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UE : Pourquoi agir en deux temps (Plan A et B) ? Pourquoi pas l’exit tout de suite ? Par Bob Solo le 18/01/2017

Note de Vincent Christophe Le Roux : Bien que je sois, personnellement, adepte de la sortie (après avoir vérifié, par référendum, que les Français le veuillent bien), une sortie sans négociation préalable avec quiconque, une sortie qui soit un acte de li-bé-ra-tion de cette prison qu’est l’UE, je vous propose de consulter ces lignes écrites par mon ami Bob Solo car je trouve que c’est le discours le plus convaincant que j’ai lu depuis bien longtemps en défense de la stratégie plan A – plan B.
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Il est dit clairement [par Jean-Luc Mélenchon] que [le] programme [qu’il défend] ne peut s’appliquer dans le cadre actuel des traités européens, on le sait, merci, on est pas idiots. Les analyses sérieuses sont nombreuses à démontrer au final que ces traités privent ni plus ni moins les états membres de tout pouvoir de choisir et de décider eux-mêmes sur des tas de sujets importants concernant la vie quotidienne de leur propre population. Il est donc dit tout aussi clairement qu’on attendra pas pour désobéir aux dispositions de ces traités qui interdiraient la mis en œuvre des mesures les plus urgentes, notamment sociales et budgétaires.
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Ceci posera d’emblée le cadre, l’ambiance (lol) et le rapport de forces des « négociations » qui suivront obligatoirement entre la France et l’UE, sans doute à la demande de cette dernière qui va vite comprendre la menace que représente cette rupture pour tout l’édifice.

Les arguments de Mélenchon sont à entendre pour ce qu’ils sont. Quand il dit que « nous ne sommes pas la Grèce, nous pesons presque 20% du PIB de l’Union, nous serons bientôt la première population en nombre et parmi les plus jeunes, on ne fait pas l’Europe sans nous », etc, ce n’est pas parce qu’il est « nationaliste », « arrogant », « chauvin » ou qu’il a « le melon », c’est juste qu’il énonce des faits, simples et réels mais ensevelis sous 40 ans de discours décliniste et culpabilisant : la France en retard, archaïque, qui vit au-dessus de ses moyens, les Français trop payés, pas assez productifs, le modèle allemand, etc, autant de clichés balayés par les chiffres comparés.
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On obtiendra ou pas de vraies victoires à l’issue de la bagarre mais de toutes façons le résultat sera soumis à décision populaire : au peuple de trancher – et on sait à quel point les instances européennes détestent ça. Et si ça le fait pas, c’est toujours aussi clair, on arrête les frais définitivement et on construit autre chose avec tous ceux qui seront partants sur un modèle de coopération (économique, scientifique, culturelle, etc). Il pourrait alors y avoir beaucoup plus de candidats qu’on ne l’imagine.
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Il est en effet peu probable que les négociations avec l’UE aboutissent, vu qui la pilote. Mais une bonne stratégie se doit de produire des effets sur plusieurs plans. Ici il ne s’agit pas que de se préoccuper des intérêts purement français même si c’est la priorité. Le prévisible échec aurait aussi pour effet de finir de démasquer l’imposture européenne aux yeux de tous, puisque visiblement les affaires précédentes n’ont pas suffit à dessiller le regard de tout le monde à ce sujet. Que ce soit à Chypre, en Grèce, au Portugal, en Espagne, en Italie, les ingérences, représailles, chantages, brutalités, punitions, bref tous les coups tordus infligés aux divers pays membres qui menaçaient de sortir des clous ont pourtant montré la vraie nature de cette construction et prouvé qu’elle ne pouvait survivre qu’en allant plus loin dans l’autoritarisme et la négation de la démocratie la plus ordinaire. On ne négocie donc pas avec ces gens-là en amenant une boite de chocolats (cf Tsipras/Varoufakis) mais avec un flingue chargé, prêt à s’en servir. En l’occurrence l’option affichée d’un exit pur et simple, qui pourrait lui-même annoncer l’hémorragie. En y regardant de plus près, vouloir « négocier », dans ce cas précis, n’est en rien une attitude timorée mais plutôt un « piège » tendu à l’UE dont elle aura du mal à se sortir indemne.
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Pensons qu’avec la récente démission du président du Conseil italien Renzi et le renoncement d’Hollande en France, l’Union perd ses derniers dirigeants poids lourds sociaux-démocrates pro-UE, laissant ici ou là le terrain à des droites nationales plus ou moins extrêmes, plus ou moins souverainistes, plus ou moins euro-sceptiques. Ce n’est donc pas que chez nous que le débat va faire rage. Tout ça sur fond de brexit : l’UK ayant apparemment choisi d’enclencher le processus de sortie prévu par l’article 50 du traité de Lisbonne, ce sont au bas mot deux ans de rudes négociations qui vont peser sur tout le reste. En clair, ça sent le roussi pour la technocratie de Bruxelles.
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La Commission a d’ailleurs décidé en décembre dernier « d’assouplir certaines contraintes budgétaires », après l’aval de Merkel. Traduisons : les peuples des états-membres comprennent peu à peu qu’ils subissent toute la violence d’une « austérité » qui ne donne aucun des résultats promis, il faut lâcher du lest avant que tout nous pète à la gueule. Il y a fort à parier que ça ne suffira pas. C’est peut-être même trop tard. On verra. Mais quoi qu’il en soit, c’est à cette UE affaiblie, divisée, rongée de l’intérieur, qu’un Mélenchon présidant la France aurait à faire. S’il était de plus porté par un large mouvement populaire à ce moment-là, il se retrouverait en véritable position de force.
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Rendu là, le scénario détaillé par Lordon a toutes les chances de se réaliser : si la coalition conservatrice qui règne en Allemagne (et en UE) était réellement menacée d’être mise en minorité, l’économiste prévoit que c’est elle la première qui se retirerait de l’Union plutôt que d’abandonner les fondamentaux économiques qu’elle a réussi à imposer à tous les autres (pas parce qu’elle est « méchante » mais parce qu’elle défend ses intérêts – nous devons donc défendre les nôtres, qui sont différents).
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Il n’y a donc quasiment aucune chance au final que l’UE perdure telle qu’elle est. A moins que les mêmes (droite rose et bleue) restent au pouvoir. Mais dans ce cas-là, n’envisageant pas de changer de cap (austérité, réductions de dépenses publiques, déréglementations, concurrence exacerbée, privatisations rampantes, etc), elle perdurerait en aggravant la situation de 500 millions d’européens. En effet, les « solutions » qui ont foiré hier foireront encore plus demain.
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Le résultat le plus à craindre serait alors un tel ras-le-bol général que les forces politiques les plus rétrogrades et xénophobes finissent par rafler la mise. Un scénario pareil combiné aux prévisions d’afflux massif de réfugiés climatiques dans les années à venir transformerait le vieux continent en poudrière des plus explosives. De plus, la géopolitique mondiale est sur le point de se modifier profondément (relations USA / Chine / Russie). Face à ce combat de titans, on se demande ce qui pendrait au nez de nos petits pays s’ils étaient refermés sur un nationalisme étroit. Sans doute un long tunnel dans l’obscurité.

« La fin de l’Union Européenne » – Un constat implacable par Lenny Benbara le 04/01/2017

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Lien vers l’article sur Le Vent Se Lève 
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Dans vos librairies le 5 janvier, « la fin de l’Union Européenne » est le produit de la collaboration de Coralie Delaume, essayiste et blogueuse, et de David Cayla, maître de conférence en économie à l’université d’Angers et membre des économistes atterrés, que nous avions par ailleurs interviewé sur le protectionnisme. Les deux auteurs nous livrent une analyse à la fois lucide et brillante de ce qu’est devenue l’Union Européenne.
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Tout y est. L’ouvrage est découpé en six chapitres très aboutis. Le premier fait l’analyse des référendums qui ont eu lieu les dernières années, la façon dont les peuples disent de plus en plus « Non » à l’Union Européenne, et les conséquences importantes que ces scrutins auront. Le second revient sur la crise grecque et les leçons qu’on peut tirer de l’échec d’Alexis Tsipras. Dans ce chapitre, la façon dont la BCE a montré toute son « indépendance » orientée et sa puissance de feu contre la Grèce est magistralement décrite. Le troisième expose, à partir de l’histoire longue et de façon accessible aux néophytes de l’économie, la manière dont le marché unique européen et l’euro ont produit de la divergence entre les économies européennes, au profit du bassin rhénan.
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Ensuite, le quatrième montre admirablement comment « Europe » et « dumping » sont devenus de parfaits synonymes à partir du cas du Luxembourg, paradis fiscal au cœur de l’Europe, et de l’Irlande, qui est devenu le grand centre d’accueil des multinationales qui veulent échapper à l’impôt. Le chapitre suivant nous offre une analyse intéressante de la façon dont les institutions supranationales se sont mutuellement renforcées, notamment grâce à la CJUE, cette institution méconnue qui pratique un coup d’État juridique permanent. Enfin, le dernier chapitre s’attarde sur le rôle de l’Allemagne, la manière dont elle est devenue aujourd’hui quasi-omnipotente en Europe, et la situation de servitude volontaire dans laquelle nous nous sommes plongés vis à vis d’elle.
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L’ouvrage est donc très complet sans être trop long pour autant. L’analyse est précise et concise. Ce livre-bilan est néanmoins implacable. L’Union Européenne est aujourd’hui dans une impasse, car elle a voulu se construire comme une fédération à partir de méthodes impérialistes, c’est-à-dire à la fois en dépit des peuples et contre eux. Le « fédéralisme furtif » des technocrates de Bruxelles, celui des conciliabules et des couloirs du Berlaymont, est arrivé à ses limites. Le processus de détricotage a d’ores et déjà commencé avec la suspension de facto de Schengen et de la convention de Dublin, la révolte croissante des pays de la périphérie vis à vis du cœur économique de l’UE, le chaos de la crise migratoire, la prise de distance des pays scandinaves, ou encore le Brexit, qui met fin au mythe de l’irréversibilité de la construction européenne. Bref, la fin de l’Union Européenne a bel et bien commencé.
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A l’appui, de nombreuses citations de responsables européens totalement désabusés. Ainsi, les plus farouches européens auraient déjà renoncé à leur projet : « L’Europe comme nous l’avions imaginée, c’est fini. L’Europe que nous avions voulue, nous ne la connaîtrons jamais. Et les États-Unis d’Europe, il ne faut plus y penser » a déclaré François Hollande, le 23 juillet 2016. Le malade est donc en état de mort clinique. Nos deux auteurs nous invitent à le débrancher afin d’arrêter les frais.
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Cette lecture a été tout à fait stimulante. Nous avons beaucoup apprécié la finesse de l’analyse et sa maturité. L’aspect juridique, que nous maitrisons encore assez mal, est très bien développé. On se rend compte, à l’exposé des méthodes de la CJUE, que c’est bien ici que se jouent les principes de la démocratie. David Cayla, pour sa part, montre très bien comment l’Union Européenne s’est construite en mettant les peuples en concurrence, en fragilisant les modèles sociaux, et en détruisant petit à petit toutes les protections des travailleurs.
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Nous aurions néanmoins aimé que les auteurs mettent davantage en avant des propositions concrètes. Car nous croyons précisément, ainsi que le montre cet ouvrage, que la mort de l’Union Européenne est déjà actée dans les têtes, et qu’à l’heure du démarrage de la campagne présidentielle, il est temps de mettre en débat des propositions et une vision politique pour sortir de cette ornière. On nous rétorquera surement que cela ne relève pas de la responsabilité des auteurs de ce ouvrage.
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Hormis cette petite réserve, c’est un livre qui vous fera réellement réfléchir, et qui vous apportera un matériau riche et dense, tout en étant agréable à lire. Le moment est venu que nous sortions des interminables débats identitaires pour enfin mettre les grands sujets sur la table, ceux qui engagent le destin de la nation tout entière. A lire absolument donc. Courrez chez votre libraire – vous pouvez aussi faire trois clicks et aller sur Amazon, pour les plus feignants – !
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Crédit photo : Margot l’Hermite