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Maintenant la fusée Jean-Luc Mélenchon va pouvoir décoller ! Réaction suite à son communiqué du 26/02/2017

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Le candidat de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, porteur du projet L’avenir en commun, a publié, hier, dimanche 26 février 2017, le communiqué suivant :
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J’ai rencontré Benoît Hamon vendredi soir. Longuement et sereinement nous avons fait l’examen de la situation. Nous avons fait le tour de nos convergences et de nos divergences.

À cinquante jours du premier tour, il n’est pas possible de régler la différence qui par exemple nous sépare sur la question essentielle de l’Europe.

Je n’ai pas été surpris qu’il me confirme sa candidature et il ne l’a pas été que je lui confirme la mienne. Nous sommes convenus d’un code de respect mutuel dans la campagne.

Plus que jamais, la tâche de la « France insoumise » et de ses alliés est de convaincre cette moitié des Français qui n’a pas encore fait de choix de vote. Dans les cités et les entreprises, à la ville et dans le monde rural, par le débat et la formation mutuelle, faisons de cette élection un moment victorieux de mobilisation et d’adhésion à un projet construit : « L’Avenir en commun ».

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Voilà ! Maintenant, NOUS, les insoumis-e-s qui ne voulions surtout pas d’une quelconque alliance avec le représentant du parti qui nous a si violemment traités depuis cinq ans, nous sommes tous plus légers. Et, de fait, nous allons pouvoir décoller !
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Je n’imaginais pas une seconde que Jean-Luc Mélenchon « aille à Canossa ». Mais le simple fait d’évoquer depuis plusieurs semaines la bonne volonté qui était la sienne pour discuter avec Benoît Hamon me posait un véritable problème. Certes, j’en comprenais la logique mais sur ce point – comme sur un autre – la mise en oeuvre préalable du plan A ne me convainquait pas !
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Aujourd’hui, nous pouvons tous nous satisfaire, nous enthousiasmer et nous réjouir car on peut dire partout que Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise N’ONT RIEN À VOIR AVEC HAMON ET LE PS !
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Il y a pas mal de monde qui nous observe depuis longtemps et le nombre a grossi ces derniers mois et ces dernières semaines. Sauf qu’il y avait un blocage pour que beaucoup nous rejoignent et ou décident de voter pour Jean-Luc Mélenchon le 23 avril : notre proximité potentielle avec le PS et la possibilité d’une alliance avec lui. Nous savions qu’il n’en était rien mais les appels répétés de ces dernières semaines à l’unité et le discours mediatique en ce sens créaient une ambiance malsaine et beaucoup d’électeurs et d’électrices qui ne sont pas de la France insoumise refusaient de venir prêter leur concours car ils craignaient fort de se retrouver « cocus ».
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Désormais, les choses sont dites. Et bien dites. Le communiqué de Jean-Luc Mélenchon ne souffre aucune ambiguïté. EUX C’EST EUX ET NOUS C’EST NOUS ! 
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NOUS, avec Jean-Luc Mélenchon et l’Avenir en commun, on vous propose de remettre la France sur la voie de l’indépendance, de la souveraineté (populaire et nationale) et du progrès économique, social, environnemental, culturel…
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La grande politique de la mer, c’est Nous !

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La grande transition écologique, c’est Nous !

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L’abolition de la 5e République et de son esprit monarchisant qui s’instille partout et le passage, via une assemblée constituante composée à la fois de tiré-e-s au sort (volontaires et non contraints bien sûr) mais aussi d’élu-e-s (qui n’auront jamais été élu-e-s auparavant et ne le seront pas dans les nouvelles institutions au terme de leur mission constituante) pour passer à une 6e République qui soit surtout la 1ère véritable démocratie, c’est Nous !

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La libération de la prison qu’est l’UE, c’est encore Nous ! Même si, pour diverses raisons à la fois pédagogiques et surtout diplomatiques, nous le ferons en deux temps (plan A puis plan B)…

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Le partage des richesses avec :
1/ le salaire maximum (c’est-à-dire l’écart limité à un ratio de 1 à 20 entre le plus petit salaire et le plus gros au sein d’une entreprise donnée),
2/ le revenu maximum (c’est-à-dire une tranche d’impôt à 90 ou 100% au-dessus d’un certain montant – très élevé – de rémunération),
3/ le lissage de l’impôt sur le revenu (passage de 5 à 14 tranches),
4/ la réduction de 33 à 25% de l’impôt sur les sociétés petites et moyennes et la suppression de nombreuses niches fiscales pour que les grosses entreprises paient vraiment demain ces 25% et non 8% comme aujourd’hui en pratique (alors que le taux légal est de 33%),
c’est encore Nous !
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Une géopolitique libérée de l’OTAN et de diverses institutions internationales du monde capitaliste au profit d’une réorientation stratégique vers les pays non-alignés et les pays émergents, c’est encore et toujours Nous !

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La volonté de paix et d’harmonie des relations internationales, c’est Nous !

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La sortie planifiée du nucléaire et des énergies carbonées et la réorientation stratégique vers les énergies renouvelables et sans effet nocif sur l’écosystème, et oui, c’est encore Nous !

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La volonté de sortir des « guerres de religions » dans notre pays et du communautarisme (qu’il soit religieux ou autre), c’est Nous !

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Et il y a tant d’autres propositions novatrices et progressistes que nous sommes les seuls à défendre devant le peuple français !
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Faîtes le bon choix le 23 avril et le 7 mai ! 

Avec Jean-Luc Mélenchon, passons de la Résistance à la Reconquête !

Celle de nos droits, de notre liberté, de notre souveraineté, de notre indépendance. Celle aussi de l’espoir et d’un espoir qui, cette fois enfin, ne sera pas déçu !
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Pour prendre connaissance du projet l’Avenir en commun, allez ici et ici.

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Agir sur les deux tableaux : soutenir Jean-Luc Mélenchon pour l’élection présidentielle de 2017 et agir puissamment dans la rue pour mener la lutte sociale !

Citation de Gramsci

Ami-e-s, camarades, combattant-e-s, ce dimanche matin, j’ai envie de vous dire deux ou trois choses…

1/ Une action politique efficace est possible en-dehors des partis politiques…

Je suis un ex du PG : j’en ai démissionné en mai 2015 après plus de 5 ans de militantisme en son sein. Je m’en suis expliqué dans ce billet. Aujourd’hui, je ne suis plus dans aucun parti et ne compte pas en rejoindre un nouveau. Par contre, j’ai rejoint une association politique locale dans mon département de Loire-Atlantique, qui se dénomme «Place au peuple-FdG44» . Elle a une page communautaire sur Facebook, à consulter ici et un blog en création qui lui est consultable .

En son sein, on trouve des gens ayant diverses affinités avec la Gauche philosophique mais des gens plutôt engagés activement dans le monde de l’action politique à gauche (partis et associations). TOUTEFOIS, aucun parti n’est directement impliqué car c’est une association CITOYENNE qui vise à rassembler le peuple de Loire-Atlantique dans un esprit très différent de celui des partis.

En son sein, il n’y a pas de chef, juste des représentants provisoires élus au sein du Bureau.

En son sein, il n’y a pas non plus de «ligne» officielle  dont le prétendu irrespect par tel ou telle de ses membres impliquerait immédiatement l’exclusion par les hautes sphères du mouvement. Il y a seulement des statuts que chacun accepte en adhérant (mais qui pourront être modifiés ultérieurement si les membres le décidaient). Ces statuts collent globalement aux principes du projet «L’Humain d’abord» porté par Jean-Luc Mélenchon à l’occasion de l’élection présidentielle de 2012. Nous ignorons pour l’instant quel sera le positionnement de notre association vis-à-vis de la campagne électorale de Jean-Luc Mélenchon pour l’élection présidentielle de l’an prochain, ni même si cette association se positionnera d’une quelconque façon sur le sujet. La question sera sans doute posée et le débat aura sans doute lieu dans un avenir proche. Mais cette association a le mérite d’exister et de constituer u vivier de gens, une force collective que devait être le Front de Gauche mais qui ne l’a jamais vraiment été pour les raisons que l’on sait et sur lesquelles je ne reviendrai pas.

2/ Soutenir Jean-Luc Mélenchon pour l’élection présidentielle de 2017 et mener, simultanément, une action de lutte sociale

Que l’on soit membre d’un parti ou que nous ne le soyons pas (ou plus)…

Que l’on soit sorti du PG , comme moi et comme des centaines, voire des milliers d’autres militant-e-s, ou qu’on y soit encore, comme quelques milliers de militant-e-s tenaces dont quelques camarades locaux…

Que l’on soit sorti du PCF comme certain-e-s membres de l’association précitée ou qu’on y soit encore, comme d’autres membres de l’association…

Que l’on soit membre d’Ensemble ou que l’on n’y soit pas (ou plus)…

Que l’on soit engagé – ou pas encore – dans une ou plusieurs autres associations de lutte politique, sociale, syndicale…

On a tous et toutes, chevillée au corps, la conviction qu’il faut agir ensemble sur le terrain de la lutte, indépendamment de nos préférences en termes de candidature à l’élection présidentielle ou même de ce que nous pensons des choix et des positionnements des uns et des autres sur ce sujet !

Et d’ailleurs, l’état actuel des opinions sur la question sera-t-il exactement le même dans quelques semaines, dans quelques mois ? Voyez-vous, je ne prends pas trop de risque à pronostiquer une évolution de certain-e-s… Laissons chacun prendre le temps de faire sa propre conviction… Nous devons informer, relayer et laisser infuser… Nul besoin d’imposer ou de stigmatiser. Je perçois bien que ce que nous avons à l’esprit aujourd’hui, demain, c’est une multitude qui en fera sa propre conviction.

Ainsi, qu’à l’instar de certain-e-s militant-e-s engagé-e-s dont je suis, nous soyons déjà (certain-e-s diront « encore » ou « toujours ») dans un soutien actif à Jean-Luc Mélenchon pour le combat présidentiel qui s’annonce, OU que nous ne le soyons pas encore, pour des raisons diverses, nous nous retrouvons sur la nécessité absolue d’agir pour favoriser la CONVERGENCE DES LUTTES.

Car si certain-e-s d’entre nous pensons que c’est dans notre intérêt qu’il faut soutenir Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle, cela n’est EN RIEN antagoniste avec une LUTTE ACHARNÉE, DÉTERMINÉE, COURAGEUSE, DÉVOUÉE et même ENJOUÉE DANS LA RUE, SUR LES PLACES, PARTOUT ET TOUT LE TEMPS !

OUI, NOUS DEVONS REPRENDRE LA RUE ET LES PLACES, COMME EN 2012, POUR APPUYER JEAN-LUC MÉLENCHON MAIS PAS QUE !

NOUS DEVONS AUSSI REPRENDRE LA RUE ET LES PLACES POUR QUE LA FRANCE NOUS ENTENDE ET VOIT QUE NOUS EXISTONS, QUE NOUS NE SOMMES PAS MORTS, QUE LES COUPS QUE NOUS AVONS REÇUS ET ALLONS RECEVOIR NE NOUS FONT PAS COURIR AUX ABRIS ! QUE CE QUI NE NOUS TUE PAS NOUS REND PLUS FORTS ! QUE SI L’UN OU L’UNE D’ENTRE-NOUS TOMBE, NOUS AIDERONS À LE-LA RELEVER OU NOUS PRENDRONS SA PLACE !

J’ai le coeur à Gauche mais cela ne m’empêche pas de vouloir, depuis longtemps, rassembler le peuple français tout entier, et cela implique de dépasser très largement la « Gauche ». Jean-Luc Mélenchon s’y emploie ! C’est une des raisons nombreuses qui explique que je le soutiens !

Mais au-delà de ce soutien, je suis convaincu, comme tant d’autres le disent aussi, que nous ne gagnerons pas l’élection présidentielle si le peuple reste étranger à ce qui se joue. Il faut donc que le peuple se saisisse des questions et s’implique directement, et avant de le faire dans les urnes demain, en avril 2017, il faut l’entraîner dans la rue dès aujourd’hui, sans attendre demain !

Il doit y descendre non plus par milliers, dans des manifs folkloriques du dimanche après-midi, mais par millions, dans une OCCUPATION PERMANENTE, comme le firent les Espagnols il y a quelques années, même si les résultats de ces occupations n’ont pas été à la hauteur des attentes. Aujourd’hui, les évènements s’accélèrent et il ne faut pas que nous soyons à courir après eux. Nous devons les anticiper, voire les provoquer nous-mêmes !

Il ne s’agit plus seulement de RÉSISTER, mais de passer clairement à la RECONQUÊTE !

Nous devons montrer que nous sommes la multitude, le nombre, les 99% et que sans nous, ils ne peuvent rien ; que c’est parce que nous avons trop baissé la tête, courbé l’échine, plié le genoux, ou laissé le système martyriser certain-e-s d’entre-nous, que nous avons perdu tant de terrain depuis des années. Le temps est venu de redresser la tête et le corps tout entier, de nous lever et d’affronter ENSEMBLE tous ceux qui nous martyrisent. Le temps est venu de combattre ! Le temps est venu de faire en sorte que la peur change de camp ! Nous n’avons pas peur d’eux et eux ne semblent ne pas avoir peur de nous, parce que nous leur avons trop concédé. Mais il ne tient qu’à nous, désormais, de trouver le moyen pour qu’ils aient enfin peur de nous !

La vague JLM

La Boétie disait : « Ils ne sont forts que parce que nous sommes à genoux !  » et ajoutait « La force des tyrans tient à l’inertie des peuples.« 

Alors ne restons pas à genoux ! Relevons-nous ! Soyons debout et marchons ! Ne soyons plus inertes, comme des corps qui encaissent les coups mais ne réagissent plus, comme insensibles à la douleur ! Bien sûr que la résilience est une force de l’être humain mais à condition qu’elle ne nous transforme pas en invertébrés… Oui, leurs coups nous font mal – inutile de le dissimuler – mais ils ne nous ont pas tué ! Et donc nous sommes là, plus déterminé-e-s que jamais !

Il y aura l’insurrection civique dans les urnes demain, en avril 2017, et nous allons tout faire pour que cette insurrection se saisisse de l’arme de destruction massive de la 5e République et du système oligarchique de notre pays qui nous impose la violence capitaliste. Cette arme, c’est le bulletin de vote en faveur de Jean-Luc Mélenchon !

Mais cela ne pourra se produise si d’ici là nous, peuple français, c’est-à-dire, nous, les dizaines de millions d’ordinaires (que nous soyons ouvriers, salarié-e-s, fonctionnaires, agriculteurs, professions libérales, artisans, petits commerçants, petits patrons, véritables entrepreneurs, chercheurs, enseignants, gens de lettres, de culture et de spectacle, personnels de santé, de l’action sociale…) nous ne nous levons pas massivement dans les semaines et les mois qui viennent !

La victoire électorale de demain, c’est-à-dire le rassemblement du peuple dans les urnes à l’occasion de la présidentielle, trouvera ses fondations dans la bataille que chaque fraction de ce peuple aura menée dans l’année qui vient. Et plutôt que des actions de guérilla ponctuelles et cloisonnées, c’est une LUTTE GLOBALE ET RASSEMBLEUSE, que nous devons mener et rendre possible.

Si celles et ceux qui animent les syndicats français, dont c’est la mission, ne savent pas faire, OU NE VEULENT PAS FAIRE, alors, à nous , citoyen-ne-s de nous y coller. Personnellement, je le dis humblement, je ne sais pas faire cela. Je ne vois pas d’autre alternative que la grève générale durable pour faire plier nos bourreaux. Mais s’il le faut, j’apprendrai. Et autour de moi, il en sera de même !

C’est pourquoi j’appuie, avec la plus garde force, les mots de Vincent DUSSE, ouvrier PSA à Mulhouse, membre de la direction du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) tels qu’ils ont été publiés sur le blog « Révolution permanente » le 19 février 2016. Le billet est consultable ici mais je le reproduis également ci-dessous :

Le poing en fusion

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Nul ne peut douter à ce stade que nous sommes face à une attaque majeure, une véritable déclaration de guerre contre l’ensemble des travailleurs. Il s’agit d’une déclinaison, sur le plan social, de l’escalade liberticide et autoritaire du gouvernement Hollande. Seule une riposte à la hauteur d’une part du mouvement ouvrier et de ses organisations pourra mettre un coup d’arrêt à cette mise à mort des droits conquis par les travailleurs pendant des décennies.

L’attaque en règle contre la durée légale du travail et les conditions de licenciement, ainsi que la méthode annoncée par la Ministre El-Khomri, qui n’a pas hésité à évoquer, dès l’annonce de son projet de réforme, la possibilité de recours au 49.3, sont sans appel. C’est bel et bien un « tous ensemble », une grève générale à l’appel de tous les syndicats, qu’il faudra pour faire face au rouleau compresseur du gouvernement Hollande.

La journée d’action, qui se discute à l’échelle des directions syndicales, prend ainsi un tout autre contenu. Elle doit se poser d’emblée non pas comme une journée isolée et folklorique, mais comme le point de départ d’un combat dans la durée et doit se préparer largement, dans chaque lieu de travail, par des assemblées générales qui informent les travailleurs de l’ampleur de l’attaque en cours, commencent à organiser la riposte et exigent l’unité syndicale derrière un plan de lutte pour empêcher l’application de la réforme.

Front unique et grève générale jusqu’au retrait de la réforme

Impopulaire pour impopulaire dans le monde ouvrier, Hollande s’apprête à rendre un ultime service au grand patronat, certainement le plus conséquent de son quinquennat. Il parie pour cela sur la stratégie de collaboration ouverte de la CFDT, ainsi que sur les crises internes à la CGT. C’est la faiblesse du mouvement syndical qui donne confiance au gouvernement pour déclencher une telle offensive, malgré sa très basse popularité et la perte d’une dernière partie de sa base sociale avec son tournant lepéniste (état d’urgence, déchéance de nationalité, etc).

C’est pourquoi, en dépit de toutes les divisions internes dans le monde syndical et du poids encore présent de l’échec du mouvement de 2010 contre la réforme des retraites, les travailleurs n’ont pas d’autre choix que de prendre les affaires en main et imposer aux organisations syndicales le front unique et un appel à la grève générale reconductible jusqu’au retrait de la réforme.

Les équipes syndicales de la CGT et de Sud devraient s’adresser sans aucun sectarisme à celles de la CFDT qui pourraient commencer à considérer que la politique de collaboration de Berger « n’a pas payé ». C’est peut-être ce qui explique qu’après avoir avalé toutes les couleuvres (ANI, Loi Rebsammen, etc.), celui-ci se voit obligé d’émettre des réserves sur la question de la réforme du licenciement économique et du plafonnement des indemnités aux Prud’hommes, en même temps qu’il prend ses distances avec ceux qui s’opposent au renforcement de la négociation contenu dans le texte.

Les syndicalistes combatifs en ligne de mire. Une bataille de toute la classe

Pour Hollande, une chose est claire : pour avancer qualitativement sur les acquis de l’ensemble du mouvement ouvrier, il a intérêt à se débarrasser des équipes syndicales combatives. Celles et ceux qui déchirent des chemises, qui séquestrent des patrons, qui refusent la conciliation permanente. Tel est le contenu profond de la condamnation à deux ans de prison (dont neuf mois fermes) de huit syndicalistes de la CGT Goodyear.

En parallèle de cette criminalisation croissante de la résistance ouvrière et syndicale, le nouveau projet de loi cherche à marginaliser de syndicats ou de sections syndicales combatives dans les entreprises. Il redéfinit la notion d’accord majoritaire en la fixant à 50% des suffrages exprimés pour les organisations représentatives (on exclut donc du calcul les suffrages pour les autres organisations), supprime le droit d’opposition et confère au patronat un nouveau droit à la consultation directe des salariés. Le but étant de réduire le rôle des représentants syndicaux dans l’entreprise à la simple validation des accords voulus par les directions et de contourner les organisations plus combatives via des référendums auprès des salariés, présentés comme étant plus démocratiques.

Il s’agit à l’évidence d’un piège. Chaque travailleur ayant vécu une expérience de lutte contre les licenciements sait que sous la pression du chantage de la fermeture et la menace du chômage, l’appel à ce genre de consultation est un outil en faveur du patron. La vraie démocratie dans le mouvement ouvrier est celle des assemblées générales et des comités de grève ou de lutte, réunissant les travailleurs de toutes les organisations syndicales à côté des travailleurs non syndiqués.

La lutte pour le retrait des poursuites contre les huit de Goodyear et l’élan de solidarité qui se cristallise dans la constitution de comités de soutien dans plusieurs villes est ainsi partie intégrante de la lutte plus générale contre l’offensive du gouvernement, ce qui peut constituer un point d’appui pour ce grand combat de classe.

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       Grève générale - La rue

Debout ami-e-s et camarades !

« L’avenir n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons en faire. » Henri BERGSON

 

Une belle histoire s’achève pour moi. Rideau !

Image du Blog mots-pour-maux.centerblog.net

Je redoutais cette prise de conscience…

Je craignais de connaître ce jour empreint de tristesse…

Je me faisais violence depuis des mois pour accepter l’inacceptable…

Mais…

Quand un parti exclue à tour de bras des militant-e-s…

Quand un parti dissout des comités partout en France depuis des années…

Quand un parti adopte des décisions en toute illégalité…

Quand un parti foule aux pieds ses statuts…

Quand un parti prétend sans cesse vouloir instaurer une démocratie avancée et appelle le peuple à prendre le pouvoir mais prive de tout droit ses propres militant-e-s…

Quand un parti tolère que ses cadres dirigeants se comportent comme une bande de petits apparatchiks cooptés imposant leur loi à une soldatesque docile ou rendue impuissante…

Quand un parti exécute sommairement et sans jugement des militant-e-s qui dérangent, y compris des représentants élus à diverses fonctions importantes à la veille d’un congrès, en ne tenant aucun compte du principe constitutionnel des droits à la défense…

Quand la commission de résolution des conflits de ce parti, qui est présidée par une personne qui est magistrat de profession, laisse faire cela au point qu’on se demande si cette instance n’est pas dissoute de fait…

Quand un parti fait croire que l’on va rendre le pouvoir au peuple, notamment pour qu’il écrive une constitution, mais que c’est un petit groupe coopté qui décide seul de ce qui mérite d’être débattu et de ce qui doit être considéré à jamais comme tabou…

Quand un parti prétend vouloir permettre la révolution citoyenne mais dénie le droit à l’altérité et au débat dans ses propres instances…

Quand des membres en exercice du BN de ce parti réclament la dissolution pure et simple de l’organe dont ils sont membres, tandis que d’autres veulent le transformer radicalement, les uns comme les autres basant leurs critiques et leurs projets sur la démocratie bafouée…

Quand des milliers de militants se battent ardemment, depuis des années, pour que nous soyons réellement ce que nous prétendons être en termes de démocratie, mais que c’est toujours en vain…

Quand des milliers de militant-e-s nous ont quittés pour cette raison-là mais que nous ignorons cette réalité et que nous refusons d’en tirer les conséquences…

Quand nous n’assumons pas les nécessaires ruptures avec des partis moribonds qui nous entraînent dans le néant…

Quand nous ne savons rien faire d’autre que nous perdre d’une alliance nuisible à une autre ou pérorer entre nous dans des assises bidon ou des « chantiers » dits « de l’espoir » alors qu’il ne s’agit que de culs de sac…

Quand pour éduquer le peuple et le convaincre des indispensables changements radicaux de modes de vie que nous devons rendre possible à bref délai, nous ne savons que prêcher des concepts intellectualistes fumeux imaginés par des esprits souvent coupés des réalités de la vie quotidienne des gens ordinaires dont la priorité est de survivre…

Quand nous refusons de briser nos chaînes et d’écarter (j’ai failli dire « exécuter ») nos matons…

Quand nous en sommes là…

Alors il est plus que temps de tailler la zone !

Je ne serai qu’un anonyme de plus parmi tous ces innombrables militant-e-s anonymes du PG qui ont donné du temps, de l’énergie, du dévouement depuis six ans et qui ont fini par jeter l’éponge, trop écoeurés, trop désappointés, trop exaspérés, trop désabusés, trop découragés, trop révoltés.

Nous, les militant-e-s, ne sommes que des pantins à qui l’on fait croire que nous détenons une parcelle du pouvoir, alors même que nos principes sont foulés aux pieds, les dés pipés, les jeux biaisés, les règles détournées, nos droits méprisés, nos votes ignorés ou « réformés »…

Celles et ceux qui tiennent le parti se servent de nous mais ne tiennent aucun compte de nos attentes et de nos exigences. Ils imposent leurs vues parce que eux savent, parce que eux sont « responsables », parce que eux « ne sont pas des gauchistes, des immatures ou des enragés », parce que eux « veulent être crédibles et gouverner », parce que eux « ne sont pas dans des logiques de bunkerisation »…

Je me marre !

Et quand « eux » sont battus ou en situation de l’être, ils trouvent des moyens détournés de l’emporter malgré tout ou de reprendre le contrôle, et ce par divers procédés tout à fait contraires aux règles et aux principes. Des gens qui ont été démocratiquement mis en minorité reviennent par le truchement et les manigances de quelques responsables qu’ils ont su amadouer ou rallier à leur cause. Les fortes têtes sont salies et discréditées quand on ne les accuse pas des pires avanies pour justifier leur exclusion en urgence, sans leur accorder le droit de se défendre préalablement à l’effectivité de la décision d’exclusion.

De minables petits apparatchiks se comportent comme des sous-Fouquier-Tinville, forts de leurs liens avec les princes et les duchesses du parti s’ils n’ont pas déjà les faveurs du Roi ou du Régent.

Au final, c’est le peuple de la base du PG qui est méprisé, violenté, insulté, trahi et puis finalement exécuté par décision prétorienne de quelques hauts responsables sans que l’instance compétente n’ait à se prononcer.

En fait de débats, on assiste le plus souvent à des situations ubuesques ou l’on a le sentiment d’entendre des maîtres faire la leçon à leurs élèves ignares. Le mépris règne dans certains cercles ou dans certaines assemblées. Le PG reproduit en son sein ce qu’il y a de détestable ailleurs, à droite et à gauche…

Les leaders d’envergure nationale les plus talentueux se taisent, se font discrets et laissent faire ou bien laissent la base dans l’ignorance de leurs actions. Beaucoup se sont déjà éloignés des sphères influentes du PG si bien que celles et ceux qui y restent actifs sont loin d’être les plus estimables.

La coupe était pleine depuis des mois et menaçait à tout instant de déborder. Une seule goutte aurait suffi mais là, depuis quelques semaines, ce n’est pas une petite goutte qui s’est ajoutée au contenu du vase qui était plein à ras-bord, ce sont des centaines et elles pourraient remplir un tonneau tout entier.

Des mois de déception, de colère, d’écœurement face à ce que je vois et ce que j’entends de la part des représentants-e-s de mon parti ne pouvaient qu’aboutir à cette décision que je prends de baisser le rideau.

On me dit : « Et le congrès ? »

Foutaise. Mascarade. Piège à cons. Que peut-il en sortir ? Tout est verrouillé. Les dissidents dont j’étais ont certes failli battre la direction avec un texte de plateforme alternatif et ont conduit à ce que le PG se sépare en deux parts quasi égales.

Mais chacun sait combien ces résultats de prime abord inattendus sont très ambigus tant les choix qui ont été faits par les uns et par les autres sont le résultat de phénomènes dépassant très largement le simple choix d’une ligne politique. Et les textes alternatifs ont tous été battus, à différents stades. Le dernier à être resté en lice, qui concurrençait le texte de l’état-major du PG, a été soumis au vote des adhérent-e-s, et a été battu avec 46% des suffrages contre 54% pour le texte de l’état-major du PG. Dès lors, les jeux sont faits.

Certain-e-s de mes camarades continuent à espérer peser au congrès, via des amendements aux différents textes (projet, statuts, 100 jours…) mais ils s’illusionnent. La messe est dite ! Les amendements ne pourront pas changer fondamentalement les textes en discussion, sauf à imaginer une jacquerie des délégués lors de ce congrès et je ne la vois pas venir.

Le texte principal ne saurait être rendu acceptable par quelques amendements. Ce texte est mauvais dans sa forme, dans son expression, dans sa structuration, dans son esprit, dans son contenu. Le seul amendement à produire est celui qui supprimerait de ce texte la totalité de son contenu, titre compris (lequel n’est qu’une reprise pure et simple du slogan de Sarkozy en 2007, ce qui, excusez-moi, me dérange profondément) pour en proposer un autre entièrement réécrit…

Quant aux statuts qui sont la loi commune qui régit notre fonctionnement, les actuels en vigueur aussi bien que ceux, réformés, qui seront peut-être adoptés au congrès ne sont pas de nature à restaurer la démocratie dans ce parti qui reste et restera verrouillé.

Pendant plus de 5 ans, j’ai souvent eu matière à faire des reproches à mon parti mais je trouvais plus de raisons d’y œuvrer que de le quitter. Il y a quelques mois, la situation s’est inversée. Je me suis fait violence pour patienter jusqu’au congrès, étape qui devait permettre peut-être de renverser la table, pensions-nous avec une naïveté confondante. J’ai donc avalé des couleuvres aux allures de boas. J’ai rongé mon frein. J’ai parfois exprimé mes sentiments, à l’unisson avec un nombre croissant de camarades. À celles et ceux qui nous disaient au-revoir pour les raisons que j’évoque ce soir ou pour d’autres, je tentais de trouver les arguments pour les convaincre de rester encore avec nous. J’ai réussi parfois. Pas toujours.

Ce soir, c’est moi qui, tel Serge Gainsbourg, viens vous dire que je m’en vais. Certains s’en réjouiront, d’autres le regretteront. Mais ma décision est irrévocable. Il y a un moment où je n’accepte plus de jouer le rôle de ces pantins que quelques minables apparatchiks croient pouvoir manipuler. En restant au PG pour soi-disant mener le combat jusqu’au bout et ne décider qu’au terme du congrès, je cautionnerais ce que je ne veux plus cautionner.

Ma démission du PG n’est pas une fuite. Je n’abandonne pas le combat, bien au contraire. Mais je vais le mener autrement. Avec d’autres combattant-e-s mieux inspiré-e-s, plus bienveillant-e-s, davantage fidèles à nos principes et valeurs, beaucoup plus loyaux…

Je quitte le PG mais je ne renie pas mes ami-e-s et camarades. Les liens tissés ne sont pas rompus par ma démission. Seule l’est ma dépendance à un parti devenu détestable.

Et je ne doute pas que la plupart de mes camarades prendront la même décision sous peu au regard de ce qui s’annonce. Je ne fais que suivre la route de celles et ceux qui m’ont précédé dans ce choix et anticiper sur la décision inéluctable de beaucoup d’autres qui suivront dans les jours et les semaines à venir.

Demain est un autre jour…

Liens vidéos vers débats, conférences, documentaires et films

Cet article ressource sera régulièrement complété et mis à jour.

Dernière mise à jour : le 26 avril 2015

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Cet article ressource sera régulièrement complété et mis à jour.

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1/ Discours, débats et conférences

« Le capitalisme mérite-t-il une bonne correction ? »

dans Ce soir ou jamais du 17 avril 2015, débat avec Thomas Piketty et Frédéric Lordon

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Discours de la députée allemande Sahra Wagenknecht, vice-présidente de Die Linke, au Bundestag, le 19 mars 2015.

Elle y critique la politique étrangère de Madame Merkel à l’égard de la Russie et son alignement sur les intérêts de l’OTAN et des États-Unis d’Amérique. Sahra Wagenknecht critique également les négociations sur le Grand Marché Transatlantique, contraire à la démocratie, et critique fortement la politique économique de Madame Merkel. Enfin, elle explique que le gouvernement d’Alexis Tsipras ne peut être jugé responsable de la dette grecque. Elle montre enfin que l’oligarchie a profité de la crise grecque pour s’enrichir davantage.

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« De l’économie barbare à l’économie humaine – Penser et agir autrement » avec Jacques Généreux

Conférence a été organisée dans le cadre des Chapiteaux du livre de Béziers le 27 septembre 2014, en partenariat avec la MAIF.

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Conférence »Faut-il faire sauter Bruxelles ? »

Avec François Ruffin, Jacques Généreux et Emmanuel Todd, le 30 avril 2014 à Normale Sup’ (École Normale Supérieure, rue d’Ulm à Paris) : http://www.dailymotion.com/video/x1uf0pk_faut-il-faire-sauter-bruxelles_webcam

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Débat « Faut-il sortir de l’euro ? »

Avec Jean-Luc Mélenchon et Jacques Sapir – Débat animé par Daniel Schneidermann sur Arrêts sur images le 4 juillet 2013

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« Journée Défense » du Parti de Gauche le 1er février 2014 à l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques présidé par Pascal Boniface)

Intervention de Jean-Luc Mélenchon (Introduction) :http://www.dailymotion.com/video/x1bjtf0_jean-luc-melenchon-introduction-a-la-journee-defense-du-parti-de-gauche_news

Intervention de Pascal Boniface : http://www.dailymotion.com/video/x1bhpks_pascal-boniface-la-place-de-la-france-dans-le-monde_news

Intervention de Chloé Maurel : http://www.dailymotion.com/video/x1c47fz_chloe-maurel-la-place-de-la-france-dans-le-monde_news

Intervention de Jean-Charles Hourcade : http://www.dailymotion.com/video/x1c48bp_jean-charles-hourcade-objectifs-strategiques-et-moyens_news

Intervention de Benoist Bihan : http://www.dailymotion.com/video/x1bn2fq_benoist-bihan-la-place-de-la-france-dans-le-monde_news

Intervention d’Alain Joxe : http://www.dailymotion.com/video/x1c47uh_alain-joxe-l-armee-et-les-citoyens_news

Intervention de Yann Le Pollotoec : http://www.dailymotion.com/video/x1c481l_yann-le-pollotec-l-armee-et-les-citoyens_news

Intervention du général Vincent Desportes :http://www.dailymotion.com/video/x1c4899_general-vincent-desportes-objectifs-strategiques-et-moyens_news

Intervention de l’amiral Jean Dufourcq : http://www.dailymotion.com/video/x1bowuq_amiral-jean-dufourcq-la-place-de-la-france-dans-le-monde_news

Intervention de Djordje Kuzmanovic (Responsable de la commission Défense au PG) :http://www.dailymotion.com/video/x1c486u_djordje-kuzmanovic-l-armee-et-les-citoyens_news

Intervention de Jean-Luc Mélenchon (conclusion) : http://www.dailymotion.com/video/x1ctrir_jean-luc-melenchon-conclusion-a-la-journee-defense-du-parti-de-gauche_news

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« Lutter contre la montée de l’extrême-droite, notamment dans le monde ouvrier » – le 18 mai 2013 au plateau des Glières

Avec Annie LACROIX-RIZ, Alexis CORBIÈRE, Jean-Paul Ravaux et Thierry Leclere

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« Faut-il sortir de l’euro ? » Débat lors du Remue-Méninges du Parti de Gauche de l’été 2011

Intervention de Jacques Généreux (de 19’47 à 1h03) : http://www.dailymotion.com/video/xlm018_rm-faut-il-sortir-de-l-euro_news

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« Gouverner contre les banques » – Conférence du Parti de Gauche le 10 juin 2010

Intervention de Jean-Luc Mélenchon :http://www.dailymotion.com/video/xdq7g0_jean-luc-melenchon-gouverner-face-a_news

Intervention de Jacques Généreux : https://www.youtube.com/watch?v=8oBQ3b-1hn8

Intervention de François Morin : https://www.youtube.com/watch?v=2v4YS3z9UL8

Intervention de Raquel Garrido :http://www.dailymotion.com/video/xdq8iz_raquel-garrido-gouverner-face-aux-b_news

Intervention de Dominique Pilhon : https://www.youtube.com/watch?v=doZrKUcETUY

Intervention de Bernard Cassen :http://www.dailymotion.com/video/xdqb35_bernard-cassen-gouverner-face-aux-b_news

Intervention de Laurent Cordonnier : https://www.youtube.com/watch?v=V1jM2pzhw28

Intervention de Christophe Rameaux :http://www.dailymotion.com/video/xdxr7f_christophe-ramaux-gouverner-face-au_news

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« Mélenchon-Todd compatibles ? »

Débat animé par Daniel Schneidermann sur Arrêts sur images le 15 avril 2011

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Conférences de Naomi Klein

« Tout peut changer » – le 30 mars 2015 à Paris

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« La stratégie du choc »

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Conférences de Annie LACROIX-RIZ

« Partages et repartages du monde à l’époque des Première et Deuxième guerres mondiales »

Intervention dans le cadre de la conférence « Marx au 21e siècle » le 14 février 2015 à l’université Paris Sorbonne

« De la crise des années 30 à la crise d’aujourd’hui » – le 11 octobre 2014 à l’université populaire de Saint-Dizier

https://www.youtube.com/watch?v=0Lf7PrN_LUw

« Aux origines de l’Europe » – Grenoble le 20 mai 2014

« Le Conseil National de la Résistance » – Saint-Maximin (60 – Oise) le 15 novembre 2013

« Le fascisme dans l’Entre deux-guerres » – le 14 mai 2013 à l’université Paris X Nanterre

partie 1/2 : https://www.youtube.com/watch?v=nIjbVOlpcIg

partie 2/2 : https://www.youtube.com/watch?v=yQiFSXKsxd0

« Patronat et financiers français sous l’Occupation » – le 6 avril 2013 à Lyon

« L’Histoire contemporaine toujours sous influence » le 6 octobre 2012 sur Radio Libertaire

« La stratégie du choc » – le 29 juin 2012 à Metz (conférence avec Attac)

« Le choix de la défaite » – le 5 juin 2010 à Paris dans le cadre de l’émission de France Inter « Là-bas si j’y suis »

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« Propagande de guerre, propagande de paix » avec Annie LACROIX-RIZ, Jean BRICQMONT, Anne MORELLI, le général FORGET et la journaliste Diana JOHNSTONE

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Conférences de Noam Chomsky

« La fabrication du consentement »

partie 1/2 : https://www.youtube.com/watch?v=waUIPMXuHV0

partie 2/2 : https://www.youtube.com/watch?v=ri3opfLaQpU

« Les principes du pouvoir : l’Empire le film »

« Contours de l’ordre mondial. Continuités, changements et défis »

Conférence organisée par Le Monde Diplomatique avec Serge Halimi et Daniel Mermet, le 29 mai 2010 à la Mutualité, Paris

partie 1/3 : https://www.youtube.com/watch?v=7y_spxHmBZI&list=PLhVH6hJxBHEF4QoxX5_J4K_d71ha3yNv0

partie 2/3 : https://www.youtube.com/watch?v=Ttl4RNDLnfo

partie 3/3 : https://www.youtube.com/watch?v=Uaj7Tg-pLkU

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Conférences de Serge Halimi (Le Monde Diplomatique)

« Les nouveaux chiens de garde »

Dans le cadre de l’émission « Là-bas si j’y suis » diffusée le 15 décembre 2005 sur France Inter.

« Le grand bond en arrière. Comment l’ordre libéral s’est imposé au monde »

Dans le cadre de l’émission Là-bas si j’y suis le 2 juillet 2004

« L’ère des restaurations »

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Conférences de Michel Étiévent

« Guy Mocquet » – octobre 2012

« Ambroise Croizat et Marcel Paul – chemins croisés de l’innovation sociale » – octobre 2011

« Ambroise Croizat » – octobre 2011

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Conférence de Jean Ziegler le 26 septembre 2013 à Strasbourg

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« La fabrication du consentement »

Conférence de Hugue Le Paige (journaliste, réalisateur et rédacteur de la revue Politique) le 25 février 2014, Bruxelles (organisée par Attac)

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« Corruption, ça suffit » intervention de Roberto Scarpinato

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« Les pirates du vivant » par Marie-Monique ROBIN

Le 15 janvier 2014, dans le cadre de journées normaliennes du développement durable, ENS Rennes

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2°/ Films politiques et sociétaux

2.1- Films de Yannick Bovy

2.1.1- « Marinaleda, les insoumis » – Mars 2015

Émissionde la FGTB* walonne réalisée et produite par le CEPAG*, avec la collaborationdu GSARA* asbl et le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles

FGTB :Fédération Générale du Travail de Belgique (selon Wikipedia : c’est le 2è syndicatbelge par le nombre de ses membres, environ 1,5 million de personnes et ilserait de tendance socialiste)

CEPAG :Centre d’éducation populaire André Genot (mouvement d’éducation permanente prochede la FGTB)

GSARA :« Né avec l’apparition de la vidéo en Belgique en 1976, le Gsara seprésente aujourd’hui comme une plate-forme sur tout ce qui touche àl’audiovisuel » (Auto-présentation sur Twiter)

2.1.2- « Des canaris dans la mine » – Octobre 2013

Voici quelques canaris aux cris stridents. Des canaris de Belgique et de Grèce qui sifflent l’alerte depuis le fond de la mine et s’agitent pour nous prévenir : c’est un terrible coup de grisou qui s’annonce sur nos droits, notre santé, nos vies, l’avenir de nos enfants. Un coup de grisou sur les peuples et la démocratie, et des coups de bâton pour ceux qui osent résister. Regardez ce reportage, prêtez l’oreille aux canaris : vous comprendrez qu’il est temps de sortir de la mine. Et vite.

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2.2- Films de Yannis Youlountas

2.2.1- « Je lutte donc je suis » – À paraître bientôt

2.2.2- « Ne vivons plus comme des esclaves » – Septembre 2013

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2.3- Films de Marie-Monique Robin

2.3.1- « Notre poison quotidien »  par Marie-Monique ROBIN

2.3.2- « Le monde selon Monsanto » par Marie-Monique ROBIN

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3.4- Films divers

2.4.1- « Solutions locales pour un désordre global » – Film de Coline Serreau, avril 2010

2.4.2- « L’île aux fleurs » – Court-métrage du Brésilien Jorge Furtado, 1989

2.4.3- « Le grand bond en arrière »

Que reste-t-il du modèle social français après trente ans de néolibéralisme? Cette question oriente le voyage dans leur pays natal de quatre Français installés depuis plusieurs années au Venezuela. Pour y répondre, le documentaire mêle des données statistiques, journalistiques et des interviews de sociologues, intellectuels, militants, réfugiés politiques, artistes, citoyens, travailleurs sociaux des banlieues, sans-papiers

2.4.4- « La révolution ne sera pas télévisée »
Ce film retrace les événements qui amenèrent au coup d’Etat qui renversa le Président Hugo Chavez, le 11 avril 2002, ainsi que sa remise au pouvoir par le peuple deux jours plus tard, le 13 avril 2002.

2.4.5- « Les nouveaux chiens de garde »

2.4.6- « La guerre contre la démocratie »

Documentaire de John Pilger. Sous-titres français. Titre original: « The War on Democracy ». « La Guerre contre la Démocratie » fut le premier documentaire de John Pilger à être diffusé dans les salles de cinéma. Ce documentaire explore la relation actuelle et passée de Washington avec les pays d’Amérique latine tels que le Venezuela, la Bolivie et le Chili.

https://www.youtube.com/watch?v=mPQkaIHDmXk

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2.4.7- « Les jours heureux » du CNR
Documentaire de Gilles Perret sur la Résistance et sur l’oeuvre du CNR

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3°/ Argumentaires militants

3.1- Les topo-citoyens du Parti de Gauche avec Danielle Simonnet du PG

3.1.1- Topo-citoyen n°1 : La dette est un prétexte

3.1.2- Topo-citoyen n°2 : Gouverner face aux banques

3.1.3- Topo-citoyen n°3 : La planification écologique

3.1.4- Topo-citoyen n°4 : Le traité Sarkozy-Merkel

3.2- On va leur faire un dessin du Parti Communiste Français

3.2.1- La vie chère : http://www.dailymotion.com/video/xkkuta_ep-1-la-vie-chere_news

3.2.2- Le Front de Gauche : http://www.dailymotion.com/video/xlgq8k_ep-2-le-front-de-gauche_news

3.2.3- La crise financière : http://www.dailymotion.com/video/xlxapt_ep-3-la-crise-financiere_news

3.2.4- Justice au pays de l’or noir : http://www.dailymotion.com/video/xmilql_ep-4-justice-au-pays-de-l-or-noir_news

3.2.5- Marine Le Pen amène le pire :  http://www.dailymotion.com/video/xngeur_ep-5-marine-le-pen-amene-le-pire_news

3.2.6- L’austérité ou la vie, il faut choisir : http://www.dailymotion.com/video/xonem9_ep-6-l-austerite-ou-la-vie-il-faut-choisir_news

3.2.7- Le mécanisme infernal européen : http://www.dailymotion.com/video/xpscqk_ep-7-le-mecanisme-infernal-europeen_news

3.2.8- La vie sans Sarkozy : http://www.dailymotion.com/video/xq2vkp_ep-8-la-vie-sans-sarkozy_news

3.2.9- Spécial Législatives : http://www.dailymotion.com/video/xr788u_ep-9-special-legislatives-non-censure_news

3.2.10- Compétitivité ? : http://www.dailymotion.com/video/xtom7p_ep-10-competitivite_news

3.2.11- Bienvenue dans l’austérité ! : http://www.dailymotion.com/video/xua5k0_ep-11-bienvenue-dans-l-austerite_news

3.2.12- La bataille de l’emploi : http://www.dailymotion.com/video/xupjwq_ep-12-la-bataille-de-l-emploi_news

3.2.13- La droite décomplexée : http://www.dailymotion.com/video/xvr08m_ep-13-la-droite-decomplexee_news

3.2.14- À ta santé ! : http://www.dailymotion.com/video/xvwezt_ep-14-a-ta-sante_news

3.2.15- ANI : Devenez souples ! : http://www.dailymotion.com/video/xyb8vc_ep-15-ani-devenez-souples_news

3.2.16- École en danger : http://www.dailymotion.com/video/xz8sw1_ep-16-ecole-en-danger_news

3.2.17- Un an de changement ? : http://www.dailymotion.com/video/xzw226_ep-17-un-an-de-changement_news

3.2.18- La grande évasion : http://www.dailymotion.com/video/x110kao_ep-18-la-grande-evasion_news

3.2.19- Retraitement de choc : http://www.dailymotion.com/video/x129rw3_ep-19-retraitement-de-choc_news

2.2.20- Travail versus Capital : http://www.dailymotion.com/video/x15q71w_ep-20-travail-vs-capital_news

3.2.21- Le coût du capital : http://www.dailymotion.com/video/x173jv1_ep-21-le-cout-du-capital_news

3.2.22- Révolution fiscale : http://www.dailymotion.com/video/x18l6d5_ep-22-revolution-fiscale_news

3.2.23- Pour l’égalité femmes-hommes : http://www.dailymotion.com/video/x18l6d5_ep-22-revolution-fiscale_news

3.2.24- Aux urnes, citoyens ! : http://www.dailymotion.com/video/x1vb7h5_ep-24-europe-aux-urnes-citoyens_news

3.2.25- Le hold-up démocratique : http://www.dailymotion.com/video/x2a077c_ep-25-le-hold-up-democratique_news

3.2.26- En 2015… : http://www.dailymotion.com/video/x2ej8ls_ep-26-en-2015_news

3.3- Petites vidéos courtes sur la dette

3.3.1- La dette, c’est chouette ! : http://www.dailymotion.com/video/xmv5ob_la-dette-c-est-chouette_creation

3.3.2- La dette, c’est quoi ? : https://www.youtube.com/watch?v=V5NMavzVsOA

3.3.3- Le mécanisme de la dette souveraine : https://www.youtube.com/watch?v=-NcDZQhbIbw

3.3.4- La crise de la dette expliquée en 5 minutes : https://www.youtube.com/watch?v=mrxUUz3TAdk

Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du Remue-Méninges édition 2014 du Parti de Gauche

Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du Remue-méninges du Parti de Gauche

Le 24 août 2014. Campus de Saint-Martin d’Hères (Grenoble)

JLM au RM 2014 par Thierry Montchartre

Photo prise par Thierry Monchatre au Remue-Méninges 2014. Merci à lui pour ce très beau cliché.

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Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture du Remue-méninges du Parti de Gauche

Le 24 août 2014. Campus de Saint-Martin d’Hères (Grenoble)

Retranscription faite par Vincent Christophe LE ROUX (PG 44, Comité de St-Nazaire)

Mon cœur se tourne vers ceux des nôtres qui sont absents et, en particulier, Bruno Leprince, notre éditeur, notre ami et camarade qui, en venant ici, a perdu la vie.

L’esprit est toujours le plus fort. Et l’esprit se transmet. Et sa vision, qui porte loin, illumine les cœurs et les esprits en sorte que jamais, jamais, le fil que nous portons ne sera rompu dans l’Histoire. Et, en tout cas, par moi moins que par n’importe quel autre.

Non, je ne pars pas en retraite ! Je suis un être humain doté d’un cerveau sous ses cheveux. Et, avec ce cerveau, j’ai assez appris de la vie pour savoir que, parfois, à l’issue de la mêlée, il faut savoir prendre du recul.

J’ai pris du recul, quelle nouvelle ! Et on m’a déclaré en retraire et dépressif. Je ne le suis pas. Je n’en dirai rien car après tout, il y a déjà longtemps que j’ai pu mesurer à quel point l’industrie de l’information et [celle] du spectacle avaient fusionné profondément. Néanmoins je me permets, un peu ironiquement, de dire que j’ai été fort surpris de découvrir tant de pages consacrées à mon « blues » et à mes « états d’âme » alors que d’habitude je n’ai droit à rien quant à mes idées. Si l’on voulait se préoccuper davantage de mes idées et moins de ma personne, comme je serais content et comme vous-mêmes vous le seriez !

Et, enfin, [applaudissements] je ne peux m’empêcher de m’amuser d’apprendre, de l’aveu du rédacteur en chef du site internet du site d’Hexagones – auquel j’avais donné une interview d’une heure ; qui en avait tiré une bande-son et une bande écrite – que ceux qui ont commenté mes états d’âme… – vous savez que l’avantage du net est que l’on sait exactement qui a consulté et qui n’a pas consulté l’interview – n’est-il pas frappant que ceux qui m’ont commenté ne m’aient ni écouté, ni lu ?

Eh bien vous découvrez là une autre forme de pratique de l’information qui ne consiste pas à donner à connaître, mais à inventer. Pourquoi pas ! Moi, j’ai toujours été ami de la poésie ! [rires dans le public] Mais je voudrais qu’on aille à d’autres qu’à moi pour cet exercice. D’autant que je crois que nos idées – je ne veux pas dire impunément « mes » idées, ce sont les nôtres ! – ont fait leur chemin. Et le constat politique que nous avions fait, l’indication – oserais-je dire l’injonction – que nous faisions s’est trouvée entièrement vérifiée par les faits.

Les politiques d’austérité, que les scrogneugneu de toute l’Europe nous vendent comme un courage – qu’ils s’appliquent d’ailleurs rarement à eux-mêmes ! – sont en fait une obstination aveuglée dont le seul but est que les comptes des grands établissements bancaires du vieux continent restent en ordre et en équilibre. Et le reste, l’immense souffrance humaine qui s’accumule, les indiffère.

Je suis obligé de souligner que nous avons eu raison quand nous avons dit que ce n’est pas une politique que de faire des coupes budgétaires ; qu’en réduisant la présence de l’État dans la société, en désorganisant les administrations publiques par des coupes sauvages, en réduisant sans cesse la masse de liquidités mises en circulation par la consommation populaire, en réduisant les investissements qui résultent de l’incapacité qu’ont les collectivités locales à intervenir – puisque leurs budgets sont en régression – on ne fait rien d’autre que de creuser le déficit puisqu’on ralentit l’activité et, donc, on diminue la ressource fiscale, on augmente le chômage donc on diminue tout ce que le travail de chacun peut apporter de richesse à tous.

Eh bien, c’est ce pronostic – hélas, hélas, mille fois hélas – qui s’est vérifié. Et c’est cela qui, maintenant, conduit à cette situation inouïe – que je vais décrire dans un instant – qui est le paysage politique auquel vous êtes confrontés vous autres, citoyens dignes et humbles, qui vous donnez le mal de penser l’avenir de votre pays et voyez ces gesticulations sans signification qui se déroulent sur le devant de la scène politique.

Mais le peuple a été consulté. La société française a été assommée, mise à contribution d’une manière inouïe, comme jamais elle ne l’avait été. Un plan d’austérité qui, au total, transvase 90 milliards de l’économie réelle, des biens des Français, vers la petite caste, prétentieuse et arrogante, qui prétend savoir, mieux que tout le monde, comment l’économie de la patrie peut se développer et qui, au bout du compte, à peine six mois après qu’aient commencé les versements de l’État vers leurs poches, n’ont montré qu’une chose : l’investissement dans notre pays a reculé ; c’est-à-dire la projection vers le futur, les machines à changer… Rien n’a été fait ! Mais, cependant, ils ont augmenté la part qu’ils se sont versée, par les profits et la part de dividendes, de 30%. Quelle impudence scandaleuse ! Il faut qu’il y en ait qui portent haut et fort cette parole.

Regardez, Français, pendant que vous souffrez, pendant que vous vous acharnez au travail, regardez ! Eux se gavent, vous méprisent, vous ignorent. Et alors que vous avez fait un geste si puissant dans la direction de ceux dont on vous avait dit que votre avenir était dans leurs mains, eux ont saisi ce que vous avez donné pour le mettre dans leurs poches ! C’est une honte ! [applaudissements]

Le peuple a parlé. Deux élections ont eu lieu. Le peuple a parlé. Eh bien moi, je ne suis pas un homme politique comme les autres. Et vous n’êtes pas des citoyens comme les autres. Lorsqu’un tel désastre s’avance, je ne passe pas ma soirée à faire des commentaires sur la victoire que je serais sensé avoir remportée. Je pourrais, comme un petit boutiquier, avoir dit, le soir des élections municipales : « je suis heureux parce qu’à Grenoble, nous avons fait la démonstration que notre ligne était la bonne. » J’aurais pu dire, le soir des élections européennes : « Oui, j’ai eu un meilleur score, dans ma circonscription, que la fois d’avant. Oui, nous sommes la seule force de gauche qui n’a pas reculé en voix au milieu de toutes les autres. » Mais c’eut été indigne de penser le futur de cette façon. À partir de sa boutique, sa popote, son petit supermarché politique où l’on range les rayons d’une manière ou d’une autre pour les rendre plus affriolants aux consommateurs. Non, il fallait montrer ce que nous ressentions ! La peine, le chagrin, de voir la France, notre bien aimée, montrée de cette façon et présenter ce visage au monde.

60% d’abstention ! C’est-à-dire le peuple qui, massivement, fait une insurrection froide et, revenant peut-être à ce qui s’est passé, en l’an 400 avant notre ère, lorsque le peuple décide de ne plus participer à rien et se retire sur l’Aventin jusqu’à ce que les patriciens cèdent et finissent par lui reconnaître ce qui est le plus important, le pouvoir et, en particulier, le droit de veto sur les décisions que les puissants prenaient.

60% d’abstention ! Alors que sur tous les tons, des medias, parfois fort complaisants, avaient mis en scène la poussée de l’extrême droite, l’avaient annoncée et, pour ainsi dire encouragée, et même cajolée, le peuple français s’est dit : « puisque c’est comme ça, nous ne nous en mêlons pas. Débrouillez-vous ! » Si bien que le peuple, se mettant en grève civique, a laissé l’extrême droite s’installer en tête de la représentation politique de notre pays. Et devant un évènement d’une portée pareille, aucun faux semblant n’est acceptable. Il faut d’abord montrer, avec autant d’énergie qu’on le peut, qu’aucun d’entre nous n’acceptera que continue ce jeu glauque, pervers et dangereux pour la République, qui consiste à encourager l’extrême droite, à faciliter sa percée en rêvant d’un deuxième tour aux élections présidentielles où qui que ce soit qui se trouverait en face serait élu automatiquement, sans avoir besoin de rien dire ni de rien faire. Y’en a par-dessus la tête du vote utile et du chantage qui nous prend pour des animaux alors que nous sommes équipés d’un cerveau ! [applaudissements]

La leçon, il faut l’entendre ! On me dit : « Ah, vous autres, du Parti de Gauche, vous devez enfin comprendre qu’il faut rassembler la Gauche. » Je vais vous dire que si nous suivions ce conseil, nous aggraverions le mal. Pourquoi ?

Nous n’avons aucune intention de nous rassembler avec Manuel Valls et Monsieur Hollande ! [applaudissements] Ni aujourd’hui, ni demain ! [les applaudissements continuent] Ce n’est pas leur personne qui est en cause, c’est leur politique. Leur politique a déjà conduit à un désastre civique. Ce qui s’est passé aux élections européennes est d’une gravité exceptionnelle dont l’entière responsabilité revient au Président de la République et à Manuel Valls. Non seulement pour avoir mis en place cette politique qui ne mène nulle part, sinon à la souffrance, à la destruction des grandes et des petites choses, des petites choses qui font le bonheur de tous les jours : la possibilité de prévoir qu’on part en vacances et puis devoir constater qu’on ne peut pas partir en vacances ; prévoir l’année qui vient et, soudain, se voir fauché dans ses projets parce que le chômage est là.

Il l’est comme jamais ! Cinq millions de chômeurs ! Puisque vous savez qu’ils retirent ses statistiques ceux qui ont travaillé 72 heures dans un mois. Savez-vous, Mesdames, Messieurs les puissants ce que rapportent 72 heures au SMIC ? Croyez-vous que l’on puisse vivre de cela ? Croyez-vous que l’on puisse organisez sa vie de famille, élever ses enfants dans la dignité avec de tels moyens ? Eh bien, pourtant, des millions de nos compatriotes, aujourd’hui, s’efforcent de le faire avec si peu de moyens. Mais eux sont indifférents à tout cela. Si bien qu’ils ne peuvent rien comprendre à la colère du grand nombre. Non seulement cette politique irresponsable nous mène dans le mur mais cette manière inouïe de vous regarder dans les yeux pour vous dire : « eh bien dorénavant, ce sera comme auparavant ! » Et voilà pourquoi, quoi que vous votiez, ils s’en fichent !

Quel est le régime absurde qui rend possible une telle attitude, que même les monarques n’avaient pas sous l‘Ancien régime ? Et quand ils l’avaient, il leur en cuisait ! Eh bien, il va leur en cuire, c’est le souhait que je fais.

Mais les critiques que j’ai adressées, en votre nom, si souvent ont valu qu’on me jette tant de pierres, ou que l’on dénonce mon ton excessif, mes manières trop brutales, car, dans ce monde-là, voyez-vous, on doit parler à mi-voix, sans bouger trop les traits. Il ne faut pas être trop méditerranéen dans leur monde !

Et maintenant, voilà que la critique vient de l’intérieur, si bien que nous avons le paysage suivant. Le Président de la République s’est engagé sur un programme et il nous dit ouvertement qu’il n’en tiendra pas une ligne. Vous le sanctionnez, il vous dit qu’il a très bien reçu le message, la preuve, il va continuer ! [rires et applaudissements mêlés]. Et il en choisit un pire que l’autre ! Après quoi vous dîtes : « eh bien si c’est comme ça, nous nous en allons. » La majorité gouvernementale a explosé ; les Verts ont quitté le gouvernement ; quarante députés n’ont pas voté la confiance au Premier Ministre ; toute une série d’entre eux n’ont pas voté le budget. Et ainsi va la France, quarante députés nous refusent la confiance mais il ne se passe rien. Et ce sont des députés de la majorité. La moitié de la coalition fiche le camp et que se passe-t-il ? Rien ! Le chômage explose, que va-t-il faire ? Rien non plus ! C’est-à-dire la même chose qu’avant ! Il a donc divisé la Gauche, divisé sa majorité et voilà maintenant qu’il aura réussi à diviser son gouvernement !

Mme Duflot a-t-elle dit autre chose de l’intérieur que ce que nous disions de l’extérieur ? Mais c’est ici même, à Grenoble, voilà tantôt deux ans, que vous avez crié tous, en cadence, « pas de muselière et nous en sommes fiers ! »[1] Eh bien Madame Duflot a retiré sa muselière. Nous la félicitons ! [applaudissements]

Je ne voudrais surtout pas qu’on dise que je suis revenu à mes excès de langage puisque, paraît-il, dire la vérité est excessif. Je vais me contenter de dire, à propos de François Hollande, juste ce que disent ses amis ministres, actuels ou anciens. Voici ce que dit Cécile Duflot : « Il n’a su être le Président de personne. » En effet, on n’en est pas loin ! « Ce n’est pas une question de tempérament, c’est la conséquence d’une succession de choix souvent inattendus et, parfois » – elle est aimable – « incohérents entre eux ». Elle ajoute que « le récit de la lutte sans fin contre la dette est un discours d’affichage non suivi d’effet » – en effet, si vous réduisez la dépense publique et que vous coupez, forcément la dette augmente – « on devait tenir le 3% de déficits, on ne l’a pas fait et François Hollande passe son temps à fixer des objectifs qu’il ne peut pas tenir ». « L’effet » dit-elle – elle, pas nous qui sommes plus modérés – « est dévastateur ! » [rires dans le public]

Là-dessus, voici maintenant deux ministres, et non des moindres, qui vont se réunir cet après-midi pour tailler en pièces la politique du gouvernement auquel ils participent [rires dans le public], notamment le ministre de l’économie qui a dit : « Aujourd’hui, la réduction à marche forcée des déficits est une aberration économique. » Vous voyez ? Ce n’est pas moi qui parle, ce serait excessif ! Là, c’est modéré. [rires dans le public] « Car elle aggrave le chômage [applaudissements] ; une absurdité financière, une absurdité financière car elle rend impossible le rétablissement des comptes publics et un sinistre politique car elle jette les Européens dans les bras des partis extrémistes. » Par conséquent, il accuse la politique du Premier ministre du gouvernement dont il est membre d’aggraver le chômage, d’être une absurdité financière, de rendre impossible le redressement des comptes publics, de jeter les Français dans les bras des extrémistes et il qualifie la politique du Président de la République de sinistre politique. Mais qu’est-ce que vous voulez que j’ajoute à ça moi ? [rires dans le public]

Et même, triomphe total que je savoure avec gourmandise, le quotidien du Parti Socialiste, Libération, et son hebdomadaire, Le Nouvel Observateur, qui, après m’avoir couvert d’opprobre, se convertit enfin à son métier, c’est-à-dire observer les faits et en rendre compte, si bien que voici Monsieur Joffrin qui est le pape du socialisme modéré et l’organisateur du bal, voilà ce qu’il dit cet homme : « Une saine colère populaire sanctionnera un jour la politique aberrante » [Mélenchon : aaaah ! ] « imposée depuis bientôt sept ans » [Mélenchon : mais que ne l’avez-vous dit plus tôt ?] « par la classe dirigeante européenne. Sept ans d’austérité, sept ans de malheur ! ». Et attention, maintenant c’est du pur mélenchonisme, c’est dire la violence de la conversion ! [rires dans le public]. Moi, je ne parle plus comme ça, je trouve ça trop… vous allez voir ! Il dit, Laurent Joffrin, « par dogmatisme, par avidité, l’oligarchie continentale a passé outre, jugeant que les intérêts de la finance, c’est-à-dire les siens, devaient l’emporter sur ceux du peuple. » [applaudissements]

Alors vous voyez qu’il n’est pas vrai que le Parti de Gauche est hostile aux journalistes, nous les acclamons ! [rires et applaudissements mêlés]

Ah mes amis, vous voyez ? Pourquoi j’ai commencé par dire à quel point nous avons besoin d’éducation, d’élever le niveau de confiance et d’abord le nôtre même ! Il faut avoir les nerfs, la patience mais jamais renoncer au travail intellectuel qui nous permet de voir juste dans la confusion des faits car l’heure vient toujours où la lumière est plus forte que l’ombre, où l’idée avance, passant d’un cerveau à l’autre, jusqu’au plus réticent, comme vous le voyez ! [rires dans le public] pour ne rien dire de ceux qui, n’ayant jamais eu de cerveau, n’ont pas changé d’avis ! [rires et applaudissements mêlés].

Je le dis parce que tel n’est pas notre cas. On me dit « Rassembler la Gauche », j’ai répondu « Je ne crois pas que ce soit la bonne idée ». Alors que faut-il faire ? Car si nous ne faisons rien, si nous nous contentons de faire notre petite soupe et que nous allons d’un colloque à l’autre parmi ceux qui pensent un peu comme nous, qui ne votent pas comme nous dans les assemblées mais quand même, et celui-ci et celle-là, si sympathique – c’est vrai ! – que faisons-nous ? Rien ! Absolument rien. Nous étalons le spectacle de l’impuissance et de l’incapacité à penser le futur. Nous étalons le spectacle de gens qui ne sont bons qu’à parler. La question ce n’est pas de parler, c’est d’agir ! Et si on parle, il faut que la parole soit une action. Et c’est ce que j’essaie de faire en ce moment en m’adressant à vous et à ceux qui nous écoutent.

Mon discours n’est pas celui d’un homme qui se met à la retraite ni qui est déprimé. C’est un appel au combat ! Peuple français, il faut te mêler de cette affaire ! Il faut te mêler de cette affaire ! Car sinon, que va-t-il se passer ? Alors évidemment parmi vous, il y a tant de naïfs ! Comme je m’inquiète ! Il pourrait se passer quelque chose de surprenant ! Que François Hollande tienne une de ses promesses ! [rires dans le public] Évènement qui serait d’une portée considérable ! Ou ou ou ou qu’il respecte sa propre pensée ! Je ne veux pas lui suggérer mais juste lui rappeler qu’en 2006, dans son livre « Devoir de vérité »… « Devoir de vérité »… écrit avec Edwy Plenel, voici ce qu’il disait : « Je préconise un exercice de vérification démocratique au milieu de la législature. [dans le public on entend des applaudissements mais aussi des « hein hein » ou des « excellent ! »] Si, d’aventure, à l’occasion de cette vérification, une crise profonde se produisait où des élections interviendraient contredisant l’élection présidentielle, nous en tirerions toutes les conséquences en quittant la présidence. » [applaudissements nourris dans le public].

Bon, compte tenu de ce que nous savons, il est vraisemblable que l’on va titrer partout que j’appelle à la démission de François Hollande. Mais vous, qui êtes plus subtils, vous avez entendu que je vous ai rappelé que FRANÇOIS HOLLANDE envisageait la démission du titulaire de la fonction, pas moi !

Mais, allons au bout de cette affaire. Si nous disions que notre projet est de rassembler la Gauche, ce serait une formule creuse qui ferait plaisir à cette génération qui a connu les efforts pour la rassembler, mais c’était sur une ligne de rupture. Et ce n’est pas moi qui vais vous dire qu’il ne faut rassembler personne. Enfin quand même ! Nous en avons rassemblé quatre millions dans une élection et puis surtout nous avons rassemblé la plus grande partie de l’autre Gauche, je dis « la plus grande partie » dans le respect de ceux qui n‘ont pas voulu mais qui voudront peut-être la prochaine fois se joindre à nos efforts. Par conséquent, ce n’est pas nous qui allons défaire le Front de Gauche. Mes ami-e-s, c’est nous qui l’avons créé ! C’est notre œuvre ! Je vous rappelle qu’il a fallu du temps pour que l’idée du Front de Gauche avance assez pour être acceptée. Mais ce n’était pas le cas au début. Je vous rappelle qu’on faisait semblant. Vous le savez bien vous autres. Le Front de Gauche, c’est une réalité, c’est un point d’appui. Pour des milliers de gens, c’est l’unique bien commun qu’ils ont, ils n’appartiennent à aucun parti. Ils ne sont ni au Parti Communiste ni au Parti de Gauche. Ils ne sont dans aucun parti. Pour eux, le seul repère, c’est le Front de Gauche ! Ils se disent Front de Gauche. Ils vont voter Front de Gauche. Ils ont des drapeaux Front de Gauche. C’est leur espoir. On ne va pas aller leur dire « tout cela est fini ». Non ! Il y a une discussion. Il faut être grand garçon, grande fille. Il faut accepter qu’il y ait des discussions. Il ne faut pas faire que chaque fois qu’on a une discussion sérieuse, on dise « c’est une bisbille », « c’est une querelle de chefs », mais chef de quoi ? Ou c’est une lutte pour les places. Quelles places ? Jusqu’à la victoire, il n’y aura que des coups à prendre ! Je préviens tout le monde. Par conséquent ceux qui se seraient trompés et seraient venus pour des places se sont trompés de porte. Y’a que des coups à prendre ! C’est la lutte ! Y’a pas de lutte de places. A plus forte raison dans notre petit parti. Ce n’est pas ça le sujet ! Respectez la dignité d’un débat politique. Nous sommes dans une situation dangereuse. Il est important de discuter avec sérieux, jusqu’au bout, des questions de la stratégie. Nous avons eu cette discussion aux élections municipales. Ce n’est pas se complaire dans la dispute mais essayer d’en tirer l’enseignement.

Mes ami-e-s, le problème qui nous est posé N’EST PAS de rassembler la Gauche, c’est de fédérer le peuple ! [applaudissements] car le peuple, à l’heure actuelle, à l’heure actuelle, le peuple se désintéresse de la Gauche et de la Droite. Ce que vous entendez tous les jours, autour de vous, qui vous fait saigner le cœur, c’est quand on vous dit : « la Gauche et la Droite c’est pareil ! » Parce que vous, vous savez ce qu’il nous en a coûté d’être de Gauche, fidèles à nos valeurs, dans nos communes, dans nos entreprises. Et cette ignominie qui consiste à être assimilés à François Hollande, c’est à lui que nous la devons. Non ! Nous continuons à être les héritiers de cette tradition. Nous sommes les héritiers de la Gauche. Nous n’en sommes pas les gestionnaires.

Et maintenant, il s’agit de projeter l’ambition à un autre niveau en sachant par où commencer. Si nous ne faisons rien, en 2017, prochaine élection présidentielle si François Hollande ne s’en va pas avant, comme il avait imaginé de le faire dès 2006, s’il ne s’en va pas avant, il y aura une élection. Alors ça suffit l’hypocrisie qui consiste à dire « je ne m’occupe pas des élections ». Eh bien en démocratie, on doit s’occuper des élections. Et c’est un devoir de penser à ce qui va se passer. Parce que le cycle de cinq ans est très court. Il faut penser à ce que l’on va faire. Parce que, dîtes, ça va déjà être assez pénible de supporter ça encore deux ans et demi, avec des gens qui se battent comme s’ils étaient seuls au monde pour allonger l’âge de départ à la retraite – alors Nicolas Sarkozy avait dit 62 ans, François Hollande met ça à 66 ans, arrivent M. Fillon, M. Juppé, tous les autres de l’UMP, alors ceux-là ils ont trouvé, encore plus loin, 65 ans [il y a ici manifestement une erreur car l’affirmation est incohérente] ; et quelles idées ils ont à proposer à la France ? Encore plus de coupes budgétaires, c’est-à-dire la même chose, parce qu’ils font entre eux une sorte d’escalade pour savoir lequel va être le plus scrogneugneu, le plus coupeur de budgets, le plus coupeur d’avantages sociaux. Que va-t-il se passer ? Alors il pourrait se passer ce qui s’est passé aux Européennes c’est-à-dire que ne voyant rien venir qui puisse changer le cours de la vie, une masse immense du peuple dise « nous nous en désintéressons ». C’est pourquoi je dis notre projet n’est PAS de rassembler notre famille politique mais de fédérer le grand nombre. Comment pouvons-nous faire ? Par quel bout commencer ?

Eh bien le bout le plus important est celui qui consiste à dire « Prenez le pouvoir ». On ne peut régler aucun des problèmes de notre temps sans la participation populaire de masse. Le régime de la monarchie présidentielle ne peut plus durer. C’est une aberration qui écarte de la scène politique des millions de personnes. Il faut reprendre le pouvoir pour décider de ce qu’on fait de notre vie. Pour décider, nous-mêmes, si, oui ou non, on décide de supprimer les communes, les départements, l’essentiel des régions qu’on connaît aujourd’hui, pour décider quels sont les droits qui sont reconnus au peuple. C’est le moment de le faire ! Est-ce que nous sommes vraiment tous égaux ? Est-ce que nous avons un devoir de solidarité ou est-ce que nous décidons que la règle de vie, c’est chacun pour soi comme l’impose le régime néo-libéral ? Eh bien les Français pourraient décider que c’est chacun pour soi mais que du moins on puisse avoir cette discussion et qu’on puisse trancher. Pour ça, il faut changer la règle du jeu. Il faut changer la règle du jeu c’est-à-dire la constitution.

Qu’on ne vienne pas me dire que c’est une question trop technique. Vous avez vu, on me reproche d’être trop intellectuel pour le peuple ! Parce que ceux qui parlent méprisent tellement les gens les prennent pour des buses. Ils pensent que les Français ne comprennent pas les grands sujets. C’est le peuple le plus politique du monde que le peuple français ! Il comprend tout, tout ! Y’a aucun sujet hors de sa portée. [applaudissements]

Il faut changer la règle du jeu. C’est le plus grand commun dénominateur que nous pouvons avoir avec TOUS les Français, TOUTES les Françaises, quelle que soit leur opinion. De leur dire, maintenant le moment est venu de faire nous-mêmes, ce qui a été fait sans cesse sans nous. La constitution de la 5e République, qui n’a plus de 5e République que le nom, a été changée vingt fois, vingt-et-une même je crois, dont les dix-huit dernières fois sans l’avis du peuple français. Ça suffit ces méthodes-là ! Il est temps d’en passer à une autre étape où le peuple, se saisissant de lui-même pour se définir, dire quels sont ses droits, quelle est l’organisation des pouvoirs publics, devient le maître et le souverain dans sa propre patrie.

Voilà pourquoi nous avons changé notre dispositif. Non parce que je serais déprimé. Ni parce que Martine Billard en aurait marre de la tâche qu’elle accomplissait avec tant de brio. Mais parce qu’il faut adapter sans cesse la forme de l’organisation à la forme du combat politique. Nous ne gérons pas une bureaucratie. Le Parti de Gauche est un instrument de combat et rien d’autre ! Et ni elle, ni moi n’avons de plans de carrière. C’est fait. Merci ! Donc, ce n’est pas le sujet pour nous. Le sujet, c’est sortir de la nasse. Pas nous personnellement, sortir le pays de la nasse.

La France doit mettre sa puissance, celle de son peuple éduqué, celle de ses moyens matériels gigantesques, au service des grands défis qui accablent la civilisation humaine. Ça va mal tourner si on laisse faire ! Ça va mal tourner en Europe, parce que le risque de la guerre généralisée existe du fait de l’irresponsabilité de la politique agressive des États-Unis d’Amérique qui ont étendu l’OTAN et son armada jusqu’aux frontières de la Russie et s’étonne que celle-ci ne se laisse pas faire, provoquant une escalade que l’on n’avait pas connue du temps où c’était l’Union soviétique et qu’on est en train de connaître aujourd’hui depuis que, paraît-il, c’est le paradis démocratique en Russie. Faut-il être stupide pour aller soutenir un gouvernement dans lequel il y a des néonazis ? C’est une aberration ! Ce n’est pas la politique de la France de faire ça ! La politique de la France, c’est de s’avancer sur la scène, de parler aux Russes et de leur dire : « Bien, quelles sont les conditions auxquelles vous seriez prêts à souscrire du moment que votre sécurité serait garantie pour que les peuples qui se trouvent dans cette région du monde, eux aussi, aient le droit à s’autodéterminer ? » C’est une discussion où l’on met la vérité sur la table. Quelle autre méthode que celle du dialogue ? La force et la violence. Nous sommes pour le dialogue. Contre la guerre. Contre la violence. Contre les néonazis dans les gouvernements, de même qu’on est contre les gouvernements qui envahissent leurs voisins.

Eh bien, où est passée la « Communauté internationale » pendant ce temps ? Où est-elle passée pendant qu’était martyrisée la population de Gaza ? [applaudissements] Je veux dire mes félicitations, je veux dire mes félicitations, à la jeunesse de ma patrie qui a su se mobiliser en défense des malheureux victimes de crimes de guerre à Gaza. Ils l’ont fait avec une discipline parfaite alors que, de tous côtés, on les poussait aux excès. Ils ont su se tenir dignes et incarner, mieux que personne, les valeurs fondatrices de la République française. Ces valeurs sont que nous sommes toujours du côté du faible et de l’humilié parce que nos valeurs sont Liberté-Égalité-Fraternité, pas la paix aux uns, la guerre aux autres [applaudissements]. Nous ne croyons pas aux peuples supérieurs aux autres. Nous croyons que les droits de tous les êtres humains sont égaux. Ceux qui ont incarné la France républicaine, c’est ceux qui défendaient, en mémoire du passé où déjà nous avons vu de petites communautés humaines être massacrées du seul fait de leur appartenance à une communauté, en fidélité à ces combats du passé, en souvenir des meurtres de masse qui ont été commis dans le passé, en fidélité, nous nous sommes portés aux avant-postes, oui, du soutien à cette malheureuse population et nous avons dénoncé les crimes commis contre elle. Et nous avons le cœur soulevé de voir des écoles bombardées, des hôpitaux détruits, des ports, des aéroports et tous les moyens qui permettraient à cette population de se redéployer vers le futur. Oui, nous le dénonçons ! Oui, nous le dénonçons ! Nous n’avons peur de personne. N’essayez pas de nous faire baisser les yeux ! Peine perdue !

Si nous avons quelque chose à dénoncer, c’est ceux de nos compatriotes qui ont cru bien inspiré d’aller manifester devant l’ambassade d’un pays étranger ou d’aller servir sous ses couleurs, les armes à la main. Si nous avons quelque chose à dénoncer, c’est cela. La France a un devoir de militer pour la paix. Elle doit s’engager de toute sa force pour la paix. Et non pas voter des blancs-seings à la violence et à la brutalité ! Nous ne baisserons pas les yeux.

Je voudrais dire au CRIF que ça commence à bien faire les balayages avec le rayon paralysant qui consiste à traiter tout le monde d’antisémite dès qu’on a l’audace de critiquer l’action d’un gouvernement. Il n’y aurait donc qu’un seul et unique gouvernement au monde. Qu’il soit de gauche ou d’extrême droite, aucun d’entre nous n’aurait le droit de le critiquer sans être aussitôt accusé de racisme. C’est insupportable ! Nous en avons assez ! Je veux vous le dire. J’en ai assez de voir que vous m‘accusiez d’antisémitisme. J’en ai assez de voir que vous écrivez dans vos documents que le Parti de Gauche aurait manifesté sa « haine de l’Occident » – s’il vous plaît ! –, « des Juifs » – incroyable ! – Mais vous savez qui est là ? Vous savez qui parle à cette tribune ? – et enfin, pour terminer, « de la République ». Non ! La République, c’est le contraire des communautés agressives qui font la leçon au reste du pays. La patrie est à égalité à tous ses membres, tous ses enfants. Nous ne permettrons pas, nous ne permettrons pas, qu’à la faveur de quelques excès de quelques énergumènes, tous les musulmans de France soient montrés du doigt. De la même manière que nous n’avons jamais permis que l’on montre du doigt les juifs, les catholiques, les protestants et, surtout, la masse de ceux qui n’ont aucune religion et demandent aux autres de bien vouloir leur ficher la paix à un moment ! [applaudissements]

Pourquoi la France doit-elle se ressaisir ? Parce que, je viens de le dire, on voit que la puissance dominante – les États-Unis d’Amérique qui ont des raisons très profondes de craindre le futur – c’est-à-dire le moment où le dollar cesserait d’être la monnaie de réserve universelle et que viendrait à se percer, d’un seul coup, la bulle de ces milliards de milliards de milliards de dollars qui circulent et qui servent aux transactions internationales. C’est de ça dont ils ont peur ! Et c’est pourquoi ils préfèreraient la guerre généralisée à une paix qui viendrait à mettre en cause leur hégémonie et leur empire. Le dire, ce n’est pas être belliqueux avec les belliqueux, contre les belliqueux. C’est dire la vérité de ce qui est en cours. Les États-Unis d’Amérique sont préoccupés d’avoir vu surgir, dans la zone où se produit le 25% de la richesse du monde – l’Europe – une monnaie commune qui pouvait contrebattre sa puissance. Ils en étaient là, cherchant à affaiblir l’économie européenne de toutes les manières possibles. Et ils y sont parvenus. Y compris avec cette politique stupide de sanctions économiques contre la Russie dont les premières victimes sont les pays européens. Et ils pensaient, par ce moyen de la pression, intimider ces puissances émergentes que l’on voit dans le monde.

Eh bien, cet été, il s’est produit un grand évènement, un très grand évènement passé inaperçu. Les pays que l’on nomme BRICS – c’est-à-dire le Brésil, l’Inde, la Russie, la Chine et l’Afrique du Sud – qui représentent presque 50% du total de l’humanité, et 28% de la richesse totale du monde – mais la richesse réelle, car dans la richesse on compte les maniements de monnaie qui n’ont aucune contrepartie matérielle – qui produisent donc bien plus, si l’on regarde ce que les êtres humains consomment et utilisent, eh bien ces cinq pays ont décidé de constituer l’équivalent du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale. Si bien que ce jour-là, à Fortaleza, au Brésil, les États-Unis viennent de perdre, pour la deuxième fois, un de ses instruments les plus puissants qu’est [l’ensemble] FMI et Banque mondiale. C’est pourquoi le monde est en danger. Comment la grande puissance va-t-elle réagir ? Et nous, nous devons, plus que jamais, être la France qui porte une parole de paix, d’égalité. Une nouvelle alliance mondiale, altermondialiste – c’est-à-dire pour un autre ordre du monde – qui permette à notre pays de faire valoir ce qu’il est vraiment, c’est-à-dire présent sur les cinq continents, ou, en tout cas, dans les mers qui servent les cinq continents, notre pays qui a sa plus longue frontière commune avec le Brésil, et qui, de toutes les façons possibles, partage avec les BRICS davantage qu’avec les États-Unis d’Amérique, notamment la passion du futur, le goût de régler les problèmes du quotidien, et ainsi de suite. Mais par-dessus tout, l’idée de l’égalité.

Voilà ce que la France devrait être en train de faire à cette heure ! Une France indépendante, une France souveraine, une France qui n’est pas à la remorque des États-Unis d’Amérique, où l’on ne voit pas son monarque qui décide tout seul, un mois après avoir été élu, d’aller signer, à Chicago, un texte inepte où il donne à l’OTAN le système de la dissuasion nucléaire française et la démantèle ! Mes ami-e-s et camarades, vous pensez ce que vous voulez de la dissuasion, mais la chose la plus incroyable n’est-elle pas que le Président de la République, en signant l’accord pour qu’il y ait des batteries anti-missiles en Europe, décide que dorénavant les Français accepteraient des agressions partielles sans que la réplique soit totale. Mes ami-e-s, c’est la fin de la dissuasion ! On n’en a pas parlé une seconde dans ce pays, c’est incroyable !

Mais, par-dessus tout, il faut que j’aille à ce qui est le plus important, le plus fondamental, notre responsabilité d’êtres humains, notre responsabilité d’êtres humains. Maintenant, nous comprenons tragiquement que nous sommes tous semblables puisque nous dépendons tous du même écosystème, le seul qui permette notre vie. Ainsi, l’intuition des biens communs du communisme, du socialisme qui dit que c’est avec les autres qu’on se débrouille, du républicanisme qui dit que c’est tous ensemble qu’il faut penser ce qui est bon pour tous, est confirmé. Mais il ne faudrait pas que ce soit confirmé juste avant le désastre total !

Mes ami-e-s, cette année – ça tombe toujours au mois d’août maintenant ! – depuis le 19 août, date d’heureuse mémoire [anniversaire de JLM], il se trouve que notre terre est entrée en dette écologique. C’est-à-dire que dorénavant, nous consommons et nous jetons plus que ce que la planète peut recycler et reproduire. C’est une tragédie ! L’arrivée du jour du remplacement est de plus en plus éloignée dans l’année. Dans les années 70, c’était à la mi-décembre. Maintenant, nous en sommes à la mi-août ! Et la conséquence, vous la voyez ! Ce productivisme effréné a une conséquence sur le dérèglement du climat.

Savez-vous que, cet été, s’est tenu un congrès de météorologistes et que ceux-ci nous disent, de la manière la plus claire qui est : « dorénavant le changement climatique est commencé ! ». Ce n’est pas une menace, quelque chose qui pourrait se produire. Non, c’est quelque chose qui est commencé ! Et les effets du changement climatique ne sont pas proportionnels au niveau du réchauffement. C’est-à-dire que les conséquences sont mille fois plus étendues que le degré de réchauffement. Chaque fois que l’atmosphère se réchauffe d’un degré, l’évaporation progresse de sept points. Cela signifie que le mouvement de l’eau vers l’air, puis de l’eau dans l’air vers l’eau, s’accélère. Et ce cycle s’accélère, provoquant des phénomènes climatiques extrêmes. Ah ! Ceux qui disent « Après nous, le déluge ! » ne croient pas si bien dire ! Il va beaucoup pleuvoir, lamentablement au même endroit, tandis que d’autres n’en verront plus la couleur. Nous sommes entrés dans ce cycle. Eh bien, dans ce cycle, il faut que l’on ouvre une issue. En 2015, il y aura un sommet sur le climat en France. Françaises, Français, je vous appelle à vous impliquer dans les débats que les partis, les associations, les organisations vont lancer, pour que vous preniez pleinement conscience de ce qui est en train de se faire. Nous ne pouvons pas agir si tout le monde ne comprend pas bien ce qui est en cause [applaudissements]. Souvent, les gens ne comprennent pas de quoi il est question et pourquoi les évènements pourraient être extrêmes.

Voyez-vous, cette réunion des météorologues dit : « Autrefois, les marins croisaient, de manière exceptionnelle, des vagues de vingt mètres. Aujourd’hui les marins croisent, d’une manière moins exceptionnelle, des vagues de quarante mètres. »

Mes chers ami-e-s, des vagues, il y en a toujours eu. Des tremblements de terre, il y en a toujours eu. Des tsunamis, il y en a toujours eu. Mais, autrefois, les vagues du tsunami passaient sur des cabanes de pêcheurs. Dorénavant, elles passent sur des centrales nucléaires. 75% de la population habite à moins de 100 km d’une côte. Si la mer monte d’1,40 mètre comme on le prévoit d’ici la fin du siècle dans les évaluations optimistes, optimistes, cela signifie que 200 millions de personnes vont devoir se déplacer, sans oublier les installations qui vont avec. Voilà le défi qui est lancé à toute l’humanité. Et c’est là que vous voyez la classe dirigeante irresponsable que nous avons. À l’échelle du monde comme à l’échelle du pays. À l’échelle du monde, que font-ils ? Rien. Piller. Vous savez quoi ? Il y en a qui ont trouvé une bonne idée. Peut-être qu’en entendant mon discours, ils vont dire « Ah, tiens ! C’est pas mal ce que dit Mélenchon. On va acheter des actions dans les sociétés de parapluie. » [rires dans le public]. D’autres diront : « Mmmhhh, si on vendait des bouées de sauvetage, ça serait pas mal ! ». Eh bien, ce que je vais vous dire, c’est presque aussi ridicule. L’élévation du niveau de la mer augmente la pression sur les fonds marins. Cela provoque la remontée de la glace qui s’y trouve et qui contient, en quantité extrêmement importante, des gaz à effet de serre, du méthane. Les glaçons remontent, ils flottent et ensuite ils fondent. Et le méthane part dans l’effet de serre. Eh bien, il y en a qui ont dit : « y’a du méthane ? On va le ramasser pour le vendre. » Voilà ce qu’ils ont décidé. Et en Europe, qu’a-t-on décidé ? De tout reporter à 2030. Le reste ? Cosmétique.

Et on a inventé les droits à polluer. C’est-à-dire un trafic, un commerce, qui engendre toutes sortes de spéculations, qui consiste à vendre le droit de polluer. Et si on pollue moins on a donc des droits qu’on peut vendre à d’autres pour qu’ils polluent plus. Et ainsi de suite. Irresponsabilité des classes dirigeantes.

C’est pourquoi le coup de balai dont nous avons parlé doit être aaaaaample, laaaarge, profoooooond. Tous dehors ! Chassez-les tous ! Ils sont bons à rien. Ils ont mené l’économie à la catastrophe, la planète au désastre. Et regardez-les ! À peine leur donne-t-on quelque chose qu’ils se le prennent pour eux. Leur cupidité est sans fin, je vous l’ai dit tout à l’heure. Quand, vous, vous tirez la langue parce que vos salaires diminuent, eux ont augmenté de 30% le leur ! Vous savez, ceux qui vous disent sans arrêt : « regardez vous ne travaillez pas assez ! » – si, si, record du monde pour ce qui est du travail – «  il faut travailler plus longtemps » – ah bon ? Vous voulez qu’on ait la productivité de la Grèce ? Eh ben, donnez-nous le rythme de vie qu’ils avaient ! Tout était renversé. Combien de fois nous a-t-on parlé de ces travailleurs allemands si sérieux tandis que nous ne faisons rien ! C’est bien connu hein ? Combien de fois a-t-on comparé la France pour la traîner dans la boue, la montrer du doigt ? Toujours la France « à la traîne ». La France « lanterne rouge ». La France « dernier wagon ». Toujours des mots méprisants pour le pays. Pourquoi ils font ça ? Pour vous briser les reins. Pour que vous doutiez de vous. Pour que vous vous disiez : « Eh bien on ne peut rien faire, on est déjà si mal ! » Non ! Ce n’est pas vrai. Mais EUX, ils se gavent plus que les autres. Le patronat du CAC40 s’est gavé plus que celui d’Allemagne et d’Angleterre. Alors, nous commençons à nous dire, nous autres, Français, puisque vous trouvez toujours des ouvriers qui coûtent moins cher, nous allons commencer à essayer de trouver des patrons qui nous coûtent moins cher. [applaudissements]

C’est trop ! C’est irresponsable ! Pourquoi ? Parce que cette masse d’argent qui est donnée à quelques-uns, qui en font des usages souvent tout à fait déraisonnables, comme de le placer dans des objets financiers tellement compliqués qu’eux-mêmes ne savent plus ce qu’il y a dedans, cette masse considérable de richesses qui est le résultat du travail de tant de monde, elle devrait pouvoir être affectée aux investissements pour changer le modèle de production.

Mes ami-e-s, pour faire la planification écologique, c’est-à-dire pour réorganiser la production et l’échange, dans des conditions telles que la date de la dette écologique puisse être retardée dans l’année progressivement jusqu’au moment où nous respecterons la capacité de la planète à se reconstituer, il faut des investissements considérables. Et il faut donc choisir où va l’argent. Ou bien dans la poche de quelques-uns, ou bien dans le bien commun. Chaque fois qu’on investira, ce sera du travail, de l’invention, de l’imagination et nous pourrons, de cette façon-là, concilier la relance de l’activité sans sombrer dans le productivisme. C’est-à-dire faire exactement le contraire de ce que fait François Hollande qui donne quarante milliards à des gens qui n’en ont pas besoin en leur disant « produisez n’importe quoi, n’importe comment, n’importe où, du moment que ce n’est pas cher et que, grâce à la publicité, vous aurez créé des besoins bidon ». C’est ça le productivisme ! [applaudissements]

Et nous, c’est le contraire. Nous nous adressons aux jeunes qui ont envie de mettre leur immense imagination au service du pays. Et à tous les autres ! Ingénieurs, techniciens, tous ces gens avec qui nous pourrons dire, si le peuple le décide, et notamment s’il décide de l’inscrire dans sa nouvelle constitution, que la règle verte est dorénavant la règle des Français.

La règle verte, c’est : « on ne produit plus rien, on ne fait plus rien qui ne soit, en même temps, un acte par lequel nous permettons à la nature de reconstituer ce qu’on lui aura pris. » Les techniciens de notre pays sont capables d’inventer les machines et les process de production qui permettent de tenir cet objectif. Ils ont relevé TOUS les défis techniques. Par conséquent, c’est à leur imagination que nous nous adressons. Et quand nous dénonçons le patronat cupide et incapable du CAC40 qui a amené le pays dans l’état où il est, nous ne le confondons PAS avec ces milliers de gens à qui on a dit, parce qu’ils étaient auto-entrepreneurs – c’est-à-dire auto-esclaves – qu’ils seraient des patrons. Nous ne les confondons pas avec ces équipes d’artisans ou de petites entreprises. Nous savons très bien que ce n’est pas la même chose. Mais comme d’habitude, comme dans le monde paysan, les gros sa cachent derrière les petits. Et c’est d’ailleurs souvent comme ça dans la vie !

C’est pourquoi le discours que je suis en train de faire vous permet de voir comment, si nous changions la règle du jeu en changeant la constitution, plus personne n’aurait ce droit magique de n’en faire qu’à sa tête pendant cinq ans, en méprisant tout le monde, y compris sa propre majorité.

Deuxièmement, que si, par hasard, celui ou elle que vous auriez désigné-e à telle ou telle fonction, se croyait autorisé-e à faire ce qui lui passe par la tête, vous pourriez le sanctionnant en faisant, comme c’est le cas au Venezuela, comme c’est le cas dans plusieurs pays d’Amérique Latine, des référendums révocatoires [applaudissements]. C’est-à-dire qu’au lieu d’attendre de savoir si François Hollande estime qu’il a été suffisamment démenti par les votes populaires, eh bien vous en auriez l’initiative. Mais ça vaudrait aussi pour le maire, ça vaudrait aussi pour le député, ça vaudrait aussi pour les sénateurs. Ça vaudrait pour tout le monde !

Pour tout pouvoir qui vient du peuple, il faut concilier la stabilité des institutions – il faut qu’il y en ait car la démocratie, c’est de l’organisation du débat, ce n’est pas l’assemblée générale permanente, c’est une organisation qui doit déboucher sur la mise en œuvre des décisions – mais en même temps il faut que la capacité d’intervention révolutionnaire du peuple soit à tout moment préservée. Le référendum révocatoire, c’est dire quand un tant de % – je ne sais pas %, 3%, 10% – des électeurs inscrits le demandent en marquant leur nom et leur numéro d’électeur, eh bien un référendum révocatoire est convoqué et on décide si celui ou celle à qui la demande est adressée doit garder sa fonction ou pas.

Voilà UNE idée – parmi combien d’autres ! – mais qui montre qu’on peut parfaitement concilier, d’une manière responsable et sérieuse, l’initiative populaire et la stabilité des institutions.

De la même manière, il faut dire, dans l’entreprise, pourquoi certains ont tous les droits et d’autres aucun. Pourquoi Alsthom peut être dépecé et vendu, Alcatel quasiment mis dans la main de Goldman Sachs, et combien d’autres entreprises qui mettent en cause l’indépendance technique de la France ! Et même son indépendance militaire quand on voit que ce gouvernement a vendu une part des actions de la société qui produit le char Leclerc – vous pensez ce que vous voulez du char Leclerc mais moi je préfère qu’on décide quand on en produit ou quand on n’en produit pas, plutôt que d’y mettre des actionnaires privés, comme ça vient d’’être décidé, notamment une famille de capitalistes allemands, il fallait y penser !, qui, elle, va maintenant avoir intérêt à vendre des chars. Tandis que quand c’est la propriété de l’État, figurez-vous qu’on est plus mesuré dans leur usage ! [applaudissements] D’abord, parce que ça coûte à tout le monde. Donc la défense nationale et ses instruments de fonctionnement doivent appartenir à la patrie et au peuple et à personne d’autre ! On ne peut pas faire un commerce privé des armes et de la mort. [applaudissements]

Pourquoi tout cela est-il possible sans que jamais le peuple n’ait son mot à dire ? Êtes-vous d’accord pour qu’on vende le câble qui permet de faire les liaisons internet, comme cela est en train de se faire ? Parce qu’Alcatel a déposé 27 000 brevets à Goldman Sachs en garantie d’un emprunt d’un milliard et demi que l’État aurait dû consentir à cette entreprise, Alcatel, parce qu’elle vient d’entreprises qui avaient été nationalisées auparavant et qui sont donc le fruit du travail des Français, de leurs ingénieurs, de leurs chercheurs, de leurs travailleurs qui n’appartiennent PAS à cette petite caste qui fait de l’argent avec tout et finira par vider le pays de toute sa capacité de production et d’invention.

Voilà mes ami-e-s ce qui ne peut plus durer ! Et voilà pourquoi, quand on change la règle du jeu c’est-à-dire la constitution, ou quand on élit une assemblée constituante, quand on décide de tout ça – oui, il faut élire une assemblée constituante avec des gens qui ne sont pas déjà élus dans une autre assemblée et qui ne seront ensuite élus nulle part, comme ça, ils font le travail et ils rentrent à la maison comme Cincinnatus. Voilà !

Alors comment va-t-on s’y prendre ?

Il fallait, pour pouvoir mener cette tâche et y mettre toute l’énergie dont on a besoin, qu’on voit bien que ce n’est pas une affaire de parti. C’est-à-dire que ce n’est pas une occasion dont se saisirait le Parti de Gauche pour s’emparer d’un thème. Nous savons que nombreux sont ceux qui pensent comme nous, qu’il faut une 6e République parce que celle-ci est un bricolage inepte qui ne fonctionne pas ! Et peut-être qu’il y a des débats pour savoir si elle doit être parlementaire ou présidentielle. Mais nous pensons une chose en commun, je crois. C’est le peuple qui doit décider. Je ne dis pas que toute la bataille politique doive se résumer à la bataille pour la constituante. Mais c’est une bataille révolutionnaire, centrale ! Y a-t-il plus révolutionnaire que de changer de fond en comble les institutions et l’énoncé des droits du peuple ?

C’est pourquoi je pense que nombreux seront ceux qui voudront s’associer dans ce combat. C’est pourquoi j’ai dit, après en avoir longuement discuté avec les camarades, qui voyaient bien combien il y a d’inconvénients à changer notre dispositif… D’abord c’est nouveau donc on change et deuxièmement, ils préfèreraient que je sois le co-président du parti même si la réalité n’est pas tout à fait celle-là. Nous sommes un collectif comme vous le savez et ça se voit. Mais c’est mieux. Néanmoins, je ne serais pas, et nous ne serions pas, à la hauteur du moment politique si nous ne nous avancions pas. Il faut s’avancer et il faut fédérer le peuple. Donc, pour ça, il faut mettre en débat, en MOUVEMENT le peuple lui-même. C’est-à-dire que je ne vous propose pas d’organiser des colloques sur la 6e République – il y en aura – mais nous allons faire plus ! Nous allons faire plus grand si nous pouvons. Nous allons nous inspirer des méthodes de travail de nos camarades espagnols. C’est au peuple lui-même qu’on va demander de faire le travail.

Pendant quelques temps, chacun, peut-être, mettra dans sa poche sa carte de parti auquel il est légitimement fier d’appartenir et se projettera dans un mouvement plus grand que nous tous, plus grand que chacun d’entre nous, dans un mouvement où il n’y aura pas de président, qui pourrait avoir un comité d’initiatives et qui, ensuite, se propagerait dans tout le pays, et où tous ceux qui le voudraient pourraient s’associer directement, personnellement et s’impliquer directement et personnellement pour cette grande tâche.

On me dit « ah c’est une façon que vous avez trouvée pour parler de 2017 ». Oui, en effet, je le reconnais ! En 2017, ce ne sera pas une élection, ce sera une insurrection. Et nous allons y travailler. [applaudissements] Et comme nous avons vu que le cratère pouvait s’ouvrir du mauvais côté du volcan, nous allons travailler à ce que l’énergie passe du bon côté. Et après, le peuple français décidera.

Et puis, oui, nous avons un candidat : la 6e République ! [applaudissements] Sur cette base, on peut s’entendre. Moi, j’avais déjà dit, pendant la dernière campagne que je le ferai. Bon, je n’ai pas été élu ; il s’en est fallu de pas beaucoup [rires]. Oui mais, attendez les ami-e-s. Vous êtes terribles parce que vous avez été déçu-e-s. Moi j’en revenais pas qu’on fasse quatre millions de voix. Au début, je me disais : « mais ils sont fous, qu’est-ce qui leur prend ? » Mais non, c’est eux qu’ont raison ! C’est comme ça qu’il faut voir la vie. Il faut aller de l’avant. Et je me dis : Regardez ! En 2002, vous vous souvenez ? Le jour de l’année de naissance du vote utile [rires]. Là, bon appétit avec ce qu’ils vous annoncent ! La dernière fois, c’était Chirac ou l’extrême droite. La prochaine fois il paraît que ça va être l’extrême droite ou la quasi-extrême droite. Alors ouf ! Bon, Monsieur Hollande pense qu’il va se faufiler, là, au milieu. Mais je reviens sur 2002. Mes ami-e-s, l’extrême droite a été présente au deuxième tour avec combien de voix à votre avis ? 4,8 millions ! Nous on a déjà trouvé les quatre premiers millions. Il faut être capable de les fédérer de nouveau. Et combien d’autres en plus !

Je vous parle avec le plus grand sérieux. Si nous n’agissons pas, si nous ne nous mettons pas en mouvement, vous ne pourrez pas dire « je ne sais pas », « je ne savais pas ». Nous autres, qui sommes ici dans cette salle, nous parlons aux dizaines de milliers qui sont en train de nous écouter et nous leur disons : « Nous, nous marchons devant. Nous ouvrons la voie, nous prenons toutes les peines, nous prenons toutes les charges. Nous sommes dévoués. Nous vous épuiserons, comme disait Jaurès, par notre dévouement. Nous vous épuiserons par notre dévouement. Mais mettez-vous en mouvement ! Occupez-vous-en ! Saisissez-vous de cette situation ! Ou sinon, en France, rouera le pire. Comme c’est en train de se dessiner en Europe. Mais cette situation n’a rien d’inéluctable. Nous pouvons la retourner. Les jours heureux sont à portée de main du fait de notre immense capacité à imaginer et à inventer.

Regardez, vous êtes à Grenoble. Y’a pas meilleur endroit pour parler de ça ! À Grenoble, la révolution a commencé un an avant la Révolution. En 1788, le peuple est monté sur les toits pour empêcher les gardes du roi de disperser les élus du Parlement qui avaient, auparavant, fait fusionner les ordres. Tout ça aura lieu un an après. Et les députés qui étaient là, comme d’aucuns que je connais et que ne veux pas nommer, quand le roi leur a dit « bon, tout ça, ça suffit maintenant, tout le monde rentre à la maison ». Bon, ils s’en sentaient pas trop d’aller affronter la troupe. C’est le peuple qui, en montant sur les toits, jette des tuiles sur la troupe et aussi font un signe aux députés pour leur dire « vous avez intérêt à continuer à faire ce pourquoi vous êtes là et pas vous sauver ».

Je ne vous invite pas à monter sur les toits pour jeter des tuiles mais c’est un exemple à méditer [rires et applaudissements].

Au demeurant, c’est ci qu’il y a eu la capitale de la résistance armée des Français contre les Allemands et les Nazis. Quatre mille hommes et femmes sur le plateau voisin [le Vercors]. Toute l’armée allemande s’était concentrée pour exterminer les nôtres. Et la bataille a été rude entre des gens, pour une bonne part, quasi désarmés, en face d’une armée suréquipée. Les Nazis prirent otage la population qui était rendue responsable et pilonnèrent les villages, massacrant la population. Comme le font, chaque fois, les très puissants qui se sentent les mains libres. Mais la résistance, inébranlable, a tenu le choc. Et Grenoble s’est libérée par elle-même. Ce sont les résistants, francs-tireurs et partisans, qui ont libéré Grenoble. [applaudissements] C’est vrai, c’est vrai qu’ils ont eu l’appui du premier régiment, bataillon de choc, des parachutistes qui avait été créé où s’il vous plait ? En Afrique du Nord et qui est parti de Staoueli, village à côté d’Alger où était ma famille. [applaudissements]

Grenoble est restée fidèle tranquillement, à cette tradition et, dans les années 60, c’est ici qu’on a commencé à inventer une autre façon de vivre en ville, une autre manière de répartir, une autre manière de faire vivre le lien de la population au pouvoir local. Dois-je prolonger le trait ? Oui ! C’est ici, à Grenoble, qu’une nouvelle page de la gauche a été ouverte. Une gauche, en tout cas un mouvement citoyen puissant s’est levé. Regardez les détails.

Au premier tour, on n’était pas si bien placés dans les quartiers populaires. Et puis nos ami-e-s font leurs beaux résultats. Et à ce moment, es ami-e-s, mes camarades, voilà le moment de bonheur. Soudain, partout, ceux qui ne s’intéressaient plus à rien, dont on disait : « Pff, ils ne comprennent rien ! Rien ne les intéresse !» Ce n’est pas vrai. Aussitôt, ils se sont dit « on a vu la faille, on passe ». Ils venaient, par centaines, au local, demander tout, n’importe quoi, un autocollant, un tract, un foulard, quelque chose. Qu’est-ce que je peux faire demandaient-ils à nos camarades ? Et nos ami-e-s ne savaient que dire. Eh ben nous distribuons des tracts, nous faisons du porte-à-porte. Du porte-à-porte, on en fait ; et ça ne paie pas toujours ! Et là, soudain, le feu a pris de tout côté. Des milliers de braves gens ont montré, en quelques heures, qu’ils avaient tout compris, tout suivi, tout entendu, et qu’ils voulaient en être !

Voici la glorieuse révolution citoyenne à laquelle j’espère que les Français vont se décider. Les Françaises et les Français n’ont pas d’autre issue que celle-là ! Sinon une souffrance interminable. Et une souffrance sans objet. Car la dette en Europe ne sera PAS remboursée. Jamais ! Je vous le dis pour la raison suivante : elle est inremboursable. Parce qu’il y faudrait plusieurs générations. Elle ne sera pas remboursée. Les gens souffrent pour rien. Leur énergie serait bien plus utilement appliquée à produire autrement autre chose.

Bref, à Grenoble, alors que tous les états-majors s’étaient conjurés contre « l’araignée rouge » parce que vous savez qu’ils sont toujours très élégants dans les rapports avec les personnes. Moi, vous connaissez le sort auquel je suis soumis, les ami-e-s, et les adjectifs auxquels j’ai droit, mais alors les femmes, c’est deux fois pire ! Alors, elle, Élisa MARTIN, c’était « l’araignée rouge » et puis PIOLLE, c’était une sorte de bolchévique déguisé en vert ; ah moins, ah moins, ah moins… que ce ne soit un agent des paradis fiscaux ! Et, navigant d’une calomnie à l’autre, d’une caricature à l’autre, à quoi sont-ils arrivés les uns et les autres ? À rien !

J’ai noté que ceux qui nous faisaient des leçons de regroupement pour le second tour ne se sont pas regroupés. Eh bien, nous nous sommes passés d’eux ! Et vous avez vu que nous l’avons emporté de cette façon. Non pas en rassemblant la gauche, ce qui eut été totalement piteux, mais en fédérant le peuple. Grenoble a apporté la démonstration concrète de ce que ça veut dire. Des équipes de citoyens politisés qui se mettent au service du pays et de leurs semblables pour prendre le pouvoir ensemble. C’est cette tâche que je vous propose.

Nous ne sommes pas résignés. Nous ne coulerons pas avec François Hollande. La France républicaine, et l’idéal républicain et progressiste, ne seront pas enterrés avec François Hollande et sa bande de copains de promotion. Ni avec les occupants lamentables de la rue de Solférino. Ni avec aucun de ceux qui nous injurient au lieu d’essayer de répondre et de penser aux signaux d’alarme que nous leur envoyons. Aussi bien, comme nos camarades de Podemos, nous faisons notre une formule qui, dorénavant, est notre ligne stratégique. Nous avons bien compris le message des élections européennes et des élections municipales. Le message qui vient du PEUPLE qui en a par-dessus la tête du système, de la caste, de l’oligarchie. Et ce PEUPLE nous a dit : le système n’a pas peur de la Gauche parce que la Gauche lui mange dans la main, le système a peur du peuple et c’est pourquoi NOUS décidons de mettre le peuple en mouvement.

[1] On peut réentendre ce passage de la muselière en allant sur le lien ci-après. C’est de la 19ème minute passée de 25 secondes jusqu’à la 20è minute passée de 20 secondes :

http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/08/24/meeting-de-cloture-du-remue-meninges-du-parti-de-gauche/

& http://www.dailymotion.com/video/xt3a2o_meeting-de-cloture-du-remue-me-ninges-2012-du-parti-de-gauche_news#from=embediframe

 

 

Faire taire les armes israéliennes et gagner la paix

La Palestine est sous le feu d’Israël depuis deux semaines. Plus de mille morts et je ne sais combien de blessés sont déjà enregistrés au macabre décompte.

On manifeste mais cela, évidemment, ne change rien à la situation. Israël mène une guerre à outrance sachant qu’il ne risque rien, sinon quelques roquettes, lesquelles ne sont pas en situation de le menacer mais juste de lui donner une nouvelle raison de justifier sa guerre injustifiable. Vis-à-vis de ses voisins arabes, la puissance nucléaire d’Israël lui garantit l’inviolabilité. Et le soutien direct de la puissance américaine ajoute à son bénéfice la garantie d’impunité.

Israël est donc comme un serial killer en liberté, soutenu par les forces de l’ordre.

Les manifs ne stopperont pas Israël. Les sanctions économiques non plus. Israël ne s’arrêtera que le jour où il l’aura décidé. La Palestine est donc entre ses mains. Et aussi longtemps que les pays du monde détourneront le regard ou regarderont de loin, à peine gênés, aussi longtemps qu’ils se plaindront peut-être mais ne feront rien, Israël poursuivra sa politique de dévastation meurtrière.

Si le Parlement israélien renversait le gouvernement, les choses pourraient évoluer dans le bon sens mais rien ne semble indiquer pour l’instant que le gouvernement soit menacé.

Si le peuple d’Israël se levait en masse, sans doute que le gouvernement serait contraint de réévaluer sa politique belliqueuse mais le peuple d’Israël se fait attendre. Si quelques milliers osent manifester et défier ainsi courageusement leur gouvernement, on n’en est pas, loin de là, à la contestation massive.

Si l’ONU décidait d’agir vigoureusement, pas seulement en adoptant des résolutions puisqu’Israël les a toujours ignorées, mais en décidant de donner un ultimatum à Israël sous peine d’une mise en œuvre du chapitre 7 de la charte de l’ONU qui prévoit un droit de légitime défense pouvant passer par des moyens militaires, alors Israël n’aurait pas d’autre alternative que d’entendre la communauté internationale et d’obéir à ses ordres. Mais pour que cela existe, il faudrait, pour commencer, que le conseil de sécurité adopte une telle résolution et les États-Unis l’empêcheront.

Que peut-on donc faire ?

« Discuter » disent les pacifistes. Même avec un agresseur ? Et quand l’agresseur refuse de discuter ?

La situation étant ce qu’elle est, peut-être que les combats touchent à leur fin, faute de cibles à atteindre et de gens à tuer. Mais alors, quoi ? On pleure les morts, on se désole des destructions, on grogne un peu, on rappelle éventuellement son ambassadeur et on passe à autre chose ?

Non, désolé mais je ne peux accepter une telle ignominie, une telle incapacité à agir. Je suis adepte de paix et de concorde mais je n’accepte pas – je ne peux accepter – la loi du plus fort, la loi de l’oppresseur, la loi de l’assassin.

Je suis d’ordinaire épris de tolérance et de pardon mais on ne peut pas tolérer qu’un gouvernement cherche à annihiler un peuple, ni escompter que puissent être pardonnés ceux qui ne regrettent rien. Et évoquer cela, c’est dire aux victimes d’hier qu’on ne se soucie pas d’elles, à celles à venir qu’on ne fera rien pour elles, et à toutes même qu’on envisage, dès aujourd’hui, de ne demander aucun compte aux bourreaux.

Le gouvernement d’Israël – pas son peuple – est coupable aux yeux de l’humanité et doit être l’objet d’une vigoureuse action internationale. Dans un premier temps, l’urgence est de faire cesser l’agression militaire et seule une puissante menace du même ordre pourra dissuader Israël de poursuivre ses actes criminels de masse.

La France de Hollande ne fera rien et la plupart des pays occidentaux non plus. Mais parmi les pays non alignés sur Israël, il y a des puissances qui ont des moyens civils et militaires conséquents, capables de déployer bien des forces et de peser lourdement sur les choix d’Israël en lui faisant comprendre que s’il n’arrête pas immédiatement son agression, il expose son armée à des représailles foudroyantes.

L’ONU est l’organisation compétente pour régler les différends et son principe est le règlement pacifique des différends. Mais la charte de l’ONU reconnaît aussi à chaque État le droit souverain à la légitime défense. Le hic, c’est que la Palestine n’est pas un État souverain membre de l’ONU et ne peut donc, juridiquement parlant, bénéficier de ce droit. En fait, elle n’a que le droit de se taire, de souffrir, d’endurer, de mourir, de disparaître…

Mais les États membres de l’ONU, eux, ont le pouvoir souverain d’agir. Donc si, parmi les États qui ne tolèrent pas les actes du gouvernement d’Israël, plusieurs d’entre eux décidaient d’agir conjointement, Israël serait inéluctablement conduit à remettre en cause sa politique de guerre.

Une coalition constituée notamment par la Russie, la Chine, Cuba, le Brésil, le Chili, le Pérou, la Suède (pays dont j’ai vu qu’ils avaient fait part, à un degré ou à un autre de leur réprobation) mais aussi de beaucoup d’autres, serait de nature à changer les choses.

En 1956, la crise de Suez avait conduit les dirigeants soviétiques à menacer directement les agresseurs de l’Égypte (France, Royaume-Uni et Israël) d’envoyer des fusées atomiques sur leurs capitales et cela avait conduit à la fin immédiate (dans les heures suivantes) de l’expédition militaire anglo-franco-israélienne. Et les Américains n’étaient pas intervenus à leur rescousse car le président Eisenhower n’avait pas été tenu informé par ses alliés et avait très mal vécu d’avoir été ainsi tenu à l’écart, d’autant plus qu’il désapprouvait cette expédition militaire colonialiste et que les trois agresseurs le savaient.

Israël est puissant. On nous dit que c’est la 4ème armée du monde. Mais une coalition de plusieurs pays parmi lesquels ceux que j’ai cités ci-dessus le serait bien davantage encore. Et cette coalition aurait en outre pour elle le soutien d’une très large majorité des peuples du monde. Il ne s’agit pas d’entamer une guerre mondiale mais d’exercer une pression suffisamment crédible sur Israël pour qu’il cède.

Certains, je le sais par avance, vont désapprouver ce que je dis. Ils vont me faire passer pour un va-t-en guerre mais ceux qui me connaissent sauront que cela est très éloigné de ma philosophie.

La guerre est une saloperie absolue, indicible. Mais quand un peuple est ainsi massacré et qu’on laisse l’agresseur agir librement alors même que l’on a les moyens de le stopper, on soutient de fait cet agresseur.

« Ce qui m’effraie, ce n’est pas l’oppression des méchants, c’est l’indifférence des bons » disait Martin LUTHER-KING qui disait aussi « Celui qui accepte le mal sans lutter contre lui coopère avec lui. »

« Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire » disait pour sa part Albert EINSTEIN.

Et Desmond TUTU considérait lui que « Si tu es neutre en situation d’injustice, alors tu as choisi le côté de l’oppresseur ».

Je ne suis don pas neutre. Je désigne un agresseur et une victime et j’assume de recommander la manière forte pour désarmer l’agresseur.

Certains pourraient s’inquiéter qu’une telle action internationale, pouvant devenir une action de coercition militaire, soit de nature à déclencher une guerre mondiale opposant la dite coalition à une autre qui se formerait entre Israël et ses alliés occidentaux, parmi lesquels les États-Unis.

Je tiens à les rassurer. Certes, je ne peux préjuger des choix des États-Unis, dont les gouvernants sont souvent des princes jouant aux échecs avec la paix et la guerre, tandis qu’en coulisses s’agitent des monstres pour qui la vie des ennemis ou mêmes des alliés, quand ce n’est pas la vie de ses propres concitoyens, ne vaut rien. Mais les États-Unis ne sont, aux yeux de certains analystes, qu’un tigre de papier qui n’a jamais eu à se battre que contre bien plus faible que lui, et toujours au sein d’une coalition dans laquelle bien des alliés prenaient leur part importante du combat. Les États-Unis qui auraient à affronter une coalition mondiale s’étant constituée contre Israël ne se risqueraient sans doute pas à la guerre ouverte car ils savent que malgré leur apparente suprématie militaire, ils ne dominent que parce que aucune puissance de premier plan ne cherche vraiment à leur opposer une résistance. Or, nous avons appris de La Boétie – et, à mes yeux, cela s’applique aussi pour les États-Unis – que « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ». Par ailleurs le même La Boétie relevait, dans le Discours de la servitude volontaire,  qu’« un tyran n’a de pouvoir de nuire qu’autant que les hommes veulent bien l’endurer. »

Cette coalition mondiale en faveur de la Palestine pourrait donc stopper net Israël et nous devrions être des milliers, des millions même, à défendre une telle option. Vouloir la paix est un dessein des plus nobles mais la politique de conciliation entre un agresseur fou et une victime impuissante renforce l’agresseur. Il faut donc stopper cet agresseur. C’est la première urgence absolue.

Ensuite, évidemment, mais ensuite seulement, il faudra agir profondément et durablement pour gagner la paix. Et pour cela, il y a bien des choses à faire.

Gaza et la Cisjordanie ayant été partiellement réduites en cendres, son peuple manquant de tout, le monde devrait « adopter » les Palestiniens et leur apporter toute l’assistance nécessaire pour que la Palestine se relève, reconstruise ses villes, ses habitations, ses places, ses écoles, ses hôpitaux…

Il y a quelques dizaines d’années, des milliers de citoyens, souvent jeunes, venus du monde entier, étaient accourus en Israël pour aider ce pays et son peuple à créer une terre vivable et un pays développé alors que tout était à construire et ce, au milieu d’un désert. Ce fut l’épopée des kibboutz. Nous pourrions très bien, lancer au plan mondial une opération identique, cette fois au profit de la Palestine.

Les jeunes sont souvent très courageux et très dévoués aux causes humanitaires. Des milliers répondraient sans aucun doute à l’appel si une organisation était mise en place pour cela. Je ne doute pas que même des Juifs et des Israéliens y participeraient.

Dans les années 60, le président Kennedy avait lancé l’ « Alliance pour le progrès » qui avait l’objet de permettre à des jeunes Américains de consacrer quelques années de leur vie à une noble cause qui n’était pas d’ordre militaire mais civil et humanitaire.

L’Assemblée Générale de l’ONU pourrait lancer un tel appel mais il faudrait, bien évidemment, que de nombreux pays du monde s’engagent et mettent à disposition un certain nombre de moyens.

En conclusion, je mettrais donc en balance les deux exigences qu’impose la situation à mes yeux : d’une part, stopper immédiatement la guerre, par quelque moyen que ce soit ; d’autre part, gagner la paix, grâce à une combinaison d’actions d’ampleur internationale, initiées par les États ou par les citoyen-ne-s et les associations, en lien et avec le soutien des États et de l’ONU.

J’assume de dire que le gouvernement israélien doit être l’objet de menaces directes et vigoureuses destinées à faire taire ses armes sans délai et si les menaces ne suffisaient pas, j’assume de dire qu’il faudrait user des moyens de la contrainte militaire dans le cadre du chapitre 7 de la charte des Nations-Unies.

Mais cela n’est que l’indispensable réaction immédiate à l’agression perpétrée par Israël. Une fois les armes redevenues silencieuses, une fois les soldats d’Israël rentrés dans leurs bases, il faudra gagner la paix. Et cela passera par des actions à divers niveaux :

  • les chefs d’État et de gouvernement devront organiser les pourparlers nécessaires afin que la diplomatie reprenne vie entre les représentants des deux peuples.
  • Les ministres des différents États du monde devront faciliter – et le cas échéant coordonner – les actions innombrables qui seront entreprises pour reconstruire la Palestine et aider son peuple à développer tout ce qui sera de nature à lui offrir une vie normale : agriculture, économie, services…
  • Les associations qui agissent, d’une façon ou d’une autre, en soutien de la Palestine et de son peuple, pourraient être l’objet, de la part des gouvernements nationaux ou, à défaut, de la part de l’ONU elle-même, d’un soutien matériel, financier, juridique etc. Il est possible d’imaginer bien des innovations afin d’encourager les citoyen-ne-s à s’engager dans l’action humanitaire, au plan financier et fiscal mais pas seulement. Aujourd’hui, quand on travaille, on ne peut s’engager dans une association que pendant son temps libre, ce qui s’avère souvent très insuffisant. Un salarié ou un fonctionnaire qui voudrait s’engager à plein temps au service d’une association ne trouve aucune solution sinon celle, extrêmement rare, de devenir salarié de l’association. Les associations ne vivent que sur de rares subsides et leurs moyens sont très réduits. C’est le bénévolat qui leur permet d’exister et de survivre. Le dévouement des bénévoles est immense mais si l’État ou l’ONU apportait un soutien supplémentaire et massif aux associations oeuvrant au bénéfice de la Palestine, de la paix, du développement, la capacité d’action serait sans commune mesure avec celle qui caractérise les associations à l’heure actuelle. Et il n’y a pas que la question financière. Il y a aussi des questions juridiques mais souvent la question financière prédomine. Ne serait-ce que parce que, pour la plupart des gens, pouvoir vivre implique de disposer d’un salaire ou d’une rémunération. Quand on n’a pas une rente qui nous a été laissée par nos parents, on doit travailler pour vivre. Vous parlez d’une évidence ! Mais un salarié ou un fonctionnaire qui désirerait donner sa force de travail ou consacrer l’essentiel de son temps au bénéfice des autres dans une association, ne peut le faire que quelques heures par semaine ou doit attendre d’être à la retraite car sans rémunération, il ne peut plus vivre. Attribuer de nouveaux moyens conséquents aux associations leur permettrait de recruter des personnels à temps plein et d’engager les actions utiles.

Ces suggestions-là, il va sans dire que je ne suis pas le seul, ni le premier, à les exposer. Et j’ignore par quels moyens nous pouvons agir dans le sens souhaité car en l’état actuel des réalités politiques françaises et mondiales, les bonnes volontés et les souhaits de voir ces objectifs poursuivis se heurtent aux intérêts divergents de nos gouvernants et à cette raison d’État appréciée au seul prisme des intérêts oligarchiques.

C’est aussi pour dynamiter cela que la 6e République en France est indispensable et que nous devons faire place au peuple.

 

Front de Gauche : bilan et perspectives – Par Jérôme Météllus (PCF Paris)

Je vous invite à lire ci-dessous la meilleure analyse que j’ai lue depuis des semaines sur le Front de Gauche ! Et elle est écrite par un communiste… Ceux et celles qui me décrivent parfois comme anti-communiste en seront pour leurs frais. Ils constateront que mon anti-communisme est très sélectif. Il est très virulent et tout à fait assumé à l’égard de Pierre Laurent ou d’André Chassaigne et de tous ceux qui s’alignent sur eux. Mais quand je lis ce genre de billet que je désespérais de lire de la part de communistes, eh bien, j’assume evec un enthousiasme débordant mon admiration pour ces gens-là !

Si ces Communistes-là avaient tenu les rênes de leur parti au lieu des médiocres qui sont à sa tête, nous serions aujourd’hui au pouvoir et pas que dans nos villes !

Alors, camarades du Parti de Gauche, du Parti Communiste Français, d’Ensemble et d’ailleurs, vous, les citoyen-ne-s qui n’en pouvez plus de subir la régression généralisée et permanente, vous qui exigez un parti du peuple ambitieux et déterminé, inflexible et clairvoyant, lisez ce billet et relayez-le très largement. Méditez-le et inspirez-vous en.

Si ces Communistes-là parviennent à reprendre le contrôle du PCF, tous les espoirs nous sont permis. ALORS IL NOUS FAUT SOUTENIR CES COMMUNISTES-LÀ ET LES AIDER DANS LEUR LUTTE INTERNE.

I HAVE A DREAM TODAY !

* * * * *

Les élections municipales et européennes ont été un échec pour le Front de Gauche, au regard de ses ambitions et de son potentiel. Les européennes ont accentué le tableau des municipales – et il est clair : entre 2009 et 2014, le FN progresse de 3,6 millions de voix, le Front de Gauche de seulement 130 000 voix.

Le Front de Gauche avait annoncé de longue date son ambition d’arriver en tête de la gauche lors de ces élections européennes. Avec 14 % des voix, le PS poursuit sa chute ; elle est la conséquence inéluctable de la crise du capitalisme et de la politique d’austérité que mène le gouvernement « socialiste ». Mais cela ne profite pas au Front de Gauche. François Hollande recueillait 10,2 millions de voix au premier tour de l’élection présidentielle de 2012, contre 2,65 millions aux dernières élections européennes. L’écart – plus de 7,5 millions de voix – est tellement important qu’il ne suffit pas d’évoquer la spécificité du scrutin européen et le haut niveau de l’abstention pour répondre à la question : pourquoi, sur les millions d’électeurs socialistes de 2012 qui n’ont pas voté PS en 2014, aucun – ou presque – n’a voté Front de Gauche aux européennes ? Autrement dit : comment se fait-il que dans un contexte de crise majeure du système capitaliste, alors que le PS au pouvoir mène une politique d’austérité dont personne ne veut (à part le patronat), le Front de Gauche ne progresse pas ?

Si l’on regarde l’ensemble du cycle électoral du Front de Gauche depuis sa création, en 2009, on n’a pas seulement affaire à une stagnation, mais à un reflux. En 2014, le Front de Gauche réalise pratiquement le même score qu’en 2009. Or en avril 2012, au terme d’une campagne électorale marquée par des meetings massifs et très enthousiastes, Jean-Luc Mélenchon recueillait 4 millions de voix, contre 1,25 million pour le Front de Gauche en 2014. Ici aussi, l’écart est trop important pour se contenter d’évoquer, en guise d’explication, l’abstention élevée aux européennes. Car le FN résiste bien mieux à l’abstention : il recueille 4,7 millions de voix en 2014, contre 6,4 millions en avril 2012, soit un ratio de 74 %. Le Front de Gauche, lui, ne parvient en 2014 qu’à 31 % de son résultat de 2012, en nombre de voix.

Ces résultats ont envoyé une onde de choc dans les organisations du Front de Gauche. Chacun s’efforce de comprendre et de faire des propositions. Des réunions nationales pour « relancer » le Front de Gauche sont annoncées. De nombreuses tribunes et contributions ont été publiées dans L’Humanité et sur les blogs de responsables du Parti de Gauche (PG). Le débat doit être mené à tous les niveaux du Front de Gauche, de la base au sommet. Et il doit aboutir à des modifications profondes de son programme et de sa stratégie, car c’est évidemment là que réside le problème – et aussi, dès lors, la solution.

La faute au PS ?

Après un échec électoral, la tentation existe toujours d’y voir la conséquence de « conditions objectives » défavorables. Ainsi, au lendemain des élections européennes, la direction du PG a découvert une théorie que les dirigeants du PCF affectionnent depuis de nombreuses années et qui prend la forme du syllogisme suivant : le PS est discrédité ; or le PS est identifié à « la gauche » ; donc toute « la gauche » (Front de Gauche compris) pâtit du discrédit du PS. Eric Coquerel, secrétaire national du PG, écrit par exemple sur son blog : « La raison première de notre échec est simple : pour la très grande majorité de nos concitoyens, le gouvernement c’est LA gauche. Et nous sommes assimilés à cette politique ou du moins rangés dans ce camp. »

Militants communistes, combien de fois avons-nous entendu ce raisonnement au lendemain de revers électoraux ? Or il suffit de renverser l’argument pour mieux poser le problème : si le PCF et le PG ne s’étaient pas eux-mêmes associés, de différentes façons, aux politiques pro-capitalistes du PS et des Verts, les électeurs ne seraient pas tentés de les mettre tous dans le même sac « de gauche ». Autrement dit, on donne le bâton pour se faire battre, puis on se plaint du fait que les « circonstances » nous maltraitent. Nous y reviendrons plus loin.

Par ailleurs, si vraiment c’était « la faute aux socio-démocrates », comment expliquer les progrès, aux élections européennes, de Syriza en Grèce, d’Izquierda Unida en Espagne, du PCP au Portugal et du PTB en Belgique ? Il faut aussi analyser, en Espagne, le succès très significatif de Podemos, perçu comme se situant à gauche d’Izquierda Unida. Dans tous ces pays, il y a une social-démocratie enracinée de longue date et aujourd’hui profondément discréditée. Cela n’a pas empêché les partis se situant sur sa gauche de progresser.

L’impact de la crise

Nous ne voulons pas nier l’influence des conditions objectives. Par exemple, l’extrême gravité de la crise économique et sociale en Grèce constitue évidemment le cadre général de l’ascension rapide de Syriza, qui est passé de 5 % à près de 30 % de voix. Les dirigeants de Syriza n’étaient pas plus radicaux que ceux du Front de Gauche ; ils le sont encore moins aujourd’hui qu’ils s’approchent du pouvoir. Mais face aux plans de rigueur draconiens mis en œuvre par le PASOK au pouvoir, d’une part, et à la prostration sectaire du KKE, d’autre part, les engagements verbaux des chefs de Syriza contre les politique d’austérité ont déterminé une rapide recomposition de la gauche grecque. L’impasse des nombreuses grèves générales de 24 heures – qui ne pouvaient aboutir à rien, dans un contexte d’effondrement économique – a également favorisé un transfert de la radicalisation des masses grecques sur le terrain politique. En tenant compte de ces différents facteurs, l’ascension de Syriza s’explique sans difficulté.

En France, la crise économique et la régression sociale n’ont pas encore atteint des dimensions aussi catastrophiques qu’en Grèce. François Hollande mène une politique de rigueur qui, comparée à ce que subissent le Grecs, pourrait être qualifiée de « modérée », si elle ne marquait pas déjà au fer rouge la chair et l’esprit de millions de personnes. Le chômage et la précarité augmentent, les services publics sont attaqués, les niveaux de vie régressent – mais à un rythme moins rapide qu’en Grèce (ou en Italie, au Portugal et en Espagne). Ce contexte général pourrait expliquer que le Front de Gauche ne progresse pas aussi rapidement que Syriza en Grèce. Mais en aucun cas il n’explique le reflux du Front de Gauche entre 2012 et 2014. Les raisons de ce reflux ne doivent donc pas être cherchées dans les conditions objectives, mais dans l’incapacité du Front de Gauche, ces deux dernières années, à donner une expression adéquate à la colère qui monte dans le pays. Car en réalité, la situation est toujours extrêmement favorable au développement du Front de Gauche.

On aurait tort, cependant, de tabler sur le fait que le développement de la crise, en France, poussera mécaniquement la radicalisation des masses vers le Front de Gauche, de sorte qu’il nous suffirait d’attendre la vague sans trop nous soucier de notre ligne et de notre stratégie. Le Front de Gauche ne connaîtra pas automatiquement le même type d’ascension que Syriza. A cet égard, l’exemple de l’Italie, où la crise est encore plus profonde qu’en France, doit être médité par tous les militants du Front de Gauche. D’erreurs en trahisons, la direction du PRC a réussi à saborder ce qui restait du puissant Parti Communiste Italien. En quelques années, le PRC a pratiquement disparu de la carte politique. La relation dialectique entre les « conditions objectives » et les erreurs des dirigeants de gauche peut être fatale aux partis ouvriers.

La stratégie électorale du PCF

Nous ne répèterons pas ici ce que nous avons écrit sur l’impact très négatif de la division du Front de Gauche aux élections municipales. Cette division et les alliances au premier tour avec le PS et les Verts – deux partis gouvernementaux, à l’époque – ne pouvaient que semer la confusion parmi tous ceux qui cherchent une alternative à la « gauche » gouvernementale, laquelle mène une politique de droite.

Cette leçon est-elle enregistrée, désormais, par les dirigeants du Front de Gauche ? Malheureusement pas. Dans une tribune publiée dans L’Humanité, fin avril, et signée par une quinzaine de dirigeants du PCF (et non des moindres), la question est abordée en ces termes : « nous récusons l’idée que la condition de l’efficacité et de la lisibilité de notre stratégie soit l’autonomie électorale. […] La première condition d’un rassemblement utile à nos concitoyens et capable de créer des convergences politiques fortes, c’est de respecter la souveraineté des composantes du Front de gauche sur leurs choix électoraux comme sur l’ensemble de leurs décisions. Les oukases à répétition de Jean-Luc Mélenchon doivent cesser ! »

Ainsi, au nom de la « souveraineté » du PCF, ces dirigeants veulent pouvoir faire toutes sortes d’alliances avec le PS – comme au premier tour des municipales – sans avoir à subir les « oukazes » de ceux qui leur font observer que dans le contexte actuel, de telles alliances sont une stratégie suicidaire pour le PCF et pour le Front de Gauche. « Laissez-nous saborder en paix le PCF et le Front de Gauche, si cela plait à notre souveraineté ! » Comme militants communistes embarqués sur le même navire, nous ne sommes pas d’accord avec cette conception de la « souveraineté » du PCF. Si elles prolongent ce qui s’est fait aux municipales, les alliances du PCF aux prochaines échéances électorales porteront gravement atteinte à la crédibilité du PCF et du Front de Gauche.

En réponse aux critiques du PG sur la stratégie électorale du PCF, les signataires de cette tribune ajoutent : « Notre erreur est précisément d’avoir progressivement fait du Front de gauche un rassemblement à visée principalement électorale ». Or comment caractériser, au juste, la stratégie d’alliances du PCF avec le PS au premier tour des municipales, sinon comme une « visée » non seulement « électorale », mais même principalement électoraliste, sans principe, subordonnée au seul objectif à court terme d’obtenir un maximum d’élus ? Enjambant sans mot dire cette contradiction, les auteurs de la tribune s’élèvent alors très au-dessus des considérations bassement « électorales » et ouvrent la perspective suivante : « De nouveaux espaces d’intervention populaire doivent être mis en place avec l’objectif de créer une nouvelle culture politique dans le pays. Cela nécessitera un travail de proximité par la création de milliers d’espaces dans les quartiers, les villages et sur les lieux de formation et de travail. Non des assemblées qui servent de tribune aux composantes du Front de gauche, mais des ateliers politiques en lien avec les luttes sociales pour reconstruire progressivement un lien de confiance avec les citoyens, les travailleurs, les jeunes de notre pays et co-élaborer avec eux un projet alternatif de gauche. »

Tous les militants du PCF seront d’accord avec le projet d’enraciner le Front de Gauche dans la population. Le PCF devrait toujours être au cœur des luttes et des débats qui traversent le mouvement ouvrier. Ceci devrait occuper une place plus importante dans la vie interne et publique du parti, qui a trop tendance à être rythmée par les campagnes électorales. Mais pour que le « travail de proximité » rencontre un écho favorable dans la population, pour que les militants communistes sur le terrain n’occupent pas trop seuls les « milliers d’espaces » qu’il s’agit de créer, il faut que la stratégie électorale du PCF soit claire et cohérente. Chassée par la porte, cette question reviendra par la fenêtre. Le PCF ne pourra pas progresser sans une rupture politique claire avec le PS, notamment en matière de stratégie électorale. Sans une telle rupture, on aura le plus grand mal à impliquer la population dans nos activités publiques contre les politiques d’austérité. Le double jeu – alliances avec le PS au plan électoral, lutte contre l’austérité « sur le terrain » – nous mettra (et nous met déjà) dans une position intenable.

Les dirigeants communistes signataires de cette tribune avancent encore une autre explication du reflux du Front de Gauche : ses débats internes se seraient « transformé(s) ces derniers mois en une bataille de leadership illisible pour nos concitoyens. » Or en réalité il n’y a pas de « bataille de leadership ». Pour la masse de la population, le « leadership » du Front de Gauche se confond largement avec la personne de Jean-Luc Mélenchon. C’est une conséquence de sa candidature à la présidentielle, de la radicalité de sa campagne de 2012 et de l’enthousiasme qu’elle a suscité. Les signataires de la tribune en question le savent parfaitement. Cette histoire de « bataille de leadership » ne sert qu’à couvrir – pour ne pas en parler – les divergences politiques et stratégiques qui se sont exprimées, à l’occasion des municipales (mais pas seulement), sur l’attitude que le Front de Gauche doit adopter à l’égard du PS.

Le PG, les Verts et la « gauche du PS »

La direction du PG a elle aussi contribué à affaiblir le Front de Gauche, en particulier avec sa stratégie d’alliances avec les Verts (EELV) et sa perspective de constituer avec ce parti une « nouvelle majorité ».

Jusqu’au lendemain des élections municipales, les Verts (EELV) étaient au gouvernement – et donc comptables de la politique réactionnaire de François Hollande. Ils ont quitté le gouvernement dans l’espoir de ne pas être entrainés par le PS dans sa chute. Aux européennes, ils ont tout de même perdu 1,1 million de voix par rapport à 2009. C’est le parti qui a perdu le plus de voix. Il aurait encore plus reculé s’il n’avait pas quitté le navire « socialiste » en perdition, après y avoir loyalement soutenu les contre-réformes et les coupes budgétaires. Combien des 1,1 million de voix perdues par les Verts se sont reportées sur le Front de Gauche ? Aucune ou très peu. Un certain nombre d’entre elles se sont sans doute portées sur les listes UDI-Modem, qui a gagné 450 000 voix par rapport à 2009. Le sénateur EELV Jean-Vincent Placé n’a pas tardé à tirer ses propres conclusions du scrutin européen : il propose à son parti de se tourner vers le Modem.

La direction du PG a sans cesse cherché à attirer les responsables d’EELV sur le terrain de « l’écosocialisme ». Mais ces derniers sont acquis à l’économie de marché ; ils ne veulent pas entendre parler du socialisme authentique. En conséquence, leur programme « écologique » est parfaitement compatible avec les politiques d’austérité, qu’ils n’ont pas hésité à défendre au gouvernement. Or dans le contexte actuel, tous les partis qui seront liés aux politiques d’austérité, d’une façon ou d’une autre, seront sévèrement sanctionnés. C’est l’une des principales leçons des élections européennes. Se tourner vers EELV, c’est se tourner vers une baudruche électorale déjà complètement discréditée aux yeux des éléments les plus radicalisés de la jeunesse et du salariat. C’est donc s’exposer, par ricochet, au même discrédit. Et qu’on ne pense pas régler ce problème en expliquant se tourner uniquement vers la « gauche » des Verts : si tant est qu’une chose pareille existe et pèse quoi que ce soit, personne n’en est informé – et cela n’a du moins aucune espèce d’existence distincte dans la conscience des masses. Par exemple, tous les députés Verts ont voté la contre-réforme du rail au Parlement.

La stratégie du PG à l’égard des Verts (ou de la « gauche du PS ») suscite de nombreux débats de sa base à son sommet. Le 18 juin, Jean-Luc Mélenchon évoquait sur son blog le « rapport du Front de Gauche aux dissidents socialistes et Verts ». Il écrivait : « La réunion de mes amis en Conseil national m’a rendu le service que j’en attendais : y voir plus clair. Un point en particulier m’a frappé. Quelque chose que je n’avais pas vu, du fait de mon implication personnelle dans les discussions avec les partenaires institutionnels de la gauche. Beaucoup me mettent en garde : les regroupements de groupes et partis politiques ne sont pas l’essentiel à cette heure. Il existe une lame de fond de rejet de tout ce qui touche à « la politique ». L’activité de ceux qui veulent tourner la page de ce système ne doit surtout pas donner l’impression de résumer sa préoccupation à la préparation d’élections et aux alliances qui vont avec. J’entends ce message et je crois qu’il touche juste. Surtout si l’on tient compte du fait que les « dissidents » socialistes et Verts sont pour l’instant plus forts en mots qu’en actes. […] Beaucoup d’entre eux veulent surtout négocier des corrections à l’intérieur de la trajectoire définie par le gouvernement. »

C’est exact. Mais il faut préciser une chose : la « lame de fond de rejet » ne frappe pas « tout ce qui touche à la « politique » » en général. Elle frappe surtout les partis politiques qui se situent « à l’intérieur de la trajectoire définie par le gouvernement », comme l’écrit Mélenchon, c’est-à-dire qui défendent une politique d’austérité – ou qui se trouvent associés, notamment par des alliances électorales, à des partis qui défendent une politique d’austérité. C’est en cela que résidait la grave erreur des alliances du PCF avec le PS – et du PG avec les Verts – au premier tour des élections municipales.

Mélenchon, cependant, ne tire pas toutes les conclusions de ce qu’il avance. Dans la même note de blog, il écrit en effet : « Les Verts ont donné la consigne de ne pas voter le collectif budgétaire du gouvernement, c’est-à-dire l’inepte pacte de responsabilité. Quand on vote contre le budget, qu’est on, sinon dans l’opposition ? Ainsi, d’un seul coup, quels que soient, pour finir, la réalité et le nombre des votes négatifs des députés Verts, l’opposition de gauche s’élargit d’un parti supplémentaire. » Non : l’« opposition de gauche » ne s’est pas élargie d’un millimètre sous prétexte que la direction nationale des Verts donne des consignes que les députés Verts s’empressent de ne pas respecter. La direction nationale, d’ailleurs, ne leur en demande pas tant. Ses pseudo-consignes font partie intégrante de manœuvres visant à « négocier des corrections à l’intérieur de la trajectoire définie par le gouvernement ». Dès lors, présenter les Verts comme faisant partie de « l’opposition de gauche », ce n’est pas renforcer celle-ci, c’est au contraire la discréditer aux yeux de tous ceux qui cherchent une alternative de gauche sérieuse à la politique réactionnaire du gouvernement.

Les mêmes remarques s’appliquent évidemment aux socialistes « dissidents ». La « gauche du PS » n’a jamais été dans un aussi piteux état. Formés à l’époque de la réaction idéologique et de la relative croissance économique des années 90 et 2000, ses cadres n’ont pas d’autre horizon que l’économie de marché. Face à la politique réactionnaire du gouvernement, ils protestent, s’agitent, menacent de ne pas voter la confiance à Manuel Valls – puis, lassés par tant d’émotions, capitulent. Sur les quelque 90 députés socialistes qui avaient signé un texte menaçant de ne pas voter la confiance, seuls 11 se sont abstenus, finalement. Tous les autres ont voté pour. Aucun n’a voté contre. Tout ce que ces « dissidents » osent demander au gouvernement, c’est un peu moins d’austérité, un peu moins de coupes budgétaires, comme si celles-ci étaient quand même inévitables. En conséquence, la « gauche du PS » n’existe guère plus que la « gauche des Verts » dans la conscience de la population. Lorsqu’on leur parle de députés PS « dissidents », les travailleurs regardent vers les bancs socialistes de l’Assemblée nationale, mais ne perçoivent qu’un magma indifférencié votant les coupes budgétaires avec plus ou moins d’enthousiasme. Ils en concluent, à juste titre, qu’on cherche à leur faire prendre des vessies pour des lanternes.

Mélenchon ajoute un élément important, dans la même note de blog. Il appelle le Front de Gauche à se tourner vers les luttes : « le cœur du moment est dans l’action de combat et dans les luttes à épauler et conforter autant qu’on le peut. C’est là qu’est le moteur du Front du peuple que nous voulons faire émerger. […] c’est à l’aide aux luttes de terrain qu’il faut s’appliquer. » C’est tout à fait correct. Malheureusement, le comportement de la direction du PCF, pendant la récente grève des cheminots, a abouti au résultat contraire. Nous y reviendrons ailleurs. Ce qui est clair, c’est que le Front de Gauche doit se tourner en priorité vers les salariés en lutte contre le patronat et la politique gouvernementale. Il doit développer son implantation parmi les éléments les plus combatifs de la classe ouvrière. Le PCF et le PG doivent tourner le dos aux alliances sans principe et aux manœuvres d’appareils avec le PS et les Verts, au profit d’un travail patient et systématique en direction des millions de jeunes et de travailleurs qui cherchent une alternative au capitalisme en crise.

Le programme du Front de Gauche

Le Front de Gauche doit être au premier rang de toutes les luttes contre l’offensive du patronat et du gouvernement « socialiste ». Mais il doit aussi défendre un programme qui s’attaque aux causes fondamentales de la crise du capitalisme et de la régression sociale qu’elle entraîne. On ne doit pas seulement aider les travailleurs en lutte ; on doit s’efforcer de les entraîner dans une lutte politique contre le système capitaliste dans son ensemble. Pour ce faire, il nous faut un programme qui lie étroitement les revendications immédiates des travailleurs à l’objectif d’une rupture avec le système capitaliste.

Dans le Programme de Transition (1938), écrit en pleine crise des années 30, Trotsky soulignait que dans le cadre du « capitalisme pourrissant […], il ne peut plus être question de réformes sociales systématiques ni de l’élévation du niveau de vie des masses », que « la bourgeoisie reprend chaque fois de la main droite le double de ce qu’elle a donné de la main gauche », et qu’enfin « chaque revendication sérieuse du prolétariat et même chaque revendication progressive de la petite bourgeoisie conduisent inévitablement au-delà des limites de la propriété capitaliste ». [Nous soulignons]

Ces quelques lignes s’appliquent parfaitement à la situation actuelle. Le capitalisme est aujourd’hui au moins aussi « pourrissant » qu’à la fin des années 30. A ce propos, Eric Coquerel (PG) écrit sur la question de l’emploi : « les délocalisations des entreprises sont des plaies insupportables pour les premiers intéressés, leurs salariés, mais aussi les populations autour. […] Pour cette raison, il faut une mesure concrète emblématique à même de répondre à chaque cas et de montrer que l’on peut rompre avec le « laisser aller, laisser faire » et l’idée que rien n’est plus possible. Je propose le mot d’ordre de « réquisition ». Elle serait appliquée à toute entreprise bénéficiaire qui annonce une délocalisation. L’Etat et les collectivités aideraient ensuite à la poursuite de son activité soit par un soutien financier et technique à un redémarrage en SCOP […], soit, selon l’importance, et le caractère stratégique du secteur, une nationalisation. »

Les mots d’ordre avancés par Coquerel – « réquisition », « nationalisation » – vont exactement dans le sens de ce qu’indiquait Trotsky : il est désormais impossible de défendre sérieusement nos conditions de vie et nos emplois sans empiéter sur la grande propriété capitaliste. La façon dont Coquerel formule la revendication de nationalisation n’est pas entièrement satisfaisante ; par exemple, nous ne pensons pas que seules les entreprises « bénéficiaires » devraient être concernées. Mais ce qu’écrit le dirigeant du PG va dans la bonne direction. Et il faut en tirer les conclusions pour l’ensemble de l’économie, à commencer par le secteur bancaire, dont la nationalisation – sous le contrôle des salariés et de la population – devrait occuper une place centrale dans le programme et l’agitation quotidienne du Front de Gauche. Compte tenu de la gravité de la crise, le programme du Front de Gauche doit, selon les mots de Trotsky, « conduire au-delà des limites de la propriété capitaliste ».

« Révolution citoyenne » et « révolution socialiste »

Dans sa note du 18 juin, Mélenchon revient sur son projet de « révolution citoyenne » : « il ne s’agit pas de nommer sans le dire l’ancienne idée de « révolution socialiste ». Il s’agit d’autre chose ». La révolution citoyenne, explique-t-il, « se donne pour objectif et pour méthode la démocratie partout et jusqu’au bout, au service du bien de tous ». Elle aurait comme « acteur » le « peuple, concept qui inclut le salariat mais ne s’y réduit pas puisqu’il intègre tous ceux que la condition urbaine met en situation d’interdépendance ».

Le « peuple » ainsi défini comprend des gens tels que Liliane Bettencourt, Martin Bouygues ou Serge Dassault, pour ne citer que quelques spécimens de cette classe de parasites qui détient le véritable pouvoir dans le pays. Or on suppose que la direction du Front de Gauche ne compte pas sur eux pour être des « acteurs » de la « révolution citoyenne ». Aussi pensons-nous qu’il vaut mieux nous en tenir à l’ancienne idée marxiste – qui n’a pas pris une ride – selon laquelle la classe révolutionnaire de la société moderne est le salariat, c’est-à-dire la classe ouvrière, laquelle peut et doit se placer à la tête de toutes les autres couches opprimées de la population dans leur lutte commune pour renverser l’ordre établi. C’est cette union des travailleurs et de toutes les couches opprimées qui constitue « l’acteur » de la révolution socialiste. Quant au fait que le salariat soit la classe révolutionnaire par excellence, de nos jours, cela découle de sa position privilégiée dans les rapports de production capitalistes : sans l’aimable permission des travailleurs, pas un téléphone ne sonne, pas une ampoule ne brille – et pas un train ne roule.

L’identification du « peuple » – comme « acteur » de la « révolution citoyenne » – à « tous ceux que la condition urbaine met en situation d’interdépendance » n’est pas une bizarrerie doctrinale accidentelle. Elle découle d’une analyse erronée des résultats électoraux du Front de Gauche. Selon cette analyse, il faut prendre garde de ne pas effrayer les « classes moyennes » avec un programme trop « radical » (qui sonnerait trop « révolution socialiste »). On trouve par exemple cette idée dans un texte publié par Guillaume Etievant, membre de la direction du PG, le 3 juin dernier : « nos divisions, notre radicalité et notre manière de communiquer nous ont coupés d’une partie de l’électorat de la classe moyenne que nous avions réussi à convaincre en 2012. » [Nous soulignons]. Plus loin, il suggère de ne pas « radicaliser davantage notre programme ».

Ce point de vue erroné n’est pas nouveau dans l’histoire du mouvement ouvrier. Il ne faudrait pas se « couper des classes moyennes » par un programme trop radical ? Mais les classes moyennes, par définition, ne sont pas homogènes : ses couches supérieures penchent vers la classe capitaliste, ses couches inférieures – qui embrassent la grande majorité des classes moyennes – penchent vers la classe ouvrière. La masse des classes moyennes, sur laquelle la crise du capitalisme pèse lourdement, n’a pas d’identité politique propre ; elle oscille sans cesse entre les deux classes fondamentales de la société : les travailleurs et les grands capitalistes. Dans sa recherche d’une issue à la crise, elle se tournera vers la classe la plus déterminée et la plus combative. En modérant notre programme, c’est-à-dire en le condamnant à l’impuissance, on ne gagne pas les classes moyennes : on désarme la classe ouvrière – et, ce faisant, on jette les classes moyennes dans les bras de la réaction. Lénine a expliqué cette dynamique de classe à de nombreuses reprises. C’est là encore une « idée ancienne », mais toujours d’une grande actualité. La poussée électorale du FN en est une illustration évidente.

Le Front de Gauche doit radicaliser son programme, justement. Cela signifie d’abord qu’il doit préciser le rapport de la « révolution citoyenne » à la grande propriété capitaliste. C’est la question centrale. De deux choses l’une : soit la « révolution citoyenne » laisse les banques et tous les grands leviers de l’économie entre les mains des capitalistes, auquel cas elle laisse le système intact et ne mérite pas le nom de « révolution » ; soit elle vise à exproprier les grands capitalistes et placer l’économie sous le contrôle démocratique des salariés, auquel cas il s’agit de l’« ancienne idée » de révolution socialiste, qui est plus que jamais d’actualité. Aucune innovation terminologique n’éliminera cette alternative fondamentale de notre époque. La grande révolutionnaire Rosa Luxemburg la résumait ainsi : socialisme ou barbarie.

Les « adhésions directes » au Front de Gauche

L’échec électoral du Front de Gauche a remis sur le tapis la question des « adhésions directes », c’est-à-dire la possibilité d’adhérer au Front de Gauche sans adhérer à l’une de ses organisations constituantes. La direction du PG y est toujours favorable, mais nombre de dirigeants du PCF y sont opposés (notamment les signataires de la tribune citée plus haut). Ils redoutent que cela renforce l’emprise du PG et de Mélenchon sur le Front de Gauche. De très nombreux militants communistes craignent que cela affaiblisse le parti sur le plan organisationnel. Or cette question ne doit pas être posée en termes strictement organisationnels. Si le Front de Gauche ne vire pas vers la gauche en rompant avec le PS et les Verts, d’une part, et d’autre part en adoptant un programme plus combatif, les « adhésions directes » ne seront ni un problème, ni une solution, car il y en aura sans doute assez peu dans l’immédiat.

La politique des dirigeants du PCF affaiblit sans cesse le parti depuis de nombreuses années. Notre problème, ce n’est pas les adhésions directes au Front de Gauche, mais les démissions directes du PCF, ainsi que nos difficultés à intégrer les nouveaux adhérents. Selon les chiffres officiels, le PCF est tombé de 79 000 cotisants fin 2008 à 64 000 fin 2012. Les éléments les plus radicalisés de la société, qui par définition auraient leur place dans un parti communiste, ont observé sans enthousiasme les alliances du PCF avec le PS aux municipales. Et ils ne sont pas plus enthousiasmés par les discours ambigus des dirigeants du parti, qui par exemple refusent toujours de se présenter comme une « opposition de gauche » au gouvernement de François Hollande.

Si le PCF avait un programme véritablement communiste, s’il était perçu comme le parti le plus à gauche du Front de Gauche, il n’aurait rien à perdre aux adhésions directes. Au contraire. Le Front de Gauche serait un pôle d’attraction dans lequel le PCF puiserait de nouveaux adhérents parmi les plus combatifs. Mais ce n’est pas ainsi que les choses se présentent aujourd’hui. Le PCF est perçu, non sans raison, comme se situant sur la droite du Front de Gauche. C’est le fond du problème, auquel les militants du parti doivent s’attaquer en priorité.

Conclusion

La crise du capitalisme français est loin d’être terminée. Dans le cadre de ce système, les conditions de vie de la masse de la population continueront de se dégrader. A l’instar des gouvernements « socialistes » grecs et espagnols, il y a quelques années, l’actuel gouvernement « socialiste » français continuera de mener une politique calquée sur les intérêts du grand patronat. Comme l’écrit Alan Woods dans un article sur les élections européennes : « Hollande est sans doute parvenu à la conclusion qu’il n’a plus rien à perdre et peut poursuivre sa course vers la droite. Bien sûr, c’est suicidaire à la fois pour lui et pour le PS. Mais comme les vieux Samouraïs, les dirigeants socio-démocrates préfèrent se tuer avec leur épée que se livrer au déshonneur d’abandonner le système capitaliste à son propre sort. »

Des mobilisations syndicales ponctuelles, même très militantes, ne pourront au mieux que ralentir le rythme de la régression sociale. Le gouvernement se montrera inflexible, comme on l’a vu avec la grève des cheminots. Cela mènera inévitablement, à un certain stade, à une série de mobilisations de grande ampleur impliquant des travailleurs de plusieurs secteurs de l’économie. Des explosions de la jeunesse – dans les lycées, les facs et les quartiers – sont également à l’ordre du jour. Si le Front de Gauche parvient à se connecter à ces luttes, s’il défend un programme, des idées et une stratégie en phase avec l’humeur combative des éléments les plus radicalisés de la population, il peut rapidement se développer. Mais rien ne le garantit d’avance. S’il est perçu comme une force politique complice, de près ou de loin, des politiques d’austérité que mène le gouvernement, cela peut être fatal au Front de Gauche – et fatal, aussi, aux organisations qui le constituent.

Malgré ses erreurs et ses carences, le Front de Gauche conserve un ancrage dans les couches les plus politisées du mouvement ouvrier. Il a d’énormes réserves potentielles de soutien dans les masses. Les regards se tourneront de nouveau vers lui dans la période à venir. Il faut y contribuer et s’y préparer. Pour notre part, nous nous efforcerons de convaincre un maximum de camarades du PCF et du Front de Gauche de la pertinence des idées et du programme du marxisme. Ils sont la clé des succès futurs du Front de Gauche et de notre lutte pour en finir avec le système capitaliste pourrissant.