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« La France insoumise : son succès, son programme et son avenir » – Publié dans le journal « Révolution » le 13/09/2017

L’article publié dans le journal Révolution est accessible ici.

Avant-propos de Vincent Christophe Le Roux : Je vous invite à lire, à méditer et à relayer largement cet article du journal « Révolution » qui est d’une densité rare.

Oui il est long. Oui, il est dense. Il vous faudra une bonne demi-heure pour aller à son terme. Mais ça en vaut la peine !

C’est un texte qui vous fouette le sang !

C’est un texte qui vous fait réfléchir, qui vous appelle à remettre en question ce qui pouvait vous paraître évident jusqu’ici. Ou à l’inverse, vous fait imaginer ce que demain pourrait être à condition que nous ne reproduisions pas les erreurs d’hier, celles qui ont empêché nos pères de réussir hier en France, celles qui ont empêché nos semblables de réussir hier ailleurs dans le monde, celles qui empêchent aujourd’hui nos frères et soeurs de parvenir d’atteindre le rêve que nous caressons tous et toutes.

C’est un texte qui peut aussi vous renforcer dans certaines de vos certitudes.

Je ne souscris pas à tout ce qui est dit, j’ai ainsi des réserves sur certains sujets :

  • d’une part, sur la critique, faite par cet article, du “nationalisme” prétendu de Mélenchon et de la France insoumise , et sur la nocivité de la logique “indépendantiste”,
  • d’autre part, sur la nécessité affirmée de transformer en parti le mouvement de la France insoumise,

Mais ces deux réserves mises à part, je juge ce texte exceptionnel. C’est un outil vraiment formidable pour le combat politique que nous menons au sein de la France insoumise.

En outre, je suis de ceux qui considèrent que le projet L’Avenir en commun, s’il est une excellente base de travail qui nous a fait d’ailleurs gagner des millions de soutiens de plus qu’en 2012, ne peut se suffire dans son état actuel. Il aurait fallu aller beaucoup plus loin sur pas mal de sujets. Nous étions un certain nombre à avoir fait passer ce message pendant la phase préliminaire de la campagne électorale, notamment lors de la préparation de la première convention de la France insoumise, celle de Lille ! Or, hélas, nous avons échoué à convaincre la majorité qui a préféré adopter un projet restant dans une forme d’entre-deux sur bien des sujets fondamentaux. On l’a vu évidemment sur la question européenne. Mais pas que !

On l’a vu aussi par exemple avec le refus d’intégrer les propositions de Bernard Friot. Ce fut hélas très significatif et en même temps très révélateur de la « modération » de certains des nôtres qui se trouvaient parmi les principaux décideurs de ce qui s’écrivait dans le projet. Il y avait pendant la campagne électorale – et il y a toujours aujourd’hui – bien trop d’esprits colonisés voire contaminés par la logique « social-démocrate » parmi les principaux acteurs nationaux de la France insoumise. Et c’est la raison pour laquelle nous n’allons pas au bout de la logique que portent cependant notre discours et notre projet.

Si on l’avait fait, peut-être aurions-nous convaincu ces quelques centaines de milliers d’électrices et d’électeurs populaires qui nous ont manqué au 1er tour ; et peut-être aussi que des millions d’abstentionnistes seraient venus aux urnes nous soutenir en votant Mélenchon ! Peut-être que si nous avions osé être plus ambitieux dans notre projet, plus courageux aussi, nous aurions gagné cette partie du peuple qui aurait fait la différence alors qu’elle nous a délaissé.

Aujourd’hui, l’élection est derrière nous. Il est donc temps de pousser fort, très fort, pour que notre projet aborde enfin certains sujets négligés et assume clairement et solennellement des ruptures qu’il n’a pas voulu assumer jusqu’à présent. Notamment – mais les deux sont entièrement liés – la rupture avec l’Union européenne et la rupture avec le système capitaliste !

Vaut-il mieux perdre quelques modérés qui auront peur d’une telle révolution et gagner le soutien de millions d’âmes qui nous regardent encore aujourd’hui avec défiance, ou vaut-il mieux l’inverse ?

Je pose la question…

* * * * *

Moins de deux ans après sa création, la France insoumise (FI) est devenue la force dominante à gauche. Non pas, bien sûr, qu’elle soit la mieux organisée ou qu’elle ait le plus grand nombre d’élus. Mais elle domine indiscutablement dans la conscience politique des masses. Tous les sondages le soulignent : la FI est perçue comme la principale opposition de gauche au gouvernement Macron. Elle suscite beaucoup d’espoirs et d’attentes dans les couches les plus exploitées et les plus opprimées de la population. C’est fondamental. Aucun puissant appareil, aucun vaste « réseau d’élus » ne peut remplacer un tel soutien populaire.

Nos adversaires – la classe dirigeante, ses politiciens et ses relais médiatiques – ne s’y sont pas trompés : ils attaquent sans cesse Mélenchon et son mouvement. Dans cette agressivité, il entre une certaine dose de peur. Or celle-ci, comme on le sait, est mauvaise conseillère : en concentrant le feu sur la FI, ils contribuent à accroître son autorité et la désignent implicitement comme une possible alternative au gouvernement actuel (ce qu’elle est). Les politiciens bourgeois font toujours cette erreur, lorsqu’ils sentent le sol se dérober sous leurs pieds. En Espagne, la droite a déversé des tonnes de calomnies sur Podemos, pendant des années, en l’accusant notamment de soutenir – ô surprise – la « dictature » de Nicolas Maduro, au Venezuela. En Grande-Bretagne, Jeremy Corbyn subit le même sort, sur d’autres thèmes. Mais chaque fois, les calomnies finissent par éclabousser les calomniateurs.

Un phénomène international

Le succès de la FI ne tombe pas du ciel. Il est important d’en comprendre les raisons fondamentales. En premier lieu, il faut souligner le caractère international de ce phénomène. Partout, la crise mondiale du capitalisme provoque une polarisation – sur la droite et sur la gauche – qui déstabilise en profondeur les échiquiers politiques. En particulier, l’aile droite de la social-démocratie, qui a dominé la gauche pendant des décennies, est dans une crise profonde. Elle est de plus en plus concurrencée par des forces qui émergent sur sa gauche. C’est le cas notamment en Espagne (Podemos) et en Belgique (PTB). Avant cela, l’ascension rapide de Syriza, en Grèce, s’était réalisée au détriment du PS grec, le PASOK. En Grande-Bretagne, l’aile droite du Labour est confrontée à l’énorme popularité de Jeremy Corbyn, qui vient de la gauche du parti. Aux Etats-Unis, il n’y a pas de social-démocratie à proprement parler : le Parti Démocrate est un parti purement bourgeois. Mais il n’empêche que la campagne de Bernie Sanders aux primaires démocrates, en 2016, fut un séisme politique majeur : il se présentait comme un « socialiste », proposait une « révolution politique contre la classe des milliardaires » – et suscitait l’enthousiasme de millions d’Américains.

L’émergence de la FI est l’expression, en France, du même processus, qui s’enracine donc dans la situation objective : dans la crise du système capitaliste, dans ses conséquences sociales désastreuses et dans les politiques d’austérité qui se succèdent depuis la récession mondiale de 2008. Dans ce contexte, tous les partis – de droite comme « de gauche » – qui participent à la mise en œuvre de politiques d’austérité en sortent profondément discrédités. Un espace s’ouvre alors sur la gauche. Encore faut-il l’occuper, ce dont furent incapables les « frondeurs » du PS (qui se plaignaient de la politique de Hollande, mais votaient pour) et la direction du PCF (qui est embourbée dans des alliances avec le PS). Mélenchon, lui, a su occuper cet espace ; il a su rompre clairement avec le PS et incarner le refus des contre-réformes et des coupes budgétaires. Sans surprise, la radicalité de son discours a rencontré un puissant écho chez des millions de jeunes et de travailleurs.

Il est inutile d’aller chercher beaucoup plus loin les raisons du succès de la FI. Par exemple, on lit parfois que Mélenchon aurait trouvé le « bon dosage » entre « nationalisme » et « socialisme ». C’est faux. D’une part, il n’y a pas de bon dosage en la matière : nationalisme et socialisme s’excluent mutuellement ; le socialisme est par essence internationaliste. D’autre part, les tendances nationalistes sont beaucoup moins affirmées chez Sanders, Iglesias et Corbyn que chez Mélenchon. Or leurs succès sont comparables. Ils découlent avant tout du caractère socialde leur programme : le refus de l’austérité, des coupes budgétaires et du pouvoir sans limites des capitalistes. Le nationalisme français, quel qu’en soit le nom (« indépendantisme », « souverainisme » ou « patriotisme »), n’a pas un atome de contenu progressiste et ne peut en rien favoriser la croissance de la FI.

Réformes et révolution

Révolution considère l’émergence de la FI comme un développement très positif, car cela déporte vers la gauche l’axe politique du mouvement ouvrier français. Nous sommes partie prenante de ce mouvement. Nous avons activement participé aux campagnes électorales de Mélenchon à la présidentielle et des candidats « insoumis » aux législatives. Cependant, comme organisation marxiste, nous avons un certain nombre de divergences avec le programme officiel de la FI. Depuis le début de notre investissement dans ce mouvement, nous avons formulé ces divergences de façon positive et constructive. Résumons-les.

Le programme de la FI, L’Avenir en commun, contient une longue série de mesures économiques et sociales très progressistes. Si elles étaient mises en œuvre, elles se traduiraient par une très nette amélioration du niveau de vie de l’écrasante majorité de la population. Pas de toute la population, cependant ; la petite minorité de grands capitalistes qui contrôlent l’économie y perdrait quelque chose, à quoi ils tiennent plus qu’à la prunelle de leurs yeux : une partie de leurs marges de profit. La baisse du temps de travail, l’augmentation des salaires et le développement des services publics – pour ne citer que ces trois mesures de L’Avenir en commun– impliquent nécessairement de ponctionner les marges de profits des bonzes du CAC 40, et donc aussi les dizaines de milliards d’euros de dividendes qu’ils distribuent aux actionnaires, chaque année. L’Avenir en commun le dit d’ailleurs clairement : « il faut taxer les profits ».

Nous sommes évidemment d’accord avec l’idée de taxer les profits. Sous le capitalisme, toute la lutte des classes, au fond, est une lutte pour la répartition des richesses créées (par les salariés) entre Travail et Capital. Cependant, il y a des limites aux conquêtes sociales qu’il est possible d’arracher et de consolider dans le cadre du système capitaliste, en particulier dans un contexte de profonde crise économique, comme aujourd’hui. Non seulement le patronat n’est pas disposé à concéder de nouvelles réformes progressistes, mais il exige sans cesse des contre-réformes brutales. Confrontée à un gouvernement dirigé par la FI, la classe dirigeante française ferait tout ce qui est en son pouvoir pour saborder les réformes et contraindre le gouvernement à faire marche arrière. Pour ce faire, elle utiliserait son contrôle de l’appareil productif, de l’industrie, des transports, de la grande distribution, des banques et des médias. Par exemple, elle organiserait une grève d’investissements et une fuite des capitaux (lesquels, d’ailleurs, fuiraient spontanément pour éviter les taxes). Comment un gouvernement de la FI répondrait à cette contre-offensive de la classe dirigeante ? L’Avenir en commun n’apporte pas la réponse – et, à vrai dire, ne pose pas la question.

Voici notre réponse : les mesures progressistes de L’Avenir en commun ne pourront être mises en œuvre qu’à condition de rompre avec le capitalisme lui-même, donc de s’en prendre de façon décisive à la grande propriété capitaliste. Cela passe par la nationalisation – sous le contrôle démocratique des salariés et des consommateurs – des principaux leviers de l’économie : banques, énergie, transports, industrie, distribution, etc. Or L’Avenir en commun propose seulement de nationaliser quelques entreprises : « des » banques (lesquelles ?), les autoroutes, EDF et Engie (ex-GDF). C’est très insuffisant. Nous ne proposons pas de nationaliser les petites entreprises : ce serait inutile et absurde. Mais pourquoi laisser la plupart des mastodontes du CAC 40 entre les mains des milliardaires qui les possèdent – et qui, n’en doutons pas, s’en serviraient pour opposer une résistance acharnée aux mesures contenues dans L’Avenir en commun ?

Il faut compléter le programme de la FI dans le sens que nous venons d’indiquer, c’est-à-dire y introduire des mesures visant la transformation révolutionnaire et socialiste de la société.

Les leçons de la crise grecque

L’histoire de la lutte des classes a maintes fois démontré la nécessité d’un programme de rupture avec le capitalisme. En France, par exemple, le premier gouvernement de Mitterrand, entre 1981 et 1984, s’est heurté à ce qu’il a lui-même appelé le « mur de l’argent », qui n’est rien d’autre, au final, que la propriété capitaliste des grands moyens de production. En refusant de briser ce mur, Mitterrand s’est condamné à répudier son propre programme : ce fut le « tournant de la rigueur » de 1983-84, l’abandon du programme officiel du PS et, au passage, le début de la longue dérive droitière de ce parti.

Plus récemment, c’est en Grèce que les limites du réformisme ont éclaté au grand jour. En janvier 2015, Syriza accédait au pouvoir sur la base d’un programme progressiste. Sa mise en œuvre se serait traduite par une très nette amélioration des conditions de vie des masses grecques, lesquelles avaient subi, depuis 2009, plusieurs plans d’austérité draconiens. Cependant, Alexis Tsipras nourrissait l’illusion qu’il pourrait à la fois mettre en œuvre son programme de campagne et négocier un « bon accord » avec la « troïka » (UE, BCE, FMI) sur la dette publique grecque. Mais la troïka et l’ensemble des classes dirigeantes européennes ont immédiatement soumis le gouvernement grec à de colossales pressions pour qu’il renonce à son programme officiel et poursuive les mesures d’austérité. On connaît la suite : en juillet 2015, Tsipras capitulait sur toute la ligne et s’engageait dans la voie des privatisations et de nouvelles coupes budgétaires.

On entend parfois que Tsipras n’avait pas le choix, que les travailleurs grecs n’étaient pas prêts à une rupture avec le capitalisme – et que, de toute façon, la Grèce est un trop petit pays pour s’engager sur la voie du socialisme, qu’elle aurait été « isolée », etc. Ces arguments ne tiennent pas une seconde. La détermination des jeunes et des travailleurs grecs à lutter contre la troïka et les capitalistes en général a été démontrée par leur mobilisation massive dans les jours qui ont précédé le référendum du 5 juillet 2015. Le résultat du référendum lui-même – 61 % des voix contre les exigences de la troïka – en fut une autre illustration limpide. Si, au lieu de capituler quelques jours plus tard, Alexis Tsipras s’était appuyé sur le résultat du référendum pour proposer la répudiation de la dette publique et un plan de rupture avec le capitalisme grec, il est très probable que les pauvres, les jeunes et les travailleurs l’auraient soutenu activement et avec enthousiasme. Et à tout le moins, pour connaître leur réaction à l’idée d’une rupture révolutionnaire, il fallait la proposer.

Bien sûr, une Grèce socialiste se serait immédiatement attiré les foudres du capitalisme mondial. Mais elle aurait aussi gagné la sympathie des travailleurs du monde entier, à commencer par les travailleurs d’Europe. On peut affirmer avec certitude – sur la base de toute l’expérience passée – que le renversement du capitalisme en Grèce aurait eu un énorme impact politique sur l’ensemble du continent. Une vague révolutionnaire n’aurait pas tardé à balayer l’Europe. La question aurait été posée à toutes les forces de gauche : « pour ou contre la Révolution grecque ? », de même qu’Octobre 1917 avait posé la question : « pour ou contre la Révolution russe ? ».

Il n’est pas décisif, au fond, que ce soit la Grèce, l’Espagne ou un autre pays qui commence la révolution socialiste. La puissance économique relative des différents pays d’Europe n’entre pas en ligne de compte dans les perspectives générales, car les conséquences politiques du renversement du capitalisme dans un seul pays, quel qu’il soit, seront très indépendantes de son PIB. Aussi, les raisonnements sur la différence entre la « petite » Grèce et la « puissante » France n’ont pas grand intérêt. Ils aboutissent en général à la conclusion doublement fausse que la Grèce est trop faible pour le socialisme – et la France assez puissante pour s’en passer.

L’exemple du Venezuela

Le Venezuela offre un deuxième exemple, lui aussi tragique, de l’impasse du réformisme. Rappelons brièvement l’histoire récente du Venezuela.

L’élection de Hugo Chavez à la tête du pays, en 1998, a marqué le début d’une authentique révolution, la « révolution bolivarienne ». Dans le domaine économique, le premier acte important de Chavez fut d’annuler le projet de privatisation de la puissante industrie pétrolière, PDVSA, qui est de loin la première source de recettes de l’Etat vénézuélien. Il a mis ces ressources au service de toute une série de « missions sociales » dans les domaines de la santé, du logement et de l’éducation. L’analphabétisme a été rapidement résorbé. Des millions de pauvres ont vu un médecin pour la première fois de leur vie. De nombreux logements sociaux ont été construits. Le Code du travail a été modifié au profit des salariés. Une réforme agraire – au profit des paysans les plus pauvres – a été engagée.

La bourgeoisie vénézuélienne et ses maîtres impérialistes, aux Etats-Unis, ne pouvaient pas tolérer cette situation. Le 11 avril 2002, l’opposition de droite et des généraux réactionnaires – appuyés par les sommets de l’Eglise, de grands médias et l’administration américaine – ont organisé un coup d’Etat. Le palais présidentiel a été investi ; Chavez et des ministres ont été arrêtés. Mais en 48 heures, le coup d’Etat a été balayé par une mobilisation révolutionnaire des masses, dans les rues de Caracas et de tout le pays. Quelques mois plus tard, en décembre 2002, le patronat a organisé un vaste lock-out, là encore dans le but de renverser le gouvernement bolivarien. Mais là encore, la mobilisation révolutionnaire des travailleurs a fait échouer cette tentative.

L’un des grands mérites de Chavez fut de tirer des conclusions radicales de cette expérience. A partir de 2005, il déclare que les objectifs de la révolution vénézuélienne sont « socialistes », que l’émancipation du peuple vénézuélien est impossible dans les limites du système capitaliste. Cette idée rencontra un écho enthousiaste dans les masses vénézuéliennes. Par exemple, la création du Parti Socialiste Unifié du Venezuela, en 2007, fut un énorme succès. Il attira sous sa bannière plusieurs millions de jeunes, travailleurs et paysans – dont un grand nombre de femmes.

Cependant, le « socialisme » existait davantage dans les discours que dans la réalité. Quelques entreprises furent nationalisées, mais abstraction faite de la PDVSA, l’essentiel de l’économie – à commencer par le secteur bancaire – restait dans des mains privées. Le vieil appareil d’Etat était infesté d’éléments réactionnaires, carriéristes ou corrompus. Les initiatives des travailleurs pour instaurer le contrôle ouvrier dans les entreprises nationalisées se heurtaient à l’opposition et au sabotage des hauts fonctionnaires. De manière générale, Chavez lui-même s’efforçait de trouver un impossible compromis avec la bourgeoisie vénézuélienne. Celle-ci ne pouvait pas se réconcilier avec la révolution bolivarienne. Elle voulait son écrasement pur et simple.

Après la mort de Chavez, en 2013, la crise économique et politique s’est accélérée. La chute des cours du pétrole a joué un rôle important dans la crise, comme le soulignent les dirigeants de la France insoumise. Mais on ne peut réduire cette crise à la question du pétrole. Le problème, c’est que la bourgeoisie vénézuélienne refuse d’investir dans l’économie. Elle préfère spéculer sur la crise. Elle table sur le fait que le chaos économique, la pénurie et l’hyper-inflation créeront les conditions matérielles d’un renversement du gouvernement Maduro, les masses perdant patience. Or Maduro s’efforce – en vain – de trouver un compromis avec la droite et les capitalistes vénézuéliens. Cette politique mène tout droit à la défaite de la révolution vénézuélienne. La révolution ne peut être sauvée que par l’expropriation de l’oligarchie et la mise en place d’un contrôle démocratique des ouvriers sur l’économie et l’Etat. Autrement dit, par une révolution socialiste, laquelle aurait un puissant écho dans toute l’Amérique latine – et au-delà. Vingt années de révolution bolivarienne ont démontré qu’il n’y a pas d’autre voie.

L’Union Européenne

La crise grecque de 2015 a exposé la véritable nature de l’Union Européenne. En complète contradiction avec leurs beaux discours sur l’« unité » et les « valeurs » de l’UE, les classes dirigeantes d’Europe – à commencer par la plus puissante, la classe dirigeante allemande – ont soumis le gouvernement Tsipras et le peuple grec à un chantage brutal. Pour Angela Merkel et ses semblables, l’expression démocratique du peuple grec ne pèse rien face aux intérêts des banques et des multinationales. Les capitalistes français, bien sûr, ont exactement la même conception de la démocratie. Si le gouvernement Hollande a figuré en deuxième ligne de l’offensive contre le gouvernement Tsipras, c’est parce que les capitalistes allemands dominent l’UE, désormais, et y tranchent toutes les questions où leurs intérêts sont en jeu. Ceci dit, toutesles classes dirigeantes d’Europe poussaient à la capitulation de Tsipras, d’une manière ou d’une autre.

Sur la base de cette expérience et de la politique réactionnaire de l’UE en général, la jeunesse et les travailleurs du continent sont de plus en plus critiques à l’égard des institutions européennes. Le discours sur « l’Europe sociale », grâce à une réforme de l’UE, sonne comme une mauvaise plaisanterie. En effet, l’UE ne peut pas être « réformée » conformément à nosintérêts de classe, pour cette raison simple que l’UE est un ensemble d’institutions pro-capitalistes. La raison d’être de l’UE, c’est la défense des banques et multinationales européennes – et rien d’autre. L’UE est donc entièrement réactionnaire et ne peut pas être réformée ; elle doit céder la place à une autre forme de coopération entre les peuples d’Europe. Laquelle ? Et sur quelles bases économique et sociale ?

L’Avenir en commun développe la proposition de « sortir des traités européens ». Les traités européens sont réactionnaires, car ils sont l’expression politique et juridique du caractère réactionnaire de l’UE. La FI a donc raison de proposer d’en « sortir ». Mais pour vraiment en sortir, pour en sortir non seulement juridiquement, mais aussi économiquement et socialement, il faut sortir du système capitaliste lui-même. Sans cela, rien ne sera réglé. Tant que les Bouygues, Dassault, Bolloré, Lagardère et compagnie contrôleront les grands leviers de l’économie française, il n’y aura pas d’issue pour les jeunes et salariés, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’UE. Et ce qui vaut pour la France vaut pour tous les pays d’Europe.

Comme le soulignait déjà Lénine, le système capitaliste est incapable d’unifier l’Europe, d’harmoniser ses colossales ressources humaines et productives. Le problème, c’est le système économique et social, en France comme dans le reste de l’Europe. Seule une Fédération des Etats socialistes d’Europe permettra d’unifier le continent sur des bases progressistes. Cela peut sembler lointain et abstrait, mais c’est la seule voie, la seule perspective à la fois réaliste et conforme aux intérêts des masses. Une « Europe sociale » sur la base du capitalisme peut sembler plus accessible et plus raisonnable, à première vue. Mais c’est une chimère. Elle n’adviendra jamais.

Pour autant, la solution ne viendra pas d’une simple « sortie de l’UE ». Une France capitalisteayant rompu avec l’UE ne marquerait pas un progrès pour les travailleurs. Plus d’un an après le Brexit, les travailleurs britanniques sont bien placés pour le savoir : leur niveau de vie continue de régresser, notamment du fait de l’inflation. Pour qu’elle ait un caractère progressiste, la sortie de l’UE doit être la conséquence d’une rupture avec le capitalisme lui-même.

La VIe République

La FI place la fondation d’une VIe République en tête de ses priorités, comme le premier acte d’une « révolution citoyenne ». Il est clair qu’il faut défendre des réformes démocratiques. Par exemple, il faut fermer le Sénat, cette institution composée de notables élus par d’autres notables et dont le budget annuel s’élève au chiffre incroyable de 300 millions d’euros. Utilisons cet argent pour construire des écoles et des hôpitaux : le pays en a besoin. Il faut également défendre le droit de vote des immigrés à toutes les élections et la régularisation de tous les travailleurs sans-papiers.

La Ve République est pourrie jusqu’à la moelle. Ses institutions sont gangrenées par les passe-droits et la corruption en tous genres. En dernière analyse, cependant, cette crise des institutions n’est que l’expression de la crise du système économique sur lequel elles reposent et qu’elles ont pour fonction de défendre. C’est, là aussi, la racine du mal.

Dans la Ve République française comme dans tous les autres types de régimes en Europe, le véritable pouvoir ne réside ni dans les assemblées élues au suffrage universel, ni dans les conseils des ministres, ni même dans les palais présidentiels ou royaux. Il réside dans les conseils d’administration des banques et des multinationales. En France, une centaine de grandes familles capitalistes a une influence décisive sur la politique menée par les gouvernements successifs. Lénine caractérisait la démocratie bourgeoise comme « le masque temporaire de la dictature du Capital ». C’est encore plus vrai aujourd’hui qu’à l’époque de Lénine, car la concentration du capital a pris depuis des proportions colossales.

Mélenchon souligne souvent les traits monarchiques de la fonction présidentielle, en France. Mais le « monarque présidentiel » Macron est lui-même à genoux devant le grand Capital, véritable roi du monde contemporain. Si la VIe République ne détrônait pas ce monarque moderne, elle ne serait qu’une république bourgeoise de plus.

La « planification écologique »

La FI accorde une place centrale aux questions écologiques. Le troisième chapitre de L’Avenir en commun est consacré à cette question. Il s’intitule : Face à la crise climatique, la planification écologique.

Au seul mot de « planification », les apologistes du capitalisme éprouvent une brusque montée d’angoisse. C’est le signe qu’on est sur la bonne voie. Révolution se félicite du retour de l’idée de « planification » dans un programme de gauche bénéficiant d’une très large audience. Ce retour fait suite à une longue disparition, consécutive à la chute des régimes staliniens, au début des années 90. A l’époque, les dirigeants du mouvement ouvrier subissaient de plein fouet la vague de propagande qui annonçait la victoire définitive de « l’économie de marché » (la loi de la jungle). Ils n’osaient plus parler de planification, de socialisme ou de révolution.

Il n’est pas étonnant que l’idée de planification revienne par la voie des préoccupations écologiques. Le capitalisme est en train de plonger l’humanité dans une crise écologique majeure. La course aux profits et le chaos du « libre marché » aggravent sans cesse les différentes formes de contamination de l’air, des sols, des mers et des cours d’eau. Les « pics de pollution » de l’air se multiplient. L’Organisation Mondiale de la Santé estime que les différents types de pollution sont déjà responsables d’un décès sur neuf, dans le monde. L’industrie agroalimentaire nous vend de la nourriture de plus en plus malsaine et empoisonnée. Le réchauffement climatique, conséquence des émissions de gaz à effet de serre, déstabilise gravement l’écosystème. Bref, si rien n’est fait, l’humanité court à sa perte, à sa propre destruction.

Jean-Luc Mélenchon a pris acte de cette situation et annonce vouloir y apporter des solutions radicales. Dans L’Avenir en commun, il écrit que « l’exigence écologique ne peut être réduite à des proclamations et des mesures qui épargnent le système. La finance n’en veut pas : elle préfère les grands rendements de la spéculation. La définanciarisation de l’économie est une condition incontournable de la transition écologique. »

C’est bien le cœur du problème : les grands capitalistes sont organiquement incapables de réaliser les énormes investissements nécessaires à la « transition écologique », et notamment le développement massif des énergies renouvelables – au détriment des énergies émettrices de gaz à effet de serre. Ce n’est pas simplement une affaire de mauvaise volonté, de leur part. Les lois et les mécanismes fondamentaux du capitalisme poussent les classes dirigeantes à rechercher la maximisation de leurs profits à court terme. Il en résulte un chaos et un gaspillage monstrueux. La sauvegarde des équilibres environnementaux est incompatible avec ce gigantesque casino qu’est devenue l’économie mondiale.

Il faut donc s’attaquer au « système », comme l’écrit Mélenchon. Comment ? L’Avenir en communpropose toute une série de mesures dans les domaines de l’énergie, des transports, du logement, de l’agriculture et de la gestion des déchets. On peut grosso modo ranger ces mesures en deux catégories. La première comprend des mesures punitives ou incitatives (taxes, arrêt des subventions) qui visent à restreindre les activités polluantes, le gaspillage et autres fléaux de cet ordre. Cette catégorie comprend aussi des mesures d’interdiction pure et simple (pesticides chimiques, OGM…) et l’arrêt de projets en cours (« fermes usines », nucléaire…). La deuxième catégorie comprend toute une série de mesures plus positives, visant à développer largement les énergies renouvelables, les transports publics, l’isolation des logements, le recyclage des déchets, l’agriculture biologique et d’autres choses encore.

On a donc, d’un côté, des mesures dont l’objectif est de contraindre les capitalistes à moins polluer, moins gaspiller – et, de l’autre, des mesures qui proposent de réaliser tout ce que les capitalistes refusent de réaliser. Mais ceci pose deux problèmes. D’une part, est-il possible de contraindre les capitalistes à limiter ou arrêter des activités qui leur sont extrêmement profitables ? L’expérience nous permet de répondre : non, c’est pratiquement impossible. Tant qu’ils contrôlent les grands moyens de production, ils ont mille et un moyens de contourner des mesures punitives et de résister aux contraintes légales qu’un gouvernement voudrait leur imposer. D’autre part, qui va réaliser les investissements colossaux nécessaires au développement des énergies renouvelables, au développement massif des transports publics et à la transition écologique en général ? Le secteur privé ? C’est impossible. Seul l’Etat, seule la « puissance publique » peut réaliser de tels investissements, à condition qu’elle soit dotée des moyens financiers et industriels à la hauteur de cet objectif.

Ainsi, ces deux problèmes ont une seule et même solution : la nationalisation des principaux moyens de production et la mise en place d’une planification démocratique de l’économie, sous le contrôle des salariés et des consommateurs. La planification écologique ne sera possible que sur la base d’une planification économique. Sans cela, elle restera suspendue dans les airs, tel un vœu pieux.

On ne peut planifier ce qu’on ne contrôle pas – et on ne peut contrôler pas ce qu’on ne possède pas. Or, comme nous l’avons déjà relevé plus haut, L’Avenir en commun reste beaucoup trop vague sur le périmètre des nationalisations à réaliser. Il mentionne les autoroutes, EDF, Engie et « des banques généralistes ». Lesquelles ? Pourquoi pas toutes les banques ? Pourquoi laisser aux capitalistes une seule de ces grosses banques « généralistes », c’est-à-dire spécialisées dans la spéculation et le pillage des ressources de la planète ? La planification écologique – et donc économique – devra s’appuyer sur un secteur bancaire entièrement public, centralisé et doté d’une capacité d’investissements optimale.

La nationalisation des grandes entreprises du secteur de l’énergie, comme EDF et Engie, est indispensable. Mais bien d’autres secteurs économiques sont impliqués dans le saccage de l’environnement – et devront être réorganisés pour y mettre un terme. Par exemple, le secteur des transports devra fonctionner d’une façon radicalement différente de ce que nous connaissons dans le système actuel, où une poignée de grands capitalistes font produire des millions de véhicules individuels polluants (mais très profitables) et où les transports publics sont à la fois négligés et soumis aux diktats de la rentabilité. Il faudra, au contraire, investir massivement dans les transports publics, au détriment des véhicules individuels polluants. Mais pour cela, il nous faudra contrôler ce secteur, et donc d’abord exproprier les parasites qui le contrôlent aujourd’hui. Il nous semble que le milliardaire Carlos Ghosn (Renault), pour ne citer que ce parasite, s’est assez largement payé sur la bête !

Poursuivons. L’isolation des logements est un enjeu important de la transition écologique, comme le souligne L’Avenir en commun. Il faudra non seulement isoler les logements existants, mais aussi intégrer ce paramètre aux nouveaux logements à construire – et il faudra en construire beaucoup, car il en manque beaucoup. On le peut ! Avec plus de cinq millions de chômeurs, en France, ce n’est pas la main-d’œuvre qui fait défaut, ni les compétences. Mais il n’est pas question qu’un plan de construction de logements publics serve à enrichir les grosses entreprises du BTP. Celles-ci devront être nationalisées et regroupées dans un secteur public centralisé permettant de bien planifier les vastes travaux de construction et de rénovation nécessaires.

Enfin, l’industrie agroalimentaire (qui nous empoisonne allègrement) et la grande distribution (qui vole tout le monde, des petits producteurs aux consommateurs) devront également passer dans le secteur public. Comment, sinon, pourrions-nous réorganiser et développer une agriculture capable de satisfaire les besoins de tous – en cessant, enfin, de ruiner la nature, notre santé et nos portefeuilles ?

L’expropriation des grands capitalistes est une nécessité à la fois d’un point de vue écologique et d’un point de vue social. Une planification démocratique de l’économie permettra la plus grande rationalisation des rapports de l’homme à la nature, mais aussi des rapports sociaux eux-mêmes. Elle ouvrira la possibilité d’éliminer toutes les formes d’exploitation et d’oppression. Les marxistes soulignent souvent qu’une telle perspective ne pourra se réaliser pleinement qu’à l’échelle internationale. C’est évident en ce qui concerne la situation écologique : la pollution ne connaît pas de frontières. C’est un problème mondial, que seul le socialisme mondial, en définitive, pourra résoudre.

La question de la guerre

La question de la guerre – et des relations internationales en général – est à la fois complexe et fondamentale. Ici, nous nous appuierons sur ce qui est effectivement écrit dans L’Avenir en commun – et non, comme c’est trop souvent le cas, sur des phrases de Mélenchon extraites de leur contexte et exploitées de façon malhonnête.

Le chapitre 5 de L’Avenir en commun est intitulé : « Face à la guerre, instaurer l’indépendance de la France au service de la paix ». Ce que le texte du programme explicite ainsi, d’emblée : « Nous ne devons plus être à la remorque des folies impériales des Etats-Unis et de leur outil de tutelle militaire : l’OTAN ».

Il est exact que l’impérialisme français est à la remorque de l’impérialisme américain. De fait, la France n’est désormais qu’une puissance de second rang. C’est la conséquence du déclin de son poids économique relatif au cours des dernières décennies, qui ont été marquées par l’hyper-domination des Etats-Unis, l’ascension de la Chine et, plus récemment, le retour en force de la Russie. Dans ce contexte, le gouvernement de François Hollande – comme d’autres avant lui – a joué le rôle de bruyant caniche de l’impérialisme américain, lequel observait avec mépris le petit animal et, de temps à autre, lui flanquait un coup de botte. Il en ira de même avec le gouvernement Macron, malgré ses prétentions théâtrales à jouer un rôle important sur la scène mondiale.

Telle est la position réelle de l’impérialisme français. Dès lors, comment « l’indépendance » de la France à l’égard des Etats-Unis pourrait-elle contribuer à « préparer la paix », selon la formule de L’Avenir en commun ? Posons la même question autrement. Nous sommes favorables à la sortie de la France de l’OTAN ; mais en quoi cela empêcherait les autres puissances de l’OTAN – Etats-Unis en tête – de poursuivre leurs guerres impérialistes ?

L’Avenir en commun répond à cette question en proposant que l’Organisation des Nations Unies (ONU) joue un rôle central, décisif, dans les affaires du monde. Il faut « renforcer et réinvestir l’ONU pour faire vivre un monde ordonné », affirme le texte. C’est l’argument clé de toute cette partie du programme ; il y revient de différentes manières. Or c’est un argument sans consistance. Il est en complète contradiction avec ce qu’est l’ONU et son rôle réel dans les rapports internationaux.

Le rôle de l’ONU n’est pas d’empêcher les guerres. Cette institution n’a jamais joué un rôle progressiste. Elle n’est qu’un forum dans lequel les grandes puissances impérialistes débattent surtout des questions secondaires. Lorsqu’une question importante est à l’ordre du jour, l’ONU n’a pas le dernier mot : ce sont les grandes puissances qui décident, suivant leurs intérêts. On l’a vu, par exemple, dans le cas de l’invasion de l’Irak en 2003. Pour des raisons liées aux intérêts de l’impérialisme français, la France avait pris position, à l’ONU, contre l’intervention militaire. Qu’ont fait les impérialistes américains ? Ils ont tout de même envahi l’Irak, sans mandat de l’ONU. Et ce n’est là qu’un exemple parmi bien d’autres.

Il est vrai que, parfois, les cinq puissances du Conseil de Sécurité de l’ONU s’accordent sur certaines interventions militaires. Mais celles-ci n’en conservent pas moins leur caractère impérialiste et donc réactionnaire. La première guerre du Golfe (1990) était appuyée par l’ONU, tout comme l’embargo imposé à l’Irak entre 1991 et 2003, lequel a fait, selon les sources, entre 500 000 et 1,5 million de victimes, dont une majorité d’enfants. Plus récemment, il y a eu l’intervention en Libye (2011), dont chacun peut aujourd’hui apprécier les résultats. Et que dire de Haïti, ce pays martyr qui, depuis 2004, vit sous une dictature de facto des Casques bleus de l’ONU ?

L’énumération des crimes impérialistes « sous mandat de l’ONU » dépasse les limites de cette brochure. Mais ce qui précède suffit à justifier notre désaccord avec l’idée, formulée dans L’Avenir en commun, selon laquelle « le seul organe légitime pour assurer la sécurité collective est l’ONU ». De même, « refuser toute intervention militaire sans mandat de l’ONU » revient à éventuellement soutenir celles qui auraient un tel mandat. Ce n’est pas le bon critère. Et s’accrocher à ce critère, c’est tomber dans le piège des impérialistes, car l’une des fonctions de l’ONU est précisément de couvrir les guerres d’un voile de « légalité internationale », quand c’est possible. Il s’agit d’un élément de propagande non négligeable. Notre rôle est de dénoncer cette propagande et d’expliquer les véritables motivations des belligérants, dans chaque guerre.

Les auteurs de L’Avenir en commun n’ignorent pas les nombreux cas de guerres impérialistes « sous mandat de l’ONU ». Cela explique qu’ils proposent aussi d’« enclencher un processus de démocratisation » de l’ONU. Ils n’en disent rien de plus. Malheureusement, cette idée n’a aucun sens. L’ONU est une institution fondée par les grandes puissances impérialistes, contrôlée par ces puissances et n’ayant pas d’autre fonction que de défendre leurs intérêts, à commencer par ceux de l’impérialisme américain. La « démocratisation » de l’ONU a donc aussi peu de chance d’advenir que la démocratisation du Pentagone, par exemple.

Ce qui fait manifestement défaut, ici, c’est un point de vue de classe. De manière générale, L’Avenir en commun n’aborde pas la guerre d’un point de vue de classe. Par exemple, il est proposé d’« arrêter les guerres par une diplomatie active et indépendante au service de la paix ». Mais selon la formule célèbre et si juste du général Clausewitz, « la guerre n’est que le prolongement de la politique par d’autres moyens. » Autrement dit, les guerres impérialistes sont le prolongement inévitable de la lutte que se livrent les plus puissantes classes capitalistes pour des marchés, des sources de matière première et des zones d’influence. Tant que le capitalisme régnera sur notre planète, il y aura des guerres comme celles qui ravagent aujourd’hui le Moyen-Orient. La plus « active » et la plus « indépendante » des diplomaties pacifistes n’y changera rien.

En Syrie, par exemple, les dirigeants américains et russes luttent pour les intérêts de leurs classes dirigeantes respectives. Dès lors, que peut bien signifier l’idée, formulée dans L’Avenir en commun, de « mettre en place une coalition universelle sous mandat de l’ONU pour éradiquer Daesh et rétablir la paix et la stabilité en Syrie et en Irak » ? Une « coalition universelle » – réunissant tout le monde, par définition – suppose que les intérêts des grandes puissances impérialistes concordent complètement et tout le temps. Mais cette hypothèse est en complète contradiction avec toute l’histoire du capitalisme.

Souvent, l’horreur de la guerre pousse des militants de gauche à déclarer : « il faut faire quelque chose ! Toute de suite ! » Et trop souvent, cela se termine par le soutien à une intervention impérialiste. On voit ce que ça donne aujourd’hui en Libye, par exemple. Il faut en tirer les leçons. Et regarder les choses en face : la guerre est une caractéristique fondamentale, inévitable, du capitalisme moderne. On ne peut avoir l’un sans l’autre. Si nous voulons sérieusement lutter contre les guerres impérialistes, notre premier devoir est d’expliquer, à chaque occasion, quelle est la véritable nature de classe de la guerre et quels objectifs réels poursuivent les différentes forces engagées.

En France, il faut en priorité dénoncer les crimes de l’impérialisme français et mobiliser le mouvement ouvrier contre ces crimes. Et il faut inlassablement expliquer qu’une paix authentique, durable, universelle, ne sera possible que lorsque nous aurons débarrassé le monde du système capitaliste. Ce n’est peut-être pas pour « toute de suite », mais c’est la seule solution au fléau de la guerre.

Mouvement ou parti ?

Les militants de la FI débattent régulièrement de son avenir comme organisation. Est-ce qu’elle doit devenir un parti, comme l’est devenu Podemos en Espagne, ou doit-elle demeurer un mouvement ? Pour notre part, nous pensons que la transformation de la FI en un parti est nécessaire. Pour quelles raisons ?

Un parti est d’abord et avant tout un programme et des idées. Mais à la différence d’un mouvement, un parti est aussi un certain type de fonctionnement interne, qui vise à la fois un maximum d’efficacité et un maximum de contrôle démocratique des militants sur l’organisation, sa direction, son programme et sa stratégie. Bien sûr, dans les faits, beaucoup de partis ne sont ni démocratiques, ni efficaces – sinon pour faire avancer la carrière de leurs dirigeants. Le PS en offre un exemple écœurant. Cependant, ce n’est pas là une conséquence inévitable de la « forme parti ». Les causes de la bureaucratisation du PS ne sont pas à chercher du côté de son organisation ; elles sont à chercher du côté des pressions matérielles et idéologiques de la classe dirigeante sur sa direction, pressions qui ont fini par transformer la direction du PS en une clique de politiciens réactionnaires. La dégénérescence bureaucratique du PS a été déterminée par sa dégénérescence pro-capitaliste. Et elle ne date pas d’hier !

Un mouvement n’est pas à l’abri de déformations bureaucratiques. En un sens, il est même davantage exposé à ce danger, puisque la direction y est dégagée des mécanismes formels de contrôle démocratique qui caractérisent un parti. Encore une fois, ces mécanismes – élections internes, congrès, etc. – ne sont pas en eux-mêmes une garantie absolue contre le bureaucratisme, le carriérisme et les luttes d’appareil stériles. Il n’y a pas de garantie absolue dans ce domaine. Un parti n’existe pas dans le vide. C’est un organisme vivant qui subit les pressions de toutes les classes sociales, y compris la bourgeoisie. Mais il en va de même pour un mouvement. Simplement, en l’absence de mécanismes formels de contrôle démocratique du sommet par la base, un mouvement est encore plus exposé qu’un parti aux pressions de la classe dirigeante.

Enfin, un mouvement suffisait à organiser la campagne de Mélenchon à la présidentielle, l’enthousiasme aidant. Pour la campagne des législatives, par contre, l’absence de centralisations locales – de directions élues et capables de coordonner l’activité, d’orienter les forces militantes – s’est fait plus nettement sentir. Ce problème se reposera sans cesse à l’avenir. Chaque fois que la FI s’engagera dans de nouveaux combats, elle sera confrontée à la nécessité d’une plus grande structuration locale et nationale. Elle ne pourra pas pérenniser son travail et intégrer dans ses rangs la masse de jeunes et des travailleurs qui veulent y adhérer sans s’orienter vers la formation d’un parti. Dès lors, le mieux est de l’anticiper et d’y œuvrer consciemment. La FI n’en sera que mieux armée pour les grandes luttes qui l’attendent.

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Macron le 29/08/2017: « Le Venezuela, une dictature ». Ce que cette saillie m’inspire…

Macron qualifie le régime de Maduro au Venezuela de « dictature » et dénonce la « complaisance » de « certains » envers son régime.
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Le problème avec les banquiers qui deviennent des dirigeants politiques, c’est qu’ils sont complètement cons dès qu’ils abordent un autre sujet que l’argent. Quand ils parlent d’argent, ils peuvent encore donner le change mais dès qu’ils sortent de cet étroit périmètre, les voilà perdus, les malheureux ! Les uns nagent dans l’inepte et tiennent des propos incohérents, les autres montrent aux yeux de tous leur inaptitude au rôle qu’ils ont voulu assumer.
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Et puis, bien sûr, il n’y a pas que cela. Car il faut bien reconnaître que le discours politique n’est pas fait que de paroles correspondant vraiment à ce que pense celui qui les profère. Le discours politique est avant tout, pour beaucoup de ceux qui se sont fait vocation d’en user, une oeuvre de pure mystification. C’est bien pour cela que les quelques individus parlant avec sincérité et honnêteté sont perçus et décrits comme des « étrangers » au monde politique. Le cynisme, la muflerie, le mensonge, la manipulation, le conditionnement, l’asservissement de l’esprit, sont des outils du discours et des actes politiques bien plus répandus que la vertu civique, le respect des citoyens et l’idéal humaniste.

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Le problème majeur, cependant, n’est pas tant le fait de ces hommes de pouvoir nuisibles à l’intérêt général comme aux intérêts particuliers de tous. Non, le problème majeur des sociétés humaines, c’est la facilité avec laquelle les dirigeants les mènent jusqu’au pire, l’aisance avec laquelle ils les trompent, les manipulent, les mystifient et les tiennent en respect sans que cela ne provoque de réaction de défense.

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Trois siècles après les révolutions du XVIIIe siècle, Américains et Français pour ne parler que d’eux (mais on pourrait élargir grandement le périmètre du propos) continuent à tolérer les exactions des dominants ; continuent massivement à croire les promesses et les engagements de ceux qui revendiquent la légitimité de les conduire et de les diriger ; continuent à se fier aux explications que ceux-ci donnent de tout ou presque ; continuent, docilement, à leur obéir et même à les servir, d’une manière ou d’une autre ; continuent à les faire rois, princes et chefs petits ou grands.

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Et l’histoire se répète sans cesse, génération après génération, à tel point qu’il semble que rien n’ait été appris d’hier ni d’avant-hier.

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Certains, un peu bigots, attendent le messie pour les sauver. D’autres, l’esprit un peu romanesque, comptent plutôt sur un chevalier solitaire au coeur pur et à l’âme intrépide, et tant qu’à faire avec un peu d’autoritarisme parce que vous savez, ma bonne dame, il faut bien le mater ce peuple ! D’autres encore se disent qu’une nouvelle Jeanne d’Arc (qu’ils croient avoir trouvée en qui vous savez) est la seule chance de la France. Et quel que soit le problème, ELLE saura ce qu’il faut faire pour le régler immédiatement ! Et oui, des millions le croient !

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Et assez loin de tous ces dingues-là que l’on peut classer dans la « droite » sous toutes les formes de ses chapelles et de ses sectes, il y en a d’autres, que l’on classe dans la « gauche » qui continuent à faire ce qu’ils ont toujours fait parce qu’hier – non, pardons, avant-hier – cela avait un peu fonctionné. Refusant de manière résolue de voir que, depuis au moins plusieurs décennies, ça ne marche plus, butés dans leurs certitudes, enfermés et sclérosés dans leur incapacité à penser autrement que dans le cadre étroit qui a été le leur si longtemps, ils rejouent sans cesse la même pièce. Et bien qu’il y ait de moins en moins de spectateurs, il y en a toujours assez pour leur donner le sentiment qu’ils ont encore raison… d’être ce qu’ils sont, de défendre leur pré-carré et de penser que la majorité ne les a éconduits que pour un temps limité, histoire de leur faire passer un message… Ah, les cons !

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« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent » persiflait Albert Einstein.

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Certes, les acteurs du pouvoir institué et ses puissants relais mediatiques, qui sont partout et tout le temps, abrutissent en conscience, et à dessein, les masses populaires. Le pouvoir mediatique a cette capacité effrayante de fabriquer le consentement des masses en plus de créer chez elles, dans leur esprit, tout ce qu’il faut pour les lier indissolublement au système. Et, plus bas dans l’échelle des responsabilités, les serviteurs dociles et zélés jouent leur partie parce que la plupart de ceux-là se disent qu’ils finiront bien par percer, par grimper dans la hiérarchie sociale et par en croquer un peu… Oui, eux rêvent de grosses miettes que leur jetteraient nos maîtres. Pour ces miettes-là, plus roboratives que celles à disposition du plus grand nombre, ils sont prêts à tout : la trahison ne les répugne pas. La dénonciation non plus. Beaucoup sont d’ailleurs coutumiers et de l’une et de l’autre de ces deux pratiques bien françaises… La période noire de l’Occupation est de nature à le rappeler à ceux qui auraient la mémoire courte ou par trop sélective…

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Ce spectacle est désolant et parfois, on se dit que nous n’en sortirons jamais car pour se libérer, encore faut-il le vouloir ! On ne sort de la servitude qu’en conscience et par suite de décisions, suivies d’actes en cohérence avec elles, en ayant la liberté comme seul guide.

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Nous savons que l’oppression est parfois – l’histoire humaine l’a assez souvent démontré – le résultat d’une force irrépressible exercée sur les peuples et les individus par les dominants.

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Mais c’est aussi souvent le résultat de nos propres insuffisances, de nos propres inconséquences. Oui, la servitude volontaire est un puissant frein à la liberté pleine et entière des peuples.

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La Boétie a écrit un magnifique ouvrage sur le sujet, et un autre que lui, un certain Machiavel, a synthétisé à sa façon la démonstration boétienne en une maxime culte : « La meilleure forteresse des tyrans est l’inertie des peuples ».

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Bien sûr, certains tyrans peuvent se révéler redoutablement cruels à l’égard des peuples et des gens ordinaires quand ils sont menacés par eux de choir et qu’ils se trouvent acculés à user de la force la plus bestiale pour sauver leur position. Mais ce n’est pas toujours vrai. Certains tyrans – là aussi l’Histoire nous en a donné des exemples – sont tombés presque tout seuls, comme tombent de l’arbre les fruits trop mûrs que personne n’a daigné cueillir.

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Si nous ne sommes pas tous des héros (et moi pas plus que quiconque), si nous refusons de prime abord la violence (et moi comme vous tous), si nous avons peur, pour nous, pour nos familles, pour celles et ceux qu’on aime (moi comme vous), qu’elle déclenche de grands malheurs dans nos vies, nous devons aussi avoir à l’esprit que son déclenchement n’est pas certain. Tout dépend du rapport de force entre dominants et dominés, et un rapport de force qui semble défavorable un jour peut très bien basculer un jour suivant. Rien n’est jamais acquis, ni dans un sens, ni dans un autre ! C’est parce que nous avons laissé les dominants par nature reprendre le pouvoir qui leur avait été arraché, c’est parce que nos « représentants » (ceux-là même que nous avons élus) ont rendu peu à peu à ces dominants tous les pouvoirs qui leur avaient été retirés, que nous en sommes là où nous en sommes aujourd’hui. « Le prix de la liberté, c’est la vigilance éternelle » avait dit Thomas Jefferson, Président des États-Unis entre 1801 et 1809. Il faudrait méditer cette maxime. Nous n’avons pas été assez vigilants et aujourd’hui, nous en payons le prix.

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Ne nous leurrons pas. La révolution n’éclatera pas demain. Des accès de colère peut-être. De nouvelles émeutes, c’est possible. Mais pas la révolution au sens où l’entendent ceux qui se font ses laudateurs. Eux attendent cette révolution comme d’autres attendaient Godot mais n’en déplaise à certains de nos amis, ce ne sont pas ces gens-là qui nous aident le plus avec leurs appels incessants à faire la révolution. Car il est très rare que des peuples entiers se lèvent ensemble, simultanément. Ce qui est en revanche bien plus envisageable, et bien plus probable, c’est une forme de réaction en chaîne, de « bastions » du système qui tombent les uns après les autres, de « ralliements » à la cause du peuple venant de ceux qui ont normalement vocation à protéger l’ordre public et les institutions du pays.

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Le « pouvoir » ne tient que parce qu’il est protégé par certains des nôtres. Quand je dis des « nôtres », je pense à ces citoyens ordinaires qui ont juré fidélité au pouvoir. Le jour où ils renieront leur serment de fidélité aux dominants pour honorer le peuple dont ils font partie, je ne donne pas cher du « pouvoir » institué.

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Tout est là, selon moi ! Il faut faire basculer dans notre camp ceux qui aujourd’hui encore permettent au système de se maintenir.

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J’ai idée que notre « camp »  n’aspire pas tant à la « révolution » – fut-elle « citoyenne » – qu’à la « libération », une libération pure et simple. Car ceux qui nous gouvernent ne sont finalement que des occupants, au moins aussi détestables que tous ceux qui occupent un pays contre son gré ! Car nos dirigeants, aujourd’hui, se comportent à notre égard, exactement comme les « oligarchies » se sont toujours comportées dans les pays d’Amérique latine, avec la bénédiction et très souvent le soutien actif de leurs homologues états-uniens, lesquels mettaient les moyens de leur « État profond » au service de la cause des dominants de ces pays constitutifs de « l’arrière-cour » des États-Unis comme ils disaient… Maudite « doctrine Monroe » qui, après l’idéologie de la « destinée manifeste » pour ce qui est du territoire nord-américain, a donné à l’impérialisme états-unien ses plus belles fondations pour s’exercer au-delà des frontières de « l’Union »

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Les yeux d’un nombre croissant de naïfs que je me retiens difficilement de désigner sous le vocable moins aimable de « gogos », sont en train de se dessiller semble-t-il. Il ne serait que temps !

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Espérons que cette prise de conscience salutaire se répandra comme une traînée de poudre en France et partout ailleurs dans les prétendues « démocraties » de ce monde, et qu’il en résultera partout de grands chambardements ! Pour le meilleur cette fois et plus jamais pour le pire ! Mais ne nous limitons pas à l’espérer, faisons-le advenir ! Car l’histoire ne s’écrira pour le meilleur que si nous tenons la plume ! Rien n’est écrit. Il n’y a pas de dieu qui décide pour nous. « L’avenir n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons en faire » rappelait Henri Bergson.

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Or, aussi longtemps que les peuples et les individus de nos sociétés accepteront les lois des puissants, fut-ce en contestant parfois timidement certaines de leurs dispositions, aussi longtemps que les peuples et les individus de nos sociétés serviront les dominants, fut-ce en grognant un peu, aussi longtemps que les peuples et les individus de nos sociétés reconduiront au pouvoir nos bourreaux, fut-ce en couronnant de « nouvelles têtes » qui se présentent en promettant de « tout changer »… pour finalement que rien ne change selon la maxime célèbre de l’auteur italien Giuseppe Tomasi di Lampedusa, aussi longtemps que les peuples et les individus de nos sociétés ne lutteront contre les acteurs de nos malheurs que par des « marches » ou des grèves ponctuelles, épisodiques et isolées, nous subirons la loi de ces gens que nous disons refuser.

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Il y a un moyen et un seul, à mon avis, de les toucher : c’est de les prendre à la gorge ! Et qu’est ce qui est de nature à les prendre à la gorge : eh bien, qu’à l’instar de la plèbe romaine des temps antiques qui s’était retirée sur cette colline de Rome qu’on appelait l’Aventin et avait, ce faisant, dit « merde » aux patriciens, nous nous organisions pour les priver de tout ce dont ils ont besoin.

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Ils ont certes des milliards mais ils sont peu nombreux comparé aux masses humaines. Et sans nous, ils ne peuvent rien.

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Siéyès avait écrit des lignes exceptionnellement pertinentes à propos du Tiers-État et de la Noblesse et ces mots résonnent encore aujourd’hui. Je vous les rappelle :
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« Qui donc oserait dire que le Tiers-État n’a pas en lui tout ce qu’il faut pour former une nation complète ? Il est l’homme fort et robuste dont un bras est enchaîné. Si l’on ôtait l’ordre privilégié, la Nation ne serait pas quelque chose de moins, mais quelque chose de plus. Ainsi qu’est ce que le Tiers-État ? Tout, mais un tout entravé et opprimé. Que serait-il sans l’ordre privilégié ? Tout. Mais un tout riche et florissant. Rien ne peut aller sans lui, tout irait infiniment mieux sans les autres. »
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Je laisse à Siéyès le dernier mot de ce billet !

Entre espoir et crainte, mon esprit et ma raison s’égarent, cher Jean-Luc !

Jean-Luc, depuis des années que je te suis, j’ai appris, grâce à toi, à ne plus baisser la tête, à parler parfois (souvent) « cru et dru ». Moi qui, enfant et adolescent voire jeune adulte, étais timide, réservé, « gentil et docile », j’ai évolué dans le sens opposé pour être en phase avec « le bruit et la fureur », « le tumulte et le fracas » du temps que nous vivons que tu avais si bien décrits.
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Et une large part de mon évolution « comportementale » ou de mon expression (écrite ou orale) résulte des heures passées en ta compagnie virtuelle. Oui, c’est en t’écoutant attentivement, en te lisant énormément (livres, blog, articles de presse), en retranscrivant parfois tes discours que, comme tant d’autres, j’ai fini, moi aussi, par adopter une certaine insolence dans laquelle certains croient déceler une arrogance qui n’en est pas une. Je l’avoue volontiers, je fais un peu le fier parfois, non pas eu égard à ce que je suis ou à ce que je dis mais plutôt à propos de ce que je défends ou des gens qui constituent ma vie ou mon « Panthéon ». Et sans doute ne suis-je pas toujours aussi « fin » que je le voudrais. J’y consens et j’ai toujours accepté les critiques aussi longtemps qu’elles ne dissimulaient pas une noirceur, ou qu’elles ne prenaient pas le masque de l’insulte ou de l’outrage.

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Vois-tu, je pense que j’ai été à bonne école même si tu n’as été mon professeur qu’à ton insu. Comme c’est le cas pour toi aussi, il y a un peu de « jeu » dans notre expression. C’est bien toi qui a appris à un nombre inimaginable d’entre-nous à être ces « fortes têtes » que tous, nous n’étions pas forcément, voire pas du tout, il y a quelques années.

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Et ce caractère bien trempé que nous avons aujourd’hui ne dit pas tout de nous qui, au fond, sommes des gens « sympas » rêvant d’un monde pacifié, paisible, où les peuples seraient heureux et entretiendraient entre eux des relations harmonieuses.
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Pour ma part, depuis près de huit ans maintenant, au PG d’abord (pendant près de six ans), puis avec la France Insoumise depuis plus d’un an, je t’ai suivi et accompagné. J’ai espéré, pendant toutes ces années te voir entreprendre l’évolution stratégique que tu as enfin amorcée au second semestre 2015 et que tu as confirmée avec ta déclaration de candidature au début de 2016. Comme tant d’autres, je t’y avais appelé plusieurs fois, notamment dans deux lettres ouvertes, celle-ci et celle-là et dans les billets dont les liens figurent en notes à la fin de celui-ci. Toujours avec toi et avec nos camarades et ami-e-s, et malgré parfois certains désaccords, j’ai cheminé dans ton sillage. Et j’ai espéré que tu puisses un peu pousser toi aussi la roue de l’Histoire pour qu’elle se remette à tourner dans le sens du progrès au lieu de faire des mouvements nous faisant sans cesse régresser davantage. Ainsi que tu le « soupires » souvent toi-même, « Histoire, que tu es longue et cruelle » me dis-je bien souvent !

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Ce soir, une nouvelle fois, après tant de fois précédentes déjà depuis des années, tu as donné le meilleur de toi-même dans ton discours-fleuve de près de deux heures à Strasbourg.

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Tu as enflammé nos coeurs et nos âmes citoyennes. Nous vibrons d’autant plus que nous saisissons l’urgence et la gravité du moment comme son caractère exceptionnel. Tous ensemble, nous sommes en train de faire l’Histoire.

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Je ne veux pas te paraître dithyrambique, mais il y a des choses que tu as dites ce soir qui résonnent comme jamais à nos oreilles. Des idées enthousiasmantes comme presque toujours, parce que innovantes, progressistes, humanistes, intelligentes, ambitieuses et tellement raisonnables en même temps. Mais surtout, cette capacité que tu as à nous donner la conviction que tu as la ferme résolution d’agir demain en conformité avec tes paroles et tes discours d’aujourd’hui.

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Ceci nous donne à tous du coeur à l’ouvrage, maintient voire augmente le feu qui couve en chacun de nous. Voilà que le magma incandescent remonte de quelques mètres voire dizaines de mètres de plus. Tiens ! C’est là encore une image que tu aimes utiliser parfois, toi qui dis que le peuple français est un volcan.

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Pourtant, ce soir, bien que je me sois laissé aller à jubiler en t’entendant, puis à m’amuser quelques minutes à écrire un nouveau billet d’humour un peu sarcastique, je me sens aussi affreusement balancé entre une joie intérieure profonde, une forme de confiance irrésistible dans l’avenir, et en même temps, ce qui est tout à fait antinomique, une inquiétude qui tend à devenir un effroi quand je vois la course du monde vers l’abîme.

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Cet abîme, c’est celui que la folie de nos gouvernants et de nos semblables donnent l’impression de vouloir atteindre avant l’heure dite. Cette folie nous fait tous participer, parfois certes malgré nous, à la destruction de l’écosystème. Mais pas seulement !

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Cet abîme, c’est aussi celui qui se rapproche de nous du fait de nos choix géopolitiques. On assiste à une forme nouvelle de montée des tensions et des périls comme on l’a déjà vu dans le passé, pour le plus grand désastre et le plus grand malheur de l’Europe.

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Et comme si ça ne suffisait pas à noircir suffisamment le tableau, tu as relevé ces derniers jours, et encore ce soir, le pressentiment que nous commençons à avoir tous que notre propre pays, poussé par des forces occultes qui semblent bien s’être donné le mot pour souffler sur les mauvaises braises, n’entre non pas en « révolution citoyenne », mais en guerre civile.

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Et au-delà de tout cela, une autre peur commence vraiment à m’assaillir : que les tenants du système ne se laissent pas chasser par une simple séquence électorale.

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On est quelques-uns à percevoir des signaux qui se rapprochent de plus en plus depuis quelques années, depuis quelques mois et depuis quelques semaines. Je pourrais aussi dire depuis quelques jours.

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Et ces signaux ne sont vraiment pas encourageants. Pour ne pas dire qu’ils me terrifient !

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Certes nous t’avons toi, et nous avons aussi les valeureux combattant-te-s qui sont autour de toi, dans le premier cercle, dans le second, le troisième et les suivants… Et comme tu l’as si magnifiquement exprimé ce soir, nous avons aussi et surtout ce peuple français si ardent, si prêt à se retrousser les manches pour participer à l’oeuvre historique qui nous attend si on le prend par la main au lieu de le mépriser, de le négliger, de l’ignorer, voire de le contraindre à faire ce qu’il refuse.

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Mais contre nous, nous avons aussi des ennemis résolus à ne jamais perdre le pouvoir. Je ne parle pas spécialement de tel ou tel pantin du « circus politicus » prenant la suite de ceux qui les ont précédés dans ce rôle. Je parle plutôt des forces plus discrètes mais ô combien plus puissantes qui tiennent le monde.

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Je connais un peu l’Histoire et je sais combien elle est cruelle.

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Deux dates disent beaucoup pour qui a étudié tout ce qui tourne autour d’elles : le 22 novembre 1963 et le 11 septembre 2001. J’aurais pu en citer bien d’autres mais ces deux-là sont pour moi les plus fondamentales pour dire que le mal existe !

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Voilà pourquoi j’ai peur Jean-Luc.

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Je ne pense pas que cette peur soit irrationnelle. Et elle ne m’empêche ni de penser, ni d’agir. Je ne me terrerai pas plus demain qu’hier pour éviter tout risque potentiel. Mais je voulais exprimer ce soir cette angoisse sourde que beaucoup de mes camarades et ami-e-s partagent.

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Peut-être qu’un jour prochain, à l’occasion d’un nouveau discours que tu prononceras ou d’un nouveau billet de blog que tu publieras, tu auras des mots pour nous rassurer. Car si je parle en mon seul nom vu que je ne suis rien d’autre qu’un militant ordinaire, je sais que je pourrais parler au nom de beaucoup.

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Je t’adresse, Jean-Luc, un salut très fraternel et je t’abjure de prendre garde à toi.
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Quelques liens vers des billets que j’ai écrits à ton sujet ou à ton attention

Entamer la reconquête (4/4)

Le début de la première partie (Avant-propos, plan, introduction et sections 1 et 2) est à lire ici.

La fin de la première partie (section 3) est à lire ici.

Le début de la seconde partie (introduction et sections 1 et 2) est à lire ici.

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Section 3 : La révolution de la gratuité des services publics

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Un service public est, par essence, d’intérêt général. Il doit donc être financé par la collectivité dans son ensemble et pas par les « usagers », d’autant plus que les « usagers » peuvent être des personnes aux moyens réduits et il n’est donc pas juste de les faire contribuer de la même façon que les autres.

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Certes, il existe déjà divers systèmes qui, reposant sur cette idée, permettent une gratuité partielle, ou une tarification dite sociale. Mais je suis de ceux qui considèrent que c’est insuffisant. Il faut aller beaucoup plus loin et atteindre ce point d’arrivée qui est la gratuité totale pour l’usager, indépendamment de ses moyens.
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Car de toute façon, celui qui a des moyens importants aura, par l’impôt refondé ainsi que je l’ai expliqué plus haut, contribué bien plus que celui qui n’a que des moyens réduits. Donc le financement des services publics n’a pas besoin de la contribution supplémentaire de l’usager. Son budget résultera de l’impôt général (et par impôt général, j’entends aussi l’impôt finançant les collectivités locales).

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L’accès à la santé, qu’il s’agisse de consultations médicales, de séjours à l’hôpital, de soins divers, de l’achat de médicaments, tout ceci doit devenir gratuit pour l’usager. Le financement doit résulter lui aussi du seul budget de la nation.
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Quand Jean-Luc Mélenchon évoque son projet de sécurité sociale intégrale, c’est une réponse à l’exigence de gratuité totale de la santé.
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L’accès aux transports publics doit aussi devenir gratuit pour tous.
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Je pense aux transports urbains et interurbains dont les travailleurs ont besoin pour aller au travail et dont tout le monde a besoin pour aller faire ses courses ou remplir un certain nombre d’obligations.
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Alors, certes, il faudra exclure le cas du transport de loisir à moyenne et à longue distance car je fais évidemment une différence entre le transport qui est nécessaire à la vie (trajets domicile-travail, trajets pour aller faire ses courses, trajets de courte distance pour ses loisirs et sa vie sociale) et le transport qui entre davantage dans une catégorie que je définirais comme étrangère aux besoins fondamentaux (par exemple prendre l’avion pour aller en voyage à l’étranger).

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L’accès à l’eau potable doit également devenir gratuit pour tous car l’eau est indispensable à notre vie et on ne saurait décider que son accès a un coût, quel qu’il soit, sans contester radicalement le droit naturel de tout être humain de boire une eau saine et de bénéficier aussi de la quantité d’eau propre nécessaire à son hygiène sans avoir à payer pour cela.
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Le coût de la potabilisation de l’eau, certes important et allant croissant en lien avec les pollutions grandissantes et l’irresponsabilité de certaines firmes, doit être assumé par le budget général de la nation et non, fut-ce à titre complémentaire, par la contribution de l’usager. Quant aux pollueurs, ils seront mis à contribution d’une façon qui aura un effet dissuasif certain.

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Nous disons la même chose pour ce qui relève de l’accès à l’électricité ou au gaz.

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Évidemment, cette gratuité de principe ne s’opposerait pas à la dissuasion des consommations excessives. Par exemple, s’agissant de l’eau et de l’électricité, il est facile de concevoir que les premiers mètres cubes, ou les premiers kilowatts, ceux qui permettent la vie, seraient gratuits pour tous, tandis que redeviendraient payantes les quantités consommées dépassant un seuil décidé par la loi.

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Nous estimons que la gratuité totale doit s’appliquer aussi à l’accès à l’éducation et à l’enseignement public, y compris l’enseignement supérieur.

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Il faudra élargir aussi le périmètre de la gratuité dans le domaine de la culture afin que chacun, quelle que soit sa propre capacité contributive, puisse accéder librement aux livres et aux œuvres culturelles qui sont de puissants outils d’émancipation.
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On a déjà les bibliothèques et les médiathèques qui offrent ce service public soit gratuitement, soit à très bas coût. C’est exact mais c’est insuffisant. Il faut aller bien plus loin.
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Une mesure concrète parmi d’autres, et qui relève aussi d’ailleurs de la question liée à la révolution fiscale à laquelle j’appelle, est la suppression pure et simple de la redevance audiovisuelle car, ici comme pour les autres services publics, le financement doit relever du budget général de la nation et non pas d’une contribution spéciale imposée aux usagers.
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Et sur le sujet de l’audiovisuel public et privé, on inventera des processus qui permettront au peuple souverain de décider démocratiquement qui, dans la sphère médiatique et culturelle, mérite d’être financé et qui ne doit pas l’être, qui mérite des financements supplémentaires, et qui, à l’inverse, mérite de voir son budget public réduit voire supprimé.
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Tous ceux qui abrutissent les masses, tous ceux qui concourent à leur mentir, à les manipuler, à réduire la conscience citoyenne, verront leur budget supprimé (des émissions comme la télé-réalité, comme « Touche pas à mon poste » de Cyril Hanouna, comme « C’est dans l’air » avec celui qui est devenu, au fil du temps, le propagandiste préféré du système, Yves Calvi n’ont aucune légitimité à être financées par la contribution fiscale, car ces émissions nuisent à la conscience citoyenne et donc à l’intérêt général).
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On ne les interdira pas car nous respecterons le principe démocratique de la liberté d’expression mais elles devront s’auto-financer par les moyens légaux de leur choix. Et il n’y aura pas de publicité sur le service public audiovisuel, lequel ne sera plus dirigé par des entreprises tirant l’essentiel de leurs ressources de l’État.

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Nous pensons également au retour complet du service des pompes funèbres dans le domaine public. La mort ne doit pas ajouter, à ce qu’elle est déjà, une ultime injustice : celle de voir tel individu pauvre ne pas avoir la possibilité d’être traité avec la dignité qui s’impose. Il est inacceptable, et il est révoltant au plan humain, que des personnes mortes en solitaires soient traitées en indigents. De même, il est insupportable que des personnes dont les proches sont trop pauvres pour financer les obsèques et ce qui s’ensuit, ne puissent pas bénéficier d’un traitement décent.
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Nous défendons l’idée d’un service public comme cela existait auparavant, avant que celui-ci aussi soit privatisé et mis dans le marché. Nous inventerons un nouveau service public pour que tout citoyen bénéficie des mêmes droits à des obsèques dignes.

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Enfin, nous pensons à un nouveau service public qu’il faudra créer : un service public bancaire. La Banque de France pourrait se voir confier cette mission ou on pourrait créer un établissement dédié.
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Sa mission serait d’être la banque des « petits porteurs » (entreprises et particuliers). On arrêterait un montant de rémunération et de patrimoine à partir duquel le porteur ne pourrait plus maintenir son compte et devrait trouver une banque sur le « marché ».
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Cette banque aurait une visée sociale en ce sens qu’elle n’aurait pas pour objet de voir gonfler ses bénéfices mais seulement d’assurer le service bancaire au bénéfice des petits porteurs et à ce titre, elle pourrait consentir des prêts à des taux d’intérêt très bas, le but n’étant pas de faire des bénéfices mais d’aider ceux qui ont besoin d’être aidés et soutenus, notamment les entreprises qui viennent de se créer ou celles qui ont des projets d’évolution et ont besoin de financements.

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Notre but, dans ces lignes, n’était pas d’être exhaustif sur la question de la gratuité des services publics et donc nous ne développerons pas davantage. Mais il faut comprendre que si la révolution fiscale et la révolution du travail auxquelles nous appelons et pour la mise en œuvre desquelles nous avons des idées claires, sont de puissants outils pour rétablir l’égalité des citoyens et augmenter fortement la justice sociale, la gratuité totale des services publics et l’augmentation du périmètre de ceux-ci sont également des armes de destruction massive du capitalisme puisque celui-ci vise à tout privatiser, tout financiariser, tandis que les propositions que nous faisons sont de nature, au contraire, à rendre accessibles à tous, gratuitement, ce qui est indispensable à la vie ou, à tout le moins, ce qui lui permet de ne pas être une succession de galères et d’injustices.
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Chacun fera ensuite ce qu’il veut pour conjuguer son droit au bonheur mais personne ne sera plus empêché par le seul fait résultant de l’insuffisance de ses moyens financiers.

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Et comme, de toute façon, la révolution fiscale que nous ferons aura pour effet direct de faire disparaître la pauvreté, la faiblesse des moyens financiers ne sera plus une garantie de privations.

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Section 4 : La révolution du revenu garanti

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Le débat mérite d’être mené et j’espère que les derniers mois de la campagne électorale vont permettre à tous de mieux cerner les tenants et les aboutissants de la question.
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J’espère qu’ensuite notre accession au pouvoir l’an prochain, si elle intervient, aura pour effet d’organiser cette fois un grand débat public national s’achevant par un référendum au terme duquel le peuple français choisirait les solutions à mettre en œuvre.

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Je ne fais donc ici que mentionner le sujet sans le développer mais en invitant chacun-e de vous à s’en emparer, à s’instruire sur le sujet, à organiser des débats sur la question dans vos territoires, dans vos assemblées citoyennes, dans vos organisations… afin que nous soyons, collectivement, préparés demain au grand débat national qui pourrait être organisé par le nouveau pouvoir sorti des urnes si Jean-Luc Mélenchon était élu Président de la République.

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Aussi coûteuses soient-elles si on les analyse sous l’œil d’un capitaliste, toutes ces révolutions politiques et économiques sont possibles.

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Une économie fonctionne lorsque les richesses sont partagées car elles circulent alors selon une logique circulaire. On peut dire qu’une économie rationnellement pensée et organisée fonctionnerait comme le cycle de l’eau. Rien ne se perdrait des richesses produites par l’ensemble de la population. Ces richesses en étant partagées, se retrouveraient mieux utilisées.

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Si de meilleurs salaires (par rapport à ce qu’ils sont aujourd’hui) étaient payés par les patrons à leurs salarié-e-s, ils seraient forcément dépensés et/ou partiellement épargnés : dans le premier cas, ces richesses contribueraient à développer l’économie, dans le second cas, elles contribueraient à augmenter les réserves financières pouvant être utilisées pour financer l’investissement et les aides en tout genre.
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C’est bien un cercle vertueux qui se mettrait en place et ce système serait antinomique avec le cercle infernal actuel où la richesse globale se perd dans des bulles, ou est embastillée dans des paradis fiscaux où elle ne sert personne, sinon quelques très rares nantis qui, d’ailleurs, ne peuvent pas consommer leur propre richesse tant elle dépasse leurs besoins, aussi immenses soient-ils, aussi ostentatoires soient-ils, aussi démesurés soient-ils !

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Si un mauvais génie capturait presque toute l’eau de pluie qui retombe sur terre après s’être évaporée des mers et des océans, et la mettait « à l’abri » sur une autre planète, il va sans dire que le climat deviendrait vite infernal sur terre puisque les terres émergées seraient vite transformées en déserts et que, peu à peu, les mers et les océans se videraient puisque l’eau s’en étant évaporée n’y reviendrait plus.

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Eh bien, je trouve que les capitalistes de notre temps sont comme ce mauvais génie imaginaire puisqu’en confisquant, au seul bénéfice de quelques-uns, très peu nombreux, la richesse globale créée par tous, ils interrompent le cycle naturel de l’économie et peu à peu, vont finir par tuer tout le monde. Sauf si nous décidons de ne pas mourir et que nous « tuons » ce mauvais génie avant qu’il ne fasse son office…

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Bref, au terme de ces longs développements et de ces deux parties de mon billet « Entamer la reconquête », vous aurez compris, je l’espère, plusieurs choses :
  • Notre pays est riche, contrairement au discours que nous entendons de toutes parts…
  • Notre pays regorge de gens pleins de talents et de citoyen-ne-s travailleurs et n’a donc rien à voir avec ce pays que certains nous décrivent comme composé de feignants, d’incultes, d’ignorants, d’idiots, d’incompétents…
  • Notre pays n’a pas à être tétanisé par les discours déclinistes façon « anti-France » qui ont pour seul dessein de faire croire à tous que nous ne valons rien et que la seule solution qui s’offre à nous est de remettre notre destin à des gens qui sauront nous diriger et nous remettre sur le droit chemin : Allemagne hier, Union européenne aujourd’hui, peut-être États-Unis demain. Ce discours est le même que celui qui était développé dans les années trente et qui visait à ce que l’Allemagne prenne le contrôle de notre pays. Logiquement, parmi ceux qui avaient ce discours, la plupart furent d’enthousiastes collaborateurs des Nazis, puis, pour ceux qui ont survécu à l’épuration, des petits soldats de la nouvelle Rome qui n’est autre que l’empire-monde états-unien !
  • Si certains nous voient incapables, si certains nous veulent impuissants et soumis, d’autres, bien plus nombreux mais trop longtemps silencieux et passifs, savent que nous sommes un peuple qui, lorsqu’il se lève, change le cours de l’histoire du monde. Nous l’avons déjà fait plusieurs fois et c’est pour cela que Victo Hugo avait écrit : « Ce que Paris conseille, l’Europe le médite. Ce que Paris commence, l’Europe le continue. » Et pas que l’Europe d’ailleurs ! Le mouvement bolivarien a été largement inspiré par la révolution française même s’il a trouvé ses propres règles et a choisi son propre développement, en toute indépendance.
  • Nous savons, autour de Jean-Luc Mélenchon, ce qu’il est possible de faire. Nous ne risquons pas, nous, d’être tétanisés par les hurlements à la mort de quelques-uns. En référence au titre d’un livre de notre camarade économiste Jacques Généreux*, nous tous disons clairement : « Nous, on peut ! » et j’ajoute que « Nous, on le veut ! »
  • Nous ferons ce qu’il faut faire pour satisfaire l’intérêt général après que nous ayons débattu de la forme et du contenu de celui-ci.
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* Jacques Généreux fut responsable, un temps, des questions économiques au sein du Parti de Gauche et c’est aujourd’hui un des deux responsables de l’élaboration collective du projet présidentiel, l’autre responsable étant Charlotte Girard.

Entamer la reconquête (3/4)

Le début de la première partie (Avant-propos, plan, introduction et sections 1 et 2) est à lire ici.

La fin de la première partie (section 3) est à lire ici.

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Seconde partie : Nous, on le veut !

Introduction

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Les décisions radicales, révolutionnaires même, auxquelles je pense, celles qu’il faudra mettre en œuvre, celles qui, je l’espère, seront finalement portées par Jean-Luc Mélenchon dans son projet présidentiel pour 2017 et mises en oeuvre, consistent à partager équitablement la richesse, ce qui implique, à mon sens, diverses révolutions dont je vous parlerai successivement :
  • une révolution de la fiscalité
  • une révolution du temps de travail
  • une révolution visant à établir la gratuité générale des services publics
  • une révolution instaurant un revenu garanti*
* J’utilise sciemment ces mots neutres de « revenu garanti » car je ne suis pas convaincu par le « revenu de base » ou le «revenu universel » version Hamon qui, pour moi, est une arnaque et une idée inacceptable tant elle reflète l’esprit capitaliste.
Et j’ai bien compris que Jean-Luc Mélenchon, hélas, n’est pas partisan lui-même du « salaire à vie » défendu par Bernard Friot et le réseau salariat.
*
Toujours est-il que même sans aller jusqu’à la mise en oeuvre du « salaire à vie » de Friot, je suis partisan d’un puissant mouvement en faveur d’une solution qui ne permette plus que les uns bénéficient à outrance de l’héritage et que les autres subissent la cruelle loi du chômage et de la précarité quand ce n’est pas de la misère pure et simple, et ce d’autant plus que notre pays n’a jamais été aussi riche.
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Le problème ne tient pas à un défaut richesse ou de compétitivité comme on nous le serine depuis des années pour nous conduire à tout déréglementer et  tout libéraliser. Il tient à un problème de répartition de la richesse globale. Les uns, très peu nombreux, ont tout, et les autres ont de moins en moins. Et les chiffres donnent froid dans le dos. Le nombre de milliardaires et de millionnaires ne cesse de croître quand, dans le même temps – et c’est bien sûr en corrélation étroite – le nombre de pauvres explose, de même que celui des précaires.
*
En outre, il paraît que la France est le pays d’Europe qui a le plus de millionnaires. Pour les uns, c’est bon signe car cela signifie que nous sommes en pointe. Or, en disant cela, ils ne se rendent pas compte qu’ils contredisent leur propre doxa, si souvent répétée partout, selon laquelle notre pays ne vaut rien, ne sait rien faire, ne produit rien, ne fout rien… Comme disait Coluche, et ça ne nous rajeunit pas, « ils vont être contents, les pauvres, de savoir qu’ils habitent un pays riche ! »
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Section 1 : La révolution fiscale

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1er § : L’objectif de la révolution fiscale : assurer l’efficacité économique et la justice fiscale

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Avec cette révolution fiscale dont je vais plus loin présenter les grands traits, je souhaite que le « code général des impôts » et le « livre des procédures fiscales » déclinent, en en respectant l’esprit et la lettre, ce principe fondamental porté par l’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, selon lequel :

« Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés. »

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En clair, il faut prendre beaucoup moins aux petits contributeurs (que ces « petits contributeurs » soient des citoyens ou des entreprises) et beaucoup plus aux gros (qu’il s’agisse des nantis ou des grosses entreprises) et c’est ce que Jean-Luc Mélenchon et nous tous avons bien l’intention de faire.
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En pratique, nul besoin de pondre des dispositifs juridiques complexes. On peut procéder de manière très simple. Inutile d’inventer des centaines de « niches fiscales » qui nuisent à la bonne connaissance du droit des impôts et à sa compréhension, en même temps qu’elles détruisent le principe d’égalité des citoyens devant l’impôt.
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Et cette nouvelle façon de procéder, ce choix de remplacer des dispositifs abscons et incompréhensibles au plus grand nombre sera également une arme au service de tous car la transparence sera de mise, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
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L’efficacité économique et la justice fiscale ne sont pas antinomiques, tout au contraire ! C’est bel et bien en permettant la première que l’on rétablira la seconde.
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Et l’efficacité économique, comme la justice fiscale, ne s’opposent pas à la simplicité législative et réglementaire en la matière. Ici aussi, bien au contraire, c’est cette simplicité des règles qui assurera l’efficacité économique de l’impôt.
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2ème § : L’esprit de la révolution fiscale : « On va leur faire les poches »

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Il faut tout repenser, tout refonder, tout changer. Car depuis des décennies, le droit fiscal est devenu (comme d’ailleurs bien d’autres corpus juridiques) un ensemble de règles incompréhensibles, illisibles, obscures, d’application très incertaine, permettant tous les contournements, toutes les fraudes, ou même une « optimisation » tout à fait légale mais ô combien injuste quand elle aboutit à ce que les plus aisés (particuliers ou entreprises) paient moins que les moins bien lotis.
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Je sais que certains, que je considère comme nos ennemis, réclament aussi cette mise à plat en vue d’un « choc de simplification » fiscal et d’un allègement massif de l’impôt. Que nos ami-e-s se rassurent. Ce ne sont pas leurs suppliques que nous allons entendre et ce ne sont pas leurs exigences que nous voulons satisfaire. Bien au contraire !
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Le « choc de simplification » qu’ils réclament tant, ils vont l’avoir mais je doute qu’il emporte leur adhésion, in fine !
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Quant à l’allègement de l’impôt, oui, nous allons en effet l’alléger de manière très substantielle, mais ce ne sera pas à leur profitEux au contraire, ils vont connaître une ponction bien plus importante que celle dont ils se plaignent tant. Le simple fait de revenir à un système d’authentique justice fiscale sera coûteux pour eux. Et si l’on y ajoute les dédommagements de la souffrance infligée depuis si longtemps par leur système inique, eh bien, ils seront plus légers demain… Ils n’auront plus besoin d’îles paradisiaques pour aller y entreposer des richesses qu’ils ne trouvent pas à employer dans leur propre pays !
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3ème § : Les principales modalités de la révolution fiscale

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Nous préconisons les solutions suivantes :
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– un impôt sur le revenu des personnes physiques avec un nombre de tranches bien supérieur à celui d’aujourd’hui, afin que chaque fourchette de rémunération (à définir) soit soumise à une contribution dont le pourcentage (à définir) corresponde à la « capacité contributive » du redevable, étant entendu que nous arrêterons aussi un montant de salaire maximal et une échelle maximale des rémunérations (à définir) de telle manière qu’il ne soit plus possible que les uns aient tout ou presque et les autres rien ou si peu. Ça tombe bien : Jean-Luc Mélenchon, dans le Projet l’Avenir en commun, prévoit non seulement quatorze tranches pour cet impôt sur le revenu réformé mais aussi le revenu maximal et le salaire maximal !
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– un impôt sur les sociétés qui sera régi par les mêmes principes que l’IRPP précité mais qui, en outre, sera pensé comme un puissant incitateur au progrès commun. Par exemple, une entreprise qui, au lieu de licencier sans cause légitime, renforce son effectif, améliore sans cesse les conditions de travail de ses salarié-e-s, augmente les salaires de TOUS ses salarié-e-s, investit dans des projets de bien commun, verrait son impôt réduit à proportion de son implication « citoyenne » ou de sa contribution à l’économie générale et donc à l’intérêt général.
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À l’inverse, une entreprise qui préférerait ne pas investir, ne pas recruter, licencier, faire régresser les conditions de travail de ses salarié-e-s, ne pas augmenter voire réduire leurs rémunérations, tout en augmentant celles des principaux responsables ou des dividendes payés aux actionnaires, verrait son impôt massivement augmenté, avec, sans aucun doute, un effet puissamment dissuasif. Dans le même temps, des règles devront également être adoptées pour empêcher que les dirigeants la délocalisent ou la dissolvent, ou la vendent sans raison et surtout sans l’accord, librement consenti, des salarié-e-s.

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Il en irait de même pour les licenciements qui ne pourraient intervenir qu’après accord général des salarié-e-s, dans des conditions à définir. Et certains licenciements seraient purement et simplement prohibés par la loi, à commencer par tous ceux qui n’ont pas pour objet de sauver une entreprise en sérieuses difficultés mais qui n’ont d’autre dessein que d’augmenter les bénéfices des actionnaires. Ces questions ne relevant pas du thème des impôts, elles ne sont ici évoquées que pour mémoire.
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un impôt sur le capital dormant serait inventé, sorte d’impôt sur la fortune refondé, de telle manière qu’au-delà de la question de la rémunération et du patrimoine, les richesses héritées ne soient plus maintenues inéluctablement chez les mêmes, génération après génération. Car c’est ce phénomène-là qui est à la base, très souvent, de la constitution de la classe (ou de la caste) oligarchique. Les plus grosses fortunes ne sont pas toujours le résultat d’un génie entrepreneurial mais beaucoup plus souvent le fait de l’héritage. Et cela nuit radicalement au principe d’égalité entre tous les citoyens. Nous devrons donc agir puissamment contre cette confiscation. Il ne s’agit pas ici de cibler le capital épargné car l’épargne est un des outils économiques, mais plutôt le capital qui est soutiré à l’économie, par différentes modalités.

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La fraude fiscale, comme les phénomènes d’évasion fiscale, seront sévèrement punis. Nous irons chercher les coupables où qu’ils se trouvent, et les fortunes accumulées qu’ils auraient soustraites à l’intérêt général de leur entreprise et de la nation seront récupérées par l’État pour être redistribuées équitablement.

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Les possibilités d’ « optimisation fiscale » existant aujourd’hui seront profondément revues pour être limitées à ce qui a été dit ci-dessus en ce qui concerne l’effet incitatif de l’impôt sur les sociétés, afin que l’on ne connaisse plus des situations ubuesques et si injustes dans lesquelles des multinationales ne paient presque rien tandis que des petites et moyennes entreprises paient beaucoup plus qu’elles.

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la TVA, contribution la plus injuste puisqu’elle pèse beaucoup plus sur les petits salaires que sur les gros, et qu’elle touche tous les produits et services, même les plus indispensables à la vie, serait purement et simplement supprimée. Je sais que c’est elle qui apporte le plus de ressources à l’État mais ces ressources seront demain réunies par les trois impôts précités : IRPP, ISS et impôt sur le capital dormant.

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Il faudra aussi repenser profondément la fiscalité locale. Les impôts locaux, notamment taxe foncière et taxe d’habitation, devront conjuguer les mêmes principes que les impôts définis par l’État.

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C’est bien une utopie que nous avons à l’esprit et c’est bien d’une révolution qu’il s’agit !

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Section 2 : La révolution du temps de travail

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Outre la refonte totale de notre fiscalité, c’est le travail, dans ses modalités en général, qui doit être, et qui sera, repensé.
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En premier lieu, nous avons l’intention déterminée de le partager afin que les millions qui en sont privés depuis si longtemps puissent y revenir, et que, à l’inverse, les millions qui y sont soumis puissent en être partiellement libérés.

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Je dis partiellement car il ne s’agit pas d’enlever tout le travail aux uns pour le donner entièrement aux autres mais, en allégeant la charge des uns, de transformer ce qui est une contrainte pour eux en une nouvelle opportunité pour les autres.

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1er § : La réduction drastique du temps de travail par salarié

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Réduire drastiquement la durée légale du travail par salarié peut se faire en agissant dans deux directions : réduction du temps de travail hebdomadaire et réduction du temps de travail dans une vie.

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1/ La réduction du temps de travail hebdomadaire : cap sur les 30 heures !

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Voici un objectif ambitieux ! Ramener la durée légale du travail à 30 heures par semaine – un seuil symbolique et plus significatif dans ses effets que les 32 heures défendues par les timides – amorcerait une puissante marche vers le progrès collectif, en ce sens que ce temps dégagé pour les uns permettrait de faire travailler les autres qui sont tenus à l’écart du monde du travail.

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Cette réduction sera à penser avec les innovations que nous inventerons relativement au « temps choisi » (§2 ci-après).

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2/ La réduction du temps de travail dans une vie : retour au principe de la retraite à 60 ans et innovations

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Le principe : Réduire le nombre d’années de travail dans la vie afin que les salarié-e-s puissent prendre leur retraite à taux plein avant l’âge et le nombre d’annuités requis aujourd’hui.

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Dès notre arrivée au pouvoir, nous reviendrions au principe de la retraite à taux plein à 60 ans et le nombre d’annuités ne devrait plus être un critère fondamental. Il devrait être adapté en fonction des vies de chacun.
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Par exemple, un étudiant qui a passé des années à l’université et qui n’a commencé à travailler qu’à 25, 26, 27 ans, ne serait pas pénalisé par ce retard car ses années d’enseignement seraient prises en compte comme années de travail au titre des annuités.
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Par ailleurs, afin de ne pas pénaliser les chômeurs qui sont bien plus souvent des victimes du système que des « assisté-e-s » forcément « feignants » et « abusant » de ses « largesses », un système serait inventé afin que leurs années de chômage ne les empêchent pas d’accumuler des annuités. Je ne suis pas expert du sujet mais je ne doute pas que bien des idées puissent être proposées pour inverser la culpabilité et la faire peser sur la société, sur le système, sur les employeurs, plutôt que sur les chômeurs. Car ils ont la double peine ou plutôt même la peine multiple :

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– faute de travail, ils ont une rémunération souvent très faible et à durée déterminée puisque les aides finissent par se réduire, voire par disparaître, s’ils ne retrouvent pas un emploi ;

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– ils sont maltraités par les medias et les « importants » qui les décrivent comme des adeptes de la flemmardise organisée, voire comme des escrocs aux aides sociales ;

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– ils sont mal vus par un grand nombre de leurs concitoyens qui considèrent qu’ils sont payés à ne rien faire tandis que beaucoup doivent trimer pour des salaires de misère, inférieurs aux aides sociales que l’on peut cumuler.

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– Enfin, une fois les chômeurs arrivés au terme de leur vie professionnelle, comme ils ont peu travaillé, ils voient le montant de la décote dans le calcul de leur retraite amputer celle-ci massivement.

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Quant à celles et ceux qui ont commencé à travailler très tôt dans leur vie, par principe le seuil de 60 ans serait réduit, de telle manière que l’égalité soit rétablie avec la masse des travailleurs.

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Par exemple, un travailleur ayant commencé à travailler à 16 ans pourrait partir en retraite à taux plein à 56 ans si le nombre d’annuités reste de 40 ans et ce, indépendamment de la pénibilité du travail.

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Ensuite, second élément à prendre en compte, et d’effet cumulatif, si le travail en question a justement été pénible, on offrirait à ce travailleur, une décote du nombre d’annuités nécessaires pour obtenir sa retraite à taux plein. Les conditions et modalités de cette décote seraient à déterminer mais le principe aurait une valeur fondamentale.

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Tous les emplois n’usent pas les salariés de la même manière et il est normal, quand on professe « l’humain d’abord » et l’égalité, de prendre en compte ces différences. Un-e salarié-e qui a passé des années dans un travail pénible pourrait ainsi prendre sa retraite à taux plein après 35 annuités, ou pourquoi pas 30… Je ne dis des chiffres qu’au hasard. La définition de ces chiffres se fera dans des conditions sérieuses, sur la base d’éléments argumentatifs reposant sur des éléments solides. Je ne développe ici que le principe théorique que je défends.

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J’irais même plus loin dans ce principe et dans le droit en découlant.
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Je considère en effet que celles et ceux qui ont été amenés à commencer à travailler si jeunes, n’ont sans doute pas eu d’autre alternative, que ce n’était pas un choix librement consenti et qu’ils ont été privés du droit à un enseignement plus approfondi, ainsi qu’à une jeunesse plus innocente, plus légère. Ils méritent donc, selon moi, de pouvoir rattraper ce désavantage du début de leur vie en partant à la retraite à taux plein plus tôt que les autres. Le principe susvisé de la décote applicable à celles et ceux qui ont commencé à travailler plus tôt serait mis en oeuvre ici avec un effet renforcé compensant le double désavantage : avoir dû commencer à travailler très tôt dans sa vie et n’avoir pas pu bénéficier d’un droit à l’éducation à la hauteur du droit théorique offert à tous.
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Concrètement, un travailleur qui aurait commencé à travailler à 16 ans et de ce fait aurait été privé du droit d’aller au lycée puis à l’université, pourrait partir en retraite à 55 ans (par exemple) et si son travail a en plus été pénible, il pourrait partir à 50 ans (autre exemple).

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2nd § : Le développement massif du temps choisi

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1/ Le « temps choisi » hebdomadaire

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Aujourd’hui le temps choisi est déjà une réalité du monde du travail mais c’est une réalité tout à fait anecdotique. Très peu de salarié-e-s peuvent « choisir » leur temps de travail car les employeurs en décident seuls ; et si un ou une salarié-e en bénéficie, c’est parce qu’il ou elle a la chance d’avoir un employeur de bonne volonté. C’est loin d’être toujours le cas.

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Nous défendons l’émancipation des hommes et des femmes et donc la fin de la domination de l’employeur sur le salarié ; à ce titre, octroyer aux salarié-e-s un droit accru de choisir son temps de travail est un puissant outil d’émancipation.
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Évidemment, il faudra que ce temps choisi soit partiellement encadré dans l’intérêt de l’entreprise. Mais l’employeur ne pourra plus s’opposer à ce droit nouveau, sauf dans les cas prévus par la loi qui sera « libérale » au bénéfice du salarié.

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Par exemple, le salarié pourra décider, sans que l’employeur ne puisse s’y opposer, de ne travailler que 4 jours par semaine (soit 6h30 par jour) ou de travailler cinq jours (soit 6 heures par jour), soit encore de travailler un peu plus chaque jour (7h, 7h30, 8 heures) pour accumuler du temps sur un compteur personnel en vue de pouvoir poser régulièrement ou en cumulé des journées de récupération (sous réserve que ce temps passé soit effectivement travaillé et non pas réduit à de la présence).

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2/ Le « temps choisi » dans une vie

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Dans le même esprit, nous estimons qu’il est opportun de concevoir ce temps choisi dans une vie de travail afin que le salarié puisse prendre du temps libre, cumulé sur plusieurs semaines ou plusieurs mois, pour les raisons de son choix. Ce serait reconnaître aux salariés du secteur privé un droit existant au bénéfice des fonctionnaires : la « mise en disponibilité ».

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Ces mesures radicales changeraient profondément notre regard sur le travail. En plus d’offrir concrètement à tous un droit réel – pas seulement théorique – de travailler, elles offriraient à tous un droit réel – et pas seulement théorique – de profiter de la vie, de jouir du bonheur d’être avec ses proches, de pouvoir offrir de son temps à des causes d’intérêt général, de profiter du droit au bonheur qui est le droit naturel de chaque être humain…

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Je n’ignore pas que, pour un certain nombre de gens, de telles propositions ne sont que des utopies. Or l’utopie d’aujourd’hui peut très bien devenir la réalité de demain, si on le veut.
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L’histoire abonde d’exemples où ce qui était impossible hier est bien devenu un jour réalité, pour le meilleur comme pour le pire, d’ailleurs, hélas ! Sur cette idée, bien des penseurs ont écrit et bien des acteurs politiques ont démontré qu’elle n’est pas qu’une théorie du rêve…

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« L’utopie n’est pas l’irréalisable, mais l’irréalisé. » ou, dit autrement : « L’utopie est ce qui n’a pas encore été essayé. » Theodore MONOD

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« L’utopie est la vérité de demain. » Victor HUGO

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« Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait. » Mark TWAIN

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« J’ai fait tous les calculs. Ils confirment l’opinion des spécialistes : notre idée est irréalisable. Il ne nous reste qu’une chose à faire : la réaliser. » Pierre-Georges LATÉCOÈRE (le fondateur de la poste aérienne transcontinentale)

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« Toutes les grandes évolutions significatives de l’humanité ont d’abord été rêvées. » Robert BLONDIN

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« Il arrive souvent de ne rien obtenir parce que l’on ne tente rien. » Jacques DEVAL

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« Celui qui n’a pas d’objectifs ne risque pas de les atteindre. » Sun Tzu

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« On commence par dire – cela est impossible – pour se dispenser de le tenter, et cela devient impossible, en effet, parce qu’on ne le tente pas. » Charles FOURIER

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Je n’ignore pas non plus que parmi celles et ceux qui riront de telles propositions, il y aura au premier chef celles et ceux qui nous dominent depuis toujours et qui, évidemment, n’ont pas l’intention que nous reprenions ainsi le pouvoir sur nos vies.

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Ils nous diront, comme ils l’ont toujours fait, que c’est impossible et pire, que c’est la garantie de l’anarchie, du désordre, et de la ruine. De tout temps, les progrès sociaux qui avaient été portés par les uns avant d’être réalisés, étaient décrits par les autres comme des régressions terribles et des ferments de dévastation économique. Et puis, une fois réalisés, ces progrès devenaient des acquis dont presque tout le monde se félicitait, acquis dont les effets n’avaient nullement le caractère dévastateur annoncé par ceux qui refusaient un tel progrès.

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Nous n’avons donc que faire de leurs cris d’orfraie. Nous avons pour mission d’améliorer sans cesse la vie des êtres humains et pour cela, il nous faut notamment agir sur le levier qu’est le travail.

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Contrairement aux affirmations mensongères de ceux qui refusent le droit au bonheur de tous pour se réserver les plaisirs de la vie, nos propositions sont tenables économiquement parlant et financièrement parlant. Nous pouvons les mettre en œuvre sans conduire notre pays à la ruine. C’est même exactement le contraire qui se produira si nous les mettons en œuvre. Car des millions de chômeurs en moins, ce sont des millions de gens plus heureux et plus libres, ce sont aussi des millions d’allocataires de ressources sociales en moins, et ce sont des millions de contributeurs fiscaux en plus.

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Nul besoin d’être un aigle en économie ou en finance pour le comprendre ! Nos problèmes récurrents de dette et de déficits des comptes sociaux, comme du budget de la nation, seraient immédiatement réglés et nous aurions même, à fiscalité constante, des dizaines de milliards de ressources supplémentaires que nous pourrions dépenser pour améliorer la vie de tous avec de nouveaux services publics, en généralisant leur gratuité, en nous engageant massivement dans les alternatives de la transition écologique…

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La suite et la fin de cet article (sections 3 et 4) est à lire ici.

Entamer la reconquête (2/4)

L’introduction et les sections 1 et 2 de la première partie de l’article sont à lire ici.

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Section 3 : Ouvrir enfin les yeux sur le capitalisme et bifurquer vers un autre système économique…

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1er § : Le temps du capitalisme de « bon père de famille »

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Pour ma part, c’est au cours des années 2000 que j’ai perçu le décalage majeur qui existait entre les théories économiques du capitalisme dans sa version ultra-libérale ou néo-libérale, et la réalité à laquelle sa mise en œuvre aboutissait toujours, contrairement aux affirmations de ceux qui nous expliquaient qu’il n’y avait pas d’autre alternative, vous savez ce fameux « Tina » qui est l’acronyme de « There Is No Alternative »…

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J’en ai donc tiré de solides conséquences dans ma philosophie politique et les choix de retenir d’autres théories économiques. En clair, c’est alors que je suis passé « de l’autre côté »…

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Jusque là, je ne me voyais pas – et donc ne me définissais pas – comme « anticapitaliste » car « mon » capitalisme était celui des trente glorieuses, un capitalisme façon « bon père de famille » qui tirait tout le monde vers le haut.

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Ce capitalisme, qui avait certes des défauts, des inconvénients, et qui pouvait même produire des souffrances et des inégalités, était cependant bien encadré par un système d’ « économie mixte », comme l’était la France dans les années 50, 60 et 70.

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Bien que le système économique fusse fondé sur le capitalisme et le libre marché, l’État y exerçait une influence très forte, tempérant les excès, empêchant les abus, rétablissant une égalité parfois maltraitée par la marche du système capitaliste et par ses acteurs.

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Je pensais donc que, le temps passant, les réformes aidant, le progrès collectif verrait chaque année son périmètre s’étendre. Après tout, nos parents vivaient bien mieux que nos grands-parents, et nous étions promis nous-mêmes à vivre mieux que nos parents (je suis d’une génération née au milieu des années 70).

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Pourtant, le progrès continu amorcé en France à la Libération, a commencé à être sérieusement attaqué dès le début des années 80.

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Nous savons que ces années 80 ont amorcé un basculement du monde. L’avènement de l’ultra-libéralisme avec l’influence politique et géopolitique majeure de Thatcher et Reagan, petits soldats de l’ « école de Chicago » pour ce qui est de la théorie économique, et bras armés du « néoconservatisme » inspiré par Samuel Huntington et Francis Fukuyama pour ce qui est de la géopolitique, a fait bifurquer le monde dans la mauvaise direction, si l’on considère la vie des peuples et non des plus puissants.

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Alors que le monde marchait vers le progrès (divers indicateurs économiques et géopolitiques en attestaient), sa marche a été stoppée et tout a été fait alors par les gouvernants les plus puissants, quelle que soit leur étiquette, pour le faire aller en marche arrière

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Cela, nous le savons aujourd’hui. Nous ne l’avions pas forcément perçu immédiatement mais la prise de conscience est intervenue depuis pour un nombre croissant de gens. En tout cas, les masses ne l’avaient manifestement pas perçu à l’époque mais elles semblent bien plus éveillées aujourd’hui.

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Ce que nous savons moins, en revanche, parce que ce n’est pas un sujet largement abordé, c’est que la révolution libérale* qui a bouleversé le monde à partir du début des années 80, dont les effets dévastateurs ont été réellement ressentis dans les années 90 – lorsque la « mondialisation » est devenue le phénomène géopolitique le plus puissant – trouve bien son origine dans la décennie des années 70.

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* au lieu de parler de révolution « libérale », on devrait dire plutôt d’ailleurs « ultra-libérale » ou même « néo-libérale » car le libéralisme authentique n’a pas grand-chose à voir avec ces théories et ces pratiques économiques faussement présentées comme libérales ou décrites comme étant simplement une exagération du libéralisme, alors qu’elles conduisent, in fine, à sa négation même.

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2nd § : Les prémisses du « capitalisme du désastre »

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J’emprunte cette notion de « capitalisme du désastre » à Naomi Klein, cette forte personnalité canadienne qui a écrit ce livre si indispensable « La stratégie du choc – Montée d’un capitalisme du désastre » (publié aux éditions Actes Sud en avril 2008 sous le n° ISBN 978-2-7427-7544-6) et dont un film-documentaire a été tiré à voir ici.

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Deux décisions fondamentales peuvent être présentées comme ayant rendu possible la suite que nous avons connue en France et partout dans le monde : une décision prise, en juillet 1971, par le président des États-Unis Richard NIXON, et une loi adoptée en France en janvier 1973 sous la présidence de Georges POMPIDOU et alors que le ministre de l’Économie et des Finances était Valéry GISCARD D’ESTAING.

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1/ La décision de NIXON de juillet 1971 : fin de la convertibilité en or du dollar

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Jusqu’à ce jour-là, quiconque possédait un dollar, ou des milliers de dollars, voire des millions de dollars, en papier monnaie, pouvait se faire donner la contrepartie dans ce métal précieux qu’est l’or.

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Ceci signifie que la valeur écrite sur le billet de banque représentait une partie de la valeur correspondant au regard du stock d’or détenu par la Réserve fédérale des États-Unis.

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Pour mémoire, le principe de cette convertibilité du dollar en or existait depuis les Accords de Bretton-Woods conclus en juillet 1944 par de très nombreux États dont bien sûr les principales grandes puissances de l’époque.

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Après cette décision nixonienne, cette convertibilité n’était donc plus possible. La vérification pratique permanente de la richesse que symbolisait la masse monétaire en circulation ne pouvait donc plus se faire, et les États-Unis ont alors profité de ce nouveau contexte pour imprimer des dollars encore et encore et encore et encore…

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Il en résulte qu’aujourd’hui, la masse monétaire que représente l’ensemble des dollars en circulation – dont le montant est évidemment connu des seuls dirigeants de la Réserve fédérale, si tant est qu’ils le connaissent eux-mêmes d’ailleurs – est des milliers de fois supérieur à la richesse réelle du pays, que les stocks d’or représentent.

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Comme le dit Jean-Luc Mélenchon, si l’ensemble des détenteurs de dollars, qui ne peuvent plus exiger leur contrepartie en or, tentaient de les utiliser tous le même jour, il s’ensuivrait une inflation explosive et un effondrement global et très rapide du système, car il viendrait bien vite un instant où les acteurs économiques seraient mis devant la cruelle réalité de la fiction qu’est cette richesse monétaire.

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Une monnaie n’était, dans toute l’histoire, qu’un outil de paiement mais celui-ci reflétait la richesse réelle de celui qui la détenait, parce que celui qui l’avait émise l’avait créé à due proportion de la richesse réelle de son pays.

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Ce n’est plus le cas depuis la décision de Nixon de 1971. En fait, ce n’était déjà plus le cas dès les années précédentes. La décision de Nixon ne venait pas simplement en précaution de l’avenir, elle avait déjà pour fondement d’éviter que la situation du moment n’entre dans une période de troubles graves si l’écart existant déjà entre l’économie réelle et la quantité de monnaie en circulation devait être révélé au grand nombre…

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Il va sans dire – mais c’est mieux de le rappeler – que cette décision du Président des États-Unis ne concernait pas que son pays ou son peuple. Le monde entier en vécut les effets car le dollar demeurait la monnaie dite de réserve

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2/ La loi française du 3 janvier 1973 sur la Banque de France

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Cette loi, adoptée sous la présidence de Georges Pompidou, ancien Premier ministre du général de Gaulle mais surtout ancien banquier de la banque Rotschild, et du ministre de l’Économie ultra-libéral Valéry Giscard d’Estaing (qui allait succéder à Pompidou après la mort du Président), a entamé le processus par lequel l’État français a dû se financer par les marchés alors que jusque là il existait pour cela une instance publique interne, la Banque de France.

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Conclusion de la première partie :

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J’ai voulu, avec la première partie de mon billet :

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1/ tenter de vous convaincre, en termes simples, que l’économie n’est pas une science qui ne pourrait et ne devrait être appréhendée que par des économistes ;

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2/ vous présenter quelques chiffres, vous proposer quelques mises en perspective, et vous rappeler quelques vérités trop souvent maltraitées par le système médiatique et même par les institutions de l’enseignement, afin de “décoloniser votre imaginaire” comme aiment à le dire certains.

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3/ vous amener à être insoumis, y compris s’agissant des réalités qu’on vous présente quotidiennement pour vous tenir en respect, vous dompter, vous dissuader de vous révolter, vous faire croire que vous ne valez rien et qu’il est donc inutile d’avoir d’autre ambition que celle d’un second rôle ou d’un vassal pour ne pas dire d’un larbin.

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Dans cette première partie, j’ai donc tenté de vous faire toucher du doigt que nous ne sommes pas si nuls qu’on nous le serine à longueur de temps, et que les théories qui gouvernent les politiques mises en oeuvre ne sont pas si insensées que cela, en ce sens que si elles sont économiquement irrationnelles, et qu’elles échouent systématiquement à conduire aux résultats promis par leurs thuriféraires, elles ont une logique propre, dissimulée, celle de renforcer l’oligarchie au détriment des masses.

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Si vous en avez pris conscience, vous avez fait le premier acte de votre émancipation. Si vous êtes conscient désormais de la réalité telle qu’elle se présente, et non telle que tant de menteurs intéressés nous disent qu’elle est, vous allez pouvoir réfléchir à ce qu’il est possible, souhaitable, nécessaire, indispensable de faire pour sortir de la nasse dans laquelle nous sommes.

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Et à ce titre, je vais, avec la seconde partie de mon billet « Entamer la reconquête » que j’ai intitulée « Nous, on le veut ! » (en écho au « Nous, on peut ! » du premier billet qui empruntait en cela le titre d’un livre de Jacques Généreux), suggérer quelques décisions radicales à mettre en oeuvre.

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Seconde partie à lire ici.

Entamer la reconquête (1/4)

Avant-propos
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Ce billet, dans son intégralité, avait été publié, pour la première fois, le 10 avril 2016, sur mon profil Facebook. Vous le trouverez dans la section « Mes articles » (voir ici). Je viens de le toiletter à la marge en vue de le ressortir aujourd’hui où la campagne est entrée dans sa phase la plus active.
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J’ai choisi comme titre de mon billet « Entamer la reconquête » car je pense que le temps est venu de ne plus seulement « résister » mais de passer clairement à l’offensive.
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Que Jean-Luc Mélenchon ait décidé, il y a un an, d’entrer en campagne en vue de l’élection présidentielle, et qu’il porte le projet L’Avenir en commun va nous aider collectivement, que nous soyons ses partisans ou que nous fassions d’autres choix, et quels que soient ces choix d’ailleurs.

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Et j’ai décidé d’intituler la première partie de mon billet « Nous, on peut ! » en écho, bien sûr, au « Nous, on peut ! » qui est le titre d’un livre fondamental de Jacques Généreux.

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J’ai intitulé la seconde partie « Nous, on le veut ! », toujours en écho au titre du livre précité, car cela ajoute un élément pour dire qu’il ne suffit pas de pouvoir faire, encore faut-il le vouloir !

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L’article étant très long, j’ai choisi de le subdiviser en quatre parties et je vous propose d’abord de prendre connaissance du plan.

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Introduction : Partir à la reconquête avec des ambitions démesurées !

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Première partie : Nous, on peut !

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Section 1 : L’économie, une arme entre les mains de qui ?
1er § : L’économie doit-elle être réservée à une élite ?

2nd § : L’économie, sujet abscons et rébarbatif ou discipline accessible à tous ?

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Section 2 : La dialectique « richesse ou ruine de notre pays » et la question de la dette
1er § : Quelle est cette richesse et quel est l’impact de la dette dont nous parlons ? Quelques chiffres et quelques mises en perspective…
1/ Le PIB
2/ Le patrimoine
3/ La dette efface-t-elle notre richesse ?

2nd § : La politique « pro-entreprises » et ses effets depuis trente ans

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Section 3 : Ouvrir enfin les yeux sur le capitalisme et bifurquer vers un autre système économique…
1er § : Le temps du capitalisme de « bon père de famille »
2nd § : Les prémisses du « capitalisme du désastre »
1/ La décision de NIXON de juillet 1971 : fin de la convertibilité en or du dollar

2/ La loi française du 3 janvier 1973 sur la Banque de France

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Seconde partie : Nous, on le veut !

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Section 1 : La révolution fiscale
1er § : L’objectif de la révolution fiscale : assurer l’efficacité économique et la justice fiscale
2ème § : L’esprit de la révolution fiscale : « On va leur faire les poches » – Jean-Luc Mélenchon

3ème § : Les principales modalités de la révolution fiscale

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Section 2 : La révolution du temps de travail
1er § : La réduction drastique du temps de travail par salarié
1/ La réduction du temps de travail hebdomadaire : cap sur les 30 heures !
2/ La réduction du temps de travail dans une vie : retour du principe de la retraite à 60 ans et innovations
2nd § : Le développement massif du temps véritablement choisi
1/ Le temps choisi hebdomadaire

2/ Le temps choisi dans une vie

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Section 3 : La révolution de la gratuité des services publics

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Section 4 : La révolution du revenu garanti

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Introduction : Partir à la reconquête avec des ambitions démesurées

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Puisque nos ennemis ont massivement gagné du terrain depuis des années, voire des décennies, nous devons partir à la reconquête avec des ambitions démesurées !

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Dans notre projet présidentiel autour de Jean-Luc Mélenchon, nous devons prévoir des mesures révolutionnaires dans l’esprit qu’il évoque lui-même quand il parle de révolution, c’est-à-dire :

– une révolution dans l’ordre institutionnel (et c’est toute la question de la 6e République avec l’indispensable changement du régime qui est posée),
– une révolution dans l’ordre politique (et c’est notamment la question de la refondation de la hiérarchie des normes qui est posée),

– une révolution dans l’ordre de la propriété (et là, il est question d’économie, et c’est l’objet de ce billet).

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Alors, beaucoup nous diront – et nous disent déjà depuis très longtemps ! – que nous n’avons pas les moyens de nos ambitions. Ce discours-là, nous l’avons déjà entendu des milliers de fois, nous l’avons lu partout et tout le temps, depuis des décennies. En fait, quand on connaît un peu l’histoire, ça ne date pas d’hier, ni même d’avant-hier. C’est un débat éternel dans le genre humain. Ombre et lumière, anciens et modernes, optimistes et pessimistes, les hommes au sens global (femmes comprises) se sont toujours séparés entre deux camps : celui du progrès et celui du statu quo ou du conservatisme, avec parfois un « marais » pouvant se constituer entre eux, constitué de gens « centristes », se disant « modérés », plus « raisonnables » que les révolutionnaires de gauche et moins dangereux que les exploiteurs de droite. Il ne faut donc pas seulement faire le reproche de cette césure au sein du peuple mais aller au fond. Et, en premier lieu, il faut revenir sur le terme même d’économie, sur le sens qui est le sien, et sur ce qu’il emporte comme conséquences pratiques.

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Dans la première partie de ce billet, vous lirez des lignes décrivant la richesse de notre pays. Dans la seconde, vous lirez quelques propositions programmatiques visant à révolutionner divers aspects de notre vie commune s’agissant de l’économie, du travail et de la fiscalité. Je n’ai pas voulu être exhaustif, ni sur le premier point, ni sur le second, car ces lignes n’ont pas pour objectif de rivaliser avec un texte d’économie, ni de constituer un catalogue programmatique ou un projet politique abouti, mais seulement d’être un focus sur quelques points précis.

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Première partie : Nous, on peut !

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Section 1 : L’économie, une arme entre les mains de qui ?

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1er § : L’économie doit-elle être réservée à une élite ?

Faut-il forcément être économiste – de profession ou de formation – pour comprendre ce qu’on nous dit quand on nous parle d’économie ?

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Est-il indispensable d’être économiste – de profession ou de formation – pour avoir le droit de répondre et de contredire ces augustes censeurs ?

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Certainement pas ! L’économie étant un des sujets de débat de la vie publique, chacun a le droit et le devoir de s’y intéresser, et tout le monde a le droit et le devoir de se forger une opinion et de « questionner » – à tous les sens du terme y compris donc celui de contredire – celles et ceux qui en ont fait leur métier soit pour l’enseigner, soit pour la diriger, soit pour en être un acteur dans un secteur donné plus ou moins vaste.

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Certes l’économie est une science, mais ce n’est pas une science « exacte », ce n’est pas une science « dure ». Ce n’est pas la physique qui la régit. Ce sont des lois humaines, qui dépendent non pas d’équations mathématiques ou de règles de physique, mais de référents politiques. Ces règles sont donc, par nature, évolutives. Elles sont donc – ou devraient être – ce que le peuple veut qu’elles soient à un moment donné ; et cet état peut évoluer au cours du temps en fonction de divers paramètres.

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Ces vraies lois de l’économie (en référence au titre d’un autre livre de Jacques Généreux) ne sont pas reconnues comme on reconnaît des droits naturels ou comme on découvre les lois de la physique. On les invente, on les crée ex nihilo c’est-à-dire en partant de rien sinon de postulats subjectifs et souvent intéressés. Et donc, contrairement aux lois de la physique contre lesquelles nous ne pouvons rien, on peut changer les lois de l’économie.

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2nd § : L’économie, sujet abscons et rébarbatif ou discipline accessible à tous ?

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L’économie peut être présentée comme un sujet abscons et rébarbatif et, de fait, c’est très souvent ainsi qu’elle est traitée.

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Ce n’est pas toujours par incompétence. Ce n’est pas toujours par accident. C’est bien souvent par choix, car développer des thèses obscures devant la majorité de la population permet d’obtenir que les masses s’en désintéressent et laissent les « sachants » « discuter » directement avec les « décideurs » sans que le peuple ne s’en mêle.

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Pourtant, l’économie peut aussi être présentée comme une discipline accessible à tous, fondée sur quelques grands principes compréhensibles par les masses, fussent-elles peu instruites et dotées d’une intelligence prétendument inférieure à celle de nos élites.

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Jacques Généreux et François Ruffin notamment se sont efforcés à cela, faire de la pédagogie quand il s’agissait d’expliquer au plus grand nombre la matière économique.

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Si pour certains, l’économie est une des choses indispensables à connaître pour être capable de gouverner, pour d’autres (parfois les mêmes), elle est aussi une arme permettant d’imposer aux masses la loi de quelques-uns, en l’occurrence aujourd’hui la loi d’airain du capitalisme financier.

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Une fois que l’on a compris cela – à savoir cette prise de contrôle par quelques-uns des moyens d’imposer à tous – jusque dans les consciences – une réalité virtuelle, une réalité qui n’existe pas, une réalité mensongère – on peut commencer à se libérer, à s’émanciper, à « décoloniser notre imaginaire » comme on le dit joliment parfois.

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Dans cet esprit, je vous propose de tenter de contribuer à vous donner envie de vous libérer des poncifs, des présupposés, des vérités affirmées avec la force de ce qui est l’évidence aux yeux de ceux qui en sont convaincus ou de ceux qui cherchent à nous tromper, à nous manipuler, à nous mystifier.

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Je vous propose de causer avec vous d’économie mais de le faire en termes simples, ce qui est d’autant plus facile pour moi étant donné que je ne suis pas un économiste. Mais je suis un citoyen engagé et je perçois donc certains discours économiques pour ce qu’ils sont : une énorme propagande, une énorme manipulation, un énorme mensonge.

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D’autres que moi, des économistes conséquents, crédibles, même des prix Nobel, ont largement écrit sur cet aspect : les « économistes atterrés » mais aussi Jacques Généreux et Frédéric Lordon pour ne citer qu’eux en France, Joseph Stiglitz et Paul Krugman aux États-Unis, Muhammad Yunus, et tant d’autres venus des cinq continents…

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Il fut même dit, par certains critiques, que ces économistes-là (je parle de ceux qui défendent le système capitaliste libéral, pas de ceux que j’ai désignés immédiatement ci-dessus) ne sont que des « économistes à gages ». Voir sur ce sujet le petit livre de salubrité publique écrit par Frédéric Lordon, Renaud Lambert et Serge Halimi.

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Et je voudrais qu’au terme de la lecture de ces lignes, vous ayez un peu plus confiance dans votre pays, dans son peuple, dans ses travailleurs, qu’ils soient employés, ouvriers, techniciens, ingénieurs, ou de quelconque autre profil professionnel, et aussi que vous ayez davantage confiance en vous-même…

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Je voudrais que vous releviez la tête et que vous réagissiez enfin en « insoumis ». Je voudrais que vous ne croyiez plus aux sornettes qu’on nous sert à longueur de temps, précisément dans le but que nous baissions les yeux et la tête, pour que nous pliions le genou avant de courber l’échine.

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Je voudrais que vous soyez convaincu que nous sommes bien plus compétents et capables d’influer sur la réalité, pour la modeler dans le sens que nous souhaitons, qu’on nous le dit. Croire en nous, sans forfanterie, sans excès de chauvinisme ou d’orgueil, mais sans fausse pudeur non plus, et sans tempérament trop docile face aux coups qu’on nous porte depuis si longtemps, depuis trop longtemps !

Section 2 : De la dialectique « richesse ou faillite de notre pays » et la question de la dette

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Une question fondamentale se pose à nous tant la réponse que nous y donnons conditionne notre capacité d’action sur le réel : notre pays est-il riche comme nous le pensons ou se trouve-t-il au bord de la faillite comme on nous le « démontre » si souvent ?

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Je répondrai à cette question en trois temps :
  • d’abord, je présenterai quelques chiffres et je proposerai quelques mises en perspective ;
  • ensuite, je rappellerai, à gros traits, quelle est la politique économique et de l’emploi que nous voyons menée depuis trente ans, et avec quels effets ;
  • enfin, fort des constats rappelés dans les points 1 et 2, j’appellerai chacun à ouvrir les yeux sur la nature du capitalisme et à se préparer à la bifurcation indispensable vers un autre type de système économique et social.
    *

1er § : Quelle est cette richesse et quel est l’impact de la dette dont nous parlons ?

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Quelques chiffres et quelques mises en perspective…

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Jean-Luc Mélenchon et nous-mêmes (nous, les insoumi-e-s à la suite des économistes « alternatifs ») disons souvent que « notre pays n’a jamais été aussi riche de toute son histoire » et nous précisons même parfois que notre « richesse » contemporaine est « deux fois plus élevée que dans les années 80 ».

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Vous avez entendu cela bien souvent mais vous entendez moins souvent sur quoi nous fondons de telles affirmations. Eh bien voici quelques chiffres. Ils sont issus d’un graphique publié par Olivier Berruyer sur son blog www.les-crises.fr.

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Voici l’état de notre richesse nationale présentée en euros constants valeur 2011 à chaque passage de décennie depuis 1950 :

En 1950 : environ 300 milliards d’euros
En 1960 : environ 450 milliards d’euros
En 1970 : environ 750 milliards d’euros
En 1980 : environ 1100 milliards d’euros
En 1990 : environ 1500 milliards d’euros
En 2000 : environ 1750 milliards d’euros

En 2010 : environ 2000 milliards d’euros

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Vous voyez ainsi que nous avons multiplié par 7 la richesse nationale que nous avions produite en 1950. Et nous avons doublé la richesse que nous avions produite en 1980.

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Dans le même temps, bien que notre population ait connu une croissance démographique, nous n’avons évidemment pas connu une progression du même ordre, ce qui signifie que la population française n’a cessé de produire plus.

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Ce peuple, rempli – nous dit-on – de travailleurs mal formés, peu qualifiés, feignants, peu productifs, incapables de se mettre au goût du jour, « refusant toute évolution » et toute « réforme », ne pouvant rivaliser avec d’autres peuples dont on dit qu’ils valent tellement mieux que nous, a pourtant permis aux possédants de posséder toujours plus puisque, en même temps que nous produisions sans cesse plus de richesses, nous voyions corrélativement nos propres moyens stagner voire régresser, au mieux augmenter de quelques miettes (certains ont parlé de « carambar »), quand un tout petit nombre séquestrait l’essentiel de la richesse collective.

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Après avoir présenté ces éléments introductifs, je vais évoquer maintenant trois sujets particuliers : le PIB (produit intérieur brut), le patrimoine français et la question de la dette.

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1/ le PIB

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Notre richesse peut être présentée par le produit intérieur brut qui s’élevait en France, en 2014 (selon Wikipedia qui prévient que ces données sont issues du FMI) à 2 935 milliards de dollars, soit 2 672 milliards d’euros (classant notre pays en 5ème position derrière les États-Unis, la Chine, le Japon et l’Allemagne mais devant le Royaume-Uni).

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Si l’on ramène cette richesse globale au nombre d’habitants (67 232 000 habitants au 01/01/2016 selon Wikipedia), cela veut dire qu’en 2014, « chaque Français » a créé près de 40 000 euros de richesse. Et si l’on ramène cette richesse non pas à l’ensemble de la population mais seulement à la population active employée (les chômeurs étant donc exclus) laquelle était de 30 millions de personnes en 2013 (toujours selon Wikipedia), le résultat est que chaque travailleur français a créé plus de 89 000 euros en 2014, soit plus de 7 400 euros par mois. Cette somme est bien supérieure à ce que l’immense majorité des Français perçoivent en rémunération.

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Oui, notre pays est riche, mais cette richesse créée par tous n’abonde qu’un tout petit nombre de privilégiés car le système qui a été créé est destiné à confisquer cette richesse et à ne donner que des miettes à la multitude (les miettes étant plus ou moins grosses selon les classes sociales).

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2/ Le patrimoine

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Si maintenant on prend aussi en compte – ce qu’on ne fait jamais – la richesse résultant de l’acquis – je veux dire par là du patrimoine accumulé – on doit rajouter la somme colossale de 11 000 milliards d’euros. Vous saisissez ?

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11 000 milliards d’euros, c’est 166 000 euros environ par Français. Et chaque année, ce sont 40 000 euros de plus qui sont créés par chaque Français (en moyenne bien sûr). Certes, nous en dépensons aussi chaque année mais nous avons de beaux restes en tant que nation !

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3/ La dette efface-t-elle notre richesse ?

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Quant à la dette – qui soi-disant nous tue et doit conduire à ce que nous vendions tout, et si possible à vil prix bien sûr – que représente-t-elle dans notre richesse nationale ?

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Cette dette française « absolument intenable » pour tant d’économistes, tant de patrons et tant de gouvernants, représente, selon l’Insee qui l’a évaluée à la fin du premier trimestre 2015, le montant de 2 089,4 milliards d’euros, soit 97,5% du PIB de l’année 2014.

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Présentée ainsi, la chose a de quoi affoler, n’est-ce pas ? Qui peut soutenir une situation dans laquelle la dette représente 97,5% de ce qu’il crée comme richesse ?

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Sauf qu’une telle présentation est d’une immense malhonnêteté. C’est une manipulation grossière destinée à nous terroriser et à nous empêcher de réfléchir.

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Mélenchon et d’autres l’ont déjà abondamment expliqué depuis des années. Une dette n’est pas toujours à ramener sur une année de création de richesse. Quand on conclue un crédit, c’est souvent sur plusieurs années qu’on le rembourse, n’est-ce pas ? Le montant du capital à rembourser ajouté à celui des intérêts, est donc à comparer à la richesse – et donc aux ressources – qui seront créées ou gagnées pendant la période en question.

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Donc le montant de la dette française, qui selon les chiffres issus de l’INSEE ci-dessus indiqués était en 2014 de 2 089,4 milliards d’euros, devrait être rapporté à la durée sur laquelle elle a été souscrite. En fait, la dette française résulte de divers apports et les titres de cette dette sont donc de durée variable mais il paraît que la durée moyenne est de sept ans. C’est donc sur cette durée de sept ans qu’il faut ramener le montant de la dette pour avoir une vision juste de la réalité.

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Or 2 089,4 milliards d’euros de dette ramenés au PIB cumulé sur sept ans (en faisant l’opération basique suivante : 2 672 milliards d’euros de PIB en 2014 x 7 = 18 704 milliards d’euros), ça représente à peine plus de 11% de la richesse sur la période de référence, ce qui est très en deça du taux d’endettement qui s’applique au grand public…

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Où est donc la légitimité – et même la simple rationalité – des hurlements d’otarie, ou de cochons qu’on attrape, qu’on entend si souvent ?

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Nulle part ! Ce n’est d’ailleurs pas destiné à nous informer et à nous mettre en garde. Non ! Ce genre de discours n’a qu’un seul but : nous faire taire, nous faire rentrer dans le moule, nous faire accepter l’inacceptable, nous faire vouloir ce que nous avons toujours refusé ! Voilà le véritable dessein de ce discours et de ces cris. Mais nous constatons que leur effet chloroformant tend à se réduire de plus en plus.

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Et vous savez bien que pour chaque individu qui sollicite un crédit, la banque ne se limite pas à demander la preuve de la rémunération du demandeur ; elle veut savoir aussi quel est l’état de santé de la personne ; elle veut voir des documents attestant de ce qu’il est envisageable de prévoir de son évolution professionnelle et donc financière ; elle réclame diverses preuves de l’étendue de son patrimoine ; et elle fait souscrire une assurance afin d’avoir toutes les garanties si le demandeur devait avoir, un jour, des difficultés à rembourser sa dette.

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Ne croyez pas qu’il en aille autrement avec les États qui réclament des financements aux « marchés »… Ces derniers ne souscrivent pas contraints et forcés. Ils le font après avoir étudié la situation du demandeur et vous pouvez être certains que s’ils offrent ces financements, c’est bien parce qu’ils savent qu’ils seront remboursés… ou disons que le risque de ne pas l’être est, à leurs yeux, bien plus ténu que celui de l’être… Et donc qu’ils gagneront beaucoup à accorder ces crédits puisque, après quelques années, les intérêts qui leur auront été payés finiront par dépasser le montant du capital octroyé.

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Quand un individu est endetté et ne peut rembourser ses dettes, l’huissier vient saisir ce qu’il possède pour le vendre, et utiliser le produit de la vente pour rembourser les créanciers. Donc le patrimoine d’un individu entre aussi dans le calcul. Chacun sait que le principe de l’hypothèque permet de souscrire un crédit plus important que si on refuse cette épée de Damoclès sur ses biens.

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Or, je l’ai dit plus haut, la France possède une richesse patrimoniale colossale et elle a de quoi négocier avec ses créditeurs sans même user de menaces de nationalisations ou de prise de contrôle par l’État de certains intérêts privés.

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La banqueroute et la faillite tant annoncées ne sont pas prêtes de se produire. Il faudrait pour cela que l’on nous vole tout notre patrimoine et que notre peuple s’arrête durablement de travailler or, a priori, nous ne risquons ni l’un, ni l’autre, même si, ponctuellement, nous décidons de nous mettre en grève, et que des vautours parviennent parfois à obtenir de nos « représentants » qu’ils leur « vendent » des éléments de notre riche patrimoine, par exemple pour un « franc » symbolique comme l’avait dit, en étant si inspiré, le Premier ministre Alain Juppé à propos du fleuron qu’était Thomson, ou comme dans le scandale de la vente des autoroutes à un prix scandaleusement bas, il y a quelques années, ce qui avait même provoqué la colère de François Bayrou, c’est dire !

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Bien que nous ayons des moyens de pression convaincants dans la « négociation » avec les « marchés » sans même devoir user de contrainte sur eux, je signale malgré tout, en passant, que nous reprendrons cependant nos billes et que ce qui a été vendu alors à vil prix sera récupéré et cette reprise de contrôle ne sera pas indemnisée au-delà de ce qui aura été jugé strictement nécessaire !

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Peut-être aussi que les coupables auront à rendre des comptes devant la justice du peuple ! Mais c’est une autre histoire qui dépasse le cadre de ce billet…

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2nd § : La politique « pro-entreprises » et ses effets depuis trente ans

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Cela fait des années, pour ne pas dire des décennies, que l’on entend toujours les mêmes pleurnicheries des représentants autoproclamés des « entrepreneurs » et les mêmes solutions « à mettre en œuvre d’urgence » pour « ne pas dissuader les employeurs d’embaucher », et ces mesures qui sont souvent mises en œuvre, contrairement à ce que disent les représentants du MEDEF, aboutissent toujours, paradoxalement, à l’aggravation de la situation de l’emploi.

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Alors, les mêmes prétendent que c’est parce que « on n’a pas osé aller assez loin », parce que l’on « s’est arrêté en route », parce que « ce ne sont pas des demi-mesures qu’il faut mettre en œuvre mais des réformes systémiques », que le FMI appelle « ajustement structurel » alors qu’il s’agit en fait d’une destruction systématique et méthodique de toutes les garanties que l’État avait pu édifier face aux nantis et face aux patrons exploiteurs, en France et dans nombre d’autres États du monde.

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On retrouve là la folie, l’aveuglement, et toute la mauvaise foi que l’on connaissait chez certains dirigeants du système soviétique. Moins le remède marchait, plus il fallait augmenter les doses !

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Depuis trente ans au moins, nos gouvernements successifs n’ont cessé d’ « alléger les charges » des entreprises « pesant » sur elles, de « réduire la pression fiscale » sur les plus nantis, de « simplifier » les protections que le code du travail offrait aux salarié-e-s, bref de donner satisfaction à tous ceux qui prétendaient que faciliter le licenciement aurait pour effet mécanique, automatique, de faciliter l’embauche, que la réduction des charges et des impôts sur ceux qui ont de gros moyens allait forcément les conduire à utiliser ces nouvelles marges de manœuvre pour recruter, investir, améliorer la situation des gens.

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Est-ce à cela que nous avons assisté ensuite ? Je vous pose la question….

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Inutile que je donne la réponse puisque chacun de nous a la réalité devant ses yeux et qu’un nombre pléthorique de travailleurs vivent eux-mêmes les splendides résultats de ces politiques qu’on nous présente comme « favorables à l’emploi et au bien-être des travailleurs », à l’image de ce qui a été dit sur l’intérêt du projet de loi El Khomri. Parce que plus c’est gros, plus ça passe ! En tout cas, le croient-ils !

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Sauf que cette fois-ci, la pilule a l’air de ne pas passer. Cette fois-ci, le patient semble décidé à ne plus se soigner avec les remèdes des docteurs fous. Cette fois-ci, il y a une ambiance de sérieuse mutinerie dans l’air…

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Je suis de ceux qui, il y a des années, avaient pensé qu’en effet le monde de l‘entreprise était peut-être un peu trop « contraint », un peu trop « pressuré » fiscalement. Les arguments défendus alors par les partisans de la « simplification » et de « l’allègement » des règles et des « charges » n’étaient pas totalement ineptes à mes yeux. Car, pensais-je, les marges de manœuvre nouvelles qui allaient leur être offertes auraient très bien pu aller justement là où les patrons disaient alors qu’elles iraient : à l’emploi, à l’amélioration des conditions de travail et des rémunérations, et à l’investissement.

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Si tel avait été le cas, ces politiques favorables aux entreprises auraient sans aucun doute été comprises et acceptées par les masses car elles auraient permis de ne plus licencier que dans des cas extrêmes ; elles auraient permis d’embaucher massivement ; elles auraient permis de voir les salaires de la majorité des travailleurs croître ; elles auraient permis d’améliorer sans cesse les conditions de travail ; elles auraient permis de former plus et mieux les travailleurs…

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Mais ce n’est pas cela que les « employeurs » qui réclamaient ces mesures ont fait quand les « allègements de charges » se sont ajoutés aux « chocs de simplification » et que les réductions de la fiscalité pour les entreprises ont succédé à des suppressions pures et simples de certaines contributions ; ou encore que la loi fiscale n’a cessé de permettre l’ « optimisation fiscale » ; ou encore que la loi pénale n’a jamais été dissuasive à l’encontre des adeptes de la fraude fiscale… Or fraude fiscale, évasion fiscale et optimisation fiscale, ce sont des mots qui dissimulent aux yeux du grand nombre plusieurs centaines de milliards d’euros annuels. Oui, vous avez bien entendu !

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Par définition, personne ne peut chiffrer avec exactitude ces phénomènes mais l’estimation qui en est faite fait froid dans le dos et relativise quelque peu la fraude aux aides sociales dont le montant est cent fois moindre

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Donc, puisque les demandes faites par les patrons ont été entendues mais que les promesses de progrès qu’ils prétendaient d’avènement certain n’ont jamais trouvé le début d’un commencement de réalité, il est temps désormais que chacun en tire les conséquences.
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La fin de la première partie de cet article (section 3) est à lire ici.
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