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Le Grand jeu : dégénérescence – Vu sur le blog « Chroniques du grand jeu » – Le 16/03/2017

Vu sur le blog de mon camarade Pierrick Tillet qui relaie lui-même cet article du blog « Chroniques du Grand jeu« .

Lien vers cet article sur le blog de Pierrick Tillet.

Lien vers cet article sur le blog « Chroniques du Grand jeu ».

image illustrant le billet de blog le grand jeu, la dégénrescence

Si le détricotage du système impérial suit son cours, l’implosion de son bras médiatique passe la vitesse exponentielle. Un vrai pur-sang au galop dans la dernière ligne droite de Longchamp… mais en moins élégant.

Désinformation, mensonge par omission, délires paranoïaques, transformation de la réalité ou des textes, erreurs conscientes de traduction, tout y passe. Les élections de cette année en Europe pousse la journaloperie dans ses derniers retranchements : le “danger populiste” est partout. Rappelons en passant que l’oligarchie sénatoriale romaine qualifiait de même le courant populaire il y a 22 siècles. Plus ça change…

Les “gamineries” du Fig à rot

Il faut absolument sauver le soldat Ryan Euro et tout est bon, y compris les manipulations les plus infantiles. Le Fig à rot ne dira pas le contraire, qui s’est vautré dans le grotesque il y a quelques jours. Il avait en effet proposé un sondage à ses lecteurs : « Êtes-vous favorable à la sortie de l’euro ? » Il faut certes toujours prendre ce genre de sondage en ligne avec des pincettes mais là n’est pas la question. Sans doute déçu par le fait que 59% des gens aient répondu par l’affirmative, le journal a tout simplement retourné la question tout en gardant les résultats ! « Craignez-vous les conséquences de l’euro ? » Oui : 59%. Gaminerie hallucinante. Les lecteurs sont évidemment furieux comme on peut le voir dans les commentaires sur la page dont l’adresse, comble d’amateurisme, a gardé l’intitulé de la question précédente.

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Typique d’une presstituée qui ne sait plus où donner de la tête, appartenant à une oligarchie déboussolée. Rappelons que ce sont les mêmes qui, ayant perdu tout soupçon de scrupule, s’érigent en gardien moral de la vérité et vilipendent les fake news. Ce n’est plus l’hôpital qui se fout de la charité, c’est le ministère de la santé tout entier !

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Moqueries de l’un, sadomasochisme des autres

Les théories du complot de ceux qui, il y a encore quelques années s’élevaient avec force coups de menton contre le conspirationnisme, font en tout cas bien rire le président tchèque, le toujours excellent Milos Zeman. Moquant ouvertement les médias, sa saillie est délicieuse :

« Oui, je suis un agent de la Russie, en particulier de Vladimir Vladimirovitch Poutine. Je dois ajouter que je suis également un agent du président chinois. Et dernièrement, du président américain aussi. Ainsi bien sûr que d’Israël. »

Une qui doit moins rire est l’inénarrable Mogherini. La cheffesse de la diplomatique euronouillique a eu tout le mal du monde à mener son discours à terme au parlement serbe début mars, accueillie par des chants pro-russes et anti-européens (vidéo en bas de page). Si elle voulait convaincre Belgrade des bienfaits de l’OTAN, ses arguments n’ont pas dû être tout à fait entendus…

Le système impérial ayant perdu la partie en Ukraine ou en Syrie, la MSN préfère regarder ailleurs et ne plus s’y frotter. Ici, le mensonge se fait désormais surtout par omission. Ne vous attendez pas à lire une ligne à propos du soutien des rebelles “modérés” de l’Armée syrienne libre — ces grands démocrates devant l’éternel — aux délires rhétoriques d’Erdogan contre les Pays-Bas. Indécrottables eurocrates masochistes qui supportent tout ce et tous ceux qui finissent invariablement par se retourner contre eux…

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« Je suis un masochiste normal »

 

MH17 : le gouvernement australien refuse d’indemniser les victimes car il n’y a pas suffisamment de preuves pour accuser la Russie !

Et puisque la caricature évoque les sanctions et contre-sanctions européo-russes, rappelons que toute cette affaire a été déclenchée, sous l’intense et intéressée pression américaine, en surfant sur l’émotion causée par le crash du Boeing de la Malaysian Airlines au-dessus de l’Ukraine. Rappelons les faits :

17 juillet 2014 : l’avion de la Malaysian Airlines est abattu

Rarement la basse-cour médiatique occidentale sera tombée aussi bas. Un barrage d’articles délirants, d’accusations hystériques, allant toutes dans un sens et un seul. Le prévenu est condamné avant même l’enquête ! Qu’en 2014, l’Europe soit le théâtre d’un climat digne des pires époques de l’Inquisition laisse songeur… Mais après tout, quand on voit des dirigeants occidentaux soutenir un gouvernement composé pour un tiers de néo-nazis ou que ces mêmes dirigeants, pour ne pas indisposer leur allié ukrainien, s’opposent à l’ONU à un vote condamnant la glorification du nazisme, il faut s’attendre à tout.

Les journaux européens sont depuis longtemps noyautés par la CIA, comme l’a montré le scandale Udo Ulfkotte en Allemagne l’année dernière. L’un des plus grands éditorialistes allemands de l’un des plus “sérieux” journaux (Frankfurter Allegemeine Zeitung) bossait en fait depuis des années… pour la CIA ! Et c’est loin d’être un cas isolé en Europe.

Mais revenons à notre avion… Ainsi donc, pour la volaille journalistique noyautée, c’est un coup des séparatistes pro-russes, donc des Russes ! Et le grand méchant Poutine est montré d’un doigt accusateur par les journaux dans un déferlement de rage collective qui fait fortement penser aux deux minutes de la haine contre Emmanuel Goldstein dans 1984, le fameux roman d’anticipation de George Orwell. Nous y sommes, avec 30 ans de retard.

Sur quoi se basent nos féroces procureurs ? Sur… et là, ne rigolez pas, je suis sérieux… sur :

  1. les accusations verbales des Ètats-Unis [les mêmes que pour les bébés-couveuse de 1990 ou la fiole de Colin Powell à l’ONU ?], Washington se gardant bien d’apporter le moindre début de preuve alors que leurs satellites tournent 24h/24 au-dessus de l’Ukraine.
  2. la vidéo amateur d’un lanceur de missiles Buk, en réalité filmé dans une ville tenue par l’armée ukrainienne comme le montre un panneau publicitaire dans le fond.
  3. un commentaire Facebook effacé depuis [un énorme LOL. Est-il vraiment utile de préciser que n’importe qui peut pirater un compte sur un réseau social…]
  4. une conversation téléphonique enregistrée entre « deux chefs séparatistes », dont il a été prouvé depuis qu’elle a été trafiquée, Kiev l’ayant même retiré de sa liste de “preuves”.

Voilà, Mesdames et Messieurs, c’est tout… Et c’est sur ça que se base l’accusation.

Peu importe que le principal journal malaisien (la Malaisie est quand même concernée au premier chef dans cette affaire) titre, lui, sur la responsabilité de Kiev. Peu importe que le plus grand journaliste d’investigation américain — Robert Parry, celui qui a mis au jour le scandale des contraspointe Kiev du doigt. Peu importe que des spécialistes de la question s’interrogent ouvertement (iciici ou ici par exemple).

Peu importe que même les vétérans du renseignement américain doutent ouvertement des accusations de leur gouvernement. Peu importe que les services secrets ukrainiens (les mêmes qui ont annoncé 72 “invasions russes” de l’Ukraine depuis un an) aient étrangement confisqué les conversations entre les contrôleurs du ciel et l’équipage du Boeing.

Peu importe que les quatre pays qui enquêtent sur le crash — Hollande, Belgique, Australie et Ukraine (tous dans le même camp d’ailleurs) — aient curieusement signé un « accord de non-divulgation » qui interdit à ces pays de divulguer les résultats de l’enquête concernant le MH17 et leur donne un droit de veto les uns sur les autres.

Peu importe tout cela… c’est Poutine, on vous dit !

Faire la lumière sur ce qui s’est vraiment passé est le cadet des soucis pour les accusateurs auto-proclamés. Nous sommes dans le rapport de force géopolitique, dont la guerre de l’information est une composante de plus en plus importante.

Quelques jours avant, Poutine était au Brésil où il signait l’accord sur la création de la Banque des BRICS qui risque de mettre à mal le système dollar permettant aux Ètats-Unis de vivre au-dessus de leurs moyens et de faire financer leurs guerres par les autres pays. Pour nombre de pays émergents, il représentait, et représente toujours d’ailleurs, une forme d’anti-système (…)

Après la tragédie du MH17, les pays européens, fortement pressés par Washington, décident de mettre en place des sanctions économiques contre la Russie. À défaut de preuves (et pour cause !) de l’implication russe dans le crash du Boeing, l’émotion suscitée par la campagne de diabolisation médiatique fera l’affaire… Le vice-président US, Joe Biden, l’avouera : l’Amérique a forcé la main des pays européens qui rechignaient à cette escalade suicidaire.

Depuis, Ô divine coïncidence, à chaque fois qu’arrive l’échéance des sanctions européennes et la question de savoir si elles doivent être prolongées de six mois, une poussée de violence éclate en Ukraine. Les forces de Kiev bombardent quelques quartiers de Donetsk, entraînant évidemment la réaction des pro-russes, le tout pour le plus grand bonheur de Washington.

L’Europe a été fortement frappée par le régime des sanctions et contre-sanctions russes et risque de perdre deux millions d’emplois.

On le voit, toujours le même masochisme européen… Or qu’apprend-on ? Le gouvernement australien refuse d’indemniser les familles des victimes car il ne sait toujours pas ce qui s’est passé : « L’enquête est en cours… Les preuves sont pour l’instant insuffisantes pour déterminer qui ou quoi a causé le crash… »

Ne vous attendez évidemment pas à en lire une seule ligne dans la presstituée qui, il y a 30 mois, avait déjà désigné le coupable avant le début de l’enquête.

Le soufflé retombé de “l’ingérence russe”

Une autre accusation est en train de tomber à l’eau : le piratage des élections par le grand méchant ours russe. Le ministre allemand des Affaires étrangères avait déjà mis une claque à Merkel il y a deux jours en réfutant, « au nom du gouvernement, les allégations des médias sur l’ingérence russe dans le processus électoral ». Pauvre Angela, une nouvelle fois prise dans la toile de ses mensonges…

Le même jour, l’homologue britannique de Sigmar Gabriel, l’amusant Boris Johnson admettait lui aussi qu’il n’y avait aucune preuve d’ingérence russe. Auparavant, James Clapper, le directeur du renseignement national nommé par Obama, avouait ne détenir aucune preuve d’une collusion entre Trump et la Russie, au grand dam du plumitif :

Après Poutine qui militarise des pieuvres géantes ou qui envoie ses hooligans à l’Euro 2016 pour déstabiliser l’Europe (!), l’accusation du piratage russe des élections et même carrément, soyons fous, de la démocratie occidentale tombe elle aussi à l’eau… On parie que l’imMonde ne rapporte pas l’info ?

Il semble d’ailleurs plus généralement que l’ambiance soit un peu moins à la russophobie primaire sur les bords du Potomac. Les révélations Wikileaks sur les false flags cybernétiques de la CIA y sont sans doute pour quelque chose. Ainsi The Hill, le journal du panier de crabes de Washington, a publié un étonnant article il y a quatre jours, intitulé Des diplomates mettent en garde contre l’hystérie anti-russe. Diantre, ce journal ayant lui-même plus souvent qu’à son tour succombé à cette paranoïa, faut-il y voir un début de retour à la raison ?

Accessoirement, on apprend que Sberbank, la plus grande banque russe, a engagé en 2016 un groupe de lobbying américain, et pas n’importe lequel, afin de mettre fin aux sanctions touchant le secteur bancaire. Il s’agit de… Podesta Group, dirigé par Tony, le grand frère de John, directeur de campagne d’Hillary ! Vous savez, celui dont les mails avaient été piratés par… ah oui, par les méchants Russes. « La vida es un carnaval », comme dirait Celia Cruz.

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Vidéo des malheurs de Mogherini à Belgrade :

=> Source : Le Grand jeu

La République en danger – À propos du choix de Nicolas Sarkozy, fossoyeur de la République, de renommer l’UMP en « Les Républicains »…

Il y a de vrais Républicains dans ce pays, pour qui la République, c’est la défense permanente de l’intérêt général.

Je ne parle pas des formes connues à ce jour de République :
– la « République » bourgeoise n’est pas l’essence de la République ;
– la « République » basée sur le principe représentatif, qui aboutit à ce que les élu-e-s, au lieu d’être des mandataires fidèles et loyaux du peuple, deviennent les larbins, les serviteurs, les exécuteurs des basses oeuvres de ses maîtres, n’est pas l’essence de la République ;
– la « République » qui permet la corruption des titulaires de charges dans l’État, ce n’est pas l’essence de la République ;
– la « République » qui se moque de la démocratie, ce n’est pas l’essence de la République ;
– la « République » qui méprise l’intérêt général et promeut sans cesse davantage les intérêts très particuliers, très égoïstes de la caste oligarchique, ce n’est pas l’essence de la République.

Pour moi, une République authentique est un régime où les citoyen-ne-s sont souverain-ne-s dans la cité ET où les travailleurs le sont dans leur entreprise.

Une République met donc au sommet de sa hiérarchie des normes à la fois l’exigence de démocratie authentique et jusqu’au bout, et l’exigence absolue de l’intérêt général qu’il revient au peuple de définir.

Alors oui, ça me dérange et je ne peux me réjouir que des salopards de l’UMP se désignent maintenant officiellement, dans le nom même de leur parti, comme des « Républicains », car cela, désormais, va rendre impossible que, NOUS, les authentiques Républicains, puissions continuer à nous désigner comme tels.

Ces salopards de l’UMP vont pourrir une de nos plus fondamentales valeurs, flanqués qu’ils sont de batteries de casseroles pour beaucoup d’entre eux, dont le passif est d’avoir largement détruit le système social français hérité du CNR, et d’avoir en outre détruit l’indépendance et la souveraineté de la France et vassalisé notre pays en le soumettant aussi bien à cette U€ devenue dictature capitaliste et impérialiste, qu’à l’Empire états-unien, fauteur de troubles et de guerres larvées ou ouvertes partout dans le monde depuis leur origine en général, depuis la fin de la Seconde guerre mondiale en particulier.

Enfin, ça n’aura échappé à personne : ils ont choisi de s’assimiler totalement aux « Républicains » états-uniens. Le symbole n’a pas été choisi par hasard et il est très fort ! Ils ne pouvaient pas, pour diverses raisons, devenir le « Parti Républicain » alors ils ont trouvé autre chose mais désormais, en France, la filiation de la droite française, faussement dite « républicaine », est directement liée à ses maîtres états-uniens.

Le leader de l’UMP, ancien Président de la République, est bien le fossoyeur de la République française ! Cette mission qu’il a acceptée et qu’il s’emploie à mener à bien lui a été assignée, il y a fort longtemps, par des gens qui ne sont pas toujours de chez nous, et qui ne tolèrent pas que nous, Français-e-s, existions sur la scène internationale et portions un message différent de celui incarné par l’Empire états-unien, lequel trouve des relais, des messagers et des combattants, traîtres à notre peuple, déterminés à faire la sale besogne de nos ennemis jusque dans notre propre pays. On a déjà connu cela plusieurs fois dans notre Histoire, l’expérience pétainiste de la Seconde guerre mondiale n’étant que la plus récente…

Oui, certains diront que « Républicains », ce n’est qu’un mot et qu’après tout, vu que les membres de la caste oligarchique ont déjà sali et discrédité tant d’autres termes qui définissaient ce que nous étions, un de plus ou un de moins, cela n’a aucune importance.

Moi, je ne vois pas les choses ainsi Les mots sont les outils du dialogue, de l’échange, des discours et ils incarnent des idées. Lorsque les mots du langage commun sont travestis par nos adversaires et par nos ennemis politiques et de classe, avec l’appui massif des meRdias et des « experts », et ce dans l’indifférence générale du peuple et des militant-e-s politiques, et que ces mots sont utilisés pour exprimer le contraire du sens qu’ils incarnent ou du message qu’ils véhiculent en réalité, alors la bataille idéologique est perdue. Sauf à inventer de nouveaux mots qui rendront les anciens obsolètes.

En attendant que nous y parvenions, ça va nous poser à tous un énorme problème !

Je sais bien qu’à gauche, un certain nombre de citoyen-ne-s conchient l’idée républicaine et se réjouissent que nos ennemis la salissent définitivement car, selon eux, cela va permettre d’en finir pour de bon avec l’idée républicaine, mais ils sont inconscients du fait que nous allons tous en pâtir. Parce que, pour le moment, nous n’avons pas de solution de rechange.

Si la grande et la noble idée républicaine est définitivement abandonnée à la droite libérale, européiste et atlantiste française parce que cette dernière l’a kidnappée, ce sont les escrocs et les liquidateurs de la République qui composent cette droite-là qui auront eu le dernier mot.

Nous avons déjà abandonné au Front National la notion de « nation » qu’il s’est empressé de faire muter en un terme porteur non seulement de haine de l’étranger ou de l’autre mais aussi de guerre, et a totalement effacé ce que ce terme signifiait depuis la Révolution française.

Nous avons presque abandonné également à la droite catholique et raciste la notion de « laïcité » pourtant fondatrice de notre République et cette droite-là l’a transformée pour en faire une arme exclusivement destinée à mater les non catholiques !

Eh bien moi, je me refuse à ces abandons successifs ! J’espère ne pas être le seul !

Camarades, ami-e-s, concitoyen-ne-s, nous devons RÉSISTER mais ne pas nous cantonner dans cette position passive. Nous ne devons pas nous limiter à faire la « tortue », au sens de cette formation de défense que pratiquaient les légions romaines assaillies par l’ennemi. Il est temps d’entamer la RECONQUÊTE ! Car nous ne nous défendons pas. Nous ne résistons pas. Nos ennemis, peu à peu, méthodiquement, gagnent du terrain. Constatez tout ce que nous avons perdu, depuis 1945, de ce que nous avions gagné après la Seconde guerre mondiale, grâce à l’oeuvre merveilleuse bien qu’inachevée du CNR.

La guerre qui est menée contre nous par la caste oligarchique n’est pas une guerre de la droite contre la gauche, mais une guerre de la caste oligarchique contre le peuple. Et il est vrai que la caste oligarchique a su faire de la droite française sa principale armée, et qu’elle a su non seulement dompter la Gauche, mais bien plus, la subvertir en quasi-totalité.

Et du fait de nos propres insuffisances, à nous cette « Autre Gauche », qui voulions incarner – et avions commencé à incarner de 2009 à 2012 avec le Front de Gauche – une véritable et enthousiasmante alternative, du fait de notre incapacité à être cohérents et crédibles, du fait de notre refus d’assumer les indispensables ruptures, notamment avec l’U€, mais aussi avec la cuisine politicienne habituelle des partis, si détestable aux yeux du peuple, eh bien ce peuple croit qu’il n’a plus, pour se défendre, que le Front National, cette illusion, cette escroquerie, ce vampire, ce messager de la haine et cet apprenti du fascisme, dont on sait à quel point son rôle est de maintenir le système en place aussi longtemps que possible et de préparer le pire si le système venait à s’effondrer.

Peuple de France, combien de temps encore vas-tu de désintéresser de ton sort ?

Peuple de France, que faut-il que l’on t’impose pour que tu dises « Stop! » et que tu reprennes en mains ton destin ?

Peuple de France, attends-tu de connaître le sort des martyres de l’austérité que sont les Grecs, les Espagnols et les Portugais ?

Peuple de France, penses-tu être à jamais à l’abri d’une guerre ouverte dans ton propre pays alors que l’exemple ukrainien devrait te saisir d’effroi et te pousser à une réaction ?

The world on the brink of the catastrophe… Le monde au bord du gouffre !

On lisait et on entendait cela fin octobre 1962, lors de la crise des missiles de Cuba.

Cette formule est redevenue actuelle au regard des évènements en Ukraine. Le monde occidental, États-Unis et Union Européenne en tête, pousse en sous-mains les nazis de Kiev à entraîner la Russie dans une guerre en Europe et l’OTAN est sur le pied de guerre.

Mais on détourne notre attention de ce risque majeur de nouvelle conflagration mondiale, cent ans après le déclenchement de la folie meurtrière de 1914-1918. On nous affole avec l’Ebola. Sans doute un danger aussi infondé que les différentes grippes animales passées… Faire peur aux gens sur un évènement inexistant pour les détourner de l’actualité réelle qui, elle, est bien là. Ce n’est que la mise en oeuvre des principes habituels de désinformation, d’abrutissement des masses. Car on n’agit que contre une menace que l’on croit fondée, pas contre une menace fantôme…

Où trouve-t-on des infos sur ces évènements sources de guerre générale qui ne soient pas de la pure propagande de l’Empire fauteur de troubles depuis 1776 ? Dans des medias alternatifs, sur des blogs et via des analyses non « mainstream ». Sauf qu’il faut être prudents quant aux sources car on trouve aussi n’importe quoi sur le net.

Nous savons que les médias officiels nous désinforment grossièrement. C’est vrai d’une manière générale, mais c’est tout particulièrement vrai s’agissant de la question russo-ukrainienne.

Poutine est désigné comme le Hitler de 2014, le danger pour la paix du monde, l’agresseur, le meurtrier de masse, le génocideur, l’empêcheur de vivre de peuples qui n’aspireraient  qu’à la liberté etc. etc. Mais si Poutine n’est sans doute pas un parangon de démocratie, ni un modèle d’humanisme, il est, dans cette affaire, bien plus respectueux de la paix du monde que d’autres et bien moins oppresseur ou assassin de masse que d’autres.

Même la grande presse commence à distiller l’information que l’avion de la Malaysian Airlines a été abattu NON pas les « pro-Russes » mais bien par un chasseur de la flotte aérienne ukrainienne. C’est donc bien un acte (volontaire ou accidentel) de la part des Ukrainiens. Ce qui inverse la logique qui s’est mise en marche et confirme que les va-t-en guerre sont à l’Ouest (de l’Ukraine et du monde), pas à l’Est (de l’Ukraine et du monde) !

Poutine, lui, fait preuve de la plus grande modération jusqu’à présent. Bien des dirigeants auraient agi militairement depuis des mois s’ils avaient subi ce que Poutine ou la Russie subissent d’humiliation et d’insultes sans compter les massacres de masse que les peuples de l’est de l’Ukraine doivent affronter. Imaginez qu’OBAMA soit traité par la presse de la moitié du monde comme POUTINE l’est depuis des mois… Si vous ne saisissez pas de quoi je parle, recherchez les Unes de la grande presse occidentale depuis des mois. Vous serez édifié !

Mais Poutine qui n’est pas idiot et qui dispose de beaucoup d’informations, notamment sur ce que fait en secret l’Empire, ce qui n’est pas le cas du grand public, a compris qu’on lui tend un piège, que l’on fait tout pour qu’il intervienne militairement et alors l’Empire, l’Union européenne, la « Communauté internationale » jugeront indispensable de lui faire la guerre. Tous ceux-là, préparent déjà, depuis une décennie au moins, son renversement via un coup d’État du type de celui organisé à Kiev. Cette dernière expérience-là, qui a succédé à d’autres dans plusieurs des anciennes républiques de l’URSS, n’était qu’un exercice grandeur nature dans le pays le plus indispensable à la Russie. Imaginez la réaction de Washington si la Russie ait organisé un coup d’État du même genre à Mexico ou à Toronto pour y installer un pouvoir pro-Russe. En fait, on l’a déjà vu, cette réaction américaine, dans un cas similaire ; ce fut à Cuba dans les années 60 : une hystérisation de la situation qui a failli conduire au pire en octobre 1962.

Eh bien, nous revoilà, 50 ans après, plongés dans le même contexte géopolitique où la guerre mondiale est devenue une menace sérieuse. Seul Poutine aujourd’hui nous évite d’y être déjà entrés parce qu’il a refusé de répondre aux provocations de l’Occident. Comme jadis, en octobre 1962, les Russes n’avaient pas réagi de manière hostile à diverses provocations gravissimes de la part des forces armées américaines :

– lancement à titre d’essai d’une fusée de la base californienne de Vandenberg vers l’Ouest et donc vers la Russie ;

– essai nucléaire ;

– manœuvres militaires massives : aériennes, navales et terrestres ;

– mise en alerte « Defcon 2 » (qui compte 5 positions), c’est-à-dire le dernier stade précédant la guerre, stade qui impose par exemple aux bombardiers stratégiques ayant des bombes nucléaires dans leurs soutes de se tenir à proximité immédiate de la Russie et qui débloque certaines mesures de sécurité en vue d’un lancement rapide des missiles en silos ;

Tout cela, les Russes ne pouvaient ignorer et c’était donc une provocation totalement folle qui pouvait conduire les Soviétiques à attaquer les premiers. Mais c’est justement ce que voulaient les généraux américains car ils croyaient que les États-Unis étaient en mesure de « gagner » la guerre, fut-elle nucléaire…

À cette époque, il existait un plan de l’état-major américain qui prévoyait – écoutez bien cela – : une gradation sur plusieurs mois des tensions internationales entre l’Occident et l’URSS ; pendant cette période, l’URSS serait désignée coupable de plusieurs actes criminels d’ampleur croissante afin que le peuple américain et les peuples du monde soient convaincus du danger que représentait l’URSS et donc soient décidés à accepter une guerre entre les deux blocs. Ce plan prévoyait une attaque nucléaire massive préventive de l’URSS. Certes, je n’ai pas lu ce plan moi-même mais beaucoup d’analystes ont écrit sur le sujet. Je les juge crédibles. D’autant plus qu’ayant moi-même beaucoup, beaucoup travaillé depuis 20 ans sur les États-Unis en général, sur la période des années 60 en particulier, je sais que cela est fondé.

Et puis, même si cela défrise les défenseurs indécrottables des États-Unis, il y a le plan Northwoods qui a été rendu public il y a longtemps. Et ce plan écrit noir sur blanc que les États-Unis sont prêts à fabriquer des attentats qu’ils imputent à d’autres (en l’occurrence c’étaient les Cubains de Castro) pour justifier la guerre. Vous qui ignorez tout de ce plan diabolique, lisez le. Le 11 Septembre y est écrit. Ce qui se passe en ce moment y est écrit. Kennedy l’avait refusé mais il a été manifestement mis en application depuis… Plusieurs fois !

Je reviens à Poutine. S’il a décidé des sanctions économiques, ce n’est pas pour « nous faire la guerre » comme l’écrit un auteur qui se perd (Gauche de combat) mais c’est un droit de légitime défense puisque nous, les Occidentaux, avons décidé, les premiers, de sanctionner la Russie en plus de la provoquer et de l’insulter depuis des mois.  Quand on donne des coups, il faut s’attendre à en recevoir en retour. C’est un tempérament d’ado pré-pubère que de frapper quelqu’un et de se plaindre ensuite de sa réaction hostile.

Bien des personnalités respectables, françaises anglaises, allemandes, russes, américaines et autres, ont exprimé leur sentiment d’inquiétude profonde et leur incompréhension des choix diplomatiques, géopolitiques et stratégiques faits depuis quelques mois par les Occidentaux. Mais leur voix est étouffée. Parce qu’à Washington, on veut la guerre. Car la guerre serait la seule chance de maintenir le système capitaliste. Peu importe que meurent des millions de personnes, peu importe que des centaines voire des milliers, de villes soient détruites, peu importe que des populations soient décimées…si les maîtres, qui, eux, seront à l’abri, peuvent survivre sur un champ de ruines. Les banquiers américains ont eu 50 ans de prospérité au lendemain de la Seconde guerre mondiale…

Le cercle des économistes sous la direction d’un certain Lorenzi avait publié « La guerre des capitalismes aura lieu » en avril 2008.

Nous y sommes presque…

 

Interview de Pierre Maillard* sur la question de l’Ukraine – Site les-crises.fr

Pierre Maillard, est Normalien agrégé d’allemand. Il a été le Conseiller diplomatique du Général de Gaulle à l’Élysée de 1959 à 1964 – avec au menu Guerre d’Algérie, réconciliation franco-allemande, Construction européenne, crise de Cuba, poursuite de la décolonisation, etc. Il a parla suite été ambassadeur (à l’Unesco, en Chine et au Canada).

Voici donc sa vision de la crise Ukrainienne. Une vision frappée au coin du bon sens, bien loin des inconscients actuellement au pouvoir.

Précision : il a… 98 ans

M. Maillard, quel regard portez-vous sur la crise en Ukraine ?

Il y a eu dans cette affaire une intervention initiale de la part de certains pays Européens, qui ont déclenché un processus destiné à avoir des conséquences pour la situation de l’Ukraine.

Evidemment l’Ukraine est depuis très longtemps – depuis la Russie soviétique et même bien avant -, dans la zone d’influence notoire de la Russie. L’Ukraine a ainsi fourni beaucoup de personnel politique – et du plus haut niveau – à la Russie. Ce pays est donc attaché à la zone d’intérêts particuliers de la Russie, en raison d’une très longue Histoire.

Il est donc évident que cette intervention initiale – non pas dans la partie orientale mais dans la partie occidentale -, destinée à provoquer un rapprochement étroit entre l’Europe et l’Ukraine allait directement à l’encontre d’un intérêt stratégique très ancien de la Russie pour cette région.

N’est-ce pas irresponsable pour l’UE d’avoir agi ainsi ?

C’était en effet s’attirer certainement des objections ; la Russie n’a pas réagi immédiatement mais c’est certainement sans joie qu’elle a vu cette ingérence en vue de ce rapprochement qui aurait été consacré par des accords d’association.

D’autant que l’Ukraine de l’Est – notoirement russophone – est très liée économiquement à la Russie – contrairement à l’Ouest du pays. Il y a deux Ukraine en réalité…

L’Europe a donc réalisé une intrusion dans une sorte de « domaine réservé », de zone traditionnelle d’influence et d’action de  la Russie. C’est un fait.

Auriez-vous conseillé au général de Gaulle d’agir ainsi ?

Sûrement pas ! Étant donnée la proximité que j’ai eue avec le Général, je peux vous garantir qu’il n’aurait JAMAIS agi ainsi !

S’il pensait qu’il était bon d’une manière générale que la Russie se rapproche de l’Europe – c’était sa vision à long terme -, je ne pense pas du tout qu’il aurait salué cette sorte d’accord et de rapprochement spécifique de l’ensemble de l’Ukraine avec l’Union européenne. Il aurait été là-dessus plus que réservé…

L’Europe semble se soumettre aux pressions américaines et ne pas prendre en compte ses propres intérêts stratégiques…

C’est certain.

Naturellement, il y a eu des influences multiples. Quelles ont été exactement dans ces initiatives des pays européens, les responsabilités des uns et des autres et les États-Unis ont-ils vraiment été à l’origine de la chose : ça je n’en sais rien, mais ils ont eu une certaine influence sans aucun doute.

N’êtes-vous pas étonné de l’espèce de russophobie qui s’empare des médias et donc de la population ?

Oui : ceci est tout à fait inapproprié !

Encore une fois : l’Ukraine est notoirement depuis très longtemps dans la sphère d’influence de ce qui fut l’URSS et ce qui est aujourd’hui la Russie. Elle a été en plus le berceau de nombreuses personnalités Russes – Khrouchtchev en particulier, que j’ai eu l’honneur de bien connaître lorsque j’étais auprès du Général. L’Ukraine est depuis très longtemps une zone d’influence dans la périphérie de ce que l’on appelait « Empire soviétique » et ce qu’on appelle aujourd’hui la zone d’influence russe. Il est donc fâcheux d’entrer dans une sorte de contestation vigoureuse de cette zone d’influence.

N’est-il pas inconscient de rentrer dans une spirale de sanctions contre la Russie – en plus pour des choses qui ne sont même pas prouvées ?

Il est à mon avis fâcheux d’étendre le problème à l’ensemble de nos relations avec la Russie ; elles devraient être bonnes, en raison des nombreux facteurs qu’il serait trop long d’évoquer ici.

Comment avait réagi le Général de Gaulle quand l’URSS avait envahi la Tchécoslovaquie en 1968 avec des chars (cas bien plus extrême que l’Ukraine, où on ne sait même pas si la Russie a vraiment fait quelque chose…) ?

Notez que c’était très différent, la Tchécoslovaquie n’avait jamais été dans la sphère d’influence russe.

Cependant, la réaction avait été prudente, car le Général estimait que c’était une action plutôt défensive. Sa réaction a été modérée car il pensait que c’était une péripétie momentanée et que ce n‘était pas la marque d‘une volonté d’assimilation complète. Evidemment, c’était fâcheux mais ce n’était pas dramatique…

Quelle était la vision du Général sur nos relations avec la Russie et quel est notre intérêt stratégique par rapport à la Russie ?

Il souhaitait beaucoup que la Russie se rapproche de l’Europe d’une façon générale. Il pensait que la Russie était un pays largement européen malgré ce qu’on appelait autrefois dans les manuels d’Histoire « la Russie d’Asie », cette Sibérie qu’il comparait un peu au Far West américain, quelque chose qui était étranger à la vocation profonde de la Russie qui était européenne.

Il estimait que la Russie avait naturellement sa place en Europe et qu’elle devrait l’avoir pour fortifier l’ensemble et peut-être aussi servir de stimulant pour un certain nombre d’actions – et sans doute aussi qu’elle empêcherait que toute l’Europe centrale ne soit plus ou moins influencée par l’Allemagne. Elle pourrait ainsi jouer le rôle, dans une certaine mesure, de contrepoids heureux.

Selon le Général, la Russie avait une spécifié européenne depuis très longtemps ; elle participait depuis plusieurs siècles au jeu des puissances qu’on appelle aujourd’hui occidentales (au XVIIIe siècle et même avant). Son souhait était que des liens s’établissent, peut-être pas aussi étroits que ceux entre la France et l’Allemagne, mais quand même une relation réelle et privilégiée. Il avait une vision très européenne de la Russie.

Mais la Russie ne risque-t-elle pas de se tourner vers d’autres pays (Chine, Inde) et se détourner de l’Union Européenne avec notre comportement ?

La Russie a quand même depuis très longtemps le vif désir de se rapprocher de l’Europe, c’est quand même sa politique. Un éloignement diplomatique  – ou même plus – de sa part me paraît douteux – bien que non impossible.

Certes, la Russie n’a pas que l’Europe occidentale dans ses orientations politiques ; elle a beaucoup d’intérêts ailleurs : l’Extrême-Orient, les Balkans… Elle a néanmoins une vocation privilégiée à être non pas dans l’ensemble européen en tant que tel, mais tout de même dans sa proximité : cela fait partie de son Histoire. La Russie a toujours voulu jouer un rôle important en Europe – et elle l’a fait. C’est une puissance qui se veut proche de l’Europe –  non pas « l’Europe des Traités » mais « l’Europe » en général.

On peut donc s’étonner grandement que certains adhèrent à une doctrine de refoulement de la Russie plutôt que de trouver les moyens diplomatiques adéquats pour que la Russie s’affirme comme une puissance proche de l’Europe.

N’êtes-vous pas étonné de la manière dont se comporte la diplomatie occidentale ? On dirait que c’est n’est plus une diplomatie, consciente des intérêts stratégiques de chacun, mais une sorte de théocratie qui ne se base plus que sur une « pseudo-morale » – souvent cynique et à sens unique.

Oui, il y a de ça.

Prenez aussi l’exemple de la lutte contre le djihadisme, où la Russie est très active, car malheureusement très menacée dans sa partie orientale et donc obligée de faire appel à certaines mesures sérieuses de protection. Eh bien sur ce plan là-aussi, la coopération avec la Russie est indispensable – et marche bien actuellement.

Vous avez beaucoup critiqué la forme que prenait la construction européenne. Que pensez-vous de la transformation de cette structure, qui semble en l’espèce animée d’une volonté impérialiste dans sa façon de s’étendre de plus en plus loin (à l’Est, à la Turquie, maintenant l’Ukraine…) dans un cadre de plus en plus soumis aux États-Unis avec l’intégration à l’OTAN et la défense des intérêts américains au détriment de nos propres intérêts ?

Je n’ai rien à corriger sur ce que vous venez dire ; je partage totalement ces propos.

Vous attendiez-vous à cette transformation de l’Europe au fil du temps ? Il y a 30 ou 40 ans, pensait-on déjà que l’on construisait quelque chose en commun qui basculerait de plus en plus dans l’américanisme ?

Il y a toujours eu un euro-américanisme dans la construction européenne, depuis Jean Monnet. Il y a toujours eu une association étroite des États-Unis avec l’Europe : l’américanisme s’est couché dans le berceau de l’Europe, si l’on peut dire – il y a toujours eu une inspiration de ce côté-là.

C’est une chose contre laquelle le Général s’est efforcé de réagir, pour bâtir ce qu’il appelait une « Europe européenne », qui précisément dans son esprit devait aboutir – à terme et si possible – à une adhésion de la Russie. Il voulait que le centre de gravité de l’Europe se déplace vers l’Est, d’abord l’Allemagne puis la Russie si possible.

Contrairement à ce que l’on peut penser le général n’était pas « anti Européen » : il était contre une Europe américaine…

Tout à fait.

Il était très pro-Européen au sens d’une « Europe indépendante et confédérale », et non pas soumise aux États-Unis et fédéraliste à la manière de Jean Monnet.

Fermons Sciences-Po et l’ENA qui fabriquent des gens incultes, donc dangereux… Débat avec Régis Debray & Gabriel Robin

Notre diplomatie se fourvoie parce qu’elle est inculte – Fermons Sciences-Po et l’ENA, qui fabriquent des gens incultes, donc dangereux

Un débat de haut vol sur France Culture le 29/05/2014… ça change tout de suite quand on n’a pas les “experts” médiatiques classiques… Après la partie sur l’Europe, voici aujourd’hui, la partie sur l’Ukraine…

Lien : http://www.dailymotion.com/video/x1xsh7e_debat-regis-debray-gabriel-robin-sur-l-ukraine-mai-2014_webcam#from=embediframe

Marc Voinchet – […] C’était La chronique de Brice Couturier sur franceculture.fr [N.B. Totalement sans intérêt]. Qui répond, commente ? Gabriel Robin ?

Gabriel Robin – Il n’y a pas de politique étrangère commune mais j’ai longtemps cru que c’était le simple vide et que le principal inconvénient qu’on pouvait y voir, c’est que ça tendait à réduire au silence les Etats. Mais je suis obligé de constater depuis quelques mois que c’est plus grave que ça. Cette politique étrangère inexistante est capable de faire des gros dégâts. Le cas typique est évidemment celui de l’Ukraine où nous avons laissé faire l’administration de Bruxelles, la soi-disant politique étrangère de Bruxelles qui a opéré de façon autonome, sous l’œil plus ou moins distrait des Etats membres. Et dans cette affaire-là, elle a fait d’énormes dégâts.

Brice Couturier – Attendez, c’était quand même les Français, les Allemands et les Polonais qui ont été régler l’affaire à Kiev, c’est pas Catherine Ashton…

Gabriel Robin – Ils n’ont rien réglé du tout !…

Brice Couturier – enfin c’est pas Catherine Ashton qui a pris ça en charge, c’est les Français, les Allemands et les Polonais qui sont directement intéressés.

Gabriel Robin – Oui mais vous êtes déjà à un stade très avancé de l’affaire où ils viennent parce qu’il y a le feu. Mais qui avait mis le feu en premier ?

Brice Couturier – Les gens qui ne supportaient pas le régime précédent peut-être, non ? On peut leur demander leur avis.

Gabriel Robin – Ce qui a été le déclic de la crise, c’est l’accord d’association, l’accord d’association entre l’Europe et l’Ukraine. C’est parce que, et c’est très curieux et c’est typique des temps modernes…

Brice Couturier – Mais qui a demandé cet accord, les Ukrainiens ou les Français ? Enfin les Européens ? Il me semble que ce sont les Ukrainiens, non ?

Gabriel Robin – Enfin les deux, les deux visiblement puisque finalement…

Brice Couturier – Et vous savez que tous les premiers ministres ukrainiens qui se sont succédés depuis l’indépendance en 1992 ont toujours accepté cet accord et l’ont poursuivi, cet accord de négociation ?

Gabriel Robin – Sauf au moment où monsieur Ianoukovytch a dit non, donc c’est pas tout le temps !…

Brice Couturier – Voilà, quand il est rentré de Moscou où on lui avait proposé quelque argent pour dire non…

Gabriel Robin – et c’est cette décision de Ianoukovytch qui a déclenché la crise, nous sommes bien d’accord, c’est donc l’accord d’association qui est instrumental dans la crise. Et pourquoi est-ce qu’on voulait cet accord d’association ? Pourquoi est-ce qu’on l’a proposé à l’Ukraine ? Parce qu’on voulait faire pièce à la Russie ! Il y a eu, à un moment donné, la Russie a proposé à l’Europe : il faudrait qu’on regarde, nous, nous avons un projet d’union douanière, l’Europe a projet d’union douanière avec l’Ukraine, il faudrait pour que ça s’arrange, qu’on en parle. L’Europe a refusé en disant : ‘’moi je ne parle pas avec les russes, c’est mon affaire avec l’Ukraine etc…’’. Et nous avons dit aux ukrainiens : ‘’il faut choisir ! Entre votre accord avec Moscou et l’accord avec l’Europe’’.

Brice Couturier – Et ils ont choisi l’Europe visiblement.

Gabriel Robin – Et alors ils ont choisi l’Europe…c’est plus difficile à dire que ça car en réalité Ianoukovytch a finalement refusé au dernier moment, il a dit non. Donc on ne peut pas dire qu’ils ont accepté. Ce qui a accepté…

Brice Couturier – A ce moment-là, la population s’est révoltée contre lui.

Gabriel Robin – à ce moment-là, la population s’est révoltée, spontanément bien entendu mais malgré tout encouragée par l’Europe, l’Europe n’a pas été neutre dans cette affaire.

Agnès Benassy Quéré – Enfin il faut quand même dire que l’Europe a des accords d’association avec tous ses voisins et c’est une politique qui n’est pas dirigée contre la Russie, c’est une politique générale de l’Europe de faire des accords d’association. On ne peut pas dire…c’est vraiment l’Ukraine…

Brice Couturier – Avec le Maghreb ou la Turquie par exemple…

Agnès Benassy Quéré – qui a été prise au piège de la Russie. Sinon l’Europe est relativement neutre là pour le coup.

OB : je vous recommande de relire mon étude sur le rôle néfaste central de l’UE dans l’affaire ukrainienne dans ce billet..

Marc Voinchet – Gabriel Robin ?

Gabriel Robin – L’Europe n’est pas neutre du tout dans cette affaire. Il suffisait d’entendre tous les gens qui allaient à Kiev soutenir les révolutionnaires de la place Maïdan. En réalité, il y avait une pointe antirusse absolument évidente et vaguement l’espoir, qui n’était d’ailleurs pas si vague que cela et pas si vaguement dit, que la révolution se transmette également à Moscou ! Il suffit de regarder pouvoir, c’est comme ça.

Brice Couturier – Ca serait une mauvaise chose pour l’Europe que Vladimir Poutine soit remplacé par un régime démocratique ?

Gabriel Robin – Je ne me prononce pas pour le moment, savoir ce qui est bon, ce qui est pas bon, je cherche à savoir ce qui est et ce qui n’est pas ! Et ce qui est, c’est qu’il y avait un conflit ouvert entre l’Europe de Bruxelles et Moscou. C’est comme ça ! On a choisi, on a choisi cette bagarre !…

Brice Couturier – Oui, ça arrive, on peut avoir des adversaires, on peut avoir des concurrents…

Gabriel Robin – et je dis qu’on a choisi cette bagarre en dépit du bon sens. Car on a ignoré que l’Ukraine était un pays complexe, divisé, que c’était un pays qui était mal gouverné et qui va le rester pendant un certain temps et enfin c’est un pays qui n’est pas entièrement libre de ses mouvements extérieurs, qu’on le veuille ou non…

Brice Couturier – Ah bon ? Souveraineté limitée. Mais attendez, on n’est plus à l’époque du rideau fer, on n’est plus à l’époque de l’Union Soviétique…

Gabriel Robin – Mais mon cher ça existe partout !…

Brice Couturier – la souveraineté limitée c’est terminée…

Gabriel Robin – Nous avons tous des souverainetés limitées, chacun fait…

Brice Couturier – Ah non !

Gabriel Robin – Oui oui ! Chacun ne fait pas n’importe quoi !

Brice Couturier – Nous on peut voter pour ce qu’on veut, les Américains ne vont pas nous envahir le lendemain matin.

OB : Ah ah ah… Non, mais j’attends de voir le cocktail CIA + NSA + marchés financiers

Gabriel Robin – Oui mais l’Ukraine a choisi d’être antirusse…

Brice Couturier – Mais c’est son choix !

Gabriel Robin – Non, c’est son choix, non mais c’est un choix ! Mais bien entendu ! C’est comme si l’Allemagne choisissait d’être antifrançaise, ça serait son choix, ça serait très bien, oui ! En réalité les choses ne se passent pas comme ça et par conséquent, il a fallu un moment donné que les pays européens essaient de mettre le holà à cette affaire. Enfin c’est-à-dire la France, l’Allemagne et…

Brice Couturier – La Pologne…

Gabriel Robin – et la Pologne. Ils sont allés à Kiev, ils ont négocié difficilement un accord, avec Ianoukovytch, et ils n’ont pas plus tôt signé cet accord qu’il a été désavoué par la rue, parce que c’est la rue quand même. Il a été désavoué…

Brice Couturier – Comme en 1789 ?

Gabriel Robin – Oui c’est ça, c’est ça…

Brice Couturier – Nous les français, on a une vielle tradition de soutien aux révolutions démocratiques…

OB : c’est clair ! Indochine, Maroc, Algérie etc.

Gabriel Robin – mais aujourd’hui c’est à peu près la première fois que dans un pays où il y a des élections, il y avait des élections en Ukraine et il avait élu régulièrement le Monsieur Ianoukovytch qu’on trouve si mal, l’Europe avait négocié avec lui pendant des années, ce Monsieur qu’on trouve si tyrannique et…

Marc Voinchet – Mais comme la France a toujours négocié avec des tyrans : Ben Ali, Moubarak…

OB : Ianoukovytch un tyran ?????

Brice Couturier – Avec les tyrans égyptiens et tunisiens pareil…

Marc Voinchet – c’est une vielle tradition française…

Brice Couturier – libyens même !

Gabriel Robin – Oui mais je ne dis pas le contraire. Mais ce qui m’étonne, ce n’est pas qu’on ait négocié avec un tyran, on fait ça tout le temps. Ce qui est nouveau, c’est qu’ayant négocié avec un Monsieur, dès qu’il refuse de signer on dit : ‘’c’est un tyran’’. C’est à partir de ce moment-là seulement qu’on a découvert qu’il était un tyran…

Brice Couturier – Parce qu’il avait été acheté par Poutine qui lui a donné une fortune comme on le sait maintenant, c’est un des hommes les plus riches du coin…

Gabriel Robin – c’est ce que vous appelez acheter ?

Brice Couturier – oui c’est comme ça que Poutine procède vous savez bien…

Gabriel Robin – quand on donne une subvention, vous achetez les pays africains aussi ? Quand vous leur donnez de l’aide ? Qu’est-ce que ça veut dire ça ?

Brice Couturier – Non mais quand on donne de l’argent directement à un chef d’état pour qu’il renonce à une signature qu’il a donné pour qu’il négocie avec quelqu’un d’autre, ça rebute sa population…

O.B. : sérieusement ? Poutine aurait payé Ianoukovytch ? Il a une preuve M. Couturier ou il l’a juste rêvé très fort ? Ou alors Caroline Fourest lui a dit ?

Gabriel Robin – Mais bientôt nous allons demander aux Russes d’aider l’Ukraine…

Marc Voinchet – Alors attendez, est-ce qu’à ce stade-là, le débat qui est entre vous Gabriel Robin et Brice Couturier, est-ce qu’il n’est pas du fait que vous déplorez peut-être vous, de votre côté Gabriel Robin – et qui sait ? Je ne sais, Régis Debray ?- l’idée qu’il y ait eu, au fond, des définitions de ce qui s’est passé en Ukraine peut-être un peu angéliques et caricaturales où le bon aurait été représenté par Kiev et l’ouest de l’Ukraine et où le mauvais aurait été représenté par soit l’est et éventuellement la Russie avec l’affaire de Crimée ? Et sortie dans la livraison du mois de mai du Débat, un article fort intéressant d’Olha Ostriitchouk, qui est chercheuse postdoctorale à l’université d’Ottawa, et qui fait un très long article et je ne pourrai pas le citer intégralement bien sûr, sur les dessous de la révolution ukrainienne : D’une contestation civique à une guerre identitaire. Et au fond de rappeler que les régions de l’ouest et Kiev ont été surreprésentées au moment de la nomination du nouveau gouvernement approuvé par Maïdan et que la presse a un peu oublié qu’entre temps, ce nouveau gouvernement là et le mouvement initial de Maïdan n’était plus celui représenté aujourd’hui au pouvoir en Ukraine et qu’il n’est pas forcément nécessairement plus progressiste que le camp est et celui représenté par Vladimir Poutine. Est-ce que c’est l’idée qu’on ait au fond peut-être un peu caricaturé la situation qui vous fait vouloir la démentir ou qui vous met en colère, par exemple Régis Debray ? Ou qui vous fait douter de l’action du coup diplomatique européenne et française ?

Régis Debray – Ecoutez, on n’est pas caricaturaux, on est amnésiques. On oublie qu’il y a l’Histoire derrière l’actualité et nous sommes devenus je dirais, des néoconservateurs retardataires puisque l’Amérique du Nord ne l’est plus mais nous, nous voulons en découdre avec le mal. Moi je regrette que Saint Augustin n’ait pas gagné la bataille contre le manichéisme finalement parce que nous, nous sommes le bien et eux c’est le mal, c’est toujours ça, le mal. Alors à force de ne pas prendre l’Histoire, on fait des bourdes. L’histoire de l’Ukraine pour la comprendre :

-1054, le schisme orthodoxe.

– deuxième élément clé : 1204, le saccage de Constantinople par les latins.

– troisième élément clé : Moscou, c’est la troisième Rome, encore faudrait-il savoir ce que ç’a été que la deuxième Rome, c’est Byzance.

Mais on n’étudie absolument pas Byzance en France. Byzance lutte sur deux fronts : contre l’Islam et contre les occidentaux, ce que fait monsieur Poutine aujourd’hui quoiqu’il en soit.

Je constate que notre diplomatie se fourvoie parce qu’elle est inculte, c’est-à-dire qu’elle n’a aucune idée de l’histoire des civilisations et des religions. Faut-il fermer Sciences Po et l’ENA ? Moi je crois que ce serait bien parce que c’est tout de même une fabrique de gens incultes, dangereux donc à ce titre, on pourrait peut-être simplement réformer. Mais ce que je veux dire, moi il y a une chose qui me frappe, c’est que dans la grande lutte du bien et du mal qu’on appelle la lutte des néoconservateurs et qui est arrivée en France depuis une dizaine d’années, on oublie une chose fondamentale qui est la notion d’intérêt national. Au moment où dans le monde entier, que ce soit en Allemagne, en Amérique, en Inde et en Chine, la première chose dont un diplomate parle c’est : ‘’quel est mon intérêt national ?’’, en France le mot est absolument banni ! Au bénéfice d’un moralisme un peu flou, à la tête du client parce que chacun sait que le moralisme n’a pas un standard unique, qui nous empêche comme disait Gabriel Robin de voir le monde tel qu’il est ; or la diplomatie, cela a à voir avec les réalités. Mais les réalités, on ne veut pas les voir, elles sont comme je l’ai dit historiques, culturelles et je crains…

Marc Voinchet – Mais enfin attendez Régis Debray, les moments de la révolte ou de la révolution de la place Maïdan, c’est quand même aussi une réalité à prendre en compte, un peuple qui décide de descendre dans la rue et de…

OB : ils sont formidables sur France Culture. Des centaines de milliers de personnes dans la rue, soit 1 % de la population, cela devient “Les Ukrainiens” et “Le peuple”. Quand ils manifestent à l’Est, ce sont des rebelles, des séparatistes…

Régis Debray – Bien entendu…

Marc Voinchet – dénoncer une oligarchie qui se sert de…

Régis Debray – bien entendu mais au moment où on prend en compte cette réalité, c’est-à-dire c’est où elle envahit nos écrans et nos éditoriaux, on oublie qu’il y a une ligne Riga-Split qui coupe l’Europe en deux, d’un côté vous avez les orthodoxes uniates depuis… d’un côté vous avez les orthodoxes uniates c’est-à-dire l’espace disons polono-luthérien à l’ouest de l’Ukraine et on oublie complètement qu’il y a aussi un espace orthodoxe à l’est de la ligne Riga-Split qui fend l’Europe en deux et qui explique beaucoup de choses…

Brice Couturier – Donc vous ne voulez pas de la Bulgarie et de la Roumanie dans l’Union Européenne alors puisqu’elles sont précisément de ce côté de l’orthodoxie que vous…dont vous nous dites qu’il doit revenir absolument à la Russie ?

Régis Debray – Mais je n’ai pas dit cela ! Je dis simplement que la carte des cultures ne correspond pas mécaniquement à la carte politique, la carte politique est récente, la carte des cultures est archaïque et au moment des grandes crises on voit les archaïsmes revenir. Alors c’est vrai il y a l’OTAN, l’Union Européenne etc… mais il y a aussi des mémoires collectives, il y a aussi des plaques tectoniques. Excusez-moi, on les voit resurgir très nettement, au moment de la Yougoslavie c’était très net. Donc il faut tenir compte de, je dirais, du relief temporel et ne pas voir les choses à plat dans l’actualité…

Marc Voinchet – Est-ce que ça veut dire…

Régis Debray – Il vaudrait mieux d’ailleurs ne pas lire les journaux du tout…

Marc Voinchet – Est-ce qu’en tenir compte cela veut dire, Régis Debray et Gabriel Robin, qu’il faut s’abstenir de toute volonté d’intervention, de tout commentaire ?

Régis Debray – Non ! Mais absolument pas ! Il faut prendre des positions qui ne soient pas des postures ! C’est-à-dire qui n’aient pas pour objectif d’être le bon élève de la classe occidentale et d’avoir de bons articles dans Libération, Le Monde et le Figaro, voilà ! Il faut avoir des positions claires et quand on manie le bâton, avoir un bâton entre les mains au lieu d’avoir une armée de plus en plus squelettique !

Brice Couturier – Et la solidarité ?…

Régis Debray – … Car quand vous agitez le bâton et que vous ne l’appliquez pas, vous vous discréditez tout simplement…

Brice Couturier – Et la solidarité ?…

Régis Debray – donc je note un discrédit croissant de la France dans le monde qui est de plus en plus…

Marc Voinchet – Parce que quoi, Gabriel Robin ? Parce qu’on parle mais qu’on ne fait pas grand-chose finalement ?

Gabriel Robin – Mais quand on s’engage dans une bagarre politique sur le plan international, il faut quand même essayer de mettre dans son jeu les cartes nécessaires pour gagner ! Sinon c’est pas la peine ! Actuellement qu’est-ce qu’on a fait ? Qu’est-ce qu’a fait l’Europe ? Elle a fait le jeu de Poutine…

Brice Couturier – En quoi ?

Gabriel Robin – Elle a permis à Poutine de récupérer la Crimée et elle a permis à Poutine de montrer qu’on ne gouverne pas l’Ukraine sans elle. Si vous n’avez pas compris cette démonstration…

Marc Voinchet – On a laissé faire vous voulez dire ?

Gabriel Robin – C’est pas qu’on a laissé faire ! C’est pas qu’on a laissé faire, on a provoqué. On a cru qu’on était les plus forts et on a cru qu’à la moindre sanction Poutine se dégonflerait comme une baudruche…

Brice Couturier – Attendons la fin, vous avez vu ? L’économie russe est en très mauvais état depuis les sanctions…

OB : hein ? Les sanctions personnelles contre les 15 Russes ?

Gabriel Robin – Mais attendons la fin ! Attendez la fin très tranquillement !

Marc Voinchet – Laissez finir Gabriel Robin une seconde.

Gabriel Robin – Mais enfin pour le moment c’est lui ! Et il a toutes les cartes en main. C’est comme ça, il a toutes les cartes en main. La Crimée ? Elle est russe ! Elle est russe, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? La Crimée est russe et il y a une grande différence. On demande toujours ce que va faire Poutine, mais c’est très simple ce que va faire Poutine. Il est clair qu’il fait une grande différence entre la Crimée et le reste, la Crimée il estime que c’est définitif et il ne reviendra pas là-dessus à mon avis. Enfin nous verrons bien si avec vos sanctions vous irez plus loin que ça.

Brice Couturier – Tout ce qui est à moi est à moi, tout ce qui est à vous est négociable, c’est ça ? Comme au temps de l’Union Soviétique.

Gabriel Robin – Non ce n’est pas ça ! Evidemment on peut caricaturer comme ça, ça ne mène nulle part.

Régis Debray – Non mais écoutez, mon cher Brice Couturier, vous poussez la russophobie un peu loin. Je voudrais signaler ce fait que nous avions beaucoup plus de rapports avec la Russie dans l’ère soviétique que nous n’en avons aujourd’hui. La coopération culturelle et technique, les visites de nos ministres des affaires étrangères à Moscou ont été constantes, que ce soit sous Staline bien entendu mais sous Brejnev aussi. Aujourd’hui on ne peut plus parler avec Poutine. Je regrette que les Allemands et les Français, après avoir été à Kiev, n’aient pas fait un petit saut à Moscou pour voir qu’est-ce que l’autre partie pensait. On se coupe de contacts essentiels pour des raisons…

Marc Voinchet – C’est ce qu’Hubert Védrine rappelle ici souvent ici le vendredi en nous disant qu’il faut toujours parler avec ses ennemis ou ses adversaires au lieu de leur tourner le dos…

Régis Debray – Par définition ! Si on ne peut plus parler qu’avec les gens de notre bord, on ne va pas aller très loin ! Alors fermons le quai d’Orsay une fois pour toute !

Agnès Benassy Quéré – Il est invité, il est invité Vladimir Poutine…

Brice Couturier – Il est invité à l’anniversaire du Débarquement je crois…

Marc Voinchet – Pas en même temps peut-être !

Régis Debray – On peut aussi fermer le quai d’Orsay après tout.

Marc Voinchet – Agnès Benassy Quéré ?

Agnès Benassy Quéré – Je voulais juste rappeler qu’il était invité très bientôt…

Brice Couturier – Aux cérémonies du débarquement oui…

Marc Voinchet – Il sera là.

Agnès Benassy Quéré – Donc je ne crois pas que ce soit coupé.

Régis Debray – C’est la moindre des choses tout de même !

Brice Couturier – Il y avait des soldats russes au Débarquement ? En Normandie ?

O.B. : Je suis vraiment pour la liberté d’expression, mais enfin, il relève aussi de la responsabilité d’une radio de limiter le temps d’antenne aux crétins remplis de haine…

Gabriel Robin – Mais enfin écoutez, sans Stalingrad et le reste…il faut quand même être sérieux !

Régis Debray – Attendez ! Je crois me souvenir qu’il y a eu vingt millions de morts en Union Soviétique et que c’est l’Armée Rouge qui a brisé la colonne vertébrale de la Wehrmacht ! Je crois me souvenir mais avant cela se disait, cela ne se dit plus. Excusez-moi c’est un fait !

Marc Voinchet – Gabriel Robin, pour essayer de comprendre ce que vous appelez au fond, ce qui serait quoi, une panne de la diplomatie française ?

Gabriel Robin – Non ce n’est pas une panne…

Marc Voinchet – C’est un manque d’idée ?…

Gabriel Robin – Non, c’est un excès. Le point de départ, il y a la politique de voisinage qui est menée par la superstructure européenne de Bruxelles. Elle a concerné la Géorgie avec le succès qu’on a vu et elle a exactement le même effet en Ukraine. Pour quel intérêt proprement européen ? Est-ce l’Europe a intérêt à étendre sa zone d’union douanière jusqu’en Géorgie ou jusqu’en Ukraine ? Moi je n’en suis pas persuadé, en tout cas je ne crois pas cela valle une guerre et d’ailleurs on ne la fera pas ! Par conséquent il faut savoir ce qu’on veut ! On ne peut pas à la fois vouloir aller gratter un peu la queue de l’ours et puis s’imaginer que l’ours de réagira pas. Jusque-là, la Crimée était restée ukrainienne, elle aurait pu le rester assez longtemps à condition que l’Ukraine se tienne tranquille, qu’elle fasse comme la Finlande a fait pendant longtemps à l’ombre de Moscou. Mais si elle veut jouer au petit soldat et bien elle va trouver un plus grand soldat qu’elle et puis c’est tout ! Alors on peut trouver que c’est malheureux, que c’est triste pour les grands principes etc…

Régis Debray – Que c’est immoral surtout…

Gabriel Robin – Que c’est immoral mais enfin c’est comme ça, c’est le résultat.

Marc Voinchet – Est-ce qu’au fond l’idée c’est de dire que le destin des Ukrainiens et du peuple ukrainien n’appartient qu’à lui et à lui-seul et qu’on y est pour rien dans cette histoire ?

Gabriel Robin – Non, on peut aider, on doit aider…

Marc Voinchet – C’est un peu…je me fais le porte-parole, je cite l’article tout bonnement d’Olha Ostriitchouk dans le débat sur les dessous de la révolution ukrainienne qui dit : ‘’Beaucoup de questions sans réponses, aujourd’hui l’administration postrévolutionnaire est très sélective, elle préserve les partis soigneusement au pouvoir et les oligarques qui ont rapidement déclaré à nouveau leur loyauté au pouvoir. Les intimidations dont sont victimes tous ceux qui n’adhèrent pas aux valeurs nationalistes sont une nouvelle façon de prôner la liberté d’expression.’’, dit-elle ironiquement, ‘’Les censures imposées aux médias accusés de velléités séparatistes suivies du blocage des chaines russes ne produiront-elles pas un effet inverse ? Bref, autant de questions sans réponses. La vérité…’’, dit Olha Ostriitchouk dans le Débat, ‘’c’est qu’au fond, le grand perdant de cette crise c’est le peuple ukrainien lui-même dans toute sa diversité, manipulé, trompé par ceux qui le dirigent sans le représenter vraiment, dévorés par leurs ambitions politiques et ayant une mémoire courte de leur promesses. Le défi de l’avenir ukrainien c’est d’abord un défi interne.’’

Régis Debray – Elle a tout à fait raison. Cessons de d’idéaliser nos amis et de diaboliser nos adversaires, enfin les amis et les adversaires du moment. Il est évident qu’il faut laisser les Ukrainiens régler leurs affaires, on peut les aider…

Brice Couturier – Ils viennent de voter. Est-ce que vous reconnaissez le vote qui vient d’avoir lieu dimanche dernier ?

Régis Debray – il y a une…

Marc Voinchet – Ils viennent de voter cela dit pour un oligarque qui ressemble comme deux gouttes d’eau à l’ancien.

Brice Couturier – Oui mais enfin ils ont voté.

Gabriel Robin – Oui mais ils avaient voté pour Ianoukovytch aussi.

Régis Debray – Oui, on remplace un oligarque par un autre, bon très bien ! Et puis il y a des conjonctures…

Marc Voinchet – Cela dit c’est le roi du chocolat, c’est déjà un bon point…

Régis Debray – Mais écoutez, il y a une seule phrase de Mao Zedong qui mérite référence parce qu’elle est fondamentale : ‘’La cause externe ne peut agir que par l’intermédiaire de la cause interne’’. C’est ce que les néoconservateurs américains et aujourd’hui français ne peuvent pas comprendre. On ne peut pas faire le bonheur des peuples malgré eux et on ne peut pas parachuter la démocratie avec des missiles. Cessons d’intervenir partout…

Brice Couturier – Ce n’est pas ce que nous faisons franchement !

Régis Debray – Cessons d’intervenir partout, cessons la guerre en Afghanistan, on a vu ce que ça a donné, la guerre en Irak, on a vu ce que ça a donné, la guerre en Libye, on voit ce que ça donne, attendons ce qui va se passer au Mali mais cessons de nous croire les maîtres du monde. Nous ne sommes pas les maîtres du monde et nous devons au moins respecter l’identité des autres au lieu de leur imposer la nôtre. Essayons un peu d’être à l’écoute, essayons un peu de développer une carte du monde, essayons surtout de la mettre en relief, tout ça n’est pas né il y a dix ans, n’est pas né à la révolution d’octobre, tout ça remonte à deux mille ans : opposition des Carolingiens et des Byzantins. Je m’excuse, c’est sur cette ligne qu’on se bat encore.

Marc Voinchet – Agnès Benassy Quéré je vous vois bouillir Agnès et ne pas intervenir bon sang de bois !

Régis Debray – Mais parce que vous êtes des militants, c’est très bien d’être des militants mais essayez de…

Marc Voinchet – Parce que vous n’êtes pas un militant vous peut-être Régis Debray ?…

Brice Couturier – Vous l’avez été ! Vous l’avez été à l’époque où vous étiez solidaire des peuples opprimés !…

Régis Debray – Je ne le suis plus !…

Brice Couturier – Vous étiez solidaire des peuples opprimés !…

Régis Debray – J’essaie de voir le monde tel qu’il est…

Marc Voinchet – Vous l’avez été et vous ne l’êtes plus vous dites ?

Régis Debray – Je ne suis plus militant d’une cause, la seule cause qui m’importe c’est la cause des peuples, si vous voulez mais je veux d’abord savoir qui ils sont, d’où ils viennent, quelle langue ils parlent… Vous avez mentionné la Lettre Internationale, formidable ! Son directeur actuel est un ami, j’y écris avec bonheur. Problème ? Vous avez parlé de spiritualité commune. Problème de l’Europe ? Quelle est la langue commune ? C’est ça le problème. Ah ?! C’est un point clé ?! La langue c’est la traduction…

Brice Couturier – Les Suisses non plus n’en ont pas mais ils ont une forte identité, vous avez vu ?

Régis Debray – D’accord ! Et donc je regrette qu’il n’y ait plus de… Mais il faut bien voir que si l’Europe parle anglais, elle n’est plus vraiment européenne, voilà.

Marc Voinchet – Un dernier mot, excusez-moi mais on arrive au bout Agnès Benassy Quéré.

Agnès Benassy Quéré – Moi je ne vois pas l’Union Européenne comme ça, l’Union Européenne justement n’a pas de pouvoir, n’a pas de volonté expansionniste. Au contraire, elle répond à des demandes, l’Ukraine a demandé un accord d’association parce que l’Ukraine ne peut pas rentrer dans l’Union Européenne et on fait la même chose avec la Turquie, on fait la même chose avec plein d’autres pays. Et quand on va au Mali, c’est quand même plutôt sur demande que par volonté d’imposer quoi que ce soit et donc je ne rentre pas vraiment dans cette logique-là, que vous décrivez.

OB : non, on est passé de 6 pays à 28 + négociations avec la Turquie + Ukraine en vue, MAIS QUI pourrait y voir un expansionnisme ?

Marc Voinchet – Alors pour terminer, le dernier mot Gabriel Robin et Régis Debray, Gabriel Robin ?

Gabriel Robin – Mais cet échec de l’Europe en Ukraine en dit long sur ce que c’est que l’Europe. L’Europe c’est une énorme baudruche, bien gonflée, bien brillante et qui se dit : ‘’Moi je vais apporter les bienfaits de la civilisation à tout mon entourage, je vais aider, je vais gouverner, je vais pacifier etc…’’, et qui croit qu’elle peut tout faire. Et puis quand elle tombe sur un bec, elle s’aperçoit qu’elle est impuissante. C’est une espèce de mélange de puissance et d’impuissance qui est ultra dangereux, c’est un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Marc Voinchet – Régis Debray, deux petits mots ?

Régis Debray – C’est vrai que mettre cinq mois pour décider d’envoyer mille hommes au Mali n’est pas vraiment la preuve d’un acteur de l’Histoire mais de quelque chose qui est en train de sortir de l’Histoire doucement. Peut-être y rentrera-t-elle un jour mais il faut d’abord se défaire de l’Union Européenne telle qu’elle est.

De qui la Crimée est-elle le pays ? par Sergeï Khrouchtchev* – Le 04 juin 2014 – Site voltaire.net

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Sergeï Khrouchtchev est directeur de recherche à l’Institut d’études internationales Watson à l’université Brown et conseiller auprès du musée de la Guerre froide. Il est le fils de l’ex-Premier ministre Nikita Khrouchtchev.

* * * * *

Selon Sergueï Khrouchtchev, la Crimée n’a jamais fait partie de l’Ukraine pour des raisons autres que bureaucratiques. En réalité cette terre est russe depuis des siècles, et Washington a tort d’en faire une telle pomme de discorde contre Moscou.

Le 16 mars 2014, le référendum de Crimée s’est déroulé sans le moindre combat ni affrontement, sur lesquels Kiev et Washington comptaient pourtant pour discréditer ce processus électoral.

En conséquence, le référendum eut lieu sans incident notable : 83 % de la population votèrent. Et sur ce nombre, 96,7 % — Russes, Ukrainiens et même quelques Tatars — se prononcèrent pour la sécession de la Crimée et pour son annexion par la Russie. Le scrutin fut surveillé par 135 représentants de 23 pays ainsi que par 240 observateurs de la société civile et des partis politiques de Crimée.

Tous confirmèrent à l’unanimité n’avoir remarqué aucune irrégularité notable ; ils confirmèrent également que toute la population avait pu voter librement, sans subir la moindre pression.

Pendant toute la nuit, sur les places de Simferopol, la capitale criméenne, et ailleurs en Crimée, les gens se sont réjouis, ont ri, se sont embrassés, ont dansé, ont tiré des feux d’artifice. À Kiev, tout le monde faisait grise mine.

Et à Washington, les cerveaux de l’administration Obama se demandaient fébrilement ce qu’ils allaient bien pouvoir trouver d’autre pour donner du fil à retordre à ces Criméens récalcitrants. Compte tenu de leur expérience en la matière, il leur viendra forcément une idée. Après tout, cela fait longtemps que les Irakiens, les Iraniens, les Syriens, les Libyens et les Libanais ont cessé de faire la fête.

 

Liens illusoires

Ce que les Criméens désiraient par-dessus tout, c’était briser les liens illusoires qui les attachaient à l’Ukraine. Entre l’Ukraine et la Crimée, en effet, le divorce est houleux : ces vingt dernières années ont été marquées par une tension continuelle, culminant par un scandale qui a progressivement impliqué plusieurs autres pays. Certains prirent le parti de l’Ukraine et d’autres non. Qui a tort, qui a raison ? Il est difficile de trancher.

Il n’en demeure pas moins qu’à cause de ce scandale, la Crimée et l’Ukraine sont devenus des sujets de conversation courante. Et pourtant, bien peu connaissent l’historique de cette situation.

C’est pourquoi je commencerai par évoquer l’histoire. La Crimée est une presqu’île sur la côte nord de la mer Noire, reliée au continent européen par un isthme étroit. Il y a 2 500 ans, les Grecs y établirent une colonie qui incluait la partie occidentale de la péninsule, où ils fondèrent le port de Chersonèse, l’actuelle Sébastopol.

Rappelez-vous ce nom : nous y reviendrons. Plus tard, les Romains succédèrent aux Grecs, et après eux la péninsule resta inhabitée pendant quelque temps.

Durant cette période de désertion, en 854, les Vikings établirent un comptoir sur les rives du Dniepr, fleuve qui traverse le continent européen du nord au sud. Il était en effet plus facile pour eux d’emprunter ce fleuve pour atteindre Byzance et ses richesses que de contourner l’Europe sur des mers capricieuses.

Peu à peu, ils soumirent les tribus locales, et c’est ainsi que naquit l’ancien royaume de la Russie kievienne. Ce royaume s’étendit progressivement jusqu’à atteindre la Crimée. Mais tout s’effondra d’un seul coup en 1240, lors de la prise de Kiev par les Mongols, qui laissèrent la cité en ruine. Elle le resta pendant de nombreuses années.

Tandis que les rives du Dniepr restaient orphelines, les Génois s’installaient en Crimée. Un siècle plus tard, Kiev, récemment reconstruite, tomba sous l’autorité d’une puissance émergente, la République des Deux Nations, née de l’union du royaume de Pologne et du grand-duché de Lituanie. Durant cette période, qui s’étendit jusqu’au XVe siècle, apparut au nord-est l’État de Moscou, qui intégrait les vestiges de l’Empire mongol.

Les Tatars envahirent la Crimée en 1428, en chassèrent les Génois et s’y installèrent définitivement. Mais qui sont donc ces Tatars ? Ils constituent l’un des héritages de l’expansion mongole. Genghis Khan, qui souhaitait préserver les soldats mongols de son armée, envoyait sur les lignes de front des hommes choisis parmi les peuples conquis.

Or les Tatars figuraient parmi les premiers de ces peuples soumis par Gengis Khan. Depuis cette conquête, il les faisait batailler tout autour du monde. Après l’éclatement de son empire, certains Tatars retournèrent dans leur patrie, tandis que les autres s’installaient où ils se trouvaient : par exemple au bord de la Volga — ce sont les Tatars d’Astrakhan et de Kazan — et à Crimée.

Les Tatars de Crimée étaient de proches alliés de l’Empire ottoman ; en tant que tels, ils combattirent la Russie et la Pologne, qui à cette époque contrôlaient le territoire correspondant à l’Ukraine d’aujourd’hui.

Entre-temps, des serfs russes et polonais en fuite s’étaient installés sur l’île de Hortitsa, sur le Dniepr, et s’étaient donné le nom de Cosaques. Vivant de pillages, ils attaquaient tantôt les Tatars, tantôt les Polonais. Avec le temps, leur puissance ne fit qu’augmenter, et les Cosaques devinrent une force très organisée, en conflit constant avec la Pologne.

 

Deux Ukraines ?

Dans le deuxième quart du XVIIe siècle, les Cosaques, sous le commandement de Bogdan Khmelnytsky, attaquèrent une nouvelle fois la Pologne, mais ils furent vaincus. Khmelnytsky réussit à sortir de l’impasse en signant avec le tsar russe, en 1654, un traité qui mettait l’est de l’Ukraine sous la protection de Moscou.

La partie occidentale de l’Ukraine resta aux Polonais, passa ensuite sous l’autorité de l’Empire austro-hongrois, puis fut de nouveau récupérée par la Pologne. En conséquence, les Ukrainiens se trouvèrent divisés entre deux branches : celle de l’Est et celle de l’Ouest.

Indépendant de la Russie mais non de l’Empire ottoman, le khanat de Crimée exista jusqu’en 1783, année où il fut conquis par l’armée de l’impératrice Catherine II de Russie, qui établit un port à l’emplacement de l’antique Chersonèse pour y accueillir sa flotte russe de la mer Noire. Ce nouveau port reçut le nom de Sébastopol. Dès lors, l’Ukraine et la Crimée firent partie de l’Empire russe unifié. La Crimée, avec son climat doux et ses plages de galets, devint une destination de prédilection pour tous les Russes, qu’ils fussent tsars, aristocrates ou même simples sujets, pourvu qu’ils en eussent les moyens.

Tout cela continua jusqu’à la Première Guerre mondiale, plus précisément jusqu’en 1917, lorsque la Révolution russe détruisit le régime tsariste et abolit ses lois. Une époque, aussi, où tout semblait possible. Les régions de la périphérie en profitèrent, et l’Ukraine n’y fit pas exception : elle déclara son indépendance.

Sur la carte de l’Europe, il y avait en fait deux Ukraines : une Ukraine orientale avec Kiev pour capitale et une Ukraine occidentale qui était le territoire reconquis sur l’Empire austro-hongrois pendant la guerre. Mais tout changea en mars 1918, lorsque les bolcheviques signèrent avec l’Allemagne un traité par lequel ils lui concédaient l’Ukraine.

Comme il est impossible d’occuper un territoire sans frontières, les généraux allemands dessinèrent les limites de l’Ukraine selon leur propre conception, et ils y inclurent la Crimée. Ils y firent entrer leur armée, étouffèrent dans l’œuf l’indépendance de l’Ukraine et se préparèrent à y rester un bon bout de temps.

Cependant, en 1918, l’Allemagne fut défaite par l’Entente cordiale et son armée fut forcée de quitter l’Ukraine. L’Ukraine devint alors une république soviétique et participa à l’édification de l’Union, mais sans la Crimée, qui s’était intégrée à la République socialiste fédérative soviétique de Russie.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’Ukraine récupéra les régions occidentales et acquit les frontières que nous lui connaissons aujourd’hui. Sur le fleuve Dniepr, l’une après l’autre, des centrales hydroélectriques furent construites. En 1950, ces installations atteignirent le cours inférieur du fleuve. Il fut alors décidé que l’eau du barrage de la centrale hydroélectrique de Kakhovka ne servirait pas tant à produire de l’électricité qu’à irriguer les terres arides de l’Ukraine méridionale et de la Crimée.

À la fin de 1953, lors de la préparation du plan quinquennal de 1955 à 1960, ce système prévoyait deux canaux d’irrigation : le canal d’Ukraine du Sud et le canal de Crimée du Nord. Le premier devait traverser tout le territoire ukrainien, tandis que le second partait de l’Ukraine pour se terminer en Crimée, c’est-à-dire en République fédérale socialiste de Russie. Les planificateurs estimèrent que dans ces circonstances, l’autorité sur la construction devait être partagée en deux, ce qui risquait de compliquer et de ralentir le processus. Ils proposèrent donc au gouvernement la solution suivante : étant donné que le canal traversait le territoire ukrainien sur sa plus grande longueur, la partie restante, ainsi que le reste de la péninsule de Crimée, passerait de l’autorité de Moscou à celle de Kiev.

Mon père, Nikita Khrouchtchev, alors dirigeant de l’Union soviétique, approuva cet argument, d’autant plus aisément qu’une commémoration historique se profilait à l’horizon de février 1954 : le tricentenaire du rattachement de l’Ukraine à la Russie. Le Haut Conseil de la République fédérale de Russie décida donc de faire passer la Crimée sous autorité ukrainienne. Ainsi, la péninsule passa sous la juridiction de Kiev, mais cette passation n’était que formelle. En réalité, la Crimée continuait d’appartenir à l’Union soviétique et restait comme avant la destination de vacances des Russes.

 

La fin de l’Union soviétique ?

Comment se termina tout cela ? À la fin de 1991, une atmosphère de révolution planait en Union soviétique. Les républiques soviétiques, y compris l’Ukraine, commençaient à parler d’indépendance. Elles ne se contentaient d’ailleurs pas d’en parler : elles passèrent à l’acte, fût-ce en dépit de la Constitution. Les présidents de trois républiques soviétiques se réunirent un jour dans la forêt de Bialowieza : Boris Eltsine (Russie), Leonid Kravtchouk (Ukraine) et Stanislaw Chouchkievitch (Biélorussie). Tous trois s’accordaient sur le fait que le président de l’Union soviétique alors en exercice, Mikhaïl Gorbatchev, leur tapait sur les nerfs. Ils décidèrent de se débarrasser de lui et de l’Union soviétique en même temps.

Avant de signer le document, ils se mirent à table pour déjeuner. Mais, ainsi que Leonid Kravtchouk le confia dans une interview, il restait une incertitude : que faire de la Crimée ? Officiellement, elle faisait partie de l’Ukraine, mais en réalité… Il entreprit de poser la question à Eltsine, mais à ce moment précis ce dernier n’était pas d’humeur à s’occuper du problème. Il n’avait qu’une chose en tête : chasser Gorbatchev du Kremlin. Il était là, assis, avalant verre sur verre, devant le pauvre Kravtchouk qui remettait sans cesse la Crimée sur le tapis. Eltsine lui fit signe de s’en aller. Kravtchouk n’insista plus et partit, la Crimée sous le bras : la péninsule devint une région autonome au sein de l’Ukraine indépendante. Cependant, elle ne fit jamais complètement partie de l’Ukraine et se sentit toujours marginalisée dans ce nouvel État.

Tout cela aurait pu continuer indéfiniment, mais c’était sans compter sans la révolte dite « de Maïdan ». À la fin de 2013, les Ukrainiens de l’Ouest, mécontents du président Viktor Yanoukovitch, se rassemblèrent à Kiev sur la place Maïdan et renversèrent l’autorité abhorrée des Ukrainiens de l’Est. Le président parvint à s’échapper tandis que les insurgés, faisant fi de la Constitution, prirent le pouvoir. La Crimée se hâta de profiter des événements : en effet, puisqu’un coup d’État anticonstitutionnel pouvait avoir lieu à Kiev, pourquoi ne pas faire la même chose en Crimée ? Ils annoncèrent donc un référendum sur leur sécession de l’Ukraine.

Constitutionnellement, une telle action est illégale, mais selon la même constitution, le gouvernement actuel de Kiev est tout aussi illégal. Cela n’a pas empêché tout le monde de le reconnaître, jusqu’au président des États-Unis. Alors pourquoi les Criméens auraient-ils moins le droit d’en faire autant ? Ce référendum de Crimée, en vérité, n’a pas moins valeur d’autorité que le gouvernement de Kiev.

La Crimée n’est pas, et de loin, la première entité à conquérir ainsi son indépendance, et n’est certainement pas la dernière. Par le passé, les États-Unis se sont affranchis de l’Empire britannique, et le Kosovo, plus récemment, s’est séparé de la Serbie. En vérité, c’est ainsi que de nombreuses nations sont devenues indépendantes, de l’Abkhazie à l’Algérie en passant par le Haut-Karabakh, le Timor-Oriental, l’Ossétie du Sud, la Tchécoslovaquie — qui s’est divisée en République tchèque et en République slovaque —, et peut-être bientôt l’Écosse (qui se prononcera bientôt par référendum sur son indépendance).

Et en 1991, c’est contre la Constitution soviétique que l’Ukraine a acquis son indépendance. La liste ne cesse de s’allonger, c’est un processus naturel du développement dynamique du monde : quand les uns déclarent leur indépendance, les autres en perdent leurs colonies et les régions qu’ils ont soumises. C’est un processus douloureux, mais à la longue nous nous y sommes habitués. Cependant, lorsque le scandale international de la Crimée a éclaté, il a entraîné dans son tourbillon des pays qui, jusqu’en 2014, ignoraient pratiquement tout de cette péninsule.

 

Théories infondées

Et pourquoi ce tourbillon ? Parce que les États-Unis en avaient décidé ainsi, raisonnant selon des théories de leur cru sans tenir compte des réalités internationales. Par exemple, il fut un temps où les États-Unis souscrivaient avec enthousiasme à la théorie des dominos, qui peut s’énoncer ainsi : si les États-Unis perdent une seule nation de leur zone d’influence, cela provoquera instantanément l’effondrement du monde entier. Ainsi qu’on le comprit plus tard, cette théorie n’était même pas une théorie mais bien une fantasmagorie. Et pourtant cette fantasmagorie a causé la perte d’innombrables vies états-uniennes et dans le reste du monde.

Et maintenant, les États-Unis sont en proie à une autre fantasmagorie : s’ils laissaient, croient-ils, une seule des anciennes républiques satellites de l’Union soviétique se rapprocher de la Russie, alors cette Union se reformerait, provoquant le retour de la Guerre froide. L’impossibilité d’un tel scénario, au bout de vingt-cinq ans d’indépendance de ces républiques, ne les effleure même pas. Pour les États-uniens, le fantasme semble l’emporter sur la réalité.

Et naturellement, chacun peut voir les efforts faits par les États-Unis pour démontrer que le monde d’aujourd’hui n’est autre que le « monde américain » : c’est Washington qui décide de tout, de qui est méritant et de qui ne l’est pas. C’était ainsi, jadis, au temps de la Pax Romana. Jusqu’à la chute de Rome, bien entendu.

Et donc, les États-Unis dictent leur bon vouloir, qui est pour une large part le produit de leurs intérêts domestiques et reflète les luttes internes entre leurs différentes forces politiques. Ils imposent leur volonté au reste du monde et ne reculent jamais de leur position, pas même d’un centimètre, même si cette position est totalement erronée.

En outre, le président Barack Obama passe, à tort ou à raison, pour un président au caractère faible, ce qui donne l’impression que le moindre événement qui se produit dans le monde implique de facto les États-Unis. Je ne sais pas si Barack Obama est fort ou faible, et personnellement je le trouve assez sympathique, mais la faiblesse ou la force d’un homme politique est un élément de toute première importance dans la vie politique mondiale.

Un homme politique fort, un leader fort, n’a besoin de prouver ni à lui-même ni à son entourage politique ce qui est évident pour tout le monde. Il se sent libre de ses mouvements, participe aux négociations avec ses opposants, cherche à faire comprendre sa position et à comprendre celle de ses interlocuteurs. Il est prêt à faire des compromis raisonnables et parvient toujours à une décision, même dans les situations les plus extrêmes. L’attitude du président John F. Kennedy et de Nikita Khrouchtchev, président du Conseil des ministres — deux hommes politiques au caractère trempé —, lors de la crise des missiles de Cuba est un bon exemple d’une telle force : tous deux réussirent à trouver une solution dans des conditions acceptables de part et d’autre.

Un homme politique au caractère faible cherche constamment à démontrer à son entourage et à lui-même qu’il n’est pas réellement ce que les autres pensent de lui. Il cherche à prouver sa force, qui en réalité ressemble davantage à de l’obstination. S’il change d’avis après avoir fait une déclaration, il ne fait que prouver sa faiblesse, d’autant plus qu’il évite les négociations d’homme à homme parce qu’il les redoute.

Au lieu de cela, il envoie des émissaires chargés de consignes rigides et inflexibles, trace sans arrêt des lignes rouges, recourt à la menace et aux sanctions, et exige la capitulation de son vis-à-vis : c’est là un mode de négociation vain et contre-productif. En effet, la capitulation ne saurait être acceptée par aucune nation qui se respecte.

Par conséquent, l’homme politique faible a tendance à précipiter immédiatement la situation dans un conflit au lieu de trouver une solution. Il n’agit ainsi que pour prouver, à lui-même et à autrui, sa puissance illusoire, et pour cela il est prêt à sacrifier des milliers de vies humaines. Il est prompt à imposer des sanctions qui causeront la souffrance de millions d’êtres humains. Ce faisant, il ne nuit pas seulement au partenaire-opposant, mais aussi à son propre pays. C’est pourquoi les sanctions ne se contenteront pas de frapper l’ennemi : elle priveront aussi les États-Unis de millions de clients potentiels. Tout cela pour prouver une chose et une seule : qu’il n’est pas un président faible.

 

Leçons de l’histoire

Je le répète : je ne sais pas si Obama est un homme politique au caractère faible, mais la situation « sans compromis » qu’il est en train de bâtir autour de la Crimée correspond au modèle que je viens de décrire. Le président états-unien a délibérément œuvré pour former une coalition gouvernementale qui ne reconnaît pas les droits du peuple. Et cela contredit le principe même qui a été érigé par ses propres prédécesseurs.

Souvenons-nous de Woodrow Wilson, qui affirma le droit de chaque nation à l’autodétermination et à la formation d’un État souverain. Ou le président Clinton, qui n’hésitait pas à recourir à la force militaire pour convaincre Slobodan Milosevic d’accorder aux Albanais du Kosovo le droit de se constituer en État.

À présent, tout va dans le sens opposé. Le peuple de Crimée est menacé de sanctions et de représailles directes de l’autorité de Kiev. Et parce qu’elle déclare son soutien à la Crimée, la Russie aussi est menacée de sanctions. Une telle politique a-t-elle des chances de réussir ? J’en doute. Je crois plutôt qu’elle aura l’effet inverse : elle intensifiera la lutte pour l’indépendance du peuple criméen et encouragera la Russie à témoigner encore plus fermement son soutien à cette lutte. Rappelons-nous comment, au XIXe siècle, la Russie avait fermement affirmé son soutien au mouvement de libération des Bulgares contre le joug turc.

Quant aux sanctions, elles sont évidemment pénibles, mais l’exercice d’une telle pression est une insulte au sentiment national et ne fera qu’inciter les Russes à manifester une résistance encore plus radicale. Un tel phénomène s’est déjà produit plus d’une fois dans l’histoire.

Pendant la guerre de Crimée (1853-1855), Sébastopol résista à un long siège mené conjointement par les Anglais, les Français et les Turcs ; et en 1941 et 1942, la ville résista à l’armée allemande pendant presque une année. Dois-je également rappeler le siège de Leningrad, qui dura neuf cents jours ? Les assaillants s’appuyaient, là aussi, sur la certitude d’une capitulation, mais les assiégés en décidèrent autrement et finirent par l’emporter. Et maintenant, ces sanctions…

 

Bénéfices financiers pour tout le monde ?

Il y a un point positif dans cette triste histoire : les lourds nuages venus de Crimée ont provoqué une pluie d’or sur l’Ukraine. Celle-ci a reçu de l’Occident plus de subsides financiers qu’elle ne pouvait en rêver. Le nouveau gouvernement est-il capable de s’en servir intelligemment ? Cela, c’est une autre histoire. Et s’ils se mettaient tout dans les poches ?

La Maison-Blanche, qui n’a pas perdu de temps, a officiellement reconnu le gouvernement autoproclamé du Maïdan ; Obama a même accueilli en personne son Premier ministre et l’a couvert de largesses.

La Crimée, de son côté, n’est pas en reste. Comme elle n’a connu pratiquement aucun investissement durant les vingt dernières années, son

infrastructure est exsangue. À la Russie désormais de reconstruire la Crimée !

Et les Tatars aussi ont eu leur part du gâteau. Le Parlement russe a promis de leur accorder les importants privilèges politiques et culturels qu’ils avaient déjà sollicités de Kiev sans le moindre effet. Bien entendu, une autonomie du peuple tatar en Crimée est impossible, car ils ne représentent que 12 % de la population, mais la Russie leur garantit une représentation adéquate dans toutes les institutions gouvernementales ainsi que la légalisation à leur profit des terres qu’ils avaient réquisitionnées illégalement et sur lesquelles ils continuaient de vivre sans aucun droit ni garantie.

Concernant les accusations et les insultes lancées au président Vladimir Poutine, voyons la question d’un peu plus près. Il y a vingt-cinq ans, son prédécesseur Mikhaïl Gorbatchev s’était tourné résolument vers l’Ouest, avait fait allégeance aux valeurs occidentales et à la bienveillance des États-Unis. Boris Eltsine avait adopté la même politique, et même Poutine l’avait fait durant les premières années de son mandat.

Or les États-Unis ne tinrent aucune des promesses faites à la Russie, écrites ou verbales. Ils avaient promis que l’OTAN ne pénétrerait jamais en Europe de l’Est, et que voit-on aujourd’hui ? La Russie a soutenu la guerre états-unienne en Irak et même l’intervention en Libye, qui avait pour objectif un changement de régime. Quel fut le résultat ? Les entreprises russes furent éliminées des marchés de ces pays.

De la Russie, les États-Unis attendent une obéissance inconditionnelle, sans de leur côté faire le moindre geste pour défendre les intérêts russes. Et par-dessus le marché, ils la menacent de sanctions. Tout se passe comme s’ils avaient considéré l’amitié russo-américaine comme une relation où la Russie resterait un petit pays dans l’orbite états-unienne. Se peut-il que Poutine en ait eu assez, tout simplement ?

Place au peuple !