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Robert Francis Kennedy « Bobby »

Un KENNEDY rend hommage à CHAVEZ… Cela m’inspire quelques réflexions !

Juger les KENNEDY est toujours des plus difficiles… Face à eux, on trouve des soutiens inconditionnels et des ennemis résolus, prêts à les faire disparaître… Il y a tellement à dire sur eux, en bien comme en mal !

Oui, à écouter les anti-KENNEDY mais aussi les analystes plus neutres, il y a de très légitimes critiques à adresser à la famille KENNEDY. Au père des KENNEDY, Joe, très lié à la mafia, qui a fait sa richesse lors de la prohibition, qui a su s’allier, via son mariage avec Rose FITZGERALD, à une des plus puissantes familles de Boston dont le maire n’était autre que le père de Rose (on l’appelait « Honey Fitz »), qui fut très critiqué pour ses positions assez peu hostiles aux Allemands en 1939 et 1940 (parce que il était hostile à l’entrée en guerre de son pays). Au Président KENNEDY lui-même, pour sa vie privée comme pour bien de ses décisions politiques. Au frère du Président, Robert KENNEDY qui était en quelque sorte comme Docteur Jekkyl et Mister Hyde, à la fois très « humaniste » et enclin à œuvrer en gouvernant déterminé dans le cadre de la raison d’État, quelles que soient les activités criminelles que cela impliquait.   Au sénateur Edward « Ted », notamment pour sa conduite plus que suspecte lors du drame de Chappaquiddick. Pour bien des frasques d’autres membres du clan. Tout cela a été évoqué en détails maintes fois depuis des décennies. Inutile d’y revenir. D’autant que ce n’est pas mon propos.

Cela dit, il y a, malgré tout également dans cette famille, comme une flamme d’humanisme qui ne s’éteint jamais. Après la mort du « Lion du Sénat » en 2008, Edward Moore KENNEDY, dernier frère de JFK et de Bobby, beaucoup espéraient voir un nouveau KENNEDY émerger sans savoir lequel ou laquelle des enfants, des neveux, des cousins de trois illustres KENNEDY sortirait du lot ou du bois…

Caroline, la fille de JFK, a tenté sa chance mais ce fut une cuisante déception pour elle qui semble-t-il ne s’y attendait pas, comme pour ses soutiens. Elle n’a pas su gagner la confiance des décideurs démocrates qui devaient réattribuer le siège de sénatrice laissé vacant par l’entrée d’Hillary CLINTON dans l’administration OBAMA en 2008. Il faut dire que Caroline KENNEDY n’était pas vraiment une « politique ». Ca s’est vu et elle n’a rien fait, dit-on, pour se rendre agréable… Peut-être sont-ce de mauvaises langues qui disent cela. Je me méfie toujours des ennemis éternels des KENNEDY car le plus souvent, ces gens-là sont des ennemis du peuple, de la démocratie, de la paix, de la justice, de l’égalité, de l’humanisme.

Ce sont donc deux des membres du clan qui furent présentés alors comme susceptibles de reprendre le flambeau après la mort de Ted et l’échec de Caroline. L’un d’eux est un des fils de Bobby KENNEDY : Robert Francis KENNEDY II ou Bobby Junior pour les intimes, très impliqué dans les questions environnementales, qui a écrit plusieurs ouvrages sur le sujet (notamment en 2005, aux éditions Harper, « Crimes Against Nature. How George W. Bush And His Corporate Pals Are Plundering the Country And Hijacking Our Democracy » que l’on traduit par « La nature assassinée. Comment George W. Bush et sa clique pillent le pays et abîment notre démocratie » L’autre « joker » des KENNEDY d’aujourd’hui est précisément Joseph Patrick KENNEDY II dont on parle dans cet article qui me sert d’élément déclencheur pour écrire ce billet… Il se fit remarquer notamment à la mort de Ted KENNEDY, en 2008, en prononçant un grand discours à la Bibliothèque présidentielle KENNEDY (à Boston). Il n’y a pas eu de suite…pour l’instant.

L’hommage que ce KENNEDY rend aujourd’hui à Hugo CHAVEZ est une preuve que, même aux Etats-Unis, on peut être quelqu’un de bienveillant pour le peuple alors qu’on est membre d’une famille immensément riche. On peut se soucier de la pauvreté, on peut vouloir lutter contre elle, on peut accepter de s’exposer à la critique la plus virulente et la plus odieuse de la part de ses propres concitoyens, on peut même donner envie à certains de vous faire disparaître, alors qu’on fait partie de l’élite, de la classe établie et dirigeante. Le Président KENNEDY, et plus encore son frère Bobby, voulaient changer leur pays. On ne les a pas laissé faire… Les États-Unis de John KENNEDY avaient commencé à changer. Si JFK avait vécu, sans aucun doute, les États-Unis n’auraient pas suivi la même voie que celle qu’on leur connaît. Un auteur français, Frédéric LECOMTE, a écrit « John et Robert KENNEDY, l’autre destin de l’Amérique » (publié en octobre 2003 aux éditions Équinoxe), livre qui explique très bien cela et qui éclaircit notamment  la situation entre ceux qui considèrent, sans doute de manière exagérément optimiste, que KENNEDY était forcément celui qui allait tout changer radicalement, et ceux qui, à l’inverse, ennemis héréditaires ou nouveaux ennemis de ces Démocrates irlandais et catholiques, les jugeaient comme des usurpateurs de « leur » pouvoir à eux. Au final, en écartant les plus ardents défenseurs des KENNEDY comme leurs ennemis les plus radicaux, il paraît raisonnable de penser que sans aller jusqu’à faire la révolution, John KENNEDY et Bobby KENNEDY étaient bien décidés à faire évoluer leur pays sur la bonne voie. Ils l’avaient écrit. Ils avaient fait des discours en ce sens. Ils avaient aussi pris des décisions semblant indiquer clairement que l’on s’était engagé sur cette voie. On peut d’ailleurs raisonner a contrario. S’ils étaient si peu décidés à changer la donne, s’ils étaient si peu nuisibles à certains gros intérêts, si leur action, leurs décisions, leurs discours, leurs paroles étaient insignifiants, ils n’auraient pas été assassinés. Leur mort violente à tous les deux est la preuve qu’ils portaient atteinte à certains intérêts.

Le 3ème frère des KENNEDY, Edward ou « Ted » pour les intimes, a lui, faute d’avoir pu accéder à la Présidence (à cause d’une tragique affaire d’homicide involontaire enveloppée de bien des mystères, survenue le 18 juillet 1969 dans l’île de Chappaquidick, au large du Massachusetts, près de l’île de Martha’s Vineyard) a œuvré au Sénat, 46 ans durant (bonjour le cumul des mandats pour le coup !) pour améliorer la vie des pauvres, des petits, des obscurs, des anonymes… Il est de presque toutes les avancées sociales de ces 40 dernières années.

John (Jack pour les intimes), Robert (Bobby pour les intimes), Edward (Ted pour les intimes), les trois fils survivants de Joe après la disparition du fils aîné Joseph Patrick KENNEDY Junior lors d’une mission de guerre au-dessus de l’Allemagne, ont, de manière plus ou moins évidente, fait avancer l’Amérique. Et il est donc désormais acquis que « les KENNEDY » sont un ferment de progrès pour les États-Unis. C’est pour cela que leur nom suscite encore aujourd’hui admiration, respect et espoir. Ce qui revient, il faut hélas en convenir, à une forme de soutien aux dynasties alors même que la dynastie ne saurait être admise en démocratie. Encore que si le peuple est vraiment libre de choisir ses dirigeants, est-il choquant que des KENNEDY se présentent à ses suffrages ? Pas forcément ! Sans doute davantage si c’est un BUSH qui aspire à succéder aux deux calamités que nous avons connu…

Joseph Patrick KENNEDY II, sujet de l’article à la base de ce billet, ne craint pas de s’afficher politiquement proche de quelqu’un, Hugo CHAVEZ, qui est pourtant considéré par le gouvernement de son pays comme un ennemi résolu, un dictateur, un dirigeant qu’il était nécessaire de faire disparaître…en le rendant malade jusqu’à le faire trépasser. Même l’agence de presse de la Russie, même le N°1 du parti communiste russe s’interroge et demande une enquête internationale suite au très grand nombre de cancers développés par les dirigeants révolutionnaires d’Amérique Latine quand les « amis » de l’Empire, qu’il s’agisse du chef d’État mexicain Felipe CALDERON, du Président du Pérou, Alberto FUJIMORI, ou de la Présidente très modérément de gauche du Chili Michelle BACHELET, par exemple, n’ont pas connu ce genre de désagrément…

L’Amérique doit encore faire sa révolution, la vraie, la « grande », celle qui fera de ce pays une République laïque, non impériale, démocratique et sociale. Ca viendra un jour, peut-être plus vite qu’on ne l’imagine… Celle de 1776 les a libérés du joug de l’Angleterre mais n’a pas changé quoi que ce soit aux droits et à la condition de la majorité du peuple, ces 99% dont on parle depuis quelques années… Il faut lire à ce sujet les formidables écrits du très grand historien américain Howard ZINN, hélas décédé en janvier 2010, un historien « non-aligné », un historien qui n’est pas du sérail, un historien parmi ceux qui n’acceptent pas les mythes de l’Amérique et qui se battent pour une autre Amérique, sociale, démocratique, républicaine, laïque, paisible, responsable… Il faut lire aussi Michel BUGNON-MORDANT et tant d’autres… Le Français Jacques MISTRAL a publié en août 2008, quelques mois après l’élection d’OBAMA (aux éditions Perrin) un ouvrage intitulé « La troisième révolution américaine », la 1ère étant, d’après l’auteur, celle du New Deal de Roosevelt et la deuxième la contre-révolution reaganienne. Avec cette grille de lecture que l’on peut accepter, c’est alors une 4ème révolution qui reste à faire aux États-Unis, la vraie, la « grande », celle qui rendra au peuple sa souveraineté pleine et entière et qui fera de la belle maxime politique chère à Abraham LINCOLN, une réalité, « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».

Des KENNEDY à OBAMA, on a dévissé ! OBAMA fut, en 2008, soutenu largement par les KENNEDY, notamment par Caroline (la fille de JFK) et par Ted (son frère cadet). Mais il s’est révélé être une escroquerie. Le seul intérêt de l’avoir eu, jusqu’à présent, est de ne pas avoir subi BUSH pour quatre années supplémentaires qui auraient été sans aucun doute CA-TAS-TRO-PHI-QUES pour les États-Unis et pour le monde entier. C’est aussi, une avancée s’agissant des relations entre les races. Un Noir à la Maison-Blanche, quarante ans après la situation de discrimination persistante, de violences inimaginables subies par les « gens de couleur » et de non-citoyenneté de fait sinon de droit des Noirs  dans les années 60, situation honteuse pour l’Amérique qui pourtant, dans sa Déclaration d’Indépendance, évoque, dans ses tout premiers mots, que « les hommes sont créés égaux », situation mise en lumière par Martin LUTHER-KING, notamment dans ce sublime et lyrique discours de l’été 1963 « I Have A Dream » prononcé à Washington au terme de la longue « Marche », ça reste un évènement d’une portée gigantesque. Quelle que soit la sévérité de notre jugement par ailleurs.

Et c’est vrai que nous sommes sévères dans notre jugement parce que rien n’a été fait ou si peu ! Or il y avait tant à faire ! Lui-même avait tant promis ! J’en sais quelque chose puisque j’ai fait campagne pour lui en 2008 après avoir suivi de près sa carrière et ses discours depuis 2004. En effet, très au faite de l’histoire des KENNEDY, j’ai tout de suite perçu, en 2004, avec la convention démocrate et le discours prononcé par OBAMA à cette occasion, que ce Noir venu de la même ville que le Président LINCOLN et qui le citait et s’en inspirait si largement, aurait un grand destin. Ce fut évident à peu de gens à ce moment-là, surtout en France, sauf à ceux qui, comme moi, s’intéressaient à l’Amérique sans se contenter de s’instruire via la présentation officielle. Il ne fallait pas être grand clerc pour voir ce qui allait se passer. Il n’était pas nécessaire d’être un aigle pour pressentir, au vu de la situation de désaveu de BUSH, comme des circonstances propres des États-Unis d’alors, que Barack OBAMA irait loin, très loin. Pourtant je ne pensais pas qu’il irait « au bout », parce que j’étais convaincu qu’il en serait empêché d’une manière ou d’une autre…  J’ai donc été bien inspiré de lui pressentir un grand destin mais je n’ai pas été complètement lucide et j’ai manqué d’optimisme pour penser que l’Amérique avait changé au point de voter pour un homme comme lui, Noir, quasi-révolutionnaire quand on le lisait… Le rêve s’est réalisé mais à quoi bon peut-on se demander aujourd’hui. Disons qu’une étape a été franchie. Pas plus mais pas moins ! Il faut avancer dorénavant. Adelante ! Hasta la victoria ! Oh bien sûr, la route est infiniment plus longue et plus escarpée que celle empruntée par les Latino-Américains car ces derniers ont déjà fait une belle partie du chemin. Les Américains partent de si loin ! Mais il faut bien commencer un jour…

Pour en revenir à l’Histoire et aux passerelles qu’on peut tisser entre les époques. Disons que, comme c’est le cas souvent, l’histoire se répète et elle s’est en effet répétée. À la convention démocrate de 1956 qui désigna le candidat Adlai STEVENSON, lequel allait perdre face au président sortant EISENHOWER, KENNEDY prononça le « Keynote Address », c’est-à-dire le principal discours de soutien au candidat désigné, 4 ans avant d’accéder lui-même à la Présidence. Lors de la convention démocrate de 2004, c’est Barack OBAMA qui prononça le discours principal en faveur de John KERRY, le candidat investi par les Démocrates pour affronter le Président sortant et se représentant W. BUSH. Comme en 1956, où le candidat des Démocrates adoubé par KENNEDY, Adlai STEVENSON, allait perdre face au Président sortant se représentant, EISENHOWER, le candidat de Barack OBAMA en 2004, John KERRY, allait perdre face au Président sortant se représentant W. BUSH. Mais comme dans l’histoire de JFK, Barack OBAMA allait être lui-même le candidat 4 ans plus tard et l’emporter.

Toutefois l’Histoire s’arrête là. Même si j’ai du mal à ne pas garder un peu d’estime pour OBAMA, je considère qu’il s’est révélé une escroquerie, une « méprise » comme le dit cruellement le titre d’un bouquin publié en décembre 2008 par le Belge Guy Spitaels. Certes, le Président des États-Unis n’a pas tous les pouvoirs, contrairement à ce que racontent certains. Et ses pouvoirs sont même fortement limités, voire presque réduits à néant, quand le Congrès lui est hostile. En effet, dans le cas d’OBAMA, on est bien dans ce genre d’hostilité. Les deux premières années de sa présidence, de 2008 à 2010, la Chambre des Représentants et le Sénat étaient à majorité démocrate. Donc ça aurait du rouler pensent beaucoup. C’est plus compliqué. Les « Démocrates » élus ou réélus en 2008 étaient très conservateurs. Les plus progressistes à l’image de Nancy PELOSI, élue de Californie qui fut désignée « Speaker », c’est-à-dire Présidente de la Chambre, étaient très minoritaires. Ils ne furent pas assez nombreux pour contrebalancer la majorité très large que constituaient de fait ensemble les Républicains et la plupart des Démocrates. Et en 2010, deux ans après l’élection d’OBAMA (rappelons qu’aux États-Unis, les Représentants, équivalents de nos députés, reviennent tous les deux ans devant les électeurs), la Chambre bascula dans le camp Républicain. Certes le Sénat reste « démocrate » mais les progressistes ne sont qu’une poignée ou deux. OBAMA na donc pas le soutien nécessaire pour faire passer ses propositions de lois. On l’a vu s’agissant de la réforme de la santé et de la protection sociale. Les Républicains s’opposaient radicalement à cette avancée majeure pour le peuple américain. C’est « normal », c’est leur rôle de défendre les dominants. Mais le scandale vient de ce que les Démocrates ont empêché une véritable réforme. Comme nos socialistes, ils ont vidé le projet d’OBAMA de son contenu, de son esprit. La loi votée est indigente dans ce qu’elle apporte. OBAMA est-il responsable ? Uniquement en ce sens qu’il n’a pas assez mouillé la chemise. Il ne s’est pas assez engagé. Il a laissé faire ses troupes. A rechercher toujours le consensus, il s’est fait limer les ongles, rogner les ailes et a dû en rabattre sur ses ambitions initialement affichées.

Là où en tant que Président et chef des armées, il aurait pu prendre des décisions très symboliques, il s’y était d’ailleurs engagé maintes fois et très clairement dans sa campagne électorale de 2008, c’est dans le domaine de la politique étrangère et de la sécurité nationale. Il pouvait fermer le camp de torture de Guantanamo comme il l’avait promis. Il n’avait pas à recevoir l’aval du Congrès. C’était de sa seule compétence présidentielle. Il ne l’a toujours pas fait. Il pouvait – et s’était engagé à le faire – interdire la torture autorisée par BUSH. Il ne l’a toujours pas fait.  Il pouvait revenir en partie sur les plus graves aspects des lois PATRIOT et peser pour que le Congrès vote leur abolition ou au moins leur assouplissement. Il ne l’a toujours pas fait. Il pouvait commencer à mener une politique étrangère différente. Alors certes il a désengagé les troupes d’Iraq et d’Afghanistan et a un discours moins impérialiste, moins prétentieux, moins belliqueux, moins odieux que son prédécesseur mais quels sont les vrais changements concrets à part qu’il ne mène pas de guerres nouvelles, en tout cas avouées? Les forces de l’ombre agissent toujours. Les services de la sécurité nationale mènent toujours leurs activités criminelles. Il ne peut pas l’ignorer. Je suis convaincu qu’il ne sait pas tout de ce qui est fait, au nom des Etats-Unis, par ces forces de l’ombre. Mais il pourrait, en tant que Président, prendre des décisions qui changent peu à peu les choses. Sauf à considérer que les États-Unis sont ingouvernables contre les intérêts de ceux qui les tiennent. OBAMA n’ignore sans doute pas les vraies raisons de la mort des deux KENNEDY. Il ne doit pas non plus, au fond de lui, croire à la vérité officielle sur l’ignominie du 11 Septembre. Mais que peut-il faire vraiment sans risquer de disparaître ?  Il y a quelque chose qu’il pourrait faire mais cela impliquerait un courage démesuré. C’est de prendre à témoin le peuple américain, lui dire la vérité sur bien des drames de son histoire comme sur la réalité de son régime politique. Mais face à un tel chantier, un homme ne suffira pas, aussi courageux soit-il. Il faudra bien des années d’évolution, bien des prises de conscience au sein du peuple, bien des souffrances, pour que les malfaisants soient expulsés du gouvernement de l’ombre et que leur pouvoir soit réduit à néant. OBAMA est jeune, marié à une sublime femme, il a beaucoup d’avantages à être là où il est. Il a les honneurs. D’une certaine manière, il fait l’Histoire par sa seule position. Et il est père de deux jeunes filles. Ca ne doit pas l’inciter au courage. Car les monstres qui tiennent les États-Unis, on le sait, ne reculent devant absolument aucune abomination pour maintenir leur pouvoir, leur domination. Si Barack OBAMA avait quelque velléité que ce soit de jouer à JFK et de rentrer dans le chou de ces puissances occultes et maléfiques-là, nul doute qu’il serait vite en situation de devoir plier devant elles. Quand on a une femme et deux jeunes enfants, hélas, on n’est pas en situation d’imposer quoi que ce soit à ces gens-là ! On peut être courageux pour soi-même. On ne peut pas l’être pour les autres. On peut accepter les souffrances et la mort pour soi-même, pas pour les autres, pas pour sa femme et surtout pas pour ses filles. C’est en partie un des messages du film « Air Force One » mais c’est aussi la vraie vie.

Finalement, mieux vaudrait peut-être un vieux Président, sans épouse, sans enfants, sans famille, courageux, et qui ne soit plus en situation de subir les « pressions » évoquées ci-dessus pour agir dans un sens particulier.

Au final, je pense – non, je suis convaincu – que  c’est dans le peuple que réside l’avenir des États-Unis. Un homme ou quelques hommes à la tête du pays ne peuvent hélas rien contre les forces occultes si le peuple ne les soutient pas, si le peuple ne comprend pas ce qui se trame, si le peuple croit naïvement ce que si souvent on lui fait avaler.

C’est au peuple américain de se soulever, de faire sa révolution citoyenne, de reprendre le pouvoir. Mais pour cela, il est sans doute illusoire de croire que ces choses se feront sans quelques leaders d’importance qui inspirent le peuple, qui marchent devant sous la mitraille de l’adversaire et sous l’épée de Damoclès de l’assassinat ou de la mort « accidentelle », quelques leaders d’importance qui montrent le chemin à suivre et qui, tels les plus grands chefs d’État de l’Histoire, ont accompagné leurs peuples vers le progrès. Les États-Unis peuvent considérer qu’Abraham LINCOLN, Franklin ROOSEVELT et John KENNEDY ont joué ce rôle, à des degrés divers, dans des circonstances très différentes et même si chacun des ces trois illustres Présidents mérite également de vives critiques pour certaines décisions prises ou pour la carence à prendre certaines décisions.

C’est pour cette raison que, bien que rêvant de voir le peuple américain se lever, renverser son régime au profit d’une République nouvelle, laïque, sociale, démocratique, humaniste, pacifique, où liberté, égalité et fraternité sont de mise, dans les textes comme dans la pratique quotidienne, je pense aussi que nous devons défendre celles et ceux des leaders qui sont les plus à mêmes de jouer ce rôle de « passeur » ou de « réformateur ». Il est difficile, voire impossible, de connaître et encore moins de soutenir et d’agir de concert avec des militants américains qui nous soient proches idéologiquement, politiquement, philosophiquement parlant. Il existe bien un Parti Vert aux États-Unis mais assez éloigné de notre vision politique. Il a existé et existe encore un Parti communiste et un Parti socialiste aux États-Unis mais ce sont des organisations groupusculaires tellement elles ont été et sont encore discréditées voire criminalisées par le système. Alors, je ne vois pas d’autre alternative, pour le moment, lorsque émerge une personnalité si profondément « alternative » par rapport au système américain comme l’est ce  Joseph Patrick KENNEDY II, de le soutenir.

Et, pour élargir mon propos, je dirais que je trouve indispensable, les États-Unis étant ce qu’ils sont, le pouvoir de ce pays étant ce qu’il est, leur présence partout dans le monde, militaire, politique, culturelle, étant ce qu’elle est, que nous cherchions à tisser des liens avec celles et ceux qui sont les plus proches de nous, comme nous le faisons avec nos frères d’armes d’Amérique Latine, d’Europe du Sud et d’ailleurs et d’Afrique du Nord. Cette « internationale » des Fronts de Gauche qui existe même si elle n’en a pas le nom, doit – c’est INDISPENSABLE à mes yeux – s’élargir pour intégrer des forces qui pourraient changer un jour la face des États-Unis, du Canada, d’Israël…dans le sens de l’Humain d’abord. Peut-être est-ce une utopie de ma part. Peut-être que le jour n’est pas venu. Peut-être que c’est trop tôt. Peut-être que ces pays ne sont pas prêts à basculer. Mais sans rêve, sans utopie, je pense que le monde n’avancerait pas vers le progrès. Et à toujours attendre demain ou un jour meilleur ou d’autres circonstances plus propices, on ne fait rien. Or, c’est aujourd’hui qu’il faut le faire. C’est aujourd’hui qu’il faut commencer à construire, mettre la première pierre. D’autres suivront. Souvent, ce n’est que progressivement que les masses se mettent en mouvement. Ce n’est pas toujours une étincelle, une décision de trop, un acte malfaisant de trop, qui fait sortir de sa torpeur un peuple opprimé et le transforme en peuple révolutionnaire. C’est une prise de conscience qui se fait peu à peu, devant des manifestations qui se renouvellent, devant des discours qui font réfléchir, qui contribuent à se désintoxiquer, à s’émanciper des vérités et des évidences jusque là acceptées « naturellement ».

CHAVEZ et les autres chefs d’État et de gouvernement latino-américains qui mènent la révolution citoyenne dans leurs pays montrent la voie aux autres nations. Mais n’oublions pas les États-Unis ! Le monde vivra bien mieux quand les États-Unis seront devenus cette République démocratique, sociale, laïque, pacifique, humaniste que j’évoque dans ce billet. Ca regarde bien sûr, en premier lieu, le peuple américain mais ça regarde aussi le monde entier car ce pays a une influence, positive parfois, néfaste bien plus souvent, très au-delà de ses frontières. C’est au peuple américain de prendre son destin en mains mais nous pouvons l’aider, le soutenir, l’encourager, l’informer… Le peuple américain, ce n’est pas que cette population de décérébrés, va-t-en-guerre, intégristes, arriérés, qu’on nous présente souvent dans les médias lesquels se réjouissent à nous montrer les pires abrutis et nous les présentant comme les Américains moyens. Le peuple américain est très divers, sans doute plus que la plupart des autres peuples. Il y a souvent plus de différence entre certains Américains entre eux qu’entre des Américains et des étrangers. Et plus de la moitié des personnes en âge de voter ne le font jamais. Ce sont ces dizaines de millions d’électeurs que l’on peut classer « à gauche » en ce sens qu’ils sont des États-Unis d’en bas et que, naturellement, ils sont  ceux pour quoi nous devons nous battre. Ils ne votent pas. Beaucoup n’ont jamais voté. Se désintéressent-ils de la vie en société ? Non. Mais à quoi bon voter. L’immense majorité des candidats ne les représentent pas et ceux qui les représentent font des scores négligeables, quelle que soit l’élection en cause. Ce sont les gens du « petit peuple », qui sont niés, méprisés, violentés, asservis, exploités par le système politique, administratif, économique, pénal… Ils méritent d’être entendus, écoutés, représentés, défendus. Qui, mieux que des gens ayant notre vision, peuvent le faire ? Je suis convaincu que des Américains, par milliers, pensent comme nous, encore plus aujourd’hui qu’hier vu que le libéralisme a montré sa nature et ses effets inéluctables, généralisés et de plus en plus destructeurs de la civilisation. Mais ces millions de citoyens « n’existent » pas car il va sans dire que le système ne les montre pas, ne parle pas d’eux, n’évoque jamais leur vie, leurs difficultés, leurs espoirs, voire les décrit comme des « assistés » improductifs, nuisant à « l’esprit américain » et récoltant les « fruits » de leur nocivité sociale, quand ils ne sont pas carrément présentés comme anti-américains quand ils ont eu le malheur de contester le bellicisme criminel et impérialiste ainsi que les régressions des droits et libertés.

Mais « l’esprit américain », ce n’est pas que cela. Dans son discours d’investiture de janvier dernier, comme dans plusieurs de ses discours de campagne, Barack OBAMA a tenté de faire passer dans les consciences un autre message, très différent, bien plus social, bien plus humaniste. Je disais plus haut combien il m’avait déçu. Nous savons tous à quel point il a déçu des centaines de millions de gens de par le monde en plus d’avoir déçu des dizaines de millions d’Américains. Ces derniers lui ont néanmoins offert une seconde chance. Puisse-t-il la saisir ! Sinon, il ne sera pour l’Histoire qu’une promesse qui ne s’est pas confirmée, une illusion. Au minimum, il aura peut-être été un passeur. Son discours fera son œuvre, peu à peu, je veux le croire. Le progrès humain est toujours long à advenir. L’Histoire montre que les avancées ne se font pas rapidement. Parfois même, des retours en arrière qui nous font régresser fortement ralentissent encore davantage la marche du progrès.  Et les consciences sont, elles aussi, longues à éveiller et à faire évoluer, surtout avec le système politique, médiatique, culturel et d’enseignement américain. Mais les temps changent. Je veux, après tout ce que j’ai écrit ce soir, finir sur une touche d’optimisme. La « sagesse », « l’humanisme social » du discours d’OBAMA aura sans doute plus d’effet sur le progrès que connaîtra dans l’avenir le peuple américain que les réformes non réalisées, non tentées, non osées ou avortées de ce Président.

Discours contre la violence du sénateur Robert Francis Kennedy le 5 avril 1968, lendemain de l’assassinat de Martin Luther-King

Voici une version traduite en français :

« Aujourd’hui est un temps de honte et de chagrin. Ce n’est pas un jour pour la politique. Je saisis cette opportunité, mon seul événement aujourd’hui, afin de vous parler de la menace irrréfléchie de la violence en Amérique qui a nouveau entaché notre pays et à nouveau chacune de nos vies.

Ce n’est pas une question de race. Les victimes de la violence sont noires et blanches, riches et pauvres, jeunes et vieux, célèbres et inconnues. Elles sont, avant tout, des êtres humains que d’autres êtres humains aiment et dont ils ont besoin. Personne – peu importe où il vit ou ce qu’il fait – ne peut savoir avec assurance qui souffrira de ces carnages irréfléchis. Et pourtant cela ne cesse pas dans ce pays qui est le nôtre.

Pourquoi ? La violence, qu’a-t-elle accompli ? Qu’a-t-elle créé ? Aucune cause de martyre n’a jamais été immobilisée par la balle d’un assassin.  Aucun méfait n’a jamais été réglé par une émeute et le désordre civil. Un sniper n’est qu’un lâche, pas un héros ; et une foule non-contrôlée et incontrôlable n’est que la voix de la folie, pas celle de la  raison.

A chaque fois que la vie d’un Américain est prise par un autre Américain sans nécessité – que cela soit accompli au nom de la loi ou en défiant la loi, par un homme ou par un gang, de sang froid ou sous le coup de la passion, dans une violente attaque ou en réponse à la violence – à chaque fois que nous déchirons ce tissu qu’est la vie qu’un autre homme a difficilement, et du mieux qu’il peut, cousu pour lui et ses enfants, c’est la nation toute entière qui est abimée.

« Entre hommes libres », a dit Abraham Lincoln, « il ne peut y avoir aucun appel heureux du vote à la balle qui tue ; et ceux qui répondent à un tel appel sont sûrs de perdre leur cause et d’en payer le prix. »

Mais apparemment nous tolérons un niveau ascendant de violence qui ignore notre humanité commune et nos prétentions à une civilisation uniforme. Nous acceptons avec calme les reportages des journaux sur des massacres de civils dans des pays lointains. Nous glorifions les meurtres sur les écrans de cinéma et de télévision et nous appelons ça du divertissement. Nous facilitons l’acquisition d’armes et de munitions par des hommes, quelle que soit leur santé mentale.

Trop souvent nous honorons les parades et les éclats et les exercices de force ; trop souvent nous excusons ceux qui ont la volonté de construire leurs propres vies sur les rêves anéantis des autres. Certains Américains prêchent la non-violence à l’étranger, mais oublient de la pratiquer ici, chez eux.

Certains accusent les autres de déclencher des émeutes, mais ce sont eux qui les ont incitées par leur propre conduite. Certains cherchent des boucs-émissaires, d’autres cherchent des conspirateurs, mais tout ceci est clair : la violence engendre la violence, la répression amène les représailles, et seule  la purification de toute notre société peut ôter cette maladie de notre âme.

Parce qu’il y a un autre genre de violence, plus lente mais tout aussi destructrice qu’un coup de feu ou qu’une bombe dans la nuit. C’est la violence des  institutions ; l’indifférence, la passivité, le déclin. C’est la violence qui est infligée aux pauvres, qui empoisonne les relations entre les hommes parce que leur peau a une couleur différente. C’est la lente destruction d’un enfant par la faim, ce sont des écoles sans livres et des maisons sans  chaleur en hiver.

C’est briser l’esprit d’un homme en lui niant la chance d’être un père et un homme  parmi d’autres hommes. Et ceci aussi nous touche tous.

Je ne suis pas là pour proposer un ensemble de remèdes spécifiques et il n’y a pas de programme clés en mains. Comme plan adéquat, nous savons ce qui doit être fait.

Lorsque vous enseignez à un homme à haïr son prochain et à avoir peur de lui, lorsque vous lui apprenez qu’il est un sous-homme à cause de sa couleur de peau ou de ses croyances ou de la politique qu’il défend, lorsque vous lui apprenez que ceux qui sont différents de vous menacent votre liberté ou votre travail ou votre maison ou votre famille, alors vous lui enseignez aussi à considérer les autres non comme des concitoyens mais comme des ennemis, avec lesquels il ne s’agit pas de coopérer mais de les dominer afin  qu’ils soient vassalisés et entièrement sous contrôle. Nous apprenons, finalement, à regarder nos frères comme des étrangers, des hommes avec lesquels nous partageons une ville, mais pas une communauté ; des hommes liés à nous par une résidence commune, mais pas par une volonté commune. Nous apprenons uniquement à partager une peur commune, un commun désir de se replier loin l’un de l’autre, uniquement une pulsion commune de faire face aux désaccords en employant la force.

Pour tout ça, il n’y a pas de réponses finales. Mais nous savons ce que nous devons faire. Il faut parvenir à une vraie justice entre nos concitoyens. La question n’est pas quels programmes nous devons chercher à appliquer. La question est pouvons-nous trouver en nous-mêmes, en notre propre coeur, cet engagement humaniste qui reconnaîtra les terribles vérités de notre existence ?

Nous devons admettre la vanité de nos fausses distinctions entre les hommes et apprendre à avancer nous-mêmes dans la quête de l’avancement des autres. Nous devons admettre dans notre fort intérieur que le futur de nos propres enfants ne peut être bâti sur le malheur des autres. Nous devons reconnaître que cette courte  vie ne peut être ni anoblie ni enrichie par la haine ou par la vengeance.

Nos vies sur cette terre sont trop courtes et le travail à accomplir est trop grand pour laisser cet esprit encore se propager sur notre terre. Bien sûr nous ne pouvons pas le vaincre avec un programme, ni avec une résolution. Mais nous pouvons peut-être nous souvenir, même si ce n’est que pour un instant, que ceux qui vivent avec nous sont nos frères, qu’ils partagent avec nous ces mêmes courts instants de vie ; qu’ils ne cherchent, tout comme nous, rien d’autre que l’opportunité de vivre leurs vies avec résolution et bonheur, en obtenant ce qu’ils peuvent de satisfaction et d’accomplissement.

Assurément, ce lien résultant de notre foi commune, ce lien résultant de notre but commun, peut commencer à nous apprendre quelque chose. Assurément, nous pouvons apprendre, au moins, à regarder ceux qui nous entourent comme des compagnons humains, et assurément nous pouvons commencer à travailler un peu plus dur à panser les plaies parmi nous et à  redevenir dans nos propres cœurs des frères et des concitoyens. »

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Lien vers une version audio de ce discours: http://www.youtube.com/watch?v=OJ8rxSYMi-c

On the Mindless Menace of Violence

Remarks by Senator Robert Francis KENNEDY

City Club of Cleveland, Cleveland, Ohio
April 5, 1968

This is a time of shame and sorrow. It is not a day for politics. I have saved this one opportunity, my only event of today, to speak briefly to you about the mindless menace of violence in America which again stains our land and every one of our lives.

It is not the concern of any one race. The victims of the violence are black and white, rich and poor, young and old, famous and unknown. They are, most important of all, human beings whom other human beings loved and needed. No one – no matter where he lives or what he does – can be certain who next will suffer from some senseless act of bloodshed. And yet it goes on and on and on in this country of ours.

Why? What has violence ever accomplished? What has it ever created? No martyr’s cause has ever been stilled by an assassin’s bullet.

No wrongs have ever been righted by riots and civil disorders. A sniper is only a coward, not a hero; and an uncontrolled, or uncontrollable mob is only the voice of madness, not the voice of the people.

Whenever any American’s life is taken by another American unnecessarily – whether it is done in the name of the law or in the defiance of the law, by one man or by a gang, in cold blood or in passion, in an attack of violence or in response to violence – whenever we tear at the fabric of our lives which another man has painfully and clumsily woven for himself and his children, when we do this, then the whole nation is degraded.

« Among free men, » said Abraham Lincoln, « there can be no successful appeal from the ballot to the bullet; and those who take such appeal are sure to lose their case and pay the costs. »

Yet we seemingly tolerate a rising level of violence that ignores our common humanity and our claims to civilization alike. We calmly accept newspaper reports of civilian slaughter in far-off lands. We glorify killing on movie and television screens and we call it entertainment. We make it easy for men of all shades of sanity to acquire whatever weapons and ammunition that they desire.

Too often we honor swagger and bluster and the wielders of force; too often we excuse those who are willing to build their own lives on the shattered dreams of other human beeings. Some Americans who preach non-violence abroad fail to practice it here at home. Some who accuse others of rioting and inciting riots have by their own conduct invited them.

Some look for scapegoats, others look for conspiracies, but this much is clear : violence breeds violence, repression brings retaliation, and only a cleansing of our whole society can remove this sickness from our souls.

For there is another kind of violence, slower but just as deadly destructive as the shot or the bomb in the night. This is the violence of institutions ; indifference, inaction and decay. This is the violence that afflicts the poor, that poisons relations between men because their skin has different colors. This is the slow destruction of a child by hunger, and schools without books and homes without heat in the winter.

This is the breaking of a man’s spirit by denying him the chance to stand as a father and as a man amongst other men. And this too afflicts us all.

I have not come here to propose a set of specific remedies nor is there a single set. For a broad and adequate outline we know what must be done. When you teach a man to hate and fear his brother, when you teach that he is a lesser man because of his color or his beliefs or the policies that he pursues, when you teach that those who differ from you threaten your freedom or your job or your home or your family, then you also learn to confront others not as fellow citizens but as enemies, to be met not with cooperation but with conquest ; to be subjugated and to be mastered.

We learn, at the last, to look at our brothers as aliens, alien men with whom we share a city, but not a community ; men bound to us in common dwelling, but not in a common effort. We learn to share only a common fear, only a common desire to retreat from each other, only a common impulse to meet disagreement with force. For all this, there are no final answers for those of us who are American citizens.

Yet we know what we must do. And that is to achieve true justice among all of our fellow citizens. The question is not what programs we should seek to enact. The question is whether we can find in our own midst and in our own hearts that leadership of humane purpose that will recognize the terrible truths of our existence.

We must admit the vanity of our false distinctions among men and learn to find our own advancement in the search for the advancement of all. We must admit to ourselves that our own children’s future cannot be built on the misfortunes of another. We must recognize that this short life can neither be ennobled or enriched by hatred or by revenge.

Our lives on this planet are too short, the work to be done is too great to let this spirit flourish any longer in this land of ours. Of course we cannot vanish it with a program, nor with a resolution.

But we can perhaps remember, if only for a time, that those who live with us are our brothers, that they share with us the same short moment of life ; that they seek, as do we, nothing but the chance to live out their lives in purpose and in happiness, winning what satisfaction and fulfillment that they can.

Surely, this bond of common faith, surely this bond of common goals, can begin to teach us something. Surely, we can learn, at the least, to look around at those of us as fellow men, and surely we can begin to work a little harder to bind up the wounds among us and to become in our own hearts brothers and countrymen once again.

Tennyson wroted Ulysses that which we are we are. One equal temper of heroic hearts made weak by time and fate but strong and will to strive, to seek, to find and not to yield.

Thank you very much.