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Parti Communiste Français

Le tournant de la marche du 18 mars avec Jean-Luc Mélenchon – Que faire après la marche de l’espoir ? – Par Bernard TEPER – le 23/03/2017

L’article est accessible ici (sur le blog d’El Diablo)

Bernard Teper est co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP). Co-auteur de : Néolibéralisme et crise de la dette ; Contre les prédateurs de la santé ; Retraites, l’alternative cachée ; Laïcité: plus de liberté pour tous ; Penser la République sociale pour le 21e siècle ; Pour en finir avec le « trou de la Sécu », repenser la protection sociale du 21e siècle.

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Le 18 mars dernier constitua la plus grande mobilisation de rue de la campagne de l’élection présidentielle de 2017. Plus de 100.000 personnes.Ce fut une marche de l’espoir. De l’espoir, il nous en faut. Car avec la séquence que nous vivons, celle de la décomposition des gauches qui – du parti socialiste à l’extrême gauche – voit s’opérer une coupure quasi mollétiste entre les discours et les pratiques, on pouvait se demander ce qui allait rester de la gauche en général.

D’autant que les médias néolibéraux, dont les principaux journalistes, ne soutiennent que Fillon ou Macron et essaient d’avantager leurs chouchous (1).

Où en est la gauche de 2012 ?

Avec Macron en digne successeur de François Hollande, on est sûr que le théorème du mouvement réformateur néolibéral sera encore vrai demain : « depuis 1983, et tant que nous resterons dans le néolibéralisme, tous les gouvernements font et feront pire que le précédent » !

Avec Hamon, certains ont cru que la musique différente qu’il a développée lors de la primaire socialiste allait dans le bon sens. Le désenchantement fut rapide.
Très vite, il reprit sur l’UE et la zone euro la position de François Hollande. Très vite, on a vu que la majorité des candidats socialistes aux législatives étaient politiquement favorables aux lois Macron et El Khomri, au pacte de responsabilité, au CICE et aux attaques contre la Sécurité sociale, entre autres. Jusqu’au secrétaire général d’En marche qui a été adoubé par les instances du PS pour les législatives. Jusqu’à l’apothéose mystique du revenu universel, vieille idée néolibérale de Milton Friedman, qui développait la notion d’impôt négatif dans «Capitalisme et Liberté » en 1962. Pour terminer avec comme simple projet le développement du RSA et une allocation pour les jeunes. Le reste est renvoyé aux calendes grecques pour les rêveurs.
Le spectre de 1969 et le soutien in fine à Macron participeront de la prochaine étape solférinienne.

Au parti communiste, on a constaté les stratégies antagoniques existant en son sein entre ceux qui souhaitaient un candidat communiste à la présidentielle, ceux qui souhaitaient soutenir Hamon et ceux qui souhaitaient soutenir Mélenchon. Même le vote majoritaire pour Mélenchon n’a pas entraîné le soutien de l’ensemble du PC. On a vu une base communiste votant avec une courte majorité pour soutenir Mélenchon contre sa direction et enfin un PCF, à quelques semaines du vote, se préoccuper beaucoup plus des législatives que de la présidentielle elle-même. Pourtant ce parti a encore de nombreux militants mais qui n’auront pas brillé par leur militantisme dans la campagne présidentielle. Triste perspective.

Bien qu’elles aient réussi à avoir les 500 signatures, les autres organisations d’extrême gauche ne sont aujourd’hui que l’ombre de ce qu’elles ont été avec un peu plus de sectarisme pour l’un, de révisionnisme réactionnaire pour l’autre. Et ce n’est pas l’utilisation par certains autres de la stratégie du front unique à contre-emploi qui engagera une stratégie efficace. Leur avenir est la marginalité en attendant les jours meilleurs.

Quant aux autres candidats marginaux, ils pensent construire un courant politique de masse à partir de prééminences surplombantes qui seules sont à même, selon leurs thuriféraires, de frayer le chemin vers le paradis. Ce qui les conduit à ne pas critiquer le capitalisme lui-même et donc à vouloir y rester incarcéré.

Devant ce champ de ruines qui a de grandes chances de renforcer pour le court terme le pouvoir de l’oligarchie capitaliste sur la France, et donc de provoquer l’extrême droitisation du pays comme dans les années 30, le rassemblement initié par Jean-Luc Mélenchon permet d’éviter la parcellisation totale de la gauche tout en marquant la nécessité d’un rassemblement significatif de gauche non allié avec les solfériniens ouvertement néolibéraux. C’est une étape indispensable pour la suite d’abord parce qu’il est nécessaire de résister et aussi parce que la création du lien social et politique n’est pas la chose la plus aisée pour constituer ultérieurement le bloc historique gramscien indispensable à toute révolution citoyenne.

Sur l’ensemble des conditions indispensables de cette révolution citoyenne, il reste à y travailler en tenant compte d’abord du réel puis des lois tendancielles du capitalisme. Nous en avons déjà parlé dans Respublica. Nous y reviendrons dans la prochaine séquence politique.

Outre son caractère de masse, le rassemblement sur la place de la République a repris le caractère symbolique de la République sociale indispensable pour tenter de rassembler les couches populaires ouvrières et employées de la gauche objective, plutôt majoritairement tentées ces dernières années par l’abstention.

Disons-le encore, la seule réserve de voix pour Jean-Luc Mélenchon au-delà du niveau des sondages actuels se trouve principalement dans ces couches populaires ouvrières et employées. Ne pas comprendre cela, c’est ne pas comprendre qu’un processus révolutionnaire ne peut s’engager que si la classe populaire ouvrière et employée, objective en soi et majoritaire, devient petit à petit une classe subjective « pour soi ». Condition nécessaire pour construire le bloc historique gramscien avec des composantes des autres couches sociales.

Le rappel du 18 mars 1871, les drapeaux français en quantité, l’affirmation dès le début du discours de Jean-Luc Mélenchon du rôle nécessairement social d’une nouvelle constitution de la VIe République, le rappel appuyé des luttes importantes contre les lois antisociales de Macron et d’El Khomri, la réaffirmation du principe de laïcité, le rappel de la nécessité d’un projet global (incluant la rupture écologique, la recherche de la paix, etc.) et le couplage final des chants de la Marseillaise (2) et de l’Internationale, permettent de renouer avec la symbolique populaire et révolutionnaire française.

Pourvu que cela dure !

Que faire après ?

Ce n’est pas au milieu de la séquence de la campagne de la présidentielle et des législatives qu’il faut avoir des états d’âme ni changer la priorité politique. Faire en sorte que le score de JLM soit le plus haut possible, point de départ essentiel pour les législatives face à la déferlante promise par les médias néolibéraux. Ensuite, si par malheur, deux des trois candidats de la bourgeoisie, Macron, Fillon, Le Pen sont au deuxième tour, la lutte des classes mettra le mouvement syndical revendicatif en première ligne de l’affrontement. Nous serons alors dans une séquence ultérieure où il faudra mettre le turbo pour le développement d’une éducation populaire refondée toujours du côté de ceux qui luttent en première ligne.
Nous nous préparons pour ce moment à élaborer de nouvelles propositions.

Le 21 mars 2017

(1) Ainsi le CSA a calculé que du 1er février au 26 février, Fillon et ses soutiens ont eu droit à 15.944 minutes, Macron a eu droit à 9.808 minutes, Le Pen à 7.090 minutes, Hamon à 6.761 minutes, Jean-Luc Mélenchon à 3.163 minutes, Nicolas Dupont-Aignan 510 minutes, Philippe Poutou 249 minutes, Jean Lassalle 80 minutes, Nathalie Arthaud 67 minutes, Jacques Cheminade 50 minutes, François Asselineau 37 minutes. Instructif, non ?

(2) Nous rappelons aux gauchistes de tout bord que la grande manifestation ouvrière de février 1917, le jour de la création du Soviet de Petrograd, arrive du quartier populaire de Vyborg en chantant la Marseillaise en russe !

Ma réaction coup de gueule à l’appel destiné à rallumer l’étincelle du Front de Gauche…

FdG cassé
Je crois que le succès du soutien citoyen et populaire à Jean-Luc Mélenchon, qui ne se dément pas, qui grossit chaque jour, lentement mais sûrement (plus de 70 000 soutiens exprimés en 20 jours, environ 3500 signatures nouvelles tous les jours) a déclenché une panique générale dans les états-majors des partis de feu le Front de Gauche, PCF en tête, mais pas que… Je suis convaincu qu’il y a bien aussi des cadres du PG et d’Ensemble à la manœuvre…
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Les partis perçoivent en effet que leur temps est fini et que la force citoyenne et populaire en construction qui soutient Jean-Luc Mélenchon n’a pas besoin d’eux. Pire ! Ils pressentent que nous les jugeons, eux les partis, comme des forces désormais hostiles et donc nuisibles aux changements radicaux auxquels nous aspirons. Il faut dire que nous ne nous en cachons pas. Nous ne dissimulons rien de nos intentions tandis qu’eux ne savent user que de duperies, de contrainte et de manipulations en tout genre.

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Y’a basta !

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Cet appel pour ressusciter un cadavre qui porte bien plus d’échecs que de réussites est une énorme manipulation et du foutage de gueule dans les grandes largeurs ! Le succès du Front de Gauche ce fut d’avoir réussi un temps (avant la présidentielle de 2012) à construire un mouvement crédible mais ce mouvement a été tué par la suite par qui on sait et avec le silence des autres…

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Le seul succès connu par les combattants du Front de Gauche, ce fut le premier tour de l’élection présidentielle de 2012 et cela, ce n’est pas le Front de Gauche qui l’a obtenu mais la personne de Jean-Luc Mélenchon, pour ce qu’il était, pour ce qu’il disait, pour ce qu’il incarnait, pour les idées qu’il défendait et pour l’avenir qu’il proposait de rendre possible. Dès que le Front de Gauche fut lui-même à la manoeuvre, donc dès les élections législatives de juin 2012, on s’est vautré ! Faut-il le rappeler ? Faut-il rappeler les raisons qui ont conduit à cette contre-performance où l’on obtint deux fois moins de suffrages que lors du 1er tour, deux mois plus tôt à peine ?

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Puis, on s’est vautré une deuxième fois aux Municipales de mars 2014. Faut-il le rappeler ? Faut-il rappeler les raisons qui ont conduit à cette décrépitude ? Faut-il rappeler les choix de certains ?

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Puis on s’est vautré une troisième fois aux Européennes de mai 2014. Faut-il le rappeler ? Faut-il rappeler la nullité de notre projet qui donnait envie de fuir à la seule lecture de son titre ? Faut-il rappeler pourquoi nous fumes alors incapables de parler clair ?

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Puis on s’est vautré une quatrième fois aux Départementales de mars 2015 pour les mêmes raisons, à cause des mêmes coupables qui délégitimaient le Front de Gauche et contribuaient à le saborder.

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Puis on s’est vautré une cinquième fois aux Régionales, là encore pour les mêmes raisons et avec, cette fois, des coupables qu’on m’imaginait pas trouver là où ils étaient !

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Et doit-on rappeler les résultats calamiteux des élections partielles depuis trois ans ? De véritables désastres électoraux. Et puis, le Front de Gauche, c’est aussi ce qui rassemble les députés à l’Assemblée Nationale dont on sait qu’ils ont voté des textes qu’il n’aurait jamais fallu voter. Le Front de Gauche, c’est donc comme un revolver dont le canon serait dirigé vers nous….

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Passer de l’enfance à l’âge adulte, c’est accepter que certaines choses ne reviendront plus. Agir en personne sensée, c’est comprendre la réalité telle qu’elle est et ne pas s’enfermer dans un monde virtuel en se fabriquant sa propre réalité.

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S’enferrer à vouloir faire renaître de ses cendres le Front de Gauche est une preuve d’immaturité totale et ce n’est pas avec des immatures de cette espèce que l’on pourra gouverner la France lorsqu’il s’agira de s’opposer aux puissances capitalistes et impérialistes que nous connaissons… S’enferrer à vouloir agir avec cette étiquette partisane qu’est le Front de Gauche, c’est, à coup sûr, échouer in fine car avec elle on rejette d’office non seulement tous ceux qui bien qu’étant de gauche ont la nausée face à ce que le Front de Gauche est devenu par la faute de qui on sait, mais aussi et surtout tous ceux qui ne se reconnaissent pas en lui. Ce n’est pas avec une nouvelle mouture de ce Front de Gauche que l’on amènera à nous les dizaines de millions d’abstentionnistes dont nous avons pourtant besoin pour l’emporter, pour rassembler le peuple, pour constituer une force citoyenne et populaire irrépressible.

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Quand entendrez-vous que ceux contre qui nous nous battons ne craignent nullement la Gauche ? Le texte même de cet appel, dans sa forme, dans son vocabulaire, est celui d’apparatchiks de partis que le peuple conchie.

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Il y a pourtant déjà des naïfs et des couillons qui se font prendre, qui croient à la bonne foi des appelants, qui présupposent qu’ils ont de belles et nobles intentions, qui ne voient rien de ce que cet appel représente en réalité. Bien sûr que les volontés réelles ne sont pas dites alors faîtes fonctionner votre intelligence… Il y a bientôt un congrès du PCF et la guerre est ouverte entre les fractions de ce parti… Cet appel s’inscrit directement dan cette logique de congrès et fait suite à diverses interventions lues ici ou là…

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C’est donc encore une œuvre partisane qui ne peut qu’enfermer ceux qui s’y rallieront au moment où ce qu’il faut faire, c’est rassembler le peuple tout entier pour gagner la présidentielle, puis les Législatives à suivre, en vue de gouverner. Il ne s’agit pas de témoigner pour la Gauche mais d’offrir une alternative radicale au peuple tout entier et pour cela il faut aller chercher les millions de citoyen-ne-s qui conchient la Gauche… Sans nous renier, avec nos propres idées, mais sans nous situer dans un camp traditionnel. Car si on se présente libres de toute attache, nous pourrons, même avec nos idées, rallier une majorité car nos idées sont celles qui défendent le mieux l’intérêt général du peuple. Mais si, une nouvelle fois, nous nous enfermons à gauche et dans une partie de la Gauche, nous prendrons une sixième raclée et cette fois nous en mourrons définitivement !

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C’est ce que vous souhaitez ? Alors, allez-y ! Signez cet appel et continuez à défendre le Front de Gauche.Si vous souhaitez un autre avenir que celui de l’échec assuré, soutenez Jean-Luc Mélenchon et la force citoyenne et populaire qui est en train de se constituer autour de lui.

Agir sur les deux tableaux : soutenir Jean-Luc Mélenchon pour l’élection présidentielle de 2017 et agir puissamment dans la rue pour mener la lutte sociale !

Citation de Gramsci

Ami-e-s, camarades, combattant-e-s, ce dimanche matin, j’ai envie de vous dire deux ou trois choses…

1/ Une action politique efficace est possible en-dehors des partis politiques…

Je suis un ex du PG : j’en ai démissionné en mai 2015 après plus de 5 ans de militantisme en son sein. Je m’en suis expliqué dans ce billet. Aujourd’hui, je ne suis plus dans aucun parti et ne compte pas en rejoindre un nouveau. Par contre, j’ai rejoint une association politique locale dans mon département de Loire-Atlantique, qui se dénomme «Place au peuple-FdG44» . Elle a une page communautaire sur Facebook, à consulter ici et un blog en création qui lui est consultable .

En son sein, on trouve des gens ayant diverses affinités avec la Gauche philosophique mais des gens plutôt engagés activement dans le monde de l’action politique à gauche (partis et associations). TOUTEFOIS, aucun parti n’est directement impliqué car c’est une association CITOYENNE qui vise à rassembler le peuple de Loire-Atlantique dans un esprit très différent de celui des partis.

En son sein, il n’y a pas de chef, juste des représentants provisoires élus au sein du Bureau.

En son sein, il n’y a pas non plus de «ligne» officielle  dont le prétendu irrespect par tel ou telle de ses membres impliquerait immédiatement l’exclusion par les hautes sphères du mouvement. Il y a seulement des statuts que chacun accepte en adhérant (mais qui pourront être modifiés ultérieurement si les membres le décidaient). Ces statuts collent globalement aux principes du projet «L’Humain d’abord» porté par Jean-Luc Mélenchon à l’occasion de l’élection présidentielle de 2012. Nous ignorons pour l’instant quel sera le positionnement de notre association vis-à-vis de la campagne électorale de Jean-Luc Mélenchon pour l’élection présidentielle de l’an prochain, ni même si cette association se positionnera d’une quelconque façon sur le sujet. La question sera sans doute posée et le débat aura sans doute lieu dans un avenir proche. Mais cette association a le mérite d’exister et de constituer u vivier de gens, une force collective que devait être le Front de Gauche mais qui ne l’a jamais vraiment été pour les raisons que l’on sait et sur lesquelles je ne reviendrai pas.

2/ Soutenir Jean-Luc Mélenchon pour l’élection présidentielle de 2017 et mener, simultanément, une action de lutte sociale

Que l’on soit membre d’un parti ou que nous ne le soyons pas (ou plus)…

Que l’on soit sorti du PG , comme moi et comme des centaines, voire des milliers d’autres militant-e-s, ou qu’on y soit encore, comme quelques milliers de militant-e-s tenaces dont quelques camarades locaux…

Que l’on soit sorti du PCF comme certain-e-s membres de l’association précitée ou qu’on y soit encore, comme d’autres membres de l’association…

Que l’on soit membre d’Ensemble ou que l’on n’y soit pas (ou plus)…

Que l’on soit engagé – ou pas encore – dans une ou plusieurs autres associations de lutte politique, sociale, syndicale…

On a tous et toutes, chevillée au corps, la conviction qu’il faut agir ensemble sur le terrain de la lutte, indépendamment de nos préférences en termes de candidature à l’élection présidentielle ou même de ce que nous pensons des choix et des positionnements des uns et des autres sur ce sujet !

Et d’ailleurs, l’état actuel des opinions sur la question sera-t-il exactement le même dans quelques semaines, dans quelques mois ? Voyez-vous, je ne prends pas trop de risque à pronostiquer une évolution de certain-e-s… Laissons chacun prendre le temps de faire sa propre conviction… Nous devons informer, relayer et laisser infuser… Nul besoin d’imposer ou de stigmatiser. Je perçois bien que ce que nous avons à l’esprit aujourd’hui, demain, c’est une multitude qui en fera sa propre conviction.

Ainsi, qu’à l’instar de certain-e-s militant-e-s engagé-e-s dont je suis, nous soyons déjà (certain-e-s diront « encore » ou « toujours ») dans un soutien actif à Jean-Luc Mélenchon pour le combat présidentiel qui s’annonce, OU que nous ne le soyons pas encore, pour des raisons diverses, nous nous retrouvons sur la nécessité absolue d’agir pour favoriser la CONVERGENCE DES LUTTES.

Car si certain-e-s d’entre nous pensons que c’est dans notre intérêt qu’il faut soutenir Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle, cela n’est EN RIEN antagoniste avec une LUTTE ACHARNÉE, DÉTERMINÉE, COURAGEUSE, DÉVOUÉE et même ENJOUÉE DANS LA RUE, SUR LES PLACES, PARTOUT ET TOUT LE TEMPS !

OUI, NOUS DEVONS REPRENDRE LA RUE ET LES PLACES, COMME EN 2012, POUR APPUYER JEAN-LUC MÉLENCHON MAIS PAS QUE !

NOUS DEVONS AUSSI REPRENDRE LA RUE ET LES PLACES POUR QUE LA FRANCE NOUS ENTENDE ET VOIT QUE NOUS EXISTONS, QUE NOUS NE SOMMES PAS MORTS, QUE LES COUPS QUE NOUS AVONS REÇUS ET ALLONS RECEVOIR NE NOUS FONT PAS COURIR AUX ABRIS ! QUE CE QUI NE NOUS TUE PAS NOUS REND PLUS FORTS ! QUE SI L’UN OU L’UNE D’ENTRE-NOUS TOMBE, NOUS AIDERONS À LE-LA RELEVER OU NOUS PRENDRONS SA PLACE !

J’ai le coeur à Gauche mais cela ne m’empêche pas de vouloir, depuis longtemps, rassembler le peuple français tout entier, et cela implique de dépasser très largement la « Gauche ». Jean-Luc Mélenchon s’y emploie ! C’est une des raisons nombreuses qui explique que je le soutiens !

Mais au-delà de ce soutien, je suis convaincu, comme tant d’autres le disent aussi, que nous ne gagnerons pas l’élection présidentielle si le peuple reste étranger à ce qui se joue. Il faut donc que le peuple se saisisse des questions et s’implique directement, et avant de le faire dans les urnes demain, en avril 2017, il faut l’entraîner dans la rue dès aujourd’hui, sans attendre demain !

Il doit y descendre non plus par milliers, dans des manifs folkloriques du dimanche après-midi, mais par millions, dans une OCCUPATION PERMANENTE, comme le firent les Espagnols il y a quelques années, même si les résultats de ces occupations n’ont pas été à la hauteur des attentes. Aujourd’hui, les évènements s’accélèrent et il ne faut pas que nous soyons à courir après eux. Nous devons les anticiper, voire les provoquer nous-mêmes !

Il ne s’agit plus seulement de RÉSISTER, mais de passer clairement à la RECONQUÊTE !

Nous devons montrer que nous sommes la multitude, le nombre, les 99% et que sans nous, ils ne peuvent rien ; que c’est parce que nous avons trop baissé la tête, courbé l’échine, plié le genoux, ou laissé le système martyriser certain-e-s d’entre-nous, que nous avons perdu tant de terrain depuis des années. Le temps est venu de redresser la tête et le corps tout entier, de nous lever et d’affronter ENSEMBLE tous ceux qui nous martyrisent. Le temps est venu de combattre ! Le temps est venu de faire en sorte que la peur change de camp ! Nous n’avons pas peur d’eux et eux ne semblent ne pas avoir peur de nous, parce que nous leur avons trop concédé. Mais il ne tient qu’à nous, désormais, de trouver le moyen pour qu’ils aient enfin peur de nous !

La vague JLM

La Boétie disait : « Ils ne sont forts que parce que nous sommes à genoux !  » et ajoutait « La force des tyrans tient à l’inertie des peuples.« 

Alors ne restons pas à genoux ! Relevons-nous ! Soyons debout et marchons ! Ne soyons plus inertes, comme des corps qui encaissent les coups mais ne réagissent plus, comme insensibles à la douleur ! Bien sûr que la résilience est une force de l’être humain mais à condition qu’elle ne nous transforme pas en invertébrés… Oui, leurs coups nous font mal – inutile de le dissimuler – mais ils ne nous ont pas tué ! Et donc nous sommes là, plus déterminé-e-s que jamais !

Il y aura l’insurrection civique dans les urnes demain, en avril 2017, et nous allons tout faire pour que cette insurrection se saisisse de l’arme de destruction massive de la 5e République et du système oligarchique de notre pays qui nous impose la violence capitaliste. Cette arme, c’est le bulletin de vote en faveur de Jean-Luc Mélenchon !

Mais cela ne pourra se produise si d’ici là nous, peuple français, c’est-à-dire, nous, les dizaines de millions d’ordinaires (que nous soyons ouvriers, salarié-e-s, fonctionnaires, agriculteurs, professions libérales, artisans, petits commerçants, petits patrons, véritables entrepreneurs, chercheurs, enseignants, gens de lettres, de culture et de spectacle, personnels de santé, de l’action sociale…) nous ne nous levons pas massivement dans les semaines et les mois qui viennent !

La victoire électorale de demain, c’est-à-dire le rassemblement du peuple dans les urnes à l’occasion de la présidentielle, trouvera ses fondations dans la bataille que chaque fraction de ce peuple aura menée dans l’année qui vient. Et plutôt que des actions de guérilla ponctuelles et cloisonnées, c’est une LUTTE GLOBALE ET RASSEMBLEUSE, que nous devons mener et rendre possible.

Si celles et ceux qui animent les syndicats français, dont c’est la mission, ne savent pas faire, OU NE VEULENT PAS FAIRE, alors, à nous , citoyen-ne-s de nous y coller. Personnellement, je le dis humblement, je ne sais pas faire cela. Je ne vois pas d’autre alternative que la grève générale durable pour faire plier nos bourreaux. Mais s’il le faut, j’apprendrai. Et autour de moi, il en sera de même !

C’est pourquoi j’appuie, avec la plus garde force, les mots de Vincent DUSSE, ouvrier PSA à Mulhouse, membre de la direction du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) tels qu’ils ont été publiés sur le blog « Révolution permanente » le 19 février 2016. Le billet est consultable ici mais je le reproduis également ci-dessous :

Le poing en fusion

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Nul ne peut douter à ce stade que nous sommes face à une attaque majeure, une véritable déclaration de guerre contre l’ensemble des travailleurs. Il s’agit d’une déclinaison, sur le plan social, de l’escalade liberticide et autoritaire du gouvernement Hollande. Seule une riposte à la hauteur d’une part du mouvement ouvrier et de ses organisations pourra mettre un coup d’arrêt à cette mise à mort des droits conquis par les travailleurs pendant des décennies.

L’attaque en règle contre la durée légale du travail et les conditions de licenciement, ainsi que la méthode annoncée par la Ministre El-Khomri, qui n’a pas hésité à évoquer, dès l’annonce de son projet de réforme, la possibilité de recours au 49.3, sont sans appel. C’est bel et bien un « tous ensemble », une grève générale à l’appel de tous les syndicats, qu’il faudra pour faire face au rouleau compresseur du gouvernement Hollande.

La journée d’action, qui se discute à l’échelle des directions syndicales, prend ainsi un tout autre contenu. Elle doit se poser d’emblée non pas comme une journée isolée et folklorique, mais comme le point de départ d’un combat dans la durée et doit se préparer largement, dans chaque lieu de travail, par des assemblées générales qui informent les travailleurs de l’ampleur de l’attaque en cours, commencent à organiser la riposte et exigent l’unité syndicale derrière un plan de lutte pour empêcher l’application de la réforme.

Front unique et grève générale jusqu’au retrait de la réforme

Impopulaire pour impopulaire dans le monde ouvrier, Hollande s’apprête à rendre un ultime service au grand patronat, certainement le plus conséquent de son quinquennat. Il parie pour cela sur la stratégie de collaboration ouverte de la CFDT, ainsi que sur les crises internes à la CGT. C’est la faiblesse du mouvement syndical qui donne confiance au gouvernement pour déclencher une telle offensive, malgré sa très basse popularité et la perte d’une dernière partie de sa base sociale avec son tournant lepéniste (état d’urgence, déchéance de nationalité, etc).

C’est pourquoi, en dépit de toutes les divisions internes dans le monde syndical et du poids encore présent de l’échec du mouvement de 2010 contre la réforme des retraites, les travailleurs n’ont pas d’autre choix que de prendre les affaires en main et imposer aux organisations syndicales le front unique et un appel à la grève générale reconductible jusqu’au retrait de la réforme.

Les équipes syndicales de la CGT et de Sud devraient s’adresser sans aucun sectarisme à celles de la CFDT qui pourraient commencer à considérer que la politique de collaboration de Berger « n’a pas payé ». C’est peut-être ce qui explique qu’après avoir avalé toutes les couleuvres (ANI, Loi Rebsammen, etc.), celui-ci se voit obligé d’émettre des réserves sur la question de la réforme du licenciement économique et du plafonnement des indemnités aux Prud’hommes, en même temps qu’il prend ses distances avec ceux qui s’opposent au renforcement de la négociation contenu dans le texte.

Les syndicalistes combatifs en ligne de mire. Une bataille de toute la classe

Pour Hollande, une chose est claire : pour avancer qualitativement sur les acquis de l’ensemble du mouvement ouvrier, il a intérêt à se débarrasser des équipes syndicales combatives. Celles et ceux qui déchirent des chemises, qui séquestrent des patrons, qui refusent la conciliation permanente. Tel est le contenu profond de la condamnation à deux ans de prison (dont neuf mois fermes) de huit syndicalistes de la CGT Goodyear.

En parallèle de cette criminalisation croissante de la résistance ouvrière et syndicale, le nouveau projet de loi cherche à marginaliser de syndicats ou de sections syndicales combatives dans les entreprises. Il redéfinit la notion d’accord majoritaire en la fixant à 50% des suffrages exprimés pour les organisations représentatives (on exclut donc du calcul les suffrages pour les autres organisations), supprime le droit d’opposition et confère au patronat un nouveau droit à la consultation directe des salariés. Le but étant de réduire le rôle des représentants syndicaux dans l’entreprise à la simple validation des accords voulus par les directions et de contourner les organisations plus combatives via des référendums auprès des salariés, présentés comme étant plus démocratiques.

Il s’agit à l’évidence d’un piège. Chaque travailleur ayant vécu une expérience de lutte contre les licenciements sait que sous la pression du chantage de la fermeture et la menace du chômage, l’appel à ce genre de consultation est un outil en faveur du patron. La vraie démocratie dans le mouvement ouvrier est celle des assemblées générales et des comités de grève ou de lutte, réunissant les travailleurs de toutes les organisations syndicales à côté des travailleurs non syndiqués.

La lutte pour le retrait des poursuites contre les huit de Goodyear et l’élan de solidarité qui se cristallise dans la constitution de comités de soutien dans plusieurs villes est ainsi partie intégrante de la lutte plus générale contre l’offensive du gouvernement, ce qui peut constituer un point d’appui pour ce grand combat de classe.

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       Grève générale - La rue

Debout ami-e-s et camarades !

« L’avenir n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons en faire. » Henri BERGSON

 

Mon coup de gueule du jour suite à la saillie « vallso-gattazo-macronienne » d’Emmanuelle COSSE

C’est bien avec le parti d’Emmanuelle Cosse que, depuis des mois, le Parti de Gauche* veut absolument faire alliance ?
* mon ancien parti, dans lequel j’ai milité pendant plus de 5 ans mais que j’ai quitté en mai dernier et dont chaque jour qui passe me fait prendre conscience à quel point j’ai eu raison de tailler la zone…
Je ne suis plus adhérent et ne peux donc pas participer à la décision du PG. Je ne le regrette vraiment pas car depuis mon départ, j’ai constaté des dizaines de casus belli. Mais je suis un citoyen et j’ai donc une opinion et je l’exprime. Et ma vie au PG pendant cinq ans me donne un droit d’expression sur ce qu’il décide aujourd’hui.
Ces alliances-là, surtout dans les conditions dans lesquelles elles se font parfois (je vis en Loire-Atlantique…), ne me conviennent pas du tout !
Car si nous avons avec EELV quelques terrains d’entente (il faudrait dire, avec précision, lesquels et ne pas en rester à des généralités qui ne disent rien !), nous avons aussi des oppositions majeures sur des sujets majeurs… Sur le fond (le projet) et sur la forme (comment combattre ?).
Et si on reproche (à très juste titre) au PCF bien des choses, on ne saurait les admettre ou en admettre d’équivalentes de la part d’EELV. C’est clair ? Ça s’appelle la COHÉRENCE politique. Et j’ajoute l’HONNÊTETÉ INTELLECTUELLE ! Je ne suis pas un « politicien » donc je peux rester fidèle à ces deux principes. Mais je voudrais que les politicien-ne-s y soient fidèles également.
Le PG prétend souvent être le parti du peuple et donc des « sans-dents », des « sans-grade », des ouvrières et ouvriers, des employé-e-s, des salariés qui ne gagnent pas de quoi vivre décemment ou à peine, de toutes celles et tous ceux qui sont exploité-e-s ou que le « destin » n’a pas fait naitre dans des familles aisées et que la vie a pu violenter, sans que les institutions ne s’en émeuvent vraiment et n’agissent volontairement pour changer cette vie calamiteuse qu’on leur impose…
Nous (cette fois je ne parle plus du PG mais de la force encore indéterminée qui se prépare) voulons rassembler le peuple mais pas à n’importe quel prix, pas à n’importe quelle condition, pas dans le cadre de n’importe quelle alliance politique, ni avec n’importe qui. Car une fois qu’on est rassemblé-e-s, encore faut-il avoir un projet cohérent et la détermination de le mettre en œuvre. Il ne suffit pas de s’allier pour gagner si après on se divise sur ce qu’il faut faire face aux résistances du système (cf. l’exemple grec).
Rassembler oui ! Mais s’il faut choisir un camp, parce que les circonstances l’imposent, nous savons dans lequel nous nous situons.
Comme l’a dit un jour Jean-Luc Mélenchon​ (dans le discours donné place de la Bastille à Paris, le 18 mars 2012) :
Nous sommes le cri du peuple, des ouvrières et des ouvriers précarisés, méprisés, humiliés, abandonnés! Nous sommes le cri du peuple, celui de la femme qui met au monde un enfant dans un camp de rétention! Nous sommes le cri du peuple, celui de l’enfant qui n’a pas de toit et qui n’a pas d’instituteur quand il va a l’école ! Nous sommes le cri du peuple, de tous ceux qui, prêts à apporter le concours de leur intelligence, de leur créativité, qui, parfois menant bonne vie, refusent pourtant d’appliquer la morale de l’égoïsme qui dit « profite et tais-toi ! » .
La plupart des leaders d’EELV – comme une bonne partie de ses troupes – seront de l’autre côté de la barricade le jour où elles réapparaîtront.
La saillie du jour d’Emmanuelle Cosse – qui est juste la Numéro 1 d’EELV, excusez du peu ! – clarifie les choses on ne peut plus clairement.
Continuer à s’allier à ces gens-là, c’est œuvrer contre son camp et par « camp » je n’entends ni le PG, ni la Gauche, ni l’Autre Gauche, ni la Gauche radicale ni je ne sais quelle dénomination enfermant les gens dans des cases, mais le camp du peuple.
Pour ma part, je DÉSAPPROUVE RADICALEMENT toute alliance avec le parti politique EELV. Peut-être peut-on s’entendre avec des militant-e-s d’EELV s’ils défendent le même projet que nous mais j’attends que l’on me prouve que des militant-e-s d’EELV sont convaincus par les grandes lignes de force de ce projet qui est le nôtre…
Pour mémoire :
Twit d’Emmanuelle Cosse : « AirFrance – La violence de certains salariés condamne leur colère et condamne toute possibilité de dialogue ».
Pour paraphraser un peu Mme Cosse, je dirais que la violence du désaveu, par certains leaders de partis, de la souffrance sociale des salarié-e-s martyrisés par leur employeur, condamne toute possibilité de dialogue avec de tels leaders comme avec les partis qu’ils représentent… du moins aussi longtemps que ces leaders et leurs positionnements ne sont pas clairement, officiellement, solennellement désavoués par leur parti. Ce qui ne se produira jamais ! Donc rideau !
Dans un autre registre, pour d’autres raisons, ça vaut aussi pour le PCF et pour Pierre Laurent !

Le Front de Gauche étant mort, quelle stratégie politique adopter désormais ?

Il n’est pas opportun de raisonner en termes d’appareils et de militant-e-s à convaincre parce que pour cela, il faut se couper du peuple et même le défier puisque l’appareil du PC a fait ses choix et que les militant-e-s du PC ne mouftent pas…

On me dit que c’est folie que de soutenir l’idée que le Front de Gauche est mort parce qu’il n’y a rien d’autre. Qu’il n’y a pas de plan B.

Mais si, il existe et il est simplissime.

Il ne s’agit pas de créer un autre parti, une autre orga, mais de parler au peuple, directement, de l’impliquer largement dans le débat, de lui donner la parole, de lui permettre de poser des questions, d’interpeller les cadres des partis qui aspirent à gouverner le pays, les régions, les départements, les communes, les intercommunalités…

Il faut organiser des ASSISES mais cette fois-ci je ne dis plus du Front de Gauche… Plutôt des ASSISES de la révolution citoyenne ! Ou des ÉTATS GÉNÉRAUX de la révolution citoyenne. Et ce, partout en France, sur une durée de plusieurs semaines…

Les partis ne doivent être que des facilitateurs, des organisateurs, des animateurs et des financeurs mais ils doivent laisser le peuple prendre le pouvoir.

Il nous faut débattre de tout : du régime politique, de l’Union européenne, de l’économie, de la bifurcation écosocialiste…

Il faut réélaborer, conjointement avec le peuple, notre projet pour les prochaines échéances qui vont venir très vite et qui pourraient même être anticipées.

Il faut initier la logique « Podemos » en France et le faire par la base, non par le sommet.

Il faut donner enfin envie à tous ceux qui nous fuient depuis si longtemps (syndicalistes, associatifs, citoyen-ne-s non encartés mais  engagé-e-s dans de multiples luttes, causes et combats), ou encore celles et ceux qui nous ont abandonné depuis deux ans, de revenir et de s’impliquer de nouveau et ce, plus fortement encore.

Parmi eux les Communistes auront un rôle à jouer. Contrairement aux élucubrations des un-e-s et aux persiflages des autres, je ne suis pas anticommunistre primaire. Je dénonce seulement les faux communistes, ceux qui font honte à leurs illustres prédécesseurs, qui furent des résistant-e-s à un ordre établi odieux. Mais ces communistes doivent comprendre qu’on ne peut plus attendre. C’est maintenant qu’ils doivent prendre les bonnes décisions. Celles qui contribueront à nous libérer tous du carcan qui nous emprisonne. Ils doivent donc accepter de s’émanciper de leur parti. Sinon rien ne sera possible.

Voilà ce que je crois et comment je vois les choses. Il ne s’agit pas de détruire le FdG car le FdG est déjà mort dans l’esprit du peuple français. Il ne survit que dans la tête de quelques militant-e-s chez qui la naïveté l’emporte sur la lucidité.

Il s’agit bien de reconstruire mais autrement…

 

 

Front de Gauche : bilan et perspectives – Par Jérôme Météllus (PCF Paris)

Je vous invite à lire ci-dessous la meilleure analyse que j’ai lue depuis des semaines sur le Front de Gauche ! Et elle est écrite par un communiste… Ceux et celles qui me décrivent parfois comme anti-communiste en seront pour leurs frais. Ils constateront que mon anti-communisme est très sélectif. Il est très virulent et tout à fait assumé à l’égard de Pierre Laurent ou d’André Chassaigne et de tous ceux qui s’alignent sur eux. Mais quand je lis ce genre de billet que je désespérais de lire de la part de communistes, eh bien, j’assume evec un enthousiasme débordant mon admiration pour ces gens-là !

Si ces Communistes-là avaient tenu les rênes de leur parti au lieu des médiocres qui sont à sa tête, nous serions aujourd’hui au pouvoir et pas que dans nos villes !

Alors, camarades du Parti de Gauche, du Parti Communiste Français, d’Ensemble et d’ailleurs, vous, les citoyen-ne-s qui n’en pouvez plus de subir la régression généralisée et permanente, vous qui exigez un parti du peuple ambitieux et déterminé, inflexible et clairvoyant, lisez ce billet et relayez-le très largement. Méditez-le et inspirez-vous en.

Si ces Communistes-là parviennent à reprendre le contrôle du PCF, tous les espoirs nous sont permis. ALORS IL NOUS FAUT SOUTENIR CES COMMUNISTES-LÀ ET LES AIDER DANS LEUR LUTTE INTERNE.

I HAVE A DREAM TODAY !

* * * * *

Les élections municipales et européennes ont été un échec pour le Front de Gauche, au regard de ses ambitions et de son potentiel. Les européennes ont accentué le tableau des municipales – et il est clair : entre 2009 et 2014, le FN progresse de 3,6 millions de voix, le Front de Gauche de seulement 130 000 voix.

Le Front de Gauche avait annoncé de longue date son ambition d’arriver en tête de la gauche lors de ces élections européennes. Avec 14 % des voix, le PS poursuit sa chute ; elle est la conséquence inéluctable de la crise du capitalisme et de la politique d’austérité que mène le gouvernement « socialiste ». Mais cela ne profite pas au Front de Gauche. François Hollande recueillait 10,2 millions de voix au premier tour de l’élection présidentielle de 2012, contre 2,65 millions aux dernières élections européennes. L’écart – plus de 7,5 millions de voix – est tellement important qu’il ne suffit pas d’évoquer la spécificité du scrutin européen et le haut niveau de l’abstention pour répondre à la question : pourquoi, sur les millions d’électeurs socialistes de 2012 qui n’ont pas voté PS en 2014, aucun – ou presque – n’a voté Front de Gauche aux européennes ? Autrement dit : comment se fait-il que dans un contexte de crise majeure du système capitaliste, alors que le PS au pouvoir mène une politique d’austérité dont personne ne veut (à part le patronat), le Front de Gauche ne progresse pas ?

Si l’on regarde l’ensemble du cycle électoral du Front de Gauche depuis sa création, en 2009, on n’a pas seulement affaire à une stagnation, mais à un reflux. En 2014, le Front de Gauche réalise pratiquement le même score qu’en 2009. Or en avril 2012, au terme d’une campagne électorale marquée par des meetings massifs et très enthousiastes, Jean-Luc Mélenchon recueillait 4 millions de voix, contre 1,25 million pour le Front de Gauche en 2014. Ici aussi, l’écart est trop important pour se contenter d’évoquer, en guise d’explication, l’abstention élevée aux européennes. Car le FN résiste bien mieux à l’abstention : il recueille 4,7 millions de voix en 2014, contre 6,4 millions en avril 2012, soit un ratio de 74 %. Le Front de Gauche, lui, ne parvient en 2014 qu’à 31 % de son résultat de 2012, en nombre de voix.

Ces résultats ont envoyé une onde de choc dans les organisations du Front de Gauche. Chacun s’efforce de comprendre et de faire des propositions. Des réunions nationales pour « relancer » le Front de Gauche sont annoncées. De nombreuses tribunes et contributions ont été publiées dans L’Humanité et sur les blogs de responsables du Parti de Gauche (PG). Le débat doit être mené à tous les niveaux du Front de Gauche, de la base au sommet. Et il doit aboutir à des modifications profondes de son programme et de sa stratégie, car c’est évidemment là que réside le problème – et aussi, dès lors, la solution.

La faute au PS ?

Après un échec électoral, la tentation existe toujours d’y voir la conséquence de « conditions objectives » défavorables. Ainsi, au lendemain des élections européennes, la direction du PG a découvert une théorie que les dirigeants du PCF affectionnent depuis de nombreuses années et qui prend la forme du syllogisme suivant : le PS est discrédité ; or le PS est identifié à « la gauche » ; donc toute « la gauche » (Front de Gauche compris) pâtit du discrédit du PS. Eric Coquerel, secrétaire national du PG, écrit par exemple sur son blog : « La raison première de notre échec est simple : pour la très grande majorité de nos concitoyens, le gouvernement c’est LA gauche. Et nous sommes assimilés à cette politique ou du moins rangés dans ce camp. »

Militants communistes, combien de fois avons-nous entendu ce raisonnement au lendemain de revers électoraux ? Or il suffit de renverser l’argument pour mieux poser le problème : si le PCF et le PG ne s’étaient pas eux-mêmes associés, de différentes façons, aux politiques pro-capitalistes du PS et des Verts, les électeurs ne seraient pas tentés de les mettre tous dans le même sac « de gauche ». Autrement dit, on donne le bâton pour se faire battre, puis on se plaint du fait que les « circonstances » nous maltraitent. Nous y reviendrons plus loin.

Par ailleurs, si vraiment c’était « la faute aux socio-démocrates », comment expliquer les progrès, aux élections européennes, de Syriza en Grèce, d’Izquierda Unida en Espagne, du PCP au Portugal et du PTB en Belgique ? Il faut aussi analyser, en Espagne, le succès très significatif de Podemos, perçu comme se situant à gauche d’Izquierda Unida. Dans tous ces pays, il y a une social-démocratie enracinée de longue date et aujourd’hui profondément discréditée. Cela n’a pas empêché les partis se situant sur sa gauche de progresser.

L’impact de la crise

Nous ne voulons pas nier l’influence des conditions objectives. Par exemple, l’extrême gravité de la crise économique et sociale en Grèce constitue évidemment le cadre général de l’ascension rapide de Syriza, qui est passé de 5 % à près de 30 % de voix. Les dirigeants de Syriza n’étaient pas plus radicaux que ceux du Front de Gauche ; ils le sont encore moins aujourd’hui qu’ils s’approchent du pouvoir. Mais face aux plans de rigueur draconiens mis en œuvre par le PASOK au pouvoir, d’une part, et à la prostration sectaire du KKE, d’autre part, les engagements verbaux des chefs de Syriza contre les politique d’austérité ont déterminé une rapide recomposition de la gauche grecque. L’impasse des nombreuses grèves générales de 24 heures – qui ne pouvaient aboutir à rien, dans un contexte d’effondrement économique – a également favorisé un transfert de la radicalisation des masses grecques sur le terrain politique. En tenant compte de ces différents facteurs, l’ascension de Syriza s’explique sans difficulté.

En France, la crise économique et la régression sociale n’ont pas encore atteint des dimensions aussi catastrophiques qu’en Grèce. François Hollande mène une politique de rigueur qui, comparée à ce que subissent le Grecs, pourrait être qualifiée de « modérée », si elle ne marquait pas déjà au fer rouge la chair et l’esprit de millions de personnes. Le chômage et la précarité augmentent, les services publics sont attaqués, les niveaux de vie régressent – mais à un rythme moins rapide qu’en Grèce (ou en Italie, au Portugal et en Espagne). Ce contexte général pourrait expliquer que le Front de Gauche ne progresse pas aussi rapidement que Syriza en Grèce. Mais en aucun cas il n’explique le reflux du Front de Gauche entre 2012 et 2014. Les raisons de ce reflux ne doivent donc pas être cherchées dans les conditions objectives, mais dans l’incapacité du Front de Gauche, ces deux dernières années, à donner une expression adéquate à la colère qui monte dans le pays. Car en réalité, la situation est toujours extrêmement favorable au développement du Front de Gauche.

On aurait tort, cependant, de tabler sur le fait que le développement de la crise, en France, poussera mécaniquement la radicalisation des masses vers le Front de Gauche, de sorte qu’il nous suffirait d’attendre la vague sans trop nous soucier de notre ligne et de notre stratégie. Le Front de Gauche ne connaîtra pas automatiquement le même type d’ascension que Syriza. A cet égard, l’exemple de l’Italie, où la crise est encore plus profonde qu’en France, doit être médité par tous les militants du Front de Gauche. D’erreurs en trahisons, la direction du PRC a réussi à saborder ce qui restait du puissant Parti Communiste Italien. En quelques années, le PRC a pratiquement disparu de la carte politique. La relation dialectique entre les « conditions objectives » et les erreurs des dirigeants de gauche peut être fatale aux partis ouvriers.

La stratégie électorale du PCF

Nous ne répèterons pas ici ce que nous avons écrit sur l’impact très négatif de la division du Front de Gauche aux élections municipales. Cette division et les alliances au premier tour avec le PS et les Verts – deux partis gouvernementaux, à l’époque – ne pouvaient que semer la confusion parmi tous ceux qui cherchent une alternative à la « gauche » gouvernementale, laquelle mène une politique de droite.

Cette leçon est-elle enregistrée, désormais, par les dirigeants du Front de Gauche ? Malheureusement pas. Dans une tribune publiée dans L’Humanité, fin avril, et signée par une quinzaine de dirigeants du PCF (et non des moindres), la question est abordée en ces termes : « nous récusons l’idée que la condition de l’efficacité et de la lisibilité de notre stratégie soit l’autonomie électorale. […] La première condition d’un rassemblement utile à nos concitoyens et capable de créer des convergences politiques fortes, c’est de respecter la souveraineté des composantes du Front de gauche sur leurs choix électoraux comme sur l’ensemble de leurs décisions. Les oukases à répétition de Jean-Luc Mélenchon doivent cesser ! »

Ainsi, au nom de la « souveraineté » du PCF, ces dirigeants veulent pouvoir faire toutes sortes d’alliances avec le PS – comme au premier tour des municipales – sans avoir à subir les « oukazes » de ceux qui leur font observer que dans le contexte actuel, de telles alliances sont une stratégie suicidaire pour le PCF et pour le Front de Gauche. « Laissez-nous saborder en paix le PCF et le Front de Gauche, si cela plait à notre souveraineté ! » Comme militants communistes embarqués sur le même navire, nous ne sommes pas d’accord avec cette conception de la « souveraineté » du PCF. Si elles prolongent ce qui s’est fait aux municipales, les alliances du PCF aux prochaines échéances électorales porteront gravement atteinte à la crédibilité du PCF et du Front de Gauche.

En réponse aux critiques du PG sur la stratégie électorale du PCF, les signataires de cette tribune ajoutent : « Notre erreur est précisément d’avoir progressivement fait du Front de gauche un rassemblement à visée principalement électorale ». Or comment caractériser, au juste, la stratégie d’alliances du PCF avec le PS au premier tour des municipales, sinon comme une « visée » non seulement « électorale », mais même principalement électoraliste, sans principe, subordonnée au seul objectif à court terme d’obtenir un maximum d’élus ? Enjambant sans mot dire cette contradiction, les auteurs de la tribune s’élèvent alors très au-dessus des considérations bassement « électorales » et ouvrent la perspective suivante : « De nouveaux espaces d’intervention populaire doivent être mis en place avec l’objectif de créer une nouvelle culture politique dans le pays. Cela nécessitera un travail de proximité par la création de milliers d’espaces dans les quartiers, les villages et sur les lieux de formation et de travail. Non des assemblées qui servent de tribune aux composantes du Front de gauche, mais des ateliers politiques en lien avec les luttes sociales pour reconstruire progressivement un lien de confiance avec les citoyens, les travailleurs, les jeunes de notre pays et co-élaborer avec eux un projet alternatif de gauche. »

Tous les militants du PCF seront d’accord avec le projet d’enraciner le Front de Gauche dans la population. Le PCF devrait toujours être au cœur des luttes et des débats qui traversent le mouvement ouvrier. Ceci devrait occuper une place plus importante dans la vie interne et publique du parti, qui a trop tendance à être rythmée par les campagnes électorales. Mais pour que le « travail de proximité » rencontre un écho favorable dans la population, pour que les militants communistes sur le terrain n’occupent pas trop seuls les « milliers d’espaces » qu’il s’agit de créer, il faut que la stratégie électorale du PCF soit claire et cohérente. Chassée par la porte, cette question reviendra par la fenêtre. Le PCF ne pourra pas progresser sans une rupture politique claire avec le PS, notamment en matière de stratégie électorale. Sans une telle rupture, on aura le plus grand mal à impliquer la population dans nos activités publiques contre les politiques d’austérité. Le double jeu – alliances avec le PS au plan électoral, lutte contre l’austérité « sur le terrain » – nous mettra (et nous met déjà) dans une position intenable.

Les dirigeants communistes signataires de cette tribune avancent encore une autre explication du reflux du Front de Gauche : ses débats internes se seraient « transformé(s) ces derniers mois en une bataille de leadership illisible pour nos concitoyens. » Or en réalité il n’y a pas de « bataille de leadership ». Pour la masse de la population, le « leadership » du Front de Gauche se confond largement avec la personne de Jean-Luc Mélenchon. C’est une conséquence de sa candidature à la présidentielle, de la radicalité de sa campagne de 2012 et de l’enthousiasme qu’elle a suscité. Les signataires de la tribune en question le savent parfaitement. Cette histoire de « bataille de leadership » ne sert qu’à couvrir – pour ne pas en parler – les divergences politiques et stratégiques qui se sont exprimées, à l’occasion des municipales (mais pas seulement), sur l’attitude que le Front de Gauche doit adopter à l’égard du PS.

Le PG, les Verts et la « gauche du PS »

La direction du PG a elle aussi contribué à affaiblir le Front de Gauche, en particulier avec sa stratégie d’alliances avec les Verts (EELV) et sa perspective de constituer avec ce parti une « nouvelle majorité ».

Jusqu’au lendemain des élections municipales, les Verts (EELV) étaient au gouvernement – et donc comptables de la politique réactionnaire de François Hollande. Ils ont quitté le gouvernement dans l’espoir de ne pas être entrainés par le PS dans sa chute. Aux européennes, ils ont tout de même perdu 1,1 million de voix par rapport à 2009. C’est le parti qui a perdu le plus de voix. Il aurait encore plus reculé s’il n’avait pas quitté le navire « socialiste » en perdition, après y avoir loyalement soutenu les contre-réformes et les coupes budgétaires. Combien des 1,1 million de voix perdues par les Verts se sont reportées sur le Front de Gauche ? Aucune ou très peu. Un certain nombre d’entre elles se sont sans doute portées sur les listes UDI-Modem, qui a gagné 450 000 voix par rapport à 2009. Le sénateur EELV Jean-Vincent Placé n’a pas tardé à tirer ses propres conclusions du scrutin européen : il propose à son parti de se tourner vers le Modem.

La direction du PG a sans cesse cherché à attirer les responsables d’EELV sur le terrain de « l’écosocialisme ». Mais ces derniers sont acquis à l’économie de marché ; ils ne veulent pas entendre parler du socialisme authentique. En conséquence, leur programme « écologique » est parfaitement compatible avec les politiques d’austérité, qu’ils n’ont pas hésité à défendre au gouvernement. Or dans le contexte actuel, tous les partis qui seront liés aux politiques d’austérité, d’une façon ou d’une autre, seront sévèrement sanctionnés. C’est l’une des principales leçons des élections européennes. Se tourner vers EELV, c’est se tourner vers une baudruche électorale déjà complètement discréditée aux yeux des éléments les plus radicalisés de la jeunesse et du salariat. C’est donc s’exposer, par ricochet, au même discrédit. Et qu’on ne pense pas régler ce problème en expliquant se tourner uniquement vers la « gauche » des Verts : si tant est qu’une chose pareille existe et pèse quoi que ce soit, personne n’en est informé – et cela n’a du moins aucune espèce d’existence distincte dans la conscience des masses. Par exemple, tous les députés Verts ont voté la contre-réforme du rail au Parlement.

La stratégie du PG à l’égard des Verts (ou de la « gauche du PS ») suscite de nombreux débats de sa base à son sommet. Le 18 juin, Jean-Luc Mélenchon évoquait sur son blog le « rapport du Front de Gauche aux dissidents socialistes et Verts ». Il écrivait : « La réunion de mes amis en Conseil national m’a rendu le service que j’en attendais : y voir plus clair. Un point en particulier m’a frappé. Quelque chose que je n’avais pas vu, du fait de mon implication personnelle dans les discussions avec les partenaires institutionnels de la gauche. Beaucoup me mettent en garde : les regroupements de groupes et partis politiques ne sont pas l’essentiel à cette heure. Il existe une lame de fond de rejet de tout ce qui touche à « la politique ». L’activité de ceux qui veulent tourner la page de ce système ne doit surtout pas donner l’impression de résumer sa préoccupation à la préparation d’élections et aux alliances qui vont avec. J’entends ce message et je crois qu’il touche juste. Surtout si l’on tient compte du fait que les « dissidents » socialistes et Verts sont pour l’instant plus forts en mots qu’en actes. […] Beaucoup d’entre eux veulent surtout négocier des corrections à l’intérieur de la trajectoire définie par le gouvernement. »

C’est exact. Mais il faut préciser une chose : la « lame de fond de rejet » ne frappe pas « tout ce qui touche à la « politique » » en général. Elle frappe surtout les partis politiques qui se situent « à l’intérieur de la trajectoire définie par le gouvernement », comme l’écrit Mélenchon, c’est-à-dire qui défendent une politique d’austérité – ou qui se trouvent associés, notamment par des alliances électorales, à des partis qui défendent une politique d’austérité. C’est en cela que résidait la grave erreur des alliances du PCF avec le PS – et du PG avec les Verts – au premier tour des élections municipales.

Mélenchon, cependant, ne tire pas toutes les conclusions de ce qu’il avance. Dans la même note de blog, il écrit en effet : « Les Verts ont donné la consigne de ne pas voter le collectif budgétaire du gouvernement, c’est-à-dire l’inepte pacte de responsabilité. Quand on vote contre le budget, qu’est on, sinon dans l’opposition ? Ainsi, d’un seul coup, quels que soient, pour finir, la réalité et le nombre des votes négatifs des députés Verts, l’opposition de gauche s’élargit d’un parti supplémentaire. » Non : l’« opposition de gauche » ne s’est pas élargie d’un millimètre sous prétexte que la direction nationale des Verts donne des consignes que les députés Verts s’empressent de ne pas respecter. La direction nationale, d’ailleurs, ne leur en demande pas tant. Ses pseudo-consignes font partie intégrante de manœuvres visant à « négocier des corrections à l’intérieur de la trajectoire définie par le gouvernement ». Dès lors, présenter les Verts comme faisant partie de « l’opposition de gauche », ce n’est pas renforcer celle-ci, c’est au contraire la discréditer aux yeux de tous ceux qui cherchent une alternative de gauche sérieuse à la politique réactionnaire du gouvernement.

Les mêmes remarques s’appliquent évidemment aux socialistes « dissidents ». La « gauche du PS » n’a jamais été dans un aussi piteux état. Formés à l’époque de la réaction idéologique et de la relative croissance économique des années 90 et 2000, ses cadres n’ont pas d’autre horizon que l’économie de marché. Face à la politique réactionnaire du gouvernement, ils protestent, s’agitent, menacent de ne pas voter la confiance à Manuel Valls – puis, lassés par tant d’émotions, capitulent. Sur les quelque 90 députés socialistes qui avaient signé un texte menaçant de ne pas voter la confiance, seuls 11 se sont abstenus, finalement. Tous les autres ont voté pour. Aucun n’a voté contre. Tout ce que ces « dissidents » osent demander au gouvernement, c’est un peu moins d’austérité, un peu moins de coupes budgétaires, comme si celles-ci étaient quand même inévitables. En conséquence, la « gauche du PS » n’existe guère plus que la « gauche des Verts » dans la conscience de la population. Lorsqu’on leur parle de députés PS « dissidents », les travailleurs regardent vers les bancs socialistes de l’Assemblée nationale, mais ne perçoivent qu’un magma indifférencié votant les coupes budgétaires avec plus ou moins d’enthousiasme. Ils en concluent, à juste titre, qu’on cherche à leur faire prendre des vessies pour des lanternes.

Mélenchon ajoute un élément important, dans la même note de blog. Il appelle le Front de Gauche à se tourner vers les luttes : « le cœur du moment est dans l’action de combat et dans les luttes à épauler et conforter autant qu’on le peut. C’est là qu’est le moteur du Front du peuple que nous voulons faire émerger. […] c’est à l’aide aux luttes de terrain qu’il faut s’appliquer. » C’est tout à fait correct. Malheureusement, le comportement de la direction du PCF, pendant la récente grève des cheminots, a abouti au résultat contraire. Nous y reviendrons ailleurs. Ce qui est clair, c’est que le Front de Gauche doit se tourner en priorité vers les salariés en lutte contre le patronat et la politique gouvernementale. Il doit développer son implantation parmi les éléments les plus combatifs de la classe ouvrière. Le PCF et le PG doivent tourner le dos aux alliances sans principe et aux manœuvres d’appareils avec le PS et les Verts, au profit d’un travail patient et systématique en direction des millions de jeunes et de travailleurs qui cherchent une alternative au capitalisme en crise.

Le programme du Front de Gauche

Le Front de Gauche doit être au premier rang de toutes les luttes contre l’offensive du patronat et du gouvernement « socialiste ». Mais il doit aussi défendre un programme qui s’attaque aux causes fondamentales de la crise du capitalisme et de la régression sociale qu’elle entraîne. On ne doit pas seulement aider les travailleurs en lutte ; on doit s’efforcer de les entraîner dans une lutte politique contre le système capitaliste dans son ensemble. Pour ce faire, il nous faut un programme qui lie étroitement les revendications immédiates des travailleurs à l’objectif d’une rupture avec le système capitaliste.

Dans le Programme de Transition (1938), écrit en pleine crise des années 30, Trotsky soulignait que dans le cadre du « capitalisme pourrissant […], il ne peut plus être question de réformes sociales systématiques ni de l’élévation du niveau de vie des masses », que « la bourgeoisie reprend chaque fois de la main droite le double de ce qu’elle a donné de la main gauche », et qu’enfin « chaque revendication sérieuse du prolétariat et même chaque revendication progressive de la petite bourgeoisie conduisent inévitablement au-delà des limites de la propriété capitaliste ». [Nous soulignons]

Ces quelques lignes s’appliquent parfaitement à la situation actuelle. Le capitalisme est aujourd’hui au moins aussi « pourrissant » qu’à la fin des années 30. A ce propos, Eric Coquerel (PG) écrit sur la question de l’emploi : « les délocalisations des entreprises sont des plaies insupportables pour les premiers intéressés, leurs salariés, mais aussi les populations autour. […] Pour cette raison, il faut une mesure concrète emblématique à même de répondre à chaque cas et de montrer que l’on peut rompre avec le « laisser aller, laisser faire » et l’idée que rien n’est plus possible. Je propose le mot d’ordre de « réquisition ». Elle serait appliquée à toute entreprise bénéficiaire qui annonce une délocalisation. L’Etat et les collectivités aideraient ensuite à la poursuite de son activité soit par un soutien financier et technique à un redémarrage en SCOP […], soit, selon l’importance, et le caractère stratégique du secteur, une nationalisation. »

Les mots d’ordre avancés par Coquerel – « réquisition », « nationalisation » – vont exactement dans le sens de ce qu’indiquait Trotsky : il est désormais impossible de défendre sérieusement nos conditions de vie et nos emplois sans empiéter sur la grande propriété capitaliste. La façon dont Coquerel formule la revendication de nationalisation n’est pas entièrement satisfaisante ; par exemple, nous ne pensons pas que seules les entreprises « bénéficiaires » devraient être concernées. Mais ce qu’écrit le dirigeant du PG va dans la bonne direction. Et il faut en tirer les conclusions pour l’ensemble de l’économie, à commencer par le secteur bancaire, dont la nationalisation – sous le contrôle des salariés et de la population – devrait occuper une place centrale dans le programme et l’agitation quotidienne du Front de Gauche. Compte tenu de la gravité de la crise, le programme du Front de Gauche doit, selon les mots de Trotsky, « conduire au-delà des limites de la propriété capitaliste ».

« Révolution citoyenne » et « révolution socialiste »

Dans sa note du 18 juin, Mélenchon revient sur son projet de « révolution citoyenne » : « il ne s’agit pas de nommer sans le dire l’ancienne idée de « révolution socialiste ». Il s’agit d’autre chose ». La révolution citoyenne, explique-t-il, « se donne pour objectif et pour méthode la démocratie partout et jusqu’au bout, au service du bien de tous ». Elle aurait comme « acteur » le « peuple, concept qui inclut le salariat mais ne s’y réduit pas puisqu’il intègre tous ceux que la condition urbaine met en situation d’interdépendance ».

Le « peuple » ainsi défini comprend des gens tels que Liliane Bettencourt, Martin Bouygues ou Serge Dassault, pour ne citer que quelques spécimens de cette classe de parasites qui détient le véritable pouvoir dans le pays. Or on suppose que la direction du Front de Gauche ne compte pas sur eux pour être des « acteurs » de la « révolution citoyenne ». Aussi pensons-nous qu’il vaut mieux nous en tenir à l’ancienne idée marxiste – qui n’a pas pris une ride – selon laquelle la classe révolutionnaire de la société moderne est le salariat, c’est-à-dire la classe ouvrière, laquelle peut et doit se placer à la tête de toutes les autres couches opprimées de la population dans leur lutte commune pour renverser l’ordre établi. C’est cette union des travailleurs et de toutes les couches opprimées qui constitue « l’acteur » de la révolution socialiste. Quant au fait que le salariat soit la classe révolutionnaire par excellence, de nos jours, cela découle de sa position privilégiée dans les rapports de production capitalistes : sans l’aimable permission des travailleurs, pas un téléphone ne sonne, pas une ampoule ne brille – et pas un train ne roule.

L’identification du « peuple » – comme « acteur » de la « révolution citoyenne » – à « tous ceux que la condition urbaine met en situation d’interdépendance » n’est pas une bizarrerie doctrinale accidentelle. Elle découle d’une analyse erronée des résultats électoraux du Front de Gauche. Selon cette analyse, il faut prendre garde de ne pas effrayer les « classes moyennes » avec un programme trop « radical » (qui sonnerait trop « révolution socialiste »). On trouve par exemple cette idée dans un texte publié par Guillaume Etievant, membre de la direction du PG, le 3 juin dernier : « nos divisions, notre radicalité et notre manière de communiquer nous ont coupés d’une partie de l’électorat de la classe moyenne que nous avions réussi à convaincre en 2012. » [Nous soulignons]. Plus loin, il suggère de ne pas « radicaliser davantage notre programme ».

Ce point de vue erroné n’est pas nouveau dans l’histoire du mouvement ouvrier. Il ne faudrait pas se « couper des classes moyennes » par un programme trop radical ? Mais les classes moyennes, par définition, ne sont pas homogènes : ses couches supérieures penchent vers la classe capitaliste, ses couches inférieures – qui embrassent la grande majorité des classes moyennes – penchent vers la classe ouvrière. La masse des classes moyennes, sur laquelle la crise du capitalisme pèse lourdement, n’a pas d’identité politique propre ; elle oscille sans cesse entre les deux classes fondamentales de la société : les travailleurs et les grands capitalistes. Dans sa recherche d’une issue à la crise, elle se tournera vers la classe la plus déterminée et la plus combative. En modérant notre programme, c’est-à-dire en le condamnant à l’impuissance, on ne gagne pas les classes moyennes : on désarme la classe ouvrière – et, ce faisant, on jette les classes moyennes dans les bras de la réaction. Lénine a expliqué cette dynamique de classe à de nombreuses reprises. C’est là encore une « idée ancienne », mais toujours d’une grande actualité. La poussée électorale du FN en est une illustration évidente.

Le Front de Gauche doit radicaliser son programme, justement. Cela signifie d’abord qu’il doit préciser le rapport de la « révolution citoyenne » à la grande propriété capitaliste. C’est la question centrale. De deux choses l’une : soit la « révolution citoyenne » laisse les banques et tous les grands leviers de l’économie entre les mains des capitalistes, auquel cas elle laisse le système intact et ne mérite pas le nom de « révolution » ; soit elle vise à exproprier les grands capitalistes et placer l’économie sous le contrôle démocratique des salariés, auquel cas il s’agit de l’« ancienne idée » de révolution socialiste, qui est plus que jamais d’actualité. Aucune innovation terminologique n’éliminera cette alternative fondamentale de notre époque. La grande révolutionnaire Rosa Luxemburg la résumait ainsi : socialisme ou barbarie.

Les « adhésions directes » au Front de Gauche

L’échec électoral du Front de Gauche a remis sur le tapis la question des « adhésions directes », c’est-à-dire la possibilité d’adhérer au Front de Gauche sans adhérer à l’une de ses organisations constituantes. La direction du PG y est toujours favorable, mais nombre de dirigeants du PCF y sont opposés (notamment les signataires de la tribune citée plus haut). Ils redoutent que cela renforce l’emprise du PG et de Mélenchon sur le Front de Gauche. De très nombreux militants communistes craignent que cela affaiblisse le parti sur le plan organisationnel. Or cette question ne doit pas être posée en termes strictement organisationnels. Si le Front de Gauche ne vire pas vers la gauche en rompant avec le PS et les Verts, d’une part, et d’autre part en adoptant un programme plus combatif, les « adhésions directes » ne seront ni un problème, ni une solution, car il y en aura sans doute assez peu dans l’immédiat.

La politique des dirigeants du PCF affaiblit sans cesse le parti depuis de nombreuses années. Notre problème, ce n’est pas les adhésions directes au Front de Gauche, mais les démissions directes du PCF, ainsi que nos difficultés à intégrer les nouveaux adhérents. Selon les chiffres officiels, le PCF est tombé de 79 000 cotisants fin 2008 à 64 000 fin 2012. Les éléments les plus radicalisés de la société, qui par définition auraient leur place dans un parti communiste, ont observé sans enthousiasme les alliances du PCF avec le PS aux municipales. Et ils ne sont pas plus enthousiasmés par les discours ambigus des dirigeants du parti, qui par exemple refusent toujours de se présenter comme une « opposition de gauche » au gouvernement de François Hollande.

Si le PCF avait un programme véritablement communiste, s’il était perçu comme le parti le plus à gauche du Front de Gauche, il n’aurait rien à perdre aux adhésions directes. Au contraire. Le Front de Gauche serait un pôle d’attraction dans lequel le PCF puiserait de nouveaux adhérents parmi les plus combatifs. Mais ce n’est pas ainsi que les choses se présentent aujourd’hui. Le PCF est perçu, non sans raison, comme se situant sur la droite du Front de Gauche. C’est le fond du problème, auquel les militants du parti doivent s’attaquer en priorité.

Conclusion

La crise du capitalisme français est loin d’être terminée. Dans le cadre de ce système, les conditions de vie de la masse de la population continueront de se dégrader. A l’instar des gouvernements « socialistes » grecs et espagnols, il y a quelques années, l’actuel gouvernement « socialiste » français continuera de mener une politique calquée sur les intérêts du grand patronat. Comme l’écrit Alan Woods dans un article sur les élections européennes : « Hollande est sans doute parvenu à la conclusion qu’il n’a plus rien à perdre et peut poursuivre sa course vers la droite. Bien sûr, c’est suicidaire à la fois pour lui et pour le PS. Mais comme les vieux Samouraïs, les dirigeants socio-démocrates préfèrent se tuer avec leur épée que se livrer au déshonneur d’abandonner le système capitaliste à son propre sort. »

Des mobilisations syndicales ponctuelles, même très militantes, ne pourront au mieux que ralentir le rythme de la régression sociale. Le gouvernement se montrera inflexible, comme on l’a vu avec la grève des cheminots. Cela mènera inévitablement, à un certain stade, à une série de mobilisations de grande ampleur impliquant des travailleurs de plusieurs secteurs de l’économie. Des explosions de la jeunesse – dans les lycées, les facs et les quartiers – sont également à l’ordre du jour. Si le Front de Gauche parvient à se connecter à ces luttes, s’il défend un programme, des idées et une stratégie en phase avec l’humeur combative des éléments les plus radicalisés de la population, il peut rapidement se développer. Mais rien ne le garantit d’avance. S’il est perçu comme une force politique complice, de près ou de loin, des politiques d’austérité que mène le gouvernement, cela peut être fatal au Front de Gauche – et fatal, aussi, aux organisations qui le constituent.

Malgré ses erreurs et ses carences, le Front de Gauche conserve un ancrage dans les couches les plus politisées du mouvement ouvrier. Il a d’énormes réserves potentielles de soutien dans les masses. Les regards se tourneront de nouveau vers lui dans la période à venir. Il faut y contribuer et s’y préparer. Pour notre part, nous nous efforcerons de convaincre un maximum de camarades du PCF et du Front de Gauche de la pertinence des idées et du programme du marxisme. Ils sont la clé des succès futurs du Front de Gauche et de notre lutte pour en finir avec le système capitaliste pourrissant.

Municipales 2014 : le Front de gauche à la loupe – Par Roger Martelli

L’examen attentif des résultats du Front de gauche au premier tour, dans les villes de plus de 20.000 habitants, montre que son poids électoral est significatif et démontre l’importance de son projet politique… autant que la nécessité de le faire évoluer.

L’analyse est ici menée à partir d’un fichier de 259 communes de plus de 20.000 habitants, dans lesquelles n’a pas fonctionné une logique classique d’union de la gauche. Dans ces villes, trois grands cas de figure sont observés.

Dans le premier, le Front de gauche s’est présenté, avec toutes ses composantes, face à des candidatures du Parti socialiste (comme à Marseille ou Lille). Dans le second, le Parti communiste a reconduit des alliances avec le Parti socialiste (Comme à Paris, Grenoble ou Rennes), une partie du Front de gauche a constitué des listes sans lui. Enfin, dans quelques cas, face au PS, une alliance resserrée s’est constituée autour d’une des composantes du Front (PCF ou PG) ; parfois aussi elle s’est ouverte à des sensibilités différentes, écologistes (Grenoble) ou plus généralement alternatives (Rennes).

L’examen ici présenté s’en tient à ces cas de figure. Il n’inclut donc pas les cas où la totalité du Front de gauche se retrouve aux côtés de socialistes, notamment pour la reconduite de l’équipe sortante, comme à Nanterre, Gennevilliers ou Villeneuve-Saint-Georges. Les données brutes obtenues sont les alors suivantes.

1. Sur le total des 259 communes, les listes d’union de la gauche à direction socialiste et les listes socialistes proprement dites ont recueilli 26,9 %. Quant aux listes d’extrême gauche, animées par LO ou le NPA, elles ont obtenu 1,3 % des suffrages.

2. Les listes écologistes ont été présentes dans 65 de ces communes. Leurs scores vont de 2,3 % (Paris 16e) à 33 % (Paris 2e). Dans 25 cas, ils sont supérieurs à 10 %. Quand ils sont présents dans ce type de communes, les écologistes obtiennent 9,1 % (3 % sur le total de l’échantillon).

3. Les listes désignées par le ministère de l’Intérieur comme étant celles du Front de gauche ou comme des listes « alternatives » où figurent des composantes du Front ont regroupé un total de 8,2 % des suffrages exprimés. Leurs résultats sont bien sûr extrêmement variés. Dans les communes dont le maire sortant conduisait ou soutenait la liste de Front de gauche, ils sont toujours supérieurs à 20 %. Ailleurs, ils vont de 2,4 % (Agde) à 33,5 % (Lyon 1er secteur), en passant par les 24,7 % de Clémentine Autain à Sevran et les 25,8 % de Sofia Dauvergne à Romainville.

4. À l’élection présidentielle de 2012, Jean-Luc Mélenchon avait recueilli 12,4 % dans ces 259 communes. Les analyses de l’époque montraient les potentialités d’un vote qui associait des segments sociologiques variés et des territoires diversifiés, centres urbains tout autant que périphéries. Le Front commençait à agréger des forces, en combinant la force du refus et l’espoir, plus ou moins clair, d’une nouvelle donne à gauche. Il constituait ainsi une potion efficace à la montée du ressentiment populaire.

Les choix gouvernementaux ont cassé l’espérance et mué un peu plus la colère en ressentiment, nourrissant, à parts égales, l’abstention et le vote Front national. Le Front de gauche n’a pas été épargné par ce mouvement, d’autant plus que certains choix d’alliance du PCF ont brouillé son image. Mais, dans ce contexte, les résultats du Front montrent qu’il reste, pour une gauche de gauche, un gage d’avenir. Si l’on tient compte de que, dans les grandes agglomérations, une partie non négligeable de l’électorat communiste traditionnel a voté pour les listes socialistes d’union de la gauche, le résultat global des listes estampillées Front de gauche (8,2 %), dans la France la plus urbanisée, n’a rien de calamiteux. Dans bien des cas, comme à Grenoble, à Rezé ou à Rennes, la posture d’alternative a marqué heureusement le paysage politique local.

Il restera bien sûr à réfléchir pour assurer des progressions à venir. On devra par exemple tenir compte de la vivacité manifestée par de nombreuses listes qui se présentaient comme alternatives à un fonctionnement classique de l’institution politique, partisane comprise.

L’écho de listes dites « citoyennes » un peu partout, dans les villes-centres comme dans les périphéries, doit être interprété sérieusement. Tout comme le score très honorable des listes EE-LV, alors même que les écologistes soutiennent de fait les orientations négatives du pouvoir installé. Dans ces deux cas, ce qui a attiré les électeurs est l’impression qu’on leur offrait une option nouvelle face à un monde politique jugé ossifié.

Peut-être faudra-t-il se dire, après le second tour, que la question posée aujourd’hui n’est sans doute pas seulement de changer le contenu des politiques publiques, mais de changer la politique elle-même, la façon de faire tout autant que ce que l’on fait. Auquel cas, nous devrons apprendre à faire marcher de front la clarté du refus, l’audace des alliances dans la gauche de gauche et la capacité à incarner, dans les mots et la façon d’être, une authentique novation à gauche. À tous les échelons de territoire.

Edifiant Pierre Laurent, dis-nous, et le Front de Gauche dans tout ça ? par JA.M sur Mediapart

Edifiant Pierre Laurent, dis-nous, et le Front de Gauche dans tout ça ? Au lendemain du 1er tour des élections municipales 2014, lors de l’émission Mots Croisés du lundi 24 mars 2012, Yves Calvi pose la question suivante à Pierre Laurent :

– Un point de précision que j’adresse au Secrétaire National du Parti Communiste : Est-ce que vous ne regrettez pas toutes ces listes communes avec le PS, parce que finalement vous subissez la sanction vous aussi et sans être au gouvernement ?

Réponse de Pierre Laurent :

– Ecoutez non, nous subissons pas la sanction. On a beaucoup parlé de la mairie du Front National qui a été élue dimanche. Y a 37 maires communistes qui ont été élus dimanche soir, personne n’en parle. On parle de peut-être 9 maires Front national élus dimanche prochain. Je pense qu’il y aura plus de 80 maires communistes dans les villes de plus de 20 000 habitants qui seront élus dimanche prochain. Et ce qui frappe justement dans ce résultat c’est que la sanction exprimée à l’égard de la gauche n’est pas aveugle, parce qu’il y a effectivement là où nous menons des politiques municipales efficaces, soit avec des équipes dirigées par des communistes soit des fois avec aussi des maires socialistes il y a des résultats qui sont à contre-courant de cette sanction générale. (sic)

A aucun moment Pierre Laurent n’aura évoqué le Front de Gauche, à croire que seules l’intéressent les villes où les têtes de liste sont « comme une liste » … euh…. communistes, ce qui, dans le partenariat au sein du Front de Gauche, est le cas de l’immense majorité des listes. C’est Yves Calvi qui prononce à deux ou trois reprises le terme Front de Gauche, presque en fin d’émission, mais Pierre Laurent ne le reprendra pas, ou une seule fois, sans doute parce que la question du journaliste était orientée sur l’autre gauche. La première fois où le FDG est évoqué par Yves Calvi, Pierre Laurent répondra : « 26 maires communistes dans le Pas de Calais ». Pas une fois, lors de cette séquence, n’est sorti de sa bouche « Front de Gauche », alors qu’il a prononcé des dizaines de fois « les communistes ceci, les communistes cela ». J’ai songé à ce qui aurait été reproché à Jean-Luc Mélenchon si celui-ci passait son temps à égrener  « PG » en lieu et place de « FDG ». Bref !

Pierre Laurent aurait pu dire quand même : «  des maires issus du FDG, dont certains sont communistes », ou « Notre stratégie au Front de Gauche est ….,  etc. » ou bien : « Là où nous, communistes, nous avons décidé d’honorer le partenariat avec le Front de Gauche car, il est vrai que par endroits nous avons préféré nous allier avec les socialistes et non avec des candidats FDG etc. », nous ne lui aurions même pas demandé de préciser : « … pour des raisons strictement boutiquières et comptables. ».

Eh bien non, il ne dit pas Front de Gauche, il dit seulement :

–        37 maires communistes ont été élus dimanche.

–        il y aura plus de 80 maires communistes dans les villes de plus de  20 000 habitants qui seront élus dimanche prochain.

Basta ! Il suffit ! Khalass !

Mais par qui ces maires communistes ont été ou seront élus ? Par les seuls communistes ?  Non !  Mais seulement par les électeurs du Front de Gauche, qui ne sont pas communistes pour l’immense majorité d’entre eux. Et, nonobstant cela, ce grand stratège de la politique boutiquière, formule les choses ainsi : « des maires communistes », comme s’ils pouvaient ne devoir leur élection qu’aux seules voix communistes. On croit rêver ! On croit goûter à nouveau, étrangement, la même pastille aux couleurs de couleuvre que nous a fait sucer François Hollande entre le deuxième tour de la présidentielle et les élections législatives. Plusieurs camarades et moi-même n’avons pas attendus d’en éprouver le goût. On a recraché illico, et on s’est abstenus de voter au premier tour pour une tête de liste communiste, et nous récidiverons dimanche prochain, car, hélas, nous avons l’immense regret de n’être pas Grenoblois ou Parisiens. Voici la rançon, que beaucoup jugeront négligeable, aux stratégies boutiquières du PCF de ces derniers mois, et légitimée par la formulation des propos d’hier soir de Pierre Laurent, qui en dit long sur son partenariat avec le FDG et les attentes qu’il en a.

En effet, pendant tout ce temps où Piètre Laurent  égrène comme une liste : « communistes » , « communistes » , il n’est pas ou plus question que nous, les camarades du Front de Gauche non communistes, ayant jusqu’ici suivi les recommandations de nos dirigeants, notamment celles de Jean-Luc Mélenchon (car nous avons bien cerné l’objectif de la construction d’une alternative à gauche à la quelle nous croyons ardemment), nous votions pour un gugusse communiste, chef de liste dans nos villes, qui ambitionne de ramener une petite baballe municipale à Colonel F’ra-Rien, laquelle rebondira, à l’heure du bilan, vers colonel Laurent pour lui faire dire au son du tiroir-caisse : « Nous avons tant de mairies communistes. ».  Non mais !

De qui se moque-t-on ? Vont-ils encore longtemps tenir leur électorat tant assidu que potentiel, sinon en otage, du moins par l’oreille pour qu’il vote là où ils lui diront de faire afin de justifier le bien fondé d’une stratégie boutiquière qui sape l’élan du projet commun ? Non ! Nous ne voulons pas, par notre vote, que les dirigeants communistes puissent à terme se féliciter d’avoir adopté la meilleure stratégie pour eux-mêmes, quand bien même elle aura mis à mal la lisibilité globale du FDG.

Il suffit ! Khalass ! Basta !

Nous qui sommes membres PG ou sympathisants, ou socialistes exigeants et déçus, et qui par conséquent votons Front de Gauche, nous sommes nombreux à ne plus supporter la stratégie mercantile des dirigeants du PCF. Il devient clair que leur préoccupation essentielle est de se maintenir là où ils sont, voire d’augmenter ici ou là le nombre de leurs élus en pactisant au besoin avec le PS, quand ils jugent cela opportun pour leur crèmerie, au risque d’engendrer la plus grande confusion en nous assimilant, auprès de l’électorat que nous cherchons à conquérir, à des complices à géométrie variable des politiques de la gauche libérale que nous combattons.

Il est devenu trop criant que les dirigeants communistes se servent de l’outil FDG, qui a pourtant été créée à d’autres fins que celles de voir le PCF renouer avec des scores d’un passé plus ou moins glorieux, et, chemin faisant, trop criant qu’ils sapent une grande partie des efforts fournis par le peuple de gauche nouvellement rassemblé pour une alternative crédible au parti des Solfériniens.  Et le comble étant que bon nombre de ces militants sont des communistes fervents, ardemment animés par le projet de société que propose « l’humain d’abord », mais qui se trouvent en désaccord et douloureusement éprouvés par les tactiques politiciennes récentes de leurs dirigeants, lesquelles s’avéreront vaines bien qu’efficaces à briser l’élan que nous avions créée lors de la Présidentielle 2012 autour de Jean-Luc Mélenchon.

C’est la raison pour laquelle, nombre de sympathisants et militants FDG, à l’issue du choix de la fédération du PC parisien de s’unir à la liste PS d’Anne Hidalgo, amplifié par la suite par d’autres alliances du même acabit dans le pays, ont décidé de ne plus voter pour un candidat communiste qui se présente seul ou tête de liste, qu’il officie ou non sous la bannière FDG, sans qu’il se soit officiellement démarqué de la stratégie des instances dirigeantes de son parti. Et les propos tenus hier soir par Pierre Laurent, s’il en était besoin, radicalisent cette position.

Il serait plus que temps de clarifier le fonctionnement du partenariat des écuries politiques au sein du FDG et de l’assujettir à la réussite du projet commun ; d’établir en somme une charte rigoureuse et qui engage, et au besoin qui permette d’exclure. Personne au sein du FDG, et encore moins son électorat, ne devrait être là pour faire le jeu ou redorer le blason électoral de telle ou telle de ses composantes. A ce jeu là, le projet d’avenir demeurera soumis aux incessantes dissensions, aux querelles contre-productives et, pour finir, nous ne rassemblerons jamais autant que nous le pourrions, et demeurerons condamnés à des scores, hélas, toujours subsidiaires, à la grande satisfaction du libéralisme outrancier de la gauche solférinienne qui gouverne dans une alternance doucereuse avec la droite, et, hélas bientôt, avec les droites !

Un militant du PCF 44 démissionne et s’en explique dans une lettre ouverte à Aymeric SEASSEAU, principal responsable du PCF 44

Message du 26/02/14 20:10

De : « Yves ARDIL »

A : « pcf44seassau »

Copie à : sbl@pcf.fr

Objet : Démission de la fédé de Loire Atlantique

Après les propos calomnieux de la direction fédérale de Loire atlantique sur le mouvement contre l’aéroport de notre dame des landes, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

 Lettre ouverte

Camarade,

Je constate avec tristesse que le parti, auquel j’adhère depuis 1977, s’éloigne de plus en plus des valeurs de parti de classe défendant prioritairement l’intérêt humain en combattant avec fermeté le grand capital.

Je constate que tout va très bien pour les riches… quand des partis sensés les combattre s’arrangent pour leur ouvrir des boulevards de profits sans le moindre intérêt pour la population.

Je constate que le milliardaire Warren Buffet a tout à fait raison quand il affirme « Tout va très bien pour les riches…..Nous n’avons jamais été aussi prospères. C’est une guerre des classes et c’est ma classe qui est en train de gagner »

J’étais, comme grand nombre de communistes, opposé au projet de Notre Dame des Landes et présent à cette manifestation.

Depuis  40 ans que je suis sur Nantes, je n’ai jamais vu autant de forces de l’ordre dans les rues, et je n’ai jamais vu d’interdiction pour une manifestation de passer dans les rues principales.

Traiter les opposants de Notre Dame d’opposants violents est insupportable.

Comment un responsable du PCF peut-il avoir une telle analyse complètement déconnectée de la réalité ?

Comment un dirigeant du PCF peut-il minimiser l’ampleur de la mobilisation pacifique opposée au projet d’aéroport.

Cette minorité de casseurs, très éloignée du mouvement contre le transfert de l’aéroport « pour moi une cinquantaine en noir cagoulée très repérable par les forces de l’ordre  appelée « Black block »» a pu se livrer à ces violences, avec pour ma part, car l’ayant vécu, une certaine complicité des autorités.

Cela a permis de discréditer le mouvement et a permis aussi  aux forces de l’ordre de faire des manœuvres en réel dans les rues.

Je pense que l’ACIPA a tout fait raison de considérer que ces exactions sont indépendantes du mouvement et sont sous la seule responsabilité des autorités locales voir nationales.

Je ne pensais pas que des hauts dirigeants de mon parti puissent être aussi naïfs… Car je n’ose pas imaginer que se soit de la malhonnêteté de « camarades » –

« Aussi, nous n’acceptons pas que les monuments et symboles de la résistance à Nantes puissent être foulés du pied comme nous avons pu le constater hier »

Quels sont les monuments et symboles de la résistance à Nantes qui ont été foulés ?

A la manifestation, j’y étais, j’ai vu et j’ai vécu la même chose que cette personne qui témoigne (voir lien)

http://rue89.nouvelobs.com/2014/02/24/nddl-jetais-a-manif-nai-vu-meme-chose-les-teles-250203?fb_action_ids=664253450285129&fb_action_types=og.likes&fb_source=other_multiline&action_object_map=%5B1400010050260980%5D&action_type_map=%5B%22og.likes%22%5D&action_ref_map=%5B%5D

 Avant de porter des jugements, est-ce que tu étais là pour avancer « La gravité des événements interdit de se contenter d’évoquer une «minorité de casseurs » 

« Les événements d’hier étaient attendus, ils étaient prévisibles, ils auraient pu, ils auraient du être évités »

Comment peut-on encore défendre un tel projet quand plus de 56% de la population française est opposée à ce projet absurde, coûteux et, dans la période de crise que nous vivons, sans intérêt immédiat pour la population et le monde du travail.

Pour notre département, le déplacement de l’aéroport  aggravera le déséquilibre de diversité de l’emploi entre le  nord et le sud du département.

Le sud Loire deviendra un dortoir et les salariés seront obligés de passer  des heures dans les  bouchons pour se rendre à leur travail.

Il serait préférable d’investir sur le développement de l’aéroport existant et de rénover la ligne ferroviaire pour rendre l’aérogare et la gare de Nantes reliée.

Nous avons également besoin de mettre le périphérique à trois voies et hors d’inondations car c’est une  galère pour l’ensemble de la population.

Nous avons également besoin d’investir dans des équipements d’accueil pour nos ainés car le nombre de maisons de retraite dans l’agglomération est très insuffisant.

Bref, la liste est longue pour développer notre région dans le respect de l’environnement et l’intérêt de la population, et non celle de grands groupes dont leur seul objectif est de faire du profit à bon marché.

Je ne comprends pas comment des responsables et élus du Parti puissent se faire avoir comme cela par les forces du grand capital.

Cette alliance aveugle avec un parti (le PS) qui affirme son attachement au système capitaliste devient pour moi insupportable.

Je ne peux plus rester dans un parti qui fait en permanence le grand écart sur des sujets aussi important que celui-ci, car ce sont des choix de société que nous avons condamné dans notre programme lors de l’élection présidentielle, «  L’humain d’abord » –  paragraphe 4 – « Produire autrement ».

Tu comprendras bien que je ne peux plus rester membre de la fédération du PCF  de Loire Atlantique qui a choisi de faire alliance avec des partis politiques dont leur rapprochement avec le système dit « libéral », ne fait plus aucun doute.

Parce que les valeurs de la Fédération du PCF de Loire-Atlantique ne correspondent plus à celles  auxquelles j’avais adhéré, je me retire et je te demande d’annuler mon adhésion et mon prélèvement de cotisation à compter de ce jour.

Je continuerai à défendre les valeurs que j’ai toujours soutenues et qui me sont miennes.

Nantes le 26/02/2014

Yves Ardil

Dernier inventaire avant liquidation… De mon opposition désormais radicale et définitive à Pierre LAURENT et à sa ligne…

Je ne critique pas Pierre LAURENT seulement parce que je suis du PG. Ce n’est pas un réflexe grégaire de protection de ma famille politique et de son principal porte-parole contre celui d’une autre famille qui me fait agir. Contrairement à certaines critiques puériles qui ont été exprimées à l’encontre de Pierre LAURENT, ce n’est ni un « rival » ni un « jaloux » que, moi, je dénonce. Ce n’est pas davantage un « ego », que certains critiques disent hostile à un autre, que je fustige. Ma lecture du conflit que certain-e-s (dont je suis) ont avec Pierre LAURENT et celles et ceux qui suivent sa ligne, est autrement plus profond et bien moins clochemerlesque. C’est bien plus sur des éléments de haute politique que sur des arguments de caniveau que je forge mon opposition à ce qu’il incarne désormais. Je ne lui étais pas hostile dans le passé. C’est lui qui m’a fait évoluer et m’a contraint à lui retirer et mon estime et ma confiance.

Ce n’est pas parce que je suis d’un parti que je tape forcément sur les représentants des autres et que je n’adresse que des louangea systématiques aux « miens ». Je sais être critique aussi avec « les miens » quand je le juge nécessaire. Je ne prends mes ordres nulle part et de personne ! Je pense, je parle et j’agis en liberté totale, seulement limité par les lois républicaines de mon pays et par ce que me dicte ma conscience d’être responsable et humaniste. Mais Pierre LAURENT s’est comporté depuis des mois, et continue de se comporter, comme un sagouin. Non content de nous avoir planté un couteau dans le dos, plusieurs même, il en rajoute. Il ne s’agit pas seulement d’une divergence légitime entre des militant-e-s forcément divers mais d’un véritable sabotage en règle auquel lui et quelques-un-e-s de ses ami-e-s politiques se livrent. Et l’on voit où cela mène. Quand on étudie certaines choses plus en détail, on saisit pourquoi lui, André CHASSAIGNE et quelques autres, agissent ainsi. Or nous, au Parti de Gauche, nous refusons de nous ranger avec le Parti Solférinien. Nous l’avons toujours dit, depuis le premier jour. Le Parti de Gauche a été fondé, et le Front de Gauche avec lui, sur cette marque de fabrique, inédite parmi ceux qui prétendent au gouvernement de la France (le Nouveau Parti Anticapitaliste, lui, était déjà sur cette ligne mais n’aspirait pas forcément à gouverner) or c’est cela que Pierre LAURENT a torpillé et c’est une ligne de fracture MA-JEU-RE entre nous car ce faisant, il cautionne le pouvoir en place, il lui donne la possibilité de se maintenir plus longtemps en place, il empêche de mettre rapidement à bas l’ordre établi et il entretient le doute de nos concitoyen-ne-s sur nos intentions réelles.

Nous ne pouvons faire comme si de rien n’était pour que les choses s’arrangent. Ce n’est pas irresponsable que de parler haut, fort et clair sur l’indignité de cette décision de Pierre LAURENT et de celles et ceux qui le suivent, qui nous salit tous, qui nous handicape tous, qui nous empêche tous de progresser comme nous pouvions l’espérer, aussi bien en France qu’en Europe et dans le monde. Car ailleurs en Europe, nous retrouvons les mêmes situations, peu ou prou. De vieux partis communistes arc-boutés sur leurs anciennes traditions, des partis si éloignés de notre monde actuel, aux pratiques si éloignées aussi des aspirations populaires. On peut bien sûr croire avoir raison contre tout le monde mais on ne va pas bien loin dans ce cas. Les vieux partis communistes ou assimilés sont tous moribonds. Ceux qui ont survécu restent ultra minoritaires ou ont dû changer de nom et même s’allier avec les libéraux, plus ou moins sociaux… Les partis de gauche radicale qui ont progressé ces dernières années sont ceux qui ont compris le monde dans lequel nous vivons et ont commencé à proposer une alternative radicale fondée sur une nouvelle manière de penser et d’agir plutôt que sur le reproduction des habitudes du siècle dernier…

Lors du dernier congrès du Parti de la Gauche Européenne, ce que je dis ici s’est révélé de manière éclatante avec la mise au vote de la motion pour l’écosocialisme. Sachez, pour celles et ceux qui l’ignorent ou ne s’en sont pas déjà rendu compte en me lisant, que je hais, par principe et par le fruit de mes réflexions, les oppositions binaires et le manichéisme. Diviser le monde entre les bons et les méchants n’a jamais été ma façon de penser le monde. La vie n’est pas en blanc et noir. La vie est toute en nuances qu’il faut savoir distinguer si l’on veut taper juste. Sinon, on agit comme les pires totalitaires et on en comprend rien de ce qui se passe. Pourtant, quand il s’agit de voter sur un texte, hélas, le champ des possibles se réduit et on revient plus ou moins au manichéisme. On est pour ou on est contre, sauf à refuser de prendre part au vote… Et lors du vote auquel je fais ici allusion, eh bien nous avons vu, en quelque sorte, revenir la querelle des Anciens et des Modernes. Je ne suis pas toujours parmi les Modernes car la modernité ne garantit pas le progrès. Nous le voyons tous les jours. Parfois, la tradition est plus heureuse que la modernité. Mais quand il s’est agi de lancer le PGE sur un projet d’avenir digne de lui, ce sont les partis les plus récents qui ont voté oui et les plus anciens qui ont voté non. Le PG fut parmi les premiers, le PC avec les seconds. C’est un fait. Et je refuse de croire que ce vote n’ait pu être que le fruit de la divergence PC-PG ou Pierre LAURENT – Jean-Luc MÉLENCHON. C’est bien plus profond que cela !

D’où notre décision de mise en retrait du Parti de la Gauche Européenne. Pierre LAURENT incarne une ligne différente de la nôtre sur des sujets essentiels aux yeux du Parti de Gauche, parti de la révolution citoyenne et écologique. C’est son droit mais il est temps de dire que nous aurons du mal à gouverner ensemble quand nous pensons, nous, que la coupure définitive avec le PS et ses bagages accompagnés, comme la sortie du nucléaire ou un positionnement révolutionnaire face à l’Union Européenne et à l’euro (trois questions majeures entre toutes mais parmi bien d’autres) est indispensable. Sur ces sujets tellement essentiels, il me semble que, au PG, nous ne sommes pas vraiment en phase avec Pierre LAURENT et ceux qui le suivent. Alors il faut en tirer les conséquences.

Ces divergences auraient peut-être pu se réduire peu à peu si les uns n’avaient pas, aussi odieusement, cherché à saboter l’oeuvre commune. Mais la confiance a été rompue et il est désormais illusoire de chercher à la restaurer.

Je sais bien que le PG n’est pas unanime. C’est un parti divers et ses militants débattent entre eux. Nous ne sommes pas des clones. Ma ligne personnelle n’est pas forcément celle de tous. Je le sais et je l’accepte. Je n’impose rien à personne. Je ne parle qu’en mon nom. Tant que globalement le PG et Jean-Luc MÉLENCHON, ou les principaux porte-parole du PG, nationaux ou locaux, n’ont pas un discours ou des actes que je juge antinomiques avec ma philosophie et mes espérances, je reste militant du PG et fier de l’être. Mais je ne suis lié qu’aussi longtemps que je le veux bien et que je me reconnais dans une action collective. En même temps, je me considère comme un militant de quelque chose de bien plus grand que le seul PG.

Ce quelque chose était en partie constitué par le Front de Gauche, en partie seulement. Je n’ai cessé de dire que je souhaitais un élargissement et du PG et du FdG. Pour y arriver il aurait fallu passer des paroles aux actes, en ouvrant enfin la possibilité, statutairement parlant, juridiquement parlant, de l’adhésion directe. Certains en défendaient l’idée (en étant plus ou moins de bonne foi), d’autres s’y opposaient. De fait, rien ne fut fait donc on peut imaginer que les seconds étaient majoritaires, aidés peut-être en sous-main par les hypocrites et les malhonnêtes de ceux qui se classaient parmi les premiers… Du coup, les citoyen-ne-s souhaitant s’impliquer sans rallier un des partis se sont lassés et ont tourné les talons. On a perdu bien des énergies, bien du sang neuf… C’est dommage et extrêmement préjudiciable.

Aujourd’hui, je suis de ceux qui pensent, constatant les dégâts, que le Front de Gauche est moribond et qu’il faut construire autre chose. Je pousse doucement en ce sens mais je suis minoritaire parmi les miens qui croient, ou veulent croire encore, en un Front de Gauche sauvegardé, puis renforcé, qui gagnerait des batailles demain et après-demain. Quand on aura tu ou réglé nos divergences…

Pour moi, le Front de Gauche dans son état actuel, avec ses hostilités internes et ses lignes de fracture sur des sujets majeurs, qui ne peuvent être ramenées, à l’inverse de ce que disent certain-e-s, à des querelles d’égos, mais qui, au contraire, reflètent des stratégies et des projets très différents, ne pourra pas gagner de bataille. « A House divided cannot stand » disait le président Abraham LINCOLN à propos des États-Unis au bord de la guerre de Sécession (traduction: Une maison divisée ne peut pas tenir debout). Cette réflexion s’applique à merveille au Front de Gauche actuel. De même, une armée désunie dont certains généraux passent à l’ennemi et dont les différents régiments s’opposent les uns aux autres sur le plan de bataille et sur les objectifs de la guerre, ne peut que connaître la défaite. La stratégie militaire pour ce qui concerne la théorie, l’histoire pour ce qui est de la pratique, nous apprennent que des armées parfois réduites à un petit nombre sont bien plus puissantes ou efficaces que des armées pléthoriques où personne ne s’entend… Certes ni le Parti de Gauche ni le Front de Gauche ne sont des armées pléthoriques mais l’image dit bien ce que je pense.

Le Parti de Gauche a vocation à s’élargir. Je continue à penser que nous devons oeuvrer à constituer une famille politique nouvelle, dépassant le cadre à la fois du Parti de Gauche et du Front de Gauche. Je ne dis pas qu’il faille créer un nouveau parti qui serait un super Parti de Gauche. Je ne dis pas davantage que le Parti de Gauche doit dompter ou tuer ou faire une OPA ou user de je ne sais quelle action hostile envers le PCF. Je dis qu’il faut innover et imaginer autre chose que le PG, que le PCF ou que le Front de Gauche. Il faut parler au peuple dans sa diversité, en s’émancipant un peu des frontières politiques trop affirmées. Nous savons qui nous sommes et pourquoi nous le sommes. Nous nous pensons de gauche parce que nous avons de notre histoire politique une vision reflétant une réalité incontestable où la gauche a souvent été plus progressiste que la droite. Mais cela n’a pas toujours été vrai non plus. Ni en France ni ailleurs! C’est pourquoi il faudrait penser le monde autrement que sur cette ligne de fracture là. Les conflits politiques dans le monde, les oppositions politiques en France, en Europe et sur tous les continents, ne peuvent être résumées, ni définies, seulement par le prisme traditionnel de la gauche et de la droite avec parfois un centre gravitant tantôt autour de la droite, tantôt autour de la gauche, tantôt en solitaire. Les lignes de fracture sont d’un ordre différent et nous devons saisir ce changement majeur et y répondre avec à propos. Si nous restons enfermés dans nos cadres habituels, nous ne serons pas majoritaires car nous ne parviendrons pas à créer les ponts indispensables entre les citoyen-ne-s français qui ne se reconnaissent pas dans la « gauche » alors même qu’ils pourraient nous soutenir parce que sur le fond, nous défendons des idées et proposons des solutions qu’ils pourraient approuver.

Le PCF n’est plus en phase avec son temps. C’est cruel sans doute mais il ne sert à rien de le nier. C’est un fait. Le Parti de Gauche ne parvient pas non plus à l’être totalement, pas plus que le Front de Gauche ou que les autres composantes de ce Front. Pas plus que le Nouveau Parti Anticapitaliste. Pas plus qu’aucun autre parti. Aucun parti aujourd’hui, de droite à gauche, ne regroupe de forces importantes. Parce qu’un parti rassemble souvent sur un pré-carré et ne sait pas s’élargir à celles et ceux qui voient les choses autrement. Donc, outre ce que j’ai dit plus haut quant à la délimitation de notre parti et de notre Front à gauche, j’estime qu’un parti n’est plus aujourd’hui la forme la plus adaptée à l’action politique. Il faut une organisation plus souple, moins pyramidale, basée davantage sur des réseaux que sur une hiérarchie. Des milliers de citoyen-ne-s pourraient se sentir à l’aise dans une structure politique nouvelle, organisée différemment d’un parti, sans se sentir enfermés, enserrés, contraints. Cela fait des années que l’action politique citoyenne, de manière évidente, évolue dans ses modalités mais l’organisation institutionnelle ne suit pas, ne répond pas à la demande. Ne cherchons pas plus loin la raison de la faiblesse de nos partis, quels qu’ils soient. Le temps est fini de l’avant-garde éclairée. Certes des leaders sont utiles, voire indispensables, mais la force vient d’en bas. Cette force doit être organisée un tant soit peu par des leaders qui ne sont plus perçus comme des « chefs » mais comme des meneurs clairvoyants, habiles animateurs, adroits canalisateurs des énergies et des bonnes volontés des citoyen-ne-s. Certaines personnes ont ce talent, d’autres pas ! Réjouissons-nous d’en avoir quelques-uns parmi nous. Quant à la décision, celle-ci doit être collective, aussi souvent que possible. Bref, l’heure étant ce qu’elle est, les dangers étant ce qu’ils sont, il faut cesser aussi bien de nous tirer dans les pattes en permanence, de souffler le chaud et le froid, d’accélérer puis de freiner en permanence (ce qui use la machine…technique comme humaine !) mais il faut aussi cesser d’avoir peur de régler les conflits qui, s’ils sont méprisés, niés ou négligés, sont comme des tumeurs malignes qui grossissent en secret jusqu’au jour où elles vous tuent faute d’avoir été traitées et soignées. La politique de l’autruche est au moins aussi dévastatrice que celle du conflit. Si le conflit fait fuir les âmes faibles ou cette partie des gens qui refusent de faire des choix, la politique de l’autruche fait fuir, elle, toutes celles et tous ceux qui ne peuvent accepter de militer dans une structure qui ne sait pas où elle va ni avec qui elle doit y aller…

Bref, nous avons constaté de grosses divergences pour les élections municipales entre PG et une partie du PCF. J’ai bien peur que ceux qui croient que les Européennes nous permettront de jouer « Embrassons-nous Folleville » et de nous retrouver unis et aspirant tous au même avenir, ne déchantent cruellement.  Je crois que nous n’avons pas tout à fait le même dessin et que les divisions entre le PG et une partie du PCF vont demeurer, voire se révéler plus fortes encore. En fait, j’ai de plus en plus tendance à penser que la ligne de fracture n’est pas tant entre PG et PC qu’entre certaines parties du PG et certaines parties du PCF. Quand les uns, dont je suis, mettent au sommet de leur ligne de conduite un projet politique et cherchent ensuite la méthode pour être en situation de la mettre en oeuvre au pouvoir, localement ou globalement, d’autres dont je me sépare, pensent d’abord à s’unir sur le plus petit commun dénominateur (parce que l’unité est indispensable, que sans être unis, on ne pourra rien et toutes autres conseils du même ordre, si fulgurants et auxquels nous-mêmes n’avions jamais pensé…) et sont pour arriver à cela prêts à des compromissions que personnellement je ne saurais accepter.

Entre les compromis indispensables que nous devrons faire pour accéder au pouvoir et gouverner en vue de changer la donne politique en France, en Europe et dans le monde, et les compromissions auxquelles certain-e-s se livrent, il y a une vraie différence. Je suis prêt aux premiers, pas aux secondes ! Et j’ai la faiblesse de penser que si, dans mon positionnement politique stratégique inflexible, indomptable, je suis peut-être minoritaire au PG aujourd’hui, et que je le suis donc a fortiori au Front de Gauche et plus largement à gauche, ce n’est qu’une période transitoire… Au fur et à mesure que les jours s’écoulent, le nombre des radicaux de mon genre va croissant, au PG et aussi au-delà du PG. Si le NPA et le PG se rejoignent aujourd’hui, si des écologistes d’EELV ont choisi de rompre les rangs en faisant des listes avec nous pour les Municipales, si tant de communistes sont à nos côtés, partout en France, au moment même où certains communistes recréent ou maintiennent les liens avec les représentants de l’ordre établi, c’est qu’il est en train de se passer des choses d’une très forte densité. Les mouvements auxquels nous assistons, pour lents qu’ils soient, témoignent d’évolutions en profondeur. Ce sont des mouvements tectoniques qui auront des conséquences immenses sur la vie politique de ces prochaines années. Et je suis de ceux qui pensent qu’on n’en voit encore que les prémisses. La prise de conscience se fait pas à pas dans notre peuple et même parmi les militant-e-s. Certains militant-e-s sont plus lents que d’autres mais quand ils ont fait leur choix, ils sont résolus. C’est le cas des militant-e-s du PG.

Je crois que dans quelques semaines, le paysage politique français sera très différent de l’actuel. Et nos conversations de ces derniers mois paraîtront terriblement datées. Mais en même temps, certains militant-e-s ayant alimenté telle ou telle conversation, paraîtront avoir été plus perspicaces que d’autres… Dans quelques semaines, le PS aura quasi disparu de la scène. Son destin est celui du PASOK grec. La partie du PC qui a choisi de s’arrimer à l’astre mort comprendra alors quelle erreur stratégique majeure ils ont faite. Il sera trop tard pour pleurer. Le peuple va châtier les gouvernants qui n’auront pas oeuvré dans son intérêt et tous ceux qui, au premier plan ou en arrière-scène, auront agi un tant soit peu en serviteurs de l’ordre injuste qui règne aujourd’hui. Et à l’inverse, je pense que celles et ceux qui auront proposé une véritable ALTERNATIVE seront renforcés. On en reparlera…