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Robert Francis Kennedy « Bobby »

John Fitzgerald Kennedy, le destin brisé d’une autre Amérique – Mon hommage au président assassiné

John F. Kennedy

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Il y a 54 ans, JFK était assassiné à Dallas, au Texas.

John Fitzgerald KENNEDY était le Président des États-Unis élu en novembre 1960 et ayant pris ses fonctions le 20 janvier 1961. Il était le Président des États-Unis qui avait commencé à réorienter la politique de son pays pour en faire, au plan diplomatique et international, une puissance au service de la paix et de la coexistence pacifique et au plan interne, il avait entamé un processus visant à mieux répartir les richesses. Il signa alors son arrêt de mort.

I / JFK amorce une révolution géopolitique

1er temps : la baie des cochons, avril 1961

Cela commença lors de la crise de la “baie des cochons” en avril 1961. KENNEDY, après avoir longtemps hésité, s’était finalement résolu à autoriser cette expédition barbouzarde de la CIA alors même que son intuition l’incitait à se méfier de ce type d’opération. Clairement, il ne la sentait pas et il n’était pas loin de la désapprouver. Pourtant, à peine arrivé en fonction, il n’osa pas désavouer son prédécesseur EISENHOWER qui l’avait mise sur pied, ni défier ainsi ouvertement le directeur de la CIA qui en avait assuré la préparation avec ses adjoints. En outre, KENNEDY était sensible à la détresse de ces Cubains anticastristes qu’il voyait alors comme des victimes d’un pouvoir ayant dressé Cuba contre ses amis traditionnels d’Amérique.

Il faut savoir qu’avant que KENNEDY ne donne son accord à la CIA pour le lancement de l’opération, il exigea d’elle des réponses circonstanciées et convaincantes à plusieurs questions :

1/ l’expédition militaire serait-elle un succès ? Avait-elle des chances sérieuses de succès ? quels étaient les risques d’échec ? Castro pouvait-il avoir été informé des préparatifs ? Risquait-il d’opposer aux forces de débarquement une résistance de nature à repousser les hommes à la mer ?

2/ une fois le débarquement réussi, comment réagirait le peuple cubain ? allait-il accueillir les mercenaires comme des libérateurs ou risquaient-ils de se liguer contre eux ?

3/ que ferait ensuite l’URSS ? pouvait-on prendre le risque de l’amener à réagir violemment ? si l’URSS voulait exercer des représailles, où frapperait-elle et comment ?

4/ si par malheur l’expédition devait malgré tout échouer, pouvait-on garantir que jamais les États-Unis ne seraient suspectés d’avoir préparé et soutenu cette opération ?

Pour toutes ces questions, la CIA, par la voix de son directeur Allen DULLES, de son directeur adjoint Richard BISSEL, et de son directeur des opérations Charles P. CABLE, assurèrent le Président que tout avait été préparé avec le plus grand soin, dans le secret le plus absolu et qu’il était donc certain que tout se déroulerait selon les plans établis. Ils assurèrent également le Président qu’ils avaient pris en compte de nombreux paramètres pouvant jouer le rôle de grains de sable et qu’ils avaient pris les mesures pour qu’ils ne provoquent aucune complication sérieuse. La CIA se disait extrêmement confiante. La CIA assura KENNEDY du fait que Castro n’avait aucun moyen de se douter de ce qui se tramait parce que tout avait été fait dans le plus grand secret en prenant les plus grandes précautions pour que rien ne s’ébruite. La CIA assura KENNEDY que les moyens militaires à la disposition de CASTRO étaient de toute façon tellement réduits qu’après que le débarquement ait commencé, CASTRO ne serait plus en situation d’empêcher la réussite de l’opération. La CIA assura le Président que le peuple se rebellerait immédiatement contre Castro et prêterait son concours actif à la « libération » de Cuba. La CIA donna aussi à KENNEDY l’assurance ultime : si par un malheur totalement inconcevable, l’opération devait se solder par un échec, jamais le gouvernement des États-Unis, ni même la CIA, ne seraient en situation d’être suspectés puisque tous les matériels militaires employés avaient été maquillés, que rien ne permettrait de tracer les commanditaires de l’opération. Quant à la possibilité pour les Soviétiques de réagir en exerçant des représailles, la CIA rassura KENNEDY en relevant que les Soviétiques n’avaient aucun moyen d’action sur zone, ni à Cuba, ni nulle part sur le continent. Les représailles ne pourraient donc s’exercer qu’ailleurs, peut-être à Berlin mais la CIA était certaine qu’il n’y en aurait pas car les relations entre CASTRO et les Soviétiques, en avril 1961, en étaient encore à leurs balbutiements.

Comme les chefs de l’état-major militaire d’une part, la plupart des « diplomates » d’autre part, appuyèrent les avis de la CIA, KENNEDY finit par se ranger à leur avis et autorisa l’opération mais en l’encadrant très rigoureusement. Il fit savoir, avec la plus grande clarté, à la CIA et aux chefs de l’état-major militaire, que si les évènements devaient mal tourner, jamais il ne donnerait d’ordre d’intervention des forces armées des États-Unis. En effet, les chefs de l’état-major avaient signifié au Président qu’elles seraient alors disponibles pour assister, en cas de besoin, les mercenaires devant débarquer à Cuba. Or, c’est cet engrenage-là, précisément, que KENNEDY refusait avec la plus grande force. Il rappela donc à la CIA et à ses chefs d’état-major qu’il ne changerait pas d’avis, quoi qu’il advienne. Et qu’ils devaient faire avec. C’était à prendre ou à laisser. Et la CIA et les chefs d’état-major acceptèrent le “deal”.

Au cours de la nuit du 17 avril 1961, deux jours après que des avions des États-Unis, maquillés pour ne plus faire apparaître leur origine, aient bombardé massivement les aéroports de Cuba, le débarquement fut organisé. Les mercenaires étaient attendus sur les plages par une force armée cubaine nombreuse et puissamment armée.

Manifestement, CASTRO avait été informé préalablement et avait déployé ses soldats pour accueillir les assaillants ! La CIA s’était donc trompée sur ce point-là.

Le déluge de feu opposé par l’armée de CASTRO aux forces assaillantes fut tellement nourri que ce fut très vite une hécatombe parmi les mercenaires anticastristes. Beaucoup ne purent même pas poser le pied à terre. Ils furent tués avant, alors qu’ils étaient dans les chaloupes de débarquement. Les raids aériens préalables du 15 avril n’avaient donc pas détruit toute la force aérienne de Cuba et Castro put, grâce aux avions qui lui restaient, infliger des dommages terribles aux assaillants qui ont dû vivre la même horreur que ce que vécurent les soldats qui débarquèrent sur les plages de Normandie le 6 juin 1944. La CIA s’était donc trompée également quant au potentiel destructeur des moyens militaires à la disposition de CASTRO.

Alors que les forces de débarquement tentaient de se mettre à l’abri ou de prendre pied sur la plage, la nouvelle de cette attaque se répandit très vite dans Cuba et au-delà. Et de même, l’on apprit très vite que les Cubains opposaient aux assaillants une résistance acharnée faisant tomber les assaillants comme des mouches.

Et quid du peuple cubain ? Se levait-il pour entrer en résistance contre les forces de CASTRO et apportait-il son soutien aux assaillants ? Pas du tout. Les Cubains, tout au contraire, se liguèrent contre les assaillants et apportèrent leur soutien aux forces de CASTRO. Sur ce point encore la CIA s’était trompée…

Le président KENNEDY fut alors appelé en urgence à rejoindre la salle des opérations de la Maison-Blanche et on lui expliqua le désastre en cours. Inutile de dire que les chefs de la CIA et ceux de l’état-major militaire avaient les visages de circonstance. Et inutile aussi de dire quel était le degré de stupéfaction et de colère de KENNEDY. On lui avait donné les garanties que jamais on n’en serait là. Et pourtant on s’y trouvait ! Le désastre était évident. Le seul moyen d’éviter que ça ne tourne au fiasco complet, c’était d’engager immédiatement les forces aériennes et navales des États-Unis. L’US Air Force et l’US Navy pouvaient renverser la donne et faire taire la résistance cubaine. Mais cela impliquait alors une opération de l’armée officielle des États-Unis et de grande ampleur. KENNEDY avait prévenu que cela, il ne l’accepterait jamais. Il tint parole. Il refusa, malgré les pressions intenses de son état-major et de bien de ses conseillers, d’impliquer ouvertement les États-Unis dans l’opération. La CIA devait seule se dépatouiller avec son opération.

Le désastre se confirma donc et au matin le monde entier sut ce qui s’était produit. Ce sont bien évidemment les États-Unis qui furent directement accusés. Pas seulement par les Cubains, mais aussi par les médias américains qui ne doutaient pas que cette opération avait eu forcément, d’une manière ou d’une autre, l’accord du Président. La CIA s’était donc trompée aussi en assurant KENNEDY que jamais un échec ne serait mis sur le compte des États-Unis.

Cela commence à faire beaucoup d’erreurs vous ne trouvez pas ? Et des erreurs d’une certaine gravité, n’est-ce pas ?

Quoi qu’il en soit, KENNEDY assuma publiquement l’échec et ne dit curieusement rien des raisons profondes qui y avaient conduit. Il fit ainsi preuve d’une dignité absolument inattendue de la part d’un dirigeant aussi important que pouvait l’être le Président des États-Unis. Ce faisant, il provoqua l’ahurissement des Américains et de l’opinion mondiale qui n’en revenaient pas de voir un chef d’État reconnaître ainsi publiquement son échec dans une situation aussi délicate. Ce choix de KENNEDY allait lui offrir une grande popularité alors même qu’un tel échec était de nature à le discréditer totalement quelques semaines à peine après son investiture.

Si en public, il fut ce Président qui assume totalement, en privé, il adopta un tout autre comportement. Il fit bien savoir à son entourage au sein de l’administration, de l’armée, de la CIA et des cercles du pouvoir qu’il tenait pour responsables les patrons de la CIA qui s’étaient plantés sur tout ce qu’ils avaient prévu et promis. KENNEDY ne l’oublierait jamais. Cette expérience allait le marquer pour le restant de sa présidence. Jamais plus il ne tiendrait compte des avis de la CIA. Et il se méfierait aussi désormais de ceux de l’état-major militaire. Il ferait désormais appel à des hommes de confiance, très peu nombreux. C’est eux et eux seuls dorénavant qu’il écouterait même s’il devait, pour éviter une crise majeure au sein du pouvoir, conserver des relations avec tous les autres…

KENNEDY attendit quelques mois pour infliger une sanction aux fautifs. Il renvoya le directeur de la CIA et ses deux adjoints précités. Et il précipita aussi le départ du général Lyman LEMNITZER, le président du comité des chefs d’état-major qui fut « expédié » en Europe, à la tête du commandement de l’OTAN ! Son remplaçant, le général Maxwell TAYLOR était un proche de KENNEDY, un homme droit, loyal, raisonnable, qui serait un aide de camp précieux mais qui, pour ces raisons-là, serait vite cantonné, de fait, à un rôle subalterne car les autres chefs d’état-major n’accepteront jamais le successeur de LEMNITZER, jugé à raison trop « Kennedyen » !

Cette première crise que dut affronter KENNEDY lui fit prendre conscience de ce qu’était en réalité le gouvernement des États-Unis. Il comprit alors qu’il aurait bien du mal à contenir à l’avenir les pressions terribles qu’il subirait de nouveau à la première occasion. Et il ne devait pas ignorer qu’il s’était fait de terribles ennemis lors de ces journées de crise. Il devrait maintenant composer avec des ennemis irréductibles, des ennemis très haut placés au sein du pouvoir et disposant donc de moyens de contrainte, de dissuasion ou de menaces; des ennemis irréductibles dans le monde des exilés cubains anticastristes ; des ennemis irréductibles au sein de la CIA et il n’est jamais bon d’être perçu comme un ennemi par des gens qui ont « permis de tuer » c’est-à-dire les moyens matériels, logistiques, humains et financiers de semer la mort et la désolation, mais aussi de maquiller ou de dissimuler leurs actes pour ne jamais risquer d’être impliqués, tout ceci avec l’assentiment de l’État… Mais ce n’est pas tout. KENNEDY s’est fait aussi, lors de la crise de la baie des cochons et de ses suites, des ennemis irréductibles au cœur de l’état-major des armées ; des ennemis irréductibles dans certains cercles washingtoniens ; et des ennemis irréductibles au sein de la mafia qui espérait bien, à la suite du débarquement et du renversement de CASTRO, reprendre pied à Cuba, d’où elle avait été éjectée par CASTRO.

2ème temps : le mur de Berlin, août 1961

KENNEDY se fit de nouveaux ennemis quelques mois plus tard, lorsque fut édifié le mur de Berlin pendant l’été 1961. KENNEDY décida de ne pas réagir à cette provocation de la part de l’Allemagne de l’Est et donc de l’ennemi soviétique.

Beaucoup de gens alors, anonymes ou importants, opposèrent de très vives critiques à cette inaction de KENNEDY qui aboutissait, de fait, à abandonner à leur triste sort des millions d’Allemands de l’Est. Et il n’y avait pas que des ennemis de KENNEDY pour faire ces critiques… On pouvait en effet, tout en restant quelqu’un de raisonnable, tout en refusant la diplomatie de la canonnière, considérer en effet qu’une telle inaction était incompréhensible et pouvait apparaître comme lâcheté.

Pour autant, c’est l’analyse géostratégique de ces évènements que le président KENNEDY et ses proches ont faite qui les a conduits à cette inaction. Ils ont en effet considéré que le seul moyen de stopper ce qui était en train d’advenir impliquait pour les armées des États-Unis d’intervenir en empêchant la poursuite de la construction du mur. Les chars américains se sont ainsi déployés à quelques centaines de mètres de la zone rouge. Ce n’est pas KENNEDY qui a donné cet ordre mais un général en poste en Allemagne. En réaction, les Soviétiques firent de même, si bien que très rapidement, à Berlin, de part et d’autre de la zone qui allait être celle du mur, se firent face des chars des États-Unis et des chars de l’Armée Rouge. La tension grimpa et avec elle, le moindre incident pouvait aboutir à une catastrophe. Du côté des États-Unis, KENNEDY subissait les pressions les plus vives pour intervenir. On lui expliquait qu’il ne pouvait laisser faire. Et outre les habituels « faucons » de son entourage, il fut incité à réagir fermement par le maire de Berlin, un certain Willie Brandt, qui allait être plus tard chancelier de l’Allemagne de l’Ouest. Parmi les gens raisonnables entourant KENNEDY, le sentiment le plus répandu était la crainte de plus en plus vive qu’ils ne perdent le contrôle de la situation et qu’un acte irréfléchi, de la part des militaires américains ou soviétiques sur place, ne mette le feu aux poudres. Il fallait régler le problème au plus vite mais comment faire ?

Finalement, KENNEDY ordonna aux chars de son armée de reculer de quelques centaines de mètres et de stationner dans des rues adjacentes de telle manière que les Soviétiques ne puissent plus les voir et de telle manière surtout que les chars américains ne menacent plus ouvertement la zone soviétique. En échange, les Soviétiques donnèrent le même ordre à leurs propres chars, ce qui fit baisser quelque peu la tension. Mais le problème de fond demeurait. Durant ces heures de crise, les « grands » du monde « libre » se consultèrent avec frénésie. Les uns encourageaient KENNEDY à intervenir, quelles qu’en soient les conséquences, alors que d’autres prêchaient la sagesse, la modération et estimaient que l’on devait régler le nouveau problème posé par le mur non par la guerre mais par la diplomatie. C’est cette option que retint KENNEDY. Alors nous savons que la diplomatie échoua à faire tomber le mur qui allait rester debout jusqu’en 1989. Mais la guerre fut encore évitée ce coup-ci.

Sauf que cette nouvelle expérience renforça les ennemis de KENNEDY qui voyaient la preuve de sa lâcheté, de son incompétence, de sa faiblesse chronique. Certains commencèrent à prétendre qu’en fait KENNEDY était un communiste et que les Soviétiques avaient réussi à installer un des leurs au cœur du pouvoir à Washington. Oui, vous voyez que la phobie des ingérences russes ne date pas d’hier…

Ce nouveau refus d’intervention armée opposé par KENNEDY aux va-t-en-guerre de son gouvernement a accentué très fortement la défiance que ce Président inspirait aux chefs d’état-major de l’armée comme aux pontes de la CIA et aux « spécialistes » de la diplomatie de la canonnière, sans compter toute une série de forces occultes et de cercles de pouvoir qui ont considéré que KENNEDY prouvait là sa nature véritable de traître à l’égard des États-Unis. Oh, bien sûr, ce n’était pas encore ce vocabulaire-là qui était employé dans les allées du pouvoir. Pas encore… Mais ça viendrait bien vite !

3ème temps : la crise des missiles de Cuba, octobre 1962

Lorsque les dirigeants des États-Unis découvrirent, en octobre 1962, que les Soviétiques étaient en train d’installer à Cuba des missiles à courte et à moyenne portée (de quelques centaines de kilomètres à plusieurs milliers), le pays d’abord, puis le monde entier lorsque cela fut rendu public quelques jours après la découverte, entrèrent dans la plus grave crise diplomatique qu’ait connu l’humanité à ce jour. On a souvent dit que le monde était passé au bord du « précipice ». La guerre ouverte entre l’URSS et les États-Unis – donc une guerre mondiale de nature à anéantir toute l’humanité en quelques heures ou quelques jours – a failli être déclenchée. Cette crise est tout à fait exceptionnelle à la fois dans sa gravité, son intensité, et dans son heureux dénouement.

À cette occasion, presque l’ensemble des forces dirigeantes des États-Unis se sont liguées pour contraindre le président KENNEDY à entreprendre non seulement une destruction totale des missiles, mais aussi une invasion de Cuba, un renversement de Castro, et si nécessaire un bombardement nucléaire massif de l’URSS.

Vous vous dites que cela n’est qu’une affabulation ? Que personne, pas même dans l’armée, ne saurait prescrire un tel plan ? Hélas, hélas, hélas ! On a aujourd’hui la preuve que le général Curtis Emerson LEMAY a plusieurs fois défendu un tel plan devant le Président lors de conseils de la sécurité nationale. Cet homme était le chef d’état-major de l’armée de l’air et l’ancien chef du SAC (le Strategic Air Command, c’est-à-dire le commandement des forces aériennes nucléaires des États-Unis, parmi lesquelles les milliers de missiles intercontinentaux représentant des dizaines de milliers de têtes nucléaires). Cet homme-là était, pendant la seconde guerre mondiale, commandant en Asie du Sud-est et il est un des principaux responsables des bombardements massifs sur les villes japonaises. Ces bombardements causèrent des centaines de milliers de morts parmi les civils car c’étaient bien les villes qui étaient prises pour cibles et c’étaient des bombardements incendiaires si bien qu’en plus des explosions dues aux bombes, les incendies étaient des feux de l’enfer et on n’ose imaginer l’horreur absolue vécue par les populations au sol. C’est encore cet homme, Curtis LEMAY, qui joua un rôle important dans le développement de l’arme nucléaire et recommanda fortement son utilisation dès que possible contre le Japon. Aux yeux de beaucoup de gens qui ont étudié la biographie de cet homme, Curtis LEMAY est bien un des pires criminels de guerre de l’Histoire de l’humanité. Il n’avait manifestement aucune peur lors des crises qui éclatèrent sous la présidence de KENNEDY. Il estimait que les Soviétiques devaient être traités avec la plus grande fermeté. Il estimait même que la supériorité militaire des États-Unis était telle que ce pays pouvait « gagner » une guerre nucléaire avec l’URSS. Il acceptait d’office que meurent des dizaines de millions d’Américains, des milliards d’êtres humains. Du moment que les États-Unis survivaient et se basant sur les quantités et les types d’armement à la disposition des Américains et des Soviétiques, il ne doutait pas qu’au final les Soviétiques seraient battus. Il fallait comprendre que d’après lui un « échange » nucléaire entre les deux superpuissances conduirait à ce que les Soviétiques aient utilisé leurs dernières armes bien avant d’avoir tout détruit aux États-Unis et bien avant d’avoir tué tous les Américains. Il était certain qu’il resterait aux chefs survivants des États-Unis assez de moyens nucléaires pour avoir le dernier mot sur l’ennemi.

Ce que je vous raconte là n’est pas un délire mais c’est en gros ce qu’a pu en dire Robert McNAMARAa qui fut le secrétaire à la Défense de KENNEDY puis de JOHNSON. D’autres que lui confirmèrent ces propos et évoquèrent à mots plus ou moins couverts la « folie » de ce général LEMAY.

C’est d’ailleurs ce général qui inspira à Stanley KUBRICK le personnage du général fou dans le film « Docteur Folamour ».

Pour revenir au sujet dont je me suis quelque peu éloigné du fait de cette digression à propos de LEMAY, je rappelle que la plupart des « conseillers » civils et militaires de KENNEDY, comme la plupart des chefs d’État et de gouvernement du monde « libre » se sont rangés derrière lui à l’occasion de la crise des missiles cubains d’octobre 1962.

Tous lui ont dit être prêts à tout, y compris à le soutenir dans les mesures les plus dures face à l’agression caractérisée exercée par les Soviétiques, quitte à devoir entrer en guerre contre eux ! On se rappelle le choix immédiat du général DE GAULLE… Il ne fut pas le seul chef d’État mais simplement le premier à réagir. À la vitesse de l’éclair !

KENNEDY comprenait bien la gravité absolue de la crise qui s’ouvrait et discernait bien les conséquences qu’engendrerait le déclenchement d’un conflit ouvert entre l’URSS et les États-Unis. Une fois de plus, il fit tout ce qu’il put pour l’éviter. Et il y parvint. Pas tout seul évidemment. Certains de ceux qui l’entourèrent durant ces terribles « treize jours » de crise intense furent eux aussi de véritables amis de l’humanité, de véritables « sauveurs » pourrait-on même dire sans exagérer le propos ! Et même du côté soviétique, il y en eut de ces « sauveurs », de ces gens raisonnables qui firent leur possible pour régler le différend par la diplomatie. On peut vraiment être redevables à tous ces Américains et à tous ces Soviétiques d’avoir su manœuvrer avec une telle maestria dans une situation aussi terrible.

Bien des évènements auraient pu mal tourner. Il y eut des moments de crise tellement paroxystiques qu’il s’en est fallu de presque rien pour que tout explose. Parmi les croyants (ce qui n’est pas mon cas), beaucoup sont convaincus que Dieu est intervenu pour sauver l’humanité pour qu’elle ne bascule pas dans la folie ouverte… Pour ma part, je pense que nous avions, en ces moments-là, à Washington comme à Moscou, dans les unités américaines déployées à l’occasion du blocus de Cuba, comme dans les forces soviétiques qui leur faisaient face, les bonnes personnes à la bonne place, pour contenir celles qui s’employaient à tout faire péter ! Oui, je crois que les héros de cet épisode de crise exceptionnelle ne sont pas que dans les allées du pouvoir suprême mais qu’on les trouve aussi parmi certains responsables moins importants des armées rivales. Ceux-là ont su garder leur calme en toute occasion et ne pas répondre à nombre de provocations. Quand on repense à toutes ces provocations infligées aux Soviétiques par les Américains, on a vraiment des sueurs froides, et on est saisi d’effroi de réaliser ce à quoi nous avons échappé !

Cette crise-là était perçue par beaucoup dans l’entourage de KENNEDY et au sein du pouvoir, comme l’occasion rêvée pour les États-Unis de reprendre la main à Cuba. Or KENNEDY s’y refusa. Une fois de plus !

Inutile de vous dire que tous ceux qui avaient déjà tant à reprocher à ce Président depuis deux ans et demi qu’il était en place devinrent des ennemis véritablement enragés et incontrôlables. Le processus qui allait conduire à son assassinat à Dallas le 22 novembre 1963 avait, sans nul doute, été déjà engagé mais il est clair que la détermination des « assassins » se renforça massivement en octobre 1962. Et il ne fait guère de doute que ceux qui, dans le monde des adversaires de KENNEDY, pouvaient encore avoir quelque hésitation à organiser l’assassinat du Président des États-Unis abandonnèrent, à cette occasion-là, leurs dernières préventions.

4ème temps : le refus de KENNEDY de s’engager dans la guerre du Vietnam

La question de savoir quand a commencé la guerre du Vietnam et qui en est le principal coupable fait débat. Mais en fait, si l’on veut pouvoir répondre à ces questions, il est nécessaire de clarifier le propos. Car « la guerre du Vietnam » n’est pas une réalité univoque. C’est une immense tragédie mais qui a diverses facettes. On ne peut la qualifier correctement et désigner ses coupables que si l’on comprend bien la chronologie.

C’est sous EISENHOWER que les premiers soldats américains posèrent le pied au Vietnam. Le président EISENHOWER avait en effet été convaincu par ses conseillers civils et militaires qu’il fallait aider le gouvernement du Sud-Vietnam à se défendre face à la menace que le gouvernement communiste du Nord-Vietnam faisait courir sur l’intégrité du pays et sa place dans le monde « libre ».

Pour autant, EISENHOWER n’apporta au gouvernement du Sud-Vietnam qu’un soutien timide, limité à l’envoi de seulement quelques centaines de « conseillers militaires ». Ainsi, non seulement ces « soldats » étaient très peu nombreux, mais en outre ils avaient des consignes très strictes. Ils étaient envoyés dans ce pays d’Asie du Sud-est pour conseiller les forces armées du Sud-Vietnam mais en aucune façon pour participer eux-mêmes aux combats. Ce n’étaient donc pas des combattants même si c’étaient des soldats.

On peut donc bien sûr soutenir que c’est EISENHOWER qui a déclenché la guerre du Vietnam puisque c’est lui qui a envoyé sur place les premiers GI’s. Mais l’honnêteté implique de reconnaître qu’envoyer à peine quelques centaines d’hommes quand on est les États-Unis, et qu’en outre on cadre les choses en limitant l’action de ces hommes à du « conseil » et en refusant expressément qu’ils participent aux combats ne cadre pas vraiment avec l’accusation d’avoir déclenché la guerre du Vietnam. Ce n’est clairement pas EISENHOWER qui est responsable de la guerre du Vietnam. Vu la faiblesse de l’engagement américain d’alors, les successeurs d’EISENHOWER pouvaient très bien décider de ne pas aller plus loin, voire de rappeler les quelques soldats. EISENHOWER laissa à son successeur le soin de prendre les décisions requises.

Le successeur d’EISENHOWER était KENNEDY. Et durant les deux premières années de sa présidence, KENNEDY ne prit pas de décision stratégique majeure à propos du Vietnam. On le lui reprocha d’ailleurs beaucoup. On parlait de son irrésolution. Et de fait, il l’était car il ne percevait pas bien ce que les États-Unis devaient faire ou pouvaient faire aussi loin de leur pays. Mais il ne pouvait pas non plus, au regard de la menace croissante, renvoyer les soldats au pays et abandonner ainsi le gouvernement du Sud-Vietnam, ce qui aurait signifié que le Nord-Vietnam pouvait entreprendre sans crainte la conquête du Sud-Vietnam.

Il resta donc dans cet entre-deux, sans revenir sur ce qui avait été décidé par son prédécesseur mais sans accentuer non plus de manière notable la pression militaire sur le Nord-Vietnam.

Les seules décisions que prit KENNEDY entre son accession au pouvoir en janvier 1961 et la fin de 1962 furent d’augmenter légèrement le contingent militaire au Sud-Vietnam. C’est ainsi que de de quelques centaines d’hommes, on est passé à quelques milliers. Certes, cette croissance de l’effectif militaire n’était pas négligeable et il ne s’agit pas de l’ignorer. C’est bel et bien KENNEDY qui en a décidé ou plutôt c’est KENNEDY qui a validé les demandes de son état-major sur ce point. Il leur a aussi donné satisfaction en acceptant d’abandonner le rôle restreint de conseil pour autoriser une participation active aux combats. Il faut dire que la pression qu’exerçaient les Nord-Vietnamiens, assistés des Chinois, se faisait de plus en plus vive et les Sud-Vietnamiens ne parvenaient pas à la contenir.

KENNEDY a donc assumé la montée en puissance des opérations militaires. Il ne saurait être considéré comme totalement innocent de la guerre du Vietnam. Pour autant, quelques milliers d’hommes et bien peu de batailles, cela ne fait pas une guerre à proprement parler.

Ce n’est véritablement que sous la présidence de son successeur, Lyndon JOHNSON, que la guerre du Vietnam a commencé pour de bon, dans les années 1964-1965. Après l’incident du golfe du Tonkin en août 1964 et ses conséquences : le vote, le 7 août, de la résolution du congrès donnant à JOHNSON carte blanche pour lancer la guerre contre le Nord-Vietnam. Et surtout, après l’élection de JOHNSON en novembre 1964.

C’est sous JOHNSON que l’effectif militaire des États-Unis au Vietnam va passer de quelques milliers d’hommes à plus de 500 000. C’est sous JOHNSON que les forces armées américaines vont engager de véritables batailles de guerre contre les armées du Nord-Vietnam. C’est sous JOHNSON que le corps expéditionnaire des États-Unis va utiliser massivement la force aérienne pour bombarder le Nord-Vietnam. Cette fois, les militaires du Sud-Vietnam n’étaient plus que les subalternes des Américains qui menaient la guerre eux-mêmes, avec leurs hommes, selon leurs plans, avec leurs moyens matériels, sous les ordres de leur état-major, et de leur Président.

La guerre du Vietnam est bien « la guerre de JOHNSON » comme l’écrivit un historien américain.

Si la guerre du Vietnam a été principalement décidée sous et par JOHNSON, la question se pose donc de savoir quel rôle fut celui de KENNEDY.

Sans revenir à ce que j’ai déjà écrit plus haut, je dirais que l’état-major militaire, nombre de « diplomates » et de conseillers civils du Président KENNEDY préconisaient un engagement accru au Vietnam. Beaucoup de gens qui gravitaient autour de KENNEDY, que ce soit au sein du Secrétariat à la Défense, du Secrétariat d’État, ou de l’état-major des armées, l’incitaient à oser engager plus avant les forces armées des États-Unis. Or il rechignait à cela. Il doutait de plus en plus, au fur et à mesure que le temps passait, que les Américains « puissent gagner là-bas ». Il ne cessait de réclamer des compte-rendu de la situation. Il mettait en doute les retours que lui faisaient les « faucons » et mettait de fait en concurrence les avis des uns et des autres, penchant de plus en plus manifestement pour le refus de s’engager davantage.

D’un côté, KENNEDY, comme la plupart de ceux qui dirigeaient le pays avec lui, étaient convaincus par la fameuse théorie des dominos voulant que si un pays d’une région donnée basculait dans le communisme, tous les pays de la région risquaient de faire de même. Il fallait donc l’empêcher. Mais si presque tout le monde était d’accord avec ce principe, les modalités de sa mise en œuvre concrète faisaient débat. On retrouvait alors, comme toujours, opposés les uns aux autres, d’un côté les faucons (adeptes de la manière forte et donc ne renâclant pas à l’usage de la force armée) et de l’autre côté les colombes (adeptes de la diplomatie). On avait d’un côté ceux qui estimaient qu’il était plus raisonnable d’agir et de l’autre ceux qui considéraient qu’il était prudent d’attendre et de ne pas adopter de décision de nature à envenimer la situation. Il y avait d’un côté ceux qui restaient fermes dans leurs convictions et de l’autre ceux qui évoluaient d’un jour à l’autre, d’une semaine à l’autre, d’un mois à l’autre, au gré des circonstances heureuses ou tragiques, des discours des fortes personnalités du gouvernement ou d’autres motifs plus ou moins ambigus.

Au milieu de tout cela, le Président devait rendre des arbitrages et prendre des décisions. Mais KENNEDY lui-même ne savait pas trop où aller sinon qu’il refusait d’être le Président qui déclencherait un conflit abominable. Car il avait déjà la prescience, l’intuition, qu’une guerre du Vietnam serait une abomination.

5ème temps : après la crise des missiles de Cuba, l’ère nouvelle et prometteuse de la coexistence pacifique

Alors qu’au sommet du pouvoir, le débat prenait de l’ampleur sur la question de savoir si l’on devait ou pas faire la guerre au Vietnam, vint la crise des missiles de Cuba en octobre 1962 et cette crise provoqua chez KENNEDY un trouble majeur.

Il remit alors en question bien des choses que les dirigeants des États-Unis considéraient jusque-là comme acquises ou dont ils estimaient qu’elles ne pouvaient souffrir aucune discussion. Il entreprit d’ouvrir une nouvelle phase des relations internationales que l’histoire appela ensuite « coexistence pacifique » car il y eut bien, à la suite de la crise des missiles de Cuba, un certain apaisement dans la relation entre les deux superpuissances et donc plus largement entre les blocs, même si, dans le même temps, des conflits meurtriers – dits de basse intensité en langage géopolitique – allaient perdurer ou naître. Mais il s’agissait alors de conflits locaux ne mettant aux prises qu’indirectement les deux géants.

Donc, à la suite de la crise des missiles de Cuba en octobre 1962, KENNEDY et quelques conseillers de son entourage, ceux qui étaient les plus proches de lui, commencèrent à travailler, dans le plus grand secret, à un plan de retrait du Vietnam. Le premier semestre de 1963 fut consacré à la préparation de ce plan. De nombreuses rencontres eurent lieu entre les officiels américains et les officiels du Sud-Vietnam mais il y eut aussi des rencontres bien plus discrètes entre des personnes qui avaient la confiance de KENENDY et divers acteurs de la guerre du Vietnam.

Dans le même temps, KENNEDY et ses proches entamèrent une forme d’éducation de l’opinion. Ils préparèrent les consciences à l’évolution stratégique majeure que KENNEDY avait l’intention d’engager.

C’est ainsi pendant l’été 1963 que deux évènements majeurs eurent lieu qui inauguraient la nouvelle période de coexistence pacifique :

D’une part, fut signé à Moscou, le 5 août 1963, le traité d’interdiction partielle des essais nucléaires et les États-Unis comme l’URSS signèrent ce traité. C’était un acte fondamental pour les relations internationales qui témoignait de la bonne volonté des deux parties.

D’autre part, KENNEDY redoubla d’efforts pédagogiques pour faire passer son message de paix. Le 10 juin 1963, il fit un discours remarquable et remarqué à l’Université de Washington. Il tendit la main publiquement et solennellement aux Soviétiques leur proposant d’engager avec eux une coopération dans plusieurs domaines. Il montra sa bonne volonté, il expliqua qu’il comprenait les Soviétiques, il suggéra que leurs désaccords se règlent tranquillement et qu’aucune des deux superpuissances ne tente plus, par la force ou la contrainte, d’imposer ses vues à l‘autre. Il osa même adresser des compliments et saluer la réussite des Soviétiques dans certains secteurs. C’était sans précédent.

Tous ces choix de KENNEDY firent grincer des dents. Ils provoquèrent même l’ire de beaucoup de gens dont certains très haut placés dans l’armée ou dans les milieux de pouvoir.

KENNEDY était en train de dire publiquement qu’il allait devenir un Président défendant la paix, tolérant l’existence du monde communiste, et se préparant même à travailler avec lui en bonne intelligence.

Aux yeux de ses adversaires et ennemis, JFK avait même poussé le vice, avec « son » traité d’interdiction des essais nucléaires, jusqu’à empêcher son pays de mener de nouvelles expériences indispensables pour sa sécurité. Ce faisant, il réduisait les capacités de défense de son pays. Cela était donc bien une nouvelle preuve qu’il était en réalité au service des Soviétiques.

Comment croyez-vous que cette révolution stratégique a été reçue chez les chefs d’état-major qui n’avaient qu’un seul objectif : vaincre l’URSS ?

Comment croyez-vous que cette révolution stratégique a été reçue par les chefs de la CIA qui n’avaient qu’un seul but : imposer partout la domination absolue de l’Empire capitaliste ?

Comment croyez-vous que cette main-tendue au monde communiste a été reçue par les anti-communistes si nombreux et si puissants aux États-Unis ?

Il est clair comme de l’eau de roche que KENNEDY vivait là son dernier été…

Bien que KENNEDY considérât qu’il devrait attendre d’être réélu en novembre 1964 pour engager concrètement la révolution géopolitique à laquelle il songeait, parce qu’il estimait que de tels changements ne pouvaient se décider qu’après une élection au cours de laquelle le débat aurait eu lieu sur le sujet, il amorça les premières décisions dès le mois de septembre 1963.

Ainsi, il prit une décision consistant à ordonner le retrait de mille premiers soldats du Vietnam avant la fin de 1963, et l’ensemble des militaires américains (c’est-à-dire quelques milliers) devraient avoir quitté le Vietnam avant la fin de 1964.

Cette décision-là mit le feu à Washington. KENNEDY commençait à mettre en œuvre sa révolution géostratégique et en outre, on voyait l‘opinion publique américaine basculer de plus en plus clairement dans le soutien à ce Président. Qu’il ait réussi à gérer la crise des missiles de Cuba sans violence et sans guerre, qu’il ait ensuite réussi à amadouer les Soviétiques et à leur faire signer le traité d’interdiction partielle des essais nucléaires, qu’il ait parlé abondement de paix et qu’il ait agi concrètement en cohérence avec ce discours a emporté les cœurs et les esprits des Américains au cours de l’été 1963 et du début de l’automne. On le vérifiera avec le voyage au Texas les 21 et 22 novembre puisque KENNEDY y fut accueilli avec beaucoup de ferveur par les Texans, même à Dallas, alors que tout le monde savait combien KENNEDY était haï dans cet État en général, et tout particulièrement à Dallas.

Oui, les décisions prises par KENNEDY en ce mois de septembre 1963 allaient constituer de nouveaux chefs d’accusation aux yeux des commanditaires de son assassinat lequel interviendrait deux mois plus tard.

Il est évident que les décisions de septembre ne seront jamais mises en application. Elles seront écartées discrètement par le nouveau Président ou plutôt reformulées pour leur faire dire l’inverse de ce qu’elles prescrivaient.

JFK 2

II / JFK entame aussi une « révolution » en politique intérieure…

JFK et les puissances du capitalisme

Outre ces « controverses » relatives aux choix géopolitiques du Président des États-Unis, on assista également, cette fois au plan de la politique intérieure, à des conflits d’une extrême violence durant les presque trois ans de la présidence KENNEDY.

Il y eut bien évidemment le problème des « Noirs » mais il y eut aussi le conflit entre KENNEDY et les « pontes » du capitalisme américain.

KENNEDY s’était en effet dressé à la fois contre les discriminations et les violences monstrueuses dont les Noirs étaient victimes, notamment dans les États du Sud, et cela n’avait pas aidé à sa popularité dans bien des milieux, mais il s’était aussi fortement impliqué contre les abus du système capitaliste, en tentant notamment de mieux répartir les fruits de l’économie de son pays par une réforme fiscale qu’il ne put jamais faire aboutir. Il essaya aussi d’imposer une augmentation régulière des plus bas salaires mais les États-Unis ne sont pas la France et le « gouvernement » ne dispose pas en la matière du pouvoir que détient le gouvernement français. Aux États-Unis, même le Président ne peut imposer ses vues. Il doit convaincre ou bien, pour réussir à contraindre les patrons, il doit être très largement soutenu, non seulement par l’opinion bien sûr, mais aussi et surtout par les autres pouvoirs, au premier rang desquels le Congrès. Et les Démocrates du Congrès n’étaient pas convaincus par l’utilité de cette mesure de justice sociale.

JFK s’opposa aussi aux patrons de l’acier. Ce fut une courte dispute mais extrêmement violente. Les mega-patrons prirent une décision d’augmentation des prix qui était de nature à saper l’économie du pays et KENNEDY tenta de les raisonner, en vain ! Alors il entreprit de les faire plier. Il n’y réussit pas dans un premier temps. Les patrons se raidirent et à l’occasion de ce conflit entre le Président et les plus grands patrons du moment, on entendit fleurir partout aux États-Unis l’accusation voulant que le Président fût adepte du communisme. C’est pour cela qu’il tentait d’imposer sa loi à des chefs d’entreprise, ce qui, dans un système capitaliste, était tout à fait anachronique et intolérable. Selon ces accusateurs, KENNEDY faisait la preuve une fois de plus qu’il était bien à la solde des communistes.

KENNEDY ne réussissant pas à faire changer d’avis les patrons, il s’employa à réclamer le soutien de l’opinion. Il prit à témoins les Américains et expliqua comment il interprétait la décision de ces patrons. Il usa d’un discours très ferme et accusa les patrons en question de vouloir détruire l’économie américaine pour leur seul bénéfice égoïste. Ce n’était évidemment pas un discours que l’on avait l’habitude d’entendre chez un haut dirigeant américain, a fortiori si ce dirigeant est le premier d’entre eux…

Dois-je vraiment dire une fois de plus combien ce KENNEDY-là creusait sa tombe ?

Il réussit pourtant son pari dans cette affaire. Le soutien massif de l’opinion qu’il engrangea fit plier les inflexibles mega-patrons de l’acier qui abandonnèrent la hausse des prix qu’ils avaient décidé ensemble.

KENNEDY  en retira un nouveau crédit dans l’opinion qui voyait en lui un Président manœuvrant à merveille et qui non seulement sauvait la paix dans des circonstances exceptionnellement dangereuses, mais en outre réussissait à alléger un peu, par ses interventions ou celles de ses proches, notamment de son frère, les peines des Noirs dans les États du Sud, mais aussi à favoriser l’intérêt général quand certains aux États-Unis abusaient de leur position dominante comme ce fut le cas avec la dispute engagée avec les patrons de l’acier.

La vision « sociale » de la politique économique qu’avait KENNEDY déplut à beaucoup de gens très puissants aux États-Unis. Et parmi ceux-là aussi, on trouve beaucoup de ses ennemis, des gens ayant les moyens de participer, d’une manière ou d’une autre, à l’organisation de son assassinat, d’y pourvoir en la finançant avec leurs richesses.

JFK, pas vraiment un homme du système

Vous voyez, avec le rappel de tous ces éléments de la politique intérieure et extérieure de KENNEDY, qu’il n’était vraiment pas l’homme du système, quand bien même il était issu des classes les plus aisées. Au contraire, il avait la ferme intention de changer radicalement les choses.

Or, cette révolution stratégique et géopolitique-là, destinée à mettre les États-Unis sur la voie de la paix et d’un partage accru des richesses, ne plaisait pas à ce qu’on appelât longtemps le « complexe militaro-industriel » et qu’on désigne aujourd’hui sous l’expression « État profond » (voir à ce sujet le remarquable livre de Peter Dale Scott). Et elle déplaisait fortement aux oligarchies qui régnaient en maîtres absolus, appuyés sur leurs richesses et leur assise au cœur du système économique, financier et juridique.

Dans les coulisses du pouvoir, au sein notamment de ce pouvoir occulte, si prégnant aux États-Unis, JFK s’était fait des ennemis résolus. Or ces gens-là avaient le pouvoir de nuisance ultime : celui de le faire disparaître et de faire croire à tout le monde que les assassins n’étaient pas là où ils étaient. Ces gens-là avaient le pouvoir et les outils pour transfigurer leur crime en une histoire qui n’avait plus rien à voir avec la réalité de la tragédie qui avait eu lieu.

Ainsi donc, JFK tomba sous les balles d’un prétendu assassin solitaire, le malheureux Lee Harvey Oswald, un des nombreux boucs émissaires qui furent désignés, ces années-là, à la vindicte populaire pour bien dissimuler les véritables commanditaires.

Parmi ces commanditaires, il y avait certaines personnes de cet État profond qui regroupe les grandes entreprises, la finance, les chefs des armées, les services de sécurité. Mais il y avait aussi d’autres personnes, n’étant pas à proprement parler issues de cet État de l’ombre.

L’assassinat de JFK est en effet l’œuvre d’un gigantesque complot auquel prirent part également de puissants mafieux, de richissimes industriels du pétrole, des extrémistes racistes – viscéralement, maladivement, névrotiquement – anticommunistes.

Chacun d’entre eux prit sa part dans cette gigantesque œuvre criminelle que favorisèrent aussi le Secret Service, chargé pourtant de la protection rapprochée du Président des États-Unis, mais aussi le FBI, ainsi que des personnes bien placées au sein des services de la mairie et de la police de Dallas.

Ensuite, le successeur de JFK, Lyndon Baines Johnson – ou LBJ pour les intimes – couvrit l’affaire. Et cette entreprise de dissimulation fut incarnée, à son corps défendant, par le Président de la Cour Suprême, Earl Warren, qui donna son nom d’une part à la commission qui fut chargée – officiellement – d’enquêter sur la mort du Président KENNEDY – en réalité de fabriquer une explication mensongère crédible – et d’autre part au fameux rapport de cette commission.

Pourquoi l’assassinat de JFK nous parle à nous aussi qui avons le cœur à gauche

Pour beaucoup, notamment pour beaucoup de gens de gauche en France, John KENNEDY, ce n’est qu’un Président américain parmi les autres, ce n’est qu’un milliardaire parmi les autres, ce n’est qu’un nanti parmi les autres, ce n’est qu’un ennemi parmi les autres.

Mais pour celles et ceux qui ont étudié sa vie, son œuvre, son assassinat, et plus largement l’histoire des États-Unis, la réalité est tout autre. Certes, nanti, milliardaire et Président, il l’était. Mais il avait une vision politique assez hostile au monde qui était le sien et surtout une volonté chevillée au corps – qui se renforça constamment chaque jour qui passa entre son investiture le 20 janvier 1961 et son assassinat, le 22 novembre 1963 – de changer son pays assez radicalement pour que des forces se liguent contre lui et l’empêchent de mener à bien son projet en employant la violence ultime et sans assumer leur acte.

JFK assassiné, tout fut différent. Ou plutôt, rien ne changea. Les États-Unis demeurèrent la puissance malfaisante qu’ils avaient été jusque là alors qu’il avait commencé à prendre les décisions qui allaient faire bifurquer le pays vers un autre destin.

Aujourd’hui, les archives déclassifiées sont assez nombreuses pour établir avec certitude que l’assassinat de JFK, comme d’ailleurs celui de son frère Bobby en juin 1968 à Los Angeles, et quelques autres assassinats de la période, a des motivations très différentes de ce que dit l’Histoire officielle. Et d’autre part, ces archives disent – et montrent – assez de choses pour que l’on comprenne pourquoi KENNEDY fut assassiné, et pourquoi ce crime fut maquillé.

L’assassinat de KENNEDY n’est rien moins qu’un coup d’État dans la mesure où la politique qu’il avait commencé à mettre en œuvre fut stoppée net et abandonnée au profit de la même habituelle politique belliqueuse et impériale.

54 ans après ce crime d’État, l’Histoire officielle est toujours celle d’un acte isolé perpétré par un « fou », un « communiste », un ancien « traître » à son pays qui, deux jours après son crime, fut assassiné à son tour par un autre homme « dérangé ». La police n’eut besoin que de quelques heures pour trouver le coupable. Le FBI confirma la thèse quelques semaines plus tard dans un rapport officiel que la commission Warren confirma dans son propre rapport publié en septembre 1964.

Peu importe pour l’histoire officielle que depuis lors, des dizaines, des centaines d’enquêteurs aient mis au jour des centaines, des milliers de faits invalidant cette explication officielle.

Peu importe que depuis, des dizaines de témoins, jamais auditionnés par les autorités en 1963 et 1964, aient apporté des éclairages nouveaux, en cohérence les uns avec les autres, et avec ce que l’on savait déjà par ailleurs, contredisant tous les points de l’explication officielle.

Peu importe que depuis la commission Warren, une commission tout à fait officielle, organisée par la Chambre des Représentants (le HSCA pour « House Select Committee on Assassinations » c’est-à-dire le « Comité de la Chambre des Représentants pour les assassinats », qui enquêta, dans les années 70, sur les assassinats de John KENNEDY et de Martin LUTHER-KING), ait contredit ouvertement de très nombreuses affirmations de la commission Warren.

Peu importe que depuis la tragédie de Dallas, d’autres commissions du Congrès aient mis au jour les pratiques criminelles du gouvernement des États-Unis et de la CIA en particulier, établissant ouvertement qu’elle est derrière de très nombreux assassinats de chefs d’État ou de gouvernement, de ministres, de personnalités importantes, comme elle est un acteur essentiel de très nombreux coups d’État dans le monde.

Peu importe que toutes ces années aient mis au jour l’énormité du crime de Dallas. L’histoire officielle continue à répéter que JFK a été assassiné par un homme seul et que la suite de ces évènements ne fut qu’une succession de faits isolés les uns des autres.

Alors, évidemment, cela fait déjà des décennies que la majorité des Américains ne croient plus dans cette fable. Mais ils n’ont rien fait pour changer le sens de l’histoire officielle. Et cette histoire officielle trouve même régulièrement de nouveaux porte-parole, de nouveaux griots, de nouveaux bardes pour la conter et donner le sentiment que de « nouveaux éléments » viennent redonner une authenticité et une crédibilité à l’explication officielle.

L’immense majorité des gens ne lisent pas ce qui s’écrit de sérieux sur le sujet. L’immense majorité des gens s’informent à travers les médias officiels et donc beaucoup, même s’ils prennent leurs déclarations avec distance, en intègrent malgré tous les postulats et les conclusions.

Et puis, aujourd’hui, en 2017, c’est désormais si loin, cet assassinat de Dallas ! À quoi bon en parler encore ? Tout a été dit dessus, non ?

Or cet assassinat de Dallas dit tellement de choses des États-Unis. Il dit tellement de choses du gouvernement de cette puissance mondiale. Il dit tellement de choses sur les structures du véritable pouvoir aux États-Unis. Il dit tellement de choses sur le fond criminel et machiavélique des oligarchies qui contrôlent ce pays.

Se replonger dans cet assassinat et étudier ce qui s’est écrit à ce sujet, c’est bien sûr reprendre contact avec ces années 60 qui étaient si cruelles et si violentes aux États-Unis, et si dangereuses pour la stabilité et la paix du monde.

Mais discerner, derrière « l’éclat des mensonges officiels et la splendeur épique et anesthésiante » de certains compte-rendus sur le sujet, la réalité noire des évènements, c’est aussi et surtout faire œuvre utile pour l’humanité. Car c’est comprendre qui a le pouvoir réel aux États-Unis, et pas que dans ce pays d’ailleurs ! C’est comprendre jusqu’où sont capables d’aller les détenteurs de ce pouvoir. Or, lorsqu’on sait, on est plus à même de réagir comme il faut et on est davantage lucide quand des évènements du même ordre, voire plus graves encore, se produisent.

Et justement, il s’est produit un évènement tragique, du même ordre que l’assassinat de KENNEDY  en 1963, mais d’une ampleur criminelle, et d’une portée géostratégique, autrement plus gravissimes. C’était le 11 septembre 2001 !

Lorsqu’on a étudié des dizaines de livres, vu des dizaines de documentaires, passé des centaines ou même des milliers d’heures depuis vingt ans à travailler sur l’assassinat de KENNEDY – et même « des » KENNEDY –, lorsqu’on a étudié l’histoire des États-Unis, notamment celle des années 50 et 60, lorsqu’on s’est intéressé de près à ce qui fonde et à ce qui fait ce pays, eh bien voyez-vous, on perçoit et on retrouve, dans l’horreur du 11 septembre, bien des éléments déjà présents dans la tragédie de Dallas. De quoi en faire de nombreux livres. D’ailleurs il en existe sur le marché.

Ce n’est pas mon propos ici que de venir sur ce terrain mais en ces temps où le capitalisme et l’impérialisme sont de plus en plus contestés partout dans le monde, en ces temps où les dominants perdent du terrain dans l’opinion partout dans le monde, en ces temps où le pouvoir des puissants vacille de plus en plus, il est utile de se souvenir qu’ils ne se laissent jamais éjecter du pouvoir en restant passifs. Ils sont capables du pire pour se maintenir, comme ils sont capables du pire pour convaincre les foules hésitantes de soutenir leurs projets, même les plus odieux.

Cela fait 54 ans que John KENNEDY a été assassiné à Dallas. C’est bien loin en effet ! Mais pourtant, on ne devrait jamais oublier cette tragédie. Car aussi ambigu qu’ait pu être cet homme, ce dirigeant, ce milliardaire, il ne s’inscrivait pas dans une cohérence avec la lignée des dominants des États-Unis. Il était même un point de rupture avec elle.

S’il avait vécu, l’histoire des États-Unis, et partant celle du monde, en aurait sans doute été bouleversée. Pour le meilleur.

Et puis, est-ce un hasard si son frère, Bobby, qui avait repris le flambeau quelques années plus tard, a été assassiné à son tour quand il voulut sortir son pays de la guerre du Vietnam et partager les richesses immenses de son pays pour en faire bénéficier des millions de pauvres qu’il avait découverts à l’occasion de sa campagne électorale pour l’élection présidentielle de 1968 ?

Lui aussi fut assassiné. Et lui aussi, selon l’histoire officielle, le fut par un fou isolé.

Comme Martin LUTHER-KING d’ailleurs ! Son assassin ? Encore un autre fou isolé !

Pour beaucoup d’ignorants, les KENNEDY étaient liés à la mafia et donc leur assassinat ne fut qu’une œuvre mafieuse. Une dispute de mafieux… Rien d’intéressant là-dedans. Non, pas de quoi s’y intéresser. Surtout si on est de gauche. Quelqu’un m’a, un jour, fait une leçon de ce style alors que j’échangeais sur un fil au sujet de KENNEDY.

Ah, les cons ! Ah, les ignares ! Ah, les moutons !

Ah, que le système a de la chance d’avoir tant de gens qui gobent ainsi de telles sornettes ! Sornettes qui permettent de ne surtout rien dire de ce que JFK d’abord, RFK (Robert Francis KENNEDY, le frère) ensuite, avaient comme projets politiques… Sornettes qui permettent de ne rien dire des forces hostiles (à la paix et au partage des richesses) qu’ils devaient affronter, non pas à Cuba, non pas en URSS, mais au cœur même des États-Unis, et au cœur même du pouvoir !

Oui, la mafia a joué son rôle dans l’assassinat de JFK, et sans doute aussi dans celui de RFK. Mais pas comme le laissent entendre l’histoire officielle et ses nombreux griots. Si la mafia est intervenue, c’est en étroite collaboration avec la CIA qui n’eut de cesse, dans les années 50 et 60, de se servir d’elle pour accomplir certaines besognes criminelles sans avoir à se salir les mains elle-même…

CIA et Mafia travaillaient ensemble dans un but commun : maintenir partout la domination impériale des États-Unis pour la première, faire des affaires et donc de l’argent, beaucoup d’argent, pour l’autre, surtout dans les pays gouvernés par des dirigeants larbins des États-Unis.

L’assassinat de John KENNEDY  le 22 novembre 1963 à Dallas, comme celui de son frère Robert à Los Angeles le 6 juin 1968, comme celui de Martin LUTHER-KING à Memphis le 4 avril 1968, comme celui du Premier ministre israélien Yitzhak RABIN à Tel Aviv le 4 novembre 1995, et comme tant d’autres assassinats de personnalités de pouvoir perpétrés dans le monde (CHAVEZ, SANKARA, Indira GANDHI, Rafic HARIRI, MASSOUD, SADATE, BOUDIAF, la liste est longue…) ne sont pas les actes criminels de personnes isolées, dérangées, inconscientes, mais des stratégies criminelles, hautement élaborées par des forces au cœur du pouvoir, pour empêcher certaines évolutions utiles à l’intérêt général, et pour maintenir, coûte que coûte, leur domination sur la vie des masses et leur maîtrise du destin collectif.

John et Robert, l'autre destin de l'Amérique

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Un KENNEDY rend hommage à CHAVEZ… Cela m’inspire quelques réflexions !

Juger les KENNEDY est toujours des plus difficiles… Face à eux, on trouve des soutiens inconditionnels et des ennemis résolus, prêts à les faire disparaître… Il y a tellement à dire sur eux, en bien comme en mal !

Oui, à écouter les anti-KENNEDY mais aussi les analystes plus neutres, il y a de très légitimes critiques à adresser à la famille KENNEDY. Au père des KENNEDY, Joe, très lié à la mafia, qui a fait sa richesse lors de la prohibition, qui a su s’allier, via son mariage avec Rose FITZGERALD, à une des plus puissantes familles de Boston dont le maire n’était autre que le père de Rose (on l’appelait « Honey Fitz »), qui fut très critiqué pour ses positions assez peu hostiles aux Allemands en 1939 et 1940 (parce que il était hostile à l’entrée en guerre de son pays). Au Président KENNEDY lui-même, pour sa vie privée comme pour bien de ses décisions politiques. Au frère du Président, Robert KENNEDY qui était en quelque sorte comme Docteur Jekkyl et Mister Hyde, à la fois très « humaniste » et enclin à œuvrer en gouvernant déterminé dans le cadre de la raison d’État, quelles que soient les activités criminelles que cela impliquait.   Au sénateur Edward « Ted », notamment pour sa conduite plus que suspecte lors du drame de Chappaquiddick. Pour bien des frasques d’autres membres du clan. Tout cela a été évoqué en détails maintes fois depuis des décennies. Inutile d’y revenir. D’autant que ce n’est pas mon propos.

Cela dit, il y a, malgré tout également dans cette famille, comme une flamme d’humanisme qui ne s’éteint jamais. Après la mort du « Lion du Sénat » en 2008, Edward Moore KENNEDY, dernier frère de JFK et de Bobby, beaucoup espéraient voir un nouveau KENNEDY émerger sans savoir lequel ou laquelle des enfants, des neveux, des cousins de trois illustres KENNEDY sortirait du lot ou du bois…

Caroline, la fille de JFK, a tenté sa chance mais ce fut une cuisante déception pour elle qui semble-t-il ne s’y attendait pas, comme pour ses soutiens. Elle n’a pas su gagner la confiance des décideurs démocrates qui devaient réattribuer le siège de sénatrice laissé vacant par l’entrée d’Hillary CLINTON dans l’administration OBAMA en 2008. Il faut dire que Caroline KENNEDY n’était pas vraiment une « politique ». Ca s’est vu et elle n’a rien fait, dit-on, pour se rendre agréable… Peut-être sont-ce de mauvaises langues qui disent cela. Je me méfie toujours des ennemis éternels des KENNEDY car le plus souvent, ces gens-là sont des ennemis du peuple, de la démocratie, de la paix, de la justice, de l’égalité, de l’humanisme.

Ce sont donc deux des membres du clan qui furent présentés alors comme susceptibles de reprendre le flambeau après la mort de Ted et l’échec de Caroline. L’un d’eux est un des fils de Bobby KENNEDY : Robert Francis KENNEDY II ou Bobby Junior pour les intimes, très impliqué dans les questions environnementales, qui a écrit plusieurs ouvrages sur le sujet (notamment en 2005, aux éditions Harper, « Crimes Against Nature. How George W. Bush And His Corporate Pals Are Plundering the Country And Hijacking Our Democracy » que l’on traduit par « La nature assassinée. Comment George W. Bush et sa clique pillent le pays et abîment notre démocratie » L’autre « joker » des KENNEDY d’aujourd’hui est précisément Joseph Patrick KENNEDY II dont on parle dans cet article qui me sert d’élément déclencheur pour écrire ce billet… Il se fit remarquer notamment à la mort de Ted KENNEDY, en 2008, en prononçant un grand discours à la Bibliothèque présidentielle KENNEDY (à Boston). Il n’y a pas eu de suite…pour l’instant.

L’hommage que ce KENNEDY rend aujourd’hui à Hugo CHAVEZ est une preuve que, même aux Etats-Unis, on peut être quelqu’un de bienveillant pour le peuple alors qu’on est membre d’une famille immensément riche. On peut se soucier de la pauvreté, on peut vouloir lutter contre elle, on peut accepter de s’exposer à la critique la plus virulente et la plus odieuse de la part de ses propres concitoyens, on peut même donner envie à certains de vous faire disparaître, alors qu’on fait partie de l’élite, de la classe établie et dirigeante. Le Président KENNEDY, et plus encore son frère Bobby, voulaient changer leur pays. On ne les a pas laissé faire… Les États-Unis de John KENNEDY avaient commencé à changer. Si JFK avait vécu, sans aucun doute, les États-Unis n’auraient pas suivi la même voie que celle qu’on leur connaît. Un auteur français, Frédéric LECOMTE, a écrit « John et Robert KENNEDY, l’autre destin de l’Amérique » (publié en octobre 2003 aux éditions Équinoxe), livre qui explique très bien cela et qui éclaircit notamment  la situation entre ceux qui considèrent, sans doute de manière exagérément optimiste, que KENNEDY était forcément celui qui allait tout changer radicalement, et ceux qui, à l’inverse, ennemis héréditaires ou nouveaux ennemis de ces Démocrates irlandais et catholiques, les jugeaient comme des usurpateurs de « leur » pouvoir à eux. Au final, en écartant les plus ardents défenseurs des KENNEDY comme leurs ennemis les plus radicaux, il paraît raisonnable de penser que sans aller jusqu’à faire la révolution, John KENNEDY et Bobby KENNEDY étaient bien décidés à faire évoluer leur pays sur la bonne voie. Ils l’avaient écrit. Ils avaient fait des discours en ce sens. Ils avaient aussi pris des décisions semblant indiquer clairement que l’on s’était engagé sur cette voie. On peut d’ailleurs raisonner a contrario. S’ils étaient si peu décidés à changer la donne, s’ils étaient si peu nuisibles à certains gros intérêts, si leur action, leurs décisions, leurs discours, leurs paroles étaient insignifiants, ils n’auraient pas été assassinés. Leur mort violente à tous les deux est la preuve qu’ils portaient atteinte à certains intérêts.

Le 3ème frère des KENNEDY, Edward ou « Ted » pour les intimes, a lui, faute d’avoir pu accéder à la Présidence (à cause d’une tragique affaire d’homicide involontaire enveloppée de bien des mystères, survenue le 18 juillet 1969 dans l’île de Chappaquidick, au large du Massachusetts, près de l’île de Martha’s Vineyard) a œuvré au Sénat, 46 ans durant (bonjour le cumul des mandats pour le coup !) pour améliorer la vie des pauvres, des petits, des obscurs, des anonymes… Il est de presque toutes les avancées sociales de ces 40 dernières années.

John (Jack pour les intimes), Robert (Bobby pour les intimes), Edward (Ted pour les intimes), les trois fils survivants de Joe après la disparition du fils aîné Joseph Patrick KENNEDY Junior lors d’une mission de guerre au-dessus de l’Allemagne, ont, de manière plus ou moins évidente, fait avancer l’Amérique. Et il est donc désormais acquis que « les KENNEDY » sont un ferment de progrès pour les États-Unis. C’est pour cela que leur nom suscite encore aujourd’hui admiration, respect et espoir. Ce qui revient, il faut hélas en convenir, à une forme de soutien aux dynasties alors même que la dynastie ne saurait être admise en démocratie. Encore que si le peuple est vraiment libre de choisir ses dirigeants, est-il choquant que des KENNEDY se présentent à ses suffrages ? Pas forcément ! Sans doute davantage si c’est un BUSH qui aspire à succéder aux deux calamités que nous avons connu…

Joseph Patrick KENNEDY II, sujet de l’article à la base de ce billet, ne craint pas de s’afficher politiquement proche de quelqu’un, Hugo CHAVEZ, qui est pourtant considéré par le gouvernement de son pays comme un ennemi résolu, un dictateur, un dirigeant qu’il était nécessaire de faire disparaître…en le rendant malade jusqu’à le faire trépasser. Même l’agence de presse de la Russie, même le N°1 du parti communiste russe s’interroge et demande une enquête internationale suite au très grand nombre de cancers développés par les dirigeants révolutionnaires d’Amérique Latine quand les « amis » de l’Empire, qu’il s’agisse du chef d’État mexicain Felipe CALDERON, du Président du Pérou, Alberto FUJIMORI, ou de la Présidente très modérément de gauche du Chili Michelle BACHELET, par exemple, n’ont pas connu ce genre de désagrément…

L’Amérique doit encore faire sa révolution, la vraie, la « grande », celle qui fera de ce pays une République laïque, non impériale, démocratique et sociale. Ca viendra un jour, peut-être plus vite qu’on ne l’imagine… Celle de 1776 les a libérés du joug de l’Angleterre mais n’a pas changé quoi que ce soit aux droits et à la condition de la majorité du peuple, ces 99% dont on parle depuis quelques années… Il faut lire à ce sujet les formidables écrits du très grand historien américain Howard ZINN, hélas décédé en janvier 2010, un historien « non-aligné », un historien qui n’est pas du sérail, un historien parmi ceux qui n’acceptent pas les mythes de l’Amérique et qui se battent pour une autre Amérique, sociale, démocratique, républicaine, laïque, paisible, responsable… Il faut lire aussi Michel BUGNON-MORDANT et tant d’autres… Le Français Jacques MISTRAL a publié en août 2008, quelques mois après l’élection d’OBAMA (aux éditions Perrin) un ouvrage intitulé « La troisième révolution américaine », la 1ère étant, d’après l’auteur, celle du New Deal de Roosevelt et la deuxième la contre-révolution reaganienne. Avec cette grille de lecture que l’on peut accepter, c’est alors une 4ème révolution qui reste à faire aux États-Unis, la vraie, la « grande », celle qui rendra au peuple sa souveraineté pleine et entière et qui fera de la belle maxime politique chère à Abraham LINCOLN, une réalité, « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».

Des KENNEDY à OBAMA, on a dévissé ! OBAMA fut, en 2008, soutenu largement par les KENNEDY, notamment par Caroline (la fille de JFK) et par Ted (son frère cadet). Mais il s’est révélé être une escroquerie. Le seul intérêt de l’avoir eu, jusqu’à présent, est de ne pas avoir subi BUSH pour quatre années supplémentaires qui auraient été sans aucun doute CA-TAS-TRO-PHI-QUES pour les États-Unis et pour le monde entier. C’est aussi, une avancée s’agissant des relations entre les races. Un Noir à la Maison-Blanche, quarante ans après la situation de discrimination persistante, de violences inimaginables subies par les « gens de couleur » et de non-citoyenneté de fait sinon de droit des Noirs  dans les années 60, situation honteuse pour l’Amérique qui pourtant, dans sa Déclaration d’Indépendance, évoque, dans ses tout premiers mots, que « les hommes sont créés égaux », situation mise en lumière par Martin LUTHER-KING, notamment dans ce sublime et lyrique discours de l’été 1963 « I Have A Dream » prononcé à Washington au terme de la longue « Marche », ça reste un évènement d’une portée gigantesque. Quelle que soit la sévérité de notre jugement par ailleurs.

Et c’est vrai que nous sommes sévères dans notre jugement parce que rien n’a été fait ou si peu ! Or il y avait tant à faire ! Lui-même avait tant promis ! J’en sais quelque chose puisque j’ai fait campagne pour lui en 2008 après avoir suivi de près sa carrière et ses discours depuis 2004. En effet, très au faite de l’histoire des KENNEDY, j’ai tout de suite perçu, en 2004, avec la convention démocrate et le discours prononcé par OBAMA à cette occasion, que ce Noir venu de la même ville que le Président LINCOLN et qui le citait et s’en inspirait si largement, aurait un grand destin. Ce fut évident à peu de gens à ce moment-là, surtout en France, sauf à ceux qui, comme moi, s’intéressaient à l’Amérique sans se contenter de s’instruire via la présentation officielle. Il ne fallait pas être grand clerc pour voir ce qui allait se passer. Il n’était pas nécessaire d’être un aigle pour pressentir, au vu de la situation de désaveu de BUSH, comme des circonstances propres des États-Unis d’alors, que Barack OBAMA irait loin, très loin. Pourtant je ne pensais pas qu’il irait « au bout », parce que j’étais convaincu qu’il en serait empêché d’une manière ou d’une autre…  J’ai donc été bien inspiré de lui pressentir un grand destin mais je n’ai pas été complètement lucide et j’ai manqué d’optimisme pour penser que l’Amérique avait changé au point de voter pour un homme comme lui, Noir, quasi-révolutionnaire quand on le lisait… Le rêve s’est réalisé mais à quoi bon peut-on se demander aujourd’hui. Disons qu’une étape a été franchie. Pas plus mais pas moins ! Il faut avancer dorénavant. Adelante ! Hasta la victoria ! Oh bien sûr, la route est infiniment plus longue et plus escarpée que celle empruntée par les Latino-Américains car ces derniers ont déjà fait une belle partie du chemin. Les Américains partent de si loin ! Mais il faut bien commencer un jour…

Pour en revenir à l’Histoire et aux passerelles qu’on peut tisser entre les époques. Disons que, comme c’est le cas souvent, l’histoire se répète et elle s’est en effet répétée. À la convention démocrate de 1956 qui désigna le candidat Adlai STEVENSON, lequel allait perdre face au président sortant EISENHOWER, KENNEDY prononça le « Keynote Address », c’est-à-dire le principal discours de soutien au candidat désigné, 4 ans avant d’accéder lui-même à la Présidence. Lors de la convention démocrate de 2004, c’est Barack OBAMA qui prononça le discours principal en faveur de John KERRY, le candidat investi par les Démocrates pour affronter le Président sortant et se représentant W. BUSH. Comme en 1956, où le candidat des Démocrates adoubé par KENNEDY, Adlai STEVENSON, allait perdre face au Président sortant se représentant, EISENHOWER, le candidat de Barack OBAMA en 2004, John KERRY, allait perdre face au Président sortant se représentant W. BUSH. Mais comme dans l’histoire de JFK, Barack OBAMA allait être lui-même le candidat 4 ans plus tard et l’emporter.

Toutefois l’Histoire s’arrête là. Même si j’ai du mal à ne pas garder un peu d’estime pour OBAMA, je considère qu’il s’est révélé une escroquerie, une « méprise » comme le dit cruellement le titre d’un bouquin publié en décembre 2008 par le Belge Guy Spitaels. Certes, le Président des États-Unis n’a pas tous les pouvoirs, contrairement à ce que racontent certains. Et ses pouvoirs sont même fortement limités, voire presque réduits à néant, quand le Congrès lui est hostile. En effet, dans le cas d’OBAMA, on est bien dans ce genre d’hostilité. Les deux premières années de sa présidence, de 2008 à 2010, la Chambre des Représentants et le Sénat étaient à majorité démocrate. Donc ça aurait du rouler pensent beaucoup. C’est plus compliqué. Les « Démocrates » élus ou réélus en 2008 étaient très conservateurs. Les plus progressistes à l’image de Nancy PELOSI, élue de Californie qui fut désignée « Speaker », c’est-à-dire Présidente de la Chambre, étaient très minoritaires. Ils ne furent pas assez nombreux pour contrebalancer la majorité très large que constituaient de fait ensemble les Républicains et la plupart des Démocrates. Et en 2010, deux ans après l’élection d’OBAMA (rappelons qu’aux États-Unis, les Représentants, équivalents de nos députés, reviennent tous les deux ans devant les électeurs), la Chambre bascula dans le camp Républicain. Certes le Sénat reste « démocrate » mais les progressistes ne sont qu’une poignée ou deux. OBAMA na donc pas le soutien nécessaire pour faire passer ses propositions de lois. On l’a vu s’agissant de la réforme de la santé et de la protection sociale. Les Républicains s’opposaient radicalement à cette avancée majeure pour le peuple américain. C’est « normal », c’est leur rôle de défendre les dominants. Mais le scandale vient de ce que les Démocrates ont empêché une véritable réforme. Comme nos socialistes, ils ont vidé le projet d’OBAMA de son contenu, de son esprit. La loi votée est indigente dans ce qu’elle apporte. OBAMA est-il responsable ? Uniquement en ce sens qu’il n’a pas assez mouillé la chemise. Il ne s’est pas assez engagé. Il a laissé faire ses troupes. A rechercher toujours le consensus, il s’est fait limer les ongles, rogner les ailes et a dû en rabattre sur ses ambitions initialement affichées.

Là où en tant que Président et chef des armées, il aurait pu prendre des décisions très symboliques, il s’y était d’ailleurs engagé maintes fois et très clairement dans sa campagne électorale de 2008, c’est dans le domaine de la politique étrangère et de la sécurité nationale. Il pouvait fermer le camp de torture de Guantanamo comme il l’avait promis. Il n’avait pas à recevoir l’aval du Congrès. C’était de sa seule compétence présidentielle. Il ne l’a toujours pas fait. Il pouvait – et s’était engagé à le faire – interdire la torture autorisée par BUSH. Il ne l’a toujours pas fait.  Il pouvait revenir en partie sur les plus graves aspects des lois PATRIOT et peser pour que le Congrès vote leur abolition ou au moins leur assouplissement. Il ne l’a toujours pas fait. Il pouvait commencer à mener une politique étrangère différente. Alors certes il a désengagé les troupes d’Iraq et d’Afghanistan et a un discours moins impérialiste, moins prétentieux, moins belliqueux, moins odieux que son prédécesseur mais quels sont les vrais changements concrets à part qu’il ne mène pas de guerres nouvelles, en tout cas avouées? Les forces de l’ombre agissent toujours. Les services de la sécurité nationale mènent toujours leurs activités criminelles. Il ne peut pas l’ignorer. Je suis convaincu qu’il ne sait pas tout de ce qui est fait, au nom des Etats-Unis, par ces forces de l’ombre. Mais il pourrait, en tant que Président, prendre des décisions qui changent peu à peu les choses. Sauf à considérer que les États-Unis sont ingouvernables contre les intérêts de ceux qui les tiennent. OBAMA n’ignore sans doute pas les vraies raisons de la mort des deux KENNEDY. Il ne doit pas non plus, au fond de lui, croire à la vérité officielle sur l’ignominie du 11 Septembre. Mais que peut-il faire vraiment sans risquer de disparaître ?  Il y a quelque chose qu’il pourrait faire mais cela impliquerait un courage démesuré. C’est de prendre à témoin le peuple américain, lui dire la vérité sur bien des drames de son histoire comme sur la réalité de son régime politique. Mais face à un tel chantier, un homme ne suffira pas, aussi courageux soit-il. Il faudra bien des années d’évolution, bien des prises de conscience au sein du peuple, bien des souffrances, pour que les malfaisants soient expulsés du gouvernement de l’ombre et que leur pouvoir soit réduit à néant. OBAMA est jeune, marié à une sublime femme, il a beaucoup d’avantages à être là où il est. Il a les honneurs. D’une certaine manière, il fait l’Histoire par sa seule position. Et il est père de deux jeunes filles. Ca ne doit pas l’inciter au courage. Car les monstres qui tiennent les États-Unis, on le sait, ne reculent devant absolument aucune abomination pour maintenir leur pouvoir, leur domination. Si Barack OBAMA avait quelque velléité que ce soit de jouer à JFK et de rentrer dans le chou de ces puissances occultes et maléfiques-là, nul doute qu’il serait vite en situation de devoir plier devant elles. Quand on a une femme et deux jeunes enfants, hélas, on n’est pas en situation d’imposer quoi que ce soit à ces gens-là ! On peut être courageux pour soi-même. On ne peut pas l’être pour les autres. On peut accepter les souffrances et la mort pour soi-même, pas pour les autres, pas pour sa femme et surtout pas pour ses filles. C’est en partie un des messages du film « Air Force One » mais c’est aussi la vraie vie.

Finalement, mieux vaudrait peut-être un vieux Président, sans épouse, sans enfants, sans famille, courageux, et qui ne soit plus en situation de subir les « pressions » évoquées ci-dessus pour agir dans un sens particulier.

Au final, je pense – non, je suis convaincu – que  c’est dans le peuple que réside l’avenir des États-Unis. Un homme ou quelques hommes à la tête du pays ne peuvent hélas rien contre les forces occultes si le peuple ne les soutient pas, si le peuple ne comprend pas ce qui se trame, si le peuple croit naïvement ce que si souvent on lui fait avaler.

C’est au peuple américain de se soulever, de faire sa révolution citoyenne, de reprendre le pouvoir. Mais pour cela, il est sans doute illusoire de croire que ces choses se feront sans quelques leaders d’importance qui inspirent le peuple, qui marchent devant sous la mitraille de l’adversaire et sous l’épée de Damoclès de l’assassinat ou de la mort « accidentelle », quelques leaders d’importance qui montrent le chemin à suivre et qui, tels les plus grands chefs d’État de l’Histoire, ont accompagné leurs peuples vers le progrès. Les États-Unis peuvent considérer qu’Abraham LINCOLN, Franklin ROOSEVELT et John KENNEDY ont joué ce rôle, à des degrés divers, dans des circonstances très différentes et même si chacun des ces trois illustres Présidents mérite également de vives critiques pour certaines décisions prises ou pour la carence à prendre certaines décisions.

C’est pour cette raison que, bien que rêvant de voir le peuple américain se lever, renverser son régime au profit d’une République nouvelle, laïque, sociale, démocratique, humaniste, pacifique, où liberté, égalité et fraternité sont de mise, dans les textes comme dans la pratique quotidienne, je pense aussi que nous devons défendre celles et ceux des leaders qui sont les plus à mêmes de jouer ce rôle de « passeur » ou de « réformateur ». Il est difficile, voire impossible, de connaître et encore moins de soutenir et d’agir de concert avec des militants américains qui nous soient proches idéologiquement, politiquement, philosophiquement parlant. Il existe bien un Parti Vert aux États-Unis mais assez éloigné de notre vision politique. Il a existé et existe encore un Parti communiste et un Parti socialiste aux États-Unis mais ce sont des organisations groupusculaires tellement elles ont été et sont encore discréditées voire criminalisées par le système. Alors, je ne vois pas d’autre alternative, pour le moment, lorsque émerge une personnalité si profondément « alternative » par rapport au système américain comme l’est ce  Joseph Patrick KENNEDY II, de le soutenir.

Et, pour élargir mon propos, je dirais que je trouve indispensable, les États-Unis étant ce qu’ils sont, le pouvoir de ce pays étant ce qu’il est, leur présence partout dans le monde, militaire, politique, culturelle, étant ce qu’elle est, que nous cherchions à tisser des liens avec celles et ceux qui sont les plus proches de nous, comme nous le faisons avec nos frères d’armes d’Amérique Latine, d’Europe du Sud et d’ailleurs et d’Afrique du Nord. Cette « internationale » des Fronts de Gauche qui existe même si elle n’en a pas le nom, doit – c’est INDISPENSABLE à mes yeux – s’élargir pour intégrer des forces qui pourraient changer un jour la face des États-Unis, du Canada, d’Israël…dans le sens de l’Humain d’abord. Peut-être est-ce une utopie de ma part. Peut-être que le jour n’est pas venu. Peut-être que c’est trop tôt. Peut-être que ces pays ne sont pas prêts à basculer. Mais sans rêve, sans utopie, je pense que le monde n’avancerait pas vers le progrès. Et à toujours attendre demain ou un jour meilleur ou d’autres circonstances plus propices, on ne fait rien. Or, c’est aujourd’hui qu’il faut le faire. C’est aujourd’hui qu’il faut commencer à construire, mettre la première pierre. D’autres suivront. Souvent, ce n’est que progressivement que les masses se mettent en mouvement. Ce n’est pas toujours une étincelle, une décision de trop, un acte malfaisant de trop, qui fait sortir de sa torpeur un peuple opprimé et le transforme en peuple révolutionnaire. C’est une prise de conscience qui se fait peu à peu, devant des manifestations qui se renouvellent, devant des discours qui font réfléchir, qui contribuent à se désintoxiquer, à s’émanciper des vérités et des évidences jusque là acceptées « naturellement ».

CHAVEZ et les autres chefs d’État et de gouvernement latino-américains qui mènent la révolution citoyenne dans leurs pays montrent la voie aux autres nations. Mais n’oublions pas les États-Unis ! Le monde vivra bien mieux quand les États-Unis seront devenus cette République démocratique, sociale, laïque, pacifique, humaniste que j’évoque dans ce billet. Ca regarde bien sûr, en premier lieu, le peuple américain mais ça regarde aussi le monde entier car ce pays a une influence, positive parfois, néfaste bien plus souvent, très au-delà de ses frontières. C’est au peuple américain de prendre son destin en mains mais nous pouvons l’aider, le soutenir, l’encourager, l’informer… Le peuple américain, ce n’est pas que cette population de décérébrés, va-t-en-guerre, intégristes, arriérés, qu’on nous présente souvent dans les médias lesquels se réjouissent à nous montrer les pires abrutis et nous les présentant comme les Américains moyens. Le peuple américain est très divers, sans doute plus que la plupart des autres peuples. Il y a souvent plus de différence entre certains Américains entre eux qu’entre des Américains et des étrangers. Et plus de la moitié des personnes en âge de voter ne le font jamais. Ce sont ces dizaines de millions d’électeurs que l’on peut classer « à gauche » en ce sens qu’ils sont des États-Unis d’en bas et que, naturellement, ils sont  ceux pour quoi nous devons nous battre. Ils ne votent pas. Beaucoup n’ont jamais voté. Se désintéressent-ils de la vie en société ? Non. Mais à quoi bon voter. L’immense majorité des candidats ne les représentent pas et ceux qui les représentent font des scores négligeables, quelle que soit l’élection en cause. Ce sont les gens du « petit peuple », qui sont niés, méprisés, violentés, asservis, exploités par le système politique, administratif, économique, pénal… Ils méritent d’être entendus, écoutés, représentés, défendus. Qui, mieux que des gens ayant notre vision, peuvent le faire ? Je suis convaincu que des Américains, par milliers, pensent comme nous, encore plus aujourd’hui qu’hier vu que le libéralisme a montré sa nature et ses effets inéluctables, généralisés et de plus en plus destructeurs de la civilisation. Mais ces millions de citoyens « n’existent » pas car il va sans dire que le système ne les montre pas, ne parle pas d’eux, n’évoque jamais leur vie, leurs difficultés, leurs espoirs, voire les décrit comme des « assistés » improductifs, nuisant à « l’esprit américain » et récoltant les « fruits » de leur nocivité sociale, quand ils ne sont pas carrément présentés comme anti-américains quand ils ont eu le malheur de contester le bellicisme criminel et impérialiste ainsi que les régressions des droits et libertés.

Mais « l’esprit américain », ce n’est pas que cela. Dans son discours d’investiture de janvier dernier, comme dans plusieurs de ses discours de campagne, Barack OBAMA a tenté de faire passer dans les consciences un autre message, très différent, bien plus social, bien plus humaniste. Je disais plus haut combien il m’avait déçu. Nous savons tous à quel point il a déçu des centaines de millions de gens de par le monde en plus d’avoir déçu des dizaines de millions d’Américains. Ces derniers lui ont néanmoins offert une seconde chance. Puisse-t-il la saisir ! Sinon, il ne sera pour l’Histoire qu’une promesse qui ne s’est pas confirmée, une illusion. Au minimum, il aura peut-être été un passeur. Son discours fera son œuvre, peu à peu, je veux le croire. Le progrès humain est toujours long à advenir. L’Histoire montre que les avancées ne se font pas rapidement. Parfois même, des retours en arrière qui nous font régresser fortement ralentissent encore davantage la marche du progrès.  Et les consciences sont, elles aussi, longues à éveiller et à faire évoluer, surtout avec le système politique, médiatique, culturel et d’enseignement américain. Mais les temps changent. Je veux, après tout ce que j’ai écrit ce soir, finir sur une touche d’optimisme. La « sagesse », « l’humanisme social » du discours d’OBAMA aura sans doute plus d’effet sur le progrès que connaîtra dans l’avenir le peuple américain que les réformes non réalisées, non tentées, non osées ou avortées de ce Président.

Discours contre la violence du sénateur Robert Francis Kennedy le 5 avril 1968, lendemain de l’assassinat de Martin Luther-King

Voici une version traduite en français :

« Aujourd’hui est un temps de honte et de chagrin. Ce n’est pas un jour pour la politique. Je saisis cette opportunité, mon seul événement aujourd’hui, afin de vous parler de la menace irrréfléchie de la violence en Amérique qui a nouveau entaché notre pays et à nouveau chacune de nos vies.

Ce n’est pas une question de race. Les victimes de la violence sont noires et blanches, riches et pauvres, jeunes et vieux, célèbres et inconnues. Elles sont, avant tout, des êtres humains que d’autres êtres humains aiment et dont ils ont besoin. Personne – peu importe où il vit ou ce qu’il fait – ne peut savoir avec assurance qui souffrira de ces carnages irréfléchis. Et pourtant cela ne cesse pas dans ce pays qui est le nôtre.

Pourquoi ? La violence, qu’a-t-elle accompli ? Qu’a-t-elle créé ? Aucune cause de martyre n’a jamais été immobilisée par la balle d’un assassin.  Aucun méfait n’a jamais été réglé par une émeute et le désordre civil. Un sniper n’est qu’un lâche, pas un héros ; et une foule non-contrôlée et incontrôlable n’est que la voix de la folie, pas celle de la  raison.

A chaque fois que la vie d’un Américain est prise par un autre Américain sans nécessité – que cela soit accompli au nom de la loi ou en défiant la loi, par un homme ou par un gang, de sang froid ou sous le coup de la passion, dans une violente attaque ou en réponse à la violence – à chaque fois que nous déchirons ce tissu qu’est la vie qu’un autre homme a difficilement, et du mieux qu’il peut, cousu pour lui et ses enfants, c’est la nation toute entière qui est abimée.

« Entre hommes libres », a dit Abraham Lincoln, « il ne peut y avoir aucun appel heureux du vote à la balle qui tue ; et ceux qui répondent à un tel appel sont sûrs de perdre leur cause et d’en payer le prix. »

Mais apparemment nous tolérons un niveau ascendant de violence qui ignore notre humanité commune et nos prétentions à une civilisation uniforme. Nous acceptons avec calme les reportages des journaux sur des massacres de civils dans des pays lointains. Nous glorifions les meurtres sur les écrans de cinéma et de télévision et nous appelons ça du divertissement. Nous facilitons l’acquisition d’armes et de munitions par des hommes, quelle que soit leur santé mentale.

Trop souvent nous honorons les parades et les éclats et les exercices de force ; trop souvent nous excusons ceux qui ont la volonté de construire leurs propres vies sur les rêves anéantis des autres. Certains Américains prêchent la non-violence à l’étranger, mais oublient de la pratiquer ici, chez eux.

Certains accusent les autres de déclencher des émeutes, mais ce sont eux qui les ont incitées par leur propre conduite. Certains cherchent des boucs-émissaires, d’autres cherchent des conspirateurs, mais tout ceci est clair : la violence engendre la violence, la répression amène les représailles, et seule  la purification de toute notre société peut ôter cette maladie de notre âme.

Parce qu’il y a un autre genre de violence, plus lente mais tout aussi destructrice qu’un coup de feu ou qu’une bombe dans la nuit. C’est la violence des  institutions ; l’indifférence, la passivité, le déclin. C’est la violence qui est infligée aux pauvres, qui empoisonne les relations entre les hommes parce que leur peau a une couleur différente. C’est la lente destruction d’un enfant par la faim, ce sont des écoles sans livres et des maisons sans  chaleur en hiver.

C’est briser l’esprit d’un homme en lui niant la chance d’être un père et un homme  parmi d’autres hommes. Et ceci aussi nous touche tous.

Je ne suis pas là pour proposer un ensemble de remèdes spécifiques et il n’y a pas de programme clés en mains. Comme plan adéquat, nous savons ce qui doit être fait.

Lorsque vous enseignez à un homme à haïr son prochain et à avoir peur de lui, lorsque vous lui apprenez qu’il est un sous-homme à cause de sa couleur de peau ou de ses croyances ou de la politique qu’il défend, lorsque vous lui apprenez que ceux qui sont différents de vous menacent votre liberté ou votre travail ou votre maison ou votre famille, alors vous lui enseignez aussi à considérer les autres non comme des concitoyens mais comme des ennemis, avec lesquels il ne s’agit pas de coopérer mais de les dominer afin  qu’ils soient vassalisés et entièrement sous contrôle. Nous apprenons, finalement, à regarder nos frères comme des étrangers, des hommes avec lesquels nous partageons une ville, mais pas une communauté ; des hommes liés à nous par une résidence commune, mais pas par une volonté commune. Nous apprenons uniquement à partager une peur commune, un commun désir de se replier loin l’un de l’autre, uniquement une pulsion commune de faire face aux désaccords en employant la force.

Pour tout ça, il n’y a pas de réponses finales. Mais nous savons ce que nous devons faire. Il faut parvenir à une vraie justice entre nos concitoyens. La question n’est pas quels programmes nous devons chercher à appliquer. La question est pouvons-nous trouver en nous-mêmes, en notre propre coeur, cet engagement humaniste qui reconnaîtra les terribles vérités de notre existence ?

Nous devons admettre la vanité de nos fausses distinctions entre les hommes et apprendre à avancer nous-mêmes dans la quête de l’avancement des autres. Nous devons admettre dans notre fort intérieur que le futur de nos propres enfants ne peut être bâti sur le malheur des autres. Nous devons reconnaître que cette courte  vie ne peut être ni anoblie ni enrichie par la haine ou par la vengeance.

Nos vies sur cette terre sont trop courtes et le travail à accomplir est trop grand pour laisser cet esprit encore se propager sur notre terre. Bien sûr nous ne pouvons pas le vaincre avec un programme, ni avec une résolution. Mais nous pouvons peut-être nous souvenir, même si ce n’est que pour un instant, que ceux qui vivent avec nous sont nos frères, qu’ils partagent avec nous ces mêmes courts instants de vie ; qu’ils ne cherchent, tout comme nous, rien d’autre que l’opportunité de vivre leurs vies avec résolution et bonheur, en obtenant ce qu’ils peuvent de satisfaction et d’accomplissement.

Assurément, ce lien résultant de notre foi commune, ce lien résultant de notre but commun, peut commencer à nous apprendre quelque chose. Assurément, nous pouvons apprendre, au moins, à regarder ceux qui nous entourent comme des compagnons humains, et assurément nous pouvons commencer à travailler un peu plus dur à panser les plaies parmi nous et à  redevenir dans nos propres cœurs des frères et des concitoyens. »

* * * * *

Lien vers une version audio de ce discours: http://www.youtube.com/watch?v=OJ8rxSYMi-c

On the Mindless Menace of Violence

Remarks by Senator Robert Francis KENNEDY

City Club of Cleveland, Cleveland, Ohio
April 5, 1968

This is a time of shame and sorrow. It is not a day for politics. I have saved this one opportunity, my only event of today, to speak briefly to you about the mindless menace of violence in America which again stains our land and every one of our lives.

It is not the concern of any one race. The victims of the violence are black and white, rich and poor, young and old, famous and unknown. They are, most important of all, human beings whom other human beings loved and needed. No one – no matter where he lives or what he does – can be certain who next will suffer from some senseless act of bloodshed. And yet it goes on and on and on in this country of ours.

Why? What has violence ever accomplished? What has it ever created? No martyr’s cause has ever been stilled by an assassin’s bullet.

No wrongs have ever been righted by riots and civil disorders. A sniper is only a coward, not a hero; and an uncontrolled, or uncontrollable mob is only the voice of madness, not the voice of the people.

Whenever any American’s life is taken by another American unnecessarily – whether it is done in the name of the law or in the defiance of the law, by one man or by a gang, in cold blood or in passion, in an attack of violence or in response to violence – whenever we tear at the fabric of our lives which another man has painfully and clumsily woven for himself and his children, when we do this, then the whole nation is degraded.

« Among free men, » said Abraham Lincoln, « there can be no successful appeal from the ballot to the bullet; and those who take such appeal are sure to lose their case and pay the costs. »

Yet we seemingly tolerate a rising level of violence that ignores our common humanity and our claims to civilization alike. We calmly accept newspaper reports of civilian slaughter in far-off lands. We glorify killing on movie and television screens and we call it entertainment. We make it easy for men of all shades of sanity to acquire whatever weapons and ammunition that they desire.

Too often we honor swagger and bluster and the wielders of force; too often we excuse those who are willing to build their own lives on the shattered dreams of other human beeings. Some Americans who preach non-violence abroad fail to practice it here at home. Some who accuse others of rioting and inciting riots have by their own conduct invited them.

Some look for scapegoats, others look for conspiracies, but this much is clear : violence breeds violence, repression brings retaliation, and only a cleansing of our whole society can remove this sickness from our souls.

For there is another kind of violence, slower but just as deadly destructive as the shot or the bomb in the night. This is the violence of institutions ; indifference, inaction and decay. This is the violence that afflicts the poor, that poisons relations between men because their skin has different colors. This is the slow destruction of a child by hunger, and schools without books and homes without heat in the winter.

This is the breaking of a man’s spirit by denying him the chance to stand as a father and as a man amongst other men. And this too afflicts us all.

I have not come here to propose a set of specific remedies nor is there a single set. For a broad and adequate outline we know what must be done. When you teach a man to hate and fear his brother, when you teach that he is a lesser man because of his color or his beliefs or the policies that he pursues, when you teach that those who differ from you threaten your freedom or your job or your home or your family, then you also learn to confront others not as fellow citizens but as enemies, to be met not with cooperation but with conquest ; to be subjugated and to be mastered.

We learn, at the last, to look at our brothers as aliens, alien men with whom we share a city, but not a community ; men bound to us in common dwelling, but not in a common effort. We learn to share only a common fear, only a common desire to retreat from each other, only a common impulse to meet disagreement with force. For all this, there are no final answers for those of us who are American citizens.

Yet we know what we must do. And that is to achieve true justice among all of our fellow citizens. The question is not what programs we should seek to enact. The question is whether we can find in our own midst and in our own hearts that leadership of humane purpose that will recognize the terrible truths of our existence.

We must admit the vanity of our false distinctions among men and learn to find our own advancement in the search for the advancement of all. We must admit to ourselves that our own children’s future cannot be built on the misfortunes of another. We must recognize that this short life can neither be ennobled or enriched by hatred or by revenge.

Our lives on this planet are too short, the work to be done is too great to let this spirit flourish any longer in this land of ours. Of course we cannot vanish it with a program, nor with a resolution.

But we can perhaps remember, if only for a time, that those who live with us are our brothers, that they share with us the same short moment of life ; that they seek, as do we, nothing but the chance to live out their lives in purpose and in happiness, winning what satisfaction and fulfillment that they can.

Surely, this bond of common faith, surely this bond of common goals, can begin to teach us something. Surely, we can learn, at the least, to look around at those of us as fellow men, and surely we can begin to work a little harder to bind up the wounds among us and to become in our own hearts brothers and countrymen once again.

Tennyson wroted Ulysses that which we are we are. One equal temper of heroic hearts made weak by time and fate but strong and will to strive, to seek, to find and not to yield.

Thank you very much.