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Combien de fois Jaurès sera-t-il assassiné ? – Par « Bab »

Je relaie ce formidable billet du blogueur »Bab » accessible ici : http://bab007-babelouest.blogspot.fr/2014/07/combien-de-fois-jaures-sera-t-il.html?showComment=1406790311546#c7531395180177754172

En ce jour anniversaire de l’assassinat de Jaurès, cet homme de paix qui avait tout fait pour éviter que ne se déclenche la folie guerrière qui menaçait, l’auteur évoque la situation internationale qui est source de grandes inquiétudes.

* * * *

Aujourd’hui est la journée du souvenir.  A 21h40 au café du Croissant, à Montmartre, Jean Jaurès est abattu. Par qui ? Peu importe. Le seul défenseur de la paix disparaît. L’autre assassinat, le 28 août, à Sarajevo, n’est qu’un prétexte pieux vu que l’homme abattu à Sarajevo, bien qu’archiduc autrichien, n’a aucun poids sur la scène politique.

C’est au point que quatre heures plus tard seulement, mon grand-père accomplissant son service militaire dans la Meuse (il lui reste 52 jours sur 3 ans) est réveillé avec ses camarades par le colonel du régiment lui-même. Celui-ci appelle deux hommes pour la corvée de cartouches. À 5 heures du matin les hommes sont déjà en poste à la frontière, en ce terrible 1er août 1914. Ils ne rentreront dans leurs foyers (pour ceux qui rentreront) que 52 mois plus tard.

Nous sommes le 31 juillet 2014. Un siècle plus tard, l’avenir est aussi sombre.  Certes les prétextes et certains contextes diffèrent. En revanche, comme un siècle plus tôt les intérêts des financiers et des industriels sont toujours là, pour aiguillonner les haines, pour déclencher des « incidents ».  C’est en 1913 qu’avait été constituée la Réserve Fédérale US (banque privée, naturellement) en vue d’amasser des profits pour les banquiers membres fondateurs de cet organisme. Aujourd’hui, le dollar est en grande difficulté en raison des exagérations de la même FED à recourir à la planche à billets. Une « bonne » guerre serait un juteux moyen de faire repartir la machine.

Cela « tombe bien ».  Les faucons de Tel Aviv viennent de lancer leur nouvelle campagne, d’été cette fois, contre la ville de Gaza. Tollé quasi général (la « communauté internationale » formée des USA et de quelques satellites ne bouge pas, bien entendu). Une nouvelle flottille se prépare à partir de Turquie pour secourir les Gazaouis. Même si elle a récusé la marine turque pour l’accompagner et la défendre, on imagine…..

Pendant ce temps-là, les Nazis qui ont pris le pouvoir à Kiev avec la bénédiction de Bruxelles et Washington continuent à pilonner les villes russes de l’est de l’Ukraine. Ils descendent (c’est maintenant acquis) un avion civil qu’ils ont dévié de sa route, en tentant de faire porter le chapeau au camp d’en-face. La tension est extrême partout. Qui est derrière ce coup de force ? Bien sûr, les stratèges de Washington, cornaqués par les financiers en quête de marchés nouveaux.

Le Monde va-t-il à nouveau exploser, pour le bénéfice des Très Grandes Fortunes ? Celles-ci n’ont jamais été aussi énormes, donc aussi puissantes. Mais qu’on ne s’y trompe pas : c’est en dollars, donc en monnaie de singe.  Il leur faut quelque chose de plus consistant, pour simplement continuer à exister.

Dans cette tourmente qui menace, seul le solide gouvernement russe a suffisamment la tête sur les épaules, et le poids international retrouvé, pour empêcher le déclenchement de la catastrophe. S’appuyant sur une Chine inquiète, et sur les autres membres des BRICS, il peut calmer le jeu, et renvoyer dans leurs bases les « soldats de la paix » dont on connaît les initiatives bénéfiques au VietNam, en Irak ou en Afghanistan.

Il faut se souvenir que ces soldats sont, le plus souvent, recrutés parmi les plus pauvres des étatsuniens, qu’ils manquent d’instruction, et souvent c’est ainsi qu’ils espèrent obtenir enfin le passeport US. De pauvres hommes perdus, auxquels on peut imposer les pires exactions. D’ailleurs, s’ils obtiennent le précieux talisman, ce sont le plus souvent des épaves qui reviennent dans leurs foyers. Le piège est très amer.

 

 

Réflexions et analyses géopolitiques

Après avoir lu un article du journal italien La Stampa (voir ici : http://www.lastampa.it/2013/12/14/esteri/zar-putin-ora-mostra-i-muscoli-missili-atomici-al-confine-con-lue-Em0gqG0bwDbdzxegpnEhiM/pagina.html) traitant de la décision du président Russe Vladimir Poutine, dévoilée par le journal allemand Bild ces derniers jours, de déployer des missiles stratégiques Iskander (SS-26) dans l’enclave russe de Kaliningrad, j’ai publié un court commentaire sur le fil de Facebook où cet article était relayé. Ce commentaire était celui-ci :

[La position russe est le résultat inévitable et inéluctable de la provocation américaine. Les États-Unis ont installé des bases dans les anciennes républiques soviétiques du cordon Sud à l’occasion des guerres en Afghanistan et en Irak. Ils ont cherché, souvent avec succès, à faire basculer dans le camp occidental les anciennes républiques de l’ouest de l’URSS (les trois pays Baltes) ou du sud-ouest (Arménie) et ils essaient maintenant de prendre le contrôle de l’Ukraine, la plus puissante des ex-républiques soviétiques après la Russie. Le pays que dirige Poutine est de plus en plus entouré par les forces de l’Empire et leurs nouveaux vassaux et se sent menacé. La France devrait avoir une position et un message singuliers dans ce jeu de go entre les deux super-grands, comme au temps de De Gaulle. Hélas, la France de Hollande, à la suite de celle de Sarkozy, est le valet docile et servile de la Nouvelle Rome washingtonienne et les gouverneurs de la province française appliquent la pax americana avec le zèle de leurs prédécesseurs romains…]

Je tiens à apporter des précisions, éclaircissements, développements.

Pendant très longtemps, et bien que je sache que les États-Unis n’étaient pas un modèle de démocratie ou de puissance humaniste, je préférais être allié de ce pays-là plutôt que de l’URSS. Car même si l’URSS n’était pas « l’Empire du Mal », pour reprendre les termes du salopard REAGAN, bien que l’URSS ait aussi à son bilan des politiques plutôt bénéfiques au peuple qui était sur son territoire et donc sous son autorité, je n’oublie pas toutes les horreurs qui furent commises sous les différents pouvoirs soviétiques. Mon avis est que le système concentrationnaire soviétique fut une horreur, même si ceux qui ont écrit, par exemple, « le livre noir du communisme » n’avaient sans doute pas la volonté de publier un ouvrage honnête… Je ne suis donc pas naïf. Je sais bien que l’URSS n’a été ni le paradis des travailleurs et du peuple que certains sont prétendu des décennies durant, ni, à l’inverse, l’enfer absolu que d’autres ont dénoncé. Comme souvent dans la vraie vie, la réalité est plus nuancée.

Et ce qui est vrai de l’URSS, l’est aussi des États-Unis. Cette puissance porte en elle, et ce, depuis l’origine, des ferments d’impérialisme et de domination hégémonique et sa puissance grandissante, lui offre des potentialités de totalitarisme et elle ne s’en prive pas. C’est un autre « Empire du Mal ». Mais elle est aussi un pays bouillonnant, où le peuple pourrait un jour se révolter et reprendre le contrôle de son État, même si, pour l’instant, il semble avachi, apathique, et sans capacité de s’organiser. Les États-Unis sont un pays et une nation très complexes où la vérité est, plus encore qu’ailleurs, relative et fluctuante. Il faut le savoir et le comprendre pour cibler nos critiques et agir intelligemment en réaction.

Donc, pour résumer, au temps de la guerre Froide, je me sentais, comme sans doute l’immense majorité des Français ou des « Occidentaux », un « ami » des Américains et un « contradicteur » des Soviétiques, sans pour autant me considérer dans le camp des « ennemis » des seconds ou dans le camp des vassaux des premiers. Je suis ainsi reconnaissant au général De Gaulle d’avoir su, précisément, adopter la bonne ligne de conduite. Allié certes des États-Unis, mais allié indocile et surtout allié libre, souverain, indépendant. Et refus que la France se détermine comme l’ennemi des Soviétiques. Le « dialogue » franco-soviétique a toujours existé pendant la guerre Froide. D’ailleurs les relations entre la France et l’URSS datent de bien avant. Pour autant, lorsque était en jeu un risque majeur, jamais connu auparavant, de guerre ouverte et directe entre les deux Super-Grands, comme ce fut le cas lors de la crise des missiles cubains, en octobre 1962, période où le monde fut au bord du gouffre, la France de De Gaulle se rangea au côté des Américains et De Gaulle fut même le premier à soutenir KENNEDY. J’approuve cette démarche même si j’aurais bien des choses à dire de la position américaine de l’époque car les États-Unis d’alors n’étaient pas la victime innocente qu’ils disaient être. Et l’URSS n’était pas, à l’inverse, la puissance forcément belliqueuse et aventureuse qu’on dénonçait. Mais tous ces raisonnements je ne les présenterai pas ici car ce n’est pas mon propos que de faire une histoire de la crise des missiles. C’est un travail d’analyse, de réflexions et d’histoire que je suis en train de mener par ailleurs…

Pour revenir à l’essentiel, vous aurez compris que je m’efforce de regarder les choses comme elles sont et non pas comme tel ou tel voudrait qu’elles soient. Ce n’est pas que je veuille être neutre, car j’ai un avis clairement affirmé, mais c’est que je veux être le plus objectif et honnête qu’il est possible en fonction de ce que je sais et de ce que je perçois de la réalité comme du discours stratégiques.

Donc, si, pendant la guerre Froide, ma position était plutôt « bienveillante » vis-à-vis des États-Unis (sans, j’insiste sur ce point, que je sois inconscient ou ignorant de certains travers de la politique étrangère américaine, de certains non-dits, de certaines hypocrisies, de certains crimes odieux) et sans être non plus radicalement hostile à l’URSS, ma position a évolué depuis la chute de l’URSS.

Parce que l’Empire du Mal aux yeux des États-Unis n’existait plus précisément et que l’Amérique ne pouvait plus prétendre être menacée dans son existence même. Et parce que les États-Unis sont alors, peu à peu, devenus une puissance menaçante pour le monde entier et pas seulement pour leurs ennemis. De manière certes graduée, les gouvernements qui se sont succédé à Washington depuis 1990, ont tous agi dans le sens du renforcement de la puissance américaine et ont œuvré, chacun à leur manière, pour que la domination soit non seulement totale, absolue, mais en outre exclusive. Ils ont refusé que toute autre puissance, quelle qu’elle soit, ne vienne jamais plus leur contester l’hégémonie absolue sur le monde entier.

Ce projet n’est pas une idée fumeuse de conspirationnistes en mal de notoriété mais un projet public, connu de tous, ou à tout le moins de ceux qui veulent bien s’intéresser un tant soit peu aux questions de géopolitique. C’est le « Projet pour un nouveau siècle américain » qui fut conceptualisé et développé par un think-tank néoconservateur dans les années 90 (pendant que Bill CLINTON présidait le pays et s’amusait), à la suite de l’ouvrage « La fin de l’Histoire » de Francis FUKUYAMA et avant que « Le choc des civilisations » de Samuel HUNTINGTON ne vienne confirmer la « nécessité » de cette politique étrangère impérialiste.

C’est sur la base de ce projet théorique de politique étrangère et de « défense » (par « défense », il faut comprendre en fait action militaire directe ou dissimulée) que les néoconservateurs qui l’avaient pensé, l’ont mis en œuvre une fois arrivés aux postes de commande, en 2001.

Il est inutile que je rappelle ici que la mise en œuvre d’un tel projet était inconcevable pour le peuple américain et inacceptable pour les peuples du monde, avant que ne se produise l’évènement qui va tout changer ! Au mois de septembre de l’année 2001.

Depuis lors, la puissance américaine a commencé à réorganiser le monde et pour le moment elle parvient assez bien à ses fins. Les anciennes républiques soviétiques du cordon Sud (Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan) sont des territoires qui ont accueilli, à l’occasion de la guerre en Afghanistan, des bases américaines qui y sont toujours et qui ne sont sans doute pas prêtes à être démantelées. Les gouvernements de ces pays « libérés » de la domination soviétique ont désormais la joie immense de goûter à la « liberté » sous la tutelle directe de Washington.

C’est aussi le cas bien sûr de l’Afghanistan d’Hamid KARZAÏ.

Comme c’est le cas, à un degré moindre, du Pakistan qui joue un double, voire un triple jeu, qui n’est pas pour rien dans la tragédie du 11 Septembre, ce que le pouvoir américain n’ignore pas mais qui ne les dérange pas du moment que ce pays sert aussi certains de leurs intérêts.

Il en va de même de certains pays arabes, ceux du golfe Persique notamment, parmi lesquels évidemment la maléfique puissance saoudienne qui n’est pas pour rien, elle non plus, dans la tragédie du 11 Septembre.

L’Irak aussi est aujourd’hui un pion américain.

L’Iran a peut-être, à son tour, basculé dans le camp occidental très récemment, sans que le monde ne l’ait vraiment perçu.

La Turquie est déjà, malgré son pouvoir prétendument islamiste, dans le camp des États-Unis.

Comme c’est le cas, faut-il le rappeler, d’Israël.

Et de la Jordanie.

Et ce sera sans doute le cas, un jour prochain, de la Syrie.

Si on en reste là, ça fait déjà une belle partie du monde extérieur au territoire des États-Unis n’est-ce pas ?

Et pourtant, ce n’est pas tout ! Les États-Unis ne se sont pas contentés de faire basculer, d’une manière ou d’une autre, les pays de la zone Sud de l’ex-URSS. Ils ont porté le fer « diplomatique » jusque dans le cœur de l’ancien Super-Grand de l’Est. Ils ont alimenté et déclenché des révolutions « populaires » ou des révoltes et réveillé et alimenté des conflits, plus ou moins larvées, dans les pays du Caucase (en Arménie, en Géorgie, en Azerbaïdjan).

La Tchétchénie (qui, elle, n’était pas une des républiques soviétiques constituées mais seulement une zone territoriale de la Russie) a aussi connu des guerres et des formes de terrorisme et de rébellions dans lesquels les États-Unis ne sont pas pour rien.

Les États-Unis ont aussi fait basculer les trois pays Baltes (Lettonie, Lituanie, Estonie) non seulement hors de la zone de contrôle de l’ex-URSS mais carrément dans l’UE et dans l’OTAN.

Nous pourrions évoquer le cas de la « péninsule balkanique » où la Serbie, zone la plus puissante de l’ex-Yougoslavie qui a été démembrée, fut agressée et mise en danger pour des décennies par le soutien à ses ennemis albanais et kosovars. Et sur ce territoire, bien des terroristes, par ailleurs alliés plus ou moins directs des États-Unis, ont sévi.

Ce n’est pas tout. Les États-Unis ont également cherché à prendre le contrôle du Bélarus et de l’Ukraine, via des révolutions plus ou moins bien préparées. En Ukraine, ils ont failli réussir leur coup il y a quelques années mais l’intervention russe les a empêchés de mener à bien leur dessein et sans doute n’ont-ils pas osé forcer le destin, comprenant que la Russie ne se laisserait pas faire. Ils ont alors laissé la Russie reprendre le contrôle du gouvernement de Kiev. Mais ils n’ont pas abandonné le terrain. Ce serait mal les connaître.

Depuis quelques semaines, l’agitation a repris. Le pouvoir en place à Kiev, de par sa nature autoritaire, légitime, bien sûr, que l’on se révolte contre lui, et les forces qui œuvrent en sous-main voient leur tâche facilitée par la conjonction d’un réel besoin de démocratisation et de changement politique d’une part, et d’un dessin stratégique des États-Unis de faire basculer l’Ukraine dans le camp occidental, d’autre part, alors qu’il s’agit de la plus puissante des Républiques ex-Soviétiques après la Russie. L’Ukraine, ce n’est pas les Pays Baltes, ce n’est pas les pays du Caucase, ce n’est pas les pays de la zone Sud de l’ex-URSS. C’est un pays relativement riche, au cœur de l’Europe centrale, doté de matières premières, de centrales nucléaires (il n’y a pas que Tchernobyl), d’un accès direct à la mer Noire, d’une force navale conséquente… C’est un très beau fruit, un « joyau », une antichambre de la Russie. C’est aussi un bouclier pour la Russie qui ne laissera pas ce pays basculer à l’Ouest sans réagir, fut-ce violemment. La Russie qui en a le contrôle n’est pas prête à l’offrir à l’Empire de l’aigle à tête blanche. Les États-Unis devraient alors le comprendre et ne pas jouer avec le feu.

Hélas, les gouvernements américains ne sont pas des gouvernements raisonnables œuvrant uniquement dans l’intérêt du peuple américain et en se souciant des intérêts de l’humanité. Ils ne sont que des organes au service direct d’intérêts très particuliers, financiers et stratégiques. Ils ne reculent devant aucun risque pour satisfaire leurs désirs. Ils ne sont que les instruments de pouvoirs qui restent occultés, tapis dans l’ombre, mais qui eux tiennent les rênes de tous les pouvoirs et ne font que tenir les ficelles des marionnettes washingtoniennes et de toutes celles qui s’agitent dans les cinquante États, leurs comtés et leurs villes.

Seuls quelques géants de l’Histoire ont pu exister et agir en tant que pouvoir civil et s’opposer à ce que l’action du gouvernement soit guidée exclusivement par ces intérêts particuliers. Mais quand cela se produisit, ça ne dura pas longtemps ! Je pense évidemment à Abraham LINCOLN mais il fut assassiné. Je pense à John Fitzgerald KENNEDY, mais il fut assassiné. Je pense à Jimmy CARTER, mais il fut ridiculisé et l’Histoire officielle le présente comme l’un des pires présidents des États-Unis pour la bonne raison que lui essaya de mettre en œuvre une politique étrangère bien moins belliqueuse, bien moins impérialiste, beaucoup plus respectueuse des principes de loyauté des échanges économiques, commerciaux et diplomatiques et de respect des droits de l’Homme.

C’est, par exemple, parce que, lors de la crise des missiles de Cuba, pour y revenir un court instant, les États-Unis avaient à leur tête John KENNEDY, que la guerre ne fut pas déclenchée. Et ce Président a dû mettre tout son poids pour empêcher que l’impensable ne se produise. Il a failli être renversé par un coup d’état direct de l’armée et de la CIA. Mais il réussit à dompter l’armée et les différents services de la sécurité nationale qui ont juré sa perte et l’ont obtenue un an plus tard.

Et heureusement aussi que face à JFK, il y avait en URSS, des hommes qui surent également éviter les provocations, dompter leur armée et leurs services de sécurité nationale et agir pour la paix après avoir joué à risquer la guerre. KHROUCHTCHEV est pour moi, comme pour beaucoup d’historiens, celui qui, avec JFK, a su ne pas aller trop loin et qui a œuvré, de bonne foi, pour éviter la guerre ouverte. Bien sûr, quand nous disons KENNEDY et KHROUCHTCHEV, on ne parle pas que de ces deux hommes-là. Il faut aussi englober leurs conseillers qui leur permirent d’avoir les bonnes initiatives, de résister, de tenir moralement dans cette crise. Quand des civils ou même des militaires de haut grade, intelligents, raisonnables, humains, sont au pouvoir, nous évitons les pires drames et curieusement les forces maléfiques de l’ombre, ne parviennent pas à leurs fins. Mais quand sont au pouvoir des « capitaines de pédalo », ou des personnes qui ont un intérêt direct à la guerre, comme ce fut le cas, par exemple, avec George BUSH junior et Dick CHENEY, eh bien la guerre a lieu. Au-delà de la guerre, les pires atrocités ont lieu. Les pires mensonges, les pires manipulations de masse, les pires ignominies ont lieu.

Si l’on s’éloigne un peu de la zone russe, on voit combien la puissance américaine place ses pions en Afrique. L’Égypte d’abord, puis la Libye ensuite, la Tunisie enfin ! Ces trois pays de l’Afrique du Nord sont devenus des positions américaines, certes pas encore totalement sous contrôle, mais qui ont commencé à être de nouveaux espaces de jeu pour les Nord-Américains. Et plus au Sud, bien des pays africains sont en train de basculer, pour autant qu’ils ne soient pas déjà sous le contrôle direct ou indirect de Washington.

L’Europe, via l’OTAN, via l’Union européenne, via le prochain Grand Marché Transatlantique, est sous domination américaine et le sera encore davantage demain.

Le continent Océanien est déjà, et depuis longtemps, via l’Australie et la Nouvelle Zélande, un territoire dominion des États-Unis.

La seule zone du monde qui leur échappe depuis quelques années est une partie de l’Amérique Latine, une partie seulement ! Les pays qui ont connu des révolutions et qui n’ont pas encore été retournés par l’Aigle américain, sont une véritable épine plantée dans le talon de l’Empire, comme le fut Cuba, laquelle l’est de moins en moins, vérité révélée par la poignée de main entre Raul Castro et Barack Obama lors de la cérémonie pour les funérailles de Nelson Mandela. Ce que Washington considère, depuis la célèbre doctrine Truman, comme sa chasse gardée, son arrière-cour, lui échappe en partie puisque le Venezuela, la Bolivie, l’Équateur et, à un degré moindre, le Brésil, l’Argentine et le Chili, ne sont plus des vassaux des États-Unis. Et c’est la raison pour laquelle les forces de l’ombre agissent en permanence pour reprendre le contrôle de ces zones et de ces États.

Nous savons ce que le Honduras endure.

Nous avons vu les nombreuses tentatives de coup d’état au Venezuela.

Nous savons que CHAVEZ a été assassiné par des moyens très perfectionnés qui ont été mis en œuvre des centaines de fois depuis cinquante ans contre Fidel Castro mais toujours en vain.  Il est curieux d’ailleurs de savoir que tous les chefs d’État des pays latino-américains qui ne sont pas des petits soldats dociles de l’Empire, tous sans aucune exception paraît-il, ont été victimes de cancers en une période de quelques années. Même des chefs d’État aussi peu dangereux pour les intérêts américains que peut l’être Dilma Roussef au Brésil ! Seuls ceux qui sont des caniches de l’Empire n’ont pas été atteints par cette maladie souvent mortelle. À ce jour, un seul a succombé, CHAVEZ. Sans doute que le mal n’était pas assez bien dosé pour tuer les autres. Peut-être était-ce une mesure d’intimidation. Peut-être que l’avenir nous montrera que les docteurs FOLAMOUR de Washington n’abandonnent jamais leur œuvre maléfique. Toujours est-il que pour l’instant seul le cas de CHAVEZ a été un succès pour eux. Il faut dire qu’ils ont dû s’y reprendre plusieurs fois car le leader vénézuélien avait réussi à se soigner grâce à l’aide précieuse des médecins cubains qui devaient avoir un panel d’antidotes au regard de toutes les expériences qui furent tentées pour empoisonner le lider maximo. Mais les criminels ont toujours une ou plusieurs longueurs d’avance. Surtout quand ils ont le soutien financier, matériel, humain et politique du gouvernement des États-Unis. Et ils ont donc fini par atteindre leur objectif : faire disparaître le personnage le plus fort des révolutions latino-américaines, celui qui a encouragé tous les autres, qui leur a donné de la force morale, qui leur a montré que l’on pouvait, avec le peuple, sans violence, renverser la table et imposer que l’intérêt général règne dans la politique de l’État. Cet homme-là, ce nouveau Simon Bolivar, ne devait pas survivre. C’est déjà un drame pour Washington qu’il ait pu vivre aussi longtemps parce que pendant ces longues années où CHAVEZ a défié l’Empire, eh bien il a formé des successeurs, il a participé à la conscientisation de son peuple et des peuples voisins, et il a essaimé son esprit très au-delà se l’Amérique du Sud. Il a repris le contrôle de son État et des richesses de son territoire.

Un peu de CHAVEZ vit en nous. Certes nous le percevons pas comme un dieu, ni comme un maître, mais comme un homme de bonne volonté, qui n’a pas réussi tout ce qu’il a entrepris, qui a pu faire des erreurs, qui peut et doit être critiqué quand c’est nécessaire et quand la critique est fondée, mais qui est une référence. Car CHAVEZ nous a montré que « NOUS, ON PEUT ! » n’est pas qu’un slogan de campagne, vite oublié, vite démenti. Oui NOUS ON PEUT ! Mais si et seulement si, nous nous appuyons sur le peuple au lieu de gouverner à sa place et contre lui !

Aujourd’hui, CHAVEZ n’est plus là mais un autre a pris sa suite et il semble bien que même s’il n’est pas le même tribun, même s’il n’a pas encore l’aura de son prestigieux prédécesseur, il est considéré par son peuple comme le digne successeur. Et il semble bien qu’il soit aussi courageux et déterminé que lui à poursuivre la révolution entamée il y a plus de dix ans, dans son pays. Et le peuple vient de lui dire son satisfecit à l’occasion des très récentes élections municipales. Alors qu’à la présidentielle, il avait été élu de justesse et que l’on pouvait craindre le pire, il semble bien que le peuple, après avoir douté, ait reconnu en Nicolas MADURO, un nouveau CHAVEZ. Parce que MADURO a été à bonne école ! Et qu’il n’est pas seul. Pas plus que CHAVEZ ne l’était contrairement à ce que « La Voix de l’Amérique » colportait partout et tout le temps.

Et nous avons la chance de ne pas avoir comme alliés de notre combat le seul MADURO, le seul Venezuela. D’autres chefs d’État latino-américains, d’autres leaders, d’autres militants, d’autres combattants, d’autres résistants à l’Empire, d’autres peuples, se sont levés et tiennent fermement le fanal de combat. Je pense évidemment au Président Rafaël CORREA et au peuple équatorien. Je pense bien sûr au Président Evo MORALES et au peuple de Bolivie. Et à d’autres qu’il faudrait aider, citer, soutenir même s’ils ne sont pas des « puissances » ou même s’ils tendent à s’inscrire dans le système mondial actuel.

Les délégués au 4ème congrès du Parti de la Gauche européenne, réunis à Madrid les 13/14/15 décembre 2013, ont eu la chance de rencontrer le vice-président de la Bolivie, Álvaro Línea Garcia, qui a délivré devant eux une magistrale leçon et qui les a appelés à « lutter, lutter, lutter » parce que, dit-il, les Latino-Américains « ont besoin de nous à leurs côtés », ils ont « besoin d’une Europe qui se batte pour l’intérêt général et pas seulement pour le marché ». Formidable discours d’un grand frère qui a plusieurs longueurs d’avance sur nous et qui a déjà vécu des expériences par lesquelles nous ne sommes pas encore passés et que nous espérons ne pas connaître (la phase des dictatures sanguinaires). Nous devons nous inspirer de ce qui se fait là-bas. Nous devons nous abreuver au fleuve des révolutions citoyennes latino-américaines. La leçon est qu’il est possible de changer de vie, il est possible de nous libérer et de l’Empire, et des marchés. Il est possible de revenir sur la route du progrès partagé sans que cela ne se fasse dans la violence. Ils nous ont montré qu’ils ont pu faire et si eux ont pu le faire alors même qu’ils affrontent depuis cinquante ans la terrible « école des Amériques »*, nous le pouvons aussi !

L’Amérique me fascine et me dégoûte. Elle m’enthousiasme et me désespère. Elle m’inspire une admiration et elle fait naître de la terreur. Je dis l’Amérique parce que ce continent est divers. Du Nord au Sud et d’Est en Ouest, ce n’est pas le même monde. Et au sein même de chacun des États constitués, nous trouvons le meilleur comme le pire. Ce ne sont pas ici que des poncifs mais des résumés d’une réalité souvent tragique et parfois plus gaie. Nous avons beaucoup à apprendre des Américains, de ceux du Nord mais aussi de ceux du Sud, sans oublier ceux du Centre qui font la jonction des deux Amériques si hostiles l’une à l’autre.

Le monde ira mieux le jour où l’Amérique du Nord (Canada et États-Unis) auront connu des révolutions populaires qui auront renversé la table et mis aux manettes des dirigeants n’ayant que l’intérêt de leur peuple en tête et la conscience des intérêts humains en général.

Le monde ira mieux le jour où l’Amérique Latine (Amérique Centrale et Amérique du Sud) auront réussi à généraliser le modèle de la révolution citoyenne, adapté ensuite à chaque réalité locale, mais qui, quel que soit le pays pris en compte, aura mis en œuvre des politiques et pris des décisions qui servent l’intérêt général et défendent les principes universels de l’humanité que nous, en France, avons élevé au rang de devise de notre République : liberté – égalité – fraternité.

Nous, en Europe, et nous, en France, nous sommes les peuples des rébellions et des révolutions du siècle des Lumières et des trois suivants. Nous avons su, en son temps, renverser l’ordre monarchique pour établir une République. Nous avons su nous autonomiser de forces plus puissantes que nous. Nous avons su remettre le peuple au devant de la scène et agir dans son intérêt. Nous avons SU faire parce que nous avons VOULU faire ! Car s’il est vrai qu’on peut hélas vouloir sans pouvoir, on ne peut jamais…si on ne veut pas.

C’est la raison pour laquelle, le titre du livre de Jacques GÉNÉREUX, « Nous on peut ! » est un slogan très fort qui dit à la fois que nous pouvons mais aussi que nous voulons… Et cela est l’essentiel.

Jean-Luc Mélenchon, dans de récents discours, notamment celui prononcé à Paris, près du ministère des Finances, dimanche 1er décembre 2013, en clôture de la marche pour la révolution fiscale, a rappelé un extrait de Victor Hugo :

« Ce que Paris conseille, l’Europe le médite. Ce que Paris commence, l’Europe le poursuit ».

Ceci était vrai de la grande révolution de 1789 mais le fut aussi de révolutions ultérieures. Et ce fut aussi le cas de choix et de décisions qui ne sont pas forcément issues directement de révoltes, de rébellions et de révolutions.

Mais encore faut-il que « Paris » se mette en mouvement ! Et « Paris » ici ne désigne pas QUE la capitale de la France. C’est au sens où l’on désigne un pays par la ville où siège le pouvoir de l’État, comme on dit Washington pour les États-Unis, Londres pour le Royaume-Uni, Berlin pour l’Allemagne…

Mais « Paris » en tant que ville, je n’en doute pas, va aussi se mettre en mouvement, sous la conduite de Danielle Simonnet et du Front de Gauche. Ensuite, ce sera comme un jeu de dominos parce que, pour reprendre les mots de Jean-Luc Mélenchon prononcés lors de son discours de la Porte de Versailles le 19 avril 2012, en clôture de la campagne électorale de premier tour de l’élection présidentielle :

NOUS, le Front de Gauche ne sommes « Ni À vendre, ni À acheter, ni À domestiquer ! » (…)

Bien au contraire, « nous serons ET POUR TOUJOURS, la force AUTONOME, INDÉPENDANTE, EXIGEANTE, QUI NE SE MARCHANDE PAS, qui ne tripote rien sur les coins de bistrot, qui ne s’arrangera avec PERSONNE D’AUTRE QU’AVEC LE PEUPLE LUI-MEME ET AVEC SON PROPRE PROGRAMME! »

Ceci est vrai de la politique intérieure mais aussi de la politique étrangère dont il a été question dans ce billet.

Enfin, et ce seront mes derniers mots, que je reprendrai moi aussi du poète Victor Hugo et de son ouvrage Les Misérables, comme l’a plusieurs fois fait Jean-Luc Mélenchon à la fin de ses discours, et notamment après le premier tour des élections législatives, en juin 2012 :

« Si noire que soit la nuit, jamais la lumière ne s’éteint et si petite que soit la braise, c’est elle qui remet le feu à la plaine ».

*  « école » des États-Unis qui forme les tortionnaires destinés à occuper le pouvoir civil et militaire dans ces pays, cette école qui apprend les méthodes du crime de masse, de la torture, des putschs, qui a accompli sojn noir dessein pendant des décennies.