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« La France insoumise : son succès, son programme et son avenir » – Publié dans le journal « Révolution » le 13/09/2017

L’article publié dans le journal Révolution est accessible ici.

Avant-propos de Vincent Christophe Le Roux : Je vous invite à lire, à méditer et à relayer largement cet article du journal « Révolution » qui est d’une densité rare.

Oui il est long. Oui, il est dense. Il vous faudra une bonne demi-heure pour aller à son terme. Mais ça en vaut la peine !

C’est un texte qui vous fouette le sang !

C’est un texte qui vous fait réfléchir, qui vous appelle à remettre en question ce qui pouvait vous paraître évident jusqu’ici. Ou à l’inverse, vous fait imaginer ce que demain pourrait être à condition que nous ne reproduisions pas les erreurs d’hier, celles qui ont empêché nos pères de réussir hier en France, celles qui ont empêché nos semblables de réussir hier ailleurs dans le monde, celles qui empêchent aujourd’hui nos frères et soeurs de parvenir d’atteindre le rêve que nous caressons tous et toutes.

C’est un texte qui peut aussi vous renforcer dans certaines de vos certitudes.

Je ne souscris pas à tout ce qui est dit, j’ai ainsi des réserves sur certains sujets :

  • d’une part, sur la critique, faite par cet article, du “nationalisme” prétendu de Mélenchon et de la France insoumise , et sur la nocivité de la logique “indépendantiste”,
  • d’autre part, sur la nécessité affirmée de transformer en parti le mouvement de la France insoumise,

Mais ces deux réserves mises à part, je juge ce texte exceptionnel. C’est un outil vraiment formidable pour le combat politique que nous menons au sein de la France insoumise.

En outre, je suis de ceux qui considèrent que le projet L’Avenir en commun, s’il est une excellente base de travail qui nous a fait d’ailleurs gagner des millions de soutiens de plus qu’en 2012, ne peut se suffire dans son état actuel. Il aurait fallu aller beaucoup plus loin sur pas mal de sujets. Nous étions un certain nombre à avoir fait passer ce message pendant la phase préliminaire de la campagne électorale, notamment lors de la préparation de la première convention de la France insoumise, celle de Lille ! Or, hélas, nous avons échoué à convaincre la majorité qui a préféré adopter un projet restant dans une forme d’entre-deux sur bien des sujets fondamentaux. On l’a vu évidemment sur la question européenne. Mais pas que !

On l’a vu aussi par exemple avec le refus d’intégrer les propositions de Bernard Friot. Ce fut hélas très significatif et en même temps très révélateur de la « modération » de certains des nôtres qui se trouvaient parmi les principaux décideurs de ce qui s’écrivait dans le projet. Il y avait pendant la campagne électorale – et il y a toujours aujourd’hui – bien trop d’esprits colonisés voire contaminés par la logique « social-démocrate » parmi les principaux acteurs nationaux de la France insoumise. Et c’est la raison pour laquelle nous n’allons pas au bout de la logique que portent cependant notre discours et notre projet.

Si on l’avait fait, peut-être aurions-nous convaincu ces quelques centaines de milliers d’électrices et d’électeurs populaires qui nous ont manqué au 1er tour ; et peut-être aussi que des millions d’abstentionnistes seraient venus aux urnes nous soutenir en votant Mélenchon ! Peut-être que si nous avions osé être plus ambitieux dans notre projet, plus courageux aussi, nous aurions gagné cette partie du peuple qui aurait fait la différence alors qu’elle nous a délaissé.

Aujourd’hui, l’élection est derrière nous. Il est donc temps de pousser fort, très fort, pour que notre projet aborde enfin certains sujets négligés et assume clairement et solennellement des ruptures qu’il n’a pas voulu assumer jusqu’à présent. Notamment – mais les deux sont entièrement liés – la rupture avec l’Union européenne et la rupture avec le système capitaliste !

Vaut-il mieux perdre quelques modérés qui auront peur d’une telle révolution et gagner le soutien de millions d’âmes qui nous regardent encore aujourd’hui avec défiance, ou vaut-il mieux l’inverse ?

Je pose la question…

* * * * *

Moins de deux ans après sa création, la France insoumise (FI) est devenue la force dominante à gauche. Non pas, bien sûr, qu’elle soit la mieux organisée ou qu’elle ait le plus grand nombre d’élus. Mais elle domine indiscutablement dans la conscience politique des masses. Tous les sondages le soulignent : la FI est perçue comme la principale opposition de gauche au gouvernement Macron. Elle suscite beaucoup d’espoirs et d’attentes dans les couches les plus exploitées et les plus opprimées de la population. C’est fondamental. Aucun puissant appareil, aucun vaste « réseau d’élus » ne peut remplacer un tel soutien populaire.

Nos adversaires – la classe dirigeante, ses politiciens et ses relais médiatiques – ne s’y sont pas trompés : ils attaquent sans cesse Mélenchon et son mouvement. Dans cette agressivité, il entre une certaine dose de peur. Or celle-ci, comme on le sait, est mauvaise conseillère : en concentrant le feu sur la FI, ils contribuent à accroître son autorité et la désignent implicitement comme une possible alternative au gouvernement actuel (ce qu’elle est). Les politiciens bourgeois font toujours cette erreur, lorsqu’ils sentent le sol se dérober sous leurs pieds. En Espagne, la droite a déversé des tonnes de calomnies sur Podemos, pendant des années, en l’accusant notamment de soutenir – ô surprise – la « dictature » de Nicolas Maduro, au Venezuela. En Grande-Bretagne, Jeremy Corbyn subit le même sort, sur d’autres thèmes. Mais chaque fois, les calomnies finissent par éclabousser les calomniateurs.

Un phénomène international

Le succès de la FI ne tombe pas du ciel. Il est important d’en comprendre les raisons fondamentales. En premier lieu, il faut souligner le caractère international de ce phénomène. Partout, la crise mondiale du capitalisme provoque une polarisation – sur la droite et sur la gauche – qui déstabilise en profondeur les échiquiers politiques. En particulier, l’aile droite de la social-démocratie, qui a dominé la gauche pendant des décennies, est dans une crise profonde. Elle est de plus en plus concurrencée par des forces qui émergent sur sa gauche. C’est le cas notamment en Espagne (Podemos) et en Belgique (PTB). Avant cela, l’ascension rapide de Syriza, en Grèce, s’était réalisée au détriment du PS grec, le PASOK. En Grande-Bretagne, l’aile droite du Labour est confrontée à l’énorme popularité de Jeremy Corbyn, qui vient de la gauche du parti. Aux Etats-Unis, il n’y a pas de social-démocratie à proprement parler : le Parti Démocrate est un parti purement bourgeois. Mais il n’empêche que la campagne de Bernie Sanders aux primaires démocrates, en 2016, fut un séisme politique majeur : il se présentait comme un « socialiste », proposait une « révolution politique contre la classe des milliardaires » – et suscitait l’enthousiasme de millions d’Américains.

L’émergence de la FI est l’expression, en France, du même processus, qui s’enracine donc dans la situation objective : dans la crise du système capitaliste, dans ses conséquences sociales désastreuses et dans les politiques d’austérité qui se succèdent depuis la récession mondiale de 2008. Dans ce contexte, tous les partis – de droite comme « de gauche » – qui participent à la mise en œuvre de politiques d’austérité en sortent profondément discrédités. Un espace s’ouvre alors sur la gauche. Encore faut-il l’occuper, ce dont furent incapables les « frondeurs » du PS (qui se plaignaient de la politique de Hollande, mais votaient pour) et la direction du PCF (qui est embourbée dans des alliances avec le PS). Mélenchon, lui, a su occuper cet espace ; il a su rompre clairement avec le PS et incarner le refus des contre-réformes et des coupes budgétaires. Sans surprise, la radicalité de son discours a rencontré un puissant écho chez des millions de jeunes et de travailleurs.

Il est inutile d’aller chercher beaucoup plus loin les raisons du succès de la FI. Par exemple, on lit parfois que Mélenchon aurait trouvé le « bon dosage » entre « nationalisme » et « socialisme ». C’est faux. D’une part, il n’y a pas de bon dosage en la matière : nationalisme et socialisme s’excluent mutuellement ; le socialisme est par essence internationaliste. D’autre part, les tendances nationalistes sont beaucoup moins affirmées chez Sanders, Iglesias et Corbyn que chez Mélenchon. Or leurs succès sont comparables. Ils découlent avant tout du caractère socialde leur programme : le refus de l’austérité, des coupes budgétaires et du pouvoir sans limites des capitalistes. Le nationalisme français, quel qu’en soit le nom (« indépendantisme », « souverainisme » ou « patriotisme »), n’a pas un atome de contenu progressiste et ne peut en rien favoriser la croissance de la FI.

Réformes et révolution

Révolution considère l’émergence de la FI comme un développement très positif, car cela déporte vers la gauche l’axe politique du mouvement ouvrier français. Nous sommes partie prenante de ce mouvement. Nous avons activement participé aux campagnes électorales de Mélenchon à la présidentielle et des candidats « insoumis » aux législatives. Cependant, comme organisation marxiste, nous avons un certain nombre de divergences avec le programme officiel de la FI. Depuis le début de notre investissement dans ce mouvement, nous avons formulé ces divergences de façon positive et constructive. Résumons-les.

Le programme de la FI, L’Avenir en commun, contient une longue série de mesures économiques et sociales très progressistes. Si elles étaient mises en œuvre, elles se traduiraient par une très nette amélioration du niveau de vie de l’écrasante majorité de la population. Pas de toute la population, cependant ; la petite minorité de grands capitalistes qui contrôlent l’économie y perdrait quelque chose, à quoi ils tiennent plus qu’à la prunelle de leurs yeux : une partie de leurs marges de profit. La baisse du temps de travail, l’augmentation des salaires et le développement des services publics – pour ne citer que ces trois mesures de L’Avenir en commun– impliquent nécessairement de ponctionner les marges de profits des bonzes du CAC 40, et donc aussi les dizaines de milliards d’euros de dividendes qu’ils distribuent aux actionnaires, chaque année. L’Avenir en commun le dit d’ailleurs clairement : « il faut taxer les profits ».

Nous sommes évidemment d’accord avec l’idée de taxer les profits. Sous le capitalisme, toute la lutte des classes, au fond, est une lutte pour la répartition des richesses créées (par les salariés) entre Travail et Capital. Cependant, il y a des limites aux conquêtes sociales qu’il est possible d’arracher et de consolider dans le cadre du système capitaliste, en particulier dans un contexte de profonde crise économique, comme aujourd’hui. Non seulement le patronat n’est pas disposé à concéder de nouvelles réformes progressistes, mais il exige sans cesse des contre-réformes brutales. Confrontée à un gouvernement dirigé par la FI, la classe dirigeante française ferait tout ce qui est en son pouvoir pour saborder les réformes et contraindre le gouvernement à faire marche arrière. Pour ce faire, elle utiliserait son contrôle de l’appareil productif, de l’industrie, des transports, de la grande distribution, des banques et des médias. Par exemple, elle organiserait une grève d’investissements et une fuite des capitaux (lesquels, d’ailleurs, fuiraient spontanément pour éviter les taxes). Comment un gouvernement de la FI répondrait à cette contre-offensive de la classe dirigeante ? L’Avenir en commun n’apporte pas la réponse – et, à vrai dire, ne pose pas la question.

Voici notre réponse : les mesures progressistes de L’Avenir en commun ne pourront être mises en œuvre qu’à condition de rompre avec le capitalisme lui-même, donc de s’en prendre de façon décisive à la grande propriété capitaliste. Cela passe par la nationalisation – sous le contrôle démocratique des salariés et des consommateurs – des principaux leviers de l’économie : banques, énergie, transports, industrie, distribution, etc. Or L’Avenir en commun propose seulement de nationaliser quelques entreprises : « des » banques (lesquelles ?), les autoroutes, EDF et Engie (ex-GDF). C’est très insuffisant. Nous ne proposons pas de nationaliser les petites entreprises : ce serait inutile et absurde. Mais pourquoi laisser la plupart des mastodontes du CAC 40 entre les mains des milliardaires qui les possèdent – et qui, n’en doutons pas, s’en serviraient pour opposer une résistance acharnée aux mesures contenues dans L’Avenir en commun ?

Il faut compléter le programme de la FI dans le sens que nous venons d’indiquer, c’est-à-dire y introduire des mesures visant la transformation révolutionnaire et socialiste de la société.

Les leçons de la crise grecque

L’histoire de la lutte des classes a maintes fois démontré la nécessité d’un programme de rupture avec le capitalisme. En France, par exemple, le premier gouvernement de Mitterrand, entre 1981 et 1984, s’est heurté à ce qu’il a lui-même appelé le « mur de l’argent », qui n’est rien d’autre, au final, que la propriété capitaliste des grands moyens de production. En refusant de briser ce mur, Mitterrand s’est condamné à répudier son propre programme : ce fut le « tournant de la rigueur » de 1983-84, l’abandon du programme officiel du PS et, au passage, le début de la longue dérive droitière de ce parti.

Plus récemment, c’est en Grèce que les limites du réformisme ont éclaté au grand jour. En janvier 2015, Syriza accédait au pouvoir sur la base d’un programme progressiste. Sa mise en œuvre se serait traduite par une très nette amélioration des conditions de vie des masses grecques, lesquelles avaient subi, depuis 2009, plusieurs plans d’austérité draconiens. Cependant, Alexis Tsipras nourrissait l’illusion qu’il pourrait à la fois mettre en œuvre son programme de campagne et négocier un « bon accord » avec la « troïka » (UE, BCE, FMI) sur la dette publique grecque. Mais la troïka et l’ensemble des classes dirigeantes européennes ont immédiatement soumis le gouvernement grec à de colossales pressions pour qu’il renonce à son programme officiel et poursuive les mesures d’austérité. On connaît la suite : en juillet 2015, Tsipras capitulait sur toute la ligne et s’engageait dans la voie des privatisations et de nouvelles coupes budgétaires.

On entend parfois que Tsipras n’avait pas le choix, que les travailleurs grecs n’étaient pas prêts à une rupture avec le capitalisme – et que, de toute façon, la Grèce est un trop petit pays pour s’engager sur la voie du socialisme, qu’elle aurait été « isolée », etc. Ces arguments ne tiennent pas une seconde. La détermination des jeunes et des travailleurs grecs à lutter contre la troïka et les capitalistes en général a été démontrée par leur mobilisation massive dans les jours qui ont précédé le référendum du 5 juillet 2015. Le résultat du référendum lui-même – 61 % des voix contre les exigences de la troïka – en fut une autre illustration limpide. Si, au lieu de capituler quelques jours plus tard, Alexis Tsipras s’était appuyé sur le résultat du référendum pour proposer la répudiation de la dette publique et un plan de rupture avec le capitalisme grec, il est très probable que les pauvres, les jeunes et les travailleurs l’auraient soutenu activement et avec enthousiasme. Et à tout le moins, pour connaître leur réaction à l’idée d’une rupture révolutionnaire, il fallait la proposer.

Bien sûr, une Grèce socialiste se serait immédiatement attiré les foudres du capitalisme mondial. Mais elle aurait aussi gagné la sympathie des travailleurs du monde entier, à commencer par les travailleurs d’Europe. On peut affirmer avec certitude – sur la base de toute l’expérience passée – que le renversement du capitalisme en Grèce aurait eu un énorme impact politique sur l’ensemble du continent. Une vague révolutionnaire n’aurait pas tardé à balayer l’Europe. La question aurait été posée à toutes les forces de gauche : « pour ou contre la Révolution grecque ? », de même qu’Octobre 1917 avait posé la question : « pour ou contre la Révolution russe ? ».

Il n’est pas décisif, au fond, que ce soit la Grèce, l’Espagne ou un autre pays qui commence la révolution socialiste. La puissance économique relative des différents pays d’Europe n’entre pas en ligne de compte dans les perspectives générales, car les conséquences politiques du renversement du capitalisme dans un seul pays, quel qu’il soit, seront très indépendantes de son PIB. Aussi, les raisonnements sur la différence entre la « petite » Grèce et la « puissante » France n’ont pas grand intérêt. Ils aboutissent en général à la conclusion doublement fausse que la Grèce est trop faible pour le socialisme – et la France assez puissante pour s’en passer.

L’exemple du Venezuela

Le Venezuela offre un deuxième exemple, lui aussi tragique, de l’impasse du réformisme. Rappelons brièvement l’histoire récente du Venezuela.

L’élection de Hugo Chavez à la tête du pays, en 1998, a marqué le début d’une authentique révolution, la « révolution bolivarienne ». Dans le domaine économique, le premier acte important de Chavez fut d’annuler le projet de privatisation de la puissante industrie pétrolière, PDVSA, qui est de loin la première source de recettes de l’Etat vénézuélien. Il a mis ces ressources au service de toute une série de « missions sociales » dans les domaines de la santé, du logement et de l’éducation. L’analphabétisme a été rapidement résorbé. Des millions de pauvres ont vu un médecin pour la première fois de leur vie. De nombreux logements sociaux ont été construits. Le Code du travail a été modifié au profit des salariés. Une réforme agraire – au profit des paysans les plus pauvres – a été engagée.

La bourgeoisie vénézuélienne et ses maîtres impérialistes, aux Etats-Unis, ne pouvaient pas tolérer cette situation. Le 11 avril 2002, l’opposition de droite et des généraux réactionnaires – appuyés par les sommets de l’Eglise, de grands médias et l’administration américaine – ont organisé un coup d’Etat. Le palais présidentiel a été investi ; Chavez et des ministres ont été arrêtés. Mais en 48 heures, le coup d’Etat a été balayé par une mobilisation révolutionnaire des masses, dans les rues de Caracas et de tout le pays. Quelques mois plus tard, en décembre 2002, le patronat a organisé un vaste lock-out, là encore dans le but de renverser le gouvernement bolivarien. Mais là encore, la mobilisation révolutionnaire des travailleurs a fait échouer cette tentative.

L’un des grands mérites de Chavez fut de tirer des conclusions radicales de cette expérience. A partir de 2005, il déclare que les objectifs de la révolution vénézuélienne sont « socialistes », que l’émancipation du peuple vénézuélien est impossible dans les limites du système capitaliste. Cette idée rencontra un écho enthousiaste dans les masses vénézuéliennes. Par exemple, la création du Parti Socialiste Unifié du Venezuela, en 2007, fut un énorme succès. Il attira sous sa bannière plusieurs millions de jeunes, travailleurs et paysans – dont un grand nombre de femmes.

Cependant, le « socialisme » existait davantage dans les discours que dans la réalité. Quelques entreprises furent nationalisées, mais abstraction faite de la PDVSA, l’essentiel de l’économie – à commencer par le secteur bancaire – restait dans des mains privées. Le vieil appareil d’Etat était infesté d’éléments réactionnaires, carriéristes ou corrompus. Les initiatives des travailleurs pour instaurer le contrôle ouvrier dans les entreprises nationalisées se heurtaient à l’opposition et au sabotage des hauts fonctionnaires. De manière générale, Chavez lui-même s’efforçait de trouver un impossible compromis avec la bourgeoisie vénézuélienne. Celle-ci ne pouvait pas se réconcilier avec la révolution bolivarienne. Elle voulait son écrasement pur et simple.

Après la mort de Chavez, en 2013, la crise économique et politique s’est accélérée. La chute des cours du pétrole a joué un rôle important dans la crise, comme le soulignent les dirigeants de la France insoumise. Mais on ne peut réduire cette crise à la question du pétrole. Le problème, c’est que la bourgeoisie vénézuélienne refuse d’investir dans l’économie. Elle préfère spéculer sur la crise. Elle table sur le fait que le chaos économique, la pénurie et l’hyper-inflation créeront les conditions matérielles d’un renversement du gouvernement Maduro, les masses perdant patience. Or Maduro s’efforce – en vain – de trouver un compromis avec la droite et les capitalistes vénézuéliens. Cette politique mène tout droit à la défaite de la révolution vénézuélienne. La révolution ne peut être sauvée que par l’expropriation de l’oligarchie et la mise en place d’un contrôle démocratique des ouvriers sur l’économie et l’Etat. Autrement dit, par une révolution socialiste, laquelle aurait un puissant écho dans toute l’Amérique latine – et au-delà. Vingt années de révolution bolivarienne ont démontré qu’il n’y a pas d’autre voie.

L’Union Européenne

La crise grecque de 2015 a exposé la véritable nature de l’Union Européenne. En complète contradiction avec leurs beaux discours sur l’« unité » et les « valeurs » de l’UE, les classes dirigeantes d’Europe – à commencer par la plus puissante, la classe dirigeante allemande – ont soumis le gouvernement Tsipras et le peuple grec à un chantage brutal. Pour Angela Merkel et ses semblables, l’expression démocratique du peuple grec ne pèse rien face aux intérêts des banques et des multinationales. Les capitalistes français, bien sûr, ont exactement la même conception de la démocratie. Si le gouvernement Hollande a figuré en deuxième ligne de l’offensive contre le gouvernement Tsipras, c’est parce que les capitalistes allemands dominent l’UE, désormais, et y tranchent toutes les questions où leurs intérêts sont en jeu. Ceci dit, toutesles classes dirigeantes d’Europe poussaient à la capitulation de Tsipras, d’une manière ou d’une autre.

Sur la base de cette expérience et de la politique réactionnaire de l’UE en général, la jeunesse et les travailleurs du continent sont de plus en plus critiques à l’égard des institutions européennes. Le discours sur « l’Europe sociale », grâce à une réforme de l’UE, sonne comme une mauvaise plaisanterie. En effet, l’UE ne peut pas être « réformée » conformément à nosintérêts de classe, pour cette raison simple que l’UE est un ensemble d’institutions pro-capitalistes. La raison d’être de l’UE, c’est la défense des banques et multinationales européennes – et rien d’autre. L’UE est donc entièrement réactionnaire et ne peut pas être réformée ; elle doit céder la place à une autre forme de coopération entre les peuples d’Europe. Laquelle ? Et sur quelles bases économique et sociale ?

L’Avenir en commun développe la proposition de « sortir des traités européens ». Les traités européens sont réactionnaires, car ils sont l’expression politique et juridique du caractère réactionnaire de l’UE. La FI a donc raison de proposer d’en « sortir ». Mais pour vraiment en sortir, pour en sortir non seulement juridiquement, mais aussi économiquement et socialement, il faut sortir du système capitaliste lui-même. Sans cela, rien ne sera réglé. Tant que les Bouygues, Dassault, Bolloré, Lagardère et compagnie contrôleront les grands leviers de l’économie française, il n’y aura pas d’issue pour les jeunes et salariés, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’UE. Et ce qui vaut pour la France vaut pour tous les pays d’Europe.

Comme le soulignait déjà Lénine, le système capitaliste est incapable d’unifier l’Europe, d’harmoniser ses colossales ressources humaines et productives. Le problème, c’est le système économique et social, en France comme dans le reste de l’Europe. Seule une Fédération des Etats socialistes d’Europe permettra d’unifier le continent sur des bases progressistes. Cela peut sembler lointain et abstrait, mais c’est la seule voie, la seule perspective à la fois réaliste et conforme aux intérêts des masses. Une « Europe sociale » sur la base du capitalisme peut sembler plus accessible et plus raisonnable, à première vue. Mais c’est une chimère. Elle n’adviendra jamais.

Pour autant, la solution ne viendra pas d’une simple « sortie de l’UE ». Une France capitalisteayant rompu avec l’UE ne marquerait pas un progrès pour les travailleurs. Plus d’un an après le Brexit, les travailleurs britanniques sont bien placés pour le savoir : leur niveau de vie continue de régresser, notamment du fait de l’inflation. Pour qu’elle ait un caractère progressiste, la sortie de l’UE doit être la conséquence d’une rupture avec le capitalisme lui-même.

La VIe République

La FI place la fondation d’une VIe République en tête de ses priorités, comme le premier acte d’une « révolution citoyenne ». Il est clair qu’il faut défendre des réformes démocratiques. Par exemple, il faut fermer le Sénat, cette institution composée de notables élus par d’autres notables et dont le budget annuel s’élève au chiffre incroyable de 300 millions d’euros. Utilisons cet argent pour construire des écoles et des hôpitaux : le pays en a besoin. Il faut également défendre le droit de vote des immigrés à toutes les élections et la régularisation de tous les travailleurs sans-papiers.

La Ve République est pourrie jusqu’à la moelle. Ses institutions sont gangrenées par les passe-droits et la corruption en tous genres. En dernière analyse, cependant, cette crise des institutions n’est que l’expression de la crise du système économique sur lequel elles reposent et qu’elles ont pour fonction de défendre. C’est, là aussi, la racine du mal.

Dans la Ve République française comme dans tous les autres types de régimes en Europe, le véritable pouvoir ne réside ni dans les assemblées élues au suffrage universel, ni dans les conseils des ministres, ni même dans les palais présidentiels ou royaux. Il réside dans les conseils d’administration des banques et des multinationales. En France, une centaine de grandes familles capitalistes a une influence décisive sur la politique menée par les gouvernements successifs. Lénine caractérisait la démocratie bourgeoise comme « le masque temporaire de la dictature du Capital ». C’est encore plus vrai aujourd’hui qu’à l’époque de Lénine, car la concentration du capital a pris depuis des proportions colossales.

Mélenchon souligne souvent les traits monarchiques de la fonction présidentielle, en France. Mais le « monarque présidentiel » Macron est lui-même à genoux devant le grand Capital, véritable roi du monde contemporain. Si la VIe République ne détrônait pas ce monarque moderne, elle ne serait qu’une république bourgeoise de plus.

La « planification écologique »

La FI accorde une place centrale aux questions écologiques. Le troisième chapitre de L’Avenir en commun est consacré à cette question. Il s’intitule : Face à la crise climatique, la planification écologique.

Au seul mot de « planification », les apologistes du capitalisme éprouvent une brusque montée d’angoisse. C’est le signe qu’on est sur la bonne voie. Révolution se félicite du retour de l’idée de « planification » dans un programme de gauche bénéficiant d’une très large audience. Ce retour fait suite à une longue disparition, consécutive à la chute des régimes staliniens, au début des années 90. A l’époque, les dirigeants du mouvement ouvrier subissaient de plein fouet la vague de propagande qui annonçait la victoire définitive de « l’économie de marché » (la loi de la jungle). Ils n’osaient plus parler de planification, de socialisme ou de révolution.

Il n’est pas étonnant que l’idée de planification revienne par la voie des préoccupations écologiques. Le capitalisme est en train de plonger l’humanité dans une crise écologique majeure. La course aux profits et le chaos du « libre marché » aggravent sans cesse les différentes formes de contamination de l’air, des sols, des mers et des cours d’eau. Les « pics de pollution » de l’air se multiplient. L’Organisation Mondiale de la Santé estime que les différents types de pollution sont déjà responsables d’un décès sur neuf, dans le monde. L’industrie agroalimentaire nous vend de la nourriture de plus en plus malsaine et empoisonnée. Le réchauffement climatique, conséquence des émissions de gaz à effet de serre, déstabilise gravement l’écosystème. Bref, si rien n’est fait, l’humanité court à sa perte, à sa propre destruction.

Jean-Luc Mélenchon a pris acte de cette situation et annonce vouloir y apporter des solutions radicales. Dans L’Avenir en commun, il écrit que « l’exigence écologique ne peut être réduite à des proclamations et des mesures qui épargnent le système. La finance n’en veut pas : elle préfère les grands rendements de la spéculation. La définanciarisation de l’économie est une condition incontournable de la transition écologique. »

C’est bien le cœur du problème : les grands capitalistes sont organiquement incapables de réaliser les énormes investissements nécessaires à la « transition écologique », et notamment le développement massif des énergies renouvelables – au détriment des énergies émettrices de gaz à effet de serre. Ce n’est pas simplement une affaire de mauvaise volonté, de leur part. Les lois et les mécanismes fondamentaux du capitalisme poussent les classes dirigeantes à rechercher la maximisation de leurs profits à court terme. Il en résulte un chaos et un gaspillage monstrueux. La sauvegarde des équilibres environnementaux est incompatible avec ce gigantesque casino qu’est devenue l’économie mondiale.

Il faut donc s’attaquer au « système », comme l’écrit Mélenchon. Comment ? L’Avenir en communpropose toute une série de mesures dans les domaines de l’énergie, des transports, du logement, de l’agriculture et de la gestion des déchets. On peut grosso modo ranger ces mesures en deux catégories. La première comprend des mesures punitives ou incitatives (taxes, arrêt des subventions) qui visent à restreindre les activités polluantes, le gaspillage et autres fléaux de cet ordre. Cette catégorie comprend aussi des mesures d’interdiction pure et simple (pesticides chimiques, OGM…) et l’arrêt de projets en cours (« fermes usines », nucléaire…). La deuxième catégorie comprend toute une série de mesures plus positives, visant à développer largement les énergies renouvelables, les transports publics, l’isolation des logements, le recyclage des déchets, l’agriculture biologique et d’autres choses encore.

On a donc, d’un côté, des mesures dont l’objectif est de contraindre les capitalistes à moins polluer, moins gaspiller – et, de l’autre, des mesures qui proposent de réaliser tout ce que les capitalistes refusent de réaliser. Mais ceci pose deux problèmes. D’une part, est-il possible de contraindre les capitalistes à limiter ou arrêter des activités qui leur sont extrêmement profitables ? L’expérience nous permet de répondre : non, c’est pratiquement impossible. Tant qu’ils contrôlent les grands moyens de production, ils ont mille et un moyens de contourner des mesures punitives et de résister aux contraintes légales qu’un gouvernement voudrait leur imposer. D’autre part, qui va réaliser les investissements colossaux nécessaires au développement des énergies renouvelables, au développement massif des transports publics et à la transition écologique en général ? Le secteur privé ? C’est impossible. Seul l’Etat, seule la « puissance publique » peut réaliser de tels investissements, à condition qu’elle soit dotée des moyens financiers et industriels à la hauteur de cet objectif.

Ainsi, ces deux problèmes ont une seule et même solution : la nationalisation des principaux moyens de production et la mise en place d’une planification démocratique de l’économie, sous le contrôle des salariés et des consommateurs. La planification écologique ne sera possible que sur la base d’une planification économique. Sans cela, elle restera suspendue dans les airs, tel un vœu pieux.

On ne peut planifier ce qu’on ne contrôle pas – et on ne peut contrôler pas ce qu’on ne possède pas. Or, comme nous l’avons déjà relevé plus haut, L’Avenir en commun reste beaucoup trop vague sur le périmètre des nationalisations à réaliser. Il mentionne les autoroutes, EDF, Engie et « des banques généralistes ». Lesquelles ? Pourquoi pas toutes les banques ? Pourquoi laisser aux capitalistes une seule de ces grosses banques « généralistes », c’est-à-dire spécialisées dans la spéculation et le pillage des ressources de la planète ? La planification écologique – et donc économique – devra s’appuyer sur un secteur bancaire entièrement public, centralisé et doté d’une capacité d’investissements optimale.

La nationalisation des grandes entreprises du secteur de l’énergie, comme EDF et Engie, est indispensable. Mais bien d’autres secteurs économiques sont impliqués dans le saccage de l’environnement – et devront être réorganisés pour y mettre un terme. Par exemple, le secteur des transports devra fonctionner d’une façon radicalement différente de ce que nous connaissons dans le système actuel, où une poignée de grands capitalistes font produire des millions de véhicules individuels polluants (mais très profitables) et où les transports publics sont à la fois négligés et soumis aux diktats de la rentabilité. Il faudra, au contraire, investir massivement dans les transports publics, au détriment des véhicules individuels polluants. Mais pour cela, il nous faudra contrôler ce secteur, et donc d’abord exproprier les parasites qui le contrôlent aujourd’hui. Il nous semble que le milliardaire Carlos Ghosn (Renault), pour ne citer que ce parasite, s’est assez largement payé sur la bête !

Poursuivons. L’isolation des logements est un enjeu important de la transition écologique, comme le souligne L’Avenir en commun. Il faudra non seulement isoler les logements existants, mais aussi intégrer ce paramètre aux nouveaux logements à construire – et il faudra en construire beaucoup, car il en manque beaucoup. On le peut ! Avec plus de cinq millions de chômeurs, en France, ce n’est pas la main-d’œuvre qui fait défaut, ni les compétences. Mais il n’est pas question qu’un plan de construction de logements publics serve à enrichir les grosses entreprises du BTP. Celles-ci devront être nationalisées et regroupées dans un secteur public centralisé permettant de bien planifier les vastes travaux de construction et de rénovation nécessaires.

Enfin, l’industrie agroalimentaire (qui nous empoisonne allègrement) et la grande distribution (qui vole tout le monde, des petits producteurs aux consommateurs) devront également passer dans le secteur public. Comment, sinon, pourrions-nous réorganiser et développer une agriculture capable de satisfaire les besoins de tous – en cessant, enfin, de ruiner la nature, notre santé et nos portefeuilles ?

L’expropriation des grands capitalistes est une nécessité à la fois d’un point de vue écologique et d’un point de vue social. Une planification démocratique de l’économie permettra la plus grande rationalisation des rapports de l’homme à la nature, mais aussi des rapports sociaux eux-mêmes. Elle ouvrira la possibilité d’éliminer toutes les formes d’exploitation et d’oppression. Les marxistes soulignent souvent qu’une telle perspective ne pourra se réaliser pleinement qu’à l’échelle internationale. C’est évident en ce qui concerne la situation écologique : la pollution ne connaît pas de frontières. C’est un problème mondial, que seul le socialisme mondial, en définitive, pourra résoudre.

La question de la guerre

La question de la guerre – et des relations internationales en général – est à la fois complexe et fondamentale. Ici, nous nous appuierons sur ce qui est effectivement écrit dans L’Avenir en commun – et non, comme c’est trop souvent le cas, sur des phrases de Mélenchon extraites de leur contexte et exploitées de façon malhonnête.

Le chapitre 5 de L’Avenir en commun est intitulé : « Face à la guerre, instaurer l’indépendance de la France au service de la paix ». Ce que le texte du programme explicite ainsi, d’emblée : « Nous ne devons plus être à la remorque des folies impériales des Etats-Unis et de leur outil de tutelle militaire : l’OTAN ».

Il est exact que l’impérialisme français est à la remorque de l’impérialisme américain. De fait, la France n’est désormais qu’une puissance de second rang. C’est la conséquence du déclin de son poids économique relatif au cours des dernières décennies, qui ont été marquées par l’hyper-domination des Etats-Unis, l’ascension de la Chine et, plus récemment, le retour en force de la Russie. Dans ce contexte, le gouvernement de François Hollande – comme d’autres avant lui – a joué le rôle de bruyant caniche de l’impérialisme américain, lequel observait avec mépris le petit animal et, de temps à autre, lui flanquait un coup de botte. Il en ira de même avec le gouvernement Macron, malgré ses prétentions théâtrales à jouer un rôle important sur la scène mondiale.

Telle est la position réelle de l’impérialisme français. Dès lors, comment « l’indépendance » de la France à l’égard des Etats-Unis pourrait-elle contribuer à « préparer la paix », selon la formule de L’Avenir en commun ? Posons la même question autrement. Nous sommes favorables à la sortie de la France de l’OTAN ; mais en quoi cela empêcherait les autres puissances de l’OTAN – Etats-Unis en tête – de poursuivre leurs guerres impérialistes ?

L’Avenir en commun répond à cette question en proposant que l’Organisation des Nations Unies (ONU) joue un rôle central, décisif, dans les affaires du monde. Il faut « renforcer et réinvestir l’ONU pour faire vivre un monde ordonné », affirme le texte. C’est l’argument clé de toute cette partie du programme ; il y revient de différentes manières. Or c’est un argument sans consistance. Il est en complète contradiction avec ce qu’est l’ONU et son rôle réel dans les rapports internationaux.

Le rôle de l’ONU n’est pas d’empêcher les guerres. Cette institution n’a jamais joué un rôle progressiste. Elle n’est qu’un forum dans lequel les grandes puissances impérialistes débattent surtout des questions secondaires. Lorsqu’une question importante est à l’ordre du jour, l’ONU n’a pas le dernier mot : ce sont les grandes puissances qui décident, suivant leurs intérêts. On l’a vu, par exemple, dans le cas de l’invasion de l’Irak en 2003. Pour des raisons liées aux intérêts de l’impérialisme français, la France avait pris position, à l’ONU, contre l’intervention militaire. Qu’ont fait les impérialistes américains ? Ils ont tout de même envahi l’Irak, sans mandat de l’ONU. Et ce n’est là qu’un exemple parmi bien d’autres.

Il est vrai que, parfois, les cinq puissances du Conseil de Sécurité de l’ONU s’accordent sur certaines interventions militaires. Mais celles-ci n’en conservent pas moins leur caractère impérialiste et donc réactionnaire. La première guerre du Golfe (1990) était appuyée par l’ONU, tout comme l’embargo imposé à l’Irak entre 1991 et 2003, lequel a fait, selon les sources, entre 500 000 et 1,5 million de victimes, dont une majorité d’enfants. Plus récemment, il y a eu l’intervention en Libye (2011), dont chacun peut aujourd’hui apprécier les résultats. Et que dire de Haïti, ce pays martyr qui, depuis 2004, vit sous une dictature de facto des Casques bleus de l’ONU ?

L’énumération des crimes impérialistes « sous mandat de l’ONU » dépasse les limites de cette brochure. Mais ce qui précède suffit à justifier notre désaccord avec l’idée, formulée dans L’Avenir en commun, selon laquelle « le seul organe légitime pour assurer la sécurité collective est l’ONU ». De même, « refuser toute intervention militaire sans mandat de l’ONU » revient à éventuellement soutenir celles qui auraient un tel mandat. Ce n’est pas le bon critère. Et s’accrocher à ce critère, c’est tomber dans le piège des impérialistes, car l’une des fonctions de l’ONU est précisément de couvrir les guerres d’un voile de « légalité internationale », quand c’est possible. Il s’agit d’un élément de propagande non négligeable. Notre rôle est de dénoncer cette propagande et d’expliquer les véritables motivations des belligérants, dans chaque guerre.

Les auteurs de L’Avenir en commun n’ignorent pas les nombreux cas de guerres impérialistes « sous mandat de l’ONU ». Cela explique qu’ils proposent aussi d’« enclencher un processus de démocratisation » de l’ONU. Ils n’en disent rien de plus. Malheureusement, cette idée n’a aucun sens. L’ONU est une institution fondée par les grandes puissances impérialistes, contrôlée par ces puissances et n’ayant pas d’autre fonction que de défendre leurs intérêts, à commencer par ceux de l’impérialisme américain. La « démocratisation » de l’ONU a donc aussi peu de chance d’advenir que la démocratisation du Pentagone, par exemple.

Ce qui fait manifestement défaut, ici, c’est un point de vue de classe. De manière générale, L’Avenir en commun n’aborde pas la guerre d’un point de vue de classe. Par exemple, il est proposé d’« arrêter les guerres par une diplomatie active et indépendante au service de la paix ». Mais selon la formule célèbre et si juste du général Clausewitz, « la guerre n’est que le prolongement de la politique par d’autres moyens. » Autrement dit, les guerres impérialistes sont le prolongement inévitable de la lutte que se livrent les plus puissantes classes capitalistes pour des marchés, des sources de matière première et des zones d’influence. Tant que le capitalisme régnera sur notre planète, il y aura des guerres comme celles qui ravagent aujourd’hui le Moyen-Orient. La plus « active » et la plus « indépendante » des diplomaties pacifistes n’y changera rien.

En Syrie, par exemple, les dirigeants américains et russes luttent pour les intérêts de leurs classes dirigeantes respectives. Dès lors, que peut bien signifier l’idée, formulée dans L’Avenir en commun, de « mettre en place une coalition universelle sous mandat de l’ONU pour éradiquer Daesh et rétablir la paix et la stabilité en Syrie et en Irak » ? Une « coalition universelle » – réunissant tout le monde, par définition – suppose que les intérêts des grandes puissances impérialistes concordent complètement et tout le temps. Mais cette hypothèse est en complète contradiction avec toute l’histoire du capitalisme.

Souvent, l’horreur de la guerre pousse des militants de gauche à déclarer : « il faut faire quelque chose ! Toute de suite ! » Et trop souvent, cela se termine par le soutien à une intervention impérialiste. On voit ce que ça donne aujourd’hui en Libye, par exemple. Il faut en tirer les leçons. Et regarder les choses en face : la guerre est une caractéristique fondamentale, inévitable, du capitalisme moderne. On ne peut avoir l’un sans l’autre. Si nous voulons sérieusement lutter contre les guerres impérialistes, notre premier devoir est d’expliquer, à chaque occasion, quelle est la véritable nature de classe de la guerre et quels objectifs réels poursuivent les différentes forces engagées.

En France, il faut en priorité dénoncer les crimes de l’impérialisme français et mobiliser le mouvement ouvrier contre ces crimes. Et il faut inlassablement expliquer qu’une paix authentique, durable, universelle, ne sera possible que lorsque nous aurons débarrassé le monde du système capitaliste. Ce n’est peut-être pas pour « toute de suite », mais c’est la seule solution au fléau de la guerre.

Mouvement ou parti ?

Les militants de la FI débattent régulièrement de son avenir comme organisation. Est-ce qu’elle doit devenir un parti, comme l’est devenu Podemos en Espagne, ou doit-elle demeurer un mouvement ? Pour notre part, nous pensons que la transformation de la FI en un parti est nécessaire. Pour quelles raisons ?

Un parti est d’abord et avant tout un programme et des idées. Mais à la différence d’un mouvement, un parti est aussi un certain type de fonctionnement interne, qui vise à la fois un maximum d’efficacité et un maximum de contrôle démocratique des militants sur l’organisation, sa direction, son programme et sa stratégie. Bien sûr, dans les faits, beaucoup de partis ne sont ni démocratiques, ni efficaces – sinon pour faire avancer la carrière de leurs dirigeants. Le PS en offre un exemple écœurant. Cependant, ce n’est pas là une conséquence inévitable de la « forme parti ». Les causes de la bureaucratisation du PS ne sont pas à chercher du côté de son organisation ; elles sont à chercher du côté des pressions matérielles et idéologiques de la classe dirigeante sur sa direction, pressions qui ont fini par transformer la direction du PS en une clique de politiciens réactionnaires. La dégénérescence bureaucratique du PS a été déterminée par sa dégénérescence pro-capitaliste. Et elle ne date pas d’hier !

Un mouvement n’est pas à l’abri de déformations bureaucratiques. En un sens, il est même davantage exposé à ce danger, puisque la direction y est dégagée des mécanismes formels de contrôle démocratique qui caractérisent un parti. Encore une fois, ces mécanismes – élections internes, congrès, etc. – ne sont pas en eux-mêmes une garantie absolue contre le bureaucratisme, le carriérisme et les luttes d’appareil stériles. Il n’y a pas de garantie absolue dans ce domaine. Un parti n’existe pas dans le vide. C’est un organisme vivant qui subit les pressions de toutes les classes sociales, y compris la bourgeoisie. Mais il en va de même pour un mouvement. Simplement, en l’absence de mécanismes formels de contrôle démocratique du sommet par la base, un mouvement est encore plus exposé qu’un parti aux pressions de la classe dirigeante.

Enfin, un mouvement suffisait à organiser la campagne de Mélenchon à la présidentielle, l’enthousiasme aidant. Pour la campagne des législatives, par contre, l’absence de centralisations locales – de directions élues et capables de coordonner l’activité, d’orienter les forces militantes – s’est fait plus nettement sentir. Ce problème se reposera sans cesse à l’avenir. Chaque fois que la FI s’engagera dans de nouveaux combats, elle sera confrontée à la nécessité d’une plus grande structuration locale et nationale. Elle ne pourra pas pérenniser son travail et intégrer dans ses rangs la masse de jeunes et des travailleurs qui veulent y adhérer sans s’orienter vers la formation d’un parti. Dès lors, le mieux est de l’anticiper et d’y œuvrer consciemment. La FI n’en sera que mieux armée pour les grandes luttes qui l’attendent.

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Exigeons la démission du Président Macron et l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle

Pour signer cette pétition, c’est ici.

Ce texte a également été publié sur Le Grand Soir. Voir ici.

Nous invitons tous les citoyens français à signer cette pétition qui exige la démission du Président Macron et l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle.

Nous considérons en effet que le Président Macron a été élu dans des conditions tout à fait contestables, et qu’il mène une politique très hostile à l’intérêt général en le faisant d’une manière bien peu respectueuse des principes élémentaires de la démocratie qui est, rappelons-le, « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».

Nous mettons en avant d’abord, que le candidat Macron a bénéficié d’un soutien quasi inconditionnel, et continu pendant des mois, de la part du système médiatique. Nous rappelons que ce sont neuf milliardaires qui détiennent l’essentiel des organes de presse écrite et audiovisuelle. Ainsi la plupart des grand journaux nationaux et locaux, que leur parution soit quotidienne, hebdomadaire ou mensuelle, mais aussi presque toutes les chaines de télévision et stations de radio, sont sous le contrôle des chefs des plus grandes entreprises françaises.

Nous mettons en avant ensuite que le Président Macron, loin d’être le « Président de tous les Français » comme le veut le principe républicain, n’est que le représentant de la caste oligarchique qui tient la France. Cette caste constituée des patrons des plus grandes entreprises, d’une partie de la très haute fonction publique, de presque tous les acteurs des medias, de nombreuses personnalités du monde du spectacle ou du sport de haut niveau, ainsi que de divers acteurs des lobbys et groupes de pression, a pu, au cours des années, mettre des serviteurs de leurs intérêts à tous les postes de commande dans l’État. Jamais depuis des décennies, un Président n’avait été aussi ouvertement favorable à cette caste, et si ouvertement hostile au peuple tout entier.

Nous mettons en avant enfin les très nombreuses irrégularités constatées lors des opérations électorales du 1er tour de l’élection présidentielle, et notamment le nombre ahurissant de cartes d’électeurs produites en double exemplaire, ceci étant de nature à vicier l’authenticité des résultats électoraux. Nous regrettons qu’aucune action de masse n’ait réellement été entreprise pour contester la légitimité du scrutin. Les grands leaders politiques nationaux n’ont émis aucune contestation. Les medias ont avalisé les résultats donnés par le ministère de l’Intérieur, et la justice n’a pas été saisie d’autres litiges que de cas isolés. Pourtant, les irrégularités sont si nombreuses et parfois si massives que nous pensons que la qualification d’Emmanuel Macron au second tour a été purement et simplement fabriquée de toute pièce.

Le Président Macron insulte et méprise le peuple.

Le Président Macron a mis en place par ordonnance (un procédé bien peu respectueux du principe fondamental de séparation des pouvoirs entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif) une politique dans le domaine du travail et des questions sociales qui transforme radicalement l’esprit du droit du travail français et qui va donner aux employeurs le droit légal et les moyens techniques de faire presque tout ce qu’ils veulent à l’encontre des salariés.

Le Président Macron est au service exclusif des banques, de la finance, du grand capital, mais aussi des impérialistes états-uniens, puisqu’il a accepté que le traité CETA (accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne), largement conçu par les capitalistes des États-Unis, entre en vigueur ces derniers jours alors que le peuple français ne l’a pas approuvé. Et après ce traité CETA, viendront rapidement le traité TAFTA (accord de libre-échange transatlantique entre Etats-Unis et Union européenne) et le traité TISA (accord lié aux services), en attendant les suivants.

Le Président Macron ne tire sa légitimité que du seul fait qu’il a été élu contre Marine Le Pen et son élection n‘est donc pas le résultat d’un vote engagé en sa faveur mais d’un vote de refus de son adversaire du second tour. Le risque prétendu de voir le retour du fascisme si Marine Le Pen était élue a fait l’élection de Macron. Le parti de Marine Le Pen et elle-même, comme son père hier, ne sont donc que des alliés objectifs du système. Leur seul rôle est d’empêcher que le pouvoir ne bascule dans le camp du peuple. Il a été éclairant, à cet égard, de constater la décrépitude volontaire de Marine Le Pen lors du débat du second tour. Elle ne voulait pas être élue or son adversaire était tellement rejeté qu’il y avait un risque d’inattendu au soir du second tour. Alors elle s’est employée à s’auto-saborder. Elle avait fait le travail au premier tour, en gelant des millions de voix qui, sans elle, auraient pu se porter sur le candidat Jean-Luc Mélenchon et lui permettre d’être présent au second tour, pour l’emporter peut-être in fine.

Aujourd’hui, Emmanuel Macron est le Président de la République et son élection ne peut plus être contestée par des voies régulières. Pour autant, le peuple n’est pas dépourvu de moyens d’action. Mais il ne peut plus agir contre le Président que par deux voies :

1/ La voie électorale :

Cette voie recoupe deux modalités :

  • attendre la prochaine élection présidentielle pour priver alors le Président de la République d’un nouveau mandat (à condition qu’il se représente et que la caste oligarchique ne mette pas sur la scène un autre serviteur qui réussirait, à son tour, à mystifier le peuple),
  • ou, à l’occasion d’élections législatives anticipées qui seraient organisées pour trancher une crise politique majeure ou suite au renversement du gouvernement par une motion de censure que pourraient voter les députés, voter cette fois pour une majorité différente qui mènerait une politique conforme à l’intérêt général du peuple

2/ La voie de la révolte populaire

Ici, il est question non pas tant de révolution violente que d’une pression irrépressible exercée par le peuple sur ses dirigeants pour les faire abandonner un projet funeste. La rue, hier et avant-hier, a fait reculer nombre de gouvernements. Aujourd’hui, nous constatons, depuis des années déjà, que les nouveaux dominants ne s’émeuvent plus des manifestations. Ces dernières restent sans effet, quel que soit le nombre de manifestants. Et au-delà du cas de la France, nous avons pu constater, avec les expériences espagnole et grecque notamment, que les pouvoirs sont insensibilisés aux manifestations. Hier, ils les craignaient si bien que devant une forte pression populaire, ils cédaient. Ce n’est plus le cas de nos jours. Ils sont prêts à l’affrontement. Parce qu’ils ont colonisé toutes les strates du pouvoir, qu’ils sont soutenus par le système médiatique qui forge les consciences et fabrique le consentement, et parce qu’ils ont la légitimité légale de faire usage de la force contre tous ceux qui s’opposent à eux.

Dans notre système juridique, ce sont les élections qui font les gouvernants et les politiques (ce qui ne signifie pas que les élus respectent ensuite leurs engagements mais en pareille circonstance, le problème est d’ordre politique, non juridique puisque aucune loi n’impose aux gouvernants de respecter les promesses faites quand ils étaient candidats). C’est en ce sens que l’on parle de « légitimité légale ». Au regard de la loi, aussi longtemps que l’institution judiciaire n’a pas établi que la loi a été violée – et les élections truquées – le pouvoir issu des urnes est « légal » et dispose donc de tous les pouvoirs de contrainte que lui confient la constitution et la loi de l’État. Une fois au pouvoir, ils ont aussi le pouvoir de changer la loi pour la rendre encore plus favorable à leurs intérêts, ou pour approfondir davantage leurs moyens de contrôle du peuple et des opposants politiques, et de contrainte sur eux.

Nous appelons donc le peuple tout entier à exprimer sa colère à l’encontre du Président Macron et de son gouvernement.

Nous appelons le peuple tout entier à faire entendre son désaccord avec les projets envisagés par le pouvoir actuel et les décisions déjà prises par lui.

Nous appelons le peuple tout entier à se rassembler avec les mouvements politiques et syndicaux qui mènent le combat, parmi lesquels notamment la France insoumise et le Front Social.

Par cette pétition, nous voulons permettre aux citoyens français d’exprimer justement leur désaccord avec le pouvoir légal actuel, dont le Président Macron est le représentant depuis quelques mois.

Par cette pétition, nous voulons contribuer à la délégitimation complète du Président Macron, préalable indispensable à la victoire future du peuple.

 

Macron le 29/08/2017: « Le Venezuela, une dictature ». Ce que cette saillie m’inspire…

Macron qualifie le régime de Maduro au Venezuela de « dictature » et dénonce la « complaisance » de « certains » envers son régime.
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Le problème avec les banquiers qui deviennent des dirigeants politiques, c’est qu’ils sont complètement cons dès qu’ils abordent un autre sujet que l’argent. Quand ils parlent d’argent, ils peuvent encore donner le change mais dès qu’ils sortent de cet étroit périmètre, les voilà perdus, les malheureux ! Les uns nagent dans l’inepte et tiennent des propos incohérents, les autres montrent aux yeux de tous leur inaptitude au rôle qu’ils ont voulu assumer.
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Et puis, bien sûr, il n’y a pas que cela. Car il faut bien reconnaître que le discours politique n’est pas fait que de paroles correspondant vraiment à ce que pense celui qui les profère. Le discours politique est avant tout, pour beaucoup de ceux qui se sont fait vocation d’en user, une oeuvre de pure mystification. C’est bien pour cela que les quelques individus parlant avec sincérité et honnêteté sont perçus et décrits comme des « étrangers » au monde politique. Le cynisme, la muflerie, le mensonge, la manipulation, le conditionnement, l’asservissement de l’esprit, sont des outils du discours et des actes politiques bien plus répandus que la vertu civique, le respect des citoyens et l’idéal humaniste.

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Le problème majeur, cependant, n’est pas tant le fait de ces hommes de pouvoir nuisibles à l’intérêt général comme aux intérêts particuliers de tous. Non, le problème majeur des sociétés humaines, c’est la facilité avec laquelle les dirigeants les mènent jusqu’au pire, l’aisance avec laquelle ils les trompent, les manipulent, les mystifient et les tiennent en respect sans que cela ne provoque de réaction de défense.

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Trois siècles après les révolutions du XVIIIe siècle, Américains et Français pour ne parler que d’eux (mais on pourrait élargir grandement le périmètre du propos) continuent à tolérer les exactions des dominants ; continuent massivement à croire les promesses et les engagements de ceux qui revendiquent la légitimité de les conduire et de les diriger ; continuent à se fier aux explications que ceux-ci donnent de tout ou presque ; continuent, docilement, à leur obéir et même à les servir, d’une manière ou d’une autre ; continuent à les faire rois, princes et chefs petits ou grands.

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Et l’histoire se répète sans cesse, génération après génération, à tel point qu’il semble que rien n’ait été appris d’hier ni d’avant-hier.

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Certains, un peu bigots, attendent le messie pour les sauver. D’autres, l’esprit un peu romanesque, comptent plutôt sur un chevalier solitaire au coeur pur et à l’âme intrépide, et tant qu’à faire avec un peu d’autoritarisme parce que vous savez, ma bonne dame, il faut bien le mater ce peuple ! D’autres encore se disent qu’une nouvelle Jeanne d’Arc (qu’ils croient avoir trouvée en qui vous savez) est la seule chance de la France. Et quel que soit le problème, ELLE saura ce qu’il faut faire pour le régler immédiatement ! Et oui, des millions le croient !

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Et assez loin de tous ces dingues-là que l’on peut classer dans la « droite » sous toutes les formes de ses chapelles et de ses sectes, il y en a d’autres, que l’on classe dans la « gauche » qui continuent à faire ce qu’ils ont toujours fait parce qu’hier – non, pardons, avant-hier – cela avait un peu fonctionné. Refusant de manière résolue de voir que, depuis au moins plusieurs décennies, ça ne marche plus, butés dans leurs certitudes, enfermés et sclérosés dans leur incapacité à penser autrement que dans le cadre étroit qui a été le leur si longtemps, ils rejouent sans cesse la même pièce. Et bien qu’il y ait de moins en moins de spectateurs, il y en a toujours assez pour leur donner le sentiment qu’ils ont encore raison… d’être ce qu’ils sont, de défendre leur pré-carré et de penser que la majorité ne les a éconduits que pour un temps limité, histoire de leur faire passer un message… Ah, les cons !

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« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent » persiflait Albert Einstein.

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Certes, les acteurs du pouvoir institué et ses puissants relais mediatiques, qui sont partout et tout le temps, abrutissent en conscience, et à dessein, les masses populaires. Le pouvoir mediatique a cette capacité effrayante de fabriquer le consentement des masses en plus de créer chez elles, dans leur esprit, tout ce qu’il faut pour les lier indissolublement au système. Et, plus bas dans l’échelle des responsabilités, les serviteurs dociles et zélés jouent leur partie parce que la plupart de ceux-là se disent qu’ils finiront bien par percer, par grimper dans la hiérarchie sociale et par en croquer un peu… Oui, eux rêvent de grosses miettes que leur jetteraient nos maîtres. Pour ces miettes-là, plus roboratives que celles à disposition du plus grand nombre, ils sont prêts à tout : la trahison ne les répugne pas. La dénonciation non plus. Beaucoup sont d’ailleurs coutumiers et de l’une et de l’autre de ces deux pratiques bien françaises… La période noire de l’Occupation est de nature à le rappeler à ceux qui auraient la mémoire courte ou par trop sélective…

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Ce spectacle est désolant et parfois, on se dit que nous n’en sortirons jamais car pour se libérer, encore faut-il le vouloir ! On ne sort de la servitude qu’en conscience et par suite de décisions, suivies d’actes en cohérence avec elles, en ayant la liberté comme seul guide.

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Nous savons que l’oppression est parfois – l’histoire humaine l’a assez souvent démontré – le résultat d’une force irrépressible exercée sur les peuples et les individus par les dominants.

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Mais c’est aussi souvent le résultat de nos propres insuffisances, de nos propres inconséquences. Oui, la servitude volontaire est un puissant frein à la liberté pleine et entière des peuples.

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La Boétie a écrit un magnifique ouvrage sur le sujet, et un autre que lui, un certain Machiavel, a synthétisé à sa façon la démonstration boétienne en une maxime culte : « La meilleure forteresse des tyrans est l’inertie des peuples ».

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Bien sûr, certains tyrans peuvent se révéler redoutablement cruels à l’égard des peuples et des gens ordinaires quand ils sont menacés par eux de choir et qu’ils se trouvent acculés à user de la force la plus bestiale pour sauver leur position. Mais ce n’est pas toujours vrai. Certains tyrans – là aussi l’Histoire nous en a donné des exemples – sont tombés presque tout seuls, comme tombent de l’arbre les fruits trop mûrs que personne n’a daigné cueillir.

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Si nous ne sommes pas tous des héros (et moi pas plus que quiconque), si nous refusons de prime abord la violence (et moi comme vous tous), si nous avons peur, pour nous, pour nos familles, pour celles et ceux qu’on aime (moi comme vous), qu’elle déclenche de grands malheurs dans nos vies, nous devons aussi avoir à l’esprit que son déclenchement n’est pas certain. Tout dépend du rapport de force entre dominants et dominés, et un rapport de force qui semble défavorable un jour peut très bien basculer un jour suivant. Rien n’est jamais acquis, ni dans un sens, ni dans un autre ! C’est parce que nous avons laissé les dominants par nature reprendre le pouvoir qui leur avait été arraché, c’est parce que nos « représentants » (ceux-là même que nous avons élus) ont rendu peu à peu à ces dominants tous les pouvoirs qui leur avaient été retirés, que nous en sommes là où nous en sommes aujourd’hui. « Le prix de la liberté, c’est la vigilance éternelle » avait dit Thomas Jefferson, Président des États-Unis entre 1801 et 1809. Il faudrait méditer cette maxime. Nous n’avons pas été assez vigilants et aujourd’hui, nous en payons le prix.

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Ne nous leurrons pas. La révolution n’éclatera pas demain. Des accès de colère peut-être. De nouvelles émeutes, c’est possible. Mais pas la révolution au sens où l’entendent ceux qui se font ses laudateurs. Eux attendent cette révolution comme d’autres attendaient Godot mais n’en déplaise à certains de nos amis, ce ne sont pas ces gens-là qui nous aident le plus avec leurs appels incessants à faire la révolution. Car il est très rare que des peuples entiers se lèvent ensemble, simultanément. Ce qui est en revanche bien plus envisageable, et bien plus probable, c’est une forme de réaction en chaîne, de « bastions » du système qui tombent les uns après les autres, de « ralliements » à la cause du peuple venant de ceux qui ont normalement vocation à protéger l’ordre public et les institutions du pays.

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Le « pouvoir » ne tient que parce qu’il est protégé par certains des nôtres. Quand je dis des « nôtres », je pense à ces citoyens ordinaires qui ont juré fidélité au pouvoir. Le jour où ils renieront leur serment de fidélité aux dominants pour honorer le peuple dont ils font partie, je ne donne pas cher du « pouvoir » institué.

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Tout est là, selon moi ! Il faut faire basculer dans notre camp ceux qui aujourd’hui encore permettent au système de se maintenir.

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J’ai idée que notre « camp »  n’aspire pas tant à la « révolution » – fut-elle « citoyenne » – qu’à la « libération », une libération pure et simple. Car ceux qui nous gouvernent ne sont finalement que des occupants, au moins aussi détestables que tous ceux qui occupent un pays contre son gré ! Car nos dirigeants, aujourd’hui, se comportent à notre égard, exactement comme les « oligarchies » se sont toujours comportées dans les pays d’Amérique latine, avec la bénédiction et très souvent le soutien actif de leurs homologues états-uniens, lesquels mettaient les moyens de leur « État profond » au service de la cause des dominants de ces pays constitutifs de « l’arrière-cour » des États-Unis comme ils disaient… Maudite « doctrine Monroe » qui, après l’idéologie de la « destinée manifeste » pour ce qui est du territoire nord-américain, a donné à l’impérialisme états-unien ses plus belles fondations pour s’exercer au-delà des frontières de « l’Union »

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Les yeux d’un nombre croissant de naïfs que je me retiens difficilement de désigner sous le vocable moins aimable de « gogos », sont en train de se dessiller semble-t-il. Il ne serait que temps !

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Espérons que cette prise de conscience salutaire se répandra comme une traînée de poudre en France et partout ailleurs dans les prétendues « démocraties » de ce monde, et qu’il en résultera partout de grands chambardements ! Pour le meilleur cette fois et plus jamais pour le pire ! Mais ne nous limitons pas à l’espérer, faisons-le advenir ! Car l’histoire ne s’écrira pour le meilleur que si nous tenons la plume ! Rien n’est écrit. Il n’y a pas de dieu qui décide pour nous. « L’avenir n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons en faire » rappelait Henri Bergson.

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Or, aussi longtemps que les peuples et les individus de nos sociétés accepteront les lois des puissants, fut-ce en contestant parfois timidement certaines de leurs dispositions, aussi longtemps que les peuples et les individus de nos sociétés serviront les dominants, fut-ce en grognant un peu, aussi longtemps que les peuples et les individus de nos sociétés reconduiront au pouvoir nos bourreaux, fut-ce en couronnant de « nouvelles têtes » qui se présentent en promettant de « tout changer »… pour finalement que rien ne change selon la maxime célèbre de l’auteur italien Giuseppe Tomasi di Lampedusa, aussi longtemps que les peuples et les individus de nos sociétés ne lutteront contre les acteurs de nos malheurs que par des « marches » ou des grèves ponctuelles, épisodiques et isolées, nous subirons la loi de ces gens que nous disons refuser.

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Il y a un moyen et un seul, à mon avis, de les toucher : c’est de les prendre à la gorge ! Et qu’est ce qui est de nature à les prendre à la gorge : eh bien, qu’à l’instar de la plèbe romaine des temps antiques qui s’était retirée sur cette colline de Rome qu’on appelait l’Aventin et avait, ce faisant, dit « merde » aux patriciens, nous nous organisions pour les priver de tout ce dont ils ont besoin.

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Ils ont certes des milliards mais ils sont peu nombreux comparé aux masses humaines. Et sans nous, ils ne peuvent rien.

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Siéyès avait écrit des lignes exceptionnellement pertinentes à propos du Tiers-État et de la Noblesse et ces mots résonnent encore aujourd’hui. Je vous les rappelle :
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« Qui donc oserait dire que le Tiers-État n’a pas en lui tout ce qu’il faut pour former une nation complète ? Il est l’homme fort et robuste dont un bras est enchaîné. Si l’on ôtait l’ordre privilégié, la Nation ne serait pas quelque chose de moins, mais quelque chose de plus. Ainsi qu’est ce que le Tiers-État ? Tout, mais un tout entravé et opprimé. Que serait-il sans l’ordre privilégié ? Tout. Mais un tout riche et florissant. Rien ne peut aller sans lui, tout irait infiniment mieux sans les autres. »
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Je laisse à Siéyès le dernier mot de ce billet !

Entre peur, raison et détermination

1/ Mon billet écrit ce 28 avril, avant l’intervention de Jean-Luc Mélenchon dans le numéro 26 de la Revue de la semaine

Je suis de plus en plus inquiet. J’ai peur. Oui, je vous l’avoue : j’ai peur. Mais je ne suis pas gouverné par elle. Je réfléchis, j’analyse et je m’interroge. Et surtout, je me prépare à résister et surtout oui surtout à contre-attaquer. La France insoumise est notre plus précieux outil de reconquête.

En attendant d’aller plus avant dans cette reconquête que nous avons déjà bien entamée, je vais vous dire ce qui me fait si peur aujourd’hui.

D’un côté on a, avec Macron, le symbole, la caricature, le summum, le point paroxystique de tout ce que les Insoumis abhorrent, de tout ce contre quoi nous ne cessons de lutter depuis des décennies, voire depuis des siècles. Certains parlent de lutte des classes, d’autres de lutte du peuple contre les oligarchies.

De l’autre, on a, avec Le Pen, la représentante d’idées parfois nauséabondes faites de racisme, d’égoïsme, de xénophobie et de préférence exacerbée pour les Français, surtout s’ils sont blancs et catholiques. Elle attise la haine des Français contre d’autres Français et contre les étrangers présents sur notre sol ou pouvant y arriver. Tout ceci, à nos yeux, fait d’elle non pas une adversaire mais une ennemie. C’est le discours officiel de notre camp et nous y adhérons.

Mais pour autant, depuis que Marine Le Pen a pris la responsabilité de son parti, elle l’a fait quelque peu évoluer. Le FN de Marine n’est plus le FN de Jean-Marie. En tout cas pour la vitrine. Et c’est tout le problème. Nous, nous savons ce qu’il y a derrière. Nous savons que le FN officiel dissimule dans ses arrière-boutiques le pire de la France : les milices armées qui n’attendent que le jour J pour défiler dans nos villes et y faire “leur” nettoyage (depuis le temps qu’ils attendent ce jour…), les gros cons lobotomisés qui n’ont aucun esprit et aucun coeur, qui ne voient l’autre (que celui-ci soit noir, arabe, chinois, musulman ou je ne sais quoi) que comme un ennemi de l’intérieur contre lequel il faudrait mettre en oeuvre une attaque préventive afin d’éviter qu’il ne “détruise” la France, la “civilisation occidentale”, “nos valeurs”… Tout cela, nous le savons et nous le craignons.

De même, nous savons aussi, parce que le FN a dirigé des communes dans les années 90 et 2000 et qu’il en dirige aujourd’hui, qu’il n’y a pas que les étrangers ou les Français non blancs et non catholiques qui sont leurs cibles. Tout ce qui concourt à la culture, à l’éducation, au vivre-ensemble est suspect à leurs yeux. Et ils adoptent donc toujours des décisions réactionnaires car ils ne tolèrent pas l’évolution de la civilisation au plan des moeurs comme ils ne tolèrent pas non plus l’avènement de droits nouveaux pour les citoyens. Quant au respect des droits de l’homme (au sens d’être humain), ils méprisent cette philosophie qu’ils désignent comme droit-de-l’hommisme signifiant que pour eux ce n’est pas quelque chose qui mérite d’être pris en considération. Le féminisme est absent de leur idéologie. De même que la conscience environnementale ou celle du respect que l’on devrait aux animaux.

Tout cela étant dit, il y a bien d’autres sujets, fondamentaux, sur lesquels le discours de Marine Le Pen et de certains de ses proches paraît bien plus républicain qu’on ne le dit. J’ai bien dit “paraît”. Ne venez pas me faire un mauvais procès… Je ne fais pas la propagande du FN. Mais je dis ma peur que son discours porte bien plus loin qu’on ne le croit, surtout quand il faut choisir entre lui et celui de Macron et de son monde…

Dans cette vidéo, Marine Le Pen joue sur le rassemblement du peuple contre l’oligarchie et ce discours étayé, truffé d’exemples concrets, est un discours qui ne peut que porter, hélas !

Les sondeurs nous assurent d’une victoire écrasante de Macron. Et pourtant, dans le même temps, on nous presse de toutes parts de ne pas faire un autre choix que celui de voter pour Macron. N’y aurait-il pas comme une incohérence ? Si Macron est en situation de gagner à coup sûr, à quoi bon voter pour lui ? Ne serait-ce pas parce que sa victoire ne peut être acquise que si l’immense majorité des électrices et électeurs de Mélenchon se reportent sur lui ?

Cruelle question, n’est-ce pas pour nos ennemis ? Parce que oui, je considère Macron et son monde comme nos ennemis… de classe mais pas que. Par leur action atlantiste et européiste à outrance, lui et son monde pourraient être dénoncés comme une “anti-France” mais fort heureusement cette expression n’est pas des nôtres donc je ne l’utiliserai pas. Mais d’autres que moi ont pu évoquer certaines décisions de Macron qui seraient de nature à être regardées comme des actes de haute trahison…si l’incrimination de ce crime suprême contre l’État et contre le peuple français n’avait pas été supprimée par Sarkozy il y a quelques années…

Et ce crime pourrait aussi être établi par d’autres décisions stratégiques du Président Hollande, de ses deux Premiers ministres Ayrault et Valls, et de pas mal de ses ministres ou conseillers…

Jusqu’à preuve du contraire, Marine Le Pen n’est pas coupable de crime de ce genre. On dit, depuis deux décennies, que son parti est anti-Républicain et qu’il est un danger majeur pour la République. On le dit aussi “fasciste” mais alors pourquoi ne l’a-t-on jamais interdit et dissout comme on a dissout les ligues fascistes dans les années 30 ? Soit parce qu’on n’a aucune preuve concrète d’une telle accusation, soit parce que ce parti sert l’oligarchie comme épouvantail. Sauf que les moineaux ont de moins en moins peur. Ils se sont tellement habitués à sa présence que certains y ont fait leur nid…

Comme ceux qui hurlent au danger FN depuis des années non seulement l‘ont laissé en vie mais en outre ont nourri la bête avec leurs politiques anti-sociales d’une part, et leurs calomnies contre les alternatives populaires républicaines d’autre part, ils n’ont plus aucune crédibilité aujourd’hui pour crier une nouvelle fois “au feu”. Si la maison brûle, c’est à cause d’eux, et d’eux seuls !

Je me range au côté de celles et ceux qui refusent de voir dans le FN un parti “fasciste”. les mots ont un sens et tous ceux qui utilisent ce terme à contre-temps ou à mauvais escient devraient retourner étudier l’Histoire des fascismes…

Sans doute le FN est-il un parti détestable mais je ne crois plus qu’il menace la République. Il existe depuis des décennies et jamais il n’a intenté quoi que ce soit contre elle. Quand il a accédé au pouvoir, ce fut par les urnes. Et chaque fois qu’il fut battu, il se plia à la démocratie.

Quant à certaines de ses propositions politiques les plus détestables, ce sont des Républicains du RPR ou de l’UMP puis des “Socialistes” qui les ont mises en oeuvre. Jamais on ne les a pour autant définis eux comme des fascistes ou comme des menaces contre la République.

Je ne défends pas le FN mais une certaine raison qui semble s’être égarée dans quelques esprits fébriles ces derniers jours.

Si l’on ne voulait pas se retrouver dans la situation qui est celle où le FN est aux portes du pouvoir, il fallait agir pour améliorer la vie des Français ordinaires, faire progresser leurs salaires, améliorer leurs conditions de vie, perfectionner la démocratie, défendre la souveraineté nationale et populaire, refuser d’être le nouveau caniche des États-Unis, refuser l’hostilité ouverte à la Russie, défendre la voix de la France dans la monde.

Au lieu de tout cela, nos gouvernants, depuis 2002, n’ont eu de cesse de libéraliser l’économie et la société et donc de jeter de plus en plus de Français dans la pauvreté ou la précarité tout en laissant un tout petit nombre s’enrichir chaque jour davantage. Les politiques mises en place ont contribué à ce que des gens déjà fragilisés affrontent d’autres gens encore plus malheureux. Si les idées d’extrême droite font s’opposer les nationaux aux étrangers et les nationaux entre eux quel que soit le pays en cause, les politiques libérales ont exactement le même effet. Comment peut-on aujourd’hui convaincre que Le Pen serait pire que Macron ? C’est impossible. Personne ne peut plus gober les éternelles mises en garde.

En outre, aujourd’hui, je regrette de constater que c’est Macron qui nous menace d’une guerre civile et d’une guerre générale bien plus que Marine Le Pen.

Et nous qui soutenons Mélenchon et la France insoumise avons été très sensibles en particulier à son discours sur la paix. Nous sommes tous effrayés de la menace de guerre généralisée que l’OTAN fait peser sur l’Europe et sur le monde.

Plus encore que les questions économiques qui nous divisent, la question géopolitique est la plus fondamentale entre toutes car si la guerre éclate pour de bon en Europe, à cause de nouvelles provocations contre la Russie, ou parce que la Russie finirait par réagir une bonne fois pour toutes aux menaces de plus en plus ouvertes que l’OTAN fait peser sur elle, plus rien d’autre ne compterait et nous serions tous décimés par milliers, par dizaines de milliers, peut-être même dans des proportions bien plus grandes encore. Personne n’ignore les dévastations des conflits mondiaux précédents.

Or Marine Le Pen, depuis des années, s’est engagée à nous sortir de l’OTAN. Et elle ne cesse de dénoncer le bellicisme états-unien et otanien. On peut lui reprocher, et nous l’avons fait à juste titre, d’être allée rencontrer Poutine mais cela a une signification puissante en termes de géopolitique. Elle a fait passer un message : elle ne sera pas le larbin, le caniche des États-Unis et de l’OTAN. Et elle apaisera la relation entre la France et la Russie. Quels que puissent être nos convictions personnelles, aussi bien quant au FN, que quant à ce qu’il faut faire en France, ou encore quant à notre diplomatie, nous tous avons intérêt à la paix et à une relation apaisée avec la Russie. Mélenchon n’a cessé de le dire lui-même !

Enfin, quand elle parle de souveraineté, elle vient au coeur du problème politique, celui-là même qui, selon de nombreux intellectuels, explique pour l’essentiel les raisons de la montée du FN depuis des années et son maintien à un très haut niveau.

Le FN a, pour une large part, endossé à lui seul, le discours “souverainiste”. Il ne fut, pendant de longues années, contesté par personne. Tout le monde, de gauche à droite, était pro-européen et donc pro-Union européenne. Alors même que le peuple ne cessait de subir, chaque jour davantage, les ravages de l’action de l’UE. Les politiques mises en oeuvre dans le cadre de l’UE ont détruit nos emplois, démantelé notre industrie, sinistré notre démocratie, instillé la haine entre les peuples et voilà maintenant qu’elles menacent même la paix.

Il est plus que temps – il y a urgence – à en sortir. Jean-Luc Mélenchon, très vite après avoir déclaré sa candidature début 2016, a décidé de faire évoluer son discours sur le sujet et plutôt que de “changer l’Europe”, sempiternel slogan devenu complètement creux et perçu comme une véritable escroquerie, il a choisi d’abord de prôner la “désobéissance” aux traités puis carrément la “sortie” de ceux-ci.

C’est dès lors qu’il a commencé à être entendu par le peuple français. Ce n’est pas seulement à cause de l’intérêt de ses propositions économiques et sociales, ou des nouvelles idées révolutionnaires en termes d’écologie, qu’il a gagné le plus de soutiens selon moi. C’est parce qu’il a changé le discours que nous portions sur l’UE. Nous avons enfin osé assumer de dire que l’UE était devenue néfaste. Qu’elle nous opprimait en plus de nous martyriser. Evidemment les expériences chypriote d’abord, grecque ensuite, ont aidé à ce que le discours soit compris. Et puis 2005 résonnait de plus en plus fortement dans toutes nos têtes, surtout depuis que 2005 avait été “concrétisée” par le scélérat Traité de Lisbonne puis par la duperie de Hollande. Après le scélérat Traité de Lisbonne, plusieurs autres accords tout aussi scélérats furent adoptés. Et le président de la Commission européenne, ancien Chancelier du paradis fiscal Luxembourgeois, avec sa fameuse saillie, a ouvertement dit au monde ce que c’était que cette construction européenne. Dès lors, l’immense majorité des yeux se sont dessillés. Il n’y a plus que quelques naïfs indécrottables (j’aurais pu dire “idiots”) pour croire encore que l’UE est bienfaitrice.

Jean-Luc Mélenchon a adopté un discours sans doute habile pour gérer la contradiction qui demeurait entre ceux qui voulaient se libérer de l’UE et ceux qui craignaient encore les conséquences d’une sortie. En outre, ce discours basé sur une stratégie en deux temps, permettait de discuter avec nos partenaires, et plusieurs sommets du plan B nous ont permis de faire se rapprocher les uns et les autres au plan des mouvements de gauche européens.

Certains auraient préféré un discours assumé de sortie. J’en étais et pourtant j’ai adhéré aussi au discours de Mélenchon. Car il avait notamment le mérite de nous faire gagner du temps et de ne pas dévoiler tout notre jeu. Je suis convaincu que Mélenchon avait des cartes à jouer et certaines stratégies à mettre en oeuvre qu’il n’avait pas rendues publiques.

Et puis les partisans acharnés de la sortie avaient un candidat en la personne d’Asselineau. Ils ont pu le choisir. Hélas pour lui, en plus de tout ce qu’on peut lui reprocher, sa stratégie de sortie par l’article 50 était peu convaincante.

Jean-Luc Mélenchon, avec le plan B, avait annoncé la couleur. Soit on nous entend, soit nous sortons de l’UE. Et si nous sortons, nous ne sortirons sans doute pas seuls !

Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon est un des non qualifiés pour le second tour. On a manqué de peu de réussir ce défi. Mais l’Histoire ne s’arrête pas au 23 avril, ni au 7 mai, quel que soit le résultat final. Je m’en suis déjà expliqué dans plusieurs billets publiés depuis lundi auxquels je renvoie.

Aujourd’hui, je voulais vous parler de ma crainte quant au résultat final du 7 mai. Oui, j’ai un puissant pressentiment que le candidat donné gagnant de longue date risque, au final, de subir le même rejet massif que Clinton il y a quelques mois.

Nous savons ce que représente Le Pen. Nous savons combien elle dissimule sans doute ses véritables intentions. Mais avec un discours tel que celui que l’on entend dans le message qu’elle a diffusé à l’intention des Insoumis, et son habileté à se présenter du côté du peuple et des salariés, quand l’autre a choisi son camp (les banques, le CAC40, les membres de la caste oligarchique), qu’il a derrière lui tout le musée des horreurs du PS, des medias, du show-bizz, sans oublier que c’est le favori de Merkel, de Juncker et de tous les pouvoirs extérieurs à notre pays qui nous subjuguent depuis tant d’années, à le voir et à l’entendre multiplier les provocations, convaincu qu’il est de sa victoire certaine, je pense de plus en plus que Marine Le Pen peut tout à fait finir par lui passer devant, sinon dans les sondages, du moins dans les urnes.

Si j’avais envie de voter pour elle – ce qui n’est pas le cas puisque je choisis l’abstention – je ne le dirais à personne pour que les sondeurs et les medias ne voient pas venir la chose, mais je mettrais son bulletin à elle dans l’urne le 7 mai. Je crois bien que c’est ce qui nous guette. Que la même surprise qui a joué aux États-Unis joue cette fois en France, parce que les mêmes causes ont toutes les chances de produire les mêmes effets.

Macron est trop détesté par le peuple pour qu’il puisse être élu. Sauf à truquer massivement les opérations électorales !

Le “front républicain” a trop l’apparence d’un sauve-qui-peut du système pour que la majorité du peuple joue encore ce jeu-là. Sauf à truquer massivement les opérations électorales !

Entre l’abstention qui sera forcément massive, sans aucun doute record pour une présidentielle, le nombre de bulletins blancs et nuls qui va exploser, et le vote pour Le Pen qui va inévitablement progresser nettement, je commence à discerner que dimanche 7 mai au soir les résultats ne seront pas ceux que l’on dit aujourd’hui.

Je crois cela d’autant plus que les discours de ces derniers jours ne peuvent que donner la rage à un nombre inestimable d’électrices et d’électeurs tout à fait Républicains, et démocrates, tout à fait humanistes, tout à fait étrangers au racisme, mais qui perçoivent bien que Macron est celui qui nous infligera sans doute les pires souffrances en plus de nous menacer comme jamais de nous entraîner dans la ou les prochaines guerres de l’OTAN et des Etats-Unis. Il a été très clair aussi bien sur les questions économiques et sociales, que sur la question démocratique ou sur la géopolitique. La seule différence avec la “blitzkrieg” que promettait Fillon, c’est que Macron a dissimulé ses véritables intentions. Mais il fera ni plus ni moins ce que Gattaz, Parisot, tout le CAC40, les lobbys de Bruxelles lui commanderont de faire. Et contrairement à Fillon qui semblait vouloir desserrer l’étau atlantiste (j’ai bien dit encore “semblait”), Macron, lui, assume d’avoir un projet qui s’inscrit totalement dans l’UE, dans l’OTAN et dans “l’amitié avec les Etats-Unis” comme ils disent. On a bien compris ! Là aussi, Macron fera exactement ce que les puissances impérialistes « occidentales », USA en tête, lui commanderont de faire. Ce ne sera plus le Président de la République mais le “gouverneur” d’une nouvelle province des États-Unis.

C’est ça que vous voulez ?

Alors, Macron, bien moins pire que Le Pen ? Bien plus démocrate ? Bien plus Républicain ?

Permettez-moi d’avoir les plus gros doutes sur le sujet.

On sait d’où il vient. On sait qui il est. On sait qui il représente. On sait quels intérêts il sert.

“Le Pen est notre ennemi” disait-on tandis que Macron n’est qu’un adversaire. Là aussi j’ai de gros doutes. Et je crains fort qu’à vouloir nous donner à Macron, pour éviter Le Pen à coup sûr, on ne précipite, voyez-vous, sa victoire à elle !

Alors que faire ? Je l’ignore hélas. Notre choix entre deux destins aussi sombres ne peut être un choix. Comment choisir entre deux bourreaux ?

Je ne changerai donc pas mon vote. Ce sera l’abstention. Car je refuse d’avoir participé si peu que ce soit à l’avènement de Macron en me soumettant au prétendu “barrage” au FN qui risque de prendre l’eau de toutes parts.

Et je ne peux me résoudre à soutenir Marine Le Pen, même si je pourrais considérer que certaines de ses propositions sont bien plus proches de ma philosophie que celles de Macron. Alors on me reproche de faire le jeu du FN en refusant de prendre part au vote.

Ainsi pour éviter Le Pen, il faudrait donner le maximum de légitimité à Macron ? Celui qui ne va pas manquer de nous renvoyer au XIXe siècle ?

Non, désolé. Je ne peux pas. Ni l’une, ni l’autre.

Ce système constitutionnel est pourri, vérolé, honteusement confiscatoire. Car quelle que soit la personne qui sortira des urnes le 7 mai, l’élu-e ne le sera qu’avec au maximum 24% des suffrages exprimés au 1er tour et 18,19% des électeurs inscrits. Il / Elle n’aura donc aucune légitimité pour présider la France. Celle que lui offrira le second tour sera purement fictive.

Quand on subit un système électoral aussi inique, on ne peut le cautionner d’une quelconque manière en votant au second tour. On le rejette violemment et pour cela, seule l’abstention est admissible à mes yeux. Car même le bulletin blanc n’a pas l’effet escompté de délégitimation. D’une part, parce que il n’est pas un suffrage exprimé et n’a donc aucun effet ni juridique, ni politique ; d’autre part, parce que voter, quel que soit le contenu de l’enveloppe, c’est participer au processus électoral et donc le légitimer.

Pour moi, la 5e République n’est plus légitime. L’élection présidentielle n’est plus légitime. Le mode de scrutin n’est plus légitime. Donc j’en tire la conséquence en refusant de m’impliquer dans ce système inique.

Que ce soit Le Pen ou Macron qui sorte des urnes le 7 mai, de toute façon, on est certain d’en prendre plein la tronche. A ceci près que Macron a une petite chance d’avoir une majorité en juin alors que je ne vois pas la possibilité que Le Pen en obtienne une car, à cette date, chacun retournera dans son camp, et soutiendra les candidats de son parti préféré. Et qui sait ce que seront devenus mi juin le PS et Les Républicains…

Et en ce qui nous concerne à la France insoumise, pèse sur nos épaules la mission historique de sauver la République et la paix. C’est un défi gigantesque. Mais si on échoue…

2/ Mise à jour de 18h00 suite à l’intervention de Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon est intervenu dans le cadre du numéro 26 de la revue de la semaine. Il a dit pratiquement tout ce que je voulais entendre. Je ne vais pas commenter autrement que par un remerciement et une gratitude très appuyés.

J’ai particulièrement vibré à la conclusion :

« Ça va bien. Ma santé est bonne. Je ne me retire pas de la vie politique. Je ne pars pas en retraite. Je ne suis pas dépressif. Je suis au combat et j’y reste. Et je crois que je vais encore diriger la manoeuvre pour les élections législatives qui arrivent parce qu’il faut encore transformer tout ça en une force conquérante. Je compte sur vous. À bientôt.« 

Il sera donc des nôtres (ce dont je ne doutais pas) mais surtout il sera à la tête de la campagne et candidat lui-même (ce dont je n’étais pas certain).

Il nous regonfle d’espoir et de motivation. Notre détermination n’a jamais été aussi forte.

J’en reparlerai prochainement…

3/ Mise à jour de 20h35 suite à l’intervention de Nicolas Dupont-Aignan

Ce soir, Nicolas Dupont-Aignan, ancien Président de Debout la République qu’il a transformé en Debout la France il y a quelques années, a annoncé officiellement, au JT de 20h sur France 2 avoir conclu un accord de gouvernement avec Marine Le Pen. Il n’en a pas donné les détails mais il s’est engagé à la soutenir et à faire campagne avec elle pour ce second tour de la présidentielle. Il annonce que, pour lui, elle n’est pas d’extrême-droite et que, grâce à lui, elle va faire évoluer son projet et y intégrer certaines idées de son propre projet à lui. Il a, par la même occasion, appelé la droite et donc les électrices et électeurs des “Républicains” à voter pour cette “nouvelle alliance” (selon ses propres termes).

Cette situation nouvelle pourrait bien, selon moi, faire basculer le scrutin. Certes le score de Nicolas Dupont-Aignan est faible mais les presque deux millions de personnes qui l’ont choisi ne peuvent se trouver surpris par le choix annoncé ce soir. Quiconque a suivi NDA depuis des années, et quiconque a suivi notamment la transformation de son parti Debout la République en Debout la France n’a pu manquer de constater la droitisation de son discours et de ses propositions. De la même manière, le rapprochement entre DLF et le FN était de plus en plus évident. Ce soir, il est confirmé officiellement et solennellement. Les instances dirigeantes de DLF ont, dit-il, validé cet accord entre Marine Le Pen et lui.

À noter : NDA a cité nommément “Marine Le Pen” avec qui il s’était entendu et avec qui il a conclu cet accord de gouvernement et n’a jamais, dans son intervention de ce soir, évoqué le “Front national”. Il semble vouloir faire la distinction. Sans doute s’imagine-t-il le Premier ministre naturel de Marine Le Pen si elle est élue le 7 mai. Et sans aucun doute, si cette élection intervenait, Marine Le Pen la devrait pour beaucoup à NDA et serait donc contrainte de nommer NDA à Matignon en vue de préparer les élections législatives.

Ce qui semble incohérent, c’est qu’à la question de Laurent Delahousse pour savoir si aux Législatives il y aurait des candidatures communes entre le FN et DLF, NDA a clairement dit non et a expliqué que les Français auraient alors à choisir entre les deux projets.

Il est clair que tout cela n’est pas clair… Il faudra suivre de près ce qui va être rendu public dans les prochains jours. Notamment le contenu précis de l’accord de gouvernement.

Mais il me semble que cette situation, inattendue pour les uns mais prévisible pour les autres, pourrait être de nature à convaincre de nombreux “Républicains” (je parle du parti LR) de basculer dans le camp Le Pen – Dupont-Aignan.

Cela donne encore plus de chances à Marine Le Pen de l’emporter le 7 mai.

Macron va avoir de plus en plus de mal à s’en sortir…

Je ne peux que m’en réjouir. Mais si vous avez bien compris tout ce que j’ai dit dans ce billet, je ne peux en conséquence que voir mes craintes renforcées que Le Pen réussisse son coup cette fois-ci !

Je ne me résoudrai pas à voter Macron pour autant.

Ce second tour est vraiment la pire des saloperies de l’histoire de la 5e République.

 

La souveraineté, fantôme de l’élection présidentielle ? – Par Bruno GUIGUE

Ce billet a été publié par son auteur, Bruno GUIGUE, sur sa page Facebook. On le trouve ici.

*

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la campagne électorale relègue à l’arrière-boutique les questions essentielles. Quel rôle jouera la France dans le monde de demain ? Va-t-elle rendre le pouvoir au peuple, ou le laisser entre les mains de l’oligarchie ? Va-t-elle restaurer sa souveraineté, ou se résigner à sa disparition ? Que ces questions soient quasiment absentes du débat est révélateur. A leur place, des politiciens drogués à la “com” et des médias serviles nous servent une soupe insipide où surnagent quelques grumeaux faits d’histoires de pognon, de mises en examen, de costumes à 3 000 euros, sans oublier les postures ridicules et les tirades alambiquées du candidat dont il faudrait être frappé d’une profonde cécité pour ne pas voir qu’il a été adoubé par la caste dominante.

 

La souveraineté est une question que la plupart des candidats, manifestement, mettent un soin particulier à éluder. En dépit de leurs différences, Emmanuel Macron, François Fillon et Benoît Hamon, pour ne citer qu’eux, s’accommodent fort bien de cette chape de plomb qui étouffe la délibération démocratique et tétanise l’action publique dans notre pays. Il n’y a qu’à les écouter ! Que ce soit au plan économique, diplomatique ou stratégique, ce vieux pays qu’est la France serait condamné à suivre les vents dominants. Il n’aurait qu’à descendre la pente de cette merveilleuse mondialisation qui rapproche les peuples et répand ses bienfaits, notre nation se laissant glisser dans l’indifférenciation à laquelle la convie le modèle européen, comme si cette libéralisation à marche forcée était une nécessité historique.

 

Pour la caste nourrie au lait maastrichtien, l’appartenance à l’Union européenne est à la fois providentielle et irréversible. M. Hamon est sans doute plus fédéraliste que M. Fillon, et M. Macron davantage encore, mais cette différence est négligeable. Dans une belle unanimité, les trois larrons de l’eurobéatitude chantent les louanges de la supranationalité et communient dans le dogme de la libre concurrence. L’euro est responsable du déclin industriel français, mais peu importe. Ils s’obstinent à y voir un atout dans la compétition économique mondiale. Jamais à court d’une idée saugrenue, M. Hamon croit tellement à ses vertus qu’il veut doter l’Europe d’un nouveau machin qu’il a baptisé “parlement de la zone euro”. Comme la supranationalité est un fiasco, on vous la ressert au carré en guise de remède ! Une chose est sûre : pièce maîtresse de la mondialisation capitaliste, “l’union économique et monétaire” instituée par le funeste traité de Maastricht continuera de sévir si l’un de ces trois candidats l’emporte le 7 mai.

 

Rien d’étonnant, donc, si pour nos pieds nickelés l’appartenance de la France à l’OTAN est aussi un article de foi qu’ils ne songent même pas à interroger. Le dogme atlantiste est si profondément enraciné, du PS aux « Républicains », que la pérennité de cette alliance militaire va de soi, comme s’il était vital pour la France de servir les ambitions de Washington. Les velléités d’indépendance de M. Fillon, sur ce plan, furent de courte durée. D’abord favorable au dialogue avec Moscou, il a mis de l’eau dans son vin au moment où l’administration Trump a viré de bord dans la foulée de la démission de Michael Flynn, conseiller à la sécurité nationale contraint de quitter ses fonctions en raison de ses accointances moscovites. On croyait que pour M. Fillon, il fallait dialoguer avec la Russie pour rééquilibrer notre diplomatie, mais il vient de déclarer que la Russie est un “pays dangereux”. Même revirement sur la Syrie. Après avoir condamné le soutien apporté par la France aux islamistes armés, il dénonce en Bachar Al-Assad un menteur invétéré et un dictateur abominable. Comprenne qui pourra. Plus atlantiste que l’alliance atlantique elle-même, M. Macron, lui, n’a pas cette subtilité. Adorateur d’une Amérique imaginaire, il s’est payé le luxe de faire la leçon au nouveau président américain, lui reprochant de brader les valeurs libérales (entendez, le libre-échangisme cher à l’oligarchie) qui constitueraient le patrimoine commun de la France et des Etats-Unis depuis La Fayette.

 

Ce sera donc du côté des autres candidats, et non de cette troïka, que l’on pourra entendre un discours sur la souveraineté qui ne se résume pas à son abandon en rase campagne.

 

C’est notamment le cas avec Marine Le Pen, dont la présence au second tour est prophétisée par des instituts de sondage dont nous ne doutons pas qu’ils sauront capter avec finesse le moindre frémissement de l’opinion avec leur efficacité coutumière. Si jamais elle est élue, Mme Le Pen entend renégocier les traités européens. En cas d’échec de ces négociations (ce qui est plus que probable), la nouvelle présidente organisera dans les six mois un référendum sur la sortie de l’UE. De même, en politique étrangère, la candidate du FN a toujours dénoncé l’alignement de Paris sur l’agenda américain, que ce soit en Syrie ou en Ukraine, et elle plaide avec ferveur, à juste titre, pour une reprise du dialogue avec Moscou.

 

La classe politique euro-boboïsée ayant laissé au FN le monopole du discours sur la souveraineté, il n’est pas surprenant que ce parti ait occupé l’espace qu’on lui abandonnait si généreusement. Mais de quelle souveraineté s’agit-il ? Contrairement à ce que croient certains, Marine Le Pen ne veut pas rompre avec l’alliance atlantique. A la différence de MM. Mélenchon et Asselineau, elle prévoit le retrait de la France du commandement intégré, et non la sortie pure et simple de l’OTAN. A ses yeux, la France fait partie d’un monde occidental dont il faut préserver à tout prix l’identité menacée. Peut-être l’élection de Donald Trump a-t-elle convaincu Mme Le Pen, en outre, que la France devait rester l’alliée des Etats-Unis. Renouant avec la tradition atlantiste de l’extrême-droite européenne, le FN demeure prisonnier de son occidentalisme.

 

Son attitude pro-israélienne en fournit aussi l’illustration. Lorsque la résistance palestinienne réplique à l’envahisseur sioniste, le FN ne se prive jamais de dénoncer le “terrorisme”. Dans une interview accordée à “Haaretz” en avril 2002, Jean-Marie Le Pen avait exprimé son admiration pour Ariel Sharon, louant son efficacité dans la lutte contre les organisations palestiniennes. Répondant en expert israélien à cet expert français des guerres coloniales, Ariel Sharon avait déclaré à son tour que si on lui avait confié, à lui, la direction de l’armée française, il aurait “gagné la guerre d’Algérie”. Bref, si le FN était sincèrement attaché à l’auto-détermination des nations, il soutiendrait le peuple palestinien. Manifestement, ce n’est pas le cas.

 

De même, son islamophobie (qui n’a rien à voir avec la lutte, parfaitement légitime, contre l’islamisme radical) vise à désigner un bouc-émissaire. Mais elle sert aussi la thèse du “choc des civilisations”. Elle érige la différence culturelle en frontière infranchissable, comme si la souveraineté était celle d’un peuple français dont le FN détiendrait le code génétique. C’est la limite du discours identitaire, qui suppose la définition a priori d’une identité nationale dont on a envie de demander : qui a déposé le brevet ? C’est pourquoi le nationalisme identitaire divise au lieu de rassembler. La souveraineté n’appartient à personne, elle est construite et non reçue. “Est Français celui qui le veut”, disait de Gaulle. Le malheur de l’extrême-droite, c’est qu’elle a une longue histoire et que tout le monde n’est pas amnésique. Ce parti fut le seul à défendre obstinément le régime d’apartheid sud-africain, ne l’oublions pas. Il a peut-être changé, mais son héritage colonialiste lui colle aux semelles.

 

Loin de ces confusions délétères, le programme de la “France insoumise” se réclame, lui, d’un “indépendantisme français” qui renoue avec les meilleures traditions de la gauche populaire, celle de 93, de la Commune et de la Résistance. “L’Europe, on la change ou on la quitte”, a déclaré M. Mélenchon. Il veut renégocier les traités européens (plan A). En cas d’échec, la France “désobéira aux traités” et refondera l’Europe avec les pays qui partagent ses priorités (plan B). Ce scénario alternatif, on l’a dit, présente un avantage et un inconvénient. L’avantage, c’est qu’il signifie clairement le refus de l’Europe des banquiers. L’inconvénient, c’est qu’il élude la question de la sortie de l’UE. Ce n’est pas pour rien que les dogmes libéraux sont inscrits dans le marbre des traités européens. Ils sont la raison d’être de l’Union, et pour les jeter aux orties, il faudra sortir de l’UE. On ne peut restaurer la souveraineté qu’en rompant avec une institution dont la fonction est de soustraire l’économie à la délibération démocratique. Si M. Mélenchon est élu, de toutes façons, la “force des choses”, comme disait Saint-Just, imposera cette rupture malgré la frilosité de ses amis.

 

Pour restaurer la souveraineté nationale, le candidat propose aussi aux Français de dire adieu à l’OTAN, cette machine de guerre mise au service d’une Amérique d’autant plus agressive que plane sur sa tête l’ombre menaçante de son déclin. Pour la “France insoumise”, le choix est clair. Quitter l’OTAN, ce n’est pas seulement quitter le commandement intégré, mais l’alliance atlantique elle-même. Consommer cette rupture, c’est mettre fin à l’alignement de la France, se donner les moyens d’une diplomatie planétaire, faire entendre une voix indépendante sur la scène mondiale. Le dialogue avec la Russie, la refonte de nos relations avec l’Afrique, la reconnaissance de la Palestine, la révision de notre politique en Syrie, enfin, seront à l’ordre du jour. Aucune force politique n’est exempte d’insuffisances, mais l’ambition dont témoigne “l’indépendantisme français” est de bon augure.

 

La question de la souveraineté n’est pas une question accessoire. C’est la question essentielle. Lorsqu’une nation n’est pas souveraine, le peuple qui l’incarne ne l’est pas, et un peuple qui n’est pas souverain est à la merci des puissants. Restaurer cette souveraineté et rendre la parole au peuple, c’est la même chose. Il reste vingt jours, désormais, pour remettre cette question au centre des débats, vingt jours pour faire de la souveraineté autre chose qu’un fantôme, vingt jours pour mettre en lumière la différence entre ceux qui s’accommodent de la dépossession du peuple français, ceux qui se croient patriotes parce qu’ils désignent des bouc-émissaires, et ceux qui veulent faire de la souveraineté restaurée la cinglante défaite de l’oligarchie.

 

(Ce texte est la version modifiée d’une chronique parue dans le numéro d’avril 2017 d’ « Afrique-Asie »)

 

Entre espoir et crainte, mon esprit et ma raison s’égarent, cher Jean-Luc !

Jean-Luc, depuis des années que je te suis, j’ai appris, grâce à toi, à ne plus baisser la tête, à parler parfois (souvent) « cru et dru ». Moi qui, enfant et adolescent voire jeune adulte, étais timide, réservé, « gentil et docile », j’ai évolué dans le sens opposé pour être en phase avec « le bruit et la fureur », « le tumulte et le fracas » du temps que nous vivons que tu avais si bien décrits.
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Et une large part de mon évolution « comportementale » ou de mon expression (écrite ou orale) résulte des heures passées en ta compagnie virtuelle. Oui, c’est en t’écoutant attentivement, en te lisant énormément (livres, blog, articles de presse), en retranscrivant parfois tes discours que, comme tant d’autres, j’ai fini, moi aussi, par adopter une certaine insolence dans laquelle certains croient déceler une arrogance qui n’en est pas une. Je l’avoue volontiers, je fais un peu le fier parfois, non pas eu égard à ce que je suis ou à ce que je dis mais plutôt à propos de ce que je défends ou des gens qui constituent ma vie ou mon « Panthéon ». Et sans doute ne suis-je pas toujours aussi « fin » que je le voudrais. J’y consens et j’ai toujours accepté les critiques aussi longtemps qu’elles ne dissimulaient pas une noirceur, ou qu’elles ne prenaient pas le masque de l’insulte ou de l’outrage.

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Vois-tu, je pense que j’ai été à bonne école même si tu n’as été mon professeur qu’à ton insu. Comme c’est le cas pour toi aussi, il y a un peu de « jeu » dans notre expression. C’est bien toi qui a appris à un nombre inimaginable d’entre-nous à être ces « fortes têtes » que tous, nous n’étions pas forcément, voire pas du tout, il y a quelques années.

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Et ce caractère bien trempé que nous avons aujourd’hui ne dit pas tout de nous qui, au fond, sommes des gens « sympas » rêvant d’un monde pacifié, paisible, où les peuples seraient heureux et entretiendraient entre eux des relations harmonieuses.
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Pour ma part, depuis près de huit ans maintenant, au PG d’abord (pendant près de six ans), puis avec la France Insoumise depuis plus d’un an, je t’ai suivi et accompagné. J’ai espéré, pendant toutes ces années te voir entreprendre l’évolution stratégique que tu as enfin amorcée au second semestre 2015 et que tu as confirmée avec ta déclaration de candidature au début de 2016. Comme tant d’autres, je t’y avais appelé plusieurs fois, notamment dans deux lettres ouvertes, celle-ci et celle-là et dans les billets dont les liens figurent en notes à la fin de celui-ci. Toujours avec toi et avec nos camarades et ami-e-s, et malgré parfois certains désaccords, j’ai cheminé dans ton sillage. Et j’ai espéré que tu puisses un peu pousser toi aussi la roue de l’Histoire pour qu’elle se remette à tourner dans le sens du progrès au lieu de faire des mouvements nous faisant sans cesse régresser davantage. Ainsi que tu le « soupires » souvent toi-même, « Histoire, que tu es longue et cruelle » me dis-je bien souvent !

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Ce soir, une nouvelle fois, après tant de fois précédentes déjà depuis des années, tu as donné le meilleur de toi-même dans ton discours-fleuve de près de deux heures à Strasbourg.

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Tu as enflammé nos coeurs et nos âmes citoyennes. Nous vibrons d’autant plus que nous saisissons l’urgence et la gravité du moment comme son caractère exceptionnel. Tous ensemble, nous sommes en train de faire l’Histoire.

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Je ne veux pas te paraître dithyrambique, mais il y a des choses que tu as dites ce soir qui résonnent comme jamais à nos oreilles. Des idées enthousiasmantes comme presque toujours, parce que innovantes, progressistes, humanistes, intelligentes, ambitieuses et tellement raisonnables en même temps. Mais surtout, cette capacité que tu as à nous donner la conviction que tu as la ferme résolution d’agir demain en conformité avec tes paroles et tes discours d’aujourd’hui.

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Ceci nous donne à tous du coeur à l’ouvrage, maintient voire augmente le feu qui couve en chacun de nous. Voilà que le magma incandescent remonte de quelques mètres voire dizaines de mètres de plus. Tiens ! C’est là encore une image que tu aimes utiliser parfois, toi qui dis que le peuple français est un volcan.

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Pourtant, ce soir, bien que je me sois laissé aller à jubiler en t’entendant, puis à m’amuser quelques minutes à écrire un nouveau billet d’humour un peu sarcastique, je me sens aussi affreusement balancé entre une joie intérieure profonde, une forme de confiance irrésistible dans l’avenir, et en même temps, ce qui est tout à fait antinomique, une inquiétude qui tend à devenir un effroi quand je vois la course du monde vers l’abîme.

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Cet abîme, c’est celui que la folie de nos gouvernants et de nos semblables donnent l’impression de vouloir atteindre avant l’heure dite. Cette folie nous fait tous participer, parfois certes malgré nous, à la destruction de l’écosystème. Mais pas seulement !

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Cet abîme, c’est aussi celui qui se rapproche de nous du fait de nos choix géopolitiques. On assiste à une forme nouvelle de montée des tensions et des périls comme on l’a déjà vu dans le passé, pour le plus grand désastre et le plus grand malheur de l’Europe.

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Et comme si ça ne suffisait pas à noircir suffisamment le tableau, tu as relevé ces derniers jours, et encore ce soir, le pressentiment que nous commençons à avoir tous que notre propre pays, poussé par des forces occultes qui semblent bien s’être donné le mot pour souffler sur les mauvaises braises, n’entre non pas en « révolution citoyenne », mais en guerre civile.

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Et au-delà de tout cela, une autre peur commence vraiment à m’assaillir : que les tenants du système ne se laissent pas chasser par une simple séquence électorale.

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On est quelques-uns à percevoir des signaux qui se rapprochent de plus en plus depuis quelques années, depuis quelques mois et depuis quelques semaines. Je pourrais aussi dire depuis quelques jours.

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Et ces signaux ne sont vraiment pas encourageants. Pour ne pas dire qu’ils me terrifient !

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Certes nous t’avons toi, et nous avons aussi les valeureux combattant-te-s qui sont autour de toi, dans le premier cercle, dans le second, le troisième et les suivants… Et comme tu l’as si magnifiquement exprimé ce soir, nous avons aussi et surtout ce peuple français si ardent, si prêt à se retrousser les manches pour participer à l’oeuvre historique qui nous attend si on le prend par la main au lieu de le mépriser, de le négliger, de l’ignorer, voire de le contraindre à faire ce qu’il refuse.

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Mais contre nous, nous avons aussi des ennemis résolus à ne jamais perdre le pouvoir. Je ne parle pas spécialement de tel ou tel pantin du « circus politicus » prenant la suite de ceux qui les ont précédés dans ce rôle. Je parle plutôt des forces plus discrètes mais ô combien plus puissantes qui tiennent le monde.

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Je connais un peu l’Histoire et je sais combien elle est cruelle.

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Deux dates disent beaucoup pour qui a étudié tout ce qui tourne autour d’elles : le 22 novembre 1963 et le 11 septembre 2001. J’aurais pu en citer bien d’autres mais ces deux-là sont pour moi les plus fondamentales pour dire que le mal existe !

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Voilà pourquoi j’ai peur Jean-Luc.

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Je ne pense pas que cette peur soit irrationnelle. Et elle ne m’empêche ni de penser, ni d’agir. Je ne me terrerai pas plus demain qu’hier pour éviter tout risque potentiel. Mais je voulais exprimer ce soir cette angoisse sourde que beaucoup de mes camarades et ami-e-s partagent.

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Peut-être qu’un jour prochain, à l’occasion d’un nouveau discours que tu prononceras ou d’un nouveau billet de blog que tu publieras, tu auras des mots pour nous rassurer. Car si je parle en mon seul nom vu que je ne suis rien d’autre qu’un militant ordinaire, je sais que je pourrais parler au nom de beaucoup.

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Je t’adresse, Jean-Luc, un salut très fraternel et je t’abjure de prendre garde à toi.
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Quelques liens vers des billets que j’ai écrits à ton sujet ou à ton attention

Tourner la page – Par Bob SOLO le 03/02/2017

Je n’ai rien contre B. Hamon. Je veux dire, rien contre sa personne. Et je pense que c’est pareil pour les gens qui comme moi soutiennent le projet de la France Insoumise. Mais faut arrêter d’essayer d’éviter les questions pièges, vouloir noyer le poisson et nous clouer le bec en nous faisant passer pour des gens « violents », « agressifs », « pleins de haine », blablabla. Je veux bien admettre que certains puissent perdre leur sang-froid et montent dans les tours au cours des discussions, mais ce n’est sûrement pas l’apanage des Insoumis-es, ni leur marque de fabrique. Si quelqu’un-e de ce mouvement vous rentre dans le lard, je ne vois pas de réaction plus idiote ou de plus mauvaise foi que d’en conclure avec des « ha bin si c’est ça la France Insoumise, oh bin si c’est ça Mélenchon, non merci ». Vieille ruse : pour tuer le message, tuez le messager.

Oui on est chauds bouillants. Oui on est au taquet. Parce qu’on y croit, parce qu’on a retrouvé espoir. Mais on défend des idées, DES IDÉES, un programme, un projet, pour tout le monde, en tous cas pour les gens “comme nous”, les gens “normaux”, “le peuple”, comme ils disent, les gens quoi ! Vous m’avez compris. Évidemment, pas pour les quelques poignées qui se gavent sur notre dos et contre qui on se bat politiquement. Et on commence à être rodés. Croyez-moi, on en a sous le pied. On a des billes. On a des arguments. On a des chiffres. Le travail qui a été fait est énorme. Tout ça n’a pas commencé il y a trois semaines. Ni même trois mois. La dynamique est de notre côté. L’effet primaire est déjà retombé.
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Aujourd’hui on nous bassine avec des « alliances ». Avec qui ? Des candidats de partis, des chefs de clans. Qui devraient se réunir à trois ou quatre dans une pièce et s’arranger les bidons pendant qu’on attend à la porte ? C’est n’avoir rien compris à la démarche. Parce que la France Insoumise, c’est tout le contraire. Justement parce qu’on en a marre des « arrangements ». On n’en veut plus, on veut décider nous-mêmes pour nous-mêmes. Et c’est à ça qu’on appelle qui veut, en son propre nom, indépendamment de ses appartenances par ailleurs (que ce soit dans des partis, syndicats, collectifs, assos, quartiers, mouvements citoyens, alternatifs, etc – ou dans rien de tout ça).
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Puisque cette 5e république pourrie n’est pas encore tombée et qu’il y faut un candidat, nous avons un candidat. Il est dans un parti, il en a le droit, comme les autres, mais ce n’est pas à ce titre qu’il est là et qu’il agit. C’est clair dès le départ. Comme chacun-e de nous. C’est le deal. Ce n’est pas une carte de parti ou je ne sais quoi qui nous lie, c’est ce seul contrat moral. Un contrat de confiance. Qu’il soit rompu et tout s’arrête.

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Et c’est bien pour ça qu’il faut être nombreux, très nombreux. Nombreux jusqu’à ne plus risquer la récupération. Jusqu’à dépasser les partis. Jusqu’à leur montrer qu’on peut y arriver sans eux, qu’on est absolument pas OBLIGÉS de s’en remettre à eux ni n’avoir le choix que parmi les quelques-uns qu’ils nous désignent.

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Les partis politiques ne sont qu’une forme d’organisation parmi d’autres, mais on sait et on voit trop bien depuis un moment que ça part en vrille et que ça nous confisque le pouvoir de décision. Voilà pourquoi plus que tout nous voulons rester le plus loin possible de cette mauvaise cuisine politicienne qui débouche sur des trahisons, ou pire, des scandales puants.

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Ce qu’il nous faut pour nous allier, nous unir, nous les gens, nous tous et toutes, ce n’est pas un parti ni un chef, c’est un PROJET. Un projet de société. Sérieux, travaillé et retravaillé par les gens eux-mêmes, venus de partout, de la société elle-même. Et ce projet nous l’avons, il est disponible, proposé et pas imposé. C’est une base très solide pour avancer, commencer vraiment à faire quelque chose d’enfin différent. Nous savons que c’est possible, et encore à notre portée, malgré tout. Nous savons que la mise en œuvre de ce projet améliorerait rapidement et concrètement la vie de tout le monde. Tout le monde.

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À qui nous traite de violents, nous disons que ce sont avant tout les règles qui nous sont imposées qui sont violentes. Et qu’il faut les changer. Que c’est d’abord le combat politique tel qu’il est devenu qui est violent. Nous n’avons pas de haine. Mais des gens sont clairement en guerre contre nous, nous tous, citoyen-nes, population, peuple. Nous avons choisi de résister. La résistance, qu’est-ce que c’est ? La résistance, c’est une colère née d’une indignation et d’une révolte que la raison transforme en action.

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Voilà pourquoi on défend ce projet avec passion, et parfois avec colère face à l’injustice, au mensonge, aux tricheries, aux manipulations, puisque décidément dans cette élection rien ne se fait à la loyale. Voilà pourquoi on ne veut pas le laisser être capturé, récupéré ni dénaturé par l’un ou l’autre. Surtout pas par des gens qui voudraient le faire entrer de force dans une logique qui n’est pas la sienne, ou dans de vieilles recettes politiques dont on ne veut plus parce qu’elles échouent toujours plus, et finalement aggravent les problèmes au lieu de les résoudre, aggravent encore plus notre vie concrète, quotidienne.

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Parce qu’il s’agit bien de ça en définitive. Parce qu’il est devenu impératif qu’on reprenne collectivement le pouvoir sur nos vies, en tant que peuple et individus. Parce que c’est ça la démocratie. Rien d’autre. Parce que cette démocratie, la notre, est en train de crever et nous avec. Et parce qu’à ça, nous ne nous soumettons pas.

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Rejoignez le mouvement, maintenant. Faites-le pour vous-mêmes.