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Oui, la France insoumise est prête pour la sortie de l’Union Européenne et de l’euro ! – Par le collectif « Citoyens pour un peuple souverain » – Copyright Marianne le 30/03/2017

Le collectif Citoyens pour un Peuple souverain (dont je fais partie) est un soutien de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Son site web est à retrouver ici. Sa page Facebook est ici.

Cette tribune (accessible ici sur Marianne) est une réponse à celle rédigée par Coralie DELAUME et Aurélien BERNIER publiée dans Marianne le 23/03/2017.

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Réponse en toute amitié à Aurélien Bernier et Coralie Delaume publiée dans Marianne.

Notre stratégie : être prêts à tous les cas de figure

Dans leur article sur le site de Marianne, Aurélien Bernier et Coralie Delaume demandent à la France insoumise de rompre avec le mythe réformiste de « l’Europe sociale » et s’inquiètent d’une réorientation de notre discours sur les traités européens. Notre collectif Citoyens pour un Peuple Souverain s’étant précisément constitué afin de contribuer, au sein de la France insoumise, au Plan de sortie de l’UE, nous estimons être les mieux placés pour pouvoir répondre à leurs inquiétudes.

Le point essentiel à nos yeux est le suivant : le Plan de sortie de l’Union Européenne et de l’euro est prêt à l’emploi. Qu’importe donc s’il n’est encore pour certains camarades qu’une hypothèse de travail, puisque nous estimons que la réalité le rendra inéluctable.

Ce Plan, dont les détails sont rendus publics sur le site des universités populaires de la France insoumise, se décline en trois grands axes : le rétablissement de barrières douanières aux frontières du pays, le retour au Franc et un moratoire sur la dette. Comme tant d’autres insoumis, nous le popularisons dans des conférences citoyennes dans tout le pays. La philosophie est très simple : si les autres gouvernements refusent de nous suivre, nous mènerons à l’échelle de notre pays une politique écologique et sociale en attendant que d’autres pays veulent nous rejoindre. Et comme nous sommes internationalistes, nous tendrons la main à tous les pays du Monde – sans d’ailleurs privilégier l’échelon européen et notamment nous proposerons une alliance d’égal à égal aux pays africains francophones à qui nous rendrons leur souveraineté monétaire en abolissant le franc CFA.

Le déroulé du Plan de Sortie

Notre Plan de sortie pourra se déclencher à deux étapes : soit immédiatement après notre élection au cas où les pays de l’Eurogroupe refuseraient toute discussion, soit à l’issue d’éventuelles négociations dont les résultats seront dans tous les cas soumis à référendum, avec une sortie de l’UE en cas de vote contre. Immédiatement, nous réquisitionnerons la Banque de France pour imprimer des Francs, tout en continuant à utiliser durant la période de transition l’ancienne monnaie européenne au taux de 1 franc = 1 euro sur le territoire nationale. La dévaluation du Franc et la réévaluation de l’euromark qui s’ensuivront redonneront de la compétitivité à nos entreprises, même si il est à noter que nous ne faisons pas de cet « avantage concurrentiel » un des objectifs de notre politique car nous ne sommes pas dans une logique de compétition entre capitalismes nationaux. Notre programme prévoit en effet de transformer intégralement notre modèle économique en relocalisant notre économie et en instaurant une réindustrialisation écologique (éoliennes, photovoltaïque, économie de la mer…) grâce à un plan d’investissement massif et à l’instauration de barrières douanières ciblées.

Ainsi, les premières cibles de notre protectionnisme écologique et social seront les entreprises qui délocalisent, comme par exemple Whirlpool pour laquelle notre candidat aux législatives François Ruffin se bat. Notre objectif n’est donc pas de favoriser le capitalisme français mais l’intérêt des travailleurs qui sont sous notre juridiction (et nos alliés éventuels). L’effet multiplicateur de notre programme de relance de 100 milliards d’euros (devenus des Francs) sera alors renforcé, puisque les consommateurs achèteront en priorité des produits fabriqués en France ou dans les pays qui auront choisi de s’allier avec nous.

Certaines mesures protectionnistes sont d’ailleurs prévues dans notre programme dans tous les cas de figure, puisque par exemple à notre arrivée au pouvoir « nous augmenterons immédiatement les droits de douane pour les pays aux droits sociaux limités(travail des enfants, absence de droits syndicaux, etc). Nous prendrons des mesures de rétorsion commerciales contre les paradis fiscaux ». Il s’agit là de mesures profondément internationalistes, puisqu’elles favorisent la constitution d’Etats sociaux dans toutes les parties du Monde (sans d’ailleurs privilégier l’échelon européen).

Nos différences avec les projets concurrents de sortie de l’UE (comme celui du FN par exemple) portent donc en premier lieu sur les objectifs, mais pas seulement. Nous assumons également que tout projet de « Frexit par la gauche » implique une confrontation avec le capitalisme mondialisé, et ses valets français, et donc un rapport de force exigeant le soutien de la population. Cette confrontation nécessite de se libérer des marchés financiers, notamment via un contrôle des changes et des capitaux afin de se protéger des attaques spéculatives, ainsi que de nous financer auprès de la Banque de France renationalisée. Nous avons également prévu un moratoire de la dette publique, à partir d’un audit citoyen, afin de déterminer quelles en sont les parties illégitimes sur lesquelles nous pourrions faire défaut. Peu nous importe alors si jamais les marchés nous réclament des taux d’intérêts plus élevés, puisque nous sommes déterminés à aller jusqu’au bout de la confrontation et à rompre avec la mondialisation néolibérale et son système financier que nous jugeons illégitime. Cette position nous distingue clairement de celle de Marine Le Pen qui estime notamment que rembourser la dette serait « un devoir éthique pour un Etat de droit», et se retrouve ainsi menacée de mise en faillite de la France si jamais elle arrivait au pouvoir.

Notre Plan de sortie, dont nous n’avons donné ici qu’un bref aperçu, est ainsi pensé pour s’appliquer dans tous les cas de figure, et parer à toute éventualité.

Mais alors, d’où vient l’impression de malaise ?

Certes, certains économistes de la France insoumise cités par Aurélien Bernier et Coralie Deleaume croient réellement que notre Plan de sortie n’aura pas besoin d’être utilisé, ni d’ailleurs que les marchés nous attaqueront. Il ne s’agit pas pour eux d’un double discours tactique, mais d’une conviction profonde sur la possibilité de réformer l’Europe, qui paraît à notre collectif absolument illusoire. Mais qu’importent ces illusions, puisque de toute façon le Plan est prêt à l’emploi et que la réalité le rendra inéluctable!

Pour faire une métaphore éclairante, supposons un individu s’apprêtant à sauter dans le vide en se munissant d’un parachute. Imaginons également qu’une voix divine ait assuré à notre individu qu’au moment où il sautera dans les airs, il se mettra miraculeusement à flotter et qu’il n’aura donc pas besoin d’activer son parachute. Vous aurez beau tenter d’argumenter avec lui, sa conviction intime restera inébranlable tant qu’il n’aura pas fait sa propre expérience du saut dans les airs. La divergence relève ici de la croyance personnelle et, étant profondément laïques, nous ne nous lui demanderons pas de changer son intime conviction… Du moment qu’il adopte un comportement rationnel en prenant son parachute « au cas où » ! Cette garantie nous suffit. Et a fortiori, puisque le programme de la France insoumise prévoit un référendum sur le résultat d’éventuelles négociations qui permettra au peuple français de trancher si nécessaire. Que demander de plus ?

Pour mesurer le chemin parcouru depuis la campagne du Front de Gauche en 2012, il faut revenir au diagnostic parfaitement posé par Aurélien Bernier dans son livre La gauche radicale et ses tabous. Pendant des décennies, depuis le tournant de la rigueur de François Mitterrand au nom de la construction européenne, le mythe réformiste de « l’Europe sociale » a littéralement ensorcelé les consciences de gauche, du PS à LO, en passant par les Verts, le PCF et le NPA. Le tournant européiste de la gauche a de plus été accentué par le choix malheureux de Jean-Pierre Chevènement, héraut du souverainisme de gauche, de tendre la main aux « républicains de droite » y compris libéraux. Ainsi s’était longtemps installée à gauche l’idée que la défense de la souveraineté nationale conduirait inéluctablement à l’abandon des idéaux de gauche. Pourtant, le flambeau de la sortie de l’UE et de l’euro « par la gauche » a été brillamment repris au sein du Front de Gauche, et notamment par la plate-forme alternative Clarté et Courage Politique qui reçut en mars 2015 le soutien de plus de 45% des membres du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon. Quelques mois plus tard, la crise grecque devait confirmer cette analyse et la rendre de plus en plus évidente auprès des militants de la gauche radicale.

Ainsi, une nouvelle génération militante a émergé et a compris qu’au fond, peu importait si certains camarades refusaient de croire à l’inéluctabilité de la sortie, du moment qu’ils étaient prêts à préparer ce scénario et à laisser la réalité trancher. Nous avons également obtenu dans le cadre des contributions programmatiques de la France insoumise une avancée qui avait été refusée en Juillet 2015 par la direction du PG, à savoir que le résultat d’éventuelles négociations dans le cadre du Plan A soit soumis à référendum. Par conséquent le peuple français aura la possibilité de refuser les aménagements éventuellement obtenus, et ainsi d’enclencher automatiquement notre Plan de sortie. Que de chemin parcouru depuis 2012 !

Voilà pourquoi tout en rejetant tout comme Aurélien Bernier et Coralie Delaume le mythe réformiste de « l’Europe sociale », nous estimons qu’à un mois du premier tour l’urgence est de continuer à préparer tous les scénarios possibles dans le cadre de la France Insoumise, y compris avec ceux qui ne sont pas persuadés de l’inéluctabilité du scénario de sortie. Coralie et Aurélien, rejoignez-nous, vous serez accueillis à bras ouverts!

 

Voter le 23 avril, pour quoi faire ? Par Bruno GUIGUE le 11/03/2017 + commentaire de Pierrick TILLET

Source : ici, dans la section « Articles » de la page Facebook de Bruno Guigue

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Voter le 23 avril, pour quoi faire ?
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Si les élections servaient vraiment à quelque chose, disait Coluche, il y a longtemps qu’on les aurait interdites. Avant d’aborder les enjeux du futur scrutin, il faut sans doute en passer par cette cure de réalisme. Car, on le sait d’expérience, il n’y a pas grand-chose à espérer des élections, elles ont rarement changé le cours des événements, et elles se résument souvent à un rituel où le peuple s’imagine qu’il a le choix. Cette illusion de la démocratie formelle est entretenue par ceux qui en tirent bénéfice, le simulacre électoral ayant pour principal effet de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.
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À la limite, le processus électoral pourrait passer pour un acte de souveraineté si les dés du jeu politique n’étaient pas pipés. Il exprimerait la volonté du peuple si cette volonté pouvait se formuler, librement, au terme d’une délibération collective digne de ce nom. On peut toujours rêver qu’il en soit ainsi, mais ce n’est pas le cas. Les médias de masse sont les larbins du capital, le débat démocratique s’apparente aux jeux du cirque et la confrontation des idées est dénaturée par les intrigues politiciennes. Dans ces conditions, la question se pose : faut-il céder, une fois de plus, le 23 avril, au fétichisme du bulletin de vote ?
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On dira aussi, à juste titre, que c’est le mouvement populaire, et non le scrutin électoral, qui a arraché les principales avancées collectives qui ont fait de la France un pays doté d’un indice de développement humain élevé. C’est vrai. Sans les grèves massives et les occupations d’usines de 1936 et 1968, la condition des couches populaires serait pire. Sans la démonstration de force de la classe ouvrière organisée, dans ce grand moment fondateur que fut la Libération, nous n’aurions ni sécurité sociale, ni services publics, ni droits des travailleurs.
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Or sa puissante volonté de changement, dans ces circonstances historiques, le peuple l’a également manifestée dans les urnes. Avec un PCF à 28%, en 1945, le rapport de forces était favorable. Le patronat collabo rasait les murs, la droite était aux abois, Maurice Thorez était vice-président du conseil et l’ouvrier Ambroise Croizat, ministre communiste, créa la “Sécu”. Présidé par de Gaulle, ce fut le meilleur gouvernement que la France ait connu. Il accomplit les réformes de structure dont le pays avait besoin, ces mêmes réformes qui subissent les assauts des forces réactionnaires depuis un quart de siècle.
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En accompagnant le mouvement des masses, il arrive donc que le vote lui donne une traduction politique. On peut toujours vanter les charmes du spontanéisme (il a sa noblesse), on peut dénoncer la mascarade électorale, mais s’abstenir au moment crucial revient à laisser l’adversaire dicter ses conditions. Voter ou ne pas voter, au fond, c’est surtout une affaire de circonstances, de conjoncture politique. La question n’est donc pas : faut-il s’abstenir aux élections ? Elle est plutôt : en s’abstenant le 23 avril, obtiendra-t-on un résultat plus intéressant qu’en allant voter ?
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Comme disait Yvon Gattaz, père et prédécesseur de l’actuel président du MEDEF dans les années 70, on ne fait pas la même politique économique et sociale avec un PC à 10% et un PC à 25%. Si nous en doutons parfois, les détenteurs de capitaux, eux, le savent bien. Une élection n’est jamais qu’un moment d’un processus plus vaste, et même si l’essentiel se joue ailleurs, elle contribue à cristalliser un rapport de forces. En appliquant cette maxime patronale à la situation actuelle, on voit bien qu’un vote significatif en faveur de la « France insoumise » ferait peser la balance du bon côté. Car le programme de Jean-Luc Mélenchon, certes, n’a rien de révolutionnaire, sans mouvement social il est voué à l’échec, mais il ouvre des perspectives intéressantes.
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À y regarder de près, c’est le seul programme qui entend consolider les défenses immunitaires de ceux qui vivent modestement de leur travail, qu’ils soient ouvriers, employés, artisans, paysans, fonctionnaires, chômeurs ou retraités. Ce n’est pas un programme communiste, loin de là, mais un projet keynésien de gauche, à contenu fortement redistributif, qui associe relance par la demande, investissement public et rétablissement des droits sociaux. Son financement au moyen d’une réforme fiscale audacieuse, à rebours des pratiques libérales, en fait un programme socialement progressiste.
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Là où le bât blesse, c’est que ce projet n’est réalisable qu’en dehors de la zone euro, voire de l’UE, et que le candidat ne le dit pas clairement. Selon lui, le plan A consistera à renégocier le contenu des traités européens et on appliquera le plan B (sortie de l’UE) si cette négociation échoue. Or il faudrait parvenir à s’extraire du monde réel pour parier sur le succès d’une telle négociation. Elle supposerait en effet que 26 Etats, subitement, se mettent à satisfaire les demandes françaises. Cette fausse alternative est donc une erreur, car elle brouille le message du candidat et entretient le doute sur ses intentions.
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Cette ambiguïté est d’autant plus regrettable que Jean-Luc Mélenchon se réclame à juste titre d’un « indépendantisme français » et préconise la rupture de la France avec l’OTAN. Contrairement à MM. Fillon, Macron et Hamon, il prend au sérieux l’héritage gaullien, il milite pour une diplomatie souveraine et stigmatise le suivisme d’un François Hollande qui a mis la France à la remorque des intérêts américains. En refusant de prôner explicitement le Frexit, la « France insoumise », par conséquent, manque de cohérence politique.
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Sur ce plan, c’est François Asselineau qui a raison. On ne peut restaurer la souveraineté nationale – condition expresse de la souveraineté populaire – qu’en rompant les amarres avec l’OTAN et avec l’UE. Il faut sortir de l’OTAN, cette machine de guerre dont la raison d’être est de servir les ambitions impérialistes de Washington. Mais il faut aussi rompre avec l’UE, car la fonction de cette instance supranationale est de soustraire la politique économique à la délibération démocratique. Ni plan A, ni plan B. La seule réponse, c’est le Frexit. Et le seul moyen d’y parvenir, c’est le référendum.
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Marine Le Pen, dira-t-on, veut aussi restaurer la souveraineté nationale. Mais son programme renoue avec l’ADN droitier du FN dès qu’il s’agit d’expliquer ce qu’on entend faire, une fois au pouvoir, de cette souveraineté rétablie. Son programme n’inclut ni redistribution des revenus, ni nationalisation des banques, ni contrôle des mouvements de capitaux, ni rien qui fâche de près ou de loin les possédants. Le rétablissement du franc ne manque pas de panache, mais ce changement restera purement cosmétique s’il ne s’accompagne de réformes de structure. Mme Le Pen n’en a prévu aucune. Pas plus qu’il ne conteste les hiérarchies sociales, le FN n’entend faire plier les puissances d’argent.
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Comme l’expérience l’a montré, le FN prétend défendre les travailleurs, mais il les abandonne en chemin lorsque l’oligarchie s’attaque à leurs droits. Lors des grèves contre la Loi-Travail, Mme Le Pen réclamait l’intervention de la police contre les grévistes. Si elle est élue, le discours à tonalité sociale de Florian Philippot ne résistera pas deux mois. Il est stupide de qualifier ce projet de fasciste. En fait, c’est un projet banalement réactionnaire. On ne peut mener une politique progressiste qu’en sortant de l’UE, c’est vrai. Mais ce n’est pas parce qu’on veut sortir de l’UE qu’on va mener une politique progressiste !
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Son discours monomaniaque contre l’immigration, bien sûr, offre au FN une rente de situation électorale. Comme s’il suffisait de mettre fin aux flux migratoires pour créer des emplois, le FN répète cette formule magique comme un mantra. Caresser dans le sens du poil l’islamophobie ou la xénophobie ambiante, toutefois, ne fait pas une politique. On se demande si ses électeurs croient vraiment aux fabuleuses économies que permettrait de réaliser la suppression de la prétendue facture migratoire, tant la ficelle est grosse. Pour séduire l’électorat populaire, en tout cas, le parti a besoin d’entretenir cette mythologie vieille comme le monde.
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Du coup, non seulement il oppose les Français entre eux, mais il les berne en leur faisant croire qu’il y a un trésor de guerre, quelque part, dont il suffirait de se saisir. La stratégie du bouc-émissaire, chez Le Pen, est à double emploi. Elle fournit un dérivatif aux hantises et aux frustrations des victimes de la mondialisation. Mais, en même temps, elle masque les incohérences d’un projet qui entend redistribuer aux ouvriers sans toucher aux intérêts des possédants. La mono-causalité immigrée réconcilie tout le monde ! Véritable martingale, elle permettra d’augmenter les salaires tout en baissant les charges, et de financer de nouvelles dépenses régaliennes sans augmenter les impôts sur les riches.
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Cette quadrature du cercle lepéniste, au fond, est la figure inversée du cercle carré des eurobéats (Macron, Fillon, Hamon) qui veulent perpétuer à tout prix la tutelle des marchés sur les États. Mme Le Pen veut la souveraineté sans la redistribution tout en prétendant le contraire, ce qui est à la fois incohérent et réactionnaire. M. Fillon, lui, ne veut ni la souveraineté ni la redistribution, ce qui est à la fois cohérent et réactionnaire. M. Hamon veut la redistribution mais pas la souveraineté, ce qui est absurde. M. Macron veut tout et son contraire, et d’ailleurs il se moque des programmes. M. Mélenchon veut la redistribution, mais il devra imposer la souveraineté (plan B) pour y parvenir. Car une chose est sûre : les marchés ne lui offriront pas l’opportunité de temporiser.*
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Ce billet a inspiré mon camarade Pierrick Tillet qui l’a relayé lui aussi sur son blog en y ajoutant l’avant-propos suivant : 

Je reprends volontairement ici le titre du billet de Bruno Guigue publié sur Facebook et vais ici préciser mes propres positions sur la question cruciale du vote en synthétisant nombre d’idées égrenée au fil de mes propres chroniques.

Je partage totalement avec Bruno Guigue le constat qu’aucune révolution politique, aucun progrès social n’est jamais sorti tout seul des urnes. Il leur faut le coup de pouce d’une forte pression populaire due à des événements souvent indépendants du cirque électoral.

Trois exemples :

  • le Front populaire de 1936 n’a lancé ses grandes mesures sociales que sous la pression des manifestations ouvrières qui suivirent son élection ;
  • l’étonnante alliance gouvernementale des communistes et des gaullistes en 1945 ne put imposer ses réformes comme la Sécu que parce que ceux-là sortaient vainqueurs de la Seconde guerre mondiale ;
  • enfin, les émeutiers de Mai 68 pesèrent sur nombre d’avancées sociales sans n’avoir jamais été consacrés par voie électorale (NB : on peut aussi en dire autant de l’influence ds zadistes de NDDL et de Sivens qui tiennent le pouvoir politique en.échec depuis tant de mois).

Dans ces cas-là, pourquoi sacrifier au rituel du vote, surtout quand celui-ci est aussi ouvertement manipulé par les tenants du pouvoir ? Eh bien, je dirais pour les mêmes raisons qu’avançait le philosophe Pascal pour expliquer sa foi religieuse : parce qu’on a rien à y perdre, et qu’on peut même parfois y gagner. Bruno Guigue :

« La question n’est donc pas : faut-il s’abstenir aux élections ? Elle est plutôt : en s’abstenant le 23 avril, obtiendra-t-on un résultat plus intéressant qu’en allant voter ? » (Bruno Guigue).

« Des perspectives intéressantes »

Le 23 avril prochain, je voterai pour le candidat de la France insoumise pour deux raisons :

  • son programme correspond peu ou prou à ma propre vision politique, même si je demeure dubitatif sur quelques points décisifs (placer la sortie de l’UE et de l’euro en point B de son plan est ouvrir un défaut majeur dans sa cuirasse que ne manqueront pas d’exploiter les prédateurs de Bruxelles et de Francfort) ;
  •  il me paraît être le seul candidat acceptable pour précipiter la dislocation de la Ve République, étant entendu que je ne saurais quand même pas voter pour les hystériques régressifs d’extrême-droite et que cette dislocation est déjà bien avancée : une droite fossilisée en miette, un PS éclaté entre le camp du fade Hamon et celui, purement marketing, du télévangéliste Macron, un PCF définitivement dissous.

J’ai parfaitement conscience que l’élection d’un Jean-Luc Mélenchon ne suffirait pas à elle seule à régler les problèmes du pays. Je ne suis même pas sûr qu’un mouvement populaire serait prêt aujourd’hui à lui donner le coup de pouce nécessaire pour l’aider à y parvenir. Je ne sais même pas si Jean-Luc Mélenchon est en mesure de créer la surprise au premier tour de cette présidentielle.

Mais qui ne risque rien n’a rien. Si je m’interdis toujours  tout “vote utile” dans le seul but stupide et négatif d’éviter le pire en choisissant un autre pire, je partage tout à fait l’avis de Bruno Guigue pour dire que le vote Mélenchon est le seul à même, le 23 avril, d’ouvrir « des perspectives intéressantes ».

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Sortir de l’UE par l’article 50 du Traité sur l’Union européenne est-elle la bonne stratégie ?

Je vais vous dire à quoi me fait penser la sortie de l’UE par l’article 50 que prônent certains, notamment à l’UPR mais d’abord je reproduis ci-dessous le contenu de ce fameux article…
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Article 50
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1. Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union.
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2. L’État membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. À la lumière des orientations du Conseil européen, l’Union négocie et conclut avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l’Union. Cet accord est négocié conformément à l’article 218, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il est conclu au nom de l’Union par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.
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3. Les traités cessent d’être applicables à l’État concerné à partir de la date d’entrée en vigueur de l’accord de retrait ou, à défaut, deux ans après la notification visée au paragraphe 2, sauf si le Conseil européen, en accord avec l’État membre concerné, décide à l’unanimité de proroger ce délai.
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4. Aux fins des paragraphes 2 et 3, le membre du Conseil européen et du Conseil représentant l’État membre qui se retire ne participe ni aux délibérations ni aux décisions du Conseil européen et du Conseil qui le concernent. La majorité qualifiée se définit conformément à l’article 238, paragraphe 3, point b), du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.
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5. Si l’État qui s’est retiré de l’Union demande à adhérer à nouveau, sa demande est soumise à la procédure visée à l’article 49.
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Outre que j’estime, pour une question de principe, que l’on n’a pas à négocier quoi que ce soit avec des tyrans, je suis convaincu que cette modalité de sortie est une folie en ce sens qu’elle ne peut que nous conduire à subir – deux ans durant – des coups extrêmement violents de la part de nos bourreaux, puisque ledit article 50 prévoit que l’État qui souhaite se retirer de l’UE doit négocier les modalités de sa sortie avec les institutions de l’UE et qu’il faut une approbation de l’accord par le Conseil et par le Parlement.
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Que se passe-t-il si l’accord n’est pas possible ?
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Le traité ne dit rien ! Et pour cause !
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Donc choisir de sortir « conventionnellement » – c’est-à-dire en respectant les procédures « constitutionnelles » de l’UE prévues par le traité – serait comme si une équipe de prisonniers, qui auraient, des mois durant, creusé secrètement un tunnel depuis leur cellule en vue de s’évader, auraient choisi de ressortir non pas à l’extérieur du camp dans lequel ils étaient tenus prisonniers mais seulement à l’extérieur du baraquement de cantonnement, en restant en plein cœur de la cour et qui, après être sortis du trou et avoir hurlé « Nous avons décidé de nous évader », viendraient négocier avec les matons et les kapos du camp, les conditions et modalités concrètes de l’accès à l’extérieur du camp.
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Faut-il vous expliquer ce que les « prisonniers en voie future d’évasion » subiraient de la part de leurs geôliers ?
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Pendant la période de deux ans prévue par les traités pour cette « négociation », que croyez-vous qu’il se passerait ?
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Réfléchissez-y ami-e-s et camarades partisans de la sortie…
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Quand on se libère, on ne respecte pas les règles posées par ceux qui vous ont emprisonné.
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Quand on se libère, on brise ses chaines, on ne demande pas la clé à nos matons.
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Quand on se libère, on est prêt à mettre hors d’état de nous nuire ceux qui nous ont privés de notre liberté, on ne discute pas avec eux des modalités de notre évasion et des conditions du retour à notre pleine liberté.
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Quand on se libère, il n’y a pas de période probatoire, pas de période d’essai ni de période intermédiaire.
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Dans la DÉCLARATION D’INDÉPENDANCE DES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE, il n’est pas écrit que le peuple américain allait négocier durant des mois avec la Couronne britannique les conditions et modalités de la liberté qu’il prenait et de la souveraineté pleine et entière qu’il se reconnaissait désormais sur leur territoire et sur le peuple qui l’habitait.
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Dans ce texte, voici ce qui était notamment écrit :
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« Lorsqu’une longue suite d’abus et d’usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit et de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future.« 
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Et ceci : « Nous, les représentants des États-Unis d’Amérique, assemblés en Congrès général, publions et déclarons solennellement au nom et par l’autorité du bon peuple de ces Colonies, que ces Colonies unies sont et ont le droit d’être des États libres et indépendants ; qu’elles sont dégagées de toute obéissance envers la Couronne de la Grande-Bretagne ; que tout lien politique entre elles et l’État de la Grande-Bretagne est et doit être entièrement dissous ; que, comme les États libres et indépendants, elles ont pleine autorité de faire la guerre, de conclure la paix, de contracter des alliances, de réglementer le commerce et de faire tous autres actes ou choses que les États indépendants ont droit de faire.« 
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Imaginez un seul instant que les colonies britanniques aient décidé d’exprimer leur « volonté » d’indépendance mais soient demeurées des mois durant au sein de la Couronne britannique et n’aient pas rompu tous les liens de subordination qui les enchaînaient à elle.
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Pensez-vous que l’Angleterre aurait accepté in fine de voir partir ses sujets et de perdre la main sur la richesse de leur territoire et les folles espérances d’enrichissement qu’il avait fait naître ?
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Pensez-vous que la « négociation » aurait été fructueuse pour les Américains ?
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Pensez-vous que la Couronne britannique aurait été compréhensive et bienveillante envers les indépendantistes ?
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Croire cela, c’est vivre au pays des BISOUNOURS !
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Si une évasion de prisonniers ne peut se faire que par la ruse ou par la mise en oeuvre, par eux à l’encontre de leurs matons, d’une violence supérieure à celle que les matons sont capables d’exercer pour les dissuader de s’évader ou les en empêcher, quand il est question de démembrement d’une puissance géopolitique, il n’y a aucune place à la négociation. C’est le fait accompli qui joue et c’est souvent la violence de la fracture entre ceux qui partent et ceux qui refusent cette partition. Il est très rare que les choses se passent dans la joie et la bonne humeur. L’exemple de la partition de la Tchécoslovaquie est une des rares exceptions dans l’Histoire humaine qui a plus souvent connu des « guerres d’indépendance » que des séparations par consentement mutuel…
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C’est pourquoi, je considère que le jour même où le peuple français aura décidé, par référendum, de sortir de l’UE, la décision devra s’appliquer IMMÉDIATEMENT et dans TOUS ses effets.
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C’est avant ce jour J qu’elle aura dû être préparée, par le Président de la République qui aura organisé le référendum, par son gouvernement, par l’administration du pays, par les autorités civiles et militaires, par les économistes et les financiers, par les diplomates, par tous ceux qui auront à travailler en coulisse et souvent dans le plus grand secret, pour que cette sortie se fasse dans les meilleures conditions pour notre peuple.
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Stathis Kouvélakis : « Le non n’est pas vaincu, nous continuons » – Le 27 juillet 2015 – © Ballast

Lien : http://www.revue-ballast.fr/stathis-kouvelakis/

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Résumons à très grands traits. Le 25 janvier 2015, Syriza remporte les élections législatives grecques sur un programme de rupture ; le 5 juillet, c’est un tonitruant « OXI », à 61 %, qui envoie les petits barons de l’ordre européen dans les cordes ; le lendemain, Yánis Varoufákis, ministre des Finances grec, est poussé vers la sortie ; le lundi 13 juillet, le tout-venant apprend que les dix-huit heures de bataille psychologique, à la fameuse « table des négociations », ont eu raison des espoirs mis dans le gouvernement grec : capitulation en rase campagne, entend-on. La couleuvre de l’austérité avalée contre un hypothétique rééchelonnement de la dette. « J’assume la responsabilité d’un texte auquel je ne crois pas », affirme Tsipras à la télévision publique grecque. Mercredi, le comité central de Syriza rejette l’accord et dénonce « un coup d’État contre toute notion de démocratie et de souveraineté populaire ». Les ministères démissionnaires partent en claquant la porte, le texte passe avec les voix de la droite et de la social-démocratie grecques, les grèves générales repartent et la place Syntagma s’enflamme. « Trahison » ; la messe est dite. Pour Stathis Kouvélakis, philosophe francophone, membre du Comité central de Syriza et figure de la Plateforme de gauche, l’équation s’avère toutefois plus complexe, si l’on tient à prendre toute la mesure de ces récents événements. Entretien pour y voir plus clair et, surtout, organiser la riposte.


Vous émettez des réserves quant à la critique de Tsipras en termes de « trahison », qui revient pourtant fréquemment dans les gauches radicales européennes depuis l’accord du 12 juillet. Pourquoi la considérez-vous comme inefficace ?

Je ne nie pas que le terme de « trahison » soit adéquat pour traduire une perception spontanée de l’expérience Syriza. Il est évident que les 62 % qui ont voté « non » au référendum et les millions de gens qui ont cru en Syriza se sentent trahis. Néanmoins, je nie la pertinence analytique de la catégorie de trahison car elle repose sur l’idée d’une intention consciente : consciemment, le gouvernement Tsipras aurait fait le contraire de ce qu’il s’était engagé à faire. Je pense que cette catégorie obscurcit la réalité de la séquence en cours, qui consiste dans la faillite d’une stratégie politique bien précise. Et quand une stratégie fait faillite, les acteurs qui en étaient les porteurs se retrouvent uniquement face à de mauvais choix ou, autrement dit, à une absence de choix. Et c’est très exactement ce qui s’est passé avec Tsipras et le cercle dirigeant du gouvernement. Ils ont cru possible de parvenir à un compromis acceptable en jouant cette carte de la négociation – qui combinait une adaptation réaliste et une fermeté quant à des lignes rouges, dans le but d’obtenir un « compromis honorable ».

« La notion de « trahison » empêche d’analyser et de remettre en cause la stratégie ; elle rabat tout sur les « intentions des acteurs » et se fonde sur l’illusion naïve selon laquelle ceux-ci sont maîtres de leurs actes. »

Or la Troïka des créanciers n’était nullement disposée à céder quoi que ce soit, et a immédiatement réagi, en mettant dès le 4 février le système bancaire grec au régime sec. Tsipras et le gouvernement, refusant toute mesure unilatérale, comme la suspension du remboursement de la dette ou la menace d’un « plan B » impliquant la sortie de l’euro, se sont rapidement enfermés dans une spirale qui les amenait d’une concession à une autre et à une détérioration constante du rapport de force. Pendant que ces négociations épuisantes se déroulaient, les caisses de l’État grec se vidaient et le peuple se démobilisait – réduit à un état de spectateur passif d’un théâtre lointain sur lequel il n’avait prise. Ainsi, quand Tsipras affirme le 13 juillet qu’il n’avait pas d’autre choix que de signer cet accord, il a en un sens raison. À condition de préciser qu’il a fait en sorte de ne pas se retrouver avec d’autres choix possibles. Dans le cas précis de la Grèce, on assiste à une faillite flagrante de cette stratégie pour la simple raison qu’elle n’avait prévu aucune solution de repli. Il y a un véritable aveuglement de Tsipras et la majorité de Syriza dans l’illusion européiste : l’idée qu’entre « bons européens », nous finirons par nous entendre même si, par ailleurs, demeurent des désaccords importants ; une croyance dure comme fer que les autres gouvernements européens allaient respecter le mandat légitime de Syriza. Et, pire encore, l’idée de brandir l’absence de « plan B » comme un certificat de bonne conduite européiste, qui fut le comble de cet aveuglement idéologique…

La notion de « trahison » empêche d’analyser et de remettre en cause la stratégie ; elle empêche de parler en termes d’analyse stratégique et point aveugle idéologique ; elle rabat tout sur les « intentions des acteurs » – qui resteront toujours une boîte noire – et se fonde sur l’illusion naïve selon laquelle ceux-ci sont maîtres de leurs actes. Par ailleurs, elle empêche de saisir le cœur du problème, à savoir l’impuissance de cette politique : la violence de la réaction d’un adversaire a été sous-estimée alors même que le gouvernement Syriza, par son existence même, était allé suffisamment loin pour la déclencher.

De plus en plus de voix s’élèvent dans l’Europe du Sud pour dénoncer le carcan de la monnaie unique. Ce débat a-t-il sérieusement eu lieu au sein du gouvernement Tsipras et de Syriza ? Yánis Varoufákis, après avoir démissionné, a affirmé avoir proposé un plan de sortie de l’euro ou, du moins, la mise en circulation d’une monnaie nationale au plus dur des négociations.

Ce débat n’a jamais véritablement eu lieu — ou, plutôt, il n’a eu lieu que de façon limitée, au sein de Syriza, pendant les cinq dernières années. Et ce fut toujours contre la volonté de la majorité de la direction du parti, par une sorte d’état de fait créé par le positionnement d’une minorité substantielle en faveur d’une sortie de l’euro, comme condition nécessaire pour la rupture avec les politiques d’austérité et le néolibéralisme. La majorité de la direction du parti n’a jamais vraiment accepté la légitimité de ce débat. La sortie de l’euro n’était pas présentée comme une option politique critiquable avec des inconvénients qui justifiaient un désaccord. Elle était purement et simplement identifiée à une catastrophe absolue. Systématiquement, il nous était reproché que si nous défendions la sortie de l’euro, nous étions des crypto-nationalistes ou que la sortie de l’euro entraînerait un effondrement du pouvoir d’achat des classes populaires et de l’économie du pays. En réalité, c’étaient les arguments du discours dominant qui était repris par nos camarades. Ils ne cherchaient donc pas un véritable débat argumenté mais à nous disqualifier symboliquement, à disqualifier la légitimité de nos arguments à l’intérieur de Syriza et de la gauche radicale. Ainsi, quand Syriza est arrivé au pouvoir, la question s’est posée par la logique même de la situation, puisqu’il est rapidement devenu évident que ces négociations n’aboutissaient à rien. Déjà, l’accord du 20 février indiquait bien que Syriza était contraint de reculer au cours de ce bras de fer. Mais cette discussion s’est déroulée à huis clos : jamais de façon publique et jamais avec le sérieux nécessaire — si l’on excepte bien sûr les prises de position de la Plateforme de gauche de Syriza.

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Alexis Tsipras (Getty Images)

Yánis Varoufákis, de son côté, avait posé à divers moments la question d’un plan B. Panayótis Lafazánis et la Plateforme de gauche mettaient régulièrement sur la table ces propositions. Il faut préciser que le plan B ne se limite pas simplement à la reprise d’une souveraineté monétaire. Il met en avant l’interruption du remboursement des créanciers, le placement des banques sous contrôle public et un contrôle de capitaux au moment du déclenchement de l’affrontement. C’était, d’une façon générale, prendre l’initiative plutôt que d’être à la traîne de négociations qui amenaient un recul après l’autre. Le gouvernement n’a même pas fait les gestes minimaux afin d’être en mesure de tenir bon quand les Européens appuyèrent sur le bouton nucléaire, c’est-à-dire en arrêtant totalement l’approvisionnement en liquidité avec l’annonce du référendum. Le référendum lui-même aurait pu être conçu comme le « volet politique » du plan B : il a donné une idée d’un scénario réaliste conduisant à la rupture avec les créanciers et la zone euro. Le raisonnement aurait pu être le suivant : Le mandat initial de Syriza, celui issu des urnes du 25 janvier, était de rompre avec l’austérité dans le cadre de l’euro ; nous avons bien vu que c’était impossible dans ce cadre ; donc nous nous présentons de nouveau devant le peuple ; le peuple confirme son mandat en disant « Non à l’austérité et faites le nécessaire ». C’est effectivement ce qui s’est passé avec la victoire écrasante du « non », lors du référendum du 5 juillet, mais il était déjà trop tard ! Les caisses étaient déjà vides et rien n’avait été fait pour préparer une solution alternative.

Vous soulignez les rapports de force qui ont traversé Syriza depuis 2010. Comment expliquer que la frange acquise à l’Union européenne et l’euro l’ait emportée ?

Il faut replacer ces débats dans un cadre plus large : celui de la société grecque, et d’une façon plus générale, celui des sociétés de la périphérie européenne. Avant la crise de 2008-2010, les pays les plus europhiles au sein de l’Union européenne étaient précisément ceux du sud et de la périphérie. Il faut bien comprendre que, pour ces pays, l’adhésion à l’UE signifie une certaine modernité, à la fois économique et politique, une image de prospérité et de puissance que l’euro vient valider à un niveau symbolique. C’est l’aspect fétichiste de la monnaie que Karl Marx a souligné : en ayant la monnaie commune dans sa poche, le Grec accède symboliquement au même rang que l’Allemand ou le Français. Il y a ici quelque chose de l’ordre du « complexe du subalterne ». C’est notamment ce qui nous permet de comprendre pourquoi les élites dominantes grecques ont constamment joué avec la peur de la sortie de l’euro — leur carte maîtresse depuis la début de la crise. Tous les « sacrifices » sont justifiés au nom du maintien dans l’euro. La peur du Grexit est étrangère à la rationalité économique. Elle ne repose pas sur les conséquences éventuelles d’un retour à la monnaie nationale ; par exemple : les difficultés pour les importations ou, à l’inverse, les nouvelles facilitées à l’exportation. Au niveau du « sens commun », la sortie de l’euro charrie une sorte de tiers-mondisation symbolique. Pour le Grec moyen qui résiste à l’idée d’une sortie de la zone euro, la justification de son refus renvoie à la peur d’une régression du pays au rang de nation pauvre et retardataire – qui était effectivement le sien il y a quelques décennies. N’oublions pas que la société grecque a évolué très rapidement et que le souvenir de la misère et de la pauvreté est encore présent dans les couches populaires et dans les générations âgées.

« Une foule enthousiaste s’est formée derrière lui et l’a conduit en triomphateur jusqu’à la marée humaine de la place du Parlement. Quelle a été la réaction de Tsipras ? Il a pris peur et a abrégé les trois quarts du discours qu’il avait préparé. »

Ce que je viens de dire explique aussi l’apparent paradoxe du vote massif du « non » chez les jeunes. Le journal Le Monde fait son reportage en disant : « Toutes ces générations des 18-30 ans qui ont grandi avec l’euro et l’Union européenne, qui ont bénéficié des programmes Erasmus et des études supérieures [le niveau d’accès à l’enseignement supérieur en Grèce est parmi les plus élevés d’Europe], comment se fait-il qu’elles se retournent contre l’Europe ? » La raison est en fait que les jeunes générations ont moins de raisons que les autres de partager ce complexe de la subalternité ! Cet « européisme » ambiant de la société grecque est resté toutefois hégémonique, y compris dans les forces d’opposition aux politiques néolibérales — à l’exception du Parti communiste, très isolé et sectaire. Et cela explique pourquoi Syriza a choisi, dès le début, de s’adapter à l’européisme et d’avoir une stratégie électoraliste à court terme plutôt que d’entrer dans un travail de pédagogie qui consisterait à dire : « Nous ne sommes pas contre l’Europe ou l’euro par principe, mais si eux sont contre nous, et qu’ils nous empêchent d’atteindre nos objectifs, il nous faudra riposter. » C’est un discours qui demandait un certain courage politique, chose dont Tsipras et la majorité de la direction de Syriza s’est révélée être totalement dépourvue.

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Angela Merkel (DR)

Le référendum n’était donc en rien la possibilité d’une rupture mais un simple mouvement tactique afin de renforcer Tsipras dans les négociations ?

Tsipras est un grand tacticien. Penser que tout ce qui s’est passé est conforme à un plan préétabli serait se tromper lourdement. C’est une gestion au jour le jour de la situation qui a prévalu, sans vision stratégique autre que celle de la recherche de l’illusoire « compromis honorable » dont j’ai parlé auparavant. Le référendum a été conçu, d’emblée, comme un geste tactique, comme une issue à une impasse dans laquelle le gouvernement s’est trouvé à la fin du mois de juin, lorsque le plan Juncker a été présenté sous la forme d’un ultimatum. Mais, en annonçant le référendum, Tsipras a libéré des forces qui sont allées bien au-delà de ses intentions. Il faut ici souligner le fait que l’aile droite du gouvernement et de Syriza ont très bien perçu, elles, le potentiel conflictuel et de radicalisation que comportait objectivement la dynamique référendaire, et c’est pour cela qu’elles s’y sont fortement opposées. Je vais vous livrer une anecdote. Le jour du grand rassemblement du vendredi [3 juillet], une foule immense s’était rassemblée dans le centre-ville d’Athènes. Tsipras est allé à pied de la résidence du Premier ministre à la place Syntagma, séparées par quelques centaines de mètres. C’est une scène de type latino-américaine qui s’est produite : une foule enthousiaste s’est formée derrière lui et l’a conduit en triomphateur jusqu’à la marée humaine de la place du Parlement. Quelle a été la réaction de Tsipras ? Il a pris peur et a abrégé les trois quarts du discours qu’il avait préparé.

Vous racontez qu’Euclide Tsakalotos, ministre des Finances grecques après la démission de Yánis Varoufákis, préparait son intervention devant l’Eurogroupe comme un professeur d’université prépare sa contribution à un colloque. Ne pointez-vous pas ici un des problèmes de la gauche radicale : une parfaite analyse des phénomènes mais une incapacité à mener des rapports de force, à établir des stratégies gagnantes, à jouer sur les contradictions de l’adversaire ? Est-ce dû à la promotion des savoirs académiques au sein de la gauche radicale au détriment d’autres profils ?

Je suis très réticent par rapport aux explications sociologistes : je ne pense pas qu’elles permettent de comprendre la situation. Dans un entretien à Mediapart¹, Tsakalotos expliquait en effet que, lorsqu’il est allé à Bruxelles, il avait préparé ses argumentaires de façon très sérieuse. Il s’attendait à entendre des contre-arguments et, au lieu de cela, il s’est retrouvé face à un mur de technocrates répétant des règles et des procédures. Il avait été choqué du faible niveau de la discussion – comme s’il s’agissait d’un colloque universitaire où le meilleur argument l’emporte. Or tout en étant moi-même universitaire, et même un ancien camarade de parti de Tsakalotos (nous avons milité dans le Parti eurocommuniste grec dans les années 1980), je n’en suis pas moins en désaccord profond avec lui. Par ailleurs, s’il y avait un reproche à lui faire, c’est justement un défaut d’analyse ! La gauche, dans son ensemble, a considérablement sous-estimé la nécessité d’analyser sérieusement l’Union européenne. Au lieu de cela, nous avons eu droit, pendant des décennies, au recours à une longue litanie de vœux pieux : « l’Europe sociale », « l’Europe des citoyens », « faire bouger les lignes en Europe », etc. Ce genre de discours sont répétés inlassablement depuis des décennies alors qu’ils ont fait la preuve flagrante de leur impuissance et de leur incapacité à avoir la moindre prise sur le réel.

Une dernière remarque à propos du statut sociologique du discours européiste : je fais partie d’un département d’Études européennes dans une université britannique. Je peux vous assurer que mes collègues, qui sont du côté mainstream, qui sont donc universitaires mais qui connaissent de façon intime la machine européenne, ont toujours refusé de prendre au sérieux la vision de Syriza. Ils n’arrêtaient pas d’ironiser sur les naïfs qui pensaient qu’à coups de négociations et d’échanges de bons arguments on arriverait à rompre avec le cadre des politiques européennes, c’est-à-dire avec l’austérité et le néolibéralisme. Personne n’a pris ce discours au sérieux chez les gens informés, alors, qu’à l’inverse, il déclenchait une sorte d’extase parmi les cadres et bon nombre de militants des formations de la gauche radicale européenne. Nous avons ici affaire à une question de politique avec un grand « P », à la puissance de l’idéologie dominante et à une déficience d’analyse et de pensée stratégique, loin de toute explication réductrice en termes de position sociologique des acteurs.

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Euclide Tsakalotos (Laurent Dubrule-EPA)

Slavoj Žižek a écrit le 20 juillet que « Syriza devrait exploiter, en montrant un pragmatisme impitoyable, en pratiquant le calcul le plus glacial, les fêlures les plus minces de l’armure de l’adversaire. Syriza devrait instrumentaliser tous ceux qui résistent à la politique hégémonique de l’Union européenne, des conservateurs britanniques à l’UKIP, le parti pour l’indépendance du Royaume-Uni. Syriza devrait flirter effrontément avec la Russie et la Chine, elle devrait caresser l’idée de donner une île à la Russie afin que celle-ci en fasse sa base militaire en Méditerranée, juste pour effrayer les stratèges de l’OTAN. Paraphrasons un peu Dostoïevski: maintenant que le Dieu-Union européenne a failli, tout est permis². » Y souscrivez-vous ?

Il y a ici deux questions en une. Tout d’abord, il s’agit de s’interroger sur les contradictions internes à l’Union européenne et, ensuite, de se demander que faire en dehors de ce cadre. Quant à la première, la stratégie du gouvernement Tsipras consistait justement à exploiter ses contradictions internes, réelles ou, surtout, supposées. Ils pensaient pouvoir jouer sur l’axe Hollande-Renzi – vus comme des gouvernements plus « ouverts » à une approche anti-austérité –, Mario Draghi – vu également sur une ligne divergente de l’orthodoxie rigoriste de Wolfgang Schäuble [Ministre allemand des Finances] – et, enfin, sur le facteur américain – perçu comme pouvant faire pression sur le gouvernement allemand. Tout cela s’est révélé une illusion complète. Bien entendu, il ne s’agit pas de nier l’existence de contradictions dans le bloc adverse : le FMI, par exemple, a une logique de fonctionnement et des priorités en partie distinctes de celles de la Commission européenne. Ceci dit, toutes ces forces convergent sur un point fondamental : dès qu’une menace réelle émerge, et Syriza en était une car il remettait en cause l’austérité et le néolibéralisme, toutes ces forces ont fait bloc pour la détruire politiquement. Voyons le numéro de François Hollande. Il essaie d’endosser auprès de l’opinion française un rôle soi-disant amical vis-à-vis des Grecs. En réalité, il n’a été qu’un facilitateur de l’écrasement du gouvernement grec par le gouvernement allemand : ces acteurs-là sont d’accord sur l’essentiel, à savoir sur une stratégie de classe — les divergences ne portent que sur des nuances.

« Hollande n’a été qu’un facilitateur de l’écrasement du gouvernement grec par le gouvernement allemand : ces acteurs-là sont d’accord sur l’essentiel, à savoir sur une stratégie de classe. »

Que faire maintenant, en dehors du cadre de l’Union européenne ? Penser pouvoir s’appuyer sur l’administration Obama est une fausse bonne idée, on l’a vu. Quant à la Russie, c’était sans doute une carte à explorer. Syriza l’a tentée sans vraiment y croire ; en réalité, la diplomatie russe est très conservatrice. Elle ne vise pas du tout à favoriser des ruptures dans le bloc européen. La Russie, dans ses pourparlers avec Syriza, souhaitait un gouvernement dissonant quant à l’attitude antirusse des Occidentaux suite à l’affaire ukrainienne et aux sanctions économiques. Mais à condition de rester dans le cadre de l’Union européenne et de l’euro ! En dépit de quelques bonnes paroles, la Russie n’a été, à aucun moment, un allié du gouvernement Syriza : il me semble douteux de croire qu’elle serait disposée à faire davantage si les choses étaient allées jusqu’à la rupture.

D’aucuns avancent que Tsipras temporise et attend les élections générales espagnoles de novembre pour avoir le soutien de Pablo Iglesias – en pariant sur une victoire de Podemos. Cela vous semble-t-il crédible ?

Ce genre de propos relève d’une tromperie manifeste. En signant cet accord, la Grèce est soumise à un carcan qui va bien au-delà de celui imposé par les mémorandums précédents. C’est un véritable mécanisme institutionnalisé de mise sous tutelle du pays et de démembrement de sa souveraineté. Il ne s’agit pas simplement d’une liste – comme les naïfs peuvent le croire – de mesures d’austérité très dures, mais de réformes structurelles qui remodèlent le cœur de l’appareil d’État : le gouvernement grec perd en effet le contrôle des principaux leviers de l’État. L’appareil fiscal devient une institution dite « indépendante » ; elle se retrouve en fait dans les mains de la Troïka. Un conseil de politique budgétaire est mis en place, qui est habilité à opérer des coupes automatiques sur le budget si le moindre écart est signalé par rapport aux objectifs en matière d’excédents, fixés par les mémorandums. L’agence des statistiques devient elle aussi « indépendante » ; en réalité, elle devient un appareil de surveillance en temps réel des politiques publiques directement contrôlé par la Troïka. La totalité des biens publics considérés comme privatisables sont placés sous le contrôle d’un organisme piloté par la Troïka.

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François Hollande (Agence Ecofin)

Privé de tout contrôle de sa politique budgétaire et monétaire, le gouvernement grec, quelle que soit sa couleur, est désormais dépossédé de tout moyen d’agir. La seule chose qui reste sous contrôle de l’État grec est l’appareil répressif. Et on voit bien qu’il commence à être utilisé comme avant, c’est-à-dire pour réprimer des mobilisations sociales. Les gaz lacrymogènes déversés sur la place Syntagma du 15 juillet, suivis d’arrestations de militants, de passages à tabac et maintenant de procès devant les tribunaux de syndicalistes, ne sont qu’un avant-goût de ce qui nous attend lorsque la situation sociale se durcira, lorsque les saisies des résidences principales se multiplieront, lorsque les retraités subiront de nouvelles coupes dans leur retraite, lorsque les salariés seront dépossédés du peu de droits qu’ils leur restent. Le maintien du très autoritaire Yannis Panoussis comme ministre responsable de l’ordre public, et qui se voit également confier le portefeuille de l’immigration, est un signal clair du tournant répressif qui s’annonce. Ceux qui évoquent donc une stratégie de « gain de temps » ne provoquent chez moi qu’un mélange de dégoût et de révolte.

Vous analysez les résultats du référendum du 5 juillet comme un vote de classe. Pensez-vous, comme Frédéric Lordon en France, que l’Union européenne et l’euro sont l’opportunité historique donnée à la gauche radicale de reconstruire une frontière de classe dans nos sociétés européennes ? Faut-il, d’après vous, profiter des élans d’une sorte de « patriotisme émancipateur » (« Défendre les Grecs contre la Troïka », dit-on) – pour constituer des identités politiques « nationales-populaires » (Gramsci), comme en Amérique latine ?

Je me situe, de par ma formation intellectuelle au sein du marxisme, à la convergence de ces deux dimensions : associer la dimension de classe et la dimension nationale-populaire. Cela me paraît d’autant plus pertinent dans le cadre des pays dominés comme la Grèce. Disons-le sans ambages : l’Union européenne est une construction impérialiste – par rapport, certes, au reste du monde, mais aussi en interne, au sens où elle reproduit des rapports de domination impériale en son sein. On peut distinguer au moins deux périphéries : la périphérie Est (les anciens pays socialistes), qui sert de réservoir de main-d’œuvre bon marché, et la périphérie Sud (c’est un sud géopolitique, et non géographique, qui inclut l’Irlande). Ces pays sont soumis à des régimes de souveraineté limitée de plus en plus institutionnalisés via la mécanique des mémorandums. Quant à la force du vote « non » au référendum, elle vient de l’articulation de trois paramètres : la dimension de classe, la dimension générationnelle et la dimension nationale-populaire. Cette dernière explique pourquoi le « non » l’a emporté même dans les départements de tradition conservatrice. Je pense que pour devenir hégémonique, la gauche a besoin de tenir les deux bouts. D’abord, une identité de classe adaptée à l’ère du néolibéralisme, du capitalisme financier et des nouvelles contradictions qui en résultent — la question de la dette et des banques est un mode essentiel (mais non unique) sur lequel repose aujourd’hui l’antagonisme entre Travail et Capital. Par ailleurs, ces forces de classe doivent prendre la direction d’un bloc social plus large, capable d’orienter la formation sociale dans une nouvelle voie. Il devient ainsi bloc historique qui « se fait Nation » , autrement dit, qui assume une hégémonie nationale-populaire. Antonio Gramsci a beaucoup travaillé là-dessus, oui : articuler la dimension de classe et nationale-populaire.

« Je pense que pour devenir hégémonique, la gauche a besoin de tenir les deux bouts : la dimension de classe et la dimension nationale-populaire. »

Il s’agit d’une question complexe, qui se pose différemment selon chaque histoire nationale. En France, ou dans les nations anciennement coloniales et impérialistes, la notion nationale-populaire ne se pose pas de la même façon qu’en Grèce ; comme elle ne se pose de la même façon en Grèce qu’en Tunisie, ou dans un pays asiatique ou latino-américain. L’enjeu est d’analyser les contradictions propres des formations sociales. Ceci étant dit, la force de Syriza, et plus largement de la gauche radicale grecque (qui a un enracinement profond dans l’histoire contemporaine du pays et dans les luttes pour la libération nationale), est qu’elle combine la dimension de classe et la dimension nationale-populaire.

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Pablo Iglesias (DR)

Le scénario grec a permis de dessiller les yeux des défenseurs de l’« autre Europe ». N’est-ce pas là le grand succès de Syriza : avoir révélé en quelques semaines la nature anti-démocratique des institutions européennes ? Par exemple, le dernier vote au Parlement grec a donné à voir un spectacle ahurissant : des députés qui doivent se prononcer sur un texte de 977 pages, reçu 24 heures plus tôt…

Il faut bien que les défaites servent à quelque chose ! Malheureusement, ce que je vois dominer, même maintenant, dans la gauche radicale, ce sont des réflexes d’auto-justification : malgré tout, il faut trouver des excuses à ce que fait Tsipras, tourner autour du pot, laisser croire qu’il ne s’agit que d’un mauvais moment à passer, etc. J’espère que ce n’est qu’un mécanisme psychologique transitoire face à l’étendue du désastre et que nous aurons rapidement le courage de regarder la réalité en face, le courage de réfléchir sur les raisons de ce désastre. Je ne sais pas, pour ma part, ce qu’il faut de plus comme démonstration éclatante de l’inanité de la position selon laquelle on peut rompre avec le néolibéralisme dans le cadre des institutions européennes ! L’un des aspects les plus choquants des développements qui font suite à la signature de l’accord est qu’on est revenu exactement à la situation de 2010-2012, en matière de démocratie, ou plutôt de sa négation ! À savoir que même les procédures formelles de la démocratie parlementaire – on voit d’ailleurs qu’elles ne sont pas que formelles au regard des efforts déployés pour les supprimer – ne sont pas respectées. Les députés n’ont eu que quelques heures pour prendre connaissance de pavés monstrueux qui changent de fond en comble le code de procédure civile : 800 pages, qui faciliteront la saisie des maisons ou renforcent la position juridique des banques en cas de litige avec des emprunteurs. En outre, on trouve dans ce même projet de loi la transposition d’une directive européenne sur l’intégration au système bancaire européen, qui permet, en cas de faillite des banques, de pratiquer ce qu’on appelle un « bail-in », c’est-à-dire un prélèvement sur les dépôts bancaires pour renflouer les banques. Le cas chypriote se généralise à l’échelle de l’Europe. Tout cela a été voté le 22 juillet par les mêmes procédures d’urgence que Syriza n’avait cessé de dénoncer durant toutes ces années, et qu’il est désormais obligé d’accepter puisqu’il a capitulé devant les créanciers. Le mot « capituler » est sans doute faible. J’ai vraiment des réactions de honte quand je vois un parti dont je suis toujours membre être au gouvernement et se livrer à ce type de pratiques, qui tournent en dérision les notions les plus élémentaires du fonctionnement démocratique des institutions.

Après le vote par le Parlement grec de l’accord d’austérité et desdites « réformes structurelles », comment se redéfinit l’échiquier politique grec ? Va-t-on vers une scission de Syriza ou, du moins, une recomposition des forces de gauche radicale ? D’autant que les grèves repartent et la place Syntagma se remplit de nouveau…

La recomposition est certaine et elle sera de grande ampleur. Il est peut-être trop tôt pour en avoir les contours exacts mais j’aimerais insister sur deux éléments. Le premier est la situation interne de Syriza. Il faut bien comprendre que les choix du gouvernement Tsipras n’ont pas de légitimité au sein du parti. La majorité des membres du Comité central a signé un texte commun, dans lequel l’accord est rejeté et considéré comme le produit d’un coup d’État contre le gouvernement grec. Une  convocation immédiate du comité central est exigée — et elle s’est heurtée à une fin de non-recevoir de Tsipras, président du parti élu, lui-aussi, directement par le Congrès. La quasi-totalité des fédérations du parti et des sections locales votent des motions dans le même sens. On est devant une situation de blocage. Du côté des proches de Tsipras, le ton devient extrêmement agressif envers ceux qui sont en désaccord avec les choix qui ont été faits. Il est très choquant de voir que certains membres du parti reprennent mot pour mot les arguments propagés par les médias, jusqu’aux calomnies qui présentent les défenseurs de plans alternatifs, comme Varoufákis ou Lafazanis, comme des putschistes, des comploteurs de la drachme, des alignés sur le Grexit, façon Schäuble. Nous avons donc peu de raisons d’être optimistes quant à l’évolution de la situation interne de de Syriza.

Mais l’essentiel est ailleurs. La gauche de Syriza, dans ses diverses expressions (même si la Plateforme de gauche en constitue l’épine dorsale), se fixe à présent comme objectif la traduction et la représentation politique du peuple du « non » aux mémorandums et à l’austérité. La situation nouvelle créée est que le bloc social, avec ses trois dimensions – de classe, de génération et national-populaire –, se retrouve désormais orphelin de représentation politique. C’est à cette construction politique qu’il faut maintenant s’atteler. Il s’agit de rassembler, de façon très large, des forces politiques à l’intérieur et l’extérieur de Syriza. Les premiers signes qui nous parviennent sont positifs. Mais il est vital d’impliquer également dans ce nouveau projet des acteurs non strictement politiques, qui ont mené la bataille du « non » par en-bas, dans le mouvement social. C’est absolument extraordinaire : les initiatives, que ce soit sur les lieux de travail ou dans les quartiers, ont littéralement fusé en l’espace de quelques jours ; d’autres se sont créées dans la foulée du référendum ou se constituent actuellement.

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Christine Lagarde (DR)

L’image que véhiculent les médias, selon laquelle « en Grèce, tout le monde est soulagé, Tsipras est très populaire », est très loin de la réalité. Il y a un très grand désarroi, de la confusion, une difficulté à admettre ce qui s’est passé. Un ami a utilisé le terme de « choc post-traumatique ». Cela signifie qu’une partie de l’électorat du « non » est dans un tel désarroi qu’elle ne sait plus sur quel pied danser et se dit qu’il n’y avait peut-être pas d’autre choix possible. Mais nombreux sont ceux, surtout parmi les secteurs sociaux les plus massivement engagés dans le « non » – à savoir les jeunes et les milieux populaires –, qui sont révoltés et disponibles pour participer ou soutenir un projet alternatif. La Plateforme de gauche tient son premier meeting public au grand air à Athènes, lundi prochain [27 juillet — aujourd’hui]. Le titre de cette manifestation sera : « Le non n’est pas vaincu. Nous continuons. » Il faut construire de façon nouvelle la voix du « non » de classe, démocratique et anti-Union européenne.

C’est la stratégie qu’aurait dû entreprendre la gauche radicale française suite à la victoire du « non » au référendum sur le Traité Constitutionnel Européen en 2005, non ?

Exactement. Et au lieu de ça, elle a régressé et s’est empêtrée dans des luttes de boutique internes. Au lieu de pousser la critique de l’UE plus loin, à partir de l’acquis de la campagne du « non », elle est revenue en arrière et n’a cessé de rabâcher la litanie de « l’Europe sociale » et de la réforme des institutions européennes…

Le projet d’une plateforme commune des gauches radicales sud-européennes, afin d’établir un programme concerté de sortie de l’euro, est-il envisageable ?

« Ce qui m’intéresse est une stratégie anticapitaliste pour ici et maintenant, dans un pays européen et dans la conjoncture où nous vivons. »

Depuis 35 ans, j’essaie d’être un militant communiste. Ce qui m’intéresse est une stratégie anticapitaliste pour ici et maintenant, dans un pays européen et dans la conjoncture où nous vivons. Et je considère effectivement que cela serait la médiation nécessaire afin d’établir une stratégie anticapitaliste effective, non pas basée sur un propagandisme abstrait ou sur des velléités de répétition des schémas anciens dont on sait pertinemment qu’ils ne sont plus valides, mais sur les contradictions actuelles ; une stratégie qui tire les leçons des expériences politiques récentes, des luttes, des mouvements sociaux et qui essaie d’avancer dans ce sens, en posant la question du pouvoir et de la stratégie politique. Ce n’est donc pas simplement un projet prétendument « anti-européen », ce n’est d’ailleurs pas un projet limité à l’Europe du Sud, mais un projet authentiquement internationaliste — qui suppose en effet des formes de coordination plus avancées des forces d’opposition au système. Ce qu’il faut, c’est une nouvelle gauche anticapitaliste. Et l’une des conditions, non pas suffisante mais nécessaire pour y parvenir, est d’ouvrir un front résolu contre notre adversaire actuel, c’est-à-dire l’Union européenne et tout ce qu’elle représente.

Dans vos interviews, écrits et articles, vous avez pris l’habitude d’écrire systématiquement entre guillemets « la gauche de la gauche » ou « la gauche radicale ». Cette incapacité à se définir clairement – sans ambages ni guillemets – marque-t-elle le signe que les identités politiques héritées du XXe siècle sont, pour partie, devenues obsolètes ?

Le terme de « gauche radicale » est sans doute utile car il correspond à cette situation mouvante. On est dans un entre-deux et les formulations souples sont nécessaires, ou du moins inévitables, pour permettre aux processus de se déployer de façon nouvelle, en rupture avec des schémas préétablis. Ce qui caractérise Syriza sont ses racines très profondes dans le mouvement communiste et la gauche révolutionnaire grecque. En d’autres termes, Syriza est issu de la recomposition de mouvements dont le but commun était la remise en cause, non pas seulement des politiques d’austérité ou néolibérales, mais du capitalisme lui-même. Il y a donc d’un côté un aspect de radicalité réelle, mais de l’autre, on a vu que la stratégie choisie était profondément inadéquate et renvoyait à des faiblesses de fond et, par là même, à des contradictions dans la constitution de Syriza, qui n’a pas résisté à cette épreuve terrible du pouvoir gouvernemental. La contradiction a ainsi fini par éclater. Il s’agit à présent d’assumer ce fait et de passer à une étape suivante pour que cette expérience chèrement acquise par le peuple grec et les forces de la gauche de combat servent au moins à ouvrir une perspective d’avenir.


NOTES

1. Entretien accessible en ligne sur http://fischer02003.over-blog.com/2015/04/interview-d-euclide-tsakalotos.html.
2. « Le courage du désespoir » accessible en ligne sur http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20150720.OBS2830/exclusif-le-courage-du-desespoir-par-slavoj-i-ek.html


REBONDS 

☰ Lire notre carnet de route (2), « Grèce : six mois pour rien ? », juillet 2015
☰ Lire notre carnet de route (1), « L’Europe agit comme si elle était en guerre contre les Grecs », juillet 2015
☰ Lire notre entretien avec Cédric Durand, « Les peuples, contre les bureaucrates et l’ordre européen », juillet 2015
☰ Lire notre entretien avec Sofia Tzitzikou, « La dignité du peuple grec vaut plus qu’une dette illégale, illégitime et odieuse », juillet 2015
☰ Lire notre traduction de l’entretien de Pablo Iglesias : « Faire pression sur Syriza, c’est faire pression sur Podemos, pour montrer qu’il n’y a pas d’alternative », mai 2015
☰ Lire notre traduction de l’article « Assassiner l’espoir », Slavoj Zizek, avril 2015
☰ Lire notre entretien avec Joëlle Fontaine, « Difficile pour la Grèce d’être souveraine suite aux menaces de l’Union européenne », février 2015


Par Ballast – 27 juillet 2015
Revue collective de création politique (papier & numérique) — « Tenir tête, fédérer, amorcer »

Affrontons la réalité avant qu’elle ne nous donne le coup fatal ! Sur le Front de Gauche, sur le FN, sur l’Union Européenne…

Je relaie ici un billet qui n’est pas de moi mais auquel je souscris. Il dresse le bilan le plus cruel mais aussi le plus juste de nos difficultés. Ne vous arrêtez pas au titre polémique. Le fond est méritoire.

* * * * *

Quand le PCF va-t-il sanctionner Pierre Laurent ? par Ariane Walter, le 31 mai 2014

L’UMP, par la bouche de François Fillon, aurait dit à Copé :  » Barre-toi ! », ce qui aurait usé la résistance de ce politicard acharné.

Certes, la faute de Copé n’est pas reluisante, il faut surtout voir s’il n’y a pas eu enrichissement personnel à la Balkany, mais l’on peut dire du moins, si l’on s’en tient à ses dires, qu’il a ainsi agi pour sauver son parti.

La faute de Pierre Laurent est autrement grave. Certes, lui aussi a voulu sauver son parti, consolider des bastions PC en s’alliant avec le PS, mais le PCF est aussi, depuis 2005, une des composantes du FDG.

En s’alliant au PS lors des municipales, en particulier à Paris, malgré toutes les fautes contre la démocratie que ce parti avait et allait commettre, Pierre Laurent a complètement décrédibilisé le FDG.

Je l’ai déjà écrit en septembre 2013, mais, chante beau merle, j’ai été taxée d’anti-communisme primaire.

Il faut croire, au vu du résultat des élections, qu’il y a beaucoup d’électeurs français qui sont anti-communistes primaires…

L’attitude de Mélenchon, dans cette affaire, n’en est pas moins critiquable. Après avoir, pendant plusieurs mois, traité Laurent de tous les noms d’oiseaux, après avoir parlé de coup de couteau dans le dos, après avoir maintenu une ligne ferme pour les municipales, le voilà, pour les européennes, à deux doigts de la rupture, avant d’en arriver à un accord : liste commune PC/PG ! Ainsi en Île de France où, lors des municipales, PC et PG avaient passé leur temps à déchirer leurs affiches respectives, désormais étaient placardés les sourires rabibochés de Le Hyaric et de Garrido !

On touche le summun de l’absurde ! Et il faudrait que les militants et les électeurs avalent ça ? « Oui, il y a eu baston, un peu, mais bon, on se retrouve, c’est merveilleux. »

Non.

On se demande pourquoi le FDG est en rade ?

 Où est le FDG que nous présentait Mélenchon lors des présidentielles ? La parole qui représentait enfin la vraie gauche, sans compromissions, le Mélenchon disant à la. Bastille  » Nous nous sommes enfin retrouvés ! » ?

Hé bien on peut dire, après les municipales et les Européennes, que la vraie gauche est complètement perdue ! Ce n’est plus le temps des cerises, c’est le temps des prunes. On s’est battu pour des prunes. Ah ! C’est bien beau de lever le poing en criant  » Résistance » pour se mettre à quatre pattes devant le pire gouvernement libéral que la France ait jamais connu !

 Et il faudrait ne plus en parler, passer ce petit écart dans la catégorie profits et pertes et repartir main dans la main !

Non.

Tout l’esprit des présidentielles, qui a fait passer le FDG de 4 à 11%, est définitivement sali. Voilà pourquoi la faute de Pierre Laurent, dénoncée par bien des communistes, les vrais , est fatale, inacceptable. On le revoit encore, souriant , serrant la main à Harlem Désir. Il venait de vendre les voix du FDG pour des postes. Il en réclamait plus, puisque Mélenchon avait obtenu plus de voix ! Mais quel cynisme !

Lorsque Mélenchon, récemment et à plusieurs reprises, parle de  » mon ami Pierre Laurent », il accepte la faute. Il l’absout. Lui . Mais beaucoup au FDG ne l’acceptent pas et il y en aura de moins en moins.

Mais si nous en sommes à parler de ce qui empêche le FDG de progresser, continuons.

Les dirigeants du FDG ont une conception du fascisme, complètement démodée. Pour eux, le fascisme, c’est Marine Le Pen, c’est le FN. Le FN n’est que l’épouvantail que tient à bout de bras , grâce à ses medias, le PS. Défiler contre le FN quand Rebsamen, en douce, entend démolir une nouvelle fois le code du travail, c’est vraiment se tromper d’adversaire. C’est travailler main dans la main avec le PS pour préparer cette confrontation PS/FN dont il rêve pour 2017.

A ce sujet, que les socialistes se méfient, car il y aura un moment, qui se rapproche très vite, où le FN paraîtra plus acceptable que le PS ! Car il faut tout de même être lucide et voir les raisons pour lesquelles certains Français, qui ne sont pas tous fachos, votent FN. – Pour une dénonciation de l’UMPS qui tombe on ne peut mieux vu les dernières affaires. – Pour une dénonciation du FDG, voiture balai du PS. Ben…Comment dire…Ça y ressemble un peu quand même grâce à notre ami Pierre Laurent. ! – Pour un grand  » Non » à l’Union Européenne. – Pour un grand  » Non » ( après un vote différent, certes, mais tout le monde peut changer d’avis) à TAFTA . – Pour une affirmation de la supériorité de la Nation et la nécessité de retrouver son indépendance.(Vu l’évolution de l’UE, ce n’est plus une si mauvaise idée que ça.) – Pour une immigration régulée, une sortie de Schengen et un protectionnisme économique aux frontières.

On le sait Le Pen a volé beaucoup de ces idées à la gauche qui ne sait comment faire pour les reprendre, en particulier celle de Nation qui est de gauche par excellence. Souvenons-nous de Valmy.

Voilà le programme du FN. Que ce soit un programme politicien qui ne sera jamais appliqué, peut-être, mais c’est pour ce programme que les Français ont voté.

 Pourquoi plus pour Le FN que pour le FDG ? Parce que le FN ne s’est jamais allié à l’UMPS ! (Ils sont donc un peu gauchistes aussi ! ) En ce qui concerne Jean-Luc Mélenchon, j’ai fait partie de ceux qui ont admiré sa campagne des présidentielles. Certains disent qu’il a un langage trop alambiqué. Non. Il a le langage à la fois le plus direct et le plus noble. Il touche au coeur. En quelques mois, il a arraché à l’abstention des millions de votants. Il a redonné espoir en la politique.

Malheureusement, malgré le fameux serment où l’on ne devait signer sur aucun coin de table, alors que lui-même a cédé à ce travers, il a été noyé par les contradictions du FDG qui porte en lui une faute originelle. Comment se dresser contre le PS quand on dépend financièrement de son allié le PC ? La quadrature du cercle… Il n’y a pas eu plus attaqué que Mélenchon, le saint Sébastien de ce temps. Démoli par le FN, normal, par le PS, logique, mais plus encore, là est la tragédie, par un clan PC qui a voulu voler les bénéfices des présidentielles en le jetant par terre à un coin de rue.  » Mon ami, Pierre Laurent…. ». Sans compter Chassaigne qui, il y a une semaine encore, le dénonçait avec virulence ! Mais, plus encore, par des membres du PG qui, au moment des élections, voulaient des postes et critiquaient, voulant s’allier au PS, son parler cru et dru.

 Lui-même a donc cédé. Quand on voit le résultat et le nombre de ces fameux postes, on pleure…

 De tout ceci Mélenchon est conscient, écrivant sur son blog un résumé impitoyable de la situation.

 » Dès lors, les petits arrangements et alliances à géométrie variable, au-delà même de leur légitimité locale ou non, nous ont directement associés au spectacle des poisons et dentelles du système. Dès lors, nous nous sommes rendus illisibles ou, pour dire plus vrai, nous avons été rendus suspects dans un moment ou les suspects subissent, à juste titre, très vite un mauvais sort ! En une campagne électorale, tout le travail d’autonomisation a été détruit aux yeux du grand nombre. » 

Mais ce ne sont que des mots. JLM veut aller au combat avec ceux-là même qu’il dénonce. Impossible. Les électeurs ne suivent pas. Certains réclament des assises du FDG pour aborder tous ces problèmes. A mon avis, elles n’auront pas lieu car le PG, rabiboché avec le PC dont il a financièrement besoin, ne voit pas plus loin que le bout de sa survie.

 Mélenchon a raté le coche en septembre dernier quand Laurent a trahi. Il fallait rompre. Il fallait montrer qu’il était celui qui ne s’abaisse pas à négocier avec l’ennemi. Celui en qui on peut avoir confiance. Vu les résultats, il ne risquait pas grand chose. Ceci dit, si le FDG veut perdurer il faut qu’il se débarrasse de trois croyances nuisibles :

1- Sa phobie de l’unité de la gauche politicienne. Seul moyen, croit-il, de prendre le pouvoir. Les Filoche, Lienemann, (sans parler de la clique PS), la Duflot, la Cosse, qui se fiche de la France et qui est fédéraliste dans l’âme, qu’est-ce qu’on va faire avec ça ? Ce sont les millions d’abstentionnistes qu’il faut viser et qui suivront, comme lors des présidentielles, un programme sans compromissions.

2- Sa phobie du FN facho car Le Pen est plus habile qu’eux et bouge sans cesse ses lignes quand eux en restent toujours à la dernière guerre. Ce qui arrange le PS. L’éternel parrain de l’éternelle mafia.

Au sujet du PS , je vous propose cet extrait de Raoul-Marc Jennar :

Qu’a fait le PS français depuis 1983, si ce n’est d’être en France, en Europe et sur la scène internationale (OMC) à la pointe des attaques contre les acquis sociaux ? Faut-il refaire l’inventaire de toutes les lois françaises, de tous les traités européens, de toutes les directives européennes initiés par des personnalités issues du PS français qui ont renforcé la dictature des marchés, mis à mal les services publics et le droit du travail, consolidé des institutions européennes oligarchiques ? Le PS depuis 1983, c’est avant tout Delors, Fabius, Rocard, Strauss-Khann, Pascal Lamy, des gens qui ont initié et défendu les politiques néo-libérales de démantèlement des acquis démocratiques et sociaux. Des gens qui ont négocié les accords de l’OMC, instruments de la mondialisation néo-libérale qu’ils nous ont présentée par la suite comme le bouleversement auquel il fallait absolument s’adapter. Des gens qui, comme Delors et son Acte unique européen, ont érigé le primat de la concurrence en dogme incontournable. Qu’a fait Jospin, si ce n’est davantage privatiser que les gouvernements Balladur et Juppé réunis ? Qu’a fait la social-démocratie européenne lorsqu’elle était à la tête ou présente dans 13 gouvernements sur 15, si ce n’est de soutenir tous les projets qu’elle aurait du normalement combattre ? Que fait le PS depuis 2012 en adoptant le Pacte budgétaire Merckel-Sarkozy, en imposant l’ANI, en faisant délibérément le choix des politiques de droite, en soutenant un projet de partenariat transatlantique qui va aligner les normes sociales, sanitaires et environnementales sur celles des USA et va transférer à des structures privées le soin de trancher les conflits sur ces normes entre firmes privées et pouvoirs publics ?

 3- Sa phobie de « l’Europe des peuples ». Une majorité de Français de gauche et de droite veulent sauver la France, leur France. Rachel Garrido, répondant à Bernier, écrivait qu’il n’était pas question de coller aux idées du FN mais qu’il fallait  » réenchanter l’Europe ». Avec ça , on ira loin…. Il faut donc savoir si un nouveau parti, échappant aux erreurs ingérables du projet FDG , peut se créer affirmant : – Son rejet du PS. – Son rejet de l’UE et de Tafta. – Son désir de retrouver la souveraineté de la France. Mais ça me rappelle quelque chose…. Il faut faire vite. La gauche politicienne est un égout. Dans cet effondrement des anciens partis qui ont la morale aux semelles, un peuple citoyen veut reprendre la parole.

Alors ne pleurez pas si vos électeurs, que vous trompez allègrement, vous assènent le seul coup auquel ils ont droit : s’abstenir ou voter là où ça fait mal.

Le Front de gauche peut retrouver le chemin du peuple – par « La Gauche d’opposition* » – Copyright Marianne

JLM en ombre chinoise sur fond drapeau FdG

* « La Gauche d’opposition » est un groupe de réflexion s’appuyant notamment sur les travaux de Jacques Sapir et Aurélien Bernier et visant à « aider le Front de gauche à rompre avec ses tabous » comme la question de la sortie de l’euro. Retrouvez ici leur site. 

Pour le groupe de réflexion « La Gauche d’opposition », le Front de gauche a commis l’erreur, pendant ces européennes, de jouer la même musique de « l’Europe sociale » que le PS. Pour ses membres, les solutions avancées par « les Sapir, les Todd, les Bernier, les Lordon », notamment la sortie de l’euro, sont rejetées à tort par la gauche radicale. D’autant que, écrivent-ils, « le FN gagne en reprenant ce qui, pendant longtemps, a été nos propositions pour le socialisme républicain ».   

Les résultats des élections de dimanche ne sont pas une surprise. Pourtant, comme nous pouvions l’imaginer, beaucoup, notamment à gauche, poussent des cris d’orfraies, comme si l’étonnement était tel qu’il pouvait nous exonérer d’une analyse de la réalité.

Cela est dur à admettre, mais le vote de dimanche n’est malheureusement plus un vote de protestation, mais bien d’adhésion ! Alors, qui peut croire que le peuple français veuille revivre les heures les plus sombres de son histoire ? Serait-il prêt, bêtement, à s’offrir, corps et âme, à la bête brune ?

Certains le pensent et ne voient rien de mieux que de sonner le tocsin de l’union républicaine. Le FN, même s’il s’est construit sur la haine de l’autre, ne fait pourtant plus propagande sur son vieil ADN. Cela ne veut pas dire qu’il n’est plus en lui, mais que son succès ne s’est aucunement construit sur la haine de l’autre. Pendant cette campagne, il a plus parlé que nous de l’État-nation, seul levier apparent pour résister au libéralisme financier.

Ainsi, le FN gagne en reprenant ce qui, pendant longtemps, a été nos propositions pour le socialisme républicain. Les Français ne cherchent pas aujourd’hui un état policier, mais bien un état qui saurait faire la police dans les échanges financiers, contre la délinquance bruxelloise qui brise les liens sociaux et contre les criminels qui détruisent nos services sociaux.

Le Front de gauche a su créer l’espoir en 2012 en constituant cette force de résistance et de conquête. L’élan populaire, le soutien d’intellectuels, nous offraient une crédibilité toute nouvelle depuis l’effondrement du bloc de l’Est. Pourtant, aujourd’hui, nous ne sommes plus une force qui attire. Nous perdons des voix et des soutiens.

Le Front de gauche rejoue le procès en « populisme » qu’il subit si souvent

Les Sapir, les Todd, les Bernier, les Lordon, pourtant proches de nous, défendent la sortie de l’euro et de l’Union européenne. Au lieu de chercher à comprendre leur radicalité, nous les rejetons. Non pas parce que nous sommes en désaccord avec eux. Cela se comprendrait et nous n’aurions rien à dire. Mais nous les rejetons uniquement parce que le FN tire les mêmes conclusions. Ainsi, pour élaborer notre discours, nous ne cherchons plus l’intérêt du peuple, mais nous fixons l’objectif de ne pas être identifiables au FN.

Le Front de gauche, sans s’en rendre, rejoue le procès en « populisme » qu’il subit si souvent. Il alimente ainsi l’idée que les fronts se retrouvent toujours et il annihile la réalité de différences profondes.

Le Front de gauche a donc décidé d’abandonner l’idée de la nation française, de la souveraineté populaire, de la lutte contre les flux financiers qui nécessite un protectionnisme. Il préfère « rompre et refonder » l’Europe. Nous jouons le même morceau que « l’Europe sociale » des socialistes. Seule la méthode change. Mais, le peuple français se refuse à écouter à nouveau cette mélodie qui lui a déjà tant couté en qualité de vie.

Défendre la souveraineté populaire, la France, ce n’est pas vouloir des défilés de chemises noires dans nos rues, mais c’est le résultat de l’analyse que la démocratie nécessite une conscientisation d’un intérêt général commun. Et, c’est parce que les citoyens se retrouvent dedans qu’ils peuvent accepter la règle du plus grand nombre. Croire que ce sentiment ou que cette discipline peut exister en Europe est un doux rêve. Mais un rêve qui se transforme en cauchemar à force de tout construire autour.

Défendre la sortie de l’euro et revenir à un régime de souveraineté populaire en France peut permettre de redécouvrir le chemin du peuple et du progrès social. Et en le retrouvant, en défendant un programme légalement et politiquement crédible, alors nous pouvons faire fructifier le feu révolutionnaire qui vit en chacun de nous.

Chez la Gauche d’opposition, nous avons la sensation de voir chez une partie du Front de gauche qui partage l’idée de révolutionner l’Union européenne, la même bêtise que chez ceux qui croyaient possible la monarchie constitutionnelle. Comme eux, ils savent que le monde change et qu’il faut aller de l’avant. Comme eux, il rêve d’un monde plus juste, de progrès et de solidarité. Pourtant, comme eux, ils ne voient pas que le roi était mort dès le 14 juillet 1789.

Nous, nous ne disons rien d’autre. L’Union européenne est morte lors du referendum en 2005. Le peuple attend de la gauche radicale qu’elle fasse tomber sa tête. Pour cela, la Gauche d’opposition croit en la nécessité de réunir toutes les bonnes volontés à gauche dans des Assises qui permettraient enfin de rompre une bonne fois pour toutes avec les vieilles lunes européennes et revenir à ce que nous savons faire, changer la France. Et enfin, en libérant la voix du peuple français, d’autres, partout en Europe et dans le monde, pourront entendre les vibrations de nos cris de désir insatiable de liberté, d’égalité et de fraternité.

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L’effondrement – par Denis COLLIN & Jacques COTTA

Après les élections municipales, Pour la deuxième fois en deux mois avec les européennes du 25 mai, le parti socialiste et la « gauche » dans son ensemble connaissent un véritable effondrement électoral, signe d’un désaveu profond du pays et singulièrement des électeurs de Hollande en 2012. Cet échec sans précédent pour le président de la république, le gouvernement Valls, le parti socialiste qui avec 14% des suffrages exprimés ne représentent que 6,5% du corps électoral, constitue un point d’aboutissement, une conséquence logique que nous avions prévue il y a maintenant plus de dix ans.

Tirant quelques mois avant l’élection présidentielle de 2002 le bilan du gouvernement de la « Gauche plurielle », nous écrivions :

Le plus probable est que les bases populaires du PS, mais plus généralement de toute la gauche, vont continuer à s’effriter, les électeurs, las de servir de masse de manœuvre pour décider des carrières de ces messieurs, se réfugiant dans l’abstentionnisme ou le “ vote protestataire ” – entre Arlette et Le Pen. Auquel cas, le PS devrait compenser à droite ce qu’il perd à gauche. Il l’a déjà fait partiellement, comme nous l’avons montré. Mais c’est une base extrêmement instable. Il n’est donc pas improbable qu’il finisse par perdre des deux côtés et que la réorientation du PS ne soit le prélude à la fin de la gauche comme force politique. L’exemple italien et les mésaventures du PCI-PDS-DS de Berlinguer à d’Alema pourraient servir ici d’exemple à méditer.On sait, depuis le XVIIe siècle, que le vieux principe aristotélicien, “ la nature a horreur du vide ”, est faux. Il est possible qu’il en soit de même de la nature politique. L’effondrement politique, moral et idéologique du socialisme, parachevant celui du “ communisme ” pourrait très bien ouvrir la voie au … rien ! Au rien, c’est-à-dire à une lente décomposition politique, à une vie publique privée de toute substance et à une déshérence des milieux populaires, classés par les grands de ce monde dans “ l’humanité surnuméraire ”, cette immense partie de l’humanité qui n’a pas sa place dans la nouvelle économie, ni dans le monde mondialisé et dont il faut seulement gérer les imprévisibles soubresauts. (Denis Collin & Jacques Cotta, L’illusion plurielle, JC Lattès 2001)

Ce pronostic a été largement validé au cours de la dernière décennie. L’élection européenne de dimanche 25 mai en est une nouvelle confirmation : une abstention massive, singulièrement chez les ouvriers et les jeunes, et une montée corrélative du FN qui finit la course largement en tête, laissant le PS à moins de 14%. « Choc », « séisme », « tremblement de terre », « heures les plus sombres », etc. : les dirigeants et les commentateurs ne sont pas avares de grands mots. La machine spectaculaire continue de tourner à plein régime pour culpabiliser les uns, exonérer les autres de leurs fautes, enfumer tout le monde et interdire un véritable débat. Les comparaisons avec les années 30 du siècle passé sont hors de propos. L’antifascisme de pacotille, si bien porté à gauche et à l’extrême gauche depuis qu’il n’y a plus aucun programme, aucune stratégie de transformation sociale et pour tout dire aucune idée un tant soit peu sensée de la situation réelle, a porté ses fruits ! En intronisant le FN de M. Le Pen père et Mme Le Pen fille comme seul opposant sérieux au « machin » qu’est l’UE, les « antifascistes » des beaux quartiers lui ont offert sur un plateau une « victoire » qu’il ne doit pas à ses propres forces mais à la bêtise, à la lâcheté et l’aveuglement volontaire de toute la « classe politique ». Cet « antifascisme » de circonstance exprime d’autre part une incompréhension profonde des relations politiques qui existent au sein de la société. Les électeurs du FN sont certes composés pour un petit noyau de militants d’extrême droite. Mais pour leur majorité, ils sont composés de salariés, d’ouvriers et de jeunes qui n’en peuvent plus de la politique menée et qui se sont servis du FN pour crier leur dégoût d’une politique et de partis qui les révulsent. Ce phénomène n’est pas français. Là où le boycott a été massif, comme aux pays bas par exemple, l’extrême droite perd des voix et des sièges. Là où le vote a été plus fort, il profite à ces partis comme le FN en France. Le FN électoralement est ainsi le produit de l’UE et de tous ceux qui à force d’un matraquage médiatique digne de la bataille pour le OUI en 2005 ont asséné la consigne « votez, votez pour n’importe qui, mais votez ! ».

De ces résultats se dégagent quelques leçons politiques :

A/ Commençons par le point le plus fondamental : dans toute l’UE et en France (bien dans la moyenne pour le coup), 6 électeurs sur 10 ou peu s’en faut ont ostensiblement boudé un scrutin sans enjeu, sinon celui de revêtir d’un voile démocratique un parlement bidon, une assemblée de bavards sans pouvoir (heureusement!) destinée à donner le change quand la réalité du pouvoir est assumée par les gouvernements (y compris, dans les coulisses le gouvernement des États-Unis), les grandes banques, les institutions financières de la mondialisation, tous ceux qui sont si bien représentés par les tueurs de la troïka qui officient en Grèce, mais aussi au Portugal et en Espagne. Certes, on peut dire, comme les méprisants des beaux salons qu’il s’agit d’une dépolitisation des peuples. Comme à son habitude l’élite ne manque pas une occasion de cracher son mépris. Il s’agit en vérité et pour une large fraction des abstentionnistes non d’une dépolitisation mais d’une prise de conscience dirigée contre la politique des classes dirigeantes, la prise de conscience que le vote n’a absolument aucune importance quant au sort des peuples. Entre le PPE et le PSE, il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette, comme l’ont montré les débats entre Schultz et Junker et comme le montrent les politiques nationales suivies par les partis qu’on appelle encore par habitude « sociaux démocrates » et les partis de droite. La propagande mensongère des « socialistes » (sic) affirmant que nous allions pouvoir choisir enfin le président de la commission européenne n’a pas marché. On ne peut pas mentir à tout le monde tout le temps ! Plus fondamentalement fait son chemin l’idée que la prétendue démocratie n’en est pas une mais qu’elle n’est que le faux nez de la domination totale de l’oligarchie capitaliste et que seul un « grand retour au commencement », comme l’aurait dit Machiavel, peut régénérer la démocratie.

B/ En second lieu, il faut ici mettre en garde contre les illusions ou les mensonges habilement distillés. La « menace fasciste » est un épouvantail à moineaux. Le fascisme est né entre les deux guerres d’un côté de la crise sociale et de l’autre de la volonté d’une fraction des classes dominantes de se lancer dans la guerre civile contre le danger bolchévik. Il n’y a rien de tel aujourd’hui. Les Krupp et autres Siemens finançaient Hitler ; aucune fraction significative du grand capital ne finance le FN. La classe capitaliste transnationale, celle qui détient les cordons de la bourse et contrôle les médias n’a aucune envie de mettre un coup d’arrêt à la mondialisation, de liquider l’euro et de retourner au protectionnisme. Le FN lui-même est un des partis de la « société du spectacle » politique. Il n’est nullement prêt à se lancer dans la guerre civile. À quelques groupuscules d’excités près – dont on parle beaucoup pour se faire peur – les troupes du FN ne se disposent pas à monter à l’assaut des syndicats, à faire avaler de l’huile de ricin aux délégués et à casser leurs journaux. Mais comme on a propulsé Mme Le Pen au rang de seule opposante sérieuse à l’UE, son parti a récolté les fruits de la politique et de la propagande de ses prétendus adversaires. Elle a d’ailleurs bénéficié des largesses des médias qui lui ont fait la courte échelle et versent ensuite des larmes de crocodile. Le FN, « premier parti de France », c’est une grosse blague – mais, après tout, au royaume des aveugles, le borgne est roi !

C/ La gauche radicale a été incapable de capitaliser le mécontentement anti-UE. Il y a, certes, le cas grec, un peu particulier où Syriza a récupéré une partie des restes d’un PASOK en voie de disparition pure et simple. Le Front de Gauche en France obtient un résultat identique à celui du PCF seul en 2004. Un mauvais résultat autour de 6,3 %. La raison première en est que le Front de Gauche est précisément marqué comme un appendice de la gauche et que sa participation à ces élections s’est faite sur des objectifs très flous. Pendant que Mélenchon menait une critique radicale de l’UE en puisant parfois dans le répertoire souverainiste, la direction du PCF réaffirmait son attachement à l’UE et à l’euro, en parfaite cohérence avec son soutien de 2e tour au PS lors des municipales de mars 2014. Les responsables du PCF sont allés à revendiquer « un euro social » et à affirmer leur « attachement indélébile à l’UE ». La campagne qu’ils ont menée les met d’ores et déjà sur orbite pour s’aligner dans la prochaine présidentielle sur le candidat socialiste en contrepartie d’un « sauvetage des meubles » qui est à la fois médiocre, désespéré et pathétique. Si Mélenchon sauve l’honneur en obtenant dans sa circonscription du Sud-Ouest le meilleur résultat du FdG (8,9%), il le doit à sa notoriété nationale, les sections locales du PCF lui ayant souvent savonné la planche… Il reste que lorsqu’un vrai mouvement social apparaît, comme celui des « bonnets rouges », Mélenchon lui fait la leçon au nom des énoncés politiquement corrects qu’il a sortis de son chapeau. Nous l’avons dit dès la constitution du parti de gauche, en 2008, la stratégie du front de gauche est une impasse, parce qu’elle ne permet pas d’offrir une alternative crédible à la décomposition du PS : les résultats de dimanche le confirment. On trouvera d’ailleurs sur notre site les lettres que nous avions alors envoyées à JLM et à Marc Dolez auxquelles ils n’avaient pas jugé bon répondre. (mettre le lien).

D/ Enfin, la dégringolade du PS continue. Ceux qui avaient mis leurs espoirs dans l’énergique M. Valls en sont pour leurs frais ! Le « parti du président » paye et ce n’est que justice le prix de sa politique hostile aux travailleurs et aux classes populaires, le prix de sa soumission à la « finance » et de l’austérité qu’il fait subir d’abord aux couches sociales qui lui avaient fait confiance en 2012. Le gouvernement de Manuel Valls qui a fait du « pacte de responsabilité » l’axe central de sa politique, qui multiplie tous les coups contre les services publics, les fonctionnaires, qui se prépare à défaire la république dans un nouvel acte de « décentralisation » s’affirme comme le bras armé de l’UE en France comme la Troïka l’est par exemple en Grèce. Même dans le grand Ouest jusqu’à présent bastion du PS et singulièrement rétif à Mme Le Pen, le FN devance le PS. Les premières réactions confirment ce qu’on pouvait deviner : Hollande, son gouvernement et son parti continueront la politique qui les a menés au bord du gouffre. Alors que les négociations du TAFTA restent secrètes, que les dirigeants font semblant de ne pas être courant, l’Assemblée de godillots socialistes a refusé de voter une motion qui demandait l’arrêt de ces négociations dont le but est d’intégrer complètement l’UE dans l’empire américain. Jadis la gauche rêvait des « États-Unis d’Europe » ; aujourd’hui elle s’active à construire l’Europe des États-Unis…

Comment sortir de ce véritable effondrement politique ? Dans le livre de 2001 déjà cité, nous écrivions :

Reste une dernière solution. Que les hommes condamnés à une existence insignifiante par le système n’acceptent pas ce sort, que ceux que la “ nouvelle économie ” condamne à mort refusent de mourir, bref que les choses ne se passent pas tranquillement comme les experts l’ont prévu et planifié. On peut imaginer que dans la confusion, dans la dispersion, dans les contradictions, soit en train de germer un nouveau mouvement digne successeur du mouvement ouvrier du XIXe siècle et que, dans ce mouvement, les courants ou fractions à l’intérieur du PS ou au sein de la gauche plurielle qui déplorent le cours pris par la gauche dans son ensemble décident de mettre leurs efforts en commun pour reconstruire une force politique qui soit l’expression authentique des aspirations du peuple, de cette masses immense des “ petites gens ” qui ne bénéficient pas des “ stock options ”, qui attendent des fins de mois qui se font toujours trop attendre, qui n’appartiendront jamais au cercle distingué des “ élites mondialisées ”, comme dirait Chevènement. Bref, une force politique qui pourrait reprendre et prolonger l’effort émancipateur du mouvement ouvrier traditionnel. Un tel mouvement pourrait entraîner avec lui ceux des intellectuels qui refusent l’écrasement de la culture sous le poids de la marchandisation, ceux qui veulent défendre la souveraineté nationale sans tomber dans le nationalisme, une large part des classes moyennes laborieuses qui aujourd’hui servent de masse de manœuvre aux grandes firmes capitalistes. “ Populisme ” nous rétorquera-t-on. Mais la haine du “ populisme ” n’est plus aujourd’hui que l’expression de la révolte des élites autoproclamées contre le peuple.Un tel mouvement ne pourrait se construire qu’en rompant avec la mythologie du progrès à tout prix, avec l’idée absurde que, puisque c’est nouveau, c’est nécessairement mieux. Non pour retourner en arrière, mais pour restaurer sa valeur au seul progrès compte, le progrès moral, social et politique.Un large accord pourrait se faire pour limiter drastiquement la marchandisation du monde. (…) Si le marché est, sans doute, un bon moyen d’allocations des biens de consommation, un fort service public, non soumis aux critères marchands, peut être un moyen pour rétablir l’égalité des citoyens, l’égalité entre la ville et la campagne, entre ceux qui ont les moyens d’accéder au transport, aux télécommunications, à l’instruction et ceux qui ne les ont pas.Qui pourrait s’opposer à la défense et l’extension des droits sociaux qui sont garantis par la Constitution ? Qui pourrait défendre les monstrueuses inégalités qu’engendre la mécanique néolibérale ? Qui ne comprend pas que l’égalité politique suppose que la vie publique soit soustraite au contrôle des puissances financières ? Le renouveau de l’égalitarisme républicain pourrait ainsi être le ciment qui transforme des aspirations populaires en force politique.Une nouvelle République : voilà l’horizon qui pourrait s’ouvrir.

Sur la perspective, il n’y a rien à changer. Mais le temps passe. Les forces « saines » issues du « vieux mouvement ouvrier » sont en voie de disparition – ne serait-ce qu’en raison du vieillissement biologique ! Et personne ne sait trouver le chemin d’une jeunesse coincée entre l’intoxication de la société marchande et l’angoisse devant les lendemains qui ne chanteront pas. Encore une fois, ce qui s’impose, c’est une radicale remise à plat, sans concession, préalable indispensable pour reconstruire une perspective émancipatrice. Cela suppose à la fois un travail théorique – car « sans théorie révolutionnaire pas de mouvement révolutionnaire » comme le disait Lénine – et une résistance pied à pied contre l’agression brutale des classes dominantes. Cela suppose :

  • la défense des acquis sociaux, sécurité sociale, retraite, conventions collectives dont le gouvernement Hollande poursuit le démontage systématique ;
  • la défense de la démocratie locale contre le système corporatiste que veut instituer la réforme annoncée des régions, la suppression des conseils départementaux et la mise en coupe réglée des communes dissoutes dans des machins du type « métropole » ;
  • la défense et la reconstruction de l’école républicaine, de l’égalité de tous devant l’instruction publique laïque et gratuite ;
  • la remise en cause des traités européens qu’il faut dénoncer ;
  • la lutte pour une Europe des nations souveraines contre l’UE au service du capital financier.

Un Rassemblement unitaire sans exclusive sur cette base, voilà qui pourrait au lendemain des élections européennes offrir un cadre de regroupement pour organiser la résistance nécessaire et passer à l’offensive républicaine….

Place au peuple !