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Breaking News : Le dernier compte-rendu des écoutes de la N.S.A.

Avant-propos

Nous avons reçu ce texte il y a quelques heures, de la part d’une source anonyme. Cette source nous dit qu’il s’agit de la retranscription des écoutes que la N.S.A. a organisées cette nuit à la B.C.E. La N.S.A. aurait ainsi enregistré la conversation qui s’est tenue au sommet entre les trois membres directeurs de la « Troïka » : le Président de la B.C.E. Mario Draghi, la directrice du F.M.I. Christine Lagarde, et le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Ces trois dirigeants européens se sont enfermés dans la salle de réunion sécurisée de la B.C.E. dans les minutes qui ont suivi l’annonce qu’a faite Alexis Tsipras. Le Premier ministre grec a en effet annoncé publiquement qu’il allait organiser, dès dimanche 5 juillet, un référendum pour demander au peuple Grec s’il approuvait les demandes exprimées par la Troïka. Après avoir procédé à quelques vérifications d’usage, nous jugeons cette retranscription authentique. Et c’est pourquoi nous avons décidé de la publier in extenso.

L’une des preuves solides et convaincantes de l’authenticité de cette conversation est l’adresse IP avec laquelle notre source nous l’a fait parvenir. Comme cette source réclame l’anonymat – et on peut le comprendre ! -, nous respectons sa demande et ne divulguerons pas son nom. Mais sachez que nous le connaissons. Car l’adresse IP trace l’envoi et est comme une signature. Sauf à imaginer – ce qui est toujours possible – qu’un autre ait utilisé l’ordinateur de notre source pour lui porter tort. Sur ce point précis, le doute subsiste. Mais si c’est bien le propriétaire de l’ordinateur utilisé qui a envoyé le courriel qui nous a été adressé, alors cela témoigne de quelques frictions au plus haut niveau des « institutions européennes » pour reprendre la formule chère à Alexis Tsipras, alors que l’Europe est sur le point de vivre des évènements historiques… Jugez par vous-même. Au milieu d’une joute verbale parfois feutrée, parfois plus vive, toujours faite d’insolence et de provocations, souvent mâtinée d’un esprit libertin, on perçoit – si ce qui est dit est vrai bien sûr – que des évènements de portée historique sont  déjà en cours et que l’Histoire va encore s’accélérer dans les prochains jours.

*   *   *

Jean-Claude Juncker : Si Tsipras réussit son coup, on est morts !

Christine Lagarde : Tu crois que j’ai une chance d’éviter la taule ?

Mario Draghi : Oui, si tu es gentille avec eux…

Christine Lagarde : Oh, tu me prends pour qui ? Tu crois que je passe sous la table aussi facilement ?

Jean-Claude Juncker : Allez, Christine, ce n’est pas à nous que tu vas la faire, celle-là ! Nous savons bien que tu as déjà offert quelques gourmandises à Nicolas Sarkozy…

Christine Lagarde : Oui, mais c‘était pour prendre la tête du FMI et pouvoir ensuite avancer nos pions. Vous savez bien que DSK était un sale gauchiste pervers et sexomanique dont il fallait se libérer…

Jean-Claude Juncker : Si l’on pouvait revenir au sujet du moment… Donc, vous avez quelle idée pour qu’on se sorte de ce merdier dans lequel Tsipras vient de nous mettre ?

Silence…

Jean-Claude Juncker : Oh, oh ! Vous m’avez entendu ? J’ai parlé là ! Y’a quelqu’un dans l’avion ?

Mario Draghi : Mais mon pauvre Jean-Claude, tu ne te rends pas compte que cette fois, tout fout le camp ? Tu ne vois donc pas que notre règne touche à sa fin ? Tu n’as pas compris que tout le monde va s’apercevoir très vite que nous ne pilotons pas l’avion, que ce n’est pas nous qui décidons. Nous ne sommes que des exécutants. Et comme dans la mafia ceux qui échouent finissent mal, notre sort à nous est désormais scellé. Chacun va toucher du doigt que nous ne sommes que des tigres de papier. Si nous avons pu en imposer depuis quelques années aux chefs d’État et de gouvernement ainsi qu’aux ministres des pays membres de notre Union, notamment des PIGS du Club Méd’, ce n’est que parce que nous avons eu à affronter des lâches, des traîtres à leur peuple et des amis dévoués aux nôtres… Mais maintenant que nous avons un ennemi en fonction, cela va se voir que nous ne sommes que des pantins. Donc, je repose la question : que faire maintenant ? Vous avez une idée ? C’est le moment car notre maison €uropéenne brûle !

Christine Lagarde : Vous voulez que je change d’attitude avec Alexis ?

Mario Draghi : Que veux-tu dire Christine ?

Jean-Claude Juncker : Qu’elle veut se mettre au grec… Non, en fait qu’elle va se faire le Grec. Ou plutôt qu’elle va s’envoyer le Grec…

Christine Lagarde : Et alors, t’es jaloux ? Tu as toujours refusé que je te le fasse… Alors pourquoi tu la ramènes ? Il faut qu’on amène Alexis à revenir dans notre camp. Parce que je te signale que si on organise un nouveau putsch en Grèce, ça va se voir cette fois ! Et au cas où tu l’aurais oublié, je te rappelle, en passant, que maintenant Alexis et Vladimir sont des potes. Si on s’attaque à Alexis, on s’attaque à Vladimir. Tu te sens les épaules assez larges pour cela ? Pas moi !

Et puis, j’ai toujours détesté la vodka et le froid sibérien tandis que l’ouzo, le raki, le retsina, les olives, les maisons blanchies à la chaux et aux volets bleus des îles grecques, la grande Bleue partout, tout cela me fait rêver depuis que j’étais une jeune fille innocente. Et il se trouve que c’est un Grec qui m’a déniaisée et j’en garde un souvenir gourmand, surtout après tous les nuls et les beaufs que je me suis envoyés depuis. Tu sais, les golden boys qui pullulent au FMI, ils se la jouent tous comme Beckam ou George Clooney mais ce sont de vrais lapins… Aussi inaptes à l’amour qu’ils sont inaptes à comprendre autre chose que des chiffres… Ils montent en tension aussi vite que leurs actions grimpent en bourse les jours de spéculation maximale, mais ils retombent aussi vite également, comme lors d’un krach ! Et chaque fois je suis restée sur ma faim. À quoi bon avoir un dieu grec sur soi si on l’a déjà perdu après trois minutes… Vu ce que je subis depuis des mois, j’ai besoin de me détendre et Alexis, c’est quand même autre chose que le nabot français que j’ai dû m’avaler pour être là où je suis… Oui, désolé pour le jeu de mots un peu vulgaire mais c’est passé tellement mal que je n’ai pas envie de jouer à la prude que je ne suis pas ! Je peux être une bourgeoise, je ne suis pas pour autant une coincée du bas-ventre…

Mario Draghi : Mais putain, vous m’entendez ou pas tous les deux ? Christine, je n’en ai rien à cirer de tes histoires de fesses ; on n’est pas dans un salon libertin ici. On n’est pas là pour causer de nos conquêtes sexuelles ou de je ne sais quelle nuit d’amour succédant à des agapes orgiaques… Et toi, Jean-Claude, tu crois qu’ils te réservent un sort heureux si tu tombes dans leurs mains ? Tu crois que l’on viendra nous sauver ? Tu penses sérieusement que nos amis américains viendront nous exfiltrer ? Tu ne connais donc rien à l’histoire… Qu’est-ce qu’on fout maintenant pour sauver notre cul ?

Jean-Claude Juncker : Ecoute Mario, n’ai-je pas bien mérité leur reconnaissance avec la sortie que j’ai faite sur la démocratie qui ne peut jouer contre les traités européens ? Ne me suis-je pas engagé totalement envers leur cause quand j’ai dirigé le Luxembourg et permis à leurs milliards de rester bien à l’abri et hors de tout contrôle des peuples ? Je suis un de leurs plus fidèles et plus dévoués serviteurs. Et plus que cela, je ne suis pas un simple caniche, j’ai bossé dur et j’ai réussi à remporter la plupart des batailles que j’ai menées pour eux. Les missions qu’ils m’ont confiées, je les ai menées à bien, presque toutes. Je n’ai pas à rougir et je suis convaincu qu’ils me sauveront, moi…

Mario Draghi : Parce que nous, on était des plantes vertes décoratives à ton avis ? Qui a permis de saigner la Grèce depuis des années ? Qui a le plus violé la souveraineté populaire en Grèce, en Espagne, en Italie, au Portugal, à Chypre, en France… ? Qui a le plus agi dans l’ombre pour désamorcer les révoltes populaires ? Qui a tenu d’une main de fer les noyaux des quelques banquiers centraux qui avaient des velléités de faire sécession ? Désolé, Monsieur le Président du paradis fiscal luxembourgeois mais moi non plus je n’ai pas démérité… Et je mérite autant que toi la considération de nos maîtres. Sauf que je suis peut-être un peu plus lucide que toi sur leurs intentions à notre égard. Tu as déjà vu le film « La firme » ? Tu sais avec le beau gosse scientologue qui te fait tant rêver à de délicieuses nuits d’amour ? Non ? Tu devrais, crois-moi !

Christine Lagarde : Arrêtez les copains ! On ne va quand même s’engueuler entre nous ! Ce n’est vraiment pas le moment qu’on se foute sur la gueule ! Nous devons décider d’un plan de riposte. J’ai pris les devants pour une fois.

J’ai déjà parlé à Manuel Valls. Il me prête son Falcon. Demain, je file à Athènes et je vais faire vivre quelques jours de délice à notre jeune premier de Grèce… Je m’en vais te le déniaiser et en faire un capitaliste atlantiste comme on les aime… Je vous le promets. Et pendant que je lui ferai passer ces heures agréables, il vous revient à vous de préparer la suite. Pendant son absence, vous devez renverser le pouvoir en place. Méfiez-vous surtout de Zoé Constantopoulou qui est à la tête de la Vouli car c’est une Margaret Thatcher de gauche. Aussi déterminée que l’était notre chère Miss Maggie et aussi brute de décoffrage, sauf qu’avec elle, c’est nous qui sommes les cibles !

Mario Draghi : Ok. Tu veux bien t’occuper du jeune kouros grec. Mais es-tu certaine de tes charmes ? Crois-tu vraiment qu’il risque de se laisser corrompre ? Tu as vu son épouse ? Je ne veux pas te blesser mais je doute qu’il soit prêt à se laisser griser. Tu en imposes habillée et perlée mais une fois dévêtue…

Christine Lagarde : C‘est parce que tu ne connais rien aux femmes Mario !

Mario Draghi : Oui, ça doit être ça ! Sophia Loren, Ornella Muti, Claudia Cardinale, Caterina Murino, Stefania Sandrelli , Isabella Rossellini, Monica Bellucci, Gina Lollobrigida, ne doivent pas incarner la féminité telle que tu t’en fais l’idée sans doute…

Christine Lagarde : Parce que tu les as toutes connues de près ?

Mario Draghi : Quand on le C.V. qui est le mien, on réussit toujours à séduire. Et puis, j’ai quand même plus d’atouts que le nabot auquel tu as goûté, ou que l’ectoplasme actuel de l’Élysée qui a fait passer sous la table la belle Julie Gayet après quelques autres …

Jean-Claude Juncker : Bon, Mario, je croyais que tu te foutais des histoires de fesses de Christine !

Mario Draghi : Quand on me cherche on me trouve mais oui, je confirme que je m’en bas les ouïes. Donc, si elle réussit à lui faire boire le filtre magique et qu’Alexis Tsipras lui tombe dans les bras, pendant ces quelques heures où il sera, de fait, en situation d’empêchement de gouverner, nous devons en profiter pour reprendre le contrôle de la Grèce, et nous méfier en effet de la madone de la Vouli. Ok, on connaît l’objectif. La question, c’est comment fait-on ?

Jean-Claude Juncker : On rapatrie en Grèce quelques-unes de nos forces actuellement en Ukraine et en Syrie ?

Mario Draghi : Non, mais tu as fumé quoi, toi ? « Nos » forces ? Ce n’est pas nous qui les commandons. Tu as oublié le deal qu’on a passé avec Joe Biden ?

Jean-Claude Juncker : De quel deal causes-tu là ?

Mario Draghi : Tu t’es encore endormi pendant la réunion ce jour-là ?

Jean-Claude Juncker : Pfff ! Tu m’as plutôt mis sur la touche, oui. Ta réunion, tu as dû la faire sans moi…

Christine Lagarde : Moi, je m’en souviens très bien Jean-Claude. Tu n’es pas venu car tu nous as dit que tu refusais de parler à un autre qu’au Président des États-Unis. Tu disais que le Vice-Président Biden n’était qu’un pot de fleurs. Pour toi, seul Barack Obama était en situation de décider pour son pays. Ça te revient maintenant ?

Jean-Claude Juncker : Oui, c’est vrai. J’ai bien fait d’ailleurs. Biden est absent de la scène politique et stratégique mondiale. Par contre, Obama… (il est interrompu)

Mario Draghi : C’est bien ce que je pensais. T’es vraiment toujours aussi con ! Combien de fois devra-t-on te réexpliquer la chose ? Le Président des États-Unis n’est qu’un pantin qui s’agite pour la galerie, qui fait croire à tout le monde que c’est lui qui dirige, mais en réalité, il ne fait que signer les parapheurs et tout est rédigé par d’autres. Il n’a même pas le droit de déplacer un mot ou de rajouter une virgule. Par contre, le Vice-Président des États-Unis, lui, est aux commandes. Ça n’a pas toujours été vrai dans l’histoire américaine, je te le concède ; certains vice-présidents ont été de vrais pantins (sous Roosevelt par exemple). Mais au début des années 80, tout a changé. C’est bien George Bush père qui dirigeait le pays que le clown Ronald Reagan faisait semblant de commander. Bon il est vrai aussi que sous Clinton, puis quand Bush père fut président, on en revint à un rôle négligeable du Vice-Président qui avait pour seule mission de présider à certaines réceptions du samedi après-midi, là où les épouses des dirigeants économiques et politiques cuisinent des cookies… Très célèbres ces réceptions aux États-Unis… Sauf qu’avec Bush fils, le monde a changé. C’est bien le Vice-Président Cheney qui tenait le pays, avec tous ses amis. Et il en est de même depuis que Barack Obama occupe la Maison-Blanche. Ce n’est pas lui qui gouverne, c’est bien Joe Biden. C’est pratique car le Vice-Président, aux États-Unis n’ayant officiellement aucun pouvoir, n’est pas limité par les textes constitutionnels. Tout ce que le Vice-Président fait, le Président le valide, le signe et donc en endosse la responsabilité sans pouvoir jamais se défausser par la suite… Génial comme verrouillage ! Et très bon système de chantage sur le Président qui voudrait un jour mener une politique différente de celle pour  laquelle on l’a mis là où il est… Les amis de JFK le savent bien… De toute façon, il y a quelques actes constitutionnels secrets, validés par la Cour suprême qui s’est réunie à huit-clos après le 11 Septembre, qui autorisent à peu près tout ce que le Vice-Président juge utile de faire… C’est donc Joe Biden qui peut seul décider des missions de « nos » forces… Et c’est donc à lui seul qu’il faut adresser notre demande si l’on veut que nos « conseillers pour l’instauration d’un régime démocratique » quittent le terrain où ils agissent aujourd’hui pour venir restaurer la démocratie en Grèce. Et moi, en tant que N°1 de la B.C.E., j’ai une certaine capacité à le convaincre… Tu as pigé cette fois, camarade ?

Jean-Claude Juncker : D’accord ! Bon et sinon, je dois faire quoi moi, maintenant ?

Christine Lagarde : Faire comme d’habitude. Tu fais très bien ton job. Tu continues à agir comme si c’est toi qui présidait la Commission. Peu importe que de plus en plus d’Européens aient compris que ce n’est qu’une illusion. On n’a pas le temps d’inventer un nouveau scénario pour jouer une nouvelle pièce de théâtre. Nous devons agir en Grèce. L’Espagne est déjà perdue pour nous et le Portugal va suivre son voisin. Quant à la France, je ne sais pas si elle n’est pas en voie de faire sécession. Il faut agir sur la Grèce. C’est là que tout se joue. C’est là que nous pouvons encore empêcher l’irréparable de survenir : que le peuple grec saisisse qu’il n’a pas besoin de nous… Salvador Allende avait commencé comme Alexis Tsipras et nos amis américains ont réagi avec conviction pour empêcher que nous perdions le Chili. Sauf qu’on ne peut plus réitérer cette expérience. Il faut agir plus finement. Le Chili était seul. La Grèce a des alliés et la Russie ne nous laissera pas renverser Tsipras… C’est pour ça que la seule solution, c’est d’amener Tsipras à faire son chemin de Damas… au sens de l’expression biblique !

Jean-Claude Juncker : Mais on tourne en rond là ! Toi, tu as ta mission. On a entendu ton dévouement à la cause… Mais Mario et moi, on joue quel jeu dans la partie en cours ?

Mario Draghi : Je pense que je devrais couper immédiatement les liquidités à la Grèce, comme je l’ai fait à Chypre. Sauf que si je fais cela, dans les heures qui suivent, ce sera la révolution en Grèce et elle ne nous sera sans doute pas favorable. Donc il faut jouer plus fin comme le dit Christine. Et puis, il y a le problème russe. Sans le soutien de Poutine à Tsipras, on pourrait faire parler la force mais là, on ne peut que se faire défoncer si on tente le coup. Il faudrait donc retourner Vladimir. Si je m’engageais à lever toutes les sanctions économiques que nous avons décidées il y a quelques mois  ?

Christine Lagarde : Mario, là c’est toi qui fait ton Juncker… Tu sais très bien, mieux que personne même, à quel point la Russie se moque de ces sanctions qui n’affaiblissent que l’Europe… Et si tu les levais, c’est à nos amis américains que tu devrais l’expliquer, car eux seuls ont un intérêt à ces sanctions…

Mario Draghi : Oui, c’est pas faux ! Je vais trouver autre chose…

Christine Lagarde : Et si on laissait tout simplement nos amis insurgés jeter leurs sauvages à Athènes et faire sauter quelques lieux emblématiques ? En général, ça marche à tous les coups. On ne parle plus politique mais sécurité et répression… (elle est interrompue)

Mario Draghi : Oui, quand le gouvernement en place est des nôtres… Il ne t’aura pas échappé que ce n’est plus le cas à Athènes !

Jean-Claude Juncker : Oui, mais nous avons notre petit Samaras qui est prêt à reprendre la chancellerie. Et le président de la Banque de Grèce qui fait du bon boulot depuis quelques temps pour rassembler les partisans et les acteurs du changement que nous voulons… Il faut que nous les aidions tous les deux.

Mario Draghi : Samaras n’est pas intéressé par notre cause. Il s’en moque. Tout ce qu’il veut, c’est le pouvoir pour lui, pour sa famille, pour son clan. Il n’est pas fiable.

Christine Lagarde : Justement, c’est mieux d’avoir un type comme lui. On le manœuvre assez facilement puisqu’il est transparent. On le paye et il dit – ou il fait – ce que nous lui ordonnons. Il n’a même pas d’orgueil. Il accepte les ordres comme un vulgaire petit employé obéissant docilement à son supérieur hiérarchique. La seule chose qu’il respecte, c’est la valise de billets qu’il recevra à chaque fois qu’il aura servi nos intérêts. C’est un bon gars à mes yeux !

Mario Draghi : Non, je ne suis pas d’accord. Il nous faut un type fiable dans les circonstances présentes. Nous allons à la catastrophe si nous comptons sur un Samaras qui se donnera toujours au plus offrant. Il nous faut un homme de paille… mais qui soit constitué d’ébène ! Si on mettait DSK à la tête d’un nouveau gouvernement grec ? Lui, au moins, on le connaît bien ; lui on sait qu’il est un dévot du capitalisme ; lui au moins ne nous trahira pas.

Christine Lagarde : T’es dingue ? Il passera 95% de son temps à forniquer avec tout ce qui lui passera sous les yeux. Ce n’est pas lui qui pourra remettre la Grèce dans le droit chemin. Je verrais plutôt un Georges Soros. Il est Grec, il est banquier, il est un mentor du président Obama…

Jean-Claude Juncker : Oui, mais il ne m’aime pas… (il est interrompu)

Mario Draghi : Non, mais ça, excuse-moi de te le dire aussi abruptement Jean-Claude, on s’en tape ! Ce n’est pas toi qui compte, c’est la firme ! Si tu dois subir Soros, tu le subiras… Il est vrai que ce choix-là serait particulièrement ingénieux. Décidément, Christine, tu me surprendras toujours !

Christine Lagarde (lui faisant un clin d’œil mutin) : Tu vois qu’il me reste aussi d’autres talents que ceux que tu refuses obstinément de connaître toi aussi…

Mario Draghi : Écoute, ma belle Christine, je te fais une promesse. Si nous gagnons la bataille que nous engageons, je t’honorerai le soir même. Ça te va ?

Christine Lagarde : À condition que ce soit avant la cuite que tu prendras et pas après…

Mario Draghi : Marché conclu ! Mais il faut quand même que l’on réussisse et ce n’est pas gagné…

Jean-Claude Juncker : Bon, je ne voudrais pas venir perturber vos gouleyants projets d’ébats amoureux, chère marquise Lagarde de Merteuil et cher vicomte Draghi de Valmont, mais ne comptez pas sur moi pour être votre Danceny…

Christine Lagarde : Sois rassurée mon chou. Il ne m’est jamais venu pareille idée à l’esprit. Car Danceny avait réussi à séduire Merteuil, si tu vois ce que je veux dire… L’esprit de la marquise était enivré à l’idée de déniaiser ce jeune puceau et tout son corps était enfiévré devant la perspective de l’étreinte avec lui. Qu’il y a-t-il de commun entre leur histoire et la nôtre ? Tu as 40 ans de plus que lui, tu as perdu ta virginité il y a un demi-siècle et crois-moi, ni mon esprit ni mon corps ne sont fébriles en te voyant…

Jean-Claude Juncker (s’adressant à Mario Draghi) : Elle est encore plus garce que je ne le pensais…

Mario Draghi : Tu l’as bien cherché mon ami ! Allez, je propose une trêve. Enfin, nous sommes comme les trois mousquetaires et nous avions prêté le serment de nos illustres ancêtres : un pour tous et tous pour un ! Alors ne ruinons pas ce bel engagement. Restons soudés contre les populistes qui veulent nous retirer le pouvoir que nous avons depuis toujours pour la seule raison que nous sommes les seuls à en être dignes !

Jean-Claude Juncker : L’histoire des mousquetaires veut qu’il y en ait quatre. Qui est le 4ème ?

Christine Lagarde : L’histoire s’écrit en marchant mon chou… Il sera bientôt là, le 4ème… Je vous l’amène dans quelques jours. Je vais lui faire oublier sa Constance, là encore sans jeu de mots ! Et lui faire renier sa reine, le peuple grec qu’il dit vouloir défendre jusqu’à la mort. Je lui promets un avenir plus doux… L’histoire voulut que ce fut un Gascon intrépide, têtu et fine lame qui jouât le rôle du 4ème mousquetaire et qui devînt même le plus illustre des 4. Je vous avoue que je ne contemplerais pas avec déplaisir que l’histoire se rejouât… Mon Alexis est de la trempe du comte Charles de Batz de Montesquiou.

Jean-Claude Juncker : Ah, parce qu’il est déjà « ton » Alexis ? Avant même que tu aies réussi à le mettre dans ton lit ?

Christine Lagarde : Aujourd’hui, il est encore « mon » Alexis en effet mais la semaine prochaine, il sera celui de vous tous, vous verrez !

Jean-Claude Juncker : Moi, je pense que tes neurones approchent vraiment le seuil de la fusion. Tu devrais prendre garde…

Mario Draghi : On parle, on parle mais on n’a toujours pas décidé ce que nous devons faire Jean-Claude et moi !

Jean-Claude Juncker : J’ai une idée, qui, vois-tu cher Mario, m’a été inspirée aussi par l’histoire de France, puisque tu nous en as rappelé une page. On garde Alexis au frais, loin du monde, loin d’Athènes, loin du pouvoir, et on met à sa place un sosie. J’ai déniché un gars qui pourrait faire l’affaire.

Mario Draghi : C’est qui ton type ? Il est connu ?

Jean-Claude Juncker : Non mais, là, j’déconne Mario ! C’était pour détendre car l’ambiance entre nous était un peu électrique je trouve ! Tu ne crois quand même pas que j’ai un sosie du jeune Premier sous la main. Et si je l’avais, ça ne suffirait pas. Il ne suffit pas d’avoir les traits de son visage et d’être capable de reproduire sa voix. Il faut aussi qu’il puisse être reconnu par ses proches…

Mario Draghi : Ok, t’as raison, c’est le moment de faire des vannes ! Sinon, quelque chose d’utile à proposer ?

Jean-Claude Juncker : Pas plus que toi cher confrère !

Mario Draghi : Eh bien si, justement. J’ai une idée qui va vous scotcher. Accrochez-vous !

Jean-Claude Juncker et Christine Lagarde moqueurs : Vas-y maître, on t’écoute…

Mario Draghi : Voilà ! En fait, ce n’est pas tant une idée qu’une information que je vous donne… Je ne vous l’avais pas dit mais j’ai eu une visio-conférence tout à l’heure avec John O Brennan, le directeur de la C.I.A., le général Philip Breedlove, commandant suprême de l’OTAN, et quelques autres types qui dirigent des commandos divers. Quelque chose est en train d’être organisé. Quelque chose de gros, de très gros. Quelque chose qui sera de nature à faire revenir le tumultueux fleuve grec dans son lit et à donner encore un avenir à notre Europe, l’Europe capitaliste et atlantiste, seule viable pour nos maîtres. Ils ne m’en ont pas dit beaucoup plus. Et vous savez qu’il est inutile de les interroger. Ils souhaitaient juste savoir si nous étions prêts, nous-mêmes, à Bruxelles et à Francfort, pour gérer les lendemains. Ils voulaient la certitude de pouvoir se reposer sur nos amis, présents dans tous les pays d’Europe, et connaître le stade de leur préparation. Sont-ils prêts à prendre la relève des gouvernements en place qui ne réussiraient pas à tenir leurs populations ? m’ont-ils demandé. Je leur ai répondu que oui, que nous y avons ardemment travaillé depuis des mois, et que nous sommes prêts pour le grand saut. Nous n’attendons que leur signal. Lorsque sera diffusé par les medias le message suivant « Nous avons commencé à gravir le Mont Olympe », sachez que les opérations auront commencé sur le terrain à Athènes et dans les grandes villes de la Grèce. Pour notre part, nous devrons attendre un autre message avant de passer à l’action dans les autres pays. Ce second message est celui-ci : « La Pythie de Delphes a parlé. Faisons s’accomplir son oracle ».

Jean-Claude Juncker : En clair, c’est la guerre en Europe que tu nous annonces ?

Christine Lagarde : Mais aurais-je le temps de passer quelques nuits d’amour avec mon Apollon ou est-ce pour demain ?

Mario Draghi : A priori, le feu d’artifice ne sera pas tiré avant quelques jours. Tu as donc tout le temps de t’enivrer avec ton Ulysse. D’ailleurs ils ont parlé de toi et ont dit que rien ne serait fait avant que la dinde ne fasse entendre son dernier chant… J’ai demandé de quel volatile de notre basse-cour ils parlaient et je fus peiné d’entendre alors ton nom…

Christine Lagarde : Oui, oui, chante beau merle !

Mario Draghi : Je ne suis pour rien dans ce qualificatif, tu sais. Je compatis à ta peine de te faire ainsi malmener, ma chère Christine. Mais je sais que tu es assez forte pour ne pas être touchée par leurs mots qu’ils voulaient blessants.

Christine Lagarde : Tu sais Mario, ce ne sont que des nuls. Qu’ils chantent donc les petits coqs de Washington et leurs galonnés de l’OTAN ! Quand je leur amènerai la tête d’Alexis Tsipras sur un plateau, ils verront qu’ils se sont trompés à mon sujet. Je vais leur rafraichir la mémoire et leur rejouer Agrippine !

Mario Draghi : Elle a mal fini tu sais !

Christine Lagarde : Je ne l’ignore pas mais je n’ai pas l’intention de rejouer chaque épisode de sa vie. Je vais adapter le remake à ma façon… Ce sera plutôt une fin à la manière de Cléopâtre s’en allant rejoindre son Antoine, qu’elle aura préalablement fait passer au 8ème ciel, après l’avoir transporté au 7ème !

Jean-Claude Juncker : Donc tout est en place pour la nouvelle partie sur le point de commencer ? Je ne sers donc définitivement à rien moi, c’est ça ?

Christine Lagarde : C’est ça ! Mais tu le savais déjà ! De peur que tu l’oublies, on te le répète tous les jours…

Mario Draghi : Non, Jean-Claude, non Christine, on ne peut pas dire ça, ce n’est pas exact. Toi aussi, Jean-Claude, tu as un rôle dans la partie qui s’annonce. Ce n’est pas un rôle de figurant. C’est un premier rôle car il faut un immense talent pour donner le sentiment à tous de sa propre médiocrité sans qu’elle existe vraiment. Tu es comme un gardien qui, par sa sérénité, et la reproduction fidèle de ses habitudes quotidiennes, permet qu’aucun soupçon ne s’éveille sur une action prochaine de notre part. Ta mission – que, contrairement à la série télévisée, tu n’as pas la possibilité de refuser – est de faire comme avant, sans rien changer à ton discours, ni à tes actes. C’est comme ça que tu permettras que personne ne se doute de quoi que ce soit… C’est un rôle de composition et toi seul peut le jouer.

Jean-Claude Juncker : Et toi, tu joues quel rôle dans le scénario que Washington a écrit ?

Mario Draghi : Tu connais le film Les tontons flingueurs ?

Jean-Claude Juncker : Bien sûr !

Mario Draghi : Bon, ben disons que je suis « Monsieur Fernand ».

Jean-Claude Juncker : Et qui jouera Raoul Volfoni ?

Mario Draghi : Tu veux vraiment que je te le dise ?

Jean-Claude Juncker : Du moment que tu ne me donnes pas de bourre-pif… Je te rappelle au passage que, aussi corniaud que je puisse te paraître, je ne suis pas l’idiot que tu crois. Moi aussi les dingues, j’les soigne. Moi aussi je suis capable de leur faire une ordonnance, et une sévère. Moi aussi je peux les éparpiller aux quat’coins d’Bruxelles, par petits bouts, façon puzzle ; parce que moi aussi, quand on m’en fait trop, j’correctionne plus, j’dynamite, j’disperse et j’ventile… Tu vois, je connais mes classiques !

Christine Lagarde : Alors tu sais aussi qu’il ne suffit pas de jouer les gros bras pour en imposer… Alors, tu sais aussi que « le terminus des prétentieux » pourrait bien t’accueillir les bras ouverts. Ta place y est déjà réservée d’ailleurs. Tu as de la chance car le séjour y sera plus doux qu’à la « maison mère »… Et oui, moi aussi, je connais mes classiques. Je n’ai pas appris que la finance à l’ENA.

Mario Draghi : Bon, je crois que nous nous sommes tout dit ?

Christine Lagarde : Pour ce soir. Mais on reste en contact et on se fait une bouffe bientôt, d’accord ?

Jean-Claude Juncker : Mais je croyais que tu devais faire comme Cléopâtre ?

Christine Lagarde : J’aviserai en fonction de l’évolution de la situation…

Jean-Claude Juncker : Alors, si on se donnait rendez-vous dans dix jours ?

Mario Draghi : Méfie-toi ! Patrick Bruel a des droits sur le titre de sa chanson d’ado attardé…

Jean-Claude Juncker : Je sais, mais je les lui ai achetés. Il avait besoin de liquidités depuis qu’il s’est fait soutirer, lors de sa dernière partie de poker, qu’il a encore perdue, les derniers dollars qu’il possédait… Tu veux que je les dépose dans tes coffres ?

Mario Draghi : Heu, comment te dire, Jean-Claude ? OXI ! Je crois qu’on va beaucoup l’entendre, ce mot, dans les prochains jours !

Christine Lagarde : Bon, allez, ciao la compagnie. Je file. Faut que je m’apprête moi, pour rendre irrépressible le désir de mon spartiate préféré… Et il y a du boulot. Je vais être en travaux pendant quelques heures. J’vous raconterai… Ou pas !

Jean-Claude Juncker : Ok, moi je vais à ma conf’ de presse habituelle du matin.

Mario Draghi : Ok, salut à vous les guerriers du capitalisme. Moi, je supervise depuis ma salle de contrôle à la B.C.E. Ces cons-là, ils croient tous que la B.C.E. est une banque… Ils ignorent tous que ce sigle cache en fait une tout autre signification : Bureau de Contrôle des Européens ! Je me marre !

Ci-dessous : de haut en bas : Mario Draghi (Président de la B.C.E.), Christine Lagarde (Directrice du F.M.I.), Jean-Claude Juncker (Président de la Commission européenne)

Mario Draghi

Christine Lagarde

Juncker halluciné

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