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Mouvement pour la 6e République

Le Front de Gauche est mort, vive le peuple !

Pour moi, le FdG est mort aux Municipales. Ceux qui me suivent savent que je ne crois plus en lui depuis lors.

Mais pour autant je sais que sont de bonne volonté les militant-e-s qui ne se résolvent pas à la disparition de la force citoyenne que nous représentions ensemble.

Parfois il faut savoir terminer une histoire pour en écrire une autre, plutôt que de se morfondre et de s’enfermer dans hier quand hier est révolu.

Le M6R est une des pistes mais pas la seule, loin de là. Il faut que le peuple s’en mêle.

Tant que les partis, y compris le mien (le PG) ne font pas ce qui devrait être fait, c’est aux citoyen-ne-s de prendre le pouvoir, de débattre entre eux et de décider, sans attendre aucun ordre, aucune instruction, ni craindre aucune interdiction venue de qui que ce soit.

Les « leaders » feront leur job en temps et en heures, s’ils veulent bien le faire, et nous les suivrons si nous les jugeons dignes de nous. Mais, dans tous les cas, nous conservons toujours notre liberté de les soutenir ou de les contester, de les louanger ou de les critiquer. Et, dans tous le cas, c’est à nous qu’il revient de nous organiser.

De même que l’on disait autrefois « le roi est mort, vive le roi » pour dire qu’au-delà de la personne mortelle du monarque, le pouvoir demeurait entre les mains de ceux qui en étaient titulaires, eh bien, aujourd’hui, nous devons dire « Le FdG est mort, vive le peuple », même si cette notion de « peuple » est ambiguë, et que nous devons le construire, ce peuple éveillé et prenant en mains son avenir.

Chez moi, à St-Nazaire, le PG est petit et le PC, bien qu’ayant été avec nous à ces élections départementales, reste aussi allié au P$ à la mairie de St-Nazaire, comme à la CARENE (Communauté d’agglo de la région nazairienne et de l’estuaire), comme à la mairie de Nantes et comme à Nantes Métropole. Autrement dit, il a toujours le cul entre deux chaises… Il fait le grand écart au risque de s’exploser les noyaux… Mais tous les communistes n’approuvent pas. Le problème, c’est que s’ils grognent un peu, ils finissent vite par plier devant leurs cadres.

Pourtant, les lignes bougent un peu ces temps-ci. Il est question justement de créer une assoc’ du FdG, destinée à rassembler, sans inféodation à quelque parti que ce soit, mais avec une existence juridique, afin d’être visibles et d’exister, justement, toutes celles et tous ceux qui se reconnaissaient dans le FdG.

« Aussi noire que soit la nuit, jamais la lumière ne s’éteint et si ténue que soit la braise, c’est elle qui, le jour venu, remet le feu à la plaine…« . C’est Mélenchon qui nous rappelait cette citation de Victor Hugo (extraite des Misérables) dans son discours de Clermont-Ferrand du 14 mars 2012.

Eh bien, cette braise couve encore en chacun de nous, quand bien même nous avons le sentiment parfois de ne pas être à la hauteur, quand bien même nous échouons, quand bien même la désespérance et l’envie de tout abandonner nous envahissent parfois.

Oui, nous sommes le peuple de gauche ou le peuple tout court d’ailleurs et nous sommes des combattants. Nous pouvons avoir des baisses de régime mais nous revenons sans cesse à cette idée, exprimée par le cinéaste grec Nikos KAZANTZAKIS en 1946 dans son film « Zorba le Grec » qui veut que « La seule façon de te sauver toi-même, c’est de lutter pour sauver tous les autres. »

Hardi compagnons et camarades ! L’heure est triste mais le monde nous appelle…même si tout est fait pour dissimuler ce fait, jusques et y compris au sein même de nos appareils politiques.

Le pouvoir auquel nous aspirons ne nous sera pas donné sans que nous combattions rudement. Le « peuple » ne nous appellera pas au pouvoir sans que nous fassions de gros efforts pour entendre ses ambitions, ses exigences, ses doléances et que nous lui proposions la voie qu’il pourra décider d’emprunter.

Il ne s’agit pas de renier ce que nous sommes ni là d’où nous venons ; il ne s’agit pas davantage de dire forcément ce que le « peuple » a envie d’entendre (ou ce qu’il croit avoir envie d’entendre). Il s’agit par contre de lui prouver que nous ne sommes pas enfermés entre nous à ne débattre que de sujets accessoires ou de nous disputer pour des querelles futiles à ses yeux, mais que nous avons une conscience pleine et entière de l’époque dans laquelle nous vivons, en étant instruits de l’Histoire et avertis des expériences qui se déroulent ailleurs que chez nous.

Pour reprendre un slogan publicitaire (des années 90 lancé par la firme Hugo Boss) qui m’avait marqué (alors que je hais en général la publicité car je n’y vois qu’une forme d’abrutissement ; rappelez-vous la formule d’Orwell qui disait que « Faire de la pub, c’est agiter un bâton dans l’auge à cochons« ), j’ai envie de dire que nous ne devons pas imiter mais innover, en étant pétris de ce que nous sommes et de ce que nous savons.

DEMAIN NOUS ATTEND camarades !

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Sept mois après la première, deuxième lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon

Le 21 juin 2014, il y a donc sept mois, je publiais une amicale lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon dans laquelle, après avoir dit beaucoup d’autres choses, je l’appelais à devenir le rassembleur du peuple et non pas à demeurer le chef d’un parti. Sept mois plus tard, je pourrais réécrire presque tout ce que j’avais écrit alors ! Je vous invite à lire ou relire cette première lettre avant d’attaquer celle-ci.

*

Quelques semaines à peine après la publication de cette lettre ouverte, vous annonciez, lors du Remue-Méninges de septembre 2014, votre décision de quitter la co-présidence du PG. Martine Billard, l’autre titulaire de la fonction, faisait de même.

Je me suis alors réjoui ayant eu le sentiment d’avoir été entendu même si je n’ai pas la forfanterie de croire que l’expression de mes espérances, dans la lettre ouverte de juin, y soit pour quoi que ce soit…

Dans la foulée, vous avez créé le M6R qui est parti très fort. Depuis il a tendance à stagner. Ce n’est pas mon propos ici que d’en examiner les raisons. On le fera ailleurs et en d’autres temps.

Non, ce soir, je veux donner une suite à cette première lettre ouverte. Car depuis quelques mois, j’ai la désagréable impression que vous vous êtes remis dans la peau d’un chef de parti. Or ce n’est pas cela que les militants du PG, à mon sens, attendent de vous. Et ce n’est pas cela non plus, je crois, que le peuple français attend de vous. Vous aviez été très bien inspiré en septembre dernier. Vous vous devez, à mon sens, de revenir à cette inspiration-là.

*

Je me plains, ces derniers temps, que vous ne cessiez de parler de votre « ami » Pierre Laurent en qui vous dîtes trouver du « talent ». Pas une seule parole désobligeante à son encontre ne sort de votre bouche. Jamais. Alors que lui ne rate pas une occasion, et depuis déjà bien longtemps, d’être au mieux désagréable… au pire de faire preuve de muflerie, sinon dans les mots qu’il emploie, du moins dans le sens du message qu’il diffuse à votre encontre.

Jean-Luc, arrêtez donc les mots aimables envers ce fourbe qui n’a pas tout à fait le même projet que vous – quel euphémisme ! – qui a déjà trahi le FdG il n’y a pas si longtemps, et le retrahira… Pire, il prend un plaisir sadique à vous défier ou à vous désavouer immédiatement après que vous ayez parlé. Ce n’est pas une saine concurrence, ça ressemble davantage à l’élève qui veut surpasser le maître mais qui n’en a pas les talents et qui, le sachant, se montre sous les traits détestables du frustré, du jaloux, de l’envieux.

Quand je vois cette lutte à fleurets mouchetés entre vous et lui, il me revient en mémoire un autre duel politique que j’ai bien connu : celui qui opposa entre 1993 et 1995, Jacques Chirac et Édouard Balladur.

Le premier était, a priori, le « gentil » de l’histoire, celui qui était abusé  par le second, censé être pourtant son « ami de trente ans », lequel « ami » remplissait à merveille son rôle de traître, cornaqué qu’il était par tous les requins et apprentis salopards de sa cour des miracles, notamment « les deux Nicolas », Bazire et Sarkozy, l’éminence grise du Cardinal et le nain hydrocéphale.

Il serait préférable que vous ne soyez pas le Chirac de l’histoire et que Pierre Laurent ne soit pas le Balladur…  Encore que, à bien y réfléchir, vu comment l’histoire a fini pour ces deux-là, vous auriez peut-être intérêt finalement à être ce « Chirac » envoyant « Balladur » mordre la poussière…

Savez-vous que certains disent que Chirac a en fait manipulé Balladur ? Ceux qui avancent cette thèse – que je fais mienne – prétendent que Chirac, connaissant bien son « ami », l’ayant vu à l’oeuvre dans différentes responsabilités depuis les années 60, avait eu la prescience que Balladur, ce grand bourgeois attiré irrésistiblement, comme tant d’autres, par le prestige et l’autorité que vous confère le pouvoir institutionnel, ne résisterait pas à l’appel de ce pouvoir en mars 1993. Les mêmes ajoutent que Chirac ayant été candidat deux fois à l’élection présidentielle et ayant échoué deux fois à cette élection après avoir gouverné, avait compris que l’on ne peut rassembler le peuple à une telle élection après avoir forcément déplu à une partie importante de ce peuple au cours des années de gouvernement. Selon eux, Chirac avait donc intégré la leçon et savait qu’ayant gouverné deux ans pour les seuls intérêts de la classe privilégiée, Balladur ne pourrait que perdre l’élection présidentielle deux ans plus tard… Chirac a été présenté partout comme le gars qui fut « trahi » par tous ses « amis » et y compris par ceux qui lui devaient tout. Et il n’y avait pas que Balladur qui devait sa carrière à Chirac ! Chirac a effectivement été « trahi » ! Mais ce qui est intéressant, c’est que la probabilité est grande que cet animal politique qu’était Chirac ait joué une partie d’échecs avec son « ami de trente ans » et qu’il réussit l’échec et mat ! En lui « laissant » Matignon après qu’il ait mené lui-même, bien plus que Balladur, la campagne victorieuse des élections législatives de mars 1993, il permit au stratagème de se réaliser. Balladur sauta à pieds joints dans le piège machiavélique que Chirac lui avait préparé. Trop heureux et trop fier de redevenir un gouvernant de premier plan, convaincu que lui serait bien meilleur et plus aimé par les Français que Chirac, étant sans cesse adulé par sa cour et par les medias (rappelez-vous cette époque de « Balladuromania » médiatique), il s’imaginait pouvoir passer sans difficulté de Matignon à l’Élysée… Raté ! Pendant ce temps, le prétendu « naïf », le prétendu « trahi » par les siens, le prétendu « abandonné de tous », le prétendu « candidat pour l’éternité », réputé « seul » dans son hôtel de ville, ne rongeait peut-être pas son frein tant que ça. Il n’est pas si irréaliste de penser que bien au contraire, Chirac se fendait la gueule ! Ravi de voir le piège se refermer sur « Sa Courtoise Suffisance », surnom que Le Canard Enchaîné avait donné au Premier ministre rival de Chirac !

Bref, cette histoire a un peu de sel aujourd’hui, vous ne trouvez pas ?

Pourquoi ai-je rappelé cet épisode de notre histoire politique ? Parce que je vois en vous un animal politique sans doute aussi malin, rusé et intrépide que pouvait l’être Chirac. Que cette analogie ne vous soit pas désobligeante car j’ai pour vous bien plus d’estime que je n’en ai pour Chirac. Mais je veux dire par là, en comparant la concurrence entre Chirac et Balladur à celle qui transparaît de votre relation avec Pierre Laurent, que vous êtes, sans aucun doute, bien plus malin que votre « ami » qui, lui, n’est pas « de trente ans »…

J’ai donc idée que vous saurez gérer cette concurrence. Voyez, j’ai usé du verbe « gérer », qui est neutre et ne contient aucune connotation agressive ou méprisante envers votre « ami »… En fait, j’aurais tout aussi bien pu dire « désamorcer » ou « court-circuiter », ou même, pourquoi pas, « liquider » si j’avais voulu me faire plus piquant !

Pierre Laurent, en effet, me fait penser à la grenouille de la fable de La Fontaine, celle qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf et qui en creva. Par contre, l’analogie s’arrête là car je n’aurai pas l’indélicatesse de vous comparer à un boeuf…

Pierre Laurent ne sera JAMAIS élu Président de la République. Il pourrait peut-être être nommé à Matignon si le capitaine de pédalo devenait un Machiavel en herbe. Car un tel coup de Jarnac, sans aucun doute, déstabiliserait toute l’Autre Gauche qui deviendrait un champ de bataille, tant Pierre Laurent inspire, au gré de ses interventions et goujateries, le dégoût, le mépris, le désaveu, la colère, l’exaspération, la défiance…

Lui et d’autres vous reprochent d’être trop « clivant » et pour cette raison, il se croit plus à même de rassembler le peuple que vous. Mais veut-il vraiment rassembler le peuple ou ne cherche-t-il pas seulement à rassembler la Gauche ? La question mérite d’être posée car voilà une autre différence entre vous et lui, me semble-t-il !

Quant au clivage dont il vous accuse, c’est assez amusant car lui aussi clive… N’en a-t-il pas conscience ? Il a, comme vous, ses amis mais il a aussi, comme vous, ses adversaires et ses ennemis résolus. Et puis, malgré ce trait de votre personnalité qu’il dénonce une nouvelle fois, vous avez su rassembler presque quatre millions de suffrages il y a deux ans, vous ! Pierre Laurent aurait-il fait mieux en clivant moins ? Voilà une autre question qui mérite d’être posée puisqu’il y revient… Je crains fort pour lui que la réponse ne lui soit pas très favorable…

Non ! Pas plus que Pierre Laurent, aucun communiste ne sera jamais élu Président de la République car jamais il ne franchirait le premier tour. Les Français ne voteront jamais majoritairement pour un ou une candidat-e de ce parti. Plus vite, nous aurons intégré cette réalité et mieux armés nous serons pour l’affronter.

Et il en va de même des seconds couteaux et des troisièmes larrons qui s’y voient déjà… Je ne citerai aucun nom pour ne blesser personne…

Il ne s’agit pas d’élire un représentant falot ou un simple mandataire des volontés du peuple, mais un combattant, un guerrier, car c’est bien une guerre qu’il faudra mener contre la finance, contre les oligarchies coaliséées, contre l’Empire, ses suppôts, ses vassaux et ses porte-flingues. Pour assumer cette responsabilité, il est préférable d’être solidement expérimenté, pour ne pas être pris de court le jour venu. Il est indispensable aussi d’être suffisamment intelligent, malin, rusé pour savoir s’opposer à tous ceux, très puissants, qui se mettront en travers de notre chemin. Il est également utile d’avoir le talent pour faire passer les idées. Et il est plus adapté à la situation d’avoir quelqu’un qui se dit, depuis des années, déterminé à déplacer les montagnes et qui a montré des preuves de sa vaillance et de sa témérité, plutôt qu’un autre qui, au contraire, a prouvé qu’il avait d’autres exigences, d’autres références, d’autres valeurs que celles de servir l’intérêt général. Quand on préfère défendre ses intérêts particuliers, on n’est pas crédible ensuite quand on prétend vouloir défendre l’intérêt général. Et quand on n’a pas su dire non au PS, on ne saura pas dire non à l’Empire… On transigera. On négociera. On capitulera pourvu qu’on sauve quelques élus et le parti…

Et imaginez-vous le peuple français supporter plus que quelques secondes les discours de cet homme ?

« Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde » disait Camus. Moi j’assume de dire que Pierre Laurent est un boulet. Peut-être serait-il excellent pour une responsabilité secondaire mais en aucun cas pour celle de chef de l’État.

Il nous faut un caractère bien trempé, comme le vôtre ! Pour cela, il nous faut quelqu’un qui a su rompre les rangs, à temps, avec les Solfériniens. Il nous faut quelqu’un qui n’a pas, à son passif récent, d’avoir préféré sauver ses élus au prix d’alliances avec ceux que nous combattions, plutôt que de se battre à nos côtés.

Pierre Laurent peut dire ce qu’il veut mais non seulement c’est un nain à côté de vous, mais en outre c’est un handicap pour nous tous, pas un talent. Puisqu’il ne le sait pas, ou qu’il feint de l’ignorer, il faut le lui rappeler, chaque jour qui passe…

Je ne vous demande pas de vous déchirer publiquement avec lui, car ce serait du plus mauvais effet, et totalement contre-productif. Mais quand il vous gifle, il faut que des militants qui vous soutiennent lui rendent coup pour coup. Vous serez vous-même, et resterez, au-dessus de la mêlée. Nous, en revanche, nous pouvons assumer cette sale besogne. Vous paraîtrez ainsi tel « le roi de France ignorant les querelles du duc d’Orléans »… pour reprendre une autre formule célèbre.

Par contre, s’il est plus intelligent de ne pas répliquer vous-même et de laisser d’autres s’en charger pour vous, j’insiste pour que vous cessiez les mots doux à son sujet. Je pense que la bonne conduite à tenir est de l’ignorer, de vous libérer de lui et du PCF, de tailler la route en suivant VOTRE intuition et en écoutant VOS amis les plus sincères, qui ne sont pas forcément ceux qui vous cajolent le plus ou vous dressent des couronnes chaque jour…

Les Français ne sont pas tous ignares, idiots ou irréfléchis et vous le savez. D’ailleurs, c’est ce que vous commencez à dire ces derniers temps dans vos passages médiatiques. Ils voient le spectacle politique. Ils savent qui est digne des hautes responsabilités et qui ne l’est pas. Certes, on a le sentiment, aujourd’hui, qu’ils ont davantage au coeur la rage et la défiance généralisée que la confiance et la bienveillance. Mais peut-on les en blâmer ?

Les Français hurlent, différemment certes, mais de manière répétée depuis trente ans au moins, leur soif de progrès et ne le voient jamais venir. Quant à celles et ceux qui le leur proposent, ils ne sont pas jugés crédibles. Nous avons de bonnes raisons de comprendre pourquoi. Nous-mêmes, le PG, n’avons pas géré au mieux les évènements de ces deux dernières années. Et je ne dirai rien du Front de Gauche…

Si nous végétons à un étiage oscillant entre un score à moins de 5% (cf les résultats de la toute récente élection législative partielle dans le Doubs hier dimanche 1er février 2015) à plus ou moins 10% quand il s’agit d’évaluer les intentions de vote en votre faveur,  ce n’est sans doute pas du fait de l’insuffisance ou de l’inopportunité de notre projet, mais beaucoup plus en raison de l’indigestion que notre alliance avec le PCF, parti de l’establishment,  engendre chez les Français.

On pourrait aussi causer de l’attitude et de certains votes des députés du Front de Gauche, tous communistes…

Jean-Luc, je suis de  ceux qui pensent – et je suis loin d’être le seul ! – que votre destin est de dépasser le PG et le Front de Gauche, fut-il élargi prochainement à une partie d’EELV et de la gauche du PS. Votre rôle, quand bien même certains le refusent, est de demeurer celui qui marche devant. C’est d’être la locomotive qui tire le train.

Que des journalistes ou de faux amis, du PCF ou d’ailleurs, tentent de vous discréditer, de vous tenir en laisse, de vous empêcher d’exister à la hauteur du rôle que l’Histoire pourrait vous confier, cela ne doit pas vous intimider et vous amener à rentrer dans le rang. Or, quand vous affirmez que « votre personne ne sera jamais un obstacle« , c’est ce que vous donnez le sentiment de faire… Accepter de ne pas être celui que vous êtes pourtant bel et bien depuis 2012 aux yeux de la majorité, à savoir notre représentant naturel pour l’élection présidentielle à venir, c’est « désespérer Billancourt », pour user à nouveau d’une formule célèbre…

Ce n’est pas parce que je suis au PG et que vous en avez été le co-président que je dis ça. Si j’avais été dans un autre parti, j’aurais dit exactement la même chose dans les mêmes circonstances. Et si une personnalité de « mon » parti n’était pas à la hauteur mais tentait de concurrencer une autre personnalité d’ailleurs que j’aurais jugé plus apte, j’aurais, sans le moindre doute, sans la moindre hésitation, soutenu la seconde plutôt que la première… La fidélité doit être offerte à des idées plus qu’à des personnes. Les personnes en bénéficieront aussi longtemps qu’elles-mêmes seront fidèles à ces idées…

Aujourd’hui, en 2015, comme c’était déjà le cas en 2012, aucune autre personnalité ne peut rivaliser avec vous. Si elle existe, elle ne s’est pas encore fait connaître du public, ni des militants…

Donc c’est vous ! Certes, ce n’est peut-être pas votre souhait de repartir au feu car je veux bien croire que s’il y a des joies et des satisfactions à être le candidat du peuple, et peut-être demain le Président de la République, il y a aussi bien des contraintes à souffrir, bien des souffrances à endurer, bien des risques à courir, bien des privations à accepter, et donc bien des raisons de refuser d’y retourner. Mais quand on a la possibilité de faire l’Histoire, on ne le refuse pas !

C’est votre devoir de combattant politique d’assumer ce rôle. Vous nous avez fait espérer en 2012 et vous ne pouvez plus nous abandonner en chemin. D’ailleurs, je ne crois pas vraiment que vous soyez dans cet état d’esprit. Je ne crois pas que vous vous battiez comme vous le faîtes, comme un lion pourrait-on dire, pour ensuite céder la place à un « zèbre », aussi gracieux que soit cet animal… Après avoir fait le plus gros travail depuis des années, vous laisseriez la place à un second couteau ? M’enfin ! Ce ne serait pas conforme à la volonté populaire. Car si vous êtes loin devant dans les sondages de bonnes opinions, ce n’est pas du seul fait de votre volonté. C’est aussi le résultat de la nôtre… C’est parce que c’est vous que l’on veut, parce que il n’y a que vous qui nous paraissez suffisamment déterminé, suffisamment informé, suffisamment « rugueux » pour défier toutes les puissances internes et extérieures, et en même temps, j’en suis convaincu, capable de devenir le rassembleur du peuple sur un projet ambitieux qui pourrait être une adaptation à notre époque du programme du Conseil National de la Résistance. Le mouvement qui vous portera à la Présidence de la République devra, de toute façon, rassembler très au-delà de la Gauche. Ce devra être un « CNR 2.0 » pour parler le langage contemporain tout en ayant à l’esprit cette maxime « les pieds sur terre et la tête dans les étoiles ».

Car le peuple français jugera aussi, le jour J, les capacités à gouverner, à résister, à répliquer et, pour paraphraser une citation de Marcel Sembat (en en changeant juste quelques termes), à « introduire l’idée de progrès par effraction dans le cerveau de ceux qui ne savent pas le concevoir ».

Notre projet est, sinon le meilleur dans l’absolu (il mérite, selon les cas, d’être précisé, réorienté, réaffirmé) mais au moins la base la plus solide et la plus crédible à partir de laquelle nos pourrons passer de la résistance à la reconquête.

Alors, je vous en conjure, plutôt que de discuter dans des arrières-cours, ou dans les bureaux feutrés des sièges des partis politiques, d’alliances électorales avec tel ou tel parti, telle ou telle organisation politique, syndicale, associative, reprenez votre rôle qui n’est pas d’être le chef d’un parti, d’un clan, pas même d’une coalition.

Votre rôle n’est pas d’incarner la Gauche mais de représenter le peuple. Je ne doute pas que vous en ayez et l’étoffe et les épaules… Vous en avez déjà le talent. Reste à en avoir l’envie et à le montrer, donc à l’assumer publiquement ! Dès maintenant. Sans attendre 2017 ou 2016 ! Plus de fausse pudeur vis-à-vis de ces autres « talents » que vous dîtes voir autour de vous. Certes, il en existe mais pour des seconds rôles, pas pour l’auguste responsabilité qui vous échoit à nos yeux de militants de la Sixième République et de la révolution citoyenne.

« L’ennemi n’est pas celui qui te fait face, l’épée à la main, ça c’est l’adversaire. L’ennemi c’est celui qui est derrière toi, un couteau dans le dos ». Thomas Sankara

Cher Jean-Luc, je vous adresse un chaleureux salut militant et plein d’encouragements pour la suite…

Un Parti de Gauche où la démocratie est la règle absolue !

Texte d’une de mes deux contributions thématiques au congrès du Parti de Gauche de juillet  prochain. Celle-ci traite de la démocratie que le Parti de Gauche se doit de mettre en oeuvre en son sein pour être crédible quand il promet qu’il la mettra en oeuvre au bénéfice du peuple s’il accède au pouvoir. Et nous sommes cinquante à avoir signé ce texte !

* * * * *

Le prochain congrès du PG est l’occasion à ne pas laisser passer ! L’heure est grave. Il est temps de faire des choix de nature à transformer notre parti pour en faire un parti en phase avec son temps et avec les attentes des citoyens et des militants, donc un parti authentiquement et radicalement démocratique.

1/ Quelle organisation et quel mode de fonctionnement ?

Le type d’organisation du PG est trop traditionnel. Or, nous considérons que les partis traditionnels ne pourront jamais plus redevenir les forces qu’ils avaient été. Par contre, nous pensons que si notre parti se met en phase avec la société telle qu’elle est, il pourra devenir une force d’entraînement, comme le montrent les exemples de Podemos en Espagne et de Syriza en Grèce. Nous, signataires de cette contribution, sommes donc déterminés à faire du PG un modèle de démocratie. C’est pourquoi nous proposons :

De supprimer le Bureau National qui est, en quelque sorte, une « chambre des lords », situation contraire à notre vision de la démocratie. Nous dénonçons également cette instance qui tient en laisse le Conseil National et fait de lui une simple « chambre d’enregistrement ».

De n’attribuer qu’au seul CN le rôle d’assemblée délibérante chargée de prendre lui-même les plus importantes décisions et d’encadrer toutes les délégations auxquelles il consent.

De reconnaître au « secrétariat national » le rôle d’exécutif dans les strictes limites déterminées librement par le CN.

De mettre en place une forme de co-présidence collégiale et tournante où les « co-présidents » seraient élus par tous les adhérents. Mais comme nous sommes radicalement hostiles au présidentialisme, leur mandat ne serait que d’une courte durée (6 mois renouvelable une seule fois ou 1 an non renouvelable). Leurs pouvoirs se limiteraient à de la représentation, à du porte-parolat, à de la coordination. Aucun pouvoir décisionnel ne leur serait attribué.

D’instituer divers mécanismes de démocratie directe : droit de veto sur les textes et sur les personnes, droit de révocation des titulaires des fonctions, du sommet à la base, non-cumul des mandats dans le temps et dans l’espace, droit d’initiative militante pour proposer des textes et référendums… innovations qui deviendraient des pratiques courantes dans notre parti afin que nous soyons crédibles quand nous proposerons aux électeurs de les inscrire dans la constitution de la 6e République. Nous nous engageons en effet à ce que la cohérence règne enfin entre nos discours et notre pratique.

2/ Quelles alliances ?

Le PG a été le moteur du Front de Gauche, au côté du PCF. Nous avons vécu ensemble des moments de gloire et d’espoir et connu d’immenses désillusions. Nous considérons désormais que le Front de Gauche est une coquille vide et doit donc être abandonné. Les choix faits par le PCF ne doivent plus être tolérés. Certes beaucoup de militants et de cadres du PCF sont nos alliés fidèles et loyaux dans le combat que nous menons ensemble depuis des années. Mais nous savons aussi que ce parti ne changera pas radicalement et ne sera jamais accepté par une majorité de Français. Cela nous handicape et, après nous avoir fait perdre beaucoup de crédit dans l’opinion, nous a empêchés de progresser comme nous pouvions l’espérer à la suite des beaux résultats de l’élection présidentielle. Ces choix-là ont discrédité définitivement le Front de Gauche et mis en danger la crédibilité même de notre propre parti, toujours lié au PCF et au Front de Gauche. Nous défendons donc, ici aussi, une rupture. Nous souhaitons que le PG cesse de maintenir son appartenance au Front de Gauche et qu’il reprenne son indépendance totale pour rendre possible la création d’une nouvelle force. Car il y a en France des gisements inépuisables de bonnes volontés et nos concitoyens sont prêts à s’engager pour peu que nous changions nos modes de communication politique et nos façons de faire.

Depuis quelques mois, le PG a engagé des pourparlers avec EELV. Pour notre part, nous refusons deux écueils :

– nous engager aveuglément au côté d’EELV en négligeant les sujets de désaccord majeur (sur l’Union européenne ou sur les alternatives au capitalisme). Beaucoup de militants d’EELV n’ont hélas pas encore saisi la nocivité du capitalisme pour l’écologie, voire l’incompatibilité entre l’un et l’autre. Or nous ne saurions transiger sur ces questions fondamentales pour le seul avantage de gagner des élus au moyen d’une alliance avec eux.

– refuser systématiquement toute alliance avec EELV parce que nous ne sommes pas d’accord sur tout. Nous avons avec eux beaucoup de proximités. Le cas de Grenoble peut faire école. Nous pouvons, ensemble, améliorer fortement la vie des gens et créer une véritable alternative.

Ces alliances en devenir font débat. Reposons-nous sur la démocratie pour le trancher. Un des critères déterminants pour que nous acceptions l’alliance avec eux doit être qu’ils aient préalablement rompu les rangs et les liens avec le PS et avec tous ceux qui refusent la sortie du capitalisme et de la 5e République.

Le NPA et Nouvelle Donne sont aussi des partenaires potentiels, avec les mêmes réserves que pour EELV. Au-delà, le PG doit rechercher l’alliance avec tous les citoyens parce que nous nous adressons à tous sans exception, et que le message que nous portons peut-être entendu très largement. Nous savons que le système n’a pas peur de la gauche mais qu’il a peur du peuple. Or nous sommes le peuple et nous allons donc faire peur au système et le remplacer par un autre monde où l’humanisme sera la vertu cardinale.

Enfin, le PG a décidé de prendre sa part dans la construction du Mouvement pour la 6e République. Nous approuvons ce choix mais posons comme exigence que PG et M6R ne soient pas inféodés l’un à l’autre et soient donc indépendants l’un de l’autre.

Conclusion

Le PG a été utile à notre pays car il a commencé à saper les fondements du capitalisme. Nos réflexions ont été reprises par d’autres, nos propositions ont essaimé et notre discours a ébranlé, voire influencé, certains de nos adversaires et concurrents. Le PG peut donc être davantage écouté et mieux entendu par un nombre croissant de Français. Mais, pour cela, il doit lui-même ne pas rester en vase clos. Il doit être davantage sur le terrain et au coeur des luttes sociales et des combats que les militants et les citoyens assument avec engagement et dévouement, dans les entreprises, contre les grands projets inutiles imposés, dans la sphère associative et culturelle… Il doit se dépasser et ne plus incarner une forme d’organisation politique que les citoyens refusent ou dénoncent. Il doit faciliter le rassemblement du peuple, pas seulement de la Gauche. Une autre dénomination pour notre mouvement serait bienvenue pour entamer cette nouvelle étape de la conquête du pouvoir. Mais surtout nous devons mettre en place une structuration beaucoup moins pyramidale, reposant beaucoup plus sur les réseaux que sur l’autorité hiérarchique. Les militant-e-s du PG aujourd’hui, au même titre que les citoyen-ne-s français-e-s demain, sont, naturellement, et doivent donc être reconnus par les statuts, pouvoir souverain.

Nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins : soit nous nous installons dans la 5e République et nous restons un parti comme les autres, en acceptant des combinaisons politiciennes qui discréditent notre message, et notre fin sera proche car le peuple nous appliquera avec rage le « Qu’ils s’en aillent tous ! » ;  soit nous entrons en résonance avec le peuple, nous réformons profondément nos structures et nous assumons les indispensables ruptures du moment, et nous serons la cheville ouvrière de la révolution citoyenne que nous désespérons de voir advenir. Pour cela nous devons vraiment faire « Place au peuple » !

Réflexions à propos de la nouvelle alliance à gauche du PS qui s’esquisse et du rôle de J.-L. Mélenchon dans cet attelage

Une nouvelle « alliance » à gauche du PS semble s’esquisser, qui enthousiasme les uns et dégoûte les autres et Jean-Luc Mélenchon est manifestement à la barre…

Je m’étonne de voir ainsi JLM à la manoeuvre. Moi, je croyais naïvement, depuis sa décision de prendre de la hauteur en quittant la coprésidence du PG et en initiant le Mouvement pour la 6e République, qu’il avait saisi l’urgence absolue à changer de braquet, à cesser de se corrompre dans les habituels et détestables jeux politiciens, à s’évader de cette politique méprisable et méprisée qui satisfait appareils et apparatchiks mais fait fuir le peuple et l’incite à nous traiter comme ceux du système… Je croyais qu’il laisserait cela à d’autres et que lui chercherait plutôt à rassembler le peuple. N’est-ce pas, d’ailleurs, ce qu’il nous avait dit qu’il ferait ?

Or on le voit jouer, en permanence, sur les deux tableaux : un jour, il parle – et se comporte – en rassembleur du peuple et donne envie de le suivre et de l’aider, le lendemain, il redevient politicien madré qui se complaît dans les tractations de couloir qu’il fustigeait la veille…

Ce double jeu commence à se voir ! Et le résultat, c’est que bien qu’il nous ait donné des raisons solides de croire qu’il vaut mieux que tous les autres, bien qu’il ait conscience des dangers de l’heure et ait quelques très bonnes idées pour éviter le pire, pour « rallumer les lumières » et faire revenir « les jours heureux », son ambivalence ou sa schizophrénie risquent de détourner de lui non seulement le peuple, mais ses propres troupes.

J’ai le sentiment de moins en moins diffus que nous allons devoir gérer cette difficulté-là également. En fait, il y a des prises de conscience auxquelles nous allons devoir donner des suites…

Beaucoup nous mettaient en garde depuis longtemps. Mais nous refusions de leur donner du crédit. Beaucoup nous appelaient à cesser de remettre notre destin et notre avenir à un seul homme ou à une seule équipe mais à prendre le pouvoir sur nos vies et à faire irruption sur la scène politique. La démarche Podemos est de cet ordre. Il faut vraiment installer cet esprit dans nos consciences.

Ce que j’ai dit dans les lignes ci-dessus pose le problème majeur de notre organisation de la conquête du pouvoir : un homme dépassant certes de loin tous les autres mais un peuple éparpillé, défiant et courroucé, tenu loin des leviers de décision… alors que c’est lui le souverain et que ce n’est qu’avec lui qu’on fera la révolution citoyenne. Ce ne sera pas avec des « combinazione » à la mord-moi-le-noeud du genre de ce qui se trame… Lisez, sur ce point, le dernier billet de Daniel Fleury, daté du 23 janvier 2015… (Lien: http://anjourougeetcoquelicots.com/comment-ca-va-sur-la-terre/)

Introduction du livre « L’ère du peuple » de Jean-Luc MÉLENCHON – Editions Fayard, septembre 2014

ISBN : 978-2-213-68575-5

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L'ère du peuple par JLM, sept. 2014

POURQUOI CE LIVRE ?

Depuis un siècle, en France, aucun reniement à gauche n’égale celui de François Hollande en deux ans et demi. Comme beaucoup de gens, je suis sidéré : je n’aurais jamais cru qu’il trahirait ses électeurs aussi vite, aussi grossièrement, aussi totalement. Dès lors, « la gauche et la droite, c’est pareil », disent amèrement ceux qui refusent à faire la différence entre notre idéal et la supercherie qui gouverne en son nom.

Pendant ce temps l’orage gronde. Notre monde contient des risques inouïs. Le changement climatique est amorcé, l’âge du dollar-roi et de la finance exubérante a généré une bulle financière qui va éclater, l’empire nord-américain court à l’effondrement, l’humanité toujours plus nombreuse met sous tension toutes les ressources de la planète et continue son expansion en annexant la mer de la pire façon. Dès lors, quel crève-cœur de voir la France rabougrie !

À cette heure notre République devrait se dresser de toute la hauteur de son peuple sur la scène du monde. Elle ne devrait pas être enfermée dans la servile allégeance aux États-Unis d’Amérique et à leur dangereuse politique impériale. Elle ne devrait pas être cette pauvre chose ballotée par les évènements, tenue en laisse par Mme Merkel. Elle ne devrait pas vivre dans la gêne et sous le fouet d’une poignée de déclinistes payés pour la démoraliser et la faire douter d’elle. Au contraire elle devrait marcher aux avant-postes du nouvel âge de l’humanité qui se dessine sous nos yeux, être la cheville ouvrière d’une nouvelle alliance des peuples. Sinon, comment faire face à l’incroyable défi écologique et géopolitique qui menace d’anéantir la civilisation humaine ?

Le goût du futur

J’écris pour refuser l’asphyxie de la pensée progressiste dans le règne glauque de François Hollande et de sa bande de copains de promotion. Mais aussi pour ne pas étouffer dans la critique de leurs turpitudes. Et enfin pour ne pas laisser croire que notre avenir serait e revenir à la doctrine de je ne sais quel passé glorieux.

Je propose de ne pas en rester aux dénonciations. Pour respirer à pleins poumons, visons un point plus haut que l’horizon du présent démoralisant. Ainsi faisaient nos anciens pourtant lourdement cadenassés dans leur statut social et leur quotidien harassant. Ils regardaient plus haut et du coup ils voyaient plus loin. Le goût du futur, de ce petit matin du monde nouveau qu’on préparait, mettait la mesquinerie du présent à sa place et permettait d’y figurer jusque dans les mauvais jours le front haut et même le sourire aux lèvres. Reprenons leur fil. Hollande finira par partir. Certes ses dégâts sont déjà considérables et parfois irréversibles. Mais il aura quand même eu le mérite de soulever une nausée créatrice. Elle nous aura tous obligés à une autre façon de penser et d’agir.

La bifurcation

On nomme mal ce que nous vivons : pourquoi continuer à parler de « crise » comme on le fait depuis trente ans ? Les mots ont un sens. Il n’y a pas de crise. Il y a un changement total de la trajectoire de l’histoire de l’humanité. Une véritable bifurcation. Les nouveautés les plus radicales de notre époque ont été bien décrites par les intellectuels de tous pays, mais elles ne sont pas prises en compte dans la sphère politique. Parfois, elles sont ignorées. D’autres fois, leur nouveauté fulgurante est méconnue. Et plus souvent encore, leur conjonction n’est pas pensée. Je vois les mécanismes autodestructeurs de la société humaine qu’elles contiennent. La « grande régression » décrite par l’économiste Jacques Généreux est déjà très avancée. Je vois surtout l’aveuglement des élites dirigeantes, l’infinie cupidité des puissants, la perversité de l’égoïsme édicté en norme suprême dans tous les domaines, la folie du fanatisme religieux qui dilapide l’énergie de masses immenses. Pour autant, faut-il avoir le blues et se joindre aux dandys de la pleurnicherie ? Le pessimisme face au futur ne doit pas être un argument supplémentaire pour l’inaction dans le présent.

De toute façon, justement par ce que nous sommes tous le dos au mur, je crois que l’imagination et le goût de vivre seront les plus forts à la fin. La même mécanique qui pourrait nous broyer porte des enchainements tout aussi vigoureux qui poussent l’humanité à chercher une sortie par le haut. Il faut donc repérer les points d’appui pour rebondir le moment venu ! Les occasions viendront de porter plus loin que jamais notre projet dans l’histoire. La question posée n’est pas de savoir si nous allons y arriver, et encore moins d’espérer d’être félicités pour avoir eu raison avant tout le monde. Jusqu’à la victoire, il n’y a que des coups à prendre. Nous devons seulement examiner si nous avons des raisons d’agir et des moyens d’avancer.

Place au peuple

Dans les tensions terribles que contient notre époque se niche la possibilité d’un rebond positif vers un tout autre futur. Les multitudes humaines le tenteront. Non pour des raisons idéologiques mais pour répondre à des problèmes concrets que la société actuelle est incapable de résoudre. Non à l’appel d’improbables prophètes inspirés, mais par des enchainements d’évènements souvent parfaitement fortuits. Je sais bien que l’énergie des mases immenses enfermées dans une impasse peut entraîner des éruptions du mauvais côté du volcan. C’est le cas en France avec la dynamique de l’extrême droite. Mais la mécanique qui mine l’ordre politique n’est pas liée aux circonstances politiciennes de chaque pays. Les raisons qui mènent à son effondrement sont aussi globales que l’est notre monde actuel.

L’action sera menée au nom de l’intérêt général humain : ce sera le nouveau cri de ralliement. Le peuple va la mener et non une classe particulière dirigeant le reste de la population. Le peuple, à savoir les nuées humaines urbanisées qui forment l’essentiel de la population contemporaine. Le peuple, c’est-à-dire cette multitude quand elle devient citoyenne. À savoir quand les individus qui la composent prennent le pouvoir sur leurs conditions de vie. Et quand ils élisent une assemblée constituante pour instaurer les nouvelles règles de vie commune. Le peuple détrônant la petite oligarchie des riches, la caste dorée de politiciens qui sert ses intérêts et des médiacrates qui envoûtent les esprits. Il le fera ! Non par jalousie ni par envie de bénéficier à son tour des consommations grotesques de la caste des ultra-riches, mais pour vivre une vie décente et relever le défi du cataclysme qui s’avance sur la civilisation humaine. Dès lors le récit que je présente dans ses pages peut être considéré comme une théorie de la révolution citoyenne.

Nouveaux repères

En préparant ce livre, je savais que je ne voyais plus les faits et le monde comme autrefois, lorsque je partageais l’essentiel du message traditionnel de la gauche. Je me suis transformé par le travail que j’ai accompli à mesure que j’ai lu et voyagé, agi et appris dans toutes les tâches qui m’ont été confiées au fil de ces dernières années de ma vie tumultueuse de citoyen très engagé. Mon évolution tient pour beaucoup à ma rencontre avec l’écologie politique (à ne pas confondre avec la firme qui truste le label) et aux brassages qu’elle a opérés dans la compréhension de notre temps. Mais tout aussi certainement, c’est l’œuvre du contact approfondi avec les récentes révolutions démocratiques de l’Amérique du Sud, du « printemps arabe » et des « marées citoyennes » d’Espagne.

L’effondrement du projet européen dans l’euro fort, les politiques d’austérité et le grand marché commun avec les États-Unis d’Amérique m’ont mis au pied du mur : repenser le monde. Je me suis profondément réorienté sans abandonner un seul jour ni la lutte, ni ses fondements intellectuels en moi, ni le matérialisme historique dont je me suis toujours inspiré, ni le républicanisme qui m’anime, ni l’universalisme qui est ma religion humaine, ni le refus de l’aberrant capitalisme contemporain. Bref, tout me paraît différent mais sans que j’aie perdu en route rien de ce que je crois essentiel depuis mes vingt ans, lorsque j’étais président du syndicat étudiant à Besançon, jusqu’aux épopées comme celle de 2012 où je fus le candidat commun de l’autre gauche à l’élection présidentielle française.

Ce livre met en scène mes points de repère nouveaux dans l’histoire humaine de notre temps. Souvent, je montre comment la pitoyable présidence actuelle a méconnu ses devoirs devant les faits essentiels. Et je formule des propositions à la hauteur des circonstances décrites.

Mon travail reprend nombre d’arguments et de points de vue collectés au fil de combats et de rencontres de toutes sortes. Pour concentrer ma démonstration, j’ai dû faire des résumés parfois simplificateurs. Mais on n’attend pas d’un citoyen engagé comme moi qu’il rivalise avec les sociologues, les ethnologues, les démographes, les économistes et les philosophes, mais qu’il leur emprunte à bon escient des savoirs pour éclairer le chemin. Je m’y suis efforcé.

Plan du livre

1/ La gauche peut mourir

Solférinien

Normal

Fourbe

Servile

Ami de la finance

Voleur de mots

Glauque

Après la gauche, le peuple souverain

2/ La loi du nombre

(…)

Le nombre fait sa loi

L’expansion permanente

Le nombre nous pousse à la mer

Le saccage

Le nouveau géant français

La mer ignorée

3/ L’ère de l’anthropocène

(…)

Irréversible

L’anthropocène

Climat et ordre politique

La dette urgente

La règle verte

Écologie républicaine

Le capitalisme vert ?

4/ Le retournement du monde

(…)

Le coût du capital

Le nouvel âge du capitalisme

L’origine de l’oligarchie

La bulle

Le retournement du monde

Vivement la fin

L’empire agressif

Le choc des civilisations

Les USA annexent l’Europe

Des valeurs communes ?

L’universalisme contre l’empire

La nouvelle alliance altermondialiste

Un nouvel ordre légitime

Pour un protectionnisme solidaire

5/ Le nouvel ordre du temps

(…)

Le temps comme enjeu

La propriété du temps

La planification écologique

La contraction du temps

La fin du passé

La transe du futur

Transmettre

Les bornes du temps

La fin de la mort ?

6/Homo urbanus

(…)

L’âge des réseaux

Qui paie commande ?

La cité sans fin

L’individu et le citoyen

Capitalisme en ville

7/ Le peuple et sa révolution

(…)

Le nouvel âge des révolutions

L’avènement du peuple

La peur du peuple

Le nouveau peuple

Le front du peuple

Le salariat et le peuple

Le peuple et sa souveraineté

Peuple constituant ou rien

8/ Rompre l’envoûtement

(…)

L’ordre globalitaire

Dressage social

Rompre l’envoûtement

Programmes obsolètes

La révolution citoyenne

Droit d’initiative populaire

9/ L’écosocialisme

(…)

  1. Le paradigme de l’intérêt général
  2. Une alternative concrète et radicale
  3. Une nouvelle synthèse politique à gauche
  4. Le dépassement du socialisme