Archives du mot-clé oligarchie

Entre peur, raison et détermination

1/ Mon billet écrit ce 28 avril, avant l’intervention de Jean-Luc Mélenchon dans le numéro 26 de la Revue de la semaine

Je suis de plus en plus inquiet. J’ai peur. Oui, je vous l’avoue : j’ai peur. Mais je ne suis pas gouverné par elle. Je réfléchis, j’analyse et je m’interroge. Et surtout, je me prépare à résister et surtout oui surtout à contre-attaquer. La France insoumise est notre plus précieux outil de reconquête.

En attendant d’aller plus avant dans cette reconquête que nous avons déjà bien entamée, je vais vous dire ce qui me fait si peur aujourd’hui.

D’un côté on a, avec Macron, le symbole, la caricature, le summum, le point paroxystique de tout ce que les Insoumis abhorrent, de tout ce contre quoi nous ne cessons de lutter depuis des décennies, voire depuis des siècles. Certains parlent de lutte des classes, d’autres de lutte du peuple contre les oligarchies.

De l’autre, on a, avec Le Pen, la représentante d’idées parfois nauséabondes faites de racisme, d’égoïsme, de xénophobie et de préférence exacerbée pour les Français, surtout s’ils sont blancs et catholiques. Elle attise la haine des Français contre d’autres Français et contre les étrangers présents sur notre sol ou pouvant y arriver. Tout ceci, à nos yeux, fait d’elle non pas une adversaire mais une ennemie. C’est le discours officiel de notre camp et nous y adhérons.

Mais pour autant, depuis que Marine Le Pen a pris la responsabilité de son parti, elle l’a fait quelque peu évoluer. Le FN de Marine n’est plus le FN de Jean-Marie. En tout cas pour la vitrine. Et c’est tout le problème. Nous, nous savons ce qu’il y a derrière. Nous savons que le FN officiel dissimule dans ses arrière-boutiques le pire de la France : les milices armées qui n’attendent que le jour J pour défiler dans nos villes et y faire “leur” nettoyage (depuis le temps qu’ils attendent ce jour…), les gros cons lobotomisés qui n’ont aucun esprit et aucun coeur, qui ne voient l’autre (que celui-ci soit noir, arabe, chinois, musulman ou je ne sais quoi) que comme un ennemi de l’intérieur contre lequel il faudrait mettre en oeuvre une attaque préventive afin d’éviter qu’il ne “détruise” la France, la “civilisation occidentale”, “nos valeurs”… Tout cela, nous le savons et nous le craignons.

De même, nous savons aussi, parce que le FN a dirigé des communes dans les années 90 et 2000 et qu’il en dirige aujourd’hui, qu’il n’y a pas que les étrangers ou les Français non blancs et non catholiques qui sont leurs cibles. Tout ce qui concourt à la culture, à l’éducation, au vivre-ensemble est suspect à leurs yeux. Et ils adoptent donc toujours des décisions réactionnaires car ils ne tolèrent pas l’évolution de la civilisation au plan des moeurs comme ils ne tolèrent pas non plus l’avènement de droits nouveaux pour les citoyens. Quant au respect des droits de l’homme (au sens d’être humain), ils méprisent cette philosophie qu’ils désignent comme droit-de-l’hommisme signifiant que pour eux ce n’est pas quelque chose qui mérite d’être pris en considération. Le féminisme est absent de leur idéologie. De même que la conscience environnementale ou celle du respect que l’on devrait aux animaux.

Tout cela étant dit, il y a bien d’autres sujets, fondamentaux, sur lesquels le discours de Marine Le Pen et de certains de ses proches paraît bien plus républicain qu’on ne le dit. J’ai bien dit “paraît”. Ne venez pas me faire un mauvais procès… Je ne fais pas la propagande du FN. Mais je dis ma peur que son discours porte bien plus loin qu’on ne le croit, surtout quand il faut choisir entre lui et celui de Macron et de son monde…

Dans cette vidéo, Marine Le Pen joue sur le rassemblement du peuple contre l’oligarchie et ce discours étayé, truffé d’exemples concrets, est un discours qui ne peut que porter, hélas !

Les sondeurs nous assurent d’une victoire écrasante de Macron. Et pourtant, dans le même temps, on nous presse de toutes parts de ne pas faire un autre choix que celui de voter pour Macron. N’y aurait-il pas comme une incohérence ? Si Macron est en situation de gagner à coup sûr, à quoi bon voter pour lui ? Ne serait-ce pas parce que sa victoire ne peut être acquise que si l’immense majorité des électrices et électeurs de Mélenchon se reportent sur lui ?

Cruelle question, n’est-ce pas pour nos ennemis ? Parce que oui, je considère Macron et son monde comme nos ennemis… de classe mais pas que. Par leur action atlantiste et européiste à outrance, lui et son monde pourraient être dénoncés comme une “anti-France” mais fort heureusement cette expression n’est pas des nôtres donc je ne l’utiliserai pas. Mais d’autres que moi ont pu évoquer certaines décisions de Macron qui seraient de nature à être regardées comme des actes de haute trahison…si l’incrimination de ce crime suprême contre l’État et contre le peuple français n’avait pas été supprimée par Sarkozy il y a quelques années…

Et ce crime pourrait aussi être établi par d’autres décisions stratégiques du Président Hollande, de ses deux Premiers ministres Ayrault et Valls, et de pas mal de ses ministres ou conseillers…

Jusqu’à preuve du contraire, Marine Le Pen n’est pas coupable de crime de ce genre. On dit, depuis deux décennies, que son parti est anti-Républicain et qu’il est un danger majeur pour la République. On le dit aussi “fasciste” mais alors pourquoi ne l’a-t-on jamais interdit et dissout comme on a dissout les ligues fascistes dans les années 30 ? Soit parce qu’on n’a aucune preuve concrète d’une telle accusation, soit parce que ce parti sert l’oligarchie comme épouvantail. Sauf que les moineaux ont de moins en moins peur. Ils se sont tellement habitués à sa présence que certains y ont fait leur nid…

Comme ceux qui hurlent au danger FN depuis des années non seulement l‘ont laissé en vie mais en outre ont nourri la bête avec leurs politiques anti-sociales d’une part, et leurs calomnies contre les alternatives populaires républicaines d’autre part, ils n’ont plus aucune crédibilité aujourd’hui pour crier une nouvelle fois “au feu”. Si la maison brûle, c’est à cause d’eux, et d’eux seuls !

Je me range au côté de celles et ceux qui refusent de voir dans le FN un parti “fasciste”. les mots ont un sens et tous ceux qui utilisent ce terme à contre-temps ou à mauvais escient devraient retourner étudier l’Histoire des fascismes…

Sans doute le FN est-il un parti détestable mais je ne crois plus qu’il menace la République. Il existe depuis des décennies et jamais il n’a intenté quoi que ce soit contre elle. Quand il a accédé au pouvoir, ce fut par les urnes. Et chaque fois qu’il fut battu, il se plia à la démocratie.

Quant à certaines de ses propositions politiques les plus détestables, ce sont des Républicains du RPR ou de l’UMP puis des “Socialistes” qui les ont mises en oeuvre. Jamais on ne les a pour autant définis eux comme des fascistes ou comme des menaces contre la République.

Je ne défends pas le FN mais une certaine raison qui semble s’être égarée dans quelques esprits fébriles ces derniers jours.

Si l’on ne voulait pas se retrouver dans la situation qui est celle où le FN est aux portes du pouvoir, il fallait agir pour améliorer la vie des Français ordinaires, faire progresser leurs salaires, améliorer leurs conditions de vie, perfectionner la démocratie, défendre la souveraineté nationale et populaire, refuser d’être le nouveau caniche des États-Unis, refuser l’hostilité ouverte à la Russie, défendre la voix de la France dans la monde.

Au lieu de tout cela, nos gouvernants, depuis 2002, n’ont eu de cesse de libéraliser l’économie et la société et donc de jeter de plus en plus de Français dans la pauvreté ou la précarité tout en laissant un tout petit nombre s’enrichir chaque jour davantage. Les politiques mises en place ont contribué à ce que des gens déjà fragilisés affrontent d’autres gens encore plus malheureux. Si les idées d’extrême droite font s’opposer les nationaux aux étrangers et les nationaux entre eux quel que soit le pays en cause, les politiques libérales ont exactement le même effet. Comment peut-on aujourd’hui convaincre que Le Pen serait pire que Macron ? C’est impossible. Personne ne peut plus gober les éternelles mises en garde.

En outre, aujourd’hui, je regrette de constater que c’est Macron qui nous menace d’une guerre civile et d’une guerre générale bien plus que Marine Le Pen.

Et nous qui soutenons Mélenchon et la France insoumise avons été très sensibles en particulier à son discours sur la paix. Nous sommes tous effrayés de la menace de guerre généralisée que l’OTAN fait peser sur l’Europe et sur le monde.

Plus encore que les questions économiques qui nous divisent, la question géopolitique est la plus fondamentale entre toutes car si la guerre éclate pour de bon en Europe, à cause de nouvelles provocations contre la Russie, ou parce que la Russie finirait par réagir une bonne fois pour toutes aux menaces de plus en plus ouvertes que l’OTAN fait peser sur elle, plus rien d’autre ne compterait et nous serions tous décimés par milliers, par dizaines de milliers, peut-être même dans des proportions bien plus grandes encore. Personne n’ignore les dévastations des conflits mondiaux précédents.

Or Marine Le Pen, depuis des années, s’est engagée à nous sortir de l’OTAN. Et elle ne cesse de dénoncer le bellicisme états-unien et otanien. On peut lui reprocher, et nous l’avons fait à juste titre, d’être allée rencontrer Poutine mais cela a une signification puissante en termes de géopolitique. Elle a fait passer un message : elle ne sera pas le larbin, le caniche des États-Unis et de l’OTAN. Et elle apaisera la relation entre la France et la Russie. Quels que puissent être nos convictions personnelles, aussi bien quant au FN, que quant à ce qu’il faut faire en France, ou encore quant à notre diplomatie, nous tous avons intérêt à la paix et à une relation apaisée avec la Russie. Mélenchon n’a cessé de le dire lui-même !

Enfin, quand elle parle de souveraineté, elle vient au coeur du problème politique, celui-là même qui, selon de nombreux intellectuels, explique pour l’essentiel les raisons de la montée du FN depuis des années et son maintien à un très haut niveau.

Le FN a, pour une large part, endossé à lui seul, le discours “souverainiste”. Il ne fut, pendant de longues années, contesté par personne. Tout le monde, de gauche à droite, était pro-européen et donc pro-Union européenne. Alors même que le peuple ne cessait de subir, chaque jour davantage, les ravages de l’action de l’UE. Les politiques mises en oeuvre dans le cadre de l’UE ont détruit nos emplois, démantelé notre industrie, sinistré notre démocratie, instillé la haine entre les peuples et voilà maintenant qu’elles menacent même la paix.

Il est plus que temps – il y a urgence – à en sortir. Jean-Luc Mélenchon, très vite après avoir déclaré sa candidature début 2016, a décidé de faire évoluer son discours sur le sujet et plutôt que de “changer l’Europe”, sempiternel slogan devenu complètement creux et perçu comme une véritable escroquerie, il a choisi d’abord de prôner la “désobéissance” aux traités puis carrément la “sortie” de ceux-ci.

C’est dès lors qu’il a commencé à être entendu par le peuple français. Ce n’est pas seulement à cause de l’intérêt de ses propositions économiques et sociales, ou des nouvelles idées révolutionnaires en termes d’écologie, qu’il a gagné le plus de soutiens selon moi. C’est parce qu’il a changé le discours que nous portions sur l’UE. Nous avons enfin osé assumer de dire que l’UE était devenue néfaste. Qu’elle nous opprimait en plus de nous martyriser. Evidemment les expériences chypriote d’abord, grecque ensuite, ont aidé à ce que le discours soit compris. Et puis 2005 résonnait de plus en plus fortement dans toutes nos têtes, surtout depuis que 2005 avait été “concrétisée” par le scélérat Traité de Lisbonne puis par la duperie de Hollande. Après le scélérat Traité de Lisbonne, plusieurs autres accords tout aussi scélérats furent adoptés. Et le président de la Commission européenne, ancien Chancelier du paradis fiscal Luxembourgeois, avec sa fameuse saillie, a ouvertement dit au monde ce que c’était que cette construction européenne. Dès lors, l’immense majorité des yeux se sont dessillés. Il n’y a plus que quelques naïfs indécrottables (j’aurais pu dire “idiots”) pour croire encore que l’UE est bienfaitrice.

Jean-Luc Mélenchon a adopté un discours sans doute habile pour gérer la contradiction qui demeurait entre ceux qui voulaient se libérer de l’UE et ceux qui craignaient encore les conséquences d’une sortie. En outre, ce discours basé sur une stratégie en deux temps, permettait de discuter avec nos partenaires, et plusieurs sommets du plan B nous ont permis de faire se rapprocher les uns et les autres au plan des mouvements de gauche européens.

Certains auraient préféré un discours assumé de sortie. J’en étais et pourtant j’ai adhéré aussi au discours de Mélenchon. Car il avait notamment le mérite de nous faire gagner du temps et de ne pas dévoiler tout notre jeu. Je suis convaincu que Mélenchon avait des cartes à jouer et certaines stratégies à mettre en oeuvre qu’il n’avait pas rendues publiques.

Et puis les partisans acharnés de la sortie avaient un candidat en la personne d’Asselineau. Ils ont pu le choisir. Hélas pour lui, en plus de tout ce qu’on peut lui reprocher, sa stratégie de sortie par l’article 50 était peu convaincante.

Jean-Luc Mélenchon, avec le plan B, avait annoncé la couleur. Soit on nous entend, soit nous sortons de l’UE. Et si nous sortons, nous ne sortirons sans doute pas seuls !

Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon est un des non qualifiés pour le second tour. On a manqué de peu de réussir ce défi. Mais l’Histoire ne s’arrête pas au 23 avril, ni au 7 mai, quel que soit le résultat final. Je m’en suis déjà expliqué dans plusieurs billets publiés depuis lundi auxquels je renvoie.

Aujourd’hui, je voulais vous parler de ma crainte quant au résultat final du 7 mai. Oui, j’ai un puissant pressentiment que le candidat donné gagnant de longue date risque, au final, de subir le même rejet massif que Clinton il y a quelques mois.

Nous savons ce que représente Le Pen. Nous savons combien elle dissimule sans doute ses véritables intentions. Mais avec un discours tel que celui que l’on entend dans le message qu’elle a diffusé à l’intention des Insoumis, et son habileté à se présenter du côté du peuple et des salariés, quand l’autre a choisi son camp (les banques, le CAC40, les membres de la caste oligarchique), qu’il a derrière lui tout le musée des horreurs du PS, des medias, du show-bizz, sans oublier que c’est le favori de Merkel, de Juncker et de tous les pouvoirs extérieurs à notre pays qui nous subjuguent depuis tant d’années, à le voir et à l’entendre multiplier les provocations, convaincu qu’il est de sa victoire certaine, je pense de plus en plus que Marine Le Pen peut tout à fait finir par lui passer devant, sinon dans les sondages, du moins dans les urnes.

Si j’avais envie de voter pour elle – ce qui n’est pas le cas puisque je choisis l’abstention – je ne le dirais à personne pour que les sondeurs et les medias ne voient pas venir la chose, mais je mettrais son bulletin à elle dans l’urne le 7 mai. Je crois bien que c’est ce qui nous guette. Que la même surprise qui a joué aux États-Unis joue cette fois en France, parce que les mêmes causes ont toutes les chances de produire les mêmes effets.

Macron est trop détesté par le peuple pour qu’il puisse être élu. Sauf à truquer massivement les opérations électorales !

Le “front républicain” a trop l’apparence d’un sauve-qui-peut du système pour que la majorité du peuple joue encore ce jeu-là. Sauf à truquer massivement les opérations électorales !

Entre l’abstention qui sera forcément massive, sans aucun doute record pour une présidentielle, le nombre de bulletins blancs et nuls qui va exploser, et le vote pour Le Pen qui va inévitablement progresser nettement, je commence à discerner que dimanche 7 mai au soir les résultats ne seront pas ceux que l’on dit aujourd’hui.

Je crois cela d’autant plus que les discours de ces derniers jours ne peuvent que donner la rage à un nombre inestimable d’électrices et d’électeurs tout à fait Républicains, et démocrates, tout à fait humanistes, tout à fait étrangers au racisme, mais qui perçoivent bien que Macron est celui qui nous infligera sans doute les pires souffrances en plus de nous menacer comme jamais de nous entraîner dans la ou les prochaines guerres de l’OTAN et des Etats-Unis. Il a été très clair aussi bien sur les questions économiques et sociales, que sur la question démocratique ou sur la géopolitique. La seule différence avec la “blitzkrieg” que promettait Fillon, c’est que Macron a dissimulé ses véritables intentions. Mais il fera ni plus ni moins ce que Gattaz, Parisot, tout le CAC40, les lobbys de Bruxelles lui commanderont de faire. Et contrairement à Fillon qui semblait vouloir desserrer l’étau atlantiste (j’ai bien dit encore “semblait”), Macron, lui, assume d’avoir un projet qui s’inscrit totalement dans l’UE, dans l’OTAN et dans “l’amitié avec les Etats-Unis” comme ils disent. On a bien compris ! Là aussi, Macron fera exactement ce que les puissances impérialistes « occidentales », USA en tête, lui commanderont de faire. Ce ne sera plus le Président de la République mais le “gouverneur” d’une nouvelle province des États-Unis.

C’est ça que vous voulez ?

Alors, Macron, bien moins pire que Le Pen ? Bien plus démocrate ? Bien plus Républicain ?

Permettez-moi d’avoir les plus gros doutes sur le sujet.

On sait d’où il vient. On sait qui il est. On sait qui il représente. On sait quels intérêts il sert.

“Le Pen est notre ennemi” disait-on tandis que Macron n’est qu’un adversaire. Là aussi j’ai de gros doutes. Et je crains fort qu’à vouloir nous donner à Macron, pour éviter Le Pen à coup sûr, on ne précipite, voyez-vous, sa victoire à elle !

Alors que faire ? Je l’ignore hélas. Notre choix entre deux destins aussi sombres ne peut être un choix. Comment choisir entre deux bourreaux ?

Je ne changerai donc pas mon vote. Ce sera l’abstention. Car je refuse d’avoir participé si peu que ce soit à l’avènement de Macron en me soumettant au prétendu “barrage” au FN qui risque de prendre l’eau de toutes parts.

Et je ne peux me résoudre à soutenir Marine Le Pen, même si je pourrais considérer que certaines de ses propositions sont bien plus proches de ma philosophie que celles de Macron. Alors on me reproche de faire le jeu du FN en refusant de prendre part au vote.

Ainsi pour éviter Le Pen, il faudrait donner le maximum de légitimité à Macron ? Celui qui ne va pas manquer de nous renvoyer au XIXe siècle ?

Non, désolé. Je ne peux pas. Ni l’une, ni l’autre.

Ce système constitutionnel est pourri, vérolé, honteusement confiscatoire. Car quelle que soit la personne qui sortira des urnes le 7 mai, l’élu-e ne le sera qu’avec au maximum 24% des suffrages exprimés au 1er tour et 18,19% des électeurs inscrits. Il / Elle n’aura donc aucune légitimité pour présider la France. Celle que lui offrira le second tour sera purement fictive.

Quand on subit un système électoral aussi inique, on ne peut le cautionner d’une quelconque manière en votant au second tour. On le rejette violemment et pour cela, seule l’abstention est admissible à mes yeux. Car même le bulletin blanc n’a pas l’effet escompté de délégitimation. D’une part, parce que il n’est pas un suffrage exprimé et n’a donc aucun effet ni juridique, ni politique ; d’autre part, parce que voter, quel que soit le contenu de l’enveloppe, c’est participer au processus électoral et donc le légitimer.

Pour moi, la 5e République n’est plus légitime. L’élection présidentielle n’est plus légitime. Le mode de scrutin n’est plus légitime. Donc j’en tire la conséquence en refusant de m’impliquer dans ce système inique.

Que ce soit Le Pen ou Macron qui sorte des urnes le 7 mai, de toute façon, on est certain d’en prendre plein la tronche. A ceci près que Macron a une petite chance d’avoir une majorité en juin alors que je ne vois pas la possibilité que Le Pen en obtienne une car, à cette date, chacun retournera dans son camp, et soutiendra les candidats de son parti préféré. Et qui sait ce que seront devenus mi juin le PS et Les Républicains…

Et en ce qui nous concerne à la France insoumise, pèse sur nos épaules la mission historique de sauver la République et la paix. C’est un défi gigantesque. Mais si on échoue…

2/ Mise à jour de 18h00 suite à l’intervention de Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon est intervenu dans le cadre du numéro 26 de la revue de la semaine. Il a dit pratiquement tout ce que je voulais entendre. Je ne vais pas commenter autrement que par un remerciement et une gratitude très appuyés.

J’ai particulièrement vibré à la conclusion :

« Ça va bien. Ma santé est bonne. Je ne me retire pas de la vie politique. Je ne pars pas en retraite. Je ne suis pas dépressif. Je suis au combat et j’y reste. Et je crois que je vais encore diriger la manoeuvre pour les élections législatives qui arrivent parce qu’il faut encore transformer tout ça en une force conquérante. Je compte sur vous. À bientôt.« 

Il sera donc des nôtres (ce dont je ne doutais pas) mais surtout il sera à la tête de la campagne et candidat lui-même (ce dont je n’étais pas certain).

Il nous regonfle d’espoir et de motivation. Notre détermination n’a jamais été aussi forte.

J’en reparlerai prochainement…

3/ Mise à jour de 20h35 suite à l’intervention de Nicolas Dupont-Aignan

Ce soir, Nicolas Dupont-Aignan, ancien Président de Debout la République qu’il a transformé en Debout la France il y a quelques années, a annoncé officiellement, au JT de 20h sur France 2 avoir conclu un accord de gouvernement avec Marine Le Pen. Il n’en a pas donné les détails mais il s’est engagé à la soutenir et à faire campagne avec elle pour ce second tour de la présidentielle. Il annonce que, pour lui, elle n’est pas d’extrême-droite et que, grâce à lui, elle va faire évoluer son projet et y intégrer certaines idées de son propre projet à lui. Il a, par la même occasion, appelé la droite et donc les électrices et électeurs des “Républicains” à voter pour cette “nouvelle alliance” (selon ses propres termes).

Cette situation nouvelle pourrait bien, selon moi, faire basculer le scrutin. Certes le score de Nicolas Dupont-Aignan est faible mais les presque deux millions de personnes qui l’ont choisi ne peuvent se trouver surpris par le choix annoncé ce soir. Quiconque a suivi NDA depuis des années, et quiconque a suivi notamment la transformation de son parti Debout la République en Debout la France n’a pu manquer de constater la droitisation de son discours et de ses propositions. De la même manière, le rapprochement entre DLF et le FN était de plus en plus évident. Ce soir, il est confirmé officiellement et solennellement. Les instances dirigeantes de DLF ont, dit-il, validé cet accord entre Marine Le Pen et lui.

À noter : NDA a cité nommément “Marine Le Pen” avec qui il s’était entendu et avec qui il a conclu cet accord de gouvernement et n’a jamais, dans son intervention de ce soir, évoqué le “Front national”. Il semble vouloir faire la distinction. Sans doute s’imagine-t-il le Premier ministre naturel de Marine Le Pen si elle est élue le 7 mai. Et sans aucun doute, si cette élection intervenait, Marine Le Pen la devrait pour beaucoup à NDA et serait donc contrainte de nommer NDA à Matignon en vue de préparer les élections législatives.

Ce qui semble incohérent, c’est qu’à la question de Laurent Delahousse pour savoir si aux Législatives il y aurait des candidatures communes entre le FN et DLF, NDA a clairement dit non et a expliqué que les Français auraient alors à choisir entre les deux projets.

Il est clair que tout cela n’est pas clair… Il faudra suivre de près ce qui va être rendu public dans les prochains jours. Notamment le contenu précis de l’accord de gouvernement.

Mais il me semble que cette situation, inattendue pour les uns mais prévisible pour les autres, pourrait être de nature à convaincre de nombreux “Républicains” (je parle du parti LR) de basculer dans le camp Le Pen – Dupont-Aignan.

Cela donne encore plus de chances à Marine Le Pen de l’emporter le 7 mai.

Macron va avoir de plus en plus de mal à s’en sortir…

Je ne peux que m’en réjouir. Mais si vous avez bien compris tout ce que j’ai dit dans ce billet, je ne peux en conséquence que voir mes craintes renforcées que Le Pen réussisse son coup cette fois-ci !

Je ne me résoudrai pas à voter Macron pour autant.

Ce second tour est vraiment la pire des saloperies de l’histoire de la 5e République.

 

Publicités

« L’horrible campagne présidentielle française » vue par Diana Johnstone* le 17/02/2017

Je vous propose de lire un long billet de Diana Johnstone.

Source originale (en anglais) : Counterpunch

Source de la version française : Arrêt sur info (site suisse)

Je remercie mon ami Patrick Tillet, alias le Yéti, grâce à qui j’ai découvert ce billet dense et riche puisqu’il l’a relayé sur son blog que je suis (voir ici).

Diana Johnstone s’est fait connaître ces derniers mois pour avoir publié un libre biographique à charge contre Hillary Clinton. Ce livre était intitulé « La Reine du chaos ». C’est une intellectuelle engagée très à gauche aux États-Unis.

diana-johnstone-la-reine-du-chaos

Le Grand Soir avait publié, le 14 mars 2016, un entretien avec Diana Johnstone. Il est à lire ici.

* * * * *

France : encore une horrible campagne présidentielle ; l’État profond monte à la surface

Comme si la campagne présidentielle américaine n’avait pas été assez pénible, en voici une autre : en France.

Le système en France est très différent du système américain, avec de nombreux candidats en concurrence sur deux tours, la plupart capable de s’exprimer fort bien, même parfois en abordant de vraies questions politiques. Leur temps de passage gratuit à la télévision réduit l’influence de l’argent. Le premier tour le 23 avril désignera les deux finalistes pour l’élection du 7 mai, ce qui permet un plus grand choix qu’aux États-Unis.

Et malgré la supériorité de leur système, les chefs de file de la classe politique veulent singer les mœurs de l’Empire, jusqu’à se faire l’écho du thème qui a dominé le show 2016 outre-Atlantique : les Russes diaboliques s’en prennent à notre merveilleuse démocratie.

L’imitation du système américain a commencé avec les “primaires” tenues par les deux principaux partis de gouvernement qui aspirent manifestement à devenir les équivalents des Démocrates et des Républicains dans un système à deux partis. Le parti de droite de l’ancien président Nicolas Sarkozy s’est déjà rebaptisé Les Républicains et les dirigeants du soi-disant parti socialiste n’attendent qu’une occasion de se proclamer Les Démocrates. Mais au train où vont les choses, ni l’un ni l’autre ne semblent sûrs de l’emporter cette fois-ci.

Étant donné l’impopularité du gouvernement socialiste du président sortant François Hollande, les Républicains ont longtemps été considérés comme les favoris naturels pour battre Marine Le Pen, que tous les sondages donnent en tête au premier tour. Dans une perspective aussi prometteuse, la primaire des Républicains a suscité plus du double de votants volontaires (tenus de verser une menue obole et de faire allégeance aux “valeurs” du parti afin de pouvoir voter) que celle des socialistes. Sarkozy fut éliminé, mais plus surprenant, le favori le fut aussi, le fiable maire de Bordeaux Alain Juppé, qui caracolait en tête des sondages et des éditoriaux de la presse.

Les valeurs familiales de Fillon

En une surprenante manifestation de vaste désenchantement public envers la scène politique, les électeurs Républicains ont accordé la victoire haut la main à l’ancien premier ministre François Fillon, un catholique pratiquant à la politique domestique ultra-néolibérale : réduction de l’impôt sur les revenus des sociétés, coupes drastiques dans les allocations sociales, y compris l’assurance maladie — accélérant ce que les gouvernements précédents ont fait, mais plus franchement. Ce qui est moins conventionnel, Fillon condamne fortement la politique antirusse actuelle. Il dévie aussi de la détermination du gouvernement socialiste à renverser Assad en exprimant sa sympathie pour les chrétiens harcelés en Syrie et pour leur protecteur, qui se trouve être le gouvernement d’Assad.

Fillon a l’allure respectable d’une personne à qui on peut donner le bon Dieu sans confession. Comme thème de campagne, il a mis l’accent sur sa capacité vertueuse à lutter contre la corruption.

Mal lui en a pris ! Voilà que le 25 janvier, l’hebdomadaire semi-satirique Le Canard enchaîné a tiré les premiers coups de feu d’une campagne médiatique en cours conçue pour détruire l’image de Monsieur Propre, en révélant que sa femme, la Britannique Penelope, a reçu un salaire mirobolant pour lui servir d’assistante. Comme Penelope est connue comme femme au foyer qui élève leurs enfants à la campagne, l’existence de cet emploi est sérieusement mis en doute. Fillon a aussi rétribué comme avocat son fils pour des tâches non spécifiées, et sa fille pour prétendument l’aider à écrire un livre. En un sens, ces allégations prouvent la force des valeurs familiales du candidat conservateur. Mais sa cote a chuté et il risque des poursuites pénales pour fraude.

Le scandale est réel, mais le choix du moment est suspect. Les faits datent de plusieurs années, et le moment de leur révélation est bien calculé pour assurer sa défaite. En outre, le lendemain même des révélations du Canard enchaîné, une enquête judiciaire a été ouverte. Vu tous les tripatouillages non divulgués et les crimes de sang non résolus commis par ceux qui contrôlent l’état français au fil des années, surtout durant ses guerres à l’étranger, enrichir sa famille peut sembler relativement mineur. Mais ce n’est pas ainsi que le public le voit.

Cui bono ?

On tient en général pour acquis que, bien que la candidate du Front national, Marine Le Pen, soit constamment en tête des sondages, quiconque arrivera second l’emportera au second tour parce que la classe politique et les organes de presse établis se rallieront au cri de « Sauvons la république ! ». La peur du Front national comme « menace pour la république » est devenue une sorte de racket de protection pour les partis établis, puisqu’il stigmatise comme inacceptable un vaste pan de leur opposition. Dans le passé, les deux principaux partis ont été en connivence sournoise pour renforcer le Front national afin de prendre des votes à leurs adversaires.

De sorte que faire tomber Fillon accroît les chances que le candidat d’un parti socialiste à présent complètement discrédité puisse se retrouver comme par magie en seconde position, comme le chevalier qui pourfendra le dragon Le Pen. Mais qui, au juste, est le candidat socialiste ? Ce n’est pas clair. Il y a le candidat officiel du parti socialiste, Benoît Hamon. Mais le sous-produit indépendant de l’administration Hollande, Emmanuel Macron, « ni de droite ni de gauche », obtient le soutien de la droite du parti socialiste ainsi que de la plupart de l’élite globaliste néolibérale.

Macron est le vainqueur programmé. Mais d’abord, un coup d’œil à son opposition à gauche. Avec moins de dix pour cent de popularité, François Hollande s’est rendu à contrecœur aux objurgations de ses collègues pour éviter l’humiliation d’une cuisante défaite s’il briguait un second mandat. La primaire peu fréquentée du parti socialiste devait choisir le farouchement pro-Israélien premier ministre Manuel Valls. Ou sinon, sur sa gauche, Arnaud Montebourg, une espèce de Warren Beatty de la politique française, notoire pour ses liaisons romantiques et ses plaidoyers en faveur de la ré-industrialisation de la France.

Mais de nouveau, surprise ! Le vainqueur fut un terne et peu connu tâcheron du parti, Benoît Hamon, qui chevaucha la vague de mécontentement populaire pour apparaître comme un critique et une alternative “de gauche” à un gouvernement socialiste qui a trahi toutes les promesses faites par Hollande de combattre “la finance” et, au lieu de cela, a attaqué les droits des travailleurs. Hamon a pimenté sa revendication d’homme de gauche en présentant un truc à la mode ailleurs en Europe mais une nouveauté dans le discours politique français : “le revenu de base universel”. L’idée de donner à chaque citoyen une allocation, la même pour tous, peut sembler attrayante pour les jeunes qui ont de la difficulté à trouver un emploi. Mais cette idée, appuyée par Milton Friedman et les autres apôtres du capitalisme financier débridé, est en fait un piège. Le projet tient pour acquis que le non-emploi est permanent, contrairement aux projets visant à créer des emplois ou à partager le travail. Il serait financé en remplaçant toute une panoplie d’allocations sociales, au nom de « l’élimination de la bureaucratie » et de « la liberté de consommation ». Le projet achèverait l’affaiblissement de la classe ouvrière comme force politique, en détruisant le capital social commun représenté par les services publics, et en partageant les classes dépendantes entre travailleurs payés et consommateurs oisifs.

Il y a peu de chance que le revenu universel devienne un point sérieux à l’ordre du jour de la politique française. Pour le moment, la revendication de radicalité de Hamon sert à détourner les électeurs du candidat de gauche indépendant Jean-Luc Mélenchon. L’un et l’autre rivalisent pour le soutien des verts et des militants du parti communiste français, lequel a perdu toute capacité à définir ses propres positions.

La gauche divisée

Orateur impressionnant, Mélenchon s’est fait connaître en 2005 en tant qu’opposant de premier plan à la proposition de constitution européenne, qui fut rejetée clairement par les Français dans un référendum mais fut néanmoins adoptée sous un autre nom par l’Assemblée nationale française. Comme beaucoup de gens de gauche en France, Mélenchon est un ancien trotskiste (tendance posadiste, plus sensible aux révolutions du tiers monde que ses rivales) passé au parti socialiste qu’il a quitté en 2008 pour fonder le Parti de gauche. Il a sporadiquement courtisé le Parti communiste à la dérive pour qu’il le rejoigne dans le Front de gauche, puis s’est proclamé le candidat pour la présidence d’un nouveau mouvement indépendant appelé « La France insoumise ». Mélenchon est combatif envers la presse française docile, alors qu’il défend des positions non orthodoxes, par exemple en faisant les louanges de Chavez ou en rejetant la politique étrangère russophobe actuelle de la France. Contrairement au conventionnel Hamon, qui suit la ligne du parti socialiste, Mélenchon veut que la France quitte l’euro et l’OTAN.

Il y a deux très fortes personnalités dans cette compétition: Mélenchon à gauche et son adversaire de choix, Marine Le Pen, à droite. Dans le passé, leur rivalité dans les élections locales les a empêchés l’un et l’autre de gagner, alors même qu’elle arrivait en tête. Leurs positions en matière de politique étrangère sont difficiles à départager : critique de l’Union européenne, désir de quitter l’OTAN, bonnes relations avec la Russie.

Comme tous deux dévient de la ligne établie, ils sont tous deux dénoncés comme « populistes », un terme qui en est venu à vouloir dire quiconque fait davantage attention à ce que veulent les gens ordinaires qu’à ce que l’establishment édicte.

En matière de politique sociale, de préservation des services sociaux et des droits des travailleurs, Le Pen est bien à la gauche de Fillon. Mais le stigmate attaché au Front national comme parti d’extrême-droite demeure, bien que, avec son proche conseiller Florian Philippot, Marine Le Pen ait écarté son père, Jean-Marie, et ajusté la ligne du parti pour attirer les électeurs de la classe ouvrière. La principale relique du vieux Front national est son hostilité envers l’immigration, qui à présent se concentre sur la peur des terroristes islamiques. Les tueries terroristes de Paris et de Nice ont rendu ces positions plus populaires qu’elles ne l’étaient. Dans son effort de surmonter la réputation d’antisémite de son père, Marine Le Pen fait de son mieux pour courtiser la communauté juive, aidée par son rejet de l’islam « ostentatoire », allant jusqu’à réclamer l’interdiction de porter un foulard musulman en public.

Un second tour entre Mélenchon et Le Pen serait une rencontre entre une gauche ravivée et une droite revivifiée, un vrai changement loin de l’orthodoxie politique qui a aliéné une bonne partie de l’électorat. Cela pourrait rendre la politique excitante de nouveau. Alors que le mécontentement populaire envers “le système” grandit, il a été suggéré (par le mensuel non-conformiste Causeur d’Elizabeth Lévy) que l’antisystème Mélenchon pourrait bien avoir la meilleure chance de battre l’antisystème Le Pen en s’attirant les voix de la classe ouvrière.

Comment fabriquer un consensus

Mais l’establishment néolibéral, pro-OTAN et pro-Union européenne, s’active à empêcher que cela n’arrive. Sur toutes les couvertures de magazines comme dans tous les talkshows, les médias ont montré leur allégeance à un candidat modéré « Nouveau ! Amélioré ! » vendu au public comme un produit de consommation. À ses rassemblements, de jeunes volontaires soigneusement entraînés et placés en vue des caméras accueillent la moindre vague déclaration de l’orateur de clameurs délirantes en agitant des drapeaux et en scandant « Ma Ma! Cron ! Président ! » avant d’aller en boîte faire la fête offerte pour les récompenser. Jamais un candidat sérieux à la présidence n’a autant ressemblé à un robot, en ce sens que c’est une création artificielle conçue par des experts pour une tâche spécifique.

Emmanuel Macron était un banquier d’affaires de premier plan qui gagnait des millions au service de la banque Rothschild, quand, en 2007, à l’âge de 29 ans, ce brillant jeune économiste fut invité dans la cour des grands par Jacques Attali, un gourou immensément influent, dont le conseil depuis les années 1980 a joué un rôle central dans la conversion du parti socialiste au globalisme néolibéral procapitaliste. Attali le fit entrer dans son groupe de réflexion privé, la Commission pour la libération de la croissance française, qui avait aidé à la conception des « 300 propositions pour changer la France » présentées au président Sarkozy un an plus tard comme un projet de gouvernement. Sarkozy a échoué à les mettre en œuvre toutes, par crainte de révoltes syndicales, mais les socialistes soi-disant de gauche ont pu se permettre des mesures antisyndicales drastiques grâce à leur discours plus lénifiant.

Lequel discours fut illustré par le candidat présidentiel François Hollande en 2012 quand il suscita l’enthousiasme en déclarant dans une réunion publique : « Mon adversaire réel c’est le monde de la finance ! » La gauche applaudit et vota pour lui. Entretemps, par précaution, il avait dépêché Macron à Londres pour rassurer l’élite financière de la City qu’il ne s’agissait que d’un discours électoral.

Après son élection, Hollande fit entrer Macron dans son équipe. Ensuite, il lui fut confié un poste gouvernemental à consonance super moderne comme ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique en 2014. Avec le charme terne d’un mannequin de grand magasin, Macron a éclipsé son irascible collègue, le premier ministre Manuel Valls, dans leur rivalité silencieuse pour succéder à leur patron, le président Hollande. Macron s’est acquis l’affection des grandes entreprises en donnant à ses réformes antisyndicales un air jeune, propre et “progressiste”. En fait, il a quasiment suivi l’agenda d’Attali.

Le thème, c’est « la compétitivité ». Dans un monde globalisé, un pays doit attirer du capital d’investissement pour être concurrentiel, et pour cela il est nécessaire d’abaisser les coûts du travail. Une façon classique de ce faire, c’est d’encourager l’immigration. Avec la montée des politiques identitaires, la gauche est mieux placée que la droite pour justifier une immigration massive en termes moraux, comme une mesure humanitaire. C’est une raison pour laquelle le parti démocrate aux États-Unis et le parti socialiste en France sont devenus les partenaires politiques du globalisme néolibéral. Ensemble, ils ont changé les perspectives de la gauche officielle de mesures structurelles promouvant l’égalité économique en des mesures morales promouvant l’égalité des minorités et de la majorité.

Seulement l’an dernier, Macron a fondé (ou on a fondé pour lui) son mouvement politique, baptisé “En marche !” et caractérisé par des réunions publiques avec de jeunes groupies portant des T-shirts Macron. Au bout de trois mois, il a senti le besoin de diriger la nation et il a annoncé sa candidature à la présidence. De nombreuses personnalités ont déserté le bateau socialiste échoué et rejoignent Macron, dont la forte ressemblance politique à Hillary Clinton suggère que c’est lui qui peut montrer la voie afin de créer un parti démocrate français sur le modèle américain. Hillary a certes perdu, mais elle reste la favorite de l’OTANistan. Et bien évidemment, la couverture médiatique américaine confirme cette notion. Un coup d’œil au papier extatique de Robert Zaretsky dans Foreign Policy acclamant « le politicien français anglophone et germanophile que l’Europe attendait » ne laisse aucun doute : Macron est bien le chouchou de l’élite globalisante transatlantique.

Pour le moment, Macron est second seulement de Marine Le Pen dans les sondages, qui montrent aussi qu’il la vaincra haut la main au second tour. Toutefois, son charme soigneusement manufacturé est vulnérable à une plus grande information publique sur ses liens étroits avec l’élite économique.

La faute aux Russes

Face à cette éventualité, il existe une frappe préventive, importée directement des États-Unis : c’est la faute aux Russes !

Qu’ont fait les Russes de si terrible ? En gros, ils ont fait savoir qu’ils avaient une préférence pour des amis plutôt que pour des ennemis comme chefs de gouvernement. La belle affaire ! Les médias d’information russes critiquent, ou interviewent des gens qui critiquent, les candidats hostiles à Moscou. Rien de bien extraordinaire, là encore.

À titre d’exemple de cette ingérence choquante, qui prétendument risque de saborder la république française et les valeurs occidentales, l’agence d’information russe Sputnik a interviewé un membre républicain du parlement français, Nicolas Dhuicq, qui a osé dire que Macron pourrait être « un agent du système financier américain ». Ce qui est pour le moins évident. Mais le tollé qui en est résulté a fait l’impasse sur ce détail pour accuser les médias étatiques russes de « commencer à faire circuler des rumeurs selon lesquelles Macron a eu une affaire extra maritale homosexuelle » (The EU Observer, 13 février 2017). En fait, cette « calomnie sexuelle » circulait déjà surtout dans les milieux homosexuels de Paris, pour lesquels le scandale, s’il en est un, n’est pas l’orientation sexuelle prêtée à Macron mais plutôt le fait qu’il la nie. L’ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë, était ouvertement homosexuel ; le bras droit de Marine Le Pen, Florian Philippot, est homosexuel ; en France, être homosexuel n’est pas un problème.

Macron est soutenu par un « lobby homo très fortuné », aurait affirmé Dhuicq. Tout le monde sait de qui il s’agit : Pierre Bergé, le riche et influent directeur commercial d’Yves Saint Laurent, la personnification du radical chic, farouche partisan de la gestation pour autrui, un sujet brûlant en France, et la vraie controverse derrière l’opposition ratée au mariage homosexuel.

L’État profond monte à la surface

L’étonnante adoption en France de la campagne antirusse américaine montre une lutte titanesque pour le contrôle de la “narration” — la version de la réalité internationale consommée par la masse des gens qui n’ont pas les moyens d’entreprendre leurs propres recherches. Le contrôle de la narration est le cœur critique de ce que Washington décrit comme sa « puissance douce ». La puissance dure peut livrer des guerres et renverser des gouvernements. La puissance douce explique aux quidams pourquoi c’était la bonne chose à faire. Les États-Unis peuvent littéralement tout se permettre aussi longtemps qu’ils peuvent raconter l’histoire à leur avantage, sans risque d’être contredits de façon crédible. En ce qui concerne les points sensibles du monde, que ce soit l’Irak, la Libye ou l’Ukraine, le contrôle de la narration est fondamentalement exercé par le partenariat entre les services de renseignement et les médias. Les services de renseignement écrivent l’histoire et les grands médias la racontent.

Ensemble, les sources anonymes de « l’État profond » et les médias de masse ont pris l’habitude de contrôler la narration racontée au public. Ils ne veulent pas abandonner ce pouvoir. Et ils ne veulent assurément pas le voir contesté par des outsiders — notamment par les médias russes qui racontent une histoire différente.

C’est une des raisons de la campagne extraordinaire en cours pour dénoncer les médias russes et autres médias alternatifs comme diffuseurs de « fausses nouvelles », afin de discréditer des sources rivales. L’existence même de la chaîne d’information internationale russe RT a suscité une hostilité immédiate : comment les Russes osent-ils se mêler de notre version de la réalité ! Hillary Clinton avait mis en garde contre RT quand elle était secrétaire d’État et son successeur John Kerry a dénoncé la chaîne comme « un mégaphone de propagande ». Ce que nous disons est vrai ; ce qu’ils disent ne peut être que de la propagande.

La dénonciation des médias russes et de la prétendue « ingérence russe dans nos élections » est une invention majeure de la campagne Clinton, qui a ensuite infecté le discours public en Europe occidentale. Cette accusation est un exemple évident de double standard, ou de projection, étant donné que l’espionnage américain de tous, y compris les alliés, et l’ingérence américaine dans les élections à l’étranger sont de notoriété publique.

La campagne dénonçant les « fausses nouvelles » émanant de Moscou bat son plein en France comme en Allemagne à l’approche des élections. C’est cette accusation qui empoisonne la campagne, pas les médias russes. L’accusation que Marine Le Pen est « la candidate de Moscou » est non seulement supposée ruiner ses chances, mais c’est aussi un ballon d’essai pour susciter une possible « révolution de couleur » si d’aventure elle gagnait l’élection du 7 mai. L’ingérence de la CIA dans les élections étrangères est loin de se limiter à des bulletins d’information controversés.

En l’absence d’une authentique menace russe en Europe, affirmer que les médias russes « empiètent sur notre démocratie » revient à désigner la Russie comme un ennemi agressif et, par-là même, à justifier l’énorme accroissement du potentiel militaire de l’OTAN dans le nord-est de l’Europe, ce qui ravive le militarisme allemand et dévie la richesse nationale vers l’industrie d’armement.

D’une certaine façon, l’élection française est une extension de l’élection américaine, dans laquelle l’État profond a perdu sa candidate préférée, mais pas le pouvoir. Les mêmes forces sont à l’œuvre ici, soutenant Macron comme un Clinton français, mais prêtes à stigmatiser tout opposant comme un instrument de Moscou.

Ce qui s’est passé ces derniers mois a confirmé l’existence d’un État profond qui est non seulement national mais transatlantique et aspire à être global. La campagne antirusse est une révélation. Elle révèle à bien des gens qu’il y a réellement un État profond, un orchestre transatlantique qui joue le même air sans chef d’orchestre apparent. Le terme « État profond » apparaît soudain même dans le discours des fidèles au système, comme une réalité qui ne peut être niée, même s’il est difficile de la définir avec précision. Au lieu de Complexe militaro-industriel, on devrait peut-être l’appeler Complexe médiatico-cum-renseignement-militaro-industriel (Military Industrial Media Intelligence Complex — MIMIC en anglais). Son pouvoir est énorme, mais reconnaître qu’il existe est le premier pas pour nous libérer de son emprise.

Du débat Mélenchon-Zemmour, de la référence à Georges Marchais et au général De Gaulle, de la question de l’immigration et de l’économie…

Un de mes contacts sur Facebook a écrit :

« Le problème de MÉLENCHON est qu’il est internationaliste et pas communiste. Il est plus proche des positions libérales d’un COHN-BENDIT que les positions collectivistes de MARCHAIS. Aussi les patriotes communistes mexicains de 1964 grâce à leur positionnement idéologique ont une économie florissante alors que les anarchistes internationalistes ont traité MARCHAIS comme un chien galeux et un pestiféré. Résultat : le libéralisme pro UE. Moi je le dis VIVE MARCHAIS et même VIVE DE GAULLE. »

Et ceci : « Puis le jour où MÉLENCHON dira comme MARCHAIS, qu’il faut arrêter l’immigration on aura fait un grand pas. ZEMMOUR ne dit pas que des conneries, c’est même plutôt le contraire, il est très intelligent. »

Ces deux commentaires m’ont inspiré les réponses suivantes…

Quand tu dis que MÉLENCHON est plus proche des positions libérales d’un COHN-BENDIT que des positions collectivistes de MARCHAIS, c’est que tu ne l’as pas bien lu, écouté et compris car si l’on peut reprocher à MÉLENCHON certaines choses, ce n’est sans doute pas celle-là. Cette accusation est grotesque.

Quand tu dis « Vive MARCHAIS et même vive DE GAULLE », là je te suis. Ces deux personnalités-là, malgré leurs tares et leurs défauts, avaient un discours cohérent et, pour celui des deux qui fut un géant de notre Histoire, une pratique qui avait une dignité qu’aucun de ses successeurs n’a jamais ne serait-ce qu’approchée.

 En tant que partisan de la 6e, je suis logiquement un dénonciateur ardent de la 5e mais je n’ignore rien de la situation réelle qui veut que la 5e, dans sa version originelle, n’était pas la « 5e » actuelle.

 Moi, je considère que la 5e initiale, celle instituée par DE GAULLE, méritait déjà d’être dénoncée et critiquée, à la fois pour son contenu et pour les conditions, totalement scandaleuses, de son avènement (la crise du 13 mai, le quasi coup d’État suivi du coup de force politique, la rédaction de la nouvelle constitution contrôlée par seulement quelques personnes sans recours à ce qui aurait été légitime et démocratique : une Constituante, et bien d’autres raisons). Cela étant dit, le régime initial, même top autoritaire à mes yeux, n’avait pas tous les défauts qu’il a acquis par la suite. Notamment parce que celui qui était la « clé de voûte des institutions », formule chère au Général, exerçait le pouvoir dans un certain respect de la volonté populaire. Le peuple français a pu aller aux urnes tous les ans, pour une raison ou pour une autre, pendant la période où DE GAULLE était Président. Et le jour où le choix qu’il souhaitait voir approuvé fut désavoué, il s’en alla. Quelle dignité ! Aucun Président de la République française n’a jamais plus eu un tel panache. Donc je suis à la fois très critique de son œuvre sur certains sujets, mais aussi assez admiratif de l’homme, de son action comme chef de la France libre puis comme acteur de la restauration de notre grandeur, notamment dans sa lutte contre l’impérialisme de l’Empire états-unien.

Et si DE GAULLE n’était pas anticapitaliste, ce que je suis devenu moi-même et ce que sont mes camarades du PG et du Front de Gauche, en revanche, DE GAULLE avait une vision politique qui voulait que le politique commandait à l’économie et non pas l’inverse, ce qui le rapprochait un peu de MARCHAIS (puisque tu compares les deux, je le fais aussi). Le capitalisme est détestable mais le capitalisme enfermé dans un système d’économie mixte, comme c’était le cas alors, faisait bien moins de dégâts économiques et sociaux que celui, débridé, sans règle, sans principe humaniste, sans aucune décence, sans aucune rationalité économique et financière, que nous connaissons aujourd’hui, et ce, depuis désormais presque 45 ans. Il est facile de voir que c’est dès la fin de la période gaullienne que les choses ont mal tourné, avec POMPIDOU, le banquier de la banque Rothschild, qui était, en quelque sorte, un « ennemi de l’intérieur » en plus d’être un « allié objectif » de l’Empire états-unien. C’est lui qui a fait entrer le Royaume-Uni dans ce qui était alors la CEE. C’est lui qui a suivi la logique nixonienne du recours au marché pour financer l’État. Et peu à peu, tout le reste a suivi.

Quand tu dis que « ZEMMOUR ne dit pas que des conneries », qu’ « il est très intelligent », je suis presque d’accord. Presque car moi je ne dirais pas que ZEMMOUR est « très intelligent ». S’il était vraiment « très intelligent », à mon sens, il aurait choisi un autre chemin philosophique et politique. Mais passons car je ne dirais pas non plus qu’il ne dit « que des conneries ». Sans être « très intelligent », il n’est pas non plus un sot. Ce qu’il dit est en effet pensé, réfléchi. Il ne s’agit pas de propos stupides, de comptoir. Ce qu’il dit reflète une pensée, une idéologie, une vision, une lecture de l’Histoire et de la vie. Ce n’est pas la mienne. Ce n’est pas celle de MÉLENCHON . Ce n’est pas celle du PG ou du FdG. Et je ne crois pas que ce soit celle de la majorité des Français, malgré certaines apparences contraires.

Le problème avec ZEMMOUR, c’est qu’il manie, dans son raisonnement, des faits qui sont incontestables et des déductions qui, elles, ne le sont pas. Il a une vision de l’Histoire qui n’est pas rationnellement fondée. Il idéologise trop l’Histoire. Et nous analysons, nous-mêmes, certaines « vérités » historiques différemment de lui. Je ne vais pas ici disserter sur cela car ce n’est pas le lieu mais si je peux comprendre que certaines personnes, qui pensent à droite, ne se retrouvent pas dans la lecture que MÉLENCHON et nous, à gauche, faisons, il faut comprendre aussi que l’on ne saurait, nous, valider comme l’unique vérité absolue, la vision de ZEMMOUR et de la droite, ou plutôt d’une partie de cette droite. Si les faits peuvent être incontestables quand ils sont avérés, l’interprétation qu’on développe de ces faits, elle, est toujours susceptible d’être critiquée et soumise à des versions contraires.

Quand tu dis que « MÉLENCHON devrait, comme MARCHAIS, défendre l’arrêt de l’immigration », tu as tort, à mes yeux. Je sais que beaucoup de Français-e-s, si l’on écoute les medias mainstream qui ne cessent de le dire, voire si l’on discute avec les gens, ont cette idée-là. Nous n’ignorons pas, autour de MÉLENCHON et à gauche, qu’une partie des Français-e-s, souhaiteraient que l’on arrête d’accueillir chez nous des étrangers, voire qu’on en renvoie un certain nombre chez eux.

Nous n’avons pas cette vision. Quand on est à gauche, on a le sens de l’accueil et de la tolérance. Nous voulons une France ouverte aux autres, notamment à celles et ceux qui sont menacé-e-s dans leur pays, menacé-e-s dans leur vie, leur sécurité, leur liberté, leurs droits fondamentaux. Inutile de me ressortir la saillie célèbre de Michel ROCARD sur le sujet. Nous, nous refusons ce discours-là. Nous défendons un discours inverse. C’est ainsi. La démocratie impose que l’on puisse avoir une autre vision que la nôtre et que cette vision-là soit défendue, mais, à l’inverse, notre propre vision est tout aussi légitime.

Si, pour débattre sereinement de ce sujet hautement passionné, on écarte l’idée que celles et ceux qui refusent notre vision seraient simplement des racistes et des xénophobes, bien que ce soit aussi souvent le cas, mais qu’on leur reconnaît la dignité de fonder leur vision, non pas sur de tels ressentiments détestables, mais sur une logique économique, il y a alors matière à discuter.

L’idée qui est mise en avant, et qui n’est pas contraire à la vérité selon certains angles d’analyse, c’est que les immigrés conduisent à une régression du niveau des salaires de l’ensemble des Français, parce que cette population est moins exigeante que nous et qu’elle accepte donc de travailler à des conditions salariales et générales inférieures à celles que nous acceptons nous-mêmes et que nos lois garantissent encore quelque fois. Je dirais que :

1°/ Cela est vrai pour les immigrés clandestins beaucoup plus que pour les immigrés entrés légalement en France.

2°/ Il existe des moyens d’agir contre ce problème.

Sur le premier point, le problème est que des clandestins, pour pouvoir survivre, doivent à tout prix travailler et acceptent donc n’importe quel travail, dans n’importe quelles conditions. Comme ils sont clandestins, ils ne bénéficient pas des droits élémentaires des salarié-e-s et les employeurs indélicats (pour utiliser un terme poli car en fait ce sont de vrais salopards, exploiteurs, esclavagistes) font leur beurre sur leur misère. Il est possible et nécessaire de sanctionner pénalement et lourdement les patrons qui emploieraient ainsi illégalement et inhumainement des immigrés illégaux. Les sanctions devraient être suffisamment lourdes pour être dissuasives.

Au-delà, il y a la solution que NOUS préconisons depuis longtemps : la régularisation pour que ces immigrés, qui ont eu le courage de quitter leur pays pour trouver du travail et des moyens de vivre – et de faire vivre leur famille – décemment, puissent être armés légalement pour ne plus accepter de telles exploitations.

Alors on nous dit que de telles décisions seraient un appel à une immigration massive. Tous les exemples que nous connaissons disent le contraire. Là encore, je ne veux pas disserter des heures mais l’immigration ne dépend pas de la générosité ou de l’avarice du pays qui se trouve être le pays d’accueil. Ce qui amène les gens à immigrer, y compris clandestinement, repose sur d’autres fondations. Nous ne risquons pas d’être envahis mais par contre nous aurions la garantie de ne plus connaître l’exploitation honteuse des immigrés clandestins. Ceux-ci auraient les mêmes droits que nous.

Sur le second point, qui recoupe en partie la problématique du premier, le problème serait que les immigrés légaux viennent manger le pain des Français… Outre l’inanité d’une telle affirmation, il est utile de rappeler que si les patrons encouragent l’immigration, c’est justement parce qu’ils savent que les immigrés feront le travail aux conditions qu’eux, les employeurs, définissent. Mais il suffirait que la loi décide que les immigrés seront traités comme tout Français, qu’ils auront exactement les mêmes droits face à leurs patrons que tout Français, pour que les patrons n’aient plus envie de remplacer la main d’œuvre française par une main d’œuvre immigrée.

On entend souvent, chez les exploiteurs ou chez les réacs, ou chez les ignorants, ou chez les salopards, ou chez es crétins, que si par exemple le bâtiment ou la restauration recrutent autant d’étrangers, c’est que les Français, sont paresseux, tire-au-flanc, qu’ils ne veulent pas travailler, qu’ils refusent les emplois un peu pénibles, qu’ils préfèrent être payés par les assurances chômage… Ce discours-là, en plus d’être clairement idéologisé de manière détestable, est stupide et ne repose sur rien d’autres que sur quelques abus montés en épingle depuis des années, alors même que bien d’autres abus, dans d’autres domaines, d’ampleur sans commune mesure avec les précédents, ne sont pas, eux, pris en considération. Si les Français refusent en effet parfois de prendre les emplois disponibles, c’est parce qu’il est inacceptable, dans la situation économique de richesse de notre pays, que l’on doive travailler dans la peine, sur des amplitudes de durée trop longues, ou dans des conditions de travail inacceptables, pour des salaires ridicules. La solution n’est pas d’aller chercher des esclaves plus dociles et moins exigeants, mais d’élever les exigences que les employeurs doivent respecter quand ils salarient des gens. Nous pouvons le faire. C’est le rôle de la loi. Et s’agissant du coût économique de cela, il peut être couvert par une refondation totale de notre système de pensée économique et fiscal. On en vient alors à la question essentielle, fondamentale entre toutes, d’un autre partage des richesses, que nous défendons, nous, autour de Jean-Luc MÉLENCHON, nous au Parti de Gauche, nous au Front de Gauche, et je sais qu’il y a des Français, qui ne se définissent pourtant pas comme étant de gauche, qui pensent exactement comme nous, sur ce point.

L’économie est florissante quand les richesses créées par tous circulent. Elle dépérit quand une petite caste oligarchique confisque l’essentiel à son seul profit. Une économie est en développement stable et se trouve viable et saine quand les entreprises qui font des bénéfices réinvestissent largement leurs gains pour se développer et pour mieux payer leurs salariés, tous et pas les quelques personnes autour du N°1 de l’entreprise. Inutile d’expliquer longtemps que si les petits salariés voient leur rémunération croître, ils l’utiliseront, soit en consommant, soit en épargnant. Dans les deux cas, les gains seront remis immédiatement en circulation. Tandis que lorsque les plus gros gagnent encore davantage, non seulement ils ne réinvestissent pas ces gains dans l’économie réelle, mais en outre ils placent leurs fortunes dans des paradis fiscaux étrangers à la France. Ils volent donc purement et simplement le fruit du travail de tous et détournent la richesse collective du pays. Il s’agit là ni plus ni moins que de vol, d’escroquerie, de détournement de fonds. Ce pourrait être pénalement sanctionné en plus d’être politiquement discrédité.

C’est le système qui permet cela qui doit impérativement être revu et radicalement transformé. Ce sera à la loi de fixer en conséquence des salaires minimum beaucoup plus hauts qu’aujourd’hui, à l’inverse des salaires maximum beaucoup plus bas. Ensuite, par le biais de l’impôt, nous devrons tendre à une plus juste répartition des richesses. Devant ces engagements que nous prenons, certains hurlent comme des vierges qu’on effaroucherait ou des porcs qu’on violenterait. Mais il ne s’agit pas pour nous de mettre tout le monde au même niveau. Il demeurera des différences entre les uns et les autres. Les patrons et les salariés ne seront pas payés le même salaire. Les « grands » patrons gagneront toujours plus que les « petits ». Mais les écarts scandaleux que nous connaissons seront fortement réduits. Et nous reviendrons sans doute à des logiques plus raisonnables et plus humanistes. Il n’y aura plus, avec nous, de compétition pour gagner toujours plus, surtout si c’est au détriment des autres… Peut-être que le patron qui prendrait de véritables risques, non pas des risques contestables du genre de ceux qui jouent en bourse, mais des risques résultant de la tentative d’ouvrir de nouveaux chemins pour le développement de son entreprise et donc pour l’intérêt général à la fois de son entreprise, de ses salariés et de l’économie du pays tout entier, serait gratifié d’une « prime ». Mais les retraites-chapeaux, les stocks-options et autres exemples de confiscation insolente ne seront plus possibles, surtout quand ils sont au bénéfice de gens qui n’ont plus rien à voir ni avec des employeurs, ni avec des chefs d’entreprise, mais qui ne sont plus que des financiers traitant les êtres humains comme des choses.

La fiscalité française sera revue de fond en comble, aussi bien la fiscalité nationale que la fiscalité locale. Le principe qui la gouvernera sera l’égalité. Dans l’esprit de l’article 13 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, la contribution de chacun sera « également répartie entre les citoyens, en raison de leurs facultés ». Je rappelle que le président états-unien Franklin Delano ROOSEVELT, qui n’était pas un communiste, même s’il était sans doute plus à gauche que beaucoup de ceux qui l’avaient précédé et qui lui ont succédé, avait, pendant les années trente, élevé l’impôt de la tranche supérieure à 90%. Oui, 90% pour les plus riches. Aux États-Unis. Dans la vie réelle… Même en France, avant que François MITTERRAND ne soit élu en 1981, le taux d’impôt pour les plus riches était de l’ordre de 70% je crois. Or, nous étions sous la présidence de Valéry Giscard d’ESTAING qui n’était pas précisément un bolchévique…

Oui, nous reviendrons à cette logique qui veut que les très riches paient beaucoup car lorsqu’on ponctionne un petit salaire de 5 à 10%, c’est bien plus cruel et injuste que lorsqu’on ponctionne un multimillionnaire à 50/60/70/80 ou même 90 %. Et il lui en restera toujours beaucoup plus qu’au premier. Oui, nous estimons qu’il y a une décence humaniste qui impose que l’on décide d’un seuil maximal de rémunération. La vie ne se résume pas au fric. Le but d’une vie terrestre n’est pas seulement d’amasser des millions, des milliards dont on ne sait que faire ensuite et dont on prive, tous les autres. Alors même que des milliards de gens souffrent de pénurie, de misère, de faim, de mal-logement, de mal-nutrition, d’absence de soins…

Cette répartition nouvelles des richesses permettra de financer non seulement le coût de l’immigration mais bien d’autres politiques de progrès pour tous. Et cette nouvelle fiscalité empêchera aussi, ce qui est de salubrité publique, que des familles ne deviennent des dynasties qui, génération après génération, maintiennent des milliardaires oisifs, parasites, qui pèsent sur la vie publique du pays et tendent à l’influer fortement sans avoir la dignité ou les titres pour cela.

En République, il doit être possible de gagner plus demain qu’aujourd’hui. Il n’est pas antagoniste avec la République que l’on cherche à avoir une meilleure rémunération et il est assez noble que des personnes cherchent à offrir à leurs descendants les moyens de subsister en cas de coup dur ou un petit coup de pouce pour débuter. Mais ce petit pécule ou ce petit coup de pouce ne doit pas être une montagne d’or. Nous refusons qu’existe dans notre République une « noblesse d’argent » qui, sauf accident, se perpétuerait toujours, génération après génération, sans que les successeurs de ceux qui l’ont initiée, n’aient de mérites particuliers. Certes, il y a parmi les milliardaires, des gens dignes et nobles de cœur qui profitent de leur situation personnelle avantageuse pour être utiles à la collectivité mais c’est moins d’être une règle générale et même quand ils le font, ils ne le font pas assez. Nous, à gauche, ne tolérons pas que le monde soit constitué de personnes vivant dans de tels écarts de richesse. Nous corrigerons cela. Plutôt qu’un bouclier fiscal empêchant que l’on conteste aux uns le « droit » d’amasser des fortunes qui manquent ensuite à l’intérêt de tous, nous instituerons un « bouclier social ». Il y a divers procédés pour y parvenir. On y reviendra.

Nous entendons que l’on puisse ne pas être d’accord avec nous. Nous sommes démocrates et nous n’imposerons rien par la force. Nous débattrons. Nous convaincrons. Ce sera la loi, expression de la volonté générale qui imposera ce que le peuple français, dûment informé, après en avoir longuement débattu, aura décidé collectivement. Sur ce point comme sur tous les autres…