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« La fin de l’Union Européenne » – Un constat implacable par Lenny Benbara le 04/01/2017

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Lien vers l’article sur Le Vent Se Lève 
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Dans vos librairies le 5 janvier, « la fin de l’Union Européenne » est le produit de la collaboration de Coralie Delaume, essayiste et blogueuse, et de David Cayla, maître de conférence en économie à l’université d’Angers et membre des économistes atterrés, que nous avions par ailleurs interviewé sur le protectionnisme. Les deux auteurs nous livrent une analyse à la fois lucide et brillante de ce qu’est devenue l’Union Européenne.
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Tout y est. L’ouvrage est découpé en six chapitres très aboutis. Le premier fait l’analyse des référendums qui ont eu lieu les dernières années, la façon dont les peuples disent de plus en plus « Non » à l’Union Européenne, et les conséquences importantes que ces scrutins auront. Le second revient sur la crise grecque et les leçons qu’on peut tirer de l’échec d’Alexis Tsipras. Dans ce chapitre, la façon dont la BCE a montré toute son « indépendance » orientée et sa puissance de feu contre la Grèce est magistralement décrite. Le troisième expose, à partir de l’histoire longue et de façon accessible aux néophytes de l’économie, la manière dont le marché unique européen et l’euro ont produit de la divergence entre les économies européennes, au profit du bassin rhénan.
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Ensuite, le quatrième montre admirablement comment « Europe » et « dumping » sont devenus de parfaits synonymes à partir du cas du Luxembourg, paradis fiscal au cœur de l’Europe, et de l’Irlande, qui est devenu le grand centre d’accueil des multinationales qui veulent échapper à l’impôt. Le chapitre suivant nous offre une analyse intéressante de la façon dont les institutions supranationales se sont mutuellement renforcées, notamment grâce à la CJUE, cette institution méconnue qui pratique un coup d’État juridique permanent. Enfin, le dernier chapitre s’attarde sur le rôle de l’Allemagne, la manière dont elle est devenue aujourd’hui quasi-omnipotente en Europe, et la situation de servitude volontaire dans laquelle nous nous sommes plongés vis à vis d’elle.
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L’ouvrage est donc très complet sans être trop long pour autant. L’analyse est précise et concise. Ce livre-bilan est néanmoins implacable. L’Union Européenne est aujourd’hui dans une impasse, car elle a voulu se construire comme une fédération à partir de méthodes impérialistes, c’est-à-dire à la fois en dépit des peuples et contre eux. Le « fédéralisme furtif » des technocrates de Bruxelles, celui des conciliabules et des couloirs du Berlaymont, est arrivé à ses limites. Le processus de détricotage a d’ores et déjà commencé avec la suspension de facto de Schengen et de la convention de Dublin, la révolte croissante des pays de la périphérie vis à vis du cœur économique de l’UE, le chaos de la crise migratoire, la prise de distance des pays scandinaves, ou encore le Brexit, qui met fin au mythe de l’irréversibilité de la construction européenne. Bref, la fin de l’Union Européenne a bel et bien commencé.
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A l’appui, de nombreuses citations de responsables européens totalement désabusés. Ainsi, les plus farouches européens auraient déjà renoncé à leur projet : « L’Europe comme nous l’avions imaginée, c’est fini. L’Europe que nous avions voulue, nous ne la connaîtrons jamais. Et les États-Unis d’Europe, il ne faut plus y penser » a déclaré François Hollande, le 23 juillet 2016. Le malade est donc en état de mort clinique. Nos deux auteurs nous invitent à le débrancher afin d’arrêter les frais.
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Cette lecture a été tout à fait stimulante. Nous avons beaucoup apprécié la finesse de l’analyse et sa maturité. L’aspect juridique, que nous maitrisons encore assez mal, est très bien développé. On se rend compte, à l’exposé des méthodes de la CJUE, que c’est bien ici que se jouent les principes de la démocratie. David Cayla, pour sa part, montre très bien comment l’Union Européenne s’est construite en mettant les peuples en concurrence, en fragilisant les modèles sociaux, et en détruisant petit à petit toutes les protections des travailleurs.
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Nous aurions néanmoins aimé que les auteurs mettent davantage en avant des propositions concrètes. Car nous croyons précisément, ainsi que le montre cet ouvrage, que la mort de l’Union Européenne est déjà actée dans les têtes, et qu’à l’heure du démarrage de la campagne présidentielle, il est temps de mettre en débat des propositions et une vision politique pour sortir de cette ornière. On nous rétorquera surement que cela ne relève pas de la responsabilité des auteurs de ce ouvrage.
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Hormis cette petite réserve, c’est un livre qui vous fera réellement réfléchir, et qui vous apportera un matériau riche et dense, tout en étant agréable à lire. Le moment est venu que nous sortions des interminables débats identitaires pour enfin mettre les grands sujets sur la table, ceux qui engagent le destin de la nation tout entière. A lire absolument donc. Courrez chez votre libraire – vous pouvez aussi faire trois clicks et aller sur Amazon, pour les plus feignants – !
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Crédit photo : Margot l’Hermite

“Je suis du camp de la France et son seul intérêt, c’est la paix !” Jean-Luc Mélenchon, Le Lamentin (Martinique) le 17/12/2016

Extrait du discours de Jean-Luc Mélenchon au Lamentin (Matinique) le 17 décembre 2016.
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Retranscription faite par Vincent Christophe Le Roux
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Lien vers la vidéo intégrale (1h 21 min 49’).
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À propos de la Syrie (…) on va répétant de tous côtés que ma position est ambiguë. Mais elle ne l’est d’aucune façon !
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Je suis hostile au parti de la guerre. Et le parti de la guerre s’est constitué en Europe et en France à travers un soutien aveuglé à ce que j’appelle le « campisme ». Il y a une situation et alors chacun choisit un camp. Eh bien, ce n’est pas mon avis !
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Mon avis est que je suis du camp de la France et la France, son seul intérêt, c’est la paix ! Nous ne participons d’aucune coalition pour dépouiller la Syrie, ici d’un plateau, là-bas d’un rebord, ou là encore d’une plaine. Ma position est extrêmement claire : je m’oppose au parti de la guerre qui est en train de monter en puissance dans toute l’Europe à l’instigation des États-Unis d’Amérique qui, en commençant par l’Ukraine et en continuant ailleurs, ont hourdi toutes sortes d’agitations pour subjuguer les esprits. Et croyez que je n’exagère pas en vous parlant comme je suis en train de le faire. Si vous voyiez les résolutions qui se discutent au Parlement européen, vous seriez effrayés, du ton qui est pris, de cette manière de revivre une guerre Froide qui a cessé depuis bien longtemps et dont on voit bien que si elle devait recommencer, ce serait une guerre chaude !
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Mes chers compatriotes, la paix est un bien précieux et il faut lutter pour elle. J’ai assez visité ce territoire pour savoir quelle a été sa contribution dans le passé aux grandes guerres, qui sont toujours mondiales quand elles s’allument en Europe qui en porte seule la responsabilité à chacune des étapes de l’Histoire.
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J’ai vu, dans les villages et les villes, les monuments aux morts en Martinique avec tous ces malheureux qu’on avait emmenés là-bas pour combattre et y mourir et que leurs pères et mères n’ont jamais revus.
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La paix est une question sérieuse. Ce n’est pas un état de nature. Nous devons résister lorsque la guerre s’avance, avec lucidité, avec sang-froid et refuser les pressions qui s’exercent sur nous.
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On voudrait, tous les jours, me faire condamner tel bombardement plutôt que tel autre. Je ne le ferai pas ! Je continuerai à tenir ma position qui est de dire qu’on ne peut venir à bout de l’ennemi qu’on affronte et à qui nous pouvons imputer les morts du Bataclan, de l’assassinat de Charlie Hebdo, de l’épicerie Casher et ainsi de suite, que nous avons à régler ce compte-là mais que nous ne le ferons pas au prix d’une guerre qui embrase toute une région.
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Je ne choisis pas mes bombardements. Je déteste les bombardements, que ce soit ceux d’Alep, ceux du Yémen, ou ceux de Mossoul car toujours ce sont les civils qui paient et qui sont en état total d’impuissance ayant à subir toutes sortes d’horreurs, celles que leur infligent les occupants qui arrivent puis, quand ils s’en vont, celles des nouveaux qui arrivent ! Nous savons tous que c’est cela la guerre. Il n’y a pas de guerre propre.
Je le dis avec toute cette force car vous aurez, vous autres, un rôle à jouer dans l’idée que je me fais de la réorganisation de la politique internationale de la France.
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Je ne veux plus que les Français soient le dernier wagon des Américains dans l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord que l’on appelle l’OTAN ! Nous en sortirons et nous en sortirons d’autant plus vivement que je vois comment, à travers l’installation de batteries anti-missiles en Pologne, à travers toutes ces faveurs que l’on déverse sur des pays qui ont des comptes inextinguibles à livrer avec la Russie, on est en train de préparer, sur le vieux continent, un nouvel embrasement.
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Je n’ai aucune complaisance pour des gouvernements comme ceux de l’Ukraine peuplé de racistes, peuplé de néo-nazis, qui ont le front de porter encore les étendards que l’on a vu sur nos occupants. Voilà ce que j’ai à dire avec toute ma force.
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Nous sortirons de cette alliance militaire. Nous reconquerrons instantanément notre indépendance totale dans tous les domaines qui concerne la sécurité de la patrie et la manière d’aborder les voisinages qui sont les nôtres dans les Caraïbes et, plus prochement, en Amérique Latine. On sortira le matériel américain du matériel français. Microsoft n’a rien à faire au siège de l’armée française ni aucun de ses logiciels dans aucun des armements français.
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En reconquérant notre indépendance, nous chercherons à nous lier à d’autres peuples et c’est là que vous avez un rôle à jouer. Pas celui de je ne sais quelle improbable vitrine mais un rôle actif.
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Nous devons entrer dans les coalitions et regroupements de pays des Caraïbes et de l’Amérique Latine. Car jamais on ne pourra oublier – et jamais il ne faudra cesser de répéter – que la plus longue frontière de la France est avec le Brésil et pas avec l’Allemagne et encore moins avec la Lituanie ! Si bien que nous avons à voir avec l’ALBA et avec MERCOSUR puisque nous en sommes voisins directement.
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Voilà comment je me représente ça et vous aurez à jouer ce rôle car mon sentiment – et je vous demande de m’écouter avec soin – est qu’une telle redisposition des forces de la France, une telle vision du futur, qui nous extrait de ce petit enfermement européen, qui fait de nous une petite nation occidentale – que nous ne sommes PAS – doit cesser.
Nous ne sommes PAS une nation occidentale. Nous sommes une nation universaliste. Nous sommes présents sur les cinq continents. Nous avons toutes les couleurs, toutes les religions, et nous partageons notre langue – qui ne nous définit pas – avec 29 autres pays. La seule chose que nous ayons en commun et qui est le plus fort, qui est la dynamique qui anime notre peuple, c’est sa devise dont, parfois, et même souvent – et en particulier ici – nous n’avons pas toujours été à la hauteur. Que la France claque comme un message et un drapeau : Liberté – Égalité – Fraternité mais jusqu’au bout, et pour de vrai !
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Non, vous n’êtes pas ce que l’Europe appelle « les régions ultra-périphériques ». Ce qui est « ultra-périphérique », c’est plutôt Vilnius* que Fort-de-France, pour des Français ! Et, si je le dis, c’est parce que c’est tout le regard qu’il faut changer.
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Les îles, voyez-vous, les îles françaises, je les pratique déjà depuis quelques temps. Combien, parmi vos élus et vos dirigeants, peuvent dire qu’ils sont allés en Nouvelle Calédonie française, en Kanakie, avec ses terribles onze heures de décalage qui font que vous arrivez pantelant et rentrez chez vous de même !
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Les îles ne sont pas des territoires exotiques. Les îles sont des loupes sur nous-mêmes. Les îles font voir en gros tous nos défauts et toutes nos qualités. Et parce que ce sont des îles, quand elles cherchent à régler leurs problèmes, alors elles ouvrent des voies pour le pays tout entier.
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Ah si la Corrèze pouvait imaginer qu’elle est entourée d’eau comme la Martinique ! Peut-être qu’elle réfléchirait autrement à son développement, peut-être qu’elle se poserait des questions que vous avez à vous poser et à régler sur lesquelles, maintenant, je vais venir.
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* Capitale de la Lituanie

Sortir de l’UE par l’article 50 du Traité sur l’Union européenne est-elle la bonne stratégie ?

Je vais vous dire à quoi me fait penser la sortie de l’UE par l’article 50 que prônent certains, notamment à l’UPR mais d’abord je reproduis ci-dessous le contenu de ce fameux article…
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Article 50
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1. Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union.
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2. L’État membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. À la lumière des orientations du Conseil européen, l’Union négocie et conclut avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l’Union. Cet accord est négocié conformément à l’article 218, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il est conclu au nom de l’Union par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.
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3. Les traités cessent d’être applicables à l’État concerné à partir de la date d’entrée en vigueur de l’accord de retrait ou, à défaut, deux ans après la notification visée au paragraphe 2, sauf si le Conseil européen, en accord avec l’État membre concerné, décide à l’unanimité de proroger ce délai.
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4. Aux fins des paragraphes 2 et 3, le membre du Conseil européen et du Conseil représentant l’État membre qui se retire ne participe ni aux délibérations ni aux décisions du Conseil européen et du Conseil qui le concernent. La majorité qualifiée se définit conformément à l’article 238, paragraphe 3, point b), du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.
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5. Si l’État qui s’est retiré de l’Union demande à adhérer à nouveau, sa demande est soumise à la procédure visée à l’article 49.
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Outre que j’estime, pour une question de principe, que l’on n’a pas à négocier quoi que ce soit avec des tyrans, je suis convaincu que cette modalité de sortie est une folie en ce sens qu’elle ne peut que nous conduire à subir – deux ans durant – des coups extrêmement violents de la part de nos bourreaux, puisque ledit article 50 prévoit que l’État qui souhaite se retirer de l’UE doit négocier les modalités de sa sortie avec les institutions de l’UE et qu’il faut une approbation de l’accord par le Conseil et par le Parlement.
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Que se passe-t-il si l’accord n’est pas possible ?
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Le traité ne dit rien ! Et pour cause !
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Donc choisir de sortir « conventionnellement » – c’est-à-dire en respectant les procédures « constitutionnelles » de l’UE prévues par le traité – serait comme si une équipe de prisonniers, qui auraient, des mois durant, creusé secrètement un tunnel depuis leur cellule en vue de s’évader, auraient choisi de ressortir non pas à l’extérieur du camp dans lequel ils étaient tenus prisonniers mais seulement à l’extérieur du baraquement de cantonnement, en restant en plein cœur de la cour et qui, après être sortis du trou et avoir hurlé « Nous avons décidé de nous évader », viendraient négocier avec les matons et les kapos du camp, les conditions et modalités concrètes de l’accès à l’extérieur du camp.
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Faut-il vous expliquer ce que les « prisonniers en voie future d’évasion » subiraient de la part de leurs geôliers ?
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Pendant la période de deux ans prévue par les traités pour cette « négociation », que croyez-vous qu’il se passerait ?
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Réfléchissez-y ami-e-s et camarades partisans de la sortie…
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Quand on se libère, on ne respecte pas les règles posées par ceux qui vous ont emprisonné.
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Quand on se libère, on brise ses chaines, on ne demande pas la clé à nos matons.
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Quand on se libère, on est prêt à mettre hors d’état de nous nuire ceux qui nous ont privés de notre liberté, on ne discute pas avec eux des modalités de notre évasion et des conditions du retour à notre pleine liberté.
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Quand on se libère, il n’y a pas de période probatoire, pas de période d’essai ni de période intermédiaire.
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Dans la DÉCLARATION D’INDÉPENDANCE DES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE, il n’est pas écrit que le peuple américain allait négocier durant des mois avec la Couronne britannique les conditions et modalités de la liberté qu’il prenait et de la souveraineté pleine et entière qu’il se reconnaissait désormais sur leur territoire et sur le peuple qui l’habitait.
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Dans ce texte, voici ce qui était notamment écrit :
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« Lorsqu’une longue suite d’abus et d’usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit et de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future.« 
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Et ceci : « Nous, les représentants des États-Unis d’Amérique, assemblés en Congrès général, publions et déclarons solennellement au nom et par l’autorité du bon peuple de ces Colonies, que ces Colonies unies sont et ont le droit d’être des États libres et indépendants ; qu’elles sont dégagées de toute obéissance envers la Couronne de la Grande-Bretagne ; que tout lien politique entre elles et l’État de la Grande-Bretagne est et doit être entièrement dissous ; que, comme les États libres et indépendants, elles ont pleine autorité de faire la guerre, de conclure la paix, de contracter des alliances, de réglementer le commerce et de faire tous autres actes ou choses que les États indépendants ont droit de faire.« 
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Imaginez un seul instant que les colonies britanniques aient décidé d’exprimer leur « volonté » d’indépendance mais soient demeurées des mois durant au sein de la Couronne britannique et n’aient pas rompu tous les liens de subordination qui les enchaînaient à elle.
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Pensez-vous que l’Angleterre aurait accepté in fine de voir partir ses sujets et de perdre la main sur la richesse de leur territoire et les folles espérances d’enrichissement qu’il avait fait naître ?
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Pensez-vous que la « négociation » aurait été fructueuse pour les Américains ?
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Pensez-vous que la Couronne britannique aurait été compréhensive et bienveillante envers les indépendantistes ?
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Croire cela, c’est vivre au pays des BISOUNOURS !
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Si une évasion de prisonniers ne peut se faire que par la ruse ou par la mise en oeuvre, par eux à l’encontre de leurs matons, d’une violence supérieure à celle que les matons sont capables d’exercer pour les dissuader de s’évader ou les en empêcher, quand il est question de démembrement d’une puissance géopolitique, il n’y a aucune place à la négociation. C’est le fait accompli qui joue et c’est souvent la violence de la fracture entre ceux qui partent et ceux qui refusent cette partition. Il est très rare que les choses se passent dans la joie et la bonne humeur. L’exemple de la partition de la Tchécoslovaquie est une des rares exceptions dans l’Histoire humaine qui a plus souvent connu des « guerres d’indépendance » que des séparations par consentement mutuel…
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C’est pourquoi, je considère que le jour même où le peuple français aura décidé, par référendum, de sortir de l’UE, la décision devra s’appliquer IMMÉDIATEMENT et dans TOUS ses effets.
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C’est avant ce jour J qu’elle aura dû être préparée, par le Président de la République qui aura organisé le référendum, par son gouvernement, par l’administration du pays, par les autorités civiles et militaires, par les économistes et les financiers, par les diplomates, par tous ceux qui auront à travailler en coulisse et souvent dans le plus grand secret, pour que cette sortie se fasse dans les meilleures conditions pour notre peuple.
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Une 6e République, pourquoi ? Vidéos de Besançon, l’insoumise

 

Épisode 1 du 20/02/2016 : La Ve a raison de nos vies

Épisode 2 du 21/02/2016 : La Ve une monarchie présidentielle

Épisode 3  à venir

Jean-Luc Mélenchon, candidat devant le peuple pour l’écouter, et pour lui parler…

Pendant que des baltringues vont « primairiser » et donc discuter entre eux pour décider qui aura le ticket d’entrée au bal des prétendantes, nous, désormais, avec Jean-Luc Mélenchon, candidat devant le peuple à l’élection présidentielle, on va aller écouter ce peuple. Et lui parler comme on lui parle trop peu.

Lui parler de ce qu’est l’Union européenne... et de la nécessité absolue de sortir des traités pour créer tout autre chose avec les peuples européens qui voudront s’associer à nous…

Lui parler de ce qu’est devenue notre géopolitique (diplomatie et défense) et de la nécessité absolue de redéfinir un nouvel indépendantisme français qui soit un internationalisme authentique, ce qui impliquera inéluctablement de sortir définitivement et totalement de l’OTAN et de quelques autres organisations internationales qui sont en fait des armes à la discrétion exclusive des États-Unis, et de contribuer avec d’autres puissances grandes ou moyennes mais aussi petites, à la naissance de nouvelles relations internationales reposant sur la loyauté des échanges et la paix.

Lui parler de ce qu’est devenue la 5e République…et de la nécessité absolue de changer de régime…pour fonder une 6e République qui soit aussi et surtout une véritable 1ère démocratie dans laquelle la voix de chaque citoyen sera entendue et aura son effet…

Lui parler de ce que sont devenues la liberté, l’égalité et la fraternité… et de la nécessité absolue de redonner vie à ces trois sublimes concepts politiques…

Lui parler de ce qu’est devenue la laïcité… et de la nécessité absolue de revenir à ce qu’elle implique en termes de relations avec la chose religieuse…

Lui parler de ce qu’est devenu le « contrat social » et de la nécessité absolue de partager la grande richesse que les Françaises et les Français – mais également des étrangers – permettent de créer chaque année en France…

Lui parler de ce qu’est devenu l’État et de la nécessité absolue de le remettre au service de l’intérêt général, ce qui impliquera d’adopter une nouvelle abolition des privilèges et de briser monopoles privés et puissances oligarchiques.

Lui parler de ce qu’est devenu notre système éducatif et de la nécessité absolue de le refonder pour qu’il éveille les consciences et qu’il enseigne ce qui doit l’être en vue de former des citoyens libres et non des travailleurs dociles.

Lui parler de ce qu’est devenue notre politique culturelle et de la nécessité absolue de la repenser jusque dans ses fondations.

Lui parler de ce que sont devenus notre système de santé et notre recherche et de la nécessité absolue de les libérer des contraintes capitalistes.

Voilà déjà une trame de notre campagne.

Voilà de quoi intéresser les citoyens, quels qu’ils soient et quoi qu’ils en pensent.

La France insoumise JLM 2017

De Lordon à Mélenchon

Extrait de l’intervention de Jean-Luc Mélenchon au sommet international du plan B, samedi 23 janvier 2016 à Paris

«  Aucun plan n’est possible s’il n’est porté par un haut niveau d’action populaire. De quelle manière le niveau d’action populaire peut-il être à bonne altitude ?
Il faut pour cela que les larges masses comprennent quels sont les enjeux, et le comprennent à l’égard de leurs propres intérêts et de la contradiction entre leurs intérêts et les politiques suivies.
C’est pourquoi je dis que ça n’a pas d’intérêt de surgir sur la scène en disant purement et simplement « nous allons sortir de l’euro » parce que cela revient à fétichiser la question de l’euro sans permettre d’en comprendre le mécanisme diabolique d’aliénation des peuples.
Il est intéressant de montrer une part de bonne volonté  qui se heurte à la mauvaise volonté et à l’hostilité de ceux à qui l’on s’adresse et alors les peuples sont conduits à se demander d’où vient cette mauvaise volonté, d’où vient ce refus. C’est pourquoi nous parlons souvent de plan A et cela ne signifie pas que nous ayons des illusions sur le sujet. »

L’extrait ci-dessus est issu notamment de cette vidéo. Jean-Luc Mélenchon​ prend la parole pendant quelques minutes juste après la fin de l’intervention de Frédéric Lordon, samedi 23 janvier 2016 lors du Sommet international du Plan B à Paris.

Je pense qu’il nous livre là le cœur de sa pensée, la substantifique moelle de sa réflexion, quant à la question de savoir si l’on doit – ou pas – et pourquoi – défendre la sortie pure et simple de l’euro (et l’on peut dire, par extension, de l’UE).

Dans ces quelques minutes d’exposé, il réitère son refus de dire ouvertement que nous devons sortir du carcan qu’est l’euro, et plus largement l’UE (alors que certains d’entre-nous voudrions l’entendre de sa bouche) et il avance des arguments à l’appui.

Son principal argument a du poids, c’est indéniable, mais malgré tout je persiste à penser que si Jean-Luc Mélenchon, et d’autres avec lui, portaient ardemment, et avec conviction, arguments solides à l’appui car il y en plein, le combat frontal contre l’UE (et pas seulement l’euro) en disant ouvertement que nous devons sortir de l’UE (et pas seulement de l’euro) et en expliquant pourquoi et comment le faire, il deviendrait de facto le principal opposant au gouvernement actuel, à la gauche droitisée à outrance, aux droites devenues ivres de capitalisme exacerbé, et à l’extrémisme néofasciste. En devenant ce véritable opposant, il deviendrait le principal recours du peuple.

Contrairement à l’argument qu’il utilise pour contester le discours frontalement hostile à l’euro et à l’UE, ce n’est pas du tout par « fétichisme » que nous souhaitons sortir de l’UE. D’ailleurs, pour beaucoup d’entre nous, nous n’étions pas sur cette ligne il y a encore un an ou deux. C’est l’aboutissement de notre réflexion qui nous a conduits à défendre cela, au regard de l’analyse que nous avons faite de la situation actuelle et de l’histoire de l’UE. Il ne s’est jamais agi de « sortir de l’UE » pour sortir de l’UE. Et le fétichisme n’entre pas dans nos comportements politiques…

Comme il aime à le dire lui-même, c’est la raison que nous utilisons pour fonder nos opinions et nos jugements, pas une irrationnelle lubie… Nous considérons seulement, au regard de ce qu’est l’UE, analysée à travers ses textes fondateurs, ses différents traités, ses institutions, sa pratique législative, réglementaire et jurisprudentielle, ses organes, sa politique, sa diplomatie, que nous ne la ferons jamais évoluer dans le sens que nous souhaitons et que nous devons donc nous en libérer pour revenir à un internationalisme réel, selon la logique expliquée maintes fois par Frédéric Lordon.

Or nous croyons que nous perdons du temps à faire croire que nous pourrions obtenir quelque répit ou quelque rémission. Puisque Jean-Luc Mélenchon dit lui-même qu’il n’a aucune illusion, alors qu’il cesse de le faire croire indirectement…

Attendre « l’alignement des planètes », comme le dit Frédéric Lordon, est une tragique utopie. Cette marque d’ironie joue essentiellement pour dire qu’il est utopique d’attendre que plusieurs gouvernements européens basculent simultanément à gauche et suffisamment à gauche pour ne pas rééditer l’expérience des années 90 où l’on avait déjà un tel « alignement » et où pourtant l’UE capitaliste a gagné beaucoup de chemin. Cet alignement peut aussi désigner le moment où une majorité du peuple aurait enfin compris d’où vient notre incapacité chronique à changer les choses dans le bon sens.

Mais pour qu’un peuple s’éveille, encore faudrait-il tenter de l’éveiller. Le mieux est encore de faire œuvre pédagogique et pas seulement avec des doses homéopathiques…  Ce Sommet du Plan B y contribue sans doute largement quoi que je doute que les débats qui y ont eu lieu infusent au-delà de cercles déjà très politisés…

Jean-Luc Mélenchon, candidat à la Présidentielle de 2017, aura une « tribune » dont il doit se servir pour augmenter l’avancement des prises de conscience. Je ne doute pas qu’il le fera comme il l’a déjà fait si souvent.

Pourtant, je me désole de ressentir une différence de perception assez nette entre la vision de Frédéric Lordon à laquelle j’adhère entièrement et celle exprimée par Jean-Luc Mélenchon très en deçà, quand bien même on perçoit aussi de manière très sensible un rapprochement entre eux. Sans doute que nous ne sommes qu’au début de la route et que la vision de Frédéric Lordon va continuer à inspirer Jean-Luc Mélenchon. Je le souhaite.

Jean-Luc Mélenchon explique que convaincre le peuple passera inéluctablement et seulement par la patience et par le lent travail qui aboutira à ce que le peuple constatera que notre bonne volonté fait face chaque fois face à un mur ; et Jean-Luc Mélenchon juge que c’est la prise de conscience par le peuple de l’existence de ce mur qui fera basculer les consciences.

Ça n’est pas tout à fait l’avis de Frédéric Lordon, si je l’ai bien saisi, et ça n’est pas le mien, comme ça n’est pas celui de beaucoup, beaucoup de citoyens, qu’ils soient engagés ou pas.

J’ai l’impression que Mélenchon présuppose que le peuple ne sait pas, ne comprend pas, ou est en retard dans le diagnostic qu’il dresse, et que ce peuple aurait donc encore besoin, pour être convaincu de la nécessité de la sortie, de preuves multiples de notre bonne volonté d’une part, et de la mauvaise volonté de l’UE d’autre part.

Je vois là, dans ce diagnostic fait par Jean-Luc Mélenchon, une méprise, une erreur fondamentale de perception. Car nous sommes nombreux à croire que le peuple français a, majoritairement, une conscience très nette de ce « mur » qu’est l’UE. Je pense que le peuple français a cette pleine conscience depuis  au minimum 2007-2008 et l’expérience de la forfaiture du traité de Lisbonne. Et le FN ne cessant de croître est un signe très fort de cela. Frédéric Lordon l’a expliqué dans son intervention en disant ceci :

« Et de quelle alternative parlons-nous ? De la seule en réalité capable de faire une différence radicale, une de ces différences que le corps social crève de ne plus jamais se voir proposer sur la scène des partis dits de gouvernement, désormais réduits à la grille continue de la droite générale. C’est bien pourquoi mort de faim politique, le peuple se jette avec avidité sur la moindre différence qui passe dans son champ de vision, fut-ce la pire, la plus mensongère, portée par les plus immondes démagogues car au moins c’est une différence et que, par là, il a le sentiment de respirer à nouveau. »

Alors, je persiste à considérer que nous devons – et Jean-Luc au premier chef le devrait encore plus – aller plus loin dans notre discours et aller directement à l’aboutissement du raisonnement pour reprendre l’idée de Frédéric Lordon, afin de ne pas perdre davantage de temps.

Si nous n’avions aucun argument solide à la fois pour fonder ce projet de sortie, pour l’organiser et ensuite pour lui substituer autre chose, alors, j’en conviens, un tel projet de sortie serait dangereux et comparable à un mantra. Mais tel n’est pas le cas. Nous avons des idées claires. Nous avons de brillants économistes et d’excellents juristes dans notre camp ainsi que tout ce dont nous avons besoin, en termes de « moyens humains » pour inventer le monde d’après.

Je vais citer un révolutionnaire qui n’est pas exactement l’archétype du démocrate tel que nous, les adeptes de la démocratie jusqu’au bout, le concevons, mais qui a eu le mérite de poser un axiome célèbre et toujours valable. Il s’agit de Siéyès qui a dit :
 » Qui donc oserait dire que le Tiers-état n’a pas en lui tout ce qu’il faut pour former une nation complète ? Il est l’homme fort et robuste dont un bras est enchainé. Si l’on ôtait l’ordre privilégié, la Nation ne serait pas quelque chose de moins, mais quelque chose de plus. Ainsi qu’est ce que le Tiers-État ? Tout, mais un tout entravé et opprimé. Que serait-il sans l’ordre privilégié ? Tout. Mais un tout riche et florissant. Rien ne peut aller sans lui, tout irait infiniment mieux sans les autres. »

Que celles et ceux qui se préparent à gouverner demain et à être en première ligne ne dévoilent pas certaines choses, je le comprends. Un général ne divulgue pas ses plans à la veille de la bataille. Mais d’un autre côté, en politique, il faut parler et expliquer et dire beaucoup de choses, de telle manière que le peuple qui vous choisit le fasse en connaissance de cause et ne vous snobe pas, ou ne vous rejette pas, faute de vous avoir correctement  jugé. Il y a des choses qu’on ne saurait dévoiler, mais dire que l’on a le ferme projet de sortir de l’UE, dire pourquoi et comment, et dire pour faire quoi à la place, on peut le faire, et on doit le faire.

C’est d’autant plus facile qu’il ne s’agit pas pour Jean-Luc Mélenchon de dire « Si je suis Président de la République » ou « Quand je serai Président de la République », « je sortirai la France de l’UE ». Faire cela tel quel serait un nouvel acte de force antidémocratique car la volonté populaire que je présume favorable à la sortie devra être vérifiée. Car même si le peuple français élisait Mélenchon, même si Mélenchon avait, dans son projet, porté l’idée de la sortie, un tel sujet ne pourrait démocratiquement être décidé que par référendum après un large débat.

Ce que Mélenchon doit faire, c’est donc seulement – mais c’est déjà beaucoup – s’engager très fermement et ce dès maintenant à organiser, rapidement après son élection acquise (disons dans les mois qui suivent), un débat suivi d’un référendum sur la question de la sortie de la France de l’UE et aussi quelques autres questions subsidiaires liées au même sujet.

Ainsi Jean-Luc Mélenchon n’endosserait pas la sortie en son nom mais serait l’arme absolue pour que le peuple puisse se ressaisir de la question et redire ce qu’il en pense. Une fois qu’il se serait exprimé, le Président Mélenchon n’aurait plus qu’à en tirer les conséquences en appliquant la décision de manière immédiate. Bien entendu, pendant les semaines ou les mois qui auront précédé le référendum, il aura fallu que le Président, son gouvernement, sa majorité, les organes de l’État fassent tout ce qu’il convient de faire pour préparer la sortie et pour protéger la France des représailles de celles et ceux qui voudront lui faire payer son évasion de la prison de l’UE, et cette fois dans le secret le plus total.

Si Jean-Luc Mélenchon osait affirmer cela dès maintenant, il nous ferait faire collectivement un bond de géant et en devenant l’ennemi absolu du système, il deviendrait simultanément l’arme de destruction massive que le peuple aurait à sa disposition pour dynamiter les oligarchies régnantes et l’édifice dictatorial qu’elles ont patiemment édifié depuis des décennies et perfectionné depuis quelques années…

* * * * *

Ah, si Frédéric Lordon pouvait inspirer Jean-Luc Mélenchon !

Jean-Luc Mélenchon…

Un des meilleurs moyens pour faire en sorte que le peuple approuve le plan B et les alternatives en discussion (parmi lesquelles la sortie pure et simple de l’euro ou même de l’UE), serait peut-être que toi-même, tu défendes enfin clairement cette idée devant le peuple, que tu la portes haut comme étant le résumé de toute l’argumentation convaincante que tu exposes déjà depuis longtemps.

Frédéric Lordon nous appelait collectivement samedi – à moins qu’il ne t’appelle surtout toi-même…- à faire de ce discours de rupture claire et franche « le cœur d’une anticipation raisonnée qui pourrait nous faire gagner du temps en nous faisant parcourir, par la pensée, le processus du plan A pour se rendre immédiatement à son terminus.« 

Vois-tu, ne manque en effet, dans tes discours, que le signal du combat. Aussi longtemps que tu n’oseras pas, ou refuseras obstinément, de dire ces quelques mots, beaucoup continueront de croire que tu n’es qu’un adepte de la « réforme » de l’UE, qu’à l’instar de tant d’autres, tu souhaites « une autre Europe » au sens où on l’entend depuis des décennies de la part de ceux-là même qui nous ont mis là où l’on est !

Tel Frédéric Lordon, je ne crois pas un seul instant que l’on puisse démocratiser l’euro qui, ainsi qu’il l’a dit avec humour, « a autant de réalité qu’un cercle carré ». Il ne s’est pas contenté d’ironiser avec insolence ; il a expliqué, arguments puissants à l’appui, pourquoi on ne démocratisera jamais l’euro qui est né sous le berceau du coup de force.

Et en conséquence de cela, je ne crois pas que « sortir de l’euro » suffira, car si l’on sortait de l’euro et que l’on restait dans l’UE (ce qui, au passage est une incongruité quand on lit les traités qui lient bien l’un et l’autre, sauf pour quelques cas d’États qui ont bénéficié de dérogations), nous continuerions à subir tout l’ordonnancement juridique socialement nuisible, radicalement antidémocratique, et diplomatiquement dévastateur de l’UE.

Marina Albiol, députée européenne d’Izquierda Unida, a été bien inspirée de faire remarquer que « la monnaie n’est pas tout« , que nous étions déjà sous régime libéral et capitaliste avant d’avoir l’euro, et qu’il ne suffira pas de sortir de l’euro pour que tout s’arrange. Il faudra faire bien plus… Ce « bien plus », c’est sortir de l’UE, totalement et définitivement !

Parce que le juriste que je suis connait un peu les traités, sait bien que tout est solidement verrouillé, et que jamais on ne pourra modifier une virgule de cet ordonnancement juridique, fut-ce en mettant notre contribution financière à l’UE dans la balance, nous devons nous échapper, nous évader, de cette nouvelle Alcatraz.

Tu l’as exposé toi-même. Nous pouvons faire tout autre chose sans que la sortie de la France de l’UE signifie un renfermement sur nous-mêmes. Ce n’est pas au nationalisme auquel nous aspirons. C’est tout le contraire : l’internationalisme, mais le vrai, pas l’imaginaire dénoncé à juste titre par Frédéric Lordon. Nous voulons respirer de nouveau et pour cela, nous devons retrouver notre IN-DÉ-PEN-DAN-CE totale, pour pouvoir ensuite, immédiatement après notre sortie « sèche », entamer toutes les négociations nécessaires avec nos partenaires, dans un cadre bilatéral ou multilatéral. La France a vécu sans l’UE hier et elle revivra sans elle demain, sans drame. Le « nouvel indépendantisme français » que tu as brillamment présenté par ailleurs est cela. Alors pourquoi ne réserves-tu ces propos qu’à des cercles restreints de spécialistes ?

Tu as aussi rappelé dimanche que les grands projets européens datent d’avant l’euro et qu’ils n’ont pas été conçus dans le cadre des « communautés européennes » mais dans celui de programmes de « coopération intergouvernementale », c’est-à-dire en dehors des structures communautaires, directement entre États.

Frédéric Lordon a eu l’occasion de le rappeler, lui aussi, en parlant de tous les liens à tisser, ou à développer pour ceux qui existent déjà.

Marina Albiol, encore elle, disait, à juste titre, qu’il fallait « sortir du capitalisme« . Ce n’est pas qu’un mantra. Ça dit beaucoup de choses. Certes, des masses de gens ne sont pas encore convaincues de cela, même si elles ont de plus en plus conscience que les malheurs qu’elles vivent résultent du capitalisme. Elles ne sont pas encore convaincues de la sortie du capitalisme sans doute parce qu’elles ne discernent pas les traits de l’autre société qu’on veut lui substituer.  Or nous avons beaucoup à dire et à proposer sur ce point. Nous le faisons depuis des années mais nous devons employer d’autres moyens pédagogiques que notre habituel discours qui n’a pas l’effet escompté. Sur ce sujet précis, Podemos montre la voie et Pablo Iglesias a eu l’occasion de nous expliquer, dans une vidéo, pourquoi nous faisons fausse route et comment on peut trouver des solutions efficaces. Et il y a aussi Tatiana J., Johann E. et Tommy L. avec le Fil d’Actu qui ouvrent la voie. Ce que ces militant-e-s viennent de commencer à mettre en oeuvre avec ce mini JT alternatif est purement génial.

Oui, comme l’ont exposé certains lors du sommet du Plan B, c’est bien tout le système juridique et institutionnel de l’UE qu’il faut déconstruire puisqu’il institutionnalise, dès le premier jour, le capitalisme.

Donc, il faut commencer, pour ce qui te concerne – puisque tu as déjà en magasin toute l’argumentation idoine à l’appui, mais aussi des alliés et une masse de gens prête à te soutenir dès que tu diras « Aux armes citoyens » (je parle au sens figuré, ça va sans dire) – que « ton » plan B à toi n’est pas de tenter de changer l’UE ou de réformer ou de démocratiser l’euro ou le mécanisme institutionnel de l’UE -inaccessible utopie- mais de nous libérer d’elle.

Faisant cela, tu perdrais des « amis-e-s » et des soutiens mais tu en gagnerais sans doute d’autres, beaucoup d’autres !

J’en finirai par ce dernier élément : peu importe -voire tant mieux !- que tu perdes le soutien de tel parti (le PC par exemple) ou de telle personnalité politique (Pierre Laurent ou Cécile Duflot au hasard), peu importe même que certains du PG te voient alors « dériver » vers le « gauchisme » ou le « rouge-brun » (insultes que nous recevons si souvent) car tu te seras alors mis à l’heure du peuple et tu seras à l’unisson avec lui,  et tu ne tarderas pas à en cueillir très vite les fruits en plus de dévitaliser totalement ce FN qui nous fait tant de mal et qui légitime tant nos maîtres qui s’en servent pour nous faire tous chanter… Cerise sur le gâteau, en étant médiatiquement le vilain petit canard, en étant, a priori, rejeté de toutes parts par « les tiens », tu serais rapidement perçu comme l’Alternative, la vraie. Rappelle-toi l’expérience de Chirac de 1993 à 1995… Lâché de toutes parts, « trahi » par ses plus proches, « seul et isolé », c’est lui qui a battu le candidat du système, Balladur, avant de l’emporter face à Jospin. Je crois que tu peux rééditer cette expérience.

Tu auras sans aucun doute à rivaliser avec un « candidat unique de la Gauche » que la primaire aura désigné contre toi, et surtout contre tout risque de voir l’Alternative prendre tournure. Mais tu seras alors, aux yeux du peuple – à condition aussi que tu dises ce qu’il faut dire…- le recours.

Relis ces mots que Frédéric Lordon a dits dans son intervention de samedi :
« Et de quelle alternative parlons-nous ? De la seule en réalité capable de faire une différence radicale, une de ces différences que le corps social crève de ne plus jamais se voir proposer sur la scène des partis dits de gouvernement, désormais réduits à la grille continue de la droite générale. C’est bien pourquoi mort de faim politique, le peuple se jette avec avidité sur la moindre différence qui passe dans son champ de vision, fut-ce la pire, la plus mensongère, portée par les plus immondes démagogues car au moins c’est une différence et que, par là, il a le sentiment de respirer à nouveau.« 

Jean-Luc, travailler en étroite collaboration avec Frédéric Lordon serait une arme de conviction massive…

Ce qu’il faut que tu fasses, ce n’est pas de courir après la gauche, mais plutôt de trouver le moyen de ramener aux urnes, et si possible en ta faveur, cette moité d’électeurs qui les ont boudées aux dernières élections… Pour cela, tu ne dois pas parler à la Gauche mais à la France.

À partir du moment où tu auras clairement appelé à sortir de l’UE, je ne doute pas que les 55% de Français qui ont voté NON au TCE en 2005 s’intéresseraient de près à ce que tu dis ; et que parmi eux une grande partie finirait par te soutenir si tu persévérais dans ce positionnement-là !

Nous sommes hostiles au monarchisme de la 5e et nous sommes les plus ardents défenseurs d’un changement de régime que nous désignons sous le vocable de « 6e République » et dont nous voulons qu’il fasse « Place au peuple ».

Mais sauf à ce qu’une révolution intervienne avant et ne balaye ce régime honni, il nous faut, si l’on veut avoir quelque chance d’influer sur le cours de notre destin, gagner la présidentielle d’abord, les législatives ensuite. La première étape implique de te faire élire et pour cela, on doit se soumettre au système électoral présidentialiste. On doit donc avoir un candidat  solide, capable de rassembler le peuple et de porter un projet de rupture avec l’Ancien régime.

Je suis de ceux qui pensent que tu dois devenir officiellement candidat et le plus vite possible, en ton nom propre et non en celui du PG ou de quelconque parti, cartel, clan, union de partis, rassemblement de quelque nature que ce soit. La 5e République, tu le sais bien, c’est la rencontre d’un homme et d’un peuple. Je sais bien moi-même que cette idée-là défrise la Gauche qui est adepte du collectif. Mais le « collectif » se fera aussi, autour de toi. Les organisations politiques se positionneront comme elles le veulent. Certaines te soutiendront, d’autres te seront, de manière virulente, hostiles. Tant mieux disais-je plus haut ! Candidat « hors-système » bien que maîtrisant ce système, tu seras en bonne position pour plaire au peuple.