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Laurent Pinsolle

Pourquoi le FN ne passera pas par moi (2/2) – Par Laurent Pinsolle (Debout la République)

Après avoir étudié pourquoi je pense qu’il n’est ni paradoxal, ni contre-productif de s’opposer au FN quand on est gaulliste, du fait d’une différence fondamentale de philosophie politique, il faut ajouter un problème de personnes puisque la famille Le Pen est profondément extrémiste, démagogue et pas sérieuse.

Le FN, c’est l’extrême-droite

Attention, je tiens bien à préciser que cela ne signifie pas que les électeurs de ce parti sont d’extrême-droite. Pour paraphraser Todd, les électeurs du FN sont malheureux et en colère contre les dirigeants de notre pays. Et ceci est bien légitime. Le parti de la famille Le Pen n’est que le réceptacle du malheur et de la colère des Français, d’où le fait qu’il soit devenu un vote social et que son niveau soit si corrélé au niveau du chômage. D’ailleurs, il n’est pas inintéressant de constater ici que même les électeurs du FN ne sont pas fondamentalement convaincus qu’il ferait mieux que le PS et l’UMP… Mais la chance de ce parti (qui fait le malheur de notre pays), c’est le bilan absolument désastreux des deux grands partis qui se partagent le pouvoir depuis maintenant 40 ans. Le FN est le réceptacle du malheur et des espérances déçues des français, comme l’a également soutenu Gaël Brustier dans Figarovox.

Bien sûr, Marine Le Pen a mis en place une stratégie de dédiabolisation pour casser le plafond de verre auquel s’était heurté son père. Les années de crises lui apportent plus d’électeurs, d’autant plus que les médias véhiculent cette histoire, comme lors de la récente passe d’armes après la répugnante déclaration de son père sur Patrick Bruel. Sa réaction, ainsi qu’une purge superficielle, accrédite, pour certains, la normalisation du FN. Mais, il suffit de creuser un peu pour se rendre compte qu’il s’agit d’une pure fiction, au point que l’on peut se demander si les passes d’armes familiales ne sont pas sciemment organisées pour servir le développement du parti. Après tout, si Marine Le Pen était si choquée par les dérapages de son père, auxquels elle trouvait du charme il y a 4 ans, pourquoi lui confier la tête de liste dans le Sud-Est ? Car quel parti, sinon un parti extrémiste, pourrait continuer à arborer un logo (la flamme tricolore), hérité des nostalgiques de Mussolini ? L’hommage à Dominique Venner est tout aussi troublant, comme les comparaisons hasardeuses avec le nazisme, qui tendent à le trivialiser, le dernier exemple en date étant les déclarations de Marine Le Pen sur la comparaison entre le Coran et Mein Kampf.

Toute la philosophie du FN repose sur une pensée fondamentalement nationaliste (et non patriote), qui est le point commun de tous les mouvements d’extrême-droite depuis un siècle. Et on peut parler de xénophobie latente quand on constate les déclarations outrageuses sur les musulmans ou la proposition incroyablement anti-républicaine de n’accepter la binationalité que pour les personnes d’origine européenne, qu’avait faite Marine Le Pen. On peut également penser aux innombrables dérapages du père Le Pen (sur la tuerie en Norvège, la crise du porc attribuée au lobby musulman, l’ebola en Afrique, la fournée Patrick Bruel), mais aussi de la fille (sur l’Occupation des rues) et bien d’autres membres de ce parti (sur Christiane Taubira). Et quand on ajoute tous les liens de ce parti avec les mouvances les plus extrêmes, ou les hommages à Bastien Thiry, l’organisateur de l’attentat du Petit Clamart, publiés sur le site de Louis Aliot, comment nier aujourd’hui que le FN est bien un parti d’extrême-droite ?

D’ailleurs, il est symptomatique que Marine Le Pen voue une admiration répétée pour Vladimir Poutine. Car si le président de la Russie a raison de défendre les intérêts de son pays et de refuser une vision du monde qui tourne autour des Etats-Unis, il faut quand même reconnaître qu’il n’est pas un démocrate modèle, ce que le traitement de l’opposition et des médias dans son pays démontre. Marine Le Pen, comme bien des personnes d’extrême-droite avant elle, semble confondre l’autorité et l’autoritarisme, comme le montrent d’ailleurs les propos inquiétants qu’elle a tenus sur la façon dont elle traiterait l’opposition si elle venait à gagner le pouvoir. Je ne crois pas que les dirigeants du FN soient des démocrates sincères. Et soit dit en passant, il n’est pas inintéressant de constater que la fille a succédé à son père à la tête du mouvement, phénomène extrêmement rare, pour ne pas dire plus, dans des formations politiques démocratiques et qui renvoie bien davantage aux us et coutumes des régimes totalitaires.

Démagogues en chef

L’autre point qui pose problème avec les dirigeants du FN, c’est leur démagogie crasse. On peut être pour une réduction forte de l’immigration, viser un solde net proche de zéro, du fait des problèmes actuels, sans pour autant tomber dans la xénophobie et le mensonge. C’est la position que j’essaie de tenir (de même que celle de DLR et NDA, il faut le reconnaître). D’où la différence entre vouloir réduire les flux bruts d’entrée d’environ 50% ou de 95%… Mais si on admet que 10 000 entrées par an dans le territoire, cela signifie qu’il faudrait refuser plus de 80% des 60 000 étudiants étrangers qui viennent chaque année en France, et qui amènent argent et influence à notre pays. Mais surtout, pourquoi mentir de manière si outrageuse, quand Marine Le Pen soutient que la France est championne d’Europe de l’immigration alors que notre pays admet depuis 15 ans bien moins d’immigrés que nos voisins immédiats, Allemagne, Italie, Espagne ou Grande-Bretagne, dans un rapport allant en général d’1 à 3.

De même, Marine Le Pen évoque un coût de l’immigration de 35 à 70 milliards d’euros par an. Mais si on se base sur les travaux réalisés par Jean-Paul Gourévitch, dont le FN s’est plusieurs fois réclamé, on constate que le coût net de l’immigration est plutôt compris entre 10 et 15 milliards d’euros par an, ce qui est confirmé par les travaux récents de l’OCDE. Ce mensonge, dont on ne peut pas croire qu’il ne soit pas conscient tant il s’agit du sujet phare de ce parti, démontre que Marine Le Pen prend les Français pour des imbéciles, puis qu’elle ne recule devant rien pour stigmatiser les immigrés. Encore un trait caractéristique de l’extrême-droite, soit dit en passant. Pour moi, ceci montre qu’elle n’est qu’une politicienne comme ceux qui fourmillent au PS et à l’UMP, prêts à dire tout et n’importe pour arriver à leurs fins.

Enfin, comme l’a bien rappelé Natacha Polony, il faut bien noter que le FN a fait un 180° complet pour une partie de son programme, ce qui, étant donnée la démagogie de ses dirigeants, permet de questionner la sincérité d’un tel changement. En 2002 et en 2007, ce parti tenait un discours néolibéral de baisse drastique des dépenses publiques et de l’impôt sur le revenu ou de privatisation des services publics. Comment croire le virage récent, d’autant plus que Marine Le Pen montre une maîtrise plus que superficielle de ces sujets ? Si elle avait fait un travail d’aggiornamento intellectuel, elle serait capable de répondre avec robustesse à tous ceux qui questionnent certains éléments de son programme. Son manque de maîtrise de ces sujets créé un doute légitime sur la sincérité de ce changement. Ne vaut-il pas mieux faire confiance à ceux qui ont fait preuve d’une véritable droiture intellectuelle sur ces sujets ?

Bref, à tous ceux qui font mine de ne pas comprendre pourquoi je m’oppose au FN, voici deux papiers qui montrent que j’ai beaucoup de raisons de m’y opposer. Mon rejet repose sur une collection de faits et de déclarations consignés depuis des années et qui disqualifient ce parti pour l’exercice du pouvoir.

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Pourquoi le FN ne passera pas par moi (1/2) – Par Laurent Pinsolle (Debout la République)

La victoire du Front National lors des élections européennes a été l’occasion de nouveaux débats enflammés sur les raisons de cette victoire et sur l’attitude à avoir vis-à-vis de ce parti. Voilà pourquoi je souhaite revenir sur ce sujet, dans une série de deux papiers.

Une opposition paradoxale ?

Un certain nombre de frontistes, quelques uns semblant encore me lire malgré des prises de positions, affirment qu’il serait paradoxal que j’exprime une position aussi radicalement hostile à l’encontre de leur parti. Ils affirment que les positions de DLR seraient très proches, quand ils ne disent pas que ce sont les mêmes. Certains vont même jusqu’à évoquer une attitude politicienne de ma part, le fait que je ne ferai que défendre ma boutique politique par rapport à la leur. Cet argument est assez difficilement recevable étant donnée ma prise de position de septembre 2012 ou ma récente décision de m’éloigner de DLR. Néanmoins, il faut bien reconnaître que je partage bon nombre de motivations des électeurs de ce mouvement, à savoir un ras-le-bol des grands partis traditionnels ainsi qu’un refus de cette mondialisation anarchique qui mène à une loi de la jungle destructrice de notre modèle social et de notre identité.

Mais ce n’est pas parce que je partage une partie des motivations des électeurs du Front National que cela doit me pousser dans les bras du parti de la famille Le Pen. Si je respecte leur vote et les ai même défendus par occasion (quand Sophia Aram les a traités de cons ou en disant que ce vote est, logiquement, social, dès 2011), cela ne change pas mon jugement à l’égard du parti pour lequel ils votent, et dont les scores actuels doivent principalement à la crise terrible que nous traversons et à la décomposition du PS et de l’UMP, dont le bilan au pouvoir est tout simplement calamiteux. Mais même si j’ai un jugement très dur à l’égard des partis qui se partagent le pouvoir (que je critique au moins aussi souvent que le FN), mon opposition au Front National ne me semble absolument pas paradoxale. D’abord se pose un problème de personnes. Comme je le soutiens depuis le début, la famille Le Pen me semble extrémiste, pas sérieuse et démagogue (ce sur quoi je reviendrai précisément demain).

Et au final, le paradoxe est levé par le rapport au gaullisme. Devant les professions de gaullisme de Florian Philippot, Marine Le Pen a cru bon de rassurer une partie de ses militants en précisant bien qu’il était un cas isolé. Si l’on rapproche l’extrême-droite nationaliste du gaullisme, du fait de l’attachement à la nation, toute l’histoire montre qu’il y a une différence profonde entre ces deux mouvements de pensée. Quand l’extrême-droite a une vision de la nation identitaire, xénophobe, voir isolationniste, le gaullisme a une vision de la nation plus ouverte et surtout bien plus progressiste qu’identitaire, quoiqu’en disent ceux qui rapportent de temps en temps une phrase non officielle du Général, en oubliant tout le reste. C’est ce que j’avais théorisé en parlant des deux familles de l’ordo-souverainisme. En outre, il y a de nombreuses différences, sur la peine de mort, l’IVG, l’immigration, les immigrés présents en France, ou même les questions économiques, traitées avec bien moins de cohérence et de sérieux. Ce n’est pas parce que l’on est attaché à la France que toutes les différences sont gommées du jour au lendemain.

Le vote utile souverainiste ?

L’autre reproche traditionnel, c’est de dire que nous diviserions le camp patriote et que de toutes les façons, pour changer le cours des choses, il n’y a que le FN qui pourra y arriver. Comme je l’ai rappelé, ce n’est pas parce que l’on est attaché à la France que toutes les différences sont effacées. Pour paraphraser Romain Gary, « le patriotisme, c’est l’amour des siens, le nationalisme, c’est la haine des autres », ce qui fait toute la différence entre le gaullisme et l’extrême-droite et aujourd’hui entre DLR et le FN à mon sens. De même que le camp des adorateurs de l’UE compte plusieurs partis, celui de ceux qui pensent que la nation doit rester l’épine dorsale de notre organisation politique peut tout aussi bien rester divers étant donné qu’il y a des interprétations très différentes de cette idée. Pourquoi faudrait-il donc avoir un choix binaire. Ce n’est pas comme cela que notre vie politique s’est organisée depuis des décennies.

Sur la question de la capacité à changer les choses, les partisans du FN soulignent que ce parti a réuni un quart des électeurs fin mai et que le chemin qui pourrait le mener au pouvoir semble bien plus court que celui des autres partis dits souverainistes. Néanmoins, on ne peut pas juger au seul score d’un instant T la capacité d’un parti à arriver au pouvoir. Dans le passé, les communistes n’ont pas su transformer leur importance politique en capacité à prendre les rênes du pouvoir, malgré des scores encore supérieurs à ceux du FN en mai. Certes, ils ont été des partenaires au sein de coalition, mais ils n’ont jamais été à la tête de ces coalitions et ont souvent été contraints d’avaler leur chapeau pour y rester. En outre, il faut bien constater que le FN est un vieux parti de 42 ans, qui pèse lourd dans la vie politique française depuis 30 ans, donc on peut questionner sérieusement sa capacité à prendre le pouvoir démocratiquement étant donnée l’hostilité qu’il suscite dans une large majorité de la population.

Bien sûr, les partisans du FN peuvent dire que Marine Le Pen a changé les choses, qu’elle a dédiabolisé son parti, ce que pourrait montrer le score du 25 mai. Néanmoins, il faut rappeler qu’il y a perdu plus d’un million et demi de voix de moins qu’en 2012 et que ces élections sont souvent des défouloirs et qu’elles se sont tenues dans des circonstances incroyablement favorables (6 ans de crise économique, un PS très impopulaire et une UMP inepte). Ce n’est qu’en 2017 que l’on pourra statuer sérieusement si autre chose qu’une opposition radicale et stérile au système ressort de ce parti, ce qui me semble tout sauf évident étant donnés les dérapages récurrents de ses dirigeants et de ses membres, qui cantonnent légitimement ce parti dans des extrêmes inéligibles. Si le Général de Gaulle a réussi à balayer la Quatrième République, c’est parce qu’il occupait une position beaucoup plus centrale et donc rassembleuse sur l’échiquier politique, chose qui me semble totalement impossible pour le FN.

Bref, ce sont pour des raisons de fond (différends programmatiques, qui perdurent, et plus encore, une différence fondamentale de philosophie globale) qui font que je m’oppose à ce parti, dont je persiste à croire qu’il ne sera pas le mouvement qui redonnera à la nation ses lettres de noblesse. Demain, je reviendrai également sur les questions de personnes.