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John Fitzgerald Kennedy, le destin brisé d’une autre Amérique – Mon hommage au président assassiné

John F. Kennedy

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Il y a 54 ans, JFK était assassiné à Dallas, au Texas.

John Fitzgerald KENNEDY était le Président des États-Unis élu en novembre 1960 et ayant pris ses fonctions le 20 janvier 1961. Il était le Président des États-Unis qui avait commencé à réorienter la politique de son pays pour en faire, au plan diplomatique et international, une puissance au service de la paix et de la coexistence pacifique et au plan interne, il avait entamé un processus visant à mieux répartir les richesses. Il signa alors son arrêt de mort.

I / JFK amorce une révolution géopolitique

1er temps : la baie des cochons, avril 1961

Cela commença lors de la crise de la “baie des cochons” en avril 1961. KENNEDY, après avoir longtemps hésité, s’était finalement résolu à autoriser cette expédition barbouzarde de la CIA alors même que son intuition l’incitait à se méfier de ce type d’opération. Clairement, il ne la sentait pas et il n’était pas loin de la désapprouver. Pourtant, à peine arrivé en fonction, il n’osa pas désavouer son prédécesseur EISENHOWER qui l’avait mise sur pied, ni défier ainsi ouvertement le directeur de la CIA qui en avait assuré la préparation avec ses adjoints. En outre, KENNEDY était sensible à la détresse de ces Cubains anticastristes qu’il voyait alors comme des victimes d’un pouvoir ayant dressé Cuba contre ses amis traditionnels d’Amérique.

Il faut savoir qu’avant que KENNEDY ne donne son accord à la CIA pour le lancement de l’opération, il exigea d’elle des réponses circonstanciées et convaincantes à plusieurs questions :

1/ l’expédition militaire serait-elle un succès ? Avait-elle des chances sérieuses de succès ? quels étaient les risques d’échec ? Castro pouvait-il avoir été informé des préparatifs ? Risquait-il d’opposer aux forces de débarquement une résistance de nature à repousser les hommes à la mer ?

2/ une fois le débarquement réussi, comment réagirait le peuple cubain ? allait-il accueillir les mercenaires comme des libérateurs ou risquaient-ils de se liguer contre eux ?

3/ que ferait ensuite l’URSS ? pouvait-on prendre le risque de l’amener à réagir violemment ? si l’URSS voulait exercer des représailles, où frapperait-elle et comment ?

4/ si par malheur l’expédition devait malgré tout échouer, pouvait-on garantir que jamais les États-Unis ne seraient suspectés d’avoir préparé et soutenu cette opération ?

Pour toutes ces questions, la CIA, par la voix de son directeur Allen DULLES, de son directeur adjoint Richard BISSEL, et de son directeur des opérations Charles P. CABLE, assurèrent le Président que tout avait été préparé avec le plus grand soin, dans le secret le plus absolu et qu’il était donc certain que tout se déroulerait selon les plans établis. Ils assurèrent également le Président qu’ils avaient pris en compte de nombreux paramètres pouvant jouer le rôle de grains de sable et qu’ils avaient pris les mesures pour qu’ils ne provoquent aucune complication sérieuse. La CIA se disait extrêmement confiante. La CIA assura KENNEDY du fait que Castro n’avait aucun moyen de se douter de ce qui se tramait parce que tout avait été fait dans le plus grand secret en prenant les plus grandes précautions pour que rien ne s’ébruite. La CIA assura KENNEDY que les moyens militaires à la disposition de CASTRO étaient de toute façon tellement réduits qu’après que le débarquement ait commencé, CASTRO ne serait plus en situation d’empêcher la réussite de l’opération. La CIA assura le Président que le peuple se rebellerait immédiatement contre Castro et prêterait son concours actif à la « libération » de Cuba. La CIA donna aussi à KENNEDY l’assurance ultime : si par un malheur totalement inconcevable, l’opération devait se solder par un échec, jamais le gouvernement des États-Unis, ni même la CIA, ne seraient en situation d’être suspectés puisque tous les matériels militaires employés avaient été maquillés, que rien ne permettrait de tracer les commanditaires de l’opération. Quant à la possibilité pour les Soviétiques de réagir en exerçant des représailles, la CIA rassura KENNEDY en relevant que les Soviétiques n’avaient aucun moyen d’action sur zone, ni à Cuba, ni nulle part sur le continent. Les représailles ne pourraient donc s’exercer qu’ailleurs, peut-être à Berlin mais la CIA était certaine qu’il n’y en aurait pas car les relations entre CASTRO et les Soviétiques, en avril 1961, en étaient encore à leurs balbutiements.

Comme les chefs de l’état-major militaire d’une part, la plupart des « diplomates » d’autre part, appuyèrent les avis de la CIA, KENNEDY finit par se ranger à leur avis et autorisa l’opération mais en l’encadrant très rigoureusement. Il fit savoir, avec la plus grande clarté, à la CIA et aux chefs de l’état-major militaire, que si les évènements devaient mal tourner, jamais il ne donnerait d’ordre d’intervention des forces armées des États-Unis. En effet, les chefs de l’état-major avaient signifié au Président qu’elles seraient alors disponibles pour assister, en cas de besoin, les mercenaires devant débarquer à Cuba. Or, c’est cet engrenage-là, précisément, que KENNEDY refusait avec la plus grande force. Il rappela donc à la CIA et à ses chefs d’état-major qu’il ne changerait pas d’avis, quoi qu’il advienne. Et qu’ils devaient faire avec. C’était à prendre ou à laisser. Et la CIA et les chefs d’état-major acceptèrent le “deal”.

Au cours de la nuit du 17 avril 1961, deux jours après que des avions des États-Unis, maquillés pour ne plus faire apparaître leur origine, aient bombardé massivement les aéroports de Cuba, le débarquement fut organisé. Les mercenaires étaient attendus sur les plages par une force armée cubaine nombreuse et puissamment armée.

Manifestement, CASTRO avait été informé préalablement et avait déployé ses soldats pour accueillir les assaillants ! La CIA s’était donc trompée sur ce point-là.

Le déluge de feu opposé par l’armée de CASTRO aux forces assaillantes fut tellement nourri que ce fut très vite une hécatombe parmi les mercenaires anticastristes. Beaucoup ne purent même pas poser le pied à terre. Ils furent tués avant, alors qu’ils étaient dans les chaloupes de débarquement. Les raids aériens préalables du 15 avril n’avaient donc pas détruit toute la force aérienne de Cuba et Castro put, grâce aux avions qui lui restaient, infliger des dommages terribles aux assaillants qui ont dû vivre la même horreur que ce que vécurent les soldats qui débarquèrent sur les plages de Normandie le 6 juin 1944. La CIA s’était donc trompée également quant au potentiel destructeur des moyens militaires à la disposition de CASTRO.

Alors que les forces de débarquement tentaient de se mettre à l’abri ou de prendre pied sur la plage, la nouvelle de cette attaque se répandit très vite dans Cuba et au-delà. Et de même, l’on apprit très vite que les Cubains opposaient aux assaillants une résistance acharnée faisant tomber les assaillants comme des mouches.

Et quid du peuple cubain ? Se levait-il pour entrer en résistance contre les forces de CASTRO et apportait-il son soutien aux assaillants ? Pas du tout. Les Cubains, tout au contraire, se liguèrent contre les assaillants et apportèrent leur soutien aux forces de CASTRO. Sur ce point encore la CIA s’était trompée…

Le président KENNEDY fut alors appelé en urgence à rejoindre la salle des opérations de la Maison-Blanche et on lui expliqua le désastre en cours. Inutile de dire que les chefs de la CIA et ceux de l’état-major militaire avaient les visages de circonstance. Et inutile aussi de dire quel était le degré de stupéfaction et de colère de KENNEDY. On lui avait donné les garanties que jamais on n’en serait là. Et pourtant on s’y trouvait ! Le désastre était évident. Le seul moyen d’éviter que ça ne tourne au fiasco complet, c’était d’engager immédiatement les forces aériennes et navales des États-Unis. L’US Air Force et l’US Navy pouvaient renverser la donne et faire taire la résistance cubaine. Mais cela impliquait alors une opération de l’armée officielle des États-Unis et de grande ampleur. KENNEDY avait prévenu que cela, il ne l’accepterait jamais. Il tint parole. Il refusa, malgré les pressions intenses de son état-major et de bien de ses conseillers, d’impliquer ouvertement les États-Unis dans l’opération. La CIA devait seule se dépatouiller avec son opération.

Le désastre se confirma donc et au matin le monde entier sut ce qui s’était produit. Ce sont bien évidemment les États-Unis qui furent directement accusés. Pas seulement par les Cubains, mais aussi par les médias américains qui ne doutaient pas que cette opération avait eu forcément, d’une manière ou d’une autre, l’accord du Président. La CIA s’était donc trompée aussi en assurant KENNEDY que jamais un échec ne serait mis sur le compte des États-Unis.

Cela commence à faire beaucoup d’erreurs vous ne trouvez pas ? Et des erreurs d’une certaine gravité, n’est-ce pas ?

Quoi qu’il en soit, KENNEDY assuma publiquement l’échec et ne dit curieusement rien des raisons profondes qui y avaient conduit. Il fit ainsi preuve d’une dignité absolument inattendue de la part d’un dirigeant aussi important que pouvait l’être le Président des États-Unis. Ce faisant, il provoqua l’ahurissement des Américains et de l’opinion mondiale qui n’en revenaient pas de voir un chef d’État reconnaître ainsi publiquement son échec dans une situation aussi délicate. Ce choix de KENNEDY allait lui offrir une grande popularité alors même qu’un tel échec était de nature à le discréditer totalement quelques semaines à peine après son investiture.

Si en public, il fut ce Président qui assume totalement, en privé, il adopta un tout autre comportement. Il fit bien savoir à son entourage au sein de l’administration, de l’armée, de la CIA et des cercles du pouvoir qu’il tenait pour responsables les patrons de la CIA qui s’étaient plantés sur tout ce qu’ils avaient prévu et promis. KENNEDY ne l’oublierait jamais. Cette expérience allait le marquer pour le restant de sa présidence. Jamais plus il ne tiendrait compte des avis de la CIA. Et il se méfierait aussi désormais de ceux de l’état-major militaire. Il ferait désormais appel à des hommes de confiance, très peu nombreux. C’est eux et eux seuls dorénavant qu’il écouterait même s’il devait, pour éviter une crise majeure au sein du pouvoir, conserver des relations avec tous les autres…

KENNEDY attendit quelques mois pour infliger une sanction aux fautifs. Il renvoya le directeur de la CIA et ses deux adjoints précités. Et il précipita aussi le départ du général Lyman LEMNITZER, le président du comité des chefs d’état-major qui fut « expédié » en Europe, à la tête du commandement de l’OTAN ! Son remplaçant, le général Maxwell TAYLOR était un proche de KENNEDY, un homme droit, loyal, raisonnable, qui serait un aide de camp précieux mais qui, pour ces raisons-là, serait vite cantonné, de fait, à un rôle subalterne car les autres chefs d’état-major n’accepteront jamais le successeur de LEMNITZER, jugé à raison trop « Kennedyen » !

Cette première crise que dut affronter KENNEDY lui fit prendre conscience de ce qu’était en réalité le gouvernement des États-Unis. Il comprit alors qu’il aurait bien du mal à contenir à l’avenir les pressions terribles qu’il subirait de nouveau à la première occasion. Et il ne devait pas ignorer qu’il s’était fait de terribles ennemis lors de ces journées de crise. Il devrait maintenant composer avec des ennemis irréductibles, des ennemis très haut placés au sein du pouvoir et disposant donc de moyens de contrainte, de dissuasion ou de menaces; des ennemis irréductibles dans le monde des exilés cubains anticastristes ; des ennemis irréductibles au sein de la CIA et il n’est jamais bon d’être perçu comme un ennemi par des gens qui ont « permis de tuer » c’est-à-dire les moyens matériels, logistiques, humains et financiers de semer la mort et la désolation, mais aussi de maquiller ou de dissimuler leurs actes pour ne jamais risquer d’être impliqués, tout ceci avec l’assentiment de l’État… Mais ce n’est pas tout. KENNEDY s’est fait aussi, lors de la crise de la baie des cochons et de ses suites, des ennemis irréductibles au cœur de l’état-major des armées ; des ennemis irréductibles dans certains cercles washingtoniens ; et des ennemis irréductibles au sein de la mafia qui espérait bien, à la suite du débarquement et du renversement de CASTRO, reprendre pied à Cuba, d’où elle avait été éjectée par CASTRO.

2ème temps : le mur de Berlin, août 1961

KENNEDY se fit de nouveaux ennemis quelques mois plus tard, lorsque fut édifié le mur de Berlin pendant l’été 1961. KENNEDY décida de ne pas réagir à cette provocation de la part de l’Allemagne de l’Est et donc de l’ennemi soviétique.

Beaucoup de gens alors, anonymes ou importants, opposèrent de très vives critiques à cette inaction de KENNEDY qui aboutissait, de fait, à abandonner à leur triste sort des millions d’Allemands de l’Est. Et il n’y avait pas que des ennemis de KENNEDY pour faire ces critiques… On pouvait en effet, tout en restant quelqu’un de raisonnable, tout en refusant la diplomatie de la canonnière, considérer en effet qu’une telle inaction était incompréhensible et pouvait apparaître comme lâcheté.

Pour autant, c’est l’analyse géostratégique de ces évènements que le président KENNEDY et ses proches ont faite qui les a conduits à cette inaction. Ils ont en effet considéré que le seul moyen de stopper ce qui était en train d’advenir impliquait pour les armées des États-Unis d’intervenir en empêchant la poursuite de la construction du mur. Les chars américains se sont ainsi déployés à quelques centaines de mètres de la zone rouge. Ce n’est pas KENNEDY qui a donné cet ordre mais un général en poste en Allemagne. En réaction, les Soviétiques firent de même, si bien que très rapidement, à Berlin, de part et d’autre de la zone qui allait être celle du mur, se firent face des chars des États-Unis et des chars de l’Armée Rouge. La tension grimpa et avec elle, le moindre incident pouvait aboutir à une catastrophe. Du côté des États-Unis, KENNEDY subissait les pressions les plus vives pour intervenir. On lui expliquait qu’il ne pouvait laisser faire. Et outre les habituels « faucons » de son entourage, il fut incité à réagir fermement par le maire de Berlin, un certain Willie Brandt, qui allait être plus tard chancelier de l’Allemagne de l’Ouest. Parmi les gens raisonnables entourant KENNEDY, le sentiment le plus répandu était la crainte de plus en plus vive qu’ils ne perdent le contrôle de la situation et qu’un acte irréfléchi, de la part des militaires américains ou soviétiques sur place, ne mette le feu aux poudres. Il fallait régler le problème au plus vite mais comment faire ?

Finalement, KENNEDY ordonna aux chars de son armée de reculer de quelques centaines de mètres et de stationner dans des rues adjacentes de telle manière que les Soviétiques ne puissent plus les voir et de telle manière surtout que les chars américains ne menacent plus ouvertement la zone soviétique. En échange, les Soviétiques donnèrent le même ordre à leurs propres chars, ce qui fit baisser quelque peu la tension. Mais le problème de fond demeurait. Durant ces heures de crise, les « grands » du monde « libre » se consultèrent avec frénésie. Les uns encourageaient KENNEDY à intervenir, quelles qu’en soient les conséquences, alors que d’autres prêchaient la sagesse, la modération et estimaient que l’on devait régler le nouveau problème posé par le mur non par la guerre mais par la diplomatie. C’est cette option que retint KENNEDY. Alors nous savons que la diplomatie échoua à faire tomber le mur qui allait rester debout jusqu’en 1989. Mais la guerre fut encore évitée ce coup-ci.

Sauf que cette nouvelle expérience renforça les ennemis de KENNEDY qui voyaient la preuve de sa lâcheté, de son incompétence, de sa faiblesse chronique. Certains commencèrent à prétendre qu’en fait KENNEDY était un communiste et que les Soviétiques avaient réussi à installer un des leurs au cœur du pouvoir à Washington. Oui, vous voyez que la phobie des ingérences russes ne date pas d’hier…

Ce nouveau refus d’intervention armée opposé par KENNEDY aux va-t-en-guerre de son gouvernement a accentué très fortement la défiance que ce Président inspirait aux chefs d’état-major de l’armée comme aux pontes de la CIA et aux « spécialistes » de la diplomatie de la canonnière, sans compter toute une série de forces occultes et de cercles de pouvoir qui ont considéré que KENNEDY prouvait là sa nature véritable de traître à l’égard des États-Unis. Oh, bien sûr, ce n’était pas encore ce vocabulaire-là qui était employé dans les allées du pouvoir. Pas encore… Mais ça viendrait bien vite !

3ème temps : la crise des missiles de Cuba, octobre 1962

Lorsque les dirigeants des États-Unis découvrirent, en octobre 1962, que les Soviétiques étaient en train d’installer à Cuba des missiles à courte et à moyenne portée (de quelques centaines de kilomètres à plusieurs milliers), le pays d’abord, puis le monde entier lorsque cela fut rendu public quelques jours après la découverte, entrèrent dans la plus grave crise diplomatique qu’ait connu l’humanité à ce jour. On a souvent dit que le monde était passé au bord du « précipice ». La guerre ouverte entre l’URSS et les États-Unis – donc une guerre mondiale de nature à anéantir toute l’humanité en quelques heures ou quelques jours – a failli être déclenchée. Cette crise est tout à fait exceptionnelle à la fois dans sa gravité, son intensité, et dans son heureux dénouement.

À cette occasion, presque l’ensemble des forces dirigeantes des États-Unis se sont liguées pour contraindre le président KENNEDY à entreprendre non seulement une destruction totale des missiles, mais aussi une invasion de Cuba, un renversement de Castro, et si nécessaire un bombardement nucléaire massif de l’URSS.

Vous vous dites que cela n’est qu’une affabulation ? Que personne, pas même dans l’armée, ne saurait prescrire un tel plan ? Hélas, hélas, hélas ! On a aujourd’hui la preuve que le général Curtis Emerson LEMAY a plusieurs fois défendu un tel plan devant le Président lors de conseils de la sécurité nationale. Cet homme était le chef d’état-major de l’armée de l’air et l’ancien chef du SAC (le Strategic Air Command, c’est-à-dire le commandement des forces aériennes nucléaires des États-Unis, parmi lesquelles les milliers de missiles intercontinentaux représentant des dizaines de milliers de têtes nucléaires). Cet homme-là était, pendant la seconde guerre mondiale, commandant en Asie du Sud-est et il est un des principaux responsables des bombardements massifs sur les villes japonaises. Ces bombardements causèrent des centaines de milliers de morts parmi les civils car c’étaient bien les villes qui étaient prises pour cibles et c’étaient des bombardements incendiaires si bien qu’en plus des explosions dues aux bombes, les incendies étaient des feux de l’enfer et on n’ose imaginer l’horreur absolue vécue par les populations au sol. C’est encore cet homme, Curtis LEMAY, qui joua un rôle important dans le développement de l’arme nucléaire et recommanda fortement son utilisation dès que possible contre le Japon. Aux yeux de beaucoup de gens qui ont étudié la biographie de cet homme, Curtis LEMAY est bien un des pires criminels de guerre de l’Histoire de l’humanité. Il n’avait manifestement aucune peur lors des crises qui éclatèrent sous la présidence de KENNEDY. Il estimait que les Soviétiques devaient être traités avec la plus grande fermeté. Il estimait même que la supériorité militaire des États-Unis était telle que ce pays pouvait « gagner » une guerre nucléaire avec l’URSS. Il acceptait d’office que meurent des dizaines de millions d’Américains, des milliards d’êtres humains. Du moment que les États-Unis survivaient et se basant sur les quantités et les types d’armement à la disposition des Américains et des Soviétiques, il ne doutait pas qu’au final les Soviétiques seraient battus. Il fallait comprendre que d’après lui un « échange » nucléaire entre les deux superpuissances conduirait à ce que les Soviétiques aient utilisé leurs dernières armes bien avant d’avoir tout détruit aux États-Unis et bien avant d’avoir tué tous les Américains. Il était certain qu’il resterait aux chefs survivants des États-Unis assez de moyens nucléaires pour avoir le dernier mot sur l’ennemi.

Ce que je vous raconte là n’est pas un délire mais c’est en gros ce qu’a pu en dire Robert McNAMARAa qui fut le secrétaire à la Défense de KENNEDY puis de JOHNSON. D’autres que lui confirmèrent ces propos et évoquèrent à mots plus ou moins couverts la « folie » de ce général LEMAY.

C’est d’ailleurs ce général qui inspira à Stanley KUBRICK le personnage du général fou dans le film « Docteur Folamour ».

Pour revenir au sujet dont je me suis quelque peu éloigné du fait de cette digression à propos de LEMAY, je rappelle que la plupart des « conseillers » civils et militaires de KENNEDY, comme la plupart des chefs d’État et de gouvernement du monde « libre » se sont rangés derrière lui à l’occasion de la crise des missiles cubains d’octobre 1962.

Tous lui ont dit être prêts à tout, y compris à le soutenir dans les mesures les plus dures face à l’agression caractérisée exercée par les Soviétiques, quitte à devoir entrer en guerre contre eux ! On se rappelle le choix immédiat du général DE GAULLE… Il ne fut pas le seul chef d’État mais simplement le premier à réagir. À la vitesse de l’éclair !

KENNEDY comprenait bien la gravité absolue de la crise qui s’ouvrait et discernait bien les conséquences qu’engendrerait le déclenchement d’un conflit ouvert entre l’URSS et les États-Unis. Une fois de plus, il fit tout ce qu’il put pour l’éviter. Et il y parvint. Pas tout seul évidemment. Certains de ceux qui l’entourèrent durant ces terribles « treize jours » de crise intense furent eux aussi de véritables amis de l’humanité, de véritables « sauveurs » pourrait-on même dire sans exagérer le propos ! Et même du côté soviétique, il y en eut de ces « sauveurs », de ces gens raisonnables qui firent leur possible pour régler le différend par la diplomatie. On peut vraiment être redevables à tous ces Américains et à tous ces Soviétiques d’avoir su manœuvrer avec une telle maestria dans une situation aussi terrible.

Bien des évènements auraient pu mal tourner. Il y eut des moments de crise tellement paroxystiques qu’il s’en est fallu de presque rien pour que tout explose. Parmi les croyants (ce qui n’est pas mon cas), beaucoup sont convaincus que Dieu est intervenu pour sauver l’humanité pour qu’elle ne bascule pas dans la folie ouverte… Pour ma part, je pense que nous avions, en ces moments-là, à Washington comme à Moscou, dans les unités américaines déployées à l’occasion du blocus de Cuba, comme dans les forces soviétiques qui leur faisaient face, les bonnes personnes à la bonne place, pour contenir celles qui s’employaient à tout faire péter ! Oui, je crois que les héros de cet épisode de crise exceptionnelle ne sont pas que dans les allées du pouvoir suprême mais qu’on les trouve aussi parmi certains responsables moins importants des armées rivales. Ceux-là ont su garder leur calme en toute occasion et ne pas répondre à nombre de provocations. Quand on repense à toutes ces provocations infligées aux Soviétiques par les Américains, on a vraiment des sueurs froides, et on est saisi d’effroi de réaliser ce à quoi nous avons échappé !

Cette crise-là était perçue par beaucoup dans l’entourage de KENNEDY et au sein du pouvoir, comme l’occasion rêvée pour les États-Unis de reprendre la main à Cuba. Or KENNEDY s’y refusa. Une fois de plus !

Inutile de vous dire que tous ceux qui avaient déjà tant à reprocher à ce Président depuis deux ans et demi qu’il était en place devinrent des ennemis véritablement enragés et incontrôlables. Le processus qui allait conduire à son assassinat à Dallas le 22 novembre 1963 avait, sans nul doute, été déjà engagé mais il est clair que la détermination des « assassins » se renforça massivement en octobre 1962. Et il ne fait guère de doute que ceux qui, dans le monde des adversaires de KENNEDY, pouvaient encore avoir quelque hésitation à organiser l’assassinat du Président des États-Unis abandonnèrent, à cette occasion-là, leurs dernières préventions.

4ème temps : le refus de KENNEDY de s’engager dans la guerre du Vietnam

La question de savoir quand a commencé la guerre du Vietnam et qui en est le principal coupable fait débat. Mais en fait, si l’on veut pouvoir répondre à ces questions, il est nécessaire de clarifier le propos. Car « la guerre du Vietnam » n’est pas une réalité univoque. C’est une immense tragédie mais qui a diverses facettes. On ne peut la qualifier correctement et désigner ses coupables que si l’on comprend bien la chronologie.

C’est sous EISENHOWER que les premiers soldats américains posèrent le pied au Vietnam. Le président EISENHOWER avait en effet été convaincu par ses conseillers civils et militaires qu’il fallait aider le gouvernement du Sud-Vietnam à se défendre face à la menace que le gouvernement communiste du Nord-Vietnam faisait courir sur l’intégrité du pays et sa place dans le monde « libre ».

Pour autant, EISENHOWER n’apporta au gouvernement du Sud-Vietnam qu’un soutien timide, limité à l’envoi de seulement quelques centaines de « conseillers militaires ». Ainsi, non seulement ces « soldats » étaient très peu nombreux, mais en outre ils avaient des consignes très strictes. Ils étaient envoyés dans ce pays d’Asie du Sud-est pour conseiller les forces armées du Sud-Vietnam mais en aucune façon pour participer eux-mêmes aux combats. Ce n’étaient donc pas des combattants même si c’étaient des soldats.

On peut donc bien sûr soutenir que c’est EISENHOWER qui a déclenché la guerre du Vietnam puisque c’est lui qui a envoyé sur place les premiers GI’s. Mais l’honnêteté implique de reconnaître qu’envoyer à peine quelques centaines d’hommes quand on est les États-Unis, et qu’en outre on cadre les choses en limitant l’action de ces hommes à du « conseil » et en refusant expressément qu’ils participent aux combats ne cadre pas vraiment avec l’accusation d’avoir déclenché la guerre du Vietnam. Ce n’est clairement pas EISENHOWER qui est responsable de la guerre du Vietnam. Vu la faiblesse de l’engagement américain d’alors, les successeurs d’EISENHOWER pouvaient très bien décider de ne pas aller plus loin, voire de rappeler les quelques soldats. EISENHOWER laissa à son successeur le soin de prendre les décisions requises.

Le successeur d’EISENHOWER était KENNEDY. Et durant les deux premières années de sa présidence, KENNEDY ne prit pas de décision stratégique majeure à propos du Vietnam. On le lui reprocha d’ailleurs beaucoup. On parlait de son irrésolution. Et de fait, il l’était car il ne percevait pas bien ce que les États-Unis devaient faire ou pouvaient faire aussi loin de leur pays. Mais il ne pouvait pas non plus, au regard de la menace croissante, renvoyer les soldats au pays et abandonner ainsi le gouvernement du Sud-Vietnam, ce qui aurait signifié que le Nord-Vietnam pouvait entreprendre sans crainte la conquête du Sud-Vietnam.

Il resta donc dans cet entre-deux, sans revenir sur ce qui avait été décidé par son prédécesseur mais sans accentuer non plus de manière notable la pression militaire sur le Nord-Vietnam.

Les seules décisions que prit KENNEDY entre son accession au pouvoir en janvier 1961 et la fin de 1962 furent d’augmenter légèrement le contingent militaire au Sud-Vietnam. C’est ainsi que de de quelques centaines d’hommes, on est passé à quelques milliers. Certes, cette croissance de l’effectif militaire n’était pas négligeable et il ne s’agit pas de l’ignorer. C’est bel et bien KENNEDY qui en a décidé ou plutôt c’est KENNEDY qui a validé les demandes de son état-major sur ce point. Il leur a aussi donné satisfaction en acceptant d’abandonner le rôle restreint de conseil pour autoriser une participation active aux combats. Il faut dire que la pression qu’exerçaient les Nord-Vietnamiens, assistés des Chinois, se faisait de plus en plus vive et les Sud-Vietnamiens ne parvenaient pas à la contenir.

KENNEDY a donc assumé la montée en puissance des opérations militaires. Il ne saurait être considéré comme totalement innocent de la guerre du Vietnam. Pour autant, quelques milliers d’hommes et bien peu de batailles, cela ne fait pas une guerre à proprement parler.

Ce n’est véritablement que sous la présidence de son successeur, Lyndon JOHNSON, que la guerre du Vietnam a commencé pour de bon, dans les années 1964-1965. Après l’incident du golfe du Tonkin en août 1964 et ses conséquences : le vote, le 7 août, de la résolution du congrès donnant à JOHNSON carte blanche pour lancer la guerre contre le Nord-Vietnam. Et surtout, après l’élection de JOHNSON en novembre 1964.

C’est sous JOHNSON que l’effectif militaire des États-Unis au Vietnam va passer de quelques milliers d’hommes à plus de 500 000. C’est sous JOHNSON que les forces armées américaines vont engager de véritables batailles de guerre contre les armées du Nord-Vietnam. C’est sous JOHNSON que le corps expéditionnaire des États-Unis va utiliser massivement la force aérienne pour bombarder le Nord-Vietnam. Cette fois, les militaires du Sud-Vietnam n’étaient plus que les subalternes des Américains qui menaient la guerre eux-mêmes, avec leurs hommes, selon leurs plans, avec leurs moyens matériels, sous les ordres de leur état-major, et de leur Président.

La guerre du Vietnam est bien « la guerre de JOHNSON » comme l’écrivit un historien américain.

Si la guerre du Vietnam a été principalement décidée sous et par JOHNSON, la question se pose donc de savoir quel rôle fut celui de KENNEDY.

Sans revenir à ce que j’ai déjà écrit plus haut, je dirais que l’état-major militaire, nombre de « diplomates » et de conseillers civils du Président KENNEDY préconisaient un engagement accru au Vietnam. Beaucoup de gens qui gravitaient autour de KENNEDY, que ce soit au sein du Secrétariat à la Défense, du Secrétariat d’État, ou de l’état-major des armées, l’incitaient à oser engager plus avant les forces armées des États-Unis. Or il rechignait à cela. Il doutait de plus en plus, au fur et à mesure que le temps passait, que les Américains « puissent gagner là-bas ». Il ne cessait de réclamer des compte-rendu de la situation. Il mettait en doute les retours que lui faisaient les « faucons » et mettait de fait en concurrence les avis des uns et des autres, penchant de plus en plus manifestement pour le refus de s’engager davantage.

D’un côté, KENNEDY, comme la plupart de ceux qui dirigeaient le pays avec lui, étaient convaincus par la fameuse théorie des dominos voulant que si un pays d’une région donnée basculait dans le communisme, tous les pays de la région risquaient de faire de même. Il fallait donc l’empêcher. Mais si presque tout le monde était d’accord avec ce principe, les modalités de sa mise en œuvre concrète faisaient débat. On retrouvait alors, comme toujours, opposés les uns aux autres, d’un côté les faucons (adeptes de la manière forte et donc ne renâclant pas à l’usage de la force armée) et de l’autre côté les colombes (adeptes de la diplomatie). On avait d’un côté ceux qui estimaient qu’il était plus raisonnable d’agir et de l’autre ceux qui considéraient qu’il était prudent d’attendre et de ne pas adopter de décision de nature à envenimer la situation. Il y avait d’un côté ceux qui restaient fermes dans leurs convictions et de l’autre ceux qui évoluaient d’un jour à l’autre, d’une semaine à l’autre, d’un mois à l’autre, au gré des circonstances heureuses ou tragiques, des discours des fortes personnalités du gouvernement ou d’autres motifs plus ou moins ambigus.

Au milieu de tout cela, le Président devait rendre des arbitrages et prendre des décisions. Mais KENNEDY lui-même ne savait pas trop où aller sinon qu’il refusait d’être le Président qui déclencherait un conflit abominable. Car il avait déjà la prescience, l’intuition, qu’une guerre du Vietnam serait une abomination.

5ème temps : après la crise des missiles de Cuba, l’ère nouvelle et prometteuse de la coexistence pacifique

Alors qu’au sommet du pouvoir, le débat prenait de l’ampleur sur la question de savoir si l’on devait ou pas faire la guerre au Vietnam, vint la crise des missiles de Cuba en octobre 1962 et cette crise provoqua chez KENNEDY un trouble majeur.

Il remit alors en question bien des choses que les dirigeants des États-Unis considéraient jusque-là comme acquises ou dont ils estimaient qu’elles ne pouvaient souffrir aucune discussion. Il entreprit d’ouvrir une nouvelle phase des relations internationales que l’histoire appela ensuite « coexistence pacifique » car il y eut bien, à la suite de la crise des missiles de Cuba, un certain apaisement dans la relation entre les deux superpuissances et donc plus largement entre les blocs, même si, dans le même temps, des conflits meurtriers – dits de basse intensité en langage géopolitique – allaient perdurer ou naître. Mais il s’agissait alors de conflits locaux ne mettant aux prises qu’indirectement les deux géants.

Donc, à la suite de la crise des missiles de Cuba en octobre 1962, KENNEDY et quelques conseillers de son entourage, ceux qui étaient les plus proches de lui, commencèrent à travailler, dans le plus grand secret, à un plan de retrait du Vietnam. Le premier semestre de 1963 fut consacré à la préparation de ce plan. De nombreuses rencontres eurent lieu entre les officiels américains et les officiels du Sud-Vietnam mais il y eut aussi des rencontres bien plus discrètes entre des personnes qui avaient la confiance de KENENDY et divers acteurs de la guerre du Vietnam.

Dans le même temps, KENNEDY et ses proches entamèrent une forme d’éducation de l’opinion. Ils préparèrent les consciences à l’évolution stratégique majeure que KENNEDY avait l’intention d’engager.

C’est ainsi pendant l’été 1963 que deux évènements majeurs eurent lieu qui inauguraient la nouvelle période de coexistence pacifique :

D’une part, fut signé à Moscou, le 5 août 1963, le traité d’interdiction partielle des essais nucléaires et les États-Unis comme l’URSS signèrent ce traité. C’était un acte fondamental pour les relations internationales qui témoignait de la bonne volonté des deux parties.

D’autre part, KENNEDY redoubla d’efforts pédagogiques pour faire passer son message de paix. Le 10 juin 1963, il fit un discours remarquable et remarqué à l’Université de Washington. Il tendit la main publiquement et solennellement aux Soviétiques leur proposant d’engager avec eux une coopération dans plusieurs domaines. Il montra sa bonne volonté, il expliqua qu’il comprenait les Soviétiques, il suggéra que leurs désaccords se règlent tranquillement et qu’aucune des deux superpuissances ne tente plus, par la force ou la contrainte, d’imposer ses vues à l‘autre. Il osa même adresser des compliments et saluer la réussite des Soviétiques dans certains secteurs. C’était sans précédent.

Tous ces choix de KENNEDY firent grincer des dents. Ils provoquèrent même l’ire de beaucoup de gens dont certains très haut placés dans l’armée ou dans les milieux de pouvoir.

KENNEDY était en train de dire publiquement qu’il allait devenir un Président défendant la paix, tolérant l’existence du monde communiste, et se préparant même à travailler avec lui en bonne intelligence.

Aux yeux de ses adversaires et ennemis, JFK avait même poussé le vice, avec « son » traité d’interdiction des essais nucléaires, jusqu’à empêcher son pays de mener de nouvelles expériences indispensables pour sa sécurité. Ce faisant, il réduisait les capacités de défense de son pays. Cela était donc bien une nouvelle preuve qu’il était en réalité au service des Soviétiques.

Comment croyez-vous que cette révolution stratégique a été reçue chez les chefs d’état-major qui n’avaient qu’un seul objectif : vaincre l’URSS ?

Comment croyez-vous que cette révolution stratégique a été reçue par les chefs de la CIA qui n’avaient qu’un seul but : imposer partout la domination absolue de l’Empire capitaliste ?

Comment croyez-vous que cette main-tendue au monde communiste a été reçue par les anti-communistes si nombreux et si puissants aux États-Unis ?

Il est clair comme de l’eau de roche que KENNEDY vivait là son dernier été…

Bien que KENNEDY considérât qu’il devrait attendre d’être réélu en novembre 1964 pour engager concrètement la révolution géopolitique à laquelle il songeait, parce qu’il estimait que de tels changements ne pouvaient se décider qu’après une élection au cours de laquelle le débat aurait eu lieu sur le sujet, il amorça les premières décisions dès le mois de septembre 1963.

Ainsi, il prit une décision consistant à ordonner le retrait de mille premiers soldats du Vietnam avant la fin de 1963, et l’ensemble des militaires américains (c’est-à-dire quelques milliers) devraient avoir quitté le Vietnam avant la fin de 1964.

Cette décision-là mit le feu à Washington. KENNEDY commençait à mettre en œuvre sa révolution géostratégique et en outre, on voyait l‘opinion publique américaine basculer de plus en plus clairement dans le soutien à ce Président. Qu’il ait réussi à gérer la crise des missiles de Cuba sans violence et sans guerre, qu’il ait ensuite réussi à amadouer les Soviétiques et à leur faire signer le traité d’interdiction partielle des essais nucléaires, qu’il ait parlé abondement de paix et qu’il ait agi concrètement en cohérence avec ce discours a emporté les cœurs et les esprits des Américains au cours de l’été 1963 et du début de l’automne. On le vérifiera avec le voyage au Texas les 21 et 22 novembre puisque KENNEDY y fut accueilli avec beaucoup de ferveur par les Texans, même à Dallas, alors que tout le monde savait combien KENNEDY était haï dans cet État en général, et tout particulièrement à Dallas.

Oui, les décisions prises par KENNEDY en ce mois de septembre 1963 allaient constituer de nouveaux chefs d’accusation aux yeux des commanditaires de son assassinat lequel interviendrait deux mois plus tard.

Il est évident que les décisions de septembre ne seront jamais mises en application. Elles seront écartées discrètement par le nouveau Président ou plutôt reformulées pour leur faire dire l’inverse de ce qu’elles prescrivaient.

JFK 2

II / JFK entame aussi une « révolution » en politique intérieure…

JFK et les puissances du capitalisme

Outre ces « controverses » relatives aux choix géopolitiques du Président des États-Unis, on assista également, cette fois au plan de la politique intérieure, à des conflits d’une extrême violence durant les presque trois ans de la présidence KENNEDY.

Il y eut bien évidemment le problème des « Noirs » mais il y eut aussi le conflit entre KENNEDY et les « pontes » du capitalisme américain.

KENNEDY s’était en effet dressé à la fois contre les discriminations et les violences monstrueuses dont les Noirs étaient victimes, notamment dans les États du Sud, et cela n’avait pas aidé à sa popularité dans bien des milieux, mais il s’était aussi fortement impliqué contre les abus du système capitaliste, en tentant notamment de mieux répartir les fruits de l’économie de son pays par une réforme fiscale qu’il ne put jamais faire aboutir. Il essaya aussi d’imposer une augmentation régulière des plus bas salaires mais les États-Unis ne sont pas la France et le « gouvernement » ne dispose pas en la matière du pouvoir que détient le gouvernement français. Aux États-Unis, même le Président ne peut imposer ses vues. Il doit convaincre ou bien, pour réussir à contraindre les patrons, il doit être très largement soutenu, non seulement par l’opinion bien sûr, mais aussi et surtout par les autres pouvoirs, au premier rang desquels le Congrès. Et les Démocrates du Congrès n’étaient pas convaincus par l’utilité de cette mesure de justice sociale.

JFK s’opposa aussi aux patrons de l’acier. Ce fut une courte dispute mais extrêmement violente. Les mega-patrons prirent une décision d’augmentation des prix qui était de nature à saper l’économie du pays et KENNEDY tenta de les raisonner, en vain ! Alors il entreprit de les faire plier. Il n’y réussit pas dans un premier temps. Les patrons se raidirent et à l’occasion de ce conflit entre le Président et les plus grands patrons du moment, on entendit fleurir partout aux États-Unis l’accusation voulant que le Président fût adepte du communisme. C’est pour cela qu’il tentait d’imposer sa loi à des chefs d’entreprise, ce qui, dans un système capitaliste, était tout à fait anachronique et intolérable. Selon ces accusateurs, KENNEDY faisait la preuve une fois de plus qu’il était bien à la solde des communistes.

KENNEDY ne réussissant pas à faire changer d’avis les patrons, il s’employa à réclamer le soutien de l’opinion. Il prit à témoins les Américains et expliqua comment il interprétait la décision de ces patrons. Il usa d’un discours très ferme et accusa les patrons en question de vouloir détruire l’économie américaine pour leur seul bénéfice égoïste. Ce n’était évidemment pas un discours que l’on avait l’habitude d’entendre chez un haut dirigeant américain, a fortiori si ce dirigeant est le premier d’entre eux…

Dois-je vraiment dire une fois de plus combien ce KENNEDY-là creusait sa tombe ?

Il réussit pourtant son pari dans cette affaire. Le soutien massif de l’opinion qu’il engrangea fit plier les inflexibles mega-patrons de l’acier qui abandonnèrent la hausse des prix qu’ils avaient décidé ensemble.

KENNEDY  en retira un nouveau crédit dans l’opinion qui voyait en lui un Président manœuvrant à merveille et qui non seulement sauvait la paix dans des circonstances exceptionnellement dangereuses, mais en outre réussissait à alléger un peu, par ses interventions ou celles de ses proches, notamment de son frère, les peines des Noirs dans les États du Sud, mais aussi à favoriser l’intérêt général quand certains aux États-Unis abusaient de leur position dominante comme ce fut le cas avec la dispute engagée avec les patrons de l’acier.

La vision « sociale » de la politique économique qu’avait KENNEDY déplut à beaucoup de gens très puissants aux États-Unis. Et parmi ceux-là aussi, on trouve beaucoup de ses ennemis, des gens ayant les moyens de participer, d’une manière ou d’une autre, à l’organisation de son assassinat, d’y pourvoir en la finançant avec leurs richesses.

JFK, pas vraiment un homme du système

Vous voyez, avec le rappel de tous ces éléments de la politique intérieure et extérieure de KENNEDY, qu’il n’était vraiment pas l’homme du système, quand bien même il était issu des classes les plus aisées. Au contraire, il avait la ferme intention de changer radicalement les choses.

Or, cette révolution stratégique et géopolitique-là, destinée à mettre les États-Unis sur la voie de la paix et d’un partage accru des richesses, ne plaisait pas à ce qu’on appelât longtemps le « complexe militaro-industriel » et qu’on désigne aujourd’hui sous l’expression « État profond » (voir à ce sujet le remarquable livre de Peter Dale Scott). Et elle déplaisait fortement aux oligarchies qui régnaient en maîtres absolus, appuyés sur leurs richesses et leur assise au cœur du système économique, financier et juridique.

Dans les coulisses du pouvoir, au sein notamment de ce pouvoir occulte, si prégnant aux États-Unis, JFK s’était fait des ennemis résolus. Or ces gens-là avaient le pouvoir de nuisance ultime : celui de le faire disparaître et de faire croire à tout le monde que les assassins n’étaient pas là où ils étaient. Ces gens-là avaient le pouvoir et les outils pour transfigurer leur crime en une histoire qui n’avait plus rien à voir avec la réalité de la tragédie qui avait eu lieu.

Ainsi donc, JFK tomba sous les balles d’un prétendu assassin solitaire, le malheureux Lee Harvey Oswald, un des nombreux boucs émissaires qui furent désignés, ces années-là, à la vindicte populaire pour bien dissimuler les véritables commanditaires.

Parmi ces commanditaires, il y avait certaines personnes de cet État profond qui regroupe les grandes entreprises, la finance, les chefs des armées, les services de sécurité. Mais il y avait aussi d’autres personnes, n’étant pas à proprement parler issues de cet État de l’ombre.

L’assassinat de JFK est en effet l’œuvre d’un gigantesque complot auquel prirent part également de puissants mafieux, de richissimes industriels du pétrole, des extrémistes racistes – viscéralement, maladivement, névrotiquement – anticommunistes.

Chacun d’entre eux prit sa part dans cette gigantesque œuvre criminelle que favorisèrent aussi le Secret Service, chargé pourtant de la protection rapprochée du Président des États-Unis, mais aussi le FBI, ainsi que des personnes bien placées au sein des services de la mairie et de la police de Dallas.

Ensuite, le successeur de JFK, Lyndon Baines Johnson – ou LBJ pour les intimes – couvrit l’affaire. Et cette entreprise de dissimulation fut incarnée, à son corps défendant, par le Président de la Cour Suprême, Earl Warren, qui donna son nom d’une part à la commission qui fut chargée – officiellement – d’enquêter sur la mort du Président KENNEDY – en réalité de fabriquer une explication mensongère crédible – et d’autre part au fameux rapport de cette commission.

Pourquoi l’assassinat de JFK nous parle à nous aussi qui avons le cœur à gauche

Pour beaucoup, notamment pour beaucoup de gens de gauche en France, John KENNEDY, ce n’est qu’un Président américain parmi les autres, ce n’est qu’un milliardaire parmi les autres, ce n’est qu’un nanti parmi les autres, ce n’est qu’un ennemi parmi les autres.

Mais pour celles et ceux qui ont étudié sa vie, son œuvre, son assassinat, et plus largement l’histoire des États-Unis, la réalité est tout autre. Certes, nanti, milliardaire et Président, il l’était. Mais il avait une vision politique assez hostile au monde qui était le sien et surtout une volonté chevillée au corps – qui se renforça constamment chaque jour qui passa entre son investiture le 20 janvier 1961 et son assassinat, le 22 novembre 1963 – de changer son pays assez radicalement pour que des forces se liguent contre lui et l’empêchent de mener à bien son projet en employant la violence ultime et sans assumer leur acte.

JFK assassiné, tout fut différent. Ou plutôt, rien ne changea. Les États-Unis demeurèrent la puissance malfaisante qu’ils avaient été jusque là alors qu’il avait commencé à prendre les décisions qui allaient faire bifurquer le pays vers un autre destin.

Aujourd’hui, les archives déclassifiées sont assez nombreuses pour établir avec certitude que l’assassinat de JFK, comme d’ailleurs celui de son frère Bobby en juin 1968 à Los Angeles, et quelques autres assassinats de la période, a des motivations très différentes de ce que dit l’Histoire officielle. Et d’autre part, ces archives disent – et montrent – assez de choses pour que l’on comprenne pourquoi KENNEDY fut assassiné, et pourquoi ce crime fut maquillé.

L’assassinat de KENNEDY n’est rien moins qu’un coup d’État dans la mesure où la politique qu’il avait commencé à mettre en œuvre fut stoppée net et abandonnée au profit de la même habituelle politique belliqueuse et impériale.

54 ans après ce crime d’État, l’Histoire officielle est toujours celle d’un acte isolé perpétré par un « fou », un « communiste », un ancien « traître » à son pays qui, deux jours après son crime, fut assassiné à son tour par un autre homme « dérangé ». La police n’eut besoin que de quelques heures pour trouver le coupable. Le FBI confirma la thèse quelques semaines plus tard dans un rapport officiel que la commission Warren confirma dans son propre rapport publié en septembre 1964.

Peu importe pour l’histoire officielle que depuis lors, des dizaines, des centaines d’enquêteurs aient mis au jour des centaines, des milliers de faits invalidant cette explication officielle.

Peu importe que depuis, des dizaines de témoins, jamais auditionnés par les autorités en 1963 et 1964, aient apporté des éclairages nouveaux, en cohérence les uns avec les autres, et avec ce que l’on savait déjà par ailleurs, contredisant tous les points de l’explication officielle.

Peu importe que depuis la commission Warren, une commission tout à fait officielle, organisée par la Chambre des Représentants (le HSCA pour « House Select Committee on Assassinations » c’est-à-dire le « Comité de la Chambre des Représentants pour les assassinats », qui enquêta, dans les années 70, sur les assassinats de John KENNEDY et de Martin LUTHER-KING), ait contredit ouvertement de très nombreuses affirmations de la commission Warren.

Peu importe que depuis la tragédie de Dallas, d’autres commissions du Congrès aient mis au jour les pratiques criminelles du gouvernement des États-Unis et de la CIA en particulier, établissant ouvertement qu’elle est derrière de très nombreux assassinats de chefs d’État ou de gouvernement, de ministres, de personnalités importantes, comme elle est un acteur essentiel de très nombreux coups d’État dans le monde.

Peu importe que toutes ces années aient mis au jour l’énormité du crime de Dallas. L’histoire officielle continue à répéter que JFK a été assassiné par un homme seul et que la suite de ces évènements ne fut qu’une succession de faits isolés les uns des autres.

Alors, évidemment, cela fait déjà des décennies que la majorité des Américains ne croient plus dans cette fable. Mais ils n’ont rien fait pour changer le sens de l’histoire officielle. Et cette histoire officielle trouve même régulièrement de nouveaux porte-parole, de nouveaux griots, de nouveaux bardes pour la conter et donner le sentiment que de « nouveaux éléments » viennent redonner une authenticité et une crédibilité à l’explication officielle.

L’immense majorité des gens ne lisent pas ce qui s’écrit de sérieux sur le sujet. L’immense majorité des gens s’informent à travers les médias officiels et donc beaucoup, même s’ils prennent leurs déclarations avec distance, en intègrent malgré tous les postulats et les conclusions.

Et puis, aujourd’hui, en 2017, c’est désormais si loin, cet assassinat de Dallas ! À quoi bon en parler encore ? Tout a été dit dessus, non ?

Or cet assassinat de Dallas dit tellement de choses des États-Unis. Il dit tellement de choses du gouvernement de cette puissance mondiale. Il dit tellement de choses sur les structures du véritable pouvoir aux États-Unis. Il dit tellement de choses sur le fond criminel et machiavélique des oligarchies qui contrôlent ce pays.

Se replonger dans cet assassinat et étudier ce qui s’est écrit à ce sujet, c’est bien sûr reprendre contact avec ces années 60 qui étaient si cruelles et si violentes aux États-Unis, et si dangereuses pour la stabilité et la paix du monde.

Mais discerner, derrière « l’éclat des mensonges officiels et la splendeur épique et anesthésiante » de certains compte-rendus sur le sujet, la réalité noire des évènements, c’est aussi et surtout faire œuvre utile pour l’humanité. Car c’est comprendre qui a le pouvoir réel aux États-Unis, et pas que dans ce pays d’ailleurs ! C’est comprendre jusqu’où sont capables d’aller les détenteurs de ce pouvoir. Or, lorsqu’on sait, on est plus à même de réagir comme il faut et on est davantage lucide quand des évènements du même ordre, voire plus graves encore, se produisent.

Et justement, il s’est produit un évènement tragique, du même ordre que l’assassinat de KENNEDY  en 1963, mais d’une ampleur criminelle, et d’une portée géostratégique, autrement plus gravissimes. C’était le 11 septembre 2001 !

Lorsqu’on a étudié des dizaines de livres, vu des dizaines de documentaires, passé des centaines ou même des milliers d’heures depuis vingt ans à travailler sur l’assassinat de KENNEDY – et même « des » KENNEDY –, lorsqu’on a étudié l’histoire des États-Unis, notamment celle des années 50 et 60, lorsqu’on s’est intéressé de près à ce qui fonde et à ce qui fait ce pays, eh bien voyez-vous, on perçoit et on retrouve, dans l’horreur du 11 septembre, bien des éléments déjà présents dans la tragédie de Dallas. De quoi en faire de nombreux livres. D’ailleurs il en existe sur le marché.

Ce n’est pas mon propos ici que de venir sur ce terrain mais en ces temps où le capitalisme et l’impérialisme sont de plus en plus contestés partout dans le monde, en ces temps où les dominants perdent du terrain dans l’opinion partout dans le monde, en ces temps où le pouvoir des puissants vacille de plus en plus, il est utile de se souvenir qu’ils ne se laissent jamais éjecter du pouvoir en restant passifs. Ils sont capables du pire pour se maintenir, comme ils sont capables du pire pour convaincre les foules hésitantes de soutenir leurs projets, même les plus odieux.

Cela fait 54 ans que John KENNEDY a été assassiné à Dallas. C’est bien loin en effet ! Mais pourtant, on ne devrait jamais oublier cette tragédie. Car aussi ambigu qu’ait pu être cet homme, ce dirigeant, ce milliardaire, il ne s’inscrivait pas dans une cohérence avec la lignée des dominants des États-Unis. Il était même un point de rupture avec elle.

S’il avait vécu, l’histoire des États-Unis, et partant celle du monde, en aurait sans doute été bouleversée. Pour le meilleur.

Et puis, est-ce un hasard si son frère, Bobby, qui avait repris le flambeau quelques années plus tard, a été assassiné à son tour quand il voulut sortir son pays de la guerre du Vietnam et partager les richesses immenses de son pays pour en faire bénéficier des millions de pauvres qu’il avait découverts à l’occasion de sa campagne électorale pour l’élection présidentielle de 1968 ?

Lui aussi fut assassiné. Et lui aussi, selon l’histoire officielle, le fut par un fou isolé.

Comme Martin LUTHER-KING d’ailleurs ! Son assassin ? Encore un autre fou isolé !

Pour beaucoup d’ignorants, les KENNEDY étaient liés à la mafia et donc leur assassinat ne fut qu’une œuvre mafieuse. Une dispute de mafieux… Rien d’intéressant là-dedans. Non, pas de quoi s’y intéresser. Surtout si on est de gauche. Quelqu’un m’a, un jour, fait une leçon de ce style alors que j’échangeais sur un fil au sujet de KENNEDY.

Ah, les cons ! Ah, les ignares ! Ah, les moutons !

Ah, que le système a de la chance d’avoir tant de gens qui gobent ainsi de telles sornettes ! Sornettes qui permettent de ne surtout rien dire de ce que JFK d’abord, RFK (Robert Francis KENNEDY, le frère) ensuite, avaient comme projets politiques… Sornettes qui permettent de ne rien dire des forces hostiles (à la paix et au partage des richesses) qu’ils devaient affronter, non pas à Cuba, non pas en URSS, mais au cœur même des États-Unis, et au cœur même du pouvoir !

Oui, la mafia a joué son rôle dans l’assassinat de JFK, et sans doute aussi dans celui de RFK. Mais pas comme le laissent entendre l’histoire officielle et ses nombreux griots. Si la mafia est intervenue, c’est en étroite collaboration avec la CIA qui n’eut de cesse, dans les années 50 et 60, de se servir d’elle pour accomplir certaines besognes criminelles sans avoir à se salir les mains elle-même…

CIA et Mafia travaillaient ensemble dans un but commun : maintenir partout la domination impériale des États-Unis pour la première, faire des affaires et donc de l’argent, beaucoup d’argent, pour l’autre, surtout dans les pays gouvernés par des dirigeants larbins des États-Unis.

L’assassinat de John KENNEDY  le 22 novembre 1963 à Dallas, comme celui de son frère Robert à Los Angeles le 6 juin 1968, comme celui de Martin LUTHER-KING à Memphis le 4 avril 1968, comme celui du Premier ministre israélien Yitzhak RABIN à Tel Aviv le 4 novembre 1995, et comme tant d’autres assassinats de personnalités de pouvoir perpétrés dans le monde (CHAVEZ, SANKARA, Indira GANDHI, Rafic HARIRI, MASSOUD, SADATE, BOUDIAF, la liste est longue…) ne sont pas les actes criminels de personnes isolées, dérangées, inconscientes, mais des stratégies criminelles, hautement élaborées par des forces au cœur du pouvoir, pour empêcher certaines évolutions utiles à l’intérêt général, et pour maintenir, coûte que coûte, leur domination sur la vie des masses et leur maîtrise du destin collectif.

John et Robert, l'autre destin de l'Amérique

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À Jean-Luc Mélenchon – Le 23/09 à 21h05 – À propos des menaces de guerre en Corée du Nord

Quand Vladimir Poutine et Xi Jinping vont faire prendre l’air, eux aussi, à leurs bombardiers et à leurs chasseurs de défense aérienne, pour rappeler gentiment à l’Empire que celui-ci ne fera pas régner sa loi dans leur jardin – car ils ne peuvent rester sans réagir face à de telles provocations – on va rigoler… Peut-être pour la dernière fois…

Je parle des démonstrations de force militaire impériales au ras des moustaches de la Corée du Nord, et donc de la Chine et de la Russie…

Il ne faut pas que notre objectif interne de faire tomber Macron occulte la vie internationale qui ne cesse de s’assombrir. Nous, Insoumis-e-s, devons intervenir aussi sur ce sujet : la paix mondiale, si menacée une nouvelle fois par les fous qui dirigent les États-Unis et dont Trump n’est que le dernier prête-nom…

Jean-Luc Melenchon, toi qui a si souvent appelé à la paix dans des prises de parole et des discours extrêmement bien charpentés, il faudrait que tu le refasses encore ces temps-ci. Les périls grandissent. Si la Syrie semble une affaire classée désormais, un autre foyer s’est ouvert. Et l’Empire qui s’est fait démonter en Syrie a sans doute encore plus la volonté d’entamer une nouvelle guerre ailleurs. Mais en narguant aussi effrontément les deux autres grandes puissances stratégiques mondiales, il pourrait cette fois mettre le feu aux poudres.
Trump n’est pas le Kennedy qui a résisté à son état-major en octobre 1962 lors de la crise des missiles de Cuba. Alors, certes, Poutine ne veut pas plus la guerre que Xi Jinping et on peut compter sur eux deux pour agir en coulisse dans le sens de l’apaisement, mais avec les dingues de Washington en train de jouer les pousse-au-crime, on a de quoi frémir. Il est pour le moins imprudent aujourd’hui de rejouer la crise d’octobre 1962…

Il nous faut des paroles fortes. Le ministre russe des Affaires étrangères Dimitri Lavroff en a donné à l’ONU il y a quelques jours. Ce type-là me semble intelligent, rationnel, sincèrement adepte de paix, comme doit l’être un véritable ministre des Affaires étrangères et un diplomate. Mais aux États-Unis, même les secrétaires d’État et les « diplomates » sont, presque de tout temps, des faucons appelant non pas à la paix mais à la fermeté, ce qui cache mal leur volonté d’en découdre par la guerre !

Jean-Luc, parle-nous encore de paix comme tu sais si bien le faire !

Merci.

Entre espoir et crainte, mon esprit et ma raison s’égarent, cher Jean-Luc !

Jean-Luc, depuis des années que je te suis, j’ai appris, grâce à toi, à ne plus baisser la tête, à parler parfois (souvent) « cru et dru ». Moi qui, enfant et adolescent voire jeune adulte, étais timide, réservé, « gentil et docile », j’ai évolué dans le sens opposé pour être en phase avec « le bruit et la fureur », « le tumulte et le fracas » du temps que nous vivons que tu avais si bien décrits.
*

Et une large part de mon évolution « comportementale » ou de mon expression (écrite ou orale) résulte des heures passées en ta compagnie virtuelle. Oui, c’est en t’écoutant attentivement, en te lisant énormément (livres, blog, articles de presse), en retranscrivant parfois tes discours que, comme tant d’autres, j’ai fini, moi aussi, par adopter une certaine insolence dans laquelle certains croient déceler une arrogance qui n’en est pas une. Je l’avoue volontiers, je fais un peu le fier parfois, non pas eu égard à ce que je suis ou à ce que je dis mais plutôt à propos de ce que je défends ou des gens qui constituent ma vie ou mon « Panthéon ». Et sans doute ne suis-je pas toujours aussi « fin » que je le voudrais. J’y consens et j’ai toujours accepté les critiques aussi longtemps qu’elles ne dissimulaient pas une noirceur, ou qu’elles ne prenaient pas le masque de l’insulte ou de l’outrage.

*

Vois-tu, je pense que j’ai été à bonne école même si tu n’as été mon professeur qu’à ton insu. Comme c’est le cas pour toi aussi, il y a un peu de « jeu » dans notre expression. C’est bien toi qui a appris à un nombre inimaginable d’entre-nous à être ces « fortes têtes » que tous, nous n’étions pas forcément, voire pas du tout, il y a quelques années.

*
Et ce caractère bien trempé que nous avons aujourd’hui ne dit pas tout de nous qui, au fond, sommes des gens « sympas » rêvant d’un monde pacifié, paisible, où les peuples seraient heureux et entretiendraient entre eux des relations harmonieuses.
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Pour ma part, depuis près de huit ans maintenant, au PG d’abord (pendant près de six ans), puis avec la France Insoumise depuis plus d’un an, je t’ai suivi et accompagné. J’ai espéré, pendant toutes ces années te voir entreprendre l’évolution stratégique que tu as enfin amorcée au second semestre 2015 et que tu as confirmée avec ta déclaration de candidature au début de 2016. Comme tant d’autres, je t’y avais appelé plusieurs fois, notamment dans deux lettres ouvertes, celle-ci et celle-là et dans les billets dont les liens figurent en notes à la fin de celui-ci. Toujours avec toi et avec nos camarades et ami-e-s, et malgré parfois certains désaccords, j’ai cheminé dans ton sillage. Et j’ai espéré que tu puisses un peu pousser toi aussi la roue de l’Histoire pour qu’elle se remette à tourner dans le sens du progrès au lieu de faire des mouvements nous faisant sans cesse régresser davantage. Ainsi que tu le « soupires » souvent toi-même, « Histoire, que tu es longue et cruelle » me dis-je bien souvent !

*

Ce soir, une nouvelle fois, après tant de fois précédentes déjà depuis des années, tu as donné le meilleur de toi-même dans ton discours-fleuve de près de deux heures à Strasbourg.

*

Tu as enflammé nos coeurs et nos âmes citoyennes. Nous vibrons d’autant plus que nous saisissons l’urgence et la gravité du moment comme son caractère exceptionnel. Tous ensemble, nous sommes en train de faire l’Histoire.

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Je ne veux pas te paraître dithyrambique, mais il y a des choses que tu as dites ce soir qui résonnent comme jamais à nos oreilles. Des idées enthousiasmantes comme presque toujours, parce que innovantes, progressistes, humanistes, intelligentes, ambitieuses et tellement raisonnables en même temps. Mais surtout, cette capacité que tu as à nous donner la conviction que tu as la ferme résolution d’agir demain en conformité avec tes paroles et tes discours d’aujourd’hui.

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Ceci nous donne à tous du coeur à l’ouvrage, maintient voire augmente le feu qui couve en chacun de nous. Voilà que le magma incandescent remonte de quelques mètres voire dizaines de mètres de plus. Tiens ! C’est là encore une image que tu aimes utiliser parfois, toi qui dis que le peuple français est un volcan.

*

Pourtant, ce soir, bien que je me sois laissé aller à jubiler en t’entendant, puis à m’amuser quelques minutes à écrire un nouveau billet d’humour un peu sarcastique, je me sens aussi affreusement balancé entre une joie intérieure profonde, une forme de confiance irrésistible dans l’avenir, et en même temps, ce qui est tout à fait antinomique, une inquiétude qui tend à devenir un effroi quand je vois la course du monde vers l’abîme.

*

Cet abîme, c’est celui que la folie de nos gouvernants et de nos semblables donnent l’impression de vouloir atteindre avant l’heure dite. Cette folie nous fait tous participer, parfois certes malgré nous, à la destruction de l’écosystème. Mais pas seulement !

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Cet abîme, c’est aussi celui qui se rapproche de nous du fait de nos choix géopolitiques. On assiste à une forme nouvelle de montée des tensions et des périls comme on l’a déjà vu dans le passé, pour le plus grand désastre et le plus grand malheur de l’Europe.

*

Et comme si ça ne suffisait pas à noircir suffisamment le tableau, tu as relevé ces derniers jours, et encore ce soir, le pressentiment que nous commençons à avoir tous que notre propre pays, poussé par des forces occultes qui semblent bien s’être donné le mot pour souffler sur les mauvaises braises, n’entre non pas en « révolution citoyenne », mais en guerre civile.

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Et au-delà de tout cela, une autre peur commence vraiment à m’assaillir : que les tenants du système ne se laissent pas chasser par une simple séquence électorale.

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On est quelques-uns à percevoir des signaux qui se rapprochent de plus en plus depuis quelques années, depuis quelques mois et depuis quelques semaines. Je pourrais aussi dire depuis quelques jours.

*

Et ces signaux ne sont vraiment pas encourageants. Pour ne pas dire qu’ils me terrifient !

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Certes nous t’avons toi, et nous avons aussi les valeureux combattant-te-s qui sont autour de toi, dans le premier cercle, dans le second, le troisième et les suivants… Et comme tu l’as si magnifiquement exprimé ce soir, nous avons aussi et surtout ce peuple français si ardent, si prêt à se retrousser les manches pour participer à l’oeuvre historique qui nous attend si on le prend par la main au lieu de le mépriser, de le négliger, de l’ignorer, voire de le contraindre à faire ce qu’il refuse.

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Mais contre nous, nous avons aussi des ennemis résolus à ne jamais perdre le pouvoir. Je ne parle pas spécialement de tel ou tel pantin du « circus politicus » prenant la suite de ceux qui les ont précédés dans ce rôle. Je parle plutôt des forces plus discrètes mais ô combien plus puissantes qui tiennent le monde.

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Je connais un peu l’Histoire et je sais combien elle est cruelle.

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Deux dates disent beaucoup pour qui a étudié tout ce qui tourne autour d’elles : le 22 novembre 1963 et le 11 septembre 2001. J’aurais pu en citer bien d’autres mais ces deux-là sont pour moi les plus fondamentales pour dire que le mal existe !

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Voilà pourquoi j’ai peur Jean-Luc.

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Je ne pense pas que cette peur soit irrationnelle. Et elle ne m’empêche ni de penser, ni d’agir. Je ne me terrerai pas plus demain qu’hier pour éviter tout risque potentiel. Mais je voulais exprimer ce soir cette angoisse sourde que beaucoup de mes camarades et ami-e-s partagent.

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Peut-être qu’un jour prochain, à l’occasion d’un nouveau discours que tu prononceras ou d’un nouveau billet de blog que tu publieras, tu auras des mots pour nous rassurer. Car si je parle en mon seul nom vu que je ne suis rien d’autre qu’un militant ordinaire, je sais que je pourrais parler au nom de beaucoup.

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Je t’adresse, Jean-Luc, un salut très fraternel et je t’abjure de prendre garde à toi.
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Quelques liens vers des billets que j’ai écrits à ton sujet ou à ton attention

Sauter le pas car le doute fait avancer – Par Claire BOUTHILLON le 20/01/2017

Par ma camarade et “soeur d’armes” Claire Bouthillon
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Il faut considérer le cadre très contraignant qui pèse sur les conditions de la campagne des Insoumis. A quel point la souveraineté citoyenne est contestée par les élites et l’establishment jusque dans les chapelles de l’extrême gauche, laquelle fait son beurre pourtant de la condition ouvrière et des plus vulnérables… Nous quittons les logiques d’appareil, dont nous subissons pourtant en ce moment les dernières tentatives de contrôle, y compris parmi les soutiens partidaires du candidat Mélenchon. Nous voyons des Législatives en politique des places qui tentent encore de nous soumettre à des professionnels de la politique. Et pourtant nous sommes en résistance pour nous organiser en une immense assemblée citoyenne au service de notre projet commun.
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Jean-Luc Mélenchon s’engage à faire la transition jusqu’à ce que la constituante soit établie et prête à diriger en pleine stabilité malgré un contexte international très dirigiste. Rien, absolument rien n’est figé dans le programme, fut-il coulé dans le bronze ! Nous sommes soumis à des changements constants dans une vision positive de ce qui jusqu’ici se préparait dans une révolution silencieuse, mais se destine à construire notre avenir désormais en 1ère ligne et à faire en sorte que la nouvelle constitution soit au service du Peuple. Nous sommes en lâcher prise dans les méthodes et nous tâtonnons. Tout est à inventer.
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LA PAIX AVANT TOUT
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Enfin le plus important et qui motive par-dessus tout nos votes, est que nous sommes les seul-e-s à refuser les ingérences et à tout faire pour la Paix. Nous sommes les seul-e-s…
Partout dans cette Primaire PS en réalité, on défend l’escalade de la guerre en diabolisant autrui, en contestant son indépendance, parce qu’un nouvel ordre mondial est en train de naître qui refuse de nourrir les appétits des puissants qui ont besoin des guerres pour s’enrichir et se maintenir. Il faut donc arrêter d’affirmer des certitudes quand tout est incertain et que nous sommes avant tout une convergence citoyenne qui se place en face d’un système, pour tout simplement se développer sur des valeurs d’intérêt général, de laïcité et de sauvegarde de notre planète. Nous comptons avant tout mettre en pratique les valeurs héritées des Lumières, dans les faits, et non pour légitimer l’envie d’aller s’ingérer dans d’autres pays, alors que la liste des génocides nous revient en majorité absolue. Nous restons ce faisant des pragmatiques en tenant compte des réalités pour bâtir nos rêves.
Donc nous devons voter pour cette aspiration citoyenne à gouverner. Rien n’est jamais parfait, mais nous sommes pour la première fois en capacité de transformer et de créer un nouvel ordre mondial. Si ce n’est pour nous, pour nos jeunes d’avenir.

“Je suis du camp de la France et son seul intérêt, c’est la paix !” Jean-Luc Mélenchon, Le Lamentin (Martinique) le 17/12/2016

Extrait du discours de Jean-Luc Mélenchon au Lamentin (Matinique) le 17 décembre 2016.
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Retranscription faite par Vincent Christophe Le Roux
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Lien vers la vidéo intégrale (1h 21 min 49’).
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À propos de la Syrie (…) on va répétant de tous côtés que ma position est ambiguë. Mais elle ne l’est d’aucune façon !
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Je suis hostile au parti de la guerre. Et le parti de la guerre s’est constitué en Europe et en France à travers un soutien aveuglé à ce que j’appelle le « campisme ». Il y a une situation et alors chacun choisit un camp. Eh bien, ce n’est pas mon avis !
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Mon avis est que je suis du camp de la France et la France, son seul intérêt, c’est la paix ! Nous ne participons d’aucune coalition pour dépouiller la Syrie, ici d’un plateau, là-bas d’un rebord, ou là encore d’une plaine. Ma position est extrêmement claire : je m’oppose au parti de la guerre qui est en train de monter en puissance dans toute l’Europe à l’instigation des États-Unis d’Amérique qui, en commençant par l’Ukraine et en continuant ailleurs, ont hourdi toutes sortes d’agitations pour subjuguer les esprits. Et croyez que je n’exagère pas en vous parlant comme je suis en train de le faire. Si vous voyiez les résolutions qui se discutent au Parlement européen, vous seriez effrayés, du ton qui est pris, de cette manière de revivre une guerre Froide qui a cessé depuis bien longtemps et dont on voit bien que si elle devait recommencer, ce serait une guerre chaude !
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Mes chers compatriotes, la paix est un bien précieux et il faut lutter pour elle. J’ai assez visité ce territoire pour savoir quelle a été sa contribution dans le passé aux grandes guerres, qui sont toujours mondiales quand elles s’allument en Europe qui en porte seule la responsabilité à chacune des étapes de l’Histoire.
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J’ai vu, dans les villages et les villes, les monuments aux morts en Martinique avec tous ces malheureux qu’on avait emmenés là-bas pour combattre et y mourir et que leurs pères et mères n’ont jamais revus.
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La paix est une question sérieuse. Ce n’est pas un état de nature. Nous devons résister lorsque la guerre s’avance, avec lucidité, avec sang-froid et refuser les pressions qui s’exercent sur nous.
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On voudrait, tous les jours, me faire condamner tel bombardement plutôt que tel autre. Je ne le ferai pas ! Je continuerai à tenir ma position qui est de dire qu’on ne peut venir à bout de l’ennemi qu’on affronte et à qui nous pouvons imputer les morts du Bataclan, de l’assassinat de Charlie Hebdo, de l’épicerie Casher et ainsi de suite, que nous avons à régler ce compte-là mais que nous ne le ferons pas au prix d’une guerre qui embrase toute une région.
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Je ne choisis pas mes bombardements. Je déteste les bombardements, que ce soit ceux d’Alep, ceux du Yémen, ou ceux de Mossoul car toujours ce sont les civils qui paient et qui sont en état total d’impuissance ayant à subir toutes sortes d’horreurs, celles que leur infligent les occupants qui arrivent puis, quand ils s’en vont, celles des nouveaux qui arrivent ! Nous savons tous que c’est cela la guerre. Il n’y a pas de guerre propre.
Je le dis avec toute cette force car vous aurez, vous autres, un rôle à jouer dans l’idée que je me fais de la réorganisation de la politique internationale de la France.
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Je ne veux plus que les Français soient le dernier wagon des Américains dans l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord que l’on appelle l’OTAN ! Nous en sortirons et nous en sortirons d’autant plus vivement que je vois comment, à travers l’installation de batteries anti-missiles en Pologne, à travers toutes ces faveurs que l’on déverse sur des pays qui ont des comptes inextinguibles à livrer avec la Russie, on est en train de préparer, sur le vieux continent, un nouvel embrasement.
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Je n’ai aucune complaisance pour des gouvernements comme ceux de l’Ukraine peuplé de racistes, peuplé de néo-nazis, qui ont le front de porter encore les étendards que l’on a vu sur nos occupants. Voilà ce que j’ai à dire avec toute ma force.
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Nous sortirons de cette alliance militaire. Nous reconquerrons instantanément notre indépendance totale dans tous les domaines qui concerne la sécurité de la patrie et la manière d’aborder les voisinages qui sont les nôtres dans les Caraïbes et, plus prochement, en Amérique Latine. On sortira le matériel américain du matériel français. Microsoft n’a rien à faire au siège de l’armée française ni aucun de ses logiciels dans aucun des armements français.
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En reconquérant notre indépendance, nous chercherons à nous lier à d’autres peuples et c’est là que vous avez un rôle à jouer. Pas celui de je ne sais quelle improbable vitrine mais un rôle actif.
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Nous devons entrer dans les coalitions et regroupements de pays des Caraïbes et de l’Amérique Latine. Car jamais on ne pourra oublier – et jamais il ne faudra cesser de répéter – que la plus longue frontière de la France est avec le Brésil et pas avec l’Allemagne et encore moins avec la Lituanie ! Si bien que nous avons à voir avec l’ALBA et avec MERCOSUR puisque nous en sommes voisins directement.
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Voilà comment je me représente ça et vous aurez à jouer ce rôle car mon sentiment – et je vous demande de m’écouter avec soin – est qu’une telle redisposition des forces de la France, une telle vision du futur, qui nous extrait de ce petit enfermement européen, qui fait de nous une petite nation occidentale – que nous ne sommes PAS – doit cesser.
Nous ne sommes PAS une nation occidentale. Nous sommes une nation universaliste. Nous sommes présents sur les cinq continents. Nous avons toutes les couleurs, toutes les religions, et nous partageons notre langue – qui ne nous définit pas – avec 29 autres pays. La seule chose que nous ayons en commun et qui est le plus fort, qui est la dynamique qui anime notre peuple, c’est sa devise dont, parfois, et même souvent – et en particulier ici – nous n’avons pas toujours été à la hauteur. Que la France claque comme un message et un drapeau : Liberté – Égalité – Fraternité mais jusqu’au bout, et pour de vrai !
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Non, vous n’êtes pas ce que l’Europe appelle « les régions ultra-périphériques ». Ce qui est « ultra-périphérique », c’est plutôt Vilnius* que Fort-de-France, pour des Français ! Et, si je le dis, c’est parce que c’est tout le regard qu’il faut changer.
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Les îles, voyez-vous, les îles françaises, je les pratique déjà depuis quelques temps. Combien, parmi vos élus et vos dirigeants, peuvent dire qu’ils sont allés en Nouvelle Calédonie française, en Kanakie, avec ses terribles onze heures de décalage qui font que vous arrivez pantelant et rentrez chez vous de même !
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Les îles ne sont pas des territoires exotiques. Les îles sont des loupes sur nous-mêmes. Les îles font voir en gros tous nos défauts et toutes nos qualités. Et parce que ce sont des îles, quand elles cherchent à régler leurs problèmes, alors elles ouvrent des voies pour le pays tout entier.
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Ah si la Corrèze pouvait imaginer qu’elle est entourée d’eau comme la Martinique ! Peut-être qu’elle réfléchirait autrement à son développement, peut-être qu’elle se poserait des questions que vous avez à vous poser et à régler sur lesquelles, maintenant, je vais venir.
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* Capitale de la Lituanie

Quelques propos de Jean-Luc Mélenchon à « On n’est pas couchés » du 20 février 2016

Propos retranscrits par Vincent Christophe Le Roux

Jean-Luc Mélenchon : Tout ça, c’est un nid de serpents. On n’est pas de braves camarades qui nous tapons dans le dos. C’est pas vrai !

Cette histoire a commencé sans crier gare par le fait que « mes alliés », après qu’on se soit traînés et effondrés dans le ridicule pendant trois élections, avec nos stratégies à la noix auxquelles personne ne comprenait rien pour savoir avec qui on était alliés, vous vous souvenez de cet épisode, on ne savait même plus comment on s’appelait… On se vautre trois fois de suite et arrive à la présidentielle, par quoi on commence ? La carabistouille ! » [La primaire avec Hollande et Cohn-Bendit]

Jean-Luc Mélenchon : Faut que je me taise sur l’Europe, faut que je me taise sur la planification écologique, faut que je me taise sur la 5e République, bref, si je voulais bien cesser d’être Mélenchon, je serais un Mélenchon acceptable. Eh ben non !

Léa Salamé accuse Jean-Luc Mélenchon d’être « égoïste » pour « ne pas avoir fait monter de successeur. Y’a pas de successeur à Mélenchon affirme-t-elle !

Jean-Luc Mélenchon :  Vous avez tort ! Des successeurs, y’en a ! Mais vous m’obligez à dire quelque chose qui relève de l’intime. Autour de moi, il y a une équipe nombreuse (…) et il y avait, parmi eux, un être spécialement brillant (JLM s’étrangle) qui était mon complice dans l’action politique pendant dix ans. Il était plus jeune que moi et il est mort l’année dernière. Cet homme-là, à mes yeux, représentait la suite. C’était une espèce d’incarnation. Il y a toujours une difficulté à citer un nom parce que ça peut être blessant pour les autres camarades. Voilà, c’était ça mon idée Madame Salamé. J’ai eu cette illusion mégalomaniaque de croire qu’on peut tout maîtriser, y compris le temps ! Et je m’apprêtais à consacrer mon énergie, à écrire et à penser, sur un thème qui est celui de la révolution citoyenne, la rénovation du matérialise historique, c’est ça qui me passionnait. Et il a fallu tout d’un coup regarder autour de soi et… Ça va vous paraître prétentieux ce que je vais vous dire mais alors je me suis dit : Mais QUI va continuer ça ? Qui ne soit pas un combinard… Qui ne soit pas quelqu’un qui va tenter de s’arranger… Qui, à la fin, termine comme tous ces misérables, à se traîner pour un siège, à vendre père et mère pour ça !

Jean-Luc Mélenchon : J’ai toujours tout pris en ouvrant les portes à coup de pied !

Léa Salamé : Pourquoi il n’y en a pas un [parmi vos proches] que vous présentez à la présidentielle ? [au lieu d’y aller vous-même]

Jean-Luc Mélenchon : Parce qu’aucun ne s’est senti en état de le faire !

Je vous l’avais déjà dit dans je ne sais plus quelle émission et je vous le redis ce soir : je ne serai jamais un obstacle ! Moi ma personne ! Mais à une condition : il faut tenir bon ! Et tenir bon sur les choses sur lesquelles on s’est engagés ! »

Nos intérêts [à nous les Français] c’est que la guerre [en Syrie] s’arrête. Vite ! Vite ! Vite !

Léa Salamé : « Pourquoi vous dîtes pas qu’il faut laisser Poutine régler le problème [de DAECH], on se retire et on donne la Syrie à Poutine ? »

Jean-Luc Mélenchon : Mais non ! Non ! Non ! Il ne peut pas être question de laisser Poutine régler le problème ! Parce que je ne suis pas non plus d’accord pour que Poutine règle [seul] le problème ! Je suis pour que l’ONU règle le problème ! (…) Je ne soutiens qu’une seule chose : le retour rapide à la paix.

Sur la monnaie :

Jean-Luc Mélenchon : L’euro est une monnaie unique, la monnaie qu’ont proposé les Chinois – mais pas qu’eux d’ailleurs car il y a aussi bien des économistes français – serait une monnaie commune de référence. Pourquoi ?

Parce qu’aujourd’hui, la monnaie commune de référence, c’est le dollar. Et les États-Unis d’Amérique impriment des dollars tant qu’ils veulent et personne n’a rien à dire. Et ils ont inondé la planète d’une masse de papelards qui crée des bulles financières qui explosent à intervalles réguliers sur des incidents comme les subprimes. Demain, ça peut être sur la dette étudiante ou je ne sais quoi. Donc les Chinois disent : vous êtes bien gentils mais on a déjà rempli nos coffres avec des titres de dette américains, on a des dollars partout, on voudrait quand même, pas tous les jours, que ça nous explose sous les fesses. Donc ils proposent une monnaie commune* et à nous, les Français, c’est notre intérêt que ce ne soit plus le dollar la monnaie de réserve !

Alors là, vous m’avez dit : Les Américains ne sont pas d’accord. Eh bien justement, c’est un problème qu’on ne puisse faire dans ce monde que ce avec quoi les Américains sont d’accord ! Surtout qu’ils s’attribuent le privilège de battre monnaie pour la terre entière et de ficher la pagaille partout ! Et de défendre leur position qui est intenable économiquement par le fait que c’est la première puissance militaire du monde.

Si vous voulez que cet ordre absurde du monde cesse, il faut y aller doucement. Il y a une méthode qui est violente : vous faîtes sauter le système de l’intérieur ! Nous avons tous les moyens de faire sauter le système. Vous savez ? Il y a cinq banques systémiques en France. Ça veut dire que si une saute, c’est tout le système qui saute ! On a les moyens de faire sauter le système, ça c’est la méthode brutale.

Vous avez la méthode sauvage : la bulle éclate et tout le monde court partout comme des poulets effarouchés pour essayer de rattraper le truc !

Et puis, vous avez la méthode civilisée : on y va mollo, on crée une monnaie commune, on change chaque monnaie dans la valeur de la monnaie commune et petit à petit on a un étalon commun raisonnable. Moi, je préfère les solutions raisonnables à la destruction généralisée. Je n’aime pas le chaos ! Je crois que je ne suis pas le seul sur terre à pas aimer le chaos !

* une nouvelle monnaie commune mondiale qui servirait de référence en lieu et place du dollar qui ne vaut rien en-dehors de la fiction monétaire

Monsieur le Premier ministre de Grèce, prenez au mot Jean-Claude Juncker…

Jean-Claude Juncker, Président de la Commission européenne et membre de la fameuse Troïka a exprimé ce lundi la supplique suivante : « Je demande au peuple grec de voter oui, quelle que soit la question. »

C’est ce que rapporte l’agence de presse Reuters (voir ici : http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRL5N0ZF2I020150629).

Moi ça m’inspire et je pense que l’on devrait prendre au mot cet €uromonarque… Du coup, voici un appel que nous pourrions adresser, à notre tour, à Alexis Tsipras…

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Monsieur le Premier ministre de Grèce, camarade Alexis Tsipras,

Puisque M. JUNCKER appelle votre peuple à voter OUI « quelle que soit la question », je pense que vous devriez profiter de cet appel solennel de sa part pour interroger votre peuple, par exemple, sur une ou plusieurs des 10 questions ci-dessous. Bien sûr, ce ne sont que des suggestions… 😉 😀

1/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras ignore totalement les diktats de la troïka ?

2/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras considère comme nulle et non avenue la partie illégitime de la dette qu’on nous réclame, sur la base du rapport d’audit de la dette qui a été publié récemment ?

3/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras taxe massivement les plus hauts revenus ?

4/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras impose fiscalement tous les capitaux qui bénéficient d’exemptions fiscales (par exemple les armateurs et l’Église) selon le principe énoncé à l’article 13 de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen de 1789, à savoir une contribution également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés contributives ?

5/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras sorte totalement notre pays de l’OTAN ?

6/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras prépare activement, notamment avec ses partenaires les plus proches, la sortie de la Grèce de l’Union européenne ?

7/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras prépare activement, notamment avec ses partenaires les plus proches, la sortie de la Grèce de l’OMC ?

8/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras entame des pourparlers avec ses partenaires les plus proches, notamment sud-européens (Espagne, Portugal, Italie et France) en vue d’élaborer de nouvelles solidarités entre les peuples qui se substitueront à l’Union européenne et aux liens de dépendance et de vassalisation en résultant, dans le périmètre des pays dont les peuples auront approuvé le principe ?

9/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras entame les pourparlers diplomatiques nécessaires en vue de faire se lever un puissant mouvement international des peuples libres en faveur de la paix et du désarmement global ?

10/ Voulez-vous que le gouvernement de la Grèce dirigé par Alexis Tsipras entame un processus constituant de nature à sauvegarder et à perfectionner notre démocratie ?

Il y a toutes les raisons de penser que le pyromane Jean-Claude Juncker sera brûlé dans les flammes qu’il a lui-même allumées…