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Barack Obama

The world on the brink of the catastrophe… Le monde au bord du gouffre !

On lisait et on entendait cela fin octobre 1962, lors de la crise des missiles de Cuba.

Cette formule est redevenue actuelle au regard des évènements en Ukraine. Le monde occidental, États-Unis et Union Européenne en tête, pousse en sous-mains les nazis de Kiev à entraîner la Russie dans une guerre en Europe et l’OTAN est sur le pied de guerre.

Mais on détourne notre attention de ce risque majeur de nouvelle conflagration mondiale, cent ans après le déclenchement de la folie meurtrière de 1914-1918. On nous affole avec l’Ebola. Sans doute un danger aussi infondé que les différentes grippes animales passées… Faire peur aux gens sur un évènement inexistant pour les détourner de l’actualité réelle qui, elle, est bien là. Ce n’est que la mise en oeuvre des principes habituels de désinformation, d’abrutissement des masses. Car on n’agit que contre une menace que l’on croit fondée, pas contre une menace fantôme…

Où trouve-t-on des infos sur ces évènements sources de guerre générale qui ne soient pas de la pure propagande de l’Empire fauteur de troubles depuis 1776 ? Dans des medias alternatifs, sur des blogs et via des analyses non « mainstream ». Sauf qu’il faut être prudents quant aux sources car on trouve aussi n’importe quoi sur le net.

Nous savons que les médias officiels nous désinforment grossièrement. C’est vrai d’une manière générale, mais c’est tout particulièrement vrai s’agissant de la question russo-ukrainienne.

Poutine est désigné comme le Hitler de 2014, le danger pour la paix du monde, l’agresseur, le meurtrier de masse, le génocideur, l’empêcheur de vivre de peuples qui n’aspireraient  qu’à la liberté etc. etc. Mais si Poutine n’est sans doute pas un parangon de démocratie, ni un modèle d’humanisme, il est, dans cette affaire, bien plus respectueux de la paix du monde que d’autres et bien moins oppresseur ou assassin de masse que d’autres.

Même la grande presse commence à distiller l’information que l’avion de la Malaysian Airlines a été abattu NON pas les « pro-Russes » mais bien par un chasseur de la flotte aérienne ukrainienne. C’est donc bien un acte (volontaire ou accidentel) de la part des Ukrainiens. Ce qui inverse la logique qui s’est mise en marche et confirme que les va-t-en guerre sont à l’Ouest (de l’Ukraine et du monde), pas à l’Est (de l’Ukraine et du monde) !

Poutine, lui, fait preuve de la plus grande modération jusqu’à présent. Bien des dirigeants auraient agi militairement depuis des mois s’ils avaient subi ce que Poutine ou la Russie subissent d’humiliation et d’insultes sans compter les massacres de masse que les peuples de l’est de l’Ukraine doivent affronter. Imaginez qu’OBAMA soit traité par la presse de la moitié du monde comme POUTINE l’est depuis des mois… Si vous ne saisissez pas de quoi je parle, recherchez les Unes de la grande presse occidentale depuis des mois. Vous serez édifié !

Mais Poutine qui n’est pas idiot et qui dispose de beaucoup d’informations, notamment sur ce que fait en secret l’Empire, ce qui n’est pas le cas du grand public, a compris qu’on lui tend un piège, que l’on fait tout pour qu’il intervienne militairement et alors l’Empire, l’Union européenne, la « Communauté internationale » jugeront indispensable de lui faire la guerre. Tous ceux-là, préparent déjà, depuis une décennie au moins, son renversement via un coup d’État du type de celui organisé à Kiev. Cette dernière expérience-là, qui a succédé à d’autres dans plusieurs des anciennes républiques de l’URSS, n’était qu’un exercice grandeur nature dans le pays le plus indispensable à la Russie. Imaginez la réaction de Washington si la Russie ait organisé un coup d’État du même genre à Mexico ou à Toronto pour y installer un pouvoir pro-Russe. En fait, on l’a déjà vu, cette réaction américaine, dans un cas similaire ; ce fut à Cuba dans les années 60 : une hystérisation de la situation qui a failli conduire au pire en octobre 1962.

Eh bien, nous revoilà, 50 ans après, plongés dans le même contexte géopolitique où la guerre mondiale est devenue une menace sérieuse. Seul Poutine aujourd’hui nous évite d’y être déjà entrés parce qu’il a refusé de répondre aux provocations de l’Occident. Comme jadis, en octobre 1962, les Russes n’avaient pas réagi de manière hostile à diverses provocations gravissimes de la part des forces armées américaines :

– lancement à titre d’essai d’une fusée de la base californienne de Vandenberg vers l’Ouest et donc vers la Russie ;

– essai nucléaire ;

– manœuvres militaires massives : aériennes, navales et terrestres ;

– mise en alerte « Defcon 2 » (qui compte 5 positions), c’est-à-dire le dernier stade précédant la guerre, stade qui impose par exemple aux bombardiers stratégiques ayant des bombes nucléaires dans leurs soutes de se tenir à proximité immédiate de la Russie et qui débloque certaines mesures de sécurité en vue d’un lancement rapide des missiles en silos ;

Tout cela, les Russes ne pouvaient ignorer et c’était donc une provocation totalement folle qui pouvait conduire les Soviétiques à attaquer les premiers. Mais c’est justement ce que voulaient les généraux américains car ils croyaient que les États-Unis étaient en mesure de « gagner » la guerre, fut-elle nucléaire…

À cette époque, il existait un plan de l’état-major américain qui prévoyait – écoutez bien cela – : une gradation sur plusieurs mois des tensions internationales entre l’Occident et l’URSS ; pendant cette période, l’URSS serait désignée coupable de plusieurs actes criminels d’ampleur croissante afin que le peuple américain et les peuples du monde soient convaincus du danger que représentait l’URSS et donc soient décidés à accepter une guerre entre les deux blocs. Ce plan prévoyait une attaque nucléaire massive préventive de l’URSS. Certes, je n’ai pas lu ce plan moi-même mais beaucoup d’analystes ont écrit sur le sujet. Je les juge crédibles. D’autant plus qu’ayant moi-même beaucoup, beaucoup travaillé depuis 20 ans sur les États-Unis en général, sur la période des années 60 en particulier, je sais que cela est fondé.

Et puis, même si cela défrise les défenseurs indécrottables des États-Unis, il y a le plan Northwoods qui a été rendu public il y a longtemps. Et ce plan écrit noir sur blanc que les États-Unis sont prêts à fabriquer des attentats qu’ils imputent à d’autres (en l’occurrence c’étaient les Cubains de Castro) pour justifier la guerre. Vous qui ignorez tout de ce plan diabolique, lisez le. Le 11 Septembre y est écrit. Ce qui se passe en ce moment y est écrit. Kennedy l’avait refusé mais il a été manifestement mis en application depuis… Plusieurs fois !

Je reviens à Poutine. S’il a décidé des sanctions économiques, ce n’est pas pour « nous faire la guerre » comme l’écrit un auteur qui se perd (Gauche de combat) mais c’est un droit de légitime défense puisque nous, les Occidentaux, avons décidé, les premiers, de sanctionner la Russie en plus de la provoquer et de l’insulter depuis des mois.  Quand on donne des coups, il faut s’attendre à en recevoir en retour. C’est un tempérament d’ado pré-pubère que de frapper quelqu’un et de se plaindre ensuite de sa réaction hostile.

Bien des personnalités respectables, françaises anglaises, allemandes, russes, américaines et autres, ont exprimé leur sentiment d’inquiétude profonde et leur incompréhension des choix diplomatiques, géopolitiques et stratégiques faits depuis quelques mois par les Occidentaux. Mais leur voix est étouffée. Parce qu’à Washington, on veut la guerre. Car la guerre serait la seule chance de maintenir le système capitaliste. Peu importe que meurent des millions de personnes, peu importe que des centaines voire des milliers, de villes soient détruites, peu importe que des populations soient décimées…si les maîtres, qui, eux, seront à l’abri, peuvent survivre sur un champ de ruines. Les banquiers américains ont eu 50 ans de prospérité au lendemain de la Seconde guerre mondiale…

Le cercle des économistes sous la direction d’un certain Lorenzi avait publié « La guerre des capitalismes aura lieu » en avril 2008.

Nous y sommes presque…

 

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Interview de Pierre Maillard* sur la question de l’Ukraine – Site les-crises.fr

Pierre Maillard, est Normalien agrégé d’allemand. Il a été le Conseiller diplomatique du Général de Gaulle à l’Élysée de 1959 à 1964 – avec au menu Guerre d’Algérie, réconciliation franco-allemande, Construction européenne, crise de Cuba, poursuite de la décolonisation, etc. Il a parla suite été ambassadeur (à l’Unesco, en Chine et au Canada).

Voici donc sa vision de la crise Ukrainienne. Une vision frappée au coin du bon sens, bien loin des inconscients actuellement au pouvoir.

Précision : il a… 98 ans

M. Maillard, quel regard portez-vous sur la crise en Ukraine ?

Il y a eu dans cette affaire une intervention initiale de la part de certains pays Européens, qui ont déclenché un processus destiné à avoir des conséquences pour la situation de l’Ukraine.

Evidemment l’Ukraine est depuis très longtemps – depuis la Russie soviétique et même bien avant -, dans la zone d’influence notoire de la Russie. L’Ukraine a ainsi fourni beaucoup de personnel politique – et du plus haut niveau – à la Russie. Ce pays est donc attaché à la zone d’intérêts particuliers de la Russie, en raison d’une très longue Histoire.

Il est donc évident que cette intervention initiale – non pas dans la partie orientale mais dans la partie occidentale -, destinée à provoquer un rapprochement étroit entre l’Europe et l’Ukraine allait directement à l’encontre d’un intérêt stratégique très ancien de la Russie pour cette région.

N’est-ce pas irresponsable pour l’UE d’avoir agi ainsi ?

C’était en effet s’attirer certainement des objections ; la Russie n’a pas réagi immédiatement mais c’est certainement sans joie qu’elle a vu cette ingérence en vue de ce rapprochement qui aurait été consacré par des accords d’association.

D’autant que l’Ukraine de l’Est – notoirement russophone – est très liée économiquement à la Russie – contrairement à l’Ouest du pays. Il y a deux Ukraine en réalité…

L’Europe a donc réalisé une intrusion dans une sorte de « domaine réservé », de zone traditionnelle d’influence et d’action de  la Russie. C’est un fait.

Auriez-vous conseillé au général de Gaulle d’agir ainsi ?

Sûrement pas ! Étant donnée la proximité que j’ai eue avec le Général, je peux vous garantir qu’il n’aurait JAMAIS agi ainsi !

S’il pensait qu’il était bon d’une manière générale que la Russie se rapproche de l’Europe – c’était sa vision à long terme -, je ne pense pas du tout qu’il aurait salué cette sorte d’accord et de rapprochement spécifique de l’ensemble de l’Ukraine avec l’Union européenne. Il aurait été là-dessus plus que réservé…

L’Europe semble se soumettre aux pressions américaines et ne pas prendre en compte ses propres intérêts stratégiques…

C’est certain.

Naturellement, il y a eu des influences multiples. Quelles ont été exactement dans ces initiatives des pays européens, les responsabilités des uns et des autres et les États-Unis ont-ils vraiment été à l’origine de la chose : ça je n’en sais rien, mais ils ont eu une certaine influence sans aucun doute.

N’êtes-vous pas étonné de l’espèce de russophobie qui s’empare des médias et donc de la population ?

Oui : ceci est tout à fait inapproprié !

Encore une fois : l’Ukraine est notoirement depuis très longtemps dans la sphère d’influence de ce qui fut l’URSS et ce qui est aujourd’hui la Russie. Elle a été en plus le berceau de nombreuses personnalités Russes – Khrouchtchev en particulier, que j’ai eu l’honneur de bien connaître lorsque j’étais auprès du Général. L’Ukraine est depuis très longtemps une zone d’influence dans la périphérie de ce que l’on appelait « Empire soviétique » et ce qu’on appelle aujourd’hui la zone d’influence russe. Il est donc fâcheux d’entrer dans une sorte de contestation vigoureuse de cette zone d’influence.

N’est-il pas inconscient de rentrer dans une spirale de sanctions contre la Russie – en plus pour des choses qui ne sont même pas prouvées ?

Il est à mon avis fâcheux d’étendre le problème à l’ensemble de nos relations avec la Russie ; elles devraient être bonnes, en raison des nombreux facteurs qu’il serait trop long d’évoquer ici.

Comment avait réagi le Général de Gaulle quand l’URSS avait envahi la Tchécoslovaquie en 1968 avec des chars (cas bien plus extrême que l’Ukraine, où on ne sait même pas si la Russie a vraiment fait quelque chose…) ?

Notez que c’était très différent, la Tchécoslovaquie n’avait jamais été dans la sphère d’influence russe.

Cependant, la réaction avait été prudente, car le Général estimait que c’était une action plutôt défensive. Sa réaction a été modérée car il pensait que c’était une péripétie momentanée et que ce n‘était pas la marque d‘une volonté d’assimilation complète. Evidemment, c’était fâcheux mais ce n’était pas dramatique…

Quelle était la vision du Général sur nos relations avec la Russie et quel est notre intérêt stratégique par rapport à la Russie ?

Il souhaitait beaucoup que la Russie se rapproche de l’Europe d’une façon générale. Il pensait que la Russie était un pays largement européen malgré ce qu’on appelait autrefois dans les manuels d’Histoire « la Russie d’Asie », cette Sibérie qu’il comparait un peu au Far West américain, quelque chose qui était étranger à la vocation profonde de la Russie qui était européenne.

Il estimait que la Russie avait naturellement sa place en Europe et qu’elle devrait l’avoir pour fortifier l’ensemble et peut-être aussi servir de stimulant pour un certain nombre d’actions – et sans doute aussi qu’elle empêcherait que toute l’Europe centrale ne soit plus ou moins influencée par l’Allemagne. Elle pourrait ainsi jouer le rôle, dans une certaine mesure, de contrepoids heureux.

Selon le Général, la Russie avait une spécifié européenne depuis très longtemps ; elle participait depuis plusieurs siècles au jeu des puissances qu’on appelle aujourd’hui occidentales (au XVIIIe siècle et même avant). Son souhait était que des liens s’établissent, peut-être pas aussi étroits que ceux entre la France et l’Allemagne, mais quand même une relation réelle et privilégiée. Il avait une vision très européenne de la Russie.

Mais la Russie ne risque-t-elle pas de se tourner vers d’autres pays (Chine, Inde) et se détourner de l’Union Européenne avec notre comportement ?

La Russie a quand même depuis très longtemps le vif désir de se rapprocher de l’Europe, c’est quand même sa politique. Un éloignement diplomatique  – ou même plus – de sa part me paraît douteux – bien que non impossible.

Certes, la Russie n’a pas que l’Europe occidentale dans ses orientations politiques ; elle a beaucoup d’intérêts ailleurs : l’Extrême-Orient, les Balkans… Elle a néanmoins une vocation privilégiée à être non pas dans l’ensemble européen en tant que tel, mais tout de même dans sa proximité : cela fait partie de son Histoire. La Russie a toujours voulu jouer un rôle important en Europe – et elle l’a fait. C’est une puissance qui se veut proche de l’Europe –  non pas « l’Europe des Traités » mais « l’Europe » en général.

On peut donc s’étonner grandement que certains adhèrent à une doctrine de refoulement de la Russie plutôt que de trouver les moyens diplomatiques adéquats pour que la Russie s’affirme comme une puissance proche de l’Europe.

N’êtes-vous pas étonné de la manière dont se comporte la diplomatie occidentale ? On dirait que c’est n’est plus une diplomatie, consciente des intérêts stratégiques de chacun, mais une sorte de théocratie qui ne se base plus que sur une « pseudo-morale » – souvent cynique et à sens unique.

Oui, il y a de ça.

Prenez aussi l’exemple de la lutte contre le djihadisme, où la Russie est très active, car malheureusement très menacée dans sa partie orientale et donc obligée de faire appel à certaines mesures sérieuses de protection. Eh bien sur ce plan là-aussi, la coopération avec la Russie est indispensable – et marche bien actuellement.

Vous avez beaucoup critiqué la forme que prenait la construction européenne. Que pensez-vous de la transformation de cette structure, qui semble en l’espèce animée d’une volonté impérialiste dans sa façon de s’étendre de plus en plus loin (à l’Est, à la Turquie, maintenant l’Ukraine…) dans un cadre de plus en plus soumis aux États-Unis avec l’intégration à l’OTAN et la défense des intérêts américains au détriment de nos propres intérêts ?

Je n’ai rien à corriger sur ce que vous venez dire ; je partage totalement ces propos.

Vous attendiez-vous à cette transformation de l’Europe au fil du temps ? Il y a 30 ou 40 ans, pensait-on déjà que l’on construisait quelque chose en commun qui basculerait de plus en plus dans l’américanisme ?

Il y a toujours eu un euro-américanisme dans la construction européenne, depuis Jean Monnet. Il y a toujours eu une association étroite des États-Unis avec l’Europe : l’américanisme s’est couché dans le berceau de l’Europe, si l’on peut dire – il y a toujours eu une inspiration de ce côté-là.

C’est une chose contre laquelle le Général s’est efforcé de réagir, pour bâtir ce qu’il appelait une « Europe européenne », qui précisément dans son esprit devait aboutir – à terme et si possible – à une adhésion de la Russie. Il voulait que le centre de gravité de l’Europe se déplace vers l’Est, d’abord l’Allemagne puis la Russie si possible.

Contrairement à ce que l’on peut penser le général n’était pas « anti Européen » : il était contre une Europe américaine…

Tout à fait.

Il était très pro-Européen au sens d’une « Europe indépendante et confédérale », et non pas soumise aux États-Unis et fédéraliste à la manière de Jean Monnet.

De qui la Crimée est-elle le pays ? par Sergeï Khrouchtchev* – Le 04 juin 2014 – Site voltaire.net

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Sergeï Khrouchtchev est directeur de recherche à l’Institut d’études internationales Watson à l’université Brown et conseiller auprès du musée de la Guerre froide. Il est le fils de l’ex-Premier ministre Nikita Khrouchtchev.

* * * * *

Selon Sergueï Khrouchtchev, la Crimée n’a jamais fait partie de l’Ukraine pour des raisons autres que bureaucratiques. En réalité cette terre est russe depuis des siècles, et Washington a tort d’en faire une telle pomme de discorde contre Moscou.

Le 16 mars 2014, le référendum de Crimée s’est déroulé sans le moindre combat ni affrontement, sur lesquels Kiev et Washington comptaient pourtant pour discréditer ce processus électoral.

En conséquence, le référendum eut lieu sans incident notable : 83 % de la population votèrent. Et sur ce nombre, 96,7 % — Russes, Ukrainiens et même quelques Tatars — se prononcèrent pour la sécession de la Crimée et pour son annexion par la Russie. Le scrutin fut surveillé par 135 représentants de 23 pays ainsi que par 240 observateurs de la société civile et des partis politiques de Crimée.

Tous confirmèrent à l’unanimité n’avoir remarqué aucune irrégularité notable ; ils confirmèrent également que toute la population avait pu voter librement, sans subir la moindre pression.

Pendant toute la nuit, sur les places de Simferopol, la capitale criméenne, et ailleurs en Crimée, les gens se sont réjouis, ont ri, se sont embrassés, ont dansé, ont tiré des feux d’artifice. À Kiev, tout le monde faisait grise mine.

Et à Washington, les cerveaux de l’administration Obama se demandaient fébrilement ce qu’ils allaient bien pouvoir trouver d’autre pour donner du fil à retordre à ces Criméens récalcitrants. Compte tenu de leur expérience en la matière, il leur viendra forcément une idée. Après tout, cela fait longtemps que les Irakiens, les Iraniens, les Syriens, les Libyens et les Libanais ont cessé de faire la fête.

 

Liens illusoires

Ce que les Criméens désiraient par-dessus tout, c’était briser les liens illusoires qui les attachaient à l’Ukraine. Entre l’Ukraine et la Crimée, en effet, le divorce est houleux : ces vingt dernières années ont été marquées par une tension continuelle, culminant par un scandale qui a progressivement impliqué plusieurs autres pays. Certains prirent le parti de l’Ukraine et d’autres non. Qui a tort, qui a raison ? Il est difficile de trancher.

Il n’en demeure pas moins qu’à cause de ce scandale, la Crimée et l’Ukraine sont devenus des sujets de conversation courante. Et pourtant, bien peu connaissent l’historique de cette situation.

C’est pourquoi je commencerai par évoquer l’histoire. La Crimée est une presqu’île sur la côte nord de la mer Noire, reliée au continent européen par un isthme étroit. Il y a 2 500 ans, les Grecs y établirent une colonie qui incluait la partie occidentale de la péninsule, où ils fondèrent le port de Chersonèse, l’actuelle Sébastopol.

Rappelez-vous ce nom : nous y reviendrons. Plus tard, les Romains succédèrent aux Grecs, et après eux la péninsule resta inhabitée pendant quelque temps.

Durant cette période de désertion, en 854, les Vikings établirent un comptoir sur les rives du Dniepr, fleuve qui traverse le continent européen du nord au sud. Il était en effet plus facile pour eux d’emprunter ce fleuve pour atteindre Byzance et ses richesses que de contourner l’Europe sur des mers capricieuses.

Peu à peu, ils soumirent les tribus locales, et c’est ainsi que naquit l’ancien royaume de la Russie kievienne. Ce royaume s’étendit progressivement jusqu’à atteindre la Crimée. Mais tout s’effondra d’un seul coup en 1240, lors de la prise de Kiev par les Mongols, qui laissèrent la cité en ruine. Elle le resta pendant de nombreuses années.

Tandis que les rives du Dniepr restaient orphelines, les Génois s’installaient en Crimée. Un siècle plus tard, Kiev, récemment reconstruite, tomba sous l’autorité d’une puissance émergente, la République des Deux Nations, née de l’union du royaume de Pologne et du grand-duché de Lituanie. Durant cette période, qui s’étendit jusqu’au XVe siècle, apparut au nord-est l’État de Moscou, qui intégrait les vestiges de l’Empire mongol.

Les Tatars envahirent la Crimée en 1428, en chassèrent les Génois et s’y installèrent définitivement. Mais qui sont donc ces Tatars ? Ils constituent l’un des héritages de l’expansion mongole. Genghis Khan, qui souhaitait préserver les soldats mongols de son armée, envoyait sur les lignes de front des hommes choisis parmi les peuples conquis.

Or les Tatars figuraient parmi les premiers de ces peuples soumis par Gengis Khan. Depuis cette conquête, il les faisait batailler tout autour du monde. Après l’éclatement de son empire, certains Tatars retournèrent dans leur patrie, tandis que les autres s’installaient où ils se trouvaient : par exemple au bord de la Volga — ce sont les Tatars d’Astrakhan et de Kazan — et à Crimée.

Les Tatars de Crimée étaient de proches alliés de l’Empire ottoman ; en tant que tels, ils combattirent la Russie et la Pologne, qui à cette époque contrôlaient le territoire correspondant à l’Ukraine d’aujourd’hui.

Entre-temps, des serfs russes et polonais en fuite s’étaient installés sur l’île de Hortitsa, sur le Dniepr, et s’étaient donné le nom de Cosaques. Vivant de pillages, ils attaquaient tantôt les Tatars, tantôt les Polonais. Avec le temps, leur puissance ne fit qu’augmenter, et les Cosaques devinrent une force très organisée, en conflit constant avec la Pologne.

 

Deux Ukraines ?

Dans le deuxième quart du XVIIe siècle, les Cosaques, sous le commandement de Bogdan Khmelnytsky, attaquèrent une nouvelle fois la Pologne, mais ils furent vaincus. Khmelnytsky réussit à sortir de l’impasse en signant avec le tsar russe, en 1654, un traité qui mettait l’est de l’Ukraine sous la protection de Moscou.

La partie occidentale de l’Ukraine resta aux Polonais, passa ensuite sous l’autorité de l’Empire austro-hongrois, puis fut de nouveau récupérée par la Pologne. En conséquence, les Ukrainiens se trouvèrent divisés entre deux branches : celle de l’Est et celle de l’Ouest.

Indépendant de la Russie mais non de l’Empire ottoman, le khanat de Crimée exista jusqu’en 1783, année où il fut conquis par l’armée de l’impératrice Catherine II de Russie, qui établit un port à l’emplacement de l’antique Chersonèse pour y accueillir sa flotte russe de la mer Noire. Ce nouveau port reçut le nom de Sébastopol. Dès lors, l’Ukraine et la Crimée firent partie de l’Empire russe unifié. La Crimée, avec son climat doux et ses plages de galets, devint une destination de prédilection pour tous les Russes, qu’ils fussent tsars, aristocrates ou même simples sujets, pourvu qu’ils en eussent les moyens.

Tout cela continua jusqu’à la Première Guerre mondiale, plus précisément jusqu’en 1917, lorsque la Révolution russe détruisit le régime tsariste et abolit ses lois. Une époque, aussi, où tout semblait possible. Les régions de la périphérie en profitèrent, et l’Ukraine n’y fit pas exception : elle déclara son indépendance.

Sur la carte de l’Europe, il y avait en fait deux Ukraines : une Ukraine orientale avec Kiev pour capitale et une Ukraine occidentale qui était le territoire reconquis sur l’Empire austro-hongrois pendant la guerre. Mais tout changea en mars 1918, lorsque les bolcheviques signèrent avec l’Allemagne un traité par lequel ils lui concédaient l’Ukraine.

Comme il est impossible d’occuper un territoire sans frontières, les généraux allemands dessinèrent les limites de l’Ukraine selon leur propre conception, et ils y inclurent la Crimée. Ils y firent entrer leur armée, étouffèrent dans l’œuf l’indépendance de l’Ukraine et se préparèrent à y rester un bon bout de temps.

Cependant, en 1918, l’Allemagne fut défaite par l’Entente cordiale et son armée fut forcée de quitter l’Ukraine. L’Ukraine devint alors une république soviétique et participa à l’édification de l’Union, mais sans la Crimée, qui s’était intégrée à la République socialiste fédérative soviétique de Russie.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’Ukraine récupéra les régions occidentales et acquit les frontières que nous lui connaissons aujourd’hui. Sur le fleuve Dniepr, l’une après l’autre, des centrales hydroélectriques furent construites. En 1950, ces installations atteignirent le cours inférieur du fleuve. Il fut alors décidé que l’eau du barrage de la centrale hydroélectrique de Kakhovka ne servirait pas tant à produire de l’électricité qu’à irriguer les terres arides de l’Ukraine méridionale et de la Crimée.

À la fin de 1953, lors de la préparation du plan quinquennal de 1955 à 1960, ce système prévoyait deux canaux d’irrigation : le canal d’Ukraine du Sud et le canal de Crimée du Nord. Le premier devait traverser tout le territoire ukrainien, tandis que le second partait de l’Ukraine pour se terminer en Crimée, c’est-à-dire en République fédérale socialiste de Russie. Les planificateurs estimèrent que dans ces circonstances, l’autorité sur la construction devait être partagée en deux, ce qui risquait de compliquer et de ralentir le processus. Ils proposèrent donc au gouvernement la solution suivante : étant donné que le canal traversait le territoire ukrainien sur sa plus grande longueur, la partie restante, ainsi que le reste de la péninsule de Crimée, passerait de l’autorité de Moscou à celle de Kiev.

Mon père, Nikita Khrouchtchev, alors dirigeant de l’Union soviétique, approuva cet argument, d’autant plus aisément qu’une commémoration historique se profilait à l’horizon de février 1954 : le tricentenaire du rattachement de l’Ukraine à la Russie. Le Haut Conseil de la République fédérale de Russie décida donc de faire passer la Crimée sous autorité ukrainienne. Ainsi, la péninsule passa sous la juridiction de Kiev, mais cette passation n’était que formelle. En réalité, la Crimée continuait d’appartenir à l’Union soviétique et restait comme avant la destination de vacances des Russes.

 

La fin de l’Union soviétique ?

Comment se termina tout cela ? À la fin de 1991, une atmosphère de révolution planait en Union soviétique. Les républiques soviétiques, y compris l’Ukraine, commençaient à parler d’indépendance. Elles ne se contentaient d’ailleurs pas d’en parler : elles passèrent à l’acte, fût-ce en dépit de la Constitution. Les présidents de trois républiques soviétiques se réunirent un jour dans la forêt de Bialowieza : Boris Eltsine (Russie), Leonid Kravtchouk (Ukraine) et Stanislaw Chouchkievitch (Biélorussie). Tous trois s’accordaient sur le fait que le président de l’Union soviétique alors en exercice, Mikhaïl Gorbatchev, leur tapait sur les nerfs. Ils décidèrent de se débarrasser de lui et de l’Union soviétique en même temps.

Avant de signer le document, ils se mirent à table pour déjeuner. Mais, ainsi que Leonid Kravtchouk le confia dans une interview, il restait une incertitude : que faire de la Crimée ? Officiellement, elle faisait partie de l’Ukraine, mais en réalité… Il entreprit de poser la question à Eltsine, mais à ce moment précis ce dernier n’était pas d’humeur à s’occuper du problème. Il n’avait qu’une chose en tête : chasser Gorbatchev du Kremlin. Il était là, assis, avalant verre sur verre, devant le pauvre Kravtchouk qui remettait sans cesse la Crimée sur le tapis. Eltsine lui fit signe de s’en aller. Kravtchouk n’insista plus et partit, la Crimée sous le bras : la péninsule devint une région autonome au sein de l’Ukraine indépendante. Cependant, elle ne fit jamais complètement partie de l’Ukraine et se sentit toujours marginalisée dans ce nouvel État.

Tout cela aurait pu continuer indéfiniment, mais c’était sans compter sans la révolte dite « de Maïdan ». À la fin de 2013, les Ukrainiens de l’Ouest, mécontents du président Viktor Yanoukovitch, se rassemblèrent à Kiev sur la place Maïdan et renversèrent l’autorité abhorrée des Ukrainiens de l’Est. Le président parvint à s’échapper tandis que les insurgés, faisant fi de la Constitution, prirent le pouvoir. La Crimée se hâta de profiter des événements : en effet, puisqu’un coup d’État anticonstitutionnel pouvait avoir lieu à Kiev, pourquoi ne pas faire la même chose en Crimée ? Ils annoncèrent donc un référendum sur leur sécession de l’Ukraine.

Constitutionnellement, une telle action est illégale, mais selon la même constitution, le gouvernement actuel de Kiev est tout aussi illégal. Cela n’a pas empêché tout le monde de le reconnaître, jusqu’au président des États-Unis. Alors pourquoi les Criméens auraient-ils moins le droit d’en faire autant ? Ce référendum de Crimée, en vérité, n’a pas moins valeur d’autorité que le gouvernement de Kiev.

La Crimée n’est pas, et de loin, la première entité à conquérir ainsi son indépendance, et n’est certainement pas la dernière. Par le passé, les États-Unis se sont affranchis de l’Empire britannique, et le Kosovo, plus récemment, s’est séparé de la Serbie. En vérité, c’est ainsi que de nombreuses nations sont devenues indépendantes, de l’Abkhazie à l’Algérie en passant par le Haut-Karabakh, le Timor-Oriental, l’Ossétie du Sud, la Tchécoslovaquie — qui s’est divisée en République tchèque et en République slovaque —, et peut-être bientôt l’Écosse (qui se prononcera bientôt par référendum sur son indépendance).

Et en 1991, c’est contre la Constitution soviétique que l’Ukraine a acquis son indépendance. La liste ne cesse de s’allonger, c’est un processus naturel du développement dynamique du monde : quand les uns déclarent leur indépendance, les autres en perdent leurs colonies et les régions qu’ils ont soumises. C’est un processus douloureux, mais à la longue nous nous y sommes habitués. Cependant, lorsque le scandale international de la Crimée a éclaté, il a entraîné dans son tourbillon des pays qui, jusqu’en 2014, ignoraient pratiquement tout de cette péninsule.

 

Théories infondées

Et pourquoi ce tourbillon ? Parce que les États-Unis en avaient décidé ainsi, raisonnant selon des théories de leur cru sans tenir compte des réalités internationales. Par exemple, il fut un temps où les États-Unis souscrivaient avec enthousiasme à la théorie des dominos, qui peut s’énoncer ainsi : si les États-Unis perdent une seule nation de leur zone d’influence, cela provoquera instantanément l’effondrement du monde entier. Ainsi qu’on le comprit plus tard, cette théorie n’était même pas une théorie mais bien une fantasmagorie. Et pourtant cette fantasmagorie a causé la perte d’innombrables vies états-uniennes et dans le reste du monde.

Et maintenant, les États-Unis sont en proie à une autre fantasmagorie : s’ils laissaient, croient-ils, une seule des anciennes républiques satellites de l’Union soviétique se rapprocher de la Russie, alors cette Union se reformerait, provoquant le retour de la Guerre froide. L’impossibilité d’un tel scénario, au bout de vingt-cinq ans d’indépendance de ces républiques, ne les effleure même pas. Pour les États-uniens, le fantasme semble l’emporter sur la réalité.

Et naturellement, chacun peut voir les efforts faits par les États-Unis pour démontrer que le monde d’aujourd’hui n’est autre que le « monde américain » : c’est Washington qui décide de tout, de qui est méritant et de qui ne l’est pas. C’était ainsi, jadis, au temps de la Pax Romana. Jusqu’à la chute de Rome, bien entendu.

Et donc, les États-Unis dictent leur bon vouloir, qui est pour une large part le produit de leurs intérêts domestiques et reflète les luttes internes entre leurs différentes forces politiques. Ils imposent leur volonté au reste du monde et ne reculent jamais de leur position, pas même d’un centimètre, même si cette position est totalement erronée.

En outre, le président Barack Obama passe, à tort ou à raison, pour un président au caractère faible, ce qui donne l’impression que le moindre événement qui se produit dans le monde implique de facto les États-Unis. Je ne sais pas si Barack Obama est fort ou faible, et personnellement je le trouve assez sympathique, mais la faiblesse ou la force d’un homme politique est un élément de toute première importance dans la vie politique mondiale.

Un homme politique fort, un leader fort, n’a besoin de prouver ni à lui-même ni à son entourage politique ce qui est évident pour tout le monde. Il se sent libre de ses mouvements, participe aux négociations avec ses opposants, cherche à faire comprendre sa position et à comprendre celle de ses interlocuteurs. Il est prêt à faire des compromis raisonnables et parvient toujours à une décision, même dans les situations les plus extrêmes. L’attitude du président John F. Kennedy et de Nikita Khrouchtchev, président du Conseil des ministres — deux hommes politiques au caractère trempé —, lors de la crise des missiles de Cuba est un bon exemple d’une telle force : tous deux réussirent à trouver une solution dans des conditions acceptables de part et d’autre.

Un homme politique au caractère faible cherche constamment à démontrer à son entourage et à lui-même qu’il n’est pas réellement ce que les autres pensent de lui. Il cherche à prouver sa force, qui en réalité ressemble davantage à de l’obstination. S’il change d’avis après avoir fait une déclaration, il ne fait que prouver sa faiblesse, d’autant plus qu’il évite les négociations d’homme à homme parce qu’il les redoute.

Au lieu de cela, il envoie des émissaires chargés de consignes rigides et inflexibles, trace sans arrêt des lignes rouges, recourt à la menace et aux sanctions, et exige la capitulation de son vis-à-vis : c’est là un mode de négociation vain et contre-productif. En effet, la capitulation ne saurait être acceptée par aucune nation qui se respecte.

Par conséquent, l’homme politique faible a tendance à précipiter immédiatement la situation dans un conflit au lieu de trouver une solution. Il n’agit ainsi que pour prouver, à lui-même et à autrui, sa puissance illusoire, et pour cela il est prêt à sacrifier des milliers de vies humaines. Il est prompt à imposer des sanctions qui causeront la souffrance de millions d’êtres humains. Ce faisant, il ne nuit pas seulement au partenaire-opposant, mais aussi à son propre pays. C’est pourquoi les sanctions ne se contenteront pas de frapper l’ennemi : elle priveront aussi les États-Unis de millions de clients potentiels. Tout cela pour prouver une chose et une seule : qu’il n’est pas un président faible.

 

Leçons de l’histoire

Je le répète : je ne sais pas si Obama est un homme politique au caractère faible, mais la situation « sans compromis » qu’il est en train de bâtir autour de la Crimée correspond au modèle que je viens de décrire. Le président états-unien a délibérément œuvré pour former une coalition gouvernementale qui ne reconnaît pas les droits du peuple. Et cela contredit le principe même qui a été érigé par ses propres prédécesseurs.

Souvenons-nous de Woodrow Wilson, qui affirma le droit de chaque nation à l’autodétermination et à la formation d’un État souverain. Ou le président Clinton, qui n’hésitait pas à recourir à la force militaire pour convaincre Slobodan Milosevic d’accorder aux Albanais du Kosovo le droit de se constituer en État.

À présent, tout va dans le sens opposé. Le peuple de Crimée est menacé de sanctions et de représailles directes de l’autorité de Kiev. Et parce qu’elle déclare son soutien à la Crimée, la Russie aussi est menacée de sanctions. Une telle politique a-t-elle des chances de réussir ? J’en doute. Je crois plutôt qu’elle aura l’effet inverse : elle intensifiera la lutte pour l’indépendance du peuple criméen et encouragera la Russie à témoigner encore plus fermement son soutien à cette lutte. Rappelons-nous comment, au XIXe siècle, la Russie avait fermement affirmé son soutien au mouvement de libération des Bulgares contre le joug turc.

Quant aux sanctions, elles sont évidemment pénibles, mais l’exercice d’une telle pression est une insulte au sentiment national et ne fera qu’inciter les Russes à manifester une résistance encore plus radicale. Un tel phénomène s’est déjà produit plus d’une fois dans l’histoire.

Pendant la guerre de Crimée (1853-1855), Sébastopol résista à un long siège mené conjointement par les Anglais, les Français et les Turcs ; et en 1941 et 1942, la ville résista à l’armée allemande pendant presque une année. Dois-je également rappeler le siège de Leningrad, qui dura neuf cents jours ? Les assaillants s’appuyaient, là aussi, sur la certitude d’une capitulation, mais les assiégés en décidèrent autrement et finirent par l’emporter. Et maintenant, ces sanctions…

 

Bénéfices financiers pour tout le monde ?

Il y a un point positif dans cette triste histoire : les lourds nuages venus de Crimée ont provoqué une pluie d’or sur l’Ukraine. Celle-ci a reçu de l’Occident plus de subsides financiers qu’elle ne pouvait en rêver. Le nouveau gouvernement est-il capable de s’en servir intelligemment ? Cela, c’est une autre histoire. Et s’ils se mettaient tout dans les poches ?

La Maison-Blanche, qui n’a pas perdu de temps, a officiellement reconnu le gouvernement autoproclamé du Maïdan ; Obama a même accueilli en personne son Premier ministre et l’a couvert de largesses.

La Crimée, de son côté, n’est pas en reste. Comme elle n’a connu pratiquement aucun investissement durant les vingt dernières années, son

infrastructure est exsangue. À la Russie désormais de reconstruire la Crimée !

Et les Tatars aussi ont eu leur part du gâteau. Le Parlement russe a promis de leur accorder les importants privilèges politiques et culturels qu’ils avaient déjà sollicités de Kiev sans le moindre effet. Bien entendu, une autonomie du peuple tatar en Crimée est impossible, car ils ne représentent que 12 % de la population, mais la Russie leur garantit une représentation adéquate dans toutes les institutions gouvernementales ainsi que la légalisation à leur profit des terres qu’ils avaient réquisitionnées illégalement et sur lesquelles ils continuaient de vivre sans aucun droit ni garantie.

Concernant les accusations et les insultes lancées au président Vladimir Poutine, voyons la question d’un peu plus près. Il y a vingt-cinq ans, son prédécesseur Mikhaïl Gorbatchev s’était tourné résolument vers l’Ouest, avait fait allégeance aux valeurs occidentales et à la bienveillance des États-Unis. Boris Eltsine avait adopté la même politique, et même Poutine l’avait fait durant les premières années de son mandat.

Or les États-Unis ne tinrent aucune des promesses faites à la Russie, écrites ou verbales. Ils avaient promis que l’OTAN ne pénétrerait jamais en Europe de l’Est, et que voit-on aujourd’hui ? La Russie a soutenu la guerre états-unienne en Irak et même l’intervention en Libye, qui avait pour objectif un changement de régime. Quel fut le résultat ? Les entreprises russes furent éliminées des marchés de ces pays.

De la Russie, les États-Unis attendent une obéissance inconditionnelle, sans de leur côté faire le moindre geste pour défendre les intérêts russes. Et par-dessus le marché, ils la menacent de sanctions. Tout se passe comme s’ils avaient considéré l’amitié russo-américaine comme une relation où la Russie resterait un petit pays dans l’orbite états-unienne. Se peut-il que Poutine en ait eu assez, tout simplement ?