’ai rien dit et je me suis même réjoui car ça allait simplifier mes achats lorsque j’irais à l’étranger…
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Lorsqu’ils ont fondé l’Union européenne, je n‘ai rien dit, j’étais pour la paix en Europe…
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Lorsqu’ils ont réintégré la France dans l’OTAN, je n’ai rien dit car à la télé, à la radio et dans la presse, ils disaient que les Russes nous menaçaient…
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Lorsqu’ils ont fait revenir les forces armées des États-Unis dans des bases militaires sur notre territoire, je n’ai rien dit, on a une trop grosse dette envers les Américains depuis 1944…
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Lorsqu’ils ont mis en application le TAFTA et le TISA, je n’ai rien dit, car il paraît que seuls des anti-Américains primaires et des fossiles gauchistes s’y opposaient…
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Quand ils ont transféré à Bruxelles les derniers pouvoirs régaliens de la France (Affaires étrangères, Défense et justice), je n’ai rien dit, la France est un trop petit pays pour survivre dans la mondialisation…
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Quand ils ont prorogé de dix ans le fonctionnement des centrales nucléaires françaises, je n’ai rien dit, je ne voulais pas revenir au temps de la bougie…
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Etc. etc.
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Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait personne pour protester

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Éléments de biographie issus du Huffington Post

Martin Niemöller (14 janvier 1892 – 6 mars 1984) est un pasteur et théologien allemand. Il combat lors de la Première Guerre mondiale.
Après celle-ci, bouleversé par les horreurs qu’il a vécu, il s’oriente vers la théologie et devient pasteur.
Il admire le régime hitlérien à ses débuts, mais quand celui-ci veut soumettre l’église allemande, Martin Niemöller demande à tous les pasteurs qui ne veulent pas accepter l’idéologie nazie de se rassembler afin de créer le Pfarrernotbund (Ligue d’urgence des pasteurs).
Cette organisation respecte et défend la profession de foi de l’Église Réformée et les principes de tolérance de la Bible.
À la fin de 1933, six mille pasteurs (plus d’un tiers des pasteurs protestants) ont rejoint l’organisation. Le Pfarrernotbund reçoit également le soutien de protestants de l’étranger.
L’organisation adresse alors au synode une lettre dénonçant les persécutions dont sont victimes les juifs et les pasteurs qui ne veulent pas se plier aux ordres des nazis.
En représailles, Martin Niemöller est déchu de ses fonctions de pasteur. La plupart de ses paroissiens lui restant fidèles, il continue d’assurer son ministère.
Arrêté en 1937, il est interné au camp de concentration de Sachsenhausen. En 1941 il est transféré au camp de Dachau. Libéré en 1945, il devient militant pacifiste et consacre le reste de sa vie à la reconstruction de l’Église protestante d’Allemagne.

Une 6e République, pourquoi ? Vidéos de Besançon, l’insoumise

 

Épisode 1 du 20/02/2016 : La Ve a raison de nos vies

Épisode 2 du 21/02/2016 : La Ve une monarchie présidentielle

Épisode 3  à venir

Jacques SAPIR a-t-il pété les plombs ou bien tombe-t-il le masque à son tour ?

Depuis plusieurs jours, je relaie régulièrement les billets de Jacques SAPIR. Car j’y trouve bien des arguments intéressants et pertinents à opposer à nos ennemi-e-s. En réalité, je suis les écrits de cet homme depuis très longtemps mais il n’y a que depuis quelques semaines qu’ils résonnent vraiment en moi.

Il nous a gratifié, en effet, des dernières semaines, de billets quasi-quotidiens d’une grande qualité, et d’une grande profondeur, que j’ai relayés abondement sur Facebook, en même temps que je relayais bien d’autres personnes.

J’étais même sur le point de publier un billet – que j’avais commencé à écrire hier – pour le défendre contre certains « antifascistes » le décrivant, avec des mots infamants, comme étant lui-même un quasi-fasciste ou n’ayant aucun scrupule à s’afficher avec de néofascistes et toute une série de gens détestables (cf le billet de « Gauche de combat » alias Robert Duchmoll sur Facebook à lire ici : http://gauchedecombat.net/2015/07/27/sapir-a-mis-le-pied-dans-la-merde-et-ca-ne-lui-portera-pas-bonheur/).

Hélas, ce soir, je ne me sens plus du tout en phase depuis que j’ai lu le dernier billet de Jacques SAPIR (à lire ici : http://russeurope.hypotheses.org/4148).

Cette fois-ci, Jacques SAPIR déconne dans les grandes largeurs… Il donne du grain à moudre à ses opposants en suggérant rien moins que la mise en oeuvre des pleins pouvoirs de l’article 16 de notre constitution pour gérer le conflit avec l’Union européenne qui sera certain et violent dès que nous tenterions de mettre en oeuvre notre projet politique.

Jacques SAPIR, dans son billet du jour, rappelle le texte de cet article 16 de notre constitution. Le voici :

« Lorsque les institutions de la République, l’indépendance de la Nation, l’intégrité de son territoire ou l’exécution de ses engagements internationaux sont menacés d’une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des Présidents des Assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel.

Il en informe la Nation par un message.

Ces mesures doivent être inspirées par la volonté d’assurer aux pouvoirs publics constitutionnels, dans les moindres délais, les moyens d’accomplir leur mission. Le Conseil constitutionnel est consulté à leur sujet.

Le Parlement se réunit de plein droit.

L’Assemblée nationale ne peut être dissoute pendant l’exercice des pouvoirs exceptionnels.

Après trente jours d’exercice des pouvoirs exceptionnels, le Conseil constitutionnel peut être saisi par le Président de l’Assemblée nationale, le Président du Sénat, soixante députés ou soixante sénateurs, aux fins d’examiner si les conditions énoncées au premier alinéa demeurent réunies. Il se prononce dans les délais les plus brefs par un avis public. Il procède de plein droit à cet examen et se prononce dans les mêmes conditions au terme de soixante jours d’exercice des pouvoirs exceptionnels et à tout moment au-delà de cette durée. »

Vous comprendrez donc que cet article 16 de notre constitution, c’est celui qui donne au Président de la République tous les pouvoirs : aussi bien celui de faire des lois tout seul, que celui de prendre les décrets de son choix, également tout seul, et même celui de rendre la justice (via des tribunaux spéciaux qui pourraient être créés à cette occasion). De Gaulle en usa une seule fois, suite au putsch des généraux d’Alger, le fameux « quarteron de généraux en retraite ». Et cet usage fut violemment critiqué, notamment par la Gauche, et à juste titre.

Nous, la Gauche de combat, savons ce à quoi nous devons nous attendre de la part de nos ennemis… Je ne cesse de l’écrire depuis des mois. Coïncidence : c’est il y a une heure environ que j’ai publié sur Facebook ces quelques mots sur le sujet :

« Ce n’est pas dans la douceur et l’euphorie générale que les choses vont se faire… Nos ennemis feront comme ils ont toujours fait quand ils perdent le contrôle de la situation : ils feront couler notre sang. Mieux vaut le savoir et ne pas être naïf à leur sujet, ni compter sur leur pitié. La police, l’armée, les forces de sécurité, c’est eux qui les contrôlent…»

Nous ne nous illusionnons pas. Nous savons ce que nous allons affronter: un monstre froid et sanguinaire dès qu’il risque de perdre son pouvoir. Mais nous sommes prêts à l’affronter, en gouvernant contre tous nos ennemis avec la force qui convient. Nous rendrons coup pour coup et nous nous battrons avec détermination, courage et honneur.

Mais nous nous battrons avec les règles de la démocratie et de la République, en demandant sans cesse l’appui du peuple sur les décisions que nous aurons à prendre. Car le peuple, nous en sommes convaincus, nous soutiendra. Les peuples soutiennent largement les pouvoirs révolutionnaires d’Amérique du Sud.

En, Grèce, même si la situation vécue n’est pas encore tout à fait comparable à celle des pays sud- et centre-américains, on voit bien que le peuple est prêt à aller beaucoup plus loin que ne le disent les grands medias, et que ne le veulent les « timides » que sont Tsipras et ses ami-e-s de l’aile droite de Syriza. C’est le peuple qui, en votant très souvent, soutient la révolution en cours en Équateur, en Bolivie, au Venezuela… C’est le peuple qui a permis l’échec du putsch anti-Chavez en 2002 (Revoyez à cet égard le film « La révolution ne sera pas télévisée »).

Et avec le soutien massif du peuple, nous serons forts et on ne pourra que nous donner des coups, peut-être violents et cruels mais pas mortels. On ne pourra pas nous vaincre ! Si le peuple s’en mêle, c’est nous qui aurons le dernier mot. Aujourd’hui, comme hier. Quand nous avons échoué, c’est parce que le peuple ne s’est pas levé.

Donc, je dis solennellement, comme démocrate, comme Républicain, comme militant engagé dans la Gauche de combat, comme citoyen, que c’est NOUS, le peuple, qui serons l’arme de destruction massive du capitalisme et de l’Union européenne. Il faudrait seulement que nous ayons devant nous des leaders de densité historique pour assumer le combat qui va devoir être mené, pour ne pas avoir peur d’anticiper sur la conscience du peuple, pour tenter même de la faire progresser un peu plus vite, pour oser !

MAIS IL EST ABSOLUMENT HORS DE QUESTION QUE NOUS ADMETTIONS UN RECOURS À LA DICTATURE LÉGALE QUE PERMET L’ARTICLE 16 DE NOTRE CONSTITUTION, ET CE, QUAND BIEN MÊME CE SERAIT UN OU UNE DES NÔTRES QUI SERAIT PRÉSIDENT-E DE LA RÉPUBLIQUE !

NOUS VOULONS ET PRÔNONS LA 6e RÉPUBLIQUE ET DONC LA DÉMOCRATIE JUSQU’AU BOUT, EN TOUTES CIRCONSTANCES.

QUELLE INCONSÉQUENCE MAJEURE CE SERAIT DE PRATIQUER LA DICTATURE DE L’ARTICLE 16,  MÊME SI C’ÉTAIT POUR UNE BONNE RAISON ! IL N’Y A QUE LES FASCISTES QUI CONSIDÈRENT QUE LA FIN JUSTIFIE LES MOYENS.

Nous, peuple français, n’avons pas peur ! À vous autres, adeptes et acteurs du choc des civilisations, d’avoir peur !

Manuel Valls, tel un sous-produit de George « W » BUSH, disait, au lendemain de la tuerie à laquelle nous avons assisté, pétrifiés, qu’ « il y aurait un avant et un après 7 janvier ». Facile ! Même pas un propos inédit ! Aucune création originale ! Notre médiocre Premier ministre, caudillo en devenir, n’a montré là qu’une capacité à reproduire, sans talent, ce qui a été initié par d’autres, bien avant lui. Le Premier ministre s’est montré tel qu’il est : incapable d’innover, d’inventer, de dépasser ses prédécesseurs ou ses homologues et congénères de France ou d’ailleurs, d’aujourd’hui ou d’hier. Il a montré ses limites, bien vite atteintes. Loin d’être un chef de gouvernement à la hauteur de sa responsabilité, il n’a pu que se parer des atours élimés du plus mauvais plagiaire, celui qui ne fait même pas illusion, nulle part.

Du moment que je considère que la tuerie n’est pas un acte de fondamentalisme religieux, ou, à tout le moins, qu’elle n’est pas que ça, je considère qu’elle avait, pour ceux qui l’ont commanditée, le même but que le 11 Septembre : saisir l’opinion, la prostrer dans la stupeur, l’effroi, l’abattement. Pour l’empêcher de penser, de réfléchir, d’analyser et d’avoir une chance de comprendre ce qui se passe, et faire en sorte que les autorités en place puissent :
1°/ imposer leur camelote liberticide sans contestation aucune,
2°/ « dans l’intérêt de la France », participer plus activement à la « guerre contre le terrorisme » et officialiser enfin un rattachement, bien plus net encore qu’il n’existe aujourd’hui, aux États-Unis d’Amérique, puissance qui donne le tempo au monde depuis des décennies mais qui a du mal à s’imposer pour de bon chez nous,
3°/ adopter puis ratifier sans opposition le TAFTA, avant le TISA qui suivra et sans doute d’autres « accords » du même genre.

Là où je suis satisfait, et un peu rassuré, c’est qu’il semble que le peuple français ne soit pas jumeau du peuple américain. Je veux dire par là qu’au lendemain du 11 Septembre, le peuple états-unien a marché, comme un seul homme, derrière son Président et son armée, totalement abruti qu’il a été par tous les medias et tous les pouvoirs, sans qu’aucun des célèbres contrepouvoirs n’assume aucune de ses responsabilités. Je dis ça parce que les manifestations de ces derniers jours semblent indiquer, au contraire des Etats-Uniens, que le peuple français n’est ni prostré, ni abattu. Choqué, écoeuré, fou de colère et de douleur, inquiet, il l’est sans aucun doute. Mais au moins, lui, est debout et pas couché devant son gouvernement.

Cela dit, les deux drames sont d’ampleur tellement incomparable que l’on ne peut tirer de leçon absolue et définitive sur ce point. Imaginez si la France subissait un attentat qui soit identique au 11 Septembre, proportionnellement à sa population. Il y avait près de 281 422 000 habitants aux États-Unis en 2001 et il y eut près de 3000 morts dans les attaques du 11 Septembre. Rapporté à la population actuelle de la France, 66 millions d’habitants, cela veut dire que nous assisterions à la mort violente de près de 700 personnes en une seule journée. Je crains fort qu’une telle horreur, si elle devait se produire un jour, aurait des effets de « choc et de stupeur » bien plus profonds que la disparition d’une vingtaine de personnes, fussent-elles déifiées aujourd’hui.

PLUS QUE JAMAIS, le peuple français doit refuser les vérités officielles et médiatiques et être attentif à ce qui se dit autour de lui, sans jeter le discrédit et l’opprobre sur les sceptiques qui ne croient pas aux explications trop simples des autorités ou des medias qui, rappelez-vous, ne sont que l’outil de propagande du pouvoir, c’est-à-dire de ceux qui détiennent le pouvoir réel dans la société.

PLUS QUE JAMAIS, le peuple français doit rester sur ses gardes vis-à-vis du gouvernement (autant par rapport à celui-ci que par rapport aux prochains qui lui succèderont).

PLUS QUE JAMAIS, le peuple français doit se rassembler, pas dans une « unité nationale » politicienne et qui ne servirait que les intérêts des maîtres et des oligarques, mais dans un rassemblement du peuple de l’essence du « Conseil national de la résistance » qui fut une forme puissante de lutte des classes. Le CNR, en étant une résistance à l’occupant puis au « capitalisme du désastre » qui avait mené à la guerre, est la force politique et citoyenne qui renversa la table et fit bouger le curseur du rapport de force en redonnant la primauté au peuple à travers ses représentants tandis que les oligarques et les capitalistes étaient bien tenus en respect. Certes, on peut toujours considérer que son oeuvre fut inachevée, qu’il aurait dû faire plus et mieux. Mais ce qu’il fit fut déjà immense, surtout lorsqu’on le compare à ce que nous avons aujourd’hui. Beaucoup de cette oeuvre fut détruit depuis des années, méthodiquement. Il s’agit pour nous aujourd’hui de commencer par reconstruire ce qui a été abattu avant d’aller plus loin que ne l’avaient fait les acteurs du CNR. C’est toujours une forme de lutte des classes. Pas au sens où une moitié du pays imposerait sa loi à l’autre. Mais au sens où l’immense majorité du peuple de ce pays imposera sa loi à cette toute petite minorité qui se comporte comme une nuée de criquets, dévastant tout sur son passage puis, une fois que plus rien ne reste, s’en allant dévaster un autre lieu.

Je lis souvent une opposition entre tenants du « rassemblement » et tenants de la « lutte des classes », les deux étant incompatibles aux yeux des deux « factions… Quelle gigantesque connerie !

La « lutte des classes », c’est le « rassemblement » du peuple contre les voleurs et les escrocs des sommets du pouvoir économique, social et politique. Le peuple, c’est 99% de la population et les intérêts de ces 99% sont très proches. Et ces intérêts-là n’ont rien à voir avec ceux du 1% restant. Certes, toutes les minorités méritent de vivre et d’être respectées, ont des droits,  et ne sauraient, pour la seule raison qu’elles sont « minorités », être maintenues dans l’asservissement. Ce n’est pas l’humaniste et l’homme de gauche que je suis qui dira le contraire. Mais aucune minorité ne saurait imposer sa loi contre l’intérêt général. Or, c’est exactement à cela que nous assistons depuis les années 70. C’est exactement cela que nous subissons depuis les années 70. Cette minorité du 1% du peuple Français, la plus nantie, impose sa loi d’airain à tous, avec le consentement plus ou moins bien accepté des 99%.

Quand je disais, plus haut, que nous devons, collectivement, être « attentifs » et « rester sur nos gardes », j’ai ajouté immédiatement « vis-à-vis du gouvernement » car ça ne veut certainement pas dire que la population doit se méfier de tout et de tout le monde en général, de quelques-uns d’entre nous en particulier, si vous voyez ce que je veux dire… Il n’est pas question que soient ciblés et inquiétés ceux qui n’auraient pas la « bonne » couleur (la France n’est pas une population d’une couleur prédéterminée), pas le « bon » patronyme (la France n’est pas une population dont les noms de famille ou les prénoms ne devraient être qu’issus d’un almanach datant de plusieurs siècles), qui ne pratiqueraient pas la « bonne » religion (il n’y a aucune « bonne » religion en République laïque), qui ne vivraient pas à la « bonne » adresse (le lieu de vie ne fait pas partie des éléments discriminants que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen admet implicitement quand elle stipule que « les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune »), ou qui feraient des choix de vie différents de tel ou tel autre Français se croyant en droit d’imposer ses vues aux autres. Cet esprit de division et de discrimination -là nous est insufflé depuis trop longtemps et, hélas, je crains que nous le ressentions de plus en plus fortement maintenant. Mais nous le refusons.

Ce n’est pas en raison des actes criminels de quelques assassins que nous devons nous méfier et considérer comme suspecte, voire ennemie de l’intérieur, toute une population qui leur serait assimilée pour des motifs de proximité prétendue alors que seuls des racistes, des xénophobes, des ratatinés du bulbe ou des salopards intéressés à de noirs desseins contre notre contrat social et notre vivre-ensemble décrivent comme telle. Jamais la foule des chrétiens n’a été mise en cause pour les actes criminels de quelques-uns d’entre eux. Jamais la foule des blancs n’a été incriminée pour les actes criminels de quelques blancs. Jamais la foule des policiers n’a été incriminée pour les bavures de tel ou tel policier. Jamais une armée entière n’a été incriminée pour les actes criminels de tel ou tel soldat. On peut continuer ce genre de propos avec d’autres exemples. Ils abondent. Il va sans dire que la mise à l’index, ouvertement ou de manière détournée, que ce soit en l’assumant ou en faisant, malhonnêtement, semblant de dire le contraire du message subliminal que l’on diffuse, d’une certaine population s’inscrit clairement à la fois dans le racisme intemporel et dans le très contemporain choc des civilisations.

Nous, peuple français, refusons et l’un et l’autre !

Nous, peuple français, ne sommes pas racistes mais ouverts aux autres, tolérants devant la diversité et convaincus que l’altérité est une chance pour nous tous.

Nous, peuple français, refusons le choc des civilisations que quelques esprits tordus, sous l’influence spirituelle des néoconservateurs états-uniens, veulent importer en France.

Nous, peuple français, allons, collectivement, donner une suite à ces tragiques évènements du 7 janvier 2015. Mais loin de donner une suite antidémocratique, liberticide et belliqueuse à ces évènements, et loin de satisfaire aux rêves malfaisants des fascistes en herbe et de leurs nervis d’un côté, aux intérêts des gouvernants et de leurs mandants (oligarques, capitalistes et puissances impériales étrangères) de l’autre, nous allons reprendre notre destin en mains.

Nous allons remettre notre pays sur la voie du progrès pour tous et oeuvrer, avec d’autres, en Europe et dans le monde, pour que l’humanité chemine vers une harmonie des civilisations plutôt que vers la guerre des civilisations.

La peur ne passera pas par nous pour paraphraser un vieux slogan. Les pouvoirs publics, partout et en tout temps, jouent sur la peur ressentie par les peuples pour asseoir leur pouvoir et celui de ceux pour qui ils agissent, lesquels sont étrangers au peuple. La peur est destinée à nous empêcher de penser, à nous dissuader d’agir, et à nous défier les uns des autres. Nous n’entrerons pas dans cette folie civilisationnelle-là. Le président des États-Unis, Franklin Delano Roosevelt, lors de son 1er discours d’investiture en mars 1933, en une époque où son pays était au coeur de la « Grande Dépression » succédant au krach de 1929, adressait une supplique à son peuple :

« La seule chose que nous devions redouter, est la peur elle-même !« 

Eh bien nous, citoyens et citoyennes de la République française, nous n’avons pas peur. Ni des illuminés fanatiques, ni des terroristes authentiques ou maquillés, ni des gouvernants, ni de personne.

Vous qui décidez pour nous, depuis l’Élysée, Matignon, le Palais-Bourbon, ou l’hôtel Crillon, le dîner du siècle, Londres, Berlin,  Bruxelles, Washington ou ailleurs, entendez ce cri montant du peuple français, peuple des révoltes et des révolutions :

NOUS N’AVONS PAS PEUR !

Et plus encore, écoutez ce cri du coeur d’un peuple qui va reprendre son destin en mains : NOUS N’AVONS PLUS À VOUS TOLÉRER ET NOUS N’ALLONS PLUS VOUS TOLÉRER.

VOUS, Président de la République,
VOUS, Premier Ministre,
VOUS, Membres du Gouvernement,
VOUS, députés et sénateurs,
VOUS, élus locaux,
VOUS, commissaires européens,
VOUS, députés au Parlement européen,
VOUS, PDG, directeurs, adjoints, membres des conseils d’administration et actionnaires des grandes entreprises,
VOUS, qui que vous soyez, qui agissez contre l’intérêt général, pour vos seuls intérêts ou dans les seuls intérêts très particuliers de vos mandants,

Entendez ce cri : C’EST VOUS, TRÈS BIENTÔT, QUI AUREZ PEUR !

Premières interrogations à propos du travail constituant à mener…

Il n’est pas question de réserver l’écriture de la constitution aux juristes et aux constitutionnalistes. Ceux-là prendront leur place mais c’est le peuple qui décidera de l’essentiel…

Sur les questions qui se posent et qui devront être posées, tous les citoyens n’ont peut-être pas un avis à ce jour mais pourront en avoir un demain. Il y aura une phase d’éducation populaire qui permettra aux ignorants d’apprendre l’essentiel à savoir pour comprendre les débats. Mais je suis convaincu que tout le monde peut et dit avoir un avis sur les questions qui se posent.

 Qui gouverne ? Comment ? Par quels procédés ?

 Quelle architecture institutionnelle ? Fau-il que notre régime dispose d’un Président de la République ou pas ? D’un Premier ministre ou pas ?

 Quel pouvoir le Président doit-il avoir s’il est maintenu ? Quel pouvoir aurait le Premier ministre ?

 Quel pouvoir aurait le gouvernement ? Quels moyens d’action doit-il avoir face au peuple et face aux autres pouvoirs ?

 Faut-il un Parlement à une seule ou à deux chambres ? Doit-on garde-t-on le Sénat tel qu’il est ? Doit-on le supprimer sans le remplacer ? Doit-on plutôt le transformer radicalement ? Dans le sens souhaité en son temps par le général de Gaulle ou selon d’autres modalités ? Lesquelles ?

 Quels pouvoirs donner aux parlementaires ?

 Le Parlement doit-il redevenir le centre du pouvoir politique en France ? Si oui, de quelle manière ? Si non, quelle doit être sa place face aux autres pouvoirs ?

 Le parlementarisme doit-il être refondé dans une vision moderne où l’intervention du peuple souverain serait rendue plus effective et où il pourrait agir beaucoup plus fréquemment ? Quels pouvoirs le peuple souverain doit-il avoir face au Parlement ?

 Les parlementaires doivent-ils être les seuls législateurs ? Sinon qui d’autre ? Dans quelles conditions ?

 Qui peut et qui doit contrôler le gouvernement et les différents pouvoirs publics ? Comment ? Par quels procédés politiques, administratifs, juridiques et citoyens ?

 Doit-on pouvoir révoquer les élu-e-s ? Comment ? Quand ? Dans quelles conditions ?

 Peut-on imposer la discussion de tel ou tel sujet ? Au sein de quelle instance ? Dans quelles conditions ?

 Doit-on reconnaître au peuple un droit d’initiative électorale (droit de provoquer de nouvelles élections partielles ou générales avant leur date prévue) ? Doit-on reconnaître au peuple le droit de dissolution du Parlement ? Ou de la seule Assemblée Nationale ? Dans quelles conditions ?

 Doit-on reconnaître un droit de veto citoyen et populaire, sur les lois adoptées, notamment quand celles-ci sont contraires aux volontés du peuple (il y a pléthore d’exemples) ? Dans quelles conditions ?

Doit-on reconnaître un droit d’initiative référendaire (permettre au peuple d’imposer l’organisation d’un référendum local ou national sur un ou plusieurs sujets) ? Dans quelles conditions ?

 Quelle architecture pour l’organisation territoriale de la France ?

 Combien de niveaux d’administration locale ? Lesquels ?

 Doit-on garder accepter la réforme régionale en cours ou la refuser en bloc ? Doit-on garder les régions, les supprimer ou revoir la carte régionale ?

 Doit-on garder les départements tels qu’ils sont ? Doit-on inventer une autre carte départementale ?

 Doit-on garder la carte communale telle qu’elle existe ? Doit-on réduire le nombre de communes ou inventer une autre carte communale ?

Que faire des intercommunalités ? Doivent-elles remplacer les communes ou demeurer à côté d’elles ? Ou au-dessus d’elles ? Doivent-elles être élevées au statut de collectivités locales à part entière ?

Doit-on fusionner les communes qui sont liées par l’intercommunalité ou pas ?

Quelles compétences donner à chaque niveau d’administration locale ?

Quelles relations tisser entre elles ?

Quelle légitimité politique offrir à ces échelons de pouvoir local ?

Quel mode d’élection pour chacun ?

Quelle architecture politique pour les institutions locales ?

Doit-on conserver la logique présidentielle avec un maire ou un président de conseil général, régional ou d’intercommunalité surpuissant face à un conseil municipal, général, régional ou communautaire souvent croupion ou simple chambre d’enregistrement des décisions de l’Exécutif local ?

Faut-il, et si oui comment, enlever du pouvoir aux structures exécutives locales pour renforcer le pouvoir des assemblées locales et ainsi dé-présidentialiser et re-parlementariser le pouvoir local ?

Quels pouvoirs directs d’intervention donner au peuple souverain face aux institutions locales  et dans la décision publique locale quotidienne ? Le peuple souverain doit-il être mieux informé ? Comment ? Le peuple souverain doit-il être davantage et mieux impliqué en amont, dès la phase de préparation des décisions ? Comment ? Quels pouvoirs doit-il face à la prise de décision ? Après adoption de la décision, quels pouvoirs reconnaitre au peuple pour contester la décision ?

Quelle place pour les institutions judiciaires en France ? Quel pouvoir leur reconnaître ? Quelles limites fixer à leur pouvoir ? Comment considérer leurs décisions ? Doivent-elles être susceptibles de recours ? De quel genre ? Dans quelles conditions ?

Sur quelles bases investir les juges et les magistrats ? Quel rôle doivent-ils jouer ? Quelles immunités leur accorder ? Quels moyens d’action reconnaître au peuple face aux juges ?

Quel pouvoir et quels droits reconnaître aux salarié-e-s dans leur entreprise ? Quel pouvoir et quels droits reconnaître aux citoyen-ne-s face aux entreprises ? Le peuple peut-il, doit-il, et comment, pouvoir influer sur la vie économique du pays ? Quels pouvoirs reconnaître aux entreprises face aux citoyens et à ses salarié-e-s ?

Comment penser et comment mettre en œuvre la liberté du commerce et de l’industrie ? Cette liberté doit-elle avoir des limites ? Lesquelles ?

Quelle place pour la laïcité en France ? Comment penser la laïcité aujourd’hui ? Quelles conséquences en tirer ? Quels effets juridiques et politiques doit-elle avoir ? Faut-il établir des limites à la laïcité ? Si oui, lesquelles ? Comment la laïcité se pense-t-elle face à la liberté de conscience et d’expression ? Quels conflits entre elles ? Comment régler pacifiquement les conflits ?

Quelle place donner dans la constitution à l’exigence de la transition écologique ? Comment imposer démocratiquement la règle verte et la nécessaire bifurcation de notre modèle économique ? Comment mener puis trancher les grands débats qi agitent le pays et le monde sur la question écologique ? Jusqu’où aller dans la constitution en matière de prescriptions écologiques ?

Comment penser ou repenser le droit de propriété ? Doit-il demeurer « sacré » comme cela est expressément indiqué dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ? Doit-on lui assigner des limites ? Lesquelles ? Qui en décide et comment ?

La constitution doit-elle déterminer certains principes en matière de diplomatie et de relations internationales ? Lesquels ? Jusqu’où la constitution doit-elle aller en la matière ?

Quels pouvoirs donner au peuple souverain et aux citoyen-ne-s face aux diplomates, aux agents publics chargés de la diplomatie et de la défense, face aux militaires et aux forces de l’ordre ?

Quels pouvoirs donner au peuple souverain face aux traités, accords internationaux et conventions internationales que négocieraient nos dirigeants ? Le peuple doit-il être le seul à pouvoir les ratifier ? Si oui, dans quelles conditions ? Sinon, quelle répartition définir entre les textes qui doivent relever de l’approbation du peuple et ceux qui relèveraient de pouvoirs institués ?

La constitution doit-elle traiter de questions culturelles, artistiques, patrimoniales ? Comment ? Pour dire quoi ?

Doit-on conserver tels quels les textes de déclarations de droits et les préambules de constitutions précédentes auxquels l’actuelle constitution de la 5e République fait référence ? Doit-on les intégrer à la prochaine ? Comment ? Doit-on contester ou remettre en débat certaines dispositions de ces textes ? Doit-on inventer d’autres droits ? Lesquels ? Doit-on s’inspirer de textes étrangers et internationaux ? Ne serait-il pas utile d’intégrer à notre constitution ou à notre « bloc de constitutionnalité » des textes tels que la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, les pactes des Nations-Unies de 1966 sur les droits civils et politiques, les conventions sur les droits des enfants, la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et tant d’autres ?

Réplique au billet « Hold up sur la VIème République : ne Mélenchon pas tout !  » de David NAKACHE du 12 mai 2013

Le billet de David NAKACHE est là: http://blogs.mediapart.fr/blog/david-nakache/120513/hold-sur-la-vieme-republique-ne-melenchon-pas-tout?onglet=commentaires#comment-3453199

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Et voici le mien, en réponse…

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Avant toute chose, je veux dire que je connais personnellement David NAKACHE. J’ai eu divers échanges avec lui, par le biais d’internet ou lors de rencontres directes, lorsque je militais, moi-même, au Parti de Gauche à Nice ces dernières années. Il m’est arrivé de manifester avec lui et j’ai indirectement soutenu son champion, Arnaud MONTEBOURG, lors des primaires du Parti Socialiste en vue de l’élection présidentielle de 2012, considérant qu’un candidat tel qu’Arnaud MONTEBOURG aurait été de bien meilleure facture que celui qui finit par l’emporter, aussi bien en raison de son histoire politique personnelle au sein du P.S. (il a été un des leaders de la Gauche de ce parti), qu’en raison de ce qu’il proposait.

Je respecte donc David NAKACHE. J’ai toujours considéré que l’on peut être en désaccord et se respecter. C’est ainsi que je conçois la politique dans un pays civilisé, dans une République démocratique et a fortiori quand on défend, comme je le fais, « L’Humain d’abord ». Pour nous, au Parti de Gauche et au Front de Gauche, ceci n’est pas qu’un slogan contre la finance. C’est une règle de conduite générale. C’est ainsi, en tout cas, que je conçois ce slogan.

Cette réponse que je fais David NAKACHE n’est donc pas acrimonieuse. Que ceux qui se réjouiraient de voir un militant du Parti de Gauche se déchainer contre un militant du Parti Socialiste passent leur chemin. Ce n’est pas ce qui m’anime ici. Je veux seulement proposer ma propre réflexion sur la question qu’il a mise en avant afin d’apporter ma pierre au débat relatif aux institutions en général et à la 6ème République en particulier. Et si je commence avec ces aimables propos liminaires, ce n’est pas pour finir, comme un vulgaire Jacques ATTALI, à sortir une ignominie juste avant de filer.

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Pour faire les présentations…

L’auteur à qui je réponds par le biais de ce billet en forme de lettre ouverte, David NAKACHE, est un militant du P.S. à Nice, soutien d’Arnaud MONTEBOURG et cadre du mouvement « Des idées et des rêves » initié à l’occasion des primaires socialistes en vue de l’élection présidentielle de 2012.

Je suis moi-même militant du Parti de Gauche depuis décembre 2009. Lorsque j’étais installé à Nice, je fus, un temps, co-secrétaire du comité du Parti de Gauche de Nice. J’ai déménagé en Loire-Atlantique en avril 2012. Je suis désormais installé à Saint-Nazaire mais je garde un intérêt et un œil sur la vie politique niçoise et, plus largement, azuréenne. Les camarades que j’ai rencontrés pendant cette page de ma vie en terre azuréenne restent des camarades malgré la distance qui nous sépare.

Il ne fait aucun doute que ce qui nous a rapprochés, David NAKACHE et moi, fut la personne et les idées d’Arnaud MONTEBOURG. En ce qui me concerne, l’intérêt pour Arnaud MONTEBOURG n’est pas nouveau. Je suis Arnaud MONTEBOURG depuis que j’ai eu l’occasion de lire son livre anti intitulé « La Machine à trahir – Rapport sur le délabrement de nos institutions » (publié aux éditions Denoël, collection Impacts en novembre 2000). Ce bouquin est, comme son titre le laisse présager, un réquisitoire solide, convaincant, violent pourrais-je même dire mais ô combien fondé, du régime issu de la constitution de 1958. Je me retrouvais très largement dans ce diagnostic très critique. De même que je formais alors bien des espoirs devant les quelques propositions de réforme constitutionnelle que dessinait Arnaud MONTEBOURG dans cet ouvrage à charge contre notre monarchie républicaine.

J’invite, d’ailleurs, les lecteurs de ces lignes à consulter, eux-mêmes, cet ouvrage même s’il est ancien. Il est une contribution des plus utiles dans le débat institutionnel. Notamment parce qu’il est intéressant de voir combien certains socialistes étaient, depuis longtemps, conscients des réalités institutionnelles et désireux de les transformer, dans l’esprit de la critique du « coup d’état permanent » faite par François MITTERRAND, lui-même, en son temps, mais critique restée, hélas, sans suite. Ouvrage intéressant ensuite et surtout quand au contenu de la critique dressée du régime actuel et des propositions faites pour en sortir.

Arnaud MONTEBOUG, sans doute informé très vite que ce premier livre avait éveillé l’intérêt de beaucoup, voire même conscient peut-être, dès le temps de l’écriture de ce premier livre, que cet ouvrage en appelait un second le prolongeant, en co-écrivit un autre quelques années plus tard avec un constitutionnaliste, Bastien FRANçOIS. Ce deuxième ouvrage intitulé « La Constitution de la 6ème République – Réconcilier les Français avec la démocratie » (publié aux éditions Odile Jacob en septembre 2005), partait logiquement de ce qui figurait dans « La machine à trahir » pour proposer un nouveau texte constitutionnel clés en mains. Ce second ouvrage, que j’avais étudié en détail, me paraissait une excellente base de départ pour le travail de rénovation institutionnelle que serait amené à prendre en charge un Parlement de gauche élu en 2007.

Hélas, alors même que Ségolène ROYAL, candidate du P.S. à l’élection présidentielle de 2007, avait intégré, dans son projet, une proposition de 6ème République, largement influencée sans doute qu’elle était par la présence, à ses côtés, d’Arnaud MONTEBOURG, principal porteur de cette réforme fondamentale, ne remporta pas l’élection présidentielle et, de ce fait, la réforme ne put être mise en œuvre. On aurait pu penser qu’Arnaud MONTEBOURG allait continuer, lui-même, à la porter haut et fort. Car si Ségolène ROYAL avait échoué à devenir Présidente de la République, il n’en demeure pas moins que plusieurs autres candidats avaient eux aussi porté un projet de changement plus ou moins profond de nos institutions, certains allant même jusqu’à évoquer une 6ème République. Celle-ci n’avait certes pas forcément la même physionomie selon les candidats mais il était clair que le peuple français, par le biais des candidats qui se présentaient à lui, témoignait de sa volonté de changer la donne et ce, bien plus profondément que par simplement quelque réforme à dose homéopathique.

Or, Arnaud MONTEBOURG a quelque peu modéré ses transports en la matière. Autant il avait été, publiquement, un ardent défenseur de la 6ème République dans la période 2000-2007, autant il a été relativement discret ensuite. Peut-être était-il davantage en pointe sur ce sujet au sein des instances internes du P.S. mais n’étant pas militant de ce parti, je ne peux en juger moi-même. Et je ne me souviens pas l’avoir entendu défendre cette idée de changement de régime au cours des interventions publiques qu’il put faire après 2007. À une exception près cependant, qui n’est pas négligeable, loin de là : le congrès de Reims en novembre 2008 qui aurait pu envoyer Ségolène ROYAL et Arnaud MONTEBOURG, son principal adjoint, à la tête de ce parti et, peut-être, contribuer ainsi à ce que le P.S. porte cette réforme comme une des plus fondamentales à mettre en œuvre le jour où la Gauche serait revenue au pouvoir.

Là encore, nous savons que ces deux-là ont été défaits. La suite allait montrer que Ségolène ROYAL n’était plus une personnalité dominante de la vie du P.S. Quant à Arnaud MONTEBOURG, après avoir défendu ses idées lors de la primaire mais sans succès, il avala son chapeau en même temps que plusieurs couleuvres pour finir par soutenir le candidat François HOLLANDE et devenir un des ses ministres.

Depuis, certes, Arnaud MONTEBOURG a fait parler de lui. Certaines de ses interventions publiques ne sont pas pour nous déplaire. Nous avons toujours dit que nous le soutiendrions quand il porterait des propositions de nature à faire avancer nos idées et nous l’avons fait. Mais hélas, mis à part quelques mots cruels à l’encontre des dirigeants actuels et quelques rares actions d’éclat qui n’ont abouti à rien, le compte n’y est pas comme l’a dit Jean-Luc MÉLENCHON le 5 mai dernier, place de la Bastille, en parlant du bilan de la première année de gouvernement HOLLANDE-AYRAULT. Aussi bien s’agissant des choix politiques en général que pour la question des institutions en particulier.

Et pour revenir précisément au sujet qui nous anime, la question de la 6ème République, force est de constater qu’Arnaud MONTEBOURG est pour le moins discret sur le sujet.

*

Tu as tort, David, quand tu évoques un « hold-up sur la VIè République » dont seraient coupables Jean-Luc MÉLENCHON, le Parti de Gauche et plus largement le Front de Gauche. Pour deux raisons majeures.

1°/ Peut-on être accusé de commettre un « hold-up » lorsqu’on défend, depuis des années, en fait plus de deux décennies, l’idée d’un tel changement de régime ? Jean-Luc MÉLENCHON n’est pas un perdreau de l’année. Ce n’est pas au cours des derniers mois qu’il est venu sur ce sujet. Il n’a pas copié-collé Arnaud MONTEBOURG. Il n’a pas plagié Arnaud MONTEBOURG. Il n’a pas davantage volé les idées d’Arnaud MONTEBOURG. Jean-Luc MÉLENCHON a été un des principaux  fondateurs de la « convention pour la 6ème République » dès 1992, au côté de Marie-Noëlle LIENEMANN et de Julien DRAY. À cette époque, Arnaud MONTEBOURG était avocat et n’était pas encore entré au Parti Socialiste. Il n’y adhèrera qu’en 1997 et c’est en 2000, je l’ai dit plus haut, qu’il publia son premier livre sur la question des institutions. Selon Wikipedia, « la Convention pour la 6e République (C6R) fut fondée en avril 2001 suite au succès de La machine à trahir ». Tiens, tiens… Ne vois-tu pas quelque chose de curieux ? Arnaud MONTEBOURG reprenait textuellement le nom qui avait été choisi en 1992 par Marie-Noëlle LIENEMANN, qui était alors ministre du Logement du Président de la République François MITTERRAND et de la Première Ministre Édith CRESSON, Jean-Luc MÉLENCHON, qui était alors sénateur, et Julien DRAY, « le trio infernal de l’Essonne » selon les termes insultants utilisés par la journaliste d’Antenne 2 présentant cette démarche, pour discréditer, déjà, la volonté de certains Socialistes de changer la donne institutionnelle. Ces termes devaient d’ailleurs résulter de ces « éléments de langage » que distille la rue de Solférino dont Laurent FABIUS était alors le premier secrétaire (voir sur ce point la vidéo de l’INA dont le lien est donné en note de fin).

Ce n’est pas mon but que de nous disputer ici sur la question de savoir qui a eu, historiquement, la primauté de la proposition de changer de République. Mais au minimum, peut-on espérer, de la part de ceux qui ne sont venus que plus tard à l’idée de la 6ème République, de ne pas ignorer, de manière aussi notable, l’histoire politique de leur parti ou de ne pas témoigner d’une telle malhonnêteté intellectuelle en la dissimulant. Je ne ferai pas le reproche à Arnaud MONTEBOURG de n’avoir pas été du premier train en 1992 puisque, à cette époque-là, je l’ai dit plus haut, il n’était pas au P.S. Toi non plus, a fortiori… Mais ce que je peux en revanche te reprocher, David, c’est d’ignorer ton histoire politique ou de la dissimuler, ce qui serait plus grave…

« Convention pour la 6ème République » fondée par Marie-Noëlle LIENNEMAN, Jean-Luc MÉLENCHON et Julien DRAY en 1992, « C6R » c’est-à-dire « Convention pour la 6ème République » fondée par Arnaud MONTEBOURG en 2001… Où est le plagiat ? Et où est le « hold-up » à ton avis si « hold-up » il y a eu ?

Cette réponse devait être faite afin de rétablir une vérité que, par ignorance ou par volonté de nuire, tu n’as pas dite, voire que tu as cachée en allant jusqu’à accuser l’un de ceux qui avaient été pourtant les précurseurs de la 6ème République, d’avoir commis un « hold-up » sur des idées qu’ils avaient défendu eux-mêmes bien avant Monsieur MONTEBOURG.

Cette réponse devait être faite afin que personne n’ignore la réalité de la vie politique française et que, d’autre part, les nouveaux venus ne croient pas être les seuls à avoir de bonnes idées, pas plus qu’ils ne sont les premiers à avoir porté des combats nobles.

Pourtant, s’il n’est pas inutile de savoir qui a eu certaines intuitions fulgurantes et qui s’est rallié ensuite à une bonne idée, le principal n’est pas de décerner une palme de l’intuition première mais de rallier à une réforme indispensable le maximum de citoyens. Tu le reconnais d’ailleurs toi-même, achevant ta note en disant que « la VIè République, si elle n’est pas reprise par différents partis de différents bords politiques, ne sera jamais mise en œuvre ».

Dont acte !

Ceci m’amène à un deuxième argument.

2°/ L’objectif de 6ème République n’appartient à personne. Il n’est soumis à aucun droit ou « marque déposée » selon tes propres termes dans le dernier paragraphe de ton billet. C’est bien pour cette raison d’ailleurs qu’Arnaud MONTEBOURG et ses ami-e-s n’ont jamais été accusés par les précurseurs Marie-Noëlle LIENEMANN, Jean-Luc MÉLENCHON et Julien DRAY, d’avoir commis un « hold-up » sur un discours politique dont on peut voir, au regard du rappel historique que j’ai fait ci-dessus, qu’ils avaient la primeur au sein du P.S.

D’ailleurs n’y-a-t-il pas quelque incohérence à titrer sur un « hold-up » pour finir par conclure en disant « Il ne s’agit pas de dire que la VIè République est une « marque déposée » par Arnaud Montebourg et ses soutiens » ?

À quoi bon alors avoir publié un article basé sur une telle accusation assez infamante et témoignant d’un esprit assez fermé pour finir par des propos révélant un esprit bien plus ouvert ?

J’ai comme l’impression que tu nous révèles un certain malaise dont tu serais victime. Ce malaise ne serait-il pas le résultat du constat que Jean-Luc MÉLENCHON, le Parti de Gauche et le Front de Gauche, sont en train  de réussir à convaincre le peuple français que le changement de régime est indispensable et qu’Arnaud MONTEBOURG qui fut également, il faut le reconnaître, un ardent défenseur en son temps de cette idée, n’y prend plus aucune part aujourd’hui ?

Ce billet ne serait-il pas révélateur d’une immense déception que tu ressentirais de constater que ton champion a déserté le champ de bataille sur une thématique qui pourtant n’était pas pour rien dans sa notoriété et dans l’estime qu’on pouvait lui porter ?

Outre les arguments précédents qui invalident à mes yeux la légitimité du terme de « hold-up », il y a un troisième argument que je veux avancer. En plus d’être totalement inapproprié comme je m’en suis expliqué, ce mot  porte en lui une accusation assez infamante. Il est insultant. Les mots ont un sens et ne peuvent être utilisés sans réflexion. Si tu as employé ce terme-là, c’est que tu l’as pesé. Car je ne te ferai pas l’insulte de prétendre que tu écris sans réfléchir, d’autant plus que ce billet avait pour objectif d’être publié dans Mediapart qui, chacun en conviendra, n’est pas un journal comme un autre et qui a une certaine audience. Ce billet n’est pas seulement un billet de blog ou une contribution interne à un parti d’audience limitée. Il est non seulement public mais publié dans un journal sérieux qui défend des débats de haute tenue et qui a une audience immense, sans cesse croissante. Il est même en tête des propositions avancées par Google ce dimanche 12 mai 2013 quand on fait une recherche sur le mot « Mélenchon ». Ce n’est pas innocent. Or ce billet est basé sur des prémisses erronées. Au-delà de l’erreur factuelle, le mot choisi pour le titre est blessant.

En effet, dois-je rappeler que commettre un hold-up est un acte de délinquance parmi les plus graves de notre code pénal? Accuses-tu donc Jean-Luc MÉLENCHON d’être un délinquant. Réalises-tu la portée de l’accusation au-delà d’un « bon mot » qui n’en est pas un ?  Il y aurait matière à répondre sur ce point. Mais ce n’est pas cela qui m’intéresse.

Je préfère poursuivre ma réponse sur les autres éléments de fond que tu as avancés.

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Tu accuses Jean-Luc MÉLENCHON d’ « appeler à la VIè République sans jamais définir » celle-ci. Tu devrais l’écouter plus attentivement. Tu devrais t’intéresser à ce que disent d’autres responsables du Parti de Gauche et du Front de Gauche. Tu devrais consulter les écrits des différents porte-paroles de nos mouvements. Car si nos leaders ne lisent pas dans leurs discours des textes entièrement rédigés de 6ème République – qui le ferait ? – il n’en demeure pas moins que bien des éléments sont expliqués de ce que nous avons à l’esprit. Tu le sais d’ailleurs puisque toi-même le reconnais dans ton billet écrivant « Ils décrivent d’ailleurs cette VIème République dans le programme du Front de Gauche de 2012 ». Et oui, le projet que nous avons porté à la présidentielle de 2012 n’était pas un document destiné à finir dans les armoires. Il reste notre projet, quand bien même il ne s’agit pas d’une œuvre achevée. Nous ne cesserons pas de l’améliorer, de la compléter, de la moderniser. Mais ce projet existe et son contenu explique clairement notre vision institutionnelle et décrit les principales réformes que nous souhaitons voir mises en œuvre. David, tu as donc tort  d’affirmer que jamais nous ne définissons la VIème République à laquelle nous appelons.

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Tu viens ensuite sur un autre point de critique : notre volonté de mettre en oeuvre une assemblée constituante. Dans ta critique, tu utilises des arguments qui alimentent un débat rationnel mais tu emploies aussi des termes plus contestables quand tu expliques que « dans la bouche » de Jean-Luc MÉLENCHON, l’Assemblée constituante « opère comme une formule magique ». Non, David, nous ne sommes pas des magiciens. Nous n’usons pas de formules magiques, pas plus que de mantras ou autres prières. L’Assemblée constituante n’est pas une formule magique. C’est mal connaître ton histoire. C’est mal prendre en compte le respect dû au peuple souverain. Ce n’est pas une formule magique mais un outil juridique qui peut être contesté mais sur la base d’arguments rationnels, plutôt que sur de telles formules à l’emporte-pièce. Justement, venons-en aux arguments rationnels que tu avances.

Tu questionnes   à la fois « la pertinence du recours à la Constituante » et « l’utilisation politique de son invocation ».

Tu t’interroges sur ce que l’on ferait dans le cas où le texte élaboré par la dite Assemblée constituante serait rejeté lors du référendum d’approbation. Tu enchaînes les questions liées à cette éventualité en te demandant si « on recommencerait à l’infini » à révoquer les membres de l’Assemblée constituante ayant rédigé un projet de constitution rejeté par le peuple, à en élire de nouveaux, à réécrire un autre projet de constitution, à le soumettre de nouveau au peuple etc. etc. Ces questions sont en effet importantes et méritent d’être posées. Elles le seront. Je suis même convaincu qu’elles l’ont déjà été dans les débats internes entre celles et ceux qui ont réfléchi à la question. Je suis certain que beaucoup ont déjà des idées de réponse. Ce n’est donc pas en soi un obstacle absolu contrairement à ce que tu laisses entendre. D’ailleurs, te souviens-tu de l’époque des discussions avant la mise en place de la IVè République ? Il y eut un premier texte qui fut présenté au peuple qui le rejeta. Cela ne fut pas un drame. On poursuivit les discussions jusqu’à ce qu’un texte nouveau soit proposé au peuple qui cette fois l’approuva. Je concède que les conditions d’élaboration de ce texte ne correspondent pas tout à fait à celles que nous souhaitons voir mises en œuvre, mais ce rappel n’est pas inutile car il montre bien que le peuple étant souverain, il est libre de refuser ce qu’on lui propose. Aussi longtemps qu’il ne juge pas un projet de constitution digne d’être adopté. Si l’Histoire constitutionnelle de la France fait état de nombreuses expériences, contrairement à d’autres pays réputés plus stables sur ce sujet, nous n’avons pas, à ma connaissance, connu d’exemple de crise majeure due à une absence de loi fondamentale qui ait perduré très longtemps, pas plus que de situations où le peuple aurait, plusieurs fois d’affilée, refusé d’approuver une constitution. On peut certes imaginer toute une série de risques potentiels, on doit même le faire, mais sans tomber dans la paranoïa pour autant. Le fait est que le peuple n’a pas eu très souvent à se prononcer et, à nos yeux, le problème réside bien davantage dans cette carence à interroger le peuple que dans le risque de voir celui-ci refuser successivement plusieurs projets de constitution. Quand le peuple eut l’occasion de se prononcer, ce fut souvent avec une liberté pour le moins encadrée. Or, nous avons une autre vision, laisser le peuple beaucoup plus maître de définir la loi fondamentale qu’il veut se donner. Et si le risque que tu évoques ne doit pas être négligé, il ne me semble pas qu’il soit tel que nous devions être tétanisés par lui et refuser pour cela d’abord l’idée de la Constituante et ensuite celle de l’approbation populaire.

Tu te demandes ensuite « comment s’assurer que le résultat de la Constituante sera une véritable VIè République ? »

Il y a plusieurs éléments dans cette question. D’abord, j’évoquerai la question liée à ce que la Constituante aboutirait – ou pas – à une « véritable » 6ème République. Il va sans dire que la 6ème République est un concept multiforme. Quand bien même ses précurseurs en ont une vision assez claire, on sait que tous les défenseurs d’un changement de régime ne partagent pas les mêmes objectifs et ne développent pas les mêmes propositions de réforme. Parler de « la 6ème République » ne suffit donc pas à dire tout ce que nous exprimons au Parti de Gauche et au Front de Gauche quand nous mettons en avant ce projet. Mais nous ne nous contentons pas de cette formule. Nous en avons expliqué déjà certains traits fondamentaux, certaines lignes de force. « Notre » 6ème République a donc sa spécificité par rapport à la 6ème République proposée, en son temps, par d’autres que nous. Mais « notre » 6ème République a également bien des similitudes avec celle pensée par d’autres que nous. C’est précisément le débat constitutionnel qui permettra de rapprocher nos positions des uns ou de les différencier de celles des autres et au final c’est le peuple qui tranchera. « Notre » 6ème République sera-t-elle la « véritable » 6ème République ? Pour y répondre, cela impliquerait de définir quelle 6ème République serait « véritable » et quelle autre 6ème République ne le serait pas ?

Or je ne crois que l’on puisse décemment prétendre être dépositaire soi-même des clés de la « véritable » 6ème République. Il y a des projets de 6ème République plus ou moins proches, plus ou moins éloignés, mais personne n’a le monopole de l’authenticité. Si tu sous-entends que la « véritable » 6ème République serait uniquement le projet que tu chéris, celui d’Arnaud MONTEBOURG sans doute, tu ferais preuve d’une certaine prétention assez désagréable voire d’une forfanterie qui ne devrait pas être de mise entre nous. Il n’y a pas, sur ce sujet comme sur bien d’autres, d’un côté ceux qui savent et qui ont la légitimité pour décerner des blancs-seings d’authenticité, et, de l’autre côté, des ignorants ou des plagiaires coupables de hold-up… C’est amusant comme ton raisonnement que j’ai disséqué plus haut se retrouve ici. Non, il y a des projets différents et chacun a sa légitimité puisque, au final, le peuple tranchera. En démocratie, le débat doit rester ouvert entre les différentes visions et options. En démocratie, il ne saurait exister des personnalités, des groupes, des militants qui seraient plus égaux que d’autres. La seule loi est celle de la majorité qui impose sa loi à la minorité après le vote et à la condition que ce vote soit intervenu après un débat sérieux et ouvert.

Au-delà de ces discussions sur l’existence ou pas d’une « véritable » 6ème République, tu te demandes comment on peut être certain d’aboutir, via la Constituante, à une 6ème République. Mais en démocratie, nous ne sommes jamais sûrs de la volonté et des choix du peuple souverain. Il faut accepter cela. Il dépend de nous de l’informer des enjeux, de mettre en avant, honnêtement et de manière fouillée, les arguments rationnels de nature à lui faire comprendre la question qui est posée, à lui faire connaître les conséquences possibles ou probables d’un choix ou d’un autre et de le convaincre que le discours que l’on porte est le plus adapté à ce que nous croyons juste de faire.  Et c’est lui qui tranche. Il ne faut pas craindre le peuple même si, hélas, nous pouvons tous juger qu’il se trompe parfois, qu’il s’égare souvent. Mais il dépend de nous de faire en sorte que cela ne se produise pas même s’il est vrai que nous ne sommes pas les seuls, hélas, à pouvoir influer sur le choix du peuple. Et quand je dis «nous » c’est un « nous » qui est très englobant. D’un parti politique à un autre, il est évident que le jugement selon lequel le peuple s’est trompé dans un de ses choix n’est pas basé sur les mêmes raisons. Mais surtout, au-delà des partis politiques, il y a d’autres forces, nous le savons très bien, qui ont une forte influence sur le choix du peuple.

Donc tu sembles t’inquiéter de ce que la Constituante pourrait aboutir à autre chose qu’une VIè République « véritable » telle que tu la conçois. Mais c’est à nous, les militants politiques, à nous le peuple souverain, de guider les choix qui seront faits et nous devrons accepter la loi de la majorité aussi longtemps que nous serons en démocratie, quand bien même la loi de la majorité nous déplaît. Dans ce cas, il nous faudra être plus convaincants la fois suivante. Nous sommes des démocrates et des Républicains. On ne peut tolérer de passer à un régime « aristocratique » où les uns savent ce qu’il faut faire et pourraient donc définir eux-mêmes ce que le peuple veut ou juge bon de faire, en ne se soumettant au verdict populaire que par le biais de l’approbation finale du peuple sur un texte entièrement ficelé sans lui.

Ce type de système est précisément celui que nous dénonçons et c’est pour cette raison que nous préférons l’idée d’une Constituante à celle, que nous avons trop souvent expérimentée dans le passé et que tu sembles clairement préférer quand tu expliques que « Nous avons été pendant plus de 15 ans dans l’opposition » et que « nous avons bien eu le temps d’y réfléchir », que « nous avons des juristes, des constitutionnalistes dans nos partis », que « nous sommes donc en capacité de présenter aux Français un texte réfléchi, cohérent, minutieusement préparé ». Oui, tout cela est vrai. Nous savons ce qu’il faut faire ou plutôt nous avons des idées très claires sur ce qu’il convient de faire. En partie pour les raisons que tu as évoquées, en partie pour d’autres.

La différence majeure entre ta position et la nôtre, c’est que justement, nous ne voulons plus agir ainsi. Nous ne voulons plus que la question constitutionnelle soit la chasse gardée des professionnels du Droit et de la politique. Pour nous, le peuple doit pouvoir s’emparer de cette question.  L’élite qui débat en son sein, l’élite qui réfléchit coupée du peuple souverain, l’élite qui rédige le texte idéal en petit comité, l’élite qui soumet ensuite sa grande œuvre au peuple qui ne peut que l’approuver puisque cette œuvre, ayant été le fruit du travail des meilleurs, est forcément la meilleure possible. Si le peuple la rejette, c’est qu’il se trompe forcément, qu’il n’a rien compris… Ce discours n’est pas le nôtre ou il ne l’est plus si tant est qu’il l’ait été un jour. La pratique gaullienne, mitterrandienne ou sarkozyste des commissions de sages chargées de réfléchir et de proposer ensemble un texte clés en mains, nous paraît inadéquate dans une démocratie « véritable » pour reprendre tes mots. Le peuple n’est pas forcément ignare ou inculte. Le peuple n’est pas forcément désintéressé de ces questions. Le peuple n’est pas forcément irresponsable. Le peuple est capable de comprendre, d’analyser, de réfléchir et de décider en conscience après qu’il ait été informé et autorisé à débattre. L’exemple du référendum de 2005 en atteste, n’est-ce pas ?

Nous tenons à ce que l’élaboration du projet de texte constitutionnel de la 6ème République repose sur les mêmes méthodes d’implication populaire directe. Pour cela il faut du temps et il faut que le peuple soit en mesure de débattre, de faire des propositions, de dire son désaccord sur certaines idées ou au contraire son approbation sur d’autres. Il faut que le peuple puisse contraindre les rédacteurs du texte à incorporer dans ce dernier des éléments auxquels les élites n’auraient pas pensé ou que celles-ci n’auraient pas voulu. Et le meilleur moyen pour aboutir à cela, c’est une assemblée constituante qui travaillerait pendant des mois, voire quelques années, en liaison directe et permanente avec le peuple souverain. Sans être tenue par d’autres missions que celle de travailler à cette tache si fondamentale que de rédiger le projet de nouvelle loi fondamentale. D’où notre volonté de ne pas rendre possible l’accès à la Constituante à des sortants et d’empêcher ces constituants d’accéder ensuite à d’autres fonctions politiques. C’est une garantie d’indépendance très forte que cela. En outre, le peuple français dispose en son sein des personnes dignes et compétentes pour assumer cette tache sans que l’on doive toujours s’en remettre à  nos seules élites. Et puis ce sera une preuve de notre attachement viscéral au non cumul des mandats, à la fois dans le temps et dans l’espace. Les élites, qu’elles soient politiques ou autres, n’en seront pas moins écartées du débat. Les parlementaires, par exemple, pourront évidemment exprimer librement, individuellement et/ou collectivement, leurs souhaits, leurs craintes, leurs analyses. Mais disons que leur voix ne sera qu’une parmi d’autres. Il nous paraît indispensable de ne pas donner aux sortants le pouvoir de tout cadrer, de tout régenter. Là encore, l’expérience des conditions de préparation des 4ème et 5ème Républiques nous ont conduit à tirer des leçons.

Tu dis par ailleurs : « il y a une contradiction évidente à dire, dans le discours de Jean-Luc Mélenchon le 5 mai 2013, en parlant de la constitution de la VIè République à laquelle aboutira l’Assemblée constituante : « ce n’est pas à moi de dire ce qu’elle doit contenir » tout en décrivant ensuite son fonctionnement. De deux choses l’une : soit on fera en sorte que la Constituante aille là où l’on souhaite qu’elle aille, et les dés sont visiblement pipés, soit elle sera libre de proposer ce qu’elle veut, et l’on n’est absolument pas certain qu’une VIè République en sortira ! »

Non, David, il n’y a aucune contradiction. Comme je l’ai expliqué plus haut, nous savons où nous voulons aller. Nous le dirons. Nous nous expliquerons. Nous conseillerons. Le cas échéant, nous adresserons des mises en garde. Mais nous avons aussi le respect du peuple souverain chevillé au corps. Toi aussi, vous aussi, je n’en doute pas. Ce n’est donc pas sur ce point que je vais argumenter. En revanche, à la différence de ce que tu souhaites, nous pensons judicieux et souhaitable d’impliquer le peuple souverain dès le temps de l’élaboration du texte constitutionnel et pas seulement de lui permettre de valider ou de rejeter le projet finalisé. Ce sont deux options différentes. Aucune n’est indigne. Je ne pense pas que l’idée que tu défends soit contraire à la démocratie. Elle incarne, d’une certaine manière, le principe de la démocratie représentative qui est un de nos principes essentiels. La différence entre nous réside dans ce que, prenant acte des évolutions que notre pays a connu ces dernières décennies en général et ces dernières années en particulier, prenant acte du fait que le peuple français est bien plus informé et éveillé sur les questions politiques qu’il ne pouvait l’être en 1946 ou 1958 pour ne citer que les deux derniers moments de refondation constitutionnelle, nous souhaitons désormais, sans aller jusqu’à contester le principe de la démocratie représentative, le mâtiner très largement de démocratie participative. Pour nous le temps est révolu où les élites pensent sans nous et décident sans nous. Pour nous le temps est révolu où le peuple ne saurait qu’accepter ou refuser en bloc une loi aussi fondamentale que peut l’être une constitution. Il doit intervenir à tous les stades de son élaboration. Et ceci justifie – et même implique – d’en passer par une assemblée constituante, c’est-à-dire une assemblée dédiée à cette seule mission, élaborer, en liaison directe et permanente avec le peuple, un texte constitutionnel nouveau.

En disant cela, je réponds aussi à ce que tu dis quand tu expliques : « Pourquoi recourir à la Constituante si ce processus est incertain et son résultat hasardeux ? Je ne vois, à cela, qu’une seule explication : le recours à la Constituante constitue un dénigrement des élites (le renouvellement de tous les élus), une prétendue participation du Peuple et donne l’impression d’un renouveau démocratique. Du passé faisons table rase ! « Qu’ils s’en aillent tous », « Coup de balais », tout se passe comme si Jean-Luc Mélenchon réitérait les formules pour incarner le changement radical. La Constituante résonne dans la bouche comme une formule magique. Abracadabra, et la VIème République est là ! »

J’ai déjà abordé plus haut la question de la « formule magique ». Je n’y reviens donc pas. En revanche, je veux dire que tu te trompes quand tu parles de « dénigrement des élites » dont nous serions coupables. Nous ne dénigrons pas les élites. Nous voulons seulement les remettre à leur place. Dans notre esprit, elles ne sauraient être les seules légitimes à exprimer ce qui est bon, et encore moins à en décider seules. Elles ont leur mot à dire. Elles ont leur rôle d’éclaireur à jouer. Dans une démocratie entièrement basée sur le mandat représentatif, elles seules décident et c’est justement un des éléments majeurs que nous voulons changer. Ce n’est pas dénigrer les élites que de vouloir restreindre leur rôle sauf à opposer les élites au peuple. Jusqu’à présent, l’opposition existe précisément dans la réalité juridique. Nous voulons la faire disparaître et mettre en place un régime nouveau où les élites collaborent avec le peuple. L’esprit de coopération nous semble préférable de beaucoup à celui de la compétition. En des temps où le décalage ne cesse de grandir entre les élites et le peuple, un des meilleurs remèdes, à nos yeux, pour soigner ce mal, est de revivifier nos institutions et notre pratique du pouvoir en y associant directement le peuple. Cela passe par la Constituante mais pas seulement. Cela passe aussi par divers procédés et droits nouveaux reconnus au peuple.

Personnellement, et je n’engage que moi en avançant ces idées concrètes, car la discussion institutionnelle est loin d’avoir atteint son terme au sein du Parti de Gauche ou du Front de Gauche, précisément parce que ce terme n’interviendra que le jour où un projet de texte constitutionnel aura été présenté au peuple souverain, voici quelques idées de droits nouveaux que je souhaite voir reconnus au peuple français :

–          Un droit de révocation populaire des élu-e-s comme cela est expliqué depuis quelques semaines par Jean-Luc MÉLENCHON. Dans des conditions sérieuses évidemment. Par exemple, on pourrait imaginer, comme il le suggère lui-même, que sur la base d’une pétition signée par un nombre – à définir – d’électeurs (par exemple 10% du corps électoral mais ce chiffre sera à discuter), un référendum révocatoire puisse être organisé pour mettre un terme anticipé au mandat de tout élu, je dis bien de tout élu ;

–          Un droit de veto populaire consistant à donner au peuple souverain le droit d’empêcher une loi votée par le Parlement d’entrer en vigueur. Ce droit serait déclenché dans les mêmes conditions que celles précitées pour le droit de révocation populaire. Par exemple si 10% du corps électoral signait une pétition en ce sens, une loi votée  pourrait être soumise à référendum. Si ce doit avait existé sous la Vè République, bien des lois « scélérates » ne seraient jamais entrées en vigueur. S’agissant des dernières années, je pense par exemple aux textes sur l’ANI, sur le MES, sur les retraites et combien d’autres… Le Parlement n’a pas toujours raison.

–          Un droit d’initiative populaire aussi bien en matière législative que règlementaire ou constitutionnelle. Ce droit consisterait à offrir au peuple souverain la possibilité, toujours sous réserve qu’un certain nombre d’électeurs accepte de signer une pétition en ce sens, de mettre en discussion au Parlement, puis de soumettre au référendum ou, pourquoi pas, de soumettre directement au référendum sans passer préalablement par la discussion parlementaire, pour les questions non techniques, toute proposition de loi, de révision constitutionnelle ou de règlement que le peuple jugerait opportun de voir débattue.

–          Un droit d’initiative électorale qui consisterait à forcer les gouvernants à anticiper l’organisation de nouvelles élections générales, aussi bien législatives que régionales, municipales ou cantonales si un certain nombre d’électeurs accepte de signer une pétition en ce sens. Nous savons que dans les vrais régimes parlementaires tels que le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie ou Israël entre autres, les gouvernants peuvent décider d’anticiper les élections législatives et ils le font souvent. La France n’est pas un véritable régime parlementaire puisque son système à elle mêle des éléments du régime présidentiel et des éléments du régime parlementaire. Je pense qu’il serait bon pour notre pays de donner ce droit au peuple. Ce serait en quelque sorte un droit de dissolution offert au peuple souverain.

Ce ne sont là que quelques-unes des propositions de démocratie directe que nous pourrions incorporer à notre constitution pour la rendre plus démocratique. Il ne s’agit pas de faire disparaître la démocratie représentative car personne n’ignore qu’une démocratie intégralement directe est impossible. Toutefois, disposer de telles procédures constitutionnelles permettrait de revitaliser notre démocratie et de rendre au peuple souverain ses doits de décideur en dernier recours.

Je n’ai pas envie de polémiquer avec toi sur ce que tu dis quand tu expliques : « on évoque l’Amérique Latine, même si les situations sont ne sont pas comparables et les solutions non transposables automatiquement en France. On invoque la Révolution française, comme dans une incantation, même si les époques sont si différentes ! »

Mais j’ai envie de dire au minimum que je ne perçois pas le message subliminal qui se cache derrière ces mots. Crois-tu que nous ignorons les différences de contexte entre l’Amérique Latine et la France ? Penses-tu sérieusement que nous sommes convaincus que le temps de la Révolution et celui que nous vivons aujourd’hui sont en tous points identiques ? Alors à quoi bon exprimer de telles idées si ce n’est pour discréditer, encore une fois, ET ce qui se passe en Amérique Latine, ET ce qui s’est passé lors de la Révolution française, ET les bases de notre discours ?

Libre à toi de ne pas avoir envie de fonder ton propre raisonnement sur les prémisses que nous avons retenues. Libre à toi de ne pas juger aussi fondamentales que nous le faisons ce qui s’est passé précisément en Amérique Latine ces dernières années comme ce qui ressort de la grande révolution de 1789. Mais il me semble que tu as tort de négliger ces facteurs. L’Histoire nous montre que bien souvent les mêmes faits conduisent aux mêmes conséquences. L’Histoire se répète souvent. Et il n’est pas inutile de la connaître et de la comprendre dans ses lignes de force. D’autant plus que jusqu’à présent, l’analyse que nous faisons au Parti de Gauche avec Jean-Luc MÉLENCHON et plus largement au Front de Gauche, ne cesse de nous donner raison. Jean-Luc MÉLENCHON et bien d’autres ont étudié avec sérieux, au cours des dernières années, la situation vécue par les Latino-Américains. Jean-Luc MÉLENCHON et bien d’autres, alors qu’ils étaient encore au P.S., ont rencontré des Latino-Américains, des leaders, des gouvernants, des citoyens. Ils sont donc informés et éveillés sur ce qui se passe dans ces pays. Contrairement à bien des Socialistes français qui ont toujours méprisé ces peuples et leurs dirigeants. Même si tune parles pas des pays d’Europe du Nord, j’ajouterais que Jean-Luc MÉLENCHON et bien d’autres ont également étudié de manière approfondie, et ce depuis longtemps, la vie politique de ces pays qui étaient des modèles à suivre aux yeux des socialistes-sociaux-démocrates français. C’est la logique d’ensemble qui donne une force à notre conviction et qui fait de notre discours un raisonnement des plus solides. David, tu ferais bien de t’ouvrir à d’autres horizons car cela te permettrait d’avoir une vision plus large et sans doute que ton raisonnement en serait plus convaincant.

*

Dernière partie de cette réponse, je veux revenir sur l’idée que tu as développée selon laquelle Jean-Luc MÉLENCHON aurait tort de mêler à la critique institutionnelle qu’il fait de la Vè République, la critique simultanée de l’austérité et du Président HOLLANDE.

Selon toi, « à vouloir en l’état lier discours anti austérité, anti Hollande et réforme constitutionnelle, Mélenchon risque de disqualifier la si belle idée de VIè République ».

C’est peut-être une vision qui a sa légitimité en ce sens que l’on peut admettre que l’on est plus fort, plus certain d’atteindre son but, en procédant petit bout par petit bout, en avançant pas à pas, une étape après l’autre. En rassemblant des majorités d’idées sur des sujets distincts. Prises individuellement, bien des propositions pourraient, a priori, recevoir l’assentiment de gens différents, issus d’origines et de partis différents, ayant des idées différentes sur d’autres sujets. Ce discours existe et n’a rien en soi de choquant. Il fut un temps d’ailleurs où je le faisais mien. Quand on a comme objectif d’avancer pas à pas, en élevant la prudence au rang de ligne de conduite, on peut se dire que pour faire passer une réforme ponctuelle, qu’elle soit de portée secondaire ou fondamentale, il est préférable de segmenter les débats. Ceci ayant pour effet, pour celles et ceux qui défendent cette façon de faire, de permettre de débattre et de s’accorder entre gens responsables sans que les différences caractérisant ces personnes ne surgissent et n’empêchent, pour des raisons futiles, politiciennes, des gens d’accord entre eux, de s’accorder. Ce discours est celui du Centre depuis des décennies. François BAYROU le porte depuis plus de trente ans. J’en sais quelque chose pour avoir pensé de même pendant des années, comme je l’ai reconnu ci-dessus. D’ailleurs tu ne dissimules pas ton intention puisque tu expliques toi-même : « A titre d’exemple, nous nous retrouvons avec François Bayrou et ses soutiens sur plusieurs réformes institutionnelles alors que nos visions économiques sont différentes ».

Alors toute la question est de savoir si un tel choix stratégique est viable et porteur d’espoir. François BAYROU le croit manifestement. Toi aussi. Et vous n’êtes pas les seuls. Au P.S. comme dans ce qui reste du Modem ou à l’UDI de BORLOO et peut-être même au sein de l’UMP, des gens ont le même raisonnement. Le concept en vogue depuis quelques jours de « gouvernement d’union nationale » ne repose pas sur d’autres fondements que celui-là, même si un tel gouvernement est une étape plus avancée que la simple majorité d’idées que tu évoques permettant de faire adopter une réforme qui serait largement approuvée. Mais pour autant, la logique profonde est la même et elle nous déplaît. Je m’explique.

De prime abord, cela peut paraître satisfaisant, raisonnable, responsable, non politicien, de s’accorder avec des concurrents voire avec des adversaires, pour ne pas dire avec des ennemis, sur un sujet qui ne fait pas débat. Et l’on pourrait espérer d’ailleurs que cela soit déjà une ligne de conduite générale de nos parlementaires, décider en fonction de ce qu’ils jugent bon pour le pays, pour le peuple français, et non pas seulement raisonner et voter en étant contraints par des logiques partisanes si celles-ci, comme c’est le cas parfois, s’opposent à l’intérêt général.

Cependant,  cette idée est aussi très dangereuse en vérité. Là encore, l’Histoire récente a montré combien ces expériences de gouvernements d’union nationale, se sont révélées attentatoires à la démocratie. Le cas de l’Autriche, il y a quelques années, a permis de faire prendre conscience que lorsque tous les partis ou presque, représentant normalement des visions différentes du peuple, s’accordaient entre eux, il ne restait plus beaucoup d’alternatives possibles au peuple en cas d’échec de ce gouvernement, que l’échec soit entendu au sens premier ou que ce gouvernement ait fini par décevoir pour avoir oublié le message du peuple souverain. L’avènement du gouvernement d’extrême droite de Jorg HAIDER par exemple est largement la conséquence de ce gouvernement d’union nationale.

Donc, nous ne sommes pas enclins à pratiquer ce genre de combinaison. Chaque parti présente des candidats aux élections sur un projet et celui qui est majoritaire, seul ou avec des alliés, entre au gouvernement pour mettre en œuvre le projet qui a été, de fait, approuvé par le peuple lors de l’élection. Il est évident qu’au-delà des différences parfois fondamentales entre les partis, certains sujets font l’unanimité. Des lois sont votées chaque année à l’unanimité. Mais si on ne peut – ni ne doit – considérer cela comme attentatoire à la démocratie, nous ne pensons pas qu’il soit souhaitable d’agir de cette manière car cela trouble l’opinion et atténue les frontières entre les partis.

Il y a une raison supplémentaire qui justifie cette façon de voir les choses. C’est que la question de la 6ème République est la plus fondamentale entre toutes à nos yeux. Elle ne saurait être détachée de toutes les autres. Nous combattons la Vè République bien sûr pour ce qu’elle est, sur un plan institutionnel. Mais nous la combattons aussi pour ce qu’elle diffuse dans les esprits des gouvernants et dans ceux de tous les élu-e-s, à tous les échelons, comme pour ce qu’elle tend à diffuser dans la tête des citoyens. Nous combattons la Vè République parce qu’elle fait système. Et bien des dérives constatées dans les autres champs de la politique s’expliquent, à nos yeux, par la Vè République. C’est pourquoi nous ne saurions dissocier l’un et l’autre. Certes la question des choix économiques et sociaux n’est pas forcément liée directement au type de régime institutionnel. Un régime parlementaire peut très bien mettre en œuvre une politique néfaste pour le peuple comme on l’a vu au Royaume-Uni sous les gouvernements qui se sont succédé depuis Margaret THATCHER, ou en Espagne sous les différents gouvernements de la droite et de la gauche, au Portugal, en Italie, en Allemagne… À l’inverse, un régime présidentiel, peut mettre en œuvre une politique d’intérêt général bénéfique pour le peuple. Ce fut le cas hier au Venezuela avec Hugo CHAVEZ, comme c’est le cas aujourd’hui en Équateur avec Rafael CORREA, en Bolivie avec Evo MORALES, ou dans d’autres pays d’Amérique Latine, l’Uruguay de José MUJICA, le Brésil de LULA puis de Dilma ROUSSEF, l’Argentine de Cristina KIRCHNER.

Ce n’est donc pas en soi le type de régime politique qui définit, de facto, le type de politique qui sera suivi. Mais les hommes étant ce qu’ils sont, la meilleure garantie de voir un peuple respecté dans ses droits et ses volontés, est sans aucun doute à nos yeux un régime parlementaire dans lequel le peuple dispose de larges pouvoirs d’intervention directe (cf ce que j’ai dit plus haut).

Et, les choses étant ce qu’elles sont en France, où la politique d’austérité, comme bien d’autres « choix » de politiques publiques nous étant imposés contre notre gré, il nous est apparu évident que pour changer la donne, il ne suffisait plus de changer les hommes qui font ces politiques publiques. Cela fait des décennies que nous pratiquons l’alternance, à tous les échelons de la carte politique française. Et cela fait pourtant plusieurs décennies que les candidats se font élire sur des projets et, une fois élus, mettent en œuvre des programmes assez différents. Pour ne parler que de ce que j’ai vécu moi-même comme citoyen en âge de voter, je constate cette fracture, ce fossé, depuis 1995, quand CHIRAC se fit élire sur la volonté de lutter contre la fracture sociale et changea de politique trois mois après son élection. Ce revirement rappelait douloureusement celui de 1983. Mais récemment, on ne saurait oublier l’expérience sarkozyste puis la dernière en date, celle que nous connaissons depuis l’an dernier avec le Président HOLLANDE.

C’est cette déception immense de millions de Français qui pensaient que HOLLANDE était de bonne fois et qu’il mettrait en œuvre un changement de politique par rapport à celle que nous avions sanctionné en écartant le Président SARKOZY, qui explique la virulence de nos propos. Au Parti de Gauche, nous savions que ce changement annoncé ne se ferait pas. Ce n’était pas une accusation sans fondement. Ce n’était pas un procès d’intention. Notre conviction reposait sur la connaissance que nous avions ET de François HOLLANDE, ET de son entourage, ET du Parti Socialiste. Les faits nous donnent raison…

Si notre critique est donc virulente à son égard, c’est bien parce que nous avons été trompés et que la politique mise en œuvre aboutit non seulement à un échec mais à des souffrances terribles totalement inutiles. Si nous sommes si durs dans la critique de ce Président, de ce gouvernement et de ce pouvoir, c’est que nous voyons à quelle vitesse les dirigeants actuels se mettent au service de nos ennemis. Nous en sommes effarés, écoeurés et exaspérés.

Que SARKOZY mène une telle politique, je dirais que c’est naturel puisqu’il incarnait cette droite-là, décomplexée. Mais qu’un gouvernement socialiste, fut-il largement social-démocrate, fasse de même voire accélère sur la même voie, c’est intolérable.

David, tu es un socialiste. Tu es l’un de ceux que l’on peut classer à gauche du P.S. Tu es un soutien d’Arnaud MONTEBOURG. Tu n’es donc pas un ennemi pour moi, pas davantage sans doute pour le Parti de Gauche ou le Front de Gauche. Je rechigne même à voir en toi un adversaire. Tout au plus es-tu un concurrent ayant un discours différent du nôtre et tu as bien le droit de le porter. Je ne souhaite pas que la Gauche soit monolithique. Les débats doivent perdurer entre nous du moment qu’ils sont honnêtes et respectueux. Mais ces débats ne peuvent pas seulement être tranchés entre gens de bonne compagnie. Le peuple doit s’en mêler. Lui seul est souverain. On a eu tendance à l’oublier quelque peu depuis son irruption sur la scène politique en 1789.

Eh bien, nous, au Parti de Gauche avec Jean-Luc MÉLENCHON, avec l’équipe à ses côtés, avec nos cadres dans toutes les régions de France, avec nos militants et nos sympathisants, plus largement nous au Front de Gauche, avec nos porte-paroles, nos leaders connus ou anonymes, nos militants, sympathisants, amis-e-s proches ou moins proches, membres ou pas d’une des organisations du Front de Gauche, avec notre projet l’Humain d’abord, avec notre fanal de combat qui est la 6ème République, avec nos propositions diverses sur chacune des thématiques du projet que nous avons élaboré pour l’élection présidentielle de 2012 et que nous allons perfectionner, compléter, populariser, nous avons comme objectif de rendre au peuple souverain ses pouvoirs mais aussi  son droit au bonheur, avec lui et pas seulement comme une avant-garde éclairée.

Notes

http://www.ina.fr/contenus-editoriaux/articles-editoriaux/ils-veulent-une-6eme-republique

Hold up sur la VIème République : ne Mélenchon pas tout ! Par David NAKACHE* le 12 mai 2013, sur Mediapart

* David NAKACHE est militant du Parti Socialiste à Nice et mandataire d’Arnaud MONTEBOURG lors de la primaire du PS pour l’élection présidentielle. Il anime, à Nice, « Des idées et des rêves », le courant d’Arnaud Montebourg.

Le mot d’ordre de la marche citoyenne du 5 mai 2013 organisée par Jean-Luc Mélenchon était un appel à la VIème République… mais sans jamais définir la VIème République en question.

Jean-Luc Mélenchon a tenu, durant cette manifestation, un triple discours : à la fois anti-austérité, anti-Hollande et pour la VIème République.

Précisons d’emblée que ces trois discours sont légitimes, mais pris séparément. Nous pouvons à bon droit rejeter la politique économique d’austérité de l’Union Européenne et je m’associe à ce rejet. Je comprends très bien les « déçus du changement » qui espéraient tant de la première année du quinquennat de François Hollande, même si je ne partage pas les critiques de Jean-Luc Mélenchon à l’égard du gouvernement et du Président de la République. Je soutiens l’action d’Arnaud Montebourg et l’idée d’une VIème République pour en finir avec les dérives du présidentialisme français et, a priori, voir cette idée reprise et diffusée est une satisfaction.

Pour autant, en superposant les discours, on brouille le message. Cette confusion, si elle ne porte pas atteinte aux arguments contre l’austérité en Europe ou contre la politique de François Hollande, porte atteinte à l’idée de VIème République en France et, de fait, nuit à sa possible mise en oeuvre. La démarche s’avère, en définitive, contre productive.

Ne Mélenchon pas tout !

Nous devons pouvoir fédérer autour de la VIème République et la réforme des institutions vers un parlementarisme maîtrisé sans pour autant débattre des orientations économiques. A titre d’exemple, nous nous retrouvons avec François Bayrou et ses soutiens sur plusieurs réformes institutionnelles alors que nos visions économiques sont différentes.La VIème république est l’occasion d’un débat ouvert sur les institutions, qui dépasse les positions partisanes et les oppositions sur les mesures économiques conjoncturelles. Lier de force la réforme institutionnelle avec un rejet de la politique économique libérale de l’UE condamne par avance tout consensus possible. Pourquoi se priver d’un débat sur le mandat unique, la limitation des mandats et des fonctions dans le temps, une meilleure représentativité du peuple ou la réforme du mode d’élection des Sénateurs avec tous les républicains prêts à débattre ? Et on ne parlerait pas avec eux du règlement intérieur de l’Assemblée Nationale, des indemnités des élus, de la démocratie participative, parce qu’ils sont contre le protectionnisme ou contre une réforme de la BCE ?Et si au contraire Mélenchon soutient l’idée que régime politique et système économique sont interdépendants, afin de garantir que la souveraineté n’échappe au peuple pour tomber dans les mains de la finance, alors il convient de proposer les articles précis d’une constitution future permettant d’empêcher cela, sans quoi le discours en reste au stade de l’incantation.A vouloir en l’état lier discours anti austérité, anti Hollande et réforme constitutionnelle, Mélenchon risque de disqualifier la si belle idée de VIème République. Bref, ne Mélenchon pas tout !Le recours à la Constituante

L’argument permettant à Jean-Luc Mélenchon de ne pas définir la VIème République qu’il appelle de ses voeux et au nom de laquelle il a appelé à manifester tient en un procédé législatif technique opérant dans sa bouche comme une formule magique : l’Assemblée constituante. Nous pouvons nous interroger à la fois sur la pertinence du recours à la Constituante et sur l’utilisation politique de son invocation. Plusieurs questions se posent :- Tout d’abord, en quoi consiste le recours à la Constituante ?Il est proposé de voter pour des représentants qui vont se réunir en Assemblée constituante et eux-même élaborer et voter un texte de réforme institutionnelle, une nouvelle constitution. Ces représentants ne pourront pas être des parlementaires déjà élus et ils ne pourront être réélus ensuite. Leur unique tache sera d’élaborer le texte établissant la VIème République. Ce texte sera ensuite soumis au peuple par référendum pour être validé.- Si le texte est rejeté lors du référendum, que fait-on ? On recommence avec les mêmes membres de l’assemblée constituante ? On les révoque pour élire de nouveaux membres de cette assemblée qui ne pourront être ni des parlementaires déjà élus ni des membres de la première Constituante avortée ? Et si le second texte est à son tour rejeté… on recommence encore ? Et ainsi à l’infini ?- Comment s’assurer que le résultat de la Constituante sera une véritable VIème République ?En effet, on vote, mais ce vote est entaché d’une inconnue majeure : personne ne sait ce qui va sortir du chapeau ! A quelle réforme précise va aboutir l’Assemblée constituante, élue de surcroît à la proportionnelle intégrale ? On ne sait pas. On sait juste que si cela ne marche pas, on recommence.Pourtant, Jean-Luc Mélenchon est un homme politique sérieux. Le Front de Gauche est constitué de militants et d’élus sérieux. Ils ne peuvent pas ne pas savoir ce qu’ils veulent sous le label de VIème République. Ils décrivent d’ailleurs cette VIème République dans le programme du Front de Gauche de 2012. Contre le présidentialisme de la Vème République : parlementarisme, proportionnelle partout, remplacement du Sénat et du CSM par de nouvelles assemblées ou instances, indépendance de la justice et des médias vis à vis du pouvoir politique et du monde de l’argent, instauration d’un référendum révocatoire, etc.Dans ce cas, pourquoi ne pas voter directement pour un texte proposant en détail la VIème République ? Nous avons été pendant plus de 15 ans dans l’opposition, nous avons bien eu le temps d’y réfléchir, non ? Nous n’avons pas des juristes, des constitutionnalistes dans nos partis ? Nous sommes donc en capacité de présenter aux Français un texte réfléchi, cohérent, minutieusement préparé et qui ne soit pas le fruit d’un compromis au plus petit dénominateur commun, à la dernière minute, comme il en ressort malheureusement souvent d’assemblées où l’on ne parvient pas à s’entendre ! Ce texte pourrait être soumis soit à la représentation populaire (le Parlement), soit directement au peuple par référendum. Car il y a une contradiction évidente à dire, dans le discours de Jean-Luc Mélenchon le 5 mai 2013, en parlant de la constitution de la VIème République à laquelle aboutira l’Assemblée constituante : « ce n’est pas à moi de dire ce qu’elle doit contenir » tout en décrivant ensuite son fonctionnement. De deux choses l’une : soit on fera en sorte que la Constituante aille là où l’on souhaite qu’elle aille, et les dés sont visiblement pipés, soit elle sera libre de proposer ce qu’elle veut, et l’on n’est absolument pas certain qu’une VIème République en sortira !

– Pourquoi recourir à la Constituante si ce processus est incertain et son résultat hasardeux ?

Je ne vois, à cela, qu’une seule explication : le recours à la Constituante constitue un dénigrement des élites (le renouvellement de tous les élus), une prétendue participation du Peuple et donne l’impression d’un renouveau démocratique. Du passé faisons table rase ! « Qu’ils s’en aillent tous », « Coup de balais », tout se passe comme si Jean-Luc Mélenchon réitérait les formules pour incarner le changement radical. La Constituante résonne dans la bouche comme une formule magique. Abracadabra, et la VIème République est là ! Alors on évoque l’Amérique Latine, même si les situations sont ne sont pas comparables et les solutions non transposables automatiquement en France. On invoque la Révolution française, comme dans une incantation, même si les époques sont si différentes ! On convoque le Peuple souverain que l’on prétend arbitrairement incarner. On passera sous silence, à l’inverse, la Constituante instaurant la IVème République, et, surtout, pas un mot sur la Constituante en Tunisie…

Bref, le recours à la Constituante donne l’illusion d’un renouveau participatif mais constitue au contraire un déficit démocratique bien réel.

Du côté de la convention pour la VIème République lancée par Arnaud Montebourg dès 2001, les propositions détaillées sont écrites, « sur la table », soumises au débat et consultables par tous en toute transparence (lire ici).

Il ne s’agit pas de dire que la VIème République est une « marque déposée » par Arnaud Montebourg et ses soutiens : la VIème République, si elle n’est pas reprise par différents partis de différents bords politiques, ne sera jamais mise en oeuvre. Il s’agit simplement, lorsqu’une idée est reprise, de veiller à ce qu’elle ne soit pas déformée.

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Ce billet de David Nakache m’a inspiré une réponse accessible ici :

https://vivelasixiemerepublique.wordpress.com/2013/05/12/replique-au-billet-de-david-nakache-du-12-mai-2013/