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Les pieds sur terre et la tête dans les étoiles… Fin d’une histoire et début d’une autre…

J’ai l’âme de celui qui veut être du bon côté, j’entends du côté des libérateurs, de ceux qui briseront ou aideront à briser les chaines de la servitude…

Je milite au PG depuis plus de 5 ans. J’y ai vécu de grands moments. J’y ai beaucoup appris. Du bon et du moins bon des hommes et des femmes qui s’engagent. Certains n’ont que la volonté sincère d’aider la collectivité. D’autres ont quelques desseins qui ne collent pas tout à fait à ces nobles objectifs affichés. Je connaissais ces tares bien avant d’entrer au PG car j’ai eu une vie politique auparavant… Mais j’étais naïf au point d’imaginer que le PG serait autre chose… J’étais crédule en ce sens que je pensais que les militants du PG, qu’ils soient illustres ou anonymes, avaient tous, chevillés au corps, des principes et des valeurs nobles et que leurs actes étaient, davantage chez nous qu’ailleurs, conformes à leurs belles paroles…

C’est sur ce point que j’ai été cruellement déçu. Bon, je relativise de plus en plus. Tout groupe humain, quel qu’il soit, est ainsi fait. Mais quand on a pris conscience de ces tares, de ces défauts, de ces insuffisances, il ne serait pas raisonnable de casser un outil qui a été construit patiemment, au seul motif qu’il ne colle pas tout à fait à ce que vous attendiez de lui. Donc, j’ai décidé, très récemment, de renouveler mon appartenance à ce parti. Parce que je le crois encore capable de satisfaire l’intérêt général. S’il y a, en son sein, des parasites et des nuisibles, il y a aussi beaucoup de bonnes volontés.

Alors, ayant compris le sens de cette formule de Nelson Mandela qui disait : « Il ne faut jamais lutter contre les hommes mais contre le système », je me bats non contre les « hommes » du PG mais contre un « système » que je dénonce depuis toujours, celui de l’autorité qui ne s’impose pas naturellement mais par des processus qui n’ont rien de démocratique.

Le PG entrera en congrès dans quelques mois et mon espoir est que nous allons, nous militants de ce parti, reprendre le contrôle de notre famille pour en faire une organisation politique en phase avec le temps que nous vivons. Son mode d’organisation est dépassé. L’autorité hiérarchique n’est plus légitime au temps des fonctionnements horizontaux et en réseau. La forme traditionnelle du « parti » est même, d’ailleurs, totalement déconnectée des modes d’échanges et de communication politique de notre société. Plus nous nous accrocherons à un passé révolu et plus vite nous sombrerons avec l’ancien régime.

Je suis de celles et ceux qui veulent que le Parti de Gauche soit du bon côté car le jour approche où le peuple va surgir sur la scène. Or, si le PG reste ce qu’il est, il ne sera pas armé pour combattre et sera même perçu comme un obstacle. Il ne suffit pas de faire des discours élogieux de Syriza ou de Podemos et s’en retourner ensuite à nos habitudes de parti. Je n’ai pas le sentiment que, malgré certains beaux discours que nous entendons de la part de ceux qui nous représentent, nous ayons pris la mesure de ce qu’il ne faut plus faire… Certes, je ne suis pas en train de déclamer LA vérité. Celle-ci est relative. Je ne dis ici que MA vérité. Peut-être ai-je tort. J’en accepte le présage et je veux bien entendre la contradiction. Mais j’ai la faiblesse de penser que je suis davantage en phase avec ce qui se joue que si j’étais un militant docile, suivant la ligne (mais laquelle ?) de mon parti…

Donc, en 2015, il y aura pour moi, comme pour la plupart de mes camarades du PG, deux séquences principales : avant le congrès et après… Ces deux séquences politiques seront évidemment rythmées aussi par les processus électoraux des élections départementales et régionales… Au jour d’aujourd’hui, je veux croire que mon parti adoptera ce que j’estime être les bonnes décisions, à la fois quant à ces élections locales, mais dont la portée, incontestablement, sera nationale, et lors du congrès. Je regrette de devoir dire que cela ne me regarde plus.

Rester ou aller voir ailleurs ? La question ma taraudait depuis des mois… Et ce potentiel « ailleurs », je ne le voyais pas forcément comme un autre parti car je n’en vois pas d’autre, aujourd’hui. Et je me demande même si un « parti » n’est pas, en lui-même, un des plus sérieux obstacles au changement profond auquel j’aspire.

Alors, j’ai décidé de m’en aller. Puissent mes camarades trouver le bon chemin mais je refuse de jouer aux frondeurs de l’intérieur. Puisque je suis « minoritaire » et que je ne veux plus cautionner les choix de la « majorité », j’en tire les conséquences.

Je ne me suis pas assez documenté à ce jour sur l’expérience Podemos. Je vais m’y employer dans les prochaines semaines. Il se pourrait bien que je m’engage beaucoup plus fortement sur ce terrain-là. Je crois en effet que le peuple de France, contrairement aux apparences, ne se désintéresse pas de la politique mais qu’il désavoue clairement ceux qui la font aujourd’hui, quels qu’ils soient… Ils veulent influer DIRECTEMENT sur les choix qui sont faits en leur nom et pour leur compte or cela, on le leur refuse presque toujours. Même chez nous, au PG, la démocratie réelle est loin d’exister… Je le déplore et nous sommes nombreux à en avoir goûté les fruits pourris. Au point que des centaines, peut-être des milliers, de militants nous ont quittés depuis des mois. Il fut un temps où l’on pouvait mépriser les départs de tel ou tel car on y voyait souvent des querelles d’égo. Mais quand ce sont des militants de la base qui s’en vont, quand des dizaines de comités sont dissouts par décision prétorienne d’en haut sans réelle procédure contradictoire, parce que les militants avaient décidé souverainement de telle ou telle conduite, qui était bien dans l’esprit du PG mais qui ne collait pas avec l’idée que tel ou tel, au sommet, se faisait de ce qu’il convenait de faire, eh bien, nous pouvons dire que notre parti file un très mauvais coton… Et le pire de tout pour nous qui nous voulions les plus ardents démocrates et qui nous prétendions différents de tous les autres, c’est justement que nous sommes des clones de tous ces autres…

Soit le « peuple » du PG prend le pouvoir dans son parti, mesure préalable indispensable à un bouleversement radical des institutions de notre pays, soit il se fait suiveur de ses principaux responsables, quitte à avaliser des choix peu fidèles à la raison d’être du PG, et alors la fin de l’histoire sera écrite. Elle sera tragique pour le PG.

Normalement, un militant du PG devrait avoir pour principal objectif de permettre la révolution citoyenne. Donc, il devrait agir, au sein de son parti, pour que cet objectif devienne réalité. Et pour y parvenir, il vaut mieux, bien sûr, qu’il soit armé et appuyé par une structure organisée. Le PG peut être cette force d’action rapide. Mais ce militant doit aussi être sensible à ce qui se dit et à ce qui se fait en dehors de lui, dans sa ville, son département, sa région, son pays, son continent et ailleurs dans le monde… Ce n’est pas une « leçon » que je fais ici. Je dis juste ce qui me semble nécessaire parce que je ressens trop amèrement le jeu pathétique de quelques combinaisons malsaines qui salissent le parti et ceux qui le font vivre, et qui détruisent la bonne image qu’il pouvait avoir au sein du « peuple ».

Alors défendre un parti, le protéger des assauts ennemis, c’est évidemment indispensable. Mais être sourd et aveugle aux critiques légitimes, c’est adopter un comportement suicidaire. Refuser de faire de ce parti ce qu’il était sensé être, le ramener à des jeux de parti, c’est assassiner son âme.

Toutes choses égales par ailleurs, comme on dit, pourquoi Podemos en Espagne et Syriza en Grèce ont-elles autant gagné d’audience et de force populaire depuis quelques mois ? Est-ce dû seulement au fait évident que les causes de souffrance ont été bien plus accentuées chez ces deux peuples du Sud que chez nous en France ? Certes, c’est un facteur mais ce n’est pas le seul, loin de là ! À tout voir par ce seul prisme, à tout analyser par ce seul motif, je crois que nous perdons de vue l’essentiel…

Ces deux forces, chacune à sa manière, ont su capter les volontés et les attentes du peuple. Nous avions commencé à réussir nous-mêmes ce défi au printemps 2012. Vous vous souvenez ? Le Front de Gauche, alors, avait su s’élever à la hauteur des circonstances et nous étions pleins d’espoir pour l’avenir. Mais nous avons choisi, plus ou moins volontairement, de revenir à nos jeux partisans et le peuple nous a sanctionnés. Je ne crois pas que nous regagnerons sa confiance avec le Front de Gauche. Une fois que la confiance est rompue, jamais elle ne peut revenir…

Cela fait des mois que nombre d’entre nous le disons. Et pour ce qui est du PG, nous sommes aussi quelques-uns, j’ignore combien, à reprocher au PG de tergiverser, de finasser, d’attendre Godot… et finalement de ne pas être celui qu’il prétendait vouloir être… Nous ne sommes pas le parti révolutionnaire que nous prétendions incarner. À force de refuser d’être « comme le NPA », à force de refuser les « dérives gauchisantes », nous avons chaussé les bottes d’un parti quasi-traditionnel. Certes, le PG a défendu et défend encore certaines ruptures politiques. Je ne dirai pas le contraire. Car si je n’avais pas perçu une volonté de rupture au sein du PG, je n’y serais pas venu ou j’en serais parti plus tôt. Mais disons que je nous trouve trop timorés, pas assez ambitieux, et pour le dire, trop installés dans les institutions, ce qui est un comble puisque nous n’avons qu’un nombre très réduit d’élus… Mais c’est dans notre conduite que nous donnons une image de parti traditionnel.

Je suis de ceux qui pensent que si Jean-Luc Mélenchon a choisi de vivre une autre étape de sa vie politique, ce n’est pas QUE pour les raisons qui nous ont été dites, même si ces raisons-là existent et que je ne dénie pas qu’elles aient eu leur influence. Il a eu raison de faire le choix qu’il a fait. Je l’attendais depuis longtemps. Je défendais moi-même la nécessité de ce dépassement depuis un bay quand il l’a annoncé. Je fus donc heureux qu’il adopte cette décision. Mais pour quelqu’un qui a créé le Parti de Gauche, cela ne peut manquer de nous interroger… Et puisque il a ensuite initié le Mouvement pour la 6e République, mouvement basé sur la volonté d’entendre le peuple et même de lui donner le pouvoir, il est facile d’imaginer que c’est parce que le parti qu’il avait créé lui-même, certes avec d’autres, ne satisfaisait plus aux objectifs de la révolution citoyenne à laquelle il aspirait.

La scène politique française, aujourd’hui, est détestable. Inutile d’écrire sur ce point car chacun de nous est bien conscient de la réalité du moment. Et on ne peut qu’être inquiets de l’avenir qui ne s’annonce pas des plus sereins, ni des plus heureux.

Il semblerait que la chaine soit sur le point de se rompre ailleurs que chez nous. Si cela se produit pour de bon, nous nous réjouirons et nous devrons, à mon avis, nous engager à fond au côté de ceux qui auront donné le premier coup décisif. N’oublions pas l’Histoire de l’Europe… N’oublions pas que lorsque l’Espagne s’est donné un gouvernement de gauche dans les années 30, il y eut, peu après, un coup d’état fasciste qui mit ce pays en guerre et sous le joug pendant des décennies. De même, en Grèce, avec le régime dit des colonels. La France aussi est passée du Front populaire au pétainisme conquérant. Et au-delà de l’Europe, il y a les tragiques expériences chilienne et argentine pour ne citer que les plus monstrueuses…

Si nous sommes instruits de cette Histoire, nous pourrons peut-être éviter de la renouveler. Toutefois, il ne suffira pas de la connaître. Il faudra aussi nous rassembler contre l’ennemi qui prépare ses armes. Il ne suffit pas de répéter, comme un mantra, la célèbre phrase de Jean Jaurès « Le capitalisme porte la guerre comme la nuée l’orage » pour éviter le drame. Il faut aussi agir avec détermination et constance en poussant du bon côté et ne jamais faire demi-tour ou faiblir en admettant des exceptions à notre inflexibilité stratégique ou programmatique.

Il a fallu, en France, le cataclysme de la Seconde guerre mondiale, avec son cortège d’horreurs, de souffrances, de destructions et de régression civilisationnelle, pour que le peuple des gueux – on dirait aujourd’hui des « sans-dents », se mette en rébellion, prenne le maquis, et résiste à l’ennemi, puis prépare le renouveau via le Conseil National de la Résistance. L’oeuvre du CNR édifia un pays nouveau, modèle pour le monde. Et son aura était telle que tous les méchants capitalistes se terraient, ivres de honte et de peur d’être dénoncés et lynchés pour les crimes qu’ils avaient rendu possibles. Puis, peu à peu, goûtant aux charmes de la paix et aux progrès économiques et sociaux des trente glorieuses, le peuple s’est assoupi. Nos ennemis en ont profité pour reprendre du poil de la bête et dès les années 70, ils sont repartis à l’offensive. Nous les subissons depuis plus de trente ans.

Nicolas Baverez a parlé des « trente piteuses » pour dénoncer tous « ces maux bien connus » de la France : un État « pléthorique », des dépenses « toujours supérieures à nos ressources », des riches « pressurés-écartelés-spoliés », un « assistanat généralisé », un « anti-américanisme primaire » et « grossier » etc. etc. Vous avez entendu mille fois par an ces sermons car il n’y a pas que le réac’ Nicolas Baverez pour les déverser à profusion dans nos radios, nos télés, nos journaux… Cette expression des « trente piteuses » est assez juste en fait, à ceci près que nous pouvons l’utiliser, nous, dans le sens exactement inverse du sien, pour dénoncer ce qu’il encensait et pour louanger ce qu’il fustigeait…

Oui, les années 70, 80 et 90 mais aussi les années 2000 et le début de cette décennie 2010, sont bien des années « piteuses » au sens où notre démocratie a été violée, dans la mesure où elle a été prise avec violence par quelques personnes des sphères oligarchiques avec l’assentiment des « élites » et dans le désintérêt général du peuple. Et ce crime n’a jamais été jugé à ce jour. Un jour, il le sera. Et le jour approche où les coupables devront rendre des comptes…

Oui, les années 70, 80 et 90, mais aussi les années 2000 et le début de cette décennie 2010, sont bien des années « piteuses » au sens où notre modèle économique et social reposant sur une économie mixte (capitaliste par principe mais fortement encadrée par un État régulateur ou providence) a été peu à peu vidé de sa substance au profit d’un État au service exclusif des marchés et de quelques oligarques. Finalement, en forçant un peu le trait, je pourrais dire que la France contemporaine n’est plus très éloignée de l’anarchique Russie eltsinienne des années 90. Je me demande si la principale différence n’est pas qu’en France, nous n’assistons pas aux tueries mafieuses qui ensanglantaient alors le pays russe quand les clans des oligarques se disputaient les richesses de la défunte URSS… Au passage, je ferai remarquer que cette URSS n’était peut-être pas si ruinée qu’on le disait à l’Ouest… Sinon, il n’y aurait pas eu autant de règlements de comptes à la façon d’OK Corral initiés par ceux qui voulaient dépecer le pays à leur seul profit égoïste.

Puisqu’il paraît que depuis quatre siècles, les années xx15, sont des crus exceptionnels, faisons en sorte, collectivement, que 2015 soit un grand cru millésimé, exceptionnel par les avancées de civilisation que nous rendrons possible ensemble, et non par la régression ultime qui menace;  je pense à la guerre en Europe avec tout ce que cela impliquerait de souffrances, de dévastations et de régression…