Archives du mot-clé République

Moi, gaulliste de gauche, je vote Jean-Luc Mélenchon – Par Maître Jonas le 08/04/2017

L’article est ici sur le blog de son auteur.

Moi, gaulliste de gauche, je vote Jean-Luc Mélenchon.

Contexte : 

Combien sommes-nous dans cette situation ? Profondément républicain, jacobin, gaulliste de gauche ou simplement attaché à la souveraineté nationale, nous nous sentons tiraillés. Marre de cette politique spectacle qui nous horripile, marre de ces candidats défendant la conservation du système (que ce soit B. Hamon, F. Fillon ou E. Macron). Des candidats qui n’ont que pour principal programme, la surenchère de promesses, bien – trop ? – souvent démagogiques… Leurs propos tournoient dans le vide. Après plus de trente ans de duperie, nous sommes cette catégorie de citoyens qui n’accepte pas l’éternelle moquerie qui nous est faite. Le discours « gauchiste » du Bourget, de 2012, du candidat François Hollande fut ce dernier coup d’épée de trahison. Personnellement et comme beaucoup d’entre vous, je n’étais point dupe. Je n’avais d’ailleurs pas voté François Hollande au premier tour…

Je suis un grand partisan d’un gouvernement de salut public. Ce rêve qui verrait les défenseurs de la souveraineté populaire à gauche et à droite se joindre autour d’un tronc commun : la défense d’une France souveraine, forte et fière de son modèle social. La défense d’une France où la démocratie, pour plagier Abraham Lincoln, serait réellement le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.

Après avoir dit cela, quelle option me reste-t-il ?

Et pourquoi pas l’idée N. Dupont-Aignan (Debout la France) ?

En 2012, j’ai fait le choix Nicolas Dupont-Aignan. Je salue son courage. Celui de s’être extirpé d’un parti (l’UMP) pour développer ses idées gaullistes, conformément à ses engagements passés et assumés (exemple : le « non » au traité constitutionnel européen de 2005).

Si, en 2017, je ne choisis pas Nicolas Dupont-Aignan, ce n’est point par rejet de l’homme. J’ai plus la désillusion de constater que son mouvement, Debout La France, s’est enterré, parfois, dans des stratégies gênantes (celle du soutien à Robert Ménard à Béziers, ou encore celle d’imposer une journée de travail gratuite pour tout allocataire du RSA). Avec ces positionnements, je regrette que l’union des deux rives ne puisse être possible. Elle est encore faisable – j’y crois – mais l’enracinement de DLF sur des terrains glissants et droitiers complique la tâche… Toutefois, je ne jette pas la pierre à Nicolas Dupont-Aignan. Le candidat a le mérite d’incarner des convictions profondes et sincères. Le non rapprochement avec l’autre rive du pôle des républicains n’est pas de sa seule faute, bien au contraire…

Ma décision a donc été prise. Et je constate que certains de mes amis ont également cette préférence : soutenir, au moins par le bulletin, si ce n’est sur le terrain, la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

Ce sera bien Jean-Luc Mélenchon ! Malgré quelques divergences…

Pourquoi ? Comme nombre de mes camarades, je ne partage pas sa vision sur la VIe République, pourtant centrale dans son projet. Alors oui, en tant que Républicain convaincu, rassembler une constituante ne me parait pas stupide. Simplement, je crois concrètement qu’une VIe République, parlementariste, calquée sur la IVe, serait une illusion. La Ve République a eu tout de même le don de préserver une stabilité politique, et ce, malgré les périodes de cohabitation. Car, finalement, les institutions sont ce que les élites en font. Une VIe, parasitée par les partis et les mêmes dinosaures politiques, pourrait aboutir à une instabilité et à une paralysie de l’action gouvernementale.

Autre point de divergence : l’énergie nucléaire. Aujourd’hui, la France est influente par son génie et sa force nucléaire. Nous pouvons encore la développer et rechercher à la faire évoluer, tout en développant les autres formes d’énergie décarbonée. J’y crois. Et rien n’empêche, en parallèle, de développer de nouvelles solutions énergétiques décarbonées, à travers l’investissement massif dans la recherche et développement.

Les convergences : recréer une nouvelle force dans le paysage politique.

Mais alors qu’est-ce qui me pousse tant, avec d’autres citoyens, à soutenir Jean-Luc Mélenchon ? Clairement, la gauche n’a plus de vie. Face à un Parti Socialiste qui a choisi le suicide politique depuis 2012, « la France insoumise » (nouveau mouvement de Jean-Luc Mélenchon) paraît le mieux incarner l’espérance et le rassemblement.

La nation, au cœur du discours mélenchoniste

Son discours a changé depuis sa première présidentielle, il y a cinq ans. Comparez les meetings, comparez avec ceux de l’autre gauche Benoit Hamon, les drapeaux français sont désormais de sortie ! Les couleurs des partis ? réduction au minimum. Comme si le candidat n’était plus au service d’un parti et de ses cadres – contrairement à la plupart des autres candidatures (illustration parfaite avec les rassemblements B. Hamon où les quelques « bleu blanc rouge » sont noyés par les drapeaux du PS, des écologistes, du PRG, d’associations). Comme si parler de la France et de la nation française ne serait pas simplement réservé à la droite et à l’extrême droite. Dans la voix, Jean-Luc Mélenchon se réfère donc à la nation, à sa force, à sa protection. Pour lui, le peuple ce n’est plus simplement la base ouvrière, c’est toute la composante de la société. On nait Français, que l’on soit riche ou pauvre et on fait tous partie de ce corps unique. Rien d’étonnant, on pourrait voir en lui quelques postures gaulliennes. Quitte, d’ailleurs, à embarrasser son allié, le Parti Communiste. Qu’à cela ne tienne, Jean-Luc Mélenchon ne veut pas simplement retrouver l’électorat populaire, il veut représenter la nation !

Combattre la fracture sociale dans un pays qui s’enrichit

Les lois Macron et El Khomri, du quinquennat Hollande, ont confirmé la politique sarkozyste : la France se mettant au service de l’enrichissement des plus hauts revenus, afin d’attendre d’eux un retour sur investissement. Conséquence : jamais les millionnaires et milliardaires se sont autant enrichis. Jamais les classes les plus faibles n’ont été aussi pauvres. Jamais la classe moyenne n’a autant financé les politiques publiques. Nous vivons dans une violence sociale telle que les emplois se précarisent. Pour que la pilule passe, les gouvernants (du PS aux ex-UMP/LR, en passant par E. Macron) n’emploient pratiquement plus les mots de précarité ou de licenciements. Ils utilisent principalement un vocabulaire bien choisi et guidé par le monde du grand patronat : flexibilité, souplesse, plans sociaux, restructuration… Pendant ce temps, les inégalités entre classes sociales ne font qu’empirer. Et dans les classes d’âge, qui paient ce lourd tribu ? Les jeunes ! Eux qui doivent être le poumon et l’avenir de notre République ! Et qui de mieux, dans les paroles, que J-L. Mélenchon pour affirmer une nouvelle voie. Pourquoi pas la troisième ? Celle d’une France capable de cultiver son propre modèle, sans faire dans le filet d’eau tiède. Quoi de plus juste que d’assurer un plafonnement des très hauts salaires (1 à 20). E. Macron et F. Fillon menacent : les riches partiront, et changeront de nationalité. Quelle tristesse de penser qu’un riche pense d’abord à sa fortune avant de penser à sa citoyenneté. Pour citer Jean-Luc Mélenchon : « Je fais le pari de penser (…) qu’on n’emmène pas la patrie à la semelle de ses souliers. » La France a des droits et des devoirs vis-à-vis de son peuple, riche ou pauvre, celui-ci a également des droits et des devoirs vis-à-vis de son pays.

Pour une France forte, dans une Europe faible

Rien d’étonnant, dès lors, que Jean-Luc Mélenchon ait évolué dans son idée européenne. Oui, l’Union Européenne doit être transformée ! Aller au bras de fer avec l’ordolibéralisme allemand ? Jean-Luc Mélenchon peut le faire. Il n’est ni le président faible, incarné par François Hollande, ni le fusible grec, Alexis Tsipras. La France est encore forte et il entend bien tout renégocier. L’Allemagne ne veut pas d’une refondation de la BCE et de l’Euro ? A bon entendeur, salut l’Euro ! Qui peut aujourd’hui dire que J-L. Mélenchon n’ira pas jusqu’au bout de cet engagement ? Vous conviendrez qu’il n’est pas homme de compromis quant à la violence sociale exercée par les lobbies, les multinationales, les délocalisations, le marché économique déloyal de la zone, les directives sur les travailleurs détachés, la concurrence des bas salaires des pays de l’est, etc.

Pour l’OTAN, là aussi, sa vision est clairement gaulliste et il ne s’en cache pas. Il veut sortir du commandement intégré. Cette politique de défense qui lie la France (et l’Union Européenne) avec la ligne américaine. Encore une fois, qui peut argüer que les Etats-Unis ont joué le gendarme de la justice sur la scène internationale ? Il n’y a qu’à voir le bourbier au Moyen et Proche-Orient. Et que dire de la coalition en Libye, où la France de Nicolas Sarkozy et de François Fillon a été complice d’une boucherie, laissant le pays aux mains de tribus, souvent islamistes.

La culture, l’école : qui en parle avec force, si ce n’est Jean-Luc Mélenchon ?

Cela peut paraître annexe dans un projet politique mais l’école est détruite. Détruite par les réformes « pédagogistes », en accord avec la stratégie de Lisbonne de 2000. Elles ont été mises en application une première fois par François Fillon en 2004 (avec la loi d’orientation) et confirmées brutalement par la réforme collège 2016. Cette école qui ne vise plus à éduquer des citoyens éclairés mais de laisser le soin aux parents, les plus fortunés, de payer des cours particuliers à leurs enfants, pour que ceux-ci puissent acquérir les savoirs fondamentaux. En effet, la réforme collège 2016 a entraîné la réduction d’heures pour l’histoire, les mathématiques et le français. Des matières fondamentales en partie remplacées par des cours d’animation, encore peu compris par la majorité des enseignants, les EPI. Ceci n’est qu’un aperçu de la destruction progressive de l’école. Ainsi, Jean-Luc Mélenchon propose logiquement d’abroger la réforme collège 2016.

Enfin, qui, de nos candidats, parle réellement de culture ?

Et bien, Jean-Luc Mélenchon est peut-être le seul à avoir compris l’enjeu d’une nouvelle forme de culture, de plus en plus convoitée, source de futurs emplois : les jeux vidéo. La France peut-être l’un des leaders dans le domaine. Aujourd’hui, elle subit encore les attaques de conservateurs qui voient, dans les jeux vidéo, un simple joujou. Je vous laisse apprécier les réalisations de certains studios : Half-Life, Mass Effect, Bioshock, Max Payne ou encore, pour prendre deux exemples français, Assassin’s Creed et Another World. Ces jeux, dignes de films, sont loin de la caricature généralement faite. A la Renaissance, le théâtre était moqué, au XXe siècle l’arrivée du cinéma parlant subissait les réticences de salles parisiennes et des intellectuels. Les jeux vidéo font partie d’une nouvelle forme de culture, à ne pas négliger.

Publicités

Frédéric Lordon critiquerait-il la stratégie de Jean-Luc Mélenchon ?

1/ Nous sommes nombreux (et nombreuses) parmi les « insoumis-e-s » qui soutenons la candidature de Jean-Luc Mélenchon​ à apprécier Frédéric Lordon​. Beaucoup d’entre-nous le lisons régulièrement depuis des années, suivons ses interventions, et espérons que Jean-Luc Mélenchon s’inspire grandement de sa vision. J’ai, dans cet esprit, écrit ce billet de blog le 25 janvier dernier. Or, ces dernières semaines, du fait de l’évolution amorcée par Jean-Luc Mélenchon, nous avons cru discerner que Frédéric Lordon​ avait manifestement inspiré Jean-Luc Mélenchon. Mais nous constations aussi que ce n’était manifestement que  partiellement (1).

2/ J’ai lu certain-e-s camarades se demander pourquoi Frédéric Lordon ne prenait jamais acte de l’évolution de Jean-Luc Mélenchon et ne parlait jamais de lui ces dernières semaines. Il me semble que dans deux de ses récentes interventions Frédéric Lordon explique justement pourquoi, même s’il ne désavoue jamais Jean-Luc Mélenchon puisqu’il ne cite pas son nom.

*

1/ J’ai dit que Frédéric Lordon n’avait que partiellement inspiré Jean-Luc Mélenchon car on note bien, à les lire et à les écouter tous les deux, qu’il y a encore, entre eux, une certaine divergence de vues qui n’est pas négligeable. Et c’est un doux euphémisme !

En effet, Jean-Luc Mélenchon a exprimé sa propre vision, de la manière la plus éclairante, lorsqu’il prit la parole à la suite de Frédéric Lordon,​ lors du sommet international du plan B qui s’est tenu à Paris, le 23 janvier dernier (la vidéo des interventions de Frédéric Lordon et de Jean-Luc Mélenchon est ici et vous pouvez lire ici ce qu’a dit Frédéric Lordon puisque je l’ai retranscrit intégralement. Dans la vidéo, Frédéric Lordon intervient de 2h 34 min et 50 sec à 2h 51 min et 40 sec). Donc, prenant la parole après Frédéric Lordon, Jean-Luc Mélenchon a dit ceci:

«  Aucun plan n’est possible s’il n’est porté par un haut niveau d’action populaire. De quelle manière le niveau d’action populaire peut-il être à bonne altitude ?

Il faut pour cela que les larges masses comprennent quels sont les enjeux, et le comprennent à l’égard de leurs propres intérêts et de la contradiction entre leurs intérêts et les politiques suivies.

C’est pourquoi je dis que ça n’a pas d’intérêt de surgir sur la scène en disant purement et simplement « nous allons sortir de l’euro » parce que cela revient à fétichiser la question de l’euro sans permettre d’en comprendre le mécanisme diabolique d’aliénation des peuples.

Il est intéressant de montrer une part de bonne volonté  qui se heurte à la mauvaise volonté et à l’hostilité de ceux à qui l’on s’adresse et alors les peuples sont conduits à se demander d’où vient cette mauvaise volonté, d’où vient ce refus. C’est pourquoi nous parlons souvent de plan A et cela ne signifie pas que nous ayons des illusions sur le sujet. »

J’avais alors écrit ce billet de blog suite à cette intervention. Je commentais ainsi l’intervention de Jean-Luc Mélenchon :

« Je pense qu’il nous livre là le cœur de sa pensée, la substantifique moelle de sa réflexion, quant à la question de savoir si l’on doit – ou pas – et pourquoi – défendre la sortie pure et simple de l’euro (et l’on peut dire, par extension, de l’UE).

Dans ces quelques minutes d’exposé, il réitère son refus de dire ouvertement que nous devons sortir du carcan qu’est l’euro, et plus largement l’UE (alors que certains d’entre-nous voudrions l’entendre de sa bouche) et il avance des arguments à l’appui.

Son principal argument a du poids, c’est indéniable, mais malgré tout je persiste à penser que si Jean-Luc Mélenchon, et d’autres avec lui, portaient ardemment, et avec conviction, arguments solides à l’appui car il y en a plein, le combat frontal contre l’UE (et pas seulement l’euro) en disant ouvertement que nous devons sortir de l’UE (et pas seulement de l’euro) et en expliquant pourquoi et comment le faire, il deviendrait de facto le principal opposant au gouvernement actuel, à la gauche droitisée à outrance, aux droites devenues ivres de capitalisme exacerbé, et à l’extrémisme néofasciste. En devenant ce véritable opposant, il deviendrait le principal recours du peuple.« 

Et puis, je revenais sur le mot « fétichisme » employé par Jean-Luc Mélenchon qui m’avait donné quelques boutons… Je disais ceci :

« Contrairement à l’argument qu’il utilise pour contester le discours frontalement hostile à l’euro et à l’UE, ce n’est pas du tout par « fétichisme » que nous souhaitons sortir de l’UE. D’ailleurs, pour beaucoup d’entre nous, nous n’étions pas sur cette ligne il y a encore un an ou deux. C’est l’aboutissement de notre réflexion qui nous a conduits à défendre cela, au regard de l’analyse que nous avons faite de la situation actuelle et de l’histoire de l’UE. Il ne s’est jamais agi de « sortir de l’UE » pour sortir de l’UE. Et le fétichisme n’entre pas dans nos comportements politiques…

Comme il aime à le dire lui-même, c’est la raison que nous utilisons pour fonder nos opinions et nos jugements, pas une irrationnelle lubie… Nous considérons seulement, au regard de ce qu’est l’UE, analysée à travers ses textes fondateurs, ses différents traités, ses institutions, sa pratique législative, réglementaire et jurisprudentielle, ses organes, sa politique, sa diplomatie, que nous ne la ferons jamais évoluer dans le sens que nous souhaitons et que nous devons donc nous en libérer pour revenir à un internationalisme réel, selon la logique expliquée maintes fois par Frédéric Lordon.

Or nous croyons que nous perdons du temps à faire croire que nous pourrions obtenir quelque répit ou quelque rémission. Puisque Jean-Luc Mélenchon dit lui-même qu’il n’a aucune illusion, alors qu’il cesse de le faire croire indirectement…« 

Or, ce mot-là, insultant pour notre intelligence car il nie que nous ayons un raisonnement fondé sur la raison et l’expérience, Jean-Luc Mélenchon l’a réutilisé depuis. C’était très récemment, à l’occasion de la conférence donnée sur son livre « L’ère du peuple » à l’ESC de Paris. Alors, je m’interroge !

C’est une façon de renvoyer dans les cordes celles et ceux d’entre nous qui ne croyons pas qu’il soit possible de changer la donne de l’euro et encore moins de l’UE, voire qui estimons que ce n’est même pas souhaitable de le tenter car même si nous parvenions à desserrer un peu l’étau, le système de l’UE, qui est une prison des peuples, demeurerait.

Car ce n’est pas que l’euro qui nous opprime, c’est l’UE tout entière dans son essence oligarchique, dans ses institutions qui incarnent cette oligarchie et lui donnent tout pouvoir, dans ses choix dévastateurs des économies européennes et des agricultures africaines pour ne parler que d’elles, dans ses modalités d’action autocratiques, dans son esprit munichois, dans son égoïsme face au problème migratoire, dans son atlantisme…

C’est pourquoi nous ne tergiversons plus. C’est pourquoi nous exigeons d’en sortir, purement et simplement, et définitivement. L’UE est détestable et détestée. Et elle est viciée dans ses bases. Il n’y a plus rien à négocier. Nous devons briser nos chaines et nous libérer d’elle !

Hugo Chavez disait ceci à juste titre : « On ne négocie pas avec l’oligarchie. Parce qu’on ne négocie pas la Patrie. Parce qu’on ne négocie pas la dignité. Parce qu’on ne négocie pas les principes.»

Quand Jean-Luc Mélenchon dit qu’il veut « sortir des traités », cela a un sens. Ça ne peut signifier qu’une seule chose: si on sort des traités, on sort de fait de l’UE. Mais alors pourquoi dire en même temps qu’on va aller négocier avec Mme MERKEL pour tenter de la faire plier via notre puissance économique. Pour obtenir quoi ? Quelques concessions en échange de notre maintien dans l’UE ? Mais ça, c’est l’oeuvre de la CFDT, pas de la révolution citoyenne ou de la libération !

Bien que je vois depuis longtemps en Jean-Luc Mélenchon « le meilleur d’entre-nous » pour reprendre une formule connue, bien que je vois en lui un brillant orateur, un animal politique hors pair, un philosophe et un poète doté d’une grande sensibilité, un leader (au sens de celui qui tire le train), je me désole qu’il donne parfois le sentiment d’hésiter, lui qui dit avoir les idées claires sur ce qu’il convient de faire. Il va falloir qu’on m’explique : sortir des traités ou négocier avec Mme Merkel ? Parce que c’est antinomique.

Jean-Luc Mélenchon a toujours la volonté semble-t-il de mettre en oeuvre le plan A (négocier pour obtenir des allègements de l’austérité et peut-être aussi quelques autres réformes en faveur de la démocratisation de l’UE et d’une plus grande souveraineté de notre peuple). Sauf que l’UE ne sera jamais une oeuvre démocratique. Car ses promoteurs, ceux qui la tiennent, ne veulent pas cela. Frédéric Lordon a dit ironiquement à propos de la monnaie européenne (lors de son intervention précitée au sommet international du plan B le 23 janvier dernier) qu’un euro démocratique a autant de chance de survenir qu’un cercle de devenir carré. Je suis de ceux qui pensent qu’il en va de même du système institutionnel de l’UE dans sa globalité. Et par conséquent, je pense que Frédéric Lordon a encore raison de dire (lors de la même intervention précitée) :

« Pourquoi est-ce que j’accorde autant d’importance à l’idiosyncrasie monétaire allemande ? Parce que c’est le verrou du verrou et que j’en fais le cœur d’une anticipation raisonnée qui pourrait nous faire gagner du temps en nous faisant parcourir, par la pensée, le processus du plan A pour se rendre immédiatement à son terminus. En bout de course, et même les autres difficultés vaincues, la complication allemande est, j’en ai peur, l’ultime obstacle sur lequel buteraient les tentatives de reconstruction d’un euro démocratique. Car si par extraordinaire un tel projet venait à prendre consistance, c’est l’Allemagne – il faut en être bien persuadés – qui prendrait le large, peut-être accompagnée d’ailleurs ! Et voilà l’hypothèse systématiquement oubliée, la tache aveugle par excellence, le Grexit ! Et le paradoxe de l’autre euro, de l’euro démocratisé, c’est qu’il échouerait au moment où il s’apprête à réussir, du fait même qu’il s’apprête à réussir.« 

2/ Pour répondre à l’interrogation demandant pourquoi Frédéric Lordon ne cite jamais le nom de Jean-Luc Mélenchon et ne parle jamais de sa proximité avec lui, on peut relever je crois que demeurent de grosses divergences de vues. Il y a d’abord la question européenne, point d’achoppement évident à mes yeux ! J’ai évoqué cette divergence au point 1 ci-dessus. Frédéric Lordon veut aller directement au plan B tandis que Jean-Luc Mélenchon veut absolument tenter d’abord le plan A ! Sur ce point, j’approuve Frédéric Lordon contre Jean-Luc Mélenchon.

Mais je crois qu’il y a par ailleurs au moins un autre élément fondamental de divergence. En effet, à deux reprises depuis janvier, Frédéric Lordon a eu l’occasion de dire des choses qui me semblent éclairer la question…

La première intervention à laquelle on peut se référer est celle où Frédéric Lordon a fait un discours à un colloque organisé par la Fondation Copernic sur le thème « Quelle stratégie pour rompre avec l’austérité ? ». C’était le 16 janvier dernier, donc 7 jours avant le sommet international du plan B dont j’ai parlé plus haut, et 3 semaines avant que Jean-Luc Mélenchon ne déclare sa candidature, et l’on peut penser que depuis les choses avaient quelque peu évolué.

Pourtant Frédéric Lordon a réitéré encore plus clairement sa pensée puisqu’il a publié dans le Monde diplomatique de mars 2016 un billet intitulé « Pour la République sociale ». Si ce billet développe une véritable proximité avec les positions de Jean-Luc Mélenchon (sans pour autant que là encore son nom ne soit cité) notamment sur la question de l’indispensable travail de refondation constitutionnelle, et ce via une Constituante (ce que défend Jean-Luc Mélenchon depuis des années), on lit aussi dans ce billet comme un désaveu du choix de Jean-Luc Mélenchon de ne plus parler depuis la Gauche.

Si ce que j’ai compris est bien ce que Frédéric Lordon a dit sans le dire, il me semble bien que c’est une critique puissante de la nouvelle stratégie de Jean-Luc Mélenchon. Un des problèmes est que Frédéric Lordon ne le dit pas ouvertement. Il ne cite pas Jean-Luc Mélenchon mais parle de « certains à gauche » si bien qu’il laisse donc planer un doute sur ceux qu’il cible. Mais à lire ce qu’il dit, il me semble bien que le doute n’est plus permis. J’en suis étonné car Frédéric Lordon ne cesse de critiquer « la Gauche » telle qu’elle est. Et il m’avait donné le sentiment de souhaiter précisément que le candidat de la Gauche de combat se place dans une situation qui dépasse ce camp tout en en conservant les idées politiques qui l’incarnaient. Or c’est précisément ce que Jean-Luc Mélenchon a fait en se positionnant comme il l’a fait, en faisant voler en éclats le moribond Front de Gauche et en parlant au peuple tout entier avec un projet qui ne fait pas honte à la Gauche de combat. Mais c’est aussi apparemment ce que Frédéric Lordon fustige poliment, diplomatiquement, mais fermement.

Or, Frédéric Lordon est trop intelligent et surtout trop bien instruit du parcours de Jean-Luc Mélenchon pour ignorer que « La République sociale » est un slogan qui parle au cœur de Jean-Luc Mélenchon depuis l’origine de son combat politique et que ce fut même plus que cela puisque Jean-Luc Mélenchon en avait fait le nom de son courant au PS avec « PRS » (Pour la République sociale). Laisser entendre que Jean-Luc Mélenchon a abandonné ce slogan est un mauvais procès. Même si ce slogan n’apparait plus aussi ouvertement dans ses discours, je suis convaincu que c’est pourtant ce qui le guide depuis toujours. Simplement, il a enfin compris que faute d’une révolution populaire qui interviendrait avant et balaierai le système institutionnel pourri de la 5e République et tout ce qu’il permet, pour changer les choses et imposer justement la République sociale, il faut gagner l’élection présidentielle. Et pour gagner l’élection présidentielle en 5e République, il ne faut pas donner au peuple le sentiment que l’on parle uniquement au seul nom et pour le seul compte d’un camp. Il faut savoir se dépasser et dépasser les siens, sans se renier pour autant, sans rien rabattre de ses idées. Et c’est exactement ce que Jean-Luc Mélenchon fait.

Alors que Frédéric Lordon reprenne aujourd’hui ce slogan « Pour la République sociale » comme titre de son billet n’est pas anodin. Ce pourrait être un appui à Jeaan-Luc Mélenchon s’il n’y avait pas ces lignes reproduites ci-dessous dans lesquelles on ne peut voir qu’une illustration de la critique sous-jacente. Et c’est une critique qui fait mal car il est clair que ce que dit Frédéric Lordon a du poids dans notre camp. Qu’il y ait des désaccords n’est pas un problème insurmontable. Mais que la stratégie même de Jean-Luc Mélenchon soit attaquée ainsi dans ses bases, là c’est tout autre chose !  Je disais plus haut que dans la controverse entre Jean-Luc Mélenchon et Frédéric Lordon sur la question de la sortie de l’euro et/ou des traités et donc de l’UE, je donnais raison à Frédéric Lordon contre Jean-Luc Mélenchon. Sur la question de la stratégie présidentielle, en revanche, je donne raison à Jean-Luc Mélenchon contre Frédéric Lordon.

« Beaucoup d’initiatives « à gauche » cherchent à tâtons des solutions et pensent en avoir trouvé une dans la substitution du clivage « eux/nous » au clivage « droite/gauche ». C’est une parfaite erreur. Tous ceux qui, Podemos en tête, pensent s’en tirer ainsi, par exemple en se contentant de dire que « eux » c’est « la caste » et « nous » « le peuple », se perdront, et l’idée de gauche avec eux. Mais tout change au moment où l’on restitue au clivage son sens véritable : « eux », ce sont tous les fondés de pouvoir de l’ordre propriétaire ; et « nous », c’est le grand nombre de ceux qui, condamnés à y vivre, doivent en souffrir la servitude.

Tout cela mis ensemble, il se pourrait, comme on dit au jeu de cartes, que nous ayons une main : un clivage « eux/nous » aux toniques propriétés, mais dont le contenu, reformulé autour du conflit propriétaire, revitalise l’idée de gauche au lieu de l’évacuer ; »

 Je ne donne pas tort à Frédéric Lordon s’agissant de l’utilité de nous en prendre à l’empire des propriétaires et donc de déconstruire la notion de propriété pour la refonder dans le sens de l’intérêt général. Mais je ne le suis pas dans la critique qu’il fait à Jean-Luc Mélenchon de se positionner désormais en dehors de la Gauche. La lutte des classes existe mais sous une autre forme. Parler de gauche et de droite aujourd’hui à un peuple déboussolé du fait de ceux qui ont travesti la Gauche en une nouvelle Droite, c’est la garantie d’être abandonné à son triste sort de chef de clan. Laissons cela à Pierre Laurent. On a autre chose à faire, rassembler le peuple, cette masse de citoyen-ne-s qui ne demandent que le respect de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité, valeurs républicaines d’où l’on décline ensuite, si l’on est conséquent, laïcité, démocratie, « Humain d’abord » et insoumission !

Pour la république sociale – Par Frédéric Lordon – copyright Le Monde diplomatique mars 2016

C’est bien l’esprit de Lampedusa (1) qui plane sur l’époque : tout changer pour que rien ne change. Et encore, « tout changer »… A peine feindre. A moins, ce qui serait presque pire, qu’ils ne soient sincères : on ne peut pas exclure en effet que les protagonistes de la « primaire à gauche » soient convaincus de produire une innovation politique radicale, alors qu’ils bafouillent la langue morte de la Ve République. Le comble de l’engluement, c’est bien sûr de ne plus être capable de penser au-delà du monde où l’on est englué. Présidentialisation forcenée, partis spectraux, campagnes lunaires, vote utile, voilà la prison mentale que les initiateurs de la « primaire à gauche » prennent pour la Grande Evasion. Et pour conduire à quoi ? La fusion de la contribution sociale généralisée (CSG) et de l’impôt sur le revenu ? un programme en faveur de l’isolation des logements ? une forte déclaration sur la « réorientation de l’Europe » ?

Il est vrai que, comme la pierre du Nord (qui guérit les rhumatismes et les ongles incarnés) avait besoin pour s’écouler de se rehausser de la mention « Vu à la télé », l’étiquette « Soutenu par Libération » signale surtout le rossignol d’une parfaite innocuité, la subversion en peau de lapin bonne à n’estomaquer que les éditorialistes, comme si de l’inénarrable trio Joffrin-Goupil-Cohn-Bendit pouvait sortir autre chose qu’un cri d’amour pour le système, qui leur a tant donné et qu’il faut faire durer encore. En tout cas, il ne manque pas de personnel dans le service de réanimation, où la croyance qu’un tube de plus nous tirera d’affaire, n’a toujours pas désarmé.

Le cadavre que, contre toute raison, ses propres nécessiteux s’efforcent de prolonger, c’est celui de la « social-démocratie », entrée en France comme ailleurs dans le monde, dans sa phase de décomposition terminale. Pour avoir une idée du degré d’aveuglement où conduit parfois l’acharnement thérapeutique, il suffit de se figurer qu’aux yeux mêmes de ces infirmiers du désespoir, « toute la gauche » est une catégorie qui s’étend sans problème de Jean-Luc Mélenchon à Emmanuel Macron — mais ce gouvernement ne s’est-il pas encore donné suffisamment de peine pour que nul n’ignore plus qu’il est de droite, et que, en bonne logique, une « primaire de gauche » ne saurait concerner aucun de ses membres ni de ses soutiens ?

En politique, les morts-vivants ont pour principe de survie l’inertie propre aux institutions établies et l’ossification des intérêts matériels. Le parti de droite socialiste, vidé de toute substance, ne tient plus que par ses murs — mais jusqu’à quand ? Aiguillonnée par de semblables intérêts, la gauche des boutiques, qui, à chaque occasion électorale, se fait prendre en photo sur le même pas de porte, car il faut bien préserver les droits du fricot — splendides images de Pierre Laurent et Emmanuelle Cosse encadrant Claude Bartolone aux régionales —, n’a même plus le réflexe élémentaire de survie qui lui ferait apercevoir qu’elle est en train de se laisser gagner par la pourriture d’une époque finissante. Il n’y a plus rien à faire de ce champ de ruines, ni des institutions qui en empêchent la liquidation — et pas davantage de la guirlande des « primaires » qui pense faire oublier les gravats en y ajoutant une touche de décoration.

La seule chose dont nous pouvons être sûrs, c’est qu’aucune alternative réelle ne peut naître du jeu ordinaire des institutions de la Ve République et des organisations qui y flottent entre deux eaux le ventre à l’air. Cet ordre finissant, il va falloir lui passer sur le corps. Comme l’ont abondamment montré tous les mouvements de place et d’occupation, la réappropriation politique et les parlementarismes actuels sont dans un rapport d’antinomie radicale : la première n’a de chance que par la déposition (2) des seconds, institutions dont il est désormais établi qu’elles sont faites pour que surtout rien n’arrive — ce « rien » auquel la « primaire de gauche » est si passionnément vouée.

Le problème des mouvements « destituants », cependant, est qu’ils se condamnent eux-mêmes à l’inanité s’ils ne se résolvent pas à l’idée qu’aux grandes échelles il n’y a de politique qu’instituée, ou réinstituée, y compris de cette institution qu’ils ont d’abord voulu contourner : la représentation. C’est sans doute une ivresse particulière que de rester dans le suspens d’une sorte d’apesanteur politique, c’est-à-dire dans l’illusion d’une politique « horizontale » et affranchie de toute institution, mais si le mouvement ne revient pas sur terre à sa manière, c’est l’ordre établi qui se chargera de l’y ramener — et à la sienne. Mais alors, comment sortir de cette contradiction entre l’impossible prolongement du suspens « destituant »… et le fatal retour à l’écurie parlementaire ? Il n’y a qu’une seule réponse, presque logique, à cette question décisive : s’il faut revenir sur terre, c’est pour changer les formes mêmes de la politique.

La forme de la politique a un nom général : la Constitution. Comment s’organisent la délibération et la décision : c’est la Constitution qui le dit. Sauf à croire que délibération et décision peuvent se passer de toute organisation institutionnelle, et sauf à s’en remettre aux formes en place, le chemin de crête pour échapper à l’aporie précédente, le premier temps de la réappropriation, c’est bien la réécriture d’une Constitution, puisqu’elle seule décidera de nos réappropriations ultérieures. Architecture des niveaux de décision, règles de délibération, organisation de la subsidiarité (maximale), modes de désignation des représentants, ampleur de leurs délégations, forme de leur mandat, rotation, révocation, parité, composition sociale des assemblées, etc., toutes ces choses qui déterminent qui fait quoi en politique et qui a voix à quoi sont, par définition, l’affaire de la Constitution.

C’est à ce moment, en général, qu’on objecte à l’exercice constitutionnel son abstraction qui n’embraye sur rien, son étrangeté aux préoccupations concrètes des populations. Et c’est vrai : si elle n’est qu’un Meccano juridique formel coupé de tout, la simagrée constitutionnelle ne mérite pas une minute de peine ; on ne sait que trop comment elle est vouée à finir : en divertissement pour éditorialistes et en consolidation de la capture parlementaire. Mais contre cela le spectacle même de l’époque nous vaccine radicalement. Car il nous donne avec une grande force l’idée de savoir quoi faire d’une Constitution — la seule idée qui donne un sens à l’exercice constitutionnel. Une Constitution cesse en effet d’être un amusement hors-sol de juriste et redevient objet d’intérêt concret pour les citoyens mêmes, du moment où l’on sait à quel projet substantiel de société elle est subordonnée. Mais un tel projet, il nous suffit de contempler notre situation d’aujourd’hui pour en avoir aussitôt le négatif. Précarisation érigée en modèle de société, injustices honteuses, celles faites aux Goodyear, comme hier aux Conti, attaque inouïe contre le code du travail, toutes ces choses n’en disent qu’une : faire plier le salariat, parachever le règne du capital. Et puis là-dessus arrive un film, le Merci patron ! de François Ruffin, qui, en quelque sorte, ramasse tous ces motifs d’indignation mais les transmute en un gigantesque éclat de rire — c’est qu’à la fin le gros (Bernard Arnault) mord la poussière et les petits sortent en sachant désormais que « c’est possible » (3).

Un film fait-il à lui seul un point de bascule ? En tout cas, il se trouve qu’il est là, et qu’une idée qui sort d’un film est toujours cent fois plus puissante que la même qui sort d’un discours général. Il se trouve également qu’au moment particulier où il survient, l’idée d’en faire un point de catalyse n’est pas plus bête qu’autre chose. C’est que tout craque dans la société présente, et que le point de rupture pourrait n’être plus si loin. Or, entre la causalité directe, et directement restituée, qui va de la richesse de Bernard Arnault à la misère des Klur (4), la misérable corruption de hiérarques socialistes passés sans vergogne au service du capital (5), grands médias devenus inoffensifs, Merci patron ! nous livre synthétiquement le tableau de la décomposition actuelle, nous indiquant par là même ce qu’il faut faire — tout le contraire — et, par suite, le sens à donner à un mouvement de réappropriation constituante. S’il fallait des antidotes au constitutionnalisme intransitif, à coup sûr en voilà un !

On dira cependant que les Constitutions n’ont à voir qu’avec les règles mêmes de la délibération politique, et qu’elles n’ont pas à préjuger de ses issues. Et c’est en partie vrai également. La tare européenne par excellence n’est-elle pas, par exemple, d’avoir constitutionnalisé les politiques économiques à propos desquelles il n’y a par conséquent… plus rien à délibérer ? On se tromperait cependant si on cédait au formalisme pur pour regarder les Constitutions comme des règles en apesanteur, en surplomb de tout parti pris substantiel. Il n’est pas une Constitution qui ne dissimule dans ses replis une idée très arrêtée de la société qu’elle organise. C’est peu dire que la Constitution de la Ve République a la sienne — la même, en fait, que celle des quatre républiques qui l’ont précédée. Et l’on ne voit pas pourquoi, dans ces conditions, nous nous priverions de dire haut et fort quelle est la nôtre.

Mais alors, quelles sont ces différentes idées, la leur, la nôtre ? L’idée enkystée d’hier, l’idée possible de demain ? La République est un peu cachottière, elle affiche des choses et en dissimule d’autres. Liberté ? Celle du capital. Egalité ? Limitée à l’isoloir. Fraternité ? Le mot creux dont on est sûr qu’il n’engage à rien. Alors quoi vraiment ? Propriété. Le talisman caché de nos républiques successives, toutes déclinaisons d’une même république dont il va falloir donner le vrai nom, non pas la République tout court, mais la république bourgeoise, ce talisman caché, donc, c’est le droit des propriétaires des moyens de production. La République, c’est l’armature constitutionnelle de l’empire du capital sur la société.

Car, mis à part la coercition directe du servage, a-t-on vu emprise plus puissante sur l’existence matérielle des gens, donc sur leur existence tout court, que l’emploi salarié comme point de passage obligé de la simple survie, l’emploi dont les propriétaires des moyens de production, précisément, ont le monopole de l’offre, et qu’ils n’accordent qu’à leurs conditions ? Que tous les Klur de la terre soient jetés après avoir été exploités jusqu’à la corde, c’est la conséquence même de cet empire… et de la bénédiction constitutionnelle qui lui donne forme légale.

Que tel soit bien l’ancrage réel de cette république invariante — car sous ce rapport sa numérotation importe peu —, c’est l’histoire qui en administre la preuve la plus formelle en rappelant qu’il n’est pas une contestation sérieuse du droit des propriétaires, c’est-à-dire de l’empire du capital, qui ne se termine au tribunal, en prison ou carrément dans le sang — fraternité… Comme toujours, une institution ne livre sa vérité qu’au moment où elle est portée à ses points limites. C’est alors seulement qu’elle révèle d’un coup ce à quoi elle tient vraiment et la violence dont elle est capable pour le défendre. Le point limite de la république bourgeoise, c’est la propriété.

Mais la république bourgeoise n’épuise pas la République. Car si l’histoire a amplement montré ce dont la première était capable, elle a aussi laissé entrevoir une autre forme possible pour la seconde : la république sociale, la vraie promesse de la république générale. C’est que la république d’aujourd’hui n’est que la troncature bourgeoise de l’élan révolutionnaire de 1789 — et plus exactement de 1793. La révolution de 1848 n’a pas eu d’autre sens que d’en faire voir les anomalies et les manques, les manquements même : car on ne peut pas prononcer l’égalité des hommes et bénir leur maintien par le capital dans le dernier état de servitude. Qu’est-ce que la république sociale ? C’est la prise au sérieux de l’idée démocratique posée en toute généralité par 1789, mais cantonnée à la sphère politique — et encore, sous quelles formes atrophiées… La république sociale, c’est la démocratie générale, la démocratie partout, et pas seulement comme convocation à voter tous les cinq ans… puis comme invitation à se rendormir aussitôt. L’égalité démocratique, c’est la détestation de l’arbitraire qui soumet un homme aux desiderata souverains d’un autre, par exemple : tu travailleras ici, et puis non, en fait là ; tu feras ce qu’on te dira et comme on te le dira ; il est possible aussi qu’on n’ait plus besoin de toi ; si c’est embêtant pour toi, c’est surtout ton affaire, et pas la nôtre, qui est seulement que tu vides les lieux. Tu nous obéiras pour une simple et bonne raison : c’est que tu vivras dans la peur. Il n’est pas un salarié qui n’ait expérimenté les pouvoirs de la peur. La peur, c’est l’ultime ressort de l’empire propriétaire, celle que quiconque éprouve lorsque ses conditions d’existence mêmes sont livrées à l’offreur d’emploi souverain.

Il n’y a pas de vie collective — et la production en est une partie — sans règles. Comme l’a montré Rousseau, l’autonomie n’est pas l’absence de règles, c’est de suivre les règles qu’on s’est données. Mais qui peut être ce « on » sinon l’ensemble des personnes qui se soumettent librement à ces règles — librement puisque ce sont les leurs ? Le petit nombre qui, par exemple dans l’entreprise, soumet unilatéralement tous les autres à ses règles, c’est tout ce qu’on veut sauf la démocratie. Mais au fait, comment appelle-t-on un système qui marche non à la délibération mais à l’obéissance et à la peur, sinon « la dictature » ? Un « démocrate » en conviendrait immédiatement, l’observant dans la sphère politique. Mais la chose lui semble ne plus faire aucun problème sitôt passé le seuil du lieu de travail — en réalité, il ne la voit même pas. Comment se peut-il que tous les amis de la république présente, qu’on reconnaît aisément à ce qu’ils ont de la « démocratie » plein la bouche, puissent tolérer ainsi la négation radicale de toute démocratie dans la vie sociale ? Comment peuvent-ils justifier que, hors la pantomime quinquennale, toute la vie concrète des gens soit demeurée dans une forme maquillée d’Ancien Régime où certains décident et d’autres se soumettent ? Comment le gargarisme démocratique s’arrange-t-il avec le fait que, dans la condition salariale, et une fois ôtées les concessions superficielles (ou les montages frauduleux) du « management participatif » et de l’« autonomie des tâches », les individus, rivés à des finalités qui ne sont pas les leurs — la valorisation du capital —, sont en réalité dépossédés de toute prise sur leur existence et réduits à attendre dans la passivité le sort que l’empire propriétaire leur fera — car, pour beaucoup, c’est cela désormais la vie salariée : l’attente de « ce qui va tomber » ?

Rendu au dernier degré du désespoir, Serge Klur, le licencié de Bernard Arnault, menace de mettre le feu à sa propre maison. La résolution burlesque orchestrée par Merci patron !, qui fait plier Bernard Arnault, qui rétablit Klur dans sa maison et dans l’emploi, va bien au-delà d’elle-même. C’est là toute sa force, d’ailleurs : nous montrant un cas particulier, le film de Ruffin nous fait irrésistiblement venir le projet politique de l’universaliser. Car tout le monde sent bien qu’on ne peut pas s’en tenir à sauver un Klur et puis plus rien. Qu’il ne s’agirait pas seulement non plus de rescaper tous les ECCE licenciés. Ce projet politique, c’est qu’il n’y ait plus jamais aucun Klur. Le salarié-jeté, le salarié-courbé, cette créature de l’empire propriétaire, doit disparaître. Mais alors… l’empire propriétaire également ! Et même préalablement.

Dans une république complète, rien ne peut justifier que la propriété financière des moyens de production (puisque, bien sûr, c’est de cette propriété-là seulement qu’il est question) soit un pouvoir — nécessairement dictatorial — sur la vie. Le sens politique de la république sociale, éclairé par le cas Klur, c’est cela : la destitution de l’empire propriétaire, la fin de son arbitraire sur les existences, la démocratie étendue, c’est-à-dire l’autonomie des règles que se donnent les collectifs de production, leur souveraineté politique donc. Disons les choses plus directement encore : ce qu’il appartient à la Constitution d’une république sociale de prononcer, c’est l’abolition de la propriété lucrative — non pas bien sûr par la collectivisation étatiste (dont le bilan historique est suffisamment bien connu…), mais par l’affirmation locale de la propriété d’usage (6), à l’image de tout le mouvement des sociétés coopératives et participatives (SCOP), des entreprises autogérées d’Espagne ou d’Argentine, etc. : les moyens de production n’« appartiennent » qu’à ceux qui s’en servent. Qu’elle s’adonne à l’activité particulière de fournir des biens et services n’empêche pas une collectivité productrice de recevoir, précisément en tant qu’elle est une collectivité, le caractère d’une communauté politique — et d’être autogouvernée en conséquence : démocratiquement.

Alors, résumons-nous : d’un côté la figure universelle des Klur, de l’autre la pathétique comédie de la primaire-de-toute-la-gauche-jusqu’à-Macron. Et la seule voie hors de cette impasse : le mouvement destituant-réinstituant de la république sociale, soit : le peuple s’emparant à nouveau de la chose qui lui appartient, la Constitution, pour en extirper le noyau empoisonné de la propriété et y mettre à la place, cette fois pour de bon, conformément au vœu de 1793, la démocratie, mais la démocratie complète, la démocratie partout. Et puis l’on verra bien qui, parmi les démocrates assermentés, ose venir publiquement contredire le mot d’ordre de cette extension.

Dans cette affaire, il est deux choses au moins qu’on peut tenir pour sûres. Depuis deux siècles, « république » aura été le nom d’emprunt d’une tyrannie : la tyrannie propriétaire. On mettra quiconque aura vu Klur sur le point de cramer sa propre maison au défi de contester le fait. Car en passant, c’est là l’immense force du film de Ruffin : montrer les choses.

Redisons cependant qu’en cette matière c’est l’histoire qui ajoute la contribution la plus décisive à la qualification des faits. Que restait-il de la démocratie dans les bains de sang de 1848 et de la Commune ? Comme on sait, c’est au nom de la République qu’on massacrait alors — la République, fondée de pouvoir de la tyrannie propriétaire. Mais, comme disait Proust, « le mort saisit le vif », et ce passé républicain n’a pas cessé d’infuser dans notre présent. N’est-ce pas l’ordre républicain qui embastille aujourd’hui les Goodyear, ou traîne en justice les Conti, c’est-à-dire tout ce qui ne veut plus de l’existence courbée, tout ce qui relève la tête ? Quoi d’étonnant, et surtout quoi de plus symptomatique, que des Valls et des Sarkozy se reconnaissent identiquement dans cette République-là ? Que celle-ci n’ait plus pour sujets de discussion obsessionnels que la laïcité, l’école, l’identité nationale ou la sécurité ? La République n’est-elle pas non plus ce régime qui, de Thiers à Valls en passant par Clemenceau et Jules Moch, nous a livré l’engeance dont la dénomination contemporaine est « Parti socialiste » — des républicains… ?

L’autre chose à tenir pour certaine est que, si une destitution ne débouchant sur aucune réinstitution est un coup pour rien, une réinstitution sans destitution est un rêve de singe. Il n’y a plus qu’à raisonner avec méthode : par définition, on ne destitue pas en restant… dans les institutions — ou en leur demandant poliment de bien vouloir s’autodissoudre. Ça se passera donc autrement et ailleurs. Où ? Logiquement, dans le seul espace restant : l’espace public. Le premier lieu d’un mouvement constituant, c’est la rue, les places. Et son premier geste, c’est de s’assembler.

Cependant, on ne se rassemble pas par décret. La chose se fait ou elle ne se fait pas. On sait toutefois qu’un mouvement de transformation n’admet la colère que comme comburant : le vrai carburant, c’est l’espoir. Mais précisément, ne nous trouvons-nous pas dans une situation chimiquement favorable, où nous avons les deux produits sous la main ? On conviendra que ce ne sont pas les barils de colère qui manquent. Il suffirait d’ailleurs de les mettre ensemble pour que leur potentiel détonant devienne aussitôt manifeste. C’est que l’injustice est partout : Goodyear, Conti, Air France, donc, mais aussi « faucheurs de chaises », lanceurs d’alerte LuxLeaks, professeur d’université coupable d’avoir rappelé (parodiquement) de quelle manière l’actuel premier ministre parle (sérieusement) des « white » et des « blancos » : tous traînés devant la « justice républicaine ».

L’indignation, le comburant. Le carburant, l’espoir. L’espoir commence quand on sait ce qu’on veut. Mais ce que nous voulons, nous le savons confusément depuis longtemps en fait. Nous en avions simplement égaré l’idée claire, et jusqu’au mot, alors qu’ils étaient là, dans les plis de l’histoire, en attente d’être retrouvés. La république sociale, c’est la démocratie totale. C’est surtout le vrai, l’unique lieu de la gauche, qui ne sait plus ce qu’elle est lorsqu’elle le perd de vue, et à qui un républicain peut alors logiquement promettre la mort prochaine (7). En passant, il faudrait demander à la « primaire à gauche » si elle a seulement… une définition de la gauche — et il y aurait sans doute de quoi rire longtemps. Or ce qu’est la gauche, c’est l’idée même de république sociale qui le dit : la démocratie à instaurer partout où elle n’est pas encore, et donc à imposer à l’empire propriétaire.

Beaucoup d’initiatives « à gauche » cherchent à tâtons des solutions et pensent en avoir trouvé une dans la substitution du clivage « eux/nous » au clivage « droite/gauche ». C’est une parfaite erreur. Tous ceux qui, Podemos en tête, pensent s’en tirer ainsi, par exemple en se contentant de dire que « eux » c’est « la caste » et « nous » « le peuple », se perdront, et l’idée de gauche avec eux. Mais tout change au moment où l’on restitue au clivage son sens véritable : « eux », ce sont tous les fondés de pouvoir de l’ordre propriétaire ; et « nous », c’est le grand nombre de ceux qui, condamnés à y vivre, doivent en souffrir la servitude.

Tout cela mis ensemble, il se pourrait, comme on dit au jeu de cartes, que nous ayons une main : un clivage « eux/nous » aux toniques propriétés, mais dont le contenu, reformulé autour du conflit propriétaire, revitalise l’idée de gauche au lieu de l’évacuer ; la république, dont le mot est parfaitement accoutumé, mais sociale, et par là réinscrite dans une histoire politique longue ; la démocratie, enfin, ce signifiant incontestable, dont par conséquent nul ne peut refuser la pleine extension. Et pourtant il ne faut pas imaginer que tout cela nous sera donné de bonne grâce. Comme tout ce qui s’est jusqu’ici opposé à la souveraineté propriétaire, et a fortiori comme tout ce qui se proposerait d’y mettre un terme pour de bon, la république sociale et la démocratie totale ne seront offertes qu’à une conquête de haute lutte.

Pourquoi je suis républicain ? – Écrits clandestins de Marc Bloch

« On a pu croire que maîtresses de l’armée et des grandes administrations d’État, les classes dirigeantes françaises avaient prétendu confisquer à leur profit le patriotisme et qu’il ne leur restait plus rien du passé de trahison. Il a suffi de bien peu pour dissiper cette erreur. Le patriotisme des aristocrates s’est révélé une attitude destinée à obtenir du peuple la soumission à l’État, tant qu’elles en tiendraient la direction. Du jour où en 1932 elles craignirent de la perdre, du jour où en 1936 leurs craintes se confirmèrent, elles se retrouvèrent d’instinct prêtes à en appeler à l’étranger contre leur peuple. Leur manque de désir de la victoire créa dans tout le pays une atmosphère propice à la défaite et, venue enfin la débâcle, c’est avec une sorte de soulagement qu’elles se préparèrent à exercer le pouvoir sous la tutelle et au profit de l’ennemi.

Il n’est pas possible de supprimer d’un trait de plume ce passé. Qu’on le veuille ou non, la monarchie a pris aux yeux de toute la France une signification précise. Elle est comme tout régime, le régime de ses partisans, le régime de ces Français qui ne poursuivent la victoire que contre la France, qui veulent se distinguer de leurs compatriotes et exercer sur eux une véritable domination. Sachant que cette domination ne serait pas acceptée, ils ne la conçoivent établie que contre leur peuple pour le contraindre et le soumettre, et nullement à son profit. Ce n’est pas un homme, si ouvert et si sympathique soit-il, qui peut changer un tel état de choses.

La République, au contraire, apparaît aux Français comme le régime de tous, elle est la grande idée qui dans toutes les causes nationales a exalté les sentiments du peuple. C’est elle qui en 1793 a chassé l’invasion menaçante, elle qui en 1870 a galvanisé contre l’ennemi le sentiment français, c’est elle qui, de 1914 à 1918, a su maintenir pendant quatre ans, à travers les plus dures épreuves, l’unanimité française ; ses gloires sont celles de notre peuple et ses défaites sont nos douleurs. Dans la mesure où l’on avait pu arracher aux Français leur confiance dans la République, ils avaient perdu tout enthousiasme et toute ardeur, et se sentaient déjà menacés par la défaite et dans la mesure où ils se sont redressés contre le joug ennemi, c’est spontanément que le cri de « Vive la République ! » est revenu sur leurs lèvres. La République est le régime du peuple. Le peuple qui se sera libéré lui-même et par l’effort commun de tous ne pourra garder sa liberté que par la vigilance continue de tous. Les faits l’ont aujourd’hui prouvé : l’indépendance nationale à l’égard de l’étranger et la liberté intérieure sont indissolublement liées, elles sont l’effet d’un seul et même mouvement.

Ceux qui veulent à tout prix donner au peuple un maître accepteront bientôt de prendre ce maître à l’étranger. Pas de liberté du peuple sans souveraineté du peuple, c’est-à-dire sans République. »

APPEL AU PEUPLE FRANÇAIS – Par l’Alliance pour une France Libre (AFL) le 10/09/2015

Appel initié par Régis Chamagne

*
La France est un pays unique, grande par le cœur et par son rayonnement naturel quand elle est digne d’elle-même et de ce que les peuples du monde attendent et espèrent d’elle.
La France est un pays d’une beauté, d’une richesse et d’une diversité à couper le souffle : diversité des paysages, de l’habitat, des climats, des sols, des écosystèmes qui s’étendent jusque dans l’Outre-mer, et enfin diversité de sa population sous l’angle des structures familiales et de l’anthropologie. Et tout cela à partir d’un petit hexagone : 500 000 km², 1000 km du Nord au Sud, 1000 km de l’Est à l’Ouest, qui s’épanouit, grâce aux terres hors métropole, sur le deuxième plus grand territoire maritime du monde.
*
L’Histoire de France est une longue et belle histoire, faite de souffrances, de trahisons parfois, mais surtout de moments glorieux. Une lutte de mille ans entre des tentations de division et des élans d’union. Sous l’angle de la nature humaine, la Révolution française fut ce moment exceptionnel où le peuple français s’est transcendé, a dépassé son immense diversité à travers des valeurs universalistes et humanistes : Liberté, Égalité, Fraternité.
*
Puis, après deux guerres mondiales, dans les instants de joie qui suivirent la seconde, on a raconté au peuple français, on NOUS a raconté ce que nous avions envie d’entendre. Nous allions nous dépasser encore une fois, plus haut encore, vers plus d’humanisme, vers plus d’universalisme, à l’échelle de l’Europe cette fois, d’une Europe de la Paix, d’une Europe des droits de l’Homme.
*
Seulement voilà, aujourd’hui le constat est affligeant : désindustrialisation du pays, suicides massifs d’agriculteurs, de salariés et d’entrepreneurs, perte des acquis sociaux, baisse des salaires et des retraites, appauvrissement de la population, attaques contre les libertés individuelles, etc. Le programme du Conseil National de la Résistance de 1944 intitulé « Les jours heureux », qui avait mis en place la sécurité sociale, les retraites par répartition et bien d’autres dispositions encore, est détricoté maille après maille, méthodiquement, depuis plusieurs décennies. Ce programme social, conçu pour le bien commun, la protection des plus faibles et l’intérêt du peuple français, est remplacé par un programme agressif à l’égard des humbles et soumis aux appétits sans limite des puissants de ce monde. Tout ceci est décidé ailleurs, par la Commission européenne, contre la volonté du peuple français.
*
Le dépassement par le haut vers plus d’humanisme et d’universalisme ne s’est pas produit. Nous nous sommes au contraire enfermés progressivement, insidieusement, dans une prison racialiste qui nous éloigne de nos affinités électives naturelles : les pays de la francophonie, les pays d’Amérique latine, la Russie, les pays du Levant et tant d’autres qui espèrent en nous. Nous sommes entraînés dans des guerres illégales contre des peuples amis de la France. Ils attendent Montesquieu, Lacordaire et Victor Hugo. Nous leur envoyons des bombes pour tout cadeau.
*
L’abandon progressif et intentionnel de notre souveraineté, synonyme de démocratie, par des générations de politiciens carriéristes et félons, soumis aux intérêts d’une oligarchie mondiale, a conduit au désastre que nous constatons aujourd’hui.
*
Mais tout n’est pas perdu. TOUT N’EST PAS PERDU ! Le peuple français a montré, au cours de sa longue histoire, qu’il était capable d’un sursaut à chaque fois que la France était trahie par ses dirigeants. Aujourd’hui, si nous, filles et fils de France, savons faire preuve de courage, d’intelligence, de solidarité et d’amour, si nous sommes capables de nous unir autour de l’impératif sacré de sauver la patrie, alors, les jours heureux reviendront.
*
NOUS ! Alliance pour une France Libre (AFL), invitons le peuple français, individuellement ou par le biais d’associations, à se rassembler autour d’un objectif simple : Rétablir notre indépendance nationale et notre souveraineté populaire afin de décider nous-mêmes de notre destin commun. Cela passe par trois conditions impératives :
  • Ouvrir la France sur le monde, car telle est sa vocation historique, en s’évadant de cette prison des peuples qu’est l’Union européenne ;
  • Réinscrire la France dans sa grande Histoire en sortant de l’OTAN ;
  • Rendre au peuple français son pouvoir régalien de battre monnaie, sa monnaie, le Franc.
En soutenant cet appel, vous contribuerez au renouveau de la France, au retour de la démocratie, c’est-à-dire à la restitution au peuple français de son droit à disposer lui-même de son destin.

POUR QUE VIVE LA RÉPUBLIQUE !

POUR QUE VIVE LA FRANCE !

Souveraineté, souveraineté populaire (ou du peuple), souveraineté nationale, souveraineté de la nation… De l’ambiguïté de certains mots et des discours qui les utilisent…

Pour nous, militant-e-s et sympathisant-e-s de la Gauche de combat, ou simples citoyen-ne-s politiquement engagé-e-s de ce côté-là de l’échiquier politique, que nous soyons ou pas affilié-e-s à un parti, à une association, à un syndicat ou à une organisation politique ou sociale quelconque, la souveraineté dont il est question de plus en plus ces temps-ci, ne peut être que populaire. Je répète: la souveraineté ne peut être que populaire.

Ceci signifie que c’est le peuple qui est souverain. C’est le peuple qui a le dernier mot. C’est le peuple qui doit décider en dernier recours.

Alors, encore faudrait-il définir le « peuple » me diront certain-e-s. Car la notion même de « peuple », elle aussi, est ambiguë. Je me réfère à la définition communément admise, c’est-à-dire à la population vivant dans un territoire donné ou à l’extérieur de celui-ci, dont les membres ont la « nationalité » de l’État en question. Ceci ne recoupe pas la question des conditions d’accès à la nationalité en question. Ce n’est absolument pas une façon de promouvoir le droit du sang. Car même en défendant l’idée d’un droit du sol ou plutôt d’un droit de la volonté consciente – que par exemple Jean-Luc Mélenchon résume parfois en disant : « Tu penses Liberté-Égalité-Fraternité ? Tu es Français » – il y a un moment où l’on est obligé de parler d’État de rattachement, et donc de nationalité.

Cette souveraineté « du peuple » ou cette souveraineté « populaire » est forcément « nationale » puisque un peuple, à ce stade d’évolution des civilisations humaines, je l’ai dit plus haut, est la population d’un État « national » existant, ou d’un État national qui, bien qu’inexistant ou non reconnu universellement par les autres États, est bel et bien pensé et ressenti comme tel par celles et ceux qui se reconnaissent en lui.

Le terme « national » ici utilisé doit ainsi être compris comme « repère géographique territorial ».

Donc la souveraineté ne peut être que populaire et elle est alors forcément « nationale ». En revanche, l’inverse n’est pas vrai. La souveraineté « nationale » n’est pas forcément la souveraineté « populaire » ou la souveraineté « du peuple ». Tout dépend d’autres éléments pris en compte.

Ne défendre que la souveraineté « nationale » (avec toujours ici le terme « national » entendu comme « repère géographique territorial ») ne garantit pas la démocratie, et peut même se satisfaire de la dictature interne, puisque cela peut signifier simplement que les dirigeants « nationaux » sont indépendants et donc souverains par rapport aux autres puissances étrangères, mais aussi par rapport à leur peuple, leur imposant des lois et un mode de vie que ce peuple refuse.

C’est bien pour cela que nous défendons la souveraineté « populaire » en premier lieu, plutôt que la souveraineté « nationale » qui est interprétée traditionnellement en France comme le pouvoir des représentants de la nation de décider librement face aux puissances étrangères. On est toujours dans le même critère géographique, opposant la France aux autres pays.

Pourtant, la souveraineté « populaire » que nous défendons sera également « nationale » aussi longtemps que nous ne pourrons instaurer une démocratie réelle dans un périmètre plus grand que l’espace « national ». Jusqu’à présent, les tentatives de créer une démocratie dans un espace plus grand que les États a toujours été un échec ou pire, a dissimulé en fait la volonté de quelques-uns de dynamiter la démocratie nationale au profit d’une autorité supra-nationale bien peu démocratique. Il va sans dire que l’expérience européenne est lourde de signification à cet égard, en particulier dans l’exemple que nous donne l’expérience grecque.

Il y a, malgré tout, un moyen de considérer les deux aspects en un seul. Je veux dire qu’il est possible de considérer que la souveraineté « nationale » est forcément « populaire » c’est-à-dire celle « du peuple ». C’est de ne plus entendre le terme « national » comme seulement « repère géographique territorial » mais comme lien unissant la « nation », qu’Ernest Renan décrivait comme un « vouloir-vivre ensemble ». C’est le fameux « contrat social » de Rousseau, que la République française résume en son triptyque « Liberté-Égalité-Fraternité ».

Et signalons au passage que ce « vouloir-vivre ensemble » n’est pas très éloigné de la conception que s’en fait Jean-Luc Mélenchon, ainsi que je l’ai dit plus haut. En effet, on peut juger que dès qu’un individu, quelle que soit sa nationalité d’origine (et évidemment quels que soient sa couleur de peau, sa religion s’il en a une, ou son absence de religion, sous toutes les formes possibles de cette philosophie « libertaire », ses choix personnels de vie…) adhère à ce contrat social républicain, il est – de facto – Français, parce que, pour nous, la France, c’est un ensemble de citoyen-ne-s pensant ensemble « Liberté-Égalité-Fraternité ». Je dis « de facto » mais bien sûr, cette idée philosophique et politique n’a aucun effet concret si le droit ne la transpose pas par le biais de règles permettant justement que tel individu non français d’origine le devienne s’il le souhaite dès lors qu’il a adhéré à ce contrat social.

Donc, je disais que si l’on n’entend plus le terme « national » comme seulement un « repère géographique territorial » mais comme le « lien » unissant la « nation », on réconcilie deux concepts qui semblaient sinon opposés, du moins assez différents pour être pensés sur des bases et avec des conséquences non semblables.

Vu sous cet angle, et au regard de la conception que nous avons du « peuple » (que nous avons décrite plus haut), la « nation », c’est le « peuple », et donc la souveraineté « de la nation » équivaut à la souveraineté « du peuple ».

D’ailleurs, on parle souvent d’État-nation pour dire que tel État est le territoire où vit telle nation. Mais cet État n’est pas qu’un territoire. C’est aussi une construction, tout aussi immatérielle que la nation, mais qui, contrairement à elle, a une existence juridique et donc prend des décisions par le biais d’organes immatériels et de personnes physiques (lesquelles peuvent incarner parfois des personnes morales), ces décisions ayant des effets sur la vie de la nation en tant que telle et sur chacun des membres de celle-ci.

Tous ces concepts sont philosophiques, juridiques et politiques et ils sont polysémiques. Ils n’ont pas qu’une signification unique, d’où leur ambiguïté. Les personnes qui les utilisent ne veulent pas forcément dire toutes la même chose. Il faut donc parfois éclairer le lecteur et dire de manière plus claire, plus précise, ce que l’on a à l’esprit.

Il est inexact de prétendre, comme certain-e-s le font régulièrement, que toute personne défendant l’idée de la souveraineté « nationale » a forcément un esprit influencé par la droite extrême ou l’extrême droite et est gagnée par les thèses « fascistoïdes » ou « nationalistes » (encore que ce terme soit, lui aussi, très ambigu, avec un sens neutre et un sens péjoratif ; or c’est ce dernier que l’on entend le plus souvent quand on use de ce mot). Peut-être que certain-e-s adeptes de la souveraineté « nationale » ont des penchants, des tendances, des inclinations pour les thèses en vogue dans les mouvements très à droite. Je ne le nie pas, mais c’est loin d’être une règle générale. La souveraineté « nationale » est historiquement une valeur cardinale des premiers temps de la Gauche française.  C’est la Gauche née lors de la révolution française qui a incarné, face au roi, et face aux puissances étrangères, elles aussi gouvernées par des monarchies, la souveraineté de la nation. La droite ne s’en est saisie que bien plus tard et pour de toutes autres raisons confinant, elles, au racisme et à l’esprit de supériorité du blanc sur les autres hommes.

Et quand celles et ceux qui parlent de souveraineté « nationale » et/ou « populaire » se disent de gauche, républicains, démocrates, humanistes, (ce qui, au passage, est normalement – ou devrait être – une série de caractéristiques fondamentales et inéluctables à gauche), les présenter comme de vulgaires « nationalistes » (au sens commun c’est-à-dire adeptes du repli-sur-soi et hostiles aux autres) est infamant, en plus d’être stupide ou pire, volontairement mensonger et manipulatoire.

La démocratie, dans le monde dans lequel nous vivons, est très imparfaite. Dans le passé, elle était également inachevée. Nous avons l’ambition de la perfectionner toujours davantage. Cela passera aussi par des efforts déterminés pour qu’une démocratie puisse exister dans des espaces dépassant le cadre « national ». Mais le monde étant ce qu’il est, la seule démocratisation possible et envisageable rapidement et assez facilement, c’est dans le périmètre des nations, des États. C’est pour cette raison que nous défendons la sortie de l’Union européenne qui viole la démocratie d’une manière terrifiante, et sans cesse plus agressive chaque jour qui passe.

Il ne s’agit pas de nous renfermer sur nous-mêmes. Nous savons bien que même sur un territoire national, la démocratie n’est pas garantie et le droit au bonheur ou le bien-vivre non plus.

Il ne s’agit pas davantage d’un comportement de fuite.

Il s’agit de tirer la leçon, certes amère, mais inéluctable de la situation que nous vivons depuis des années, voire depuis des décennies, mais à laquelle l’expérience actuelle du martyre grec donne une force à nulle autre pareille.

Continuer à croire que l’on peut changer l’Europe, la transformer dans le sens que nous souhaitons, est un non-sens. C’est la preuve en même temps d’une innocence et d’une naïveté puériles et d’une ignorance crasse aussi bien des textes tels qu’ils sont et des institutions qui ont été construites depuis 1957, que des réalités géopolitiques européennes.

Il y a beaucoup d’adultes qui sont restés des enfants parmi les personnes qui discutent de la question européenne sur Facebook, et ailleurs. Car croire que l’on peut changer l’UE est une ineptie. Certains prétendent que la France a un poids bien plus conséquent que la Grèce et que pour cette raison, les conséquences de sa désobéissance à elle seraient d’une tout autre portée que le refus d’obtempérer de la Grèce. On ne peut nier cette réalité objective mais par contre, c’est encore s’égarer que de croire que la France imposerait un ordre différent à la construction européenne, quand bien même elle serait suivie par d’autres pays membres. La construction est telle, elle a été si bien façonnée que l’on ne peut la déconstruire qu’en la détruisant. Parce que jamais, en tout cas, dans nos vies à nous, l’ensemble des peuples européens ne parviendront sans doute à agir de concert pour décider ensemble de créer un nouvel espace de solidarités européennes totalement repensé, refondé, rebâti.

Il revient donc à quelques nations, à quelques États de commencer le travail. On peut refaire une « Europe » qui soit cette fois une Europe des peuples mais qui ne recoupera sans doute pas les frontières actuelles. L’idée de construire des grands ensembles étatiques ou supra-étatiques est nuisible et dangereuse car plus un État est grand et puissant, plus il est susceptible d’être menaçant pour ses voisins et pour le monde. Une nouvelle Europe qui commencerait à prendre forme, pourrait, par exemple, être une « Europe du Sud » et se faire avec des pays comme la France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie et la Grèce, auxquels – pourquoi pas – viendraient s’ajouter, peut-être selon des modalités d’union différentes de celles rassemblant les nations précitées du continent européen, certains pays du Maghreb : Maroc, Algérie, Tunisie pour commencer. Les autres États se regrouperaient comme ils l’entendent. Cela ne signifie pas que l’on couperait les ponts entre nous mais que nous ne serions plus tous sous le même cadre politique uniformisé. En effet, les pays du Nord ou les pays de l’Est n’ont pas forcément les mêmes attentes, les mêmes besoins, les mêmes contraintes, les mêmes modes de vie, que les pays du Sud. Ce que j’esquisse ici, ce n’est qu’un exemple. Ce sera à chacun des peuples de réfléchir à la question et de se prononcer sur ce qu’il souhaite fonder comme regroupement. On a si peu souvent demandé aux peuples européens ce qu’ils voulaient s’agissant de la construction européenne, qui leur a toujours été imposée aussi bien dans son principe même, que dans son contenu, ses modalités, ses institutions, ses règles, ses politiques…

Au-delà de la question des relations entre nous, Européen-ne-s, il y a aussi la question de la diplomatie mondiale, des relations internationales. Un État indépendant est libre de sa diplomatie. Il entretient des relations avec qui il veut et comme il veut. En revanche, nous, en Europe, même si la diplomatie reste en théorie une compétence de chaque État, nous savons bien qu’elle est de plus en plus partagée avec les institutions européennes chargées de la question. Parfois, ce n’est plus seulement un partage mais une inféodation, sinon en droit, du moins dans la pratique. Et cela est d’autant plus vrai quand l’État membre n’est pas une grande puissance ou que celui-ci est totalement chapeauté, chaperonné, dompté, contrôlé, par l’OTAN ou par une grande puissance agissant ou pas via l’OTAN.

En reprenant notre souveraineté pleine et entière, nous sortirons de l’OTAN, ce que nous ne pouvons pas faire en tant que membres de l’UE puisque, depuis le scélérat traité de Lisbonne, les États-membres de l’UE doivent être membres de l’OTAN, à tel point que les derniers à être entrés ont d’abord dû intégrer l’OTAN avant de pouvoir intégrer l’UE. Ce fut une des conditions absolues à leur intégration à l’UE. Et, en application du traité de Lisbonne, tout État qui se retirerait de l’OTAN ne respecterait plus une des conditions pour être membre de l’UE et donc, se mettrait de facto hors de l’UE, sauf à considérer que les autres États membres accepteraient cette sortie de l’OTAN mais n’avaliseraient pas qu’elle implique sortie de l’UE… Sauf que là on entre dans le domaine des hypothèses impossibles à démontrer.

Une fois que l’on aura repris ainsi notre souveraineté et que l’on sera sorti de l’OTAN, nous pourrons reparler au monde différemment. Nous ne serons plus un des petits soldats dociles de l’empire états-unien, mais nous serons redevenus une grande puissance, membre du conseil de sécurité de l’ONU et qui peut y retrouver une grande influence sur le cours du monde, titulaire d’une force de dissuasion, ayant, via la francophonie, un outil somptueux pour parler aux cinq continents, et pour être un artisan au service non seulement de la paix mais aussi de la justice et du progrès. Et il y a tant à faire dans notre monde !

La France redevenue souveraine, serait suivie par beaucoup d’autres actuellement inféodés comme nous le sommes à une UE qui nous dévitalise et nous détruit peu à peu dans ce que nous sommes, en nous américanisant, en nous « impérialisant », en nous rendant esclaves des modes de vie et de pensée du capitalisme.

Ces « autres » qui se libèreraient bien vite en suivant notre exemple, comme l’histoire a souvent montré que c’était le cas, formeraient alors avec nous une autre « Europe ». Il faudra trouver une autre façon de dénommer ce regroupement refondé car les termes « Union européenne » sont définitivement, irrémédiablement, salis et discrédités. La richesse du langage dans toutes les langues permettra aisément de nous « rebaptiser ».

En conclusion, souveraineté « populaire » et « nationale » vont de pair et peuvent être perçues comme synonymes si on les appréhende d’une certaine manière. Et cette récupération de la souveraineté par nous, les citoyen-ne-s, que nous préférions nous dénommer « peuple » ou « nation », n’est que le préalable pour rendre possible un autre monde, celui dont nous rêvons.

Contrairement aux accusations qui fleurissent ces temps-ci, ce n’est pas une fin en soi. Celles et ceux qui répètent cette stupidité doivent se faire soigner d’un mal qui d’habitude ne touche que les perroquets et autres psittacidés. Ou bien, ils doivent apprendre, se renseigner, se cultiver, pour cesser de dire et de répéter des stupidités et des contre-vérités. Là, je parle de celles et ceux qui s’expriment de bonne foi mais qui se trompent. Les autres, qui mentent, le font en conscience. Eux savent pourquoi ils déforment la réalité. Eux savent pourquoi ils cherchent à tromper, à manipuler. Et ceux-là ne méritent que l’opprobre. Leurs mensonges, leurs duperies, leurs caricatures, leurs affabulations, leurs manipulations doivent être décrits et présentés pour ce qu’ils sont.

Nous savons au nom de qui ils parlent, ou plutôt pour le compte de qui. Nous le dirons. Nous savons quelles sont leurs arrière-pensées. Nous les mettrons sous la lumière quand eux, bien sûr, les dissimulent. Nous connaissons la faiblesse de certains de leurs raisonnements et nous ne nous priverons pas de les discréditer en rappelant uniquement leurs propres incohérences et inconséquences.

Ce combat politique ne fait que commencer…

Plutôt que de maintenir le ballon en l’air, le crever… Quelques réflexions que m’inspire le billet de Jacques Sapir proposant de discuter avec le FN

Parler au peuple, indépendamment de ses préférences et affinités, oui, il le faut ! Mais discuter avec le FN, CERTAINEMENT PAS !

Que les choses soient claires !

Je suis un Républicain, un démocrate, un humaniste.

Et c’est ce titre que je suis adepte de la souveraineté du peuple. Et donc de la sortie de l’Union européenne, pas seulement de l’euro. Et en même temps de toute une série d’organisations internationales, au premier rang desquelles l’OTAN et l’OMC.

Je suis un militant ancré clairement à gauche, la gauche de combat, pas celle qui aime tant la finance et le capital.

Je suis convaincu, bien que non marxiste, que la lutte des classes a toujours existé mais que, selon les époques, elle a été plus ou moins vive, plus ou moins ressentie. Alors qu’au lendemain de la Seconde guerre mondiale, en France, les capitalistes étaient relativement tenus en laisse, avec un système d’économie dirigée qui n’était pas du communisme mais qui était très loin du capitalisme que nous connaissons depuis trente ans, aujourd’hui, ces capitalistes sont redevenus les maîtres absolus de l’économie et de la société.

L’origine de cette renaissance date du début des années 70, quand De Gaulle n’étant plus au pouvoir, c’est le banquier venu de la banque Rothschild, Pompidou, qui dirigeait la France. Enfin, quand je dis qu’il « dirigeait » la France, c’est un raccourci trompeur car ce n’est pas lui qui tenait la boutique mais ses amis de la banque… Nous savons que c’est sous sa présidence que le système a commencé à évoluer, que l’État a commencé à être démantelé au profit du capital et de la finance. Certes, ça c’est fait discrètement au début. Et il y eut une forme d’interruption avec les nationalisations massives et les réformes sociales portées par le président Mitterrand et son premier gouvernement Mauroy.

Mais nous savons aussi que ce ne fut qu’un court intermède et que bien vite, les capitalistes et les financiers reprirent la main. Parce qu’on leur abandonna le pouvoir, par une succession de lois scélérates, adoptées par les mêmes qui avaient voté les réformes de progrès portées par Mitterrand. Preuve, s’il le fallait, que nos député-e-s ne sont que des godillots, capables de voter dans un sens donné puis dans un sens opposé si le même gouvernement de leurs amis le demande… Par la suite, la fin du premier mandat mitterrandien, puis l’intégralité ou presque du second, furent des régressions terribles sur le plan du système économique et social.

Quant aux périodes où la droite fut au pouvoir (de 1986 à 1988, lors de la première cohabitation), puis de 1993 à 1995 (lors de la seconde), puis de 1995 à 1997 (sous les années Chirac-Juppé), puis de 2002 à 2007 (sous le second mandat chiraquien), puis de 2007 à 2012 (les années Sarkozy), mais aussi hélas, de 1997 à 2002 (sous les années Jospin), le capitalisme n’a cessé de gagner et de s’imposer à tous les rouages de la société. L’honnêteté implique de dire que parfois, les gouvernements de gauche ont pu faire adopter, ponctuellement, quelques réformes de progrès, (je pense au R.M.I. de Rocard en 1991 ou à la C.M.U. de Jospin en 1999) mais c’était loin d’être la pratique habituelle. Ce sont souvent des ministres socialistes qui furent les chantres les plus engagés de l’économie de marché. DSK en est le prototype mais il n’est pas le seul

Bref, depuis les années 70, peu à peu, étape par étape, avec une accélération évidente sous Sarkozy et Hollande, l’oeuvre sociale du CNR qui a fait la France contemporaine est méticuleusement détruite pierre après pierre.

Je disais plus haut que je suis engagé à gauche et dans la gauche de combat. Cela ne m’empêche pas de penser – et de savoir – qu’il y a aussi, parfois, ailleurs que dans cette gauche de combat, des gens respectables, dont les objectifs politiques ne sont pas si éloignés des miens, des nôtres…

La République, la démocratie, l’humanisme, l’anticapitalisme – ou à tout le moins une autre vision économique que le capitalisme exacerbé de notre temps – sont des projets partagés très au-delà de la gauche de combat. Je veux dire qu’il n’y a pas que nous qui pensons ces grands principes politiques et qui sommes conséquents dans la façon de les concrétiser dans les politiques publiques à mener. Si tous ne sont pas, ne se disent pas, ou ne se savent pas « anticapitalistes » au sens où nous l’entendons nous-mêmes, en revanche, la conception d’une économie « mixte » ou d’une économie « dirigée » est largement partagée. Quand je parle d’économie « mixte » ou « dirigée », j’entends une économie « capitaliste » dans ses principes généraux – liberté du commerce et de l’industrie, libre concurrence – mais fortement inspirée et contrôlée par l’État dans ses projets et dans ses modalités d’application, à la manière où elle était pensée et mise en oeuvre pendant les Trente Glorieuses en général, et sous la présidence du général de Gaulle en particulier (avec l’esprit selon lequel la politique de la France ne se faisait pas à la corbeille et avec l’idée de la participation, sans compter la lutte diplomatique contre l’Empire états-unien). Cette conception-là de l’économie, de la société et de la diplomatie, sont largement partagées en France. L’amour du capitalisme est très minoritaire dans l’opinion. Il n’y a que les medias et les dirigeants pour nous faire croire le contraire !

Je dis cela parce que je veux faire entendre que la gauche de combat ne réussira rien d’autre que rester dans la nasse dans laquelle elle se trouve si elle refuse de tirer les conséquences de la réalité que j’ai évoquée ci-dessus.

Et cela, c’est mon discours depuis longtemps. L’esprit du CNR est le mien depuis toujours, par delà mes préférences ou affiliations politiques du moment. Au plus profond de moi, depuis le premier jour où je me suis engagé en politique, il y a désormais vingt ans, c’est cela que j’ai au coeur : rassembler le peuple français sur un projet clair guidé par l’idée républicaine (qui veut que soit défendu l’intérêt général plutôt que soient promus les intérêts particuliers), la démocratie qui implique donc la souveraineté du peuple (aussi bien à l’intérieur des frontières, vis-à-vis des pouvoirs institutionnalisés, qu’à l’extérieur de celles-ci, vis-à-vis des puissances étrangères), l’indépendance nationale qui est le corollaire inéluctable de cette souveraineté du peuple au plan des relations internationales, l’humanisme qui implique une société égalitaire où les services publics sont nombreux et performants mais aussi accessibles à tous et donc gratuits ou quasi-gratuits, où le partage est une réalité et une obligation, où le système fiscal réalise ce partage par la force de la loi quand il ne vient pas naturellement, l’indispensable bifurcation écologique de notre système économique et social mais aussi de notre mode de vie…

Le CNR a réuni, dans notre histoire, des forces politiques et des citoyen-ne-s qui ne pensaient pas les mêmes choses sur tous les sujets, et qui ne voulaient pas forcément la même France. Sans doute qu’en son sein, les uns et les autres pouvaient se sentir comme des ennemis politiques les uns par rapport aux autres, et que, dans un autre contexte, jamais ils n’auraient été ainsi alliés. On ne peut évidemment pas oublier le contexte très spécifique qui a fondé le CNR. Cela étant dit, tous ont adopté le projet politique que fut celui du CNR. Et ce projet-là, qui est l’essence même de la refondation de la France républicaine après Vichy, après l’ordre oppresseur allemand et l’occupation des Nazis, c’était pourtant le projet le plus à gauche que la France ait jamais connu, hormis sans doute l’expérience de la Commune, mais qui, elle, finit fort mal.

Donc, depuis des mois que je lis Jacques Sapir, je me trouve souvent en phase avec ses analyses et ses suggestions qui tendent à un rassemblement de toutes celles et de tous ceux qui aspirent à reprendre le pouvoir. Et j’ai plusieurs fois relayé ses billets et dit tout le bien que j’en pensais.

Mais hélas, depuis quelques semaines, je le vois émettre des propositions détestables, qui ne peuvent être acceptées. Ainsi, le 28 juillet dernier, outré par une de ses publications (voir en note 1), je publiais un billet de blog (voir note 2) pour contester vivement sa suggestion au Président Hollande d’user des pleins pouvoirs de l’article 16 de notre constitution, qui est rien moins que la dictature pure et simple d’un seul homme qui se substitue à tous les pouvoirs, législatifs, exécutifs et judiciaire. Aujourd’hui, je découvre avec effroi, effarement et écoeurement sa nouvelle idée : discuter avec le FN et même travailler avec lui dans le but d’imposer la sortie de l’euro et/ou de l’UE. Je suis abasourdi.

Le FN est un parti néofasciste, créé par des survivants et des héritiers de Vichy. C’est un parti fasciste dans tous ses éléments. Il fut présidé par qui on sait. Il est un mouvement qui réunit autour de lui toute la galaxie des pires réactionnaires, des racistes fiers de l’être, des antisémites qui s’assument comme tels, des xénophobes en tout genre, des gens hostiles aux musulmans et aux « Arabes » en général et à tout ce qui n’est pas bien blanc, catholique et adepte de l’ordre et de la morale. C’est aussi dans cette galaxie-là que l’on croise les pires crétins lobotomisés que notre pays peut créer, et de ceux qui regrettent que la France ne soit pas dirigée par un homme de fer ou par une « dame » de fer. Rétablissement de la peine de mort, abolition de l’avortement, des femmes ramenées à la maison plutôt que des femmes libres, une haine de tout ce qui ressemble de près ou de loin à un esprit libre et de gauche… Voilà ce que sont les adeptes du FN. Je ne parle pas des électeurs occasionnels qui leur donnent leur suffrage pour hurler « merde », mais de celles et ceux qui participent activement à ce qu’il est.

Alors il n’est pas question de discuter avec le FN. Le FN est né et a pu se développer sur nos insuffisances et sur les trahisons de nos dirigeants. Il a prospéré essentiellement sur la perte de souveraineté de notre pays puisque son discours grand public a toujours été hostile à l’Europe en cours de construction. Nous, nous savons que les têtes pensantes du FN ne sont pas du tout sur cette ligne-là. Comme le montrent les origines de sa fondation, le pedigree de ses pères fondateurs et certains passages de leur programme, comme le montrent aussi le fait qu’ils ne se soient jamais engagé par écrit à sortir de la zone euro ou de l’UE, le FN n’est qu’un mystificateur. Comme le dit quelqu’un, c’est « le diable de confort du système », grâce à qui les oligarchies peuvent se maintenir au pouvoir en se succédant l’une à l’autre… Toute l’histoire des mouvements fascistes est de prendre certaines des idées révolutionnaires de la gauche de combat (et pas toutes loin de là) et des idées tout à fait réactionnaires et fascisantes pour tenter de convaincre le peuple. Et parfois ça fonctionne. Tous les pouvoirs fascistes n’ont pas toujours été mis en place par des coups d’État, même si ce fut l’hypothèse la plus fréquente. Le mot « nazi » était un diminutif de « nationalsozialistisch» c’est-à-dire « national-socialiste ». Et de fait, il y avait bien, dans leur projet, une vision partiellement « socialiste » mais totalement dévoyée par leur nationalisme raciste. Ils ont pourtant été élus, même si ce fut dans des circonstances tellement exceptionnelles que l’on peut douter quelque peu de l’authenticité et de la sincérité de leur « victoire ».

Il est tragique que les citoyen-ne-s français-e-s aient permis au FN d’être celui qu’il a été et qu’il est encore. Beaucoup ignorent tout de ce qu’est le FN, et de ce qu’il draine autour de lui. Mais il est encore plus tragique que les forces politiques françaises lui aient ainsi permis d’être ce qu’il est. Car la plus grande responsabilité, l’unique responsabilité de l’existence du FN, c’est l’inconséquence des autres forces politiques françaises. Aucune – je dis bien aucune – n’est exempte de responsabilité même si certaines sont évidemment plus coupables que d’autres.

Lorsque les dirigeants français, et la plupart des oppositions de gauche ou de droite, ont permis que l’Union européenne devienne le maître absolu de la France et des Français-e-s, soit par le biais direct des institutions européennes, soit par le biais indirect des pouvoirs publics français qui ont abandonné à ces institutions tous les pouvoirs de l’État, sans parler des pouvoirs détournés de tous les lobbys qui pullulent à Bruxelles et qui sont les seuls véritables rédacteurs des textes adoptés par les godillots du Parlement européen ou les valets de la Commission européenne, alors oui, tout le monde ou presque est coupable dans la sphère politique.

Et quand certains, par exemple à l’extrême gauche, parlent fort et clair, et parlent juste aussi, quant à la question économique et sociale, ils ont, hélas, parallèlement, un discours totalement stupide et contre-performant sur la question des relations internationales ou de l’Europe. L’internationalisme est un de ces principes qui me définissent et qui définissent beaucoup de militant-e-s de la Gauche de combat. Mais, en l’état actuel des réalités diplomatiques du monde, la mise en œuvre politique de cet internationalisme ne saurait être de défendre la fin des nations et de décrire toutes celles et tous ceux qui défendent la souveraineté nationale et populaire, comme des nationalistes, forcément dominateurs des autres, forcément racistes et xénophobes, n’ayant d’autre velléité que d’imposer leur loi à tous les autres… Mon internationalisme, celui de la plupart de mes camarades de la Gauche de combat, c’est celui de Jaurès. Le mot même d’internationalisme signifie relations entre les nations, pas leur disparition. Beaucoup l’oublient en parlant d’internationalisme comme si cela signifiait un monde unique où un seul pouvoir, le même, existerait partout. La globalisation du monde n’a pas servi l’intérêt des peuples et des individus. Loin de permettre le progrès de ceux qui étaient moins avancés que d’autres, elle a exacerbé la compétition et les inégalités. Alors certes on peut rêver de belles utopies où le mode serait une grande démocratie unifiée mais si l’on veut être convaincant et que l’on désire gouverner pour changer la vie et tenter d’améliorer un peu la vie de tous ceux qui souffrent, il faut garder nos rêves à l’esprit mais faire avec le monde tel qu’il est et non tel qu’on le rêve. Défendre le principe des nations, ce n’est pas être nationaliste au sens où on l’entend le plus souvent. Ce n’est pas haïr ou mépriser les autres nations. C’est seulement vouloir que la nôtre se gouverne librement, souverainement, sans dépendre d’une autre et sans être domptée par une autre…

Ma conviction profonde, issue de mon expérience, de mes lectures et de mes échanges, est que le FN a principalement grossi parce que toutes les forces politiques françaises se sont noyées dans cet esprit européen. Sans doute que certaines s’y sont adonnées de bonne foi, croyant sincèrement que la construction européenne nous permettrait d’éviter de revivre la guerre et serait de nature à créer une croissance durable en plus de rendre possible un progrès constant. Mais ce ne fut pas l’espoir de tous. Il faut oser le dire. Et les choses étant ce qu’elles sont, il y a longtemps que la majorité des forces politiques auraient dû changer de discours et de projet quant à la question européenne, pour ne pas abandonner au seul FN, l’apparente volonté de sortir de l’UE ou à des groupuscules que personne ne connaît, le projet, cette fois, plus sincère de mettre un terme définitif à l’expérience européenne telle qu’on la connaît depuis les années 50.

Moi-même, j’ai été long à comprendre. J’étais dans le déni pendant des années bien que je percevais ce qu’il y avait de détestable et de profondément régressif dans l’Union européenne. Mais j’ai fini par évoluer et par assumer de dire qu’il fallait désormais quitter l’Union européenne, non pas pour nous renfermer entre nous, mais tout au contraire, pour nous rouvrir au monde, quand l’Union européenne nous vassalise et nous occidentalise, pour ne pas dire nous « américanise » à la vitesse d’une fusée.

S’il fallait donner un point de départ, je dirais que ce serait, logiquement, le référendum du 29 mai 2005. Ce jour-là, le peuple français a dit, on ne peut plus clairement, qu’il refusait le traité constitutionnel. Or, comme ce traité compilait et réunissait en un seul texte, tous les traités antérieurs, en le rejetant, on peut tout à fait prétendre, à bon droit, que le peuple français a rejeté l’Union européenne en tant que telle. Certains expliquent – en donnant le sentiment qu’ils savent ce que le peuple voulait – que le peuple a en fait rejeté tel ou tel aspect mais rien de plus. Ah bon ? Comment peut-on affirmer cela ? Sur quelle base ? Qu’est-ce qui, dans un NON global à un texte, permet de dire que c’est un NON à tel ou tel aspect mais un OUI à tout le reste ? Ça ne manque pas de sel, un tel raisonnement, vous ne trouvez pas ? En fait, ce n’est rien moins qu’une escroquerie de plus ! Ce n’est rien d’autre que de la manipulation massive ! Le peuple a dit NON et comme on ne lui a pas posé une série de questions précises, le NON s’applique à tout. Or, comme je l’ai rappelé ci-dessus, le texte rejeté compilait tous les traités européens, en disant NON, le peuple a dit NON à l’Union européenne.

Depuis dix ans, on nous maintient de force dans cette Union. C’est bien une forfaiture dont se rendent coupables toutes celles et tous ceux qui ont permis cela. C’est bien un acte de haute trahison du peuple même si l’incrimination de « haute trahison » a été utilement retirée de la constitution par Nicolas Sarkozy. C’est bien un coup d’État qui a eu lieu, et pas besoin de le qualifier de « simplifié » pour reprendre le terme du titre d’un ouvrage de Nicolas Dupont-Aignan… Mais il n’y a pas que celles et ceux qui ont agi activement en faveur de cette abomination politique qui sont coupables. Le sont presque autant toutes celles et tous ceux qui ont laissé faire, qui se sont tus, abstenus ou faits discrets. Et le sont aussi, par extension, toutes celles et tous ceux qui ne se sont pas levés massivement pour s’y opposer ou qui, depuis, se sont fait à l’idée et cautionnent, d’une manière ou d’une autre, ce qui s’est passé alors.

Voir aujourd’hui la Grèce devenir un martyre de l’Union européenne devrait pousser toutes celles et tous ceux qui hésitent encore à franchir le Rubicon et à enfin entrer dans l’opposition résolue à cette Union.

Je ne doute pas que malgré les résistances des uns et des autres, malgré les tentatives désespérées des pouvoirs oligarchiques et de leurs suppôts, vassaux, larbins, porte-flingues, porte-serviettes, valets et autres domestiques, de sauver leur système honni, l’heure de la révolte contre lui a sonné. Le nombre des opposants irréductibles ne va cesser de croître. Et si les « leaders » français ne se mettent pas très vite au goût du jour, on se passera d’eux ! Quiconque s’opposera à nous, ou ne sera pas assez digne de nous représenter, sera balayé. Le « Qu’ils s’en aillent tous ! » va commencer à se réaliser…

Ce peuple en marche, il n’est pas encore là. Il semble, pour l’instant, avachi, impuissant, sceptique, incapable de s’organiser de manière utile et rationnelle. Mais une révolution ne s’improvise pas. Il ne suffit pas de crier « À l’abordage » pour que la force se rue sur l’ennemi et le mette hors d’état de nuire. Cela prend du temps. Et nécessite un travail préparatoire de longue haleine. Certain-e-s s’y sont déjà engagé-e-s par différents biais, depuis des années, d’autres depuis des mois. D’autres encore nous rejoindront demain.

L’urgence impérieuse, à mon avis, n’est pas de rassembler la gauche, contrairement à ce que ne cesse de vouloir Jean-Luc Mélenchon, mais de fédérer le peuple. C’est sa propre formule ! Mais il ne l’a utilisée que très peu et il y a déjà un certain temps. Il a préféré, depuis, replonger dans le jeu politicien de la gauche, des gauches. C’est détestable et c’est, en tous points, contre-productif. La France ne verra pas son destin être réorienté dans le sens que nous souhaitons, avec ce genre de combinaisons. Quand une large part, hélas, de la gauche est convaincue par le capitalisme et par l’Union européenne, comme par le principe même de la représentation qui enlève au peuple sa souveraineté pour la donner à des gens qui ont d’autres projets que de défendre ses intérêts, quand les différentes gauches ont des visions si différentes en termes de géopolitique ou de vision de la France dans ses subdivisions territoriales, on ne peut aller qu’à l’échec. Il ne suffit pas de s’allier pour gagner des élections si demain, au gouvernement, on se déchire sur les grandes réformes à mettre en œuvre. Là encore, l’exemple grec est saisissant. Il devrait faire autorité.

Les forces du PG, du PCF et d’EELV, les trois principales de la gauche non PS, ont bien sûr des points d’entente mais aussi des oppositions radicales sur des sujets majeurs. On peut, peut-être s’entendre localement, sur des sujets liés aux politiques locales de l’environnement, de l’habitat, des transports, mais je ne vois pas comment on pourrait s’entendre avec des gens qui défendent l’Union européenne, l’économie capitaliste, la régionalisation, la fin des frontières, l’union de la gauche… Non, ce n’est vraiment pas ainsi que je vois les choses.

Avec cette union de la Gauche, on est très loin de l’esprit du CNR or c’est cela qu’il faudrait à notre pays. Et pas une lutte de la gauche (dont la majeure partie est clairement de droite) contre une droite (qui est largement redevenue la droite détestable du XIXe siècle et qui ne cesse de s’étouffer de voir le PS faire plus antisocial qu’elle ne l’avait osé elle-même).

Nous savons, nous, les militant-e-s, ce que veulent dire gauche et droite. Mais pour l’immense majorité des gens en France, ces deux termes ne veulent plus rien dire. Beaucoup, à droite, ont considéré que les gouvernements de droite faisaient une politique de gauche. Et nous, aujourd’hui, estimons, à juste titre, et disons clairement, que les gouvernements de gauche font une politique de droite. Après, on s’étonne que le peuple rejette dos à dos gauche et droite…

Un nouveau CNR en France, ce ne serait pas mettre nos divergences sous le tapis. Ce ne serait pas nous unir avec la droite. Oublions un instant les notions de gauche et de droite puisqu’elles sont totalement dénaturées depuis des années. Pensons au peuple. C’est un ensemble de gens divers mais qui, dans leur immense majorité, ne veulent que des choses simples qu’on peut résumer par avoir une vie décente. Et cela implique un certain nombre de décisions que la plupart accepteraient. Et je suis de ceux qui pensent que nous, la Gauche de combat, nous sommes bien placés pour proposer ces solutions. Mais que nous ne saurions nous présenter uniquement comme la Gauche de combat aspirant à gouverner pour la Gauche. Ça ne saurait convaincre la majorité des Français. Ce que nous devons faire, c’est parler à tous et avec un langage qui parle à tous. Cela implique, sans renier jamais ce que nous sommes ni d’où nous venons, de nous ouvrir aux autres et de travailler avec toutes celles et tous ceux qui partagent nos valeurs républicaines, démocratiques et humanistes, et notre projet de reprendre notre souveraineté populaire.

Je reviens un instant à Jacques Sapir et à sa proposition de travailler avec le FN. Cette proposition-là n’entre pas du tout dans le périmètre de ce à quoi j’aspire et appelle. Les cadres du FN ne sauraient incarner l’esprit humaniste, républicain et démocratique venu du CNR qui doit souffler, pas plus qu’hier les Vichyssois ne pouvaient incarner le CNR qui a libéré la France et qui l’a refondée sur des bases républicaines, démocratiques et sociales.

Lui qui exprimait des analyses si fines, se discrédite avec de telles options. Espérons que ce genre d’ineptie ne fasse pas florès. Ce qu’il faut faire, c’est parler au peuple dans sa globalité, sans se soucier de ses préférences ou de ses affinités. Mais certainement pas frayer, d’une quelconque manière, avec un appareil et avec des cadres nationaux ou locaux permettant à une force néofasciste de perdurer.

Il suffit de proposer le bon projet et d’être soi-même crédible, c’est-à-dire ne pas avoir été soi-même un partisan du système honni, pour que le FN se dégonfle comme un ballon qu’on viendrait de crever.

Liens

1/ http://russeurope.hypotheses.org/4148

2/ https://vivelasixiemerepublique.wordpress.com/2015/07/28/jacques-sapir-a-t-il-pete-les-plombs-ou-bien-tombe-t-il-le-masque-a-son-tour