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Macron le 29/08/2017: « Le Venezuela, une dictature ». Ce que cette saillie m’inspire…

Macron qualifie le régime de Maduro au Venezuela de « dictature » et dénonce la « complaisance » de « certains » envers son régime.
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Le problème avec les banquiers qui deviennent des dirigeants politiques, c’est qu’ils sont complètement cons dès qu’ils abordent un autre sujet que l’argent. Quand ils parlent d’argent, ils peuvent encore donner le change mais dès qu’ils sortent de cet étroit périmètre, les voilà perdus, les malheureux ! Les uns nagent dans l’inepte et tiennent des propos incohérents, les autres montrent aux yeux de tous leur inaptitude au rôle qu’ils ont voulu assumer.
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Et puis, bien sûr, il n’y a pas que cela. Car il faut bien reconnaître que le discours politique n’est pas fait que de paroles correspondant vraiment à ce que pense celui qui les profère. Le discours politique est avant tout, pour beaucoup de ceux qui se sont fait vocation d’en user, une oeuvre de pure mystification. C’est bien pour cela que les quelques individus parlant avec sincérité et honnêteté sont perçus et décrits comme des « étrangers » au monde politique. Le cynisme, la muflerie, le mensonge, la manipulation, le conditionnement, l’asservissement de l’esprit, sont des outils du discours et des actes politiques bien plus répandus que la vertu civique, le respect des citoyens et l’idéal humaniste.

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Le problème majeur, cependant, n’est pas tant le fait de ces hommes de pouvoir nuisibles à l’intérêt général comme aux intérêts particuliers de tous. Non, le problème majeur des sociétés humaines, c’est la facilité avec laquelle les dirigeants les mènent jusqu’au pire, l’aisance avec laquelle ils les trompent, les manipulent, les mystifient et les tiennent en respect sans que cela ne provoque de réaction de défense.

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Trois siècles après les révolutions du XVIIIe siècle, Américains et Français pour ne parler que d’eux (mais on pourrait élargir grandement le périmètre du propos) continuent à tolérer les exactions des dominants ; continuent massivement à croire les promesses et les engagements de ceux qui revendiquent la légitimité de les conduire et de les diriger ; continuent à se fier aux explications que ceux-ci donnent de tout ou presque ; continuent, docilement, à leur obéir et même à les servir, d’une manière ou d’une autre ; continuent à les faire rois, princes et chefs petits ou grands.

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Et l’histoire se répète sans cesse, génération après génération, à tel point qu’il semble que rien n’ait été appris d’hier ni d’avant-hier.

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Certains, un peu bigots, attendent le messie pour les sauver. D’autres, l’esprit un peu romanesque, comptent plutôt sur un chevalier solitaire au coeur pur et à l’âme intrépide, et tant qu’à faire avec un peu d’autoritarisme parce que vous savez, ma bonne dame, il faut bien le mater ce peuple ! D’autres encore se disent qu’une nouvelle Jeanne d’Arc (qu’ils croient avoir trouvée en qui vous savez) est la seule chance de la France. Et quel que soit le problème, ELLE saura ce qu’il faut faire pour le régler immédiatement ! Et oui, des millions le croient !

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Et assez loin de tous ces dingues-là que l’on peut classer dans la « droite » sous toutes les formes de ses chapelles et de ses sectes, il y en a d’autres, que l’on classe dans la « gauche » qui continuent à faire ce qu’ils ont toujours fait parce qu’hier – non, pardons, avant-hier – cela avait un peu fonctionné. Refusant de manière résolue de voir que, depuis au moins plusieurs décennies, ça ne marche plus, butés dans leurs certitudes, enfermés et sclérosés dans leur incapacité à penser autrement que dans le cadre étroit qui a été le leur si longtemps, ils rejouent sans cesse la même pièce. Et bien qu’il y ait de moins en moins de spectateurs, il y en a toujours assez pour leur donner le sentiment qu’ils ont encore raison… d’être ce qu’ils sont, de défendre leur pré-carré et de penser que la majorité ne les a éconduits que pour un temps limité, histoire de leur faire passer un message… Ah, les cons !

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« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent » persiflait Albert Einstein.

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Certes, les acteurs du pouvoir institué et ses puissants relais mediatiques, qui sont partout et tout le temps, abrutissent en conscience, et à dessein, les masses populaires. Le pouvoir mediatique a cette capacité effrayante de fabriquer le consentement des masses en plus de créer chez elles, dans leur esprit, tout ce qu’il faut pour les lier indissolublement au système. Et, plus bas dans l’échelle des responsabilités, les serviteurs dociles et zélés jouent leur partie parce que la plupart de ceux-là se disent qu’ils finiront bien par percer, par grimper dans la hiérarchie sociale et par en croquer un peu… Oui, eux rêvent de grosses miettes que leur jetteraient nos maîtres. Pour ces miettes-là, plus roboratives que celles à disposition du plus grand nombre, ils sont prêts à tout : la trahison ne les répugne pas. La dénonciation non plus. Beaucoup sont d’ailleurs coutumiers et de l’une et de l’autre de ces deux pratiques bien françaises… La période noire de l’Occupation est de nature à le rappeler à ceux qui auraient la mémoire courte ou par trop sélective…

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Ce spectacle est désolant et parfois, on se dit que nous n’en sortirons jamais car pour se libérer, encore faut-il le vouloir ! On ne sort de la servitude qu’en conscience et par suite de décisions, suivies d’actes en cohérence avec elles, en ayant la liberté comme seul guide.

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Nous savons que l’oppression est parfois – l’histoire humaine l’a assez souvent démontré – le résultat d’une force irrépressible exercée sur les peuples et les individus par les dominants.

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Mais c’est aussi souvent le résultat de nos propres insuffisances, de nos propres inconséquences. Oui, la servitude volontaire est un puissant frein à la liberté pleine et entière des peuples.

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La Boétie a écrit un magnifique ouvrage sur le sujet, et un autre que lui, un certain Machiavel, a synthétisé à sa façon la démonstration boétienne en une maxime culte : « La meilleure forteresse des tyrans est l’inertie des peuples ».

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Bien sûr, certains tyrans peuvent se révéler redoutablement cruels à l’égard des peuples et des gens ordinaires quand ils sont menacés par eux de choir et qu’ils se trouvent acculés à user de la force la plus bestiale pour sauver leur position. Mais ce n’est pas toujours vrai. Certains tyrans – là aussi l’Histoire nous en a donné des exemples – sont tombés presque tout seuls, comme tombent de l’arbre les fruits trop mûrs que personne n’a daigné cueillir.

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Si nous ne sommes pas tous des héros (et moi pas plus que quiconque), si nous refusons de prime abord la violence (et moi comme vous tous), si nous avons peur, pour nous, pour nos familles, pour celles et ceux qu’on aime (moi comme vous), qu’elle déclenche de grands malheurs dans nos vies, nous devons aussi avoir à l’esprit que son déclenchement n’est pas certain. Tout dépend du rapport de force entre dominants et dominés, et un rapport de force qui semble défavorable un jour peut très bien basculer un jour suivant. Rien n’est jamais acquis, ni dans un sens, ni dans un autre ! C’est parce que nous avons laissé les dominants par nature reprendre le pouvoir qui leur avait été arraché, c’est parce que nos « représentants » (ceux-là même que nous avons élus) ont rendu peu à peu à ces dominants tous les pouvoirs qui leur avaient été retirés, que nous en sommes là où nous en sommes aujourd’hui. « Le prix de la liberté, c’est la vigilance éternelle » avait dit Thomas Jefferson, Président des États-Unis entre 1801 et 1809. Il faudrait méditer cette maxime. Nous n’avons pas été assez vigilants et aujourd’hui, nous en payons le prix.

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Ne nous leurrons pas. La révolution n’éclatera pas demain. Des accès de colère peut-être. De nouvelles émeutes, c’est possible. Mais pas la révolution au sens où l’entendent ceux qui se font ses laudateurs. Eux attendent cette révolution comme d’autres attendaient Godot mais n’en déplaise à certains de nos amis, ce ne sont pas ces gens-là qui nous aident le plus avec leurs appels incessants à faire la révolution. Car il est très rare que des peuples entiers se lèvent ensemble, simultanément. Ce qui est en revanche bien plus envisageable, et bien plus probable, c’est une forme de réaction en chaîne, de « bastions » du système qui tombent les uns après les autres, de « ralliements » à la cause du peuple venant de ceux qui ont normalement vocation à protéger l’ordre public et les institutions du pays.

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Le « pouvoir » ne tient que parce qu’il est protégé par certains des nôtres. Quand je dis des « nôtres », je pense à ces citoyens ordinaires qui ont juré fidélité au pouvoir. Le jour où ils renieront leur serment de fidélité aux dominants pour honorer le peuple dont ils font partie, je ne donne pas cher du « pouvoir » institué.

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Tout est là, selon moi ! Il faut faire basculer dans notre camp ceux qui aujourd’hui encore permettent au système de se maintenir.

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J’ai idée que notre « camp »  n’aspire pas tant à la « révolution » – fut-elle « citoyenne » – qu’à la « libération », une libération pure et simple. Car ceux qui nous gouvernent ne sont finalement que des occupants, au moins aussi détestables que tous ceux qui occupent un pays contre son gré ! Car nos dirigeants, aujourd’hui, se comportent à notre égard, exactement comme les « oligarchies » se sont toujours comportées dans les pays d’Amérique latine, avec la bénédiction et très souvent le soutien actif de leurs homologues états-uniens, lesquels mettaient les moyens de leur « État profond » au service de la cause des dominants de ces pays constitutifs de « l’arrière-cour » des États-Unis comme ils disaient… Maudite « doctrine Monroe » qui, après l’idéologie de la « destinée manifeste » pour ce qui est du territoire nord-américain, a donné à l’impérialisme états-unien ses plus belles fondations pour s’exercer au-delà des frontières de « l’Union »

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Les yeux d’un nombre croissant de naïfs que je me retiens difficilement de désigner sous le vocable moins aimable de « gogos », sont en train de se dessiller semble-t-il. Il ne serait que temps !

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Espérons que cette prise de conscience salutaire se répandra comme une traînée de poudre en France et partout ailleurs dans les prétendues « démocraties » de ce monde, et qu’il en résultera partout de grands chambardements ! Pour le meilleur cette fois et plus jamais pour le pire ! Mais ne nous limitons pas à l’espérer, faisons-le advenir ! Car l’histoire ne s’écrira pour le meilleur que si nous tenons la plume ! Rien n’est écrit. Il n’y a pas de dieu qui décide pour nous. « L’avenir n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons en faire » rappelait Henri Bergson.

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Or, aussi longtemps que les peuples et les individus de nos sociétés accepteront les lois des puissants, fut-ce en contestant parfois timidement certaines de leurs dispositions, aussi longtemps que les peuples et les individus de nos sociétés serviront les dominants, fut-ce en grognant un peu, aussi longtemps que les peuples et les individus de nos sociétés reconduiront au pouvoir nos bourreaux, fut-ce en couronnant de « nouvelles têtes » qui se présentent en promettant de « tout changer »… pour finalement que rien ne change selon la maxime célèbre de l’auteur italien Giuseppe Tomasi di Lampedusa, aussi longtemps que les peuples et les individus de nos sociétés ne lutteront contre les acteurs de nos malheurs que par des « marches » ou des grèves ponctuelles, épisodiques et isolées, nous subirons la loi de ces gens que nous disons refuser.

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Il y a un moyen et un seul, à mon avis, de les toucher : c’est de les prendre à la gorge ! Et qu’est ce qui est de nature à les prendre à la gorge : eh bien, qu’à l’instar de la plèbe romaine des temps antiques qui s’était retirée sur cette colline de Rome qu’on appelait l’Aventin et avait, ce faisant, dit « merde » aux patriciens, nous nous organisions pour les priver de tout ce dont ils ont besoin.

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Ils ont certes des milliards mais ils sont peu nombreux comparé aux masses humaines. Et sans nous, ils ne peuvent rien.

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Siéyès avait écrit des lignes exceptionnellement pertinentes à propos du Tiers-État et de la Noblesse et ces mots résonnent encore aujourd’hui. Je vous les rappelle :
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« Qui donc oserait dire que le Tiers-État n’a pas en lui tout ce qu’il faut pour former une nation complète ? Il est l’homme fort et robuste dont un bras est enchaîné. Si l’on ôtait l’ordre privilégié, la Nation ne serait pas quelque chose de moins, mais quelque chose de plus. Ainsi qu’est ce que le Tiers-État ? Tout, mais un tout entravé et opprimé. Que serait-il sans l’ordre privilégié ? Tout. Mais un tout riche et florissant. Rien ne peut aller sans lui, tout irait infiniment mieux sans les autres. »
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Je laisse à Siéyès le dernier mot de ce billet !
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