Archives du mot-clé mondialisation

Donner de l’air à la démocratie – Réflexions et suggestions après le vote des eurodéputés sur le chalutage en eaux profondes

Résultat général: 687 votants

Pour: 342 – Contre: 326 – Abstention: 19

Au sein du groupe qui nous est le plus proche, la GUE/NGL (Gauche Unie Européenne / Gauche Verte Nordique), qui comporte 35 membres, voici les résultats:

Pour: 17 – Contre: 12 – Abstention: 1 – Absents : 5

***

On constate que la différence entre le nombre de députés européens qui ont voté POUR et le nombre de ceux qui ont voté CONTRE est de 16. Seize voix auraient suffi à inverser le sens du vote. Or, au sein de notre groupe, 17 députés ont voté POUR. Ce sont donc eux qui ont permis l’adoption du texte… Chacun appréciera…

Il n’y a pas qu’en France que pullulent les « sociaux-traîtres », les « écolo-traîtres », les « gauchos-traîtres », les « radicaux-traîtres »… Ils ont l’étiquette radicale mais ils n’en ont pas le contenu… L’effet Canada dry en quelque sorte…

***

Ce suffrage de nos « représentants » qui ont rendu possible l’adoption du texte me donne la nausée et alimente ma colère. Ce n’est pas la première fois.

Nos députés à l’Assemblée Nationale aussi ont eu l’occasion de ne pas nous représenter comme nous l’aurions voulu et ont parfois voté dans un sens différent de ce que nous aurions voulu.

Ceci m’amène à quelques réflexions et me renforce, une fois de plus, dans des améliorations de notre démocratie, améliorations qui, je ne m’en cache pas, consistent en des innovations radicales!

***

Il faudra repenser le mandat  de nos représentants et trouver un nouvel équilibre entre ses deux formes envisageables : d’une part, le mandat impératif et d’autre part le mandat représentatif.

Le mandat impératif n’est pas souhaitable à mes yeux parce qu’il transformerait les députés en robots de leurs électeurs. Ce n’est pas ma conception de la démocratie que de faire de nos élu-e-s, des machines aux ordres. Nos représentant-e-s doivent garder une capacité de libre-arbitre et doivent pouvoir juger en conscience du sens des votes. Notre constitution actuelle, celle de la Ve République, détestable par bien des égards, critiquable en gros et en détails, aussi bien pour sa logique, son essence, ses défauts et les abus de pouvoir qu’elle rend possibles, constitution que nous remplacerons intégralement par une autre fondant une 6e République radicalement alternative, interdit d’ailleurs le mandat impératif et le fait à juste titre. C’est un des rares mérites de notre loi fondamentale.

Toutefois, ce premier aspect de la question étant posé, je ne peux me satisfaire du mandat représentatif tel qu’il est aujourd’hui. Car il n’est pas respectueux des exigences démocratiques honnêtement entendues puisqu’il laisse les députés entièrement libres de voter dans le sens qu’ils souhaitent, quelles que puissent être les attentes, les souhaits, les exigences du peuple or le peuple est seul souverain ! Les représentants ont reçu mandat pour décider en son nom et pas contre lui ! Or, il arrive parfois, pardon souvent, beaucoup trop souvent, que nos représentants ne nous représentent pas mais représentent soit leur propre intérêt, soit ceux d’autres mandants… Cela est inacceptable et comme cette pratique à la fâcheuse tendance de se généraliser, il est temps de trouver des outils démocratiques pour la contrer. Un député ne peut ni ne doit se trouver dans une situation où sa conscience, son libre-arbitre que je défens par ailleurs comme je l’ai dit plus haut, aboutissent à ce qu’il vote dans un sens contraire aux attentes des électeurs et même parfois, voire beaucoup trop souvent, de ses propres engagements…

S’il a un doute sur ce que peuvent penser ses électeurs, eh bien c’est à lui de les interroger, préalablement au vote. En démocratie, si la démocratie n’est pas un vain mot, nous élisons des représentants, pas des monarques. Ils ne sauraient donc avoir une liberté absolue entre leur élection et le terme du mandat que cette élection leur a confié.

Le référendum révocatoire est l’arme de dissuasion massive pour contraindre le représentant à se soucier des avis de ses électeurs et à les suivre le plus souvent, faute de quoi  il sera probablement révoqué à mi mandat.

Mais il existe d’autres procédés moins coercitifs. Ce sont des procédés de démocratie directe.

–          Par exemple, le droit d’initiative législative (ou constitutionnelle) qui donne au peuple la possibilité de contraindre les députés à mettre en débat, ou à soumettre au vote, un texte législatif ou constitutionnel ; ou encore, l’initiative référendaire, qui contraindrait les élus à organiser un référendum.

–          Par exemple, le droit de veto législatif ou constitutionnel qui permettrait au peuple d’empêcher l’entrée vigueur d’un texte qui aurait pourtant été adopté par les députés.

Je pense aussi à une réforme de notre code électoral ou même de notre code pénal intégrant le parjure comme un acte qui, dès qu’il est établi, serait sanctionné politiquement et, en outre, le cas échéant, pénalement, selon la gravité du mensonge.

La profession de foi des candidats à une élection, qui n’est qu’une déclaration d’intention, un texte politique sans valeur juridique, pourrait être élevé à une autorité supérieure et devenir, en quelque sorte, un texte contraignant comme chaque salarié est obligé de respecter les clauses de son contrat de travail. La profession de fois du candidat est certes un acte unilatéral au sens où le candidat annonce ce qu’il va faire et qu’à ce jour ce texte est dépourvu de toute force obligatoire, mais on peut aussi considérer que l’élection d’un candidat à un mandat est un contrat certes informel mais un contrat tout de même conclu entre le candidat et ses électeurs qui l’ont choisi, lui plutôt qu’un autre, sur la base de ce qu’il a proposé. Et qu’il est assez raisonnable de penser que ce contrat devrait lier les parties. Donc, si le candidat venait à se défier de ses propres engagements et propositions, il perdrait toute légitimité à se maintenir à ses fonctions et il me semble qu’il serait assez sain qu’il soit contraint de revenir devant ses électeurs.

Et au-delà des procédés juridiques ci-dessus évoqués, il y a des mécanismes d’essence plus politique mais qui soient dotés d’une autorité juridique, qui pourraient consister à exiger des candidats à une élection qu’ils s’engagent aussi, formellement, d’une part, à rendre compte régulièrement, et par un écrit rendu public, de leur action, de leurs votes, de leurs réflexions sur les grandes thématiques liées à l’exercice de leur mandat, et, d’autre part, à travailler collectivement avec leurs électeurs, les militants de leur parti et tout citoyen de bonne volonté désirant participer à l’action et à la décision publique.

Un tel engagement, formel et signé, doté d’une force obligatoire, pourrait être une pièce à conviction utile à l’appui d’une demande populaire ultérieure d’organisation d’un référendum révocatoire.

La démocratie représentative était sans doute le seul système praticable lorsque nous sommes passés de la monarchie à la République. Pendant longtemps, il ne semblait pas possible de faire autrement. Pourtant, bien des expériences disent le contraire !

Aujourd’hui, tenant compte des leçons du passé, bonnes ou mauvaises, désireux de changer nos pratiques et de tendre à une démocratie authentique, à une démocratie ambitieuse, ç à une démocratie jusqu’au bout, nous devons proposer des alternatives radicales au système actuel et aux modes de pensée traditionnels.

La démocratie représentative reposant exclusivement sur l’élection, ne se suffit plus à elle-même. Il faut l’irriguer par des innovations à la fois techniques et philosophiques. Conscient de cela, certains, depuis quelques années, ont évoqué et parfois mis en ouvre une forme de démocratie renouvelée, dite participative. Celle-ci a fait naître de grands espoirs mais elle a vite été perçue pour ce qu’elle était, un gadget des décideurs qui font semblant de s’intéresser à ce que pense le peuple, une quasi-escroquerie la plupart du temps des détenteurs du pouvoirs qui feignent de condescendre à donner la parole au peuple, quelques minutes en fin de réunion, mais qui n’organisent pas vraiment des débats ouverts et surtout qui ne tiennent jamais aucun compte de ce qui a été débattu.

La notion de démocratie participative a donc vite perdu l’éclat de sa prime jeunesse. Elle est, hélas, par la faute de certains, connotée très négativement aujourd’hui. Il faut inventer un autre concept qui portera en lui d’autres pratiques.

Je n’ai pas encore trouvé ce terme novateur pour ma part mais l’essentiel est de toute façon bien plus dans le contenu qu’on lui accolera que dans l’ingénuité d’un mot ou d’une expression.

***

Post-scriptum:

J’ai déjà eu l’occasion d’écrire sur ce sujet et de faire ces propositions. Mais dans notre réflexion en vue de construire une Sixième République, il faudra toujours y revenir.

Évidemment, elles ne feront sans doute pas l’unanimité et j’accepte par principe et par avance les critiques…à la condition qu’elles soient argumentée et courtoises!

Publicités

Le Grand Marché Transatlantique, un vieux complot mercantile – Extrait du billet de Jean-Luc MÉLENCHON du 24 mai 2013

Un vieux complot mercantile

Le gros plat de résistance de cette session c’était le vote d’une résolution à propos du mandat de la Commission européenne dans la négociation qui s’ouvre pour la mise en place d’un grand marché unique entre les USA et l’Union européenne. En 2009, j’avais édité une brochure de grande diffusion sur ce thème. J’ai alerté sur les dangers de ce Grand Marché Transatlantique qui se trame depuis dix ans dans le dos des peuples. Un silence médiatique total et une prudente omerta des partis qui participaient depuis le début à cette discussion ont bien protégé dix ans de pourparlers préliminaires. Ce vaste projet de libéralisation des échanges et de l’investissement connaît en ce moment une accélération spectaculaire sans qu’aucun peuple ne l’ait décidé en Europe. Et pour cause : aucun gouvernement ne l’a jamais inscrit à son programme électoral, à commencer par François Hollande. J’ai déjà pointé en ce début d’année la relance de ce projet par Obama immédiatement approuvé par Merkel. Les arcanes de l’Union européenne débattent désormais secrètement d’un mandat qui doit être donné par les 27 ministres du commerce à la Commission européenne le 14 juin. Les négociations commencent dès cet été ! L’existence de ce projet de mandat est bien attestée en date du 13 mars sur le site du conseil de l’Union européenne sous le numéro 7396/13. Mais le document est estampillé comme « non accessible ». Comme les traités confient à la Commission européenne une compétence exclusive en matière commerciale, le Parlement européen n’a aucun pouvoir contraignant sur ce mandat. D’ailleurs il n’en est même pas officiellement saisi. Et les députés européens n’y ont même pas accès. Le Parlement a juste la possibilité d’exprimer un avis général sur cette négociation via une « résolution » comme il en vote sur tant de sujets sur lesquels il n’a aucun pouvoir. C’est le sens des résolutions votées à Strasbourg ce jeudi 23 mai dont j’ai publié l’analyse sur mon blog européen.

Grâce au site du journal « L’Humanité », ce projet de mandat secret, qui n’existe qu’en anglais, a enfin pu être connu cette semaine. Aucun média dominant ne s’est pour l’instant penché sur l’ampleur de la négociation qui s’annonce. Tout juste un débat a-t-il été ouvert depuis 10 jours sur la place de l’audiovisuel et de l’exception culturelle dans cet accord. Pourtant le mandat secret atteste que c’est bien l’ensemble de l’économie et des services publics qui vont subir une nouvelle vague de libéralisation si cet accord est signé.

*

Que fait François Hollande à ce sujet ? Rien ! Ou plutôt il entérine passivement ce qu’ont décidé Barack Obama et Angela Merkel. Le conseil européen des 7-8 février s’est ainsi prononcé, avec l’aval de Hollande et sans qu’il dise un mot, « pour un accord commercial global UE /USA ». Et dès le 13 février, toujours sans un mot de Hollande, c’est à Washington que le nom du nouvel accord a été scellé par Barack Obama avec Barroso et Van Rompuy. Du cousu main ! Le projet s’appellera « accord de partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement ». Il est ainsi déjà désigné sous le vocable globisch « TTIP » (« Transatlantic Trade and Investment Partnership« ).

*

Obama et les deux dirigeants non élus de l’UE lui ont fixé pour objectif d’« accélérer la libéralisation du commerce et de l’investissement ». Désormais le mandat de négociation de la Commission européenne doit être adopté définitivement le 14 juin par le Conseil des ministres du commerce. Et à peine le mandat sera-t-il donné à la Commission que les négociations pourraient être lancées en marge du sommet du G8 du 17 juin comme l’a proposé le britannique David Cameron. Là non plus Hollande n’a pas dit un mot sur cette échéance alors qu’il représentera la France au G8.

*

Tout cela va très vite. La mise en place aurait pu passer inaperçue comme d’habitude et les médias officiels continueraient leur besogne de dissimulation. Mais il y a eu la réaction des amis de la culture européenne. J’ai déjà raconté quel ravage cet accord impliquera dans le monde du cinéma. Le milieu a donc réagi avec fermeté. C’est le seul secteur qui l’ait fait pour l’instant. Effectivement la création culturelle et audiovisuelle sont menacées par cette libéralisation. Ces activités sont en effet protégées en Europe par des mécanismes d’aide publique mais aussi de réglementation de la diffusion, comme les quotas de chansons en français ou les obligations de diffusion d’un nombre minimal de films français. Du point de vue de la libéralisation du commerce visée par l’accord ce sont autant d’obstacles à éliminer. Mais en réalité tous les secteurs d’activité sont concernés. Du coup d’aucuns voudraient utiliser la bataille pour « l’exception culturelle » pour masquer le reste du texte et en faire l’arbre qui cache la forêt des libéralisations. Le mandat secret préparé par la Commission fixe comme objectif la constitution d’un « marché transatlantique intégré ». Il vise la « libéralisation du commerce des biens et services et de l’investissement« , « avec une attention particulière à supprimer les barrières réglementaires inutiles« . Il demande que l’accord soit « très ambitieux, allant au-delà des engagements de libéralisation de l’OMC« . Avez-vous bien compris ?

*

Regardons de plus près. Cette opération de libéralisation générale comporte plusieurs volets. D’abord la « suppression totale des droits de douane » sur les produits industriels et agricoles. Rien que sur ce volet « tarifaire », l’accord est dangereux pour les européens. En effet selon les chiffres de la Commission européenne le taux moyen des droits de douane est de 5,2 % dans l’UE et de 3,5 % aux USA. Cela signifie que si les droits tombent à zéro, les USA retireront un avantage 40% supérieur à celui de l’Union européenne. Cet avantage pour les produits fabriqués aux Etats-Unis sera encore amplifié par la faiblesse du dollar par rapport à l’euro. Et ce déséquilibre sera démultiplié par la faiblesse écologique et sociale des coûts de production aux USA. Dans ces conditions, rien que par son volet quantitatif, cet accord deviendra une machine à délocalisations. Cela aggravera le chômage. La Commission reconnaît d’ailleurs pudiquement dans l’étude d’impact qu’elle a commandée que cela entraînera une « baisse importante » de l’activité et de l’emploi dans la métallurgie. Dans la métallurgie !

*

Vient ensuite le volet non tarifaire de l’accord. Là ce ne sont pas seulement les productions qui vont être impactées mais le contenu des réglementations des pays. Le projet de mandat appelle à « réduire les coûts résultant des différences réglementaires » Il propose de « trouver de nouveaux moyens d’empêcher les barrières non tarifaires [c’est à dire les lois] de limiter la capacité des entreprises européennes et américaines d’innover et de participer à la compétition sur les marchés mondiaux. » Barroso a d’ailleurs expliqué que « 80 % des gains attendus de l’accord viendront de la réduction du fardeau réglementaire et de la bureaucratie ». Cela signifie que les androïdes de la Commission européenne voient dans cet accord l’occasion d’aller encore plus loin que ne le fait déjà l’Union européenne dans la dérèglementation. « Le fardeau »… il fallait le trouver.

*

Pour libéraliser l’accès aux marchés, l’UE et les USA vont devoir faire converger leurs réglementations dans tous les secteurs car les normes plus contraignantes sont considérées comme des obstacles au libre commerce. Or contrairement à ce qu’affirment la Commission européenne et ses perroquets libéraux et sociaux-démocrates au Parlement, les Etats-Unis et l’Europe n’ont pas « des normes d’une rigueur analogue en matière d’emploi et de protection de l’environnement ». En effet les Etats-Unis sont aujourd’hui en dehors des principaux cadres du droit international en matière écologique, sociale et culturelle. Ils ne souscrivent pas à plusieurs conventions importantes de l’OIT sur le droit du travail. Ils n’appliquent pas le protocole de Kyoto contre le réchauffement climatique. Ils refusent la convention pour la biodiversité. Ainsi que les conventions de l’Unesco sur la diversité culturelle. Autant d’engagements qui sont souscrits par les pays européens. Les standards réglementaires états-uniens sont donc dans la plupart des cas moins contraignants que ceux de l’Europe. Un marché commun libéralisé avec les Etats-Unis tirerait donc toute l’Europe vers le bas. S’il faut un exemple de ce qu’est l’état d’esprit des trusts nord-américains l’exemple vient du Bangladesh. Les trusts européens se sont accordés pour discuter des normes à appliquer, selon eux, à l’avenir pour ne pas connaître la réédition de l’horreur qui vient de se produire. Les trusts yankees ne veulent entendre parler ni de ces discussions ni de normes d’aucune sorte. Vous voilà prévenus !

*

Voyons à présent d’encore plus près le tableau des dégâts en vue. Le premier impact négatif d’un tel accord sera écologique. On retrouve ici le couple infernal du productivisme et du libre échange. En effet le projet table sur les exportations comme solution de relance de l’activité. Il s’opposera donc à toute politique de relocalisation des activités qui peut permettre la réduction de l’empreinte humaine sur l’écosphère. A l’inverse, en augmentant le trafic aérien et maritime de marchandises à travers l’atlantique, la hausse attendue des exportations fera encore grimper les émissions de gaz à effet de serre. Ne croyez pas que je fasse ici un excès de zèle sans preuve. La Commission elle-même a pris conscience du fait que la question se posait. Elle estime cette hausse limitée entre 4 et 11 000 tonnes de CO2 par an. Il ne reste plus qu’à la croire ! Mais aussi petite soit la hausse envisagée, elle sera toujours trop importante. L’Union européenne ne s’est-elle pas au contraire engagée à réduire ces émissions en général ? Ce que signe ma main gauche, ma main droite n’a pas à le savoir ?

*

En raison des différences de normes dont j’ai parlé, cet accord sera aussi une incitation au pire productivisme au détriment de la qualité sociale et écologique des produits. Par exemple dans la construction, les normes françaises HQE sont beaucoup plus contraignantes que les normes américaines LEED. Idem en matière de limitation de la pollution automobile ou en matière de production d’énergie. Les constructeurs automobiles français ont d’ailleurs exprimé des réserves sur l’accord. Car bien qu’insuffisants, leurs efforts pour investir dans des motorisations moins polluantes seraient ralentis et en partie ruinés par la libéralisation.

*

Et l’agriculture ! Là c’est l’horreur. L’accord exposerait les Européens à laisser entrer les pires productions de l’agro business états-unien: bœuf aux hormones, volailles lavées au chlore, OGM, animaux nourris aux farines animales. Sans parler du fait que les USA ont des systèmes peu contraignants de traçabilité. Et qu’ils ne connaissent même pas les « indications géographiques protégées ». Ils considèrent les appellations « Bourgogne » ou « Champagne » comme des noms génériques dont l’usage commercial doit être libre. Ce qui pourrait leur permettre de commercialiser du « Champagne » produit en Californie. Et ainsi de suite. Adieu les AOC et tout l’immense et patient travail de valorisation des produits qui vont avec. Une qui va se réjouir c’est la ministre de l’université : non seulement parler anglais mais boire en même temps un Bordeaux du Tenessee !

*

Ce n’est pas fini. Le projet de mandat comporte quelques autres dernières mauvaises nouvelles. On y apprend que la négociation portera aussi sur « la politique de concurrence, incluant des dispositions sur les concentrations, fusions et faillites ». Et à ceux qui espéraient que les services publics seraient exclus, il est bien précisé que « l’accord concernera les monopoles publics, les entreprises publiques et les entreprises à droits spécifiques ou exclusifs« . L’accord vise ainsi « l’ouverture des marchés publics à tous les niveaux administratifs, national, régional et local« . Vous êtes groggy déjà ? Eh bien le délire n’est pourtant pas fini. Car il est précisé qu’il devra lutter contre l’impact négatif de barrières comme les « critères de localisation« . Enorme ! Exemple : impossible de promouvoir par exemple les circuits courts dans la fourniture des collectivités locales.

*

Comme on le devine le volet financier est le principal dans l’esprit des promoteurs de l’accord. Il devrait porter sur l’investissement et la finance. En matière d’investissement, le mandat vise à parvenir « au plus haut niveau de libéralisation existant dans les accords de libre échange« . Des mesures spécifiques de « protection des investisseurs » devront être négociées, « incluant un « régime de règlement des différends entre les Etats et les investisseurs« . Derrière ces formules obscures, il s’agit de doter les investisseurs de droits spéciaux et de procédures préférentielles supranationales par rapport aux autres justiciables soumis aux droits des Etats. C’était la logique poursuivie par « l’accord multilatéral sur l’investissement », dit AMI, que les USA avaient tenté d’imposer en 1998 et qui avait été abandonné suite à des mobilisations citoyennes et le refus de la France de l’accepter. Retour par la fenêtre de ce que Jospin avait fait couler. Mais cette fois-ci François Hollande est d’accord ! Autre bonne nouvelle pour les financiers, le projet de mandat se prononce pour une « libéralisation totale des paiements courants et des mouvements de capitaux« . Voilà une aubaine pour les places financières anglo-saxonnes les moins réglementées et les plus spéculatives ! Les géants du crédit hypothécaire états-unien pourront ainsi vendre leurs crédits pourris en Europe aux mêmes conditions que dans leur pays d’origine. Que des bienfaits, on le voit !

Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’expliquer un tel accord avec les Etats-Unis serait aussi une erreur géopolitique historique. Depuis 10 ans l’Empire a vu tous ses efforts de libéralisation commerciale mondiale bloqués à l’OMC par la résistance croissante des pays du sud. En arrimant l’Europe à ces projets de libéralisation dans un ensemble pesant 50% de la production mondiale, les Etats-Unis essaient de reconstituer leur domination aujourd’hui en voie d’effondrement face à la Chine. Il s’agit tout simplement pour eux de pouvoir continuer à imposer leur loi au monde entier. Le projet de mandat de la Commission ne s’en cache même pas en affirmant que les règles communes fixées par l’Europe et les Etats-Unis devront « contribuer au développement de règles mondiales« . Bref, cet accord a mûri en même temps que la théorie du « choc des civilisations » dont il est la traduction géopolitique.

*

Lien vers l’article intégral et original: http://www.jean-luc-melenchon.fr/2013/05/24/vertige-du-moment-des-faits-et-des-mots/a

Cri de colère d’un citoyen après l’adoption du T.S.C.G.* par les député-e-s à la façon d’une apostrophe aux Responsables du Pouvoir politique en France

* Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance

Un jour d’infamie !

J’ai 38 ans et 20 ans de vie politique et jamais, malgré les nombreuses déceptions que j’ai connues et il y en a eu, vous pouvez l’imaginer, jamais disais-je je n’avais « black-listé » des personnalités politiques. Or, en 20 ans, il y avait matière à placardiser et à montrer du doigt certain-e-s. Ce soir, je m’y mets! Retenez-bien les noms de ceux qui ont voté OUI à la ratification du traité scélérat. Ceux de gauche en particulier, ceux qui se disent démocrates et républicains également. Ceux-là, s’ils avaient été députés en 1940, auraient sans doute trouvé judicieux de voter les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain… Certains de leurs ascendants directs l’ont fait d’ailleurs !

D’après eux, puisque la France ne veut pas, alors qu’on lui donne cet ordre depuis des années et des années, obtempérer aux règles du marché et ne mettre en œuvre qu’une politique qui plait à la finance, aux oligarques, aux pouvoirs de l’ombre, à la droite la plus antisociale, eh bien, on va la contraindre juridiquement et pour cela, peu nous chaut qu’il faille revenir sur des siècles de progrès démocratique…

 Je ne cite que les Socialistes car il est normal que la droite d’aujourd’hui, totalement ultralibérale, totalement antisociale, totalement vendue au capital et aux forces ennemies de la souveraineté du peuple qu’elle est devenue, approuve ce traité qui met en œuvre la politique antisociale qu’elle a toujours défendue et pas toujours pu mettre en œuvre, en raison justement de quelques velléités de nos représentants et gouvernants à décider contre ou sans l’avis de ces forces de l’ombre et du malheur. Nous savons tous que la droite gaulliste, qui elle ne nous a jamais mis dans une telle situation de soumission à la fois aux institutions européennes, au marché, à la finance et à l’Empire, est morte il y a une bonne décennie, voire davantage. Ne subsiste plus qu’une seule personnalité au plan national l’incarnant encore : Nicolas Dupont-Aignan. Avec l’avènement de Sarkozy et la mort de Philippe Séguin , la page du gaullisme s’est définitivement tournée. D’une certaine façon, pour le malheur de notre pays.

Non, si je réserve mes flèches assassines aux Socialistes, c’est parce qu’il était de leur rôle, c’est parce que c’était leur essence même que de s’opposer à une telle ignominie. Ils se sont couchés, aplatis, soit qu’ils aient été veules, pusillanimes, lâches, morts de peur devant je ne sais quelle menace des huiles du sommet du perchoir, soit qu’ils aient été subjugués par des arguments d’une médiocrité et d’une vacuité intellectuelle rarement vue à gauche, soit enfin qu’ils aient été feignants et irresponsables pour ne pas lire ce traité  comme cela a été dit et établi ces derniers jours…Ce qui d’ailleurs ne les excuse en rien mais les rend encore plus coupables à mes yeux. Car nous n’avons pas élu des robots ni des perroquets, encore moins des exécutants des basses œuvres du pouvoir exécutif. Notre Assemblée n’est pas une chambre d’enregistrement des caprices du monarque ou de sa cour des miracles. C’est une assemblée de représentants DU PEUPLE SOUVERAIN et non des lobbys ou des officines obscures qui peuplent les allées et les lieux de pouvoir. Nos représentants doivent interroger le gouvernement, discuter, débattre, mettre sur le gril, réfléchir, analyser, comparer, se souvenir, imaginer, avoir une vision de l’avenir. Un député de la nation n’est pas n’importe quel olibrius sans capacité à penser et à décider en conscience. C’est une personne qui a reçu mandat de ne soutenir, parmi les propositions du gouvernement, que celles qui amènent un progrès pour la nation. Or, cet après-midi, en ce jour d’infamie que sera dans notre Histoire le 9 octobre 2012, une nouvelle fois, réitérant ainsi la trahison déjà historique du 29 mai 2005, ils ont ratifié un texte que le peuple français aurait sans aucun doute rejeté massivement. Nicolas Dupont-Aignan avait, à cette occasion-là, publié un pamphlet « Le Coup d’état simplifié ».

C’est un nouveau coup d’état qui s’est produit en ce funeste mardi 9 octobre 2012. Sans char d’assaut dans nos rues. Sans prise de contrôle de la télé et des principales radios (puisque le pouvoir les contrôle déjà depuis des lustres). Certes, on n’a pas vu débouler des milliers de soldats. Il n’y a pas de couvre-feu ni d’état de siège ou d’état d’urgence. Mais parce que le peuple qui s’agite reste bon enfant… Pour l’instant ! Ils s’adapteront si nécessaire. Nous savons déjà un peu ce qui se trame dans notre dos sur ce point précis.

Toutefois, à partir du moment où notre suffrage n’a plus d’effet ni direct, ni indirect, dès lors que nos représentants votent systématiquement, sur les sujets les plus fondamentaux, contre notre volonté, puisque nous ne pouvons plus influer sur la marche du gouvernement de la France, que les élections passent et que la même politique est mise en œuvre…voire est aggravée sur les points précisément où elle devrait changer, que reste-t-il au peuple mécontent pour se faire entendre et obtenir satisfaction ?

Attendre la prochaine élection ? Puis la suivante ? Et comme ça de décennie en décennie ? Jusqu’à quand ?

Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs les député-e-s, vos actes de haute trahison, à force de se renouveler sans jamais être sanctionnés, votre conduite des affaires de la France, à force de chauffer à blanc notre peuple, va le pousser hors de toute réaction raisonnable. Les plus modérés dont je suis, vont se muer en jusqu’au-boutistes résolus.

Il est évident que vous vous en moquez parce que, pour l’instant, vous n’avez peur de rien, en tout cas pas de nous. Il est manifeste que vous craignez bien plus les marchés, les agences de notation, les aigrefins et les requins de l’industrie, les technocrates illégitimes, que nous, le peuple souverain.

Vous faîtes une grave erreur. Vous vous dites que nous pouvons bien remuer, râler, voter contre, manifester, ça ne change rien à vos décisions. Vous considérez calmement qu’une manifestation ne gêne pas grand monde si tant est qu’on se rende compte qu’il y en a eu une ! Vous vous réjouissez de voir que les médias en parlent si peu que de toute façon l’immense majorité du peuple est convaincue que tout le monde encaisse sans broncher, sauf quelques excités, ou deux ou trois adeptes des promenades collectives…

Vous êtes convaincus qu’une manifestation ne dégénèrera pas de sitôt en émeute et qu’une révolution ne se produit que très rarement. Ce n’est pas faux…à ceci près que les facteurs de déclenchement d’une vraie révolution engendrant un bouleversement de l’ordre établi sont en train d’être tous réunis.

L’Histoire de France, pour nous en tenir à elle seule, nous instruit de ce que la Révolution française est intervenue après des siècles et des siècles d’obscurantisme, de despotisme rarement éclairé, de tyrannie et après que plusieurs moments de révolte se soient finalement produits à peu de frais. Or, nous sommes nombreux aujourd’hui à trouver des analogies avec la situation de la France du XVIIIe siècle. Une crise financière majeure. Un ras-le-bol d’une portée insondable dans les tréfonds de notre peuple. Le constat cruel et insupportable à nos yeux de voir que nous ne pouvons plus rien faire pour changer le cours du gouvernement, et ce depuis une trentaine d’années.

Mon expérience de vie qui m’a fait militer sous différents cieux avant d’avoir ENFIN trouvé mes racines au PARTI DE GAUCHE, m’a instruit de ce que nous ne sommes pas les seuls à diagnostiquer un climat prérévolutionnaire. Du RPR en son temps à l’UDF dans les dernières années de sa vie, des libéraux de la droite aux centristes, des sociaux-démocrates à la gauche authentique, tout le monde, à un moment ou à un autre, a diagnostiqué que la France était comme en pré-révolution et que celle-ci était peut-être souhaitable finalement. Oh certes, tous ceux-là ne caressaient évidemment pas les mêmes dessins. La « révolution » des gaullistes, celle des libéraux, celle des centristes, celle des sociaux-démocrates, celle des communistes, celle des partisans des mouvements de l’extrême-gauche, ce n’était pas la même révolution. Ce n’étaient pas les mêmes causes qui la rendaient possible ou nécessaire. Ce n’étaient pas les mêmes moyens qui étaient préconisés pour la déclencher, la faire vivre et l’éteindre. Ce n’étaient pas les mêmes changements qui étaient défendus. Mais ce rassemblement, si je puis dire, dans le diagnostic ou dans l’intuition, est très révélateur. Nous savons bien également que souvent une intuition n’est qu’une autre forme de désir, un désir d’altérité.

Oui, chaque jour qui passe, chaque turpitude qui est révélée au grand jour, chaque acte de trahison de nos gouvernants, petits ou grands, de la France d’en-haut ou de celle d’en bas, chaque preuve du mépris qu’ont, à notre égard, ceux qui sont censés, d’une certaine façon, nous obéir, et qui se doivent de s’ingénier toujours à nous représenter au mieux, chaque décision contraire à l’intérêt général, ne fait qu’accélérer le jour où la marmite explosera. Le peuple français est frondeur mais il est aussi révolutionnaire à ses heures…Quand on le pousse dans ses derniers retranchements, il devient justicier ! Le magma remonte depuis trois décennies. Nous en sommes à ce stade où la croûte terrestre est fragilisée par la température qui a cru fortement depuis quelques années. Depuis 2005 dirais-je et ce coup d’état auquel je faisais allusion tout à l’heure. Pour tendre encore davantage le climat, le quinquennat Sarkozy a comme déversé des millions de litres de liquide inflammable sur un sol déjà très chaud. Il a eu la chance que la température n’ait pas encore atteint alors celle à laquelle tout lui aurait pété au visage. Le point de rupture n’était pas franchi. Aujourd’hui, loin de faire retomber la température de ce sol très chaud, vous, Monsieur le Président de la République, vous Monsieur le Premier Ministre, vous Mesdames et Messieurs les Député-e-s, vous  y jetez des braises brulantes et vous dansez autour en chantant comme dans une messe noire où vous puisez votre jouissance dans la violence que vous nous infligez. Je n’ose imaginer ce qui se produira lorsque détonera l’explosion qui menace. Tout déchaînement ouvert de colère entraîne son lot de violences et d’actes irrationnels dépassant la commune volonté d’un peuple comme celle de ses individus le composant.

Votre responsabilité devant l’Histoire, Mesdames, Messieurs les gouvernants, c’est d’apaiser le peuple, de le gouverner dans l’intérêt général. Vous avez le droit de ne pas forcément être de notre avis mais si vous êtes là où vous êtes aujourd’hui, si vous détenez une parcelle du pouvoir, c’est que vous avez défendu devant nous des idées, un projet, une philosophie, que nous avons approuvés. Vous êtes donc tenu politiquement et, d’une certaine façon, juridiquement, par les engagements qui vous ont conduit au pouvoir. Et en cas de différence trop forte entre NOTRE volonté et VOTRE VISION, un seul recours est valable en démocratie, l’appel direct au peuple. C’est ce que nous demandons et que vous vous obstinez à nous refuser. Jacques Chirac lui-même avait consulté le peuple français. Lui était gaulliste et républicain en dépit de tout ce que nous pouvons lui reprocher et la liste est longue des récriminations que nous avons à son encontre. Et vous voilà, vous qui représentez une partie de la Gauche, vous qui vous dîtes républicains, démocrates, représentants de cette immense majorité du  peuple que la droite méprise, oui c’est vous qui vous retrouvez à nous refuser un droit que même Jacques Chirac nous avait accordé ! Cela ne vous procure aucun tracas ?

Eh bien, sachez que nous estimons qu’il s’agit d’un chef d’accusation parmi les plus graves que l’on puisse reprocher à des gouvernants. La violation directe et caractérisée, faite en conscience, totalement assumée, de notre droit de peuple souverain à décider de notre vie. Notre pays est une République démocratique. C’est la loi fondamentale qui le dit, qui en impose les conséquences et elle s’applique à tous. Or justement, nous constatons avec effroi et avec rage que ce n’est pas le cas. Que cette loi est interprétée dans le sens qui vous arrange et que cette protection suprême des intérêts du peuple ne joue plus son rôle par le fait du dévoiement que vous en faîtes. Nous allons donc finir par vous arracher ce pouvoir que vous ne savez pas, ne voulez pas utiliser comme moyen de notre progrès collectif. Nous pouvions imaginer, et nous étions quelques-uns à gauche à le penser, que c’est un gouvernement de droite qui subirait les affres de cette réaction violente du peuple. Je suis de plus en plus convaincu que désormais, à l’instar de ce qui s’est produit ailleurs dans le temps et dans l’espace, c’est vous qui allez être éjecté du pouvoir par notre peuple. Pour deux raisons majeures : la première, c’est que nous comprenons que la droite agisse ainsi alors que nous sommes outrés que la gauche fasse de même. Eux ne sont pas nos représentants, VOUS l’êtes ! La seconde raison, c’est que nous atteignons le point de non-retour. Lorsque le Vésuve a explosé après 2000 ans de sommeil, il a changé la face, si ce n’est du monde italique, du moins de plusieurs villes. Vous devriez méditer cette image…

L’article 15 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen prévoit que  la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration. Je ne parle pas au nom de « la société » dont je n’ai reçu aucun mandat mais il est manifeste que notre société vous demande compte de votre administration. Et nous ne sommes pas satisfaits de celle-ci.

D’autre part, quand bien même aucun texte à valeur juridique, en vigueur dans notre Droit positif, ne le prévoit plus, il est à mes yeux – et aux yeux sans doute de millions de citoyens français et donc, c’est certain, de la majorité du peuple souverain – un droit naturel au titre duquel il n’est pas besoin qu’un texte le prévoit pour que ce droit existe. « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.” Vous reconnaissez probablement cette littérature. C’est celle de l’article 35 de la constitution française adoptée en 1793 et jamais appliquée. Mais pour autant, comme c’est un droit naturel, il s’applique, sans que vous ne puissiez lui opposer une argutie juridique. Certes, les juridictions suprêmes de notre pays n’auraient pas le même jugement que moi. La Cour de justice de l’Union européenne non plus. La Cour européenne des droits de l’homme pas davantage aussi progressiste qu’elle puisse être. Mais quelques que puissent être les résistances des pouvoirs constitués sur ce sujet, nous sommes des millions à juger que ce droit existe et, parce que nous sommes en démocratie, notre opinion prime tous les jugements technocratiques.

Vous qui admirez tant la République américaine, vous devriez vous rappeler que les pères fondateurs eux-mêmes avaient inséré, dans la déclaration d’indépendance des États-Unis de l’Amérique, ces quelques  mots très significatifs :

 « Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l’organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur. La prudence enseigne, à la vérité, que les gouvernements établis depuis longtemps ne doivent pas être changés pour des causes légères et passagères, et l’expérience de tous les temps a montré, en effet, que les hommes sont plus disposés à tolérer des maux supportables qu’à se faire justice à eux-mêmes en abolissant les formes auxquelles ils sont accoutumés. Mais lorsqu’une longue suite d’abus et d’usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit, il est de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future. »

Tout est dit ! Et s’il vous venait à l’esprit de contester ce droit en arguant d’une part de son caractère inapplicable en France pour des raisons d’extra-territorialité ou d’autre part de son absence dans le texte de la constitution elle-même, je vous opposerais le même argument issu du jusnaturalisme. Un droit naturel s’impose de lui-même… Il est excellemment décrit à la fois dans la constitution française de 1793 comme dans ce texte qu’est la déclaration d’indépendance des Etats-Unis. Et nous en réclamons, nous en exigeons, l’application ici et maintenant. Mais comme nous ne sommes pas naïfs, nous savons que vous ne nous l’accorderez pas. Pau importe, nous vous l’arracherons, comme nous vous avons arraché toutes les conquêtes démocratiques, républicaines, sociales. Le progrès a rarement été l’œuvre de gouvernants consentants.

Le jour est proche où vous devrez rendre des comptes et plus vous brusquerez, violenterez, mépriserez le peuple souverain, plus sévère, plus cruel, plus impitoyable, sera le traitement qu’il vous infligera en réaction.

Accomplissez votre mission avec dignité, respectez-nous, œuvrez dans notre intérêt, l’intérêt général, prenez vos ordres chez nous et pas chez les financiers, les oligarques, les lobbys, les despotes, et nous vous soutiendrons envers et contre tout. Nous savons pardonner. Nous avons assez prouvé notre bonne volonté. Nous ne sommes pas rancuniers. Je pense même que la plupart d’entre nous ne désirons que vivre en paix et en bonne intelligence les uns avec les autres. Je ne parle pas un discours candide où nous ne rêvons qu’à ce que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes. Je ne défends pas un discours enfantin selon lequel nous considèrerions que « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». Nous savons assez et bien mieux que vous que le monde est cruel. Nous avons pleinement conscience que l’Homme peut tendre vers le meilleur comme vers le pire. Mais nous sommes convaincus également de l’effet d’entraînement. Plus on pousse les gens à se haïr, à se faire la guerre, à s’opposer, à s’envier, plus on développe la violence et chacun sait que la violence entraîne la violence. A l’inverse, nous savons qu’un gouvernement qui incite les Hommes à donner le meilleur d’eux-mêmes finit vite par obtenir ce sésame. De même que le pire entraîne le pire, le meilleur encourage le meilleur.

Il est un temps où il faut amorcer la longue marche vers le progrès si l’on ne veut pas finir dans la guerre généralisée et le recul de la civilisation. A défaut, alors oui, nous pouvons aussi, et nous l’avons montré dans le temps, devenir adeptes de certains excès. TENEZ-VOUS LE POUR DIT.

C’est un jour funeste pour la République et la démocratie !