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Supplique à Mélenchon et aux Insoumis – Réveillez-vous et redressez la barre avant qu’il ne soit trop tard !

Je vous livre un billet en forme de supplique car je ne peux pas me taire quand je vois le désastre politique qui s’annonce après des années de travail collectif acharné pour mener Jean-Luc Melenchon et la force populaire qu’il avait construite avec nous là où ils sont arrivés en avril 2017.

Je précise que ce billet n’engage que moi, même si je sais déjà que beaucoup se retrouveront dans ce que j’écris. Je cite par exemple expressément Djordje Kuzmanovic mais qu’il soit clair que je ne l’engage en rien par mes propos.

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2ème salve ! Je reviens encore sur la problématique que pose la “nouvelle” stratégie de la France insoumise…

Ce samedi 25 août, puis ce dimanche 26, j’ai publié deux articles critiques et constructifs à propos de l’évolution que j’avais discernée ces deniers mois en général, et ces derniers jours en particulier, dans la stratégie de la France insoumise. Ces deux billets sont accessibles ici pour le 1er, et  pour le 2nd.

Ces deux billets de mon crû avait reçu en quelque sorte une légitimation anticipée par la publication, le 5 juillet dernier, par François Cocq, personnalité éminente du Parti de Gauche et de La France insoumise, d’un billet intitulé “Le grand bond en arrière(à lire ici sur son blog).

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Ma réaction coup de gueule à l’appel destiné à rallumer l’étincelle du Front de Gauche…

FdG cassé
Je crois que le succès du soutien citoyen et populaire à Jean-Luc Mélenchon, qui ne se dément pas, qui grossit chaque jour, lentement mais sûrement (plus de 70 000 soutiens exprimés en 20 jours, environ 3500 signatures nouvelles tous les jours) a déclenché une panique générale dans les états-majors des partis de feu le Front de Gauche, PCF en tête, mais pas que… Je suis convaincu qu’il y a bien aussi des cadres du PG et d’Ensemble à la manœuvre…
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Les partis perçoivent en effet que leur temps est fini et que la force citoyenne et populaire en construction qui soutient Jean-Luc Mélenchon n’a pas besoin d’eux. Pire ! Ils pressentent que nous les jugeons, eux les partis, comme des forces désormais hostiles et donc nuisibles aux changements radicaux auxquels nous aspirons. Il faut dire que nous ne nous en cachons pas. Nous ne dissimulons rien de nos intentions tandis qu’eux ne savent user que de duperies, de contrainte et de manipulations en tout genre.

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Y’a basta !

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Cet appel pour ressusciter un cadavre qui porte bien plus d’échecs que de réussites est une énorme manipulation et du foutage de gueule dans les grandes largeurs ! Le succès du Front de Gauche ce fut d’avoir réussi un temps (avant la présidentielle de 2012) à construire un mouvement crédible mais ce mouvement a été tué par la suite par qui on sait et avec le silence des autres…

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Le seul succès connu par les combattants du Front de Gauche, ce fut le premier tour de l’élection présidentielle de 2012 et cela, ce n’est pas le Front de Gauche qui l’a obtenu mais la personne de Jean-Luc Mélenchon, pour ce qu’il était, pour ce qu’il disait, pour ce qu’il incarnait, pour les idées qu’il défendait et pour l’avenir qu’il proposait de rendre possible. Dès que le Front de Gauche fut lui-même à la manoeuvre, donc dès les élections législatives de juin 2012, on s’est vautré ! Faut-il le rappeler ? Faut-il rappeler les raisons qui ont conduit à cette contre-performance où l’on obtint deux fois moins de suffrages que lors du 1er tour, deux mois plus tôt à peine ?

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Puis, on s’est vautré une deuxième fois aux Municipales de mars 2014. Faut-il le rappeler ? Faut-il rappeler les raisons qui ont conduit à cette décrépitude ? Faut-il rappeler les choix de certains ?

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Puis on s’est vautré une troisième fois aux Européennes de mai 2014. Faut-il le rappeler ? Faut-il rappeler la nullité de notre projet qui donnait envie de fuir à la seule lecture de son titre ? Faut-il rappeler pourquoi nous fumes alors incapables de parler clair ?

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Puis on s’est vautré une quatrième fois aux Départementales de mars 2015 pour les mêmes raisons, à cause des mêmes coupables qui délégitimaient le Front de Gauche et contribuaient à le saborder.

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Puis on s’est vautré une cinquième fois aux Régionales, là encore pour les mêmes raisons et avec, cette fois, des coupables qu’on m’imaginait pas trouver là où ils étaient !

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Et doit-on rappeler les résultats calamiteux des élections partielles depuis trois ans ? De véritables désastres électoraux. Et puis, le Front de Gauche, c’est aussi ce qui rassemble les députés à l’Assemblée Nationale dont on sait qu’ils ont voté des textes qu’il n’aurait jamais fallu voter. Le Front de Gauche, c’est donc comme un revolver dont le canon serait dirigé vers nous….

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Passer de l’enfance à l’âge adulte, c’est accepter que certaines choses ne reviendront plus. Agir en personne sensée, c’est comprendre la réalité telle qu’elle est et ne pas s’enfermer dans un monde virtuel en se fabriquant sa propre réalité.

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S’enferrer à vouloir faire renaître de ses cendres le Front de Gauche est une preuve d’immaturité totale et ce n’est pas avec des immatures de cette espèce que l’on pourra gouverner la France lorsqu’il s’agira de s’opposer aux puissances capitalistes et impérialistes que nous connaissons… S’enferrer à vouloir agir avec cette étiquette partisane qu’est le Front de Gauche, c’est, à coup sûr, échouer in fine car avec elle on rejette d’office non seulement tous ceux qui bien qu’étant de gauche ont la nausée face à ce que le Front de Gauche est devenu par la faute de qui on sait, mais aussi et surtout tous ceux qui ne se reconnaissent pas en lui. Ce n’est pas avec une nouvelle mouture de ce Front de Gauche que l’on amènera à nous les dizaines de millions d’abstentionnistes dont nous avons pourtant besoin pour l’emporter, pour rassembler le peuple, pour constituer une force citoyenne et populaire irrépressible.

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Quand entendrez-vous que ceux contre qui nous nous battons ne craignent nullement la Gauche ? Le texte même de cet appel, dans sa forme, dans son vocabulaire, est celui d’apparatchiks de partis que le peuple conchie.

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Il y a pourtant déjà des naïfs et des couillons qui se font prendre, qui croient à la bonne foi des appelants, qui présupposent qu’ils ont de belles et nobles intentions, qui ne voient rien de ce que cet appel représente en réalité. Bien sûr que les volontés réelles ne sont pas dites alors faîtes fonctionner votre intelligence… Il y a bientôt un congrès du PCF et la guerre est ouverte entre les fractions de ce parti… Cet appel s’inscrit directement dan cette logique de congrès et fait suite à diverses interventions lues ici ou là…

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C’est donc encore une œuvre partisane qui ne peut qu’enfermer ceux qui s’y rallieront au moment où ce qu’il faut faire, c’est rassembler le peuple tout entier pour gagner la présidentielle, puis les Législatives à suivre, en vue de gouverner. Il ne s’agit pas de témoigner pour la Gauche mais d’offrir une alternative radicale au peuple tout entier et pour cela il faut aller chercher les millions de citoyen-ne-s qui conchient la Gauche… Sans nous renier, avec nos propres idées, mais sans nous situer dans un camp traditionnel. Car si on se présente libres de toute attache, nous pourrons, même avec nos idées, rallier une majorité car nos idées sont celles qui défendent le mieux l’intérêt général du peuple. Mais si, une nouvelle fois, nous nous enfermons à gauche et dans une partie de la Gauche, nous prendrons une sixième raclée et cette fois nous en mourrons définitivement !

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C’est ce que vous souhaitez ? Alors, allez-y ! Signez cet appel et continuez à défendre le Front de Gauche.Si vous souhaitez un autre avenir que celui de l’échec assuré, soutenez Jean-Luc Mélenchon et la force citoyenne et populaire qui est en train de se constituer autour de lui.

Agir sur les deux tableaux : soutenir Jean-Luc Mélenchon pour l’élection présidentielle de 2017 et agir puissamment dans la rue pour mener la lutte sociale !

Citation de Gramsci

Ami-e-s, camarades, combattant-e-s, ce dimanche matin, j’ai envie de vous dire deux ou trois choses…

1/ Une action politique efficace est possible en-dehors des partis politiques…

Je suis un ex du PG : j’en ai démissionné en mai 2015 après plus de 5 ans de militantisme en son sein. Je m’en suis expliqué dans ce billet. Aujourd’hui, je ne suis plus dans aucun parti et ne compte pas en rejoindre un nouveau. Par contre, j’ai rejoint une association politique locale dans mon département de Loire-Atlantique, qui se dénomme «Place au peuple-FdG44» . Elle a une page communautaire sur Facebook, à consulter ici et un blog en création qui lui est consultable .

En son sein, on trouve des gens ayant diverses affinités avec la Gauche philosophique mais des gens plutôt engagés activement dans le monde de l’action politique à gauche (partis et associations). TOUTEFOIS, aucun parti n’est directement impliqué car c’est une association CITOYENNE qui vise à rassembler le peuple de Loire-Atlantique dans un esprit très différent de celui des partis.

En son sein, il n’y a pas de chef, juste des représentants provisoires élus au sein du Bureau.

En son sein, il n’y a pas non plus de «ligne» officielle  dont le prétendu irrespect par tel ou telle de ses membres impliquerait immédiatement l’exclusion par les hautes sphères du mouvement. Il y a seulement des statuts que chacun accepte en adhérant (mais qui pourront être modifiés ultérieurement si les membres le décidaient). Ces statuts collent globalement aux principes du projet «L’Humain d’abord» porté par Jean-Luc Mélenchon à l’occasion de l’élection présidentielle de 2012. Nous ignorons pour l’instant quel sera le positionnement de notre association vis-à-vis de la campagne électorale de Jean-Luc Mélenchon pour l’élection présidentielle de l’an prochain, ni même si cette association se positionnera d’une quelconque façon sur le sujet. La question sera sans doute posée et le débat aura sans doute lieu dans un avenir proche. Mais cette association a le mérite d’exister et de constituer u vivier de gens, une force collective que devait être le Front de Gauche mais qui ne l’a jamais vraiment été pour les raisons que l’on sait et sur lesquelles je ne reviendrai pas.

2/ Soutenir Jean-Luc Mélenchon pour l’élection présidentielle de 2017 et mener, simultanément, une action de lutte sociale

Que l’on soit membre d’un parti ou que nous ne le soyons pas (ou plus)…

Que l’on soit sorti du PG , comme moi et comme des centaines, voire des milliers d’autres militant-e-s, ou qu’on y soit encore, comme quelques milliers de militant-e-s tenaces dont quelques camarades locaux…

Que l’on soit sorti du PCF comme certain-e-s membres de l’association précitée ou qu’on y soit encore, comme d’autres membres de l’association…

Que l’on soit membre d’Ensemble ou que l’on n’y soit pas (ou plus)…

Que l’on soit engagé – ou pas encore – dans une ou plusieurs autres associations de lutte politique, sociale, syndicale…

On a tous et toutes, chevillée au corps, la conviction qu’il faut agir ensemble sur le terrain de la lutte, indépendamment de nos préférences en termes de candidature à l’élection présidentielle ou même de ce que nous pensons des choix et des positionnements des uns et des autres sur ce sujet !

Et d’ailleurs, l’état actuel des opinions sur la question sera-t-il exactement le même dans quelques semaines, dans quelques mois ? Voyez-vous, je ne prends pas trop de risque à pronostiquer une évolution de certain-e-s… Laissons chacun prendre le temps de faire sa propre conviction… Nous devons informer, relayer et laisser infuser… Nul besoin d’imposer ou de stigmatiser. Je perçois bien que ce que nous avons à l’esprit aujourd’hui, demain, c’est une multitude qui en fera sa propre conviction.

Ainsi, qu’à l’instar de certain-e-s militant-e-s engagé-e-s dont je suis, nous soyons déjà (certain-e-s diront « encore » ou « toujours ») dans un soutien actif à Jean-Luc Mélenchon pour le combat présidentiel qui s’annonce, OU que nous ne le soyons pas encore, pour des raisons diverses, nous nous retrouvons sur la nécessité absolue d’agir pour favoriser la CONVERGENCE DES LUTTES.

Car si certain-e-s d’entre nous pensons que c’est dans notre intérêt qu’il faut soutenir Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle, cela n’est EN RIEN antagoniste avec une LUTTE ACHARNÉE, DÉTERMINÉE, COURAGEUSE, DÉVOUÉE et même ENJOUÉE DANS LA RUE, SUR LES PLACES, PARTOUT ET TOUT LE TEMPS !

OUI, NOUS DEVONS REPRENDRE LA RUE ET LES PLACES, COMME EN 2012, POUR APPUYER JEAN-LUC MÉLENCHON MAIS PAS QUE !

NOUS DEVONS AUSSI REPRENDRE LA RUE ET LES PLACES POUR QUE LA FRANCE NOUS ENTENDE ET VOIT QUE NOUS EXISTONS, QUE NOUS NE SOMMES PAS MORTS, QUE LES COUPS QUE NOUS AVONS REÇUS ET ALLONS RECEVOIR NE NOUS FONT PAS COURIR AUX ABRIS ! QUE CE QUI NE NOUS TUE PAS NOUS REND PLUS FORTS ! QUE SI L’UN OU L’UNE D’ENTRE-NOUS TOMBE, NOUS AIDERONS À LE-LA RELEVER OU NOUS PRENDRONS SA PLACE !

J’ai le coeur à Gauche mais cela ne m’empêche pas de vouloir, depuis longtemps, rassembler le peuple français tout entier, et cela implique de dépasser très largement la « Gauche ». Jean-Luc Mélenchon s’y emploie ! C’est une des raisons nombreuses qui explique que je le soutiens !

Mais au-delà de ce soutien, je suis convaincu, comme tant d’autres le disent aussi, que nous ne gagnerons pas l’élection présidentielle si le peuple reste étranger à ce qui se joue. Il faut donc que le peuple se saisisse des questions et s’implique directement, et avant de le faire dans les urnes demain, en avril 2017, il faut l’entraîner dans la rue dès aujourd’hui, sans attendre demain !

Il doit y descendre non plus par milliers, dans des manifs folkloriques du dimanche après-midi, mais par millions, dans une OCCUPATION PERMANENTE, comme le firent les Espagnols il y a quelques années, même si les résultats de ces occupations n’ont pas été à la hauteur des attentes. Aujourd’hui, les évènements s’accélèrent et il ne faut pas que nous soyons à courir après eux. Nous devons les anticiper, voire les provoquer nous-mêmes !

Il ne s’agit plus seulement de RÉSISTER, mais de passer clairement à la RECONQUÊTE !

Nous devons montrer que nous sommes la multitude, le nombre, les 99% et que sans nous, ils ne peuvent rien ; que c’est parce que nous avons trop baissé la tête, courbé l’échine, plié le genoux, ou laissé le système martyriser certain-e-s d’entre-nous, que nous avons perdu tant de terrain depuis des années. Le temps est venu de redresser la tête et le corps tout entier, de nous lever et d’affronter ENSEMBLE tous ceux qui nous martyrisent. Le temps est venu de combattre ! Le temps est venu de faire en sorte que la peur change de camp ! Nous n’avons pas peur d’eux et eux ne semblent ne pas avoir peur de nous, parce que nous leur avons trop concédé. Mais il ne tient qu’à nous, désormais, de trouver le moyen pour qu’ils aient enfin peur de nous !

La vague JLM

La Boétie disait : « Ils ne sont forts que parce que nous sommes à genoux !  » et ajoutait « La force des tyrans tient à l’inertie des peuples.« 

Alors ne restons pas à genoux ! Relevons-nous ! Soyons debout et marchons ! Ne soyons plus inertes, comme des corps qui encaissent les coups mais ne réagissent plus, comme insensibles à la douleur ! Bien sûr que la résilience est une force de l’être humain mais à condition qu’elle ne nous transforme pas en invertébrés… Oui, leurs coups nous font mal – inutile de le dissimuler – mais ils ne nous ont pas tué ! Et donc nous sommes là, plus déterminé-e-s que jamais !

Il y aura l’insurrection civique dans les urnes demain, en avril 2017, et nous allons tout faire pour que cette insurrection se saisisse de l’arme de destruction massive de la 5e République et du système oligarchique de notre pays qui nous impose la violence capitaliste. Cette arme, c’est le bulletin de vote en faveur de Jean-Luc Mélenchon !

Mais cela ne pourra se produise si d’ici là nous, peuple français, c’est-à-dire, nous, les dizaines de millions d’ordinaires (que nous soyons ouvriers, salarié-e-s, fonctionnaires, agriculteurs, professions libérales, artisans, petits commerçants, petits patrons, véritables entrepreneurs, chercheurs, enseignants, gens de lettres, de culture et de spectacle, personnels de santé, de l’action sociale…) nous ne nous levons pas massivement dans les semaines et les mois qui viennent !

La victoire électorale de demain, c’est-à-dire le rassemblement du peuple dans les urnes à l’occasion de la présidentielle, trouvera ses fondations dans la bataille que chaque fraction de ce peuple aura menée dans l’année qui vient. Et plutôt que des actions de guérilla ponctuelles et cloisonnées, c’est une LUTTE GLOBALE ET RASSEMBLEUSE, que nous devons mener et rendre possible.

Si celles et ceux qui animent les syndicats français, dont c’est la mission, ne savent pas faire, OU NE VEULENT PAS FAIRE, alors, à nous , citoyen-ne-s de nous y coller. Personnellement, je le dis humblement, je ne sais pas faire cela. Je ne vois pas d’autre alternative que la grève générale durable pour faire plier nos bourreaux. Mais s’il le faut, j’apprendrai. Et autour de moi, il en sera de même !

C’est pourquoi j’appuie, avec la plus garde force, les mots de Vincent DUSSE, ouvrier PSA à Mulhouse, membre de la direction du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) tels qu’ils ont été publiés sur le blog « Révolution permanente » le 19 février 2016. Le billet est consultable ici mais je le reproduis également ci-dessous :

Le poing en fusion

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Nul ne peut douter à ce stade que nous sommes face à une attaque majeure, une véritable déclaration de guerre contre l’ensemble des travailleurs. Il s’agit d’une déclinaison, sur le plan social, de l’escalade liberticide et autoritaire du gouvernement Hollande. Seule une riposte à la hauteur d’une part du mouvement ouvrier et de ses organisations pourra mettre un coup d’arrêt à cette mise à mort des droits conquis par les travailleurs pendant des décennies.

L’attaque en règle contre la durée légale du travail et les conditions de licenciement, ainsi que la méthode annoncée par la Ministre El-Khomri, qui n’a pas hésité à évoquer, dès l’annonce de son projet de réforme, la possibilité de recours au 49.3, sont sans appel. C’est bel et bien un « tous ensemble », une grève générale à l’appel de tous les syndicats, qu’il faudra pour faire face au rouleau compresseur du gouvernement Hollande.

La journée d’action, qui se discute à l’échelle des directions syndicales, prend ainsi un tout autre contenu. Elle doit se poser d’emblée non pas comme une journée isolée et folklorique, mais comme le point de départ d’un combat dans la durée et doit se préparer largement, dans chaque lieu de travail, par des assemblées générales qui informent les travailleurs de l’ampleur de l’attaque en cours, commencent à organiser la riposte et exigent l’unité syndicale derrière un plan de lutte pour empêcher l’application de la réforme.

Front unique et grève générale jusqu’au retrait de la réforme

Impopulaire pour impopulaire dans le monde ouvrier, Hollande s’apprête à rendre un ultime service au grand patronat, certainement le plus conséquent de son quinquennat. Il parie pour cela sur la stratégie de collaboration ouverte de la CFDT, ainsi que sur les crises internes à la CGT. C’est la faiblesse du mouvement syndical qui donne confiance au gouvernement pour déclencher une telle offensive, malgré sa très basse popularité et la perte d’une dernière partie de sa base sociale avec son tournant lepéniste (état d’urgence, déchéance de nationalité, etc).

C’est pourquoi, en dépit de toutes les divisions internes dans le monde syndical et du poids encore présent de l’échec du mouvement de 2010 contre la réforme des retraites, les travailleurs n’ont pas d’autre choix que de prendre les affaires en main et imposer aux organisations syndicales le front unique et un appel à la grève générale reconductible jusqu’au retrait de la réforme.

Les équipes syndicales de la CGT et de Sud devraient s’adresser sans aucun sectarisme à celles de la CFDT qui pourraient commencer à considérer que la politique de collaboration de Berger « n’a pas payé ». C’est peut-être ce qui explique qu’après avoir avalé toutes les couleuvres (ANI, Loi Rebsammen, etc.), celui-ci se voit obligé d’émettre des réserves sur la question de la réforme du licenciement économique et du plafonnement des indemnités aux Prud’hommes, en même temps qu’il prend ses distances avec ceux qui s’opposent au renforcement de la négociation contenu dans le texte.

Les syndicalistes combatifs en ligne de mire. Une bataille de toute la classe

Pour Hollande, une chose est claire : pour avancer qualitativement sur les acquis de l’ensemble du mouvement ouvrier, il a intérêt à se débarrasser des équipes syndicales combatives. Celles et ceux qui déchirent des chemises, qui séquestrent des patrons, qui refusent la conciliation permanente. Tel est le contenu profond de la condamnation à deux ans de prison (dont neuf mois fermes) de huit syndicalistes de la CGT Goodyear.

En parallèle de cette criminalisation croissante de la résistance ouvrière et syndicale, le nouveau projet de loi cherche à marginaliser de syndicats ou de sections syndicales combatives dans les entreprises. Il redéfinit la notion d’accord majoritaire en la fixant à 50% des suffrages exprimés pour les organisations représentatives (on exclut donc du calcul les suffrages pour les autres organisations), supprime le droit d’opposition et confère au patronat un nouveau droit à la consultation directe des salariés. Le but étant de réduire le rôle des représentants syndicaux dans l’entreprise à la simple validation des accords voulus par les directions et de contourner les organisations plus combatives via des référendums auprès des salariés, présentés comme étant plus démocratiques.

Il s’agit à l’évidence d’un piège. Chaque travailleur ayant vécu une expérience de lutte contre les licenciements sait que sous la pression du chantage de la fermeture et la menace du chômage, l’appel à ce genre de consultation est un outil en faveur du patron. La vraie démocratie dans le mouvement ouvrier est celle des assemblées générales et des comités de grève ou de lutte, réunissant les travailleurs de toutes les organisations syndicales à côté des travailleurs non syndiqués.

La lutte pour le retrait des poursuites contre les huit de Goodyear et l’élan de solidarité qui se cristallise dans la constitution de comités de soutien dans plusieurs villes est ainsi partie intégrante de la lutte plus générale contre l’offensive du gouvernement, ce qui peut constituer un point d’appui pour ce grand combat de classe.

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       Grève générale - La rue

Debout ami-e-s et camarades !

« L’avenir n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons en faire. » Henri BERGSON

 

Partons du projet collectif et non des personnalités et nous aurons remis la lutte en ordre de « bataille » !

Texte de ma camarade Christine DUPLAISSY

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Suite à un débat sur André Chassaigne et sur sa jalouse vindicte contre Jean-Luc Mélenchon…

Et si les PC ont continué leurs alliances contre nature partout en province et de plus belle pour les Départementales, ça doit être aussi « la faute à Simonnet » (Paris) ou « à Mélenchon » (moi je dirais plutôt la faute à Coquerel, mais moi je fustige aussi ces histoires de personnes !

Non, les gens ! Ça n’est pas un problème de personnes, mais de CONVICTIONS politiques et de PROGRAMME ! Je m’explique.

De toutes façons, tant que le PC, comme « Ensemble », comme le PG, n’auront pas rompu définitivement, localement comme nationalement, avec le « social-néo-libéralisme » et ne seront pas revenus au programme alternatif fondamental « L’Humain d’Abord » (à creuser et travailler encore, on est d’accord !) programme COLLECTIF, à l’origine, et qui est une vraie avancée vers la rupture anti-capitaliste, la population, soit se résignera, soit cherchera une « alternative » ailleurs et gare à tout le monde si c’est l’alternative de la Haine !!!

Mais personne ne va donc se poser la question de POURQUOI la droite et son extrême font le plein de leurs voix (qui plafonnent et n’augmentent guère si l’on y regarde de près !) & de POURQUOI, NOUS, feu le FDG, qui aurions dû représenter L’ALTERNATIVE, nous n’avons réussi à « convaincre » 50% d’électeurs/trices qu’à RESTER CHEZ eux et elles (ou voter blanc/nul dans le « meilleur » des cas !!!) ?

Cette abstention massive n’est PAS de droite et se refuse farouchement à l’extrême-droite ! Ces gens-là (dont je fais partie !) n’attendent qu’une chose : qu’on leur propose de construire une alternative clairement affranchie des vieilles « alliances » traditionnelles rances et mortifères ! Et surtout clairement affranchie des deux partis de « gouvernement » P$ et €€LV qui ne savent qu’acheter un semblant de paix sociale en organisant méthodiquement le turn-over de la misère afin de maintenir à flot le système capitaliste qui ne sait que se régénérer de crises en crises ! Deux partis également pro-système U€, dont il faut sortir au plus viiiiite !!!

Ça n’est pas un problème de « personnes », on n’en est plus là : y’a le feu au lac, là ! Et ça n’est même plus une image : c’est l’effrayante réalité « gaz de schiste » / et-ou nucléaire, et ZAD à « détruire » de leur point de vue, que P$ et €€LV soutiennent, tout comme UMP-FN/UDI-MODEM !

C’est un problème de choix de société !!! Décidons nous-mêmes de QUELLE SOCIÉTÉ nous voulons demain pour nos mômes (& pour ce qu’il nous reste de temps à vivre !), de QUELLE constitution nous voulons pour ne plus reproduire les aberrations d’un Monarque républicain et de son « staff » (qui ne peut même plus s’appeler un « État » vu qu’il est entièrement à la botte et au service de la finance et de l’impérialisme US !

Reprenons NOTRE SOUVERAINETÉ ET NOTRE INDÉPENDANCE ! Et ensuite, nous devrons décider, puisque la 5ème ripoux-blique nous y oblige une dernière fois, de quelle personne mérite notre confiance, suffisamment pour porter notre programme vers son succès. Et dès que celle-ci ou celui-ci aura accompli son mandat, nous lui demanderons de nous rendre les clés. Gentiment d’abord… Mais s’il faut montrer les dents et le/la révoquer, la nouvelle Constitution nous en donnera le droit et nous n’hésiterons pas !

Voilà, à mon sens, rien ne vaut la rupture franche, publique et totale d’avec P$, €€LV et toutes celles et ceux qui nous jouent les « grandes orgues » du « sentimentalisme de gôgôche » pour mieux nous museler, ce qui, perso, désormais, me laisse de marbre !!!

Partons du projet collectif et non des personnalités et nous aurons remis la lutte en ordre de « bataille » !

Un Parti de Gauche où la démocratie est la règle absolue !

Texte d’une de mes deux contributions thématiques au congrès du Parti de Gauche de juillet  prochain. Celle-ci traite de la démocratie que le Parti de Gauche se doit de mettre en oeuvre en son sein pour être crédible quand il promet qu’il la mettra en oeuvre au bénéfice du peuple s’il accède au pouvoir. Et nous sommes cinquante à avoir signé ce texte !

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Le prochain congrès du PG est l’occasion à ne pas laisser passer ! L’heure est grave. Il est temps de faire des choix de nature à transformer notre parti pour en faire un parti en phase avec son temps et avec les attentes des citoyens et des militants, donc un parti authentiquement et radicalement démocratique.

1/ Quelle organisation et quel mode de fonctionnement ?

Le type d’organisation du PG est trop traditionnel. Or, nous considérons que les partis traditionnels ne pourront jamais plus redevenir les forces qu’ils avaient été. Par contre, nous pensons que si notre parti se met en phase avec la société telle qu’elle est, il pourra devenir une force d’entraînement, comme le montrent les exemples de Podemos en Espagne et de Syriza en Grèce. Nous, signataires de cette contribution, sommes donc déterminés à faire du PG un modèle de démocratie. C’est pourquoi nous proposons :

De supprimer le Bureau National qui est, en quelque sorte, une « chambre des lords », situation contraire à notre vision de la démocratie. Nous dénonçons également cette instance qui tient en laisse le Conseil National et fait de lui une simple « chambre d’enregistrement ».

De n’attribuer qu’au seul CN le rôle d’assemblée délibérante chargée de prendre lui-même les plus importantes décisions et d’encadrer toutes les délégations auxquelles il consent.

De reconnaître au « secrétariat national » le rôle d’exécutif dans les strictes limites déterminées librement par le CN.

De mettre en place une forme de co-présidence collégiale et tournante où les « co-présidents » seraient élus par tous les adhérents. Mais comme nous sommes radicalement hostiles au présidentialisme, leur mandat ne serait que d’une courte durée (6 mois renouvelable une seule fois ou 1 an non renouvelable). Leurs pouvoirs se limiteraient à de la représentation, à du porte-parolat, à de la coordination. Aucun pouvoir décisionnel ne leur serait attribué.

D’instituer divers mécanismes de démocratie directe : droit de veto sur les textes et sur les personnes, droit de révocation des titulaires des fonctions, du sommet à la base, non-cumul des mandats dans le temps et dans l’espace, droit d’initiative militante pour proposer des textes et référendums… innovations qui deviendraient des pratiques courantes dans notre parti afin que nous soyons crédibles quand nous proposerons aux électeurs de les inscrire dans la constitution de la 6e République. Nous nous engageons en effet à ce que la cohérence règne enfin entre nos discours et notre pratique.

2/ Quelles alliances ?

Le PG a été le moteur du Front de Gauche, au côté du PCF. Nous avons vécu ensemble des moments de gloire et d’espoir et connu d’immenses désillusions. Nous considérons désormais que le Front de Gauche est une coquille vide et doit donc être abandonné. Les choix faits par le PCF ne doivent plus être tolérés. Certes beaucoup de militants et de cadres du PCF sont nos alliés fidèles et loyaux dans le combat que nous menons ensemble depuis des années. Mais nous savons aussi que ce parti ne changera pas radicalement et ne sera jamais accepté par une majorité de Français. Cela nous handicape et, après nous avoir fait perdre beaucoup de crédit dans l’opinion, nous a empêchés de progresser comme nous pouvions l’espérer à la suite des beaux résultats de l’élection présidentielle. Ces choix-là ont discrédité définitivement le Front de Gauche et mis en danger la crédibilité même de notre propre parti, toujours lié au PCF et au Front de Gauche. Nous défendons donc, ici aussi, une rupture. Nous souhaitons que le PG cesse de maintenir son appartenance au Front de Gauche et qu’il reprenne son indépendance totale pour rendre possible la création d’une nouvelle force. Car il y a en France des gisements inépuisables de bonnes volontés et nos concitoyens sont prêts à s’engager pour peu que nous changions nos modes de communication politique et nos façons de faire.

Depuis quelques mois, le PG a engagé des pourparlers avec EELV. Pour notre part, nous refusons deux écueils :

– nous engager aveuglément au côté d’EELV en négligeant les sujets de désaccord majeur (sur l’Union européenne ou sur les alternatives au capitalisme). Beaucoup de militants d’EELV n’ont hélas pas encore saisi la nocivité du capitalisme pour l’écologie, voire l’incompatibilité entre l’un et l’autre. Or nous ne saurions transiger sur ces questions fondamentales pour le seul avantage de gagner des élus au moyen d’une alliance avec eux.

– refuser systématiquement toute alliance avec EELV parce que nous ne sommes pas d’accord sur tout. Nous avons avec eux beaucoup de proximités. Le cas de Grenoble peut faire école. Nous pouvons, ensemble, améliorer fortement la vie des gens et créer une véritable alternative.

Ces alliances en devenir font débat. Reposons-nous sur la démocratie pour le trancher. Un des critères déterminants pour que nous acceptions l’alliance avec eux doit être qu’ils aient préalablement rompu les rangs et les liens avec le PS et avec tous ceux qui refusent la sortie du capitalisme et de la 5e République.

Le NPA et Nouvelle Donne sont aussi des partenaires potentiels, avec les mêmes réserves que pour EELV. Au-delà, le PG doit rechercher l’alliance avec tous les citoyens parce que nous nous adressons à tous sans exception, et que le message que nous portons peut-être entendu très largement. Nous savons que le système n’a pas peur de la gauche mais qu’il a peur du peuple. Or nous sommes le peuple et nous allons donc faire peur au système et le remplacer par un autre monde où l’humanisme sera la vertu cardinale.

Enfin, le PG a décidé de prendre sa part dans la construction du Mouvement pour la 6e République. Nous approuvons ce choix mais posons comme exigence que PG et M6R ne soient pas inféodés l’un à l’autre et soient donc indépendants l’un de l’autre.

Conclusion

Le PG a été utile à notre pays car il a commencé à saper les fondements du capitalisme. Nos réflexions ont été reprises par d’autres, nos propositions ont essaimé et notre discours a ébranlé, voire influencé, certains de nos adversaires et concurrents. Le PG peut donc être davantage écouté et mieux entendu par un nombre croissant de Français. Mais, pour cela, il doit lui-même ne pas rester en vase clos. Il doit être davantage sur le terrain et au coeur des luttes sociales et des combats que les militants et les citoyens assument avec engagement et dévouement, dans les entreprises, contre les grands projets inutiles imposés, dans la sphère associative et culturelle… Il doit se dépasser et ne plus incarner une forme d’organisation politique que les citoyens refusent ou dénoncent. Il doit faciliter le rassemblement du peuple, pas seulement de la Gauche. Une autre dénomination pour notre mouvement serait bienvenue pour entamer cette nouvelle étape de la conquête du pouvoir. Mais surtout nous devons mettre en place une structuration beaucoup moins pyramidale, reposant beaucoup plus sur les réseaux que sur l’autorité hiérarchique. Les militant-e-s du PG aujourd’hui, au même titre que les citoyen-ne-s français-e-s demain, sont, naturellement, et doivent donc être reconnus par les statuts, pouvoir souverain.

Nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins : soit nous nous installons dans la 5e République et nous restons un parti comme les autres, en acceptant des combinaisons politiciennes qui discréditent notre message, et notre fin sera proche car le peuple nous appliquera avec rage le « Qu’ils s’en aillent tous ! » ;  soit nous entrons en résonance avec le peuple, nous réformons profondément nos structures et nous assumons les indispensables ruptures du moment, et nous serons la cheville ouvrière de la révolution citoyenne que nous désespérons de voir advenir. Pour cela nous devons vraiment faire « Place au peuple » !

Pour rendre possible l’humain d’abord : un projet qui assume sa radicalité

Texte d’une de mes deux contributions thématiques au congrès du Parti de Gauche de juillet  prochain. Celle-ci traite de la radicalité du projet que le Parti de Gauche devrait assumer, selon moi. Et nous sommes cinquante à avoir signé ce texte !

* * * * *

Le prochain congrès du PG doit nous permettre de faire les choix qui nous feront accéder aux responsabilités du gouvernement de la France. Si les décisions qu’adopteront les délégués sont bien inspirées, nous nous mettrons en situation de l’emporter pour mettre en oeuvre l’alternative humaniste et démocratique à laquelle nous aspirons. Si nous nous égarons dans des choix inopportuns, ou si nous refusons d’assumer certains choix, nous nous éloignerons irrémédiablement de toute chance de pouvoir « rallumer les lumières » et agir pour que reviennent les « jours heureux ».

Cette contribution s’inscrit pleinement dans la logique de « l’Humain d’abord » mais s’engage clairement dans certaines radicalités que le PG a jusqu’à présent refusé d’assumer. Elle propose un chemin différent sur la question de l’Union européenne : en sortir ! Pour pouvoir atteindre nos objectifs.

Il n’est pas question, ici, de réécrire un projet politique intégral, mais seulement de clarifier ou de réorienter ce qui nous semble devoir l’être. Ainsi, nous, signataires de cette contribution sommes convaincus que notre projet ne peut être qu’anticapitaliste, d’où des propositions de ruptures plus franches avec l’ordre établi et la mise en oeuvre de logiques économiques et sociales radicalement alternatives au capitalisme. C’est parce que nous sommes des anticapitalistes convaincus et conséquents que notre projet ne peut être que philosophiquement inspiré et matériellement construit autour de l’écosocialisme. Et c’est parce que nous sommes des démocrates convaincus et conséquents que notre projet ne peut n’avoir pour boussole que la souveraineté populaire et son corolaire l’indépendance nationale et donc être radicalement innovant en matière de démocratie.

1/ Un projet radicalement anticapitaliste donc écosocialiste

1.1/ Opérer la bifurcation écologique : L’écosocialisme doit guider toutes nos politiques publiques. Mais pour réussir cette révolution, il faut convaincre – et non contraindre – chacun de cette nécessité impérieuse de changer. Faisons-le en nous armant de la raison et de l’enthousiasme, plutôt qu’en jouant seulement sur la peur devant les risques croissants de catastrophes.

1.2/ Révolutionner le partage des richesses : La gestion de l’économie reviendra au peuple et ne sera plus laissée aux marchés ! L’État agira toujours et partout en faveur de l’intérêt général et en rendant le peuple souverain. Les marchés ne feront plus la loi. Les chefs d’entreprise et les conseils d’administration ne seront plus seuls à décider. Les salariés et la collectivité auront des capacités d’intervention profondément renforcées. Le droit des sociétés deviendra, lui aussi, anticapitaliste et le droit du travail redeviendra l’outil majeur de défense des travailleurs. Les réflexions, depuis longtemps engagées, sur le devenir du travail et les nouvelles manières d’appréhender travail et salaire/revenu (revenu inconditionnel, salaire à vie) nous inspireront et seront largement utilisées car elles constituent des armes de destruction massive du capitalisme. La fiscalité deviendra juste et efficace au profit des services publics qui seront restaurés là où ils ont été dévastés tandis que de nouveaux seront créés quand c’est nécessaire. Leur gratuité sera instaurée pour les biens et services essentiels (santé, pompes funèbres, transports, premiers mètres cubes d’eau, premiers kilowatts d’énergie).

2/ Un projet radicalement démocratique

2.1/ La souveraineté populaire restaurée : briser nos chaînes : Nous reprendrons le contrôle de notre souveraineté nationale et populaire. Première rupture fondamentale : la France doit sortir de l’UE car celle-ci est devenue l’arme absolue pour imposer des politiques contraires à l’intérêt général et aux volontés du peuple. Tout l’ordonnancement juridique de l’UE empêche désormais toute inflexion dans le sens de l’humain d’abord. Il ne suffit donc pas de désobéir, il faut rompre et donner ainsi le signal de la reconquête à nos voisins. Le peuple français doit être consulté par référendum et s’il valide cette option, le gouvernement devra alors s’employer à convaincre ses partenaires européens de faire de même. Certains basculeront alors comme nous dans le camp des libérateurs. Ce sera un coup de tonnerre d’une ampleur telle que rien ne sera plus comme avant. Nous sommes convaincus que beaucoup attendent de la France une telle décision, qu’ils n’osent assumer eux-mêmes. Qu’un grand pays, a fortiori membre fondateur de l’UE et grande puissance universaliste comme la France, sorte de cette prison des peuples, quelle symbolique et quelle force donnée au message qui serait ainsi diffusé au monde ! Toute la géopolitique mondiale en serait bouleversée. Et la France, ensuite, pourrait alors prendre la tête d’un processus qui la verrait proposer aux pays d’Europe et du monde d’autres formes de liens, d’autres alliances, d’autres solidarités. La face du monde en serait révolutionnée.

2.2/ La démocratie en France refondée : inventer un nouveau régime : Le PG est le fer de lance de la révolution citoyenne depuis sa fondation et il a porté fortement, à l’élection présidentielle de 2012, le projet de changer de régime en passant à une 6e République. Il s’agit d’imaginer le régime de demain et de faire preuve d’inventivité. Or si nous sommes tous d’accord, au PG, sur l’idée générale du nécessaire perfectionnement de la démocratie et de l’indispensable changement de régime, nous ne nous retrouvons pas forcément sur les options concrètes à défendre. Cette contribution propose donc des pistes et s’engage fermement sur certaines solutions. Partant du constat que nos représentants, depuis très longtemps, ne nous représentent plus et se sont affranchis de la démocratie, nous osons dire que le régime représentatif, tel que nous le connaissons, a vécu. Nous ne disons pas que nous devons le répudier mais nous disons que nous devons l’encadrer bien plus fermement. Nous ne disons pas que nous ne devons plus avoir d’élus et tenir des assemblées générales permanentes ni que tous les Français devront s’impliquer dans les processus de préparation et d’adoption des décisions ; nous disons en revanche que les élus ne doivent plus être les seuls à décider, ni être juridiquement armés pour imposer leurs volontés au peuple récalcitrant, qu’ils doivent être les principaux préparateurs des décisions – mais pas les seuls – et que, s’agissant de l’adoption des décisions, ils ne doivent plus être que des représentants. Sans aller forcément jusqu’à rendre le mandat impératif, des règles nouvelles les contraindront à plus de fidélité à leurs engagements. Le peuple devra être en mesure de participer activement à l’élaboration comme à l’adoption des décisions. Il faudra donc imaginer des procédures le permettant. Plutôt que des cabinets obscurs et techniciens, plutôt que des lobbys qui ne sont élus par personne, qui n’ont aucune légitimité démocratique, mais qui ont le pouvoir de persuasion, nous mettrons aux commandes les citoyensLes décisions seront préparées avec eux et certaines ne pourront plus être adoptées que par eux, par référendum.

Conclusion

Nous pensons que les idées que nous avons présentées dans cette contribution sont compréhensibles par tout le monde et de nature à rassembler le peuple. Nous appelons donc tous les militants à soutenir cette contribution afin qu’elle puisse influer largement sur la plateforme qui sera adoptée au congrès. Le but ultime étant que le PG pèse sur le cours des évènements en France, en Europe et dans le monde et les oriente dans le sens que nous souhaitons.

Lettre ouverte d’un militant de base du Parti de Gauche à Nicolas Dupont-Aignan, Président de Debout la France

Avant-propos

Au lendemain de sa victoire aux élections législatives en Grèce, Syriza, la « Coalition de la Gauche radicale », a conclu un  accord de gouvernement avec le parti « ANEL » (« les Grecs indépendants ») de Panos Kamménos. Ce parti est défini comme « souverainiste » et est classé à droite. D’où des réactions très vives de certains…

Pourquoi un tel accord a priori contre nature ? Cet accord permet à Syriza d’obtenir une majorité absolue des sièges au Parlement, alors qu’il lui en manquait deux pour atteindre le seuil fatidique de 151 sièges et que ni le PASOK (le parti socialiste grec), ni le KKE (le parti communiste grec), ne voulaient permettre à Alexis Tsipras, le leader de Syriza et nouveau Premier ministre grec, et à Syriza elle-même, d’atteindre, grâce à l’apport de leurs députés, ce seul fatidique des 151 sièges.  Le nouveau Premier ministre grec a alors cherché avec qui il pouvait s’entendre, ne serait-ce que partiellement, pour pouvoir obtenir cette majorité absolue, sans donner le signe d’un afadissemnt de sa volonté de lutter contre ceux qui humilient son pays et martyrisent son peuple. Et de fait, malgré de grandes différences, voire de profondes oppositions entre Syriza et Panos Kamménos sur beaucoup de sujets de politique intérieure, ces deux partis se rejoignaient sur la nécessaire rupture avec l’austérité, et l’indispensable bras de fer à engager avec l’UE et avec le gouvernement d’Angela Merkel. Alexis Tsipras ,et sans doute l’état-major de Syriza avec lui, ont donc jugé possible et utile de s’accorder avec ce petit parti souverainiste de droite car, en l’état des forces politiques au sortir de ces élections, l’ANEL et son leader Panos Kamménos ne seront pas en situation de peser sur les principaux choix de Syriza et de Tsipras mais ils pourront, ensemble, opposer un front solide face à leurs ennemis communs. Je considère donc, pour ma part, que c’est la moins mauvaise des solutions, au regard des réalités actuelles. Certes, il aurait été préférable de passer un accord avec le KKE, parti communiste grec, qui est plus proche de Syriza que ANEL de Panos Kamménos. Mais la fin de non recevoir du KKE mettait un terme à cette éventualité. Et négocier avec les centristes de To Potami aurait été mettre un doigt dans la gueule du crocodile vu qu’ils sont européistes et, si j’ai bien saisi, pas si hostiles que ça à l’austérité…

Nicolas Dupont-Aignan, Président de Debout la France étant l’invité, ce lundi 26 janvier 2015, de Jean-Jacques Bourdin, dans le cadre de la Matinale de RMC, l’animateur a saisi l’occasion de poser à son invité une question politicienne sur ce sujet. Il a ainsi demandé à Nicolas Dupont-Aignan, dont le parti Debout la France est le plus proche parent de l’allié inattendu de Syriza, si « politiquement, [il] pourrait passer un accord avec le Front de gauche de Mélenchon ». Et Nicolas Dupont-Aignan répondit : « Si c’est pour sauver la France et si c’est sur un programme intelligent de création de richesses, pourquoi pas ? »

Voici une réponse que j’adresse à Nicolas Dupont-Aignan suite à sa main tendue. Elle n’engage que moi, militant très ordinaire du PG et sans responsabilité particulière au sein de mon parti. Elle ne représente que ma vision et n’engage en rien mon parti. Si j’emploie le « nous », c’est parce que je crois, malgré tout que d’autres que moi pourraient se retrouver dans ce que j’écris. D’où aussi mon choix de recourir à une lettre ouverte car si cette réaction est personnelle, je suis convaincu que beaucoup de militants et de citoyens pourraient avoir envie de dire leur propre sentiment sur la question qui a justifié cette lettre.

* * * * *

Monsieur Dupont-Aignan,

Vous avez émis, ce lundi, une proposition de partager le gouvernement de la France avec le Front de Gauche. C’est une proposition inédite, mais que l’on peut comprendre, quand on étudie votre parcours,  quand on connaît votre philosophie politique et que l’on suit de près l’actualité.

Mais s’il est possible de la comprendre, il est très difficile, pour ne pas dire impossible, aujourd’hui, d’y donner suite. Je vais essayer de vous expliquer pourquoi.

Cela va vous paraître paradoxal mais je dirais qu’il y a un préalable nécessaire, indispensable. Non pas que vous viriez à gauche, car ce serait une demande insensée de notre part, vu que vous avez toujours été de droite. En outre, il n’est pas dans notre habitude de réclamer de nos « alliés » qu’ils nient ou remettent en cause ce qu’ils sont. Bon, si vous décidiez de vous rallier à nous, nous vous accueillerions et nous vous ferions une place. Mais en général, nos alliés sont naturellement, politiquement parlant, très proches de nous, même si l’on peut parfois se disputer sur tel ou tel sujet. Il ne viendrait par exemple à l’idée de personne d’envisager de nous allier avec, par exmple, l’UMP en leur demandant de renier ce qu’ils sont et de communier civilement avec nous dans l’écosocialisme, d’exprimer la volonté de mettre à bas le capitalisme et d’embrasser notre objectif de substituer une 6e République du peuple à cette 5e République devenue celle des oligarques. Nous choisissons de nous allier avec celles et ceux avec qui nous partageons quand même, d’entrée de jeu, l’essentiel et avec qui il est possible de passer des compromis acceptables sans compromission.

Pourtant, certains d’entre nous voient plus grand. Certains d’entre nous aspirent à un « rassemblement du peuple ». Ceci devrait vous parler n’est-ce pas ? Le « rassemblement du peuple  a toujours été aussi la volonté du général de Gaulle, puis de ceux qui se sont prétendus, à tort ou à raison, ses héritiers. Mais c’est aussi tout autant l’objectif des révolutionnaires, qui aspirent à ce que le peuple se dresse, uni, contre les oligarques, contre les maîtres, contre les tyrans. En fait, que l’on parle de « rassemblement du peuple » ou de « lutte des classes », on parle en fait de la même chose : les 99% contre les 1%. L’intérêt général contre les intérêts particuliers. C’est ainsi que personnellement je vois les choses.

Donc, si certains à droite et à gauche, un peu moins au centre, refusent, par principe, de parler avec leurs adversaires, et refusent toute hypothèse d’action commune, il y a aussi des militants et des citoyens, à gauche, à droite, au centre ou ailleurs, qui pensent que se parler est utile à tous et que parfois, agir ensemble, pourrait mieux faire avancer l’intérêt général.  Comme ce fut le cas sous l’Occupation et la Résistance avec le CNR. Je vais y revenir plus loin.

Ces propos liminaires avaient pour but de vous montrer que je ne fais pas partie des gauchistes sectaires, bien que je sois de gauche. Je ne rejette pas, par principe, l’idée de débattre, de discuter, d’échanger, voire même d’agir avec des militants ou des personnalités qui ne partageraient pas ma vision, mes analyses, mes rêves et mes projets. Sinon, nous resterions en vase clos, au risque de nous scléroser. La contradiction, le clivage, le débat même, et surtout avec ceux qui défendent des convictions et des propositions opposées aux vôtres, sont utiles à tous. J’ai appris de Jean-Luc Mélenchon que le clivage favorise bien plus la démocratie que le consensus.  Mais à l’inverse, s’il y a un temps pour le clivage, il y en a un aussi pour le rassemblement. Et je ne parle pas ici de cette « unité nationale » qui est soit une fumisterie, soit une escroquerie pour attraper les gogos, soit pire, un ferment de dictature et de pensée unique sacralisée.

Si débattre, échanger, se contredire, argumenter et contre-argumenter est toujours possible et est même nécessaire entre adversaires ou concurrents, en revanche, gouverner ensemble, c’est tout autre chose, vous en conviendrez. Il est indispensable de partager les mêmes valeurs et les mêmes dégoûts. Il est nécessaire d’être prêts à appliquer les mêmes principes fondamentaux même si l’on peut se différencier sur les mesures d’application de ces principes. Il est plus que préférable de caresser les mêmes rêves. Et là, je ne suis pas convaincu, malgré quelques proximités entre vous et nous, que ce minimum existe pour que nous puissions envisager un gouvernement commun entre vous et le Front de gauche.

Je pourrais dire, sur le ton de la boutade, et usant du paradoxe : « Redevenez un authentique gaulliste et on pourra discuter… »

Curieux comme suggestion non ? L’homme de gauche, le démocrate exigeant et ambitieux que je suis, qui a bien des raisons de critiquer le général de Gaulle et son oeuvre, vous appelle à redevenir « gaulliste ». Il y a deux idées derrière cette suggestion.

D’une part, il y a l’idée que le gaullisme authentique, ou l’idée que je m’en fais sur la base de mon éducation, de ma culture et de mon expérience politique,  n’était pas le mal absolu que certains décrivent. Certes il y a beaucoup à dire de la personne et de l’oeuvre du Général, et nous le faisons, au Parti de Gauche et au Front de Gauche. Nous ne nous privons pas, au Front de Gauche, de dénoncer ce qui nous semble devoir l’être : « sa » constitution, par exemple, qui permet toutes les déviances antidémocratiques que nous connaissons. Sur ce point, nous n’ignorons pourtant pas que le texte initial a été si souvent modifié que l’oeuvre même du Général ne peut être seule en cause. La pratique des hommes qui lui ont succédé a eu ses impacts nuisibles. Les nombreuses révisions ont dénaturé cette loi fondamentale. Cela est vrai. Mais nous pensons aussi que le texte initial, dans ses grands principes, portait en lui-même tous les risques que François Mitterrand a brillamment décrits dans « Le coup d’état permanent », avant hélas d’oublier son génial réquisitoire et de se complaire, à son tour, dans ces jeux de pouvoir et cette forme d’autoritarisme que la loi fondamentale de notre pays rendait possible. Certes le Général lui-même, bien qu’ayant gouverné avec autoritarisme, a toujours respecté la volonté populaire exprimée électoralement, puisque nous savons tous qu’il démissionna le jour même où, pour la première fois, il fut désavoué. Ses successeurs n’eurent pas les mêmes préventions. Le système est donc pernicieux puisqu’il permet les abus. Montesquieu disait « Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser » et c’est pourquoi il ajoutait peu après que pour conjurer ce risque, il fallait « que le pouvoir arrête le pouvoir ». C’est-à-dire qu’il était indispensable, selon lui, de créer des contrepouvoirs et des contrepoids. On en est très loin avec cette constitution. D’où notre volonté de la changer.

Le Général est aussi critiquable pour bien d’autres raisons mais cette lettre n’a pas pour objet de dresser  un réquisitoire contre lui. Car à l’inverse des critiques que je peux lui faire, et que mon parti ou mes camarades peuvent lui adresser, j’ai aussi, personnellement, envers lui, une certaine admiration pour une bonne partie de sa vie ou de son oeuvre. De son action pendant la Résistance, de son bref passage au gouvernement provisoire en 1944, de sa présidence de 1958 à 1969, il nous reste des trésors, surtout quand on compare cette époque à notre temps, à tout ce que lui, et d’autres avec lui, avaient rendu possible, qui a été détruit, dévasté, annulé depuis. Au temps du général de Gaulle, nous étions libres, indépendants, souverains. Au temps du général de Gaulle, nous étions écoutés, respectés, pris pour exemple. Au temps du général de Gaulle, nous parlions au monde entier, à toutes les puissances, Ouest et Est, mais aussi aux Non-alignés.  Nous parlions d’égal à égal avec l’Allemagne et même avec l’URSS et les Etats-Unis. Au temps du général de Gaulle, la Communauté européenne ne nous imposait rien qu’on n’ait voulu et clairement accepté. Au temps du général de Gaulle, notre politique étrangère n’était pas conditionnée à celle de l’Empire états-unien. Au temps du général de Gaulle, nous étions d’ailleurs sortis du commandement militaire intégré de l’OTAN et avions dit aux forces armées états-uniennes installées sur notre sol de rentrer chez elles. Au temps du général de Gaulle, nous osions exprimer notre désaccord avec le bellicisme d’Israël. Et oui, à l’époque, nous le faisions… Au temps du général de Gaulle, nous avions une politique économique et sociale, sans doute imparfaite, mais bien plus conforme à l’intérêt général et aux intérêts des Français ordinaires que celle qui nous est imposée, contre notre gré, depuis les années 70. Au temps du général de Gaulle, nous n’obéissions pas aux marchés et nous n’allions pas prendre nos instructions auprès de la chancellerie d’Allemagne. Le général avait eu cette formule savoureuse : « la politique de la France ne se fait pas à la corbeille ». Bref, nous savons bien ce que nous avons perdu depuis son départ.

Nous savons donc bien ce que nous devons au général de Gaulle et à ceux qui l’ont assisté pendant qu’il était à la tête de notre pays. Nous savons aussi ce que nous devons au CNR qui ne fut pas que l’œuvre du Général. Le CNR fut aussi très largement inspiré par la gauche, et en particulier par les communistes. Aussi éloignés qu’ils pouvaient êtres les uns des autres, ils travaillèrent ensemble. Certes, l’heure était exceptionnelle et justifiait que l’on néglige certains désaccords pour œuvrer ensemble à l’essentiel. Nous n’en sommes pas encore à un tel degré de gravité. Aussi cruel que puisse être notre temps, il n’est évidemment pas comparable aux années de la seconde guerre mondiale. Et l’idée d’un gouvernement de « rassemblement populaire » n’est sans doute pas d’actualité. Peut-être le sera-t-elle un jour prochain. Chacun avisera et adaptera ses choix et son discours à cette situation si elle se présente.

D’autre part, il y a l’idée que vous devriez revenir à ce « gaullisme » dont j’évoquais ci-dessus quelques traits saillants, ce qui sous-entend que vous l’auriez abandonné. C’est en effet ma conviction attristée. Je m’en explique maintenant.

Depuis deux ans, vous avez choisi de vous situer plus à droite que jamais. Depuis deux ans au moins, vous avez cherché à concurrencer le FN, pour soi-disant le réduire, mais tout démontre que, pour l’instant, vous avez échoué. C’est le FN qui se développe et c’est Debout la France qui végète et qui ne connaît pas plus de succès que Debout la République.

Mon avis est que de pratiquer la surenchère avec le FN et sa représentante, aussi bien dans le langage que vous employez parfois, que dans certaines des propositions que vous présentez, ne vous sert pas. Non seulement, vous n’y gagnez rien, mais vous y avez perdu beaucoup. C’est toujours le même problème en politique. Quand on réforme sa « ligne » et qu’on se décale vers un bord, pour des raisons politiciennes et pas pour des convictions sincères, on gagne peut-être un peu auprès de ces électeurs de qui on se rapproche, mais on perd aussi beaucoup parmi ceux qui vous avaient choisi pour ce que vous étiez et ce que vous disiez AVANT. Or, ce que l’on gagne d’un côté, ne surpasse jamais ce que l’on perd de l’autre. Pour la bonne raison que les nouvelles « cibles » de la droite extrême que vous cherchez à convaincre douteront toujours de la sincérité de votre évolution et vous trouveront toujours trop « gauchiste », trop « républicain », trop « démocrate », trop « immigrationniste », trop « droits-de-l’hommiste » tandis que celles et ceux, dont vous avez décidé de vous éloigner, ou que vous croyiez pouvoir maintenir auprès de vous malgré votre évolution contraire à leurs principes et à leur philosophie, se sentent floués, trompés et en tirent les conséquences en vous quittant. C’est bien ce qui s’est passé dans votre parti depuis des mois, voire depuis un à deux ans. Je vais y revenir plus loin.

Vous avez aussi adopté certains des raisonnements du FN et emprunté certains de ses mots. Vous avez tendu la main à Marine Le Pen et n’avez pas été convaincant du tout quand vous avez expliqué ensuite que c’était pour la piéger. Du coup, vous vous êtes éloigné des valeurs de la République en rendant possible, au moins dans vos paroles, une telle alliance anti-républicaine. Il ne s’agit pas de parler avec Marine Le Pen mais à ses électeurs. Ce n’est pas du tout la même chose !

Vous avez usé, de plus en plus souvent ces derniers mois, ce que vous ne faisiez pas hier, d’un vocabulaire de réactionnaire qui ne vous ressemble pas. Vous avez, par exemple, agressé la laïcité en décembre dernier dans votre diatribe en faveur des crèches dans les lieux publics, et vous avez heurté de front la fraternité de notre devise républicaine en ayant, plusieurs fois de suite, en 2014, prononcé des mots qui lui sont étrangers, notamment quand vous avez stigmatisé les populations Rom et dit que leur destin était de repartir en Roumanie. Honte à vous qui vous prétendez Républicain social !

Je disais que vous aviez perdu pas mal de militants ces derniers mois. Oui, bien des militants de Debout la République vous avaient demandé de ne pas changer le nom de votre parti, de ne pas faire cette erreur stratégique, de ne pas le droitiser, mais au contraire de faire en sorte de le situer au coeur d’un rassemblement du peuple encore à construire. Au mieux, vous les avez ignorés. Mais parfois, vous ou vos cadres, les ont violentés par des mots et par des menaces. Beaucoup qui vous avaient exhorté à ne pas vous engager sur cette voie périlleuse et sans issue, et qui avaient menacé de quitter votre famille si vous refusiez de les entendre, ont fini par concrétiser leurs menaces puisque au lieu de les entendre, vous vous êtes enfermé dans vos certitudes de faire le bon choix. Vous deviez pourtant savoir que beaucoup de vos militants étaient des gens qui ne se sentaient pas de droite, et qui vous avaient rejoint parce que, bien qu’étant originaire de la droite, vous aviez su, tel De Gaulle, vous dépasser et parler à tous. Debout la République incarnait cela, ce rassemblement du peuple au-delà des étiquettes et du clivage droite-gauche. Le changement de Debout la République en Debout la France est très lourd de sens. Et vous ne pouvez pas l’ignorer. Certes un Républicain défend aussi la France mais ne parler que de « la France » et effacer le terme « République », c’est exprimer très clairement un message. Car si la France est certes millénaire, les Républicains considèrent que la grande révolution de 1789 constitue la césure qui symbolise l’essence même du peuple français. La France existait bien avant la République mais il n’y avait pas de peuple, juste des sujets. C’est la France républicaine qui a engendré la nation française et c’est la France républicaine qui est aujourd’hui la fierté de son peuple. Les gigantesques manifestations suite aux tragiques évènements des 7 et 8 janvier derniers en attestent. Le peuple français est républicain, au-delà de ses divergences habituelles. Il n’y a que quelques nostalgiques de la monarchie et de la dictature pour penser autrement…

Donc effacer du nom de votre parti le mot « République » était un très mauvais présage. Car il ne s’agissait pas que du changement d’un mot. Cela ne faisait qu’entériner de fait une course à droite amorcée il y a deux ans !

Et ce message a été entendu aussi bien par les militants les plus à droite de DLR, qui poussaient en ce sens depuis longtemps, et qui se sont sentis ragaillardis et renforcés, face aux militants dont le cœur penchait à gauche qui, logiquement, se trouvaient, eux, comme des étrangers dans leur propre famille. Je le sais parce que je connais des militants de ce qui était DLR. Je connais pas mal de militants de gauche qui vous avaient rejoint pour ce que vous disiez notamment sur l’Europe et sur l’euro, quand nous, au Front de Gauche, ne les attirions pas à cause de notre difficulté à assumer certaines ruptures en matière européenne.

Il y a même une importante personnalité de DLR qui, à plusieurs occasions, a éveillé votre attention sur l’inopportunité, la dangerosité, la nocivité, de droitiser DLR. Cet homme était un militant et un cadre très précieux pour vous et pour votre parti. Il était suivi et écouté très au-delà de DLR. Il a d’abord pris ses distances en vous conservant son respect. Sans doute espérait-il que vous reviendriez à ce que vous incarniez auparavant. Mais il a été déçu. Parce que vous l’avez déçu, come vous avez déçu une cohorte de gens. Il en a alors tiré les conséquences en s’éloignant davantage. Comme vous avez accentué peu à peu cette droitisation dénoncée par certains des vôtres, la rupture de ces militants avec vous et avec le nouveau parti que vous avez créé devenait inéluctable. Peut-être que certains militants de votre mouvement, les plus à droite, se sont félicité de ces départs. Peut-être même ont-ils eu alors le même jugement que celui prêté à un certain Lénine : « le parti se renforce en s’épurant ». C’es parfois vrai mais pas ici. Quelle bêtise dans ce cas ! Quelle erreur fondamentale !

Vous avez alors connu une vague de départs importante de militants, notamment de ces « républicains sociaux » de DLR qui refusèrent de cautionner cette droitisation, qui refusèrent de se retrouver dans un parti droitisé à outrance. Debout la France qui succédait à Debout la République, c’était anciennement le mouvement de Charles Pasqua et de Philippe de Villiers, soit un représentant de la droite dure et un monarchiste catholique quasi intégriste. Déjà, rien que ça, c’est tout à fait symbolique, ça pose un parti… C’est en fait un puissant révélateur de la profonde mutation que vous avez portée.  Même le RPR, voyez-vous, pourrait être perçu comme plus attaché que vous à la République puisque lui avait décidé d’inscrire ce terme de « République » dans son appellation, à la suite d’ailleurs des partis gaullistes qui l’avaient précédé.

Vous me direz que choisir d’avoir le mot de « République » dans le nom de son parti ne suffit pas pour faire de ce parti un mouvement authentiquement républicain, et vous aurez raison. Le RPR d’ailleurs abandonna bien vite l’idée de la République puisqu’il cautionna sa disparition ou sa mise en servitude dans l’Union européenne. Et le Parti socialiste, autre exemple, n’a plus rien de socialiste depuis une date antédiluvienne, à tel point que le Général lui-même, en faisait déjà le constat pour s’en plaindre quand il affirmait « ne pas aimer les socialistes parce qu’ils ne sont pas socialistes ! » Mais cela étant dit, les symboles ont une certaine utilité car quand ils ne sont pas foulés aux pieds, ils disent beaucoup.

Or vous avez choisi d’effacer le terme « République » du nom de votre parti. Vous auriez pu, si vous teniez absolument à ce que le mot de « France » apparaisse désormais dans le nom de votre parti, choisir par exemple « Debout la République française ». Les critiques auraient sans doute été bien moins nombreuses et les départs de militants beaucoup plus exceptionnels. Car la symbolique n’aurait pas été forcément mauvaise. Mais vous avez choisi de faire disparaître ce terme, pourtant si essentiel à ce que nous sommes, nous le peuple français : une République. Vous avez fait un calcul stratégique, politicien, mais c’est la plus grave erreur que vous ayez faite. Elle vous emportera, vous et votre nouveau parti. Car si la France sera sans doute, un jour prochain, gouvernée par une forme de CNR remis au goût du jour, ce ne sera pas sous la direction d’un parti de droite tel que le vôtre. Le CNR n’était pas à droite, même si le général de Gaulle, lui, était un homme de droite. Sauf qu’il sut s’extraire de sa condition pour rassembler le peuple jusqu’aux communistes. Le projet du CNR reposait, je ne vous l’apprendrai pas, sur une nature transpartisane et son essence était l’intérêt général du peuple, pas l’intérêt particulier de la droite ou de la gauche. Encore moins un fond de commerce réactionnaire et quasi raciste, ce que vous tendez à devenir, sinon dans la réalité, du moins dans la signification de certains de vos discours.

« Redevenir gaulliste » ainsi que je le disais ci-dessus, implique donc que vous reveniez à l’esprit et à la lettre du programme du CNR. Vous en étiez assez proche il y a quelques années mais vous vous en êtes éloigné en frayant avec le FN. A croire que ce parti néofasciste, raciste et xénophobe, peuplé d’égoïstes, de réactionnaires en tout genre et de personnages sordides (nervis, miliciens, jeunes et moins jeunes souvent décérébrés et déculturés, parfois incapables même de s’exprimer correctement et d’user de la raison dans leurs arguments mais addicts à la baston de ceux qu’ils n’aiment pas) vous a contaminé.

Et malgré ce discours aujourd’hui très hostile à votre encontre, je ne fus pas toujours un adversaire. Je vous ai suivi pendant des années, de loin certes, mais je m’intéressais à vous, à votre mouvement politique, à votre discours, à vos livres, et j’avais quelques relations avec certains des vôtres. Je pensais qu’un jour, le peuple se rassemblerait sur l’essentiel et que vous et votre parti, vous pourriez être de ce rassemblement, avec d’autres, dans la logique d’un nouveau CNR. Je ne voix plus cela possible aujourd’hui, prenant acte de votre cheminement personnel qui vous a attiré dans une case dont vous aurez le plus grand mal à sortir.

Vous comprendrez, au terme de cette lettre ouverte, que vous avez bien du chemin à faire pour revenir vers la République, son esprit, son essence et sa philosophie, avant qu’il soit possible d’envisager un chemin commun entre vous et nous.

Ce n’est pas du sectarisme de notre part mais la mise en oeuvre d’une exigence inflexible, celle que le rassemblement, s’il doit se faire un jour, se fasse sur des bases claires, républicaines, démocratiques, humanistes. Nous sommes de gauche alors nous portons l’exigence d’une République sociale. Mais une telle exigence n’est pas réservée à la Gauche. Bien des gens de droite et du centre ou de nulle part la font leur. La constitution elle-même dispose, en son article 1er que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Avec notre devise nationale, voilà qui constitue l’esprit de la République française, par delà les préférences partisanes des uns et des autres.

 Voyez-vous, je disais plus haut que vous ne deviez pas voir du sectarisme dans notre refus de répondre positivement à votre proposition de gouverner avec nous. En effet, nous ne faisons que constater qu’au regard de vos prises de position depuis des mois, nous ne saurions trouver un terrain d’entente.

Or, comme sous la Résistance, un certain nombre de militants du Front de Gauche, dont je suis, sont prêts à travailler sincèrement au rassemblement des Français, par delà les étiquettes, mais c’est à la condition que l’on s’entende sur un projet de progrès économique, social, républicain, démocratique, dans la droite ligne du CNR. Or ce n’est pas cela, ce n’est plus cela, que vous défendez vous-même aujourd’hui. Et si vous vous en rapprochez parfois sur certains aspects, vous vous en éloignez aussi beaucoup trop, à nos yeux, sur certains sujets, ceux-là mêmes qui vous ont fait précisément vous droitiser.

Un autre homme originaire de la droite, qui plus est ancien proche de Charles Pasqua, ce qui devrait le condamner définitivement et irrémédiablement à mes yeux, à savoir François Asselineau, est pourtant beaucoup plus fidèle que vous à l’esprit et à la lettre du CNR. En témoigne son projet présidentiel pour l’élection de 2012 qui, en adaptant formidablement bien cette œuvre à notre temps, lui reste fidèle. Vous devriez vous en inspirer car cela vous permettrait de « redevenir gaulliste » Cet homme, François Asselineau, me semble en effet bien plus sincèrement gaulliste que vous. Tant par tout ce qu’il dénonce que par l’ampleur des révolutions qu’il propose par rapport à ce que nous connaissons de notre système économique, social, financier, politique, diplomatique, culturel actuel.

Et puis, je vous invite également à vous intéresser à l’un des combats majeurs de notre époque, que François Asselineau, pour sa part, ignore complètement : l’indispensable bifurcation écologique dont, sauf erreur, jamais je ne vous ai entendu parler. Nous-mêmes l’appelons « écosocialisme ». Alors je veux bien admettre que ce terme-là ne soit pas le plus apte à vous séduire mais oubliez-le un instant car derrière ce mot – et c’est bien là l’essentiel – il y a toute une philosophie reposant sur la raison et sur la conscience des dangers pesant sur notre écosystème, et il y a tout un projet de révolution positive, un projet ambitieux pour notre pays, de nature à faire repartir son économie, son activité, un projet de nature à refaire de notre pays un exemple à suivre pour un « développement durable » diront les uns, les écologistes de droite, pour rendre possible le « bien vivre » préfèreront dire les autres, de la Gauche qui ne se renie pas, dont nous faisons partie. Voici un immense, un magnifique projet de société à cinquante ans au moins, de nature à faire de notre pays un phare pour le monde, et ça des gaullistes authentiques pourraient l’embrasser avec enthousiasme et le porter avec nous…

Monsieur Dupont-Aignan, puissent ces lignes vous inspirer.

Je vous prie d’agréer…

Réflexions à propos de la nouvelle alliance à gauche du PS qui s’esquisse et du rôle de J.-L. Mélenchon dans cet attelage

Une nouvelle « alliance » à gauche du PS semble s’esquisser, qui enthousiasme les uns et dégoûte les autres et Jean-Luc Mélenchon est manifestement à la barre…

Je m’étonne de voir ainsi JLM à la manoeuvre. Moi, je croyais naïvement, depuis sa décision de prendre de la hauteur en quittant la coprésidence du PG et en initiant le Mouvement pour la 6e République, qu’il avait saisi l’urgence absolue à changer de braquet, à cesser de se corrompre dans les habituels et détestables jeux politiciens, à s’évader de cette politique méprisable et méprisée qui satisfait appareils et apparatchiks mais fait fuir le peuple et l’incite à nous traiter comme ceux du système… Je croyais qu’il laisserait cela à d’autres et que lui chercherait plutôt à rassembler le peuple. N’est-ce pas, d’ailleurs, ce qu’il nous avait dit qu’il ferait ?

Or on le voit jouer, en permanence, sur les deux tableaux : un jour, il parle – et se comporte – en rassembleur du peuple et donne envie de le suivre et de l’aider, le lendemain, il redevient politicien madré qui se complaît dans les tractations de couloir qu’il fustigeait la veille…

Ce double jeu commence à se voir ! Et le résultat, c’est que bien qu’il nous ait donné des raisons solides de croire qu’il vaut mieux que tous les autres, bien qu’il ait conscience des dangers de l’heure et ait quelques très bonnes idées pour éviter le pire, pour « rallumer les lumières » et faire revenir « les jours heureux », son ambivalence ou sa schizophrénie risquent de détourner de lui non seulement le peuple, mais ses propres troupes.

J’ai le sentiment de moins en moins diffus que nous allons devoir gérer cette difficulté-là également. En fait, il y a des prises de conscience auxquelles nous allons devoir donner des suites…

Beaucoup nous mettaient en garde depuis longtemps. Mais nous refusions de leur donner du crédit. Beaucoup nous appelaient à cesser de remettre notre destin et notre avenir à un seul homme ou à une seule équipe mais à prendre le pouvoir sur nos vies et à faire irruption sur la scène politique. La démarche Podemos est de cet ordre. Il faut vraiment installer cet esprit dans nos consciences.

Ce que j’ai dit dans les lignes ci-dessus pose le problème majeur de notre organisation de la conquête du pouvoir : un homme dépassant certes de loin tous les autres mais un peuple éparpillé, défiant et courroucé, tenu loin des leviers de décision… alors que c’est lui le souverain et que ce n’est qu’avec lui qu’on fera la révolution citoyenne. Ce ne sera pas avec des « combinazione » à la mord-moi-le-noeud du genre de ce qui se trame… Lisez, sur ce point, le dernier billet de Daniel Fleury, daté du 23 janvier 2015… (Lien: http://anjourougeetcoquelicots.com/comment-ca-va-sur-la-terre/)

Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du Remue-Méninges édition 2014 du Parti de Gauche

Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du Remue-méninges du Parti de Gauche

Le 24 août 2014. Campus de Saint-Martin d’Hères (Grenoble)

JLM au RM 2014 par Thierry Montchartre

Photo prise par Thierry Monchatre au Remue-Méninges 2014. Merci à lui pour ce très beau cliché.

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Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du Remue-méninges du Parti de Gauche

Le 24 août 2014. Campus de Saint-Martin d’Hères (Grenoble)

Retranscription faite par Vincent Christophe LE ROUX (PG 44, Comité de St-Nazaire)

Mon cœur se tourne vers ceux des nôtres qui sont absents et, en particulier, Bruno Leprince, notre éditeur, notre ami et camarade qui, en venant ici, a perdu la vie.

L’esprit est toujours le plus fort. Et l’esprit se transmet. Et sa vision, qui porte loin, illumine les cœurs et les esprits en sorte que jamais, jamais, le fil que nous portons ne sera rompu dans l’Histoire. Et, en tout cas, par moi moins que par n’importe quel autre.

Non, je ne pars pas en retraite ! Je suis un être humain doté d’un cerveau sous ses cheveux. Et, avec ce cerveau, j’ai assez appris de la vie pour savoir que, parfois, à l’issue de la mêlée, il faut savoir prendre du recul.

J’ai pris du recul, quelle nouvelle ! Et on m’a déclaré en retraire et dépressif. Je ne le suis pas. Je n’en dirai rien car après tout, il y a déjà longtemps que j’ai pu mesurer à quel point l’industrie de l’information et [celle] du spectacle avaient fusionné profondément. Néanmoins je me permets, un peu ironiquement, de dire que j’ai été fort surpris de découvrir tant de pages consacrées à mon « blues » et à mes « états d’âme » alors que d’habitude je n’ai droit à rien quant à mes idées. Si l’on voulait se préoccuper davantage de mes idées et moins de ma personne, comme je serais content et comme vous-mêmes vous le seriez !

Et, enfin, [applaudissements] je ne peux m’empêcher de m’amuser d’apprendre, de l’aveu du rédacteur en chef du site internet du site d’Hexagones – auquel j’avais donné une interview d’une heure ; qui en avait tiré une bande-son et une bande écrite – que ceux qui ont commenté mes états d’âme… – vous savez que l’avantage du net est que l’on sait exactement qui a consulté et qui n’a pas consulté l’interview – n’est-il pas frappant que ceux qui m’ont commenté ne m’aient ni écouté, ni lu ?

Eh bien vous découvrez là une autre forme de pratique de l’information qui ne consiste pas à donner à connaître, mais à inventer. Pourquoi pas ! Moi, j’ai toujours été ami de la poésie ! [rires dans le public] Mais je voudrais qu’on aille à d’autres qu’à moi pour cet exercice. D’autant que je crois que nos idées – je ne veux pas dire impunément « mes » idées, ce sont les nôtres ! – ont fait leur chemin. Et le constat politique que nous avions fait, l’indication – oserais-je dire l’injonction – que nous faisions s’est trouvée entièrement vérifiée par les faits.

Les politiques d’austérité, que les scrogneugneu de toute l’Europe nous vendent comme un courage – qu’ils s’appliquent d’ailleurs rarement à eux-mêmes ! – sont en fait une obstination aveuglée dont le seul but est que les comptes des grands établissements bancaires du vieux continent restent en ordre et en équilibre. Et le reste, l’immense souffrance humaine qui s’accumule, les indiffère.

Je suis obligé de souligner que nous avons eu raison quand nous avons dit que ce n’est pas une politique que de faire des coupes budgétaires ; qu’en réduisant la présence de l’État dans la société, en désorganisant les administrations publiques par des coupes sauvages, en réduisant sans cesse la masse de liquidités mises en circulation par la consommation populaire, en réduisant les investissements qui résultent de l’incapacité qu’ont les collectivités locales à intervenir – puisque leurs budgets sont en régression – on ne fait rien d’autre que de creuser le déficit puisqu’on ralentit l’activité et, donc, on diminue la ressource fiscale, on augmente le chômage donc on diminue tout ce que le travail de chacun peut apporter de richesse à tous.

Eh bien, c’est ce pronostic – hélas, hélas, mille fois hélas – qui s’est vérifié. Et c’est cela qui, maintenant, conduit à cette situation inouïe – que je vais décrire dans un instant – qui est le paysage politique auquel vous êtes confrontés vous autres, citoyens dignes et humbles, qui vous donnez le mal de penser l’avenir de votre pays et voyez ces gesticulations sans signification qui se déroulent sur le devant de la scène politique.

Mais le peuple a été consulté. La société française a été assommée, mise à contribution d’une manière inouïe, comme jamais elle ne l’avait été. Un plan d’austérité qui, au total, transvase 90 milliards de l’économie réelle, des biens des Français, vers la petite caste, prétentieuse et arrogante, qui prétend savoir, mieux que tout le monde, comment l’économie de la patrie peut se développer et qui, au bout du compte, à peine six mois après qu’aient commencé les versements de l’État vers leurs poches, n’ont montré qu’une chose : l’investissement dans notre pays a reculé ; c’est-à-dire la projection vers le futur, les machines à changer… Rien n’a été fait ! Mais, cependant, ils ont augmenté la part qu’ils se sont versée, par les profits et la part de dividendes, de 30%. Quelle impudence scandaleuse ! Il faut qu’il y en ait qui portent haut et fort cette parole.

Regardez, Français, pendant que vous souffrez, pendant que vous vous acharnez au travail, regardez ! Eux se gavent, vous méprisent, vous ignorent. Et alors que vous avez fait un geste si puissant dans la direction de ceux dont on vous avait dit que votre avenir était dans leurs mains, eux ont saisi ce que vous avez donné pour le mettre dans leurs poches ! C’est une honte ! [applaudissements]

Le peuple a parlé. Deux élections ont eu lieu. Le peuple a parlé. Eh bien moi, je ne suis pas un homme politique comme les autres. Et vous n’êtes pas des citoyens comme les autres. Lorsqu’un tel désastre s’avance, je ne passe pas ma soirée à faire des commentaires sur la victoire que je serais sensé avoir remportée. Je pourrais, comme un petit boutiquier, avoir dit, le soir des élections municipales : « je suis heureux parce qu’à Grenoble, nous avons fait la démonstration que notre ligne était la bonne. » J’aurais pu dire, le soir des élections européennes : « Oui, j’ai eu un meilleur score, dans ma circonscription, que la fois d’avant. Oui, nous sommes la seule force de gauche qui n’a pas reculé en voix au milieu de toutes les autres. » Mais c’eut été indigne de penser le futur de cette façon. À partir de sa boutique, sa popote, son petit supermarché politique où l’on range les rayons d’une manière ou d’une autre pour les rendre plus affriolants aux consommateurs. Non, il fallait montrer ce que nous ressentions ! La peine, le chagrin, de voir la France, notre bien aimée, montrée de cette façon et présenter ce visage au monde.

60% d’abstention ! C’est-à-dire le peuple qui, massivement, fait une insurrection froide et, revenant peut-être à ce qui s’est passé, en l’an 400 avant notre ère, lorsque le peuple décide de ne plus participer à rien et se retire sur l’Aventin jusqu’à ce que les patriciens cèdent et finissent par lui reconnaître ce qui est le plus important, le pouvoir et, en particulier, le droit de veto sur les décisions que les puissants prenaient.

60% d’abstention ! Alors que sur tous les tons, des medias, parfois fort complaisants, avaient mis en scène la poussée de l’extrême droite, l’avaient annoncée et, pour ainsi dire encouragée, et même cajolée, le peuple français s’est dit : « puisque c’est comme ça, nous ne nous en mêlons pas. Débrouillez-vous ! » Si bien que le peuple, se mettant en grève civique, a laissé l’extrême droite s’installer en tête de la représentation politique de notre pays. Et devant un évènement d’une portée pareille, aucun faux semblant n’est acceptable. Il faut d’abord montrer, avec autant d’énergie qu’on le peut, qu’aucun d’entre nous n’acceptera que continue ce jeu glauque, pervers et dangereux pour la République, qui consiste à encourager l’extrême droite, à faciliter sa percée en rêvant d’un deuxième tour aux élections présidentielles où qui que ce soit qui se trouverait en face serait élu automatiquement, sans avoir besoin de rien dire ni de rien faire. Y’en a par-dessus la tête du vote utile et du chantage qui nous prend pour des animaux alors que nous sommes équipés d’un cerveau ! [applaudissements]

La leçon, il faut l’entendre ! On me dit : « Ah, vous autres, du Parti de Gauche, vous devez enfin comprendre qu’il faut rassembler la Gauche. » Je vais vous dire que si nous suivions ce conseil, nous aggraverions le mal. Pourquoi ?

Nous n’avons aucune intention de nous rassembler avec Manuel Valls et Monsieur Hollande ! [applaudissements] Ni aujourd’hui, ni demain ! [les applaudissements continuent] Ce n’est pas leur personne qui est en cause, c’est leur politique. Leur politique a déjà conduit à un désastre civique. Ce qui s’est passé aux élections européennes est d’une gravité exceptionnelle dont l’entière responsabilité revient au Président de la République et à Manuel Valls. Non seulement pour avoir mis en place cette politique qui ne mène nulle part, sinon à la souffrance, à la destruction des grandes et des petites choses, des petites choses qui font le bonheur de tous les jours : la possibilité de prévoir qu’on part en vacances et puis devoir constater qu’on ne peut pas partir en vacances ; prévoir l’année qui vient et, soudain, se voir fauché dans ses projets parce que le chômage est là.

Il l’est comme jamais ! Cinq millions de chômeurs ! Puisque vous savez qu’ils retirent ses statistiques ceux qui ont travaillé 72 heures dans un mois. Savez-vous, Mesdames, Messieurs les puissants ce que rapportent 72 heures au SMIC ? Croyez-vous que l’on puisse vivre de cela ? Croyez-vous que l’on puisse organisez sa vie de famille, élever ses enfants dans la dignité avec de tels moyens ? Eh bien, pourtant, des millions de nos compatriotes, aujourd’hui, s’efforcent de le faire avec si peu de moyens. Mais eux sont indifférents à tout cela. Si bien qu’ils ne peuvent rien comprendre à la colère du grand nombre. Non seulement cette politique irresponsable nous mène dans le mur mais cette manière inouïe de vous regarder dans les yeux pour vous dire : « eh bien dorénavant, ce sera comme auparavant ! » Et voilà pourquoi, quoi que vous votiez, ils s’en fichent !

Quel est le régime absurde qui rend possible une telle attitude, que même les monarques n’avaient pas sous l‘Ancien régime ? Et quand ils l’avaient, il leur en cuisait ! Eh bien, il va leur en cuire, c’est le souhait que je fais.

Mais les critiques que j’ai adressées, en votre nom, si souvent ont valu qu’on me jette tant de pierres, ou que l’on dénonce mon ton excessif, mes manières trop brutales, car, dans ce monde-là, voyez-vous, on doit parler à mi-voix, sans bouger trop les traits. Il ne faut pas être trop méditerranéen dans leur monde !

Et maintenant, voilà que la critique vient de l’intérieur, si bien que nous avons le paysage suivant. Le Président de la République s’est engagé sur un programme et il nous dit ouvertement qu’il n’en tiendra pas une ligne. Vous le sanctionnez, il vous dit qu’il a très bien reçu le message, la preuve, il va continuer ! [rires et applaudissements mêlés]. Et il en choisit un pire que l’autre ! Après quoi vous dîtes : « eh bien si c’est comme ça, nous nous en allons. » La majorité gouvernementale a explosé ; les Verts ont quitté le gouvernement ; quarante députés n’ont pas voté la confiance au Premier Ministre ; toute une série d’entre eux n’ont pas voté le budget. Et ainsi va la France, quarante députés nous refusent la confiance mais il ne se passe rien. Et ce sont des députés de la majorité. La moitié de la coalition fiche le camp et que se passe-t-il ? Rien ! Le chômage explose, que va-t-il faire ? Rien non plus ! C’est-à-dire la même chose qu’avant ! Il a donc divisé la Gauche, divisé sa majorité et voilà maintenant qu’il aura réussi à diviser son gouvernement !

Mme Duflot a-t-elle dit autre chose de l’intérieur que ce que nous disions de l’extérieur ? Mais c’est ici même, à Grenoble, voilà tantôt deux ans, que vous avez crié tous, en cadence, « pas de muselière et nous en sommes fiers ! »[1] Eh bien Madame Duflot a retiré sa muselière. Nous la félicitons ! [applaudissements]

Je ne voudrais surtout pas qu’on dise que je suis revenu à mes excès de langage puisque, paraît-il, dire la vérité est excessif. Je vais me contenter de dire, à propos de François Hollande, juste ce que disent ses amis ministres, actuels ou anciens. Voici ce que dit Cécile Duflot : « Il n’a su être le Président de personne. » En effet, on n’en est pas loin ! « Ce n’est pas une question de tempérament, c’est la conséquence d’une succession de choix souvent inattendus et, parfois » – elle est aimable – « incohérents entre eux ». Elle ajoute que « le récit de la lutte sans fin contre la dette est un discours d’affichage non suivi d’effet » – en effet, si vous réduisez la dépense publique et que vous coupez, forcément la dette augmente – « on devait tenir le 3% de déficits, on ne l’a pas fait et François Hollande passe son temps à fixer des objectifs qu’il ne peut pas tenir ». « L’effet » dit-elle – elle, pas nous qui sommes plus modérés – « est dévastateur ! » [rires dans le public]

Là-dessus, voici maintenant deux ministres, et non des moindres, qui vont se réunir cet après-midi pour tailler en pièces la politique du gouvernement auquel ils participent [rires dans le public], notamment le ministre de l’économie qui a dit : « Aujourd’hui, la réduction à marche forcée des déficits est une aberration économique. » Vous voyez ? Ce n’est pas moi qui parle, ce serait excessif ! Là, c’est modéré. [rires dans le public] « Car elle aggrave le chômage [applaudissements] ; une absurdité financière, une absurdité financière car elle rend impossible le rétablissement des comptes publics et un sinistre politique car elle jette les Européens dans les bras des partis extrémistes. » Par conséquent, il accuse la politique du Premier ministre du gouvernement dont il est membre d’aggraver le chômage, d’être une absurdité financière, de rendre impossible le redressement des comptes publics, de jeter les Français dans les bras des extrémistes et il qualifie la politique du Président de la République de sinistre politique. Mais qu’est-ce que vous voulez que j’ajoute à ça moi ? [rires dans le public]

Et même, triomphe total que je savoure avec gourmandise, le quotidien du Parti Socialiste, Libération, et son hebdomadaire, Le Nouvel Observateur, qui, après m’avoir couvert d’opprobre, se convertit enfin à son métier, c’est-à-dire observer les faits et en rendre compte, si bien que voici Monsieur Joffrin qui est le pape du socialisme modéré et l’organisateur du bal, voilà ce qu’il dit cet homme : « Une saine colère populaire sanctionnera un jour la politique aberrante » [Mélenchon : aaaah ! ] « imposée depuis bientôt sept ans » [Mélenchon : mais que ne l’avez-vous dit plus tôt ?] « par la classe dirigeante européenne. Sept ans d’austérité, sept ans de malheur ! ». Et attention, maintenant c’est du pur mélenchonisme, c’est dire la violence de la conversion ! [rires dans le public]. Moi, je ne parle plus comme ça, je trouve ça trop… vous allez voir ! Il dit, Laurent Joffrin, « par dogmatisme, par avidité, l’oligarchie continentale a passé outre, jugeant que les intérêts de la finance, c’est-à-dire les siens, devaient l’emporter sur ceux du peuple. » [applaudissements]

Alors vous voyez qu’il n’est pas vrai que le Parti de Gauche est hostile aux journalistes, nous les acclamons ! [rires et applaudissements mêlés]

Ah mes amis, vous voyez ? Pourquoi j’ai commencé par dire à quel point nous avons besoin d’éducation, d’élever le niveau de confiance et d’abord le nôtre même ! Il faut avoir les nerfs, la patience mais jamais renoncer au travail intellectuel qui nous permet de voir juste dans la confusion des faits car l’heure vient toujours où la lumière est plus forte que l’ombre, où l’idée avance, passant d’un cerveau à l’autre, jusqu’au plus réticent, comme vous le voyez ! [rires dans le public] pour ne rien dire de ceux qui, n’ayant jamais eu de cerveau, n’ont pas changé d’avis ! [rires et applaudissements mêlés].

Je le dis parce que tel n’est pas notre cas. On me dit « Rassembler la Gauche », j’ai répondu « Je ne crois pas que ce soit la bonne idée ». Alors que faut-il faire ? Car si nous ne faisons rien, si nous nous contentons de faire notre petite soupe et que nous allons d’un colloque à l’autre parmi ceux qui pensent un peu comme nous, qui ne votent pas comme nous dans les assemblées mais quand même, et celui-ci et celle-là, si sympathique – c’est vrai ! – que faisons-nous ? Rien ! Absolument rien. Nous étalons le spectacle de l’impuissance et de l’incapacité à penser le futur. Nous étalons le spectacle de gens qui ne sont bons qu’à parler. La question ce n’est pas de parler, c’est d’agir ! Et si on parle, il faut que la parole soit une action. Et c’est ce que j’essaie de faire en ce moment en m’adressant à vous et à ceux qui nous écoutent.

Mon discours n’est pas celui d’un homme qui se met à la retraite ni qui est déprimé. C’est un appel au combat ! Peuple français, il faut te mêler de cette affaire ! Il faut te mêler de cette affaire ! Car sinon, que va-t-il se passer ? Alors évidemment parmi vous, il y a tant de naïfs ! Comme je m’inquiète ! Il pourrait se passer quelque chose de surprenant ! Que François Hollande tienne une de ses promesses ! [rires dans le public] Évènement qui serait d’une portée considérable ! Ou ou ou ou qu’il respecte sa propre pensée ! Je ne veux pas lui suggérer mais juste lui rappeler qu’en 2006, dans son livre « Devoir de vérité »… « Devoir de vérité »… écrit avec Edwy Plenel, voici ce qu’il disait : « Je préconise un exercice de vérification démocratique au milieu de la législature. [dans le public on entend des applaudissements mais aussi des « hein hein » ou des « excellent ! »] Si, d’aventure, à l’occasion de cette vérification, une crise profonde se produisait où des élections interviendraient contredisant l’élection présidentielle, nous en tirerions toutes les conséquences en quittant la présidence. » [applaudissements nourris dans le public].

Bon, compte tenu de ce que nous savons, il est vraisemblable que l’on va titrer partout que j’appelle à la démission de François Hollande. Mais vous, qui êtes plus subtils, vous avez entendu que je vous ai rappelé que FRANÇOIS HOLLANDE envisageait la démission du titulaire de la fonction, pas moi !

Mais, allons au bout de cette affaire. Si nous disions que notre projet est de rassembler la Gauche, ce serait une formule creuse qui ferait plaisir à cette génération qui a connu les efforts pour la rassembler, mais c’était sur une ligne de rupture. Et ce n’est pas moi qui vais vous dire qu’il ne faut rassembler personne. Enfin quand même ! Nous en avons rassemblé quatre millions dans une élection et puis surtout nous avons rassemblé la plus grande partie de l’autre Gauche, je dis « la plus grande partie » dans le respect de ceux qui n‘ont pas voulu mais qui voudront peut-être la prochaine fois se joindre à nos efforts. Par conséquent, ce n’est pas nous qui allons défaire le Front de Gauche. Mes ami-e-s, c’est nous qui l’avons créé ! C’est notre œuvre ! Je vous rappelle qu’il a fallu du temps pour que l’idée du Front de Gauche avance assez pour être acceptée. Mais ce n’était pas le cas au début. Je vous rappelle qu’on faisait semblant. Vous le savez bien vous autres. Le Front de Gauche, c’est une réalité, c’est un point d’appui. Pour des milliers de gens, c’est l’unique bien commun qu’ils ont, ils n’appartiennent à aucun parti. Ils ne sont ni au Parti Communiste ni au Parti de Gauche. Ils ne sont dans aucun parti. Pour eux, le seul repère, c’est le Front de Gauche ! Ils se disent Front de Gauche. Ils vont voter Front de Gauche. Ils ont des drapeaux Front de Gauche. C’est leur espoir. On ne va pas aller leur dire « tout cela est fini ». Non ! Il y a une discussion. Il faut être grand garçon, grande fille. Il faut accepter qu’il y ait des discussions. Il ne faut pas faire que chaque fois qu’on a une discussion sérieuse, on dise « c’est une bisbille », « c’est une querelle de chefs », mais chef de quoi ? Ou c’est une lutte pour les places. Quelles places ? Jusqu’à la victoire, il n’y aura que des coups à prendre ! Je préviens tout le monde. Par conséquent ceux qui se seraient trompés et seraient venus pour des places se sont trompés de porte. Y’a que des coups à prendre ! C’est la lutte ! Y’a pas de lutte de places. A plus forte raison dans notre petit parti. Ce n’est pas ça le sujet ! Respectez la dignité d’un débat politique. Nous sommes dans une situation dangereuse. Il est important de discuter avec sérieux, jusqu’au bout, des questions de la stratégie. Nous avons eu cette discussion aux élections municipales. Ce n’est pas se complaire dans la dispute mais essayer d’en tirer l’enseignement.

Mes ami-e-s, le problème qui nous est posé N’EST PAS de rassembler la Gauche, c’est de fédérer le peuple ! [applaudissements] car le peuple, à l’heure actuelle, à l’heure actuelle, le peuple se désintéresse de la Gauche et de la Droite. Ce que vous entendez tous les jours, autour de vous, qui vous fait saigner le cœur, c’est quand on vous dit : « la Gauche et la Droite c’est pareil ! » Parce que vous, vous savez ce qu’il nous en a coûté d’être de Gauche, fidèles à nos valeurs, dans nos communes, dans nos entreprises. Et cette ignominie qui consiste à être assimilés à François Hollande, c’est à lui que nous la devons. Non ! Nous continuons à être les héritiers de cette tradition. Nous sommes les héritiers de la Gauche. Nous n’en sommes pas les gestionnaires.

Et maintenant, il s’agit de projeter l’ambition à un autre niveau en sachant par où commencer. Si nous ne faisons rien, en 2017, prochaine élection présidentielle si François Hollande ne s’en va pas avant, comme il avait imaginé de le faire dès 2006, s’il ne s’en va pas avant, il y aura une élection. Alors ça suffit l’hypocrisie qui consiste à dire « je ne m’occupe pas des élections ». Eh bien en démocratie, on doit s’occuper des élections. Et c’est un devoir de penser à ce qui va se passer. Parce que le cycle de cinq ans est très court. Il faut penser à ce que l’on va faire. Parce que, dîtes, ça va déjà être assez pénible de supporter ça encore deux ans et demi, avec des gens qui se battent comme s’ils étaient seuls au monde pour allonger l’âge de départ à la retraite – alors Nicolas Sarkozy avait dit 62 ans, François Hollande met ça à 66 ans, arrivent M. Fillon, M. Juppé, tous les autres de l’UMP, alors ceux-là ils ont trouvé, encore plus loin, 65 ans [il y a ici manifestement une erreur car l’affirmation est incohérente] ; et quelles idées ils ont à proposer à la France ? Encore plus de coupes budgétaires, c’est-à-dire la même chose, parce qu’ils font entre eux une sorte d’escalade pour savoir lequel va être le plus scrogneugneu, le plus coupeur de budgets, le plus coupeur d’avantages sociaux. Que va-t-il se passer ? Alors il pourrait se passer ce qui s’est passé aux Européennes c’est-à-dire que ne voyant rien venir qui puisse changer le cours de la vie, une masse immense du peuple dise « nous nous en désintéressons ». C’est pourquoi je dis notre projet n’est PAS de rassembler notre famille politique mais de fédérer le grand nombre. Comment pouvons-nous faire ? Par quel bout commencer ?

Eh bien le bout le plus important est celui qui consiste à dire « Prenez le pouvoir ». On ne peut régler aucun des problèmes de notre temps sans la participation populaire de masse. Le régime de la monarchie présidentielle ne peut plus durer. C’est une aberration qui écarte de la scène politique des millions de personnes. Il faut reprendre le pouvoir pour décider de ce qu’on fait de notre vie. Pour décider, nous-mêmes, si, oui ou non, on décide de supprimer les communes, les départements, l’essentiel des régions qu’on connaît aujourd’hui, pour décider quels sont les droits qui sont reconnus au peuple. C’est le moment de le faire ! Est-ce que nous sommes vraiment tous égaux ? Est-ce que nous avons un devoir de solidarité ou est-ce que nous décidons que la règle de vie, c’est chacun pour soi comme l’impose le régime néo-libéral ? Eh bien les Français pourraient décider que c’est chacun pour soi mais que du moins on puisse avoir cette discussion et qu’on puisse trancher. Pour ça, il faut changer la règle du jeu. Il faut changer la règle du jeu c’est-à-dire la constitution.

Qu’on ne vienne pas me dire que c’est une question trop technique. Vous avez vu, on me reproche d’être trop intellectuel pour le peuple ! Parce que ceux qui parlent méprisent tellement les gens les prennent pour des buses. Ils pensent que les Français ne comprennent pas les grands sujets. C’est le peuple le plus politique du monde que le peuple français ! Il comprend tout, tout ! Y’a aucun sujet hors de sa portée. [applaudissements]

Il faut changer la règle du jeu. C’est le plus grand commun dénominateur que nous pouvons avoir avec TOUS les Français, TOUTES les Françaises, quelle que soit leur opinion. De leur dire, maintenant le moment est venu de faire nous-mêmes, ce qui a été fait sans cesse sans nous. La constitution de la 5e République, qui n’a plus de 5e République que le nom, a été changée vingt fois, vingt-et-une même je crois, dont les dix-huit dernières fois sans l’avis du peuple français. Ça suffit ces méthodes-là ! Il est temps d’en passer à une autre étape où le peuple, se saisissant de lui-même pour se définir, dire quels sont ses droits, quelle est l’organisation des pouvoirs publics, devient le maître et le souverain dans sa propre patrie.

Voilà pourquoi nous avons changé notre dispositif. Non parce que je serais déprimé. Ni parce que Martine Billard en aurait marre de la tâche qu’elle accomplissait avec tant de brio. Mais parce qu’il faut adapter sans cesse la forme de l’organisation à la forme du combat politique. Nous ne gérons pas une bureaucratie. Le Parti de Gauche est un instrument de combat et rien d’autre ! Et ni elle, ni moi n’avons de plans de carrière. C’est fait. Merci ! Donc, ce n’est pas le sujet pour nous. Le sujet, c’est sortir de la nasse. Pas nous personnellement, sortir le pays de la nasse.

La France doit mettre sa puissance, celle de son peuple éduqué, celle de ses moyens matériels gigantesques, au service des grands défis qui accablent la civilisation humaine. Ça va mal tourner si on laisse faire ! Ça va mal tourner en Europe, parce que le risque de la guerre généralisée existe du fait de l’irresponsabilité de la politique agressive des États-Unis d’Amérique qui ont étendu l’OTAN et son armada jusqu’aux frontières de la Russie et s’étonne que celle-ci ne se laisse pas faire, provoquant une escalade que l’on n’avait pas connue du temps où c’était l’Union soviétique et qu’on est en train de connaître aujourd’hui depuis que, paraît-il, c’est le paradis démocratique en Russie. Faut-il être stupide pour aller soutenir un gouvernement dans lequel il y a des néonazis ? C’est une aberration ! Ce n’est pas la politique de la France de faire ça ! La politique de la France, c’est de s’avancer sur la scène, de parler aux Russes et de leur dire : « Bien, quelles sont les conditions auxquelles vous seriez prêts à souscrire du moment que votre sécurité serait garantie pour que les peuples qui se trouvent dans cette région du monde, eux aussi, aient le droit à s’autodéterminer ? » C’est une discussion où l’on met la vérité sur la table. Quelle autre méthode que celle du dialogue ? La force et la violence. Nous sommes pour le dialogue. Contre la guerre. Contre la violence. Contre les néonazis dans les gouvernements, de même qu’on est contre les gouvernements qui envahissent leurs voisins.

Eh bien, où est passée la « Communauté internationale » pendant ce temps ? Où est-elle passée pendant qu’était martyrisée la population de Gaza ? [applaudissements] Je veux dire mes félicitations, je veux dire mes félicitations, à la jeunesse de ma patrie qui a su se mobiliser en défense des malheureux victimes de crimes de guerre à Gaza. Ils l’ont fait avec une discipline parfaite alors que, de tous côtés, on les poussait aux excès. Ils ont su se tenir dignes et incarner, mieux que personne, les valeurs fondatrices de la République française. Ces valeurs sont que nous sommes toujours du côté du faible et de l’humilié parce que nos valeurs sont Liberté-Égalité-Fraternité, pas la paix aux uns, la guerre aux autres [applaudissements]. Nous ne croyons pas aux peuples supérieurs aux autres. Nous croyons que les droits de tous les êtres humains sont égaux. Ceux qui ont incarné la France républicaine, c’est ceux qui défendaient, en mémoire du passé où déjà nous avons vu de petites communautés humaines être massacrées du seul fait de leur appartenance à une communauté, en fidélité à ces combats du passé, en souvenir des meurtres de masse qui ont été commis dans le passé, en fidélité, nous nous sommes portés aux avant-postes, oui, du soutien à cette malheureuse population et nous avons dénoncé les crimes commis contre elle. Et nous avons le cœur soulevé de voir des écoles bombardées, des hôpitaux détruits, des ports, des aéroports et tous les moyens qui permettraient à cette population de se redéployer vers le futur. Oui, nous le dénonçons ! Oui, nous le dénonçons ! Nous n’avons peur de personne. N’essayez pas de nous faire baisser les yeux ! Peine perdue !

Si nous avons quelque chose à dénoncer, c’est ceux de nos compatriotes qui ont cru bien inspiré d’aller manifester devant l’ambassade d’un pays étranger ou d’aller servir sous ses couleurs, les armes à la main. Si nous avons quelque chose à dénoncer, c’est cela. La France a un devoir de militer pour la paix. Elle doit s’engager de toute sa force pour la paix. Et non pas voter des blancs-seings à la violence et à la brutalité ! Nous ne baisserons pas les yeux.

Je voudrais dire au CRIF que ça commence à bien faire les balayages avec le rayon paralysant qui consiste à traiter tout le monde d’antisémite dès qu’on a l’audace de critiquer l’action d’un gouvernement. Il n’y aurait donc qu’un seul et unique gouvernement au monde. Qu’il soit de gauche ou d’extrême droite, aucun d’entre nous n’aurait le droit de le critiquer sans être aussitôt accusé de racisme. C’est insupportable ! Nous en avons assez ! Je veux vous le dire. J’en ai assez de voir que vous m‘accusiez d’antisémitisme. J’en ai assez de voir que vous écrivez dans vos documents que le Parti de Gauche aurait manifesté sa « haine de l’Occident » – s’il vous plaît ! –, « des Juifs » – incroyable ! – Mais vous savez qui est là ? Vous savez qui parle à cette tribune ? – et enfin, pour terminer, « de la République ». Non ! La République, c’est le contraire des communautés agressives qui font la leçon au reste du pays. La patrie est à égalité à tous ses membres, tous ses enfants. Nous ne permettrons pas, nous ne permettrons pas, qu’à la faveur de quelques excès de quelques énergumènes, tous les musulmans de France soient montrés du doigt. De la même manière que nous n’avons jamais permis que l’on montre du doigt les juifs, les catholiques, les protestants et, surtout, la masse de ceux qui n’ont aucune religion et demandent aux autres de bien vouloir leur ficher la paix à un moment ! [applaudissements]

Pourquoi la France doit-elle se ressaisir ? Parce que, je viens de le dire, on voit que la puissance dominante – les États-Unis d’Amérique qui ont des raisons très profondes de craindre le futur – c’est-à-dire le moment où le dollar cesserait d’être la monnaie de réserve universelle et que viendrait à se percer, d’un seul coup, la bulle de ces milliards de milliards de milliards de dollars qui circulent et qui servent aux transactions internationales. C’est de ça dont ils ont peur ! Et c’est pourquoi ils préfèreraient la guerre généralisée à une paix qui viendrait à mettre en cause leur hégémonie et leur empire. Le dire, ce n’est pas être belliqueux avec les belliqueux, contre les belliqueux. C’est dire la vérité de ce qui est en cours. Les États-Unis d’Amérique sont préoccupés d’avoir vu surgir, dans la zone où se produit le 25% de la richesse du monde – l’Europe – une monnaie commune qui pouvait contrebattre sa puissance. Ils en étaient là, cherchant à affaiblir l’économie européenne de toutes les manières possibles. Et ils y sont parvenus. Y compris avec cette politique stupide de sanctions économiques contre la Russie dont les premières victimes sont les pays européens. Et ils pensaient, par ce moyen de la pression, intimider ces puissances émergentes que l’on voit dans le monde.

Eh bien, cet été, il s’est produit un grand évènement, un très grand évènement passé inaperçu. Les pays que l’on nomme BRICS – c’est-à-dire le Brésil, l’Inde, la Russie, la Chine et l’Afrique du Sud – qui représentent presque 50% du total de l’humanité, et 28% de la richesse totale du monde – mais la richesse réelle, car dans la richesse on compte les maniements de monnaie qui n’ont aucune contrepartie matérielle – qui produisent donc bien plus, si l’on regarde ce que les êtres humains consomment et utilisent, eh bien ces cinq pays ont décidé de constituer l’équivalent du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale. Si bien que ce jour-là, à Fortaleza, au Brésil, les États-Unis viennent de perdre, pour la deuxième fois, un de ses instruments les plus puissants qu’est [l’ensemble] FMI et Banque mondiale. C’est pourquoi le monde est en danger. Comment la grande puissance va-t-elle réagir ? Et nous, nous devons, plus que jamais, être la France qui porte une parole de paix, d’égalité. Une nouvelle alliance mondiale, altermondialiste – c’est-à-dire pour un autre ordre du monde – qui permette à notre pays de faire valoir ce qu’il est vraiment, c’est-à-dire présent sur les cinq continents, ou, en tout cas, dans les mers qui servent les cinq continents, notre pays qui a sa plus longue frontière commune avec le Brésil, et qui, de toutes les façons possibles, partage avec les BRICS davantage qu’avec les États-Unis d’Amérique, notamment la passion du futur, le goût de régler les problèmes du quotidien, et ainsi de suite. Mais par-dessus tout, l’idée de l’égalité.

Voilà ce que la France devrait être en train de faire à cette heure ! Une France indépendante, une France souveraine, une France qui n’est pas à la remorque des États-Unis d’Amérique, où l’on ne voit pas son monarque qui décide tout seul, un mois après avoir été élu, d’aller signer, à Chicago, un texte inepte où il donne à l’OTAN le système de la dissuasion nucléaire française et la démantèle ! Mes ami-e-s et camarades, vous pensez ce que vous voulez de la dissuasion, mais la chose la plus incroyable n’est-elle pas que le Président de la République, en signant l’accord pour qu’il y ait des batteries anti-missiles en Europe, décide que dorénavant les Français accepteraient des agressions partielles sans que la réplique soit totale. Mes ami-e-s, c’est la fin de la dissuasion ! On n’en a pas parlé une seconde dans ce pays, c’est incroyable !

Mais, par-dessus tout, il faut que j’aille à ce qui est le plus important, le plus fondamental, notre responsabilité d’êtres humains, notre responsabilité d’êtres humains. Maintenant, nous comprenons tragiquement que nous sommes tous semblables puisque nous dépendons tous du même écosystème, le seul qui permette notre vie. Ainsi, l’intuition des biens communs du communisme, du socialisme qui dit que c’est avec les autres qu’on se débrouille, du républicanisme qui dit que c’est tous ensemble qu’il faut penser ce qui est bon pour tous, est confirmé. Mais il ne faudrait pas que ce soit confirmé juste avant le désastre total !

Mes ami-e-s, cette année – ça tombe toujours au mois d’août maintenant ! – depuis le 19 août, date d’heureuse mémoire [anniversaire de JLM], il se trouve que notre terre est entrée en dette écologique. C’est-à-dire que dorénavant, nous consommons et nous jetons plus que ce que la planète peut recycler et reproduire. C’est une tragédie ! L’arrivée du jour du remplacement est de plus en plus éloignée dans l’année. Dans les années 70, c’était à la mi-décembre. Maintenant, nous en sommes à la mi-août ! Et la conséquence, vous la voyez ! Ce productivisme effréné a une conséquence sur le dérèglement du climat.

Savez-vous que, cet été, s’est tenu un congrès de météorologistes et que ceux-ci nous disent, de la manière la plus claire qui est : « dorénavant le changement climatique est commencé ! ». Ce n’est pas une menace, quelque chose qui pourrait se produire. Non, c’est quelque chose qui est commencé ! Et les effets du changement climatique ne sont pas proportionnels au niveau du réchauffement. C’est-à-dire que les conséquences sont mille fois plus étendues que le degré de réchauffement. Chaque fois que l’atmosphère se réchauffe d’un degré, l’évaporation progresse de sept points. Cela signifie que le mouvement de l’eau vers l’air, puis de l’eau dans l’air vers l’eau, s’accélère. Et ce cycle s’accélère, provoquant des phénomènes climatiques extrêmes. Ah ! Ceux qui disent « Après nous, le déluge ! » ne croient pas si bien dire ! Il va beaucoup pleuvoir, lamentablement au même endroit, tandis que d’autres n’en verront plus la couleur. Nous sommes entrés dans ce cycle. Eh bien, dans ce cycle, il faut que l’on ouvre une issue. En 2015, il y aura un sommet sur le climat en France. Françaises, Français, je vous appelle à vous impliquer dans les débats que les partis, les associations, les organisations vont lancer, pour que vous preniez pleinement conscience de ce qui est en train de se faire. Nous ne pouvons pas agir si tout le monde ne comprend pas bien ce qui est en cause [applaudissements]. Souvent, les gens ne comprennent pas de quoi il est question et pourquoi les évènements pourraient être extrêmes.

Voyez-vous, cette réunion des météorologues dit : « Autrefois, les marins croisaient, de manière exceptionnelle, des vagues de vingt mètres. Aujourd’hui les marins croisent, d’une manière moins exceptionnelle, des vagues de quarante mètres. »

Mes chers ami-e-s, des vagues, il y en a toujours eu. Des tremblements de terre, il y en a toujours eu. Des tsunamis, il y en a toujours eu. Mais, autrefois, les vagues du tsunami passaient sur des cabanes de pêcheurs. Dorénavant, elles passent sur des centrales nucléaires. 75% de la population habite à moins de 100 km d’une côte. Si la mer monte d’1,40 mètre comme on le prévoit d’ici la fin du siècle dans les évaluations optimistes, optimistes, cela signifie que 200 millions de personnes vont devoir se déplacer, sans oublier les installations qui vont avec. Voilà le défi qui est lancé à toute l’humanité. Et c’est là que vous voyez la classe dirigeante irresponsable que nous avons. À l’échelle du monde comme à l’échelle du pays. À l’échelle du monde, que font-ils ? Rien. Piller. Vous savez quoi ? Il y en a qui ont trouvé une bonne idée. Peut-être qu’en entendant mon discours, ils vont dire « Ah, tiens ! C’est pas mal ce que dit Mélenchon. On va acheter des actions dans les sociétés de parapluie. » [rires dans le public]. D’autres diront : « Mmmhhh, si on vendait des bouées de sauvetage, ça serait pas mal ! ». Eh bien, ce que je vais vous dire, c’est presque aussi ridicule. L’élévation du niveau de la mer augmente la pression sur les fonds marins. Cela provoque la remontée de la glace qui s’y trouve et qui contient, en quantité extrêmement importante, des gaz à effet de serre, du méthane. Les glaçons remontent, ils flottent et ensuite ils fondent. Et le méthane part dans l’effet de serre. Eh bien, il y en a qui ont dit : « y’a du méthane ? On va le ramasser pour le vendre. » Voilà ce qu’ils ont décidé. Et en Europe, qu’a-t-on décidé ? De tout reporter à 2030. Le reste ? Cosmétique.

Et on a inventé les droits à polluer. C’est-à-dire un trafic, un commerce, qui engendre toutes sortes de spéculations, qui consiste à vendre le droit de polluer. Et si on pollue moins on a donc des droits qu’on peut vendre à d’autres pour qu’ils polluent plus. Et ainsi de suite. Irresponsabilité des classes dirigeantes.

C’est pourquoi le coup de balai dont nous avons parlé doit être aaaaaample, laaaarge, profoooooond. Tous dehors ! Chassez-les tous ! Ils sont bons à rien. Ils ont mené l’économie à la catastrophe, la planète au désastre. Et regardez-les ! À peine leur donne-t-on quelque chose qu’ils se le prennent pour eux. Leur cupidité est sans fin, je vous l’ai dit tout à l’heure. Quand, vous, vous tirez la langue parce que vos salaires diminuent, eux ont augmenté de 30% le leur ! Vous savez, ceux qui vous disent sans arrêt : « regardez vous ne travaillez pas assez ! » – si, si, record du monde pour ce qui est du travail – «  il faut travailler plus longtemps » – ah bon ? Vous voulez qu’on ait la productivité de la Grèce ? Eh ben, donnez-nous le rythme de vie qu’ils avaient ! Tout était renversé. Combien de fois nous a-t-on parlé de ces travailleurs allemands si sérieux tandis que nous ne faisons rien ! C’est bien connu hein ? Combien de fois a-t-on comparé la France pour la traîner dans la boue, la montrer du doigt ? Toujours la France « à la traîne ». La France « lanterne rouge ». La France « dernier wagon ». Toujours des mots méprisants pour le pays. Pourquoi ils font ça ? Pour vous briser les reins. Pour que vous doutiez de vous. Pour que vous vous disiez : « Eh bien on ne peut rien faire, on est déjà si mal ! » Non ! Ce n’est pas vrai. Mais EUX, ils se gavent plus que les autres. Le patronat du CAC40 s’est gavé plus que celui d’Allemagne et d’Angleterre. Alors, nous commençons à nous dire, nous autres, Français, puisque vous trouvez toujours des ouvriers qui coûtent moins cher, nous allons commencer à essayer de trouver des patrons qui nous coûtent moins cher. [applaudissements]

C’est trop ! C’est irresponsable ! Pourquoi ? Parce que cette masse d’argent qui est donnée à quelques-uns, qui en font des usages souvent tout à fait déraisonnables, comme de le placer dans des objets financiers tellement compliqués qu’eux-mêmes ne savent plus ce qu’il y a dedans, cette masse considérable de richesses qui est le résultat du travail de tant de monde, elle devrait pouvoir être affectée aux investissements pour changer le modèle de production.

Mes ami-e-s, pour faire la planification écologique, c’est-à-dire pour réorganiser la production et l’échange, dans des conditions telles que la date de la dette écologique puisse être retardée dans l’année progressivement jusqu’au moment où nous respecterons la capacité de la planète à se reconstituer, il faut des investissements considérables. Et il faut donc choisir où va l’argent. Ou bien dans la poche de quelques-uns, ou bien dans le bien commun. Chaque fois qu’on investira, ce sera du travail, de l’invention, de l’imagination et nous pourrons, de cette façon-là, concilier la relance de l’activité sans sombrer dans le productivisme. C’est-à-dire faire exactement le contraire de ce que fait François Hollande qui donne quarante milliards à des gens qui n’en ont pas besoin en leur disant « produisez n’importe quoi, n’importe comment, n’importe où, du moment que ce n’est pas cher et que, grâce à la publicité, vous aurez créé des besoins bidon ». C’est ça le productivisme ! [applaudissements]

Et nous, c’est le contraire. Nous nous adressons aux jeunes qui ont envie de mettre leur immense imagination au service du pays. Et à tous les autres ! Ingénieurs, techniciens, tous ces gens avec qui nous pourrons dire, si le peuple le décide, et notamment s’il décide de l’inscrire dans sa nouvelle constitution, que la règle verte est dorénavant la règle des Français.

La règle verte, c’est : « on ne produit plus rien, on ne fait plus rien qui ne soit, en même temps, un acte par lequel nous permettons à la nature de reconstituer ce qu’on lui aura pris. » Les techniciens de notre pays sont capables d’inventer les machines et les process de production qui permettent de tenir cet objectif. Ils ont relevé TOUS les défis techniques. Par conséquent, c’est à leur imagination que nous nous adressons. Et quand nous dénonçons le patronat cupide et incapable du CAC40 qui a amené le pays dans l’état où il est, nous ne le confondons PAS avec ces milliers de gens à qui on a dit, parce qu’ils étaient auto-entrepreneurs – c’est-à-dire auto-esclaves – qu’ils seraient des patrons. Nous ne les confondons pas avec ces équipes d’artisans ou de petites entreprises. Nous savons très bien que ce n’est pas la même chose. Mais comme d’habitude, comme dans le monde paysan, les gros sa cachent derrière les petits. Et c’est d’ailleurs souvent comme ça dans la vie !

C’est pourquoi le discours que je suis en train de faire vous permet de voir comment, si nous changions la règle du jeu en changeant la constitution, plus personne n’aurait ce droit magique de n’en faire qu’à sa tête pendant cinq ans, en méprisant tout le monde, y compris sa propre majorité.

Deuxièmement, que si, par hasard, celui ou elle que vous auriez désigné-e à telle ou telle fonction, se croyait autorisé-e à faire ce qui lui passe par la tête, vous pourriez le sanctionnant en faisant, comme c’est le cas au Venezuela, comme c’est le cas dans plusieurs pays d’Amérique Latine, des référendums révocatoires [applaudissements]. C’est-à-dire qu’au lieu d’attendre de savoir si François Hollande estime qu’il a été suffisamment démenti par les votes populaires, eh bien vous en auriez l’initiative. Mais ça vaudrait aussi pour le maire, ça vaudrait aussi pour le député, ça vaudrait aussi pour les sénateurs. Ça vaudrait pour tout le monde !

Pour tout pouvoir qui vient du peuple, il faut concilier la stabilité des institutions – il faut qu’il y en ait car la démocratie, c’est de l’organisation du débat, ce n’est pas l’assemblée générale permanente, c’est une organisation qui doit déboucher sur la mise en œuvre des décisions – mais en même temps il faut que la capacité d’intervention révolutionnaire du peuple soit à tout moment préservée. Le référendum révocatoire, c’est dire quand un tant de % – je ne sais pas %, 3%, 10% – des électeurs inscrits le demandent en marquant leur nom et leur numéro d’électeur, eh bien un référendum révocatoire est convoqué et on décide si celui ou celle à qui la demande est adressée doit garder sa fonction ou pas.

Voilà UNE idée – parmi combien d’autres ! – mais qui montre qu’on peut parfaitement concilier, d’une manière responsable et sérieuse, l’initiative populaire et la stabilité des institutions.

De la même manière, il faut dire, dans l’entreprise, pourquoi certains ont tous les droits et d’autres aucun. Pourquoi Alsthom peut être dépecé et vendu, Alcatel quasiment mis dans la main de Goldman Sachs, et combien d’autres entreprises qui mettent en cause l’indépendance technique de la France ! Et même son indépendance militaire quand on voit que ce gouvernement a vendu une part des actions de la société qui produit le char Leclerc – vous pensez ce que vous voulez du char Leclerc mais moi je préfère qu’on décide quand on en produit ou quand on n’en produit pas, plutôt que d’y mettre des actionnaires privés, comme ça vient d’’être décidé, notamment une famille de capitalistes allemands, il fallait y penser !, qui, elle, va maintenant avoir intérêt à vendre des chars. Tandis que quand c’est la propriété de l’État, figurez-vous qu’on est plus mesuré dans leur usage ! [applaudissements] D’abord, parce que ça coûte à tout le monde. Donc la défense nationale et ses instruments de fonctionnement doivent appartenir à la patrie et au peuple et à personne d’autre ! On ne peut pas faire un commerce privé des armes et de la mort. [applaudissements]

Pourquoi tout cela est-il possible sans que jamais le peuple n’ait son mot à dire ? Êtes-vous d’accord pour qu’on vende le câble qui permet de faire les liaisons internet, comme cela est en train de se faire ? Parce qu’Alcatel a déposé 27 000 brevets à Goldman Sachs en garantie d’un emprunt d’un milliard et demi que l’État aurait dû consentir à cette entreprise, Alcatel, parce qu’elle vient d’entreprises qui avaient été nationalisées auparavant et qui sont donc le fruit du travail des Français, de leurs ingénieurs, de leurs chercheurs, de leurs travailleurs qui n’appartiennent PAS à cette petite caste qui fait de l’argent avec tout et finira par vider le pays de toute sa capacité de production et d’invention.

Voilà mes ami-e-s ce qui ne peut plus durer ! Et voilà pourquoi, quand on change la règle du jeu c’est-à-dire la constitution, ou quand on élit une assemblée constituante, quand on décide de tout ça – oui, il faut élire une assemblée constituante avec des gens qui ne sont pas déjà élus dans une autre assemblée et qui ne seront ensuite élus nulle part, comme ça, ils font le travail et ils rentrent à la maison comme Cincinnatus. Voilà !

Alors comment va-t-on s’y prendre ?

Il fallait, pour pouvoir mener cette tâche et y mettre toute l’énergie dont on a besoin, qu’on voit bien que ce n’est pas une affaire de parti. C’est-à-dire que ce n’est pas une occasion dont se saisirait le Parti de Gauche pour s’emparer d’un thème. Nous savons que nombreux sont ceux qui pensent comme nous, qu’il faut une 6e République parce que celle-ci est un bricolage inepte qui ne fonctionne pas ! Et peut-être qu’il y a des débats pour savoir si elle doit être parlementaire ou présidentielle. Mais nous pensons une chose en commun, je crois. C’est le peuple qui doit décider. Je ne dis pas que toute la bataille politique doive se résumer à la bataille pour la constituante. Mais c’est une bataille révolutionnaire, centrale ! Y a-t-il plus révolutionnaire que de changer de fond en comble les institutions et l’énoncé des droits du peuple ?

C’est pourquoi je pense que nombreux seront ceux qui voudront s’associer dans ce combat. C’est pourquoi j’ai dit, après en avoir longuement discuté avec les camarades, qui voyaient bien combien il y a d’inconvénients à changer notre dispositif… D’abord c’est nouveau donc on change et deuxièmement, ils préfèreraient que je sois le co-président du parti même si la réalité n’est pas tout à fait celle-là. Nous sommes un collectif comme vous le savez et ça se voit. Mais c’est mieux. Néanmoins, je ne serais pas, et nous ne serions pas, à la hauteur du moment politique si nous ne nous avancions pas. Il faut s’avancer et il faut fédérer le peuple. Donc, pour ça, il faut mettre en débat, en MOUVEMENT le peuple lui-même. C’est-à-dire que je ne vous propose pas d’organiser des colloques sur la 6e République – il y en aura – mais nous allons faire plus ! Nous allons faire plus grand si nous pouvons. Nous allons nous inspirer des méthodes de travail de nos camarades espagnols. C’est au peuple lui-même qu’on va demander de faire le travail.

Pendant quelques temps, chacun, peut-être, mettra dans sa poche sa carte de parti auquel il est légitimement fier d’appartenir et se projettera dans un mouvement plus grand que nous tous, plus grand que chacun d’entre nous, dans un mouvement où il n’y aura pas de président, qui pourrait avoir un comité d’initiatives et qui, ensuite, se propagerait dans tout le pays, et où tous ceux qui le voudraient pourraient s’associer directement, personnellement et s’impliquer directement et personnellement pour cette grande tâche.

On me dit « ah c’est une façon que vous avez trouvée pour parler de 2017 ». Oui, en effet, je le reconnais ! En 2017, ce ne sera pas une élection, ce sera une insurrection. Et nous allons y travailler. [applaudissements] Et comme nous avons vu que le cratère pouvait s’ouvrir du mauvais côté du volcan, nous allons travailler à ce que l’énergie passe du bon côté. Et après, le peuple français décidera.

Et puis, oui, nous avons un candidat : la 6e République ! [applaudissements] Sur cette base, on peut s’entendre. Moi, j’avais déjà dit, pendant la dernière campagne que je le ferai. Bon, je n’ai pas été élu ; il s’en est fallu de pas beaucoup [rires]. Oui mais, attendez les ami-e-s. Vous êtes terribles parce que vous avez été déçu-e-s. Moi j’en revenais pas qu’on fasse quatre millions de voix. Au début, je me disais : « mais ils sont fous, qu’est-ce qui leur prend ? » Mais non, c’est eux qu’ont raison ! C’est comme ça qu’il faut voir la vie. Il faut aller de l’avant. Et je me dis : Regardez ! En 2002, vous vous souvenez ? Le jour de l’année de naissance du vote utile [rires]. Là, bon appétit avec ce qu’ils vous annoncent ! La dernière fois, c’était Chirac ou l’extrême droite. La prochaine fois il paraît que ça va être l’extrême droite ou la quasi-extrême droite. Alors ouf ! Bon, Monsieur Hollande pense qu’il va se faufiler, là, au milieu. Mais je reviens sur 2002. Mes ami-e-s, l’extrême droite a été présente au deuxième tour avec combien de voix à votre avis ? 4,8 millions ! Nous on a déjà trouvé les quatre premiers millions. Il faut être capable de les fédérer de nouveau. Et combien d’autres en plus !

Je vous parle avec le plus grand sérieux. Si nous n’agissons pas, si nous ne nous mettons pas en mouvement, vous ne pourrez pas dire « je ne sais pas », « je ne savais pas ». Nous autres, qui sommes ici dans cette salle, nous parlons aux dizaines de milliers qui sont en train de nous écouter et nous leur disons : « Nous, nous marchons devant. Nous ouvrons la voie, nous prenons toutes les peines, nous prenons toutes les charges. Nous sommes dévoués. Nous vous épuiserons, comme disait Jaurès, par notre dévouement. Nous vous épuiserons par notre dévouement. Mais mettez-vous en mouvement ! Occupez-vous-en ! Saisissez-vous de cette situation ! Ou sinon, en France, rouera le pire. Comme c’est en train de se dessiner en Europe. Mais cette situation n’a rien d’inéluctable. Nous pouvons la retourner. Les jours heureux sont à portée de main du fait de notre immense capacité à imaginer et à inventer.

Regardez, vous êtes à Grenoble. Y’a pas meilleur endroit pour parler de ça ! À Grenoble, la révolution a commencé un an avant la Révolution. En 1788, le peuple est monté sur les toits pour empêcher les gardes du roi de disperser les élus du Parlement qui avaient, auparavant, fait fusionner les ordres. Tout ça aura lieu un an après. Et les députés qui étaient là, comme d’aucuns que je connais et que ne veux pas nommer, quand le roi leur a dit « bon, tout ça, ça suffit maintenant, tout le monde rentre à la maison ». Bon, ils s’en sentaient pas trop d’aller affronter la troupe. C’est le peuple qui, en montant sur les toits, jette des tuiles sur la troupe et aussi font un signe aux députés pour leur dire « vous avez intérêt à continuer à faire ce pourquoi vous êtes là et pas vous sauver ».

Je ne vous invite pas à monter sur les toits pour jeter des tuiles mais c’est un exemple à méditer [rires et applaudissements].

Au demeurant, c’est ci qu’il y a eu la capitale de la résistance armée des Français contre les Allemands et les Nazis. Quatre mille hommes et femmes sur le plateau voisin [le Vercors]. Toute l’armée allemande s’était concentrée pour exterminer les nôtres. Et la bataille a été rude entre des gens, pour une bonne part, quasi désarmés, en face d’une armée suréquipée. Les Nazis prirent otage la population qui était rendue responsable et pilonnèrent les villages, massacrant la population. Comme le font, chaque fois, les très puissants qui se sentent les mains libres. Mais la résistance, inébranlable, a tenu le choc. Et Grenoble s’est libérée par elle-même. Ce sont les résistants, francs-tireurs et partisans, qui ont libéré Grenoble. [applaudissements] C’est vrai, c’est vrai qu’ils ont eu l’appui du premier régiment, bataillon de choc, des parachutistes qui avait été créé où s’il vous plait ? En Afrique du Nord et qui est parti de Staoueli, village à côté d’Alger où était ma famille. [applaudissements]

Grenoble est restée fidèle tranquillement, à cette tradition et, dans les années 60, c’est ici qu’on a commencé à inventer une autre façon de vivre en ville, une autre manière de répartir, une autre manière de faire vivre le lien de la population au pouvoir local. Dois-je prolonger le trait ? Oui ! C’est ici, à Grenoble, qu’une nouvelle page de la gauche a été ouverte. Une gauche, en tout cas un mouvement citoyen puissant s’est levé. Regardez les détails.

Au premier tour, on n’était pas si bien placés dans les quartiers populaires. Et puis nos ami-e-s font leurs beaux résultats. Et à ce moment, es ami-e-s, mes camarades, voilà le moment de bonheur. Soudain, partout, ceux qui ne s’intéressaient plus à rien, dont on disait : « Pff, ils ne comprennent rien ! Rien ne les intéresse !» Ce n’est pas vrai. Aussitôt, ils se sont dit « on a vu la faille, on passe ». Ils venaient, par centaines, au local, demander tout, n’importe quoi, un autocollant, un tract, un foulard, quelque chose. Qu’est-ce que je peux faire demandaient-ils à nos camarades ? Et nos ami-e-s ne savaient que dire. Eh ben nous distribuons des tracts, nous faisons du porte-à-porte. Du porte-à-porte, on en fait ; et ça ne paie pas toujours ! Et là, soudain, le feu a pris de tout côté. Des milliers de braves gens ont montré, en quelques heures, qu’ils avaient tout compris, tout suivi, tout entendu, et qu’ils voulaient en être !

Voici la glorieuse révolution citoyenne à laquelle j’espère que les Français vont se décider. Les Françaises et les Français n’ont pas d’autre issue que celle-là ! Sinon une souffrance interminable. Et une souffrance sans objet. Car la dette en Europe ne sera PAS remboursée. Jamais ! Je vous le dis pour la raison suivante : elle est inremboursable. Parce qu’il y faudrait plusieurs générations. Elle ne sera pas remboursée. Les gens souffrent pour rien. Leur énergie serait bien plus utilement appliquée à produire autrement autre chose.

Bref, à Grenoble, alors que tous les états-majors s’étaient conjurés contre « l’araignée rouge » parce que vous savez qu’ils sont toujours très élégants dans les rapports avec les personnes. Moi, vous connaissez le sort auquel je suis soumis, les ami-e-s, et les adjectifs auxquels j’ai droit, mais alors les femmes, c’est deux fois pire ! Alors, elle, Élisa MARTIN, c’était « l’araignée rouge » et puis PIOLLE, c’était une sorte de bolchévique déguisé en vert ; ah moins, ah moins, ah moins… que ce ne soit un agent des paradis fiscaux ! Et, navigant d’une calomnie à l’autre, d’une caricature à l’autre, à quoi sont-ils arrivés les uns et les autres ? À rien !

J’ai noté que ceux qui nous faisaient des leçons de regroupement pour le second tour ne se sont pas regroupés. Eh bien, nous nous sommes passés d’eux ! Et vous avez vu que nous l’avons emporté de cette façon. Non pas en rassemblant la gauche, ce qui eut été totalement piteux, mais en fédérant le peuple. Grenoble a apporté la démonstration concrète de ce que ça veut dire. Des équipes de citoyens politisés qui se mettent au service du pays et de leurs semblables pour prendre le pouvoir ensemble. C’est cette tâche que je vous propose.

Nous ne sommes pas résignés. Nous ne coulerons pas avec François Hollande. La France républicaine, et l’idéal républicain et progressiste, ne seront pas enterrés avec François Hollande et sa bande de copains de promotion. Ni avec les occupants lamentables de la rue de Solférino. Ni avec aucun de ceux qui nous injurient au lieu d’essayer de répondre et de penser aux signaux d’alarme que nous leur envoyons. Aussi bien, comme nos camarades de Podemos, nous faisons notre une formule qui, dorénavant, est notre ligne stratégique. Nous avons bien compris le message des élections européennes et des élections municipales. Le message qui vient du PEUPLE qui en a par-dessus la tête du système, de la caste, de l’oligarchie. Et ce PEUPLE nous a dit : le système n’a pas peur de la Gauche parce que la Gauche lui mange dans la main, le système a peur du peuple et c’est pourquoi NOUS décidons de mettre le peuple en mouvement.

[1] On peut réentendre ce passage de la muselière en allant sur le lien ci-après. C’est de la 19ème minute passée de 25 secondes jusqu’à la 20è minute passée de 20 secondes :

http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/08/24/meeting-de-cloture-du-remue-meninges-du-parti-de-gauche/

& http://www.dailymotion.com/video/xt3a2o_meeting-de-cloture-du-remue-me-ninges-2012-du-parti-de-gauche_news#from=embediframe