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Manifeste du groupe « Quittons l’Union €uropéenne pour reprendre le pouvoir sur nos vies ! »

« L’Union €uropéenne », c’est du capitalisme pur depuis ses origines alors que « l’Europe », c’est tout autre chose.

« L’Europe » est un continent, une entité géographique, historique, culturelle. C’est une donnée à la fois scientifique et culturelle. C’est une idée en même temps qu’une réalité mais une réalité fuyante, évolutive, instable qui a aussi, pourtant, ses permanences sur le temps long. « L’Europe » ne préjuge en soi d’aucun choix politique ou géopolitique.

« L’Union européenne », en revanche, est une réalité institutionnelle, politique et géopolitique, d’essence humaine donc relative, pouvant en soi offrir aux Européens qui la peuplent le meilleur comme le pire.

Durant des années, l’Union européenne était souvent perçue comme plus bénéfique que nuisible, même si, déjà, depuis très longtemps, certains nous mettaient en garde, ayant constaté bien des choses n’entrant pas dans la logique valeureuse et humaniste que ses créateurs ou ses laudateurs mettaient sans cesse en avant.

L’Union européenne, préfigurée par la Communauté économique européenne en 1957, et quelque part aussi par la Communauté européenne du charbon et de l’acier (la « CECA ») mise en place en 1951, s’est construite par avancées régulières, selon la méthode annoncée par la déclaration Schuman du 9 mai 1950 : « L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble. Elle se fera par des réalisations concrètes, créant d’abord une solidarité de fait. »

La première de ces « réalisations concrètes » est la CECA créée par le traité de Paris du 18 avril 1951. La Communauté européenne du charbon et de l’acier regroupait six pays fondateurs : France, Allemagne de l’Ouest, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas et Italie. Cette « communauté » était en fait déjà une quasi-fédération puisque un organisme supra-national, la « Haute Autorité » était investie de pouvoirs transférés par les États. Dans cette logique supra-nationale très clairement affirmée, les pères fondateurs et leurs amis et relais tentèrent, en 1954, de fonder la Communauté européenne de défense mais en France, les gaullistes et les communistes refusèrent de voter pour et le projet fut donc enterré.

Trois ans plus tard, ce sont deux nouvelles communautés thématiques qui virent le jour entre les six pays fondateurs de la CECA. Ces deux communautés furent créées par les deux traités de Rome du 20 mars 1957 : d’une part la Communauté européenne pour l’énergie atomique (C.E.E.A., appelée aussi « Euratom ») et d’autre part la Communauté économique européenne (C.E.E.).

L’arrivée du général de Gaulle à la présidence de la République française, l’année suivante, en 1958, va ralentir fortement la construction européenne car il considérait que cette intégration européenne, faite sur le mode de la supra-nationalité en vue de créer une fédération, était un danger majeur pour la survie des nations européennes et que l’on était sûr de voir cette Communauté européenne finir par dériver pour devenir un outil de plus entre les mains des États-Uniens. Il avait raison !

Il fallut attendre le départ du général de Gaulle pour que la construction européenne redémarre. Avec notamment l’entrée de trois nouveaux membres en 1972 (Royaume-Uni, Irlande et Danemark).

L’autre évolution vraiment importante des années 70 est qu’eurent lieu les premières élections européenne, en juin 1979.

Les années 80 furent marquées par l’adhésion de la Grèce en 1981 et de l’Espagne en 1986 et par l’Acte Unique qui relança l’intégration européenne en lui faisant faire un grand pas en avant. Ce traité de 1986 préfigurait et préparait le traité suivant : le traité sur l’Union européenne ou traité de Maastricht en 1992.

Ces deux traités contenaient toute une série de caractéristiques « régressives » s’agissant de la démocratie et de la politique économique et sociale que l’on voit aujourd’hui à l’oeuvre.

Les plus fins des analystes, des politiques et des citoyen-ne-s éveillé-e-s avaient déjà compris alors que, loin de constituer une « union économique », ce que les concepteurs prétendaient faire, ce qui était institué était un système centralisé et autoritaire sous les ordres de technocrates indépendants de tout pouvoir politique démocratiquement pensé et mis en oeuvre. On voyait bien que l’objectif était clairement d’exclure les peuples souverains de la décision. En outre, on était loin de rendre possible cette « union économique » que l‘on prétendait instituer, puisque rien n’était fait pour permettre une véritable convergence des économies nationales. Les seuls principes, les seules règles, les seules exigences normatives avaient une essence financière bien plus qu’économique.

La décennie des années 90, en matière d’intégration européenne, a pris fin avec le traité d’Amsterdam en 1999 tandis que la décennie suivante, celle des années 2000, a commencé avec le traité de Nice en 2001.

Ces deux nouveaux traités adoptés par les Parlements seuls, sans que les peuples ne puissent se prononcer, traduisaient déjà, de manière on ne peut plus claire, les intentions des oligarchies qui dirigeaient les pays membres : extorquer tous les pouvoirs et retirer aux peuples leurs droits souverains de décider de leur avenir par le biais de leurs « représentants » dans les Parlements. L’augmentation très conséquente du nombre de sujets transférés à l’Union, et qui dorénavant pouvaient être tranchés à la majorité et non plus selon la règle de l’unanimité, signifiait que les institutions européennes, et ceux qui ont adopté les modifications en ce sens, ne se souciaient plus que les peuples suivent. Qu’ils le veuillent ou non, les décisions s’imposeraient à eux.

Puisque personne ne s’opposait réellement à leur montée en puissance, les appétits de ces oligarchies ne cessèrent de grandir et avec eux, s’affermirent et s’institutionnalisèrent les principes anti-démocratiques. Et c’est la raison pour laquelle, en 2005, ces oligarchies proposèrent un nouveau traité. Un de plus pourrait-on dire ! Certes, mais ce traité-là portait en lui une caractéristique dangereuse que les précédents n’avaient encore jamais osé défendre : la constitutionalisation de la politique économique et sociale et de diverses autres politiques publiques. Il était donc clair que l’objet de ce traité n’était pas de faire progresser un peu plus la « construction de l’Union européenne », mais bien de quasi-sacraliser des choix politiques souvent rejetés par les peuples et donc de rendre impossible désormais toute alternance politique. Les élections qui, dans nos démocraties étaient sensées définir les choix, n’auraient plus aucun sens et se verraient totalement vidées de leur raison d’être. Elles ne serviraient plus qu’à choisir des exécutants « dociles » et « conformes » de politiques conçues et de décisions prises sans eux. La démocratie était là attaquée frontalement et si ce traité avait été adopté, la mort de la démocratie aurait été actée sur le champ. Car, une autre mesure avait été retenue dans le texte afin que toute modification de cette « constitution de l’Europe » ne soit plus jamais possible : la règle de l’unanimité était indispensable pour la moindre évolution. Or avec l’augmentation du nombre de pays membres et la différenciation de plus en plus nette des attentes et des projets de ces pays par rapport aux pays fondateurs, il était acquis que jamais la moindre modification ne serait possible. Donc le traité serait sans doute en vigueur pour des décennies. C’est d’ailleurs ce que Valéry Giscard d’Estaing, ancien Président de la République française et principal rédacteur de ce traité constitutionnel avait fait remarquer, en étant très fier de ce point précis. Beaucoup de capitalistes qui s’assument comme tels et qui assument le combat avec leurs ennemis de gauche, dirent d’ailleurs, à cette époque, que ce traité serait l’arme de destruction massive de la gauche et des politiques de gauche ! Mais bien peu les entendirent alors !

Nous avons cru éviter le pire puisque le peuple français ayant décidé de rejeter ce traité à une nette majorité, ce traité fut abandonné. Rappelons que le peuple français fut suivi par le peuple néerlandais qui vota dans le même sens la semaine suivante. Aucun autre peuple européen ne put avoir l’opportunité de se prononcer lui-même. Dans tous les autres États-membres, ce sont les parlements qui se sont prononcés au nom de leurs peuples et comme ils ont tous adopté très largement le texte, il est toujours affiché depuis que « les peuples européens sont favorables à l’Union européenne ».

C’est une prétention tout à fait extravagante. Sans que nous ne puissions l’affirmer avec certitude, nous pouvons penser que c’est une présomption crédible, solide, rationnelle, que de dire que bien des peuples n’auraient pas approuvé le texte du traité de 2005 si on le leur avait demandé directement. Il faudra bien un jour que les peuples disent eux-mêmes ce qu’ils en pensent et ce qu’ils veulent. Pas par des sondages mais par des référendums !

Le refus de ces deux peuples aboutit à l’abandon du traité. Pourtant, l’essentiel du texte dudit traité s’est retrouvé dans un nouveau traité élaboré principalement par Nicolas Sarkozy devenu Président de la République française. Et ce traité, signé en décembre 2007, fut largement adopté le 4 février 2008 par le Parlement français qui, ce faisant, commis un acte de haute trahison. Certains parlèrent de « coup d’État simplifié » (Nicolas Dupont-Aignan), d’autres de « forfaiture » (Jean-Luc Mélenchon et bien d’autres à gauche). Oui, quels que soient les termes que l’on préfère pour désigner ce choix, il est radicalement opposé à la volonté générale du peuple français, très clairement exprimée en 2005, et toutes celles et tous ceux, qui ont permis au traité de Lisbonne d’être adopté, sont donc des traitres de la nation française, coupables de « haute trahison ».

Alors je n’ignore pas que le crime constitutionnel de « haute trahison » a été supprimé de la constitution lors de la réforme constitutionnelle adoptée par le Parlement réuni en congrès, sur la demande du président CHIRAC, en février 2007. Et je n’ignore pas non plus qu’il existe un principe fondamental du droit, le principe de la légalité des délits et des peines, qui veut que pour que l’on puisse appliquer une sanction pénale à un acte délictueux ou criminel, il faut qu’au moment où cet acte a été commis, un texte ait prévu ladite sanction pour ledit acte.

Cependant, la suppression de ce crime quelques mois à peine avant que les dirigeants et parlementaires français ne commettent ce crime, constitue elle aussi un crime de haute-trahison puisqu’elle constitue, par anticipation machiavélique, une disculpation de toutes celles et de tous ceux qui s’apprêtaient à se rendre coupables d’un tel crime. En février 2007, nous savions en effet ce qui se tramait. Sarkozy avait annoncé la couleur et son élection ne fait pas disparaître le crime. Ces gens devront tous rendre compte d’un tel choix violant ouvertement la décision souveraine du peuple français. Nous rétablirons dans la constitution le crime de haute trahison et nous nous en servirons pour juger et condamner les coupables.

Le refus du peuple français d’approuver le traité constitutionnel de 2005 laisse clairement présager que le peuple français serait aujourd’hui très clairement en faveur de la sortie de l’Union européenne, contrairement à ce que disent tant de gens. En effet, le traité de 2005 regroupait en son sein tous les traités antérieurs et donc, au plan juridique, rejeter ce traité signifiait rejeter à la fois le nouveau traité et l’ensemble des traités antérieurs du système de l’Union européenne telle qu’elle existait. La légitimité démocratique de la sortie peut reposer sur cette décision référendaire du peuple français qui s’est clairement exprimé alors.

Pour autant, dix ans c’est long et ce qu’un peuple a décidé un jour, il peut décider de le réformer un autre jour. Il ne s’agit donc pas d’exiger aujourd’hui une sortie de l’Union européenne sur la base du référendum de 2005. Il s’agit d’exiger un nouveau référendum qui, cette fois, pose clairement LES deux questions fondamentales qui ouvriront une autre histoire :

« 1°/ Souhaitez-vous que la République française quitte l’Union européenne dans les plus brefs délais ?

2°/ Si vous répondez oui à la question précédente, donnez-vous mandat impératif au Président de la République et au gouvernement français de commencer à mettre en œuvre le plan de sortie et de prendre les contacts nécessaires pour rendre possible la mise en place rapide de nouvelles solidarités entre les peuples européens au lendemain de la prise d’effet de la décision de sortie ? »

Ce plan de sortie ne peut être improvisé en quelques jours ou quelques semaines. Il doit être préparé avec le plus grand sérieux. Nous pouvons – et nous devons – chacun à notre place, participer à ce projet de libération de notre peuple et, autant que possible, tisser, dès aujourd’hui, des liens étroits avec les peuples européens, c’est-à-dire avec les citoyen-ne-s de ces pays, avec leurs partis politiques, leurs syndicats, leurs associations, leurs regroupements quelle qu’en soit la forme.

Dans notre vision, il ne s’agit pas en effet pour le peuple français de sortir de l’Union européenne pour se renfermer entre ses frontières, dans une vision nationaliste. L’objectif est de rendre possible une libération globale, une émancipation universelle de tous les peuples européens qui sont, comme nous le sommes nous-mêmes et parfois bien plus cruellement que nous-mêmes, sous le joug oppresseur des institutions européennes.

Il n’est donc aucunement question de défendre une « renationalisation » définitive de la diplomatie et de la géopolitique comme de la politique économique ou d’autres politiques publiques.

Les membres de ce groupe ont une vision internationaliste et donc ouverte au monde et aux peuples étrangers. Notre rêve et notre raison d’être et de lutter est bel et bien que s’établissent des relations internationales pacifiques et harmonieuses. Notre rêve et notre raison d’être et de lutter est que naisse un monde où les forts n’imposent plus leur loi aux faibles, où la justice est préservée et où le progrès pour tous est une réalité quotidienne.

Nous sommes internationalistes mais l’internationalisme ne saurait signifier la fin des nations qui sont, à ce jour, le seul périmètre où la démocratie peut avoir une chance de renaître et de prospérer. La démocratie au plan européen est pour l’instant inatteignable. Il faut donc commencer par la reconstruire à l’intérieur de notre pays et poursuivre nos efforts pour lui permettre de se développer au-delà.

Après la séquence du traité constitutionnel de 2005, nous sommes entrés dans un cycle de crise économique s’ajoutant à la crise politique et cette crise économique a conduit les oligarchies à exacerber leur pression anti-démocratique pour imposer leur loi économique, une loi à leur seul profit puisque leur politique n’a fait que plonger dans la misère, la précarité, la pauvreté, des dizaines de millions d’Européen-ne-s.

Et il nous faut aussi prendre en compte le fait que non contents de dévaster les économies et les sociétés des pays européens membres de l’Union, les institutions de cette Union mettent en œuvre, en Afrique, des politiques qui rendent inéluctable l’exode massif des populations africaines vers notre territoire européen. Mais cet exode est aussi une histoire immensément tragique puisque des milliers de ces Africain-ne-s sont déjà morts quand ils arrivent sur nos côtes.

Les institutions de l’Union européennes sont donc des machines de mort et celles et ceux qui les incarnent et les font fonctionner, à quelque niveau de responsabilité que ce soit, sont coupables de crimes massifs. Même le plus petit agent public au service de cette Union européenne est coupable comme l’était celui qui, sous le régime nazi, accomplissait son travail en sachant qui étaient ceux qui lui donnaient les ordres.

Quant aux Africain-e-s qui arrivent vivants chez nous, un grand nombre est immédiatement renvoyé dans leur pays après avoir parfois passé des jours ou des semaines en camp de rétention. Ceux qui réussissent à passer à travers les mailles du filet deviennent alors des travailleurs sans droits, exploités et maltraités. Ces politiques européennes désastreuses doivent être stoppées et c’est une véritable coopération qui doit s’initier en faveur du développement du continent africain.

L’Union européenne voyait depuis très longtemps s’agiter quelques opposants à son « empire » mais ceux-ci étaient souvent marginalisés, discrédités, traités avec mépris ou pire relégués parmi un groupe informe de gens détestables à différents égards. Pourtant, malgré le blitzkrieg médiatique permanent à l’encontre des citoyen-ne-s de plus en plus sceptiques vis-à-vis de l’Union européenne, voire ouvertement contestataires, leur nombre n’a cessé de croître. Ces dernières années en général, et ces dernières semaines en particulier, avec le cas des évènements de la Grèce, le taux de détestation a sans doute explosé et le nombre de personnes déterminées à sa libérer de l’Union européenne a sans aucun doute été multiplié par un facteur 2, 3 ou 4.

Il y a fort à parier que depuis quelques semaines – et surtout depuis quelques jours – les choix faits par les institutions de cette Union européenne, et par celles et ceux qui les instrumentent, ont permis à beaucoup d’Européen-ne-s d’ouvrir les yeux sur ce qu’est vraiment cette Union. Non seulement les opposants traditionnels sont désormais plus convaincants puisque chacun peut s’apercevoir que ce qu’ils ne cessaient de dire se révèle désormais au grand jour comme ayant été la vérité, mais en outre ce sont, à coup sûr, des centaines de milliers, voire des millions, d’Européen-ne-s qui sont en train de basculer dans le camp de l’hostilité franche, assumée, radicale, à cette Union.

La folie destructrice, l’avidité prédatrice, la perversité morale des acteurs de l’Union européenne se sont révélées au grand jour avec l’affaire grecque. De même que l’on a pris conscience que cette Union européenne est bien un outil très largement maîtrisé et contrôlé par un seul pays membre, l’Allemagne, tandis que certains pays-membres sont considérés avec mépris et sont ignorés, pendant que d’autres ne se comportent que comme des vassaux d’un puissant suzerain.

La « crise » est en fait une escroquerie. C’est une véritable guerre économique et politique qui est en cours. Et le dogme de l’austérité est un autre nom de la lutte des classes, puisque les politiques mises en œuvre partout en Europe, loin de conduire à la sortie de crise et à la prospérité retrouvée après le sang et les larmes, ne font qu’enfoncer un peu plus davantage chaque jour, les peuples dans la souffrance et les privations quand, dans le même temps, quelques-uns, très peu nombreux, confisquent la quasi-totalité des richesses produites et les mettent à l’abri dans des paradis fiscaux où les gouvernements ne peuvent ou ne veulent aller les reprendre pour s’en servir au profit des peuples.

Ce n’est donc pas d’un appauvrissement généralisé des États européens dont il est question mais d’une gigantesque escroquerie intellectuelle rendant possible un colossal détournement de fonds vers quelques paradis fiscaux gérés dans l’intérêt de ce fameux 1% regroupant les plus riches d’entre les riches.

En conclusion :

Constatant ce que l’Union européenne est aujourd’hui,

N’oubliant pas ce qu’elle a été hier,

Connaissant les conditions dans lesquelles elle a été fondée,

N’ignorant pas que ses pères fondateurs étaient tout sauf des gens humanistes et désintéressés, qui auraient été épris de liberté et désireux d’offrir aux peuples européens un avenir radieux en leur permettant de se gouverner eux-mêmes souverainement,

Comprenant ce à quoi nous nous exposons si nous refusons de briser les chaines qui nous entravent,

NOUS, citoyen-ne-s français-e-s, mais aussi citoyen-ne-s européen-ne-s, et êtres humains égaux en droits à tous les autres êtres humains de cette planète où que nous vivions, avons décidé de lutter par tous moyens – pacifiques et démocratiques – pour que soient rompus les liens entre la République française et l’Union européenne, et que se substituent à ces liens de dépendance, de contrainte et de subjugation, des liens de coopération et de solidarités entre les peuples qui constituent l’Europe.

P.S. : Afin de ne plus contribuer nous-mêmes à la confusion du discours et afin de faire oeuvre de pédagogie, nous devons cessez d’assimiler « Europe » et « Union européenne » dans le vocabulaire que nous utilisons. Dirigeons nos coups contre « l’Union européenne », pas contre « l’Europe » qui a existé avant l’Union européenne et qui lui perdurera.

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Pour mémoire :

Le groupe « Quittons l’Union €uropéenne pour reprendre le contrôle de nos vies ! » a été créé le vendredi 17 juillet 2015 par Vincent Christophe Le Roux. Plusieurs administrateurs et administratrices de diverses tendances politiques ont déjà été désigné-e-s.

I – L’objectif de ce groupe est :

1/ d’informer sur le caractère nuisible de l’Union européenne : elle détruit les nations, elle viole ou ignore totalement la démocratie, elle impose la loi d’airain du capitalisme exacerbé qu’elle tente d’instiller dans tous les rouages de la société,

2/ de convaincre de l’inanité des propositions visant soit à obtenir l’Europe sociale, soit à subvertir les institutions européennes depuis l’intérieur, soit à désobéir aux traités européens,

3/ de nous préparer intellectuellement pour affronter et surmonter avec succès cette rupture géopolitique et géostratégique fondamentale,

4/ de nous organiser matériellement pour, d’une part, augmenter sans cesse la pression populaire en faveur de la réalisation de cette rupture et, d’autre part, contribuer à ce que le nouveau cycle historique qui succèdera à cette rupture soit un nouveau temps de joie pour tous les peuples,

5/ de tisser les liens nécessaires entre nous, en France et en Europe, pour commencer à construire les solidarités européennes de demain qui se substitueront à la tyrannique Union européenne.

II – Ce groupe n’a ni pour essence, ni pour pour vocation à accueillir les partisans du repli sur soi nationaliste. Nous voulons nous libérer de l’Union €uropéenne afin de reprendre le pouvoir sur nos vies, sur notre destin collectif, sur notre avenir, ceci en vue de rendre possible demain des choix politiques de nature à rassembler les peuples autour de la défense de l’intérêt général et de l’amélioration constante des conditions de vie de tous et pour tous.

III – Ce groupe se veut ouvert et rassembleur sur des valeurs fondamentales :

– la première de ces valeurs fondamentale est la démocratie authentique, la démocratie jusqu’au bout, et c’est pour la restaurer d’abord, et la faire progresser chaque jour davantage ensuite, que nous défendons l’idée que nous devons impérativement nous libérer de l’oppression qu’exerce de plus en plus l’Union européenne sur les peuples ; pour nous libérer de cette oppression, nous défendons l’idée de l’inéluctable sortie de l’Union européenne ;

– la seconde valeur fondamentale est une conception humaniste de la vie ce qui signifie qu’au-delà des divergences inévitables de nos visions et de nos attentes sur tel ou tel sujet particulier, nous nous respectons dans le débat, et nous prônons, tous et toutes, des politiques de nature à faire progresser le droit des peuples et des citoyen-ne-s au bonheur et au bien-vivre.

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Théâtre – « Discours à la nation » – Ascanio Celestini et David Murgia – Festival de Liège et Théâtre national

Ironie et insolence sur la lutte des classes. Vidéo à voir ou texte à lire absolument !

Vidéo sur http://vimeo.com/67876277

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En voici le texte :

Camarades – et je veux vous appeler ainsi, même si je sais que vous n’employez plus ces belles paroles, mais pour moi, vous êtes toujours des camarades ; vous exploités, miséreux, humiliés, offensés,bref, vous, prolétaires de tous les pays qui, un beau jour, deviez vous unir pour briser vos chaînes – mes très chers camarades, permettez-moi de me présenter.

Je ne suis pas un des vôtres, je ne suis pas un camarade ; moi, je suis un patron, ou plutôt, je suis un représentant de la classe dominante, comme le disait Marx, un représentant de la classe hégémonique, comme le soutenait Gramsci ; hégémonique, dominante,camarades, ces termes me plaisent ! Combien est plus agréable, n’est-ce pas, plus scientifique, le binôme hégémonie-subalternité, à côté de esclaves-patron qui, avouons-le, fait quelque peu horreur. N’est-il pas plus ludique, plus rebondissant, le binôme dominants-dominés ? Dominants-dominés, qui semble vouloir dire, d’un clin d’œil : « moi, je suis au-dessus, et toi, hop, tu es en-dessous ». Dominants-dominés, ces termes, camarades, sont beaucoup plus beaux que bourreau et victime.

Camarades, je suis venu vous parler honnêtement,avec des paroles franches, sincères, honnêtes et directes. Nous avons tout appris de vous ! Nous vous avons exploités pendant des siècles, nous vous avons enseigné à respecter la propriété privée en vous convaincant que la terre nous appartenait, en vous imposant de nous offrir la moitié de vos récoltes, alors qu’en réalité, c’est nous qui vous volions la moitié de vos peines. Un jour, nous vous avons extirpé de vos champs et de vos ateliers pour vous amasser les uns et les autres dans des usines et, ce jour-là, camarades, ce jour-là, vous avez pris conscience et vous vous êtes rebellés. Il vous aura fallu deux siècles, c’est vrai, mais au final –et c’est cela qu’il faut retenir camarades – vous y êtes arrivés. Bravo !À présent, nous pouvons vous le dire, nous aussi, à votre place, dans les mêmes conditions, bien sûr, nous l’aurions fait !

Vous nous avez expliqué qu’avant vous étiez comme les miettes sur la table débarrassée et c’est précisément nous qui vous avons unis comme les cinq doigts d’un poing. C’est en usine, camarades, que vous avez acquis une conscience de classe. Conscience de classe, camarades. C’est un très beau mot ! Et c’est vous qui nous l’avez appris.

Alors nous avons mis à votre disposition des machines énormes, coûteuses, des machines que vous n’auriez jamais pu vous offrir en une vie de travail, des machines sur lesquelles vous deviez opérer en appuyant sur un petit bouton, en tournant une manivelle, en levant une manette,en en appuyant sur un autre bouton – un rouge, un bleu, un jaune – bref, un travail de singe savant et vous, au lieu de nous remercier, vous vous êtes énervés. Vous avez dit que c’était répétitif et infantilisant, que ce n’était plus la machine qui servait l’ouvrier mais l’ouvrier qui servait la machine,que vous étiez en train de fabriquer un produit semi-fini et vous ne saviez plus, au final, si ce tube que vous aviez fabriqué, allait devenir un canon de fusil ou bien la décharge des chiottes, et tout cela, camarades, vous l’avez appelé « aliénation ». Aliénation, camarades, c’est un mot exceptionnel ! Et c’est vous qui nous l’avez appris ! Il m’évoque ces beaux films en noir et blanc des fabuleuses années 60. L’aliénation !

Alors nous vous avons concédé quelques droits. Nous vous avons offert la démocratie, la possibilité de voter… pour nous ! Et vous, au lieu de nous remercier, vous vous êtes énervés. Vous nous avez ri à la figure en disant que c’était seulement des réformes superstructurelles. Vous nous avez expliqué que dans un système capitaliste, les relations qui déterminent le degré de liberté d’un peuple, sont basées sur l’argent. Comme dans les relations au travail. Donc vous prétendiez avoir des droits mais des droits à l’usine.Structure camarades, superstructure, ce sont des mots fascinants, et c’est vous qui nous les avez appris ! Merci !

Alors nous vous avons fait construire quelques pistes cyclables, des plaines de jeux, des habitations à loyer modéré, des parcs pour courir, jouer, danser, jouer au football et vous nous avez ri à la figure. Vous nous avez dit que nous étions paternalistes. Vous nous avez dit que les relations entre classes sont essentiellement un conflit. Et ce conflit,camarades, vous l’avez appelé « lutte de classes » !  Lutte de classes, c’est un mot à vous, nous l’avons appris de vous. Merci camarades !

Vraiment, face à cette extraordinaire capacité qui est la vôtre, nous en venons à nous demander pourquoi ce n’est pas vous qui êtes au gouvernement ? Vous, camarades ! Vous nous avez déçus !Déçus ! Nous avions le droit de nous défendre, camarades, mais vous aviez le devoir de nous combattre ! Pourquoi vous êtes-vous rendus ? Si nous avions su que vous étiez si faibles, jamais nous ne vous aurions frappé si fort camarades ! Aujourd’hui, vos représentants ne ressemblent plus du tout aux camarades qui les ont précédés. Aujourd’hui, vos représentants sont tellement habitués à nous voir gouverner, nous, les patrons,qu’ils pensent que pour entrer dans leur propre gouvernement, il faut être comme nous. Alors ils nous singent. Ceux-là mêmes qui voulaient faire la révolution et donner le pouvoir au peuple, aujourd’hui, ils acceptent que le pouvoir soit piloté par des banques, des lobbys internationaux, des multinationales,bref des patrons inconnus qui n’ont été élus par aucun citoyen.

Camarades, vous n’avez pas seulement abandonné le communisme mais vous n’en avez plus rien à foutre de la démocratie. Ceux-là même qui voulaient l’abolition de la propriété privée, aujourd’hui, ils voudraient tout privatiser. Ils demandent les libéralisations. Pour ne pas parler de vos camarades chinois… qui ont mis en place les deux choses que vous détestiez le plus : le capitalisme et la dictature.

Camarades, vous nous avez déçus ! Je n’arrive presque pas à imaginer, camarades, quel pays extraordinaire aurait pu être le vôtre si vous aviez gouverné pour un temps, VOUS !  Avec vos grandes idées de liberté, égalité,avec votre utopie merveilleuse. Si le Premier ministre, camarades, avait été un des vôtres, si le Premier ministre avait été… je ne sais pas, disons Karl Marx,non pas Karl Marx, oublions Karl Marx ! Bakounine. Heu, non, pas Bakounine. Gramsci !

Vous connaissez Gramsci n’est-ce pas ? Cet Italien qui, à deux ans, a eu la colonne vertébrale déformée par une tuberculose osseuse. Et pourtant, à onze ans, déjà, il travaillait dix heures par jour pour gagner un kilo de pain ! Et à cause de cette maladie, Gramsci ne mesurait qu’un mètre cinquante, mais c’était un géant ! Et malgré qu’il provenait d’une famille très très pauvre en Sardaigne, Gramsci a réussi à obtenir une bourse d’études pour aller étudier à l’université de Turin. Et là-bas, il vécut dans des conditions encore plus misérables, parce que la nuit,il devait étudier en marchant, en tournant en rond, pour éviter que ses pieds de gèlent. Gramsci a eu le temps de fonder le parti communiste italien, de tenir son premier et unique discours au Parlement, et puis, il fut emprisonné,à trente-six ans. Et pendant les dix ans d’enfermement qui l’ont mené jusqu’à sa mort, Gramsci a renouvelé la pensée socialiste. Et malgré qu’il recouvrât la liberté seulement cinq jours avant sa mort, c’est Gramsci lui-même qui nous dit que « face au pessimisme de la raison, il faut opposer l’optimisme de la volonté ». Gramsci, camarades !

[L’auteur quitte le pupitre,s’assoit sur un tabouret et prend un ton beaucoup plus doux, parle d’une voix qui est maintenant d’un volume sonore bien plus bas, avec toute la symbolique théâtrale de celui qui ne parle plus de haut et cesse de déclamer son discours mais se place cette fois au niveau de ceux qui l’écoutent et vient leur parler avec douceur,chaleur et bonté]

Si Gramsci avait été votre Premier ministre, je suis persuadé qu’il aurait fait une tout autre équipe gouvernementale. Gramsci aurait pris un travailleur précaire et il l’aurait nommé ministre du Travail. Gramsci aurait fait comme ça ! Il aurait pris un poète et il l’aurait nommé ministre de la Culture. Gramsci aurait fait comme ça ! Pas un baron universitaire, un poète ministre de la Culture. Gramsci aurait fait comme ça !Il serait allé trouver un paysan humilié qui dépense sept centimes pour produire un kilo de carottes que le grossiste lui paie la moitié pour le revendre à un prix vingt fois, trente fois, quarante fois supérieur, il serait allé trouver ce paysan humilié-là et il l’aurait nommé ministre de l’Agriculture.Gramsci aurait fait comme ça ! Il aurait appelé la mère de Carlo Juliano, oude n’importe qui, qui, un jour, a vu son père, son frère, son fils quitter la maison et y revenir mort pour avoir rencontré les forces de l’ordre ; il aurait appelé cette dame et il lui aurait proposé le poste de ministre de la Justice. Une dame qui connaît la justice pour avoir rencontré l’injustice. Gramsci aurait fait comme ça !

Pensez un peu à un pacifiste, disons à un cardio-chirurgien par exemple, un cardio-chirurgien qui refuse d’aller gagner des millions dans une clinique en Suisse, à Lausanne et décide d’aller opérer des enfants en Afrique. Pensez-y ! Si ce pacifiste devenait tout à coup ministre de la Défense. Un pacifiste ministre de la Défense, camarades ! Et pas un général de l’armée de 83 ans comme ça se voit dans plusieurs pays. Un pacifiste ministre de la Défense. Camarades, un général de l’armée ministre de la Défense c’est un peu comme un pyromane commandant des pompiers. Gramsci aurait fait comme ça !

Il aurait pensé à un immigré, pris à coups de machette au Rwanda, déporté au Congo, emprisonné en Libye, qui serait arrivé en Sicile sur un rafiot et qui, là-bas, en Sicile, aurait encore subi dix-huit mois d’enfermement dans un centre fermé ; il aurait pensé à cet immigré-là pour devenir notre ministre des Affaires Étrangères, à la place d’un aristocrate ambassadeur ! Et il aurait représenté notre pays aux Nations-Unies ! Gramsci aurait fait comme ça !

Ah oui, à vrai dire, je pense aussi que si n’importe quel balayeur de la grand-place de Bruxelles devenait tout de suite ministre du Tourisme camarades, ce serait inévitablement un pays meilleur !

[L’auteur se lève, retourne au pupitre et reprend un ton beaucoup plus affirmé et une voix d’un volume sonore bien plus élevé avec la symbolique inverse du mouvement précédent]

Mais voilà, au gouvernement, ce n’est pas vous qui  y êtes. C’est nous qui y sommes ! Et vous, vous ne semblez pas seulement dociles à notre égard, en même temps, vous semblez heureux ! Vous nous enviez, vous nous estimez, au lieu de nous haïr et de nous contrer.

Camarades, il y a quelques années, commencèrent à arriver dans ce pays de nombreux étrangers.Nous avons pris peur. Nous croyions qu’ensemble vous vous seriez armés contre nous.  Et au lieu de cela, vous, classe subalterne, vous avez été les premiers à vous ruer contre eux !  Nous, nous croyions que le prolétariat se serait évidemment uni au sous-prolétariat et qu’ensemble, ils auraient tenté de frapper la bourgeoisie. Et au lieu de ça, le prolétariat s’est embourgeoisé et nous a demandé un petit coup de main pour combattre le sous-prolétariat.Quelle déception, camarades !

Mais nous ne vous laisserons pas seul avec votre ignorance et votre absurde haine de classe au regard des plus faibles. Et nous vous aiderons à combattre ces miséreux avec les mêmes instruments que nous avons utilisé contre vous.

Arrêtez, arrêtez, arrêtez de les pointer du doigt, de les stigmatiser, de les râtonner dans la rue. Arrêtez, vous n’obtiendrez rien de cette manière. Offrez-leur un téléphone portable, camarades, deux téléphones portables, une connexion internet avec téléchargement illimité, un lave-vaisselle, une machine à laver, la possibilité de faire un prêt pour acheter une petite maison, pour acheter une petite voiture utilitaire.

Camarades,vous les vaincrez par l’illusion. Pour combattre et domestiquer les pauvres, il faut leur faire croire qu’ils sont riches. C’est comme ça que nous avons fait pour VOUS apprivoiser.

Je le dis toujours à ma servitude parce que je crois qu’aujourd’hui un bon patron doit se comporter avec beaucoup de classe, d’élégance et de gentillesse, en ces temps modernes, c’est pourquoi je le dis toujours à mes serfs : pour vous la mettre,et avec tout le respect que je vous dois, dans le cul, il est inutile d’être mal élevé. Il suffit d’un peu de patience, camarades, et de deux doigts de vaseline.

Et si, un jour, camarades, des Martiens devaient arriver, espérons qu’ils soient plus furieux et plus sérieux que vous. Espérons qu’ils nous la fassent, eux, votre belle, grande, merveilleuse, extraordinaire révolution, celle à laquelle vous ne rêvez même plus !

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Présentation par le Théâtre de St-Nazaire :

 Avec sa langue inimitable, à la poésie sautillante, à l’humour ravageur, avec sa conscience politique et un véritable amour des «petites gens», avec son sens aigu de la musicalité des mots : avec tout ça, l’italien Ascanio Celestini a construit en quelques années une grande oeuvre de théâtre. Discours à la nation en marque un tournant important. S’il évoque une nouvelle fois la relation entre la classe dominante et la classe dominée, cette fois ce sont les puissants qui parlent.

Dans des discours enflammés, au milieu d’un tas de caissettes de bois, simplement accompagné par la guitare de Carmelo Prestigiacomo, le comédien belge David Murgia donne vie avec férocité et un plaisir visible à ces politiciens ou chefs d’entreprise au cynisme achevé. La docilité du peuple, la démission des syndicats, le marché globalisé, la loi de la sélection naturelle… tout y passe avec une férocité d’autant plus grande que les personnages hilares qu’il incarne ne montrent pas une once de doute ou de remords. Entrecoupant ces discours de petites historiettes riches de sens, Ascanio Celestini produit un spectacle où l’on rit aux éclats mais qui met aussi le doigt là où ça fait mal. Un régal.

Prix du public au Festival OFF / Avignon 2013 : meilleur spectacle de théâtre