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La France Insoumise est l’espoir de l’Europe – Par Olivier TONNEAU –

Cet article a été publié ici (dans les blogs de Mediapart). Par Olivier TONNEAU.

A quelques jours des élections présidentielles, la France hésite, oscille, un frémissement la parcourt. Une étrange sensation lui revient : celle qui accompagne l’exercice de la conscience. Sclérosées par les logiques comptables, les imaginations s’ébrouent. Atrophiés par le réalisme tautologique du monde tel qu’il est, les esprits se reprennent à penser. L’éthique fait retour en politique et la politique redevient exaltante. C’est un moment rare, le moment d’espérer. Signe de cette renaissance, on voit vaciller le totem au pied duquel nous devions étrangler nos cœurs : l’Union Européenne.

L’Union Européenne et non bien sûr l’Europe. Distinction fondamentale car c’est en les confondant qu’on sombre dans un aveuglement mortel. Nous sommes sommés de tout sacrifier pour préserver, dit-on, le dernier idéal de notre temps : celui d’un continent délivré des rivalités nationales d’où naissent les ivresses nationalistes et enfin les guerres. Comment ne pas y souscrire ? Mais c’est la beauté même de l’idée qui a permis qu’en soient faits des usages profondément pervers : c’est parce que l’Europe devait à tout prix être sauvée que l’Union Européenne a pu faire consentir à ce que soient enfreints tous les principes, ruinées toutes les solidarités. Les pays mis en concurrence, les travailleurs transbahutés comme des choses au gré des flux de marchandises et de capitaux, enfin l’Espagne, l’Irlande, le Portugal saignés à blanc et la Grèce condamnée à un martyr sans fin, ses vieillards volés, ses îles vendues, sa jeunesse exilée. Tout cela nous devons l’accepter, et pourquoi ? Pour sauver l’Europe !

La « crise grecque », c’est-à-dire le pillage de la Grèce, a été un tournant dans ma vie politique : ce fut la prise de conscience de l’iniquité de l’Union Européenne. La stratégie, bien naïve, de Syriza était de mobiliser l’opinion internationale. On organisait des manifestations en Italie, en France, au Royaume-Uni, en Allemagne. Sans grand succès : quelques centaines de personnes à peine pour dénoncer les crimes commis par leurs gouvernants. Ce fut pour moi un de ces moments terribles où le mal se banalise et les peuples s’avilissent. Ils s’avilissent sans même le savoir puisque c’est au nom d’un idéal qu’ils consentent à la violence. Quand le regretté François Delapierre dénonçait « les dix-sept salopards » de l’Eurogroupe, on se scandalisait de l’écart de langage : comme l’imbécile auquel on montre la lune et qui regarde le doigt, les europhiles hallucinés préféraient flétrir l’accusateur plutôt que dénoncer le crime.

S’il n’y a pas de coupables, il n’y a pas de victimes. On insultait donc, au prix de toutes les contre-vérités, les grecs paresseux et fraudeurs et avec eux les Espagnols, les Italiens, les Portugais, les Irlandais : ceux que l’Union Européenne appelle les PIIGS. Mais puisqu’il y a bien des victimes, il faut nommer les coupables.

 Hollande, Moscovici, Djisselbloem, Verhofstadt, Merkel, Schaüble, Draghi, Junker…

 A l’aube de la campagne présidentielle, je craignais que les consciences ne soient si racornies qu’à la barbarie européenne ne vienne répondre que la barbarie nationale. Car il faut dire nettement, nonobstant les déclamations bouffies des Valls ou des Macron, que les europhiles sont solidaires des xénophobes. On ne peut pas traiter les peuples du Sud de bons à rien, construire des murs en Hongrie, stipendier Erdogan pour faire le service d’ordre aux frontières de l’Europe, et s’étonner que les mêmes pratiques soient préconisées par les xénophobes. Le mépris, l’exploitation et la peur de l’autre ne changent pas de nature en changeant d’échelle.

Je craignais donc une campagne sordide où nulle parole généreuse ne pourrait être entendue ; où l’Union Européenne ne serait attaquée que pour les maux qu’elle inflige à nos travailleurs, nos agriculteurs, notre industrie. Eh bien non. Il restait encore quelque chose en France de vivant, de généreux – d’insoumis. Nul ne pourra dénier à Jean-Luc Mélenchon le courage d’avoir osé, dans l’atmosphère pestilentielle où nous vivons, dire des mots d’amour, de partage et de paix. Sur le vieux port de Marseille, il a promis aux Grecs, s’il était élu, que la France se porterait à leur secours ; soixante-dix mille voix ont crié leur soutien. Soixante-dix mille voix dont je n’étais plus sûr qu’elles existaient ; soixante-dix mille voix auxquelles je mêle la mienne.

Soixante-dix mille voix à Marseille et des millions d’autres dans toute la France. Voix insoumises qui ne suivent pas un chef mais qui avaient besoin que leur parole soit portée pour se connaître et découvrir qu’il existe encore en France un sentiment puissant de solidarité entre les peuples ; cette solidarité peut seule être le fondement d’une Europe véritable. La France Insoumise est l’espoir de l’Europe.

Oui, la France insoumise est prête pour la sortie de l’Union Européenne et de l’euro ! – Par le collectif « Citoyens pour un peuple souverain » – Copyright Marianne le 30/03/2017

Le collectif Citoyens pour un Peuple souverain (dont je fais partie) est un soutien de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Son site web est à retrouver ici. Sa page Facebook est ici.

Cette tribune (accessible ici sur Marianne) est une réponse à celle rédigée par Coralie DELAUME et Aurélien BERNIER publiée dans Marianne le 23/03/2017.

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Réponse en toute amitié à Aurélien Bernier et Coralie Delaume publiée dans Marianne.

Notre stratégie : être prêts à tous les cas de figure

Dans leur article sur le site de Marianne, Aurélien Bernier et Coralie Delaume demandent à la France insoumise de rompre avec le mythe réformiste de « l’Europe sociale » et s’inquiètent d’une réorientation de notre discours sur les traités européens. Notre collectif Citoyens pour un Peuple Souverain s’étant précisément constitué afin de contribuer, au sein de la France insoumise, au Plan de sortie de l’UE, nous estimons être les mieux placés pour pouvoir répondre à leurs inquiétudes.

Le point essentiel à nos yeux est le suivant : le Plan de sortie de l’Union Européenne et de l’euro est prêt à l’emploi. Qu’importe donc s’il n’est encore pour certains camarades qu’une hypothèse de travail, puisque nous estimons que la réalité le rendra inéluctable.

Ce Plan, dont les détails sont rendus publics sur le site des universités populaires de la France insoumise, se décline en trois grands axes : le rétablissement de barrières douanières aux frontières du pays, le retour au Franc et un moratoire sur la dette. Comme tant d’autres insoumis, nous le popularisons dans des conférences citoyennes dans tout le pays. La philosophie est très simple : si les autres gouvernements refusent de nous suivre, nous mènerons à l’échelle de notre pays une politique écologique et sociale en attendant que d’autres pays veulent nous rejoindre. Et comme nous sommes internationalistes, nous tendrons la main à tous les pays du Monde – sans d’ailleurs privilégier l’échelon européen et notamment nous proposerons une alliance d’égal à égal aux pays africains francophones à qui nous rendrons leur souveraineté monétaire en abolissant le franc CFA.

Le déroulé du Plan de Sortie

Notre Plan de sortie pourra se déclencher à deux étapes : soit immédiatement après notre élection au cas où les pays de l’Eurogroupe refuseraient toute discussion, soit à l’issue d’éventuelles négociations dont les résultats seront dans tous les cas soumis à référendum, avec une sortie de l’UE en cas de vote contre. Immédiatement, nous réquisitionnerons la Banque de France pour imprimer des Francs, tout en continuant à utiliser durant la période de transition l’ancienne monnaie européenne au taux de 1 franc = 1 euro sur le territoire nationale. La dévaluation du Franc et la réévaluation de l’euromark qui s’ensuivront redonneront de la compétitivité à nos entreprises, même si il est à noter que nous ne faisons pas de cet « avantage concurrentiel » un des objectifs de notre politique car nous ne sommes pas dans une logique de compétition entre capitalismes nationaux. Notre programme prévoit en effet de transformer intégralement notre modèle économique en relocalisant notre économie et en instaurant une réindustrialisation écologique (éoliennes, photovoltaïque, économie de la mer…) grâce à un plan d’investissement massif et à l’instauration de barrières douanières ciblées.

Ainsi, les premières cibles de notre protectionnisme écologique et social seront les entreprises qui délocalisent, comme par exemple Whirlpool pour laquelle notre candidat aux législatives François Ruffin se bat. Notre objectif n’est donc pas de favoriser le capitalisme français mais l’intérêt des travailleurs qui sont sous notre juridiction (et nos alliés éventuels). L’effet multiplicateur de notre programme de relance de 100 milliards d’euros (devenus des Francs) sera alors renforcé, puisque les consommateurs achèteront en priorité des produits fabriqués en France ou dans les pays qui auront choisi de s’allier avec nous.

Certaines mesures protectionnistes sont d’ailleurs prévues dans notre programme dans tous les cas de figure, puisque par exemple à notre arrivée au pouvoir « nous augmenterons immédiatement les droits de douane pour les pays aux droits sociaux limités(travail des enfants, absence de droits syndicaux, etc). Nous prendrons des mesures de rétorsion commerciales contre les paradis fiscaux ». Il s’agit là de mesures profondément internationalistes, puisqu’elles favorisent la constitution d’Etats sociaux dans toutes les parties du Monde (sans d’ailleurs privilégier l’échelon européen).

Nos différences avec les projets concurrents de sortie de l’UE (comme celui du FN par exemple) portent donc en premier lieu sur les objectifs, mais pas seulement. Nous assumons également que tout projet de « Frexit par la gauche » implique une confrontation avec le capitalisme mondialisé, et ses valets français, et donc un rapport de force exigeant le soutien de la population. Cette confrontation nécessite de se libérer des marchés financiers, notamment via un contrôle des changes et des capitaux afin de se protéger des attaques spéculatives, ainsi que de nous financer auprès de la Banque de France renationalisée. Nous avons également prévu un moratoire de la dette publique, à partir d’un audit citoyen, afin de déterminer quelles en sont les parties illégitimes sur lesquelles nous pourrions faire défaut. Peu nous importe alors si jamais les marchés nous réclament des taux d’intérêts plus élevés, puisque nous sommes déterminés à aller jusqu’au bout de la confrontation et à rompre avec la mondialisation néolibérale et son système financier que nous jugeons illégitime. Cette position nous distingue clairement de celle de Marine Le Pen qui estime notamment que rembourser la dette serait « un devoir éthique pour un Etat de droit», et se retrouve ainsi menacée de mise en faillite de la France si jamais elle arrivait au pouvoir.

Notre Plan de sortie, dont nous n’avons donné ici qu’un bref aperçu, est ainsi pensé pour s’appliquer dans tous les cas de figure, et parer à toute éventualité.

Mais alors, d’où vient l’impression de malaise ?

Certes, certains économistes de la France insoumise cités par Aurélien Bernier et Coralie Deleaume croient réellement que notre Plan de sortie n’aura pas besoin d’être utilisé, ni d’ailleurs que les marchés nous attaqueront. Il ne s’agit pas pour eux d’un double discours tactique, mais d’une conviction profonde sur la possibilité de réformer l’Europe, qui paraît à notre collectif absolument illusoire. Mais qu’importent ces illusions, puisque de toute façon le Plan est prêt à l’emploi et que la réalité le rendra inéluctable!

Pour faire une métaphore éclairante, supposons un individu s’apprêtant à sauter dans le vide en se munissant d’un parachute. Imaginons également qu’une voix divine ait assuré à notre individu qu’au moment où il sautera dans les airs, il se mettra miraculeusement à flotter et qu’il n’aura donc pas besoin d’activer son parachute. Vous aurez beau tenter d’argumenter avec lui, sa conviction intime restera inébranlable tant qu’il n’aura pas fait sa propre expérience du saut dans les airs. La divergence relève ici de la croyance personnelle et, étant profondément laïques, nous ne nous lui demanderons pas de changer son intime conviction… Du moment qu’il adopte un comportement rationnel en prenant son parachute « au cas où » ! Cette garantie nous suffit. Et a fortiori, puisque le programme de la France insoumise prévoit un référendum sur le résultat d’éventuelles négociations qui permettra au peuple français de trancher si nécessaire. Que demander de plus ?

Pour mesurer le chemin parcouru depuis la campagne du Front de Gauche en 2012, il faut revenir au diagnostic parfaitement posé par Aurélien Bernier dans son livre La gauche radicale et ses tabous. Pendant des décennies, depuis le tournant de la rigueur de François Mitterrand au nom de la construction européenne, le mythe réformiste de « l’Europe sociale » a littéralement ensorcelé les consciences de gauche, du PS à LO, en passant par les Verts, le PCF et le NPA. Le tournant européiste de la gauche a de plus été accentué par le choix malheureux de Jean-Pierre Chevènement, héraut du souverainisme de gauche, de tendre la main aux « républicains de droite » y compris libéraux. Ainsi s’était longtemps installée à gauche l’idée que la défense de la souveraineté nationale conduirait inéluctablement à l’abandon des idéaux de gauche. Pourtant, le flambeau de la sortie de l’UE et de l’euro « par la gauche » a été brillamment repris au sein du Front de Gauche, et notamment par la plate-forme alternative Clarté et Courage Politique qui reçut en mars 2015 le soutien de plus de 45% des membres du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon. Quelques mois plus tard, la crise grecque devait confirmer cette analyse et la rendre de plus en plus évidente auprès des militants de la gauche radicale.

Ainsi, une nouvelle génération militante a émergé et a compris qu’au fond, peu importait si certains camarades refusaient de croire à l’inéluctabilité de la sortie, du moment qu’ils étaient prêts à préparer ce scénario et à laisser la réalité trancher. Nous avons également obtenu dans le cadre des contributions programmatiques de la France insoumise une avancée qui avait été refusée en Juillet 2015 par la direction du PG, à savoir que le résultat d’éventuelles négociations dans le cadre du Plan A soit soumis à référendum. Par conséquent le peuple français aura la possibilité de refuser les aménagements éventuellement obtenus, et ainsi d’enclencher automatiquement notre Plan de sortie. Que de chemin parcouru depuis 2012 !

Voilà pourquoi tout en rejetant tout comme Aurélien Bernier et Coralie Delaume le mythe réformiste de « l’Europe sociale », nous estimons qu’à un mois du premier tour l’urgence est de continuer à préparer tous les scénarios possibles dans le cadre de la France Insoumise, y compris avec ceux qui ne sont pas persuadés de l’inéluctabilité du scénario de sortie. Coralie et Aurélien, rejoignez-nous, vous serez accueillis à bras ouverts!

 

Renversez la table, M. Mélenchon, ou résignez-vous à la défaite ! – Par Bruno GUIGUE le 24/04/2017

Je signe ce billet en forme de lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon écrit par Bruno Guigue

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On vous dira que ce n’est pas vrai, mais vous pouvez, si vous le voulez, créer la surprise le 23 avril. Vous pouvez, si vous vous en donnez les moyens, porter très haut la “France insoumise” et contribuer à bâtir cette force dont la vraie gauche, celle qui défend le peuple sous les crachats, a tant besoin dans un pays ravagé par l’égoïsme des nantis et miné par la résignation des humbles.

Mais pour y parvenir, il faut faire des choix clairs, compris de tous. C’est le moment ou jamais ! Vous pouvez représenter, demain, la principale force de gauche, reléguant un parti socialiste vermoulu à la place subalterne qu’il mérite, comme la SFIO des années 60. Si vous laissez passer cette occasion historique, en revanche, la classe qui se croit supérieure parce qu’elle détient le capital continuera de tenir le haut du pavé avec le concours de ses larbins de la vraie droite et de la fausse gauche.

Alors, allez droit au but, et tapez fort ! Vous n’y échapperez pas. L’enjeu essentiel, c’est la restauration de la souveraineté nationale, sans laquelle la révolution citoyenne que vous appelez de vos vœux restera lettre morte. Allez jusqu’au bout de vos idées, ne décevez pas les espoirs que vous suscitez, levez les équivoques dont souffre encore votre campagne. Parlez au peuple, et parlez peuple. Dites que, si vous êtes élu, vous proposerez aux Français, par référendum, la sortie de l’Union européenne.

Cette mystification supranationale, cette supercherie néolibérale n’a que trop duré. C’est un carcan imposé aux peuples par une oligarchie cupide, et vous le savez. Ne faites pas semblant de croire qu’elle est réformable, car elle ne l’est pas. N’accréditez pas l’idée qu’on puisse la changer, car c’est impossible. Ne laissez pas au Front national le privilège de l’avoir compris avant les autres et d’être presque seul à le dire. Ne lui faites pas ce cadeau !

Ce n’est pas pour rien que les dogmes libéraux sont inscrits dans le marbre des traités européens. Pour s’en débarrasser, il faut quitter l’UE. On ne peut restaurer la souveraineté populaire qu’en restaurant la souveraineté nationale. Mais on ne peut restaurer la souveraineté nationale qu’en rompant les amarres avec une institution supranationale dont la fonction est de soustraire l’essentiel à la délibération démocratique.

En jetant aux orties l’Europe des banquiers, vous provoquerez un tsunami idéologique, vous scellerez la réconciliation entre la gauche et la souveraineté. Ce faisant, vous sauverez la gauche et vous sauverez la souveraineté. Mais si vous refusez de le faire, vous tuerez la gauche en la livrant aux socialistes qui pourrissent tout ce qu’ils touchent, et vous livrerez la souveraineté au FN qui en fera un usage conforme à son ADN droitier.

Manifestez donc, face au carcan européiste, la même intransigeance que celle dont vous faites preuve face au carcan atlantiste. Pour restaurer la souveraineté de la France, vous voulez que la France quitte l’OTAN. Contrairement à Marine Le Pen, vous ne voulez pas seulement quitter le commandement intégré, mais l’alliance atlantique elle-même. Vous avez raison, et vous êtes l’un des rares, avec François Asselineau, à le dire haut et fort.

En consommant cette rupture, vous mettrez fin au scandaleux alignement de la France. Vous ferez entendre une voix indépendante sur la scène mondiale. Vous conduirez cette diplomatie souveraine, élargie aux cinq continents, qui est la vocation de notre pays. Ce défi lancé à l’impérialisme vous honore, mais si vous voulez qu’on prenne votre ambition au sérieux, montrez la même radicalité face à cette Union européenne qui est le temple de l’ordolibéralisme.

L’expérience grecque a montré qu’un compromis avec les Pères Fouettard de l’oligarchie se solde toujours par une capitulation du faible devant le fort. Ne laissez pas ces rapaces miner tout espoir de changement, coupez-leur l’herbe sous le pied en annonçant qu’il n’y aura aucune négociation, aucun compromis, que la France veut recouvrer sa liberté et qu’elle nouera ensuite, avec qui elle veut, les coopérations qu’elle jugera utiles.

Vous voulez relancer l’économie, redistribuer les revenus, rétablir les droits sociaux, réformer la fiscalité, réguler la finance. Ce beau projet a un prix qui est celui de la rupture avec le système oligarchique, la déconnexion avec ses instruments privilégiés que sont l’UE et l’OTAN.

Renversez la table, M. Mélenchon, ou résignez-vous à la défaite !

 

La France insoumise de Mélenchon doit rompre avec le fantôme de « l’Europe sociale » – Par Coralie DELAUME et Aurélien BERNIER – Marianne le 23/03/2017

Article accessible ici
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Coralie Delaume est essayiste. Elle anime notamment le blog l’Arène nue. Elle a publié avec David Cayla l’essai La fin de l’Union européenne, Michalon (janvier 2017).
Aurélien Bernier est essayiste. Il a publié publié plusieurs ouvrages dont La gauche radicale et ses tabous : pourquoi le Front de gauche échoue face au Front national (Seuil, 2014) et plus récemment La démondialisation ou le chaos (Utopia, octobre 2016).

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Coralie Delaume et Aurélien Bernier interpellent Jean-Luc Mélenchon sur la question européenne et sa radicalité « euro-compatible » qui rappelle selon eux « l’Europe sociale » des socialistes.

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Il y a eu la crise grecque de 2015. Elle est d’ailleurs sur le point de refaire surface puisque les créanciers du pays sont en désaccord sur presque tout, en particulier sur ce qu’il convient de faire de la dette – insoutenable – de ce pays. Il y aura bientôt le Brexit, dont le déclenchement officiel est prévu le 29 mars, et dont on n’a aucune idée de la manière dont la France s’y prépare. Pourtant, notre pays a d’énormes intérêts dans l’affaire, lui qui dégage avec le Royaume-Uni son excédent commercial le plus élevé (12 milliards d’euros en 2015). Il y a bien sûr les conséquences de la « crises des dettes souveraines » et de la crise de l’euro du début des années 2010 qui n’en finissent pas de ricocher. Il y a enfin l’entêtement de la bruxellocratie, qui n’envisage, face à cela, que de renforcer indéfiniment l’austérité, quand elle n’est pas occupée à avouer son impuissance (« Merde, que voulez-vous que nous fassions ? », disait Jean-Claude Junker au Parlement européen le 1er mars) ou à insulter les pays d’Europe du Sud ( « On ne peut pas dépenser tous l’argent dans l’alcool et les femmes, et ensuite appeler à l’aide », affirmait Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe le 21 mars).

Dans ce contexte, nous imaginions que la question de l’Union européenne serait naturellement centrale dans la campagne présidentielle, d’autant plus que l’UE est le carcan à l’intérieur duquel se dessinent toutes les politiques économiques des États membres. Les traités en vigueur forment en effet une véritable « constitution économique de l’Europe » de l’aveu de nombreux spécialistes.

Par ailleurs, après l’échec spectaculaire d’un gouvernement de gauche radicale, celui d’Alexis Tsipras en Grèce, et la démonstration faite à son corps défendant par Syriza qu’on ne reforme pas l’Europe « de l’intérieur », nous espérions que la France insoumise oserait prendre à son compte la contestation de l’austérité constitutionnalisée, et éviterait d’offrir au Front national le monopole de la radicalité en matière de rupture avec l’Union européenne.

Jean-Luc Mélenchon laisse le champ libre à Marine Le Pen

Pour l’instant, il semble que nous nous soyons en partie fourvoyés. Lors du débat télévisé du 20 mars entre cinq candidats à l’élection présidentielle, c’est Marine Le Pen qui s’en est prise avec le plus de vigueur au libre-échange et aux politiques antisociales de l’Union européenne. C’est elle qui a évoqué la problématique de la désindustrialisation du pays. C’est elle encore qui a évoqué la probable délocalisation de l’usine Whirlpool d’Amiens en Pologne, et donc, en filigrane, la problématique du dumping social au sein du Marché unique. Brillant sur bien des sujets, Jean-Luc Mélenchon lui a laissé le champ libre sur celui-ci, pourtant primordial.

Mais il y a pire. La campagne de la France insoumise avait débuté sur l’air de « l’Europe, on la change ou on la quitte ». Or, en l’espace de quelques jours, des porte-paroles de Jean-Luc Mélenchon ont multiplié les déclarations alambiquées dans les médias et contribué à renforcer le flou autour sur la stratégie « plan A – plan B ».

Ce fut d’abord le cas du responsable des questions économiques, Liem Hoang Ngoc. Invité de la matinale sur France Inter le 13 mars 2017, ce dernier a cru bon d’affirmer que le programme du mouvement avait été élaboré « dans un cadre euro-compatible ». On se croirait revenus vingt ans en arrière, lorsque Robert Hue déclarait le Parti communiste français « euro-constructif ».

Voilà en tout cas de quoi rassurer ceux qui ont pu craindre un tournant anti-Union européenne de la France insoumise. A ceux-là, l’économiste rappelle certes que les traités « sont inapplicables en l’état ». Mais il les rassure aussitôt en affirmant qu’il respectera peu ou prou critères de Maastricht. Mieux, il rompra avec le hollandisme tout en faisant – c’est là le tour de force – du hollandisme ! Liem Hoang Ngoc dit en effet prévoir « un déficit moyen de 3,5 % du PIB au cours du quinquennat c’est à dire pas plus que ce qu’Hollande a fait » au cours du sien. Enfin, il vend la mèche : « en fin de quinquennat, nous prévoyons un désendettement à 2,5 % du PIB. Les marchés n’ont aucune raison de spéculer contre notre politique ». C’est plus clair ! Il s’agit donc, une fois de plus, de « rassurer les marchés » auprès desquels on continuera d’emprunter. Et pour demeurer un emprunteur solvable, on œuvrera à se désendetter. On est ébouriffé par tant d’audace…

Quatre jours plus tard, c’est au tour de Jacques Généreux de s’exprimer à l’occasion d’un débat avec Thomas Piketty, soutien de Benoît Hamon, organisé par le journal Politis. Face à un public manifestement ravi des convergences entre les deux économistes, il introduit en ces termes la stratégie « plan A – plan B » : « L’intention de la France n’est pas de détruire l’Union européenne, n’est pas de sortir de l’Union européenne, c’est de sauver l’Union européenne dont nous sommes absolument persuadés que si elle continue telle qu’elle est là, elle est condamnée non seulement à l’échec (…) mais surtout à l’explosion de la pire des manières ». D’emblée, on est saisi d’un doute affreux. Car l’Union européenne, ce n’est pas l’Europe. Si l’Europe est un ensemble de pays situés sur un même continent, l’Union est un ensemble de règles, un montage juridique. Dès lors, pourquoi fétichiser à ce point un édifice institutionnel connu pour être intrinsèquement porteur d’une grave érosion démocratique ?

L’impossible « réorientation » européenne

Comment les choses se passeront-elles si Jean-Luc Mélenchon est élu ? Simplement nous dit Jacques Généreux. Tout d’abord, la France insoumise au pouvoir prendra des mesures unilatérales qui désobéiront aux traités comme, par exemple, le contrôle des capitaux. Tout en continuant à financer sa dette sur les marchés, donc, ainsi qu’on l’a vu avec Liem Hoang Ngoc. Voilà qui promet d’être compliqué.

Pendant ce temps là, la France demandera l’ouverture de négociations avec les pays de l’Union pour refondre les textes européens, tout en continuant à désobéir. Car selon l’économiste « personne ne peut nous mettre dehors […] et donc on peut rester autant qu’on veut en n’appliquant plus les dispositions des traités ». On resterait dans les traités tout en sortant des traités. On désobéirait à des règles tout en restant dans l’Union européenne, qui n’est elle-même qu’un ensemble règles. Les mystère s’épaissit, et l’on souhaite bien du courage pour convaincre les électeurs.

Au mois de juin dernier, nous avions été conjointement auditionnés par la France insoumise dans le cadre de l’élaboration du programme de Jean-Luc Mélenchon pour 2017. Jacques Généreux nous avait présenté ce scénario, et nous lui avions déjà fait plusieurs objections qui rendent cette présentation du « plan A – plan B » très complexe à appréhender. Nous avions en particulier soulevé le caractère central de la question juridique, alors que le droit européen prime actuellement sur les droits nationaux, et que l’ordre juridique communautaire est inscrit au cœur de la Constitution française. Nous avions ensuite fait observer qu’il est inenvisageable que l’Allemagne et d’autres pays du Nord et de l’Est (Finlande, Pays Baltes…) acceptent une « réorientation » dans le sens d’un surcroît de « solidarité » communautaire. Plutôt que de mettre en place une union de transferts, ils préféreront rompre. Y compris si le social-démocrate Martin Schultz remplace Angela Merkel à Berlin puisqu’il gouvernerait probablement en « Grand coalition » avec la CDU, comme le SPD le fait depuis des années.

Politiquement, on comprend que le problème soit délicat. Une rupture décidée par la France serait un tsunami, alors même que notre pays a longtemps dominé l’Europe et s’est trouvé à l’avant-garde du processus d’intégration. Il existe sans doute, dans l’esprit des dirigeants de la France insoumise, le souci de se laisser le temps de démontrer à la population l’inanité de tout projet de réorientation de l’Europe, ne serait-ce que pour légitimer la rupture. On peut même supposer qu’existe le désir tacite de pousser d’autres pays à rompre les premiers pour n’avoir pas à assumer la responsabilité historique de la fin de l’Union.

Mais à ce stade ce calcul nous semble dangereux, car il risque de décrédibiliser toutes les promesses économiques ambitieuses portées par Jean-Luc Mélenchon. Comment fait-on pour relancer une économie intégrée au Marché unique et dotée de l’euro alors qu’on ne peut plus avoir de politique monétaire (c’est la Banque centrale européenne qui la conduit), ni de politique de change, ni de politique budgétaire (en raison de l’existence du Pacte de stabilité, du TSCG, du Two Pack, du Six Pack etc.), ni de politique industrielle (les règles relatives à la concurrence non faussée figurant dans les traités l’interdisent), ni de politique commerciale (puisque c’est une compétence exclusive de l’Union) ? En désobéissant sans pouvoir s’appuyer sur une base juridique solide ? Comment croire qu’une telle stratégie puisse s’inscrire dans le temps nécessaire aux négociations souhaitées avec les « partenaires européens » ? Comment penser que les fameux marchés continueront comme si de rien n’était à accorder leur confiance ?

Malgré la détermination de la France insoumise que nous ne remettons pas en cause, la radicalité « euro-compatible », rappelle décidément trop « l’Europe sociale », cette stratégie éculée du Parti socialiste pour justifier ses pires renoncements : on peut l’évoquer en boucle, elle n’adviendra pas avant des décennies. Ce plan n’est pas plus crédible que la réaffirmation de la « souveraineté populaire » sans récupération d’une part substantielle de la souveraineté nationale, qui n’est que l’autre nom, après tout, de la liberté d’un peuple à disposer de lui-même, en somme de la démocratie. Tout cela, si la gauche ne le dit pas, Marine Le Pen le dira. Hélas d’ailleurs, elle le fait déjà, avec le succès que l’on sait.

Voter le 23 avril, pour quoi faire ? Par Bruno GUIGUE le 11/03/2017 + commentaire de Pierrick TILLET

Source : ici, dans la section « Articles » de la page Facebook de Bruno Guigue

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Voter le 23 avril, pour quoi faire ?
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Si les élections servaient vraiment à quelque chose, disait Coluche, il y a longtemps qu’on les aurait interdites. Avant d’aborder les enjeux du futur scrutin, il faut sans doute en passer par cette cure de réalisme. Car, on le sait d’expérience, il n’y a pas grand-chose à espérer des élections, elles ont rarement changé le cours des événements, et elles se résument souvent à un rituel où le peuple s’imagine qu’il a le choix. Cette illusion de la démocratie formelle est entretenue par ceux qui en tirent bénéfice, le simulacre électoral ayant pour principal effet de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.
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À la limite, le processus électoral pourrait passer pour un acte de souveraineté si les dés du jeu politique n’étaient pas pipés. Il exprimerait la volonté du peuple si cette volonté pouvait se formuler, librement, au terme d’une délibération collective digne de ce nom. On peut toujours rêver qu’il en soit ainsi, mais ce n’est pas le cas. Les médias de masse sont les larbins du capital, le débat démocratique s’apparente aux jeux du cirque et la confrontation des idées est dénaturée par les intrigues politiciennes. Dans ces conditions, la question se pose : faut-il céder, une fois de plus, le 23 avril, au fétichisme du bulletin de vote ?
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On dira aussi, à juste titre, que c’est le mouvement populaire, et non le scrutin électoral, qui a arraché les principales avancées collectives qui ont fait de la France un pays doté d’un indice de développement humain élevé. C’est vrai. Sans les grèves massives et les occupations d’usines de 1936 et 1968, la condition des couches populaires serait pire. Sans la démonstration de force de la classe ouvrière organisée, dans ce grand moment fondateur que fut la Libération, nous n’aurions ni sécurité sociale, ni services publics, ni droits des travailleurs.
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Or sa puissante volonté de changement, dans ces circonstances historiques, le peuple l’a également manifestée dans les urnes. Avec un PCF à 28%, en 1945, le rapport de forces était favorable. Le patronat collabo rasait les murs, la droite était aux abois, Maurice Thorez était vice-président du conseil et l’ouvrier Ambroise Croizat, ministre communiste, créa la “Sécu”. Présidé par de Gaulle, ce fut le meilleur gouvernement que la France ait connu. Il accomplit les réformes de structure dont le pays avait besoin, ces mêmes réformes qui subissent les assauts des forces réactionnaires depuis un quart de siècle.
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En accompagnant le mouvement des masses, il arrive donc que le vote lui donne une traduction politique. On peut toujours vanter les charmes du spontanéisme (il a sa noblesse), on peut dénoncer la mascarade électorale, mais s’abstenir au moment crucial revient à laisser l’adversaire dicter ses conditions. Voter ou ne pas voter, au fond, c’est surtout une affaire de circonstances, de conjoncture politique. La question n’est donc pas : faut-il s’abstenir aux élections ? Elle est plutôt : en s’abstenant le 23 avril, obtiendra-t-on un résultat plus intéressant qu’en allant voter ?
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Comme disait Yvon Gattaz, père et prédécesseur de l’actuel président du MEDEF dans les années 70, on ne fait pas la même politique économique et sociale avec un PC à 10% et un PC à 25%. Si nous en doutons parfois, les détenteurs de capitaux, eux, le savent bien. Une élection n’est jamais qu’un moment d’un processus plus vaste, et même si l’essentiel se joue ailleurs, elle contribue à cristalliser un rapport de forces. En appliquant cette maxime patronale à la situation actuelle, on voit bien qu’un vote significatif en faveur de la « France insoumise » ferait peser la balance du bon côté. Car le programme de Jean-Luc Mélenchon, certes, n’a rien de révolutionnaire, sans mouvement social il est voué à l’échec, mais il ouvre des perspectives intéressantes.
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À y regarder de près, c’est le seul programme qui entend consolider les défenses immunitaires de ceux qui vivent modestement de leur travail, qu’ils soient ouvriers, employés, artisans, paysans, fonctionnaires, chômeurs ou retraités. Ce n’est pas un programme communiste, loin de là, mais un projet keynésien de gauche, à contenu fortement redistributif, qui associe relance par la demande, investissement public et rétablissement des droits sociaux. Son financement au moyen d’une réforme fiscale audacieuse, à rebours des pratiques libérales, en fait un programme socialement progressiste.
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Là où le bât blesse, c’est que ce projet n’est réalisable qu’en dehors de la zone euro, voire de l’UE, et que le candidat ne le dit pas clairement. Selon lui, le plan A consistera à renégocier le contenu des traités européens et on appliquera le plan B (sortie de l’UE) si cette négociation échoue. Or il faudrait parvenir à s’extraire du monde réel pour parier sur le succès d’une telle négociation. Elle supposerait en effet que 26 Etats, subitement, se mettent à satisfaire les demandes françaises. Cette fausse alternative est donc une erreur, car elle brouille le message du candidat et entretient le doute sur ses intentions.
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Cette ambiguïté est d’autant plus regrettable que Jean-Luc Mélenchon se réclame à juste titre d’un « indépendantisme français » et préconise la rupture de la France avec l’OTAN. Contrairement à MM. Fillon, Macron et Hamon, il prend au sérieux l’héritage gaullien, il milite pour une diplomatie souveraine et stigmatise le suivisme d’un François Hollande qui a mis la France à la remorque des intérêts américains. En refusant de prôner explicitement le Frexit, la « France insoumise », par conséquent, manque de cohérence politique.
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Sur ce plan, c’est François Asselineau qui a raison. On ne peut restaurer la souveraineté nationale – condition expresse de la souveraineté populaire – qu’en rompant les amarres avec l’OTAN et avec l’UE. Il faut sortir de l’OTAN, cette machine de guerre dont la raison d’être est de servir les ambitions impérialistes de Washington. Mais il faut aussi rompre avec l’UE, car la fonction de cette instance supranationale est de soustraire la politique économique à la délibération démocratique. Ni plan A, ni plan B. La seule réponse, c’est le Frexit. Et le seul moyen d’y parvenir, c’est le référendum.
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Marine Le Pen, dira-t-on, veut aussi restaurer la souveraineté nationale. Mais son programme renoue avec l’ADN droitier du FN dès qu’il s’agit d’expliquer ce qu’on entend faire, une fois au pouvoir, de cette souveraineté rétablie. Son programme n’inclut ni redistribution des revenus, ni nationalisation des banques, ni contrôle des mouvements de capitaux, ni rien qui fâche de près ou de loin les possédants. Le rétablissement du franc ne manque pas de panache, mais ce changement restera purement cosmétique s’il ne s’accompagne de réformes de structure. Mme Le Pen n’en a prévu aucune. Pas plus qu’il ne conteste les hiérarchies sociales, le FN n’entend faire plier les puissances d’argent.
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Comme l’expérience l’a montré, le FN prétend défendre les travailleurs, mais il les abandonne en chemin lorsque l’oligarchie s’attaque à leurs droits. Lors des grèves contre la Loi-Travail, Mme Le Pen réclamait l’intervention de la police contre les grévistes. Si elle est élue, le discours à tonalité sociale de Florian Philippot ne résistera pas deux mois. Il est stupide de qualifier ce projet de fasciste. En fait, c’est un projet banalement réactionnaire. On ne peut mener une politique progressiste qu’en sortant de l’UE, c’est vrai. Mais ce n’est pas parce qu’on veut sortir de l’UE qu’on va mener une politique progressiste !
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Son discours monomaniaque contre l’immigration, bien sûr, offre au FN une rente de situation électorale. Comme s’il suffisait de mettre fin aux flux migratoires pour créer des emplois, le FN répète cette formule magique comme un mantra. Caresser dans le sens du poil l’islamophobie ou la xénophobie ambiante, toutefois, ne fait pas une politique. On se demande si ses électeurs croient vraiment aux fabuleuses économies que permettrait de réaliser la suppression de la prétendue facture migratoire, tant la ficelle est grosse. Pour séduire l’électorat populaire, en tout cas, le parti a besoin d’entretenir cette mythologie vieille comme le monde.
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Du coup, non seulement il oppose les Français entre eux, mais il les berne en leur faisant croire qu’il y a un trésor de guerre, quelque part, dont il suffirait de se saisir. La stratégie du bouc-émissaire, chez Le Pen, est à double emploi. Elle fournit un dérivatif aux hantises et aux frustrations des victimes de la mondialisation. Mais, en même temps, elle masque les incohérences d’un projet qui entend redistribuer aux ouvriers sans toucher aux intérêts des possédants. La mono-causalité immigrée réconcilie tout le monde ! Véritable martingale, elle permettra d’augmenter les salaires tout en baissant les charges, et de financer de nouvelles dépenses régaliennes sans augmenter les impôts sur les riches.
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Cette quadrature du cercle lepéniste, au fond, est la figure inversée du cercle carré des eurobéats (Macron, Fillon, Hamon) qui veulent perpétuer à tout prix la tutelle des marchés sur les États. Mme Le Pen veut la souveraineté sans la redistribution tout en prétendant le contraire, ce qui est à la fois incohérent et réactionnaire. M. Fillon, lui, ne veut ni la souveraineté ni la redistribution, ce qui est à la fois cohérent et réactionnaire. M. Hamon veut la redistribution mais pas la souveraineté, ce qui est absurde. M. Macron veut tout et son contraire, et d’ailleurs il se moque des programmes. M. Mélenchon veut la redistribution, mais il devra imposer la souveraineté (plan B) pour y parvenir. Car une chose est sûre : les marchés ne lui offriront pas l’opportunité de temporiser.*
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Ce billet a inspiré mon camarade Pierrick Tillet qui l’a relayé lui aussi sur son blog en y ajoutant l’avant-propos suivant : 

Je reprends volontairement ici le titre du billet de Bruno Guigue publié sur Facebook et vais ici préciser mes propres positions sur la question cruciale du vote en synthétisant nombre d’idées égrenée au fil de mes propres chroniques.

Je partage totalement avec Bruno Guigue le constat qu’aucune révolution politique, aucun progrès social n’est jamais sorti tout seul des urnes. Il leur faut le coup de pouce d’une forte pression populaire due à des événements souvent indépendants du cirque électoral.

Trois exemples :

  • le Front populaire de 1936 n’a lancé ses grandes mesures sociales que sous la pression des manifestations ouvrières qui suivirent son élection ;
  • l’étonnante alliance gouvernementale des communistes et des gaullistes en 1945 ne put imposer ses réformes comme la Sécu que parce que ceux-là sortaient vainqueurs de la Seconde guerre mondiale ;
  • enfin, les émeutiers de Mai 68 pesèrent sur nombre d’avancées sociales sans n’avoir jamais été consacrés par voie électorale (NB : on peut aussi en dire autant de l’influence ds zadistes de NDDL et de Sivens qui tiennent le pouvoir politique en.échec depuis tant de mois).

Dans ces cas-là, pourquoi sacrifier au rituel du vote, surtout quand celui-ci est aussi ouvertement manipulé par les tenants du pouvoir ? Eh bien, je dirais pour les mêmes raisons qu’avançait le philosophe Pascal pour expliquer sa foi religieuse : parce qu’on a rien à y perdre, et qu’on peut même parfois y gagner. Bruno Guigue :

« La question n’est donc pas : faut-il s’abstenir aux élections ? Elle est plutôt : en s’abstenant le 23 avril, obtiendra-t-on un résultat plus intéressant qu’en allant voter ? » (Bruno Guigue).

« Des perspectives intéressantes »

Le 23 avril prochain, je voterai pour le candidat de la France insoumise pour deux raisons :

  • son programme correspond peu ou prou à ma propre vision politique, même si je demeure dubitatif sur quelques points décisifs (placer la sortie de l’UE et de l’euro en point B de son plan est ouvrir un défaut majeur dans sa cuirasse que ne manqueront pas d’exploiter les prédateurs de Bruxelles et de Francfort) ;
  •  il me paraît être le seul candidat acceptable pour précipiter la dislocation de la Ve République, étant entendu que je ne saurais quand même pas voter pour les hystériques régressifs d’extrême-droite et que cette dislocation est déjà bien avancée : une droite fossilisée en miette, un PS éclaté entre le camp du fade Hamon et celui, purement marketing, du télévangéliste Macron, un PCF définitivement dissous.

J’ai parfaitement conscience que l’élection d’un Jean-Luc Mélenchon ne suffirait pas à elle seule à régler les problèmes du pays. Je ne suis même pas sûr qu’un mouvement populaire serait prêt aujourd’hui à lui donner le coup de pouce nécessaire pour l’aider à y parvenir. Je ne sais même pas si Jean-Luc Mélenchon est en mesure de créer la surprise au premier tour de cette présidentielle.

Mais qui ne risque rien n’a rien. Si je m’interdis toujours  tout “vote utile” dans le seul but stupide et négatif d’éviter le pire en choisissant un autre pire, je partage tout à fait l’avis de Bruno Guigue pour dire que le vote Mélenchon est le seul à même, le 23 avril, d’ouvrir « des perspectives intéressantes ».

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Quelques mots à Jacques GÉNÉREUX – Par Vincent Christophe LE ROUX le 10/03/2017

Jacques Généreux m’a fait l’immense honneur, en ce vendredi 10 mars 2017, d’accepter l’invitation que je lui avais adressée (via Facebook) il y a un certain temps déjà…
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Je lui ai écrit ces quelques lignes pour le saluer et pour lui dire deux ou trois choses…
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Jacques, je suis très honoré que tu aies accepté mon invitation, camarade.
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Je suis un lecteur assidu de tes ouvrages, même si certains m’ont échappé à ce jour. Mais à 42 ans, j’espère avoir encore quelques années à vivre et donc le temps de les découvrir dans les mois et années à venir…
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Évidemment la « trilogie » était une oeuvre à marquer les esprits. J’ai beaucoup apprécié aussi le « socialisme néomoderne » parce qu’on y trouve d’autres développements que l’économie pure, fusse-t-elle, grâce à toi, expliquée en termes accessibles à tous. Et tout ce qui est dit sur les aspects humains, sociaux, relationnels dans ce livre-là m’a beaucoup fait réfléchir. Un grand moment !
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« Nous on peut » fut aussi un ouvrage explosif pour moi, dans le bon sens du terme !
Le tout dernier que tu as publié il y a quelques jours (Les bonnes raisons de voter Mélenchon) que j’ai pu acheter avant même le 1er mars, date officielle de sa sortie (merci à mon libraire préféré, la Librairie Durance à Nantes) est purement génial… J’ai particulièrement savouré l’intro et le chapitre sur l’UE…
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Je vais te dire quelque chose : je suis, depuis désormais deux ans au moins, partisan de la sortie de l’UE et donc du plan B. Car, à l’instar de Lordon, je pense que nous y parviendrons de toute façon inéluctablement. Je fais partie de ceux qui, au PG, se sont battus pour le texte « alternatif » lors du dernier congrès. Je sais que tu n’y étais pas du tout favorable. Je ne t’en veux pas. Tu avais une stratégie et elle ne correspondait pas à la nôtre puisque nous considérions que nous devions accélérer et parler plus clairement que nous ne le faisions alors.
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Je ne te cache pas ma joie profonde de vous voir – Jean-Luc, toi et les autres – vous rapprocher autant de nos positions d’alors, depuis un an… Parce que mes camarades et moi pensons que pour convaincre une majorité de Français le 23 avril et le 7 mai, nous devons avoir un discours clair sur l’UE or nous ne l’avions pas il y a plus d’un an. Entre autre cause, à cause de qui on sait… Ce problème est réglé depuis que Jean-Luc a choisi de ne plus avoir de comptes à rendre à ces alliés d’hier…
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Jacques, si mes camarades et moi sommes partisans du plan B (c’est-à-dire avant même le plan A en quelque sorte), nous ne sommes pas pour autant butés et nous ne rejetons pas votre stratégie duale qui a aussi sa finesse, parce que non seulement nous en comprenons les tenants et aboutissants, mais parce que, depuis quelques temps, vous lui avez donné plus de consistance et de crédibilité.
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Le plan A, tel qu’il était exposé il y a encore quelques mois, était tout à fait insuffisant à nos yeux car il se limitait à prévoir une négociation avec nos partenaires et nous savons tous quel est le contexte politique dans chacun des pays de l’UE, nous connaissons tous les règles qui conditionnent les évolutions des traités même si le fait politique peut parfois brusquer, voire contrer, certaines règles et certains principes.
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Mais se contenter de dire que nous allions « désobéir » sans expliquer à quoi nous allions désobéir, ni dire comment et quelles seraient les suites de cette désobéissance, cela ne permettait pas de comprendre ce que vous aviez vraiment en tête, et donc cela n’était pas de nature à convaincre de vous suivre sur cette voie.
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Depuis quelques mois, Jean-Luc a réorienté son discours pour ne plus parler de « désobéissance » mais de « sortie des traités ». La différence est énorme car nous envisageons donc de sortir de l’UE et le plan B est là pour ça. Très bien.
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Dans ton livre, le chapitre 5 expose très bien la question et tu as eu l’occasion, avec Sophie Rauszer il y a quelques jours, lors de l’université populaire sur la question européenne, de dire clairement quelle était la stratégie, de la détailler, et de montrer que nous avons bien l’intention de ne pas nous laisser faire.
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Ce qui nous donne du poids et de la crédibilité, ce qui fait qu’aujourd’hui (contrairement à il y a encore quelques mois) je vous trouve – Jean-Luc, toi et les autres – bien plus crédibles et convaincants, c’est que tu n’hésites plus à expliquer que nous n’attendrons pas l’éventuelle mise en oeuvre du plan B pour prendre les mesures conservatoires nécessaires, y compris en désobéissant chaque fois que nécessaire aux dispositions contraires à notre projet.
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Cela, c’est percutant, incisif et ça fait pencher la balance du bon côté. Grâce à cette détermination que vous avez annoncée de ne plus tolérer ce qui est intolérable, et d’appliquer d’office, avant même que soit engagée toute discussion avec nos partenaires, les mesures que vous jugerez nécessaires, eh bien je crois que vous allez enfin convaincre pas mal de sceptiques qui ne croient pas que Jean-Luc soit vraiment déterminé à bousculer l’UE.
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C’est cela qui m’importe au plus haut point et qui importe aux yeux de mes principaux camarades, nous qui oeuvrons depuis deux ans pour obtenir de nos représentants principaux (Jean-Luc, toi et les personnalités qui vous entourent) que vous disiez enfin ce que nous jugions indispensable de dire.
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Nous savons qu’il y a des gens qui ont peur des perspectives qu’entraînerait la sortie de l’UE, et le système et la grande presse font tout pour alimenter ces peurs au lieu de faire une oeuvre utile d’information et d’éducation. Heureusement que nous avons Frédéric Lordon et Aurélien Bernier pour faire ce travail pédagogique. Je pourrais aussi citer Sapir qui, depuis plus d’un an, publie des billets plutôt sympas et en soutien de Jean-Luc.
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Si les « inquiets » existent, ils sont, à nos yeux, bien moins nombreux que les autres, je veux dire que ceux qui n’ont pas peur de la sortie, qui ont compris à quel point l’UE est détestable et pourquoi et comment elle empêche tout progrès économique, social et géopolitique.

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Si, en 2005, 55% des Français ont dit non au TCE, cela signifie clairement que le peuple a compris, lui ! Et ce faisant, c’est à l’UE dans son ensemble qu’il a dit NON puisque le TCE reprenait tous les traités qu’il regroupait en un seul. On ne peut valablement dire que le peuple qui a dit NON n’a dit NON qu’à tel ou tel aspect du traité. Le NON est exclusif. Le traité a été rejeté en bloc et donc, sur un plan juridique, il n’a plus aucune valeur. Le fait qu’il ait été rhabillé autrement ne change rien à cela.

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Donc tout ce qui a été fait depuis est une « forfaiture » comme cela a été dit. On pourrait d’ailleurs tout rayer d’un seul trait de plume et considérer tout ce qui s’est fait depuis (Traité de Lisbonne, TSCG, MSE…) comme nul et non avenu puisque constitutionnellement c’est illégal vu que nous avons dit NON et que nos dirigeants sont passés outre pour aller plus loin, plus vite, plus fort.

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Je pense donc que la priorité n’est pas de vouloir rassurer les inquiets par un discours de modération. Ce n’est pas eux qui nous feront gagner. 2005 est la preuve concrète que le peuple a compris depuis longtemps, qu’il est en avance sur ses représentants…

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Ce sont donc les millions de gens qui veulent que l’on règle la question de l’UE qu’il faut attacher à nous et donc par exemple détacher du FN ou de l’UPR.

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Aurélien Bernier, Frédéric Lordon et d’autres sont convaincus que le FN vit de cela, de nos insuffisances pendant si longtemps sur le sujet de l’UE. Et je suis certain qu’ils visent juste !

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Si l’on veut dévitaliser le FN, c’est NOUS qui devons porter le fer contre l’UE. À notre façon. Nous devons le faire avec notre vision et notre philosophie humaniste, internationaliste, mais nous devons montrer que Jean-Luc ne sera pas un nouveau Tsipras et que la France insoumise ne sera pas une nouvelle Syriza.

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Je vous dis donc merci, en particulier à toi, à Jean-Luc et à Sophie, d’avoir le discours que vous avez aujourd’hui.

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La question européenne, c’est le nerf de la guerre. C’est ce sujet qui nous fera gagner ou perdre l’élection, puisque selon ce que nous dirons et ferons sur ce sujet, nous pourrons faire tout le reste…ou pas ! Notre crédibilité se joue là.

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Un dernier point, à propos de ton livre « La déconnomie ». Je ne l’ai pas encore lu. Je le ferai sous peu. Par contre, je t’ai écouté en parler ici ou là sur quelques vidéos (ici, ici, ici, ici et encore ici) et je ne pense pas que la ligne d’attaque que tu as choisie dise tout de cette situation folle que tu décris et dénonces.

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Certes, il y a sans aucun doute une part d’erreur, de bêtise, d’illusion, d’égarement (quels que soient les qualificatifs qu’on donne à la chose que tu étudies), mais je crois qu’il n’y a pas QUE cela. Ce que ne dit pas le titre que tu as choisi, et qui apparemment ne figure pas dans le livre puisque, lorsque tu l’as commenté ici ou là, tu ne l’as pas évoqué et que tu en es resté à l’aspect « déconnant » de l’économie mondiale, c’est l’explication qui passerait par dire que ce qui se produit est aussi largement le résultat de choix faits en conscience et non par erreur, de choix faits par quelques-uns pour aboutir précisément à la situation que nous connaissons où un tout petit nombre a tout et l’immense masse des humains rien ou si peu !

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Les années que nous vivons ne sont pas QUE le résultat d’erreurs de politique économique ou d’un aveuglement des dirigeants pour des théories insensées. Mon avis, c’est que les dirigeants de nos pays savaient ce qu’il adviendrait et qu’ils l’ont voulu car loin de défendre NOS intérêts, ils servent les intérêts des dominants. On est comme au temps des « patrons voleurs » aux États-Unis dans les années de la fin du XIXe siècle où le capitalisme triomphant avait rendu multi-milliardaires quelques-uns et miséreux tous les autres, ce qui conduisit, en quelques décennies, au krak de 1929, à la Grande Dépression puis finalement à la Seconde guerre mondiale, aubaine des capitalistes…

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Ce n’était pas plus une « erreur » de diagnostic ou de remède qu’aujourd’hui. L’accaparement des richesses, la captation du « sang » de l’économie par ce 1% au détriment des 99%, était non pas seulement le résultat inéluctable d’une politique mais bien l’objectif poursuivi.

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Il est dommage que tu n’aies pas aussi abordé cet aspect. Parce que à critiquer les « erreurs » sans jamais oser dire qu’elles dissimulent en fait des volontés très conscientes de ceux qui nous dirigent, on prête le flanc à être perçu, soi-même, comme quelqu’un s’arrangeant avec la réalité…

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Merci de m’avoir lu jusqu’ici. Je t’adresse un salut insoumis !

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Nous ne sommes pas Benoît Hamon ! Par Claire Bouthillon le 22/01/2017

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On n’a jamais autant vu énoncer le nom de Jean-Luc Mélenchon ce soir… troublant. Il émerge vraiment comme un challenger.
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Pour en venir à notre positionnement général, dans cette élection présidentielle quelle que soit son mode d’écriture aujourd’hui surprenante et ouverte, qu’une chose soit bien comprise. Jean-Luc Mélenchon ne maintiendra pas sa candidature parce que son égo compte plus que tout. Mais bien parce que notre programme apporte des différences et une légitimité qui commencent par le fait que nous ne nous sommes pas commis dans le gouvernement actuel. Benoit Hamon si… Qui lui est resté au PS quand Jean-Luc Mélenchon en est sorti pour aborder une autre façon de faire de la politique, et je n’exprime pas ici les errances de son propre parti en politique politicienne.
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Je souris de voir évoquer la « nuit des longs couteaux » des fraudes électorales en 2008 contre Ségolène Royal. J’étais avec celle-ci lors de cette nuit atroce où j’ai compris que mon socialisme avait été assassiné pour empêcher notre rénovation écologique et sociale dans le PS. Rien n’est sans doute joué quand des votes sont contrôlés par ce parti moribond. Il reste qu’Arnaud Montebourg donne ses 17% de voix à Hamon alors que Manuel Valls n’en a plus vraiment sous le pied : d’où son appel désespéré pour un vote massif au second tour. Mais cette fois, la droite ne viendra pas à la rescousse quand son candidat est pourvu.
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Par ailleurs nous avons des différences fondamentales avec Benoit Hamon :
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1. La posture géopolitique : nous sommes pour la Paix et voulons coopérer avec tout le monde quelle que soit la politique intérieure des États. Nous ne nous ingérons pas dans leurs affaires, même si nous ne sommes pas d’accord avec leurs choix de gouvernance. Nous croyons modéliser une influence bénéfique à se démocratiser en encourageant les émancipations quand elles se signalent.
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Nous voyons dans la posture du PS tout entier et Benoit Hamon pas moins, une inconséquence guerrière à diaboliser la Fédération de Russie, la Syrie, la Turquie dans le même panier, en réécrivant les scenarii de la guerre à l’avantage occidental. Les faits sont têtus et ne demandent qu’à sortir sur les réalités des actes sur le terrain, surtout quand il s’agit d’aider des « rebelles modérés » dont le pedigree se révèlera plus vite qu’on ne le pense avec la pacification du territoire. Et en cela, je comprends les doutes de Jean Lassalle d’hier au retour de sa mission en Syrie qui a déclenché l’indignation du Yannou de service à ONPC.
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Il reste à établir la liste des dommages collatéraux de nos guerres dans cette région du Moyen-Orient depuis des décades, pour comprendre l’hémorragie insupportable des génocides, à quoi, la Russie pour ne prendre que cet exemple, ne peut se mesurer. Idem s’agissant de son budget militaire et de son emprise infime sur la question des bases militaires au regard des Yankees. Reparlons-nous de Guantanamo ?
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En tout état de cause, la France insoumise veut le maintien de la paix et entend coopérer avec tout le monde. Elle « casse » ainsi une longue période paternaliste qui entendait, au nom d’une supériorité civilisationnelle aujourd’hui décadente en consumérisme débridé, sous prétexte qu’elle avait expérimenté les Lumières, régenter les choix de gouvernance d’autrui au long des siècles, et pratique une justification des ingérences beaucoup plus intéressées qu’on ne le pense, qui font de nous des colonisateurs et néo colonisateurs. Aujourd’hui, nous ouvrons nos choix en résonance avec une moitié de l’hémisphère Sud, en adhésion pour l’alter mondialisme qui prend pour assise une réforme des Nations-Unies pour l’instant sous emprise hégémonique occidentale et par-dessus tout Yankee à un point insupportable. Les BRICS sont les véritables enjeux à quoi nous raccrocher, qui se trouvent être voulues par la Fédération de Russie et d’autres pays qui également subissent les coups de boutoirs US comme la Chine et le Brésil, qui a déposé Dilma Roussef sans pour autant mettre en cause le maintien de la participation de ce pays à un nouvel ordre mondial. La corruption n’est pas là où on le pense, et les criminels non plus.
Nous sommes des « non-alignés ».
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Benoit Hamon éructe tout autant que les autres dans des revendications bellicistes qui en réalité servent les intérêts néolibéraux dont il voit un allié chez les États-Unis. Est-ce une position progressiste ? Est-ce avoir une dimension de Chef d’État protégeant son peuple ? Aucunement. Jean-Luc Mélenchon oui. Il a cette vision et cette dimension.
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2. L’Union Européenne : dans l’interview que Jean-Luc Mélenchon a donné à Marianne cette semaine avec de multiples intervenants – un modèle du genre – il y a cette question abordée avec beaucoup de confiance sur le poids que nous mettrions dans la négociation imposant la fin des traités. Je ne crois aucunement pour ma part, que le poids de notre PIB fera céder les Pan Germanistes de l’UE qui obéissent à un lobby occulte. Celui-ci n’entend pas céder ses richesses et ses pouvoirs parmi les 1% que nous voulons exploser. Quel que soit notre poids économique et démographique, il ne peut céder d’un pouce à nos négociations car il craint un « effet domino ». C’est en abordant tout de suite l’idée du Frexit que nous amènerons cette négociation en bras de fer, faisant changer la peur de camp, pour une transition destinée à éviter le chaos financier dans un pays qui est certainement dans une situation de banqueroute déguisée par notre actuel gouvernement. Et cela principalement sur la dette publique. L’intelligence serait de contourner l’article 50.
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Benoit Hamon vend une réforme possible irréaliste… En se posant comme un pragmatique. Encore une posture qui l’amènerait à se « ranger des voitures » dans les mêmes conditions que la Grèce de Tsipras au 1er affrontement ? Sa promesse pue la mort.
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3. La Laïcité : dans une analyse, toujours dans le Marianne de cette semaine, est épinglée chez lui un défaussement devant la réalité communautariste qui a pourtant fait de sa ville (Trappes), un territoire de non-droit : le plus grand exportateur de Djihadistes parmi les villes françaises. Plutôt que d’aborder de front la suprématie de la Laïcité sur les droits à la différence quelle qu’elle soit et même minoritaire, qui a la liberté de s’exprimer dans la sphère privée, il victimise le phénomène en pointant l’autre réalité de la faillite des politiques publiques qui ont collectionné les échecs dans ces villes ghettoïsées de « banlieue ». Or il y a du communautarisme infiltré partout, même dans le XVIème arrondissement de Paris par Wahhabites interposés et chez de populations très éduquées. C’est ainsi chez les sectes. Il ignore donc sciemment que, succédant aux réfugiés des combattants contre le FIS, se sont ensuite infiltrés les réfugiés en « fous de Dieu » qui ont infiltré nos quartiers en instaurant une charia par la terreur, pas seulement sur les communautés musulmanes, qui font leur lit sur la faillite éducative et la crise, avant tout morale, très exactement selon les mêmes ressorts que les fascismes de droite. Benoit Hamon est sur la ligne du Choc ces Civilisations en reculant sur nos valeurs républicaines que défend tout à coup Manuel Valls, qui n’a pour autant pas empêché la création d’écoles fondamentalistes contractualisées, par ports du voile interposés. C’est pourtant de lui sur la forme, dont nous sommes les plus proches puisque nous nous apprêtons à mettre fin aux communautarismes, à quoi nous rajoutons que nous mettons fin au Concordat d’Alsace-Moselle. L’a-t-il d’ailleurs mentionné ?
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4. La nature réelle de la VIème République : tout à coup, nos candidats professionnels de la politique de cette Primaire improbable, imposent le cercle vertueux pour les élus. Belle incantation qui, au regard de la nature même des élus qui avec eux portent une déformation de leur rôle, comptent se prolonger sous une nouvelle constitution de façade pour calmer le rejet du peuple envers les politiques.
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La VIème république de la France insoumise, elle, ne simule pas un changement de façade… Aucun élu éprouvé ne pourra se présenter et une vigilance sera menée contre nos propres apparatchiks en soutien, qui ne veulent pas se soumettre au tirage au sort citoyen comme dans ces Législatives. Ceci étant, les citoyens ici s’impliquent, participent, prennent leurs responsabilités pour représenter dignement leurs électeurs en se plaçant à leur service. Benoit Hamon veut-il cela ??? Certainement pas… C’est un des plus aboutis en matière d’apparatchik. Il ne connait rien de la vie civile. Il traîne par ailleurs derrière lui une rumeur insistante en série de casseroles sur ses manipulations politiciennes.
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Alors reste la combat contre l’austérité sur lequel nous serions convergents avec Benoit Hamon. Là encore, je le vois en Tsipras. Car il ne pourra se résoudre que par une redéfinition internationale émancipatrice de la tutelle atlantiste qui commence par l’affranchissement de cette Union Européenne là. Il faut face à cela et dans un contexte en voisinage hostile, avoir une grande résistance, quitte à subir les contrecoups de la disette, et surtout une tactique en technique de frappe fulgurante. En face, ils ont déjà joué les ripostes à tous les scénarii possibles. Nous n’avons pas 48 heures d’embellie devant nous et encore moins la trêve des 100 jours. Les éternelles négociations institutionnelles auxquelles s’apprête Benoit Hamon, n’envisagent absolument pas cette riposte internationale fulgurante. L’abdication est dont son avenir. Mais surtout la nôtre.
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A ce sujet, nous avons dans la France insoumise, nos propres schismes, et ne donnerons carte blanche à personne. Cette campagne législative nous permet de recenser les dérives et les errances actuelles et d’analyser en face les résistances citoyennes au sein des groupes d’appui qui posent question sur le rôle réel du Comité national de jlm2017. Mais passons. Les enjeux pour nous ne sont pas là, mais bien dans la façon de préparer la nouvelle constituante. Nous sommes maintenant prévenus.

Place au peuple !