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Parti Communiste Français

Edifiant Pierre Laurent, dis-nous, et le Front de Gauche dans tout ça ? par JA.M sur Mediapart

Edifiant Pierre Laurent, dis-nous, et le Front de Gauche dans tout ça ? Au lendemain du 1er tour des élections municipales 2014, lors de l’émission Mots Croisés du lundi 24 mars 2012, Yves Calvi pose la question suivante à Pierre Laurent :

– Un point de précision que j’adresse au Secrétaire National du Parti Communiste : Est-ce que vous ne regrettez pas toutes ces listes communes avec le PS, parce que finalement vous subissez la sanction vous aussi et sans être au gouvernement ?

Réponse de Pierre Laurent :

– Ecoutez non, nous subissons pas la sanction. On a beaucoup parlé de la mairie du Front National qui a été élue dimanche. Y a 37 maires communistes qui ont été élus dimanche soir, personne n’en parle. On parle de peut-être 9 maires Front national élus dimanche prochain. Je pense qu’il y aura plus de 80 maires communistes dans les villes de plus de 20 000 habitants qui seront élus dimanche prochain. Et ce qui frappe justement dans ce résultat c’est que la sanction exprimée à l’égard de la gauche n’est pas aveugle, parce qu’il y a effectivement là où nous menons des politiques municipales efficaces, soit avec des équipes dirigées par des communistes soit des fois avec aussi des maires socialistes il y a des résultats qui sont à contre-courant de cette sanction générale. (sic)

A aucun moment Pierre Laurent n’aura évoqué le Front de Gauche, à croire que seules l’intéressent les villes où les têtes de liste sont « comme une liste » … euh…. communistes, ce qui, dans le partenariat au sein du Front de Gauche, est le cas de l’immense majorité des listes. C’est Yves Calvi qui prononce à deux ou trois reprises le terme Front de Gauche, presque en fin d’émission, mais Pierre Laurent ne le reprendra pas, ou une seule fois, sans doute parce que la question du journaliste était orientée sur l’autre gauche. La première fois où le FDG est évoqué par Yves Calvi, Pierre Laurent répondra : « 26 maires communistes dans le Pas de Calais ». Pas une fois, lors de cette séquence, n’est sorti de sa bouche « Front de Gauche », alors qu’il a prononcé des dizaines de fois « les communistes ceci, les communistes cela ». J’ai songé à ce qui aurait été reproché à Jean-Luc Mélenchon si celui-ci passait son temps à égrener  « PG » en lieu et place de « FDG ». Bref !

Pierre Laurent aurait pu dire quand même : «  des maires issus du FDG, dont certains sont communistes », ou « Notre stratégie au Front de Gauche est ….,  etc. » ou bien : « Là où nous, communistes, nous avons décidé d’honorer le partenariat avec le Front de Gauche car, il est vrai que par endroits nous avons préféré nous allier avec les socialistes et non avec des candidats FDG etc. », nous ne lui aurions même pas demandé de préciser : « … pour des raisons strictement boutiquières et comptables. ».

Eh bien non, il ne dit pas Front de Gauche, il dit seulement :

–        37 maires communistes ont été élus dimanche.

–        il y aura plus de 80 maires communistes dans les villes de plus de  20 000 habitants qui seront élus dimanche prochain.

Basta ! Il suffit ! Khalass !

Mais par qui ces maires communistes ont été ou seront élus ? Par les seuls communistes ?  Non !  Mais seulement par les électeurs du Front de Gauche, qui ne sont pas communistes pour l’immense majorité d’entre eux. Et, nonobstant cela, ce grand stratège de la politique boutiquière, formule les choses ainsi : « des maires communistes », comme s’ils pouvaient ne devoir leur élection qu’aux seules voix communistes. On croit rêver ! On croit goûter à nouveau, étrangement, la même pastille aux couleurs de couleuvre que nous a fait sucer François Hollande entre le deuxième tour de la présidentielle et les élections législatives. Plusieurs camarades et moi-même n’avons pas attendus d’en éprouver le goût. On a recraché illico, et on s’est abstenus de voter au premier tour pour une tête de liste communiste, et nous récidiverons dimanche prochain, car, hélas, nous avons l’immense regret de n’être pas Grenoblois ou Parisiens. Voici la rançon, que beaucoup jugeront négligeable, aux stratégies boutiquières du PCF de ces derniers mois, et légitimée par la formulation des propos d’hier soir de Pierre Laurent, qui en dit long sur son partenariat avec le FDG et les attentes qu’il en a.

En effet, pendant tout ce temps où Piètre Laurent  égrène comme une liste : « communistes » , « communistes » , il n’est pas ou plus question que nous, les camarades du Front de Gauche non communistes, ayant jusqu’ici suivi les recommandations de nos dirigeants, notamment celles de Jean-Luc Mélenchon (car nous avons bien cerné l’objectif de la construction d’une alternative à gauche à la quelle nous croyons ardemment), nous votions pour un gugusse communiste, chef de liste dans nos villes, qui ambitionne de ramener une petite baballe municipale à Colonel F’ra-Rien, laquelle rebondira, à l’heure du bilan, vers colonel Laurent pour lui faire dire au son du tiroir-caisse : « Nous avons tant de mairies communistes. ».  Non mais !

De qui se moque-t-on ? Vont-ils encore longtemps tenir leur électorat tant assidu que potentiel, sinon en otage, du moins par l’oreille pour qu’il vote là où ils lui diront de faire afin de justifier le bien fondé d’une stratégie boutiquière qui sape l’élan du projet commun ? Non ! Nous ne voulons pas, par notre vote, que les dirigeants communistes puissent à terme se féliciter d’avoir adopté la meilleure stratégie pour eux-mêmes, quand bien même elle aura mis à mal la lisibilité globale du FDG.

Il suffit ! Khalass ! Basta !

Nous qui sommes membres PG ou sympathisants, ou socialistes exigeants et déçus, et qui par conséquent votons Front de Gauche, nous sommes nombreux à ne plus supporter la stratégie mercantile des dirigeants du PCF. Il devient clair que leur préoccupation essentielle est de se maintenir là où ils sont, voire d’augmenter ici ou là le nombre de leurs élus en pactisant au besoin avec le PS, quand ils jugent cela opportun pour leur crèmerie, au risque d’engendrer la plus grande confusion en nous assimilant, auprès de l’électorat que nous cherchons à conquérir, à des complices à géométrie variable des politiques de la gauche libérale que nous combattons.

Il est devenu trop criant que les dirigeants communistes se servent de l’outil FDG, qui a pourtant été créée à d’autres fins que celles de voir le PCF renouer avec des scores d’un passé plus ou moins glorieux, et, chemin faisant, trop criant qu’ils sapent une grande partie des efforts fournis par le peuple de gauche nouvellement rassemblé pour une alternative crédible au parti des Solfériniens.  Et le comble étant que bon nombre de ces militants sont des communistes fervents, ardemment animés par le projet de société que propose « l’humain d’abord », mais qui se trouvent en désaccord et douloureusement éprouvés par les tactiques politiciennes récentes de leurs dirigeants, lesquelles s’avéreront vaines bien qu’efficaces à briser l’élan que nous avions créée lors de la Présidentielle 2012 autour de Jean-Luc Mélenchon.

C’est la raison pour laquelle, nombre de sympathisants et militants FDG, à l’issue du choix de la fédération du PC parisien de s’unir à la liste PS d’Anne Hidalgo, amplifié par la suite par d’autres alliances du même acabit dans le pays, ont décidé de ne plus voter pour un candidat communiste qui se présente seul ou tête de liste, qu’il officie ou non sous la bannière FDG, sans qu’il se soit officiellement démarqué de la stratégie des instances dirigeantes de son parti. Et les propos tenus hier soir par Pierre Laurent, s’il en était besoin, radicalisent cette position.

Il serait plus que temps de clarifier le fonctionnement du partenariat des écuries politiques au sein du FDG et de l’assujettir à la réussite du projet commun ; d’établir en somme une charte rigoureuse et qui engage, et au besoin qui permette d’exclure. Personne au sein du FDG, et encore moins son électorat, ne devrait être là pour faire le jeu ou redorer le blason électoral de telle ou telle de ses composantes. A ce jeu là, le projet d’avenir demeurera soumis aux incessantes dissensions, aux querelles contre-productives et, pour finir, nous ne rassemblerons jamais autant que nous le pourrions, et demeurerons condamnés à des scores, hélas, toujours subsidiaires, à la grande satisfaction du libéralisme outrancier de la gauche solférinienne qui gouverne dans une alternance doucereuse avec la droite, et, hélas bientôt, avec les droites !

Un militant du PCF 44 démissionne et s’en explique dans une lettre ouverte à Aymeric SEASSEAU, principal responsable du PCF 44

Message du 26/02/14 20:10

De : « Yves ARDIL »

A : « pcf44seassau »

Copie à : sbl@pcf.fr

Objet : Démission de la fédé de Loire Atlantique

Après les propos calomnieux de la direction fédérale de Loire atlantique sur le mouvement contre l’aéroport de notre dame des landes, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

 Lettre ouverte

Camarade,

Je constate avec tristesse que le parti, auquel j’adhère depuis 1977, s’éloigne de plus en plus des valeurs de parti de classe défendant prioritairement l’intérêt humain en combattant avec fermeté le grand capital.

Je constate que tout va très bien pour les riches… quand des partis sensés les combattre s’arrangent pour leur ouvrir des boulevards de profits sans le moindre intérêt pour la population.

Je constate que le milliardaire Warren Buffet a tout à fait raison quand il affirme « Tout va très bien pour les riches…..Nous n’avons jamais été aussi prospères. C’est une guerre des classes et c’est ma classe qui est en train de gagner »

J’étais, comme grand nombre de communistes, opposé au projet de Notre Dame des Landes et présent à cette manifestation.

Depuis  40 ans que je suis sur Nantes, je n’ai jamais vu autant de forces de l’ordre dans les rues, et je n’ai jamais vu d’interdiction pour une manifestation de passer dans les rues principales.

Traiter les opposants de Notre Dame d’opposants violents est insupportable.

Comment un responsable du PCF peut-il avoir une telle analyse complètement déconnectée de la réalité ?

Comment un dirigeant du PCF peut-il minimiser l’ampleur de la mobilisation pacifique opposée au projet d’aéroport.

Cette minorité de casseurs, très éloignée du mouvement contre le transfert de l’aéroport « pour moi une cinquantaine en noir cagoulée très repérable par les forces de l’ordre  appelée « Black block »» a pu se livrer à ces violences, avec pour ma part, car l’ayant vécu, une certaine complicité des autorités.

Cela a permis de discréditer le mouvement et a permis aussi  aux forces de l’ordre de faire des manœuvres en réel dans les rues.

Je pense que l’ACIPA a tout fait raison de considérer que ces exactions sont indépendantes du mouvement et sont sous la seule responsabilité des autorités locales voir nationales.

Je ne pensais pas que des hauts dirigeants de mon parti puissent être aussi naïfs… Car je n’ose pas imaginer que se soit de la malhonnêteté de « camarades » –

« Aussi, nous n’acceptons pas que les monuments et symboles de la résistance à Nantes puissent être foulés du pied comme nous avons pu le constater hier »

Quels sont les monuments et symboles de la résistance à Nantes qui ont été foulés ?

A la manifestation, j’y étais, j’ai vu et j’ai vécu la même chose que cette personne qui témoigne (voir lien)

http://rue89.nouvelobs.com/2014/02/24/nddl-jetais-a-manif-nai-vu-meme-chose-les-teles-250203?fb_action_ids=664253450285129&fb_action_types=og.likes&fb_source=other_multiline&action_object_map=%5B1400010050260980%5D&action_type_map=%5B%22og.likes%22%5D&action_ref_map=%5B%5D

 Avant de porter des jugements, est-ce que tu étais là pour avancer « La gravité des événements interdit de se contenter d’évoquer une «minorité de casseurs » 

« Les événements d’hier étaient attendus, ils étaient prévisibles, ils auraient pu, ils auraient du être évités »

Comment peut-on encore défendre un tel projet quand plus de 56% de la population française est opposée à ce projet absurde, coûteux et, dans la période de crise que nous vivons, sans intérêt immédiat pour la population et le monde du travail.

Pour notre département, le déplacement de l’aéroport  aggravera le déséquilibre de diversité de l’emploi entre le  nord et le sud du département.

Le sud Loire deviendra un dortoir et les salariés seront obligés de passer  des heures dans les  bouchons pour se rendre à leur travail.

Il serait préférable d’investir sur le développement de l’aéroport existant et de rénover la ligne ferroviaire pour rendre l’aérogare et la gare de Nantes reliée.

Nous avons également besoin de mettre le périphérique à trois voies et hors d’inondations car c’est une  galère pour l’ensemble de la population.

Nous avons également besoin d’investir dans des équipements d’accueil pour nos ainés car le nombre de maisons de retraite dans l’agglomération est très insuffisant.

Bref, la liste est longue pour développer notre région dans le respect de l’environnement et l’intérêt de la population, et non celle de grands groupes dont leur seul objectif est de faire du profit à bon marché.

Je ne comprends pas comment des responsables et élus du Parti puissent se faire avoir comme cela par les forces du grand capital.

Cette alliance aveugle avec un parti (le PS) qui affirme son attachement au système capitaliste devient pour moi insupportable.

Je ne peux plus rester dans un parti qui fait en permanence le grand écart sur des sujets aussi important que celui-ci, car ce sont des choix de société que nous avons condamné dans notre programme lors de l’élection présidentielle, «  L’humain d’abord » –  paragraphe 4 – « Produire autrement ».

Tu comprendras bien que je ne peux plus rester membre de la fédération du PCF  de Loire Atlantique qui a choisi de faire alliance avec des partis politiques dont leur rapprochement avec le système dit « libéral », ne fait plus aucun doute.

Parce que les valeurs de la Fédération du PCF de Loire-Atlantique ne correspondent plus à celles  auxquelles j’avais adhéré, je me retire et je te demande d’annuler mon adhésion et mon prélèvement de cotisation à compter de ce jour.

Je continuerai à défendre les valeurs que j’ai toujours soutenues et qui me sont miennes.

Nantes le 26/02/2014

Yves Ardil

Dernier inventaire avant liquidation… De mon opposition désormais radicale et définitive à Pierre LAURENT et à sa ligne…

Je ne critique pas Pierre LAURENT seulement parce que je suis du PG. Ce n’est pas un réflexe grégaire de protection de ma famille politique et de son principal porte-parole contre celui d’une autre famille qui me fait agir. Contrairement à certaines critiques puériles qui ont été exprimées à l’encontre de Pierre LAURENT, ce n’est ni un « rival » ni un « jaloux » que, moi, je dénonce. Ce n’est pas davantage un « ego », que certains critiques disent hostile à un autre, que je fustige. Ma lecture du conflit que certain-e-s (dont je suis) ont avec Pierre LAURENT et celles et ceux qui suivent sa ligne, est autrement plus profond et bien moins clochemerlesque. C’est bien plus sur des éléments de haute politique que sur des arguments de caniveau que je forge mon opposition à ce qu’il incarne désormais. Je ne lui étais pas hostile dans le passé. C’est lui qui m’a fait évoluer et m’a contraint à lui retirer et mon estime et ma confiance.

Ce n’est pas parce que je suis d’un parti que je tape forcément sur les représentants des autres et que je n’adresse que des louangea systématiques aux « miens ». Je sais être critique aussi avec « les miens » quand je le juge nécessaire. Je ne prends mes ordres nulle part et de personne ! Je pense, je parle et j’agis en liberté totale, seulement limité par les lois républicaines de mon pays et par ce que me dicte ma conscience d’être responsable et humaniste. Mais Pierre LAURENT s’est comporté depuis des mois, et continue de se comporter, comme un sagouin. Non content de nous avoir planté un couteau dans le dos, plusieurs même, il en rajoute. Il ne s’agit pas seulement d’une divergence légitime entre des militant-e-s forcément divers mais d’un véritable sabotage en règle auquel lui et quelques-un-e-s de ses ami-e-s politiques se livrent. Et l’on voit où cela mène. Quand on étudie certaines choses plus en détail, on saisit pourquoi lui, André CHASSAIGNE et quelques autres, agissent ainsi. Or nous, au Parti de Gauche, nous refusons de nous ranger avec le Parti Solférinien. Nous l’avons toujours dit, depuis le premier jour. Le Parti de Gauche a été fondé, et le Front de Gauche avec lui, sur cette marque de fabrique, inédite parmi ceux qui prétendent au gouvernement de la France (le Nouveau Parti Anticapitaliste, lui, était déjà sur cette ligne mais n’aspirait pas forcément à gouverner) or c’est cela que Pierre LAURENT a torpillé et c’est une ligne de fracture MA-JEU-RE entre nous car ce faisant, il cautionne le pouvoir en place, il lui donne la possibilité de se maintenir plus longtemps en place, il empêche de mettre rapidement à bas l’ordre établi et il entretient le doute de nos concitoyen-ne-s sur nos intentions réelles.

Nous ne pouvons faire comme si de rien n’était pour que les choses s’arrangent. Ce n’est pas irresponsable que de parler haut, fort et clair sur l’indignité de cette décision de Pierre LAURENT et de celles et ceux qui le suivent, qui nous salit tous, qui nous handicape tous, qui nous empêche tous de progresser comme nous pouvions l’espérer, aussi bien en France qu’en Europe et dans le monde. Car ailleurs en Europe, nous retrouvons les mêmes situations, peu ou prou. De vieux partis communistes arc-boutés sur leurs anciennes traditions, des partis si éloignés de notre monde actuel, aux pratiques si éloignées aussi des aspirations populaires. On peut bien sûr croire avoir raison contre tout le monde mais on ne va pas bien loin dans ce cas. Les vieux partis communistes ou assimilés sont tous moribonds. Ceux qui ont survécu restent ultra minoritaires ou ont dû changer de nom et même s’allier avec les libéraux, plus ou moins sociaux… Les partis de gauche radicale qui ont progressé ces dernières années sont ceux qui ont compris le monde dans lequel nous vivons et ont commencé à proposer une alternative radicale fondée sur une nouvelle manière de penser et d’agir plutôt que sur le reproduction des habitudes du siècle dernier…

Lors du dernier congrès du Parti de la Gauche Européenne, ce que je dis ici s’est révélé de manière éclatante avec la mise au vote de la motion pour l’écosocialisme. Sachez, pour celles et ceux qui l’ignorent ou ne s’en sont pas déjà rendu compte en me lisant, que je hais, par principe et par le fruit de mes réflexions, les oppositions binaires et le manichéisme. Diviser le monde entre les bons et les méchants n’a jamais été ma façon de penser le monde. La vie n’est pas en blanc et noir. La vie est toute en nuances qu’il faut savoir distinguer si l’on veut taper juste. Sinon, on agit comme les pires totalitaires et on en comprend rien de ce qui se passe. Pourtant, quand il s’agit de voter sur un texte, hélas, le champ des possibles se réduit et on revient plus ou moins au manichéisme. On est pour ou on est contre, sauf à refuser de prendre part au vote… Et lors du vote auquel je fais ici allusion, eh bien nous avons vu, en quelque sorte, revenir la querelle des Anciens et des Modernes. Je ne suis pas toujours parmi les Modernes car la modernité ne garantit pas le progrès. Nous le voyons tous les jours. Parfois, la tradition est plus heureuse que la modernité. Mais quand il s’est agi de lancer le PGE sur un projet d’avenir digne de lui, ce sont les partis les plus récents qui ont voté oui et les plus anciens qui ont voté non. Le PG fut parmi les premiers, le PC avec les seconds. C’est un fait. Et je refuse de croire que ce vote n’ait pu être que le fruit de la divergence PC-PG ou Pierre LAURENT – Jean-Luc MÉLENCHON. C’est bien plus profond que cela !

D’où notre décision de mise en retrait du Parti de la Gauche Européenne. Pierre LAURENT incarne une ligne différente de la nôtre sur des sujets essentiels aux yeux du Parti de Gauche, parti de la révolution citoyenne et écologique. C’est son droit mais il est temps de dire que nous aurons du mal à gouverner ensemble quand nous pensons, nous, que la coupure définitive avec le PS et ses bagages accompagnés, comme la sortie du nucléaire ou un positionnement révolutionnaire face à l’Union Européenne et à l’euro (trois questions majeures entre toutes mais parmi bien d’autres) est indispensable. Sur ces sujets tellement essentiels, il me semble que, au PG, nous ne sommes pas vraiment en phase avec Pierre LAURENT et ceux qui le suivent. Alors il faut en tirer les conséquences.

Ces divergences auraient peut-être pu se réduire peu à peu si les uns n’avaient pas, aussi odieusement, cherché à saboter l’oeuvre commune. Mais la confiance a été rompue et il est désormais illusoire de chercher à la restaurer.

Je sais bien que le PG n’est pas unanime. C’est un parti divers et ses militants débattent entre eux. Nous ne sommes pas des clones. Ma ligne personnelle n’est pas forcément celle de tous. Je le sais et je l’accepte. Je n’impose rien à personne. Je ne parle qu’en mon nom. Tant que globalement le PG et Jean-Luc MÉLENCHON, ou les principaux porte-parole du PG, nationaux ou locaux, n’ont pas un discours ou des actes que je juge antinomiques avec ma philosophie et mes espérances, je reste militant du PG et fier de l’être. Mais je ne suis lié qu’aussi longtemps que je le veux bien et que je me reconnais dans une action collective. En même temps, je me considère comme un militant de quelque chose de bien plus grand que le seul PG.

Ce quelque chose était en partie constitué par le Front de Gauche, en partie seulement. Je n’ai cessé de dire que je souhaitais un élargissement et du PG et du FdG. Pour y arriver il aurait fallu passer des paroles aux actes, en ouvrant enfin la possibilité, statutairement parlant, juridiquement parlant, de l’adhésion directe. Certains en défendaient l’idée (en étant plus ou moins de bonne foi), d’autres s’y opposaient. De fait, rien ne fut fait donc on peut imaginer que les seconds étaient majoritaires, aidés peut-être en sous-main par les hypocrites et les malhonnêtes de ceux qui se classaient parmi les premiers… Du coup, les citoyen-ne-s souhaitant s’impliquer sans rallier un des partis se sont lassés et ont tourné les talons. On a perdu bien des énergies, bien du sang neuf… C’est dommage et extrêmement préjudiciable.

Aujourd’hui, je suis de ceux qui pensent, constatant les dégâts, que le Front de Gauche est moribond et qu’il faut construire autre chose. Je pousse doucement en ce sens mais je suis minoritaire parmi les miens qui croient, ou veulent croire encore, en un Front de Gauche sauvegardé, puis renforcé, qui gagnerait des batailles demain et après-demain. Quand on aura tu ou réglé nos divergences…

Pour moi, le Front de Gauche dans son état actuel, avec ses hostilités internes et ses lignes de fracture sur des sujets majeurs, qui ne peuvent être ramenées, à l’inverse de ce que disent certain-e-s, à des querelles d’égos, mais qui, au contraire, reflètent des stratégies et des projets très différents, ne pourra pas gagner de bataille. « A House divided cannot stand » disait le président Abraham LINCOLN à propos des États-Unis au bord de la guerre de Sécession (traduction: Une maison divisée ne peut pas tenir debout). Cette réflexion s’applique à merveille au Front de Gauche actuel. De même, une armée désunie dont certains généraux passent à l’ennemi et dont les différents régiments s’opposent les uns aux autres sur le plan de bataille et sur les objectifs de la guerre, ne peut que connaître la défaite. La stratégie militaire pour ce qui concerne la théorie, l’histoire pour ce qui est de la pratique, nous apprennent que des armées parfois réduites à un petit nombre sont bien plus puissantes ou efficaces que des armées pléthoriques où personne ne s’entend… Certes ni le Parti de Gauche ni le Front de Gauche ne sont des armées pléthoriques mais l’image dit bien ce que je pense.

Le Parti de Gauche a vocation à s’élargir. Je continue à penser que nous devons oeuvrer à constituer une famille politique nouvelle, dépassant le cadre à la fois du Parti de Gauche et du Front de Gauche. Je ne dis pas qu’il faille créer un nouveau parti qui serait un super Parti de Gauche. Je ne dis pas davantage que le Parti de Gauche doit dompter ou tuer ou faire une OPA ou user de je ne sais quelle action hostile envers le PCF. Je dis qu’il faut innover et imaginer autre chose que le PG, que le PCF ou que le Front de Gauche. Il faut parler au peuple dans sa diversité, en s’émancipant un peu des frontières politiques trop affirmées. Nous savons qui nous sommes et pourquoi nous le sommes. Nous nous pensons de gauche parce que nous avons de notre histoire politique une vision reflétant une réalité incontestable où la gauche a souvent été plus progressiste que la droite. Mais cela n’a pas toujours été vrai non plus. Ni en France ni ailleurs! C’est pourquoi il faudrait penser le monde autrement que sur cette ligne de fracture là. Les conflits politiques dans le monde, les oppositions politiques en France, en Europe et sur tous les continents, ne peuvent être résumées, ni définies, seulement par le prisme traditionnel de la gauche et de la droite avec parfois un centre gravitant tantôt autour de la droite, tantôt autour de la gauche, tantôt en solitaire. Les lignes de fracture sont d’un ordre différent et nous devons saisir ce changement majeur et y répondre avec à propos. Si nous restons enfermés dans nos cadres habituels, nous ne serons pas majoritaires car nous ne parviendrons pas à créer les ponts indispensables entre les citoyen-ne-s français qui ne se reconnaissent pas dans la « gauche » alors même qu’ils pourraient nous soutenir parce que sur le fond, nous défendons des idées et proposons des solutions qu’ils pourraient approuver.

Le PCF n’est plus en phase avec son temps. C’est cruel sans doute mais il ne sert à rien de le nier. C’est un fait. Le Parti de Gauche ne parvient pas non plus à l’être totalement, pas plus que le Front de Gauche ou que les autres composantes de ce Front. Pas plus que le Nouveau Parti Anticapitaliste. Pas plus qu’aucun autre parti. Aucun parti aujourd’hui, de droite à gauche, ne regroupe de forces importantes. Parce qu’un parti rassemble souvent sur un pré-carré et ne sait pas s’élargir à celles et ceux qui voient les choses autrement. Donc, outre ce que j’ai dit plus haut quant à la délimitation de notre parti et de notre Front à gauche, j’estime qu’un parti n’est plus aujourd’hui la forme la plus adaptée à l’action politique. Il faut une organisation plus souple, moins pyramidale, basée davantage sur des réseaux que sur une hiérarchie. Des milliers de citoyen-ne-s pourraient se sentir à l’aise dans une structure politique nouvelle, organisée différemment d’un parti, sans se sentir enfermés, enserrés, contraints. Cela fait des années que l’action politique citoyenne, de manière évidente, évolue dans ses modalités mais l’organisation institutionnelle ne suit pas, ne répond pas à la demande. Ne cherchons pas plus loin la raison de la faiblesse de nos partis, quels qu’ils soient. Le temps est fini de l’avant-garde éclairée. Certes des leaders sont utiles, voire indispensables, mais la force vient d’en bas. Cette force doit être organisée un tant soit peu par des leaders qui ne sont plus perçus comme des « chefs » mais comme des meneurs clairvoyants, habiles animateurs, adroits canalisateurs des énergies et des bonnes volontés des citoyen-ne-s. Certaines personnes ont ce talent, d’autres pas ! Réjouissons-nous d’en avoir quelques-uns parmi nous. Quant à la décision, celle-ci doit être collective, aussi souvent que possible. Bref, l’heure étant ce qu’elle est, les dangers étant ce qu’ils sont, il faut cesser aussi bien de nous tirer dans les pattes en permanence, de souffler le chaud et le froid, d’accélérer puis de freiner en permanence (ce qui use la machine…technique comme humaine !) mais il faut aussi cesser d’avoir peur de régler les conflits qui, s’ils sont méprisés, niés ou négligés, sont comme des tumeurs malignes qui grossissent en secret jusqu’au jour où elles vous tuent faute d’avoir été traitées et soignées. La politique de l’autruche est au moins aussi dévastatrice que celle du conflit. Si le conflit fait fuir les âmes faibles ou cette partie des gens qui refusent de faire des choix, la politique de l’autruche fait fuir, elle, toutes celles et tous ceux qui ne peuvent accepter de militer dans une structure qui ne sait pas où elle va ni avec qui elle doit y aller…

Bref, nous avons constaté de grosses divergences pour les élections municipales entre PG et une partie du PCF. J’ai bien peur que ceux qui croient que les Européennes nous permettront de jouer « Embrassons-nous Folleville » et de nous retrouver unis et aspirant tous au même avenir, ne déchantent cruellement.  Je crois que nous n’avons pas tout à fait le même dessin et que les divisions entre le PG et une partie du PCF vont demeurer, voire se révéler plus fortes encore. En fait, j’ai de plus en plus tendance à penser que la ligne de fracture n’est pas tant entre PG et PC qu’entre certaines parties du PG et certaines parties du PCF. Quand les uns, dont je suis, mettent au sommet de leur ligne de conduite un projet politique et cherchent ensuite la méthode pour être en situation de la mettre en oeuvre au pouvoir, localement ou globalement, d’autres dont je me sépare, pensent d’abord à s’unir sur le plus petit commun dénominateur (parce que l’unité est indispensable, que sans être unis, on ne pourra rien et toutes autres conseils du même ordre, si fulgurants et auxquels nous-mêmes n’avions jamais pensé…) et sont pour arriver à cela prêts à des compromissions que personnellement je ne saurais accepter.

Entre les compromis indispensables que nous devrons faire pour accéder au pouvoir et gouverner en vue de changer la donne politique en France, en Europe et dans le monde, et les compromissions auxquelles certain-e-s se livrent, il y a une vraie différence. Je suis prêt aux premiers, pas aux secondes ! Et j’ai la faiblesse de penser que si, dans mon positionnement politique stratégique inflexible, indomptable, je suis peut-être minoritaire au PG aujourd’hui, et que je le suis donc a fortiori au Front de Gauche et plus largement à gauche, ce n’est qu’une période transitoire… Au fur et à mesure que les jours s’écoulent, le nombre des radicaux de mon genre va croissant, au PG et aussi au-delà du PG. Si le NPA et le PG se rejoignent aujourd’hui, si des écologistes d’EELV ont choisi de rompre les rangs en faisant des listes avec nous pour les Municipales, si tant de communistes sont à nos côtés, partout en France, au moment même où certains communistes recréent ou maintiennent les liens avec les représentants de l’ordre établi, c’est qu’il est en train de se passer des choses d’une très forte densité. Les mouvements auxquels nous assistons, pour lents qu’ils soient, témoignent d’évolutions en profondeur. Ce sont des mouvements tectoniques qui auront des conséquences immenses sur la vie politique de ces prochaines années. Et je suis de ceux qui pensent qu’on n’en voit encore que les prémisses. La prise de conscience se fait pas à pas dans notre peuple et même parmi les militant-e-s. Certains militant-e-s sont plus lents que d’autres mais quand ils ont fait leur choix, ils sont résolus. C’est le cas des militant-e-s du PG.

Je crois que dans quelques semaines, le paysage politique français sera très différent de l’actuel. Et nos conversations de ces derniers mois paraîtront terriblement datées. Mais en même temps, certains militant-e-s ayant alimenté telle ou telle conversation, paraîtront avoir été plus perspicaces que d’autres… Dans quelques semaines, le PS aura quasi disparu de la scène. Son destin est celui du PASOK grec. La partie du PC qui a choisi de s’arrimer à l’astre mort comprendra alors quelle erreur stratégique majeure ils ont faite. Il sera trop tard pour pleurer. Le peuple va châtier les gouvernants qui n’auront pas oeuvré dans son intérêt et tous ceux qui, au premier plan ou en arrière-scène, auront agi un tant soit peu en serviteurs de l’ordre injuste qui règne aujourd’hui. Et à l’inverse, je pense que celles et ceux qui auront proposé une véritable ALTERNATIVE seront renforcés. On en reparlera…

Du logo du Front de Gauche, suite et fin en ce qui me concerne…

L’histoire du logo commence à me les briser menues. Je demande que’ l’on passe à autre chose de moins grotesque et d’un peu plus digne. Si les uns ne savent pas ce qu’est la dignité, ne la perdons pas de vue nous-mêmes…

Il y a quelques semaines, je faisais partie de celles et ceux qui s’offusquaient, à raison, de ce que « certain-e-s » aient l’impudence de vouloir se servir du logo à des fins totalement étrangères à sa raison d’être. Le débat a eu lieu. Nous avons vu que les promesses n’ont pas été tenues, que l’outrage a été réitéré, appuyé et justifié et que les atermoiements en sens plus ou moins inverse de ces derniers jours ne peuvent rien changer à l’image détestable à jamais que nous avons de ces minables-là. Le problème du logo n’est pas grave par lui-même mais gravissime en ce qu’il signifie et met au jour. IL faut en tirer les conséquences mais sans perdre de vue l’essentiel.

Jean-Luc Mélenchon, justement, lui, a su finalement s’extraire de cette querelle de gueux et s’élever à un combat bien plus digne. Je le suis sur ce terrain. Je suis exaspéré par ces querelles de boutiquiers quand il faudrait se lever contre tant d’horreurs et de dangers.

Une partie du PCF a choisi sa voie, celle de la capitulation, celle de la malhonnêteté, celle de la lâcheté, celle de la trahison, celle des coups bas, bref celle de l’indignité. Ne nous abaissons pas à leur niveau. Ils ont préféré s’agiter dans la fange des égouts plutôt que de grimper dans les étages supérieurs de notre maison commune. Laissons-les y! Ne les accompagnons pas. Élevons-nous et méprisons ces querelles minables.

Une autre partie du PCF, celle qui a pour elle l’honneur, l’esprit de résistance, la foi en l’avenir commun, le courage et la détermination à se battre au côté des militants du Front de Gauche quels qu’ils soient, PG, GA, Ensemble…, porte une part de l’avenir de notre peuple quand les autres ne sont que des survivants quasi moribonds d’un passé révolu.

Le peuple souverain va parler deux fois fin mars et encore une fois en mai. Sa parole fera mal à beaucoup des minables pantins auxquels j’ai fait allusion. C’est lui qui nettoiera les écuries d’Augias. Je crains fort qu’il n’accorde sa pitié que très exceptionnellement…

Ceux qui l’ont martyrisé aussi bien que ceux qui auront soutenu les tortionnaires, ceux qui auront contribué à maintenir les tortionnaires en activité et ceux qui n’auront pas osé lutter contre eux, tous ceux-là seront exécutés par le couperet électoral.

On y verra plus clair ensuite pour passer à une seconde étape de la reconquête, préalable à la révolution citoyenne.

Réactions et réflexions suite à certaines choses entendues ce 20 avril lors des rencontres citoyennes du Front de Gauche 44

Je vais le dire avec mes propres mots qui n’engagent que moi, cela va sans dire…

En matière d’écologie et d’énergie, notre secrétaire national François LONGERINAS a rappelé à bon escient que le PG défend un modèle de société radicalement différent du modèle capitaliste, consumériste, productiviste, le quel est destructeur des liens humains, des équilibres naturels, de l’esprit de citoyenneté… Mais ce choix d’une autre société ne signifie pas ni n’implique que nous soyons contraints de revenir aux bougies et aux calèches comme certains ont osé le dire… Cela ne veut pas dire non plus, ni n’emporte comme conséquence inéluctable, que ce sont toujours le mêmes, les pauvres, qui paieront la facture de la bifurcation écologique que nous voulons amorcer. Quand nous serons au pouvoir, ce ne sont pas les pauvres qui la paieront cette facture… Merci à lui aussi d’avoir rappelé, puisque cela fut nécessaire, que si nous avons la volonté très claire de sortir du nucléaire, ce n’est pas de manière désordonnée, irréfléchie, irresponsable. Personne au PG ne prétend fermer les centrales existantes en quelques années. Ce sont au mieux deux à trois décennies dont nous aurons besoin. Mais OUI, nous exprimons fermement et ce dès maintenant notre objectif en développant les moyens de l’atteindre… Il devient assez insupportable de voir ou plutôt d’entendre certains de nos camarades caricaturer nos propositions avec de tels arguments…

Ensuite, en plénière, je lui suis reconnaissant d’avoir rappelé que nous, au PG,  nous sommes pour l’autonomie aux Municipales. Il s’agit d’autonomie vis-à-vis du PS évidemment, pas d’une autonomie absolue qui voudrait que le PG soit seul contre tous. D’autres font un choix différent. C’est leur liberté mais il n’est pas question pour nous de couler à pic en quelques minutes sur un rafiot socialiste qui prend l’eau de toutes parts et dont la barre est tenue par un capitaine de pédalo ou par ses différentes copies locales, sur un cap qui ne peut que nous mener collectivement au désastre…

Et là encore, sur ce sujet comme sur celui du nucléaire, deux terrains de divergences avec le PCF ou du moins avec son appareil ou certain-e-s de ses élu-e-s, deux points d’achoppement sérieux, je supporte de plus en plus mal le discours de quelques-uns de nos camarades…Pas tant du fait de leur propre choix que des arguments qu’ils nous opposent. Certes leur choix n’est pas le nôtre… La raison majeure à mes yeux est une question de CO-HÉ-RENCE-CE entre notre discours politique et notre positionnement stratégique… Mais au-delà de ce choix qui les regarde (encore que ce choix-là peut causer bien du tort à tout le Front de gauche et de ce fait peut légitimer notre propre parole en contre…) ce sont les explications qu’ils nous donnent qui me hérissent le poil et me font friser l’esprit !

Un important responsable nantais de leur parti a dit ce samedi que nous ne nous intéressons, au PG, qu’à savoir qui on inscrit sur la liste alors qu’eux ont pour objectif d’écrire un programme. Ces « éléments de langage », nous les retrouvons dans la bouche de nombreux autres responsables qui sont sur cette même ligne. Mais c’est tellement caricatural…

Sur le premier aspect… NON, nous ne nous focalisons pas sur les noms à inscrire sur une liste. Nous avons seulement – mais c’est déjà beaucoup – décidé de ne nous allier en aucun cas avec ceux qui mettent en œuvre les politiques que nous rejetons, ou ceux qui les défendent de fait, ou ceux qui incarnent d’une façon ou d’une autre ce passif-là. Dire cela, ce n’est pas rejeter d’emblée cette partie du peuple de gauche  qui reste encore à ce jour liée d’une manière ou d’une autre aux gouvernants d’aujourd’hui. Ce n’est même pas rejeter définitivement celles et ceux qui ne sont pas des nôtres aujourd’hui mais qui pourraient le devenir demain. C’est être cohérents avec ce que nous disons depuis quatre ans ou beaucoup plus pour certains d’entre nous. C’est faire front. C’est opposer à une tendance irréversible du PS à faire la politique qui plaît tant à la droite et au MEDEF, un projet, une équipe, une fermeté sans aucune faille. Non pas pour être jugés comme les plus radicaux, comme les plus inflexibles, comme les plus valeureux dans l’opposition, mais tout simplement pour être jugés crédibles dans les propositions que nous faisons. Elles sont tellement radicalement différentes et opposées à la logique de celles mises en œuvre que la moindre faiblesse dans notre ligne ou dans nos choix stratégiques risque de nous faire tout perdre.

Et sur le second point, NON, ces camarades ne sont pas les seuls à vouloir écrire un programme ni à oeuvrer pour concevoir un projet radicalement alternatif à la politique mise en oeuvre. Tout le Front de gauche a le même dessein et y travaille tous les jours avec loyauté et détermination. Mais nous ne pouvons faire cela et ensuite oublier ce travail et nous retrouver avec d’autres qui ne pensent pas comme nous, c’est le moins qu’on puisse dire… Toujours cette question de cohérence…

Avoir plus d’élus ? OUI, c’est notre souhait à tous. Et on travaille pour cela. Mais il ne s’agit pas d’aller gagner des élus, fussent-ils plus nombreux, grâce à une alliance avec les Socialistes. Nous les gagnerons sur notre projet et sur lui seul, sur nos mots d’ordre et sur eux seuls, avec nos candidat-e-s et elles et eux seul-e-s. Si nous les avons, nous les aurons mérités ces nouveaux élu-e-s. Et si le peuple ne nous les donne pas, eh bien c’est que nous ne les aurons pas mérités… Mais quelle illusion de vouloir augmenter leur nombre en s’alliant avec les Socialistes ! Et quels pouvoirs réels auraient-ils ? « Qui t’a fait roi ? » reviendrait en boucle de manière lancinante dans la bouche des Socialistes à l’encontre de ces élu-e-s qui ne devraient leur élection que grâce à leurs maîtres…

Faire des concessions est parfois nécessaire mais de telles circonstances seraient des compromissions bien plus que des concessions. Et cela n’est pas acceptable. Quelques miettes de pouvoir qui ne permettraient en rien de changer la donne, nous n’en voulons pas. Nous serons élu-e-s sur ce que nous sommes, sur ce que nous défendons, sur ce que nous incarnons et portons et sur cela seul, avec le soutien du peuple et pas avec celui des appareils ou des sortants socialistes.

Je dirai enfin que cette position inflexible a un objectif supplémentaire à mes yeux : c’est elle qui permettra à certains Socialistes d’aujourd’hui de rompre les rangs et de nous rejoindre ou à tout le moins, dans un premier temps, de nous soutenir fut-ce en secret. Mais pour cela, il faut qu’ils soient convaincus que s’ils font ce pas vers nous, ils défendront des gens qui mettront en œuvre une autre politique, celle-là même qu’ils auront défendue en nous soutenant. S’ils ont le moindre doute quant à ce que nous ferons et quant aux gens avec qui nous le ferons, alors ils ne largueront pas les amarres. Notre force grandit, trop lentement certes mais de manière inexorable. Le vent de l’Histoire s’est levé et notre discours est porteur de progrès. La bride majeure est que le peuple ne croit pas encore que nous pourrions être en mesure de faire ce que nous disons vouloir faire. Il nous reste, et ce n’est pas une mince affaire, à montrer, à démontrer, que NOUS ON PEUT et que surtout, oui surtout, NOUS ON VEUT !

Mais nous serons jugés crédibles, j’y reviens, SI ET SEULEMENT SI, nous ne nous corrompons pas à la moindre accointance avec les sortants.

* * * * *

Pour accéder au pouvoir, dans notre système électoral, ce n’est pas une majorité ABSOLUE des voix, c’est-à-dire plus de 50% des suffrages qu’il faut obtenir, mais une majorité RELATIVE, c’est-à-dire être en tête au premier tour, ce qui nous donne le droit d’être au second si on n’atteint pas 50,01% des voix requises pour une élection dès le premier tour… La marche est donc bien moindre que ce qu’on nous serine quand on nous rappelle que le chemin sera long pour passer de 11% (score de Jean-Luc MÉLENCHON à la dernière élection présidentielle de 2012) à ce seuil de 50,01%. Dois-je rappeler qu’aucun candidat à une élection présidentielle, aucun parti ou aucune alliance de partis à une élection législative, n’a jamais obtenu la majorité ABSOLUE des voix lors du premier tour ? Et au niveau local, ou même lors des élections législatives quand on considère ces dernières non pas au niveau global national mais au niveau local, individuel, bien peu nombreux sont les candidats qui sont élus au premier tour, c’est-à-dire qui ont obtenu une majorité ABSOLUE de suffrages.  Le fait d’obtenir parfois cette majorité au second tour (comme c’est le cas pour la présidentielle ou pour les autres élections quand il n’y a que deux candidats en lice) ne résulte que d’une règle mathématique et de contraintes liées au mode de scrutin mais en aucune façon de choix délibérés du peuple souverain.

Donc ce n’est pas 50,01% que nous devons atteindre mais un score, inconnu à ce jour, qui nous mette en tête ou, au minimum, en seconde position, de telle façon que nous soyons, de droit, présents au second tour et que le peuple électeur puisse avoir le choix de nous élire.

Oh certes, le démocrate que je suis ne saurait se satisfaire d’une élection avec un score inférieur à une majorité absolue de suffrages et une majorité absolue voulue en pleine liberté j’entends. Obtenir une majorité absolue au premier tour serait évidemment autrement enthousiasmant pour nous tous et de nature à rendre bien plus facile la bifurcation politique car cela signifierait que le peuple l’attend et la soutient en masse. Mais le régime politique est tel – et chacun sait que nous avons le souhait de le changer radicalement – que dans les circonstances présentes, il suffit que nous atteignions le seuil de basculement qui définit qui est en tête de la Gauche entre le PS et ses alliés d’une part, et nous, d’autre part. Quel est ce seuil ? Il est difficile de le chiffrer précisément car tout résultat électoral, au-delà de lignes de force permanentes, est bien évidemment lié aux circonstances du moment, aux hommes et aux femmes qui sont candidat-e-s, aux discours qui sont prononcés, aux projets qui sont défendus, aux comptes-rendus que les médias en auront fait…

Cela dit, on peut, sans trop de mal, évaluer ce seuil à la louche. Lorsqu’on regarde les résultats de la dernière élection présidentielle, le score de Jean-Luc MÉLENCHON, au premier tour, fut de 11,11%. Celui de François HOLLANDE fut de 28,63%. Il y a donc 17,52% d’écart. Il suffit donc, en quelque sorte, que la moitié de ces 17,52% basculent chez nous pour que MÉLENCHON et HOLLANDE se retrouvent à égalité. La moitié de 17,52% c’est 8,76%. Certes, ce n’est pas une mince affaire que de gagner près de 9 points. Mais nous voyons qu’on est loin de la marche à franchir que certains nous indiquent. Il ne s’agit donc pas de passer de 11% à 50,01% mais de 11% à plus de 20%. Avec la marge d’erreur inévitable de telles projections, et parce que l’on peut, par certains aspects, penser que les 2,31% de suffrages obtenus par Eva JOLY étaient plus enclins à se reporter sur le candidat HOLLANDE et sur le PS que sur MÉLENCHON et le Front de Gauche (situation qui a sans aucun doute évolué quelque peu voire basculé totalement depuis…), disons que la certitude d’être en tête de la gauche implique un score non pas de 20% mais plutôt de 22% à 25%. Quand le Front de Gauche (je ne dis pas « si » mais bien « quand ») obtiendra ce score, le PS sera forcément dans les choux, derrière nous. Du moins dans une situation locale de partage normal des voix ou selon des projections déjà vues au plan national. Sont à part évidemment les cas où le PS et ses alliés obtiennent à eux seuls une très forte majorité des suffrages dès le premier tour. Encore que cela ne durera pas longtemps…

Donc vous aurez tous compris qu’avec un FRONT DE GAUCHE à 25%, le PS sera tombé lui à près de 15%. Certes, je pars du postulat que le taux d’abstention du premier tour de la Présidentielle de 2012, quasiment à son étiage minimal avec 20,53%, ne pourra pas se réduire de manière massive à notre avantage. Peut-être que je me trompe sur ce point mais il est difficile, je crois, de prévoir sérieusement qu’il diminue à bref délai. De la même manière, je n’imagine pas que des électeurs des droites et du Centre ou « des » centres se portent sur nous autrement que dans des proportions infimes. Certains le feront sans doute. Des gaullistes authentiques ou des humanistes sincères qui comprendront, si ce n’est pas déjà fait, que nous incarnons, mieux que beaucoup d’autres, ce en quoi ils croient. Donc, les gains électoraux que nous espérons ne pouvant venir massivement, ou du moins autrement que de manière quasi négligeable, ni des 20% d’abstentionnistes du premier tour de la Présidentielle de 2012, ni des électeurs des droites et des Centres, ils ne proviendront que d’électeurs socialistes, radicaux, citoyens, et écologistes qui auront rompu les rangs et choisi de nous soutenir. Le principe des vases communicants est donc une évidence, même si nous n’en savons ni la date de réalisation, ni la proportion.

Nous y travaillons depuis des moins, voire des années. Le PG a été fondé largement pour cela. Être une alternative au PS. Le Front de Gauche est un outil qui, par essence, par nature et par vocation, vise à décupler le pouvoir du PG et de chacun des partis composant ce Front populaire en devenir qu’est le FRONT DE GAUCHE. Le PS est un astre mort. Une supernova. Dire cela, ce n’est pas insulter les militants socialistes. Ce sont des adultes qui peuvent entendre des choses désagréables sans pleurer dans les jupes de leurs parents. Nous disons une vérité dont l’évidence saute aux yeux d’un nombre de citoyens grandissant. Il est un « astre » parce qu’il brille encore en raison notamment de la force numérique que représente la masse des ses élu-e-s. Mais il est mort en ce sens que le discours qu’il porte comme la politique qu’il met en œuvre ou les leaders qui l’incarnent sont passés chez nos adversaires et même nos ennemis avec armes et bagages intellectuels, philosophiques et politiques. Il est mort également mais ne le sait pas encore parce qu’il survit sur la gloire de son passé, sans voir que son présent est détestable et que son avenir est des plus sombres.

L’avenir des socialistes authentiques, c’est le Front de Gauche dans lequel ils retrouveront leur honneur, leur fierté de militer, leur espoir d’un monde meilleur, d’une société plus égalitaire et plus fraternelle en même temps que plus libre, d’une « Europe sociale »… Ils le savent d’ailleurs même s’ils rechignent encore à quitter leur maison. Ce jour viendra. Leurs maîtres, leurs chefs, leurs gouvernants, ceux-là même qu’ils ont soutenu, fait élire, défendu envers et contre tout,  trahissent leur base électorale en même temps que le peuple de gauche tout entier. Les coups ne vont pas cesser de pleuvoir dans les prochaines semaines, les prochains mois. La situation économique, sociale, politique va se tendre un peu plus chaque jour.

Il faut espérer que ce pouvoir socialiste sera lâché par ses propres soutiens pour que le peuple français puisse enfin se libérer de la tutelle des marchés, des financiers, des oligarques…

Un patriote doit toujours être prêt à défendre son pays contre son gouvernement. Cette phrase est une réplique du film JFK d’Oliver STONE. Elle est une des toutes dernières du film. Elle est prononcée par l’acteur Kevin COSTNER jouant le personnage réel du procureur Jim GARRISON qui a entamé une action en justice et mené un procès contre un des acteurs du drame de Dallas, un des nombreux complices des assassins du Président KENNEDY. Cette réplique est surtout une citation  d’Edward Paul ABBEY, écrivain et essayiste américain, écologiste radical, né en 1927 et décédé en1989.

Espérons que les soutiens actuels du pouvoir en place en France méditeront ce message et en tireront à temps les leçons…

On pourrait aussi modifier deux des termes de cette maxime pour la transformer en la réflexion suivante : un humaniste, un socialiste, doit toujours être prêt à défendre son peuple contre son gouvernement. C’est une autre manière de décrire ce droit fondamental de la résistance à l’oppression qui est aussi un devoir citoyen et que l’on trouve formulé dans un texte qui hélas ne s’applique pas en France faute d’être intégré dans le bloc de constitutionnalité, à savoir la  Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793 dont l’article 35 stipule « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».

Quelques réflexions, remarques et questions…que m’inspire le « refus de voter » l’ANI par 74 députés « de gauche »

Certains camarades se sont réjouis que 74 députés « de gauche » n’aient pas voté l’ANI hier… A la lecture de ce commentaire, je me suis interrogé car j’étais allé consulter le résultat du scrutin et je ne m’étais pas aperçu que tant de député-e-s « de gauche » avaient manifesté un refus de voter ce texte scélérat. Alors je suis retourné sur le site de l’Assemblée Nationale pour regarder de plus près.

Il faut comprendre que ces 74 député-e-s « de gauche »  sont à la fois celles et ceux qui ont voté « CONTRE » et celles et ceux qui se sont abstenu-e-s. Mais les premiers sont au nombre de 19 tandis que les seconds sont eux 54 (voir détail ci-dessous). Je ne retrouve pas le 74ème.

Les votes « CONTRE » :

–          6 proviennent du groupe socialiste, républicain et citoyen

–          13 proviennent du groupe gauche démocrate et républicaine (Front de Gauche)

Les abstentions :

–          35 proviennent du groupe socialiste, républicain et citoyen

–          16 proviennent du groupe écologiste

–          3 proviennent du groupe gauche radical, républicain, démocrate et progressiste

Les votes « CONTRE » ne constituent donc, à l’évidence, qu’une très faible minorité de cet ensemble de votes de « refus », lequel ensemble ne représente de toute façon que 12% du total des député-e-s.

Mais par ailleurs est-il légitime de qualifier de vote de « refus » une abstention ? Cette question mérite d’être posée…

Les député-e-s qui se sont abstenu-e-s n’ont pas voté en faveur de l’accord. Tout le monde s’accorde sur ce point de bon sens. Et il apparaît donc légitime a priori de dire qu’ils ont « refusé » cet accord. C’est imparable puisque au plan juridique, seuls les votes positifs, c’est-à-dire celles et ceux qui votent « POUR », sont considéré-e-s comme ayant approuvé le texte. Les abstentions ne sont pas assimilées à des votes positifs. On ne peut donc pas reprocher à ces député-e-s d’avoir approuvé le texte. CQFD.

Toutefois, il peut sembler judicieux de se demander quelle était la volonté de tous ces représentants du peuple français qui n’ont pas exprimé, sur un sujet aussi fondamental que celui qui était posé, une opinion claire et assumée. S’il est souvent idiot de raisonner de manière binaire, il est des situations où le choix est encadré et c’est le cas du vote sur un texte. Je ne conteste pas que l’abstention soit un droit de chacun, aussi bien au bénéfice des citoyens ordinaires que des élu-e-s. Il me paraît raisonnable de penser que tout le monde ne peut pas avoir un avis sur tout. Mais un député n’est pas tout le monde. Un député représente le peuple. Un député a été élu, après avoir été candidat volontaire, pour porter une parole, pour représenter le peuple et défendre ses intérêts. Un député est sensé travailler sérieusement les dossiers soumis à l’Assemblée Nationale afin de se forger un avis éclairé. Les député-e-s ont tous et toutes leurs préférences pour certaines questions dont ils privilégient l’étude par rapport à d’autres qu’ils délaissent. Il ne me paraît pas intolérable que sur certains sujets très techniques, certain-e-s député-e-s s’abstiennent et laissent leurs collègues plus expérimenté-e-s se prononcer. Mais je considère que cela doit rester quantitativement une exception et ne jamais concerner les projets de loi les plus importants. Je l’ai déjà écrit s’agissant du scrutin sur le traité de Lisbonne à moins que ce ne soit suite à l’adoption du TSCG.

Un député n’a pas été élu pour s’abstenir. Le peuple n’a pas besoin de représentants muets. Il a besoin de député-e-s qui étudient les questions qui leur sont soumises, qui réfléchissent, qui en débattent et qui, après ce travail d’analyse et ce temps de discussion, se prononcent dans un sens ou dans l’autre. Mais refuser de voter en s’abstenant est une faute politique et morale à mes yeux quand il en va d’une question aussi lourde de conséquences pour les citoyens qui seront directement ou indirectement touchés dans leur vie par les effets juridiques de la loi votée.

Cela dit, il y a autre chose qui est particulièrement troublant dans ce refus de prendre part au vote. C’est que, ce faisant, ces députés « de gauche » ont adopté le même choix que l’UMP et l’UDI. Cette alliance de fait nous interroge, nous interpelle. Nous savons tous combien la droite représentée par ces deux groupes politiques, souhaitait l’adoption de cet accord et donc le vote de la loi. Mais nous savions aussi que voter « POUR » était pour eux de nature à troubler sans doute un peu leurs électeurs ainsi que quelques autres personnes… Quand on est dans l’opposition, on n’aime pas vraiment voter les projets du gouvernement ! Par principe. Attitude binaire assez stupide, je l’avoue, que François BAYROU a toujours explicitement refusée d’ailleurs. Alors, ces députés de l’Opposition que constitue la droite, ne pouvant se résoudre à voter « CONTRE » ce projet de loi qu’ils approuvaient en leur for intérieur et dont ils souhaitaient ardemment l’adoption, ils ont choisi de s’abstenir, comprenant bien que ce choix faciliterait l’adoption du texte. En effet, avec presque la totalité des député-e-s des deux groupes de la droite choisissant l’abstention, le nombre de suffrages nécessaires pour atteindre la majorité requise pour l’adoption du texte se trouvait être très inférieur au nombre de membres du groupe socialiste et assimilés décidés à voter « POUR ». Si bien que sans devoir soutenir officiellement le texte, sans devoir « mouiller la chemise », sans devoir se « corrompre » à voter avec et comme l’adversaire, ils l’ont de fait, laissé passer et ont même permis plus facilement son adoption.

Si ce raisonnement, que tout le monde comprend aisément, est valable pour les abstentionnistes de la droite, se trouvant être l’Opposition officielle, il ne peut qu’être tout autant exact pour les abstentionnistes de gauche. Et c’est donc pourquoi nous pouvons interroger ces député-e-s « de gauche » qui ont voté comme la droite. La similarité des votes peut nous interpeller en tant que telle, je l’ai relevé plus haut, mais pourtant ce n’est pas l’aspect le plus important de la question à mes yeux car se baser sur cette seule considération, ce serait être sectaire. Refuser l’idée que certains sujets puissent conduire des gens, d’opinions différentes, et pour des raisons différentes, à exprimer un suffrage identique (à ceci près qu’une abstention n’est pas considérée comme « suffrage exprimé » mais passons sur ce point), ce serait raisonner en termes d’opposition systématique, laquelle serait liée à un réflexe davantage qu’à une réflexion. Donc ce n’est pas sur ce terrain que je veux porter ma critique.

Le plus gênant, c’est que si, par définition, une abstention ne vaut pas vote « POUR », je m’en suis expliqué plus haut, elle ne vaut pas davantage vote « CONTRE ». S’abstenir, c’est refuser de décider mais c’est aussi, par conséquent, laisser les autres décider pour vous. Outre les éléments de critique déjà évoqués plus haut contre cet aspect du problème, j’ajouterais, à ce stade de la discussion, que s’abstenir, quand on est un élu, c’est souvent approuver, sans le dire, le vote qui va intervenir. J’ai précisé « pour un élu » parce qu’évidemment l’abstention pour les électeurs ordinaires na pas du tout le même sens, ni les mêmes motivations. Pour un élu, c’est donc un vote tout à fait hypocrite. En effet, un député n’ignore pas totalement les probabilités d’adoption ou de rejet d’un texte. Quand bien même le résultat final n’est jamais certain à  100%, dans la mesure où certains députés peuvent changer d’avis au dernier moment, et que d’autres ont pu rester discrets ou mystérieux sur leur choix, le sens général du vote à venir est presque toujours connu à l’avance. Seule la proportion exacte de « POUR », de « CONTRE » et d’abstentions reste incertaine. Parfois, ce peut être un vote « CONTRE » qui s’annonce et les députés qui choisissent alors l’abstention décident, hypocritement, de laisser rejeter le texte sans le refuser expressément. Car s’ils voulaient son adoption, ils exprimeraient, à n’en pas douter, un vote positif. De la même façon, a contrario,  quand c’est une adoption du texte qui semble être l’issue la plus probable, quiconque refuse cette adoption votera « CONTRE » afin de donner toutes les chances à la solution de rejet du texte. En pareil cas, s’abstenir, c’est laisser hypocritement le texte être adopté sans contribuer expressément soi-même à cette adoption. Les député-e-s qui se sont abstenu-e-s hier ont donc hypocritement exprimé le message qu’ils ne se souciaient pas du sens du vote, que le texte soumis au vote ne les enthousiasmait pas mais ne les dérangeait pas non plus. Mais ne pouvant ignorer les circonstances liées au scrutin et la certitude absolue de l’adoption du texte, ils ont donc laissé faire et refusé de mêler leurs suffrages aux contestataires. Ces député-e-s se sont peut-être dit que, justement parce que le vote était acquis, il était inutile de voter « CONTRE ». Que leur vote CONTRE n’aurait pas suffi à inverser la tendance… On peut en effet penser que cela est exact. Pourtant, on peut aussi considérer que, justement parce que le vote était acquis, ils auraient pu voter « CONTRE ». Ca n’aurait rien changé au sens final du scrutin, ça n’aurait donc pas perturbé la politique du gouvernement mais ça aurait au moins permis au peuple de gauche de se sentir représenté par une petite, toute petite partie, de l’Assemblée. Mais même cela, ces député-e-s n’ont pas voulu l’assumer. Je ne trouve plus les mots pour qualifier ces élu-e-s du peuple. Je ne comprends plus.

Est-ce la peur du Président de la République qui les fasse agir ainsi ? Est-ce le Premier ministre qui impose sur eux une terreur telle qu’elle les empêche d’exprimer leur vote ? Est-ce le groupe parlementaire, son chef, sont-ce les autres  députés qui leur imposent une telle pleutrerie ? Ne voient-ils pas combien cette loi va imposer des souffrances nouvelles, nombreuses et répétées au monde du travail qui se retrouve encore plus désarmé face au patronat ? S’ils le voient, ne se sentent-ils pas en devoir de tout faire pour l’empêcher ? Quel est leur rôle en  cette auguste assemblée sinon de porter la parole et de défendre les intérêts du peuple, quitte à risquer de déplaire à certains lobbys, à certaines puissances établies ? Quelle est leur utilité s’ils ne font que défendre les intérêts catégoriels de quelques-uns déjà trop gâtés par le système ?

Je passe sur les 293 député-e-s « socialistes, républicains et citoyens » qui ont voté «POUR». Je passe sur les 13 député-e-s du groupe radical, républicain, démocrate et progressiste. Je passe sur eux parce que ceux-là sont irrécupérables et que je ne veux en rien les récupérer. Quand on a aussi effrontément méprisé le peuple et ses intérêts, cette fois-là n’étant pas la première loin s’en faut, on ne mérite que le désaveu et la colère qui viendra sanctionner leurs turpitudes.

Mais, au fond de moi, je me dis que les abstentionnistes sont un tout petit peu différents des autres. Ils semblent dire à leur façon, très maladroite, leur malaise, leur mal-être, leurs scrupules. Ils semblent vouloir dire à leurs ami-e-s de toujours qu’ils se trompent mais ils n’osent pas le leur dire clairement. Ils n’osent pas rompre les rangs. Ils n’osent pas prendre le maquis et entrer en résistance or c’est cela que le peuple attend. En 1940, on n’avait pas besoin d’attentistes mais de résistants pour s’opposer à l’ennemi de l’extérieur et à celui de l’intérieur. Oh certes je consens à reconnaître qu’il ne devait pas être facile de s’engager dans la Résistance, de risquer sa vie, de risquer la torture, de risquer de voir ses proches, sa famille, ses ami-e-s, subir des représailles en réaction à ses propres choix et actions hostiles à l’ennemi. Tout le monde n’est pas courageux face à de tels dangers. Tout le monde n’est pas un héros. Et comment blâmer les gens qui n’ont pas osé entrer en Résistance ?

Mais 2013 n’est pas 1940! Voter contre l’ANI, ce n’était pas risquer sa vie, ni exposer ses proches à des menaces effrayantes. Si le contexte que nous vivons est extrêmement tendu, si la crise que nous subissons est gravissime, si les menaces qui pèsent sur la République sont sérieuses, les député-e-s ne sont pas pour autant dans la situation de ceux qui ont dû choisir, en 1940, de voter « POUR » ou « CONTRE » les pleins pouvoirs au maréchal PÉTAIN.  Alors quoi ? Qu’est-ce qui se passe dans la tête de ces élu-e-s ? Quel raisonnement ont-ils à l’esprit ? Quelle pensée guide leurs choix ? Nous aimerions le savoir.

Le vote d’hier ayant conduit à l’adoption de l’ANI n’est qu’un épisode tragique de plus dans la régression sociale, républicaine, démocratique venant après l’adoption de bien d’autres textes aussi gravissimes. TSCG, MES, traité de Lisbonne, grand Marché transatlantique, lois et règlements par dizaines, voire par centaines, qui nous font régresser en matière de droit du travail, de libertés publiques et de droits de l’homme, de droit pénal et de procédure pénale, de droit des médias, de droit de la consommation, de politique étrangère, d’économie, de droit social et médical…

Parti Socialiste, qu’es-tu donc devenu ?

Depuis la mort de POMPIDOU, en 1974, le peuple français a toujours été déçu des Présidents de la République qu’il a élus, et cela très peu de temps après la date de leur élection. Et chaque nouveau Président de la République, depuis Valéry GISCARD D’ESTAING élu en 1974, a connu un taux d’opinions défavorables plus important que son prédécesseur et plus rapidement que lui. Chaque fois, on commentait le record en pensant qu’aucun successeur ne l’égalerait. C’était mal connaître les successeurs…

Nous avons été un certain nombre en France (et ce « NOUS » ne m’englobe pas forcément) à apprécier MITTERRAND, CHIRAC, SARKOZY et HOLLANDE avant de ressentir à leur égard dégoût, colère, exaspération et toute la palette de sentiments imaginables…

Je suis convaincu que la période SARKOZY a été perçue par une immense majorité du peuple français, y compris (je le sais très bien) par une bonne partie de la droite, comme la pire depuis des décennies. SARKOZY, incontestablement, a surpassé tous ses prédécesseurs et pas que ceux de la Vème République. Je pense qu’il est même difficile de trouver personnage français plus détestable et plus détesté que lui sauf à sortir des bas-fonds de notre histoire un PÉTAIN, un CONCINI (1575-1617) ou un Gilles de RAIS (1404-1440).

Néanmoins, il semble bien que HOLLANDE repousse les limites. Il est pourtant moins odieux que SARKOZY ! Aucune comparaison comportementale n’est soutenable entre ces deux-là ! Il n’est pas difficile de le reconnaître même si on lui est très hostile. Il se rend détestable par sa politique, par ses mensonges, par ses duperies, par son hypocrisie mais en cela il agit comme tout dirigeant d’importance dont nous avons déjà dû subir les sales manières. En revanche, il est plus respectueux que son prédécesseur, des règles de bienséance. Il n’agresse pas les gens. Il ne les insulte pas. Il ne joue pas son petit Napoléon de théâtre de boulevard. On a moins envie de lui coller des baffes qu’à l’autre… Mais si, à son égard, on ressent moins ce rejet épidermique, quasi physiologique en même temps qu’intellectuel, moral, philosophique que l’autre nous inspirait, il n’en demeure pas moins que le Président HOLLANDE, son Premier Ministre, son gouvernement, chacun et chacune des membres de ce gouvernement pris individuellement, la majorité parlementaire et chacun et chacune des député-e-s pris-e-s individuellement, tous ces élu-e-s ou représentants du peuple, petits et grands, ont tendance à être considérés collectivement comme un groupe à chasser du pouvoir. Ce n’est pas le « Tous pourris » car je ne crois pas que tous ces gens-là soient corrompus et coupables de turpitudes morales et de délits pénaux. En revanche, Oui, je les crois tous et toutes coupables d’un grave manquement : ne pas défendre les intérêts du peuple. En démocratie, ça ne pardonne pas.

C’est bien parce que notre démocratie n’en est pas vraiment une que ces gens-là se maintiennent au pouvoir, d’une place à une autre, selon les périodes et les circonstances. C’est bien parce que nous ne sommes pas une véritable démocratie que notre République, construite si péniblement et si lentement, a pu et peut encore être attaquée, jusque dans ses fondations. Si nous avions un régime politique et institutionnel démocratique, le peuple aurait empêché cela. Il aurait sifflé la fin de la partie il y a déjà bien longtemps. Mais nous savons que les pouvoirs ne demeurent en place, y compris dans les dictatures les plus cruelles, que tant que les peuples les acceptent. Le jour où un peuple se lève, rien ni personne ne l’arrête. L’Histoire nous le montre.

Or, à force de mépriser et de violenter leurs peuples depuis des décennies, et pas seulement en France, les gouvernements « démocratiques » ou dictatoriaux ont sapé peu à peu les bases sur lesquelles ils étaient assis. Certes seuls quelques-uns ont été vaincus mais l’Histoire est en marche. Elle ne s’est d’ailleurs jamais arrêtée contrairement aux balivernes proférées en son temps… Il y a seulement une succession désordonnée d’accélérations, de ralentissements, de pauses, de retours en arrière puis de nouvelles courses vers le progrès.

Nous avons vécu – et nous vivons encore – dans un de ces cycles historiques qui nous freine et même nous fait régresser mais en même temps nous voyons bien que se sont déjà mis en marche les moteurs qui permettront de nous conduire vers un nouveau progrès humain. Et cela, rien ni personne ne pourra l’empêcher.

Réponse à l’article sur la participation gaullienne de Luc Bouchinet de DLR, du 22-12-2012

L’article de Luc Bouchinet auquel je réponds dans le billet ci-dessous, est accessible ici :

https://vivelasixiemerepublique.wordpress.com/2012/12/18/la-participation-une-ambition-sociale-et-morale-gaullienne-par-luc-bouchinet

Voici un article très intéressant pour le Républicain que je suis. Tellement intéressant, tellement raisonnant aussi à mes oreilles, à mon esprit au regard de l’époque que nous vivons, que j’ai décidé d’y répondre.

Bien que je sois un militant du Parti de Gauche (depuis près de quatre ans), ou plutôt peut-être même, paradoxalement, parce que je suis un militant du Parti de Gauche, je me retrouve dans l’essentiel de ce texte. À quelques nuances plus ou moins importantes près que je vais présenter plus loin…

Il ne me surprend pas de constater de telles convergences  entre les « Gaullistes », j’entends les vrais, pas les guignols actuels de l’UMP qui osent encore, pour certains tout du moins, se dire « gaullistes » et qui sont parfois définis comme tels par les médias. Ce n’est pas aux fossoyeurs du gaullisme que furent les principaux leaders du RPR des années 90 (Philippe SÉGUIN et deux ou trois autres mis à part évidemment) que je pense. Ce n’est pas aux traîtres du gaullisme que sont les leaders de l’UMP des années 2000 que je pense. Non, je parle bien des gaullistes authentiques, ceux de Debout La République, ceux qui ont choisi de suivre et de soutenir Nicolas DUPONT-AIGNAN. Je pense aux gaullistes du type de ceux qui, à l’instar de Laurent PINSOLLE, savent être modernes tout en étant gaullistes car seuls les ignorants croient que ces deux termes sont antinomiques. C’est à ceux qui savent aimer et défendre la nation française sans haïr les autres, dans l’esprit de cette belle plume d’Ernest RENAN qui expliquait que « le patriotisme était l’amour des siens quand le nationalisme était la haine des autres » que je pense… Ces gaullistes-là, je les lis, je les suis, avec intérêt, et je ne cesse pas de constater de nombreuses convergences. Ce qui ne signifie pas que je me définisse comme gaulliste, même pas comme « gaulliste de gauche » car il existe aussi bien sûr pas mal de sujets de divergences, de points de désaccord, de terrains de mésentente. Ceux-ci sont suffisants pour écarter l’étiquette « gaulliste » pour me présenter. Ce qui ne signifie pas non plus que j’hésite entre deux orientations politiques. J’ai fait mon choix il y a des années et jamais je n’ai eu, depuis quatre ans, de raison d’en avoir honte ou de vouloir me déjuger. Si j’ai choisi le PG, ce n’est pas par caprice ou par humeur d’un jour mais suite à une longue et intense réflexion nourrie de bien des lectures. Mais on peut être déterminé, sûr de ses choix, bien en phase avec soi-même si j’ose dire, et être également ouvert aux autres, curieux de ce qui se dit ailleurs, voire intéressé par les discours et les actes de ceux qui se rapprochent de nous quand bien même ils ne font pas partie de nos alliés politiques… Ca a toujours été mon état d’esprit et ça le restera.

Donc, sans aller jusqu’à dire que les désaccords entre vous et moi, sont anecdotiques ou sans importance, je suis très souvent heureux de constater que sur ce qui est le plus fondamental à mes yeux, eh bien, nous ne sommes pas si éloignés les uns des autres que cela. Je dis « nous » mais ce n’est qu’une façon de parler car je n’engage personne d’autre que moi quand je parle et que j’écris. Je suis du PG mais mon parti ne saurait se trouver engagé d’une quelconque manière par mes « amitiés », mes affinités, mes proximités philosophiques, idéologiques, politiques. Je suis un citoyen libre et je parle comme j’écris en cette qualité. Libre et engagé, ce qui n’est pas antinomique.

Je ne suis pas « gaulliste » dans la mesure où je suis politiquement épanoui au sein du Parti de Gauche. Il n’en demeure pas moins que je conserve un profond respect envers la personne et l’œuvre du Général. Ce respect ne m’empêche pas de critiquer une partie de son œuvre dans laquelle je ne me retrouve pas ou ne me retrouve plus maintenant que j’ai goûté à d’autres plaisirs (je pense par exemple, mais pas exclusivement, à la question des institutions de notre République). Mais bien que je sache faire preuve de sens critique à l’encontre de cette auguste personne de notre Histoire, je lui conserve, une certaine admiration. Pour ce qu’il a apporté à notre pays et pour la manière, noble, qui fut la sienne d’exercer le pouvoir.

Oui, il ne fut pas pour rien, même s’il ne fut pas le seul, à contribuer à sauver l’honneur de la France et de notre peuple, à lui maintenir – ou plutôt à lui restaurer – sa place et son rang dans l’Histoire, à lui rendre son indépendance et sa souveraineté d’abord, à la maintenir ensuite, face à tous nos adversaires qui auraient tant voulu voir la France devenir durablement – pour ne pas dire définitivement – vassale d’autres puissances. Il ne fut pas pour rien non plus, même s’il ne fut pas le seul, à participer au « redressement » de notre pays d’abord, à faire de lui une grande puissance ensuite, et même, à le faire, par certains aspects, l’égal des plus grands. Comment ne pas nous souvenir, en ces temps qui perdurent depuis trois décennies où la « crise » est devenue une caractéristique permanente de notre vie économique, sociale, politique, morale… que, lorsque DE GAULLE fut Président de la République française, la France connut un essor remarquable et retrouva un prestige peut-être inégalé, et ce en quelques années à peine. Comme le dit celui que je peux qualifier de « camarade » sans le connaître personnellement, à savoir Jacques GÉNÉREUX, l’économiste-anthropologue du Parti de Gauche (mais qui a une autorité dépassant très largement les frontières de ce mouvement politique) NOUS ON PEUT ! Et quand il dit cela, il signifie bien sûr que NOUS, le Parti de Gauche, NOUS, le Front de Gauche, nous pouvons, mais ces propos ont une portée bien supérieure car il dit aussi en même temps que NOUS, le peuple français, nous pouvons car nous avons déjà montré au monde que nous pouvions…sous les années DE GAULLE notamment, et parce que NOUS LE VOULONS! Le sous-titre de son livre était « Pourquoi et comment un pays peut toujours faire ce qu’il veut face aux marchés, face aux banques, face aux crises, face à la BCE, face au FMI… ». Le Général ne dirait pas autre chose aujourd’hui, et d’ailleurs n’a pas dit autre chose hier quand lui était à la tête de notre pays… « La politique de la France ne se fait pas à la corbeille », ce célébrissime extrait d’une de ses conférences « à » la presse, illustre à peu de mots toute cette indépendance d’esprit et de politique quand tant d’autres se couchent sans combattre, soit que la soumission constitue une des caractéristiques de leur patrimoine génétique, soit que les volontés de nos ennemis ne les servent que trop bien eux-mêmes…

Outre ce profond respect, dont je parlais plus haut, en raison de son oeuvre, je le respecte aussi du fait de l’honorabilité de sa conduite, de sa tenue en public, quand, en son temps déjà, tant de ses contemporains, mais surtout, depuis sa disparition, tant de ses successeurs ou de ceux qui aspirent à le devenir, ne sont que de vulgaires arrivistes, intéressés personnellement au « gâteau » politique, peu estimables pour certains, méprisables pour d’autres, « des politiciens au rencart qui ne pèsent pas plus que leur poids qui n’est pas lourd » comme il le dit lui-même à l’occasion d’un de ses discours  les plus enflammés!  Sur le premier aspect de ce sujet, me vient à l’esprit ce que l’on sait par exemple quant aux dépenses personnelles de la Présidence de la République. Quand un DE GAULLE payait lui-même, sur ses ressources personnelles, certains frais de fonctionnement, certains de ses successeurs à moins que ce ne soit tous, se gobergent très chèrement aux frais de la République. Quand au second aspect de ce sujet, on pourra constater à quel point on a dévissé lorsqu’on regarde un DE GAULLE puis un CHIRAC en tenue d’Adam au fort de Brégançon ou un SARKOZY au salon de l’agriculture, sur la dalle d’Argenteuil, à la tribune du Congrès des États-Unis ou dans la datcha de POUTINE… En cherchant bien, je trouverais sans doute sans trop de peine, de nouveaux exemples relatifs au Président actuel.

Ce qui va suivre est une contribution, toute personnelle, d’un militant de base de la Gauche, qui n’en a pas moins, chevillée au corps comme vous, l’amour de sa « patrie républicaine » comme le dit Jean-Luc MÉLENCHON. Je suis aussi internationaliste sans que cela ne me fasse « désaimer » la nation française…

nfin, je ne suis pas « communiste ». Peut-être parce que je « n’ai pas eu la chance d’avoir des parents communistes » ( :-D). Mais si je crois connaître et comprendre l’Histoire, je ne vois pas le PCF aujourd’hui, et plus largement le « communisme », comme des forces dangereuses. Bien au contraire. Là encore, avec des yeux ouverts, de l’honnêteté intellectuelle et une intelligence politique, on ne peut pas assimiler les drames historiques qu’ont porté ailleurs ce que l’on a appelé, bien à tort, les expériences du « communisme ». Ces expériences tragiques-là étaient aussi éloignées du communisme philosophique, qui n’était qu’un humanisme, que le néo-libéralisme de notre temps est éloigné de l’essence même du libéralisme philosophique. Je ne suis donc pas communiste. Pourtant, je regarde le communisme avec bienveillance, avec intérêt, avec inspiration. Et à quelques exceptions près, je regarde les communistes de ce 21ème siècle comme de vrais humanistes, pas comme de potentiels fossoyeurs de la liberté et des droits de l’Homme. Je ne suis en rien dérangé par le fait que PG et PCF travaillent ensemble alors même qu’on nous reproche parfois d’avoir œuvré pour créer puis développer ce rassemblement des forces de la Gauche anticapitaliste. Au-delà de nos divergences, nous avons un objectif commun et bien des voies pour y parvenir se réunissent. Connaissant les communistes du terrain pour les avoir rencontrés et pour avoir milité avec eux, à Nice notamment, je sais que, à quelques rares exceptions près, ce sont d’ardents patriotes, d’ardents républicains, d’ardents démocrates, d’ardents « partageux ». Il n’y a rien à craindre d’eux…à part pour les « casseurs de France », à part pour les « charognards » qui se nourrissent et se repaissent des malheurs de la France, à part pour les exilés fiscaux qui, après avoir fait leur richesse grâce à nous, s’en vont mettre « notre » argent devenu le leur dans des lieux où il ne nous est plus accessible. Il n’y a rien à craindre d’eux, à part pour les destructeurs de services publics, à part pour les « diviseurs de peuple » ! Si, en son temps, gaullistes et communistes ont travaillé ensemble, ce n’est pas QUE le fruit de l’Histoire… C’est parce que, au-delà de leurs différences, ils avaient beaucoup de positions communes et celles-ci étaient d’autant plus éclatantes qu’elles s’opposaient à celles de tous les autres, qui étaient eux aussi ensemble mais ensemble contre la France. Rappelons-nous qu’en 1940, si, comme l’écrivit Henri AMOUROUX, « 40 millions de Français étaient pétainistes », ce chiffre englobait tous les corps constitués, toutes les institutions, tous les pouvoirs de l’État, tous les symboles, tous les « établis », tous les « sachants »… Oh qu’elle était belle pour eux cette « divine surprise » de 1940….

C’est donc bien sûr ce contexte historique qui a donné la base de l’alliance entre communistes et gaullistes et qui a édifié le modèle social du CNR lequel a vécu pendant trois décennies. Et qui, sans aller dire qu’il a rendu «heureux » le peuple français, a au moins offert à celui-ci un vrai progrès, à la fois puissant, continu et partagé. Parce que, pour faire simple, tous ceux qui, en France, avaient du pouvoir sinon « le » pouvoir, et de l’influence, en 1939 et 1940, puis de 1940 à 1944, se sont corrompus et soumis à l’ennemi, et que, pour cette raison, ils ont été éjectés, à la Libération, du paysage politique, économique et social français, nous avons pu édifier, grâce au compromis qui s’est noué lors de cette libération, les bases de ce qui allait être une des gloires de notre peuple, travail inachevé qui aurait dû être parachevé dans les décennies suivantes mais qui, tout au contraire, a été peu à peu démantelé par un de ces cruels retours en arrière que l’histoire connaît de temps en temps.

Mais nous savons comment et pourquoi ces heures de gloire et de progrès ont pris fin. Nous n’ignorons plus pourquoi et comment ce modèle social est devenu cette fiction qu’il est aujourd’hui. Nous sommes conscients des raisons profondes qui sont à la base de son démantèlement. Et c’est bien parce que nous avons tout cela à l’esprit que tant d’entre-nous rêvons d’un nouveau CNR… Ou disons plutôt que tant d’entre-nous rêvons de voir renaître l’esprit du CNR et rêvons de reconstruire cette œuvre politique qui a été si cruellement frappée et si méticuleusement déconstruite.

Pour en venir au fond

La participation. Oui, incontestablement, une grande idée du Général. Sans doute même une des plus fulgurantes qu’il ait eue. Une prescience ! Une intuition géniale ! Une autre preuve que cet homme qui était déjà un géant de notre Histoire, n’était pas un politique ordinaire…

Nous pensons très souvent en fonction de nos pré-requis. Je veux dire que nos raisonnements reposent presque toujours sur notre éducation, sur ce que l’on a appris, sur ce qu’on a lu, entendu, accepté ou rejeté, digéré, recyclé, intériorisé ou au contraire évacué au gré des étapes de notre vie. Et il est préférable d’avoir été ouvert et curieux jusques et y compris aux thèses de nos adversaires, ne serait-ce que par esprit « scientifique », bien connaître pour mieux critiquer, pour cibler avec plus de précision et donc plus d’efficacité. Autant une  pensée fulgurante peut-elle s’exprimer en partie ex nihilo, autant elle ne peut vraiment être fulgurante que si elle connaît l’existant et en tire une analyse pour le dépasser ou créer du neuf. La fulgurance résulte justement de cette apparente contradiction.

DE GAULLE fut donc intellectuellement et politiquement construit, comme vous le dîtes, par ces auteurs à la fois catholiques sociaux et socialistes non marxistes. C’est bien ce qui l’amena à être un puissant théoricien et metteur en pratique de l’inaccessible 3ème voie…mais qui ne fut pas aussi inaccessible que cela quand lui-même présida aux destinées de la France.

Ceci dit, je ne me situe pas vraiment moi-même dans cette mythique 3ème voie car, inspiré notamment (largement mais pas exclusivement) de Jacques GÉNÉREUX que je citais plus haut, je crois, avec lui, à l’indispensable rejet du capitalisme et de l’étatisme bureaucratique, mais aussi au nécessaire dépassement de cette 3ème voie pour rechercher une 4ème voie, ce qu’il appelle lui-même la voie du progrès humain et qu’il a si brillamment développé dans sa trilogie littéraire : La Dissociété – L’Autre  Société – La Grande Régression-À la recherche du progrès humain.

Vous écrivez que DE GAULLE reprochait au capitalisme et au communisme de « diviser la nation ». Nous sommes d’accord, vous et moi, sur cette fondamentale caractéristique du capitalisme. En revanche, je ne vous suis pas sur l’assimilation que vous faîtes, après lui, sur ce point entre capitalisme et communisme. Je pense même que c’est une grosse erreur que d’estimer que le communisme « entretient » la lutte des classes. La lutte des classes est un fait que DE GAULLE lui-même, et vous le rappelez, a constaté et dont il a pu dénoncer les causes et les effets. Mais affirmer que le communisme l’entretient, c’est un peu, voire beaucoup, faire reproche à la victime de se défendre un tant soit peu face à son ennemi qui la méprise après l’avoir opprimée, martyrisée, exploitée, esclavagisée… Ce n’est pas le communisme qui entretient cette lutte à son profit (j’aimerais que vous me disiez alors lequel ?), mais bien ceux qui l’organisent. Or ceux qui l’organisent justement me semblent être les capitalistes et, cette fois, c’est vraiment à leur profit à eux seuls… Vous n’ignorez sans doute pas la saillie de Warren BUFFET sur ce sujet précisément… Ce n’est pas parce qu’il l’a dit que c’est vrai mais tout le monde voit bien que ce qu’il a dit est vrai et il a eu, lui, l’honnêteté de reconnaître qu’ « il y a bien une lutte des classes » et que « c’est la sienne, celle des riches et des puissants, qui est en train de la gagner »…

Vous dîtes, comme DE GAULLE, que ce concept est « dépassé ». Il a pu l’être en son temps car l’économie qui était alors celle de la France et de bien d’autres pays d’Europe et du monde, était une économie capitaliste largement tempérée de « socialisme ». Certains pouvaient alors dire qu’on bénéficiait des apports fructueux à la fois du libéralisme et du communisme, le tout mixé dans un système qui en aurait fait la synthèse… HOLLANDE faisait-il alors ses armes idéologiques avec sa chère synthèse? Non, je plaisante évidemment… Moi-même, je ne suis pas loin de penser que cette période dite des Trente Glorieuses exprimait assez bien ce compromis ou cette synthèse entre deux forces philosophiques et politiques contraires. Nous avons connu alors un vrai progrès continu et partagé si j’ose dire.

Mais il ne vous aura pas échappé que les temps ont changé ! Ce que nous vivons aujourd’hui, depuis presque trois décennies, a changé de sens et les analyses d’alors ne sont plus valables pour qualifier « notre aujourd’hui ». La lutte des classes qui avait été, sinon enterrée, du moins très largement contenue, a repris une acuité inimaginable. Ce n’est pas le peuple, ce n’est pas la « classe laborieuse » qui l’a fait renaître, c’est bel et bien la classe dominante qui a décidé de sortir de la case contrainte dans laquelle l’Histoire des années 30 et 40 l’avait enfermée. Nous avons cru, naïvement, que cela perdurerait. Nous avons détourné le regard de certains signes avant-coureurs de ce retour en force des capitalistes ou plutôt des pires capitalistes. Nous avons très longtemps nié ce nouveau cours de l’Histoire. Nous avons refusé de contre-braquer  pour rétablir le bon cap. Nous avons laissé, peu à peu, ces capitalistes reprendre pied partout, dans les entreprises bien sûr, mais aussi dans l’État, dans les collectivités locales, dans les medias, dans les contre-pouvoirs, dans les corps constitués d’où ils avaient été évacués avec force à la Libération suite à leurs compromissions avec l’occupant nazi. Et une fois dans la place, ils ont commencé à œuvrer pour « rétablir leurs droits » et donc à saper notre modèle social, notre démocratie, notre République. La lutte des classes est de nouveau brûlante d’actualité. Il serait idiot de le nier. En revanche, sans doute pouvons-nous être intelligents dans notre manière de réagir et dans les choix à mettre en œuvre pour « reprendre le pouvoir » et pour le rendre au peuple.

Vous dîtes ensuite que cette lutte des classes est néfaste. Évidemment qu’elle l’est puisque elle divise le corps social et que, ce faisant, elle empêche son « harmonie ». Mais au-delà de cet aspect « macropolitique » ou « macrosocial » qui est très dommageable à notre pays et à notre peuple, la lutte des classes est néfaste du fait même des souffrances individuelles immenses qu’elle entraîne. Mais est-ce la lutte des classes en elle-même qui est un danger ? Ne sont-ce pas plutôt les causes de celle-ci qui sont à mettre en accusation ? La lutte des classes est, à mes yeux, bien davantage la qualification d’un  état de fait qu’une des deux parties à la lutte subit de la part de l’autre que le nom d’un combat que chacun des deux « camps » se plairait à mener, sauf, là encore, à expliquer que le camp principalement victime de cette guerre des uns contre les autres serait coupable parce qu’il refuserait de se faire massacrer. Nous avons eu bien des martyres parmi nous au sens où tant et tant d’êtres humains ont souffert et ont succombé aux coups de nos ennemis mais il n’a pas été fréquent pour autant que ces victimes se soient offertes à l’ennemi. Même si nous avons, ça et là, des exemples de cette bravoure : des combattants qui ont marché devant et pris des coups avant de tomber sous le feu nourri de l’ennemi, afin de servir l’intérêt général, en ayant porté un peu plus loin notre parole et nos espoirs, parfois aussi nos positions.

 Donc, nous pouvons nous rejoindre peut-être sur l’idée qu’il est urgent de mettre un terme à cette lutte des classes. Mais tout dépend de savoir comment ! Et je dirais à titre de réponse, et pour filer la métaphore juridico-militaire, si et seulement si, l’armistice, puis le traité de paix entre les deux classes, se fait avec des conditions qui ne soient pas scélérates. Si les clauses de ces accords posent des règles justes, si ces clauses inscrivent dans le marbre puis se donnent les moyens juridiques de défendre la liberté, l’égalité, la fraternité, la justice, la laïcité de l’État et des institutions publiques, la souveraineté du peuple, la concorde civile, l’esprit de paix, alors oui, nous serons pléthore à signer ces accords puis à les appliquer, à les défendre. Mais si, au contraire, se trouvent insérées dans ces accords, des clauses léonines, des armes de guerre des puissants contre le peuple, alors nous ne pourrons accepter de faire taire nos armes.

Le communisme a eu cette intelligence de trouver que la meilleure voie d’une paix durable entre les classes était dans le partage, dans la justice, dans l’humanisme, dans la socialisation des richesses et des moyens de production. Car après tout, une « entreprise » est une relation tripartite entre celui ou ceux qui amènent du capital, celui ou ceux qui dirigent (et qui peuvent aussi parfois être ceux qui, en partie ou en totalité, ont apporté le capital) et ceux qui font fonctionner concrètement cette entreprise. Il n’y a donc aucune raison valable à ce que l’une de ces trois parties domine les deux autres ou plutôt que deux de ces trois parties ne s’accordent ensemble pour dominer la troisième, voire, pour le dire encore autrement – et pour bien mieux qualifier l’entreprise d’aujourd’hui, en tout cas la grande entreprise – pour que l’une des trois parties (la direction) ne soit que l’exécutant docile, discipliné, robotisé et parfois très intéressé lui-même, de celle des trois (l’apporteur de capital) qui, de loin, impose toujours plus de sacrifices et de souffrances à la troisième, la masse laborieuse qui donne vie chaque jour à cette entreprise. Les chefs nous disent que sans eux, l’entreprise ne survivrait pas. Nous disons que l’on peut très bien faire sans eux mais qu’en revanche eux ne peuvent rien faire sans nous !

Alors une forme de pensée très généralisée fait sienne la thèse selon laquelle le communisme, chaque fois et partout où il fut appliqué, s’est révélé nocif pour les droits et libertés, « omniprésent et bureaucratique, niant l’initiative individuelle » comme vous le relevez vous-même. Je ne ferai pas ici la démonstration que ces expériences tragiques n’étaient pas du « communisme » mais bien un détournement de celui-ci. Ce n’est pas parce que ces expérimentateurs de malheur ont prétendu eux-mêmes être des communistes que cela était la réalité. Ce n’est même pas parce que leurs suiveurs, leurs soutiens et leur soldatesque croyaient, de plus ou moins bonne foi,  servir la cause communiste que leurs turpitudes devenaient de facto les actes du « communisme » appliqué. Bien des auteurs ont écrit sur ce sujet, à charge et à décharge. Il n’est pas ici dans mon propos de relativiser les fautes des uns et l’aveuglement des autres. Mais de rappeler que l’essence du communisme ne réside pas dans ces expériences-là. Il est pour moi – et je m’inscris dans une longue lignée d’auteurs – aussi impropre de soutenir que le communisme, en tant que pensée philosophique, économique, politique, sociologique,  porte en lui la tragédie soviétique et toutes ses copies plus ou moins fidèles, que d’affirmer que le libéralisme tel qu’il a été pensé par les philosophes des Lumières porte en lui les drames du capitalisme.

« Le communisme rejette l’idée nationale au profit d’un internationalisme prolétarien » affirmez-vous. Je ne le crois pas. Vous confondez esprit internationaliste et rejet de l’idée nationale alors même que ces deux idées, loin de s’opposer, se conjuguent en ce sens que l’une nourrit l’autre et chacune empêche l’autre de perdre pied. L’internationalisme permet à « l’idée nationale » de ne pas dériver vers le nationalisme. L’idée nationale, pour sa part, permet à l’internationalisme de ne pas se muer en une forme de religion, sans doute très belle en ce sens qu’elle serait celle de l’être humain, mais qui ne reposerait pas sur des bases sociales autres que fictives, en tout cas de nos jours. Là encore, je vois bien plus une synthèse qu’une confrontation.

 « L’État bureaucratique et omniprésent » que vous dénoncez fut hélas une réalité et je la dénonce vivement. Mes camarades du PG également. Bien des communistes de notre temps ne sont pas les moins offensifs dans cette critique. Si vous écoutez ce que nous disons, si vous lisez ce que nous écrivons les uns et les autres, vous constaterez sans peine que nous ne visons pas à reproduire les schémas antérieurs. La « bureaucratie » n’est pas notre opium. Nous recherchons et aspirons à une démocratie pleine et entière qui s’exerce toujours et partout, dans la vie politique il va sans dire mais également dans la vie sociale, culturelle, économique. C’est par le biais de cette démocratie que l’État sera jugé digne de mettre en œuvre la force de la loi et légitime à user de la contrainte publique. Parce que dans la démocratie telle que nous la concevons, celle de la 6ème République, nous en reviendrons à ROUSSEAU. La loi sera bien, enfin !, pas seulement en théorie juridique, mais aussi dans la réalité concrète, « l’expression de la volonté générale ». Nous en reviendrons aussi à la philosophie de ces auteurs qui avaient pensé le « contrat social » sans avoir jamais vraiment pu le constater conclu dans la réalité.

« Le collectivisme nie l’initiative individuelle » dîtes-vous. Il est indéniable que vous avez raison si l’on en juge par les expériences du communisme à la soviétique. Mais, là encore, notre collectivisme à nous n’a plus grand chose à voir avec ce qu’il fut en URSS. Le Gosplan, ça n’est pas exactement notre ligne de conduite. Nous parlons d’ailleurs plutôt de socialisation pour dire que nous n’aspirons pas tant à une prise de contrôle par l’État perçu comme un « Léviathan » qu’à l’État comme un puissant outil au service de tous, géré dans l’intérêt général, sous le contrôle permanent du souverain, le peuple, seul détenteur de la légitimité, en démocratie, à fixer des règles qui s’imposent à tous, selon puissants ou misérables, pour démentir enfin à la fois et LA FONTAINE et Michel SARDOU !

Quant à l’aspect bureaucratique, il est insupportable pour le citoyen quand il s’apparente à un système technocratique froid, inhumain, inaccessible, incompréhensible pour la masse des citoyens. Il est incompréhensible quand il impose à tous des obligations, qu’il fixe des interdictions, qu’il met des situations sous le joug de normes que le peuple ne comprend pas, dont on cherche parfois l’intelligence, la pertinence, l’utilité, dont on perçoit  assez communément aussi, trop souvent, la stupidité, l’innocuité voire la nocivité. Mais quand ces règles, prescriptives ou prohibitives, répondent à un besoin commun, qu’elles ont pour objet et pour nature de satisfaire l’intérêt général, qu’elles sont conçues, adoptées, puis mises en œuvre, avec intelligence, avec souplesse ou au contraire avec fermeté lorsque c’est nécessaire, lorsqu’elles sont expliquées à tous avec la pédagogie requise, lorsqu’elles ne sont pas seulement l’outil permettant à quelques-uns d’imposer leur loi à tous les autres, alors ces règles sont utiles, indispensables même. Et le monde étant ce qu’il est, la démocratie directe au sens où elle se pratiquait dans la Grèce et dans la Rome antique, cette démocratie de l’agora, n’étant plus envisageable de nos jours, l’existence d’une bureaucratie et d’une technostructure ne peuvent être évitées. Mais celles-ci ne doivent pouvoir agir qu’en accord avec le pouvoir politique et surtout avec le peuple. Ceci entraîne un certain nombre de conséquences pratiques. Nous y reviendrons abondamment dans les temps à venir.

Il est satisfaisant de constater qu’une fraction du peuple que vous représentez et incarnez considère, comme nous, que vous avez bien conscience que « le capitalisme livre l’État aux féodalités, aux puissances d’argent », que ce système honni par DE GAULLE « ne profite qu’à un tout petit nombre détenant les moyens de production au détriment de l’intérêt général », qu’il « aliène les travailleurs et leur ôte toute dignité ». Nous ne disons pas autre chose.

Vous expliquez que la participation telle que la concevait le général DE GAULLE, en « associant les travailleurs à la marche de l’entreprise est avant tout une remise en cause du salariat tout autant que de la condition de prolétaire ». Nous voici donc très proches les uns des autres, si ce n’est dans les moyens de parvenir à un objectif, du moins dans un but commun. Il ne vous aura pas échappé en effet que dit comme vous l’avez exprimé ci-dessus, vous et nous caressons le même dessein mais divergeons sans doute sur les voies qui permettront d’atteindre cet objectif. J’aurais tendance à penser que cette divergence d’options n’a pas beaucoup d’importance quand les finalités, elles, sont partagées. Cette pensée participative que vous reprenez à votre compte, en rappelant l’apport de René CAPITANT, qui était un de ces « gaulliste de gauche », n’est peut-être finalement qu’une autre dénomination d’une politique semblable, à ceci près toutefois que lorsque vous aspirez à ce que « la collectivité des travailleurs se confonde avec celle des employeurs de telle sorte que chacun dépende, en définitive, de lui-même tout en se trouvant associé à une œuvre collective », nous souhaitons nous, non pas « confondre » les uns et les autres mais libérer, émanciper complètement, ceux qui, de tout temps, ont été les serviteurs et les exploités, quand d’autres ont été les maîtres et les exploiteurs. La nuance n’est pas anecdotique ni accessoire. Il ne s’agit pas pour nous de substituer une nouvelle oppression à une ancienne, en inversant simplement les rôles et les positions des uns et des autres, mais de faire en sorte que les puissants d’hier ne soient plus les maîtres mais seulement une des parties dont les droits en effet soient égaux à ceux des autres parties. Alors nous pourrions dire, comme vous le faîtes, que les « apporteurs de travail » auraient des droits égaux à ceux des « apporteurs de capitaux » et nous pourrions sans doute nous rassembler sur cet objectif que vous évoquez de « transformer les travailleurs en co-gestionnaires et co-propriétaires » de l’entreprise. Car lorsque nous développons l’idée selon laquelle les salarié-e-s doivent se voir reconnaître un droit de veto aux décisions du conseil d’administration, nous proposons un début de « participation ». Lorsque nous appelons à réformer les institutions sociales pour que désormais les salarié-e-s ne soient plus comme des mineurs sous tutelle de parents autoritaires, injustes, égoïstes, bien peu prévenants, nous participons de cette logique de libération et d’émancipation de l’être humain dans l’entreprise. C’est la participation mais dans une version poussée plus loin. Je ne doute pas que vous pourriez soutenir vous-même ce genre de propositions.

D’ailleurs, lorsque poursuivant votre argumentation, vous expliquez que « les mérites d’une telle organisation du travail sont nombreux puisque la participation n’ôte pas aux travailleurs le goût de se battre dans la mesure où elle consiste notamment à partager aussi bien les responsabilités que les bénéfices ou les pertes éventuelles »,  nous pouvons relever qu’il en irait de même avec notre propre logique plus radicale. Par ailleurs, je ferais remarquer que les travailleurs sont très souvent compétents dans leur domaine d’activité, qu’ils sont très souvent responsables, contrairement à ce que d’aucuns prétendent et répètent à l’envi, qu’ils ne craignent pas, lorsque c’est nécessaire, de prendre leurs responsabilités quitte à assumer eux-mêmes, collectivement, la direction de leur entreprise. Nous voyons se multiplier ces dernières années ce genre d’initiatives responsables lorsque les capitalistes se comportent, eux, en voyous irresponsables. Les exemples abondent jusque dans l’actualité la plus récente… Qui soupçonne ou accuse les travailleurs d’être irresponsables ? Qui prétend que ces derniers ne cherchent que la facilité, le confort, les situations acquises ? Qui ne cesse de dire, en contradiction avec la réalité la plus criante, que les travailleurs n’ont pas le goût de se battre ? Pas les gaullistes je le sais bien. Mais les capitalistes, toujours eux, encore et encore ce discours des bien nés, des gavés, des repus, de ceux qui, selon la formule de BEAUMARCHAIS dans sa jouissante et insolentissime pièce Le Mariage de Figaro, « s’étaient donné la peine de naître » sans avoir aucun mérite à offrir. Trop souvent, on nous fait la leçon en nous expliquant, avec dédain, avec mépris, avec morgue, avec arrogance, que l’effort doit payer, que le travail mérite récompense, que ceux qui gagnent beaucoup ont beaucoup travaillé. Mais ces principes-là ne valent toujours que dans un seul sens. De qui se moque-t-on ? Lorsqu’il s’agit de récompenser par millions, voire par dizaines ou centaines de millions annuels, les quelques-uns qui ont « bien » dirigé une entreprise, qu’ils lui ont fait gagner beaucoup, il est légitime de les récompenser à la hauteur de ces gains. Voilà le discours bien connu. Or ce discours-là souffre de deux défauts rédhibitoires :

–          d’une part, seuls ceux d’en haut touchent, en pratique, les « fruits » de leur « travail ». Ceux d’en bas, comme d’ailleurs ceux « du milieu » n’en voient jamais, ne serait-ce que la couleur. Pourquoi donc ? Qu’est-ce qui justifie que le travail des uns soit récompensé et pas celui des autres ?  Nous le savons. C’est que ceux d’en haut ne sont pas tant récompensés pour leur « travail » ou pour leurs « efforts » que pour l’argent qu’ils ont fait gagner à « l’entreprise » comme ils disent. Mais, ce n’est pas l’entreprise qui a, dans leur pratique, gagné de l’argent, beaucoup d’argent, mais les actionnaires et patrons seuls. Les salarié-e-s n’ont jamais, ou si peu souvent, trouvé dans leur rémunération une quote-part de leurs propres efforts, de leur propre travail, ou infinitésimale. Des miettes microscopiques pour la masse quand ceux d’en haut obtiennent plusieurs très gros gâteaux. Il y a donc tromperie sur les mots et escroquerie sur la répartition de ces fruits pourtant si murs.

 –          D’autre part, la question mérite d’être posée de savoir d’où vient cet argent qui coule à très très gros flots ? Vient-il exclusivement du « travail » et des « efforts » de quelques-uns ? Ne vient-il pas du « travail » et des « efforts » de tous ? Par ailleurs, cet argent n’est-il que le résultat du « travail » et des « efforts » de l’entreprise pour se développer, pour « vendre plus » ? Ne vient-il pas aussi, largement des allègements massifs des impôts sur les sociétés, de la multiplication des aides financières et des avantages fiscaux de toute nature que l’État a concédés, ces dernières années, aux grandes entreprises ? N’a-t-il pas aussi pour source principale la réduction massive de la masse salariale ? Poser la question, c’est déjà y répondre dirait l’autre…

Pour revenir à votre texte, je suis assez étonné de lire chez vous ces clichés sur le communisme, qui serait « à l’état de ruine, délaissé par les ouvriers, ne survivant que par le vote de bobos en mal d’excitations ». Il semble là que vous vous êtes laissé allé à reprendre, sans avoir vérifié la justesse du propos, des accusations sans fondement de la « bulle », d’une certaine droite et de la pensée unique des puissants. Non, je suis au regret de vous dire que vous vous égarez. Le communisme, français tout au moins, n’est pas en ruine. Bien au contraire ! Il renaît. Il est même en plein développement comme en témoigne la vigueur du PCF depuis quelques mois. Revigoré en partie par le score de Jean-Luc MÉLENCHON candidat à l’élection présidentielle au nom du Front de Gauche avec le soutien du PCF mais renforcé aussi par son cheminement dans le Front de Gauche et par son afflux de nouveaux militants par dizaines de milliers, jeunes, actifs, associatifs, il est en pleine mutation. Sans doute qu’extérieur à lui, probablement peu intéressé par son avenir, vous n’avez pas perçu ces puissantes évolutions qui se dessinent quoique, je vous le concède, elles ne soient pas encore forcément perceptibles aux yeux de tous. Mais croyez-moi et n’hésitez pas à vérifier sur pièces et sur place par vous-même, en vous instruisant sur la question, le PCF ne ressemble pas du tout à l’image que vous dressez de lui. Ou alors il fait plus que bouger encore pour un parti que vous dîtes moribond.

Non, le PCF n’est pas non plus « délaissé par les ouvriers » même si quelques-uns ont peut-être choisi de se laisser mystifier par d’autres de l’extrême-droite ou d’ailleurs. Cela s’est toujours produit. Il y a toujours eu des ouvriers, des gens du peuple, pour voter contre leurs propres intérêts. Ces gens-là existent toujours. Ils sont en partie fautifs de ne pas être assez attentifs aux réalités. Mais je veux bien également reconnaître que la Gauche en général, la Gauche que nous incarnons au Parti de Gauche et dans les différentes composantes du Front de Gauche ou de la Gauche anticapitaliste en particulier, n’avons pas toujours su leur parler ou les convaincre. Ne pensez pas pour autant que les choix d’hier ou d’aujourd’hui de cette partie du peuple ouvrier demeureront toujours les mêmes. Nous oeuvrons pour les convaincre de revenir vers nous. Nous y arriverons sans doute dans l’avenir.

Enfin, si vous ne voulez pas être accusé de proférer de grosses bêtises, ne dîtes plus que le PCF ne « survit que par le vote de bobos en mal d’excitations ».  Peut-être bien que quelques bobos, en effet, se sont donné le mot de soutenir, dans telle ou telle élection, le PCF, le NPA, LO, pour des raisons qui ne tiennent en rien à leur souhait de voir mise en œuvre la politique préconisée par ces partis. Mais si tant est que cela existe, le phénomène doit être des plus anecdotiques. Il ne saurait être tenu pour règle générale. Ce genre de discours est une manière de tenir pour inexistantes les forces qui se réclament de ces partis. C’est non seulement insultant pour elles mais en outre tellement faux ! Les militants du PCF, comme ceux du Parti de Gauche dont je suis, pourront vous dire qu’il est ridicule et totalement à côté de la plaque de soutenir de telles affirmations. Pensez par vous-même, comme vous le faîtes assez bien par ailleurs. Etudiez la question en vous abreuvant à d’autres sources que celles qui prêchent ce genre de jugements si éloignés de la réalité.

Le dernier paragraphe de votre texte conclut sur une note lucide et optimiste. Vous estimez comme nous, que le capitalisme, outre qu’il est « impuissant à méconnaître les crises » (mais ne serait-il pas lui-même une crise en soi ?) « et à se réformer », emporte des « méfaits désormais connus de tout un chacun ». Vous citez entre autres exemples « les dégâts environnementaux et l’esclavage humain » en précisant bien que vous avez pleinement conscience qu’ « il ne s’agit que de la partie émergée de l’iceberg capitaliste » et que ce capitalisme se révèle « incapable de se moraliser ». Vous en tirez la conséquence que « toutes les conditions sont désormais favorables pour que la participation s’impose comme seule alternative sérieuse au capitalisme ». Vous avez, à mon sens, à la fois raison et tort. Vous avez raison quand vous considérez que le contexte actuel est propice à un abandon du capitalisme pour toutes les raisons que vous avez dîtes, et pour bien d’autres encore que vous n’avez pas eu, dans le court texte  que vous avez publié, le loisir d’évoquer mais que vous n’en avez pas moins à l’esprit, j’en suis certain, et qui doivent très largement recouper notre propre vision de la question. À l’inverse, vous avez tort, me semble-t-il, et je le dis sans arrogance comme sans acrimonie, lorsque vous dîtes que « le communisme est une impasse ». Ou vous avez raison si par communisme, vous entendez la pratique mise en œuvre dans les pays dits communistes. Mais vous avez tort si vous voyez du communisme du type de celui-là dans le projet « L’Humain d’abord » porté par le Front de Gauche à l’élection présidentielle de 2012 et par chacune des organisations constitutives de ce front à l’heure actuelle. Oh, certes, ce projet est incomplet. Il est sans doute imparfait. Il mérite incontestablement d’être amélioré, modifié, densifié, actualisé quelque peu. Mais il reste à mes yeux et aux yeux de presque tous les militants et sympathisants du Front de gauche, une des meilleures bases de travail pour avancer dans la voie que nous nous sommes fixée. Il semble aussi être perçu comme tel par quelques 4 millions de citoyens électeurs… Et ce nombre ne va cesser d’aller croissant, vous le verrez.