Archives du mot-clé Venezuela

« La France insoumise : son succès, son programme et son avenir » – Publié dans le journal « Révolution » le 13/09/2017

L’article publié dans le journal Révolution est accessible ici.

Avant-propos de Vincent Christophe Le Roux : Je vous invite à lire, à méditer et à relayer largement cet article du journal « Révolution » qui est d’une densité rare.

Oui il est long. Oui, il est dense. Il vous faudra une bonne demi-heure pour aller à son terme. Mais ça en vaut la peine !

C’est un texte qui vous fouette le sang !

C’est un texte qui vous fait réfléchir, qui vous appelle à remettre en question ce qui pouvait vous paraître évident jusqu’ici. Ou à l’inverse, vous fait imaginer ce que demain pourrait être à condition que nous ne reproduisions pas les erreurs d’hier, celles qui ont empêché nos pères de réussir hier en France, celles qui ont empêché nos semblables de réussir hier ailleurs dans le monde, celles qui empêchent aujourd’hui nos frères et soeurs de parvenir d’atteindre le rêve que nous caressons tous et toutes.

C’est un texte qui peut aussi vous renforcer dans certaines de vos certitudes.

Je ne souscris pas à tout ce qui est dit, j’ai ainsi des réserves sur certains sujets :

  • d’une part, sur la critique, faite par cet article, du “nationalisme” prétendu de Mélenchon et de la France insoumise , et sur la nocivité de la logique “indépendantiste”,
  • d’autre part, sur la nécessité affirmée de transformer en parti le mouvement de la France insoumise,

Mais ces deux réserves mises à part, je juge ce texte exceptionnel. C’est un outil vraiment formidable pour le combat politique que nous menons au sein de la France insoumise.

En outre, je suis de ceux qui considèrent que le projet L’Avenir en commun, s’il est une excellente base de travail qui nous a fait d’ailleurs gagner des millions de soutiens de plus qu’en 2012, ne peut se suffire dans son état actuel. Il aurait fallu aller beaucoup plus loin sur pas mal de sujets. Nous étions un certain nombre à avoir fait passer ce message pendant la phase préliminaire de la campagne électorale, notamment lors de la préparation de la première convention de la France insoumise, celle de Lille ! Or, hélas, nous avons échoué à convaincre la majorité qui a préféré adopter un projet restant dans une forme d’entre-deux sur bien des sujets fondamentaux. On l’a vu évidemment sur la question européenne. Mais pas que !

On l’a vu aussi par exemple avec le refus d’intégrer les propositions de Bernard Friot. Ce fut hélas très significatif et en même temps très révélateur de la « modération » de certains des nôtres qui se trouvaient parmi les principaux décideurs de ce qui s’écrivait dans le projet. Il y avait pendant la campagne électorale – et il y a toujours aujourd’hui – bien trop d’esprits colonisés voire contaminés par la logique « social-démocrate » parmi les principaux acteurs nationaux de la France insoumise. Et c’est la raison pour laquelle nous n’allons pas au bout de la logique que portent cependant notre discours et notre projet.

Si on l’avait fait, peut-être aurions-nous convaincu ces quelques centaines de milliers d’électrices et d’électeurs populaires qui nous ont manqué au 1er tour ; et peut-être aussi que des millions d’abstentionnistes seraient venus aux urnes nous soutenir en votant Mélenchon ! Peut-être que si nous avions osé être plus ambitieux dans notre projet, plus courageux aussi, nous aurions gagné cette partie du peuple qui aurait fait la différence alors qu’elle nous a délaissé.

Aujourd’hui, l’élection est derrière nous. Il est donc temps de pousser fort, très fort, pour que notre projet aborde enfin certains sujets négligés et assume clairement et solennellement des ruptures qu’il n’a pas voulu assumer jusqu’à présent. Notamment – mais les deux sont entièrement liés – la rupture avec l’Union européenne et la rupture avec le système capitaliste !

Vaut-il mieux perdre quelques modérés qui auront peur d’une telle révolution et gagner le soutien de millions d’âmes qui nous regardent encore aujourd’hui avec défiance, ou vaut-il mieux l’inverse ?

Je pose la question…

* * * * *

Moins de deux ans après sa création, la France insoumise (FI) est devenue la force dominante à gauche. Non pas, bien sûr, qu’elle soit la mieux organisée ou qu’elle ait le plus grand nombre d’élus. Mais elle domine indiscutablement dans la conscience politique des masses. Tous les sondages le soulignent : la FI est perçue comme la principale opposition de gauche au gouvernement Macron. Elle suscite beaucoup d’espoirs et d’attentes dans les couches les plus exploitées et les plus opprimées de la population. C’est fondamental. Aucun puissant appareil, aucun vaste « réseau d’élus » ne peut remplacer un tel soutien populaire.

Nos adversaires – la classe dirigeante, ses politiciens et ses relais médiatiques – ne s’y sont pas trompés : ils attaquent sans cesse Mélenchon et son mouvement. Dans cette agressivité, il entre une certaine dose de peur. Or celle-ci, comme on le sait, est mauvaise conseillère : en concentrant le feu sur la FI, ils contribuent à accroître son autorité et la désignent implicitement comme une possible alternative au gouvernement actuel (ce qu’elle est). Les politiciens bourgeois font toujours cette erreur, lorsqu’ils sentent le sol se dérober sous leurs pieds. En Espagne, la droite a déversé des tonnes de calomnies sur Podemos, pendant des années, en l’accusant notamment de soutenir – ô surprise – la « dictature » de Nicolas Maduro, au Venezuela. En Grande-Bretagne, Jeremy Corbyn subit le même sort, sur d’autres thèmes. Mais chaque fois, les calomnies finissent par éclabousser les calomniateurs.

Un phénomène international

Le succès de la FI ne tombe pas du ciel. Il est important d’en comprendre les raisons fondamentales. En premier lieu, il faut souligner le caractère international de ce phénomène. Partout, la crise mondiale du capitalisme provoque une polarisation – sur la droite et sur la gauche – qui déstabilise en profondeur les échiquiers politiques. En particulier, l’aile droite de la social-démocratie, qui a dominé la gauche pendant des décennies, est dans une crise profonde. Elle est de plus en plus concurrencée par des forces qui émergent sur sa gauche. C’est le cas notamment en Espagne (Podemos) et en Belgique (PTB). Avant cela, l’ascension rapide de Syriza, en Grèce, s’était réalisée au détriment du PS grec, le PASOK. En Grande-Bretagne, l’aile droite du Labour est confrontée à l’énorme popularité de Jeremy Corbyn, qui vient de la gauche du parti. Aux Etats-Unis, il n’y a pas de social-démocratie à proprement parler : le Parti Démocrate est un parti purement bourgeois. Mais il n’empêche que la campagne de Bernie Sanders aux primaires démocrates, en 2016, fut un séisme politique majeur : il se présentait comme un « socialiste », proposait une « révolution politique contre la classe des milliardaires » – et suscitait l’enthousiasme de millions d’Américains.

L’émergence de la FI est l’expression, en France, du même processus, qui s’enracine donc dans la situation objective : dans la crise du système capitaliste, dans ses conséquences sociales désastreuses et dans les politiques d’austérité qui se succèdent depuis la récession mondiale de 2008. Dans ce contexte, tous les partis – de droite comme « de gauche » – qui participent à la mise en œuvre de politiques d’austérité en sortent profondément discrédités. Un espace s’ouvre alors sur la gauche. Encore faut-il l’occuper, ce dont furent incapables les « frondeurs » du PS (qui se plaignaient de la politique de Hollande, mais votaient pour) et la direction du PCF (qui est embourbée dans des alliances avec le PS). Mélenchon, lui, a su occuper cet espace ; il a su rompre clairement avec le PS et incarner le refus des contre-réformes et des coupes budgétaires. Sans surprise, la radicalité de son discours a rencontré un puissant écho chez des millions de jeunes et de travailleurs.

Il est inutile d’aller chercher beaucoup plus loin les raisons du succès de la FI. Par exemple, on lit parfois que Mélenchon aurait trouvé le « bon dosage » entre « nationalisme » et « socialisme ». C’est faux. D’une part, il n’y a pas de bon dosage en la matière : nationalisme et socialisme s’excluent mutuellement ; le socialisme est par essence internationaliste. D’autre part, les tendances nationalistes sont beaucoup moins affirmées chez Sanders, Iglesias et Corbyn que chez Mélenchon. Or leurs succès sont comparables. Ils découlent avant tout du caractère socialde leur programme : le refus de l’austérité, des coupes budgétaires et du pouvoir sans limites des capitalistes. Le nationalisme français, quel qu’en soit le nom (« indépendantisme », « souverainisme » ou « patriotisme »), n’a pas un atome de contenu progressiste et ne peut en rien favoriser la croissance de la FI.

Réformes et révolution

Révolution considère l’émergence de la FI comme un développement très positif, car cela déporte vers la gauche l’axe politique du mouvement ouvrier français. Nous sommes partie prenante de ce mouvement. Nous avons activement participé aux campagnes électorales de Mélenchon à la présidentielle et des candidats « insoumis » aux législatives. Cependant, comme organisation marxiste, nous avons un certain nombre de divergences avec le programme officiel de la FI. Depuis le début de notre investissement dans ce mouvement, nous avons formulé ces divergences de façon positive et constructive. Résumons-les.

Le programme de la FI, L’Avenir en commun, contient une longue série de mesures économiques et sociales très progressistes. Si elles étaient mises en œuvre, elles se traduiraient par une très nette amélioration du niveau de vie de l’écrasante majorité de la population. Pas de toute la population, cependant ; la petite minorité de grands capitalistes qui contrôlent l’économie y perdrait quelque chose, à quoi ils tiennent plus qu’à la prunelle de leurs yeux : une partie de leurs marges de profit. La baisse du temps de travail, l’augmentation des salaires et le développement des services publics – pour ne citer que ces trois mesures de L’Avenir en commun– impliquent nécessairement de ponctionner les marges de profits des bonzes du CAC 40, et donc aussi les dizaines de milliards d’euros de dividendes qu’ils distribuent aux actionnaires, chaque année. L’Avenir en commun le dit d’ailleurs clairement : « il faut taxer les profits ».

Nous sommes évidemment d’accord avec l’idée de taxer les profits. Sous le capitalisme, toute la lutte des classes, au fond, est une lutte pour la répartition des richesses créées (par les salariés) entre Travail et Capital. Cependant, il y a des limites aux conquêtes sociales qu’il est possible d’arracher et de consolider dans le cadre du système capitaliste, en particulier dans un contexte de profonde crise économique, comme aujourd’hui. Non seulement le patronat n’est pas disposé à concéder de nouvelles réformes progressistes, mais il exige sans cesse des contre-réformes brutales. Confrontée à un gouvernement dirigé par la FI, la classe dirigeante française ferait tout ce qui est en son pouvoir pour saborder les réformes et contraindre le gouvernement à faire marche arrière. Pour ce faire, elle utiliserait son contrôle de l’appareil productif, de l’industrie, des transports, de la grande distribution, des banques et des médias. Par exemple, elle organiserait une grève d’investissements et une fuite des capitaux (lesquels, d’ailleurs, fuiraient spontanément pour éviter les taxes). Comment un gouvernement de la FI répondrait à cette contre-offensive de la classe dirigeante ? L’Avenir en commun n’apporte pas la réponse – et, à vrai dire, ne pose pas la question.

Voici notre réponse : les mesures progressistes de L’Avenir en commun ne pourront être mises en œuvre qu’à condition de rompre avec le capitalisme lui-même, donc de s’en prendre de façon décisive à la grande propriété capitaliste. Cela passe par la nationalisation – sous le contrôle démocratique des salariés et des consommateurs – des principaux leviers de l’économie : banques, énergie, transports, industrie, distribution, etc. Or L’Avenir en commun propose seulement de nationaliser quelques entreprises : « des » banques (lesquelles ?), les autoroutes, EDF et Engie (ex-GDF). C’est très insuffisant. Nous ne proposons pas de nationaliser les petites entreprises : ce serait inutile et absurde. Mais pourquoi laisser la plupart des mastodontes du CAC 40 entre les mains des milliardaires qui les possèdent – et qui, n’en doutons pas, s’en serviraient pour opposer une résistance acharnée aux mesures contenues dans L’Avenir en commun ?

Il faut compléter le programme de la FI dans le sens que nous venons d’indiquer, c’est-à-dire y introduire des mesures visant la transformation révolutionnaire et socialiste de la société.

Les leçons de la crise grecque

L’histoire de la lutte des classes a maintes fois démontré la nécessité d’un programme de rupture avec le capitalisme. En France, par exemple, le premier gouvernement de Mitterrand, entre 1981 et 1984, s’est heurté à ce qu’il a lui-même appelé le « mur de l’argent », qui n’est rien d’autre, au final, que la propriété capitaliste des grands moyens de production. En refusant de briser ce mur, Mitterrand s’est condamné à répudier son propre programme : ce fut le « tournant de la rigueur » de 1983-84, l’abandon du programme officiel du PS et, au passage, le début de la longue dérive droitière de ce parti.

Plus récemment, c’est en Grèce que les limites du réformisme ont éclaté au grand jour. En janvier 2015, Syriza accédait au pouvoir sur la base d’un programme progressiste. Sa mise en œuvre se serait traduite par une très nette amélioration des conditions de vie des masses grecques, lesquelles avaient subi, depuis 2009, plusieurs plans d’austérité draconiens. Cependant, Alexis Tsipras nourrissait l’illusion qu’il pourrait à la fois mettre en œuvre son programme de campagne et négocier un « bon accord » avec la « troïka » (UE, BCE, FMI) sur la dette publique grecque. Mais la troïka et l’ensemble des classes dirigeantes européennes ont immédiatement soumis le gouvernement grec à de colossales pressions pour qu’il renonce à son programme officiel et poursuive les mesures d’austérité. On connaît la suite : en juillet 2015, Tsipras capitulait sur toute la ligne et s’engageait dans la voie des privatisations et de nouvelles coupes budgétaires.

On entend parfois que Tsipras n’avait pas le choix, que les travailleurs grecs n’étaient pas prêts à une rupture avec le capitalisme – et que, de toute façon, la Grèce est un trop petit pays pour s’engager sur la voie du socialisme, qu’elle aurait été « isolée », etc. Ces arguments ne tiennent pas une seconde. La détermination des jeunes et des travailleurs grecs à lutter contre la troïka et les capitalistes en général a été démontrée par leur mobilisation massive dans les jours qui ont précédé le référendum du 5 juillet 2015. Le résultat du référendum lui-même – 61 % des voix contre les exigences de la troïka – en fut une autre illustration limpide. Si, au lieu de capituler quelques jours plus tard, Alexis Tsipras s’était appuyé sur le résultat du référendum pour proposer la répudiation de la dette publique et un plan de rupture avec le capitalisme grec, il est très probable que les pauvres, les jeunes et les travailleurs l’auraient soutenu activement et avec enthousiasme. Et à tout le moins, pour connaître leur réaction à l’idée d’une rupture révolutionnaire, il fallait la proposer.

Bien sûr, une Grèce socialiste se serait immédiatement attiré les foudres du capitalisme mondial. Mais elle aurait aussi gagné la sympathie des travailleurs du monde entier, à commencer par les travailleurs d’Europe. On peut affirmer avec certitude – sur la base de toute l’expérience passée – que le renversement du capitalisme en Grèce aurait eu un énorme impact politique sur l’ensemble du continent. Une vague révolutionnaire n’aurait pas tardé à balayer l’Europe. La question aurait été posée à toutes les forces de gauche : « pour ou contre la Révolution grecque ? », de même qu’Octobre 1917 avait posé la question : « pour ou contre la Révolution russe ? ».

Il n’est pas décisif, au fond, que ce soit la Grèce, l’Espagne ou un autre pays qui commence la révolution socialiste. La puissance économique relative des différents pays d’Europe n’entre pas en ligne de compte dans les perspectives générales, car les conséquences politiques du renversement du capitalisme dans un seul pays, quel qu’il soit, seront très indépendantes de son PIB. Aussi, les raisonnements sur la différence entre la « petite » Grèce et la « puissante » France n’ont pas grand intérêt. Ils aboutissent en général à la conclusion doublement fausse que la Grèce est trop faible pour le socialisme – et la France assez puissante pour s’en passer.

L’exemple du Venezuela

Le Venezuela offre un deuxième exemple, lui aussi tragique, de l’impasse du réformisme. Rappelons brièvement l’histoire récente du Venezuela.

L’élection de Hugo Chavez à la tête du pays, en 1998, a marqué le début d’une authentique révolution, la « révolution bolivarienne ». Dans le domaine économique, le premier acte important de Chavez fut d’annuler le projet de privatisation de la puissante industrie pétrolière, PDVSA, qui est de loin la première source de recettes de l’Etat vénézuélien. Il a mis ces ressources au service de toute une série de « missions sociales » dans les domaines de la santé, du logement et de l’éducation. L’analphabétisme a été rapidement résorbé. Des millions de pauvres ont vu un médecin pour la première fois de leur vie. De nombreux logements sociaux ont été construits. Le Code du travail a été modifié au profit des salariés. Une réforme agraire – au profit des paysans les plus pauvres – a été engagée.

La bourgeoisie vénézuélienne et ses maîtres impérialistes, aux Etats-Unis, ne pouvaient pas tolérer cette situation. Le 11 avril 2002, l’opposition de droite et des généraux réactionnaires – appuyés par les sommets de l’Eglise, de grands médias et l’administration américaine – ont organisé un coup d’Etat. Le palais présidentiel a été investi ; Chavez et des ministres ont été arrêtés. Mais en 48 heures, le coup d’Etat a été balayé par une mobilisation révolutionnaire des masses, dans les rues de Caracas et de tout le pays. Quelques mois plus tard, en décembre 2002, le patronat a organisé un vaste lock-out, là encore dans le but de renverser le gouvernement bolivarien. Mais là encore, la mobilisation révolutionnaire des travailleurs a fait échouer cette tentative.

L’un des grands mérites de Chavez fut de tirer des conclusions radicales de cette expérience. A partir de 2005, il déclare que les objectifs de la révolution vénézuélienne sont « socialistes », que l’émancipation du peuple vénézuélien est impossible dans les limites du système capitaliste. Cette idée rencontra un écho enthousiaste dans les masses vénézuéliennes. Par exemple, la création du Parti Socialiste Unifié du Venezuela, en 2007, fut un énorme succès. Il attira sous sa bannière plusieurs millions de jeunes, travailleurs et paysans – dont un grand nombre de femmes.

Cependant, le « socialisme » existait davantage dans les discours que dans la réalité. Quelques entreprises furent nationalisées, mais abstraction faite de la PDVSA, l’essentiel de l’économie – à commencer par le secteur bancaire – restait dans des mains privées. Le vieil appareil d’Etat était infesté d’éléments réactionnaires, carriéristes ou corrompus. Les initiatives des travailleurs pour instaurer le contrôle ouvrier dans les entreprises nationalisées se heurtaient à l’opposition et au sabotage des hauts fonctionnaires. De manière générale, Chavez lui-même s’efforçait de trouver un impossible compromis avec la bourgeoisie vénézuélienne. Celle-ci ne pouvait pas se réconcilier avec la révolution bolivarienne. Elle voulait son écrasement pur et simple.

Après la mort de Chavez, en 2013, la crise économique et politique s’est accélérée. La chute des cours du pétrole a joué un rôle important dans la crise, comme le soulignent les dirigeants de la France insoumise. Mais on ne peut réduire cette crise à la question du pétrole. Le problème, c’est que la bourgeoisie vénézuélienne refuse d’investir dans l’économie. Elle préfère spéculer sur la crise. Elle table sur le fait que le chaos économique, la pénurie et l’hyper-inflation créeront les conditions matérielles d’un renversement du gouvernement Maduro, les masses perdant patience. Or Maduro s’efforce – en vain – de trouver un compromis avec la droite et les capitalistes vénézuéliens. Cette politique mène tout droit à la défaite de la révolution vénézuélienne. La révolution ne peut être sauvée que par l’expropriation de l’oligarchie et la mise en place d’un contrôle démocratique des ouvriers sur l’économie et l’Etat. Autrement dit, par une révolution socialiste, laquelle aurait un puissant écho dans toute l’Amérique latine – et au-delà. Vingt années de révolution bolivarienne ont démontré qu’il n’y a pas d’autre voie.

L’Union Européenne

La crise grecque de 2015 a exposé la véritable nature de l’Union Européenne. En complète contradiction avec leurs beaux discours sur l’« unité » et les « valeurs » de l’UE, les classes dirigeantes d’Europe – à commencer par la plus puissante, la classe dirigeante allemande – ont soumis le gouvernement Tsipras et le peuple grec à un chantage brutal. Pour Angela Merkel et ses semblables, l’expression démocratique du peuple grec ne pèse rien face aux intérêts des banques et des multinationales. Les capitalistes français, bien sûr, ont exactement la même conception de la démocratie. Si le gouvernement Hollande a figuré en deuxième ligne de l’offensive contre le gouvernement Tsipras, c’est parce que les capitalistes allemands dominent l’UE, désormais, et y tranchent toutes les questions où leurs intérêts sont en jeu. Ceci dit, toutesles classes dirigeantes d’Europe poussaient à la capitulation de Tsipras, d’une manière ou d’une autre.

Sur la base de cette expérience et de la politique réactionnaire de l’UE en général, la jeunesse et les travailleurs du continent sont de plus en plus critiques à l’égard des institutions européennes. Le discours sur « l’Europe sociale », grâce à une réforme de l’UE, sonne comme une mauvaise plaisanterie. En effet, l’UE ne peut pas être « réformée » conformément à nosintérêts de classe, pour cette raison simple que l’UE est un ensemble d’institutions pro-capitalistes. La raison d’être de l’UE, c’est la défense des banques et multinationales européennes – et rien d’autre. L’UE est donc entièrement réactionnaire et ne peut pas être réformée ; elle doit céder la place à une autre forme de coopération entre les peuples d’Europe. Laquelle ? Et sur quelles bases économique et sociale ?

L’Avenir en commun développe la proposition de « sortir des traités européens ». Les traités européens sont réactionnaires, car ils sont l’expression politique et juridique du caractère réactionnaire de l’UE. La FI a donc raison de proposer d’en « sortir ». Mais pour vraiment en sortir, pour en sortir non seulement juridiquement, mais aussi économiquement et socialement, il faut sortir du système capitaliste lui-même. Sans cela, rien ne sera réglé. Tant que les Bouygues, Dassault, Bolloré, Lagardère et compagnie contrôleront les grands leviers de l’économie française, il n’y aura pas d’issue pour les jeunes et salariés, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’UE. Et ce qui vaut pour la France vaut pour tous les pays d’Europe.

Comme le soulignait déjà Lénine, le système capitaliste est incapable d’unifier l’Europe, d’harmoniser ses colossales ressources humaines et productives. Le problème, c’est le système économique et social, en France comme dans le reste de l’Europe. Seule une Fédération des Etats socialistes d’Europe permettra d’unifier le continent sur des bases progressistes. Cela peut sembler lointain et abstrait, mais c’est la seule voie, la seule perspective à la fois réaliste et conforme aux intérêts des masses. Une « Europe sociale » sur la base du capitalisme peut sembler plus accessible et plus raisonnable, à première vue. Mais c’est une chimère. Elle n’adviendra jamais.

Pour autant, la solution ne viendra pas d’une simple « sortie de l’UE ». Une France capitalisteayant rompu avec l’UE ne marquerait pas un progrès pour les travailleurs. Plus d’un an après le Brexit, les travailleurs britanniques sont bien placés pour le savoir : leur niveau de vie continue de régresser, notamment du fait de l’inflation. Pour qu’elle ait un caractère progressiste, la sortie de l’UE doit être la conséquence d’une rupture avec le capitalisme lui-même.

La VIe République

La FI place la fondation d’une VIe République en tête de ses priorités, comme le premier acte d’une « révolution citoyenne ». Il est clair qu’il faut défendre des réformes démocratiques. Par exemple, il faut fermer le Sénat, cette institution composée de notables élus par d’autres notables et dont le budget annuel s’élève au chiffre incroyable de 300 millions d’euros. Utilisons cet argent pour construire des écoles et des hôpitaux : le pays en a besoin. Il faut également défendre le droit de vote des immigrés à toutes les élections et la régularisation de tous les travailleurs sans-papiers.

La Ve République est pourrie jusqu’à la moelle. Ses institutions sont gangrenées par les passe-droits et la corruption en tous genres. En dernière analyse, cependant, cette crise des institutions n’est que l’expression de la crise du système économique sur lequel elles reposent et qu’elles ont pour fonction de défendre. C’est, là aussi, la racine du mal.

Dans la Ve République française comme dans tous les autres types de régimes en Europe, le véritable pouvoir ne réside ni dans les assemblées élues au suffrage universel, ni dans les conseils des ministres, ni même dans les palais présidentiels ou royaux. Il réside dans les conseils d’administration des banques et des multinationales. En France, une centaine de grandes familles capitalistes a une influence décisive sur la politique menée par les gouvernements successifs. Lénine caractérisait la démocratie bourgeoise comme « le masque temporaire de la dictature du Capital ». C’est encore plus vrai aujourd’hui qu’à l’époque de Lénine, car la concentration du capital a pris depuis des proportions colossales.

Mélenchon souligne souvent les traits monarchiques de la fonction présidentielle, en France. Mais le « monarque présidentiel » Macron est lui-même à genoux devant le grand Capital, véritable roi du monde contemporain. Si la VIe République ne détrônait pas ce monarque moderne, elle ne serait qu’une république bourgeoise de plus.

La « planification écologique »

La FI accorde une place centrale aux questions écologiques. Le troisième chapitre de L’Avenir en commun est consacré à cette question. Il s’intitule : Face à la crise climatique, la planification écologique.

Au seul mot de « planification », les apologistes du capitalisme éprouvent une brusque montée d’angoisse. C’est le signe qu’on est sur la bonne voie. Révolution se félicite du retour de l’idée de « planification » dans un programme de gauche bénéficiant d’une très large audience. Ce retour fait suite à une longue disparition, consécutive à la chute des régimes staliniens, au début des années 90. A l’époque, les dirigeants du mouvement ouvrier subissaient de plein fouet la vague de propagande qui annonçait la victoire définitive de « l’économie de marché » (la loi de la jungle). Ils n’osaient plus parler de planification, de socialisme ou de révolution.

Il n’est pas étonnant que l’idée de planification revienne par la voie des préoccupations écologiques. Le capitalisme est en train de plonger l’humanité dans une crise écologique majeure. La course aux profits et le chaos du « libre marché » aggravent sans cesse les différentes formes de contamination de l’air, des sols, des mers et des cours d’eau. Les « pics de pollution » de l’air se multiplient. L’Organisation Mondiale de la Santé estime que les différents types de pollution sont déjà responsables d’un décès sur neuf, dans le monde. L’industrie agroalimentaire nous vend de la nourriture de plus en plus malsaine et empoisonnée. Le réchauffement climatique, conséquence des émissions de gaz à effet de serre, déstabilise gravement l’écosystème. Bref, si rien n’est fait, l’humanité court à sa perte, à sa propre destruction.

Jean-Luc Mélenchon a pris acte de cette situation et annonce vouloir y apporter des solutions radicales. Dans L’Avenir en commun, il écrit que « l’exigence écologique ne peut être réduite à des proclamations et des mesures qui épargnent le système. La finance n’en veut pas : elle préfère les grands rendements de la spéculation. La définanciarisation de l’économie est une condition incontournable de la transition écologique. »

C’est bien le cœur du problème : les grands capitalistes sont organiquement incapables de réaliser les énormes investissements nécessaires à la « transition écologique », et notamment le développement massif des énergies renouvelables – au détriment des énergies émettrices de gaz à effet de serre. Ce n’est pas simplement une affaire de mauvaise volonté, de leur part. Les lois et les mécanismes fondamentaux du capitalisme poussent les classes dirigeantes à rechercher la maximisation de leurs profits à court terme. Il en résulte un chaos et un gaspillage monstrueux. La sauvegarde des équilibres environnementaux est incompatible avec ce gigantesque casino qu’est devenue l’économie mondiale.

Il faut donc s’attaquer au « système », comme l’écrit Mélenchon. Comment ? L’Avenir en communpropose toute une série de mesures dans les domaines de l’énergie, des transports, du logement, de l’agriculture et de la gestion des déchets. On peut grosso modo ranger ces mesures en deux catégories. La première comprend des mesures punitives ou incitatives (taxes, arrêt des subventions) qui visent à restreindre les activités polluantes, le gaspillage et autres fléaux de cet ordre. Cette catégorie comprend aussi des mesures d’interdiction pure et simple (pesticides chimiques, OGM…) et l’arrêt de projets en cours (« fermes usines », nucléaire…). La deuxième catégorie comprend toute une série de mesures plus positives, visant à développer largement les énergies renouvelables, les transports publics, l’isolation des logements, le recyclage des déchets, l’agriculture biologique et d’autres choses encore.

On a donc, d’un côté, des mesures dont l’objectif est de contraindre les capitalistes à moins polluer, moins gaspiller – et, de l’autre, des mesures qui proposent de réaliser tout ce que les capitalistes refusent de réaliser. Mais ceci pose deux problèmes. D’une part, est-il possible de contraindre les capitalistes à limiter ou arrêter des activités qui leur sont extrêmement profitables ? L’expérience nous permet de répondre : non, c’est pratiquement impossible. Tant qu’ils contrôlent les grands moyens de production, ils ont mille et un moyens de contourner des mesures punitives et de résister aux contraintes légales qu’un gouvernement voudrait leur imposer. D’autre part, qui va réaliser les investissements colossaux nécessaires au développement des énergies renouvelables, au développement massif des transports publics et à la transition écologique en général ? Le secteur privé ? C’est impossible. Seul l’Etat, seule la « puissance publique » peut réaliser de tels investissements, à condition qu’elle soit dotée des moyens financiers et industriels à la hauteur de cet objectif.

Ainsi, ces deux problèmes ont une seule et même solution : la nationalisation des principaux moyens de production et la mise en place d’une planification démocratique de l’économie, sous le contrôle des salariés et des consommateurs. La planification écologique ne sera possible que sur la base d’une planification économique. Sans cela, elle restera suspendue dans les airs, tel un vœu pieux.

On ne peut planifier ce qu’on ne contrôle pas – et on ne peut contrôler pas ce qu’on ne possède pas. Or, comme nous l’avons déjà relevé plus haut, L’Avenir en commun reste beaucoup trop vague sur le périmètre des nationalisations à réaliser. Il mentionne les autoroutes, EDF, Engie et « des banques généralistes ». Lesquelles ? Pourquoi pas toutes les banques ? Pourquoi laisser aux capitalistes une seule de ces grosses banques « généralistes », c’est-à-dire spécialisées dans la spéculation et le pillage des ressources de la planète ? La planification écologique – et donc économique – devra s’appuyer sur un secteur bancaire entièrement public, centralisé et doté d’une capacité d’investissements optimale.

La nationalisation des grandes entreprises du secteur de l’énergie, comme EDF et Engie, est indispensable. Mais bien d’autres secteurs économiques sont impliqués dans le saccage de l’environnement – et devront être réorganisés pour y mettre un terme. Par exemple, le secteur des transports devra fonctionner d’une façon radicalement différente de ce que nous connaissons dans le système actuel, où une poignée de grands capitalistes font produire des millions de véhicules individuels polluants (mais très profitables) et où les transports publics sont à la fois négligés et soumis aux diktats de la rentabilité. Il faudra, au contraire, investir massivement dans les transports publics, au détriment des véhicules individuels polluants. Mais pour cela, il nous faudra contrôler ce secteur, et donc d’abord exproprier les parasites qui le contrôlent aujourd’hui. Il nous semble que le milliardaire Carlos Ghosn (Renault), pour ne citer que ce parasite, s’est assez largement payé sur la bête !

Poursuivons. L’isolation des logements est un enjeu important de la transition écologique, comme le souligne L’Avenir en commun. Il faudra non seulement isoler les logements existants, mais aussi intégrer ce paramètre aux nouveaux logements à construire – et il faudra en construire beaucoup, car il en manque beaucoup. On le peut ! Avec plus de cinq millions de chômeurs, en France, ce n’est pas la main-d’œuvre qui fait défaut, ni les compétences. Mais il n’est pas question qu’un plan de construction de logements publics serve à enrichir les grosses entreprises du BTP. Celles-ci devront être nationalisées et regroupées dans un secteur public centralisé permettant de bien planifier les vastes travaux de construction et de rénovation nécessaires.

Enfin, l’industrie agroalimentaire (qui nous empoisonne allègrement) et la grande distribution (qui vole tout le monde, des petits producteurs aux consommateurs) devront également passer dans le secteur public. Comment, sinon, pourrions-nous réorganiser et développer une agriculture capable de satisfaire les besoins de tous – en cessant, enfin, de ruiner la nature, notre santé et nos portefeuilles ?

L’expropriation des grands capitalistes est une nécessité à la fois d’un point de vue écologique et d’un point de vue social. Une planification démocratique de l’économie permettra la plus grande rationalisation des rapports de l’homme à la nature, mais aussi des rapports sociaux eux-mêmes. Elle ouvrira la possibilité d’éliminer toutes les formes d’exploitation et d’oppression. Les marxistes soulignent souvent qu’une telle perspective ne pourra se réaliser pleinement qu’à l’échelle internationale. C’est évident en ce qui concerne la situation écologique : la pollution ne connaît pas de frontières. C’est un problème mondial, que seul le socialisme mondial, en définitive, pourra résoudre.

La question de la guerre

La question de la guerre – et des relations internationales en général – est à la fois complexe et fondamentale. Ici, nous nous appuierons sur ce qui est effectivement écrit dans L’Avenir en commun – et non, comme c’est trop souvent le cas, sur des phrases de Mélenchon extraites de leur contexte et exploitées de façon malhonnête.

Le chapitre 5 de L’Avenir en commun est intitulé : « Face à la guerre, instaurer l’indépendance de la France au service de la paix ». Ce que le texte du programme explicite ainsi, d’emblée : « Nous ne devons plus être à la remorque des folies impériales des Etats-Unis et de leur outil de tutelle militaire : l’OTAN ».

Il est exact que l’impérialisme français est à la remorque de l’impérialisme américain. De fait, la France n’est désormais qu’une puissance de second rang. C’est la conséquence du déclin de son poids économique relatif au cours des dernières décennies, qui ont été marquées par l’hyper-domination des Etats-Unis, l’ascension de la Chine et, plus récemment, le retour en force de la Russie. Dans ce contexte, le gouvernement de François Hollande – comme d’autres avant lui – a joué le rôle de bruyant caniche de l’impérialisme américain, lequel observait avec mépris le petit animal et, de temps à autre, lui flanquait un coup de botte. Il en ira de même avec le gouvernement Macron, malgré ses prétentions théâtrales à jouer un rôle important sur la scène mondiale.

Telle est la position réelle de l’impérialisme français. Dès lors, comment « l’indépendance » de la France à l’égard des Etats-Unis pourrait-elle contribuer à « préparer la paix », selon la formule de L’Avenir en commun ? Posons la même question autrement. Nous sommes favorables à la sortie de la France de l’OTAN ; mais en quoi cela empêcherait les autres puissances de l’OTAN – Etats-Unis en tête – de poursuivre leurs guerres impérialistes ?

L’Avenir en commun répond à cette question en proposant que l’Organisation des Nations Unies (ONU) joue un rôle central, décisif, dans les affaires du monde. Il faut « renforcer et réinvestir l’ONU pour faire vivre un monde ordonné », affirme le texte. C’est l’argument clé de toute cette partie du programme ; il y revient de différentes manières. Or c’est un argument sans consistance. Il est en complète contradiction avec ce qu’est l’ONU et son rôle réel dans les rapports internationaux.

Le rôle de l’ONU n’est pas d’empêcher les guerres. Cette institution n’a jamais joué un rôle progressiste. Elle n’est qu’un forum dans lequel les grandes puissances impérialistes débattent surtout des questions secondaires. Lorsqu’une question importante est à l’ordre du jour, l’ONU n’a pas le dernier mot : ce sont les grandes puissances qui décident, suivant leurs intérêts. On l’a vu, par exemple, dans le cas de l’invasion de l’Irak en 2003. Pour des raisons liées aux intérêts de l’impérialisme français, la France avait pris position, à l’ONU, contre l’intervention militaire. Qu’ont fait les impérialistes américains ? Ils ont tout de même envahi l’Irak, sans mandat de l’ONU. Et ce n’est là qu’un exemple parmi bien d’autres.

Il est vrai que, parfois, les cinq puissances du Conseil de Sécurité de l’ONU s’accordent sur certaines interventions militaires. Mais celles-ci n’en conservent pas moins leur caractère impérialiste et donc réactionnaire. La première guerre du Golfe (1990) était appuyée par l’ONU, tout comme l’embargo imposé à l’Irak entre 1991 et 2003, lequel a fait, selon les sources, entre 500 000 et 1,5 million de victimes, dont une majorité d’enfants. Plus récemment, il y a eu l’intervention en Libye (2011), dont chacun peut aujourd’hui apprécier les résultats. Et que dire de Haïti, ce pays martyr qui, depuis 2004, vit sous une dictature de facto des Casques bleus de l’ONU ?

L’énumération des crimes impérialistes « sous mandat de l’ONU » dépasse les limites de cette brochure. Mais ce qui précède suffit à justifier notre désaccord avec l’idée, formulée dans L’Avenir en commun, selon laquelle « le seul organe légitime pour assurer la sécurité collective est l’ONU ». De même, « refuser toute intervention militaire sans mandat de l’ONU » revient à éventuellement soutenir celles qui auraient un tel mandat. Ce n’est pas le bon critère. Et s’accrocher à ce critère, c’est tomber dans le piège des impérialistes, car l’une des fonctions de l’ONU est précisément de couvrir les guerres d’un voile de « légalité internationale », quand c’est possible. Il s’agit d’un élément de propagande non négligeable. Notre rôle est de dénoncer cette propagande et d’expliquer les véritables motivations des belligérants, dans chaque guerre.

Les auteurs de L’Avenir en commun n’ignorent pas les nombreux cas de guerres impérialistes « sous mandat de l’ONU ». Cela explique qu’ils proposent aussi d’« enclencher un processus de démocratisation » de l’ONU. Ils n’en disent rien de plus. Malheureusement, cette idée n’a aucun sens. L’ONU est une institution fondée par les grandes puissances impérialistes, contrôlée par ces puissances et n’ayant pas d’autre fonction que de défendre leurs intérêts, à commencer par ceux de l’impérialisme américain. La « démocratisation » de l’ONU a donc aussi peu de chance d’advenir que la démocratisation du Pentagone, par exemple.

Ce qui fait manifestement défaut, ici, c’est un point de vue de classe. De manière générale, L’Avenir en commun n’aborde pas la guerre d’un point de vue de classe. Par exemple, il est proposé d’« arrêter les guerres par une diplomatie active et indépendante au service de la paix ». Mais selon la formule célèbre et si juste du général Clausewitz, « la guerre n’est que le prolongement de la politique par d’autres moyens. » Autrement dit, les guerres impérialistes sont le prolongement inévitable de la lutte que se livrent les plus puissantes classes capitalistes pour des marchés, des sources de matière première et des zones d’influence. Tant que le capitalisme régnera sur notre planète, il y aura des guerres comme celles qui ravagent aujourd’hui le Moyen-Orient. La plus « active » et la plus « indépendante » des diplomaties pacifistes n’y changera rien.

En Syrie, par exemple, les dirigeants américains et russes luttent pour les intérêts de leurs classes dirigeantes respectives. Dès lors, que peut bien signifier l’idée, formulée dans L’Avenir en commun, de « mettre en place une coalition universelle sous mandat de l’ONU pour éradiquer Daesh et rétablir la paix et la stabilité en Syrie et en Irak » ? Une « coalition universelle » – réunissant tout le monde, par définition – suppose que les intérêts des grandes puissances impérialistes concordent complètement et tout le temps. Mais cette hypothèse est en complète contradiction avec toute l’histoire du capitalisme.

Souvent, l’horreur de la guerre pousse des militants de gauche à déclarer : « il faut faire quelque chose ! Toute de suite ! » Et trop souvent, cela se termine par le soutien à une intervention impérialiste. On voit ce que ça donne aujourd’hui en Libye, par exemple. Il faut en tirer les leçons. Et regarder les choses en face : la guerre est une caractéristique fondamentale, inévitable, du capitalisme moderne. On ne peut avoir l’un sans l’autre. Si nous voulons sérieusement lutter contre les guerres impérialistes, notre premier devoir est d’expliquer, à chaque occasion, quelle est la véritable nature de classe de la guerre et quels objectifs réels poursuivent les différentes forces engagées.

En France, il faut en priorité dénoncer les crimes de l’impérialisme français et mobiliser le mouvement ouvrier contre ces crimes. Et il faut inlassablement expliquer qu’une paix authentique, durable, universelle, ne sera possible que lorsque nous aurons débarrassé le monde du système capitaliste. Ce n’est peut-être pas pour « toute de suite », mais c’est la seule solution au fléau de la guerre.

Mouvement ou parti ?

Les militants de la FI débattent régulièrement de son avenir comme organisation. Est-ce qu’elle doit devenir un parti, comme l’est devenu Podemos en Espagne, ou doit-elle demeurer un mouvement ? Pour notre part, nous pensons que la transformation de la FI en un parti est nécessaire. Pour quelles raisons ?

Un parti est d’abord et avant tout un programme et des idées. Mais à la différence d’un mouvement, un parti est aussi un certain type de fonctionnement interne, qui vise à la fois un maximum d’efficacité et un maximum de contrôle démocratique des militants sur l’organisation, sa direction, son programme et sa stratégie. Bien sûr, dans les faits, beaucoup de partis ne sont ni démocratiques, ni efficaces – sinon pour faire avancer la carrière de leurs dirigeants. Le PS en offre un exemple écœurant. Cependant, ce n’est pas là une conséquence inévitable de la « forme parti ». Les causes de la bureaucratisation du PS ne sont pas à chercher du côté de son organisation ; elles sont à chercher du côté des pressions matérielles et idéologiques de la classe dirigeante sur sa direction, pressions qui ont fini par transformer la direction du PS en une clique de politiciens réactionnaires. La dégénérescence bureaucratique du PS a été déterminée par sa dégénérescence pro-capitaliste. Et elle ne date pas d’hier !

Un mouvement n’est pas à l’abri de déformations bureaucratiques. En un sens, il est même davantage exposé à ce danger, puisque la direction y est dégagée des mécanismes formels de contrôle démocratique qui caractérisent un parti. Encore une fois, ces mécanismes – élections internes, congrès, etc. – ne sont pas en eux-mêmes une garantie absolue contre le bureaucratisme, le carriérisme et les luttes d’appareil stériles. Il n’y a pas de garantie absolue dans ce domaine. Un parti n’existe pas dans le vide. C’est un organisme vivant qui subit les pressions de toutes les classes sociales, y compris la bourgeoisie. Mais il en va de même pour un mouvement. Simplement, en l’absence de mécanismes formels de contrôle démocratique du sommet par la base, un mouvement est encore plus exposé qu’un parti aux pressions de la classe dirigeante.

Enfin, un mouvement suffisait à organiser la campagne de Mélenchon à la présidentielle, l’enthousiasme aidant. Pour la campagne des législatives, par contre, l’absence de centralisations locales – de directions élues et capables de coordonner l’activité, d’orienter les forces militantes – s’est fait plus nettement sentir. Ce problème se reposera sans cesse à l’avenir. Chaque fois que la FI s’engagera dans de nouveaux combats, elle sera confrontée à la nécessité d’une plus grande structuration locale et nationale. Elle ne pourra pas pérenniser son travail et intégrer dans ses rangs la masse de jeunes et des travailleurs qui veulent y adhérer sans s’orienter vers la formation d’un parti. Dès lors, le mieux est de l’anticiper et d’y œuvrer consciemment. La FI n’en sera que mieux armée pour les grandes luttes qui l’attendent.

Sur le même sujet

 

Publicités

Discours du Président du Venezuela Hugo CHAVEZ à la tribune de l’Assemblée Générale des Nations-Unies le 27 septembre 2009

Monsieur le Président, Ami-e-s estimé-e-s, chefs d’État, chefs de gouvernement, ministres, ambassadeurs, ambassadrices, et aussi ami-e-s citoyen-ne-s du monde, qui se réunissent ici comme chaque année, à cette réunion si importante pour le monde…

Cela me fait très plaisir de revenir à New York, revenir aux Nations-Unies après plusieurs années. Et je remercie sincèrement pour toute la coopération, pour la manière dont a été reçue notre délégation. Nous étions hier soir au théâtre LINCOLN où nous regardions un film. Un film réalisé par Oliver STONE durant ces derniers mois, tout au long de cette année. Un film dont le titre lui-même incite à réfléchir, à penser. Ce film s’intitule : « Au Sud de la frontière ».

Vous pourrez y voir le président Evo MORALES mastiquant de la coca avec STONE et, comme le dit le président MORALES, la coca ce n’est pas de la cocaïne !

Vous pourrez y voir Christina [KIRCHNER], la présidente de l’Argentine et ses réflexions sur ce qui se passe aujourd’hui en Amérique du Sud, en Amérique Latine.

Vous pourrez y voir LULA, le président du Brésil dans la Guajira vénézuélienne, qui inspecte avec nous des noyaux productifs que l’on met en place parmi les peuples indigènes de la Guajira qui ont été exploités pendant des siècles.

Vous pourrez y voir également le président Fernando LUGO, évêque, théologien de la libération et, comme il le dit lui-même, vivant dans la maison qu’a occupée, durant de nombreuses années, STROESSNER [le dictateur paraguayen]. Et c’est en tant qu’évêque qu’il est devenu Président.

Vous pourrez y voir Rafael CORREA, le président équatorien à La Havane avec le président Raul CASTRO.

Vous pourrez voir Fidel et même OBAMA, à Trinidad, conversant avec quelques-uns d’entre nous, les mains tendues et tout sourire.

Je pense que c’est un film intéressant, avec tous ceux qu’a réalisés ce grand cinéaste des États-Unis qu’est Oliver STONE, qui en avait déjà réalisé un sur Fidel, non deux sur Fidel : « Looking for Fidel » et « El Commandante ».

Dans ce film, Monsieur le Président, il y a beaucoup de clés beaucoup de clés qui pourraient nous aider à déchiffrer les énigmes des temps que nous vivons. Hier soir, après le film, nous sommes restés un moment, pour discuter avec un groupe de personnes, des États-Unis et d’autres endroits du monde. Et ce contact a été très instructif, très symptomatique de l’importance que revêt ce que Fidel CASTRO appelle « la bataille des idées ». Une femme s’est approchée de moi, une femme d’environ 50 ans, et m’a dit : « je suis très contente ». Elle parlait à peine l’espagnol, elle était nord-américaine, très blanche, la citoyenne typique née sur ces terres. Et elle me dit : « je suis très heureuse ». Je lui demande : « pourquoi ? ». « Car je me rends compte, après avoir vu ce film, je pensais que vous étiez malfaisant, très malfaisant ». Cette personne est une victime du bombardement médiatique, du bombardement idéologique qui s’abat, de façon irréductible, sur les États-Unis et sur le monde, essayant d’inverser la réalité et de « mettre le monde à l’envers » comme le dit Eduardo GALEANO.

Au Sud de la frontière, c’est le nom de ce film. Je profite de cette occasion et de ce titre « Au Sud de la frontière » pour dire que là-bas, au Sud de la frontière, il y a une révolution ! Il y a une révolution en Amérique du Sud. Il y a une révolution en Amérique Latine ! Il y a une révolution dans les Caraïbes ! Il est nécessaire que le monde la voie, l’assume, l’accepte car c’est une réalité qui ne changera pas !

De plus, il faut dire, Monsieur le Président, que c’est une révolution qui transcende l’idéologie. C’est une révolution qui est même géographique, géopolitique. C’est une révolution des temps historiques. Elle a des racines très profondes. C’est une révolution morale, spirituelle, totale. C’est la révolution nécessaire, nous le croyons. Cette révolution est grande ! C’est une grande révolution ! Et elle va continuer de grandir à mesure que vont passer les jours, les mois, les années. Elle est grande ! Pourquoi est-elle grande ?

Elle est grande de par le temps qu’elle porte en elle : ce sont des siècles ! Ce sont des siècles qui se sont résumés en un moment unique.

Elle est grande de par l’espoir qu’elle porte en elle.

Je ne vais pas parler plus longtemps que KADHAFI. KADHAFI a parlé pour nous tous ! Cet applaudissement est pour KADHAFI et son discours. Mais je ne parlerai pas moins qu’OBAMA, ni que LULA.

Cette révolution est grande de par le temps disais-je, le temps accumulé, ce sont des siècles ! Des siècles accumulés de batailles, d’histoires, de luttes, d’espoirs, de souffrances, de millions d’êtres humains de l’Amérique Latine et de la Caraïbe. C’est une révolution qui est grande de par l’espace qu’elle occupe. Cette révolution est grande de par la profondeur de laquelle elle émerge. Cette révolution est grande de par la masse du peuple qui s’associe à elle. Personne ne sera en mesure de la freiner. Personne ! Personne ne pourra la ralentir. Le président MORALES l’a dit ici hier.  Ce grand compagnon, ce grand leader indigène, Aymara Evo MORALES, et il le dit également dans le film, ne le ratez surtout pas : « Au Sud de la frontière ». D’ores et déjà Oliver STONE m’a indiqué que l’on faisait pression pour que le peuple des États-Unis ne le voie pas. La liberté d’expression, où est-elle alors ? Ce n’est qu’un film. Auraient-ils peur d’un film ?

Les monopoles font déjà pression. Ceux qui gèrent le cinéma, les salles de cinéma, ce sont des monopoles, ils font pression. Mais le film fera son chemin. Heureusement nous sommes à l’ère de l’informatique, des télécommunications. Cela ne dépend plus des salles de cinéma que gèrent les monopoles.  Evo le dit, là, dans le film, alors qu’il parle avec Oliver STONE. Il rappelle la phrase qu’a lancé un grand leader Aymara, son arrière-arrière-arrière grand- père, qui a été assassiné comme l’ont été des millions lors de l’invasion espagnole, portugaise, anglaise, européenne en fait sur ce continent. Vous le savez, je sais que vous le savez que lorsqu’ils sont arrivés sur ces terres d’Amérique, les navires européens, 90 millions d’aborigènes vivaient ici. Deux cents ans plus tard, il en restait quatre millions, quatre ! Un des plus grands génocides qu’il y ait eu dans l’Histoire ! Le génocide du continent de « l’Abya Yala » comme l’appelaient et continuent de l’appeler nos aborigènes.

Donc Evo rappelle cette phrase de ce leader Aymara qui a été écartelé. Et l’Indien était en train de mourir lorsqu’il lança cette prophétie : « Aujourd’hui je meurs » dit Tupak CATARI, « aujourd’hui je meurs mais un jour, je reviendrai par millions ! » Tupak CATARI est de retour ! Nous sommes des millions ! Nous sommes des millions ! Et rien, ni personne ne pourra nous retenir ! Rien ni personne ne pourra retenir la grande révolution Sud-Américaine, Latino-Américaine et Caribéenne !

Je pense que le monde devrait la soutenir. Les États-Unis devraient soutenir cette révolution, l’Europe devrait soutenir cette révolution, car cette révolution – certains ne s’en sont pas rendus compte, frères et sœurs – cette révolution est le début du chemin menant au salut de cette planète, au salut de l’espèce humaine menacée par le capitalisme, par l’impérialisme, par la guerre, par la faim. C’est la révolution nécessaire. Le « nouveau-monde », c’est ainsi qu’on nous appelait il y a des siècles. oui ! Le monde nouveau pourrait-on l’appeler en inversant les termes. Le monde nouveau est en train de naître.

Il y a des années de cela, nous nous le remémorions hier soir, lors d’une conversation à laquelle j’ai été convié, par un groupe de leaders, plus que grand, important, grand grâce à chacun d’eux, des leaders syndicalistes états-uniens, des groupes syndicaux dont quelques travailleurs d’une usine de biscuits, qui se plaignent qu’on ne les paie pas et font la grève. L’un d’eux me dit : pourquoi n’achèteriez-vous pas cette entreprise ? Je lui ai dit : bon je vais voir. On la changerait en entreprise socialiste si OBAMA m’y autorise, cette entreprise pourrait être achetée et donnée aux travailleurs pour qu’ils reproduisent eux-mêmes les biscuits, qu’ils distribuent les biscuits, que les deux ou trois capitalistes arrêtent de les exploiter hein ? C’est ça le socialisme. C’est ça le chemin menant au salut de cette planète : le socialisme ! Hier un journaliste me demandait : bon et vous défendez le socialisme ? Mais pourquoi puisque l’Union Soviétique s’est effondrée ? La réponse est très simple : l’Union soviétique s’est détournée très tôt du socialisme ! Il n’y a jamais eu de socialisme en Union soviétique en vérité !  Il n’y a jamais eu de socialisme en Union soviétique. Ce 21ème siècle sera celui du socialisme ! Le socialisme et l’espèce humaine.

Bon, Einstein – vous avez certainement lu Albert EINSTEIN ! – c’est lui qui a, en effet, convaincu ce Président de fabriquer la bombe atomique, de commencer les recherches avant que les Nazis ne le fassent. Ensuite EINSTEIN l’a regretté lorsqu’il a vu le désastre d’Hiroshima, le désastre de Nagasaki. Mais Albert EINSTEIN, bien des années plus tard, immense scientifique, l’un des pus grands scientifiques qui ait vécu sur cette planète, a conclu – c’est écrit de sa propre main ! – pourquoi le socialisme… EINSTEIN a conclu que l’unique chemin pour que l’espèce humaine puisse vivre sur cette planète, c’est le socialisme. Le capitalisme, c’est le chemin de l’extinction de l’espèce humaine.

Nous, en tant qu’espèce, avons à peine, quoi, quelque chose comme 1,5 millions d’années. La vie est apparue sur cette planète il y a seulement – notez-le quelque part et réfléchissons-y, pensons-y – il y a plus de trois milliards d’années mais nous, l’espèce humaine, sommes apparus il y a moins de trois millions d’années. Même pas le 0,01% du temps depuis lequel il y a la vie sur cette planète ! Et maintenant quoi ? On arrive ici pour anéantir cette planète ? On va l’anéantir ?  Nous entendons ici, depuis hier, OBAMA en passant par LULA, SARKOZY, KADHAFI et Christina [KIRCHNER], tous ! Tous clament pour un changement ! Quel changement ?

Avec le capitalisme, il n’y a pas de changement possible ! Ne croyons pas à ce mensonge. C’est seulement avec le socialisme que nous réussirons les vrais changements. Et la révolution qu’il y a en Amérique Latine comporte de tout et elle porte une profonde charge socialiste. Socialiste comme le disait MARIATEGUI, le grand penseur péruvien, c’est un socialisme indo-américain. C’est un socialisme qui nous est propre à nous, Américains. C’est un socialisme  façon José MARTI. C’est un socialisme bolivarien. C’est un socialisme neuf. Ce n’est pas un calque, ni une copie. Il n’y a pas de catalogue pour construire le socialisme. Il faut l’inventer. C’est une création héroïque, comme l’a dit MARIATEGUI.

Mais nous nous remémorions hier le fait qu’un président nord-américain, c’est-à-dire états-unien, avant qu’on ne l’assassine, avait dit – et c’est écrit, c’était un discours devant le Congrès des États-Unis – John KENNEDY a dit : « là-bas, au Sud, il y a une révolution et sa cause principale, c’est la faim ». Quelques jours après, ils l’ont assassiné. Ce n’était pas un révolutionnaire John KENNEDY ! Mais il était intelligent. Il était intelligent. Comme je pense qu’est également intelligent le Président OBAMA. Espérons qu’il puisse… Dieu préserve OBAMA des balles qui ont tué KENNEDY. Espérons qu’OBAMA réussisse à virer de bord, virer de bord, virer de bord, pour de vrai ! Réussir un virage. Il a parlé ici hier. Ca ne sent plus le souffre ici ! Non, ça ne sent plus, ça ne sent plus… Non, ça sent plutôt autre chose. Ca sent l’espoir ! Il faut remplir notre cœur d’espoir ! Il faut remplir notre cœur d’espoir !

 * * * fin de la vidéo 1/3 * * *

Pas nous ! Non, nous ne pouvons pas en finir avec cette planète, mon frère ! Et nos enfants ? Et les générations futures, hein ? Relevons le défi disait LULA hier. LULA disait hier : « Il n’y a pas de volonté politique ! ». Une charge de LULA, une charge. Je connais la volonté de LULA, l’humanisme de LULA. Je le connais à fond. C’est mon frère, profondément. Je ne dirais pas exactement que c’est qu’il n’y a pas de volonté politique. Je dirais plutôt, LULA, qu’il y a un manque de volonté politique ! Parce que LULA en a, nous en avons mais il faut l’accroître, augmenter la volonté politique. Elle doit continuer de croître. Parmi les leaders. Dans la société. Chez les peuples. Dans la jeunesse. Surtout dans la jeunesse. Chez les travailleurs. Dans le monde entier.

Bon, KENNEDY l’avait dit : « Il y a une révolution au Sud ». Et il ajouta : « Ceux qui ferment la voie aux révolutions pacifiques ouvrent en même temps la voie aux révolutions violentes ». C’est John KENNEDY qui a dit cela ! Vous pourrez le trouver sur internet, maintenant qu’on trouve tout sur internet ! Ceux qui ferment, ou qui prétendent fermer, la voie…

[CHAVEZ interrompt son propos pour saluer l’ambassadrice de l’Équateur]

María Fernández ESPINOZA, un baisser Ambassadrice, Équatorienne, ma sœur, cela faisait des jours que je ne te voyais pas. Depuis ici, nous saluons CORREA, le président CORREA. Elle était ministre en Équateur alors que débutait la révolution citoyenne. Là-bas, la révolution citoyenne est en marche ! Avec CORREA à la tête du peuple équatorien, le peuple de Manuela SÁENZ ! Également celui de Bolivie, celui d’Eloy ALFARO. Peuple noble et grand ! Et en Bolivie et sur toute cette terre.

Bon, certains prétendent fermer la voie à notre révolution pacifique ?

[CHAVEZ interrompt de nouveau son propos pour saluer une nouvelle personne arrivée dans la salle]

Une autre femme vaillante arrive, Patricia RODAS, la ministre des Affaires Étrangères du Honduras. Je demande un autre applaudissement pour cette femme vaillante. Femme centraméricaine, du peuple de MORAZÁN. Vive le Honduras ! Vive MORAZÁN ! Que vive la dignité des peuples !

J’ai commencé à rédiger ces notes exactement à une heure de l’après-midi, je ne serai plus long Monsieur le Président, n’allez pas me lancer une chaussure ! Le ministre cubain a retiré sa chaussure pour me la lancer. Hier soir Dany GLOVER portait une sorte de chaussures en caoutchouc. Si tu veux m’en lancer, lance-moi une de celles de Dany GLOVER. J’ai parlé avec Manuel ZELAYA exactement à 13h00. Je me souviens qu’il était exactement 13h00 et qu’on a terminé à 13h13.

Bon, il est là-bas. Pendant que nous sommes ici, compagnons, compagnes du monde. Il y a là-bas un Président déterminé, digne, qui a réussi accompagné d’un petit groupe de « quasi-martyres » à tromper la vigilance des putschistes, la répression et ils sont arrivés sur la place MORAZÁN à Tegucigalpa, au plus près des putschistes qui ont pris le contrôle de toutes les rues, toutes. Ils ont une armée complète. C’est-à-dire que c’est comme s’ils avaient envahi le Honduras mais avec leur propre armée. Quelle indignité !

Depuis ici, je lance un appel, moi qui suis soldat, mais un soldat révolutionnaire, aux soldats du Honduras, aux fils de MORAZÁN, qu’ils arrêtent d’opprimer ce peuple innocent. Bon, alors que nous sommes ici, Manuel ZELAYA, le président du Honduras, est à l’ambassade du Brésil qui lui a donné refuge. L’ambassade est encerclée selon ce que m’a dit le Président lui-même, par plus de deux cent soldats. Ils l’ont délogé en faisant feu, en faisant feu, de la manière la plus brutale. C’est l’âge des cavernes qui prétend revenir. Il ne reviendra pas. Ces putschistes seront balayés par le vent de l’Histoire nouvelle ! Soyez sûrs de cela ! Ne pourront s’imposer ni le coup d’État, ni les forces réactionnaires, ni au Honduras, ni dans aucun autre pays de cette Amérique ! Là-bas, il y a un peuple qui résiste dans les rues depuis 90 jours. Il résiste, il résiste !

Bon, il y a là-bas un Président déterminé avec un groupe de compatriotes, avec son épouse, la première dame. Ils ne leur laissent pas passer de nourriture. Ils leur coupent l’eau à chaque instant.  Ils ont une citerne que quelqu’un a amenée. Ce matin, ils ont trouvé, dans une maison voisine, sur le toit d’une maison voisine, des équipements d’interception téléphonique, de marque israélienne m’a dit le Président, de dernière génération. Israël a reconnu ce gouvernement putschiste. Je crois que c’est le seul gouvernement au monde à l’avoir reconnu ! Ils ont des équipements de perturbation dirigés contre le cerveau, destinés à provoquer la panique chez les quelques personnes qui se trouvent dans l’ambassade du Brésil. Ils menacent de s’introduire dans l’ambassade du Brésil. Vous vous rendez compte du caractère barbare. Je crois que c’est l’ère de Trucutrú, Gusigú [personnages de B.D.]. C’est l’âge des cavernes qui veut revenir ici. Non, il ne reviendra pas ! Il ne reviendra pas !

Il y a un peuple dans la rue, réprimé. Bon, ils ont fermé les aéroports. C’est un peuple pris en otage. Maintenant, qui sont les putschistes ? C’est la bourgeoisie hondurienne ! L’État putschiste ! L’État putschiste ! L’État accaparé par la bourgeoisie, par les riches, quatre, cinq familles très riches qui sont les propriétaires de l’État. Il faudrait lire de nouveau LÉNINE !  L’État et la révolution. L’État bourgeois. Ils contrôlent tout. Tout ! Le congrès national, le pouvoir judiciaire, les forces militaires, l’État.

Et il y a un peuple dans la rue qui est massacré. Le président me disait hier qu’il y a eu, à ce qu’il sait, trois morts de plus dans l’environnement immédiat de l’ambassade du Brésil. Et le président qui appelle au dialogue, qui appelle au dialogue pour retrouver le chemin de la démocratie. Depuis ici nous transmettons notre plus grande solidarité au peuple du Honduras et au président ZELAYA. Et nous demandons l’application de la résolution des Nations-Unies, la résolution de l’Organisation des États Américains.

Maintenant le gouvernement des États-Unis, chose étrange, n’a pas reconnu qu’il y a eu un coup d’État militaire. Le président ZELAYA m’a expliqué cela aujourd’hui. Il y a un conflit entre le Département d’État et le Pentagone, le Pentagone ! Je lisais hier un livre de Juan BOSCH, cet éminent et grand Dominicain renversé par l’Empire. Ce bon livre s’appelle « Le pentagonisme ». Je recommande ce livre ! Le Pentagone, c’est là qu’est la grotte impériale ! Le Pentagone n’aime pas OBAMA. Il ne l’aime pas ! Il ne veut pas de changement. Ils veulent dominer le monde avec leurs bases militaires, leurs menaces, leurs bombes, leurs soldats envahisseurs. Le Pentagone est derrière le coup d’État au Honduras. Ils ont sorti le président ZELAYA de sa maison, de son lit un matin, le 28 juin. Ils l’ont mené à un avion. Ils l’ont fait monter dans un avion, des soldats honduriens, commandés depuis la base militaire que les États-Unis ont à Palmerola. L’avion a décollé de Tegucigalpa et a atterri sur la base de Palmerola. Là, ils ont retenu le président prisonnier un certain temps. Et de là, ils ont décidé de l’emmener au Costa Rica. Les militaires nord-américains qui sont au Honduras savaient pour le coup d’État et ils le soutiennent. Et ils soutiennent les militaires du Honduras. D’où les contradictions entre OBAMA et au-delà d’OBAMA…

Parfois on se demande : y-a-t-il deux OBAMA ? Celui qui parlait ici hier Et un autre, un double ? Qui appuie le coup d’État au Honduras ? Qui permet à ses militaires d’appuyer le coup d’État au Honduras ? Je laisse ces questions en suspens pour y réfléchir. Y-a-t-il deux OBAMA ou un seul OBAMA ? Espérons que celui qui s’imposera sera celui qu’on a vu hier ici. Espérons-le ! Le monde en a besoin. Le monde implore cela !

Maintenant, quelle est la raison profonde du coup d’État au Honduras ?

Cela a un rapport avec ce dont nous parlons ici : la révolution au Sud. C’est une révolution qui n’est plus désormais celle des colonnes de guérilleros héroïques de la sierra Maestra [les Cubains de Fidel CASTRO en 1959], héroïques de là-haut, sur les hautes montagnes de Bolivie, où marchait Ernesto GEVARA, le « Che ». Non ! Ce n’est plus ce type de révolution. La révolution est différente. Elle n’émerge plus des montagnes dans des foyers de guérilla. Non, elle provient des villes, des masses. C’est une révolution des masses mais elle est pacifique. Et elle souhaite continuer à être pacifique. Elle est démocratique, profondément démocratique. N’ayez pas peur de la démocratie !

Et je paraphrase Noam CHOMSKY dans un autre merveilleux ouvrage que je ne connaissais pas. J’ai trouvé ce livre à Madrid il y a peu. J’étais allé visiter mon ami, le roi d’Espagne, surtout parce qu’arrive le sommet ibéro-américain au Portugal. Je lui ai dit : « bon je vais y aller si tu ne me fais pas taire ». Il m’a répondu : « Non, non, je ne te ferai pas taire ». « Bon, alors j’y irai ! ». Nous sommes de grands amis avec le roi Juan Carlos. Bon, donc ensuite, je suis allé à une librairie : « la maison du livre à Madrid », je vous la recommande, c’est là que j’ai trouvé le livre de CHOMSKY : « La peur de la démocratie ». Nous devons lire ce livre : « La peur de la démocratie, hein ? »

Les élites ont peur des peuples ! Ils ont peur de la véritable démocratie ! Celle que Abraham LINCOLN, cet autre martyre a défini très clairement grâce à trois concepts. Démocratie : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ! Ce n’est pas le gouvernement de la bourgeoisie, le gouvernement de l’élite qui lâche les gorilles lorsque les peuples se réveillent.

C’est ce qui s’est passé au Honduras ! Et c’est ce qui s’est passé au Venezuela en 2002 ! Et c’est ce qui s’est passé au Brésil avec Ioao GOULART ! C’est ce qui s’est passé en République Dominicaine.

Pourquoi n’ont-ils pas permis, au cours du XXe siècle, aux peuples d’Amérique Latine et des Caraïbes de construire leur propre destin ? Ils ne nous l’ont pas permis.

Ce siècle, c’est notre siècle ! Ce siècle c’est le nôtre ! Au cours de ce siècle, en Amérique Latine et dans les Caraïbes, nous construirons notre propre chemin et personne ne pourra l’empêcher ! Personne ne pourra l’empêcher ! L’impérialisme, l’impérialisme, l’impérialisme doit s’achever ! L’impérialisme.

On se demande parfois, une fois j’ai demandé à LULA : « LULA, où en serait aujourd’hui l’Amérique Latine, la nôtre, si les États-Unis, les gouvernements des États-Unis, n’avaient pas planté leurs griffes dans notre Amérique pour imposer un modèle, mettant à feu et à sang la lutte de nombreux peuples et réduisant à néant leurs espérances, éteignant les lueurs de l’aube.

 1954 : je naissais et Fidel était déjà en prison pendant qu’au Guatemala tombaient les bombes. Ils ont envahi le Guatemala : Jacobo Árbenz Guzmán. Et ainsi de suite. La baie des Cochons, mais ils ont échoué ! Et Cuba est révolutionnaire. Cuba est digne mais elle est soumise à la contrainte.

OBAMA, lève le blocus sur Cuba, qu’attends-tu ? Sois conséquent avec ce que tu dis ! Ou bien y aurait-il deux OBAMA ? OBAMA a dit hier, je l’ai noté ici [il montre un carnet], OBAMA a dit hier, j’ai noté ici ce que LULA a dit, il a parlé avant OBAMA, et ensuite j’ai noté ce qu’a dit OBAMA [CHAVEZ feuillette son carnet] « ne peut être imposé à aucun peuple un quelconque système politique. Il faut respecter chaque peuple et sa souveraineté ». Bon, très bien, et alors OBAMA Président, qu’attendez-vous pour ordonner la fin du blocus sauvage et criminel de Cuba ? Quelqu’un a des doutes sur ça ? Quelqu’un croit que c’est quelque chose d’abstrait ? Non ! Il y a une persécution frappant les entreprises partout dans le monde qui livrent, ne serait-ce que des aliments à Cuba ! Et maintenant au Venezuela également !

Il y a peu de temps, Fidel CASTRO l’a dénoncé dans une de ses réflexions. Une entreprise établie partout dans le monde qui fabrique et livre des équipements médicaux n’a pas tenu cette année et l’année dernière les engagements pris avec les gouvernements de Cuba et du Venezuela. Ils ne fournissent plus les pièces de rechange des centaines d’équipements médicaux que nous avons acquis nos deux gouvernements pour apporter des soins gratuits et de qualité à nos peuples. Ce sont des tomographes de 64 coupes, des électrocardiogrammes qui sont maintenant dans les quartiers pauvres de Caracas. Là-bas où il y a des Indiens, il y a des installations médicales. Là-bas, nous avons 30 000 médecins cubains. Un système de santé pour le peuple, gratuit et de qualité. Bon l’entreprise, comment s’appelle l’entreprise ?, Philips… Nous nous sommes tus essayant de trouver des solutions. Mais non, l’entreprise n’envoie pas les pièces de rechange de ces équipements de haute technologie. Pourquoi ? Les pressions viennent de qui ? Du gouvernement des États-Unis !

OBAMA, c’est toi ou est-ce « another »* OBAMA? [* en anglais dans le texte]

« OBAMA One » ou « OBAMA Two » ? Who are You OBAMA ? Who are You ? [à nouveau en anglais dans le texte]

Je veux croire en celui d’hier, celui que j’ai vu ici ! Mais ces choses continuent de se produire ! Et cela affecte la vie de millions d’êtres humains ! Au nom de quoi ? Au nom de qui ? Qui ? Pourquoi les États-Unis continuent-ils de faire cela, hein ? Bon, ce n’est pas pour la démocratie. Car c’est tel quel ce qui s’est passé au Honduras. C’est la peur de l’ALBA, l’Alliance Bolivarienne qui émerge comme mécanisme d’intégration nouveau, novateur, solidaire, et qui a pris la forme d’une alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique. Les gouvernements et pays de Cuba, Nicaragua, Honduras, Venezuela, Équateur et Bolivie, Antigua et Barbuda, la Dominique et Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Ils nous attaquent, prétendent nous retenir mais ils ne pourront atteindre leur but. Le MERCOSUR, l’UNASUR, tout cela est en train de naître et fait partie de la révolution géographique, géopolitique, historique : la grande révolution latino-américaine.

 * * * fin de la vidéo 2/3 * * *

Bien, dans le même ordre d’idées, Monsieur le Président, il y a les sept bases militaires que les États-Unis vont installer en Colombie. OBAMA a dit hier, je l’ai noté ici, OBAMA a parlé de quatre piliers. Vous vous en souvenez. Bon, accomplissons cela, je le prends au mot. Nous prenons au mot le Président des États-Unis. « Pas de prolifération nucléaire ». D’accord ! Commencez en détruisant toutes les armes nucléaires que vous avez ! Allez-y ! Détruisez-les ! Faîtes-le !

Le second pilier d’OBAMA, c’est – le premier c’était : pas de prolifération – le second : promouvoir la paix. Bon, Président OBAMA, cherchons la paix en Colombie. Dans notre chère sœur Colombie, il y a une guerre civile. Ah ! Que certains ne veuillent pas le reconnaître, ça c’est autre chose ! Il y a un conflit historique très ancien en Colombie. Les Nations-Unies doivent le reconnaître, le voir. Et nous devrions tous tendre les mains vers la Colombie pour l’aider à s’en sortir, tout en respectant bien sûr sa souveraineté, mais en l’aidant à sortir de cette tragédie que vit ce peuple frère. La paix, je me rappelle l’avoir évoquée devant LULA à OBAMA, là-bas à Trinidad et Tobago lors du sommet des Amériques. Recherchons la paix en Colombie.

Si la paix a pu s’imposer en Amérique centrale, si la paix a pu s’imposer au Guatemala… Moi quand j’étais militaire actif j’étais au Guatemala, c’était la guerre là-bas ! La guerre ! Des milliers et des milliers de morts et de disparus. Le Salvador, le Nicaragua. Et il y a là-bas Daniel ORTEGA de nouveau au gouvernement. Après presque vingt ans, le peuple sandiniste l’a rappelé à nouveau. Le parti Farabundo Martí est là, et le peuple du Salvador, qui menèrent le Président FUNES à la tête de cette République sœur. Si la paix a pu s’imposer en Amérique centrale, pourquoi la paix, mon Dieu, ne pourrait-elle pas s’imposer en Colombie ? C’est l’une des choses que je veux et désire le plus dans ma vie car je suis Vénézuélien mais je me sens Colombien : la Colombie de BOLIVAR ! La Colombie de MIRANDA ! Notre Colombie !

Ah ! Et donc le président OBAMA pense-t-il pouvoir trouver la paix, son second pilier avec sept bases militaires de plus en Colombie ? Ces sept bases militaires sont une menace non seulement pour la paix possible en Colombie mais aussi pour la paix en Amérique du Sud. Nous avons raison, les gouvernements d’Amérique du Sud, d’exprimer, chacun avec son style et son intensité, notre grande préoccupation devant de ces sept bases militaires des Gringos en Colombie. Je le dénonce et le rapporte ici et je demande à OBAMA, le Président OBAMA, qu’il réfléchisse et qu’il impose ses piliers. Promouvons la paix ! Les Nations-Unies pourraient désigner une commission de paix pour la Colombie. Le Venezuela est à son service pour coopérer, comme, j’en suis sûr, tous les pays qui, comme nous, veulent la paix et ne veulent plus de guerre entre nous.

Il y a un autre thème que Fidel aborde dans ses réflexions du 21 septembre et qui est en lien avec le changement climatique. Je vais prendre deux minutes, Président, pour insister sur ce point. Il existe des gens qui pensent que non, que c’est une préoccupation métaphysique de quelques intellectuels. Non, non, non, nous sommes en train de tuer la planète ! Nous achevons comme le dit un bon journaliste vénézuélien, cette navette spatiale dans laquelle nous voyageons. C’est comme une navette spatiale. Et nous sommes en train de la détruire.

Écoutez ce que dit Fidel sur ce sujet. Fidel dit dans la réflexion appelée « Une espèce en danger d’extinction » du 21 septembre dernier, je vais le lire ici : « Lors de la conférence internationale sur l’environnement, convoquée par l’ONU à Rio de Janeiro – c’était en 1992, j’étais en prison, je m’en souviens très bien – j’ai affirmé, étant alors le chef d’État cubain, la chose suivante : une espèce est en danger d’extinction : l’homme ! » Fidel poursuit : « Lorsque j’ai prononcé et argumenté ces paroles, bien accueillies et applaudies par les chefs d’État présents, y compris par le Président des États-Unis, un BUSH moins ténébreux que son fils Georges W., ces derniers croyaient disposer encore de plusieurs siècles pour affronter le problème. Moi-même, Fidel, je voyais cela à une date plus éloignée, comme 60 ou 80 ans. Aujourd’hui, il s’agit d’un danger réellement imminent poursuit Fidel CASTRO et ses effets sont déjà visibles. La température moyenne a augmenté de 0,8 degrés centigrades depuis 1980 – ce sont des résultats scientifiques  selon l’institut des études spatiales de la NASA – 0,8 degrés ces vingt dernières années, ces trente dernières années plutôt. Je poursuis avec la lecture de ce que dit Fidel : «  les deux dernières décennies du 21è siècle ont été les plus chaudes depuis des siècles. Les températures de l’Alaska, de l’Ouest canadien et de l’Ouest de la Russie ont augmenté à un rythme qui a eu pour effet de doubler la moyenne mondiale ». Je continue de citer Fidel : « Les glaces de l’Arctique disparaissent rapidement et la région pourrait connaître son premier été sans aucune glace à une date proche de l’an 2040 ». Je continue de lire Fidel : « Les effets sont visibles dans les masses de glace de plus de deux kilomètres d’épaisseur qui fondent au Groënland, les glaciers d’Amérique du Sud, de l’Équateur au Cap Horn, sources essentielles d’eau et la gigantesque couche de glace qui couvre les étendues de l’Antarctique. Les actuelles concentrations de dioxyde de carbone ont atteint l’équivalent de 380 parties par millions, chiffre supérieur à celui, naturel, des derniers 650 000 ans.

On est en train d’achever cette planète. Rendons-nous compte de cela. Prenons-en conscience et agissons comme le réclamait hier le président LULA. « Pour le changement climatique, il n’y a pas de volonté » Les pays développés ne veulent pas prendre de décision. OBAMA a dit que oui, qu’à partir de maintenant, les États-Unis vont prendre des décisions. Fais-le Président ! Fais-le. Mais passe de la parole aux actes ! Sauvons la planète, sauvons l’espèce humaine ! Espérons que du prochain sommet qui se déroulera au Danemark, en décembre, émanent des décisions qui tranchent réellement. Le Venezuela est disposé à se joindre à ces décisions. Et il lance un appel, nous lançons un appel depuis le Venezuela pour prendre des décisions, chacun en fonction de son degré de responsabilité.

Maintenant, quelle est la cause essentielle de la pollution ? L’hyperconsommation, l’hyperconsommation. Nous sommes en train de consommer les réserves de pétrole, de gaz et d’hydrocarbures qui se sont accumulées durant des milliers d’années. Nous les consommons en un siècle ou moins d’un siècle. Bon, donc cela est en lien avec l’économie. Je ne vais pas lire cela, non, Président, seulement m’y référer : le rapport STIGLITZ, j’invite à l’analyser [il le montre à l’assemblée]. J’invite à l’analyser. Nous entendions hier s’exprimer le président français. Grâce à lui, ce rapport et cette commission existent. Mais prêtez attention à cela, rien qu’à cela. Le rapport contient douze recommandations de la commission STIGLITZ. Évaluons-les car je crois qu’elles portent sur le fond bien qu’elles ne remettent pas en question le modèle capitaliste. Nous, les Socialistes le remettons en question. Mais bon, discutons, cherchons des solutions de consensus pour la conjoncture et ensuite pour le moyen et le long terme. Il est dit ici, dans le rapport, par exemple, dans ses recommandations :

Premièrement, se référer aux revenus et à la consommation pour évaluer le bien-être matériel. Pour évaluer le bien-être matériel, se référer aux revenus et à la consommation.

 Deuxièmement : privilégier le point de vue de la famille.

Troisièmement : prendre en compte le patrimoine.

Quatrièmement : accorder plus d’importance à la distribution des revenus au-delà des moyennes.

Cinquièmement : élargir les indicateurs aux activités non commerciales. Il est dit ici par exemple : certains services comme la garde d’enfants, le ménage, les travaux de maçonnerie, de plomberie, charpenterie etc. figurent seulement dans la comptabilité nationale si ils sont effectués par un salarié. Vous savez que cela se réfère à la façon de calculer le PIB qui est un mécanismes purement capitalistes. Le rapport dit ici, et c’est vrai, que le PIB augmente avec le trafic routier alors qu’augmente le stress de la population alors que la contrariété des automobilistes et de leurs passagers augmente, alors qu’un temps précieux est perdu dans la circulation. Ah ! Le PIB augmente. Pourquoi augmente-t-il ? Parce que plus d’essence est consommée. Et en plus la pollution augmente. Regardez la façon dont le monde capitaliste  a construit  des mécanismes de mesure de l’économie qui sont destructifs. C’est en cela que je pense que le rapport STIGLITZ apporte des réflexions importantes. Le point douze indique : établir une batterie d’indicateurs en accord avec l’environnement, le changement climatique.

En parlant d’économie, ce rapport sort au bon moment. Maintenant prenons-le, et surtout les gouvernements et avant tout les gouvernements des pays les plus développés, je crois qu’ils sont réunis aujourd’hui à Pittsburgh. Pas les pirates de Pittsburgh sinon… Espérons que non, que ce ne soient pas les pirates, ce sont les présidents des pays du G20 qui discutent. Demain, je demanderai à LULA et à Christina [KIRCHNER] quelles sont les conclusions de la réunion car demain ils vont à Caracas, à Margarita, au sommet Afrique-Amérique du Sud.

L’économie, l’économie, l’économie. Nous, nous disons : « socialisme » mais discutons. Discutons des indicateurs, discutons des modalités, discutons des modes de production. Comme le disait hier le président OBAMA dans son 4ème pilier : « on a besoin d’une économie au service de l’être humain ». Bon, OBAMA, cela s’appelle le socialisme ! OBAMA, rejoins le socialisme ! Nous t’invitons dans l’axe du mal. Viens avec nous, dans l’axe du mal, construire une économie vraiment au service de l’être humain. Cela n’est pas dans la nature du capitalisme. Dans le capitalisme, c’est impossible ! Le capitalisme bénéficie à une minorité et exclue la majorité et de plus détruit l’environnement, détruit la vie. C’est ça le capitalisme !

Bon, je crois que je suis arrivé aux dix minutes ! [rires dans l’assemblée]

LULA. LULA. Je crois que je vais conclure avec LULA. Avec une phrase de LULA. Hier LULA a dit, le premier orateur de cette assemblée générale, « il n’y a pas de volonté politique » comme je l’ai déjà rappelé. J’ajouterais, car je connais LULA et je sais exactement ce qu’il a voulu nous dire. Il nous appelle tous à faire grandir notre volonté politique. Nous, à la différence d’autres espaces, d’autres gouvernements qui doutent, qui ne veulent pas de changement malgré la terrible crise que nous vivons, nous autres, au Sud de l’Amérique, nous avons une grande volonté politique. Je parle au nom du Venezuela mais également pour l’Amérique du Sud, l’Amérique Latine, une immense volonté politique pour le changement véritable.

Je recommande ce livre d’István MÉSZARÓS, un grand philosophe et penseur hongrois, professeur à Londres depuis de nombreuses années dans plusieurs universités : Au-delà du Capital : pour une théorie de la transition ». Je pense que c’est un des plus grands écrits du XXe siècle ! Une rénovation de la théorie socialiste. MÉSZARÓS dit ici, dans l’une de ses pages intéressantes, cette phrase qui est empruntée à cet autre grand auteur qui s’appelait Karl MARX. N’ayons pas peur de Karl MARX. Karl MARX, c’était l’EINSTEIN de la politique ! Ah on l’a diabolisé ! Mais sur combien de points Karl MARX a-t-il raison ? Reprenant MARX, MÉSZARÓS dit dans ce livre la chose suivante : « Les crises sont donc la combinaison générale – la combinaison générale – qui, au-delà de la présupposition et de l’urgence, conduisent à l’adoption d’une forme historique nouvelle ». Nous avons besoin de cela : une forme historique nouvelle. Cela fait des années qu’il est question d’un nouvel ordre et ce que l’on a c’est l’ordre ancien moribond, moribond. Nous avons besoin que naisse l’ordre nouveau, la forme historique nouvelle, la forme politique nouvelle, une forme mondiale nouvelle. Hier, KADHAFI l’a dit ici : « de nouvelles institutions, une nouvelle économie, une nouvelle société. Mais réellement nouvelle ! Un monde nouveau en fait !

Maintenant je crois que LULA l’a également dit hier,  « nous devons être les accoucheurs de l’Histoire ». D’accord ! Et j’ajouterais à ce qu’a dit le compagnon LULA : l’accouchement a déjà commencé ! Ce n’est pas un accouchement futur, il est là ! Soyons, comme l’a dit le compagnon LULA, les accoucheurs et accoucheuses de l’Histoire nouvelle. Au-delà des fossoyeurs de l’Histoire. Luttons sur cette planète pour que naisse cette Histoire nouvelle, ces temps nouveaux, ce monde multipolaire libre et nouveau, cette économie au service des humains et non des minorités, ce monde de paix finalement.

Moi qui suis Chrétien, le Christ a dit un jour lorsqu’il a dit « mon règne n’est pas de ce monde, il sera du monde futur », le règne de l’amour entre nous où réellement nous vivrons comme des frères et sœurs. Rendez-vous compte que dimanche dernier, il y a eu à La Havane, sur la place de la Révolution, s’est déroulé un grand concert : le concert pour la paix. Et sont allés là-bas Miguel Rosé, JUANES, Olga TAÑON, des chanteurs cubains, Silvio RODRIGUEZ était là, le grand Silvio, ils chantèrent pour le monde. Certains sont devenus fous, ici, à Miami et sont partis mettre en pièces les disques de JUANES, ce grand Colombien, seulement parce qu’il est allé chanter place de la Révolution ! Jusqu’où va la folie de certains ? Heureusement, c’est une minorité ! Bon, là, Silvio, avec sa guitare, l’a certainement chanté : « Cette ère est en train de mettre au monde un cœur » et dans sa chanson « Rendez-vous avec un ange » il termina en chantant [CHAVEZ se met à chanter] : « Soyons un brin meilleurs et un peu moins égoïstes [CHAVEZ adresse un baiser à toute l’Assemblée]. Salut à tous. Merci beaucoup Monsieur le Président ».

* *  * * *

Ce discours m’a inspiré quelques réflexions, à voir ici :

https://vivelasixiemerepublique.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=264&action=edit&message=6&postpost=v2