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Paroles de militant-e-s du PG… « Il est minuit moins cinq »

Dans la thématique « Les temps que nous vivons sont gravissimes mais Syriza et Tsipras d’un côté, Podemos et Pablo Iglesias de l’autre, nous montrent la voie pour en sortir » pourtant nous nous complaisons dans les mêmes travers que ceux que nous fustigeons, certains militant-e-s parlent un autre langage…

D’abord ma camarade Christine Duplaissy qui précise : « je demande l’indulgence pour les fautes car je suis sur smartphone : pas facile, les touches »
Perso : les « départementales » et « régionales », je m’en tape, mais d’une force !!! Z’ont tout verrouillé jusqu’à la présidentielle avec leur « réforme territoriale » !!! Je le sais, je travaille pour un Conseil général (Département), donc je suis bien placée pour le savoir : ça servira à rien d’essayer de « repêcher » quelques élu-e-s ici ou là, parce que de toutes façons, tous les budgets sont en baisse et quand on y travaille, on voit bien qu’on mouline dans la semoule, qu’on passe notre temps à « remplacer » les collègues malades (jamais remplacé-e-s « because » gna-gna-gna « la dette » et les services publics coûtent trop cher !!! (sous-entendu surtout NOS PETITS SALAIRES, passeque « vous êtes les plus nombreux/nombreuses » (ben oui, féminin, parce que les plus bas salaires fonction publique – comme ailleurs !- sont surtout des femmes !!!) et « vos charges, ça coûtent cher » et bla et bla et bla !!!
Et les élu-e-s FdG, ben même pas ils y arrivent, à « lutter » contre le dogmatisme ambiant !!! Parce que là : ils sont nos « patrons » !!! Alors, ils mettent leurs casquettes de « patrons » et nous oppriment tout pareil, car « bla-bla-bla-intérêt génénral » et y’a pas de sous-sous » et « dotation en baisse » ! Et « obligé-e-s voter le budget du PS passeque sinon, ça sera la droite ou l’essstrêm-droite qui « bla-bla-bla-les budgets-n’encore-plus-n’en baisse » !
Sauf que ces mêmes petits fonctionnaires, y sont aussi citoyen-ne-s, donc électrices/électeurs ! Et y z’ont des familles ! Et tout ça voit les « petites cuisines entre ami-e-s » depuis trop longtemps ! (il y a de rares exceptions, mais justement, tellement rares qu’il/elles n’y arrivent pas non plus, à lutter contre le « tous pourri-e-s » !).
Et donc, le « tous pourri-e-s », il vient bien de quelque part, aussi, les gens ne sont pas sourds et aveugles, sur le plan local, ils/elles voient très bien comment ça « fonctionne » : clientélisme, lobbying, le « système » turbine à fond, de « droite » comme de « gauche » ! Et donc, du coup, les petits fonctionnaires, leurs familles, leurs voisin-e-s, etc… Hé bien : ils / elles n’y croient plus que « la droite c’est pire » !!! ET même n’y croient plus trop qu’avec l’extrême-droite ça sera le pire-du-pire ! Et là : accroche-toi pour leur expliquer qu’on est toutes et tous « honnêtes » au FdG, quand sous leurs yeux, chaque jour, ils / elle sont des exemples contraires !!!
Alors, le grand nettoyage, pour une sixième république tout’ prop’ sur elle, par nous e t pour nous, va falloir le faire partout bien dans les coins-coins et les re-coins-coins !! Et après ça, faudra, même avec une nouvelle constitution, bien les surveiller, les nouvelles / nouveaux élu-e-s ! (C’est d’ailleurs pour ça que je réclame une assemblées tirée au sort où TOUT LE MONDE est représenté à partir de la majorité (18 ans), donc à partir du n° de Sécu : pas pour « remplacer » les assemblées élues sur un PROGRAMME, mais pour contrôler les assemblées élu-e-s et s’assurer quils/elels font correctement et honnêtement leur taff, et conformément à la fois à la constitution et au programme choisis par les électeurs et électrices !!! Avec le budget du Sénat, du Conseil constitutionnel et de la Cour des comptes réunis, qui ne servent à rien du tout qu’à obéir aux agences de notation, on pourrait se contenter de deux assemblées : une élue et une tirée au sort, et on aurait de quoi financer le personnel et la formation nécessaires aux deux assemblées,. Avec mandat unique et limité dans le temps, pour les élu-e-s comme les tiré-e-s au sort, salaire medium (le même pour tout le monde, à partir du salaire moyen de l’ensemble des citoyens du pays, et par contre un statut qui leur permette soit de retrouver aux mêmes conditions leur emploi à l’issu du mandat, soit de pourvoir retourner en formation rémunérée débouchant sur un emploi, pour les étudiants et/ou chômeurs !!!).
Ben si : « on peut », ça, j’en suis sûre ! Mais pour ça, faut mettre un stop à TOUTES les oligarchies, y compris celles internes aux partis ! Et faut que les petits nouveaux qui se sentent pousser leurs grandes dents pour mieux nous manger arrêtent de vouloir être « calife à la place du calife » et s’occupent uniquement de l’intérêt général, ce que toute femme ou homme « politique » (c’est-à-dire citoyen-ne, n’aurait jamais dû perdre de vue !!!

Ensuite, moi-même :
Dans son long commentaire que je signe, Christine explique quelle est notre vision et quelles sont nos exigences. Nous serons radicaux et inflexibles. Elle évoque quelques pistes que nous avons appuyées en signant les contributions qui en faisaient état. Nous allons pousser très fort à ce congrès. Et nous avons de très hautes exigences. Parce que nous comprenons l’urgence à agir, à rompre avec certaines habitudes et comportements et à parler clair. Nous nous y employons et j’ai bon espoir que nous serons entendus. Si mon enthousiasme devait être démenti, si ça ne devait pas tourner dans le sens que nous voulons, nous serons alors très nombreux à quitter le PG qui ne s’en remettra pas. Ce sera alors un avatar du Pasok.

Si les cadres actuels du PG bloquent le processus de démocratisation et de débat que nous voulons, pour faire en sorte d’aboutir notamment à ce que notre sortie de l’UE devienne désormais un de nos principaux étendards, à côté de la 6e République, du partage des richesses, d’un anticapitalisme franc et assumé, d’une diplomatie internationaliste et universaliste et de l’écosocialisme, le PG mourra et ne bénéficiera pas, lui, des rémissions que le nombre d’élus du PC, sa longue histoire et son installation dans le paysage et le système garantissent à ce parti…

Certain-e-s déjà n’y croient plus et comme je les comprends. Il y en a qui ont été victimes d’exécutions sommaires. De nombreux comités ont été dissous sur décision prétorienne de quelques petits chefs, simplement parce que ces militants et ces comités appliquaient rigoureusement le discours que nous portons, Mélenchon compris, à savoir « nous ne travaillons plus avec le PS » mais que ça gênaît certains intérêts et risquait d’empêcher certains de commencer ou de poursuivre leur carrière. Cela est inacceptable. C’est ce genre de comportements que nous avons dénoncés chez le PC et que nous avons, hélas, retrouvés parfois aussi au PG. Cela alimente et renforce donc notre colère et fait grandir notre détermination absolue à faire exploser les blocages, à désavouer ces « petits chefs », à démonter les côteries et à défaire l’esprit « cour du roi » pour transformer le PG en ce qu’il doit être en 2015 : non plus un appareil égal à tous les autres dans cette 5e République agonisante et de plus en plus haïe, non plus ce parti adepte, comme les autres, des tractations secrètes, du double langage, de la mauvaise foi, prêchant la démocratie partout et tout le temps mais se comportant comme une armée aux ordres de ses officiers et sous-officiers, avec exécution sans procès de ceux qui ont refusé de se soumettre.

Ce congrès est la dernière chance. Il n’y aura pas de seconde chance car nous n’attendrons pas le suivant en rongeant notre frein, comme ces ridicules frondeurs du PS. Et il ne s’agit pas de nous compter ou de nous mettre en avant, mais de gouverner comme le dirait Mélenchon. Donc de prendre les rênes du PG pour les rendre immédiatement à ses adhérents, notamment via une réforme profonde de son organisation, de ses structures, de ses modalités de fonctionnement et par la mise en oeuvre de multiples processus de démocratie directe.

Soit nous sommes entendus et devenons majoritaires sur nos options et nous incarnerons un nouveau PG pour le transformer en une machine politique à rassembler le peuple tout entier, comme ont commencé à le faire Podemos et Syriza, et pas seulement les vieux partis et organisations de la gauche ; soit nous ne sommes pas mis dans cette situation de conduire l’avenir et pour ma part, je m’en irai en claquant la porte. Et beaucoup feront de même…

2015, pour le PG peut être l’année de son décollage…ou au contraire de ses funérailles ! Le congrès est en juillet, quelques mois après ce qui va être une hécatombe, pour nous aussi, aux élections départementales de mars. Sachez que vu la tournure des évènements dans ma ville et mon département, vu que je ne suis pas « majoritaire » sur les options que je défends, vu que je ne peux tolérer de cautionner encore une fois la même cuisine avec toujours les mêmes faux alliés, j’ai annoncé la couleur. Ces élections ne me concernent pas. Non seulement, je n’y prendrai aucune part, mais aujourd’hui je pense que, pour la première fois depuis que je vote (j’ai voté la première fois à 19 ans aux législatives de 1993) je m’abstiendrai pour dire que ce cirque ne m’intéresse pas et que je ne veux plus prendre part au processus de ces élections.

Mais après le congrès, il y aura les Régionales. Si nous avons pris les bonnes décisions à ce congrès, nous en goûterons les fruits à cette seconde séquence électorale, sinon, ce sera la dernière à laquelle nous aurons pu participer car le peuple nous aura décimés…

Lettre ouverte d’un militant de base du Parti de Gauche à Nicolas Dupont-Aignan, Président de Debout la France

Avant-propos

Au lendemain de sa victoire aux élections législatives en Grèce, Syriza, la « Coalition de la Gauche radicale », a conclu un  accord de gouvernement avec le parti « ANEL » (« les Grecs indépendants ») de Panos Kamménos. Ce parti est défini comme « souverainiste » et est classé à droite. D’où des réactions très vives de certains…

Pourquoi un tel accord a priori contre nature ? Cet accord permet à Syriza d’obtenir une majorité absolue des sièges au Parlement, alors qu’il lui en manquait deux pour atteindre le seuil fatidique de 151 sièges et que ni le PASOK (le parti socialiste grec), ni le KKE (le parti communiste grec), ne voulaient permettre à Alexis Tsipras, le leader de Syriza et nouveau Premier ministre grec, et à Syriza elle-même, d’atteindre, grâce à l’apport de leurs députés, ce seul fatidique des 151 sièges.  Le nouveau Premier ministre grec a alors cherché avec qui il pouvait s’entendre, ne serait-ce que partiellement, pour pouvoir obtenir cette majorité absolue, sans donner le signe d’un afadissemnt de sa volonté de lutter contre ceux qui humilient son pays et martyrisent son peuple. Et de fait, malgré de grandes différences, voire de profondes oppositions entre Syriza et Panos Kamménos sur beaucoup de sujets de politique intérieure, ces deux partis se rejoignaient sur la nécessaire rupture avec l’austérité, et l’indispensable bras de fer à engager avec l’UE et avec le gouvernement d’Angela Merkel. Alexis Tsipras ,et sans doute l’état-major de Syriza avec lui, ont donc jugé possible et utile de s’accorder avec ce petit parti souverainiste de droite car, en l’état des forces politiques au sortir de ces élections, l’ANEL et son leader Panos Kamménos ne seront pas en situation de peser sur les principaux choix de Syriza et de Tsipras mais ils pourront, ensemble, opposer un front solide face à leurs ennemis communs. Je considère donc, pour ma part, que c’est la moins mauvaise des solutions, au regard des réalités actuelles. Certes, il aurait été préférable de passer un accord avec le KKE, parti communiste grec, qui est plus proche de Syriza que ANEL de Panos Kamménos. Mais la fin de non recevoir du KKE mettait un terme à cette éventualité. Et négocier avec les centristes de To Potami aurait été mettre un doigt dans la gueule du crocodile vu qu’ils sont européistes et, si j’ai bien saisi, pas si hostiles que ça à l’austérité…

Nicolas Dupont-Aignan, Président de Debout la France étant l’invité, ce lundi 26 janvier 2015, de Jean-Jacques Bourdin, dans le cadre de la Matinale de RMC, l’animateur a saisi l’occasion de poser à son invité une question politicienne sur ce sujet. Il a ainsi demandé à Nicolas Dupont-Aignan, dont le parti Debout la France est le plus proche parent de l’allié inattendu de Syriza, si « politiquement, [il] pourrait passer un accord avec le Front de gauche de Mélenchon ». Et Nicolas Dupont-Aignan répondit : « Si c’est pour sauver la France et si c’est sur un programme intelligent de création de richesses, pourquoi pas ? »

Voici une réponse que j’adresse à Nicolas Dupont-Aignan suite à sa main tendue. Elle n’engage que moi, militant très ordinaire du PG et sans responsabilité particulière au sein de mon parti. Elle ne représente que ma vision et n’engage en rien mon parti. Si j’emploie le « nous », c’est parce que je crois, malgré tout que d’autres que moi pourraient se retrouver dans ce que j’écris. D’où aussi mon choix de recourir à une lettre ouverte car si cette réaction est personnelle, je suis convaincu que beaucoup de militants et de citoyens pourraient avoir envie de dire leur propre sentiment sur la question qui a justifié cette lettre.

* * * * *

Monsieur Dupont-Aignan,

Vous avez émis, ce lundi, une proposition de partager le gouvernement de la France avec le Front de Gauche. C’est une proposition inédite, mais que l’on peut comprendre, quand on étudie votre parcours,  quand on connaît votre philosophie politique et que l’on suit de près l’actualité.

Mais s’il est possible de la comprendre, il est très difficile, pour ne pas dire impossible, aujourd’hui, d’y donner suite. Je vais essayer de vous expliquer pourquoi.

Cela va vous paraître paradoxal mais je dirais qu’il y a un préalable nécessaire, indispensable. Non pas que vous viriez à gauche, car ce serait une demande insensée de notre part, vu que vous avez toujours été de droite. En outre, il n’est pas dans notre habitude de réclamer de nos « alliés » qu’ils nient ou remettent en cause ce qu’ils sont. Bon, si vous décidiez de vous rallier à nous, nous vous accueillerions et nous vous ferions une place. Mais en général, nos alliés sont naturellement, politiquement parlant, très proches de nous, même si l’on peut parfois se disputer sur tel ou tel sujet. Il ne viendrait par exemple à l’idée de personne d’envisager de nous allier avec, par exmple, l’UMP en leur demandant de renier ce qu’ils sont et de communier civilement avec nous dans l’écosocialisme, d’exprimer la volonté de mettre à bas le capitalisme et d’embrasser notre objectif de substituer une 6e République du peuple à cette 5e République devenue celle des oligarques. Nous choisissons de nous allier avec celles et ceux avec qui nous partageons quand même, d’entrée de jeu, l’essentiel et avec qui il est possible de passer des compromis acceptables sans compromission.

Pourtant, certains d’entre nous voient plus grand. Certains d’entre nous aspirent à un « rassemblement du peuple ». Ceci devrait vous parler n’est-ce pas ? Le « rassemblement du peuple  a toujours été aussi la volonté du général de Gaulle, puis de ceux qui se sont prétendus, à tort ou à raison, ses héritiers. Mais c’est aussi tout autant l’objectif des révolutionnaires, qui aspirent à ce que le peuple se dresse, uni, contre les oligarques, contre les maîtres, contre les tyrans. En fait, que l’on parle de « rassemblement du peuple » ou de « lutte des classes », on parle en fait de la même chose : les 99% contre les 1%. L’intérêt général contre les intérêts particuliers. C’est ainsi que personnellement je vois les choses.

Donc, si certains à droite et à gauche, un peu moins au centre, refusent, par principe, de parler avec leurs adversaires, et refusent toute hypothèse d’action commune, il y a aussi des militants et des citoyens, à gauche, à droite, au centre ou ailleurs, qui pensent que se parler est utile à tous et que parfois, agir ensemble, pourrait mieux faire avancer l’intérêt général.  Comme ce fut le cas sous l’Occupation et la Résistance avec le CNR. Je vais y revenir plus loin.

Ces propos liminaires avaient pour but de vous montrer que je ne fais pas partie des gauchistes sectaires, bien que je sois de gauche. Je ne rejette pas, par principe, l’idée de débattre, de discuter, d’échanger, voire même d’agir avec des militants ou des personnalités qui ne partageraient pas ma vision, mes analyses, mes rêves et mes projets. Sinon, nous resterions en vase clos, au risque de nous scléroser. La contradiction, le clivage, le débat même, et surtout avec ceux qui défendent des convictions et des propositions opposées aux vôtres, sont utiles à tous. J’ai appris de Jean-Luc Mélenchon que le clivage favorise bien plus la démocratie que le consensus.  Mais à l’inverse, s’il y a un temps pour le clivage, il y en a un aussi pour le rassemblement. Et je ne parle pas ici de cette « unité nationale » qui est soit une fumisterie, soit une escroquerie pour attraper les gogos, soit pire, un ferment de dictature et de pensée unique sacralisée.

Si débattre, échanger, se contredire, argumenter et contre-argumenter est toujours possible et est même nécessaire entre adversaires ou concurrents, en revanche, gouverner ensemble, c’est tout autre chose, vous en conviendrez. Il est indispensable de partager les mêmes valeurs et les mêmes dégoûts. Il est nécessaire d’être prêts à appliquer les mêmes principes fondamentaux même si l’on peut se différencier sur les mesures d’application de ces principes. Il est plus que préférable de caresser les mêmes rêves. Et là, je ne suis pas convaincu, malgré quelques proximités entre vous et nous, que ce minimum existe pour que nous puissions envisager un gouvernement commun entre vous et le Front de gauche.

Je pourrais dire, sur le ton de la boutade, et usant du paradoxe : « Redevenez un authentique gaulliste et on pourra discuter… »

Curieux comme suggestion non ? L’homme de gauche, le démocrate exigeant et ambitieux que je suis, qui a bien des raisons de critiquer le général de Gaulle et son oeuvre, vous appelle à redevenir « gaulliste ». Il y a deux idées derrière cette suggestion.

D’une part, il y a l’idée que le gaullisme authentique, ou l’idée que je m’en fais sur la base de mon éducation, de ma culture et de mon expérience politique,  n’était pas le mal absolu que certains décrivent. Certes il y a beaucoup à dire de la personne et de l’oeuvre du Général, et nous le faisons, au Parti de Gauche et au Front de Gauche. Nous ne nous privons pas, au Front de Gauche, de dénoncer ce qui nous semble devoir l’être : « sa » constitution, par exemple, qui permet toutes les déviances antidémocratiques que nous connaissons. Sur ce point, nous n’ignorons pourtant pas que le texte initial a été si souvent modifié que l’oeuvre même du Général ne peut être seule en cause. La pratique des hommes qui lui ont succédé a eu ses impacts nuisibles. Les nombreuses révisions ont dénaturé cette loi fondamentale. Cela est vrai. Mais nous pensons aussi que le texte initial, dans ses grands principes, portait en lui-même tous les risques que François Mitterrand a brillamment décrits dans « Le coup d’état permanent », avant hélas d’oublier son génial réquisitoire et de se complaire, à son tour, dans ces jeux de pouvoir et cette forme d’autoritarisme que la loi fondamentale de notre pays rendait possible. Certes le Général lui-même, bien qu’ayant gouverné avec autoritarisme, a toujours respecté la volonté populaire exprimée électoralement, puisque nous savons tous qu’il démissionna le jour même où, pour la première fois, il fut désavoué. Ses successeurs n’eurent pas les mêmes préventions. Le système est donc pernicieux puisqu’il permet les abus. Montesquieu disait « Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser » et c’est pourquoi il ajoutait peu après que pour conjurer ce risque, il fallait « que le pouvoir arrête le pouvoir ». C’est-à-dire qu’il était indispensable, selon lui, de créer des contrepouvoirs et des contrepoids. On en est très loin avec cette constitution. D’où notre volonté de la changer.

Le Général est aussi critiquable pour bien d’autres raisons mais cette lettre n’a pas pour objet de dresser  un réquisitoire contre lui. Car à l’inverse des critiques que je peux lui faire, et que mon parti ou mes camarades peuvent lui adresser, j’ai aussi, personnellement, envers lui, une certaine admiration pour une bonne partie de sa vie ou de son oeuvre. De son action pendant la Résistance, de son bref passage au gouvernement provisoire en 1944, de sa présidence de 1958 à 1969, il nous reste des trésors, surtout quand on compare cette époque à notre temps, à tout ce que lui, et d’autres avec lui, avaient rendu possible, qui a été détruit, dévasté, annulé depuis. Au temps du général de Gaulle, nous étions libres, indépendants, souverains. Au temps du général de Gaulle, nous étions écoutés, respectés, pris pour exemple. Au temps du général de Gaulle, nous parlions au monde entier, à toutes les puissances, Ouest et Est, mais aussi aux Non-alignés.  Nous parlions d’égal à égal avec l’Allemagne et même avec l’URSS et les Etats-Unis. Au temps du général de Gaulle, la Communauté européenne ne nous imposait rien qu’on n’ait voulu et clairement accepté. Au temps du général de Gaulle, notre politique étrangère n’était pas conditionnée à celle de l’Empire états-unien. Au temps du général de Gaulle, nous étions d’ailleurs sortis du commandement militaire intégré de l’OTAN et avions dit aux forces armées états-uniennes installées sur notre sol de rentrer chez elles. Au temps du général de Gaulle, nous osions exprimer notre désaccord avec le bellicisme d’Israël. Et oui, à l’époque, nous le faisions… Au temps du général de Gaulle, nous avions une politique économique et sociale, sans doute imparfaite, mais bien plus conforme à l’intérêt général et aux intérêts des Français ordinaires que celle qui nous est imposée, contre notre gré, depuis les années 70. Au temps du général de Gaulle, nous n’obéissions pas aux marchés et nous n’allions pas prendre nos instructions auprès de la chancellerie d’Allemagne. Le général avait eu cette formule savoureuse : « la politique de la France ne se fait pas à la corbeille ». Bref, nous savons bien ce que nous avons perdu depuis son départ.

Nous savons donc bien ce que nous devons au général de Gaulle et à ceux qui l’ont assisté pendant qu’il était à la tête de notre pays. Nous savons aussi ce que nous devons au CNR qui ne fut pas que l’œuvre du Général. Le CNR fut aussi très largement inspiré par la gauche, et en particulier par les communistes. Aussi éloignés qu’ils pouvaient êtres les uns des autres, ils travaillèrent ensemble. Certes, l’heure était exceptionnelle et justifiait que l’on néglige certains désaccords pour œuvrer ensemble à l’essentiel. Nous n’en sommes pas encore à un tel degré de gravité. Aussi cruel que puisse être notre temps, il n’est évidemment pas comparable aux années de la seconde guerre mondiale. Et l’idée d’un gouvernement de « rassemblement populaire » n’est sans doute pas d’actualité. Peut-être le sera-t-elle un jour prochain. Chacun avisera et adaptera ses choix et son discours à cette situation si elle se présente.

D’autre part, il y a l’idée que vous devriez revenir à ce « gaullisme » dont j’évoquais ci-dessus quelques traits saillants, ce qui sous-entend que vous l’auriez abandonné. C’est en effet ma conviction attristée. Je m’en explique maintenant.

Depuis deux ans, vous avez choisi de vous situer plus à droite que jamais. Depuis deux ans au moins, vous avez cherché à concurrencer le FN, pour soi-disant le réduire, mais tout démontre que, pour l’instant, vous avez échoué. C’est le FN qui se développe et c’est Debout la France qui végète et qui ne connaît pas plus de succès que Debout la République.

Mon avis est que de pratiquer la surenchère avec le FN et sa représentante, aussi bien dans le langage que vous employez parfois, que dans certaines des propositions que vous présentez, ne vous sert pas. Non seulement, vous n’y gagnez rien, mais vous y avez perdu beaucoup. C’est toujours le même problème en politique. Quand on réforme sa « ligne » et qu’on se décale vers un bord, pour des raisons politiciennes et pas pour des convictions sincères, on gagne peut-être un peu auprès de ces électeurs de qui on se rapproche, mais on perd aussi beaucoup parmi ceux qui vous avaient choisi pour ce que vous étiez et ce que vous disiez AVANT. Or, ce que l’on gagne d’un côté, ne surpasse jamais ce que l’on perd de l’autre. Pour la bonne raison que les nouvelles « cibles » de la droite extrême que vous cherchez à convaincre douteront toujours de la sincérité de votre évolution et vous trouveront toujours trop « gauchiste », trop « républicain », trop « démocrate », trop « immigrationniste », trop « droits-de-l’hommiste » tandis que celles et ceux, dont vous avez décidé de vous éloigner, ou que vous croyiez pouvoir maintenir auprès de vous malgré votre évolution contraire à leurs principes et à leur philosophie, se sentent floués, trompés et en tirent les conséquences en vous quittant. C’est bien ce qui s’est passé dans votre parti depuis des mois, voire depuis un à deux ans. Je vais y revenir plus loin.

Vous avez aussi adopté certains des raisonnements du FN et emprunté certains de ses mots. Vous avez tendu la main à Marine Le Pen et n’avez pas été convaincant du tout quand vous avez expliqué ensuite que c’était pour la piéger. Du coup, vous vous êtes éloigné des valeurs de la République en rendant possible, au moins dans vos paroles, une telle alliance anti-républicaine. Il ne s’agit pas de parler avec Marine Le Pen mais à ses électeurs. Ce n’est pas du tout la même chose !

Vous avez usé, de plus en plus souvent ces derniers mois, ce que vous ne faisiez pas hier, d’un vocabulaire de réactionnaire qui ne vous ressemble pas. Vous avez, par exemple, agressé la laïcité en décembre dernier dans votre diatribe en faveur des crèches dans les lieux publics, et vous avez heurté de front la fraternité de notre devise républicaine en ayant, plusieurs fois de suite, en 2014, prononcé des mots qui lui sont étrangers, notamment quand vous avez stigmatisé les populations Rom et dit que leur destin était de repartir en Roumanie. Honte à vous qui vous prétendez Républicain social !

Je disais que vous aviez perdu pas mal de militants ces derniers mois. Oui, bien des militants de Debout la République vous avaient demandé de ne pas changer le nom de votre parti, de ne pas faire cette erreur stratégique, de ne pas le droitiser, mais au contraire de faire en sorte de le situer au coeur d’un rassemblement du peuple encore à construire. Au mieux, vous les avez ignorés. Mais parfois, vous ou vos cadres, les ont violentés par des mots et par des menaces. Beaucoup qui vous avaient exhorté à ne pas vous engager sur cette voie périlleuse et sans issue, et qui avaient menacé de quitter votre famille si vous refusiez de les entendre, ont fini par concrétiser leurs menaces puisque au lieu de les entendre, vous vous êtes enfermé dans vos certitudes de faire le bon choix. Vous deviez pourtant savoir que beaucoup de vos militants étaient des gens qui ne se sentaient pas de droite, et qui vous avaient rejoint parce que, bien qu’étant originaire de la droite, vous aviez su, tel De Gaulle, vous dépasser et parler à tous. Debout la République incarnait cela, ce rassemblement du peuple au-delà des étiquettes et du clivage droite-gauche. Le changement de Debout la République en Debout la France est très lourd de sens. Et vous ne pouvez pas l’ignorer. Certes un Républicain défend aussi la France mais ne parler que de « la France » et effacer le terme « République », c’est exprimer très clairement un message. Car si la France est certes millénaire, les Républicains considèrent que la grande révolution de 1789 constitue la césure qui symbolise l’essence même du peuple français. La France existait bien avant la République mais il n’y avait pas de peuple, juste des sujets. C’est la France républicaine qui a engendré la nation française et c’est la France républicaine qui est aujourd’hui la fierté de son peuple. Les gigantesques manifestations suite aux tragiques évènements des 7 et 8 janvier derniers en attestent. Le peuple français est républicain, au-delà de ses divergences habituelles. Il n’y a que quelques nostalgiques de la monarchie et de la dictature pour penser autrement…

Donc effacer du nom de votre parti le mot « République » était un très mauvais présage. Car il ne s’agissait pas que du changement d’un mot. Cela ne faisait qu’entériner de fait une course à droite amorcée il y a deux ans !

Et ce message a été entendu aussi bien par les militants les plus à droite de DLR, qui poussaient en ce sens depuis longtemps, et qui se sont sentis ragaillardis et renforcés, face aux militants dont le cœur penchait à gauche qui, logiquement, se trouvaient, eux, comme des étrangers dans leur propre famille. Je le sais parce que je connais des militants de ce qui était DLR. Je connais pas mal de militants de gauche qui vous avaient rejoint pour ce que vous disiez notamment sur l’Europe et sur l’euro, quand nous, au Front de Gauche, ne les attirions pas à cause de notre difficulté à assumer certaines ruptures en matière européenne.

Il y a même une importante personnalité de DLR qui, à plusieurs occasions, a éveillé votre attention sur l’inopportunité, la dangerosité, la nocivité, de droitiser DLR. Cet homme était un militant et un cadre très précieux pour vous et pour votre parti. Il était suivi et écouté très au-delà de DLR. Il a d’abord pris ses distances en vous conservant son respect. Sans doute espérait-il que vous reviendriez à ce que vous incarniez auparavant. Mais il a été déçu. Parce que vous l’avez déçu, come vous avez déçu une cohorte de gens. Il en a alors tiré les conséquences en s’éloignant davantage. Comme vous avez accentué peu à peu cette droitisation dénoncée par certains des vôtres, la rupture de ces militants avec vous et avec le nouveau parti que vous avez créé devenait inéluctable. Peut-être que certains militants de votre mouvement, les plus à droite, se sont félicité de ces départs. Peut-être même ont-ils eu alors le même jugement que celui prêté à un certain Lénine : « le parti se renforce en s’épurant ». C’es parfois vrai mais pas ici. Quelle bêtise dans ce cas ! Quelle erreur fondamentale !

Vous avez alors connu une vague de départs importante de militants, notamment de ces « républicains sociaux » de DLR qui refusèrent de cautionner cette droitisation, qui refusèrent de se retrouver dans un parti droitisé à outrance. Debout la France qui succédait à Debout la République, c’était anciennement le mouvement de Charles Pasqua et de Philippe de Villiers, soit un représentant de la droite dure et un monarchiste catholique quasi intégriste. Déjà, rien que ça, c’est tout à fait symbolique, ça pose un parti… C’est en fait un puissant révélateur de la profonde mutation que vous avez portée.  Même le RPR, voyez-vous, pourrait être perçu comme plus attaché que vous à la République puisque lui avait décidé d’inscrire ce terme de « République » dans son appellation, à la suite d’ailleurs des partis gaullistes qui l’avaient précédé.

Vous me direz que choisir d’avoir le mot de « République » dans le nom de son parti ne suffit pas pour faire de ce parti un mouvement authentiquement républicain, et vous aurez raison. Le RPR d’ailleurs abandonna bien vite l’idée de la République puisqu’il cautionna sa disparition ou sa mise en servitude dans l’Union européenne. Et le Parti socialiste, autre exemple, n’a plus rien de socialiste depuis une date antédiluvienne, à tel point que le Général lui-même, en faisait déjà le constat pour s’en plaindre quand il affirmait « ne pas aimer les socialistes parce qu’ils ne sont pas socialistes ! » Mais cela étant dit, les symboles ont une certaine utilité car quand ils ne sont pas foulés aux pieds, ils disent beaucoup.

Or vous avez choisi d’effacer le terme « République » du nom de votre parti. Vous auriez pu, si vous teniez absolument à ce que le mot de « France » apparaisse désormais dans le nom de votre parti, choisir par exemple « Debout la République française ». Les critiques auraient sans doute été bien moins nombreuses et les départs de militants beaucoup plus exceptionnels. Car la symbolique n’aurait pas été forcément mauvaise. Mais vous avez choisi de faire disparaître ce terme, pourtant si essentiel à ce que nous sommes, nous le peuple français : une République. Vous avez fait un calcul stratégique, politicien, mais c’est la plus grave erreur que vous ayez faite. Elle vous emportera, vous et votre nouveau parti. Car si la France sera sans doute, un jour prochain, gouvernée par une forme de CNR remis au goût du jour, ce ne sera pas sous la direction d’un parti de droite tel que le vôtre. Le CNR n’était pas à droite, même si le général de Gaulle, lui, était un homme de droite. Sauf qu’il sut s’extraire de sa condition pour rassembler le peuple jusqu’aux communistes. Le projet du CNR reposait, je ne vous l’apprendrai pas, sur une nature transpartisane et son essence était l’intérêt général du peuple, pas l’intérêt particulier de la droite ou de la gauche. Encore moins un fond de commerce réactionnaire et quasi raciste, ce que vous tendez à devenir, sinon dans la réalité, du moins dans la signification de certains de vos discours.

« Redevenir gaulliste » ainsi que je le disais ci-dessus, implique donc que vous reveniez à l’esprit et à la lettre du programme du CNR. Vous en étiez assez proche il y a quelques années mais vous vous en êtes éloigné en frayant avec le FN. A croire que ce parti néofasciste, raciste et xénophobe, peuplé d’égoïstes, de réactionnaires en tout genre et de personnages sordides (nervis, miliciens, jeunes et moins jeunes souvent décérébrés et déculturés, parfois incapables même de s’exprimer correctement et d’user de la raison dans leurs arguments mais addicts à la baston de ceux qu’ils n’aiment pas) vous a contaminé.

Et malgré ce discours aujourd’hui très hostile à votre encontre, je ne fus pas toujours un adversaire. Je vous ai suivi pendant des années, de loin certes, mais je m’intéressais à vous, à votre mouvement politique, à votre discours, à vos livres, et j’avais quelques relations avec certains des vôtres. Je pensais qu’un jour, le peuple se rassemblerait sur l’essentiel et que vous et votre parti, vous pourriez être de ce rassemblement, avec d’autres, dans la logique d’un nouveau CNR. Je ne voix plus cela possible aujourd’hui, prenant acte de votre cheminement personnel qui vous a attiré dans une case dont vous aurez le plus grand mal à sortir.

Vous comprendrez, au terme de cette lettre ouverte, que vous avez bien du chemin à faire pour revenir vers la République, son esprit, son essence et sa philosophie, avant qu’il soit possible d’envisager un chemin commun entre vous et nous.

Ce n’est pas du sectarisme de notre part mais la mise en oeuvre d’une exigence inflexible, celle que le rassemblement, s’il doit se faire un jour, se fasse sur des bases claires, républicaines, démocratiques, humanistes. Nous sommes de gauche alors nous portons l’exigence d’une République sociale. Mais une telle exigence n’est pas réservée à la Gauche. Bien des gens de droite et du centre ou de nulle part la font leur. La constitution elle-même dispose, en son article 1er que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Avec notre devise nationale, voilà qui constitue l’esprit de la République française, par delà les préférences partisanes des uns et des autres.

 Voyez-vous, je disais plus haut que vous ne deviez pas voir du sectarisme dans notre refus de répondre positivement à votre proposition de gouverner avec nous. En effet, nous ne faisons que constater qu’au regard de vos prises de position depuis des mois, nous ne saurions trouver un terrain d’entente.

Or, comme sous la Résistance, un certain nombre de militants du Front de Gauche, dont je suis, sont prêts à travailler sincèrement au rassemblement des Français, par delà les étiquettes, mais c’est à la condition que l’on s’entende sur un projet de progrès économique, social, républicain, démocratique, dans la droite ligne du CNR. Or ce n’est pas cela, ce n’est plus cela, que vous défendez vous-même aujourd’hui. Et si vous vous en rapprochez parfois sur certains aspects, vous vous en éloignez aussi beaucoup trop, à nos yeux, sur certains sujets, ceux-là mêmes qui vous ont fait précisément vous droitiser.

Un autre homme originaire de la droite, qui plus est ancien proche de Charles Pasqua, ce qui devrait le condamner définitivement et irrémédiablement à mes yeux, à savoir François Asselineau, est pourtant beaucoup plus fidèle que vous à l’esprit et à la lettre du CNR. En témoigne son projet présidentiel pour l’élection de 2012 qui, en adaptant formidablement bien cette œuvre à notre temps, lui reste fidèle. Vous devriez vous en inspirer car cela vous permettrait de « redevenir gaulliste » Cet homme, François Asselineau, me semble en effet bien plus sincèrement gaulliste que vous. Tant par tout ce qu’il dénonce que par l’ampleur des révolutions qu’il propose par rapport à ce que nous connaissons de notre système économique, social, financier, politique, diplomatique, culturel actuel.

Et puis, je vous invite également à vous intéresser à l’un des combats majeurs de notre époque, que François Asselineau, pour sa part, ignore complètement : l’indispensable bifurcation écologique dont, sauf erreur, jamais je ne vous ai entendu parler. Nous-mêmes l’appelons « écosocialisme ». Alors je veux bien admettre que ce terme-là ne soit pas le plus apte à vous séduire mais oubliez-le un instant car derrière ce mot – et c’est bien là l’essentiel – il y a toute une philosophie reposant sur la raison et sur la conscience des dangers pesant sur notre écosystème, et il y a tout un projet de révolution positive, un projet ambitieux pour notre pays, de nature à faire repartir son économie, son activité, un projet de nature à refaire de notre pays un exemple à suivre pour un « développement durable » diront les uns, les écologistes de droite, pour rendre possible le « bien vivre » préfèreront dire les autres, de la Gauche qui ne se renie pas, dont nous faisons partie. Voici un immense, un magnifique projet de société à cinquante ans au moins, de nature à faire de notre pays un phare pour le monde, et ça des gaullistes authentiques pourraient l’embrasser avec enthousiasme et le porter avec nous…

Monsieur Dupont-Aignan, puissent ces lignes vous inspirer.

Je vous prie d’agréer…

Réflexions à propos de la nouvelle alliance à gauche du PS qui s’esquisse et du rôle de J.-L. Mélenchon dans cet attelage

Une nouvelle « alliance » à gauche du PS semble s’esquisser, qui enthousiasme les uns et dégoûte les autres et Jean-Luc Mélenchon est manifestement à la barre…

Je m’étonne de voir ainsi JLM à la manoeuvre. Moi, je croyais naïvement, depuis sa décision de prendre de la hauteur en quittant la coprésidence du PG et en initiant le Mouvement pour la 6e République, qu’il avait saisi l’urgence absolue à changer de braquet, à cesser de se corrompre dans les habituels et détestables jeux politiciens, à s’évader de cette politique méprisable et méprisée qui satisfait appareils et apparatchiks mais fait fuir le peuple et l’incite à nous traiter comme ceux du système… Je croyais qu’il laisserait cela à d’autres et que lui chercherait plutôt à rassembler le peuple. N’est-ce pas, d’ailleurs, ce qu’il nous avait dit qu’il ferait ?

Or on le voit jouer, en permanence, sur les deux tableaux : un jour, il parle – et se comporte – en rassembleur du peuple et donne envie de le suivre et de l’aider, le lendemain, il redevient politicien madré qui se complaît dans les tractations de couloir qu’il fustigeait la veille…

Ce double jeu commence à se voir ! Et le résultat, c’est que bien qu’il nous ait donné des raisons solides de croire qu’il vaut mieux que tous les autres, bien qu’il ait conscience des dangers de l’heure et ait quelques très bonnes idées pour éviter le pire, pour « rallumer les lumières » et faire revenir « les jours heureux », son ambivalence ou sa schizophrénie risquent de détourner de lui non seulement le peuple, mais ses propres troupes.

J’ai le sentiment de moins en moins diffus que nous allons devoir gérer cette difficulté-là également. En fait, il y a des prises de conscience auxquelles nous allons devoir donner des suites…

Beaucoup nous mettaient en garde depuis longtemps. Mais nous refusions de leur donner du crédit. Beaucoup nous appelaient à cesser de remettre notre destin et notre avenir à un seul homme ou à une seule équipe mais à prendre le pouvoir sur nos vies et à faire irruption sur la scène politique. La démarche Podemos est de cet ordre. Il faut vraiment installer cet esprit dans nos consciences.

Ce que j’ai dit dans les lignes ci-dessus pose le problème majeur de notre organisation de la conquête du pouvoir : un homme dépassant certes de loin tous les autres mais un peuple éparpillé, défiant et courroucé, tenu loin des leviers de décision… alors que c’est lui le souverain et que ce n’est qu’avec lui qu’on fera la révolution citoyenne. Ce ne sera pas avec des « combinazione » à la mord-moi-le-noeud du genre de ce qui se trame… Lisez, sur ce point, le dernier billet de Daniel Fleury, daté du 23 janvier 2015… (Lien: http://anjourougeetcoquelicots.com/comment-ca-va-sur-la-terre/)

On peut changer les choses de l’intérieur… Vous y croyez toujours ? Pas moi !

Comme je ne crois pas que l’on puisse changer le PS de l’intérieur pour le remettre sur la voie du socialisme, je ne fais aucun cas de celles et ceux qui font perdre du temps à notre pays et à notre peuple et qui font semblant de croire cela possible. Moi, j’ai agi depuis des années au sein du Parti de Gauche pour tenter de changer l’Histoire.

Comme je ne crois pas que l’on puisse changer l’UE de l’intérieur pour lui faire mener une politique de progrès pour tous, je n’accorderai plus aucun crédit désormais à celles et ceux qui nous font perdre du temps, à nous le peuple de France, à nous peuples européens, à nous les 99% de l’humanité, en faisant semblant de vouloir changer la donne en « désobéissant » aux traités (dixit Jean-Luc Mélenchon) ou en les « violant » (dixit Jacques Généreux). Moi, j’ai milité depuis des années au sein du Parti de Gauche parce que je croyais que ce parti avait la ferme intention de changer l’Histoire. Mais nous n’avons pas su convaincre car nous n’avons pas voulu assumer l’indispensable rupture avec cet ordre libéral, qui l’est devenu quasi-constitutionnellement parlant. La dernière pierre sera posée sous peu avec le TAFTA et le TISA. Et que faisons-nous face à ces perspectives les plus tragiques qui puissent être conçues ? Nous proposons de désobéir… Quel foutage de gueule !!!

Nous avons perdu beaucoup de terrain par rapport au FN, alors même que nous avions déjà un retard conséquent face à lui, mais nous avons aussi échoué à succéder au PS et restons largement derrière lui, aussi détestable et détesté soit-il. Si ce parti au pouvoir est sur le point de disparaître pour de bon, je ne crois pas que nous y soyons pour quoi que ce soit, nous au PG !

Nous savons pourquoi nous en sommes là… Il y a plusieurs raisons majeures tenant aussi bien au contenu de notre discours qu’à notre plan stratégique d’accès au pouvoir ou à notre pratique de la démocratie que nous vantons tant par ailleurs. Or, rien n’indique vraiment que l’on soit à la veille de voir évoluer positivement cette situation calamiteuse. Cela me désole au plus haut point. Mais moi, je ne serai pas un « frondeur » cherchant à faire évoluer, de congrès perdu en congrès perdu, un parti qui a perdu sa raison d’être, qui s’est bloqué du mauvais côté et dont le contrôle reste entre les mains de quelques-uns.

Oui, pour moi, quelque chose s’est cassé. IRRÉMÉDIABLEMENT ! Et quand, en fait d’arguments contraires aux positions que je défends ou à celles de camarades dont je partage les vues – prétendûment minoritaires alors même qu’il n’y a pas de véritables débats et encore moins de votes démocratiques – quand en fait de débat contradictoire, je ne lis que des sermons, des mises à l’index, des agressions, des insultes, quand je découvre tant et tant de décisions prétoriennes, caricaturalement despotiques, de dissolutions de comités qui avaient eu le défaut de décider souverainement et démocratiquement de rester fidèle à ce qui faisait notre spécificité mais qu’une telle inflexibilité s’opposait aux intérêts de telle ou telle personnalité du Parti, je me dis que je n’ai plus grand chose à faire dans ce parti qui n’est plus qu’un parti comme les autres… Ce n’est pas pour cela que j’ai rejoint le PG.

Alors que j’ai failli quitter le PG ces dernières semaines, j’avais décidé d’attendre le lendemain du congrès de juillet pour décider de ce que je ferai. Je m’interroge désormais sur l’utilité d’attendre. Je ne crois pas, au vu de ce que je vois, de ce que j’entends, de ce que je lis, que ce congrès assumera les ruptures que j’attends et que j’exige. Je ne crois plus que le PG sera l’outil principal de la reconquête de notre souveraineté populaire, de notre indépendance stratégique et de notre retour sur la voie du progrès.

Je ne sais pas si l’herbe est plus verte ailleurs. Mais je suis certain que…

« C’est par la désobéissance et la rébellion que l’homme a progressé.»  Oscar WILDE

« La fortune sourit aux audacieux. » VIRGILE

« Celui qui ignore son histoire est condamné à la revivre » THUCYDIDE

« L’avenir n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons en faire. » Henri BERGSON

« L’homme ne peut découvrir de nouveaux océans tant qu’il n’a pas le courage de perdre de vue la côte. » André GIDE

« Pour ouvrir de nouveaux sentiers, il faut être capable de s’égarer.» Jean ROSTAND

Premières interrogations à propos du travail constituant à mener…

Il n’est pas question de réserver l’écriture de la constitution aux juristes et aux constitutionnalistes. Ceux-là prendront leur place mais c’est le peuple qui décidera de l’essentiel…

Sur les questions qui se posent et qui devront être posées, tous les citoyens n’ont peut-être pas un avis à ce jour mais pourront en avoir un demain. Il y aura une phase d’éducation populaire qui permettra aux ignorants d’apprendre l’essentiel à savoir pour comprendre les débats. Mais je suis convaincu que tout le monde peut et dit avoir un avis sur les questions qui se posent.

 Qui gouverne ? Comment ? Par quels procédés ?

 Quelle architecture institutionnelle ? Fau-il que notre régime dispose d’un Président de la République ou pas ? D’un Premier ministre ou pas ?

 Quel pouvoir le Président doit-il avoir s’il est maintenu ? Quel pouvoir aurait le Premier ministre ?

 Quel pouvoir aurait le gouvernement ? Quels moyens d’action doit-il avoir face au peuple et face aux autres pouvoirs ?

 Faut-il un Parlement à une seule ou à deux chambres ? Doit-on garde-t-on le Sénat tel qu’il est ? Doit-on le supprimer sans le remplacer ? Doit-on plutôt le transformer radicalement ? Dans le sens souhaité en son temps par le général de Gaulle ou selon d’autres modalités ? Lesquelles ?

 Quels pouvoirs donner aux parlementaires ?

 Le Parlement doit-il redevenir le centre du pouvoir politique en France ? Si oui, de quelle manière ? Si non, quelle doit être sa place face aux autres pouvoirs ?

 Le parlementarisme doit-il être refondé dans une vision moderne où l’intervention du peuple souverain serait rendue plus effective et où il pourrait agir beaucoup plus fréquemment ? Quels pouvoirs le peuple souverain doit-il avoir face au Parlement ?

 Les parlementaires doivent-ils être les seuls législateurs ? Sinon qui d’autre ? Dans quelles conditions ?

 Qui peut et qui doit contrôler le gouvernement et les différents pouvoirs publics ? Comment ? Par quels procédés politiques, administratifs, juridiques et citoyens ?

 Doit-on pouvoir révoquer les élu-e-s ? Comment ? Quand ? Dans quelles conditions ?

 Peut-on imposer la discussion de tel ou tel sujet ? Au sein de quelle instance ? Dans quelles conditions ?

 Doit-on reconnaître au peuple un droit d’initiative électorale (droit de provoquer de nouvelles élections partielles ou générales avant leur date prévue) ? Doit-on reconnaître au peuple le droit de dissolution du Parlement ? Ou de la seule Assemblée Nationale ? Dans quelles conditions ?

 Doit-on reconnaître un droit de veto citoyen et populaire, sur les lois adoptées, notamment quand celles-ci sont contraires aux volontés du peuple (il y a pléthore d’exemples) ? Dans quelles conditions ?

Doit-on reconnaître un droit d’initiative référendaire (permettre au peuple d’imposer l’organisation d’un référendum local ou national sur un ou plusieurs sujets) ? Dans quelles conditions ?

 Quelle architecture pour l’organisation territoriale de la France ?

 Combien de niveaux d’administration locale ? Lesquels ?

 Doit-on garder accepter la réforme régionale en cours ou la refuser en bloc ? Doit-on garder les régions, les supprimer ou revoir la carte régionale ?

 Doit-on garder les départements tels qu’ils sont ? Doit-on inventer une autre carte départementale ?

 Doit-on garder la carte communale telle qu’elle existe ? Doit-on réduire le nombre de communes ou inventer une autre carte communale ?

Que faire des intercommunalités ? Doivent-elles remplacer les communes ou demeurer à côté d’elles ? Ou au-dessus d’elles ? Doivent-elles être élevées au statut de collectivités locales à part entière ?

Doit-on fusionner les communes qui sont liées par l’intercommunalité ou pas ?

Quelles compétences donner à chaque niveau d’administration locale ?

Quelles relations tisser entre elles ?

Quelle légitimité politique offrir à ces échelons de pouvoir local ?

Quel mode d’élection pour chacun ?

Quelle architecture politique pour les institutions locales ?

Doit-on conserver la logique présidentielle avec un maire ou un président de conseil général, régional ou d’intercommunalité surpuissant face à un conseil municipal, général, régional ou communautaire souvent croupion ou simple chambre d’enregistrement des décisions de l’Exécutif local ?

Faut-il, et si oui comment, enlever du pouvoir aux structures exécutives locales pour renforcer le pouvoir des assemblées locales et ainsi dé-présidentialiser et re-parlementariser le pouvoir local ?

Quels pouvoirs directs d’intervention donner au peuple souverain face aux institutions locales  et dans la décision publique locale quotidienne ? Le peuple souverain doit-il être mieux informé ? Comment ? Le peuple souverain doit-il être davantage et mieux impliqué en amont, dès la phase de préparation des décisions ? Comment ? Quels pouvoirs doit-il face à la prise de décision ? Après adoption de la décision, quels pouvoirs reconnaitre au peuple pour contester la décision ?

Quelle place pour les institutions judiciaires en France ? Quel pouvoir leur reconnaître ? Quelles limites fixer à leur pouvoir ? Comment considérer leurs décisions ? Doivent-elles être susceptibles de recours ? De quel genre ? Dans quelles conditions ?

Sur quelles bases investir les juges et les magistrats ? Quel rôle doivent-ils jouer ? Quelles immunités leur accorder ? Quels moyens d’action reconnaître au peuple face aux juges ?

Quel pouvoir et quels droits reconnaître aux salarié-e-s dans leur entreprise ? Quel pouvoir et quels droits reconnaître aux citoyen-ne-s face aux entreprises ? Le peuple peut-il, doit-il, et comment, pouvoir influer sur la vie économique du pays ? Quels pouvoirs reconnaître aux entreprises face aux citoyens et à ses salarié-e-s ?

Comment penser et comment mettre en œuvre la liberté du commerce et de l’industrie ? Cette liberté doit-elle avoir des limites ? Lesquelles ?

Quelle place pour la laïcité en France ? Comment penser la laïcité aujourd’hui ? Quelles conséquences en tirer ? Quels effets juridiques et politiques doit-elle avoir ? Faut-il établir des limites à la laïcité ? Si oui, lesquelles ? Comment la laïcité se pense-t-elle face à la liberté de conscience et d’expression ? Quels conflits entre elles ? Comment régler pacifiquement les conflits ?

Quelle place donner dans la constitution à l’exigence de la transition écologique ? Comment imposer démocratiquement la règle verte et la nécessaire bifurcation de notre modèle économique ? Comment mener puis trancher les grands débats qi agitent le pays et le monde sur la question écologique ? Jusqu’où aller dans la constitution en matière de prescriptions écologiques ?

Comment penser ou repenser le droit de propriété ? Doit-il demeurer « sacré » comme cela est expressément indiqué dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ? Doit-on lui assigner des limites ? Lesquelles ? Qui en décide et comment ?

La constitution doit-elle déterminer certains principes en matière de diplomatie et de relations internationales ? Lesquels ? Jusqu’où la constitution doit-elle aller en la matière ?

Quels pouvoirs donner au peuple souverain et aux citoyen-ne-s face aux diplomates, aux agents publics chargés de la diplomatie et de la défense, face aux militaires et aux forces de l’ordre ?

Quels pouvoirs donner au peuple souverain face aux traités, accords internationaux et conventions internationales que négocieraient nos dirigeants ? Le peuple doit-il être le seul à pouvoir les ratifier ? Si oui, dans quelles conditions ? Sinon, quelle répartition définir entre les textes qui doivent relever de l’approbation du peuple et ceux qui relèveraient de pouvoirs institués ?

La constitution doit-elle traiter de questions culturelles, artistiques, patrimoniales ? Comment ? Pour dire quoi ?

Doit-on conserver tels quels les textes de déclarations de droits et les préambules de constitutions précédentes auxquels l’actuelle constitution de la 5e République fait référence ? Doit-on les intégrer à la prochaine ? Comment ? Doit-on contester ou remettre en débat certaines dispositions de ces textes ? Doit-on inventer d’autres droits ? Lesquels ? Doit-on s’inspirer de textes étrangers et internationaux ? Ne serait-il pas utile d’intégrer à notre constitution ou à notre « bloc de constitutionnalité » des textes tels que la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, les pactes des Nations-Unies de 1966 sur les droits civils et politiques, les conventions sur les droits des enfants, la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et tant d’autres ?

Du débat public – Réflexions à partir d’un rapport public rédigé par le conseil de développement de Nantes Métropole

Au Parti de Gauche, nous sommes des partisans de la démocratie. Nous voulons instaurer un nouveau régime que nous appelons « Sixième République » parce qu’il prendra la suite de l’actuel, cinquième du nom. Mais nous le voulons radicalement différent de tous ceux qui l’ont précédé, aussi bien dans certains de ses principes, que dans la plupart de ses applications quotidiennes. À nos yeux, bien plus qu’une simple nouvelle République, c’est un nouveau monde que nous voulons contribuer à instaurer. Et sur le plan des institutions politiques et constitutionnelles, c’est bien la « Première véritable démocratie » que nous allons œuvrer à faire naître.

J’ai commencé par évoquer notre espoir, notre détermination, à nous, au Parti de Gauche, parce que je suis un de ses militants, depuis désormais presque 5 ans. Mais je sais très bien que nos espoirs sont partagés très largement par les citoyennes et citoyens de notre pays, à quelque parti ou organisation politique qu’ils appartiennent et quelle que soit la philosophie politique à laquelle qu’ils embrassent. Et beaucoup ont la même détermination à contribuer à changer le monde et à le rendre meilleur, même quand le Parti de Gauche n’est pas leur maison commune.

Pour que la démocratie soit refondée après avoir été restaurée, il faudra que nous ayons mené, tous autant que nous sommes, et quelle que soit notre place dans la société, à la fois individuellement et collectivement, un énorme travail de réflexion, d’analyse et de formation quant aux questions que pose le débat institutionnel et constitutionnel. Mais il faudra aussi et surtout, et ce, dès l’origine, organiser un débat public digne de ce nom et digne de ce que nous voulons faire de notre vie publique collective. Cela implique de repenser le débat public dans ses fondements, dans ses conditions, dans ses modalités, dans ses conséquences.

Il se trouve que je viens de lire un texte particulièrement intéressant sur la question. Ce texte s’inscrit tout à fait, je crois, dans l’esprit démocratique et citoyen que nous voulons incarner. Or, ce n’est ni à proprement parler, ni directement, un texte qui a été conçu dans le cadre du débat institutionnel et constitutionnel de la 6e République. Ce texte auquel je fais ici allusion, et que je vais vous faire partager plus loin, comme ses auteurs, sont étrangers à cette question. Je ne dis pas qu’ils lui soient hostiles, je dis que la rédaction de ce texte ne s’inscrivait pas du tout dans une logique de débat institutionnel et/ou constitutionnel. Par contre, ce texte, en développant des analyses et des propositions relativement au processus du débat public, s’inscrit malgré tout, à mes yeux, dans la réflexion institutionnelle et constitutionnelle que nous avons amorcée au Parti de Gauche et que nous allons faire vivre dans les prochains mois au sein de la société française, notamment – mais pas seulement, loin de là – grâce au Mouvement pour la 6e République.

Ce texte dont je vous parle est un rapport élaboré à la demande d’une collectivité locale en préalable à un grand débat public devant porter sur des questions d’aménagement, d’urbanisme, d’architecture, de transports, de logement, d’aménagement commercial… et de tout ce qui fait le cœur de la gestion publique locale. Il n’est donc pas un texte de nature ou d’essence institutionnelle ou constitutionnelle. Il ne parle pas du pouvoir en tant que tel mais il nous parle indirectement de démocratie. Il peut donc s’incorporer dans le débat qui nous intéresse au premier chef. Ce texte nous dit des choses que l’on trouve rarement dans un document « technicien » et qu’il est assez peu fréquent de lire dans les réflexions et le travail quotidien des décideurs, fussent-ils locaux. Les réflexions et suggestions que les auteurs de ce texte ont mis sur la place publique méritent, selon moi, d’être connues et méditées.

 Ce texte a été rédigé par ce que le jargon technique, relatif au monde des collectivités locales, désigne sous le nom de « conseil de développement ». De très nombreuses intercommunalités françaises en disposent. Alors même que cette institution est d’essence « technicienne » puisqu’elle assiste les décideurs locaux sur les thématiques qu’ils gèrent, elle est aussi d’essence « citoyenne » puisque une partie de ses membres représente les citoyen-ne-s. Cet organe qui est en quelque sorte un « conseil de l’intercommunalité » est aussi un relai entre les structures administratives et politiques de l’intercommunalité et les citoyen-ne-s.

Le conseil de développement dont je vous parle est celui de Nantes Métropole, c’est-à-dire de la communauté urbaine de Nantes. Les élu-e-s de Nantes Métropole ont en effet décidé en juin dernier, de lancer un grand débat dans le territoire métropolitain nantais sur des thématiques liées à la Loire. Peu importe ici le sujet principal car ce n’est pas ce qui nous intéresse dans le débat institutionnel et constitutionnel. En revanche, ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant dans ce rapport, et ce qui m’a donné envie d’en relayer les passages les plus significatifs, c’est cet esprit démocratique que l’on trouve très rarement dans des rapports de ce genre. Si les développements quant au fond de la question, à savoir les aménagements divers projetés et mis en débat, ne nous intéressent pas ici, en revanche, tout ce qui est dit quant au débat public en tant que tel, me semble riche de perspectives enthousiasmantes.

Je ne vous parle pas de cela pour vanter les choix stratégiques d’une collectivité locale. En effet, même si certains liens m’attachent à elle, cela serait hors sujet ici, relativement au message que je veux transmettre. Et si je suis un militant engagé, c’est notamment au Parti de Gauche et ce n’est donc pas au service des élu-e-s locaux qui dirigent et animent cette collectivité locale puisqu’ils incarnent un parti que je combats politiquement au plan national et souvent aussi au plan local. Mais l’honnêteté m’impose de dire que ce qui se passe parfois à Nantes, se rapproche un peu des convictions qui sont les miennes. Et quand le rapport auquel je fais allusion, dont vous pourrez lire plus bas les passages les plus dignes d’intérêt quant à la question de la démocratie et du débat public, d’une part, exprime aussi clairement une ambitieuse vision démocratique, et que, d’autre part, les premières décisions stratégiques adoptées par les instances décisionnelles de la collectivité suivent ses recommandations pour en faire des lignes de force du débat qui va s’ouvrir, je ne peux que me satisfaire de cette bonne volonté apparente des décideurs de la collectivité et de cette proximité avec ma propre vision.

Je précise que le texte en question est public. Si je n’en reproduis que les parties directement intéressantes pour ce qui concerne la démocratie et le débat public, toute personne souhaitant le lire dans son intégralité, et découvrir notamment les éléments d’aménagement sur lesquels il porte, pourra consulter la page internet suivante où il est accessible intégralement : http://www.nanteslaloireetnous.fr/medium/W1siZiIsIjIwMTQvMTAvMTcvdWQxMjF2YWQ3X1RfRG9jU29jbGVfQ29tcGxldC5wZGYiXV0/T-DocSocle-Complet.pdf?sha=c73ee1d6c91eefe9

Nota : si je reproduis le texte en question, j’en ai modifié quelques éléments de telle manière que les passages se rapportant directement à des questions d’ordre urbanistique nantais n’y figurent pas. J’ai aussi réécrit certains passages afin de coller à l’objet du message que je veux faire partager. En effet, le texte, aussi bien dans sa structuration que dans son contenu, se suffit à lui-même, à deux ou trois nuances près. Et s’il a pour objet de défendre des idées démocratiques quant à un débat public en vue d’aménagements locaux, il a aussi, à mes yeux, une portée beaucoup plus large et les phrases qui ont été rédigées par ses auteurs, sont, en elles-mêmes, des messages utilisables tels quels, pour appuyer l’idée que je veux faire partager.

Apparaissent en police de couleur bleue les éléments qui sont de ma propre rédaction et qui sont donc soit des ajouts soit des réécritures partielles du texte source. Vous constaterez que ces passages représentent une infime proportion du total.

Apparaissent en rouge les éléments du texte initial qui avaient été mis en relief par ses auteurs et apparaissent en gras ceux que j’ai moi-même mis en relief.

Ultime précision d’importance : les auteurs de ce texte ne sauraient être engagés, d’une quelconque manière, par l’usage que je fais de leur rapport puisque c’est moi qui ai décidé de faire connaître leur travail mais en l’utilisant à une autre fin que la mission qui leur avait été confiée.

* * * * * * * * * *

Extraits du rapport du conseil de développement de Nantes Métropole à propos du débat public préalable aux aménagements « Franchissements de la Loire – Cœur métropolitain »

Un débat public ouvert à tous

Principes, méthodes, outils

Introduction

 Les conditions de la « participation citoyenne » sont fortement interrogées aujourd’hui dans une période souvent qualifiée de « déprime » ou de « lassitude » démocratique.

Une occasion de dépasser le concept, déjà traditionnel, de «démocratie participative» est ainsi offerte, au moment où de nouvelles générations d’élus arrivent au pouvoir et appréhendent la gestion des affaires publiques avec des repères renouvelés.

Un climat de défiance

La question posée au Conseil de développement intervient dans une période qui voit croître le niveau de défiance des habitants vis-à-vis des institutions.

Le rapport au projet, au grand équipement a complètement changé de nature en même temps que la capacité des finances publiques évolue défavorablement avec la crise économique. Ce climat de défiance est sans doute beaucoup plus grave que ne peut le traduire sa seule expression dans les urnes, si spectaculaire soit-elle. Plus que jamais, les conditions d’élaboration de la décision publique constituent un enjeu démocratique qui transcende la plupart des clivages traditionnels.

1°/ Pouvoir débattre du débat

Le débat public ne devra pas se limiter à un simple choix qui s’apparenterait à un « QCM ». Le débat ne doit pas consister à approuver ou non les propositions déjà présentées ; il doit aussi être l’occasion d’en ajouter, d’en retrancher ou de proposer d’autres options.

Les citoyens doivent pouvoir formuler leurs questions et les confronter à celles de la puissance publique.

La qualité et la réussite d’un débat qui serait repositionné par les citoyen-ne-s sera la condition [pour qu’ensuite ils approuvent largement le projet finalisé en ayant le sentiment qu’il est le résultat de leur intervention directe].

1.1/ L’open data, le vrai

Pour qu’un débat public soit efficace, il faut que les informations soient disponibles, fiables, impartiales et sincères.

[Il est donc indispensable pour les organisateurs du débat de] mettre à disposition [de tous les citoyens] un certain nombre d’études déjà réalisées. Il faut que cette logique continue de s’appliquer et s’élargisse dans une démarche vers un plus large public. Il serait contre-productif de vouloir dissimuler des éléments qui finiraient de toute manière par apparaître au grand jour.

Par ailleurs, la qualité du débat dépend autant de la connaissance des motivations que des seuls argumentaires techniques. Qu’est-ce qui motive le débat ?

Quelle est la vision [des organisateurs du débat] ?

Pour que le débat porte ses fruits, le principe doit être celui de « l’open data total ». Tout doit être mis sur la table. Les [organisateurs du M6R comme la plupart des citoyen-ne-s qui ont commencé à se saisir, d’une manière ou d’une autre, de la question de la 6e République et plus largement de la démocratie à refonder] ont entamé une politique d’ouverture des données publiques vers les [citoyen-ne-s]. C’est une initiative encourageante qui a besoin d’être élargie pour ne pas se limiter au minimum vital. La dissimulation n’est plus forcément une vertu politique du temps présent.

Le temps de la décision « pré-découpée » est d’autant plus révolu que la rétention d’informations deviendra une pratique de management de plus en plus risquée au fil du temps.

 1.2/ Accepter l’initiative venue d’en bas

Dans l’esprit d’un débat ouvert, il faudra éviter que les échanges se construisent seulement sur l’acceptation ou la contestation d’une initiative « descendante ». Dans ce type de débat, ce serait une attitude totalement contreproductive. Il est impératif d’éviter l’attitude, encore souvent répandue dans la sphère technico-politique, fondée sur le mode « voilà ce qu’il faut en penser ». Dans un grand nombre de débats, ceux qui sont en charge de la préparation de la décision conservent une tendance à la “condescendance“ envers des habitants qu’on peut écouter mais sans beaucoup plus…

La question que les décideurs doivent se poser est la suivante : de quoi les [citoyen-ne-s] ont-ils vraiment envie de parler ? Ils n’ont pas toujours simplement envie de réagir à des propositions mais aussi d’en faire eux-mêmes. Ils peuvent donc aborder le sujet du débat d’une autre manière que ceux qui sont en charge de la décision.

Le croisement de l’ascendant et du descendant est aujourd’hui à la fois une condition du bon fonctionnement des sociétés démocratiques et une garantie d’une certaine forme d’équilibre dans la décision. La seule qualité de représentant élu ne confère pas l’infaillibilité, celle de citoyen non plus. Dans une société du savoir répandu et partageable, c’est le mélange, la confrontation et l’échange qui permettent l’acceptation.

Croiser l’ascendant et le descendant et accepter la part venue d’en bas sont aujourd’hui une condition de la bonne qualité de la délibération.

1.3/ La parole aux sans-voix

Le débat ne doit pas s’adresser seulement à ceux qui sont motivés, même s’ils peuvent déjà être nombreux quand on fait appel à l’expression du ressenti.

Être sans-voix ne signifie pas nécessairement être pauvre et habiter un quartier qu’on qualifie, selon le porteur des politiques publiques, de « populaire » ou de « sensible ». Être sans voix c’est souvent avoir beaucoup de choses à dire mais ne pas trouver le canal d’expression ou le porte-parole. La catégorie des « sans voix » ne doit pas être approchée avec des pré-supposés.

En matière de débat public, donner la parole aux sans-voix c’est permettre des expressions variées : celle du chômeur dont la mobilité est réduite par la situation financière comme celle du travailleur qui se plaint de devoir passer plusieurs heures de son temps dans des déplacements ralentis, celle de tous ceux qui se sentent concernés mais qui ne se sentent pas représentés par des groupes organisés, celle de ceux qui ne sont pas « militants » [ou des membres] de tel ou tel [parti, organisation ou association] ou de telle ou telle cause mais qui aiment leur Ville, [leur département, leur région, leur pays] à leur manière et qui sont attentifs à son devenir, celle enfin de ceux qui parlent bas et que les décideurs n’entendent pas.

Donner la parole aux sans-voix semble une évidence, il sera encore mieux d’y mettre les moyens pour la rendre vraiment possible.

Dans un contexte social de plus en plus fragmenté, il faut donc rechercher les moyens de toucher le plus largement les habitants. Cela supposera de multiplier les formules pour obtenir une très large palette de points de vue. Cela suppose aussi une capacité d’adaptation à tous les publics et quelques efforts d’imagination.

Une mauvaise lecture du débat public serait de considérer qu’il s’est bien déroulé s’il n’y a pas eu de grandes contestations repérées. Cela pourrait seulement vouloir dire que la parole ne s’est pas assez largement exprimée. [Ainsi qu’aime à le dire Jean-Luc Mélenchon, la démocratie ce n’est pas le consensus mais le clivage reposant sur un débat argumenté, basé sur la raison, la vérité, l’authenticité  et la sincérité, pour que chacun puisse, en toute liberté, se forger une opinion après avoir été complètement informé des tenants et aboutissants de la question].

1.4/ Capter la subjectivité

 Il existe déjà, sur le territoire [de la République française], une très grande variété de dispositifs de médiation, de connexion, de participation… qu’il faudra utiliser pour capter les ressentis et les attentes des habitants. Les structures participatives de toute nature sont particulièrement nombreuses et certaines ont déjà un acquis important de réflexion sur la thématique [démocratique et institutionnelle].

Cette multiplicité de dispositifs de participation est un excellent moyen de rechercher la variété des approches et les divergences. Dans un débat public, il ne faut pas nécessairement chercher à obtenir des citoyens une position unanime mais au contraire à repérer la variété des attentes et aussi les contradictions, les oppositions, voire les conflits.

La prise de décision ne repose pas que sur le partage de grands objectifs mais aussi sur la capacité à apporter un bouquet de réponses à des demandes variées.

 S’agissant de thématiques telles que la démocratie et toutes les notions gravitant autour (constitution, République, régime parlementaire, présidentialisme…) les réserves de subjectivité sont importantes. Dans cet esprit, peut-être faut-il accepter de dépasser le mythique « intérêt général » qui porterait la solution idéale et dont les représentants élus se sentent investis ? Peut-être faut-il accepter d’examiner des conflits d’intérêts collectifs légitimes ?

À titre d’exemple dans ce débat public, la grande question de la relation entre démocratie et régime représentatif resurgira immanquablement. Elle se traitera mieux en recensant d’abord les conflits d’intérêts et en recherchant une variété de réponses qu’en cherchant à dégager un “intérêt général“ qui continuera d’être vécu comme l’imposition d’un point de vue sur un autre.

1.5/ Renouveler le sens des échanges : décideurs/citoyens mais aussi citoyens/citoyens

L’enjeu du débat public n’est pas seulement d’organiser le dialogue entre des élus décideurs et des citoyens selon la traditionnelle logique « descendante » mais aussi entre les citoyens eux-mêmes.

Dans le cas précis de la question démocratique et des solutions pour la restaurer et la faire progresser, on a vu que des citoyens qui s’organisent peuvent être porteurs de projets d’un niveau technique équivalent à celui des sachants. Il ne s’agit pas seulement d’idées plus ou moins élaborées mais bien parfois de réflexions très avancées avec des articles voire des projets de nouvelles constitutions et déclarations de droits entièrement rédigées, mais aussi de démarches militantes et citoyennes très novatrices. À cet égard, il est assez emblématique de constater que peu à peu l’esprit de Podemos essaime en France et que des initiatives citoyennes se multiplient où l’exigence de repenser et de vivre autrement la démocratie rassemble des citoyen-ne-s qui n’ont pas toujours la même vision sur tous les sujets mais qui jugent utile de travailler ensemble pour rendre possible la plus importante de toutes les refondations politiques, celle de nos institutions.

Ces projets ne doivent pas être soumis seulement à l’appréciation des élus décideurs, dans une logique traditionnelle qui serait inversée, mais aussi à celle des autres citoyens, d’abord par le débat public, ensuite par le biais du référendum d’initiative citoyenne.

Cet échange entre les citoyens eux-mêmes, dont le niveau de compétence technique peut équivaloir à celui des experts, est aujourd’hui un des grands enjeux de la participation et c’est une donnée fondamentale du débat public. Sans ce renouvellement des échanges, se met en oeuvre une opposition de lobbies dont certains peuvent aussi être « citoyens ».

1.6/ Le retour du débat et le suivi des suites…

Les décisions publiques, si collective que soit leur élaboration, ne répondent jamais à toutes les attentes. L’organisation du débat public doit donc prévoir, en amont les modalités qui seront celles du « retour » vers les participants. Ces modalités du « retour » et de l’explication des choix sont fondamentales pour ne pas générer des frustrations susceptibles de remettre en cause les acquis du débat public.

Ce retour pourrait prendre plusieurs formes :

  • la publication d’un état annuel de l’avancement des projets avec l’engagement de mettre sur la table tous les éléments qui font que la décision avance… ou pas
  • l’organisation, selon un rythme à déterminer, d’échanges organisés sur le même mode que ceux du grand débat public, mais avec des moyens plus modestes
  • l’utilisation massive des outils numériques pour mettre à disposition permanente les informations sur les projets.

Par ailleurs, l’ouverture d’un débat sur la constitution, le régime politique, les droits et libertés, débouchera sur des évolutions qui dessineront une nouvelle France pour sans doute plusieurs décennies. Pourtant, il pourra être nécessaire de remettre régulièrement « sur le métier » un certain nombre d’éléments de débat car ce que nous déciderons collectivement, nous ne saurions l’imposer aux générations qui nous suivront. Nous devrons donc faire en sorte qu’il soit possible pour celles et ceux qui vivront après nous de remettre en cause nos choix et d’en faire d’autres.

Par ailleurs, il ne faut pas que ce grand débat soit un moment de mobilisation citoyenne fugace sans lendemain. Il faut que ce soit l’occasion pour les citoyen-ne-s de prendre conscience que c’est eux qui auront désormais le pouvoir souverain et que leur vie dépendra largement de leurs choix collectifs et non plus de décisions prises en leur nom par de prétendus représentants. Dans cet esprit, même quand la nouvelle constitution aura été adoptée et mise en application et un nouveau régime politique institué, nombreuses seront les décisions qui seront largement inspirées, élaborées et adoptées par les citoyen-ne-s eux-mêmes, par un vote qu’ils assumeront eux-mêmes au lieu de le déléguer de manière systématique.

2/ Les outils du débat public

2.1/ Une assemblée de citoyens tirés au sort

Notre éducation civique nous conduit à considérer le tirage au sort comme une idée utopique. Pourtant, cette question est de nouveau à l’ordre du jour et l’histoire de la démocratie ne se clôt pas avec le système représentatif.

Des réflexions sont conduites à ce sujet dans les Think tanks politiques de toutes obédiences politiques et de nombreux chercheurs enrichissent aujourd’hui ce concept avec leurs travaux.6

 Voir notamment sur ce sujet polémique :

– Bernard Manin, « principes du gouvernement représentatif », Flammarion, réédition 2012

– Yves Sintomer, « Petite histoire de l’expérimentation démocratique », La découverte 2011

– David Van Reybrouck « Contre les élections », Actes Sud 2013,

– Intervention de Goulven Boudic au Conseil de développement de Nantes Métropole : http://www.nantes-citoyennete.com/ACTU/131118_Boudic.html

 Méprisée et traitée le plus souvent avec condescendance, la thématique du tirage au sort et de la démocratie prend pourtant tout son sens dans une actualité électorale qui devrait nous conduire à un minimum de réflexion distanciée sur les limites de la délégation de pouvoir. L’introduction de doses de tirage au sort n’est pas la remise en cause de la démocratie représentative ; elle peut au contraire la consolider en lui offrant une nouvelle respiration.

À l’échelle internationale, des expériences existent et sont déjà largement commentées : Colombie britannique, Islande, Irlande… À l’échelle locale, le tirage au sort est d’ores et déjà pratiqué aujourd’hui par les collectivités locales à travers des formules comme celle des « panels » ou des « ateliers » citoyens, des conférences de consensus… C’est une première étape intéressante mais encore limitée. Elle en appelle d’autres. Le niveau « d’encadrement » des dispositifs mis en oeuvre par les collectivités peut encore empêcher une expression totalement libérée.

Notre République marquerait un moment très fort en tentant, à l’échelle locale pour commencer, la constitution d’assemblées de citoyens tirés au sort, dont la mission serait, non pas de décider à la place des élu-e-s et du peuple souverain pris dans sa globalité mais de réinterroger le cadre de départ de tout débat et de toute prise de décision en y incorporant une influence citoyenne et un esprit de collégialité.

Les caractéristiques générales de cette assemblée citoyenne pourraient être les suivantes :

  • un nombre de membres équivalent à celui de l’assemblée délibérative de la collectivité concernée (conseil municipal, communautaire, général, régional, Assemblée Nationale…)
  • un tirage au sort dont les modalités restent à affiner (tirage au sort intégral, part de volontariat ?) mais qui devra respecter quelques principes : parité, diversité, équilibre territorial, ouverture la plus large pour aller au-delà des seules listes électorales (ouverture par exemple aux étrangers et aux jeunes non encore majeurs qui pourraient y participer)
  • un appui technique assuré par des personnalités qualifiées avec le concours éventuel d’experts extérieurs
  • des travaux à caractère public
  • un temps suffisant de délibération.

Cette assemblée citoyenne ne produirait pas seulement le traditionnel et général « avis citoyen » rendu par les dispositifs de type « panel » mais un véritable cahier de préconisations :

Ces « parlements » citoyens redonneraient à la France républicaine une image positive exprimant le message que l’innovation, l’ambition et le progrès sont redevenus des moteurs de la vie de la nation.

Ce renouveau démocratique ouvrirait de la meilleure façon possible la période à venir qui sera probablement celle d’une certaine « mixité » démocratique dans laquelle se développera une nouvelle alchimie de la représentation, de l’expertise et de l’intervention directe des citoyens.

2.2/ Un laboratoire des expériences numériques

Trois grandes raisons plaident pour la mise en œuvre d’outils numériques pour le débat public :

  • le numérique bouleverse non seulement l’information mais la capacité citoyenne à se mobiliser pour une cause. Si l’utilisation des outils numériques n’est pas pensée en amont, des mobilisations spontanées peuvent naître. Dans ce domaine, on gagnerait à analyser finement la « bataille » de communication qui s’est jouée autour de Notre Dame de Landes…
  • La France dispose des ressources nécessaires pour créer un nouveau champ d’expériences pour de nouvelles méthodes d’échanges et de dialogue sur les projets publics. S’appuyer sur des structures locales constituerait une occasion supplémentaire de mobilisation.
  • le numérique offre une capacité de toucher une très large population et de nouvelles catégories d’habitants.

Il ne s’agit pas de faire du « numérique » parce que c’est l’air du temps mais d’abord parce qu’il faut « améliorer » les conditions du débat public, c’est à-dire faire en sorte que les solutions retenues correspondent aux attentes. Sur cette base, il faut élaborer des outils numériques autonomes et déconnectés du reste du débat pour répondre à deux grands objectifs :

  • innerver l’ensemble des démarches d’échanges et de discussions par de nouvelles pratiques
  • développer une expérimentation capable de constituer une référence en matière de combinaison numérique/participation/coproduction.

La mise en oeuvre d’une expérimentation numérique pourrait résulter d’une combinatoire d’outils :

  • L’écoute du Web

On dit déjà beaucoup de choses sur le web… à propos de démocratie et de 6e République, avant même qu’un débat officiel ne soit lancé. Il existe des outils de suivi et d’analyse des conversations web. Cela permet de mesurer la sensibilité spontanée, les éventuelles communautés constituées sur le sujet, d’obtenir des expressions spécifiques et, à l’inverse, d’identifier ceux qui restent à toucher.

Des startups nantaises sont spécialisées dans ce domaine.

  • La mise en oeuvre de dispositifs d’échanges ouverts

Dans ce domaine, les outils sont variés et l’intérêt sera de les multiplier : tchats en ligne, Wiki, labo de concertation, réseaux sociaux…

  • L’utilisation et la valorisation des nouveaux médias en ligne

On peut capitaliser à Nantes sur de nombreuses expériences inventives en matière de nouveaux médias*, quelle que soit leur appellation : contributifs, participatifs… Ces outils touchent de nouveaux publics et ont la capacité de démultiplier les occasions d’échanges et de débats.

* www.medias2030.org

  • La datavisualisation : un Hyblab pour la 6e République ?

La datavisualisation permet de donner « à voir » à partir de la masse des données disponibles sur un sujet. Elle permet de construire des narrations. Dans l’esprit du Hyblab* organisé chaque année par le cluster Ouest Medialab** avec les étudiants en journalisme, une manifestation similaire pourrait voir le jour sur la thématique de la 6e République et de la 1ère véritable démocratie républicaine française.

* www.hyblab.fr

** www.ouestmedialab.fr

  • L’immersion par le numérique

Il existe aujourd’hui des outils permettant l’immersion dans des situations pour les faire évoluer virtuellement. C’est sur ce type d’outil que la capacité d’invention des développeurs nantais peut être sollicitée. Ces outils permettent l’appropriation par les publics jeunes et surtout le repérage des nouvelles représentations de l’urbain par des catégories de population qui se tiennent généralement à l’écart des concertation traditionnelles.

Il y a un principe de créativité à mettre en oeuvre pour éviter que la puissance publique ne fasse que répliquer sur Internet ce qu’elle pratique par ailleurs en matière d’outils de concertation traditionnelle.

Il faut accepter aussi l’existence d’un « débat parallèle » qui ne rentre pas forcément dans la cadre des prescriptions publiques. Il peut y avoir un « festival off » très profitable au « festival officiel ». Les outils numériques sont très efficaces pour le off.

Les grandes réunions publiques, la concertation classique à base de dossiers complexes donnent aujourd’hui des résultats limités et favorisent l’expression des publics déjà bien informés. Il faut donc revisiter ces outils au regard des exigences des citoyens d’aujourd’hui et de la nécessité de toucher un maximum d’habitants.

Dans l’esprit initié à Nantes par « Ma ville demain », il faut faciliter l’appropriation du débat par les citoyens en proposant des objectifs de méthode :

  • des rencontres à faible effectif pour permettre une expression précise des rencontres ne dépassant pas 10-20 personnes
  • des rencontres sur les lieux de vie, de travail, de loisirs
  • des rencontres de type « Tupperware » (les politiques sont capables de se mobiliser plusieurs semaines pour faire du porte-à porte en cas d’élections, pourquoi pas pour une autre cause ?)
  • des rencontres impliquant les dispositifs participatifs existants, notamment les conseils de quartiers mais aussi toute la gamme existante des dispositifs participatifs
  • des rencontres sur la base d’outils qui « donnent à voir ». S’agissant d’échanger sur la manière de vivre sous une 6e République vraiment démocratique, les rencontres de proximité doivent s’appuyer sur l’utilisation de tous les moyens, notamment numériques, qui permettent de visualiser les lieux et leurs aménagements,

Les médias locaux

Dans le rapport à la proximité, les médias locaux (quotidiens, hebdos, radios, télévisions) jouent évidemment un rôle majeur. Au delà du seul suivi de l’actualité du débat, ces médias ont une capacité importante d’innovation et d’intervention pour démultiplier les échanges et enrichir leur qualité. Parmi les initiatives de ces médias, on pourrait imaginer des processus d’auditions, des débats d’acteurs, des rencontres spécifiques…

Cette panoplie d’outils de rencontres, avec les documents qui les accompagnent, doit permettre de donner à la fois une vision globale des enjeux et de traiter les questions techniques, Les citoyens doivent comprendre les grandes données des problèmes posés et en même temps obtenir des réponses sur des questions très précises concernant les différents aspects que porte en elle la révolution de la 6e République.

Ne pas abuser des effets de mode

Les rencontres dites « participatives » ont intégré depuis quelques années les méthodes de la rencontre collective divisée en petits groupes pour obtenir l’expression de ceux qui ne prennent guère la parole dans les séances publiques classiques. Cette méthode plait le plus souvent aux participants puisqu’ils y trouvent une forme de liberté et de convivialité. Le PG a par exemple mis en œuvre, depuis près de trois ans, cette façon de faire en son conseil national. Il organise des « ruches », c’est-à-dire de petits groupes de quelques dizaines de personnes.

Cette méthode a beaucoup d’intérêt puisqu’elle modifie la nature des échanges en créant une forme d’égalité entre les participants. Elle a aussi ses dérives. Une certaine forme de banalisation aboutit qu’on se contente souvent de la « mise en scène » participative, agrémentée de l’utilisation abondante de post-its dont la synthèse peut se révéler hasardeuse, voire un peu « orientée ».

 

Introduction du livre « L’ère du peuple » de Jean-Luc MÉLENCHON – Editions Fayard, septembre 2014

ISBN : 978-2-213-68575-5

* * * * *

L'ère du peuple par JLM, sept. 2014

POURQUOI CE LIVRE ?

Depuis un siècle, en France, aucun reniement à gauche n’égale celui de François Hollande en deux ans et demi. Comme beaucoup de gens, je suis sidéré : je n’aurais jamais cru qu’il trahirait ses électeurs aussi vite, aussi grossièrement, aussi totalement. Dès lors, « la gauche et la droite, c’est pareil », disent amèrement ceux qui refusent à faire la différence entre notre idéal et la supercherie qui gouverne en son nom.

Pendant ce temps l’orage gronde. Notre monde contient des risques inouïs. Le changement climatique est amorcé, l’âge du dollar-roi et de la finance exubérante a généré une bulle financière qui va éclater, l’empire nord-américain court à l’effondrement, l’humanité toujours plus nombreuse met sous tension toutes les ressources de la planète et continue son expansion en annexant la mer de la pire façon. Dès lors, quel crève-cœur de voir la France rabougrie !

À cette heure notre République devrait se dresser de toute la hauteur de son peuple sur la scène du monde. Elle ne devrait pas être enfermée dans la servile allégeance aux États-Unis d’Amérique et à leur dangereuse politique impériale. Elle ne devrait pas être cette pauvre chose ballotée par les évènements, tenue en laisse par Mme Merkel. Elle ne devrait pas vivre dans la gêne et sous le fouet d’une poignée de déclinistes payés pour la démoraliser et la faire douter d’elle. Au contraire elle devrait marcher aux avant-postes du nouvel âge de l’humanité qui se dessine sous nos yeux, être la cheville ouvrière d’une nouvelle alliance des peuples. Sinon, comment faire face à l’incroyable défi écologique et géopolitique qui menace d’anéantir la civilisation humaine ?

Le goût du futur

J’écris pour refuser l’asphyxie de la pensée progressiste dans le règne glauque de François Hollande et de sa bande de copains de promotion. Mais aussi pour ne pas étouffer dans la critique de leurs turpitudes. Et enfin pour ne pas laisser croire que notre avenir serait e revenir à la doctrine de je ne sais quel passé glorieux.

Je propose de ne pas en rester aux dénonciations. Pour respirer à pleins poumons, visons un point plus haut que l’horizon du présent démoralisant. Ainsi faisaient nos anciens pourtant lourdement cadenassés dans leur statut social et leur quotidien harassant. Ils regardaient plus haut et du coup ils voyaient plus loin. Le goût du futur, de ce petit matin du monde nouveau qu’on préparait, mettait la mesquinerie du présent à sa place et permettait d’y figurer jusque dans les mauvais jours le front haut et même le sourire aux lèvres. Reprenons leur fil. Hollande finira par partir. Certes ses dégâts sont déjà considérables et parfois irréversibles. Mais il aura quand même eu le mérite de soulever une nausée créatrice. Elle nous aura tous obligés à une autre façon de penser et d’agir.

La bifurcation

On nomme mal ce que nous vivons : pourquoi continuer à parler de « crise » comme on le fait depuis trente ans ? Les mots ont un sens. Il n’y a pas de crise. Il y a un changement total de la trajectoire de l’histoire de l’humanité. Une véritable bifurcation. Les nouveautés les plus radicales de notre époque ont été bien décrites par les intellectuels de tous pays, mais elles ne sont pas prises en compte dans la sphère politique. Parfois, elles sont ignorées. D’autres fois, leur nouveauté fulgurante est méconnue. Et plus souvent encore, leur conjonction n’est pas pensée. Je vois les mécanismes autodestructeurs de la société humaine qu’elles contiennent. La « grande régression » décrite par l’économiste Jacques Généreux est déjà très avancée. Je vois surtout l’aveuglement des élites dirigeantes, l’infinie cupidité des puissants, la perversité de l’égoïsme édicté en norme suprême dans tous les domaines, la folie du fanatisme religieux qui dilapide l’énergie de masses immenses. Pour autant, faut-il avoir le blues et se joindre aux dandys de la pleurnicherie ? Le pessimisme face au futur ne doit pas être un argument supplémentaire pour l’inaction dans le présent.

De toute façon, justement par ce que nous sommes tous le dos au mur, je crois que l’imagination et le goût de vivre seront les plus forts à la fin. La même mécanique qui pourrait nous broyer porte des enchainements tout aussi vigoureux qui poussent l’humanité à chercher une sortie par le haut. Il faut donc repérer les points d’appui pour rebondir le moment venu ! Les occasions viendront de porter plus loin que jamais notre projet dans l’histoire. La question posée n’est pas de savoir si nous allons y arriver, et encore moins d’espérer d’être félicités pour avoir eu raison avant tout le monde. Jusqu’à la victoire, il n’y a que des coups à prendre. Nous devons seulement examiner si nous avons des raisons d’agir et des moyens d’avancer.

Place au peuple

Dans les tensions terribles que contient notre époque se niche la possibilité d’un rebond positif vers un tout autre futur. Les multitudes humaines le tenteront. Non pour des raisons idéologiques mais pour répondre à des problèmes concrets que la société actuelle est incapable de résoudre. Non à l’appel d’improbables prophètes inspirés, mais par des enchainements d’évènements souvent parfaitement fortuits. Je sais bien que l’énergie des mases immenses enfermées dans une impasse peut entraîner des éruptions du mauvais côté du volcan. C’est le cas en France avec la dynamique de l’extrême droite. Mais la mécanique qui mine l’ordre politique n’est pas liée aux circonstances politiciennes de chaque pays. Les raisons qui mènent à son effondrement sont aussi globales que l’est notre monde actuel.

L’action sera menée au nom de l’intérêt général humain : ce sera le nouveau cri de ralliement. Le peuple va la mener et non une classe particulière dirigeant le reste de la population. Le peuple, à savoir les nuées humaines urbanisées qui forment l’essentiel de la population contemporaine. Le peuple, c’est-à-dire cette multitude quand elle devient citoyenne. À savoir quand les individus qui la composent prennent le pouvoir sur leurs conditions de vie. Et quand ils élisent une assemblée constituante pour instaurer les nouvelles règles de vie commune. Le peuple détrônant la petite oligarchie des riches, la caste dorée de politiciens qui sert ses intérêts et des médiacrates qui envoûtent les esprits. Il le fera ! Non par jalousie ni par envie de bénéficier à son tour des consommations grotesques de la caste des ultra-riches, mais pour vivre une vie décente et relever le défi du cataclysme qui s’avance sur la civilisation humaine. Dès lors le récit que je présente dans ses pages peut être considéré comme une théorie de la révolution citoyenne.

Nouveaux repères

En préparant ce livre, je savais que je ne voyais plus les faits et le monde comme autrefois, lorsque je partageais l’essentiel du message traditionnel de la gauche. Je me suis transformé par le travail que j’ai accompli à mesure que j’ai lu et voyagé, agi et appris dans toutes les tâches qui m’ont été confiées au fil de ces dernières années de ma vie tumultueuse de citoyen très engagé. Mon évolution tient pour beaucoup à ma rencontre avec l’écologie politique (à ne pas confondre avec la firme qui truste le label) et aux brassages qu’elle a opérés dans la compréhension de notre temps. Mais tout aussi certainement, c’est l’œuvre du contact approfondi avec les récentes révolutions démocratiques de l’Amérique du Sud, du « printemps arabe » et des « marées citoyennes » d’Espagne.

L’effondrement du projet européen dans l’euro fort, les politiques d’austérité et le grand marché commun avec les États-Unis d’Amérique m’ont mis au pied du mur : repenser le monde. Je me suis profondément réorienté sans abandonner un seul jour ni la lutte, ni ses fondements intellectuels en moi, ni le matérialisme historique dont je me suis toujours inspiré, ni le républicanisme qui m’anime, ni l’universalisme qui est ma religion humaine, ni le refus de l’aberrant capitalisme contemporain. Bref, tout me paraît différent mais sans que j’aie perdu en route rien de ce que je crois essentiel depuis mes vingt ans, lorsque j’étais président du syndicat étudiant à Besançon, jusqu’aux épopées comme celle de 2012 où je fus le candidat commun de l’autre gauche à l’élection présidentielle française.

Ce livre met en scène mes points de repère nouveaux dans l’histoire humaine de notre temps. Souvent, je montre comment la pitoyable présidence actuelle a méconnu ses devoirs devant les faits essentiels. Et je formule des propositions à la hauteur des circonstances décrites.

Mon travail reprend nombre d’arguments et de points de vue collectés au fil de combats et de rencontres de toutes sortes. Pour concentrer ma démonstration, j’ai dû faire des résumés parfois simplificateurs. Mais on n’attend pas d’un citoyen engagé comme moi qu’il rivalise avec les sociologues, les ethnologues, les démographes, les économistes et les philosophes, mais qu’il leur emprunte à bon escient des savoirs pour éclairer le chemin. Je m’y suis efforcé.

Plan du livre

1/ La gauche peut mourir

Solférinien

Normal

Fourbe

Servile

Ami de la finance

Voleur de mots

Glauque

Après la gauche, le peuple souverain

2/ La loi du nombre

(…)

Le nombre fait sa loi

L’expansion permanente

Le nombre nous pousse à la mer

Le saccage

Le nouveau géant français

La mer ignorée

3/ L’ère de l’anthropocène

(…)

Irréversible

L’anthropocène

Climat et ordre politique

La dette urgente

La règle verte

Écologie républicaine

Le capitalisme vert ?

4/ Le retournement du monde

(…)

Le coût du capital

Le nouvel âge du capitalisme

L’origine de l’oligarchie

La bulle

Le retournement du monde

Vivement la fin

L’empire agressif

Le choc des civilisations

Les USA annexent l’Europe

Des valeurs communes ?

L’universalisme contre l’empire

La nouvelle alliance altermondialiste

Un nouvel ordre légitime

Pour un protectionnisme solidaire

5/ Le nouvel ordre du temps

(…)

Le temps comme enjeu

La propriété du temps

La planification écologique

La contraction du temps

La fin du passé

La transe du futur

Transmettre

Les bornes du temps

La fin de la mort ?

6/Homo urbanus

(…)

L’âge des réseaux

Qui paie commande ?

La cité sans fin

L’individu et le citoyen

Capitalisme en ville

7/ Le peuple et sa révolution

(…)

Le nouvel âge des révolutions

L’avènement du peuple

La peur du peuple

Le nouveau peuple

Le front du peuple

Le salariat et le peuple

Le peuple et sa souveraineté

Peuple constituant ou rien

8/ Rompre l’envoûtement

(…)

L’ordre globalitaire

Dressage social

Rompre l’envoûtement

Programmes obsolètes

La révolution citoyenne

Droit d’initiative populaire

9/ L’écosocialisme

(…)

  1. Le paradigme de l’intérêt général
  2. Une alternative concrète et radicale
  3. Une nouvelle synthèse politique à gauche
  4. Le dépassement du socialisme