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Souveraineté, souveraineté populaire (ou du peuple), souveraineté nationale, souveraineté de la nation… De l’ambiguïté de certains mots et des discours qui les utilisent…

Pour nous, militant-e-s et sympathisant-e-s de la Gauche de combat, ou simples citoyen-ne-s politiquement engagé-e-s de ce côté-là de l’échiquier politique, que nous soyons ou pas affilié-e-s à un parti, à une association, à un syndicat ou à une organisation politique ou sociale quelconque, la souveraineté dont il est question de plus en plus ces temps-ci, ne peut être que populaire. Je répète: la souveraineté ne peut être que populaire.

Ceci signifie que c’est le peuple qui est souverain. C’est le peuple qui a le dernier mot. C’est le peuple qui doit décider en dernier recours.

Alors, encore faudrait-il définir le « peuple » me diront certain-e-s. Car la notion même de « peuple », elle aussi, est ambiguë. Je me réfère à la définition communément admise, c’est-à-dire à la population vivant dans un territoire donné ou à l’extérieur de celui-ci, dont les membres ont la « nationalité » de l’État en question. Ceci ne recoupe pas la question des conditions d’accès à la nationalité en question. Ce n’est absolument pas une façon de promouvoir le droit du sang. Car même en défendant l’idée d’un droit du sol ou plutôt d’un droit de la volonté consciente – que par exemple Jean-Luc Mélenchon résume parfois en disant : « Tu penses Liberté-Égalité-Fraternité ? Tu es Français » – il y a un moment où l’on est obligé de parler d’État de rattachement, et donc de nationalité.

Cette souveraineté « du peuple » ou cette souveraineté « populaire » est forcément « nationale » puisque un peuple, à ce stade d’évolution des civilisations humaines, je l’ai dit plus haut, est la population d’un État « national » existant, ou d’un État national qui, bien qu’inexistant ou non reconnu universellement par les autres États, est bel et bien pensé et ressenti comme tel par celles et ceux qui se reconnaissent en lui.

Le terme « national » ici utilisé doit ainsi être compris comme « repère géographique territorial ».

Donc la souveraineté ne peut être que populaire et elle est alors forcément « nationale ». En revanche, l’inverse n’est pas vrai. La souveraineté « nationale » n’est pas forcément la souveraineté « populaire » ou la souveraineté « du peuple ». Tout dépend d’autres éléments pris en compte.

Ne défendre que la souveraineté « nationale » (avec toujours ici le terme « national » entendu comme « repère géographique territorial ») ne garantit pas la démocratie, et peut même se satisfaire de la dictature interne, puisque cela peut signifier simplement que les dirigeants « nationaux » sont indépendants et donc souverains par rapport aux autres puissances étrangères, mais aussi par rapport à leur peuple, leur imposant des lois et un mode de vie que ce peuple refuse.

C’est bien pour cela que nous défendons la souveraineté « populaire » en premier lieu, plutôt que la souveraineté « nationale » qui est interprétée traditionnellement en France comme le pouvoir des représentants de la nation de décider librement face aux puissances étrangères. On est toujours dans le même critère géographique, opposant la France aux autres pays.

Pourtant, la souveraineté « populaire » que nous défendons sera également « nationale » aussi longtemps que nous ne pourrons instaurer une démocratie réelle dans un périmètre plus grand que l’espace « national ». Jusqu’à présent, les tentatives de créer une démocratie dans un espace plus grand que les États a toujours été un échec ou pire, a dissimulé en fait la volonté de quelques-uns de dynamiter la démocratie nationale au profit d’une autorité supra-nationale bien peu démocratique. Il va sans dire que l’expérience européenne est lourde de signification à cet égard, en particulier dans l’exemple que nous donne l’expérience grecque.

Il y a, malgré tout, un moyen de considérer les deux aspects en un seul. Je veux dire qu’il est possible de considérer que la souveraineté « nationale » est forcément « populaire » c’est-à-dire celle « du peuple ». C’est de ne plus entendre le terme « national » comme seulement « repère géographique territorial » mais comme lien unissant la « nation », qu’Ernest Renan décrivait comme un « vouloir-vivre ensemble ». C’est le fameux « contrat social » de Rousseau, que la République française résume en son triptyque « Liberté-Égalité-Fraternité ».

Et signalons au passage que ce « vouloir-vivre ensemble » n’est pas très éloigné de la conception que s’en fait Jean-Luc Mélenchon, ainsi que je l’ai dit plus haut. En effet, on peut juger que dès qu’un individu, quelle que soit sa nationalité d’origine (et évidemment quels que soient sa couleur de peau, sa religion s’il en a une, ou son absence de religion, sous toutes les formes possibles de cette philosophie « libertaire », ses choix personnels de vie…) adhère à ce contrat social républicain, il est – de facto – Français, parce que, pour nous, la France, c’est un ensemble de citoyen-ne-s pensant ensemble « Liberté-Égalité-Fraternité ». Je dis « de facto » mais bien sûr, cette idée philosophique et politique n’a aucun effet concret si le droit ne la transpose pas par le biais de règles permettant justement que tel individu non français d’origine le devienne s’il le souhaite dès lors qu’il a adhéré à ce contrat social.

Donc, je disais que si l’on n’entend plus le terme « national » comme seulement un « repère géographique territorial » mais comme le « lien » unissant la « nation », on réconcilie deux concepts qui semblaient sinon opposés, du moins assez différents pour être pensés sur des bases et avec des conséquences non semblables.

Vu sous cet angle, et au regard de la conception que nous avons du « peuple » (que nous avons décrite plus haut), la « nation », c’est le « peuple », et donc la souveraineté « de la nation » équivaut à la souveraineté « du peuple ».

D’ailleurs, on parle souvent d’État-nation pour dire que tel État est le territoire où vit telle nation. Mais cet État n’est pas qu’un territoire. C’est aussi une construction, tout aussi immatérielle que la nation, mais qui, contrairement à elle, a une existence juridique et donc prend des décisions par le biais d’organes immatériels et de personnes physiques (lesquelles peuvent incarner parfois des personnes morales), ces décisions ayant des effets sur la vie de la nation en tant que telle et sur chacun des membres de celle-ci.

Tous ces concepts sont philosophiques, juridiques et politiques et ils sont polysémiques. Ils n’ont pas qu’une signification unique, d’où leur ambiguïté. Les personnes qui les utilisent ne veulent pas forcément dire toutes la même chose. Il faut donc parfois éclairer le lecteur et dire de manière plus claire, plus précise, ce que l’on a à l’esprit.

Il est inexact de prétendre, comme certain-e-s le font régulièrement, que toute personne défendant l’idée de la souveraineté « nationale » a forcément un esprit influencé par la droite extrême ou l’extrême droite et est gagnée par les thèses « fascistoïdes » ou « nationalistes » (encore que ce terme soit, lui aussi, très ambigu, avec un sens neutre et un sens péjoratif ; or c’est ce dernier que l’on entend le plus souvent quand on use de ce mot). Peut-être que certain-e-s adeptes de la souveraineté « nationale » ont des penchants, des tendances, des inclinations pour les thèses en vogue dans les mouvements très à droite. Je ne le nie pas, mais c’est loin d’être une règle générale. La souveraineté « nationale » est historiquement une valeur cardinale des premiers temps de la Gauche française.  C’est la Gauche née lors de la révolution française qui a incarné, face au roi, et face aux puissances étrangères, elles aussi gouvernées par des monarchies, la souveraineté de la nation. La droite ne s’en est saisie que bien plus tard et pour de toutes autres raisons confinant, elles, au racisme et à l’esprit de supériorité du blanc sur les autres hommes.

Et quand celles et ceux qui parlent de souveraineté « nationale » et/ou « populaire » se disent de gauche, républicains, démocrates, humanistes, (ce qui, au passage, est normalement – ou devrait être – une série de caractéristiques fondamentales et inéluctables à gauche), les présenter comme de vulgaires « nationalistes » (au sens commun c’est-à-dire adeptes du repli-sur-soi et hostiles aux autres) est infamant, en plus d’être stupide ou pire, volontairement mensonger et manipulatoire.

La démocratie, dans le monde dans lequel nous vivons, est très imparfaite. Dans le passé, elle était également inachevée. Nous avons l’ambition de la perfectionner toujours davantage. Cela passera aussi par des efforts déterminés pour qu’une démocratie puisse exister dans des espaces dépassant le cadre « national ». Mais le monde étant ce qu’il est, la seule démocratisation possible et envisageable rapidement et assez facilement, c’est dans le périmètre des nations, des États. C’est pour cette raison que nous défendons la sortie de l’Union européenne qui viole la démocratie d’une manière terrifiante, et sans cesse plus agressive chaque jour qui passe.

Il ne s’agit pas de nous renfermer sur nous-mêmes. Nous savons bien que même sur un territoire national, la démocratie n’est pas garantie et le droit au bonheur ou le bien-vivre non plus.

Il ne s’agit pas davantage d’un comportement de fuite.

Il s’agit de tirer la leçon, certes amère, mais inéluctable de la situation que nous vivons depuis des années, voire depuis des décennies, mais à laquelle l’expérience actuelle du martyre grec donne une force à nulle autre pareille.

Continuer à croire que l’on peut changer l’Europe, la transformer dans le sens que nous souhaitons, est un non-sens. C’est la preuve en même temps d’une innocence et d’une naïveté puériles et d’une ignorance crasse aussi bien des textes tels qu’ils sont et des institutions qui ont été construites depuis 1957, que des réalités géopolitiques européennes.

Il y a beaucoup d’adultes qui sont restés des enfants parmi les personnes qui discutent de la question européenne sur Facebook, et ailleurs. Car croire que l’on peut changer l’UE est une ineptie. Certains prétendent que la France a un poids bien plus conséquent que la Grèce et que pour cette raison, les conséquences de sa désobéissance à elle seraient d’une tout autre portée que le refus d’obtempérer de la Grèce. On ne peut nier cette réalité objective mais par contre, c’est encore s’égarer que de croire que la France imposerait un ordre différent à la construction européenne, quand bien même elle serait suivie par d’autres pays membres. La construction est telle, elle a été si bien façonnée que l’on ne peut la déconstruire qu’en la détruisant. Parce que jamais, en tout cas, dans nos vies à nous, l’ensemble des peuples européens ne parviendront sans doute à agir de concert pour décider ensemble de créer un nouvel espace de solidarités européennes totalement repensé, refondé, rebâti.

Il revient donc à quelques nations, à quelques États de commencer le travail. On peut refaire une « Europe » qui soit cette fois une Europe des peuples mais qui ne recoupera sans doute pas les frontières actuelles. L’idée de construire des grands ensembles étatiques ou supra-étatiques est nuisible et dangereuse car plus un État est grand et puissant, plus il est susceptible d’être menaçant pour ses voisins et pour le monde. Une nouvelle Europe qui commencerait à prendre forme, pourrait, par exemple, être une « Europe du Sud » et se faire avec des pays comme la France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie et la Grèce, auxquels – pourquoi pas – viendraient s’ajouter, peut-être selon des modalités d’union différentes de celles rassemblant les nations précitées du continent européen, certains pays du Maghreb : Maroc, Algérie, Tunisie pour commencer. Les autres États se regrouperaient comme ils l’entendent. Cela ne signifie pas que l’on couperait les ponts entre nous mais que nous ne serions plus tous sous le même cadre politique uniformisé. En effet, les pays du Nord ou les pays de l’Est n’ont pas forcément les mêmes attentes, les mêmes besoins, les mêmes contraintes, les mêmes modes de vie, que les pays du Sud. Ce que j’esquisse ici, ce n’est qu’un exemple. Ce sera à chacun des peuples de réfléchir à la question et de se prononcer sur ce qu’il souhaite fonder comme regroupement. On a si peu souvent demandé aux peuples européens ce qu’ils voulaient s’agissant de la construction européenne, qui leur a toujours été imposée aussi bien dans son principe même, que dans son contenu, ses modalités, ses institutions, ses règles, ses politiques…

Au-delà de la question des relations entre nous, Européen-ne-s, il y a aussi la question de la diplomatie mondiale, des relations internationales. Un État indépendant est libre de sa diplomatie. Il entretient des relations avec qui il veut et comme il veut. En revanche, nous, en Europe, même si la diplomatie reste en théorie une compétence de chaque État, nous savons bien qu’elle est de plus en plus partagée avec les institutions européennes chargées de la question. Parfois, ce n’est plus seulement un partage mais une inféodation, sinon en droit, du moins dans la pratique. Et cela est d’autant plus vrai quand l’État membre n’est pas une grande puissance ou que celui-ci est totalement chapeauté, chaperonné, dompté, contrôlé, par l’OTAN ou par une grande puissance agissant ou pas via l’OTAN.

En reprenant notre souveraineté pleine et entière, nous sortirons de l’OTAN, ce que nous ne pouvons pas faire en tant que membres de l’UE puisque, depuis le scélérat traité de Lisbonne, les États-membres de l’UE doivent être membres de l’OTAN, à tel point que les derniers à être entrés ont d’abord dû intégrer l’OTAN avant de pouvoir intégrer l’UE. Ce fut une des conditions absolues à leur intégration à l’UE. Et, en application du traité de Lisbonne, tout État qui se retirerait de l’OTAN ne respecterait plus une des conditions pour être membre de l’UE et donc, se mettrait de facto hors de l’UE, sauf à considérer que les autres États membres accepteraient cette sortie de l’OTAN mais n’avaliseraient pas qu’elle implique sortie de l’UE… Sauf que là on entre dans le domaine des hypothèses impossibles à démontrer.

Une fois que l’on aura repris ainsi notre souveraineté et que l’on sera sorti de l’OTAN, nous pourrons reparler au monde différemment. Nous ne serons plus un des petits soldats dociles de l’empire états-unien, mais nous serons redevenus une grande puissance, membre du conseil de sécurité de l’ONU et qui peut y retrouver une grande influence sur le cours du monde, titulaire d’une force de dissuasion, ayant, via la francophonie, un outil somptueux pour parler aux cinq continents, et pour être un artisan au service non seulement de la paix mais aussi de la justice et du progrès. Et il y a tant à faire dans notre monde !

La France redevenue souveraine, serait suivie par beaucoup d’autres actuellement inféodés comme nous le sommes à une UE qui nous dévitalise et nous détruit peu à peu dans ce que nous sommes, en nous américanisant, en nous « impérialisant », en nous rendant esclaves des modes de vie et de pensée du capitalisme.

Ces « autres » qui se libèreraient bien vite en suivant notre exemple, comme l’histoire a souvent montré que c’était le cas, formeraient alors avec nous une autre « Europe ». Il faudra trouver une autre façon de dénommer ce regroupement refondé car les termes « Union européenne » sont définitivement, irrémédiablement, salis et discrédités. La richesse du langage dans toutes les langues permettra aisément de nous « rebaptiser ».

En conclusion, souveraineté « populaire » et « nationale » vont de pair et peuvent être perçues comme synonymes si on les appréhende d’une certaine manière. Et cette récupération de la souveraineté par nous, les citoyen-ne-s, que nous préférions nous dénommer « peuple » ou « nation », n’est que le préalable pour rendre possible un autre monde, celui dont nous rêvons.

Contrairement aux accusations qui fleurissent ces temps-ci, ce n’est pas une fin en soi. Celles et ceux qui répètent cette stupidité doivent se faire soigner d’un mal qui d’habitude ne touche que les perroquets et autres psittacidés. Ou bien, ils doivent apprendre, se renseigner, se cultiver, pour cesser de dire et de répéter des stupidités et des contre-vérités. Là, je parle de celles et ceux qui s’expriment de bonne foi mais qui se trompent. Les autres, qui mentent, le font en conscience. Eux savent pourquoi ils déforment la réalité. Eux savent pourquoi ils cherchent à tromper, à manipuler. Et ceux-là ne méritent que l’opprobre. Leurs mensonges, leurs duperies, leurs caricatures, leurs affabulations, leurs manipulations doivent être décrits et présentés pour ce qu’ils sont.

Nous savons au nom de qui ils parlent, ou plutôt pour le compte de qui. Nous le dirons. Nous savons quelles sont leurs arrière-pensées. Nous les mettrons sous la lumière quand eux, bien sûr, les dissimulent. Nous connaissons la faiblesse de certains de leurs raisonnements et nous ne nous priverons pas de les discréditer en rappelant uniquement leurs propres incohérences et inconséquences.

Ce combat politique ne fait que commencer…

Ce qui nous différencie de la droite extrême et de l’extrême droite

Depuis longtemps, nous, militant-e-s de la Gauche de combat, si nous défendons l’idée d’une sortie de l’Union européenne et que nous refusons de faire disparaître les nations, nous sommes souvent présenté-e-s comme étant des « Rouges-bruns », des nationalistes et finalement des clones du FN ou de la droite extrême.

*

Ces accusations, Jean-Luc Mélenchon en a souvent fait les frais. Mais il n’est pas le seul. Quiconque, illustre ou anonyme, qui ose défendre une vision et un projet radicalement alternatifs à la pensée unique – cette doxa capitaliste et atlantiste – doit souffrir, à un moment ou à un autre, de s’entendre dire que nous parlons « comme le FN » ou « comme Le Pen», voire que « nous défendons les mêmes propositions » qu’eux. Nous savons bien l’inanité de telles prétentions mais elles existent et parfois même elles portent, et nous font du tort. Elles sont pourtant infondées et diffamatoires, pour deux ensembles de raisons :

1/ Bien des affirmations de Marine Le Pen ou des cadres du FN ne sont là que pour tromper et mystifier les Français-e-s ; par exemple quand ils disent que s’ils étaient au pouvoir, ils sortiraient de l’Union européenne, ou, comme depuis quelques jours, ils organiseraient un référendum sur le sujet. Cela est rien moins qu’un mensonge destiné à amener à eux des militant-e-s de gauche qui désespèrent d’entendre la Gauche, la vraie, oser porter ce grand projet de rupture avec l’ordre établi, mais dans l’esprit de la démocratie et de l’humanisme qu’elle porte, qui n’a rien à voir avec la vision nationaliste, raciste, xénophobe, réactionnaire et quasi-fasciste du FN.

2/ Sur tous les sujets, nous, les militant-e-s de la Gauche de combat, nous les combattants de « la Sociale », proposons une politique humaniste, ouverte, tolérante ,quand le FN ne souhaite qu’opposer les Français-e-s entre eux et aux autres.

Il est clair que nous sommes fiers par exemple de l’oeuvre du Conseil National de la Résistance et que les gens qui ont initié cette lutte et mené ce combat – militaire d’abord, politique ensuite – sont au sommet de notre Panthéon. Le FN, en revanche, est l’héritier direct de ceux contre lesquels se battait le CNR : les Pétainistes, les « miliciens » et  tous les salauds pour qui la collaboration n’a pas été qu’une forme d’auto-protection mais bien une oeuvre consciente et active de destruction de ce que la France avait été, à savoir cette 3e République haïe et définie comme la « gueuse » par les « auteurs » de la mouvance de cette droite extrême. Le FN est une création des Pétainistes vaincus. Le FN a compté en son sein les fascistes et les criminels de la guerre d’Algérie. Et ce ne sont là que deux exemples. Le FN a toujours été l’ennemi absolu du général De Gaulle.

Nous, peuple de Gauche – quand bien même tout le monde sait à quel point nous avons combattu le général De Gaulle sur certains sujets, et combien nous combattons aujourd’hui le régime qu’il avait fondé – savons que c’est lui qui a incarné la Résistance, avec toutes celles et tous ceux, hommes et femmes de tous âges, braves et courageux, héroïques pour beaucoup, issus de toutes croyances et préférences politiques, notamment un nombre considérable de communistes, qui ont risqué leur vie et dont beaucoup l’ont perdu, parfois après des souffrances indicibles.

À Gauche donc, comme au centre et à droite, on peut trouver des militant-e-s et des citoyen-ne-s non engagé-e-s assez instruits de cette période historique et des liens entre De Gaulle et le peuple de France pour comprendre que seuls les fascistes, les Pétainistes et les adeptes de la collaboration avec « l’Allemand » fut-il Nazi, furent des ennemis à mort de De Gaulle.

Ainsi, lorsqu’on nous accuse de parler « comme le FN », au-delà de l’insulte, de l’outrage, de l’agression infamante, c’est une oeuvre politique qui est accomplie : discréditer l’alternative que l’on porte en l’assimilant à tout ce qu’elle n’est pas, en salissant la gloire du CNR qui nous inspire, et en rendant odieuse à tous la rupture fondamentale qui seule pourra rendre possible de revenir à ces « jours heureux » que le CNR avait assez bien rendu possible.

Pour donner des arguments à réutiliser en réponse à l’odieuse accusation voulant que nous soyons « comme le FN », je reproduis ci-dessous deux billets rédigés et publiés sur son blog par Lucien PONS car je les fais miens. Seul le titre de ce billet est de moi.

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1/ Mes prises de position

Source : http://lucien-pons.over-blog.com/mes-prises-de-position.html

Afin de prévenir toute récupération de notre position favorable à la préservation de la Nation comme support pour l’organisation des états, notamment par la mouvance de l’extrême droite et les tenants d’un nationalisme xénophobe, il nous paraît nécessaire de mettre précisément ici « les points sur les i » concernant des thèmes discriminants en termes de frontière entre nos convictions et idéal humaniste et les pulsions régressives de l’extrême droite. A ce titre, nous rappelons ci-après nos positions :

a) Sur les immigrés, et le fait que nous considérons un immigré « sans papier » avant tout comme un être humain en détresse et à aider s’il se trouvait en danger, et plus généralement notre opposition à toute forme de racisme.

b) Sur le judaïsme, l’islam, comme le catholicisme ou l’athéisme, considérant que ces convictions doivent recevoir de notre part le plein respect intrinsèque au principe laïque, tout en récusant formellement les manipulations de la religion aux fins d’oppression de quiconque et d’atteinte aux principes républicains exprimés dans la devise de la République « Liberté, Egalité, Fraternité »,

c) Sur l’indivisibilité du principe laïque, et sur notre volonté de rétablir ce principe sur l’ensemble du territoire national en mettant fin au financement par l’Etat des religieux catholiques, protestants ou juifs en Alsace-Moselle,

d) Sur notre intransigeance quant au principe d’égalité homme/femme, et à ce titre, notamment, sur le droit des femmes à disposer de leurs vies et de leurs corps, et donc leur droit à l’avortement,

e) Sur le syndicalisme, considérant qu’il constitue un fondement indispensable à une économie solidaire et au caractère social de la République française,

i) Sur le droit à une pleine citoyenneté pour les couples homosexuels, et donc le droit au mariage désormais inscrit dans la loi, et donc incontestable,

g) Sur notre opposition radicale à tout rétablissement de la peine de mort,

h) Sur notre conviction que la prison n’est pas un mode efficace de sanction pour la plupart des délits et un certains nombre de crimes, et doit dans ces cas être remplacée par un dispositif de réparation auprès des victimes et autant que possible des peines permettant de reconstruire une citoyenneté chez les coupables,

i) Sur notre attachement à la libre circulation des hommes, comme à l’instauration d’un commerce international équitable, facteur de paix et porteur de progrès pour toutes les nations, ce qui mettrait fin à terme aux migrations massives forcées par la misère,

j) Sur notre conviction que le productivisme, la croissance matérielle infinie dans un monde fini ne représentent pas un mode vie viable à long terme... mettent en danger la perpétuation de la vie sur terre… et qu’en conséquence il devient nécessaire aujourd’hui de déterminer nos politiques économiques, énergétiques, et environnementales en fonction de la préservation de la Vie, de la limitation de nos ressources et de la question climatique…

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 2/ Mes valeurs

Lien : http://lucien-pons.over-blog.com/mes-valeurs.html

Mes valeurs et idéaux sont issus du Programme du Conseil de la Résistance – compte-tenu d’une nécessaire réactualisation… – adopté à l’unanimité par des forces Résistances de tous bords politiques le 15 mats 1944 et intitulé audacieusement « Les jours heureux ».

Un programme écrit il y a plus de 50 ans et dont la lecture prend aujourd’hui des accents révolutionnaires dans le contexte actuel de régression tous azimuts et les attaques de plus en plus violentes que subissent nos service publics..et notre système social…

Ce sont notamment :

* le Rétablissement de la souveraineté nationale par :

– la laïcité,et la défense de l’école de la République qui permet au peuple de se gouverner lui-même

– La pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ;

– La liberté d’association, de réunion et de manifestation ;

– L’inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance ;

– Le respect de la personne humaine ;

– L’égalité absolue de tous les citoyens devant la Loi ;

* Et, en particulier :

Sur le plan économique :

– L’instauration d’une véritable démocratie économique, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économe ;

– Le retour à la Nation des grands moyens de production monopolisés, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ;

– Le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et a participation des travailleurs à la direction de l’économie ;

Sur le plan social :

-un rajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ;

– La garantie du pouvoir d’achat national par une politique tendant à la stabilité de la monnaie ;

– la reconstitution dans ses libertés traditionnelles, d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale ;

– un plan complet de sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tus les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’Etat ;

– La sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de le licenciement, le rétablissement des délégués d’atelier ;

– Une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;

– La possibilité effective pour tous les enfants de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance, mais de mérite et constamment renouvelée par les apports populaires.

Vous qui aspirez à succéder au Président de la République actuel, surtout si vous êtes de gauche…

Si vous voulez que le peuple vous fasse confiance de nouveau, il y a, me semble-t-il, quelques préalables absolus :

1/ Annoncer avec la plus grande fermeté et avec la solennité la plus éloquente, que le peuple français sera appelé à décider, lui-même, par référendum, s’il veut que la République française reste membre de l’Union européenne ou s’en retire, et que ce référendum sera organisé dans les 100 jours de l’arrivée au pouvoir de celui ou de celle qui serait élu-e à la Présidence de la République. En plus de la réponse « OUI » ou « NON » à cette première question, seraient proposés divers scénarii pour l’organisation concrète de la sortie entre lesquels le peuple aurait à trancher. Nous avons déjà des personnalités sérieuses du monde économique et politique qui ont réfléchi à la question de la sortie de la France de l’euro et/ou de l’UE et ont des propositions crédibles. On ne part pas de zéro. Il n’y a pas que ceux qui limitent leurs propositions à vouloir désobéir aux traités qui ont travaillé le sujet…

2/ Annoncer, avec la même fermeté et la même solennité, que le peuple français sera également appelé à décider, par référendum, s’il veut entamer un processus constituant de nature à transformer radicalement le régime politique de la République française pour améliorer fortement son caractère démocratique et républicain. En plus de la réponse « OUI » ou « NON » à cette première question, seraient proposés divers scénarii pour l’organisation concrète de ce processus constituant entre lesquels le peuple aurait à trancher. Par exemple, un premier choix serait d’élire une Assemblée Constituante unique au niveau national qui aurait alors une compétence exclusive ; un deuxième choix possible serait de décomposer territorialement le processus constituant, avec élection d’assemblées constituantes locales, qui auraient la mission d’élaborer, par étapes successives, les propositions de révolution constitutionnelle qui remonteraient ensuite à une Assemblée Constituante nationale chargée de finaliser le projet de nouvelle constitution ainsi que d’autres textes annexes éventuels (déclarations de droits, chartes…) ; on pourrait aussi envisager d’autres options que les deux ci-dessus.

3/ Annoncer, avec la même fermeté et la même solennité, que le peuple français sera également appelé à décider, par référendum, si la République française doit demeurer dans l’OTAN ainsi que dans diverses autres organisations internationales d’essence atlantiste. Je pense évidemment en premier lieu à l’O.M.C. et au F.M.I. mais il y en a d’autres. Pour chacune de ces organisations, le peuple choisirait « OUI » ou « NON » afin de ne pas faire un paquet imposant un choix unique pour toutes. Là encore, en plus de la réponse « OUI » ou « NON » à ces questions, seraient proposés divers scénarii pour que le peuple français se prononce, en répondant par exemple, aux questions suivantes :

– Souhaitez-vous que la République française se rapproche des BRICS en vue d’une prochaine adhésion à cette alliance alternative : OUI ou NON ?

– Souhaitez-vous que la République française agisse au plan international pour que soient mises en place d’autres alliances inédites : OUI ou NON ?

– Souhaitez-vous que la République française agisse au plan international en faveur d’une réorganisation profonde de l’ONU : OUI ou NON ? On pourrait aussi, sur ce sujet précis, proposer divers scénarii de réforme de l’ONU…

Si le peuple français donnait ainsi de la voix, pour dire sa volonté que des valeurs authentiquement humanistes, et que des principes reposant sur la démocratie, la loyauté des échanges, l’équité et l’harmonie des relations internationales, gouvernent le monde, nos dirigeants seraient dotés de puissantes armes politiques pour agir sur la scène internationale.

Voici trois domaines éminemment fondamentaux. Certes, ils ne peuvent résumer toute la politique d’une nation, d’un État, d’un gouvernement et d’un peuple. Bien d’autres questions sont importantes : l’économie, la culture, l’écologie et d’autres encore. Mais mon avis est que ces trois domaines conditionnent le succès de tous les autres d’une part. D’autre part, si déjà ces trois engagements géopolitiques étaient pris publiquement par une personnalité de la Gauche de combat aspirant à devenir demain candidat-e à l’élection présidentielle pour y être élu-e et non pas seulement pour y faire un tour de piste de figuration pour la gloire d’avoir combattu, et enfin appeler au gouvernement de notre pays une équipe de combat contre le capitalisme et l’impérialisme états-uniens, organisés et relayés par ses différents exécutants européens, eh bien sans doute que le peuple tendrait l’oreille dans un premier temps… et serait séduit dans un second !

Pourquoi j’ai voté Mélenchon en 2012 et Debout la République en 2014 – Par jauresist – le 31 mai 2014

Note de VCLR : Je relaie ce billet de blog parce qu’il a été écrit par un ancien militant du PG que je connais pour avoir échangé avec lui et parce qu’il mérite d’être entendu, quand bien même sa vision ne serait pas largement partagée. Il faut accepter la contradiction et la critique, surtout quand elle émane de gens qui ont été des nôtres, surtout quand elle est respectueuse et argumentée. Son choix de vote n’est pas le mien qui suis resté fidèle au PG et au FdG, mais je le comprends et si vous lisez ce billet, vous constaterez que ce militant a des arguments à faire valoir. Et que ces arguments ne sont pas loin de ressembler à ceux que je mets en avant moi-même

* * * * *

J’ai 31 ans. Depuis mon plus jeune âge, je m’intéresse à la politique. J’ai toujours été sensible aux valeurs d’égalité, de justice sociale et à celle encore neuve d’écologie.

Dès lors, je me suis identifié spontanément à la gauche altermondialiste. Je me suis forgé ma culture politique à travers son prisme antilibéral et écologiste.

 En 2005, je me suis mobilisé fortement contre le TCE. L’enjeu symbolique était alors très fort car on demandait aux peuples de valider leur  dessaisissement complet de souveraineté. La campagne autour de ce référendum a mis en évidence la nature technocratique de la construction européenne où quand on consulte les peuples, c’est pour les sommer d’acquiescer. Elle a aussi éclairé à la fois la convergence ultime entre les partis de gouvernement sensés incarner l’alternance et leur complicité responsable dans ce vaste dessein néolibéral de neutralisation de la volonté populaire.

 La ratification par le Congrès du traité de Lisbonne, bafouant le résultat même du référendum, a signé la faillite de notre système républicain et validé magistralement le discours d’alerte démocratique des opposants au Traité sur le niveau de soumission de nos responsables politiques aux lobbies financiers.

 Depuis 2005, il m’est donc apparu  clairement que la première urgence politique est de rétablir l’essence même de la République, le respect de l’expression souveraine du Peuple, qui est morte avec ce vote du Congrès. Et que ce rétablissement de la démocratie ne pourrait se faire qu’en mettant conjointement à la porte du pouvoir UMP et PS, ceux-ci ne formant plus qu’un seul et même parti, celui du système néolibéral autoritaire et absurde.

 Je ne pense pas être le seul à avoir ressenti cette claque parlementaire comme une rupture définitive et  un appel à la rébellion. Je pense que ce référendum bafoué de 2005 reste la toile de fond de la défiance politique actuelle.

 C’est lors de cette mobilisation pour le Non au TCE que j’ai découvert Jean-Luc Mélenchon d’un côté, Nicolas Dupont-Aignan de l’autre.

 J’ai apprécié le socialiste au verbe haut qui manifestait-là sa rectitude et son absence de carriérisme, une attitude bien peu commune parmi ses confrères de parti.

Quant à Dupont-Aignan, j’avoue sans problème que j’ai été surpris d’entendre une voix dissonante et de reconnaître une conscience sincèrement républicaine à l’UMP, que je perçois toujours comme étant un parti de cyniques acquis au pouvoir de l’argent.

 J’ai donc ensuite gardé une attention bienveillante à l’évolution de ces deux personnalités.

 En 2011, j’ai adhéré au Parti de Gauche pour soutenir la candidature alors probable de JL Mélenchon à la présidentielle.

 Je me suis trouvé alors complètement en phase avec sa ligne d’attaque du système politico-médiatique, dont la connivence d’intérêts a été flagrante en 2005. J’ai goûté particulièrement la sortie de son livre « Qu’ils s’en aillent tous ! » et espéré que ce slogan reste au cœur de sa campagne. C’était reprendre le fil inabouti mais prometteur de la victoire populaire au référendum. C’était aussi occuper le champ laissé libre au FN et le meilleur moyen de lui faire concurrence. Peu importe les caricatures dérisoires de Plantu…

 J’ai regretté que ce message, touchant à coup sûr les classes populaires au premier rang du Non au TCE, se dilue ensuite et qu’il finisse par être éclipsé par cette fabrication maladroite d’un duel aux accents surannés contre Marine Le Pen.

 J’ai constaté que Nicolas Dupont-Aignan, sans parvenir au même succès médiatique que Mélenchon, s’est lui aussi inscrit dans la continuité de son combat de 2005. Il a dénoncé le rôle des journalistes en vue dans le verrouillage idéologique en faveur du libéralisme.

 A l’heure du premier tour, je suis finalement resté sur mon choix de voter Mélenchon. En raison de son plus fort engagement sur la question écologique, thème majeur pour l’avenir, et aussi pour donner un maximum de poids à celui le plus visible pour porter le combat « anti-système » pour une refondation démocratique.

 Cependant, déjà je percevais les limites du personnage et derrière lui du Front de Gauche tout entier, dont la stratégie de « gauche maximale » et la posture grossièrement antifasciste vis-à-vis du Front National sont en décalage avec l’opinion des classes populaires, et même creusent le fossé vis-à-vis de celles-ci insidieusement méprisées.

 Le Front de Gauche se trouve dans une impasse électorale, dans l’incapacité patente de réviser sa stratégie pour l’adapter à l’état de l’opinion, et donc voué à ne rassembler que la gauche radicale et non une majorité du Peuple.

 Les citoyens français dans leur majorité ne rentrent plus aujourd’hui dans les cases du 20ème siècle correspondant à la droite et à la gauche et sont de plus en plus désorientés dans le jeu des partis qui eux, à l’exception du Front National, continuent de jouer sur les mêmes clivages.

 Notre peuple est à la fois opposé au libéralisme, bien identifié comme responsable de la crise économique qui mine notre pays depuis des décennies maintenant. Il est inquiet et révolté par la montée des inégalités sociales et est clairement demandeur de plus de justice sociale. En cela, il est potentiellement ouvert aux idées venant de gauche.

 Il est aussi inquiet de la fragilisation du corps social, à travers la détérioration manifeste du civisme, de la montée des atteintes aux personnes. Il est très préoccupé de la situation tendue des banlieues et attend sur la violence systémique qui s’y développe non seulement des mesures de long terme mais une fermeté immédiate qui rappelle la loi. Il est demandeur d’affirmation des valeurs républicaines et culturelles qui réaffirment le modèle français d’assimilation et améliorent la cohésion nationale.

En cela, il est clairement réceptif aux discours venant de droite.

 Le rassemblement de notre peuple pour rétablir la démocratie ne peut donc s’opérer que sur une synthèse qui dépasse le vieux schéma droite/gauche. C’est selon moi ce qui explique le succès du Front National qui a su faire en toute démagogie sa mutation antilibérale en pompant le discours altermondialiste.

C’est dans cet esprit de conciliation que  j’ai décidé de voter aux européennes pour Debout la République, conscient qu’il faut faire progresser en visibilité cette droite antilibérale et authentiquement républicaine.

 J’ai fait aussi ce choix, loin d’être évident pour un militant qui s’identifie à gauche, en me souvenant de la démarche volontariste de Dupont-Aignan pendant la présidentielle appelant les différentes formations antilibérales à travailler ensemble pour défaire le système oligarchique.

 Je ne pense pas que le FN ait aujourd’hui donné la preuve de son attachement authentique à la cohésion nationale et à la démocratie républicaine. Je ne pense donc pas que malgré son succès éclatant, il faille chercher à l’associer à une quelconque démarche de rassemblement.

 Il s’agit plutôt de construire une alternative souverainiste au Front National qui soit authentiquement républicaine. Seule une alternative faisant cette synthèse à l’image du peuple d’aujourd’hui a une chance de concurrencer la large audience du FN.

J’invite donc les camarades du Front de Gauche qui s’interrogent à l’issue de cette cuisante déception électorale à une réelle remise en cause stratégique et à plus d’ouverture républicaine.

 J’invite également Nicolas Dupont-Aignan et les militants gaullistes de Debout la République à renouveler avec plus de vigueur la politique de la main tendue et à créer les conditions concrètes d’un rassemblement des bonnes volontés pour refonder notre République malade de l’UMPS. Pourquoi pas en initiant la mise en place d’une association d’ouverture.

 J’invite bien évidemment tous ceux partageant l’esprit de ce texte à manifester leur soutien et à le relayer.

L’effondrement – par Denis COLLIN & Jacques COTTA – le 26 mai 2014

Encore un autre billet passionnant et indispensable à la réflexion en vue d’une renaissance…

 * * * * *

Aprés les élections municipales, Pour la deuxième fois en deux mois avec les européennes du 25 mai, le parti socialiste et la « gauche » dans son ensemble connaissent un véritable effondrement électoral, signe d’un désaveu profond du pays et singulièrement des électeurs de Hollande en 2012. Cet échec sans précédent pour le président de la république, le gouvernement Valls, le parti socialiste qui avec 14% des suffrages exprimés ne représentent que 6,5% du corps électoral, constitue un point d’aboutissement, une conséquence logique que nous avions prévue il y a maintenant plus de dix ans.

Tirant quelques mois avant l’élection présidentielle de 2002 le bilan du gouvernement de la « Gauche plurielle », nous écrivions :

Le plus probable est que les bases populaires du PS, mais plus généralement de toute la gauche, vont continuer à s’effriter, les électeurs, las de servir de masse de manœuvre pour décider des carrières de ces messieurs, se réfugiant dans l’abstentionnisme ou le “ vote protestataire ” – entre Arlette et Le Pen. Auquel cas, le PS devrait compenser à droite ce qu’il perd à gauche. Il l’a déjà fait partiellement, comme nous l’avons montré. Mais c’est une base extrêmement instable. Il n’est donc pas improbable qu’il finisse par perdre des deux côtés et que la réorientation du PS ne soit le prélude à la fin de la gauche comme force politique. L’exemple italien et les mésaventures du PCI-PDS-DS de Berlinguer à d’Alema pourraient servir ici d’exemple à méditer.On sait, depuis le XVIIe siècle, que le vieux principe aristotélicien, “ la nature a horreur du vide ”, est faux. Il est possible qu’il en soit de même de la nature politique. L’effondrement politique, moral et idéologique du socialisme, parachevant celui du “ communisme ” pourrait très bien ouvrir la voie au … rien ! Au rien, c’est-à-dire à une lente décomposition politique, à une vie publique privée de toute substance et à une déshérence des milieux populaires, classés par les grands de ce monde dans “ l’humanité surnuméraire ”, cette immense partie de l’humanité qui n’a pas sa place dans la nouvelle économie, ni dans le monde mondialisé et dont il faut seulement gérer les imprévisibles soubresauts. (Denis Collin & Jacques Cotta, L’illusion plurielle, JC Lattès 2001)

Ce pronostic a été largement validé au cours de la dernière décennie. L’élection européenne de dimanche 25 mai en est une nouvelle confirmation : une abstention massive, singulièrement chez les ouvriers et les jeunes, et une montée corrélative du FN qui finit la course largement en tête, laissant le PS à moins de 14%. « Choc », « séisme », « tremblement de terre », « heures les plus sombres », etc. : les dirigeants et les commentateurs ne sont pas avares de grands mots. La machine spectaculaire continue de tourner à plein régime pour culpabiliser les uns, exonérer les autres de leurs fautes, enfumer tout le monde et interdire un véritable débat. Les comparaisons avec les années 30 du siècle passé sont hors de propos. L’antifascisme de pacotille, si bien porté à gauche et à l’extrême gauche depuis qu’il n’y a plus aucun programme, aucune stratégie de transformation sociale et pour tout dire aucune idée un tant soit peu sensée de la situation réelle, a porté ses fruits ! En intronisant le FN de M. Le Pen père et Mme Le Pen fille comme seul opposant sérieux au « machin » qu’est l’UE, les « antifascistes » des beaux quartiers lui ont offert sur un plateau une « victoire » qu’il ne doit pas à ses propres forces mais à la bêtise, à la lâcheté et l’aveuglement volontaire de toute la « classe politique ». Cet « antifascisme » de circonstance exprime d’autre part une incompréhension profonde des relations politiques qui existent au sein de la société. Les électeurs du FN sont certes composés pour un petit noyau de militants d’extrême droite. Mais pour leur majorité, ils sont composés de salariés, d’ouvriers et de jeunes qui n’en peuvent plus de la politique menée et qui se sont servis du FN pour crier leur dégoût d’une politique et de partis qui les révulsent. Ce phénomène n’est pas français. Là où le boycott a été massif, comme aux pays bas par exemple, l’extrême droite perd des voix et des sièges. Là où le vote a été plus fort, il profite à ces partis comme le FN en France. Le FN électoralement est ainsi le produit de l’UE et de tous ceux qui à force d’un matraquage médiatique digne de la bataille pour le OUI en 2005 ont asséné la consigne « votez, votez pour n’importe qui, mais votez ! ».

De ces résultats se dégagent quelques leçons politiques :

A/ Commençons par le point le plus fondamental : dans toute l’UE et en France (bien dans la moyenne pour le coup), 6 électeurs sur 10 ou peu s’en faut ont ostensiblement boudé un scrutin sans enjeu, sinon celui de revêtir d’un voile démocratique un parlement bidon, une assemblée de bavards sans pouvoir (heureusement!) destinée à donner le change quand la réalité du pouvoir est assumée par les gouvernements (y compris, dans les coulisses le gouvernement des États-Unis), les grandes banques, les institutions financières de la mondialisation, tous ceux qui sont si bien représentés par les tueurs de la troïka qui officient en Grèce, mais aussi au Portugal et en Espagne. Certes, on peut dire, comme les méprisants des beaux salons qu’il s’agit d’une dépolitisation des peuples. Comme à son habitude l’élite ne manque pas une occasion de cracher son mépris. Il s’agit en vérité et pour une large fraction des abstentionnistes non d’une dépolitisation mais d’une prise de conscience dirigée contre la politique des classes dirigeantes, la prise de conscience que le vote n’a absolument aucune importance quant au sort des peuples. Entre le PPE et le PSE, il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette, comme l’ont montré les débats entre Schultz et Junker et comme le montrent les politiques nationales suivies par les partis qu’on appelle encore par habitude « sociaux démocrates » et les partis de droite. La propagande mensongère des « socialistes » (sic) affirmant que nous allions pouvoir choisir enfin le président de la commission européenne n’a pas marché. On ne peut pas mentir à tout le monde tout le temps ! Plus fondamentalement fait son chemin l’idée que la prétendue démocratie n’en est pas une mais qu’elle n’est que le faux nez de la domination totale de l’oligarchie capitaliste et que seul un « grand retour au commencement », comme l’aurait dit Machiavel, peut régénérer la démocratie.

B/ En second lieu, il faut ici mettre en garde contre les illusions ou les mensonges habilement distillés. La « menace fasciste » est un épouvantail à moineaux. Le fascisme est né entre les deux guerres d’un côté de la crise sociale et de l’autre de la volonté d’une fraction des classes dominantes de se lancer dans la guerre civile contre le danger bolchévik. Il n’y a rien de tel aujourd’hui. Les Krupp et autres Siemens finançaient Hitler ; aucune fraction significative du grand capital ne finance le FN. La classe capitaliste transnationale, celle qui détient les cordons de la bourse et contrôle les médias n’a aucune envie de mettre un coup d’arrêt à la mondialisation, de liquider l’euro et de retourner au protectionnisme. Le FN lui-même est un des partis de la « société du spectacle » politique. Il n’est nullement prêt à se lancer dans la guerre civile. À quelques groupuscules d’excités près – dont on parle beaucoup pour se faire peur – les troupes du FN ne se disposent pas à monter à l’assaut des syndicats, à faire avaler de l’huile de ricin aux délégués et à casser leurs journaux. Mais comme on a propulsé Mme Le Pen au rang de seule opposante sérieuse à l’UE, son parti a récolté les fruits de la politique et de la propagande de ses prétendus adversaires. Elle a d’ailleurs bénéficié des largesses des médias qui lui ont fait la courte échelle et versent ensuite des larmes de crocodile. Le FN, « premier parti de France », c’est une grosse blague – mais, après tout, au royaume des aveugles, le borgne est roi !

C/ La gauche radicale a été incapable de capitaliser le mécontentement anti-UE. Il y a, certes, le cas grec, un peu particulier où Syriza a récupéré une partie des restes d’un PASOK en voie de disparition pure et simple. Le Front de Gauche en France obtient un résultat identique à celui du PCF seul en 2004. Un mauvais résultat autour de 6,3 %. La raison première en est que le Front de Gauche est précisément marqué comme un appendice de la gauche et que sa participation à ces élections s’est faite sur des objectifs très flous. Pendant que Mélenchon menait une critique radicale de l’UE en puisant parfois dans le répertoire souverainiste, la direction du PCF réaffirmait son attachement à l’UE et à l’euro, en parfaite cohérence avec son soutien de 2e tour au PS lors des municipales de mars 2014. Les responsables du PCF sont allés à revendiquer « un euro social » et à affirmer leur « attachement indélébile à l’UE ». La campagne qu’ils ont menée les met d’ores et déjà sur orbite pour s’aligner dans la prochaine présidentielle sur le candidat socialiste en contrepartie d’un « sauvetage des meubles » qui est à la fois médiocre, désespéré et pathétique. Si Mélenchon sauve l’honneur en obtenant dans sa circonscription du Sud-Ouest le meilleur résultat du FdG (8,9%), il le doit à sa notoriété nationale, les sections locales du PCF lui ayant souvent savonné la planche… Il reste que lorsqu’un vrai mouvement social apparaît, comme celui des « bonnets rouges », Mélenchon lui fait la leçon au nom des énoncés politiquement corrects qu’il a sortis de son chapeau. Nous l’avons dit dès la constitution du parti de gauche, en 2008, la stratégie du front de gauche est une impasse, parce qu’elle ne permet pas d’offrir une alternative crédible à la décomposition du PS : les résultats de dimanche le confirment. On trouvera d’ailleurs sur notre site les lettres que nous avions alors envoyées à JLM et à Marc Dolez auxquelles ils n’avaient pas jugé bon répondre. (mettre le lien).

D/ Enfin, la dégringolade du PS continue. Ceux qui avaient mis leurs espoirs dans l’énergique M. Valls en sont pour leurs frais ! Le « parti du président » paye et ce n’est que justice le prix de sa politique hostile aux travailleurs et aux classes populaires, le prix de sa soumission à la « finance » et de l’austérité qu’il fait subir d’abord aux couches sociales qui lui avaient fait confiance en 2012. Le gouvernement de Manuel Valls qui a fait du « pacte de responsabilité » l’axe central de sa politique, qui multiplie tous les coups contre les services publics, les fonctionnaires, qui se prépare à défaire la république dans un nouvel acte de « décentralisation » s’affirme comme le bras armé de l’UE en France comme la Troïka l’est par exemple en Grèce. Même dans le grand Ouest jusqu’à présent bastion du PS et singulièrement rétif à Mme Le Pen, le FN devance le PS. Les premières réactions confirment ce qu’on pouvait deviner : Hollande, son gouvernement et son parti continueront la politique qui les a menés au bord du gouffre. Alors que les négociations du TAFTA restent secrètes, que les dirigeants font semblant de ne pas être courant, l’Assemblée de godillots socialistes a refusé de voter une motion qui demandait l’arrêt de ces négociations dont le but est d’intégrer complètement l’UE dans l’empire américain. Jadis la gauche rêvait des « États-Unis d’Europe » ; aujourd’hui elle s’active à construire l’Europe des États-Unis…

Comment sortir de ce véritable effondrement politique ? Dans le livre de 2001 déjà cité, nous écrivions :

Reste une dernière solution. Que les hommes condamnés à une existence insignifiante par le système n’acceptent pas ce sort, que ceux que la “ nouvelle économie ” condamne à mort refusent de mourir, bref que les choses ne se passent pas tranquillement comme les experts l’ont prévu et planifié. On peut imaginer que dans la confusion, dans la dispersion, dans les contradictions, soit en train de germer un nouveau mouvement digne successeur du mouvement ouvrier du XIXe siècle et que, dans ce mouvement, les courants ou fractions à l’intérieur du PS ou au sein de la gauche plurielle qui déplorent le cours pris par la gauche dans son ensemble décident de mettre leurs efforts en commun pour reconstruire une force politique qui soit l’expression authentique des aspirations du peuple, de cette masses immense des “ petites gens ” qui ne bénéficient pas des “ stock options ”, qui attendent des fins de mois qui se font toujours trop attendre, qui n’appartiendront jamais au cercle distingué des “ élites mondialisées ”, comme dirait Chevènement. Bref, une force politique qui pourrait reprendre et prolonger l’effort émancipateur du mouvement ouvrier traditionnel. Un tel mouvement pourrait entraîner avec lui ceux des intellectuels qui refusent l’écrasement de la culture sous le poids de la marchandisation, ceux qui veulent défendre la souveraineté nationale sans tomber dans le nationalisme, une large part des classes moyennes laborieuses qui aujourd’hui servent de masse de manœuvre aux grandes firmes capitalistes. “ Populisme ” nous rétorquera-t-on. Mais la haine du “ populisme ” n’est plus aujourd’hui que l’expression de la révolte des élites autoproclamées contre le peuple.Un tel mouvement ne pourrait se construire qu’en rompant avec la mythologie du progrès à tout prix, avec l’idée absurde que, puisque c’est nouveau, c’est nécessairement mieux. Non pour retourner en arrière, mais pour restaurer sa valeur au seul progrès compte, le progrès moral, social et politique.Un large accord pourrait se faire pour limiter drastiquement la marchandisation du monde. (…) Si le marché est, sans doute, un bon moyen d’allocations des biens de consommation, un fort service public, non soumis aux critères marchands, peut être un moyen pour rétablir l’égalité des citoyens, l’égalité entre la ville et la campagne, entre ceux qui ont les moyens d’accéder au transport, aux télécommunications, à l’instruction et ceux qui ne les ont pas.Qui pourrait s’opposer à la défense et l’extension des droits sociaux qui sont garantis par la Constitution ? Qui pourrait défendre les monstrueuses inégalités qu’engendre la mécanique néolibérale ? Qui ne comprend pas que l’égalité politique suppose que la vie publique soit soustraite au contrôle des puissances financières ? Le renouveau de l’égalitarisme républicain pourrait ainsi être le ciment qui transforme des aspirations populaires en force politique.Une nouvelle République : voilà l’horizon qui pourrait s’ouvrir.

Sur la perspective, il n’y a rien à changer. Mais le temps passe. Les forces « saines » issues du « vieux mouvement ouvrier » sont en voie de disparition – ne serait-ce qu’en raison du vieillissement biologique ! Et personne ne sait trouver le chemin d’une jeunesse coincée entre l’intoxication de la société marchande et l’angoisse devant les lendemains qui ne chanteront pas. Encore une fois, ce qui s’impose, c’est une radicale remise à plat, sans concession, préalable indispensable pour reconstruire une perspective émancipatrice. Cela suppose à la fois un travail théorique – car « sans théorie révolutionnaire pas de mouvement révolutionnaire » comme le disait Lénine – et une résistance pied à pied contre l’agression brutale des classes dominantes. Cela suppose :

  • la défense des acquis sociaux, sécurité sociale, retraite, conventions collectives dont le gouvernement Hollande poursuit le démontage systématique ;
  • la défense de la démocratie locale contre le système corporatiste que veut instituer la réforme annoncée des régions, la suppression des conseils départementaux et la mise en coupe réglée des communes dissoutes dans des machins du type « métropole » ;
  • la défense et la reconstruction de l’école républicaine, de l’égalité de tous devant l’instruction publique laïque et gratuite ;
  • la remise en cause des traités européens qu’il faut dénoncer ;
  • la lutte pour une Europe des nations souveraines contre l’UE au service du capital financier.

Un Rassemblement unitaire sans exclusive sur cette base, voilà qui pourrait au lendemain des élections européennes offrir un cadre de regroupement pour organiser la résistance nécessaire et passer à l’offensive républicaine….

Les contours d’une alternative majoritaire – Par jauresist – le 13 avril 2014

Mélenchon se leurre: malgré son coup de force de remobiliser en coeur la gauche militante antilibérale, le discours de la « gauche décomplexée » ne rencontre pas un formidable écho parmi le peuple français. Malgré le réjouissement forcé, les scores des candidats FG mêmes alliés à EELV restent souvent mitigés, en tout cas loin de signifier une adhésion massive des électeurs. L’explication de fond, c’est que la grande majorité du Peuple français n’est pas séduite par le paquet « 100% de gauche » avancé par le Front de Gauche. C’est l’alternative du tout ou rien. Là est l’erreur politique qui empêche, au delà de la sourdine médiatique indéniable, le Front de Gauche de faire recette.

Il y a là une forme d’immaturité politique à d’un côté jouer les Cassandre, agiter la gravité de l’urgence sociale, de la détresse populaire, et de l’autre s’entêter à proposer une alternative toute partisane, dont le caractère idéologique est si tranché qu’il ne s’adresse qu’à un camp bien circonscrit et non au Peuple tout entier.

Il y a une faiblesse stratégique béante à afficher son ambition de rallier une majorité électorale dans l’objectif de gouverner et en même temps de faire de l’adversité gauche-droite l’alpha et l’omega de sa vision politique.

Au delà il y a une incohérence flagrante à se faire le chantre d’une 6ème République, d’une démocratie renouvelée et de proposer dans les faits un projet politique global où nombre de mesures qui s’imposeraient sont celles d’un camp idéologique minoritaire.

La solution majoritaire passe FORCEMENT par un positionnement de compromis. Compromis ne veut pas forcément dire compromission. Du moment que l’on ne se trompe pas de combat, on ne se trompe pas d’adversaire. Il faut absolument pour défaire l’oligarchie et rétablir une vraie démocratie emmener avec soi le Peuple dans son ensemble. C’est-à-dire dans sa diversité d’opinions. Avoir une attitude conciliante, c’est simplement avoir compris qu’il faut savoir s’entendre sur l’essentiel et trouver des solutions d’équilibre.

Notre peuple est donc actuellement en désarroi, laissé sans solution, pris au piège entre d’un côté l’UMPS bien identifiés comme le fruit pourri et de l’autre des options rugissantes mais dont la radicalité clivante laisse entrevoir le fiasco.

Je parle là du Front de Gauche, mais Debout la République, autrement dit Dupont-Aignan qui y occupe toute la (petite) place, peine à ne pas échouer de la même manière. Il semble disputer à Marine Le Pen son petit fond de commerce nauséabond sur les Roms, les immigrés, la légitime défense (dans le dos) et s’égare même à lui faire de l’oeil.

Il y a donc un vide pour un mouvement à créer. Pas un énième groupuscule dont l’ambition serait d’exprimer des nuances subtiles d’opinion par rapport à l’existant. Mais bel et bien un mouvement animé de l’esprit de rassemblement du Peuple, dans l’objectif clair et premier de se débarrasser de l’UMPS et de mener le combat pour la reconquête de la souveraineté populaire face à l’oligarchie aux manettes en France et en Europe.

Le retour à la souveraineté nationale peut-être dans ce cas envisagé s’il s’agit bien d’un moyen pour en définitive en amendant sérieusement les institutions garantir enfin la démocratie, la prépondérance de l’Intérêt Général.

Discours de Jean Jaurès à la Chambre des Députés le 17 juin 1913

Lien : http://www.jaures.eu/ressources/de_jaures/contre-la-loi-de-trois-ans-1913/

Rallumer tous les soleils - Jaurès ou la nécessité du combat

1913. La campagne contre Jaurès bat son plein : il est accusé, y compris au sein de la Chambre, d’être « vendu à l’Allemagne », « homme du Kaiser », etc. Toute l’extrême-droite et presque toute la droite de l’époque profitent en effet de l’opposition des socialistes à la « loi de trois ans » pour en faire des traîtres à la patrie voulant livrer la France à l’Allemagne.

Il est donc nécessaire de laisser Jaurès exprimer clairement, comme il le fit ici, le 17 juin 1913 à la Chambre, ce que les opposants à cette loi souhaitaient pour l’armée française – une armée notamment défensive et populaire (au début du XXe siècle l’armée tirait plus souvent sur les ouvriers en grève que sur des soldats ennemis…). 

Le texte est ici accompagné des photos faites en mai 1913 lors du fameux rassemblement contre la loi de trois ans au Pré-Saint-Gervais où 150 000 personnes entouraient les orateurs, dont Jaurès, juchés sur un camion…

Le projet [que la commission et le gouvernement] soumettent à la Chambre, en accroissant la durée du service de caserne, rend plus difficiles à tous les points de vue, au point de vue financier, au point de vue militaire, au point de vue social, la grande organisation militaire que réclame le pays républicain, la préparation et l’éducation physique de la jeunesse, l’éducation, l’entraînement, l’encadrement des réserves et, par cela seul que ce projet ferme à l’institution militaire en mouvement les routes de l’avenir, il la refoule nécessairement, vers les formes du passé, vers le type suranné de l’armée de métier. A ce projet j’oppose maintenant un ensemble de dispositions […]

Jaurès au Pré-Saint-Gervais, mai 1913

Notre projet, Messieurs, est d’accroître la puissance défensive de la France. Plus nous voulons qu’elle porte haut son idéal, son action sociale et humaine, plus nous voulons qu’elle puisse mettre toute sa force au service de cet idéal en pleine sécurité et en pleine indépendance. J’ai déjà […] cité le mot de Machiavel : «L’histoire se rit des prophètes désarmés.» Nous qui […], maintenant l’affirmation du droit, voulons répudier à jamais toute politique d’aventure et de revanche, nous qui voulons préparer par la paix définitive et garantir une civilisation supérieure où la force partout présente de la démocratie et de la liberté, réparera les antiques violences, nous voulons que nul ne puisse imputer cette offre magnanime de paix à la débilité peureuse d’un peuple mal assuré de lui-même.

Et non seulement nous voulons porter au maximum la force défensive, la force d’indépendance de ce pays, mais nous voulons l’organiser pour la défense en prévoyant les pires hypothèses, c’est-à-dire en prévoyant le cas où la France aurait à se défendre toute seule, sans secours extérieur et sans alliance, contre ses ennemis éventuels. Ce n’est pas que nous fassions fi des concours que la France, par l’habileté et la sagesse de sa diplomatie, pourrait s’acquérir dans le monde, mais nous pensons qu’un peuple, quand il calcule les chances de l’avenir et l’effort nécessaire d’indépendance et de salut, ne doit compter que sur sa force.

À l’heure où s’est vérifiée, où s’est réalisée, l’hypothèse prévisible et prévue de l’accroissement des armements de l’Allemagne, le devoir des dirigeants français était non pas de se rejeter vers la routine, vers la formule trop facile de la loi de trois ans, mais de développer énergiquement, par l’éducation de la jeunesse, par l’organisation des réserves, par l’armement du peuple sur place, par le perfectionnement de tous les moyens techniques de mobilisation et de concentration, les garanties d’avenir qui conviennent à un grand peuple de démocratie, et le plus déplorable, Messieurs, dans la solution hâtive d’expédients subalternes qui a été adoptée, c’est qu’elle désapprend au pays de France la vertu qu’elle a le plus besoin d’apprendre : l’esprit de suite et de continuité.

Jaurès au Pré-Saint-Gervais, mai 1913

Voilà des années qu’à ce peuple nerveux, aux impressions fortes, aux émotions soudaines, on dit : Si le péril allemand grandit, si le militarisme allemand trouve dans la croissance de sa population et dans l’utilisation plus intensive de ses contingents des ressources nouvelles, ne t’émeus pas, ne te trouble pas. Tu as dans tes ressources de démocratie, dans la possibilité de mettre en oeuvre et en action toutes les forces populaires, des garanties incomparables.

Et voici qu’au jour où, en effet, se réalise l’hypothèse prévue, annoncée, au lieu de dire au peuple : Creuse et ouvre plus vite le sillon que tu avais commencé à ouvrir, on lui dit : Tout est perdu si tu n’abandonnes pas l’effort commencé, et si tu ne te rejettes pas brusquement vers des solutions que, depuis huit ans, tu avais dépassées et jetées aux choses mortes.

Eh bien, Messieurs, un gouvernement manque à la France, lorsque, à ce pays qui a toutes les forces, tous les élans, toutes les énergies, auquel ni la persévérance, ni la méthode ne font défaut, ses gouvernants, selon les caprices de l’heure, changent brusquement de direction. C’est là qu’est la diminution morale et la diminution militaire de ce pays.

Jaurès au Pré-Saint-Gervais, mai 1913

Et où le mène-t-on ? Que lui propose-t-on ? Qu’est-ce qu’on substitue à la solution de démocratie qui a été par là même la solution française ? Ce qu’on propose, c’est un plagiat du militarisme allemand, le plagiat le plus absurde, d’abord, et le plus inopportun, ensuite. Le plus absurde, parce que vous allez porter votre lutte avec l’Allemagne précisément sur le terrain où vous êtes sûrs d’avance d’être vaincus.

Dans la concurrence numérique des effectifs de caserne, vous êtes d’avance les vaincus. Vous êtes obligés de reconnaître que vous êtes vaincus tout de suite. Malgré la loi de trois ans, vous aurez d’emblée, comme entrée de jeu, dans la partie nouvelle, une infériorité de près de 200 000 hommes ; et comme vous avez dit à ce pays, monsieur le ministre, que c’est dans la force de caserne que réside la garantie principale d’une nation, comme au lendemain même du sacrifice que vous aurez demandé au pays, le pays, regardant vers l’horizon, constatera qu’il est encore en infériorité de 200 000 hommes, le sacrifice que vous lui demandez s’aggravera du malaise de l’infériorité persistante. […]

Ainsi, à l’heure où ce pays, en face de l’énorme force brute qui grandit de l’autre côté de sa frontière, aurait besoin d’un immense effort, d’élan, de confiance et d’espérance, vous, vous lui dites : la bataille, la vraie bataille, celle où se mesureront les forces qui décident, elle va se livrer sur la question d’effectifs de caserne où la France est d’emblée vaincue de 200 000 hommes et où sa défaite ira grandissant d’année en année. […]

Je dis qu’à l’heure où l’on proclame dans tous les pays du monde et où vous tous, Français de tous les partis et de toutes les confessions, chrétiens, socialistes, démocrates de la Révolution française, à l’heure où vous tous, malgré vos dissentiments, vous êtes d’accord pour dire que, dans le conflit des nations, la force morale, la force de confiance en soi est un élément décisif, vous inscrivez la France d’office, par vos déclarations et par l’institution militaire qui en est la formule, à un niveau de confiance et de force morale inférieur au niveau de l’adversaire, alors que, si vous mettiez en oeuvre vos institutions de démocratie, vous pourriez élever ce peuple à un niveau de confiance supérieur !

Jaurès au Pré-Saint-Gervais, mai 1913

Plagiat absurde ! messieurs, plagiat singulièrement inopportun et je dirai inconvenant, à l’heure où ce militarisme allemand, copié par vous, plagié par vous dans ses procédés et dans sa technique, est lui-même aux prises avec des difficultés insolubles.

[…]

Et voilà pourquoi, messieurs, je vous demande de réfléchir profondément à l’intérêt qu’il y a, dès aujourd’hui, à marquer, pour le pays, que la durée de temps de caserne n’est pas le noyau, l’essentiel de sa force défensive, qu’il faut une éducation militaire qui se continue avec la vie même de la nation, une armée qui repose non pas sur la permanence de la caserne, mais sur la permanence de la nation elle-même, constamment éduquée, constamment entraînée. Voilà, le sens de la proposition que nous vous avons faite.

Elle s’inspire de la loi dc deux ans, de son esprit véritable. […] Nous la défendrons passionnément devant le suffrage universel, comme devant le Parlement, et nous tâcherons d’infliger en ce point à la réaction militaire incapable de sauvegarder la France une défaite qui prévienne tout retour offensif de ces formes du passé. […]

Oh ! messieurs, la politique, on en dit beaucoup de mal dans cette Assemblée. C’est une grande mode d’en dire du  mal. Mais comment donc la comprend-on ? Et qu’est-ce que c’est que la politique? La politique c’est, pour chaque parti, chaque grand parti, représentant de vastes intérêts, représentant des classes en lutte, les unes en régression, les autres en ascension – la politique, c’est le point de vue le plus haut où puisse s’élever un parti, pour concilier, à l’intérieur, l’intérêt de la classe qu’il défend et l’intérêt de la civilisation, et dans l’ordre international, l’intérêt national et l’intérêt humain. Voilà ce que c’est que la politique.

Jaurès au Pré-Saint-Gervais, mai 1913

De ce point de vue, aujourd’hui comme hier, nous avons le droit de refouler les diversions trop savantes et de demander des comptes à ceux qui ont perdu la patrie, parce qu’ils sont prêts à recommencer si on les laisse faire. […]

Quoi que vous fassiez, vous ne pourrez pas revenir pleinement aux armées de métier, avec cette organisation technique qui assurait du moins à une poignée d’hommes isolés je ne sais quelle existence professionnelle distincte de la nation vous ne pourrez pas la construire fortement et la preuve c’est que, dès maintenant, vous êtes envahis par le doute, que les demandes de congés, de libération, de dispenses commencent à se glisser sournoisement, comme des serpents, dans les crevasses du rempart. (Applaudissements à l’extrême gauche et sur divers bancs à gauche.) Vous ne pourrez donc pas réaliser pleinement votre type, et pendant ce temps vous négligez la constitution nécessaire de l’armée vraiment populaire. Voilà le péril.

Il en est un autre que je signale discrètement avant de descendre de cette tribune, c’est que plus vos raisons de fond pour justifier la loi sont faibles, plus vous serez obligés, pour la faire accepter au pays, de hausser le ton, de noircir les couleurs, de prononcer peut-être des paroles imprudentes. Nous avons, Messieurs, nous, la conviction profonde que nous travaillons à la fois pour la force de l’armée nationale, pour la puissance défensive de la Patrie et pour la paix du monde à laquelle la République doit donner son concours.

Jaurès au pré St-Gervais

Jaurès au pré Saint-Gervais, mai 1913