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Plan B : le Plan de Sortie de l’UE et de l’euro – Par le collectif Citoyens Souverains

Avant-propos de Vincent Christophe Le Roux : Le texte de ma tribune introductive à la proposition de #PlanB collectivement rédigée par le Collectif Citoyens Souverains dont je fais partie est accessible ici sur Le Grand Soir qui l’a publié hier, 23 novembre 2017, en plus d’être reproduit ci-dessous et d’être également sauvegardée dans la sections « Mes articles » de ma page Facebook (ici).

Quant à la proposition de Plan B du Collectif Citoyens Souverains, vous la trouverez ici.

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Photo du collectif Citoyens Souverains

La 2ème convention de La France insoumise va se tenir les 25 et 26 novembre prochains à Clermont-Ferrand. Cette convention clôturera un processus entamé il y a plusieurs semaines. Nous, le collectif Citoyens Souverains, profitons de cette convention pour contribuer au débat qui existe, de fait, entre membres de La France insoumise sur la question européenne.

1/ Le collectif Citoyens Souverains : qui sommes-nous ?

Ce collectif d’Insoumis, qui s’est créé de manière informelle en 2016, a décidé finalement de se constituer en association en 2017.

Nous, Insoumis qui avons constitué ce collectif, avons commencé par rédiger ensemble une charte qui est le meilleur moyen pour présenter qui nous sommes et ce à quoi nous aspirons.

Cette charte, qui a été publié sur notre site, est reproduite ci-dessous :

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Nous citoyennes et citoyens, syndicalistes et associatifs, nous rassemblons dans le collectif Citoyens Souverains afin de prôner une 6ème République sociale, écologique, démocratique, laïque, féministe et anti-raciste, dans laquelle les citoyens seront souverains et donc libérés des traités de l’Union Européenne, de l’OTAN, et des marchés financiers.

Nous voulons dégager la caste corrompue qui nous gouverne, partager les richesses produites dans le pays, et créer des millions d’emplois afin que chacun puisse vivre dignement dans un environnement sain.

C’est pourquoi nous appuyons le programme L’Avenir En Commun et sommes membres actifs de La France Insoumise. Nous militons dans la France oubliée des quartiers populaires, des zones rurales et du bassin minier. Nous organisons des conférences publiques et des communications pour défendre le code du travail, la souveraineté des peuples (notamment en Palestine), la stratégie du populisme citoyen, ou encore le patriotisme républicain inspiré de Jean Jaurès.

Nous sommes fiers d’avoir participé à la construction de la France Insoumise comme force politique indépendante, sur une ligne claire et courageuse, en ayant refusé tout front républicain et toute tambouille politicienne aux élections.

Dans l’objectif de porter L’Avenir en Commun au pouvoir, le collectif Citoyens Souverains met au service des insoumis ses analyses et compétences dans les quatre domaines suivants :

1/ Projeter une politique étrangère indépendante et favoriser les coopérations internationales, en sortant de l’OTAN et en mettant fin à toute forme d’ingérence militaire et de néo-colonialisme, y compris de la part du gouvernement français.

2/ Préparer un plan détaillé de sortie de l’Union Européenne et de l’euro, et mettre en place un protectionnisme solidaire, afin de pouvoir appliquer notre programme dans tous les cas de figure.

3/ Planifier la socialisation des secteurs clés de l’économie pour engager la transformation écologique et sociale et dénoncer la dette illégitime – par l’instauration d’un audit citoyen – pour libérer la France des marchés financiers.

4/ Expérimenter les méthodes de la 6ème République au sein de notre mouvement, notamment avec la mise en place d’un référendum d’initiative de la base pour proposer des campagnes, des points programmatiques, ou révoquer les animateurs.

Nous vivons actuellement un moment historique, caractérisé par une vague dégagiste et populiste. Nous appelons les citoyens à prendre en main leur destin politique dans un large esprit de rassemblement.

UNE OCCASION UNIQUE NOUS EST DONNÉE : SAISISSONS-LA !

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L’Avenir en commun reste évidemment notre base de travail pour nous, les membres du collectif Citoyens Souverains. Mais aussi riche et enthousiasmant que nous jugions ce projet, nous considérons qu’il ne saurait être perçu comme définitivement abouti. Il ne nous semble pas opportun d’arrêter notre commune réflexion sur les grands sujets qu’il développe au point où nous sommes arrivés à ce stade, comme il ne nous apparaît pas judicieux de refuser toute évolution ou amélioration. Certes, ces évolutions et améliorations ne seront légitimes que si elles sont largement souhaitées et acceptées par les Insoumis. Mais pour qu’elles le soient, encore faut-il qu’elles soient connues de tous et donc que le débat ait lieu.

2/ Notre proposition de Plan B

Si le projet L’Avenir en commun est assez précis sur le Plan A, en revanche il évoque à peine le Plan B. C’est bien davantage la parole et les écrits de Jean-Luc Mélenchon, depuis deux ans, qui ont donné une certaine consistance à ce Plan B.

Bien que plus de 40 livrets thématiques détaillant de nombreux aspects du projet aient été édités et rendus publics avant le 1er tour de l’élection présidentielle, il se trouve que le travail accompli pour celui portant sur la question du Plan B n’a jamais abouti à sa diffusion publique. C’est pour cette raison, et notamment en vue de la convention à venir dans quelques jours, que nous, le collectif Citoyens Souverains, avons collectivement rédigé une proposition de Plan B.

Nous rappelons également que ce Plan B a vu son audience accrue du fait des cinq « sommets internationaux du Plan B » qui se sont déjà tenus depuis deux ans : à Paris (les 23 et 24 janvier 2016), à Madrid (les 20 et 21 février 2016), à Copenhague (les 19 et 20 novembre 2016), à Rome (les 11 et 12 mars 2017) et à Lisbonne (les 21 et 22 octobre 2017).

Lors de ces sommets, les mouvements politiques européens qui s’inscrivent dans une volonté d’alternative humaniste à l’ordre capitaliste, et qui ne veulent plus rester prisonniers de l’Union européenne, réfléchissent ensemble sur la meilleure manière de nous libérer collectivement, d’une part des contraintes austéritaires, antidémocratiques et antisociales que l’UE nous impose à travers les traités qui la fondent, et d’autre part des principes qui guident la diplomatie et la géopolitique de l’UE, principes qui nous enferment dans le cadre « occidental » via l’OTAN.

Le Plan B a deux raisons d’être : arme de dissuasion et guide de la sortie.

Le Plan B, une arme de dissuasion

L’existence d’un Plan B solide, sérieux, étayé, convaincant, est de nature, pensent beaucoup d’Insoumis, à renforcer l’effectivité du Plan A, à en garantir même le succès disent les plus optimistes.

En effet, si les partenaires européens de la France opposaient à son nouveau gouvernement France insoumise un refus de remettre en discussion l’organisation et les politiques de l’UE, cela aboutirait alors inéluctablement à la décision de ce gouvernement d’entamer le retrait de l’UE (mise en oeuvre du Plan B). Une telle situation aboutirait à la dislocation définitive de cette organisation car il ne saurait exister d’UE sans la France. En outre, si la France quittait l’UE, la situation – déjà extrêmement difficile pour les pays du Sud (Grèce, Italie, Espagne et Portugal) – deviendrait cette fois intenable, si bien qu’il est probable que ces pays suivraient alors la France, engageant avec elle une sortie collective qui aboutirait donc à l’explosion de l’UE, après laquelle les pays sortants reconstitueraient ensuite sans doute, entre eux, d’autres formes de coopération.

Pour éviter cette issue fatale pour l’UE et ses promoteurs, on peut penser que nos partenaires ne rejetteraient pas d’office notre Plan A et seraient même contraints, de fait, de nous écouter et même de nous entendre… Mais s’ils le faisaient, alors l’UE serait profondément repensée et refondée sur des bases antinomiques avec ses principes actuels, ce qui aboutirait donc aussi à une forme d’explosion de l’UE telle que nous la connaissons.

Or Frédéric Lordon nous a maintes fois expliqué que certains pays de l’UE n’accepteraient jamais une telle évolution de l’UE, quitte à ce qu’elle disparaisse pour de bon, car ils préfèreraient, nous dit Frédéric Lordon, la quitter eux-mêmes si elle devait être radicalement refondée dans l’esprit « français », a fortiori si cet esprit français était animé par des gouvernants France insoumise…

Le Plan B, un guide de la sortie de l’UE

Le Plan B, pour être crédible, ne saurait se limiter à une expression incantatoire. Que le Plan B soit conçu, pour les uns, comme arme de dissuasion pour rendre effectif le Plan A, ou qu’il le soit pour servir de bréviaire de la sortie, il doit être sérieusement élaboré, et contenir différentes mesures et stratégies d’action, aussi bien dans le domaine économique, que financier, juridique, diplomatique…

Il se doit donc d’être complet et crédible, aussi bien aux yeux de nos partenaires européens, que des institutions de l’UE, ou encore des organisations de l’ordre mondial actuel qui ne manqueront pas d’interférer (FMI, Banque mondiale, OTAN…). Il faut en effet que les gouvernants France insoumise de demain soient traités par les dirigeants européens et mondiaux comme de nouveaux acteurs avec qui ils devront obligatoirement compter, et qu’ils ne pourront plus humilier ou contraindre, sans risquer de voir le sol s’effondrer sous leurs pieds.

Et le caractère sérieux – et donc dissuasif de ce Plan B – est également indispensable pour convaincre de nouveaux électeurs d’appuyer demain Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise lorsque reviendra le temps des élections.

C’est bien dans cet esprit de responsabilité (car nous avons en vue l’accès prochain de certains des nôtres aux responsabilités dans l’État) mais aussi d’implication citoyenne et de co-construction de nos propositions – à la suite du travail qu’accomplissent déjà Jean-Luc Mélenchon, les animateurs de la France insoumise, et nombre d’Insoumis – que nous, le collectif Citoyens Souverains, avons travaillé sur le sujet depuis des mois et avons collectivement rédigé une proposition construite et étayée de plan B.

Nous vous invitons à en prendre connaissance, à étudier sérieusement ce texte, à vous en saisir et à en parler autour de vous.

Mieux encore : nous vous proposons de nous transmettre directement vos propres suggestions d’amélioration par le biais d’amendements. Comment faire ?

Vous nous indiquerez d’abord les lignes du texte de référence concernées par vos propositions de modification (ajout, suppression réécriture).

Le cas échéant, vous rédigerez ensuite le nouveau texte que vous souhaiteriez voir substitué à celui existant.

Vous enverrez enfin vos propositions à l’adresse citoyenssouverains@gmail.com

Nous vous remercions par avance.

 

Adresse du site internet du collectif Citoyens Souverains : http://citoyens-souverains.fr

Page communautaire Facebook du collectif : https://www.facebook.com/citoyenssouverains

Adresse de notre proposition de plan Bhttps://drive.google.com/file/d/1K6ZnHLieYQRLyXFYnHri1pwN9NBDGX7M/view

 

Pour le collectif Citoyens Souverains

Vincent Christophe LE ROUX

 

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Oui, la France insoumise est prête pour la sortie de l’Union Européenne et de l’euro ! – Par le collectif « Citoyens pour un peuple souverain » – Copyright Marianne le 30/03/2017

Le collectif Citoyens pour un Peuple souverain (dont je fais partie) est un soutien de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Son site web est à retrouver ici. Sa page Facebook est ici.

Cette tribune (accessible ici sur Marianne) est une réponse à celle rédigée par Coralie DELAUME et Aurélien BERNIER publiée dans Marianne le 23/03/2017.

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Réponse en toute amitié à Aurélien Bernier et Coralie Delaume publiée dans Marianne.

Notre stratégie : être prêts à tous les cas de figure

Dans leur article sur le site de Marianne, Aurélien Bernier et Coralie Delaume demandent à la France insoumise de rompre avec le mythe réformiste de « l’Europe sociale » et s’inquiètent d’une réorientation de notre discours sur les traités européens. Notre collectif Citoyens pour un Peuple Souverain s’étant précisément constitué afin de contribuer, au sein de la France insoumise, au Plan de sortie de l’UE, nous estimons être les mieux placés pour pouvoir répondre à leurs inquiétudes.

Le point essentiel à nos yeux est le suivant : le Plan de sortie de l’Union Européenne et de l’euro est prêt à l’emploi. Qu’importe donc s’il n’est encore pour certains camarades qu’une hypothèse de travail, puisque nous estimons que la réalité le rendra inéluctable.

Ce Plan, dont les détails sont rendus publics sur le site des universités populaires de la France insoumise, se décline en trois grands axes : le rétablissement de barrières douanières aux frontières du pays, le retour au Franc et un moratoire sur la dette. Comme tant d’autres insoumis, nous le popularisons dans des conférences citoyennes dans tout le pays. La philosophie est très simple : si les autres gouvernements refusent de nous suivre, nous mènerons à l’échelle de notre pays une politique écologique et sociale en attendant que d’autres pays veulent nous rejoindre. Et comme nous sommes internationalistes, nous tendrons la main à tous les pays du Monde – sans d’ailleurs privilégier l’échelon européen et notamment nous proposerons une alliance d’égal à égal aux pays africains francophones à qui nous rendrons leur souveraineté monétaire en abolissant le franc CFA.

Le déroulé du Plan de Sortie

Notre Plan de sortie pourra se déclencher à deux étapes : soit immédiatement après notre élection au cas où les pays de l’Eurogroupe refuseraient toute discussion, soit à l’issue d’éventuelles négociations dont les résultats seront dans tous les cas soumis à référendum, avec une sortie de l’UE en cas de vote contre. Immédiatement, nous réquisitionnerons la Banque de France pour imprimer des Francs, tout en continuant à utiliser durant la période de transition l’ancienne monnaie européenne au taux de 1 franc = 1 euro sur le territoire nationale. La dévaluation du Franc et la réévaluation de l’euromark qui s’ensuivront redonneront de la compétitivité à nos entreprises, même si il est à noter que nous ne faisons pas de cet « avantage concurrentiel » un des objectifs de notre politique car nous ne sommes pas dans une logique de compétition entre capitalismes nationaux. Notre programme prévoit en effet de transformer intégralement notre modèle économique en relocalisant notre économie et en instaurant une réindustrialisation écologique (éoliennes, photovoltaïque, économie de la mer…) grâce à un plan d’investissement massif et à l’instauration de barrières douanières ciblées.

Ainsi, les premières cibles de notre protectionnisme écologique et social seront les entreprises qui délocalisent, comme par exemple Whirlpool pour laquelle notre candidat aux législatives François Ruffin se bat. Notre objectif n’est donc pas de favoriser le capitalisme français mais l’intérêt des travailleurs qui sont sous notre juridiction (et nos alliés éventuels). L’effet multiplicateur de notre programme de relance de 100 milliards d’euros (devenus des Francs) sera alors renforcé, puisque les consommateurs achèteront en priorité des produits fabriqués en France ou dans les pays qui auront choisi de s’allier avec nous.

Certaines mesures protectionnistes sont d’ailleurs prévues dans notre programme dans tous les cas de figure, puisque par exemple à notre arrivée au pouvoir « nous augmenterons immédiatement les droits de douane pour les pays aux droits sociaux limités(travail des enfants, absence de droits syndicaux, etc). Nous prendrons des mesures de rétorsion commerciales contre les paradis fiscaux ». Il s’agit là de mesures profondément internationalistes, puisqu’elles favorisent la constitution d’Etats sociaux dans toutes les parties du Monde (sans d’ailleurs privilégier l’échelon européen).

Nos différences avec les projets concurrents de sortie de l’UE (comme celui du FN par exemple) portent donc en premier lieu sur les objectifs, mais pas seulement. Nous assumons également que tout projet de « Frexit par la gauche » implique une confrontation avec le capitalisme mondialisé, et ses valets français, et donc un rapport de force exigeant le soutien de la population. Cette confrontation nécessite de se libérer des marchés financiers, notamment via un contrôle des changes et des capitaux afin de se protéger des attaques spéculatives, ainsi que de nous financer auprès de la Banque de France renationalisée. Nous avons également prévu un moratoire de la dette publique, à partir d’un audit citoyen, afin de déterminer quelles en sont les parties illégitimes sur lesquelles nous pourrions faire défaut. Peu nous importe alors si jamais les marchés nous réclament des taux d’intérêts plus élevés, puisque nous sommes déterminés à aller jusqu’au bout de la confrontation et à rompre avec la mondialisation néolibérale et son système financier que nous jugeons illégitime. Cette position nous distingue clairement de celle de Marine Le Pen qui estime notamment que rembourser la dette serait « un devoir éthique pour un Etat de droit», et se retrouve ainsi menacée de mise en faillite de la France si jamais elle arrivait au pouvoir.

Notre Plan de sortie, dont nous n’avons donné ici qu’un bref aperçu, est ainsi pensé pour s’appliquer dans tous les cas de figure, et parer à toute éventualité.

Mais alors, d’où vient l’impression de malaise ?

Certes, certains économistes de la France insoumise cités par Aurélien Bernier et Coralie Deleaume croient réellement que notre Plan de sortie n’aura pas besoin d’être utilisé, ni d’ailleurs que les marchés nous attaqueront. Il ne s’agit pas pour eux d’un double discours tactique, mais d’une conviction profonde sur la possibilité de réformer l’Europe, qui paraît à notre collectif absolument illusoire. Mais qu’importent ces illusions, puisque de toute façon le Plan est prêt à l’emploi et que la réalité le rendra inéluctable!

Pour faire une métaphore éclairante, supposons un individu s’apprêtant à sauter dans le vide en se munissant d’un parachute. Imaginons également qu’une voix divine ait assuré à notre individu qu’au moment où il sautera dans les airs, il se mettra miraculeusement à flotter et qu’il n’aura donc pas besoin d’activer son parachute. Vous aurez beau tenter d’argumenter avec lui, sa conviction intime restera inébranlable tant qu’il n’aura pas fait sa propre expérience du saut dans les airs. La divergence relève ici de la croyance personnelle et, étant profondément laïques, nous ne nous lui demanderons pas de changer son intime conviction… Du moment qu’il adopte un comportement rationnel en prenant son parachute « au cas où » ! Cette garantie nous suffit. Et a fortiori, puisque le programme de la France insoumise prévoit un référendum sur le résultat d’éventuelles négociations qui permettra au peuple français de trancher si nécessaire. Que demander de plus ?

Pour mesurer le chemin parcouru depuis la campagne du Front de Gauche en 2012, il faut revenir au diagnostic parfaitement posé par Aurélien Bernier dans son livre La gauche radicale et ses tabous. Pendant des décennies, depuis le tournant de la rigueur de François Mitterrand au nom de la construction européenne, le mythe réformiste de « l’Europe sociale » a littéralement ensorcelé les consciences de gauche, du PS à LO, en passant par les Verts, le PCF et le NPA. Le tournant européiste de la gauche a de plus été accentué par le choix malheureux de Jean-Pierre Chevènement, héraut du souverainisme de gauche, de tendre la main aux « républicains de droite » y compris libéraux. Ainsi s’était longtemps installée à gauche l’idée que la défense de la souveraineté nationale conduirait inéluctablement à l’abandon des idéaux de gauche. Pourtant, le flambeau de la sortie de l’UE et de l’euro « par la gauche » a été brillamment repris au sein du Front de Gauche, et notamment par la plate-forme alternative Clarté et Courage Politique qui reçut en mars 2015 le soutien de plus de 45% des membres du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon. Quelques mois plus tard, la crise grecque devait confirmer cette analyse et la rendre de plus en plus évidente auprès des militants de la gauche radicale.

Ainsi, une nouvelle génération militante a émergé et a compris qu’au fond, peu importait si certains camarades refusaient de croire à l’inéluctabilité de la sortie, du moment qu’ils étaient prêts à préparer ce scénario et à laisser la réalité trancher. Nous avons également obtenu dans le cadre des contributions programmatiques de la France insoumise une avancée qui avait été refusée en Juillet 2015 par la direction du PG, à savoir que le résultat d’éventuelles négociations dans le cadre du Plan A soit soumis à référendum. Par conséquent le peuple français aura la possibilité de refuser les aménagements éventuellement obtenus, et ainsi d’enclencher automatiquement notre Plan de sortie. Que de chemin parcouru depuis 2012 !

Voilà pourquoi tout en rejetant tout comme Aurélien Bernier et Coralie Delaume le mythe réformiste de « l’Europe sociale », nous estimons qu’à un mois du premier tour l’urgence est de continuer à préparer tous les scénarios possibles dans le cadre de la France Insoumise, y compris avec ceux qui ne sont pas persuadés de l’inéluctabilité du scénario de sortie. Coralie et Aurélien, rejoignez-nous, vous serez accueillis à bras ouverts!

 

UE : Pourquoi agir en deux temps (Plan A et B) ? Pourquoi pas l’exit tout de suite ? Par Bob Solo le 18/01/2017

Note de Vincent Christophe Le Roux : Bien que je sois, personnellement, adepte de la sortie (après avoir vérifié, par référendum, que les Français le veuillent bien), une sortie sans négociation préalable avec quiconque, une sortie qui soit un acte de li-bé-ra-tion de cette prison qu’est l’UE, je vous propose de consulter ces lignes écrites par mon ami Bob Solo car je trouve que c’est le discours le plus convaincant que j’ai lu depuis bien longtemps en défense de la stratégie plan A – plan B.
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Il est dit clairement [par Jean-Luc Mélenchon] que [le] programme [qu’il défend] ne peut s’appliquer dans le cadre actuel des traités européens, on le sait, merci, on est pas idiots. Les analyses sérieuses sont nombreuses à démontrer au final que ces traités privent ni plus ni moins les états membres de tout pouvoir de choisir et de décider eux-mêmes sur des tas de sujets importants concernant la vie quotidienne de leur propre population. Il est donc dit tout aussi clairement qu’on attendra pas pour désobéir aux dispositions de ces traités qui interdiraient la mis en œuvre des mesures les plus urgentes, notamment sociales et budgétaires.
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Ceci posera d’emblée le cadre, l’ambiance (lol) et le rapport de forces des « négociations » qui suivront obligatoirement entre la France et l’UE, sans doute à la demande de cette dernière qui va vite comprendre la menace que représente cette rupture pour tout l’édifice.

Les arguments de Mélenchon sont à entendre pour ce qu’ils sont. Quand il dit que « nous ne sommes pas la Grèce, nous pesons presque 20% du PIB de l’Union, nous serons bientôt la première population en nombre et parmi les plus jeunes, on ne fait pas l’Europe sans nous », etc, ce n’est pas parce qu’il est « nationaliste », « arrogant », « chauvin » ou qu’il a « le melon », c’est juste qu’il énonce des faits, simples et réels mais ensevelis sous 40 ans de discours décliniste et culpabilisant : la France en retard, archaïque, qui vit au-dessus de ses moyens, les Français trop payés, pas assez productifs, le modèle allemand, etc, autant de clichés balayés par les chiffres comparés.
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On obtiendra ou pas de vraies victoires à l’issue de la bagarre mais de toutes façons le résultat sera soumis à décision populaire : au peuple de trancher – et on sait à quel point les instances européennes détestent ça. Et si ça le fait pas, c’est toujours aussi clair, on arrête les frais définitivement et on construit autre chose avec tous ceux qui seront partants sur un modèle de coopération (économique, scientifique, culturelle, etc). Il pourrait alors y avoir beaucoup plus de candidats qu’on ne l’imagine.
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Il est en effet peu probable que les négociations avec l’UE aboutissent, vu qui la pilote. Mais une bonne stratégie se doit de produire des effets sur plusieurs plans. Ici il ne s’agit pas que de se préoccuper des intérêts purement français même si c’est la priorité. Le prévisible échec aurait aussi pour effet de finir de démasquer l’imposture européenne aux yeux de tous, puisque visiblement les affaires précédentes n’ont pas suffit à dessiller le regard de tout le monde à ce sujet. Que ce soit à Chypre, en Grèce, au Portugal, en Espagne, en Italie, les ingérences, représailles, chantages, brutalités, punitions, bref tous les coups tordus infligés aux divers pays membres qui menaçaient de sortir des clous ont pourtant montré la vraie nature de cette construction et prouvé qu’elle ne pouvait survivre qu’en allant plus loin dans l’autoritarisme et la négation de la démocratie la plus ordinaire. On ne négocie donc pas avec ces gens-là en amenant une boite de chocolats (cf Tsipras/Varoufakis) mais avec un flingue chargé, prêt à s’en servir. En l’occurrence l’option affichée d’un exit pur et simple, qui pourrait lui-même annoncer l’hémorragie. En y regardant de plus près, vouloir « négocier », dans ce cas précis, n’est en rien une attitude timorée mais plutôt un « piège » tendu à l’UE dont elle aura du mal à se sortir indemne.
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Pensons qu’avec la récente démission du président du Conseil italien Renzi et le renoncement d’Hollande en France, l’Union perd ses derniers dirigeants poids lourds sociaux-démocrates pro-UE, laissant ici ou là le terrain à des droites nationales plus ou moins extrêmes, plus ou moins souverainistes, plus ou moins euro-sceptiques. Ce n’est donc pas que chez nous que le débat va faire rage. Tout ça sur fond de brexit : l’UK ayant apparemment choisi d’enclencher le processus de sortie prévu par l’article 50 du traité de Lisbonne, ce sont au bas mot deux ans de rudes négociations qui vont peser sur tout le reste. En clair, ça sent le roussi pour la technocratie de Bruxelles.
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La Commission a d’ailleurs décidé en décembre dernier « d’assouplir certaines contraintes budgétaires », après l’aval de Merkel. Traduisons : les peuples des états-membres comprennent peu à peu qu’ils subissent toute la violence d’une « austérité » qui ne donne aucun des résultats promis, il faut lâcher du lest avant que tout nous pète à la gueule. Il y a fort à parier que ça ne suffira pas. C’est peut-être même trop tard. On verra. Mais quoi qu’il en soit, c’est à cette UE affaiblie, divisée, rongée de l’intérieur, qu’un Mélenchon présidant la France aurait à faire. S’il était de plus porté par un large mouvement populaire à ce moment-là, il se retrouverait en véritable position de force.
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Rendu là, le scénario détaillé par Lordon a toutes les chances de se réaliser : si la coalition conservatrice qui règne en Allemagne (et en UE) était réellement menacée d’être mise en minorité, l’économiste prévoit que c’est elle la première qui se retirerait de l’Union plutôt que d’abandonner les fondamentaux économiques qu’elle a réussi à imposer à tous les autres (pas parce qu’elle est « méchante » mais parce qu’elle défend ses intérêts – nous devons donc défendre les nôtres, qui sont différents).
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Il n’y a donc quasiment aucune chance au final que l’UE perdure telle qu’elle est. A moins que les mêmes (droite rose et bleue) restent au pouvoir. Mais dans ce cas-là, n’envisageant pas de changer de cap (austérité, réductions de dépenses publiques, déréglementations, concurrence exacerbée, privatisations rampantes, etc), elle perdurerait en aggravant la situation de 500 millions d’européens. En effet, les « solutions » qui ont foiré hier foireront encore plus demain.
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Le résultat le plus à craindre serait alors un tel ras-le-bol général que les forces politiques les plus rétrogrades et xénophobes finissent par rafler la mise. Un scénario pareil combiné aux prévisions d’afflux massif de réfugiés climatiques dans les années à venir transformerait le vieux continent en poudrière des plus explosives. De plus, la géopolitique mondiale est sur le point de se modifier profondément (relations USA / Chine / Russie). Face à ce combat de titans, on se demande ce qui pendrait au nez de nos petits pays s’ils étaient refermés sur un nationalisme étroit. Sans doute un long tunnel dans l’obscurité.

Intervention de Frédéric Lordon au sommet international du Plan B

Paris le 23/01/2016

Retranscription intégrale faite par Vincent Christophe Le Roux

Pour voir la vidéo, aller ici. Lordon intervient de 2h 34 mi 50 sec à 2h 51 min et 40 sec

Écoutez, je ne vais dire ni des choses très techniques, ni des choses très nouvelles. Je ne vais pas présenter de schéma d’architecture monétaire alternative. Je voudrais simplement insister sur ce que me semblent être les enjeux fondamentaux de ce qui peut se donner sous le nom de plan B.

Et je voudrais commencer en faisant observer tout de même qu’il y a des manquements à la rationalité élémentaire de l’apprentissage qui ne sont plus seulement des fautes intellectuelles mais quasiment des crimes politiques, des attentats à l’espérance en tout cas. Celles par exemple que le verrou de l’euro annulent radicalement et que tirer ce verrou peut seul restaurer.

Alors même que l’analyse de l’impasse néolibérale européenne, d’une forme de tyrannie bureaucratique annulant toute possibilité de compromis pouvait être faite depuis très longtemps, il en est que le spectacle d’un gouvernement de gauche – grec, en l’occurrence – tabassé dans les arrière-boutiques de l’eurozone ne suffit toujours pas à déciller et qu’eux-mêmes un peu sonnés continuent à chercher l’introuvable et à vouloir l’impossible : l’euro progressiste et démocratique, cet équivalent monétaire de l’éléphant rose ou du grand serpent à plumes. Et c’est comme si cette gauche rejoignait, qu’elle le veuille ou non, qu’elle s’en aperçoive ou non, le grand parti unifié de l’eurolibéralisme, au moins en ce qui constitue en réalité son dernier argument, j’entends par là le fétichisme de l’euro : l’euro intransitif, l’euro pour l’euro quelles qu’en soient les conséquences. Car finalement, à la question « Pourquoi l’euro ? » l’européiste intransitif et ses partisans ne savent répondre rien d’autre que « Parce que » ou quand ils s’essayent à dire autre chose – soyons honnêtes, parfois ils s’y essayent – on en tire rarement autre chose qu’une profession de foi de Miss France – je veux dire de Miss Europe bien sûr – dont le gros de l’argument consiste en la paix et l’amitié entre les peuples. Et comme tous es grands somnambules, et pour ne pas les faire dérailler du podium, il est sans doute risqué de les tirer de leur sommeil halluciné pour leur faire observer que d’après leurs propres critères en bikini, la construction européenne est un terrible échec. Jamais on n’y a observé autant de tensions politiques de toutes sortes, et bien prêt du point critique désormais. Extrême droite nationaliste aux portes du pouvoir, séparatisme endémique, peuples montés les uns contre les autres, etc. etc.

Si la construction européenne échoue à ce point, et selon ses propres critères, c’est sans doute que quelque chose a été mal pensé en cours de route mais quoi ? À cette question, la réponse est la suivante : ce qui a été mal pensé – et en réalité pas pensé du tout – ce sont les conditions de la possibilité de la constitution d’une communauté politique. L’eurozone crève de ne pas être une communauté politique. La vérité cependant, c’est qu’elle n’a jamais voulu l’être, en tout cas pas au sens d’une communauté politique démocratique. Peut-elle le devenir ? C’est là toute notre question.

À cette question, je pense, hélas, que la réponse est non, et que, après tant d’années perdues, il va être temps de l’admettre. La réponse est non d’abord parce que, contrairement à une légende urbaine médiatiquement colportée, libéralisme et démocratie sont loin d’être de parfaits synonymes. Disons plutôt que doctrine à l’usage des dominants, le libéralisme tolère très bien d’être à géométrie variable. Par exemple, le néolibéralisme européen ne voit aucun problème à être un « illibéralisme » politique foncièrement antidémocratique. Or jusqu’à peu le néolibéralisme était la tendance générale de tous les États-membres. Et puis, il y a eu Syriza ! Y’a Podemos, y’a la coalition portugaise, des alternatives un peu balbutiantes, timorées même sur cette question décisive de l’euro, mais enfin les choses semblent pouvoir changer et l’espoir semblerait renaître.

Je dis cependant que les choses changeraient-elles davantage, viendrait tôt ou tard le moment où elles buteraient sur un obstacle singulier, et singulièrement résistant, je veux parler de l’Allemagne.

Est-il encore possible de parler de l’Allemagne en France ? Il le faudrait pourtant et d’autant plus que rien n’interdit en principe de cheminer entre les écueils du déni et de l’éructation germanophobe, la catastrophe étant cependant que le risque de la seconde conduit systématiquement au premier, et qu’à force d’avoir peur des mauvaises pensées, on s’interdit de penser tout court, et en particulier l’idiosyncrasie monétaire allemande. C’est qu’une telle panique intellectuelle s’est abattue sur la gauche qu’il est devenu à peu près impossible de penser quoi que ce soit de cet ordre. Il faut en effet que se soit produite une terrible régression théorique pour qu’une telle analyse soit grossièrement ramenée à une évidemment aussi aberrante psychologie de l’esprit des peuples, ou liquidée plus clairement encore sous une objection d’essentialisme qui est ici l’asile de l’ignorance volontaire et du refus d’analyser.

Faudrait-il renoncer par exemple à penser le rapport particulier de la société américaine aux armes à feu ou bien celui de la société française à la laïcité, ou à l’État, de peur de tomber dans tout essentialisme américanophobe ou francophobe ?

Les sciences sociales me semble t-il, notamment historiques, n’ont-elles pas entre autres pour objet de mettre en évidence les imaginaires communs et d’analyser les croyances collectives de longue période que seules des sciences dites humaines – notamment économiques – égarées dans l’individualisme méthodologique ont totalement perdu de vue.

Le drame de l’époque, c’est qu’on doive faire de pareils préalables pour avoir quelque chance d’installer une discussion analytique un peu sérieuse sur la question allemande, discussion analytique sérieuse dont le critère même est qu’on puisse l’avoir en présence de nos camarades allemands, une discussion que je ne peux évidemment pas développer ici in extenso mais que je ramène à ses points essentiels :

1/ Il n’est pas contestable que tous les États membres, emportés depuis des décennies par la vague néolibérale, ont validé avec enthousiasme les principes idéologiques de l’eurozone et en sont co-responsables, tous !

2/ Cette unanimité ne doit pas empêcher de voir que parmi tous ces États l’Allemagne joue à quelque chose qui n’appartient qu’à elle parce qu’elle l’a hérité de son histoire qui est une histoire singulière.

3/ Entre hantise et conjuration des traumatismes du passé et réinvestissement symbolique dans une identité de substitution, la société allemande a noué avec la monnaie un rapport qui n’a pas d’équivalent en Europe et dont on peut dire qu’il est un rapport métapolitique, en cela qu’il diffère en nature et en temporalité aussi d’avec les idéologies politiques ordinaires.

4/ Il s’en est suivi que l’adoption de son modèle institutionnel, et notamment la sanctuarisation des principes de politique monétaire et budgétaire dans des textes intouchables – ceux des traités – ont été les contreparties sine qua non de l’entrée de l’Allemagne dans l’eurozone. Dès cet instant, le caractère antidémocratique de l’euro était scellé car on sort de la démocratie du moment que les orientations fondamentales de la politique économique se trouvent soustraites à la délibération de toute instance parlementaire ordinaire.

5/ Il est vrai cependant que comme toute formation politique, fut-elle de longue période, la croyance monétaire allemande, produite par l’Histoire, passera avec l’Histoire.

6/ Et comme toute croyance d’ailleurs, celle-là ne fait nullement l’unanimité dans la société allemande. Qu’elle ait ses dissidents, à l’image précisément de nos camarades qui sont ici présents, n’empêche pas que pour l’heure ses racines sont profondes. Je signale cette donnée élémentaire d’une rustique interprétation des pratiques monétaires : que 80% des paiements en Allemagne sont faits en liquide contre 56% en France et 46% aux États-Unis. Un chiffre significatif sans doute ! Et que l’usage des cartes de crédit y fait vraiment l’objet d’une réprobation sociale. Je dis ça à l’adresse de ceux qui pensent que la fixation monétaire est la seule affaire des élites allemandes ou du capital allemand et que le reste de la société en serait affranchi. Il n’en est rien et il y aurait tant d’autres indices à donner…

7/ Sachant où se trouve le centre de gravité de la société allemande sur cette question monétaire, il faut alors se demander quelles sont les chances de le voir se déplacer, avec quelle amplitude et surtout à quelle vitesse. Si, comme je le crois, c’est une affaire de longue période, le problème est qu’il y a des populations en Europe qui n’ont plus le temps d’attendre.

On peut alors reprendre synthétiquement tous ces éléments en disant ceci :

Il y a en Europe le problème général du néolibéralisme mais ce problème général connaît une complication particulière qui est la complication ordolibérale allemande.

Pourquoi est-ce que j’accorde autant d’importance à l’idiosyncrasie monétaire allemande ? Parce que c’est le verrou du verrou et que j’en fais le cœur d’une anticipation raisonnée qui pourrait nous faire gagner du temps en nous faisant parcourir, par la pensée, le processus du plan A pour se rendre immédiatement à son terminus. En bout de course, et même les autres difficultés vaincues, la complication allemande est, j’en ai peur, l’ultime obstacle sur lequel buteraient les tentatives de reconstruction d’un euro démocratique. Car si par extraordinaire un tel projet venait à prendre consistance, c’est l’Allemagne – il faut en être bien persuadés – qui prendrait le large, peut-être accompagnée d’ailleurs ! Et voilà l’hypothèse systématiquement oubliée, la tache aveugle par excellence, le Grexit ! Et le paradoxe de l’autre euro, de l’euro démocratisé, c’est qu’il échouerait au moment où il s’apprête à réussir, du fait même qu’il s’apprête à réussir.

C’est ce terminus qui condamne le plus rédhibitoirement le processus dont par ailleurs la probabilité qu’il prenne seulement naissance est des plus faibles. C’est que l’ouverture d’une épreuve de force au sein de l’eurozone suppose sensiblement plus qu’un sympathique parti progressiste européen. Il y faut l’évènement effectif et simultané d’un nombre suffisant de gouvernements vraiment de gauche. Mais quel temps n’a-t-il pas fallu pour que se produise en Grèce la première véritable alternance politique dans l’Union européenne ? Et quelle serait la probabilité jointe de l’alignement de planètes que je suis en train d’évoquer ? Elle est quasi nulle et tout le monde le sait ici.

Parmi les nombreuses erreurs intellectuelles de l’internationalisme, de l’internationalisme imaginaire, il y a celle qui consiste à attendre, l’arme au pied, la synchronisation du soulèvement continental. Eh bien à ce compte-là, et tels les hallebardiers de l’opéra chantant « Marchons, marchons » en piétinant sur place, l’euro a encore de beaux jours devant lui avec des opposants comme nous.

Il y a une et une seule conclusion à tirer de tout cela. La conclusion de l’internationalisme réel. L’internationalisme réel ce n’est pas le guet sans fin devant le désert des tartares mais la coordination des gauches européennes pour travailler partout à l’avènement de la rupture et de la sortie et puis pousser le premier qui sera en situation de l’effectuer, sans qu’il ait à attendre les autres !

L’internationalisme réel c’est aussi l’abandon de cette aberration qui ne fait plus mesurer les liens entre les peuples qu’à l’aune de l’intégration monétaire, de la circulation des marchandises ou de celle des capitaux. Et c’est a contrario le tissage de tous les autres liens possibles et imaginables – scientifiques, artistiques, culturels, étudiants, technologiques et industriels etc. etc. L’internationalisme réel, c’est enfin de sortir de l’intimidation, de l’intimidation par l’extrême-droite nationaliste, ou plus exactement de l’intimidation par l’eurobloc libéral qui n’a plus que cet argument-là en stock.

Sans doute l’extrême-droite est-elle abominable mais elle est tellement providentielle puisqu’elle permet de traiter de « nationaliste xénophobe » tous ceux qui projettent de s’extraire de la cage de fer. C’est bien simple : si le FN n’existait pas en France, il faudrait l’inventer !

Et le pire, c’est qu’il est une gauche assez bête pour se laisser terroriser, parfois même ajouter son propre concours à cet argument aussi infâme qu’il est spécieux. Car pour des raisons qui tiennent à la fois aux craintes de son électorat âgé, à son idéologie économique invertébrée et aux collusions qui s’établissent déjà avec le capital, un FN parvenu au pouvoir ne ferait pas la sortie de l’euro. Et c’est bien ici que les fautes intellectuelles deviennent des désastres politiques. La gauche effarouchée se sera donc laissée dépouiller sans combattre d’une alternative que son ravisseur n’exploitera même pas. Splendide résultat ! Et de quelle alternative parlons-nous ? De la seule en réalité capable de faire une différence radicale, une de ces différences que le corps social crève de ne plus jamais se voir proposer sur la scène des partis dits de gouvernement, désormais réduits à la grille continue de la droite générale. C’est bien pourquoi morts de faim politique, le peuple se jette avec avidité sur la moindre différence qui passe dans son champ de vision, fut-ce la pire, la plus mensongère, portée par les plus immondes démagogues car au moins c’est une différence et que, par là, il a le sentiment de respirer à nouveau.

Si elle n’avait pas peur de son ombre, c’est la gauche qui pourrait porter une différence politiquement digne : la différence de la sortie de l’euro, la différence de la souveraineté démocratique restaurée, la différence du verrou à toute politique progressiste enfin tiré, la différence de l’internationalisme réel.

S’il se libère de tous les interdits imaginaires et de toutes les inconséquences qui ont jusqu’ici terriblement pesé sur la question de l’euro, le plan B n’a pas d’autre sens que d’être le porteur historique de cette différence. Et au point où nous en sommes, disons-le avec emphase, le seul restaurateur possible de la démocratie.

Mais encore faut-il qu’il ait les idées un peu claires et moins au ventre cette pusillanimité qui a voué Tsipras à tous les renoncements, à toutes les défaites et malheureusement, pour finir, à toutes les humiliations.

Les idées claires, c’est de savoir pourquoi on se met en mouvement et pourquoi on lutte. S’il ne veut pas être B comme broutille ou comme bricolage, le plan B ne peut pas viser moins que l’objectif maximal, qui est en fait le minimum admissible : l’objectif de la pleine démocratie.

La pleine démocratie, c’est la déconstitutionnalisation intégrale de toutes les dispositions relatives à la politique économique et leur rapatriement dans le périmètre de la délibération politique ordinaire. Mais c’est cette chose même qui est radicalement impossible si bien que l’euro démocratique est une réalité qui a à peu près autant de réalité qu’un cercle carré. L’expérience décisive, pour s’en convaincre, serait celle qui consisterait à aller demander simplement aux électeurs allemands s’ils accepteraient que le statut de la Banque centrale, la nature de ses missions, la possibilité du financement monétaire des déficits, le niveau de ces déficits, le niveau des dettes, la possibilité de les annuler, que toutes ces choses soient remises à la délibération ordinaire d’un Parlement européen. Et moyennant bien sûr que les positions allemandes en cette matière soient mises en minorité. Car en première approximation, c’est ça la démocratie ! Eh bien la réponse ne devrait pas tarder à venir… Et elle ne sera certainement pas celle qu’escomptent les amis de l’euro démocratique ou ceux du Parlement de l’euro. Car, je le dis en passant, voilà bien une des aberrations paradoxales et caractéristiques du pouvoir d’intimidation de l’euro : qu’on y voit des représentants de la gauche radicale et d’autres de la social-démocratie la plus inoffensive faire cause commune autour des mêmes illusions et se retrouver dans le même effarouchement de mettre en question ce qui doit l’être.

Le plan B comme broutille, ce serait de mollir sur le seul engagement qui vaille : la démocratie totale et de monter une machine de guerre en carton-pâte pour récupérer quelques annulations de dettes, ou bien l’autorisation d’un point supplémentaire de déficit budgétaire en laissant bien sûr intact tout le reste de la structure antidémocratique.

Alors on peut bien, si l’on veut, faire comme Tsipras et d’autres après lui, hélas, et repousser le plus longtemps possible le moment où les contradictions sont mises à nu : ne plus avoir l’austérité et rester dans l’euro, avoir l’euro et la démocratie. Ces promesses-là sont intenables car elles sont contradictoires, et pire que contradictoires, sans compromis possible. Mais si elle veut sortir de l’inanité, la gauche va devoir guérir de cette plaie d’époque qu’est l’inconséquence, c’est-à-dire apprendre à vouloir les conséquences de ce qu’elle veut.

Veut-elle vraiment la démocratie ? Alors elle ne peut pas vouloir rester dans l’euro.

On ne sauvera rien en concédant sur les principes les plus fondamentaux de la politique car on n’a jamais rien sauvé au prix de la démocratie.

En général, avant de partir en guerre, il vaut mieux être clair sur les buts de guerre. Sauf pour les amateurs de tisanes, le ramassage des queues de cerises n’a aucun intérêt. Il appartient donc désormais à la gauche du plan B de savoir si elle veut faire dans l’infusion et puis « bonne nuit » ou bien si elle a enfin retrouvé le goût de la vraie politique.

Je vous remercie.